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24 novembre 2013 7 24 /11 /novembre /2013 16:55

 

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Analyse et réflexion sur la Plataforma de Afectados por la Hipoteca

Vendredi 25 Octobre 2013

A Salt, municipalité de la région de Gérone une dizaine de familles occupent depuis Mars 2013 tout un bloc d’appartement (trente sur cinq étages) appartenant au SAREB.

Cette occupation est singulière. Au delà de la simple cohabitation des familles relogées qui avaient été touchées par des expulsions, l’organisation collective dans ce bloc au fil de la lutte a été capable de tisser des liens forts entre les habitants jusqu’à créer un peu de communauté.

L’expulsion devait avoir lieu le 16 octobre. Suite au recours mené auprès de la Cour Européenne des Droits de l’Homme, la décision à été prise par cette dernière de suspendre l’expulsion jusqu’au 29 Octobre.

Mouvement critique

L’explosion de la bulle immobilière en 2008 et l’aggravation de la crise économique en Espagne continuent de plonger des milliers de personnes dans la misère. Alors que les politiques ne cessent de prétendre que la relance économique est pour bientôt, qu’ils semblent s’apercevoir d’une sortie de crise à l’horizon 2014, les répercussions sur les conditions d’existence ne cessent de se faire ressentir.

L’accroissement du taux de chômage (vingt cinq pour cent), la multiplication des expulsions de famille suite à des incapacités de rembourser des emprunts (deux cent expulsions par jour en Espagne en 2013), la mise en hypothèque des logements acquis lors du boom de l’accession à la propriété des années 1990 et 2000, les mouvements de privatisation massifs dans le secteur de la santé ou de l’éducation, sont quelques-uns des bouleversements de l’économie politique auxquels les gens sont ici de fait confronté. Il n’y a pas un jour ou l’on ne voit pas une usine fermée, des familles expulsées, des gens à la rue, les stigmates de « la crise » et son lot de misère.

Dans le même temps où la situation devient critique, apparaissent des initiatives capables d’enrayer en partie la machine et de s’attaquer a ce monde. Bien souvent celles-ci ne proviennent pas des milieux politiques radicaux depuis lesquels pourtant elles pourraient émerger. La période de reflux du mouvement d’insoumission en Catalogne après le 15 mai 2011, son affaiblissement, ses incapacités à formuler des hypothèses territoriales claires, la question de l’indépendance, les embrouilles internes et une faible remise en question de certaines pratiques, ont contribué au fait qu’il est aujourd’hui contraint de ce rapporter à ces initiatives malgré le fait qui les a pendant longtemps critiqué.

Critique du mouvement

Les gens ici en sont d’ailleurs conscients. Il devient urgent de renforcer nos liens et nos pratiques en les rendant capables d’affecter plus largement afin de mieux se préparer aux prochaines vagues de contestation. En définitive, il s’agit de répondre d’une certaine manière à la question de l’agir, dans des échelles de temps et d’espace, où la crise et les politiques, semblent vouloir imposer leurs rythmes. Il y aurait beaucoup à en dire, d’un point de vue tactique, mais aussi stratégique. Car répondre en ces temps difficiles, à des nécessités premières (comment bouffer, se loger, se soigner, avoir de la thune) implique parfois de passer par l’usage des mécanismes et dispositifs que l’on à l’habitude de critiquer (comme certains camarades en Grèce qui ne pensaient jamais devoir travailler et qui se retrouve aujourd’hui obliger d’aller récolter les olives dans les villages ou de bosser comme serveur pour trois euros de l’heure). La question de la représentation, de l’usage des voies dites « légales », la centralité, le travail, l’argent, l’activisme, l’entre soi, la bureaucratie, la reproduction de la séparation de la vie et de la politique, sont souvent des critiques que l’on peut faire de certaines formes d’organisation et qui sembleraient de fait nous préserver de toutes compromissions. Comment faire dès lors, pour rencontrer d’autres formes de vies, de luttes, comment faire pour rester ferme sur notre éthique toutes en restant sincèrement ouvert à d’autres. Comment faire coïncider la nécessité de l’urgence de l’attaque, à celle de l’urgence de répondre collectivement à des nécessités premières ?

Ce monde n’est pas contre nous, ce sont nos vies qui s’y opposent

Porosité aux frontières du milieu. Transgression de nos propres règles. Élévation de nos capacités respiratoires. Sortie de l’asphyxie. S’attaquer à nos propres contradictions. Organiser nos outils. Créer des alliances.

Dans certains cas, cela peut avoir de la gueule. Nonobstant le fait qu’il est facile sinon juste d’émettre des critiques à l’égard de certaines manières de faire de la politique, de certains « rapports au monde démocratique ». Mais nous avons bien plus à gagner à affiner la critique de ces formes d’organisation en cherchant les irréductibilités sur lesquelles construire (ou pas) des alliances, plutôt que de nous complaire dans des modes de justifications, radicaux, qui s’attachent le plus souvent à émettre de simple avis, sans jamais déjà trouver en l’objet, des puissances en devenirs. Comme le disait un camarade brésilien sur le mouvement de contestation au Brésil, « c’est fou comme d’une simple lutte contre les prix des transports en commun on a pu arriver à un mouvement de contestation historique au Brésil, qui affirmait d’un seul coup à la mierda la copa ».

Si l’espace laissé vacant par la perte de crédibilité des discours sur la démocratie, a été récupéré par ce qu’il est parfois juste de nommer, mouvement associatif, citoyens, droits de l’hommistes, réformistes, ici indépendantistes, c’est avant tout parce que les mouvements plus radicaux ont eu des difficultés, sinon des incapacités, à élaborer des discours, des gestes, a la hauteur de la situation, capable de renforcer les dynamiques sur les territoires depuis lesquels ils s’organisent. Il est temps de prendre toute ou partie de nos responsabilités en se disant que c’est aussi parce que l’identité radicale, au risque de ne demeurer que la simple antithèse du monde auquel elle prétend vouloir s’opposer, n’a remporté que trop peu de victoire pour continuer a se rapporter aux choses du monde que par leurs négations. Nos vies s’immiscent sur les bords et au travers du monde. Nous nous sommes construits sur des failles aussi profondes qu’il parait difficile de les résorber. La seule chose qui semble bonne est de continuer à se questionner sur nos manières d’habiter, autant que sur celles qui nous habitent.

Alors que l’on s’accorde à dire que le milieu est lui aussi en crise, la manière de se rapporter, puis de se rattacher à de nouvelles situations par leurs négations mêmes, n’a de cesse d’affaiblir pourtant les justes positions politiques que nous avons. À défaut de ne pas trouver notre propre présence au monde, nous nous en satisfaisons de fait et préférons remettre à l’extérieur de nous-mêmes les causes de nos malheurs. Inutile de ricaner des initiatives prétendument réformistes lorsque l’on a du mal à porter autre chose que du discours ou de la révolte.

La Plataforma de Afectados por la Hipoteca est l’une de ces initiatives qui a été construites depuis quelques années en réponse à la crise du logement en Espagne. Il serait bon d’analyser les prises qu’elle a sur le réel sans se complaire dans une critique acerbe des mécanismes bureaucratiques, de la représentation et du spectacle dans lesquels elle est pourtant en partie empêtrée, mais aussi d’y trouver les lignes de forces capables de nous faire avancer.

La PAH, c’est quoi ?

La PAH à vue le jour en 2009 et s’inscrit dans la lignée d’un autre collectif de lutte pour le logement « V de vivienda » qui travaillait depuis de nombreuses années sur Barcelone et ailleurs à rassembler les personnes touchées par la question du logement. Suite à l’explosion de la bulle immobilière, la crise du logement, face à la multiplication des expulsions, a cessé d’être quelque chose de marginal. De plus en plus de personnes se retrouvent à la rue, avec le devoir de continuer de payer une maison dans laquelle elles ne vivent plus. Les gens ont contracté des prêts qu’ils ne peuvent plus payer. Le rêve de devenir propriétaire devient un cauchemar. À la suite d’une perte d’emploi viennent le chômage, les arriérés, l’hypothèque puis l’expulsion. Violence du quotidien, toujours le même mécanisme, celui de la propriété, qui paye, détient, qui ne paye pas se retrouve à la rue, ou en taule !

Dans ces premières années d’existence, la PAH était plutôt discrète. Agissant sur le terrain, organisant de multiples réunions et constituant un large réseau de soutien, la PAH a peu à peu pris une place importante dans le mouvement de contestation générale à travers notamment l’une de ces têtes visibles, Ada Colau, avocate présente à l’origine du mouvement. Rassemblant toutes sortes de personnes, le plus souvent touchées, d’une manière ou d’une autre, par la question du logement, la présence de la PAH s’est fait sentir sur le terrain.

D’une problématique plus générale, la plateforme s’est avant tout concentrée à organiser les différentes initiatives de résistances au niveau local. Cela expliquant sa présence essaimée sur tout le territoire espagnol (Madrid, Barcelone, Valence, Tarragona, Sabadell) mais aussi dans des petites villes de province.

Les pratiques de la PAH sont diverses. En commençant par des actions directes d’opposition aux expulsions, la plateforme s’est également dotée d’un arsenal juridique capable de procédé à des recours en cas d’expulsion avec une certaine efficacité. En plus d’un site internet, donnant accès à des fiches pratiques pour résister à une expulsion, le mouvement a réussi peu à peu à s’immiscer dans le débat public à travers des campagnes de soutien massif, pétitions, manifestations, occupation symbolique de banque, mais aussi harcèlement collectif de personnalité politique. De plus la PAH a proposé en 2010, au parlement de Madrid, une réforme de la loi sur les hypothèques qui exigeait la suppression de la dette contractée auprès des banques à la suite d’une expulsion (ILP). Cette procédure visait à interdirent aux banques de continuer de réclamer le reste de la dette aux familles qui venaient d’être expulsées de leurs logements. Face au refus du gouvernement et du reste des partis politiques de valider cette réforme de loi, accompagné de la multiplication des cas d’expulsions, la PAH a décidé de franchir un autre niveau d’offensivité en optant pour la pratique de l’occupation.

Depuis a commencé une nouvelle phase où la PAH mène en ce moment une campagne d’occupation de bâtiments vides appartenant à des banques pour reloger les familles qui venaient d’être expulsées. Selon les chiffres annoncés sur sa page web, plus de huit cent expulsions ont été empêchées et plus de sept cent personnes ont été relogées. Ce qu’il y a d’incroyable là dedans, c’est la capacité de milliers de personnes à se réapproprier le discours et les gestes offensifs du mouvement d’occupation pour répondre à des situations d’urgences très concrètes. Des gens qui n’étaient pas forcément des militants se retrouvent à occuper, à porter un discours plus offensif. En s’organisant collectivement l’on voit mieux le lien qu’il pourrait avoir avec le mouvement d’occupation. Vu la multiplicité et la transversalité de cette plateforme, certaines commissions de la PAH ont élargi le champ de bataille en s’auto définissant comme anticapitaliste (manresa) continuant d’être rejoint par de plus en plus de monde.

Pour autant apparaissent quelques doutes sur les stratégies politiciennes dans lesquelles se retrouve parfois la PAH. Autant la PAH sollicitée et sollicitant les médias à chaque action de résistance, fait savoir qu’elle compte bien peser dans le débat public (ILD, Stop Desahucios) autant le fait que les médias en parlent participe au fait que de plus en plus de personnes se sentent concernées. En pointant un ennemi commun, la culpabilité vécue par les gens qui vont être expulsés se transforme. De l’impuissance d’être expulsé, de ne pas pouvoir soutenir sa famille, l’on passe à une lecture qui n’était pas si claire avant, à savoir celle qui fait que lorsque l’on se retrouve pris dans une force collective comme la PAH on peut un peu relever la tête, se ressentir puissant face à cette impuissance. La question de l’expulsion n’est plus un tabou, elle n’est plus qu’un simple problème individuel sinon ressenti comme un problème systématique et systémique. La PAH semble définir peu à peu une stratégie à plus long terme. Il y a effectivement un risque que les actions de la plateforme, avant tout orientées en réaction à la crise économique de la finance, glissent vers une certaine forme de militantisme capable d’être récupérée par des partis politiques de la gauche traditionnelle. Mais n’enterrons pas si vite ce mouvement !

Ne touchez pas au bloc de Salt

À Salt, municipalité de la région de Gérone une dizaine de familles occupent depuis mars 2013 tout un bloc d’appartement (trente sur cinq étages) appartenant au SAREB (banque crée ces dernières années pour regrouper tous les actifs toxiques de la banque espagnole). Cette occupation est singulière. Au-delà de la simple cohabitation des familles relogées qui avaient été touchées par des expulsions, l’organisation collective dans ce bloc au fil de la lutte a été capable de tisser des liens forts entre les habitants jusqu’à créer un peu de communautés, la garde des enfants est partagée et l’on s’occupe de cultiver le jardin ensemble. Au cours de ces derniers mois, les soutiens ont été nombreux.

Le rendez-vous étant donné le Mardi 15 Octobre autour d’une soirée festive, organisée face à la menace d’expulsion prévue le lendemain. Il y a des concerts prévus autour du bloc, la « commission cuisine » prépare la bouffe, l’après-midi se déroule entre une ambiance festive, une inquiétude partagée et les préparatifs face à la possible expulsion. De multiples banderoles recouvrent la façade de l’édifice « No Pasaran », « aucune famille sans toit et nourriture » « le bloc de Salt ne se touche pas ».

Du monde arrive d’un peu partout, « On attend un bus d’une des commissions de la PAH de Madrid » la nuit tombe, mais les gens restent dehors. Les rues sont désertes, mais autour de l’immeuble il y a de la vie. La stratégie est bien rodée. Une table d’accueil organise l’espace libre pour dormir, face à l’afflux de personnes venues de toute part apporter leurs déterminations à empêcher l’expulsion. Des journalistes de la télévision catalane viennent gratter des informations, « Ils nous ont dit qu’il y avait des français, où sont-ils ». Entre les chansons et l’alarme du mégaphone, tout le monde essaye de dormir un peu, la journée de demain s’annonce éprouvante.

6 heures du matin, il y a déjà du mouvement, on attend les flics à n’importe quel moment. Le café du coin à décidé d’ouvrir plus tôt pour permettre à tout le monde de se réveiller. On regarde les images de la veille. L’on parle de plus de sept cent personnes qui ont dormi dans les environs. Le petit déjeuner est aussi servi aux portes du bâtiment. Les gens commencent à se rassembler. On se compte part centaines. Le vert, couleur de la PAH, envahit l’espace. Les cris et les pancartes réclament les têtes du gouvernement, « si se puede, pero no quieren ».

À 9 heures la nouvelle tombe, l’expulsion a été suspendue. Un militant de la PAH prend la parole et explique que suite au recours mené auprès de la Cour Européenne des Droits de l’Homme, la décision a été prise par cette dernière de suspendre l’expulsion jusqu’au 29 octobre. La joie éclate parmi les manifestants et les familles. Cette annonce leur donne un peu plus de temps pour s’organiser.

Lors de la table de presse, on se rend compte que c’est l’Europe qui est mise en avant comme défenseur des droits humains. Alors que les médias nationaux titrent en première page que « l’Europe empêche l’expulsion de l’immeuble occupé par la PAH », les habitants affirment que c’est bien grâce à la lutte et aux différents soutiens que cela a été possible. Une petite victoire pour les habitants. Mais tout le monde le sait ici. Si l’état compte s’attaquer à cette occupation, il faudra bien plus qu’un simple communiqué et une jolie pirouette droit de l’hommiste pour en venir à bout. Dans la foulée une manifestation est organisée dans le quartier pour appeler les voisins à se joindre à une bouffe prévue en bas de l’immeuble.

Les mille personnes présentes ce jour-là s’en souviendront. La prochaine fois, il faudra être encore plus nombreux et audacieux pour arrêter les flics et les huissiers. Car les victoires peuvent se transformer en défaites si un nouveau niveau d’intensité n’est pas assumé par le mouvement. Alors que l’attention du public était focalisée sur cette expulsion, le lendemain les Mossos et la Guardia en ont profité pour expulser le Mas Castelló, maison occupée par les opposants aux projets de la MAT (Ligne Très Haute Tension) à quelques kilomètres de là

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