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18 juillet 2009 6 18 /07 /juillet /2009 19:22

http://www.liberation.fr/societe/0101580481-les-sans-papiers-retrouvent-un-qg

Les sans-papiers retrouvent un QG

Immigration. Expulsés de la Bourse du travail, ils ont investi un hangar dans le nord de Paris.

KARL LASKE

«On ne sait pas où on va ! s’exclame un sans-papiers. On va au terminus de la ligne, et après on fait demi tour !» Entre 200 et 300 sans-papiers ont quitté, vendredi à 15 heures, leur campement du boulevard du Temple, dans le IIIe arrondissement, vers un rassemblement de soutien, place du Châtelet. Puis ils se sont engouffrés dans le métro, vers un nouveau lieu d’occupation tenu secret. Certains ont de grands sacs où l’on devine des couvertures. Au métro Simplon, dans le XVIIIe arrondissement, la petite foule presse le pas, puis court et s’engouffre dans un garage. Le 14, rue Baudelique. Un vaste hangar, trois grandes baies vitrées à l’ancienne autour d’une vieille plateforme de déchargement et de multiples escaliers qui conduisent à des locaux désaffectés. On l’apprend sur les murs : ce sont les anciens locaux du comité central d’entreprise de la Caisse primaire d’assurance maladie (CPAM). «C’est dix fois mieux que
la Bourse du travail !» s’extasie quelqu’un.

Badges. Les sans-papiers s’emparent de palettes pour en faire des couchages, des cartons sont posés partout, dans un nuage de poussière. Autour d’eux, des militants, reconnaissables à leurs badges, s’activent. CGT pour certains, NPA pour d’autres. La porte est refermée.

«Chers camarades !» lance Sissoko Anzoumane, le porte-parole de la coordination des sans-papiers 75 (CSP 75), juché sur la plateforme avec les autres délégués. «Depuis le 9 juillet, la préfecture a proposé un examen de nos dossiers, et nous sommes appelés à quitter le boulevard du Temple, explique-t-il. Les accords avec la préfecture n’ont pas de sens sans rapport de force et sans unité. C’est pourquoi, avec les associations, les syndicats et les partis, nous allons exiger la régularisation de tous.» Sissoko annonce que le nouveau lieu doit devenir «le QG de tous les sans-papiers» de France. Alors que 126 régularisations ont été obtenues depuis le 2 mai 2008, la préfecture a accepté d’examiner 300 dossiers. «On peut obtenir 30 % de régularisations, mais aussi 100 %», s’exclame Sissoko, applaudi par la foule.

Derrière la porte d’entrée, les CRS sont là. L’action a été mise au point «par le syndicat CGT du nettoiement et le NPA», explique Alain. «Ces locaux étaient ceux du comité d’entreprise. On voudrait en faire une maison des sans-papiers, poursuit-il. C’est pour sortir par le haut de la situation de la Bourse du travail.» L’expulsion des sans-papiers de la Bourse par le service d’ordre de la CGT, le 24 juin, a plongé tous les réseaux de soutien, et les associations, dans l’incrédulité et l’embarras. La plupart n’ont pas choisi de condamner le syndicat.

Dans le dédale de bureaux vides, chacun s’installe. Ça résonne. Un groupe de femmes s’installe au premier étage, après avoir déplié de grands plastiques sur le sol poussiéreux. C’est l’ancien bureau d’un syndicat CGT (l’UGICT). Un sans-papiers se pose devant un militant qui arbore un badge CGT. «Vous êtes à la CGT ? questionne-t-il, surpris. Est-ce que maintenant la CGT est prête à s’associer à nous ?» Le militant répond qu’il fait partie de la CGT, d’un collectif de soutien aux sans-papiers d’Argenteuil (Val-d’Oise) : «C’est pas un bloc, la CGT, de la base jusqu’à Thibault, c’est des gens très différents..»

Pour Olivier, militant CGT du nettoiement, il faut «rétablir la réalité des choses» sur son syndicat : «Il y avait beaucoup de tensions à la Bourse du travail.On ne pouvait plus tenir de réunions. La ville de Paris aurait pu mettre son grain de sel aussi.» Il n’approuve pas l’évacuation musclée, mais, selon lui, «avec les occupations de sites qui ont été faites, c’est la CGT qui a porté le truc».

Epaule. Ce nouveau QG peut-il tenir ? «La convention d’occupation signée par le comité d’entreprise doit encore être valable, dit un responsable d’Attac. Ils ne devraient pas pouvoir expulser sans un vote des syndicats.» Avant l’irruption des sans-papiers, seuls des pompiers étaient présents dans l’immeuble. L’un d’eux déclare avoir été brutalisé lors de l’entrée de la foule. «Un pompier se plaint de l’épaule, explique un militant. C’est un prétexte !»

Boulevard du Temple, une cinquantaine de sans-papiers sont restés au campement, refusant de partir au Châtelet. Certains se déclaraient «trahis» ou sûrs d’avoir été exclus de la liste des 300 dossiers examinés. Cette liste a été établie sur les critères «d’ancienneté» et «d’assiduité» à l’occupation. Et seulement 200 convocations ont été distribuées. Pour les autres, c’est l’attente. «Sur 1 300 personnes, on ne peut pas en choisir 300, concède Sissoko. La lutte continue pour tout le monde.»





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