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20 mars 2011 7 20 /03 /mars /2011 21:56

 

Deux militants du NPA passaient récemment une semaine au Caire du 11 au 18 mars 2011. Ils écrivaient un journal de bord quotidien. Vous le trouverez si vous consultez le site national du NPA. Vous trouverez ci-dessous la chronique de leur dernier jour.

 

Bernard Fischer

 

http://www.npa2009.org/content/chroniques-de-la-r%C3%A9volution-%C3%A9gyptienne-des-militants-du-npa-en-direct-du-caire

 

Le Caire, vendredi 18 mars

Sept jours...

 

Hier notre rendez-vous avec Kamel Abbas, le principal architecte de la construction de la fédération des syndicats indépendants, a été plusieurs fois repoussé. Du coup on s’est retrouvé autour des bâtiments du gouvernement. Devant ces bâtiments les manifestations n’arrêtent jamais. D’un côté du bâtiment on rencontre deux rassemblements, l’un pour la libération des prisonniers politiques. On nous explique que le gouvernement prétend qu’ils ont été tous libérés mais que ce n’est pas vrai. Un autre groupe manifeste pour son quartier, logements, électricité, etc… Alors qu’on fait le tour on découvre qu’une autre manifestation a lieu de l’autre côté du bâtiment, cette fois il s'agit d’un comité de quartier mobilisé contre la pauvreté.

 

La fédération des syndicats indépendants vient juste de s’installer dans des nouveaux locaux près de la place Tahrir. Kamel Abbas n’a pas énormément de temps parce qu’il enchaîne les réunions. La fédération des syndicats indépendants a été lancée le 30 janvier par les premiers syndicats indépendants qui s’étaient créés et des dirigeants de lutte de plusieurs endroits. Le constat était que les travailleurs participaient au mouvement comme individus mais non comme classe. Le 8 février elle a lancé un appel à des grèves en lien avec la journée internationale de solidarité.

 

Le 9 février, quarante mille travailleurs étaient en grève dans quinze villes. Le 10 février plus de deux cent mille travailleurs étaient en grève dans la plupart des villes du pays et le mouvement s’étendait. Alors Kamel Abbas, a annoncé à la télévision, que si Mubarak ne démissionnait pas le lendemain (le vendredi qui est férié), il appelait à la grève générale pour le samedi. Alors l’armée a lâché Mubarak.

 

Il nous explique lui aussi qu’actuellement il y a des grèves dans tout le pays. Après la révolution les gens sont très actifs. Ils veulent leur propre syndicat. Il y a entre vingt et vingt cinq millions de travailleurs en Egypte. Alors que des syndicats se lancent, l’objectif de la fédération est d’organiser au moins trois millions de travailleurs dans les mois qui viennent. Il nous explique que le point de départ est que des groupes de travailleurs commencent à construire leurs propres organisations et ensuite ils peuvent s’affilier à la fédération.

 

La fédération, en tant que tel, n’a pas de lien avec les comités populaires. Mais selon Kamel beaucoup sont membres de comités en tant qu’individus. Kamel lui-même est souvent invité à des réunions organisées par les comités populaires.

 

Plus tard on rencontre un jeune qui bosse dans une petite boîte de production de cinéma. Je n’ai assisté qu’au début de la discussion parce que, grosse fatigue, fait de ne pas avoir mangé de la journée, j’ai dû rentrer précipitamment à l’hôtel. Mais là c’est un autre point de vue. Il raconte comment avant le 25 janvier il était sur les réseaux web constitués suite à la mort de Khaled Saïd et avait des amis très actifs mais pas lui. Il nous fait ressentir les sentiments de ceux et celles qui ont été au cœur de cette première phase de la révolution. Comment la veille du 28 janvier ils se disaient à Tahrir square qu’ils allaient sans doute mourir, que de toute manière, désormais, ils étaient repérés par la police, et qu’ils n’avaient plus le choix qu’entre mourir de toute manière ou au moins se battre pour leur liberté ; Il nous explique que le ressort principal était que la seule chose qu’ils ne voulaient pas c’était mourir humiliés. Il raconte cela avec beaucoup d’humilité, presque poétiquement. Il nous raconte notamment comment il s’est retrouvé avec des gamins qui utilisaient une station d’essence pour faire des cocktails molotov qu’ils envoyaient contre les flics. Quand il a voulu les imiter le sien a fait flop. Alors il s’est dit qu’ils le faisaient bien mieux que lui. Il nous décrit aussi la détermination de ceux et celles de ses amis qui étaient au centre de l’organisation du 25 janvier. Il dit que c’était, avant le 25 janvier, comme une boîte que ces groupes remplissaient avec toutes les colères et humiliations de tous les autres. Et quand la boîte a débordé ils et elles se sont mis à rediffuser cela à tout le monde. Il nous dit la détermination de ce noyau de jeunes. Il décrit ainsi une de ses amies lors de l’attaque du bâtiment de la police qui continuait de courir contre les flics qui s’enfuyaient en tirant sur les manifestants, comme si elle ne se rendait pas compte que les balles pouvaient la tuer.

 

Aujourd’hui, pour notre dernier jour ici, c’est la manifestation à Tahrir square contre le référendum.

 

Tahia saoura ! (vive la révolution)

 

Denis et Cédric

 

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