Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
17 septembre 2011 6 17 /09 /septembre /2011 19:29

 

L’ÉCONOMIE MONDIALE À BOUT DE SOUFFLE

 

Un livre de Jean Baumgarten aux éditions L’Harmattan

 

Introduction

 

Les lecteurs de ce petit livre doivent comprendre ce que signifie son titre : s’il s’agit vraiment de la crise la plus grave que le système capitaliste ait jamais connue, cela veut dire qu’il faudra peut-être attendre son écroulement au profit soit de régimes totalitaires où l’homme ne comptera plus et sera rabaissé au rang de bête sauvage, soit de régimes vraiment à gauche ! Voilà pourquoi la sentence que l’on entend aujourd’hui et depuis quelques années demandant (au ciel ?) de nous renvoyer vers un « capitalisme normal » est à la fois absurde, infantile … et dérisoire. On se rend compte ici de l’impasse dans laquelle est tombée l’humanité : et quand on entend parler les hommes qui nous gouvernent qui demandent de « moraliser le capitalisme » les bras nous tombent, nous sommes éberlués !

 

Moraliser le capitalisme... Mais avez vous déjà entendu parler d’un capitalisme « moral » ? Pensez-vous que la morale ait quelque chose à voir avec le capitalisme, système organisé et conçu pour la recherche du profit maximum, pour laminer le prolétariat, lui extorquer la plus-value maximum et traiter l’être humain comme une marchandise. Lorsque le capitalisme s’est constitué à la fin du quinzième siècle, on peut dire qu’il n’avait absolument rien de « moral »...

 

Pensons à ce que fut l’Europe de 1510, à la guerre de trente ans un siècle plus tard, aux tortures terribles pratiquées par la coalition bourgeoise – féodale – contre les ancêtres du prolétariat, et au déclin de la population que cela entraîna.(1)

 

Pensons aux Vénitiens qui à l’aide de leur flotte parcouraient le monde et soudoyaient beaucoup de peuples pour leur extorquer les biens qui les intéressaient. Pensons aux espagnols de Charles Quint qui en Amérique pratiquaient un esclavage abominable, enrichissaient ainsi leur terre ancestrale, et s’enrichissaient eux-mêmes.(2) Pensons aussi à l’ignominie des pirates, des corsaires au dix septième et au dix huitième siècles. Pensons à la technique adoptée par Law pour extorquer l’argent des petits bourgeois et nobles londoniens et français, aux guerres de rapine des dix huitième et dix neuvième siècles. On pourrait aussi tout simplement penser au rôle des banquiers de l’Europe du Nord et de Venise au quinzième et seizième siècles (et, pourquoi pas, on pourrait songer à cette pièce extraordinaire de Shakespeare Le marchand de Venise)(3)

 

Plus près de nous, notons le rôle que représentèrent les guerres du vingtième siècle, en commençant par la guerre de 1914 qui survint juste après le déclenchement de la crise de 1913 et qui fit dix millions de morts et soixante millions de blessés. La deuxième guerre mondiale fut encore plus prédatrice : le bilan global fait état de plus de soixante millions de morts et de dizaines de millions de victimes civiles. (4) « Le capitalisme porte en lui la guerre comme la nuée porte l’orage » avait écrit Jaurès.

 

Cette phrase mémorable, toujours valable aujourd’hui avec les guerres menées par les Etats-Unis en Irak, en Afghanistan avec l’aide et le soutien des impérialismes encore dominants, la guerre menée sous la direction de la France en Lybie, et la récente guerre menée par la France en Côte d’Ivoire, les menaces de guerre contre l’Iran, montrent à quel point l’entrelacement entre le capitalisme et la guerre est viscéral. Sans oublier le partage du monde entre colonialistes prédateurs aux dix neuvième et vingtième siècles. Vous voulez encore des faits plus précis ?

 

Nous pourrions alors parler des méfaits du colonialisme qui dura pendant des centaines d’années, et de son grand intérêt pour le capitalisme, entre le début du seizième siècle et la deuxième moitié des années cinquante !(5) Poursuivons encore plus près de nous : comment s’est effectuée la conversion du régime bureaucratique impérialiste de l’Etat russe de 1990, en régime capitaliste?

 

Les deux cent cinquante mille entreprises publiques d’Union Soviétique ont été rachetées pour des bouchées de pain à la population famélique russe par les Nomenclaturistes (c’est-à-dire par les 0,5% de dirigeants des entreprises qui touchaient des salaires et des biens matériels cent fois plus élevés que le commun des mortels, et qui ainsi sont devenus du jour au lendemain les capitalistes rapaces que l’on sait). Pour appréhender ce néo-capitalisme il suffit de se reporter à un article du Monde de l’époque (1990) d’un inconnu « professeur en économie politique » qui affirmait qu’il ne pouvait pas y avoir de capitalisme en Russie... Parce que les capitalistes n’y existaient pas !

 

Combien ont coûté toutes les guerres entreprises depuis cinq siècles pour coloniser et conquérir le monde, et mettre sous tutelle les populations des « pays sous développés » ? Quel historien ou économiste sérieux pourra nous donner des chiffres (même approximatifs) ?

 

Évidemment à côté de ces faits, les petits scandales du capitalisme (l’affaire Law au dix huitième siècle, l’affaire du canal de Panama et du canal de Suez à la fin du dix neuvième siècle, l’affaire Stavisky dans les années trente, ou bien encore l’affaire des frégates de Taïwan qui survint à la fin du vingtième siècle) ne sont que de tout petits épiphénomènes. On pourrait y rajouter l’affaire Madoff aujourd’hui, qui, tout compte fait, ne porte que (!) sur cinquante ou soixante cinq milliards de dollars, c’est à dire le produit national de Madagascar multiplié par douze. (6)

 

Je vais dans les pages qui suivent essayer de démontrer avec les chiffres dont on dispose, comment la crise est survenue et comment elle a été vécue et racontée aux enfants que nous sommes par les « grands » experts économiques qui, à côté des gouvernants, sont censés nous apporter la bonne parole. J’essaierai de montrer ce que cette crise a de commun avec celle de 1929 et en quoi elle est beaucoup plus importante, plus massive, plus grave. (Nous verrons notamment à quel point la « globalisation » ou la « mondialisation » ont fait de tous les pays du monde des sources de profit - prédateur, y compris des pays lointains, pour nous mêmes occidentaux !)

 

Pour analyser sérieusement la et les crises du capitalisme, nous reviendrons à Marx et à des économistes marxistes ou proches d’aujourd’hui : nous verrons à cette occasion que cette crise est exactement du même type que toutes les grandes crises qui ont traversé le capitalisme et que n’ayant de singulier que son ampleur, la démarche des gouvernements du G20 (qui se réunissent tous les six mois) (7) visant à « réguler » ce capitalisme est vouée à l’échec, mais qu’elle pèsera d’un poids considérable sur les petites gens et le peuple de tous les pays : sauf si, en raison de son importance, on apercevait en France, en Europe, en Amérique latine et pourquoi pas ailleurs (8) des gouvernements nouvellement élus qui auraient une contre-politique économique active et s’attaqueraient véritablement à la crise, au régime capitaliste qui l’a engendrée, et à l’inégalité sociale qui l’accompagne.

 

Ce sera donc le sens de mon dernier chapitre : quelles réponses faut-il apporter à la lutte contre cette crise en France? (Il est évident qu’un seul pays même de la taille de la France ne pourra à lui seul trouver toutes les solutions répondant à une telle crise systémique, mais cela peut servir d’exemple aux autres pays et apporter les réponses en termes de justice, d’égalité et de fraternité !) J’envisagerai le cas spécifique de la France et je montrerai que si on ne possède pas les réponses politiques d’abord, il sera impossible de répondre à cette crise.

 

Un dernier mot pour conclure cette introduction : Joseph Stiglitz, prix Nobel d’économie a écrit un livre publié en français en janvier 2010 : Le triomphe de la cupidité qui dénonce avec un certain brio le délabrement occidental qui a conduit le capitalisme. Mais sa dénonciation est d’inspiration keynésienne, et, même si elle est fondée, elle manque de points concrets pour asseoir une autre politique qui soit efficace dans le temps et qui soit aussi porteuse de tout ce qui, à travers la critique écologique d’aujourd’hui nous conduit vers l’abîme. Le livre publié par Edgar Morin fin 2010 La voie (9) est lui beaucoup plus enrichissant même si, l’ampleur des problèmes à régler sur les plans économique, social et environnemental… Nous laisse sans voix (voie !)…

 

Notes de l’introduction :

 

(1) Dans le livre que j’ai écrit et publié à la fin de l’année 2008 : (La servitude volontaire hier et aujourd’hui - Librairie Résistances – 4 villa compoint Paris 17e. Tel : 01 42 28 89 52) je commence par analyser à l’aide du livre de Frédéric Engels La guerre des paysans qui se déroula entre 1523 à 1525 et qui vit survenir en Europe continentale la première tentative révolutionnaire menée par les ancêtres du prolétariat, les paysans pauvres d’Allemagne, d’Autriche, de Suisse occidentale d’Alsace, de Lorraine et de Moselle : ce fut la 1re manifestation d’ampleur qui prépara en réalité la révolution française de 1789 – 1793 ! On pourrait aussi lire le livre de Gautier Heumann sur la guerre des paysans (éditions Sociales 1976) qui montre comment cette guerre eût des prolongements durant tout le dix septième siècle en Allemagne (notamment la guerre de Trente ans) et se traduisit par une baisse importante de la population. (Un tiers en moins.)

 

Au cours de cette guerre qui mobilisa plus de cent mille paysans armés, dirigés par des petits - bourgeois révoltés, fut chantée la première chanson révolutionnaire : Spiess voran drauf und dran, hängt aufs kloster dach den roten hahn… (La pique en avant, la pique de côté, mettez sur le toit des églises le coq rouge… - incendiez les églises) Cette chanson célèbre en Allemagne a été reprise dans les années 1920 par le mouvement révolutionnaire et a donné en Français Prolétaires luttons tous, chacun à son poste au combat, la victoire est à nous si nous unissons nos bras

 

(2) Pour avoir une idée sur cette période de fondation de l’ordre capitaliste mondial on lira Immanuel Wallerstein : capitalisme et économie-monde 1450-1640. Flammarion. 1er tome. 1980.

 

(3) Avec Volpone de Ben Johnson et Le juif de Malte de Marlowe, c’est une pièce qui traite notamment de « l’échange », du « goût immodéré pour l’argent » (caractéristiques du capitalisme), et qui surtout met en scène la « marchandisation » de la chair humaine ! On regrettera que cet aspect du Marchand de Venise ait été oublié lors de l’émission qui se déroule tous les matins sous la direction de Raphaël Enthoven sur France culture.

 

(4) Sur les suites de la crise de 1929 : signalons que le parti nazi aux élections du printemps 1929 en Allemagne ne fit que 2,5 % des voix et que quatre ans plus tard, en pleine crise économique, il fit 35 % des voix, devint le premier parti, et vit Hitler appelé au pouvoir par le Président Hindenburg...

 

(5) Le colonialisme occidental, sous d’autres formes se poursuit toujours : si on prend l’Afrique c’est d’une part la politique des différents gouvernements français qui se traduit par le soutien à des gouvernements sans aucune démocratie (avec notamment en France les régimes guinéens, congolais, tchadien, gabonais etc.) qui voient leurs comptes gonfler d’années en années : tout cela en réalité pour l’exploitation du minerais dont est riche l’Afrique ; mais gare : la Chine n’est pas loin … On pourrait dire la même chose des comptes du gouvernement américain en Colombie et du gouvernement britannique au Nigéria.

 

(6) Dernière victime de Madoff : l’un de ses fils qui s’est suicidé en décembre 2010… Parce qu’il s’appelait Madoff et ne trouvait pas de travail.

 

(7) La dernière réunion du G20 fin juin 2010 a montré à tous son inefficacité fondamentale, idem pour celle de février 2011 : il a fait la part belle à Dominique Strauss-Kahn encore patron, à l’époque, du FMI. Les G20 se succèdent ainsi tous les six mois avec jets sets, grands hôtels et voyages en avions privés : quel bonheur … Pour les grands de ce monde !

 

(8) Ainsi les évènements qui touchent la Tunisie, l’Egypte, l’Algérie, le Maroc, la Jordanie, le Yemen, Bahrein, la Lybie et la Syrie fin 2010 début 2011 pourront-ils annoncer de nouveaux développements dans la lutte contre le capitalisme et ses Etats-voyous.

 

(9) Edgar Morin : La voie - Fayard – janvier 2011.

 

 

 

Partager cet article

Repost 0
Published by FISCHER
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : fischer02003
  • fischer02003
  • : actualité politique nationale et internationale
  • Contact

Recherche

Pages

Liens