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25 novembre 2009 3 25 /11 /novembre /2009 18:09

http://www.m-pep.org/spip.php?article1551


LETTRE OUVERTE A LA GAUCHE

Pourquoi rien ou presque n’est-il fait pour mobiliser dans le cadre du sommet de l’OMC à Genève ?

Du 30 novembre au 2 décembre, la 7e conférence interministérielle de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) se tiendra à Genève. Parallèlement, de multiples initiatives auront lieu dans le cadre d’un « contre-sommet » qui marquera le 10e anniversaire du mouvement altermondialiste.

La gauche française apparaît totalement dispersée dans la préparation de ce contre-sommet. Elle n’en dit presque rien et rares sont ses composantes qui appellent à y participer. Ainsi, l’Appel à manifester à Genève, lancé par le collectif qui s’occupe de cette initiative, n’a été signé que par dix organisations françaises, trois mouvements politiques, les Alternatifs, le Mouvement politique d’éducation populaire (M’PEP) et le Nouveau parti anticapitaliste (NPA), deux syndicats, la Confédération paysanne et l' Union syndicale solidaires et cinq associations, Action consommation, AITEC, Attac-France, Comité pour l’annulation de la dette du tiers-monde (CADTM) et CEDETIM-IPAM.

Chacun comprendra que le Parti socialiste, dont l’un des membres est le directeur général de l’OMC (Pascal Lamy), n’appelle pas à manifester sous les fenêtres de leur camarade. Mais le PCF ? Le PG ? Les Verts ? Le MRC ? La Fédération ? La CGT ? FO ? La CFDT ? La FSU ? Etc.

Le M’PEP ne comprend pas cette indifférence d’une partie de la gauche politique, syndicale et associative française. Il veut alerter sur l’importance de la lutte contre le libre-échange et la diversion qui consiste à découpler les questions climatiques de celles du commerce international.

Avec la Banque mondiale (BM), le Fonds monétaire international (FMI), l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN), et l’Union européenne (UE), l’OMC est le 5e pilier de l’ordre libéral mondial. Fondée sur la doctrine libre-échangiste, elle prône la guerre commerciale par la « conquête » de marchés à l’étranger. Elle veut tout transformer en marchandise et met en concurrence les travailleurs à l’échelle planétaire. Son but : accélérer la « libéralisation » du commerce international (faire disparaître les « barrières tarifaires et non tarifaires » réputées nuire aux échanges internationaux et donc à la croissance).

Le sommet de Genève aura quatre enjeux

Pourrons-nous imposer un coup d’arrêt aux politiques libre-échangistes et avancer dans la construction d’un nouvel ordre commercial international ?

La baisse des droits de douane peut avoir des effets catastrophiques. Au Nord, c’est l’augmentation des importations qui va déséquilibrer la balance des paiements, organiser la pression sur les salaires et encourager le chômage. Au Sud, certains pays recueillent 30 ou 40% de leurs recettes fiscales des droits de douane. Les réduire provoquera une diminution des dépenses publiques dans des domaines cruciaux comme l’éducation et la santé. La politique de l’Union européenne aggrave la situation avec la mise en place des Accords de partenariat économique (APE) pour les pays d’Afrique, de Caraïbe et du Pacifique (ACP), visant à imposer le libre-échange.

Le mouvement altermondialiste parviendra-t-il à reprendre l’offensive ?

En 1999, à Seattle, 100 000 personnes avaient occupé la rue, première manifestation du genre. C’était la fin d’un cycle idéologique marqué par l’hégémonie néolibérale. L’immense espoir qui s’était levé, passant par Porto Alegre, va-t-il être alimenté par le contre-sommet de Genève ?

La gauche va-t-elle enfin briser le tabou du protectionnisme qui la paralyse et la prive de crédibilité quand elle parle d’augmentation des salaires, de défense de l’emploi, de lutte contre les délocalisations ou de coopération internationale ?

Le mouvement syndical est ambigu sur le libre-échange alors que c’est une des causes principales des délocalisations, du chômage et de la pression sur les salaires. La gauche est dans la même situation. Elle se méfie du mot « protectionnisme », craignant d’être accusée de « nationalisme » et de se voir confondre avec l’extrême droite. Mais aucune politique authentiquement de gauche, c’est-à-dire la recherche de l’égalité par le redressement significatif de la part de la valeur ajoutée en faveur du travail (emploi, salaires, dépenses sociales…), ne pourra être menée sans prendre des mesures protectionnistes.

Pourrons-nous faire échec à la diversion qui vise à opposer les sommets de Genève et de Copenhague ?

Quelques jours après le sommet de Genève se tiendra celui de Copenhague sur le changement climatique. La gauche et le mouvement altermondialiste, à juste titre, font grand cas de cette dernière réunion. Mais ils oublient celle de Genève ! Pourtant le climat se détériore aussi, et même beaucoup, par l’accélération des transports provoquée par le libre-échange. Le capitalisme, façonné par la révolution conservatrice (le « consensus de Washington »), est en échec. Cet échec n’est pas à rechercher dans le chômage, la précarité ou la montée des inégalités dont les classes dirigeantes n’ont que faire, mais il se trouve dans la difficulté d’assurer la régularité et le niveau du profit. L’idéologie chargée de légitimer le système capitaliste – le néolibéralisme – est maintenant elle aussi périmée. Qui peut croire aujourd’hui, pour ne prendre que cet exemple, que l’intervention de l’Etat dans l’économie serait nuisible par principe, comme on nous l’a affirmé pendant des années ? Et ceci au moment où les pays les plus libéraux comme les Etats-Unis et la Grande-Bretagne font intervenir massivement l’Etat pour sauver le système bancaire ? C’est pourquoi les classes dirigeantes cherchent une adaptation du capitalisme et une nouvelle idéologie. Ils croient avoir trouvé la solution dans le « développement durable », le « capitalisme vert » et la « croissance verte ». Le « green business » a également été inventé de toute pièce pour des raisons géostratégiques. Les Etats-Unis devront en effet augmenter leurs importations de pétrole et de gaz de 60% d’ici une quinzaine d’années. Compte tenu du fait qu’il sera probable que la production mondiale ne pourra suivre cette croissance, les Etats-Unis souhaitent freiner la consommation de pétrole et de gaz dans les autres pays, en particulier en Europe et en Chine. D’où la pression idéologique sur l’Union européenne, notamment, pour l’engager dans les énergies « vertes », idéologie relayée par les partis verts en général. D’où le silence sur Genève et le bruit sur Copenhague.

Au total, le libre-échange accable les pays du Sud, écrase les travailleurs du Nord et détruit la planète. C’est l’arme principale des politiques de mondialisation, stratégie des classes dirigeantes visant à rediscipliner les travailleurs du Nord et les pays du Sud pour redresser les profits, par la réorganisation du travail à l’échelle planétaire.

Dans le cadre universaliste de la Charte de La Havane, des mesures protectionnistes, immédiates et unilatérales, sont nécessaires

La Charte de La Havane fut signée en 1948 par 53 pays, dont la France et la plupart des pays de l’Union européenne actuelle, et devait être celle de l’Organisation internationale du commerce (OIC), dépendant de l’ONU. Elle ne fut pas ratifiée par le Congrès des Etats-Unis dont la majorité avait changé et fut remplacée par les accords du GATT qui ont favorisé les accords de libre-échange et donné naissance à l’OMC en 1995.

Le principe essentiel de la Charte de La Havane est celui de l’équilibre de la balance des paiements : « Aucun pays, à long terme, ne peut fonctionner avec une balance déficitaire » lit-on dans ce texte qui précise que « les Etats membres chercheront à éviter les mesures qui auraient pour effet de mettre en difficulté la balance des paiements des autres pays ». Des « restrictions » aux importations sont alors possibles pour se protéger. Ce principe est à l’opposé de la concurrence effrénée pour la « conquête des marchés » par la « priorité aux exportations » pratiquée dans le cadre de l’OMC. Si ce principe avait été appliqué, on n’aurait pas vu les excédents chinois et les déficits états-uniens qui ont été en partie à l’origine de la crise actuelle.

La Charte évoque également « des normes de travail équitables » ; le « contrôle des mouvements de capitaux » ; les aides de l’Etat qui sont « autorisées » comme des « restrictions quantitatives » et des « garanties sur les produits de base »…

En attendant la mise en œuvre collective des principes de la Charte de La Havane – et la création de l’OIC (Organisation internationale du commerce) qui reste une perspective -, la France, comme d’autres pays, doit appliquer des barrières douanières en prenant des mesures protectionnistes immédiates et unilatérales (hausse des tarifs douaniers, quotas…). Une précision s’impose : il ne s’agit pas de remplacer le libre-échange par LE protectionnisme, car ces politiques sont toutes les deux issues de la même matrice libérale. Il s’agit de prendre DES MESURES protectionnistes et de les insérer dans une perspective universaliste. Nuance ! Cette forme d’internationalisme ne présente aucun risque de nationalisme ou de confusion avec l’extrême droite !

Par exemple, dans le domaine de l’agriculture, chaque pays doit pouvoir assurer sa souveraineté et sa sécurité alimentaires. Pour les biens, chaque pays doit pouvoir augmenter ses droits de douane et mettre en place des quotas d’importations, tout comme interdire les délocalisations si la sécurité du système industriel et social le rend nécessaire. Même chose dans le domaine des services où chaque Etat doit pouvoir délivrer des autorisations d’importation. Enfin, les mouvements de capitaux et de changes doivent être contrôlés.

Or, toutes ces mesures sont rigoureusement interdites par les institutions garantes de l’ordre libéral, et particulièrement par l’OMC et l’UE. Faut-il, dès lors, envisager la tenue de conférences internationales pour faire évoluer ces institutions et leurs politiques ? Sans aucun doute. Mais pour quel résultat ? Et quand ? Lorsque toutes les usines auront été vidées au Nord, et les paysans décimés au Sud ?

Il faut donc désobéir à ces institutions, prendre des mesures unilatérales, c’est-à-dire décider à l’échelle d’un pays ou d’un petit groupe de pays. Cependant, ces décisions unilatérales, pour être comprises par les autres peuples et jouer un rôle d’entrainement, devraient s’inscrire dans le cadre universaliste de la Charte de La Havane rénovée.

Les pays membres de l’Union européenne doivent donc reprendre le mandat qu’ils lui ont donné pour négocier en leur nom à l’OMC. Ils pourront alors sortir de l’OMC et bâtir, à côté, un deuxième système de commerce international avec les pays qui voudront passer de la guerre commerciale à la coopération internationale. Sans stopper tout échange avec les pays restant dans l’OMC ! Les pays membres de l’Alliance bolivarienne pour les Amériques (ALBA), en la matière, donnent l’exemple.

Pour sortir de l’OMC, et éventuellement de l’Union européenne, un ou des référendums seront nécessaire afin d’expulser de la Constitution française tous les virus néolibéraux et euro-libéraux qui y ont été introduits et de s’appuyer sur la souveraineté populaire.

C’est à ces conditions que la gauche, à l’échelle mondiale, européenne et nationale, pourra se redresser.



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