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Avec le départ des refondateurs, c'est une page de l'histoire du Parti communiste qui se tourne
LE MONDE | 8 juin 2010 | Sylvia Zappi | 724 mots
Derrière MM. Braouezec, Zarka, Martelli... 200 unitaires quittent le PCF avant son congrès de juin.
Le départ sera rendu officiel, jeudi 10 juin, lors d'une conférence de presse à Paris. Quelque deux cent "communistes unitaires" annonceront qu'ils quittent le Parti communiste français. Parmi
eux, des élus reconnus - les députés de Seine Saint Denis, Patrick Braouezec et François Assensi; la députée des Hauts de Seine, Jacqueline Fraysse; l'ancien député et maire de Montluçon, Pierre
Goldberg; le maire de Nanterre, Patrick Jarry - mais aussi des figures intellectuelles comme l'historien Roger Martelli, l'ancien directeur de l'Humanité Pierre Zarka ou le philosophe Lucien
Sève. L'ensemble de leurs représentants à la direction nationale démissionne également. C'est la fin de l'histoire des "refondateurs" et la marque d'un affaiblissement intellectuel supplémentaire
du PCF à une semaine de son congrès (du 18 au 20 juin).
Toute leur vie, ils ont été communistes et n'ont souvent pas imaginé d'autre horizon politique. Ces militants critiques s'étaient lancés en 1989, après la chute du mur de Berlin. Une petite
dizaine de dirigeants emmenés par trois anciens ministres du gouvernement Mauroy, Charles Fiterman, Anicet Le Pors et Jack Ralite, prônent un sursaut du mouvement communiste et une rénovation de
leur parti dirigé alors par Georges Marchais. Identifiés comme "gorbatchéviens", ils sont vite dénoncés comme "les nouveaux liquidateurs".
Avant eux, deux autres vagues de communistes critiques s'étaient heurtées aux mêmes difficultés : celle des "rénovateurs" de Pierre Juquin en 1988 puis les "reconstructeurs" de Claude Poperen,
Félix Damette et Marcel Rigout. Mais à la différence de ces derniers, les refondateurs tenteront pendant plus de vingt ans de transformer leur parti.
Durant toutes ces années, ils auront joué le rôle des "Gimini criquet" du parti. C'est à eux que le PCF doit ses premières critiques du soviétisme, du communisme officiel et un nouveau regard sur
les mouvements sociaux qui traversent la société française. Ils ont assuré aussi plus d'une fois le lien avec les milieux intellectuels et le reste de la gauche, quand le PCF s'était replié sur
lui même. Sous l'impulsion de Guy Hermier, ils théorisèrent ensuite la ligne du "pôle de radicalité", prémices de tentative d'unité de la gauche radicale quand leurs camarades privilégiaient
l'alliance avec le PS. Futurs, leur bulletin créé en 1992, se transforme ainsi en hebdomadaire ouvert au mouvement des sans papiers comme à la gauche syndicale et radicale. Leur départ, annoncé
au lendemain des régionales, signe la fin de leur parcours au sein d'un parti qui a tout fait pour les marginaliser.
Voiici cinq ans, pourtant , après la campagne du "non" au référendum constitutionnel de mai 2005, les refondateurs avaient espéré que leur ligne de l'unité de la gauche radicale allait enfin être
reprise par leur parti. Ils avaient vu Marie Georges Buffet battre les estrades avec Jean Luc Mélenchon et Olivier Besancenot, des minoritaires des Verts et des figures altermondialistes. Ils
s'étaient même ralliés à la majorité, pensant ainsi mieux pousser le PCF vers l'ouverture avec les premières discussions sur la candidature unitaire en 2006.
Mais la direction du PCF n'a pas voulu poursuivre l'aventure et a préféré lancer en solo la candidature de Madame Buffet. Les refondateurs refusèrent de faire sa campagne. Dès lors, ils furent
systématiquement écartés. D'abord des directions puis des candidatures lors des européennes et des régionales.
Place du Colonel Fabien, on a tardé à réagir à l'annonce de ce départ collectif (Le Monde du 26 mars). Pierre Laurent, futur numéro un, s'est fendu d'une lettre leur demandant de revoir leur
décision, mais elle visait surtout à se défaire d'une image sectaire après sa bataille contre Monsieur Braouezec pour la tête de liste en Ile de France.
La démission des refondateurs, partisans de toujours de l'ouverture du parti, ne laisse pas indifférents les militants qui cherchent les moyens de sortir de leur isolement. "C'est une grosse
perte parce que c'étaient des camarades qui avaient une capacité à produire de la pensée et des personnalités qui pesaient", soutient Dominique Grador, de l'exécutif. Pour Marie Pierre Vieu,
membre de la direction, "ce départ n'était pas inéluctable. Il aurait fallu que la direction donne des signes pour les retenir".
Les sortants ont annoncé leur volonté de faire "émerger un mouvement politique pluraliste" et, pour partie d'entre eux, ils rejoindront la Fédération pour une alternative sociale et écologique
(FASE). Tout en jurant rester communiste : "c'est notre horizon et notre moteur, explique Monsieur Martelli. En quittant le PCF, nous quittons juste un appareil refermé sur lui même". A la veille
des régionales, lors de négociations internes sur l'agencement des communistes sur les listes, Pierre Laurent leur avait lancé : "ce serait tellement plus facile de vous faire de la place si vous
étiez dehors". C'est chose faite.
Sylvia Zappi