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10 août 2011 3 10 /08 /août /2011 14:40

 

http://www.liberation.fr/monde/01012351429-avenue-foch-la-folie-cachee-du-fils-obiang

jeudi 28 juillet 2011

Avenue Foch, la folie cachée du fils Obiang

Un immeuble de deux mille cent quatre vingt cinq mètres carrés sert de pied à terre au rejeton du président de Guinée équatoriale

Par Thomas Hofnung

 «Bongo et Sassou sont des rigolos à côté des Obiang !» L’auteur de cette sentence ne souhaite pas être identifié, par peur de représailles. Mais il sait de quoi il parle. Ce «prestataire de service» a travaillé durant des mois dans un lieu qui défie l’imagination : un immeuble de deux mille cent quatre vingt cinq mètres carrés, sur la prestigieuse avenue Foch, à Paris, transformé en propriété privée par la famille du président Teodoro Obiang, au pouvoir en Guinée équatoriale depuis 1979.

Ce bien hors norme, dont l’existence avait dans un premier temps échappé aux policiers chargés de l’enquête sur le patrimoine des dirigeants africains, est dans le collimateur des juges Roger Le Loire et René Grouman, qui instruisent le dossier des «BMA» (biens mal acquis). La propriété s’étend sur six étages et des dizaines de pièces. Escalier monumental, salle à manger en corail, turquerie en panneaux Lalique : ses occupants ne se refusent rien. Mais, selon plusieurs témoignages, ils se montrent négligents avec le personnel qui entretient les lieux, et avec les prestataires de service.

Par ailleurs, les autorités de Malabo, la capitale de Guinée équatoriale, n’apprécient guère qu’on s’intéresse à leurs affaires. Fin juin, elles poursuivaient devant le tribunal correctionnel de Paris le Comité catholique contre la faim et pour le développement (CCFD) pour «diffamation publique» suite à la publication d’un rapport, en juin 2009, qualifiant le régime d’«autoritaire». Dans ce document, le CCFD évoquait des détournements massifs de fonds publics et l’acquisition d’un «hôtel particulier avenue Foch». Les avocats de Malabo, Olivier Pardo et Francis Szpiner, ont tenté de déstabiliser le CCFD en arguant qu’il était dans l’incapacité d’exhiber devant la cour un acte de propriété au nom du président Obiang. Mais le doute n’est guère permis. Sur place, des membres du personnel ont indiqué à Sherpa que cet endroit était occupé de temps à autre par Teodorin Obiang, le fils du président. Son père préfère descendre au Plaza Athénée, avenue Montaigne.

Défi.

Une enquête approfondie menée par l’association de lutte anticorruption Sherpa, à l’origine de la procédure judiciaire sur les BMA, révèle que cinq sociétés distinctes «possèdent (directement ou indirectement …) tout ou partie des six étages du bâtiment sis 42 avenue Foch». Domiciliées en Suisse, ces sociétés ont toutes le même administrateur. En 2009, celui-ci avait reconnu verbalement, devant témoins, le nom du propriétaire des lieux, affirmant qu’aucune enquête ne parviendrait à le déterminer juridiquement. Il ne reste plus aux juges français qu’à relever ce défi.

Agé de 41 ans, Teodorin est pressenti pour succéder à son père dans le palais de Malabo. Mais pour l’heure, il se contente de détenir le ministère de l’Agriculture et des Forêts. Ce qui lui laisse, apparemment, le loisir de mener grand train. Il collectionne les voitures de luxe, qu’on aperçoit parfois dans la cour de son pied-à-terre, avenue Foch. Selon des témoignages relayés par la presse américaine, le quadra affectionne aussi les fêtes sur les hauteurs de Malibu, où il possède une villa luxueuse.

Quand, subitement, Teodorin fait prévenir qu’il s’apprête à prendre son jet privé pour débarquer quelques heures plus tard, c’est le branle-bas de combat avenue Foch. Il faut préparer son séjour dans l’urgence. Paris n’est généralement qu’une escale de quelques jours. Pièces d’art, haute couture, rien n’échappe à l’insatiable frénésie d’achats de Teodorin, alors que son salaire mensuel officiel n’excède pas cinq mille dollars (trois mille cinq cent euros).

Lion.

Mais c’est principalement aux Etats-Unis que la famille Obiang a placé ses fonds, si l’on en croit des rapports d’enquête du Sénat. Washington ferme les yeux : troisième producteur en Afrique de pétrole brut, la Guinée équatoriale en exporte la majeure partie outre-Atlantique. Les compagnies américaines se taillent la part du lion à Malabo.

Le mois dernier, les avocats français de la Guinée équatoriale ont insisté sur les progrès accomplis ces dernières années sur le chemin du développement et de la démocratisation. Grâce au pétrole, le revenu par habitant est, sur le papier, équivalent à celui de la Belgique. Mais, dans ce pays de six cent cinquante mille habitants, le taux de mortalité infantile est l’un des plus élevés au monde. Et près des quatre cinquièmes de sa population vit «dans une pauvreté crasse», selon la revue américaine Foreign Policy. En 2009, Obiang père a pourtant été réélu président avec 95,4% des suffrages. Officiellement.

 

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