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6 avril 2008 7 06 /04 /avril /2008 21:25

À Damas, les États arabes défient Condi


par Thierry Meyssan*

 

www.voltairenet.org

 

Ce devait être l’occasion d’isoler définitivement la Syrie et de l’humilier, le sommet de la Ligue arabe à Damas a au contraire marqué un échec diplomatique majeur du département d’État. Non seulement la plupart des États membres n’ont pas boycotté la rencontre, mais ils ont approuvé la ligne politique syrienne : intransigeance face à l’expansionnisme sioniste et émancipation vis-à-vis des États-Unis. Présent dans les coulisses du sommet, Thierry Meyssan en analyse les enjeux.

 

Alors que les regards sont tournés sur l’action du département US de la Défense au Proche-Orient, le département d’État met en œuvre de son côté une stratégie diplomatique originale, en cohérence avec sa vision du monde. À Washington, les partisans du « Smart Power » espèrent qu’une réorganisation des relations régionales permettra aux États-Unis de maintenir leur autorité dans cette zone tout en y réduisant leur pression militaire. Mais Condoleezza Rice vient d’essuyer un sérieux revers au 20e sommet de la Ligue arabe. Ce ratage diplomatique s’ajoute aux échecs du Pentagone en Irak et en Afghanistan et à ceux de Tsahal en Palestine occupée. En définitive, tous les protagonistes régionaux prennent acte de l’impuissance des États-Unis à vaincre la résistance de l’axe Iran-Syrie-Hezbollah-Hamas. Dès lors, ils s’interrogent sur un possible réajustement de leur propre positionnement tout en craignant que l’administration Bush désespérée ne tente d’en finir par tous les moyens au cours des prochains mois.

 

La technique diplomatique de Condi

 

À l’échelle mondiale, le département d’État entend substituer à l’ordre international actuel une nouvelle architecture, dite « globale », qui consacre son statut d’hyper-puissance, isole ses adversaires, et institue une hiérarchie entre ses vassaux pour relayer son autorité jusqu’aux confins de son empire. L’idée principale est d’en finir avec le système de l’ONU qui combine une Assemblée générale où chaque État dispose d’une voix égale et un Conseil de sécurité, qui fait office de directoire, dans lequel les décisions de Washington peuvent être bloquées par le veto de quatre grandes puissances (Chine, France, Royaume-Uni, Russie). À la place doit être créée une « Assemblée des démocraties » —dont seront exclus les États refusant le modèle US—, où les droits de vote seront proportionnels aux capacités économiques et aux contributions financières, et donc où les États-Unis se tailleront « la part du lion ». En outre, chaque partie du monde sera gouvernée par une organisation régionale dirigée par un directoire local, dont les membres seront désignés par Washington pour y appliquer sa loi.

 

Ainsi, le « mini-traité européen » poussé par Nicolas Sarkozy introduit une inégalité entre ses membres en pondérant leurs votes d’une manière nouvelle en fonction de leur importance. Récemment, Nicolas Sarkozy a rompu le tandem franco-allemand, seul capable de dégager une marge de manœuvre à l’Union européenne, puis a jeté les bases d’un directoire franco-britannique pour que l’Union —et surtout la Défense européenne— serve exclusivement les intérêts de Washington. Notez qu’en cette matière, le président français ne défend pas les intérêts de son pays, ni ceux de l’Union, mais réalise les plans du département d’État.

 

Au Proche-Orient, la Ligue arabe et en son sein le Conseil de coopération du Golfe sont les organisations régionales les plus adaptées pour relayer l’autorité de Washington. À l’origine, la Ligue était dominée par un directoire composé de l’Arabie saoudite, de la Syrie et de l’Égypte. Il n’est évidemment pas question pour le département d’État de réactiver ce triumvirat puisque la Syrie est aujourd’hui le seul État arabe à incarner la résistance à l’impérialisme. À la place Condoleezza Rice a imaginé un directoire Arabie saoudite-Jordanie-Égypte, dans lequel la monarchie hachémite jouerait un rôle au Levant, la dynastie Moubarak aurait le contrôle de l’Afrique du Nord et de l’Est, et la monarchie saoudienne à la fois le contrôle du Golfe et la présidence de l’ensemble.

 

Pour être réalisable, ce plan suppose d’ostraciser préalablement la Syrie, ce à quoi s’emploie Condoleezza Rice depuis plusieurs années avec le soutien de la fraction la plus dure des néoconservateurs. Pour ce faire, Damas a été tour à tour accusé d’occuper le Liban (alors que son armée s’y était déployée avec l’accord, sinon à la demande, de la communauté internationale), d’avoir assassiné l’ancien Premier ministre Rafic Hariri (alors que les Assad avaient encouragé les Hariri à piller le Liban), et aujourd’hui de bloquer l’élection du président libanais (alors que le blocage résulte du refus du gouvernement de facto de céder à la majorité populaire). Or, il se trouve que, en vertu de l’ordre alphabétique en langue arabe, la présidence de la Ligue échoit cette année… à la Syrie.

 

Le boycott

 

Dans un premier temps, le département d’État a envisagé d’humilier la Syrie à domicile. Les États membres de la Ligue seraient venus au sommet de Damas pour y mettre le président Bachar el-Assad en accusation. Mais ce rêve a tourné court lorsque Condoleezza Rice a compris qu’aucun dirigeant arabe ne se prêterait à ce jeu. À défaut, le département d’État s’est rabattu sur une seconde option : organiser le boycott du sommet.

 

C’est dans ce contexte que le vice-président Dick Cheney a pu garantir à Riyad sa part du gâteau irakien. La loi électorale publiée il y a quelques jours devrait sans surprise renforcer considérablement le poids des sunnites pro-saoudiens au Parlement irakien, le 1er octobre prochain et, partant de là, dans le gouvernement irakien. En contrepartie, le roi Abdallah a été prié de boycotter le sommet de Damas, bien qu’il soit le président sortant de la Ligue. Riyad a ordonné à ses clients libanais (Saad Hariri a la double nationalité libanaise et saoudienne et représente les intérêts des Séoud au pays du Cèdre) de s’aligner sur son mot d’ordre. En l’absence d’un président élu et d’un Premier ministre reconnu par tous, le Liban aurait dû être représenté par le second personnage de l’État, le président de l’Assemblée nationale, dont l’autorité est acceptée par toutes les parties. Mais le gouvernement de facto de Fouad Siniora (ancien fondé de pouvoir des sociétés du clan Hariri) y a fait obstacle.

La Jordanie n’a pas été difficile à convaincre. Il y a déjà longtemps qu’elle sert de base arrière aux opérations secrètes israélo-US contre la Résistance libanaise, au point qu’une rumeur grandissante l’accuse d’avoir trempé dans plusieurs assassinats dont ceux du général François Hajj (Courant patriotique libre, « aouniste ») et d’Imad Mugnihey (Hezbollah), les deux figures clés de la Résistance militaire.

 

Le cas de l’Égypte fut probablement plus délicat à négocier. Quel que soient les circonstances, l’Histoire a montré que Le Caire et Damas ne sont jamais aussi forts que lorsqu’ils sont unis. Le président Moubarak sait qu’il affaiblit inutilement son pays en jouant la confrontation. Cependant il a besoin du soutien politique de Washington pour valider sa succession dynastique et de son aide matérielle pour atténuer les conséquences dramatique de l’ouverture sans restriction du pays à la globalisation économique.

 

A contrario, la Fédération de Russie voit d’un mauvais œil la création d’un directoire régional Arabie saoudite-Jordanie-Égypte qui écarterait son influence hors du Proche-Orient. D’autant que la Syrie est devenue en peu de temps son principal partenaire économique et militaire dans la région. Des facilités portuaires viennent même d’y être mise à sa disposition pour accueillir sa nouvelle et puissante flotte de Méditerranée. Tandis que les joint-ventures russo-syriennes se multiplient.

En outre, le Kremlin est excédé par le comportement états-unien et son chapelet de promesses non tenues. C’est sur la base d’un accord convenu lors de la publication du NIE sur le nucléaire iranien (c’est-à-dire de la délégitimation d’une guerre contre l’Iran) que Moscou avait soutenu la conférence d’Annapolis ; et c’est sur la base d’un accord négocié par l’amiral William Fallon et ses amis en vue d’un désengagement militaire régional US que Moscou avait voté la résolution 1803 élargissant les sanctions contre l’Iran. Mais aucun des engagements de Washington n’a été respecté : la conférence de paix prévue en Russie (« Annapolis II ») a été renvoyée aux calendes grecques, et le retrait des GI’s d’Irak devrait s’interrompre au niveau où il était avant l’escalade (surge).

 

Aussi le ministre des Affaires étrangères Sergueï Lavrov et son ministre délégué Alexander Sultanov ont-ils fait eux aussi le tour des capitales arabes, mais pour éteindre l’incendie allumé par leurs homologues états-uniens. Ils ont certainement joué un rôle considérable pour convaincre les monarchies du Golfe de ne pas participer au plan états-unien. La Russie a multiplié les fuites pour que nul n’ignore la continuation des préparatifs de guerre US contre l’Iran. Tandis que les diplomates russes n’ont pas manqué une occasion de rappeler à leurs interlocuteurs que, si l’Arabie saoudite souffrirait peu d’une guerre US-iranienne, les petites monarchies du Golfe pourraient en faire les frais, voire en mourir. Quant au président Vladimir Poutine, il s’est personnellement chargé de dire à son homologue égyptien tout le mal qu’il pense du plan états-unien, mais Hosni Moubarak n’a guère de marge de manœuvre.

 

Les manœuvres de coulisse ont continué jusqu’à la dernière minute. La plus spectaculaire aura été l’annulation in extremis de la participation du président du Yémen, alors qu’Ali Abdullah Saleh avait plusieurs fois confirmé publiquement son intention de venir à Damas.
Les télévisions arabes ont saisi la déception qui se lisait sur le visage du président Bachar el-Assad, venu accueillir ses hôtes à l’aéroport, lorsqu’il a vu sortir de l’avion libyen et s’avancer vers lui un simple collaborateur du président. Il avait conçu la dynamique du sommet autour du président Khadafi qui paraissait lui aussi avoir finalement cédé aux pressions. Mais celui-ci, toujours facétieux, sortit un peu plus tard de l’avion pour le plus grand soulagement de ses amis syriens.

 

Hospitalité syrienne

 

Damas avait mis les petits plats dans les grands pour recevoir dignement les dix chefs d’État (Algérie, Autorité palestinienne, Comores, Émirats arabes unis, Koweit, Libye, Mauritanie, Qatar, Soudan, Tunisie) qui, bravant les menaces de l’Oncle Sam, l’honorait de sa présence. Et avec un sens tout arabe de l’hospitalité, il accordait à chacun la même attention, des riches Émirats aux pauvres Comores. De plus, de nombreux États non-arabes et des organisations internationales avaient dépêchés des observateurs de haut niveau, du ministre indien des Affaires étrangères au président Oumar Konaré pour l’Union africaine.

 

Craignant un sabotage, la Syrie avait déployé tous les agents de sécurité dont elle disposait. L’aéroport de Damas avait été fermé au trafic civil et réservé aux délégations officielles. Le centre de conférence, situé à l’extérieur de la capitale, avait été entouré d’une zone de sécurité de plus de 6 kilomètres de rayon où toute circulation était interdite. Des check-points en série filtraient les visiteurs de manière courtoise et néanmoins draconienne.
Ces mesures n’ont peut être pas été inutiles. Une tentative terroriste aurait été discrètement déjouée et le sommet a pu se tenir sans encombre.

 

En outre, la présidence du sommet avait installé un centre de presse —à bonne distance du lieu de la conférence pour protéger leurs altesses des paparazzi—, doté d’un millier de lignes téléphoniques pour la presse écrite et de toutes les facilités pour les centaines de radios et de télévisions satellitaires couvrant l’événement. Atteint d’un étrange complexe d’infériorité, le ministère de l’Information n’osait pas distribuer de dossier de presse aux journalistes de peur d’être accusé de ne pas avoir rompu avec les vieux comportements de la propagande baasiste.

 

Les travaux

 

Les sommets de la Ligue arabe ressemblent à des réunions de famille. Il y a des absents (le roi du Maroc et le sultan d’Oman ne se déplacent jamais en personne), des retrouvailles, et souvent aussi des crises de nerfs (au cours de la plupart des sommets une délégation a quitté la table avant la fin de la réunion). On y décide rarement quoi que ce soit. À cet égard le sommet de 2002 à Beyrouth, au cours duquel fut adoptée l’initiative arabe de paix, est une exception. Personne n’attendait donc grand chose des débats eux-mêmes. Le sommet sonnait déjà comme un défi à l’impérialisme états-unien et à ses second couteaux, le Royaume-Uni et la France sarkozyenne, qui s’étaient l’un et l’autre fendus d’une déclaration venimeuse. Et pourtant, peut-être à cause de cette pression étouffante, cette fois les délibérations ont donné lieu à un net rapprochement des positions.

 

En ouvrant la séance inaugurale retransmise par des dizaines de chaînes de télévision arabes, Bachar el-Assad se garda bien de remercier la présidence sortante, l’Arabie saoudite. Il prononça un discours bref et sobre recentrant la problématique de la Ligue sur la question de la paix face à Israël, dans des termes acceptables par tous les membres de la Ligue à quelque niveau qu’ils soient représentés (ou absent dans le cas particulier du Liban). Il rappela à tous que les États arabes sont sur le même bateau et sont contraints de s’unir pour se sauver.

 

Parmi les orateurs suivants, l’intervention de Mouammar Khadafi était la plus attendue, à la fois parce qu’il faisait sa rentrée à la Ligue après une période d’absence, et aussi à cause de son goût prononcé de la provocation. L’assistance, et surtout les téléspectateurs, ne furent pas déçus par le show. Prenant la parole au seul titre de son pays, mais à l’évidence de concert avec Bachar el-Assad, le président libyen utilisa sa liberté de parole pour dire ce que le statut de président de séance interdisait à son ami syrien d’évoquer.

Avec un indéniable talent d’acteur et une dose de cabotinage, Khadafi passa en revue tous les sujets de l’ordre du jour, les traitant avec dérision. Ainsi, il invita ses homologues à soutenir la dénucléarisation de la région faute de quoi, souligna-t-il grinçant, nous nous détestons tellement que nous feront usage de la bombe atomique les uns contre les autres au lieu de la diriger contre nos ennemis. Il brocarda Mahmoud Abbas et ses constantes reculades face à Israël en se moquant du « héros d’Oslo » (c’est en effet lui et non Yasser Arafat qui signa le vain Accord d’Oslo) et en le comparant à Anouar el-Sadate (qui trahit la cause arabe en signant une paix séparée égypto-israélienne). Surtout Khadafi mit ses interlocuteurs en garde : nous sommes cuits, nous y passerons les uns après les autres, déclara-t-il en substance. Nous avons laissé envahir un État souverain membre de notre Ligue sans réagir. Nous sommes tous devenus pro-US, moi y compris, en pensant nous protéger. Mais Saddam Hussein était l’ami de Dick Cheney, comme nous, et ils l’ont pendu !

Le soir, la rue arabe bruissait des boutades de Khadafi. Mais je peux attester que dans la salle du conseil où je me trouvais, les chefs d’États eux aussi riaient de bon cœur, à l’exception de Mahmoud Abbas, impassible.

 

La suite des travaux eut lieu comme de coutume à huis clos. Il fut convenu de ne pas aborder la question libanaise en l’absence de la délégation concernée. Sur ce point, on en resta donc à la position antérieure de la Ligue et à son flou artistique. Sur les autres sujets, les chefs d’État et de délégation s’exprimèrent avec calme et franchise. Au delà de l’aspect diplomatique que j’ai exposé plus haut sur l’égalité entre les États membres, la question principale était de savoir si la Ligue se positionnait par rapport au projet israélo-US et au projet irano-syro-Hezbollah-Hamas. En définitive, elle l’a fait clairement dans la déclaration finale que même Mahmoud Abbas a approuvée bien qu’elle désavoue toute sa politique. Reprenant les principes de la conférence de Madrid, la Déclaration de Damas stipule d’une part que le retrait israélien des territoires conquis en 1967 est un préalable à la paix et non pas un élément de négociation ; et d’autre part, réaffirme le droit international explicité par les résolutions de l’ONU : création d’un État Palestinien souverain avec Jérusalem comme capitale, inaliénabilité des droits des Palestiniens ; bref que la Ligue s’oppose à la politique israélienne du fait accompli.

 

Bien sûr, les déclarations de la Ligue arabe doivent être prises pour ce qu’elles sont : des déclarations d’intention que la plupart des États n’ont pas les moyens de mettre en œuvre. Quoi qu’il en soit, cet acte final marque une radicalisation collective de gouvernements qui n’attendent plus rien de bon de la part de leur suzerain états-unien. De ce point de vue, la Déclaration de Damas marque un tournant dans une longue histoire riche en rebondissements et manifeste une volonté nouvelle d’émancipation politique. Les États arabes présents, qui jusqu’ici courtisaient Washington pour trancher leurs différents, ont assimilé les propos de Bachar el-Assad et Mouammar Khadafi que l’on pourrait résumer par la formule « Les Etats-Unis sont un allié qui nous veut du mal ».

 

L’après-sommet

 

Toutefois, chassez le naturel et il revient au galop. À peine le sommet clos, Mahmoud Abbas filait en Palestine occupée faire son rapport à Condoleezza Rice des débats tenus à huis clos. La secrétaire d’État états-unienne avait fait le déplacement au Proche-Orient pour être informée sans délai et juger l’ampleur de son échec. Tandis qu’à Paris où l’on craint d’en avoir trop fait, et à Bruxelles où l’on se demande si le vent ne serait pas en train de tourner, la France et l’Union européenne mettaient en place des cellules de suivi pour évaluer les conséquences de ce triomphe diplomatique syrien.

 

Damas, qui avait été mis au ban des nations, se trouve chargé de nombreuses initiatives de la Ligue pour l’année à venir. La Syrie est donc réintroduite dans le jeu international par la force des choses. De plus, son action a toutes les chances d’être durable puisque l’année prochaine, la présidence reviendra au Qatar, un État modéré, mais pas au sens occidental. Cheik Hamad, toujours aimable avec les États-uniens, a néanmoins défendu pied à pied la cause arabe au Conseil de sécurité et il a épongé les factures du sommet de Damas, un peu coûteux pour la Syrie.

 

À vrai dire, les États-Unis ne sont pas les seuls perdants de ce boycott raté et la Syrie n’est pas le seul gagnant. Les régimes saoudien, jordanien et égyptien se sont discrédités aux yeux de leurs opinions publiques et leur échec pèsera en politique intérieure. La Libye au contraire sort renforcée, d’autant qu’en s’appuyant sur l’Union africaine, elle vient d’aider les Comoriens à libérer l’île d’Anjouan et à en chasser le dictateur proche de Nicolas Sarkozy qui s’en était emparé.

Alors que les délégations se retiraient, Bachar el-Assad échangeait quelques mots avec des journalistes. Répondant à une question de Scarlett Haddad, correspondante de l’hedomadaire français L’Express, qui lui demandait ce que la Syrie comptait faire pour aider les Libanais à sortir de la crise institutionnelle, le président syrien répondit avec un humour détaché : « Nous ? Rien. Nous ne nous en mêlons plus. Nous avons confié le dossier aux Comores », sous-entendu, eux leur montreront comment se libérer des Français.

 

 

 



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6 avril 2008 7 06 /04 /avril /2008 20:46

" SE LIBERER DE LA SHOAH POUR CREER UN AUTRE ISRAËL."

 

LIBERATION : Votre livre a fait scandale dans votre pays parce que vous reprochez à Israël de construire son identité et sa politique sur la mémoire de la Shoah.

AVRAHAM BURG : Juste après la guerre et dans les premières années de la création de l’État d’Israël, il y a surtout eu le silence. Une société, comme un individu profondément traumatisé, réclame du temps pour que les choses s’expriment. Et Israël est un conglomérat de traumatisés. Avec le temps, nous nous sommes plongés dans le passé et aujourd’hui la société israélienne est beaucoup plus marquée par la Shoah qu’il y a cinquante ou soixante ans, juste après la libération des camps. La Shoah fait partir de notre quotidien obsessionnel et de notre noyau identitaire. D’ailleurs, selon un sondage effectué en Israël, 90% des personnes interrogées déclarent que la Shoah est l’évènement le plus significatif de l’histoire du peuple juif ! Avant la Bible, ou la création de l’État d’Israël, par exemple... L’école construit toute une pédagogie à partir de l’enseignement de la Shoah (avec, en plus, les voyages organisés des jeunes dans les camps en Pologne). Chaque visite d’un chef d’État en Israël doit obligatoirement passer par une étape à Yad Vashem, le mémorial de l’Holocauste. Je pense que le jour où la Shoah ne fera plus partie de notre quotidien obsessionnel, on pourra enfin sortir de l’ère du deuil, de la colère et entrer dans celle du souvenir et de l’optimisme. J’ai voulu dénoncer la façon dont la Shoah est exploitée en permanence par le système politique en référence absolue. L’Holocauste a été un désastre d’une telle ampleur que tout ce qu’on lui compare devient secondaire. Qu’est-ce qu’un check-point bloquant les Palestiniens comparé aux chambres à gaz ? Qu’est-ce qu’un assassinat ciblé de "terroristes" ou un bombardement sur Gaza par rapport au génocide ? L’immensité de l’horreur que nous avons subie sert ainsi à légitimer des choses qu’autrement il serait difficile, voire impossible, de légitimer.

Vous employez des mots très durs, comme "ghetto sioniste". Pourquoi ?

Le paradoxe c’est qu’Israël qui devait être le refuge pour les juifs est devenu l’endroit le plus dangereux pour eux. Aujourd’hui, après l’Holocauste et les années d’émigration, la très grande majorité de la population juive se partage entre les États-Unis et Israël. Or, en Occident, les relations entre les juifs et leur environnement se fondent maintenant sur l’acceptation, l’assimilation, l’équilibre, un pouvoir d’influence. Alors qu’en Israël, nos relations avec les autres restent dans le conflit (à 51% à cause de nos ennemis et à 49% par nos propres fautes). Nous nous retrouvons dans l’isolement comme dans un ghetto dont le mur n’a été abattu que deux ou trois fois depuis la création de l’Etat il y a soixante ans. Novembre 1978 est certainement la date la plus importante de l’histoire d’Israël, quand le président égyptien Anouar el Sadate est venu en Israël. Après, il y a eu l’accord de paix avec la Jordanie et pendant une brève période l’euphorie des accords d’Oslo. En dehors de ces quelques moments d’optimisme, nous avons le plus souvent creusé encore un peu plus le fossé qui nous sépare des autres. A cela s’ajoute le fait que le Moyen-Orient a été utilisé comme la poubelle de l’Europe : quand les Palestiniens tuent un Israélien c’est une nouvelle victime qui s’ajoute aux six millions de morts de l’Holocauste et aux deux mile ans de persécution et de pogroms. Mais quand nous réagissons et tuons l’un d’eux, c’est une victime qui s’ajoute à toutes les victimes du colonialisme. L’Europe a quitté le Moyen-Orient mais nous a laissé en héritage la guerre holocauste contre le colonialisme. Les Israéliens continuent de penser que les Palestiniens, comme auparavant les cosaques ou les nazis, ne cherchent qu’à tuer les juifs. Je veux donc leur dire qu’il y a une différence entre un Palestinien luttant pour avoir son propre État et les nazis qui tuaient les juifs au nom d’une idéologie raciste.

Nous affrontons des problèmes politiques, militaires, sécuritaires mais ce n’est pas l’Holocauste. Ce qui se passe aujourd’hui au Moyen_Orient n’est pas le combat de l’Allemagne contre les juifs.

C’est pour choquer que vous comparez l’Israël d’aujourd’hui à l’Allemagne d’avant Hitler ?

 

Non, c’est une comparaison pour moi très douloureuse. Certes, il est toujours difficile de comparer deux réalités historiques, les situations ne sont jamais tout à fait les mêmes. La République de Weimar avant Hitler était une démocratie débordante, passionnante, qui s’est effondrée à cause du traumatisme et de l’humiliation de la défaite, et d’une situation intérieure explosive. Israël aussi est d’une vitalité incroyable, c’est une démocratie et un pays de libertés extraordinaires mais, en même temps, dans une situation politique confuse et douloureuse. J’entends aujourd’hui, dans les débats ou les discussions politiques, des choses que je n’aurais jamais pu imaginer dans ce pays : "Qu’allons-nous faire des Arabes ?" Ou pire : "Chassons les Arabes !" Qu’on entende cela jusque dans le Parlement ! Et quant aux relations avec l’Allemagne, il est interdit d’oublier, mais il est aussi interdit de rester prisonnier de la mémoire. Lorsque nous nous libérerons de la Shoah, lorsque nous construirons un nouvel État d’Israël, le peuple juif comprendra qu’il faut libérer l’Allemagne, prisonnière, comme nous, du passé. L’autre défi de mon livre, c’est la remise en cause du monopole du traumatisme qui nous amène à êtres insensibles à la souffrance des autres. Après l’Holocauste, il ne faut pas mettre en avant un "jamais plus" seulement pour les juifs mais un "jamais plus" pour tout le monde. Ces réflexions restent encore très étrangères au mode de pensée israélien.

 

Malgré tout, Israël reste une démocratie occidentale dans le Moyen-Orient...

 

Certains affirment qu’au Moyen-Orient il faut se comporter en moyen-oriental. Je pense que nous conduire comme nos ennemis serait un suicide spirituel. Nous ne pouvons pas avoir vécu pendant deux mille ans avec certaines valeurs et en changer. Et surtout faire subir aux autres ce que nous avons haï pendant deux millénaires. Nous ne pouvons pas, en matière militaire ou sur le plan de la sécurité, nous comporter simplement comme comme les autres nations. En "blanchissant" les mots.

 

Ainsi quand notre armée procède par des bombardements à Gaza, nous parlons de "frappe ciblée" alors qu’il y a des victimes collatérales. "Frappes ciblées" parce qu’on ne veut pas employer les mots d"élimination" ou d’"assassinat". Il y a soixante ans, l’État d’Israël s’est construit sur un modèle européen laïc -un État démocratique avec une orientation progressiste. Au fil des années, à cause de la réalité, de l’immigration, de la politique et de l’idéologie, le modèle laïc a disparu. Israël va-t-il devenir une démocratie modérée semi-religieuse ou un État musulman moderne ? Le modèle oriental ou le modèle américain ? Il faut lancer le débat sur l’identité israélienne, que nous ne soyons plus un peuple à part, qu’il n’y ait plus une "humanité juive séparée" mais une humanité qui englobe tout le monde. Je souhaite qu’Israël retourne au modèle original, le modèle européen -quoique je ne sois pas certain qu’il existe encore, quand je vois le débat en France sur la laïcité ou quand j’écoute ce que dit le Vatican. Je vois la souffrance et je vois également l’espoir parce que qu’il y a une chose que les israéliens n’abandonneront jamais, c’est le système démocratique et toutes les libertés...

 

LIBERATION :Votre livre devait s’appeler « Hitler a vaincu » et non « Vaincre Hitler ». Pourquoi avoir finalement changé le titre ?

 

AVRAHAM BURG : A cause de ma mère. C’était un titre délibérément provocateur pour secouer les esprits. il y a deux hémisphères dans le cerveau juif, l’un très extraverti et l’autre très introverti ; l’un universaliste et l’autre particulariste. Depuis soixante ans, le particularisme a pris le dessus avec les thématiques liées à l’État et à la terre avec l’idée que le monde entier est contre nous et que nous sommes entourés d’ennemis, une identité qui repose sur deux piliers : Dieu d’un côté, la Shoah et la paranoïa de l’autre. Il est temps maintenant que cette part universaliste du judaïsme reprenne le dessus. J’en vois les signes dans la pensée juive libérale en Europe ou aux États-Unis mais aussi en Israël même. Un tournant se dessine au moins vers un point d’équilibre entre ces deux composantes. Dans les jeunes générations ou parmi les écrivains, de plus en plus de gens changent, quittent le traumatisme pour évoluer vers la confiance. Plus les gens sont désespérés,plus ils sont à la recherche de raisons de reprendre confiance et ce sont ces pistes que je tente d’explorer avec mon livre. Je suis un utopiste optimiste l’État a été fondé sur la loi du retour qui définit le juif comme tout individu né d’une mère juive ou converti au judaïsme, et ne pratiquant pas une autre religion. C’est la définition du juif par le nazisme, les lois de Nuremberg. Il y a un monopole des rabbins sur l’identité civile. Je pense au contraire qu’Israël devrait devenir le pays de tous ces juifs et de tous ces citoyens dont la majorité définira le caractère. Tant que le lien entre la nationalité israélienne et les lois de Nuremberg ne sera pas rompu, Hitler continuera indirectement de définir qui est juif. Hitler aura gagné.

« Utopiste optimiste », comment voyez-vous donc l’avenir ?

 

Ce qui m’inquiète, c’est que le conflit nous dépasse. Tant que c’est entre nous et les Palestiniens, tout est possible mais si cela entre dans le clash mondial des civilisations, cela devient impossible. Pour moi, le monde n’est pas divisé entre chrétiens et musulmans, mais entre citoyens de civilisations démocratiques et civilisations théocratiques. On peut dialoguer avec certains d’entres eux. Et ils sont au pouvoir, en Palestine, en Égypte, en Jordanie et peut-être même en Arabie Saoudite. Il y a des opportunités qui n’étaient pas là il y a cinquante ou soixante ans, nous avons changé : aujourd’hui, une majorité d’Israéliens est prête à abandonner les colonies. Ce sera difficile mais le temps est venu. Beaucoup de gens disent : dans l’ADN juif, il y a très peu d’années de souveraineté, d’indépendance et beaucoup d’années d’exil. Peut-être qu’on est pas fait pour avoir un État, qu’on ne sait pas...Moi je trouve que c’est un chance formidable d’avoir cet État d’Israël : le terrain d’expérimentation d’un rêve de deux mile ans. Et nos rêves concernent le monde. Pouvez-vous imaginer un monde sans les juifs ? Sans Jésus Christ et la naissance de la chrétienté, sans Spinoza, le XXe siècle sans Freud et Einstein, etc. Pendant deux mille ans, en tant qu’individus, ou en tant que culture, nous avons contribué à la civilisation universelle. Maintenant, le défi est de contribuer à la création d’un État palestinien. En Israël, depuis quelques années, les gens adorent l’idée qu’Israël est un « État juif démocratique ». Et je leur dis : les gars, écoutez, c’est une définition très problématique. Je comprends pourquoi vous l’aimez parce que vous défendez les juifs et vous défendez la démocratie. Pas de problème. Mais disons qu’un jour, on décide d’arrêter de se battre. Vous aurez un conflit entre l’élément « juif » - principalement religieux, qui voit dans Dieu l’origine des choses- et l’élément « démocratique » - qui voit des causes humaines. Qui décide ? L’Église ou l’État ? Les rabbins ou les élus ? Un État juif démocratique est une pure contradiction, qui n’a pas encore explosé à cause de la guerre. Mais, dès qu’il y aura la paix, ça va craquer : Si on dit qu’Israël est un État automatiquement juif, quand nous aurons une majorité arabe à cause de la démographie, on sera obligé d’appliquer le caractère juif par la force. Nous, la majorité des gens habitant ici, devrons définir ce que sera cet État.

 

Avec les Palestiniens ?

 

Au moment des accords d’Oslo (sept.1993, ndlr), soudain, sans qu’on s’y attende, 80% des Palestiniens et 80% des Israéliens étaient pour cette paix. Et tout s’est évaporé. Il y a quelque chose qui ne marchait pas dans Oslo, c’était du troc immobilier : tu prends cette maison, moi je prends cette rivière. Mais les Israéliens sont restés insensibles aux traumatismes Palestiniens. Les dirigeants israéliens n’ont jamais accepté notre responsabilité dans la situation des réfugiés palestiniens. Nous devons reconnaître leur grand traumatisme de 1948, leur exil, et ils doivent reconnaître notre traumatisme de l’Holocauste.

 

Avez-vous été surpris par le tollé provoqué par votre livre ?

 

Je savais qu’avec ce livre je touchais au noyau même de l’identité israélienne d’aujourd’hui. Et je savais qu’il susciterait une violente polémique parce que je représente une sorte d’icône de l’establishment israélien-bien que je sois retiré de la vie politique : j’ai été conseiller de Shimon Pérès alors Premier ministre, j’ai été député, président de la commission éducation de la Knesset, président de l’Agence juive, puis président de la Knesset... Et j’ose mettre sur la table des questions que beaucoup d’Israéliens se posent mais gardent enterrés au fond d’eux-mêmes. Il n’y a rien d’étonnant donc au caractère vibrant de la polémique, d’autant qu’en Israël la liberté d’expression est totale. Je me souviens d’un passant qui m’a abordé et s’est écrié, indigné : « Vous avez écrit contre la Shoah ! ». Je lui ai répondu : « Et vous, vous écrivez pour la Shoah ? » Les Israéliens de plus de 50 ans, pour simplifier disons « les vieux travaillistes », ceux qui ont construit l’État, m’ont reproché de poser ce genre de questions. Alors que les plus jeunes disent au contraire que je pose de bonnes questions, même s’ils ne sont pas d’accord avec mes réponses.

 

Recueilli par Annette Lévy-Willard et Marc Semo.

 

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5 avril 2008 6 05 /04 /avril /2008 19:11

En février 1957, Castro était donné pour mort après un catastrophique débarquement à Cuba. Perdu dans la montagne avec une poignée de rebelles, il semblait condamné à l’oubli. La rencontre avec un journaliste du “New York Times” allait lui conférer une stature internationale. Récit d’une résurrection médiatique.

Lors de son dernier voyage aux Etats-Unis, à l’occasion du Sommet du millénaire de l’ONU, en septembre 2000, Fidel Castro trouve le temps de se rendre au New York Times. Alors qu’il déambule dans les couloirs du célèbre quotidien, devant les portraits de personnalités qui ont marqué le siècle, il s’exclame soudain : “Où se trouve le portrait d’Herbert Matthews ? Ça, c’était un journaliste !“  Mais malgré trente-six ans de service comme grand reporter et éditorialiste, Herbert Matthews ne fait pas partie des légendes officielles du New York Times.

En revanche, à 2500 kilomètres de Manhattan, au Musée national de la révolution de La Havane, le journaliste américain a trouvé place dans une vitrine, au beau milieu d’uniformes militaires élimés, de portraits de révolutionnaires et de vieux fusils. On l’aperçoit sur une petite photo en noir et blanc, assis en pleine forêt, cigare aux lèvres et carnet de notes à la main. A ses côtés, le jeune Fidel Castro s’allume lui aussi un cigare.

“DÉBARQUEMENT PATHÉTIQUE”

Cette scène méconnue s’est déroulée en février 1957, dans le crépuscule humide de la Sierra Maestra, une zone montagneuse à l’est de Cuba. Trois mois plus tôt, Castro se trouvait encore au Mexique, où il s’était exilé après avoir purgé un an et demi de prison pour sa participation, le 26 juillet 1953, à l’attaque de la Moncada, un baraquement de l’armée de Batista à Santiago. Convaincu que les Cubains, exaspérés par la violence et la corruption du régime, étaient prêts à se soulever, il avait élaboré et vanté publiquement un plan tout simple : il allait déclencher une insurrection populaire à travers le pays en faisant coïncider son débarquement, au sud-est de l’île, avec un soulèvement prévu à Santiago de Cuba.

Le 25 novembre 1956, Fidel Castro et 81 compagnons embarquent donc à bord d’un vieux yacht, le Granma. Chahutée par une forte mer et des pluies torrentielles, la frêle embarcation s’échoue dans les marécages cubains avec deux jours de retard. Les mitrailleuses de Batista sont au rendez-vous. Informé du projet, ce dernier a déjà écrasé sans mal le soulèvement de Santiago. C’est une hécatombe. Les corps de Raul et Fidel Castro sont officiellement identifiés et enterrés par l’armée.

Pourtant, une douzaine de survivants – parmi lesquels les frères Castro et Ernesto Guevara – parviennent à gagner les montagnes. Le 4 décembre 1956, un éditorial du New York Times intitulé “Les violents Cubains” s’interroge sur le but de ce “débarquement pathétique d’environ quarante jeunes hommes se prenant pour une armée d’invasion”. L’éditorialiste n’en revient pas que le chef de cette aventure, Fidel Castro, ait pu délibérément révéler ses plans avant l’opération. “Peut-on imaginer quelque chose de plus fou?” s’interroge-t-il, avant de conclure : “Il n’y a pas la moindre chance qu’une révolte réussisse dans les circonstances actuelles“, en référence à la puissance militaire de Batista.

SON FLAIR EST INTACT

Effectivement, un mois plus tard, la petite bande qui survit dans la forêt avec l’aide des paysans du coin semble condamnée à l’oubli. La presse cubaine étant censurée, Castro comprend qu’il lui faut contacter la presse étrangère pour rallier l’opinion à sa cause. Il envoie un messager à Ruby H. Phillips, la correspondante du New York Times à La Havane. Trop connue des autorités locales pour entreprendre elle-même ce reportage, Phillips contacte le journal à New York qui dépêche alors Herbert Matthews.

Déguisés en touristes, Matthews et sa femme Nancy partent pour la province d’Oriente, où ils retrouvent les hommes de Castro dans la ville de Manzanillo. La nuit tombée, les rebelles conduisent Matthews à travers les champs de canne à sucre et franchissent un barrage de l’armée en le faisant passer pour un riche investisseur américain. Ils finissent par couper à pied dans la forêt. La pente est raide, le sol glissant. Certes, Matthews en a vu d’autres : il a couvert la guerre civile espagnole, la campagne d’Italie… Mais à 57 ans, ce type grand et mince n’est plus au faîte de sa forme.

Son flair, en revanche, est intact. Alors qu’il attend toute la nuit, assis sur une couverture, l’arrivée du chef des rebelles, Matthews pressent qu’il s’agit peut-être d’un moment historique. En effet. Le jeune Fidel Castro finit par le rejoindre et lui accorde un entretien de trois heures – le scoop de sa vie. “Il y avait un reportage à écrire et une censure à braver, écrira Matthews dans ses Mémoires. C’est ce que j’ai fait, et ni Cuba ni les Etats-Unis n’allaient être les mêmes après cela.”

Deux jours plus tard, Nancy dissimule dans sa gaine les notes de son mari, qui portent la signature de Castro comme gage d’authenticité, et les Matthews rentrent aux Etats-Unis. Les 24, 25 et 26 février 1957, le New York Times publie trois grands articles, dont deux en première page. Ils décrivent en détail la corruption du régime et les atrocités commises par l’armée, tout en dénonçant le soutien militaire et diplomatique des Etats-Unis au régime de Batista.

REBELLE CHARISMATIQUE

Cette analyse récuse catégoriquement la ligne officielle qui fait de Cuba une île prospère et docile, gouvernée par un régime favorable aux intérêts des Etats-Unis – vision qui perdure au sein du gouvernement et du public américain, malgré les signes croissants du fort mécontentement populaire. Matthews fait l’éloge de tous les groupes d’opposition, mais il distingue et propulse sur le devant de la scène Fidel Castro et le Mouvement du 26-Juillet (ce jour où, trois ans et demi plus tôt, Castro attaquait la Moncada).

Il est subjugué par ce rebelle charismatique de 30 ans. Il relève que son programme politique est assez vague, mâtiné de nationalisme, d’anticolonialisme et d’anti-impérialisme, mais souligne que Castro n’éprouve aucune animosité à l’égard des Etats-Unis.

Le journaliste estime que ces rebelles sont porteurs d’”un changement radical et démocratique pour Cuba, et donc anticommuniste”. Enfin, il annonce que les guérilleros “dominent” militairement la Sierra Maestra et humilient régulièrement la fleur de l’armée cubaine. Il cite Fidel Castro décrivant ses troupes, “des groupes de dix à quarante combattants”, et évalue lui-même l’entourage du guérillero à une quarantaine d’hommes. En réalité, le Mouvement du 26-Juillet ne compte pas plus de dix-huit compañeros, certes motivés et solidement idéalistes, mais mal armés et complètement isolés.

Deux ans plus tard, Castro racontera, à l’Overseas Press Club, à New York, devant un Herbert Matthews un peu gêné, comment il trompa le reporter : durant l’interview, ses hommes échangèrent leurs fripes et tournèrent autour du journaliste pour lui donner l’impression qu’ils étaient plus nombreux. Raul interrompit même l’entretien pour donner des nouvelles d’une “seconde colonne”  imaginaire.

Enragé par les articles du Times, Arthur Gardner, l’ambassadeur des Etats-Unis à La Havane, se hâte de rassurer Washington : Batista a la situation “bien en main”. Le commandant militaire de la province d’Oriente, dont les hommes sont chargés d’éliminer les derniers rebelles, affirme d’ailleurs que “les déclarations de cet homme de presse nord-américain sont absolument fausses car il est physiquement impossible de se rendre dans la zone où l’interview imaginaire a prétendument eu lieu. Personne ne peut pénétrer cette zone sans être vu”. “A mon avis”, conclut-il, Matthews “n’a jamais mis les pieds à Cuba”.

Dans l’île, toutefois, les articles font l’effet d’une bombe. Castro, qui a envoyé un de ses hommes à New York pour les photocopier en urgence, fait distribuer sous le manteau des milliers de copies, de La Havane à Santiago de Cuba. Quel ques jours plus tard, Batista lève temporairement la censure, permettant aux radios et journaux locaux de commenter les articles du Times : tous les opposants au régime apprennent ainsi que Castro est vivant, et que la lutte continue. Une propagande inespérée.

Pour sauver la face, le ministre de la défense cubain déclare alors que “Monsieur Matthews n’a pas interviewé l’insurgé communiste Fidel Castro” et que “l’interview et les aventures décrites par le correspondant Matthews peuvent être considérées comme le chapitre d’un roman de fiction”. Il s’étonne même de ce que le reporter n’en ait pas profité pour se faire photographier avec Castro afin d’authentifier cette fable. Le New York Times s’empresse alors de publier la déclaration du ministre… accompagnée de la photo, prise par l’un des rebelles, désormais exposée au Musée de La Havane. Batista est convaincu qu’il s’agit d’un montage.

Mais le président de la Banque nationale de Cuba a compris. Il lui souffle alors : “Si c’est publié dans le New York Times, c’est vrai à New York, vrai à Berlin, vrai à Londres et vrai à La Havane. Vous pouvez être certain que le monde entier croit à cette histoire.”  La suite est connue. Le 8 janvier 1959, après deux ans de combats, Fidel Castro fait une entrée triomphale à La Havane avec des milliers de guérilleros. Cela fait maintenant deux ans qu’Herbert Matthews, devenu le “Monsieur Cuba” du New York Times depuis cette fameuse interview, écrit presque tous les articles et les éditoriaux sur le sujet. Jamais il ne s’est départi de sa première impression : Castro, répète-t-il, n’est pas un communiste. Il implore les Américains d’ignorer son mauvais caractère et ses déclarations intempestives. Il les enjoint même de soutenir cette révolution sociale et les prévient que, dans le contexte de la guerre froide, la détérioration des relations avec Cuba ferait tomber l’île dans l’escarcelle des communistes qui tentent déjà, là-bas, de s’approprier la révolution.

RESPONSABLES DE L’ÉCHEC

Mais en 1960, la ligne rouge est franchie : la réforme agraire heurte directement les intérêts économiques américains et les relations diplomatiques se tendent dangereusement. Au sein du New York Times, Matthews est graduellement marginalisé, jugé coupable de subjectivité. Il continue d’écrire des éditoriaux mais n’est plus envoyé sur place. En janvier 1961, le président Eisenhower rompt les relations diplomatiques avec La Havane; la révolution glisse vers le communisme – les Etats-Unis ont perdu Cuba. Pour la droite américaine, les alliés de Batista et la presse conservatrice, Herbert Matthews et le New York Times sont, et demeurent aujourd’hui, les responsables de cet échec.

En 1960, l’ambassadeur Earl T. Smith, qui remplace Gardner, accuse le journaliste d’avoir influencé le département d’Etat américain. Devant le sous-comité du Sénat aux affaires intérieures, il annonce que les articles du New York Times “ont permis à Castro d’acquérir une stature internationale et une reconnaissance mondiale. Jusque-là, Castro n’avait été qu’un autre de ces bandits des montagnes d’Oriente (…)”. La même année, une caricature parue dans la revue conservatrice The National Review montre Castro, à cheval sur Cuba, avec cette légende : “J’ai trouvé mon job dans le New York Times.”  Dans une lettre adressée à son ami Ernest Hemingway, rencontré pendant la guerre civile espagnole, Matthews raconte que des manifestants se sont groupés devant l’immeuble du New York Times pour protester contre lui. “Qu’est-ce que je ne dois pas subir ces temps-ci”, se plaint-il. Il est profondément déçu par la tournure que prennent les événements, tant à Cuba qu’aux Etats-Unis. Mais il reste persuadé qu’il ne s’est pas trompé, que Castro n’était pas communiste, qu’il a opéré un rapprochement pragmatique avec ce parti seulement à partir de 1960.

Après avoir reçu des menaces de mort, le journaliste est placé sous protection du gouvernement. Il doit quitter préci pitamment l’estrade de l’université du Nouveau-Mexique suite à une alerte à la bombe. Il est aussi exclu de l’Association interaméricaine de la presse et préfère éviter l’Overseas Press Club. En 1965, Eisenhower lui-même l’accuse d’avoir, “presque à lui tout seul”, fait de Castro “un héros national”.

Même après sa mort, en 1977, vingt ans après sa rencontre avec Fidel Castro dans la Sierra Maestra, Matthews est resté dans le collimateur des conservateurs. En 1987, William Ratliff, un chercheur de la Hoover Institution de l’université Stanford, dira encore : “Rarement dans l’histoire un seul écrivain aura donné le ton avec autant d’influence (…) quant à un personnage, un mouvement, un phénomène historique.”  Herbert Matthews niera toujours avoir “fait” Castro. A ses yeux, il s’agissait “d’un homme promis à une destinée hors du commun qui aurait fini de toute façon par s’imposer”. C’est fort probable. Mais les articles du New York Times ont peut-être accéléré le cours de l’histoire.

Deux ans plus tard, Castro racontera comment il trompa le reporter. Raul interrompit même l’entretien pour donner des nouvelles d’une “seconde colonne”  imaginaire.`

www.libertesinternets.wordpress.com

 http://www.lemonde.fr/cgi-bin/ACHATS/ARCHIVES/archives.cgi?ID=5fcb144201e14815b7d5f8495a2354d39477ae6a71eb6c92

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5 avril 2008 6 05 /04 /avril /2008 18:52

Un fonds souverain chinois fait irruption dans le capital

 

du groupe pétrolier Total

 

LE MONDE | 04.04.08 | 14h44  •  Mis à jour le 04.04.08 | 14h44


  Tous les actifs pétroliers, en papier (actions) ou en réserves (barils), intéressent la Chine. L'annonce par Total, jeudi 3 avril, qu'un fonds public chinois était entré "graduellement" dans son capital au cours des derniers mois - sans citer son nom ni le pourcentage détenu - n'en a pas moins créé la surprise. Cette opération discrète a immédiatement donné le sentiment que le deuxième consommateur de la planète partait à l'assaut de la quatrième "major" mondiale et d'un fleuron de l'industrie française.

Le discours de Total tranche sur l'inquiétude exprimée par les hommes politiques devant la montée en puissance des fonds souverains, ces structures alimentées par les recettes des hydrocarbures, des minerais ou des excédents commerciaux. "C'est une bonne nouvelle que ce fonds s'intéresse à Total", commente une porte-parole du groupe, qui affirme que cette entrée n'est pas vécue comme hostile. Elle a donné lieu, au préalable, à des "discussions régulières", ajoute-t-elle.


Total y voit un moyen de "diversifier" son capital avec un type de structure "qui investit à long terme dans des actifs rentables". "Acheter des titres de Total représente une opportunité d'acheter des actifs qui sont sous-évalués", estime un analyste de la banque UBS, mais que des investisseurs plus "court-termistes" hésitent à acquérir. Total affirme qu'il compte déjà ce type d'investisseurs dans son capital. De plus, cette opération accroît "la visibilité en Chine", où le groupe est bien implanté dans la chimie, la pétrochimie, le raffinage et les stations-service.


C'est le fonds gestionnaire de la majeure partie des réserves de changes de la Chine (1 650 milliards de dollars), placé sous l'autorité de la banque centrale chinoise, qui a acheté 1,6 % de Total pour 2,8 milliards de dollars (1,8 milliard d'euros), indique le Financial Times dans son édition du vendredi 4 avril. Cette opération illustre l'offensive des fonds souverains des pays émergents sur les entreprises occidentales : China Investment Corporation s'était illustrée fin 2007, en pleine crise des subprimes, en acquérant 9,9 % de la banque d'affaires américaine Morgan Stanley pour 5 milliards de dollars.


L'actionnariat de Total, première capitalisation boursière de Paris, est réparti entre Europe, Asie et Amérique du Nord. Les institutionnels (banques, fonds, entreprises...) en détiennent 88 %, les individus 8 % et les salariés 4 %. Le premier actionnaire est le financier belge Albert Frère (présent dans Suez et Lafarge), qui fin 2007 détenait 5,3 % du capital à travers Groupe Bruxelles Lambert (3,9 %) et la Compagnie nationale à portefeuille (1,4 %).


La Chine déploie une stratégie tous azimuts pour se procurer pétrole, gaz et minerais. Pékin passe des accords énergétiques d'Etat à Etat et finance des infrastructures (routes, ports, hôpitaux...) en échange de contrats d'approvisionnement. Les filiales cotées des entreprises publiques investissent dans des gisements ou tentent de racheter des compagnies entières. En 2005, la China National Offshore Oil Corporation avait essayé de racheter l'américaine Unocal, attirée par ses contrats et ses réserves d'hydrocarbures (Caspienne, Asie centrale, Birmanie, Indonésie...). Elle avait dû y renoncer devant l'hostilité du Congrès, et c'est la société californienne Chevron qui avait raflé la mise pour 18 milliards de dollars.

 

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5 avril 2008 6 05 /04 /avril /2008 18:44

Manifestations pour dénoncer la "chasse aux étrangers"

 

LEMONDE.FR avec AFP | 05.04.08 | 16h46  •  Mis à jour le 05.04.08 | 17h03


  A l'appel de plusieurs collectifs de défense des sans-papiers et de partis politiques, des manifestations étaient organisées, samedi 5 avril, dans plusieurs grandes villes de France pour dénoncer la politique en matière d'immigration du gouvernement. Ces manifestations interviennent alors que, vendredi, un homme de 29 ans, d'origine malienne, en situation irrégulière, a trouvé la mort à Joinville-le-Pont (Val-de-Marne) en se jetant dans la Marne en essayant de fuir un contrôle de police.

 

A Paris, ils étaient plusieurs milliers à défiler. Peu avant 15 heures, le cortège a quitté la place d'Italie pour rejoindre la rue de Grenelle où est situé le ministère de l'immigration, de l'intégration, de l'identité nationale et du développement solidaire. En tête du défilé, se trouvaient notamment Pierre Cordelier, un des porte-parole de RESF (Réseau éducation sans frontière), Arlette Laguiller (Lutte ouvrière), la sénatrice communiste Nicole Borvo et Jean-Pierre Dubois (Ligue des droits de l'homme).


"SANS-PAPIER TRAQUÉ, SANS-PAPIER NOYÉ"


"L'actualité montre malheureusement que la politique du gouvernement tue et nous voulons faire cette démonstration alors que dans trois mois la France va vouloir imprimer sa politique à toute l'UE"
lors de la présidence tournante de l'Union européenne, a fait valoir Nathalie Serré, porte-parole du Gisti, membre du collectif Ucij (Unie-e-s contre une immigration jetable).


A Lyon, entre 1 550 à 2 000 personnes ont manifesté avec des pancartes sur lesquelles on pouvait lire "Laissez les grandir ici", "Résistance" ou "Si tu veux un pays, prends le mien". Les manifestants scandaient également des slogans comme "Sans-papier traqué, sans-papier noyé", en référence au Malien de Joinville-le-Pont. Toutes les 20 minutes, allusion au fait qu'un étranger sans-papiers est expulsé toutes les 20 minutes de France, les participants étaient invités à s'asseoir pour la lecture de courts textes critiquant la politique d'immigration du gouvernement et la "criminalisation" de l'aide au séjour des étrangers en situation irrégulière.


A Marseille, ils étaient 500 selon la police, 1 500 selon les organisateurs, à manifester dans le centre-ville. "Nicolas Sarkozy a osé faire plus rapidement et plus clairement ce qui se faisait déjà précédemment. Il présente aujourd'hui un visage xénophobe avec un cynisme d'Etat qui ne se cache plus d'être hostile aux étrangers", a déploré Jean-Pierre Cavalié, délégué régional Provence-Alpes-Côte d'Azur de la Cimade, qui évoque une accentuation de la "chasse aux étrangers", "très dangereuse pour la démocratie".

 

 

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4 avril 2008 5 04 /04 /avril /2008 22:09

Val-de-Marne: décès d'un sans-papiers qui voulait échapper à la police

 

PARIS   (AP)

 

  Un homme sans-papiers âgé d'une vingtaine d'années est décédé vendredi après-midi à Joinville-le-Pont (Val-de-Marne) après avoir tenté d'échapper à un contrôle de police, a-t-on appris de source policière.

Après s'être jeté dans la Marne, l'inconnu avait été transporté dans un hôpital parisien. Une autopsie devrait permettre d'établir les causes de cette mort.

Selon les premiers éléments de l'enquête, le suspect avait été interpellé dans la station RER alors qu'il souhaitait prendre un train sans titre de transport. Alors que des policiers de la Bac tentaient de le contrôler, l'individu a pris la fuite et s'est jeté ensuite à l'eau.

D'après sa carte de transport, il serait de nationalité malienne et en situation irrégulière. Mais la police devait établir avec certitude son identité. L'inspection générale des services (IGS), la police des polices, a été chargée de l'enquête. AP

 

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4 avril 2008 5 04 /04 /avril /2008 21:54

Cet article a été rédigé par Philippe Vassé, un reporter d’AgoraVox, le journal média citoyen qui vous donne la parole.

 

A l’hiver 1990, à Berne, eut lieu la première manifestation commune rassemblant - contre la venue en Suisse de Li Peng, l’ordonnateur du massacre des étudiants sur la place Tiananmen le 4 juin 1989 - des militants démocrates chinois et tibétains au coude à coude contre la même dictature, soutenus par des associations, organisations et syndicats suisses : celle du régime de Pékin. J’étais présent alors avec des amis dirigeants du mouvement démocratique chinois, dont des survivants du bain de sang qu’avait été la place Tiananmen moins de quelques mois plus tôt. Aujourd’hui, la question de l’unité des deux peuples, chinois et tibétain, contre la dictature qui les opprime tous deux est encore, plus que jamais, à l’ordre du jour.

 

Fraternité et solidarité de deux peuples pareillement opprimés

 

A l’heure où se déploie dans le monde entier une offensive d’une ampleur jamais vue à l’initiative des autorités dictatoriales de Pékin, pour calomnier, salir, insulter à la fois le peuple tibétain et tenter de dresser un peuple contre un autre selon un principe bien connu qui assure que « diviser, c’est régner », il m’a paru utile d’apporter ici publiquement un témoignage du combat ancien et collectif des démocrates chinois et des militants tibétains pour le droit à l’autodétermination de leur peuple, un combat qui est par essence COLLECTIF. J’ai rarement vu une telle campagne de haine, mêlant les rumeurs les plus abjectes aux annonces les plus ignobles, que celle qui se développe contre le peuple tibétain, et qui essaie par là-même d’empêcher le mouvement démocratique chinois d’être entendu clairement.

 

Rappelons quelle est la position publique de ce mouvement démocratique chinois indépendant qui est l’avenir de la Chine, pays le plus peuplé du monde, sur la question nationale tibétaine : reconnaissance du droit naturel imprescriptible à l’autodétermination du peuple tibétain. Cette position de principe a été rappelée à plusieurs reprises par le porte-parole le plus connu du mouvement démocratique chinois : Wei Jing Sheng, qui a passé 18 ans de sa vie en prison dans son pays avant d’être libéré en 1998.

 

Il est nécessaire de rappeler à l’opinion publique internationale ce qu’est la Chine aujourd’hui, derrière les apparences de prospérité présentées à ceux qui ne veulent pas regarder derrière l’image qu’on leur tend : une dictature au profit d’une petite minorité de la population, dictature qui s’appuie pour maintenir et développer ses prébendes, fondées sur une corruption effrénée, sur l’appareil d’Etat et du Parti unique, qui n’a plus de « communiste » que l’appellation incontrôlée, selon un satiriste chinois.

 

De manière générale, le parti unique, le PCC, et l’Etat, ne font qu’un, cela au profit de quelques dizaines de millions de privilégiés de plus en plus riches pendant que la majorité du pays s’enfonce dans la pauvreté et les difficultés quotidiennes.

 

Une simple visite des usines dans les zones du sud de la Chine suffit à ramener l’observateur aux conditions ouvrières de vie et de travail pires que celles décrites dans Germinal : violences quotidiennes, brutalités permanentes, amendes, harcèlement sexuel des femmes, viols, humiliations incessantes, situations dégradantes pour la personne humaine, tout y passe.

 

Ceux qui douteraient de cette réalité peuvent se référer aux informations des syndicalistes chinois indépendants : newsletter@newsletter.clb.org.hk

 

Car derrière la vitrine d’opulence présentée par la dictature de Pékin, la réalité est dramatique : de haut en bas de l’économie, la corruption sévit et provoque des difficultés croissantes qui tendent à disloquer y compris l’appareil d’Etat.

 

L’inflation galope, les sociétés étrangères sont engagées dans un processus de délocalisation rapide hors du pays, les exportations chutent, les importations explosent, le chômage de masse devient intolérable pour une large partie de la population, une spéculation inimaginable détruit l’environnement urbain et provoque des centaines d’émeutes urbaines quotidiennes dans tout le pays, sans oublier les grèves et manifestations ouvrières ainsi que les révoltes dans les campagnes qui se multiplient comme un feu de poudre.

 

Un gigantesque pays au bord du gouffre et de plus en plus incontrôlable

 

Devant le flot des difficultés générées par sa politique et la corruption des élites dirigeantes qu’il représente, le gouvernement louvoie entre les reculs locaux et la répression acharnée, entre la satisfaction aux revendications populaires et la violence policière, voire militaire contre les citoyens chinois.

 

Dans ce contexte, les révoltes ou émeutes au Tibet s’expliquent naturellement, du fait que les citoyens tibétains sont victimes à la fois d’une répression accrue et d’une pauvreté plus accentuée, du fait des conditions économiques locales et surtout de la mainmise sur les ressources par les « colons » envoyés par Pékin pour « siniser » le pays.

 

Au passage, pour l’ironie sur l’ignorance terrifiante des réalités locales des thuriféraires du régime pékinois sur les cultures en Asie - thuriféraires qui essaient de faire accroire que la « CIA a donné des armes aux moines et nonnes de Lhassa » -, il importe de rappeler une réalité que toutes les populations d’Asie connaissent bien tant elle est partie de l’histoire du continent : les moines et nonnes bouddhistes tibétains sont des adeptes du pacifisme le plus complet.

 

On ne saurait donc les confondre, sauf pour des esprits particulièrement pervers ou amateurs de fictions hollywoodiennes aux « moines » du célèbre temple chinois de Shaolin, qui a rendu fameux dans le monde le « kung fu chinois ».

 

Mais, ceci étant clarifié, ce qui se passe au Tibet est indissociable du mouvement général de la société en Chine.

 

La révolte contre le système dictatorial de Pékin est devenue générale, et le feu couve dans toutes les parties de la Chine.

 

A l’évidence, les autorités, qui ne contrôlent plus l’inflation sur les prix des matières de base, subissent la hausse exponentielle des tarifs des matières premières, font face aux délocalisations massives et aussi aux faillites d’entreprises pour « faits de corruption », appelés ici « mauvaise gestion », et perdent la mainmise sur la situation sociale du pays.

La répression au Tibet, dans un tel cadre, répond à deux priorités pour le pouvoir en crise à Pékin : 1- essayer de dévoyer l’attention du peuple chinois sur un problème extérieur en tentant de créer un vent de nationalisme au seul service politique de la dictature. Les étudiants chinois hors de Chine, filles et fils de l’appareil dirigeant d’Etat, du parti unique et des cadres des sociétés privées nées des privatisations, sont ici dans le rôle naturel de relais et haut-parleurs du régime qui protège leurs intérêts matériels ; 2- essayer d’intimider le mouvement de colère montant en Chine par une répression impitoyable des émeutes au Tibet.

 

Bilan provisoire d’une situation appelée à évoluer de plus en plus vite

 

Quoi qu’il en soit, le régime a déjà perdu dans cette « affaire » du Tibet son image « favorable » et « de démocratie en marche ».

 

Il est apparu tel qu’il était : une dictature prête à tout pour préserver ses luxueux privilèges exorbitants sur le société chinoise toute entière.

 

Mais, les bases du développement économique en Chine sont maintenant sapées par un quadruple fléau :

 

-  1- la cherté des matières premières et leur raréfaction croissante ;

 

-  2- la montée des grèves et émeutes sociales, qui oblige à des reculs significatifs, encourageant à leur tour d’autres secteurs à agir collectivement de même ;

 

-  3- le départ des entreprises et capitaux étrangers de Chine ;

 

-  4- l’inflation incontrôlable des prix des produits alimentaires de base, qui accélère et nourrit la montée de la colère sociale de masse au sein de la population, tant urbaine que rurale.

 

Le régime est en voie de perdre sa légitimité qui se trouvait depuis près de 20 ans dans la croissance économique et la prospérité espérée.

 

La réalité quotidienne a détruit ces attentes et espérances : inflation galopante, licenciements de masse, émeutes et grèves se multiplient car le peuple chinois vit en majorité écrasante une situation qui devient explosive.

 

De manière symbolique, les Jeux Olympiques de Pékin, qui devaient devenir une sorte de consécration internationale du régime dictatorial, sont devenus dorénavant une menace pour la stabilité politique en Chine et une fenêtre sur la réalité profonde de la Chine en 2008.

 

D’un succès annoncé, la dictature de Pékin est en voie de créer, par ses propres actes contradictoires et sa répression sanglante au Tibet et en Chine même, une situation qui ne peut que lui échapper des mains à terme rapproché, sous les yeux effarés du monde, lors de ces Jeux Olympiques qu’elle a voulus à tout prix. Certains signes sont annonciateurs du futur : ainsi, hier, à Taipei, le président de la République, élu le 22 mars 2008, Ma Ying Jeou, manifestait avec la population taïwanaise et les militants tibétains et démocrates chinois contre ce qui se déroule au Tibet et... en Chine. Du jamais vu à Taïwan et au monde !!!

 

D’un certain point de vue, sa présence rappelait que la démocratie est aussi un droit pour la Chine et le Tibet, son élection dans un pays de langue et de culture chinoises démontrant que la démocratie est la seule voie raisonnable pour tous les peuples de la région et pour la paix.

 

Dans l’intérêt de tous les peuples du monde, il est essentiel que tous les secteurs de l’opinion publique internationale apportent leur soutien inconditionnel aux peuples chinois et tibétain, contre leur ennemi commun : la dictature de Pékin, anomalie anachronique en 2008 et danger potentiel pour les peuples sous sa férule. Ce soutien général prépare l’avenir et peut seul contribuer à apporter au plus vite la démocratie politique et sociale en Chine, la liberté au peuple tibétain et des possibilités partagées de prospérité pour le monde entier.

 

NB : l’auteur est parmi les premiers citoyens français à avoir travaillé, avec d’autres, aux côtés et avec le mouvement démocratique chinois et tibétain depuis mai-juin 1989. Il a assuré aussi de nombreux liens, contacts et traductions pour le mouvement démocratique et les syndicats indépendants chinois, notamment via une collaboration avec le China Labour Bulletin - Bulletin des Travailleurs chinois, publié à Hong Kong par le dirigeants syndical Han Dongfang. Il soutient activement démocrates, syndicalistes et dissidents chinois dans leur lutte difficile en Chine.

 

http://fr.news.yahoo.com/agoravox/20080401/tot-chine- tibet-deux-peuples-un-meme-com-89f340e.html



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4 avril 2008 5 04 /04 /avril /2008 11:09

Du rêve au cauchemar

 

 

Le 4 avril, Martin Luther King est assassiné à Memphis. Dans une Amérique qui le décevait : guerre du Vietnam, Black Panthers, pauvreté et persistance du racisme.

 

 

NATHALIE DUBOIS

 

 

QUOTIDIEN : vendredi 4 avril 2008

 

«A Negro killed in Memphis» (1), titre le New York Times, le 29 mars 1968.

La veille, une manifestation de soutien aux éboueurs de la capitale du Tennessee, conduite par Martin Luther King, a dégénéré en émeutes. Un Noir de 16 ans a été abattu par la police et le pasteur prix Nobel de la paix a quitté la marche, écœuré. Afin de prouver que son idéal de non-violence n’est pas mort, il promet de revenir pour une nouvelle manifestation. C’est ce qui le ramène à Memphis quelques jours plus tard. Le 4 avril 1968, à 18 h 01, Martin Luther King vient de se raser et de s’habiller pour se rendre à un dîner lorsqu’il sort sur le balcon de sa chambre du Lorraine Motel. Une balle de fusil lui transperce la gorge, mettant fin à treize ans de combat obstiné contre la ségrégation raciale aux Etats-Unis.

 

«La pire semaine»

 

Dans son numéro commémoratif de l’année 1968, le magazine Newsweek évoque ces journées comme «la pire semaine» de l’Amérique. Le 31 mars, prenant acte du pourrissement de la guerre du Vietnam, le président démocrate Lyndon Johnson a solennellement annoncé qu’il ne se représenterait pas à l’élection présidentielle de novembre 1968. Depuis deux semaines, Robert Kennedy a, lui, décidé d’être candidat aux primaires. Qu’il veuille reprendre le flambeau de son frère John, assassiné en 1963, suscite l’enthousiasme des foules, comme le constate amèrement Johnson, dépité aussi de l’ingratitude de la communauté noire pour laquelle il a tant fait. 1967 s’est achevée dans une ambiance de quasi-guerre civile, entre les manifs d’étudiants contre la guerre du Vietnam et de violentes émeutes raciales. A Newark, Detroit, Chicago, comme dans plus de 170 autres villes, les ghettos noirs se sont à nouveau enflammés cet été-là, au point qu’on a dû parfois envoyer l’armée.

 

Un siècle après l’abolition de l’esclavage par Abraham Lincoln, «l’Amérique a failli à ses promesses», «cent ans ont passé et le Noir n’est pas encore libre. Cent ans ont passé et l’existence du Noir est toujours tristement entravée par les liens de la ségrégation, les chaînes de la discrimination. Cent ans ont passé et le Noir vit encore sur l’île solitaire de la pauvreté, dans un vaste océan de prospérité matérielle» : A Washington, face à la statue de Lincoln et devant 250 000 manifestants transportés d’émotion, Martin Luther King est à jamais entré dans l’Histoire, le 28 août 1963, par le plus magnétique de ses discours, I have a dream. Où en est-il quatre ans et demi plus tard ? En plein désarroi.

 

Malgré les incontestables succès engrangés par le mouvement des droits civiques, la frustration n’a pas cessé de s’accumuler chez les vingt millions de Noirs américains. Où allons-nous ? Where do we go from here : chaos or community ? est titré l’essai dans lequel King tente alors de refixer le cap. A coups de centaines de marches pour la liberté, de sit-in, de campagnes de boycott amorcées au milieu des années 50, la ségrégation est devenue hors-la-loi. Fini les pancartes «réservé aux Blancs», terminé l’avant des bus interdit aux Noirs, abolies les «lois Jim Crow» qui permettaient aux Etats racistes du Sud de nier la citoyenneté et le droit de vote des «nègres».

 

«Mort spirituelle»

 

L’action non-violente, dont le pasteur, arrière-petit-fils d’esclave, a été le porte-drapeau «a bouleversé la conscience de l’Amérique et forcé le législateur à des réformes profondes sur le statut des Noirs» (2). Des conquêtes juridiques parachevées en 1964 et 1965 par Lyndon Johnson, avec le Civil Rights Act et le Voting Rights Act. Mais la reconnaissance de ces droits déjà inscrits de longue date dans la Constitution, ne change rien au quotidien désespérant des «gens de couleur», qui restent au bas de l’échelle en matière d’emploi, de salaire, de logement, d’éducation. Le pasteur King est déprimé. Il voit la rage qui monte chez les exclus, le racisme qui ne recule pas chez les nantis. Autre sujet d’inquiétude, le mouvement noir se fissure. La création du parti des Black Panthers, en octobre 1966, consacre la montée en puissance de la ligne dure, celle qui considère Luther King comme un trop gentil «oncle Tom», refuse la compromission avec le pouvoir blanc. Le leader étudiant Stokely Carmichael n’a plus peur de crier le slogan «black power».

 

Face aux jeunes révolutionnaires, Luther King était persuadé qu’une action concrète de terrain - celle qu’il a entreprise à Chicago pour la rénovation des taudis et la déségrégation du logement - serait la bonne réponse. Mais l’inertie des autorités comme le racisme haineux qui se déchaîne dans les quartiers blancs ont douché le rêve du pasteur. L’Amérique, prend-il conscience, est bien plus malade qu’il ne le pensait.

 

Discours prophétique

 

Et «si l’âme de l’Amérique se trouve mortellement empoisonnée, un seul mot doit figurer dans le rapport d’autopsie : Vietnam. […] Une nation qui continue, au fil des ans, à dépenser davantage pour ses moyens de défense militaires que pour ses programmes de promotion sociale se rapproche de la mort spirituelle», dénonce-t-il, à contre-courant d’une opinion publique largement favorable à la guerre. Avec ce discours du 4 avril 1967, King devient définitivement pour le FBI «un révolutionnaire, traître à sa patrie, un homme qui dirige un mouvement dont le but est désormais d’accomplir une révolution sociale» (3).

 

A son combat antiguerre, le prix Nobel de la paix ajoute en effet la menace d’une désobéissance civile de masse. C’est le grand projet qu’il peine à organiser lorsqu’il est abattu, à 39 ans : la Poor People’s Campaign doit faire converger sur Washington les bataillons désarmés de millions de pauvres, Noirs, Blancs ou Latinos, prêts à camper là devant le Congrès et paralyser le pays tant que rien ne bougera. Résolu à «passer d’une ère de droits civiques à une ère de droits humains», le leader noir tient un dangereux discours anticapitaliste, veut un revenu minimum pour tous, un budget fédéral de lutte contre la pauvreté, la construction de HLM. L’apôtre de la déségrégation s’est mué en messie d’un nouveau monde, dont il rêve que l’Amérique soit le laboratoire, un monde sans guerres, sans pauvres, sans racistes. Sans nostalgiques du Sud confédéré, comme cet avocat de Saint-Louis, qui offrait 50 000 dollars à qui tuerait Martin Luther King. Une prime qui a pu appâter James Earl Ray, le minable petit braqueur en cavale, arrêté et condamné à 99 ans pour l’assassinat du pasteur. Il mourra en prison vingt ans plus tard.

 

Dans son dernier discours prophétique, la veille de sa mort, King remercie Dieu de lui avoir permis de vivre à cette époque «sens dessus dessous», même s’il ne va pas au bout du chemin. Car «quelque chose est en train d’arriver à notre monde. Les masses populaires se dressent. Et partout où elles s’assemblent aujourd’hui - à Johannesburg, Nairobi, Accra, New York, Atlanta, Jackson, Memphis - le cri est le même : nous voulons être libres.» La nouvelle de son assassinat provoque une nuit d’émeutes et 39 morts dans les ghettos noirs. Un mois plus tard, le 4 juin, Robert Kennedy gagne les primaires de Californie. Il n’ira pas plus loin, abattu par un Palestinien.

 

(1) Jusqu’au début des années 70, le mot «negro» est le plus usité, même par les Noirs, et n’est pas encore péjoratif. C’est Jesse Jackson qui, en 1988, prône l’emploi du terme Africains-Américains, qui s’est imposé aujourd’hui.

 

(2) Martin Luther King, Contre toutes les exclusions, Vincent Roussel, éd. Desclée de Brouwer, 1994.

 

(3) Martin Luther King Jr. Un homme et son rêve, Marie Agnès Combesque, le Félin, 2008.

 



http://www.liberation.fr/transversales/grandsangles/319321.FR.php

© Libération



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3 avril 2008 4 03 /04 /avril /2008 20:24

Irak Al-Qaïda en Mésopotamie, selon la dénomination des médias, est née dans la suspicion :

celle de la résistance… et de Ben Laden. La carrière sanglante d’Abou Moussab al-Zarqaoui,

son fondateur, comporte – comme celle de ses successeurs – des zones d’ombre qui ne seront

pas éclaircies avant longtemps.

 

Facettes cachées d’« Al-Qaïda

au pays des deux fleuves »

 

Par Gilles Munier

 

www.afrique-asie.fr

 

Les tentatives d’Al-Qaïda en Irak (AQI) pour s’imposer comme fédérateur de la résistance ont été infructueuses. Ses excès religieux et ses crimes – massacres de chiites, assassinats de chefs de tribu et de combattants refusant sa suprématie – lui ont aliéné les Irakiens, au point d’être rappelée à l’ordre par Ben

Laden. Les préceptes de l’islam avaient certes sauvé le Jordanien Zarqaoui de la délinquance, mais pas du sectarisme et du terrorisme. Après un séjour en Afghanistan, dans les années 1980, il fonda en Jordanie

Beyt Al-Imam pour renverser le roi Hussein. Arrêté avant de passer à l’action, condamné à quinze ans de prison en 1993, amnistié six ans plus tard par Abdallah II, il proposa aussitôt ses services à Al-Qaïda qui se demandait s’il n’avait pas été libéré pour infiltrer l’organisation. Cette inquiétude, dissipée par son allégeance à Ben Laden, renaîtra lorsqu’il créera son camp d’entraînement près de Hérat, puis al-Tawhid wal Djihad (Unification et Guerre

sainte), groupe perçu comme concurrent d’Al-Qaïda.

 

Zarqaoui, ou son fantôme

 

Après la chute des Taliban, il se réfugia en 2001 au Kurdistan irakien, auprès d’Ansar al-Islam, organisation salafiste à majorité kurde. Malgré les déclarations de Colin Powell qui en faisait le chaînon manquant prouvant la relation entre Saddam Hussein et Ben Laden, et en dépit des attentats meurtriers d’août 2003 – explosion du siège des Nations unies, assassinat de l’ayatollah Mohamad Baker al-Hakim – qui lui sont attribués, sans doute à tort, il ne deviendra la nouvelle « star » américaine du terrorisme qu’en mai 2004, avec la décapitation de Nicolas Berg (voir encadré : La fabrication du « Ben Laden irakien »). En octobre 2004, son organisation prit le nom de « Al-Qaïda au pays des deux fleuves » pour signifier son rejet du patriotisme irakien, et revendiqua des attentats

sauvages et contre-productifs la déconsidérant : voitures piégées dans les quartiers chiites, assassinats de diplomates arabes – un Égyptien et deux Algériens –, attentats contre l’ambassade de Jordanie et de grands hôtels d’Amman. Le New York Times révéla en 2006 que l’armée américaine avait à dessein exagéré le rôle de Zarqaoui, estimant qu’en Irak la « menace à long terme » n’était pas l’extrémisme religieux, mais le baasisme. Le

général Mark Kimmitt, ancien numéro 2 des forces d’occupation, déclara même que le programme « PsyOp Zarqaoui » (voir encadré) était « la campagne d’information la plus réussie à ce jour ». L’objectif étant de monter les « insurgés » les uns contre les autres, et de faire du « terrorisme et des djihadistes étrangers » – et de la résistance à travers eux – la source de toutes les souffrances.

 

Un bon prétexte pour les Américains

 

La chasse à Zarqaoui servit de prétexte aux grandes opérations militaires pour démanteler la résistance, réduisant les atrocités américaines à de simples dégâts collatéraux. En novembre 2004, la population

de Falloujah fut en partie massacrée pour prétendument l’éliminer. Mossoul, Samarra et Tel Afar suivirent. Après chaque bataille, l’armée étasunienne déclarait que le « cerveau de l’insurrection », tel Fantomas, était passé à travers les mailles du filet, qu’il fallait le poursuivre ailleurs. L’étoile du Jordanien pâlit en janvier 2006 avec la constitution du Conseil consultatif des Moudjahidine comprenant plusieurs organisations de résistance. Il perdit la primauté de décision. Le personnage avait fait son temps. Trahi, dit-on, par un agent du Gid (les services secrets jordaniens) infiltré dans son entourage, il fut tué le 7 juin 2006 près de Baqouba. Il a été remplacé, le 12 juin, par Abou Hamza al- Mouhajer (« L’Émigrant »), dit Abou Ayyoub al-Masri (« L’Égyptien »), au parcours tout aussi énigmatique : un avocat du Caire affirme qu’un islamiste portant son nom est incarcéré en Égypte, à la prison de

Wadi al-Natroun. La disparition de Zarqaoui fit place à une irakisation limitée de la guérilla « benladéniste

». Le Conseil consultatif des Moudjahidine annonça, en octobre 2006, la naissance d’un État islamique d’Irak

(ISI) présidé par Abou Omar al-Baghdadi, « Commandeur des croyants ». Il couvrait théoriquement les régions de Bagdad, Al- Anbar, Kirkouk, Diyala, Salaheddine, Babylone, Wasit(1)). Sa proclamation fut aussitôt condamnée par le parti Baas clandestin comme la « pierre supplémentaire du programme visant à diviser l’Irak ». Zarqaoui était omniprésent, bien que personne ne l’eût vu nulle part. Omar al- Baghdadi, lui, est carrément invisible.

 

Selon des témoignages, il n’existe pas. L’homme au visage caché des vidéos serait un acteur utilisé pour la circonstance. Il « gouverne » néanmoins son émirat virtuel entouré de ministres. Celui de la Défense avait instauré la conscription dans la région d’Al-Anbar, celui des Finances l’impôt ! La résistance lui devait allégeance.

Une stricte observance de l’islam était imposée et les contrevenants punis. Le résultat ne s’est pas fait attendre : assassinats de chefs de tribu rétifs, batailles rangées avec l’Armée islamique d’Irak, les Brigades de la Révolution de 1920 et l’Union des djihadistes irakiens. Pour la résistance, la priorité est le départ des Américains et des pro-Iraniens, pas la révolution islamique. La nature du futur État sera décidée ensuite, démocratiquement. Le bilan du benladénisme « au pays des deux fleuves » est lourd de conséquences pour l’Irak : accentuation des violences

sectaires et ethniques, soutien objectif à la partition de facto du pays, divisions dans la résistance. Il est responsable de la constitution de milices pro-américaines.

 

Les chefs de tribu menacés et les voyous au sein d’Al-Qaïda sont passés, sans état d’âme, à la collaboration ! Le général Kimmit, qui planifie maintenant les opérations

PsyOps au Proche-Orient, peut se frotter les mains.

 

(1) Voir « Au coeur de la résistance »,

par Gilles Munier, in Afrique Asie

de janvier 2008.

 

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1 avril 2008 2 01 /04 /avril /2008 21:30

Signez la pétition de soutien à Bruno Guigue !

 

www.europalestine.com

 

Un appel vient d’être lancé par des personnalités pour dire NON à toute sanction contre Bruno Guigue, le sous-préfet limogé pour avoir énoncé quelques vérités sur la politique israélienne. Nous vous invitons à signer cette pétition et à la faire signer en relayant cette information. (il suffit de cliquer sur le lien ci-dessous (ou sur "envoyer à un ami" en bas du texte)

 

PETITION DE SOUTIEN A BRUNO GUIGUE

 

Non à la sanction politique qui frappe Bruno Guigue !

 

Le gouvernement a limogé brutalement un sous-préfet, M. Bruno Guigue, coupable à ses yeux d’avoir écrit quelques vérités sur l’occupation des territoires palestiniens par Israël. Ce faisant, il n’aurait pas respecté le "devoir de réserve", a indiqué à la presse Madame Alliot-Marie.

 

L’intéressé ne s’est pourtant pas exprimé en sa qualité de sous-préfet, il n’a livré aucun secret professionnel, il n’a pas mis en cause la sécurité de l’Etat.

 

Il a écrit, en tant qu’analyste et écrivain, un papier sur le site « oumma.com » en réaction à un article paru dans « Le Monde » dans lequel les auteurs condamnaient violemment l’ONU accusée par eux de mettre en cause, ni plus ni moins, les droits de l’homme. Dans sa démonstration, M. Guigue a « osé » parler d’un aspect du vrai visage de l’occupation israélienne. Les réalités dénoncées par Bruno Guigue sont des faits établis, connus de tous.

 

« L’obligation de réserve » invoquée pour le limoger sur le champ est en outre un concept à géométrie particulièrement variable. Régulièrement en effet des hauts fonctionnaires expriment des opinions politiques sur Israël sans pour autant être l’objet de sanctions. Mais toute la différence tient en ce que leurs propos viennent en soutien à des actions de cet Etat pourtant tenues hors la légalité internationale. Monsieur Bruno Guigue est donc l’objet d’une décision clairement politique.

 

Et au travers le cas du sous-préfet de Saintes, le gouvernement souhaite aussi faire un exemple destiné à intimider l’ensemble de la fonction publique.

 

Aujourd’hui, c’est la situation de Bruno Guigue qui est en jeu mais c’est aussi l’avenir de tous qui se joue. Ne pas réagir, nous ferait assumer la responsabilité de jours encore plus sombres demain.

 

C’est pourquoi nous exprimons notre solidarité à Bruno Guigue, nous saluons son courage, et nous nous élevons contre la sanction prise à son encontre car elle est de nature politique tandis que ses propos sont salutaires. C’est pour nous une façon d’exiger qu’en la matière, comme en d’autres, il ne saurait y avoir en aucun cas de politique dite du "deux poids, deux mesures".

 

PREMIERS SIGNATAIRES :

 

Patrick BRAOUEZEC, député de Seine Saint-Denis ; Alima BOUMEDIENE-THIERY, sénatrice ; Jean-Claude LEFORT, député honoraire ; Mouloud AOUNIT, secrétaire général du MRAP ; Jean BRAFMAN, conseiller régional d’Ile de France,Robert BRET, sénateur ; Alain Brossat, professeur des Universités Paris 8 Saint-Denis ; Olivier LECOUR GRANDMAISON, professeur des Universités, Maurice RAJSFUS, écrivain, Jean-marie RAINAUD, Professeur émérite des universités ; Jean-Jacques CANDELIER, député du Nord ; Francis Wurtz, député européen, président du groupe GUE ; Narriman KATTINEH, Docteur en Droit, Avocate ; Cyril BORGNAT, Avocat ; Olivier TAFANELLI, Avocat, Docteur en droit ; Georges LABICA, philosophe ; Maître Daniel VOGUET, avocat à la Cour de Paris ; José FORT, journaliste ; Vincent GEISSER, enseignant-chercheur, président du CIEMI ; Laurence COHEN, conseillère régionale communiste IDF ; Pierre COURS-SALIES Professeur de l’Université Paris 8 ; Pierre TEVANIAN, professeur de philosophie ; Christophe OBERLIN, Professeur de chirurgie ; Jean-Robert HENRY, directeur de recherches ; Kamel CHACHOUA , Chargé de recherche au CNRS ; Ahmed MAHIOU, agrégé des facultés de droit, directeur de recherches émérite au CNRS ; Pierre BERGEAUD, ancien directeur général de l’expansion scientifique française et libraire ; Lysiane ALEZARD, conseillère régionale IDF ;

 

Pour signer cette pétition, cliquer sur :

 

http://soutienbrunoguigue.info

 

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