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20 novembre 2009 5 20 /11 /novembre /2009 12:10

http://www.palestine-solidarite.org/analyses.Silvia_Cattori.181109.htm


Mouvement de solidarité avec les Palestiniens

Plaidoyer pour la liberté d'expression et d'action

Silvia Cattori

La guerre menée par les gouvernements israéliens successifs contre leurs voisins, depuis 1948, n’est pas seulement militaire. C’est aussi une guerre psychologique et une guerre de propagande dans laquelle ils sont du reste passés maîtres. Quand les mensonges ne suffisent plus pour masquer leurs crimes, ils se servent de la mémoire de l’Holocauste et de l’accusation d’« antisémitisme » comme d’une arme. Cela est fort choquant. D’autant que nos gouvernements cèdent à cette pression.

Mais quand ce sont des mouvements progressistes, des associations de soutien aux Palestiniens qui, en quelque sorte, intériorisent cette propagande et en arrivent à se servir de l’anathème de l’ « antisémitisme » pour museler les voix qui touchent au cœur du problème - le nationalisme sioniste, une idéologie raciste, outil de destruction de la Palestine et du peuple palestinien - cela est encore plus choquant. Le dernier exemple en date vient de nous en être malheureusement fourni par l’Association France Palestine Solidarité (AFPS).

L’historien Paul-Éric Blanrue, auteur du livre « Sarkozy, Israël et les juifs », a été récemment pris pour cible - ainsi que d’autres personnes - sur le site dit « d’informations antifascistes » REFLEXes, dans un article non signé intitulé « Procès Dieudonné - Faurisson : la Cour des Miracles négationnistes !! ». Un article de très bas étage dont l’auteur se cache derrière l’anonymat et utilise abondamment les procédés de « culpabilité par association » qui ont fait les beaux jours du MacCarthysme. L’AFPS l’a, curieusement, publié sur son site officiel, sans commentaire introductif, ce qui laisse supposer qu’elle n’avait pas de réserves à émettre sur son contenu [1].

Au passage, dans cet article, le physicien belge Jean Bricmont, se trouvait également mis en cause, en ces termes, pour avoir apprécié la lecture de l’ouvrage de Blanrue : « On retrouve même ce livre cité en exemple par certains milieux pro-palestinien qui ces derniers temps, au nom de l’antisionisme sont prêts à de nombreuses compromissions tel que Jean Bricmont (…) ».

Ce dernier a réagi point par point aux arguments de l’auteur anonyme auquel l’AFPS venait d’offrir sa tribune. Suite à cela, l’AFPS, a mentionné qu’elle diffusait le texte en question sur son site – au titre d’un « droit de réponse » (que M. Bricmont, n’a pas demandé), tout en prenant soin de préciser qu’elle n’était pas d’accord avec ses positions (c’est nous qui soulignons) : « Jean Bricmont souhaite que nous publiions cette réflexion que lui inspire l’article de REFLEXes publié sur notre site et où il est directement mentionné (…). Il va sans dire que la publication de cet article n’engage en rien la position de l’AFPS en la matière, qu’il s’agisse du livre de Blanrue, de Dieudonné, de la conception de l’extrême droite, de la liberté d’expression ou encore de la gauche antifasciste... Nous ne partageons pas les positions de Jean Bricmont . » [2]

Or, que dit en substance Jean Bricmont, que l’AFPS ne partage pas ?

Au sujet de la liberté d’expression, M. Bricmont souligne que « défendre la liberté d’expression de X ne signifie nullement approuver les idées de X. Cette défense découle seulement d’une réflexion sur les principes de droit sur lesquels repose une société démocratique », que « dans une société réellement démocratique, il y aura nécessairement une multiplicité d’opinions, qu’il est impossible de les approuver toutes », mais que « l’expression de toutes ces idées, aussi folles et mutuellement contradictoires qu’elles soient, doit être légale. »

Au sujet de Dieudonné, M. Bricmont relève : « On requiert un an de prison (avec sursis) contre Dieudonné pour un sketch. On est évidemment libre d’estimer ce sketch de très mauvais goût, insultant, et le condamner moralement. Mais un an de prison (même avec sursis) ? Que répondra-t-on aux Noirs et aux musulmans qui pourraient se sentir insultés par d’autres sketches (y compris certains sketches de Dieudonné) ? »

Sur Blanrue, M. Bricmont précise : « J’ai lu le livre de Blanrue et je l’ai trouvé salutaire. Bien que moins complet, il est un peu le « Mearsheimer et Walt » français, en ce sens qu’il met, pour la première fois, le doigt sur un problème fondamental de nos sociétés, à savoir l’extraordinaire influence sur notre vie politique des réseaux pro-israéliens (ou du lobby pro-israélien comme disent Mearsheimer et Walt). »

S’agissant de l’extrême droite, M. Bricmont se demande où elle se situe vraiment aujourd’hui et se permet de mettre en cause la bonne conscience des « antifascistes » autoproclamés : « J’avoue (…) avoir un petit problème avec la notion d’extrême droite en France. Pour les « antifascistes », l’extrême droite, ce sont exclusivement les gens qui sont supposés être nostalgiques de Vichy, de la monarchie, de l’Algérie française, qui sont trop souverainistes à leur goût, ou encore, pour certains, les « islamo-fascistes ».

Après avoir relevé que l’apologie de la guerre, à Gaza, au Liban, en Afghanistan et en Irak, et la défense des politiques discriminatoires d’Israël n’ont pas été le fait de l’ « extrême droite », mais de beaucoup de gens se situant à gauche, il ajoute : « Si l’on veut bien élargir ainsi la notion d’extrême droite (ce qui me semble justifié d’un point de vue conceptuel et historique), on se rend compte que le gouvernement français, la plupart des médias et des intellectuels, et bien sûr, une bonne partie de la « gauche antifasciste » sont d’extrême droite, ce qui complique considérablement la nécessaire « lutte contre l’extrême droite ».

M. Bricmont résume ainsi sa position (c’est nous qui soulignons) : « Finalement, il est regrettable de voir que des articles comme celui de REFLEXes sont repris par des associations pro-palestiniennes comme l’AFPS (ou Bellaciao). Bien sûr, ils ont le droit de le faire, là n’est pas la question. Mais le fait de diffuser certains articles plutôt que d’autres est un choix politique, et ce choix peut être discuté. Or ce choix signifie que la priorité, pour ces organisations, n’est pas de défendre la liberté d’expression mais bien de hurler avec les loups dans la dénonciation des « méchants » (Dieudonné, Blanrue etc.)

Comment ne pas voir que le discours sur l’holocauste est instrumentalisé pour soutenir Israël et pour faire taire les critiques (la question n’étant pas de « mettre en cause » l’holocauste, mais de se demander pourquoi cet événement doit déterminer notre politique étrangère) ? Le temps où une majorité de gens aimaient réellement Israël, « la seule démocratie au Moyen-Orient », « la villa au milieu de la jungle » etc. est passé. Mais l’étape qui reste à franchir, pour qu’une autre politique envers le Moyen-Orient soit possible, est de libérer la parole et de faire cesser l’intimidation et la culpabilisation à propos de tout ce qui concerne Israël et le sionisme.

La « solidarité avec la Palestine » commence ici, principalement dans la lutte contre les réseaux pro-israéliens. Diffuser et faire connaître le livre de Blanrue, ou celui de Mearsheimer et Walt, défendre la liberté d’expression, aider à libérer le discours et à ouvrir le débat, c’est réellement « aider la lutte des Palestiniens », et c’est l’aider de façon essentielle.

Nous ne devons pas montrer aux sionistes que nous sommes « gentils », en nous « démarquant » sans arrêt de X ou de Y qui a eu une parole trop dure ou trop franche, mais montrer que nous sommes libres et que le temps de l’intimidation est passé. »

Le comportement de l’AFPS dans cette affaire est, tout à la fois, extrêmement choquant, extrêmement révélateur, et – comme nous allons le voir - pas vraiment surprenant. (Nous tenons d’emblée à préciser que, quand nous disons ici « l’AFPS », nous voulons parler de ses dirigeants, de ceux qui, dans le mouvement, définissent et orientent ses stratégies, et non de l’ensemble de ses militants dont nous admirons le dévouement.)

Comment peut-on accepter que l’AFPS, une des plus importantes associations françaises de solidarité avec la Palestine, fournisse, sans émettre de réserves, une tribune à des personnes qui se cachent derrière l’anonymat pour jeter le discrédit sur d’autres personnes dont les réflexions peuvent contribuer à élargir le débat sur la question palestinienne ? Que viennent faire ces accusations touchant un prétendu « antisémitisme » auxquelles l’AFPS prête voix ?

Plutôt que de s’en prendre à des gens qui, n’en déplaise à certains, ont leur manière propre de parler de la nature de l’État juif, plutôt que de jeter sur eux la suspicion et d’alimenter la division, n’est-ce pas au rassemblement de toutes les forces disponibles qu’une association de solidarité avec la Palestine devrait se consacrer ?

De toutes manières, se prêter à des manœuvres ayant pour but de discréditer des voix qui peuvent déranger certains dirigeants de la solidarité, est un procédé peu reluisant.

Les nombreuses personnes que les positions de l’AFPS ont choqué par le passé, et qui nous l’ont fait savoir, se posent ici de manière plus lancinante que jamais un certain nombre de questions, et notamment celles-ci : Quelle politique, au juste, cette association a-t-elle jusqu’ici suivie ? Est-ce bien à la défense de la cause palestinienne qu’elle s’est mobilisée en priorité ? Cette politique a-t-elle soutenu, ou a-t-elle au contraire entravé, la lutte des Palestiniens ? Si elle n’a pas soutenu leur lutte, au bénéfice de qui cette politique a-t-elle été menée ? Se poser ces questions n’est pas faire le procès de l’ensemble de l’action de l’AFPS mais centrer le débat sur ce qui compte : la lutte du peuple palestinien et le meilleur soutien à lui apporter.

Loin de « libérer le discours » et contribuer ainsi « de façon essentielle » à la lutte des Palestiniens comme le propose à juste titre M. Bricmont, l’AFPS vient au contraire de signifier – à l’adresse de ses lecteurs et militants - son désaccord avec lui. Ce qui laisse entendre qu’elle cautionne le texte anonyme de REFLEXes et qu’elle continuera de désigner ceux et celles qu’elle s’arroge le droit d’exclure, comme « antisémites », « négationnistes », etc. [3]

Est-ce le rôle de l’AFPS de s’associer aux calomnies d’individus qui agissent, chez nous, avec les mêmes méthodes que les colons juifs en Palestine : la déshumanisation, l’exclusion ?

C’est pourtant bien la souffrance des Palestiniens cadenassés dans des ghettos de misère par l’occupant israélien, sous la menace permanente de colons juifs ouvertement racistes, et sous l’oppression d’une armée coloniale d’occupation qui les assassine sans discontinuer sur une large échelle, qui devrait inquiéter l’AFPS. C’est l’urgence qu’il y a à apporter remède à cette situation qui devrait être au cœur de ses préoccupations.

C’est là bas, en Palestine, qu’il y a un véritable danger et une véritable discrimination ! Pas chez nous ! C’est là bas, en Israël, que l’on voit à l’œuvre un racisme généralisé ainsi qu’une ségrégation religieuse et ethnique. C’est en Israël qu’il y a négation de l’Autre et un gouvernement fascisant. Pas chez nous !

Ce qui devrait également préoccuper et mobiliser l’attention de l’AFPS, c’est l’ampleur du racisme anti-arabe et antimusulman qui s’est développé dans nos sociétés laïques à l’instigation de ces propagandistes pro-israéliens omniprésents, adeptes de la théorie du « choc des civilisations » [4]. C’est l’islamophobie, entraînée par la propagation de la peur et de la haine de l’Islam à des fins politiques. C’est la diabolisation et la déshumanisation des musulmans et des Arabes pour faire passer comme inévitables les crimes commis contre eux par les armées occupantes. C’est l’usage continuel de l’« antisémitisme » comme instrument de pression par Israël et les organisations juives sur nos gouvernements.

Les calomnies de prétendus « antisionistes », qui se servent de leur position au sein des associations de défense des Palestiniens pour isoler, intimider, diviser, exclure, et assurer leur contrôle sur l’information, ont trop duré : elles devraient être bannies [5].

Le rôle d’une association comme l’AFPS ne devrait-il pas être, non pas de faire écho à un antisémitisme largement imaginaire (Jacques Attali lui-même a admis récemment qu’il n’existe pas !), mais de s’attacher à défendre les victimes, aussi bien de la politique criminelle de l’État juif, que de ceux qui utilisent cette arme facile - mais malheureusement efficace - de l’« antisémitisme », du « négationnisme » ? Ne devrait-il pas être de soutenir pleinement la résistance palestinienne – fut-elle incarnée par des mouvements religieux comme le Hamas et le Djihad - et de lui apporter un plein soutien ?

Malheureusement, l’AFPS n’a pas joué ce rôle (du moins jusqu’à tout récemment). Il suffit pour s’en convaincre de revoir à qui, durant ces années si cruciales et dangereuses pour les Palestiniens, l’AFPS a prioritairement donné la parole [6]. Nombre de militants et sympathisants que nous avons rencontrés nous ont dit avoir vu, avec consternation et colère, l’AFPS se cramponner à des stratégies politiques contreproductives – à des stratégies qui répondaient point par point, aussi bien aux intérêts très particuliers du « camp de la paix israélien », qu’aux intérêts personnels des dirigeants ou représentants de l’Autorité Palestinienne (AP) et de l’OLP, que les trois quart du peuple palestinien rejetaient car ils incarnaient la corruption et la collaboration avec l’occupant [7].

Après les élections qui ont porté le Hamas au pouvoir en janvier 2006, on aurait pu s’attendre à ce que l’AFPS fasse son autocritique et change de cap. Mais elle a continué de considérer les portes parole de l’AP et les délégués de l’OLP comme les représentants légitimes du peuple palestinien, tandis que des ministres du gouvernement du Hamas [8] ainsi que des parlementaires de ce mouvement étaient emprisonnés et torturés en Israël avec la complicité tacite de l’AP ; et que, plus grave encore, des résistants et de simples sympathisants du Hamas, étaient pourchassés, torturés et assassinés, par les Forces de sécurité de Mahmoud Abbas [9]. L’AFPS ne pouvait ignorer que, si le peuple palestinien a accordé sa confiance au Hamas, c’est parce que celui-ci incarnait à ses yeux la probité et la résistance à l’occupant.

Or curieusement, cette victoire du peuple palestinien, a été ressentie comme une catastrophe par nombre de dirigeants de l’AFPS qui soutenaient les « laïcs » contre les « islamistes » et qui auraient voulu voir gagner les « modérés » du Fatah. C’est en ces termes que Bernard Ravenel, ancien président de l’Association France-Palestine Solidarité, faisait état de son désarroi dans un article du 22 février 2006 : « C’est l’écroulement du monde palestinien que j’ai connu, laïque, démocratique, “de gauche”. » [10]

Comment expliquer ce parti pris en faveur d’un pouvoir qui amenait la cause palestinienne au naufrage ? Parce que, en fait, l’AFPS ne s’est jamais positionnée comme un mouvement de soutien à la lutte de libération nationale du peuple palestinien et sa résistance contre le nettoyage ethnique. Une lutte qui, rappelons-le, comporte trois revendications majeures : 1) la fin de l’occupation et de la colonisation de toutes les terres arabes et le démantèlement du mur, 2) l’égalité des droits des Palestiniens de 48 vivant en Israël, 3) le droit au retour de tous les réfugiés chez eux, là d’où les colons juifs les en ont chassés dès 1948.

Alors que les conséquences désastreuses des pourparlers de Madrid et des Accords d’Oslo étaient prédites par des Palestiniens lucides comme Edward Said [11] ; alors qu’il était apparu comme évident que les compromissions de l’Autorité palestinienne n’apporteraient que plus de souffrance au peuple palestinien, l’AFPS a malheureusement persisté à soutenir aveuglément le processus d’Oslo [12], se condamnant ainsi à cantonner les militants de la solidarité dans le rôle d’auxiliaires d’une stratégie de négociation perdue d’avance. Une stratégie qui réduisait une lutte de libération nationale à d’illusoires discussions permettant surtout aux dirigeants de l’Autorité palestinienne et à leurs représentants d’acquérir des privilèges économiques et d’asseoir leur pouvoir avec le soutien de l’Occident et d’Israël.

L’AFPS n’a jamais voulu entendre, par la suite, les cris d’alarme de militants lucides qui, comme Pierre-Yves Salingue, ne pouvaient pas accepter de voir le mouvement de solidarité avec les Palestiniens se transformer en un mouvement « pour la Paix » [13], alors que sa vocation était d’agir en soutien à leur lutte de libération nationale. Salingue dénonçait cette stratégie en ces termes : « Il s’agit d’un mouvement de soutien à la recherche de la paix, animé par la croyance que la paix est possible dans le double respect de l’État juif d’Israël et des aspirations des Palestiniens. Mais l’histoire a montré que c’est une équation impossible à résoudre parce que la logique de l’État sioniste d’Israël est strictement antagoniste avec la satisfaction des exigences légitimes du peuple palestinien. » [14]

Les questions posées restaient sans réponse. Il était mal vu de critiquer le processus d’Oslo ; mal vu de dire que le vol de la terre palestinienne, avait commencé en 1948 ; mal vu de parler du droit de retour des réfugiés, (car reconnaitre ce droit remettait en cause la légitimité d’Israël dès sa fondation, et pas seulement en ce qui concerne les territoires occupés depuis 1967). Il était mal vu de critiquer la « solution à deux États » qui allait conduire à la reconnaissance de l’État d’Israël en tant qu’ « État juif », à l’exclusion des Arabes palestiniens vivant en Israël, et à la négation du droit de retour des réfugiés chez eux ; mal vu de dénoncer le prétendu « processus de paix » dans lequel l’AP s’enfonçait et qui permettait manifestement à l’occupant de poursuivre à marche forcée sa colonisation.

Cela explique pourquoi ont été ignorés les textes émanant d’intellectuels, analystes politiques ou militants palestiniens qui ne cadraient pas avec la ligne suivie par l’AFPS ; textes qui condamnaient la poursuite de négociations ne menant à rien, qui rejetaient la fable de la « solution à deux États » et appelaient au démantèlement de l’Autorité de Ramallah en faisant observer que « les accords d’Oslo ont créé une nouvelle bourgeoisie palestinienne dont les intérêts sont liés à la poursuite de l’occupation israélienne… » [15].

Cela explique également pourquoi ce sont des portes parole du « camp de la paix israélien » qui ont occupé une place prépondérante dans l’orientation politique de l’AFPS [16]. Et cela permet de comprendre pourquoi – vu l’évolution désastreuse de la situation en Palestine depuis 2000 - les voix de ceux qui n’ont jamais adhéré à cette ligne politique ont été ressenties comme très dérangeantes par certains dirigeants du mouvement de solidarité. Les accusations d’« antisémitisme » servaient à les faire taire, ou du moins à les rendre inaudibles.

Après le carnage à Gaza de 2008-2009, on a vu, et cela est positif, des responsables de la solidarité modifier radicalement leur discours [17]. Mais ceux qui ont un peu de mémoire restent attentifs : ils se souviennent que, hier encore, l’AFPS était partie prenante de rassemblements « pour une paix juste en Palestine-Israël » où Michel Warschawsky et Dominique Vidal partageaient le micro avec Leila Shahid, déléguée générale de la Palestine en France, en présence d’un public désireux de comprendre les véritables enjeux et d’agir correctement [18]. Pourtant, les dirigeants de l’AFPS ne pouvaient ignorer qu’en dépit de ses talents oratoires, Leila Shahid, porte parole de l’Autorité palestinienne, n’en représentait pas moins un pouvoir faisant les intérêts d’une petite élite affairiste qui tirait grand profit du « processus Oslo », et que sa conception de la lutte de libération, était aux antipodes de celle à laquelle aspirait le peuple palestinien [19]. Elle incarnait une politique – celle de l’Autorité palestinienne - qui ne risquait pas de mettre en cause la « légitimité » d’Israël, ni son « droit à exister dans des frontières sûres et reconnues » !

Pour Israël, l’Autorité palestinienne et les représentants de l’OLP étaient le partenaire idéal pour pouvoir poursuivre la colonisation et l’expulsion des Palestiniens de leurs terres.

Et que dire, de cet autre partenaire privilégié de l’AFPS : Elias Sambar, observateur permanent de la Palestine auprès de l’UNESCO ! Fervent défenseur d’Oslo, il n’a jamais perdu une occasion de diaboliser le Hamas, même après la victoire de celui-ci aux élections et, plus récemment, de l’associer aux chiites, à l’Iran, reprenant ainsi la propagande répandue par Israël. Pour preuve que la souffrance du peuple palestinien n’est pas son problème, après le carnage de Gaza en 2008-2009, il a eu l’indécence de faire l’éloge, de « cette police palestinienne, désormais unifiée, qui a repris les choses en main » à Naplouse et Jénine. Une police qui, excusez du peu, a été formée par le général étatsunien Keith Dayton (U.S. security coordinator for Israel and the Palestinian Authority) pour liquider, en collaboration avec l’occupant, la résistance de son propre peuple ! [20] Et dont Bernard Kouchner - le chef de la diplomatie française, qui a pris le relais de Washington pour défendre les intérêts de Tel Aviv dans la région depuis la déconfiture de l’ère Bush - a bien évidemment vanté les mérites [21].

Mais le partenaire qui a le plus marqué de son empreinte le mouvement de solidarité est l’Israélien Uri Avnery, fondateur de Gush Shalom (Le Bloc de la paix), dont l’AFPS publie la chronique hebdomadaire. Un partenaire qui campe pourtant sur des positions incompatibles avec les objectifs de la lutte du peuple palestinien pour sa libération nationale, notamment sur la question du droit de retour des réfugiés : le principe raciste « deux États pour deux peuples » est, pour lui, la base du compromis historique et, dit-il « il est clair que le retour de millions de réfugiés palestiniens dans l’État d’Israël changerait complètement le caractère de l’État contrairement aux intentions de ses fondateurs et de la plupart de ses citoyens… » [22].

Autre signe troublant. L’AFPS n’a pas fermement dénoncé, à notre connaissance [23], les parlementaires européens - y compris de gauche - qui, en 2003, ont voté à la quasi unanimité l’inscription du Hamas sur la liste terroriste [24], donnant ainsi le feu vert à Israël pour exécuter « préventivement » les cadres du Hamas ou du Djihad, c’est-à-dire des résistants que ce vote a transformés en « terroristes ». L’AFPS n’a rien dit, à notre connaissance, quand l’Autorité illégitime de Ramallah a gelé les comptes des organisations de charité musulmanes, privant ainsi les familles palestiniennes les plus démunies d’une aide dont elles avaient cruellement besoin.

Nous avons exposé dans plusieurs articles [25] la déception manifestée par la population palestinienne de voir Yasser Abed Rabbo, le conseiller de feu Yasser Arafat, et la délégation palestinienne, à Genève en 2003, promouvoir une prétendue Initiative de paix [26] que cette population désavouait. Nous étions sur place et avons vu avec quel désespoir les Palestiniens assiégés les regardaient festoyer, lors de ce carnaval, aux côtés d’officiers et généraux israéliens, notamment l’ancien président du Shabak considéré comme un véritable assassin. Cela se passait en cet hiver sanglant où Israël profitait de cette mascarade, qui réunissait tout le gratin mondial à Genève, pour lancer de meurtrières opérations militaires, dans le district de Naplouse et à Gaza.

Pour ceux qui voyaient ce battage diplomatique comme une nouvelle duperie, il était très choquant de constater que l’AFPS n’avait pas condamné fermement, dès le départ, cette énième initiative de paix, qu’Ilan Pappe - l’un des rares Israéliens à dire les choses comme elles sont - avait justement dénoncée et qualifiée de « bulle de savon ».

En fournissant une tribune à des militants israéliens internationalement très présents (Gush Shalom, La Paix maintenant, etc) – qui, sur toute une série de points, avaient eux l’intérêt non avoué de consolider les acquis illégaux de l’État d’Israël et la « normalisation » entre l’occupant et l’occupé - l’AFPS n’a pas aidé la cause qu’elle affirme défendre. Elle n’a pas rempli le rôle qu’un mouvement de soutien à la lutte de libération nationale aurait dû assumer. Elle n’a pas, comme elle l’aurait dû, soutenu la lutte définie par l’ensemble des forces palestiniennes hostiles à l’esprit d’Oslo, et leur droit à la résistance sous toutes ses formes, qu’elle soit armée ou civile [27]. En 2002 et 2003, aussi bien en Cisjordanie qu’à Gaza, beaucoup de résistants palestiniens nous ont dit leur écœurement de voir défiler ces groupes d’internationaux venus en « mission civile » encadrés par des notables du Fatah et du FPLP - à l’exclusion du Hamas et du Djihad – ce qui ne faisait qu’accentuer la division, la souffrance et les jalousies entre Palestiniens au lieu de contribuer à leur unité.

Les Palestiniens qui ont payé dans le sang les trahisons de l’Autorité de Ramallah [28] ne peuvent comprendre que les principaux dirigeants du mouvement de solidarité international aient choisi le camp des collaborateurs et non le camp de la résistance. Pourtant, ils avaient été avertis dès le départ ; les innombrables carnages qui, notamment depuis 2005, ont jeté la population de Gaza dans l’horreur auraient peut-être été évités si, dès les années 90, les stratèges de la solidarité avaient écouté la voix des Palestiniens qui, comme Edward Said, avaient dénoncé l’imposture d’Oslo.

Compte tenu de ses orientations, l’AFPS, a longtemps tergiversé au sujet de la campagne BDS (Boycott, Désinvestissement et Sanctions contre Israël), lancée en 2005 par la société civile, et à laquelle participent toutes les factions nationales et islamiques palestiniennes [29]. Car l’appel BDS posait très clairement les trois revendications fondamentales de la lutte de libération nationale palestinienne basées sur le droit international.

La résistance de la population de Gaza, les horreurs de décembre 2008 / janvier 2009 – plus meurtrières encore que toutes celles qu’Israël lui avait infligées depuis 2005 [30] - et l’onde de choc produite, ont fini par contraindre toutes les associations de solidarité, dont l’AFPS, à s’engager sans plus traîner les pieds dans la campagne BDS - en dépit de l’hostilité déclarée d’Uri Avnery au boycott [31].

Cela permet d’espérer que les choses vont aller dans le bon sens. D’autant que les fondateurs de l’appel BDS ont clairement fait savoir qu’ils entendaient désormais déterminer eux-mêmes le contenu de leur action, qu’il n’était plus question pour eux de se le voir dicter de l’extérieur ; et qu’il fallait en respecter les exigences fondamentales : la fin de l’occupation et de la colonisation des terres arabes et le démantèlement du mur ; l’égalité des droits pour les Palestiniens vivant en Israël ; les droits des réfugiés palestiniens à revenir dans leurs maisons et propriétés comme stipulé dans la résolution 194 de l’ONU.

Coupant court aux pressions des associations de solidarité qui réclamaient un rôle politique de codécision - rôle qu’elles avaient pris l’habitude d’exercer et qui leur permettait de faire le tri qui leur convenait dans les revendications palestiniennes [32] - Omar Barghouti, un des membres fondateurs de l’appel, nous disait en 2007 : « Comme Palestinien, je ne peux accepter que quiconque, dans le mouvement de solidarité, me dise ce que je suis autorisé et ce que je ne suis pas autorisé à proposer ou à défendre. C’est nous qui décidons ce qui est autorisé. Même les gens qui ont des principes très solides dans le mouvement de solidarité avec les Palestiniens sont nos partenaires, nos camarades, mais ils ne sont pas « nous ». Ils ne devraient pas parler à notre place comme si nous avions cessé d’exister » [33].

En conclusion, face aux atrocités croissantes, le mot est faible, subies quotidiennement par le peuple palestinien, il est du devoir de chacun de tenter tout ce qui est en son pouvoir pour y mettre fin. La Palestine a besoin de loyauté et de l’union de toutes les forces disponibles. Il y a déjà eu trop de victimes. Trop de souffrances. Trop de mensonges. Trop de désinformation.

Les orientations stratégiques du mouvement de solidarité doivent pouvoir être librement débattues. Parler de ce qui a dysfonctionné est primordial. Surtout quand il s’agit d’une association de l’importance de l’AFPS qui, par le nombre de ses membres et les fonds dont elle dispose, occupe une position prépondérante. Étouffer le débat, c’est rendre un très mauvais service à la cause que l’on prétend défendre. Il y a des vies en jeu en Palestine.

Quand j’y suis allée en 2002 pour la première fois, avec la curiosité d’une journaliste, je n’avais aucun parti pris. Je voulais comprendre ce qui se passait. J’en suis revenue désespérée et révoltée. Depuis, je n’ai cessé de témoigner.

Les erreurs de stratégies et les mauvais calculs se payent en larmes et en sang en Palestine. Il m’a paru essentiel de le rappeler ; même si ce qui précède n’a pas été facile à écrire et qu’il m’a été très douloureux d’avoir à désigner des personnes ou des groupes.

Le temps est venu d’écouter des voix qui apportent un autre éclairage que celui dispensé par Uri Avnery et autres ténors du « camp de la paix » israélien ; d’écouter ceux qui rappellent que la question palestinienne n’est pas l’histoire d’un « conflit » [34] mais l’histoire d’une dépossession qui exige que l’État d’Israël rende aux Palestiniens tout ce qu’il leur a volé.

Et, si l’on veut vraiment soutenir la cause palestinienne, on ne peut pas donner crédit à ceux qui se servent de l’ « antisémitisme » pour étouffer le débat. Dans cette perspective, il me paraît aussi – pour reprendre les termes de Jean Bricmont - que « défendre la liberté d’expression, aider à libérer le discours et à ouvrir le débat, c’est réellement « aider la lutte des Palestiniens », et c’est l’aider de façon essentielle ».

Silvia Cattori



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