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28 août 2010 6 28 /08 /août /2010 18:07

 

Iran : Mahmoud Ahmadinejad en butte aux vives critiques du clan conservateur

Article publié le 18 Août 2010 par Marie-Claude Decamps

Source : LE MONDE Taille de l'article : 730 mots

Guérilla parlementaire, disputes avec le pouvoir judiciaire, le président iranien est sur tous les fronts.

Réélu avec de forts soupçons de fraude, en juin 2009, le président Mahmoud Ahmadinejad semble devoir gouverner dans la contestation. Pas celle de l'opposition réformatrice dont tous les dirigeants sont en prison, mais celle de son propre clan conservateur. Depuis des semaines, les passes d'armes se succèdent à Téhéran.

Premier lieu d'affrontement, le Parlement, présidé par Ali Larijani, ex-négociateur nucléaire, ex-candidat malheureux à la présidentielle de 2005 et, surtout, un des « poulains » fondamentalistes du guide suprême, Ali Khamenei. Or, Monsieur Larijani a refusé de laisser toute liberté à Monsieur Ahmadinejad pour distribuer, selon son habitude, des subventions à divers projets qui vident les caisses de l’Etat et coûtent cent milliards de dollars par an (soixante dix huit milliards d’euros). Le tout assorti de vives critiques sur la gestion économique « populiste » de l’équipe gouvernementale. Monsieur Larijani allant jusqu’à dire : « Nous devons améliorer notre situation économique (…) La prospérité, ce n’est pas de distribuer de l’argent à la population ».

De son côté, Monsieur Ahmadinejad a joué l’obstruction, refusant de signer plusieurs lois dûment approuvées pendant six mois. Et ce en fonction, parfois, disent les critiques, de ses inimitiés personnelles. Ainsi a-t-il gardé sous le coude le texte allouant deux milliards de dollars au métro et à la municipalité de Téhéran. La société en charge du métro est présidée par Mohsen Rafsandjani, fils de l’ancien président et poids lourd de la politique iranienne, Hachemi Rafsandjani, très critique vis-à-vis de Monsieur Ahmadinejad. Quant à Téhéran, son maire, Mohammad Qalibaf, candidat malheureux, lui aussi, aux élections de 2005 et ex héros de la guerre Iran Irak, il ne cache pas ses ambitions présidentielles.

Ensuite, c’est avec le pouvoir judiciaire, présidé par Sadegh Larijani, frère du président du Parlement, que le président iranien a croisé le fer. Furieux de ce qu’un de ses proches, Mohammad Javad Behdad, ex directeur de l’agence de presse Irna, ait été condamné à sept mois de prison avec sursis pour « publication de fausses informations », Monsieur Ahmadinejad a accusé la justice de « partialité ».

Réplique cinglante de Sadegh Larijani : « Quelle est cette façon d’accuser la justice de zèle lorsqu’un verdict ne vous convient pas ? (…) Nous attendons du président qu’il utilise un langage posé et digne à la place de son langage populaire habituel ».

Mais ce qui a vraiment suscité une levée de boucliers au sein du clan conservateur, c’est le soutien indéfectible de Monsieur Ahmadinejad à son chef de cabinet, Rahim Machaie, un spécialiste en opérations de propagande des gardiens de la révolution, dont la fille a épousé le fils du président. Déjà, à l’été 2009, Monsieur Ahmadinejad avait voulu, contre la volonté du guide suprême, nommer Monsieur Machaie vice président, et n’avait reculé que devant l’ire de Monsieur Khamenei.

Mais il y a quelques semaines, Monsieur Machaie, tentant une opération de charme auprès de quelques centaines d’iraniens de l’étranger, avait fait une déclaration étonnante. En gros, avait il expliqué, l’Iran et l’Islam sont deux entités différentes et c’est l’Iran la plus importante, ajoutant : « Si l’Islam n’était pas installé et mélangé à la culture iranienne, il serait enterré dans les sables de l’Arabie ».

Le clan fondamentaliste, qui a « parrainé » la réélection de Monsieur Ahmadinejad, est entré en furie. Le général Firouz Abadi, commandant des forces armées, des pasdarans et des volontaires bassidjis, déclarait : « Monsieur Machaie relève des tribunaux militaires. Ses déclarations sont dignes d’un agent infiltré ».

Puis, devant le refus du président de désavouer son conseiller, la presse ultra conservatrice s’est déchaînée. Le journal République islamique, qui appartient en propre au guide Khamenei, tire à boulets rouges sur le président iranien.

Quant à Kayan, il réclamait dans un éditorial la tête de Monsieur Machaie. Enfin, une lettre ouverte, signée par cinquante députés conservateurs, devait être lue, mardi 17 août, au Parlement pour inciter Monsieur Ahmadinejad à se séparer de son chef de cabinet.

Cependant, nombre d’analystes s’interrogent sur la stratégie actuelle du président : pourquoi cette « dérive ultra nationaliste » qui lui aliène une partie des conservateurs ? L’un deux, ex diplomate proche des réformateurs, nous a confié que, à son avis, Monsieur Ahmadinejad essayait de se « démarquer » précisément du clan fondamentaliste, en vue des législatives, dans un an et demi.

« Il s’est rendu compte que le discours islamiste dur a été déligitimé par la répression et que les opposants du « mouvement vert » proposent une version moderne du nationalisme. De plus, son image contestée rivalise de moins en moins avec celle d’Ali Larijani, par exemple, qui incarne le conservatisme traditionnel, mais intellectuel et responsable. Alors il cherche à créer une sorte de national populisme propre à séduire les classes moyennes ».       




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