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7 mai 2008 3 07 /05 /mai /2008 20:06

Kouchner a « perdu » le témoin-clé de l’enquête Hariri


par Jürgen Cain Külbel*

 

www.voltairenet.org

 

La presse internationale se passionne pour l’affaire As-Siddik, ce témoin-clé de l’affaire Hariri qui a « disparu » sur le territoire français le 13 mars. Les témoins s’interrogent sur le rôle de la France de Nicolas Sarkozy qui, en application de la résolution 1636 du Conseil de sécurité des Nations unies, avait la responsabilité de le tenir à la disposition du Tribunal spécial de l’ONU. Pourtant, cette affaire, qui pourrait être le premier enlèvement politique par la CIA sur le sol français depuis la réactivation du « stay-behind » en 2001, reste largement ignorée des Français.

 

Le prétendu ancien officier des services secrets syriens, Mohamed Zuhair As-Siddik, témoin-clé des enquêteurs de l’ONU dans l’enquête sur l’assassinat du Premier ministre libanais Rafiq Hariri, a disparu depuis le 13 mars dernier, sans laisser la moindre trace. Il était logé dans une villa à Chatou (Yvelines), près de Paris et vivait sous surveillance du ministère français de l’Intérieur. Une source dans la police française a affirmé qu’il n’était plus, ces derniers temps, assigné à résidence ni sous le coup d’une mesure de surveillance judiciaire. Pour le journal libanais Ittijahat, cette disparition est un « scandale politique », notamment suite à la déclaration faite par le ministre français des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, à la télévision saoudienne Al Arabiya : « Je suis certain qu’As-Siddik a disparu et cela me chagrine ».

 

Mohamed As-Siddik a été arrêté en octobre 2005 à Paris suite à un mandat d’arrêt international émis contre lui dans le cadre de l’enquête sur l’attentat ayant coûté la vie à Rafiq Hariri. Il est soupçonné d’avoir participé à l’assassinat de l’ancien Premier ministre libanais. Il devait être extradé vers le Liban, mais cela ne s’est pas fait, la France refusant d’extrader un coupable vers un pays où il risque de se voir appliquer la peine de mort [1].

Depuis, As-Siddik était placé en résidence surveillée, étant donné qu’il était le témoin-clé de l’ex-procureur allemand Detlev Mehlis, qui a dirigé —de mai à décembre 2005— la commission d’enquête de l’ONU et qui a tenté d’établir la responsabilité de la Syrie dans cet attentat.

 

As-Siddik aurait « avoué » à Mehlis durant l’été 2005, avoir prêté son appartement de Chalda, dans la banlieue de Beyrouth, aux conspirateurs préparant l’assassinat de Hariri. Parmi les membres de cette conspiration, quatre gradés libanais de haut-rang qui croupissent aujourd’hui en prison, sur les conseils de Mehlis.

 

Un an plus tard, sur les ondes de la télévision saoudienne Al Arabiya, As-Siddik est allé encore plus loin dans ses accusations en affirmant que « le président syrien Bachar El-Assad et son homologue libanais, Emile Lahoud avaient personnellement donné l’ordre de liquider Hariri ». Il a affirmé qu’il avait vu « le véhicule [qui aurait transporté les explosifs] en train d’être préparé, dans un camp des services secrets syriens, à Zabadani dans la plaine de la Bekaa ». Il aurait également remis à Mehlis « des documents et des images ne laissant aucune place au doute ». « J’ai les négatifs sur moi, il y a beaucoup de choses qui vont être révélées ».

 

Les services secrets et les conspirateurs —pour des raisons de sécurité— travaillent selon le principe du « chacun en sait le moins possible ». Un projet professionnel d’assassinat est exécuté par des unités opérationnelles. Ces équipes agissent indépendamment les unes des autres : l’une fournit les explosifs, l’autre se charge du véhicule, une troisième surveille la victime, une autre encore brouille les pistes, etc. Les différents participants ne se connaissent pas. Le fait que Siddik « sache tout sur tout » aurait du mettre la puce à l’oreille de M. Mehlis, ou au moins de son adjoint, l’ex-premier commissaire de la police criminelle allemande, Gerhard Lehmann, du BKA, le meilleur enquêteur anti-terroriste, devenu célèbre lors de l’affaire du kidnapping de Khaled el-Masri par la CIA [2].

 

Il s’est rapidement avéré que les « déclarations sous serment » d’As-Siddik avaient été obtenues contre de l’argent. Ses frères ont déclaré avoir reçu un appel téléphonique de sa part, à l’automne 2005, depuis Paris, dans lequel il jubilait : « Je suis millionnaire ! ». Le gouvernement syrien avait depuis longtemps envoyé une documentation sur le personnage aux gouvernements occidentaux, dans l’espoir que Mehlis ne tomberait pas dans le piège. Puis, en octobre 2005, l’hebdomadaire allemand Der Spiegel « révéla » ce que tout le monde au Moyen-Orient savait depuis longtemps : As-Siddik est un membre de la pègre, déjà condamné à plusieurs reprises dans des affaires criminelles et d’escroquerie. Même la commission d’enquête de l’ONU savait qu’As-Siddik leur avait menti : au début il avait affirmé avoir quitté Beyrouth un mois avant l’attentat contre Hariri, avant d’avouer, fin septembre 2005 sa participation directe à l’attentat.

 

Les doutes sur la crédibilité de Siddik se sont encore renforcés quand il s’est avéré qu’il avait été recommandé à la commission d’enquête de l’ONU par Rifaat Al-Assad, renégat syrien de longue date et oncle du président syrien actuel. Le « président syrien alternatif » en exil paya le billet d’avion d’As-Siddik pour l’Europe, où, selon Charles Ayoub, directeur du journal libanais Ad-Diyar, il reçut « une importante somme d’argent » de la part de Saad Hariri, fils de la victime, ainsi que de Walid Jumblatt, leader de la « Révolution des Cèdres ». Cette opération de corruption avait pour but d’obtenir qu’As-Siddik convainque Mehlis de la responsabilité de la Syrie dans l’attentat contre Hariri, contre les avis de la CIA et des services secrets saoudiens. Mehlis —qui manquait cruellement de preuves contre la Syrie—, aurait mordu à l’hameçon. Selon un diplomate français interrogé à l’époque, « Quand As-Siddik —qui n’était rien de plus que le chauffeur d’un général syrien— s’est mis à table, Mehlis n’avait pas grand chose comme cartes dans son jeu ».

 

Mercredi dernier, Imad As-Siddik, le frère du témoin clé, a formulé depuis Damas de lourdes accusations contre la France : « Les autorités françaises ont facilité sa disparition, peut être pour aider d’autres personnes à l’éliminer, ou alors ce sont eux qui l’ont éliminé ».

Un autre frère du disparu, Omar As-Siddik, se dit persuadé que « à l’heure qu’il est Zuheir a été assassiné, afin d’en faire porter la responsabilité à la Syrie ». Pascale Andreani, porte-parole du Quai d’Orsay, s’empressa de démentir ces allégations. Même David Bellemare, responsable de la commission d’enquête de l’ONU depuis le début de l’année, était perplexe : « Je ne sais pas où il est. Il n’est pas sous notre protection et n’a jamais demandé à faire partie de notre programme de protection des témoins ».

 

Le lendemain jeudi, le journal koweitien As-Siassah publia une information fracassante : ils avaient pu s’entretenir au téléphone avec As-Siddik et il aurai déclaré « Je vis caché, dans un endroit tenu secret, près de la France et du Tribunal international, et je vais bien ».

Selon ce journal —propriété de Saad Hariri— As-Siddik se cacherait par peur pour sa vie, n’ayant pu obtenir la moindre protection de la part de la commission d’enquête internationale ; malgré le fait qu’il ait envoyé plusieurs courriers au tribunal et informé la justice libanaise de trois tentatives d’assassinat. Dès que le tribunal commencerait ses travaux, il referait surface. Entre temps la famille As-Siddik a accusé le groupe politique libanais pro-occidental qui a « fabriqué » le témoignage d’As-Siddik, de l’avoir liquidé. Selon le quotidien libanais As-Safir, il importe peu de savoir si As-Siddik est caché en France, en Arabie saoudite, aux Émirats ou tout autre pays du Golfe. « Il est probable qu’il s’est réfugié auprès de ceux qui, il y a deux ans, ont organisé son voyage de Riad à Paris ». Une attaque directe contre le financier d’As-Siddik, Saad Hariri. Se pose également la question du rôle qu’entend jouer la France dans l’enquête sur l’assassinat d’Hariri, compte tenu du fait qu’elle ait laissé « disparaître » le témoin le plus important, dont le « témoignage » à fait jeter en prison quatre généraux libanais. Peut-être que le « vilain menteur » As-Siddiq va finir par refaire surface, probablement à proximité du lieu où scintillent les dollars, étant donné « qu’il était déjà obsédé par l’argent quand il tétait encore les seins de sa mère » a raconté une cousine du délinquant au journal allemand Neues Deutschland.

 



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7 mai 2008 3 07 /05 /mai /2008 19:46

Etats-Unis: Obama prend une solide option dans la course démocrate, Clinton s'accroche

 

SHEPHERDSTOWN (Etats-Unis) (AFP)

 

  En dépit de la solide option qu'a prise Barack Obama dans la course à l'investiture démocrate pour la présidentielle américaine, sa rivale Hillary Clinton a annoncé mercredi qu'elle n'entendait pas renoncer, comme certains le voudraient déjà

 

"Je reste dans cette course jusqu'à ce qu'il y ait un candidat" désigné, a tranché Hillary Clinton en Virginie occidentale (est), petit Etat rural des Appalaches qu'elle espère emporter mardi lors de la prochaine consultation électorale. "Je vais travailler aussi dur que je peux pour être ce candidat", a-t-elle ajouté.


Et pourtant, à part son entourage, bien peu sont ceux qui estiment encore viable sa candidature.


"Je ne vois pas comment Mme Clinton pourrait maintenant emporter l'investiture, Barack Obama dispose d'une avance énorme en termes de délégués" gagnés lors des primaires, a relevé mercredi George McGovern, personnalité démocrate respectée et candidat malheureux de la présidentielle de 1972. M. McGovern, qui avait apporté son soutien à Mme Clinton en octobre, l'a appelée mercredi à se retirer au nom de l'unité nécessaire du parti.


"Elle est cuite" titrait cruellement mercredi le tabloïd New York Post au lendemain de la sévère défaite (14 points) de Hillary Clinton en Caroline du Nord (sud-est) et de sa victoire étriquée (2 points) dans l'Indiana (nord).


La Caroline du Nord était le dernier grand Etat en jeu dans le processus de sélection du candidat démocrate. Il ne reste que six consultations d'ici le 3 juin, dont la primaire de Virginie occidentale.


M. Obama quant à lui a rejoint son fief de Chicago et devait passer la journée de mercredi en conclave avec ses conseillers.


"Il est maintenant temps que les superdélégués (cadres et élus du parti libres d'endosser le candidat de leur choix) amorcent la fin de ce processus et annoncent leur préférence", a estimé la gouverneure de l'Arizona (sud-ouest) Janet Napolitano, pro-Obama.


Outre les primaires restant à organiser et le choix des super-délégués, c'est peut-être l'argent qui pourrait hâter la fin du processus.


En effet, après avoir consenti en février un prêt sur ses fonds personnels de 5 millions de dollars, Mme Clinton a de nouveau mis la main à la poche à trois reprises depuis le 11 avril pour maintenir à flot sa campagne, pour un total de 6,4 millions de dollars, selon son entourage.


Selon le site indépendant RealClearPolitics, M. Obama compte aujourd'hui 1.845 délégués et Mme Clinton 1.693. Il en faut 2.025 pour s'adjuger l'investiture.


Le stratège de Mme Clinton, Geoff Garin, a fait valoir mercredi que l'attrait de Mme Clinton auprès des électeurs "qui seront sans doute l'électorat clé" de novembre, particulièrement les foyers modestes, faisait d'elle "la candidate la plus forte pour le parti démocrate en novembre".


Mais le directeur de campagne de M. Obama, David Plouffe, souligne que Mme Clinton devrait remporter au moins 68% des délégués encore en jeu, un scénario improbable, pour espérer rattraper M. Obama.


"Nous savons qui sera le candidat démocrate", a déjà affirmé Tim Russert, le journaliste politique vedette de la chaîne NBC. Son confrère de la chaîne ABC George Stephanopoulos a prédit que de nombreux "super délégués" allaient incessamment apporter leur soutien à Barack Obama "par groupe de trois, quatre, cinq à la fois et la course à l'investiture va être bouclée".


De nombreux médias ont noté que les déclarations de M. Obama mardi avaient déjà les accents d'un discours de candidat investi. Il a défendu "l'Amérique qu'il aime" et plaidé pour l'unité des démocrates, et au-delà de tous les Américains, anticipant sur la campagne qui devrait l'opposer au républicain John McCain à l'automne.

 

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4 mai 2008 7 04 /05 /mai /2008 21:15
La Palestine résiste

La bataille de Karameh, le 21 mars 1968, est la revanche des fedayins face à l’armée israélienne et la naissance du pouvoir politique d’Arafat au sein du Fatah.

CHRISTOPHE AYAD

QUOTIDIEN : vendredi 2 mai 2008


Le 21 mars 1968, à 5 h 30 du matin, quatre colonnes de blindés israéliens franchissent le Jourdain pour s’emparer de Karameh, un village jordanien utilisé comme base arrière par la guérilla palestinienne. Tsahal a engagé 10 000 hommes dans l’opération.


Rien ne se passe comme prévu. Les paras se font mitrailler à l’atterrissage. Quant aux blindés, ils sont pilonnés par l’artillerie jordanienne depuis les crêtes surplombant la vallée. Les premiers tanks israéliens ne pénètrent dans Karameh qu’en fin de matinée. Tous les bâtiments sont systématiquement dynamités. Mais les Palestiniens se défendent pied à pied, on se bat au corps à corps et à l’arme blanche. Un fedayin, le corps bardé d’explosifs, se jette même sous les chenilles d’un char. L’armée israélienne se retire dans l’après-midi. Le dernier soldat israélien repasse le Jourdain à 21 heures.


Masqués par des keffiehs


Le bilan est lourd pour Al Assifa (la «tempête» en arabe), la branche armée du Fatah : 150 à 200 morts, une centaine de prisonniers, plus de la moitié de ses effectifs. Mais peu importe : l’armée israélienne reconnaît 21 morts et une soixantaine de blessés. Tsahal a dû abandonner sur place des tanks calcinés et les corps de ses soldats. Après l’écrasante défaite des armées arabes en juin 1967, Karameh est un début de revanche. Le nom du village jordanien, fondé en 1952 par des réfugiés palestiniens, ne signifie-t-il pas la «dignité» ?



Le public arabe ne s’y trompe pas et l’enterrement des «martyrs» à Amman, le lendemain de la bataille, prend des allures de triomphe pour les fedayins, qui dirigent la manifestation le visage masqué par un keffieh. Le roi Hussein de Jordanie se fait photographier devant la carcasse d’un char israélien exposé au théâtre romain. «Nous sommes tous des fedayins», proclame le «petit roi», qui n’apprécie pourtant guère ces jeunes révolutionnaires menaçant son pouvoir.


Dans les semaines suivantes, des milliers de jeunes réfugiés palestiniens viennent s’enrôler. Les nouvelles recrues se montent rapidement à 10 000 hommes. Les armes arrivent de Chine et d’Union soviétique, mais l’encadrement laisse à désirer. Certains fedayins dressent des barrages en Jordanie et se comportent comme des pistoleros à qui tout serait dû. La Syrie, plus prévoyante, crée sa propre organisation palestinienne, la Saïka (l’«éclair»), qu’elle contrôle d’une main de fer.


Un passage obligé


En Occident, les guérilleros palestiniens rejoignent aussitôt les Vietcongs et les barbudos castristes au panthéon de la gauche. Le voyage à Amman devient un «must» : Jean-Luc Godard et Anne-Marie Miéville viennent tourner Ici et Ailleurs dans un camp de réfugiés palestiniens en 1969 ; Jean Genet découvre la cause palestinienne. Après les massacres de «Septembre noir», qui marqueront, en 1970, le début de la fin de la présence militaire de l’OLP en Jordanie, ce sera au tour du Liban d’accueillir les activistes de la terre entière, des Black Panthers américains à l’«Armée rouge japonaise», en passant par la Rote Armee Fraktion allemande (RAF).


Salah Taamari, un responsable du Fatah, résume l’état d’esprit de l’époque : «Comme les jeunes en Europe et dans le monde, nous avions notre révolution à faire, mais une révolution bien plus grave que celle des hippies ou des routards, ou celle des étudiants français ou américains. Pourtant, nous avions les mêmes idéaux qu’eux et nous étions solidaires des mouvements de libération nationale de l’époque (1).» La libération de la Palestine sera donc aussi celle des «masses arabes opprimées par les conservateurs réactionnaires», à l’instar des monarchies jordanienne et saoudienne. L’islamisme n’en est qu’à ses balbutiements.


Au lendemain de la bataille de Karameh, le Fatah décide de donner une voix et un visage à la résistance palestinienne. Le 15 avril, un certain Yasser Arafat apparaît au grand jour. Il a 39 ans, porte une vareuse militaire ou un blouson et masque sa calvitie naissante sous un keffieh, qui devient aussitôt le symbole de la lutte palestinienne. Quand on lui demande pourquoi il ne se rase pas, Arafat répond en rigolant : «Je n’ai pas le temps, je fais la révolution.»


Le style tranche avec les notables palestiniens en cravate. A commencer par Ahmed Choukeiri, le chef de l’OLP choisi par les Etats arabes, qui ont monopolisé jusqu’alors la cause palestinienne. La débâcle de l’Egypte, la Jordanie et la Syrie en juin 1967 a achevé de discréditer l’ancienne direction et laisse la place aux jeunes loups du Fatah, qui veulent prendre en main la lutte pour la libération de la Palestine. Avec l’occupation de la Cisjordanie et de Gaza, peuplés exclusivement de Palestiniens, ses dirigeants se prennent à rêver d’un maquis à la vietnamienne, où l’armée israélienne viendrait s’enliser. Arafat passe l’été 1967 à sillonner les territoires nouvellement occupés pour y mettre en place des cellules clandestines et un réseau logistique. Aux barrages israéliens, il se présente comme un commerçant. Très vite, les cellules sont arrêtées et le réseau démantelé. La population n’embraye pas, car Israël a ouvert les portes de son marché du travail, provoquant une nette augmentation du niveau de vie des Palestiniens.


Fin 1967, le Fatah décide donc de s’installer en Jordanie, pour y mener une guérilla de l’autre côté du fleuve. Quand les services de renseignements jordaniens préviennent le Fatah de l’imminence d’une attaque à Karameh, plusieurs dirigeants prônent une retraite stratégique pour éviter de lourdes pertes. Mais Arafat plaide pour un affrontement décisif. Il a raison : les pertes sont élevées mais la victoire politique est au rendez-vous. C’est la consécration, Gamal Abdel Nasser invite le jeune Arafat en Egypte pour lui faire le récit de la bataille de Karameh. Le raïs décide aussitôt de confier au Fatah une station de radio. Arafat devient l’égal des chefs d’Etat arabes. La corruption et l’autoritarisme viendront plus tard…


Coups d’éclat


Le Fatah profite de son avantage pour prendre le contrôle du Conseil national palestinien et durcir la Charte en juillet 1968. Désormais, la «lutte armée est la seule voie pour la libération de la Palestine». L’OPA sur la «Vieille Maison» sera définitive en février 1969, lorsque Arafat prend la tête du Comité exécutif de l’OLP, jusqu’à sa mort. En attendant, l’heure est aux coups d’éclat et la dérive terroriste n’est pas loin. Le 26 décembre 1968, un commando du Front populaire pour la libération de la Palestine (FPLP) de Georges Habache, basé au Liban, attaque à la grenade des passagers d’un vol El Al à l’aéroport d’Athènes, faisant un mort et un blessé. Deux jours plus tard, un commando héliporté israélien détruit, en représailles, treize avions civils libanais sur l’aéroport de Beyrouth, la quasi-totalité de la flotte commerciale libanaise. Nihil novi sub sole.


(1) Cité dans Palestiniens 1948-1998, de Christian Chesnot et Joséphine Lama (Autrement, 1998). Voir aussi les Palestiniens, genèse d’une nation, de Xavier Baron (Points Histoire) et les Palestiniens dans le siècle, d’Elias Sanbar (Découvertes Gallimard).



http://www.liberation.fr/actualite/monde/324230.FR.php
© Libération
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4 mai 2008 7 04 /05 /mai /2008 21:06
Barack Obama et le "vote juif" : l'ère du soupçon

LE MONDE | 03.05.08 | 13h40  •  Mis à jour le 03.05.08 | 13h40

NEW YORK CORRESPONDANT

'image de Barack Obama est-elle ternie dans l'électorat juif américain au point de lui faire perdre l'investiture du Parti démocrate pour l'élection présidentielle de novembre aux Etats-Unis ? La question a rebondi après l'affaire Jeremiah Wright. Le sénateur de l'Illinois a rompu avec son révérend, mais ses relations passées avec un homme favorable aux Palestiniens et qui défend le mouvement noir Nation of Islam sont venues confirmer, pour nombre de juifs américains, des craintes sourdes alimentées par des cercles pour lesquels sa présidence serait "mauvaise pour les juifs et Israël".

 

"J'ai commencé à recevoir des courriels en janvier" explique J. J. Goldberg, éditeur du vieux journal juif de New York The Forward : tous clamaient que Barack Obama serait un "musulman caché" et que son "agenda" politique viserait à faire disparaître Israël. Des messages évoquaient un nommé "Barack Osama"... La campagne a pris une telle ampleur que, le 19 janvier, 7 des 13 sénateurs juifs américains ont, dans une "Lettre ouverte à la communauté juive", condamné ces "attaques ignominieuses".


Mais la campagne s'est poursuivie, relayée de manière plus sophistiquée par des intellectuels juifs ultraconservateurs. Elle vise beaucoup l'entourage du candidat, en particulier Zbignew Brzezinski, ex-conseiller à la sécurité nationale du président Jimmy Carter, qui a pris le parti des auteurs d'un ouvrage critiquant l'influence du "lobby pro-israélien" (dit "Aipac") à Washington, et Robert Malley, ex-conseiller du président Bill Clinton sur le Proche-Orient, favorable à une négociation avec le Hamas palestinien. De fait, la plupart de ceux qui ont soutenu les efforts de paix des administrations Carter et Clinton au Proche-Orient se retrouvent du côté de M. Obama, mais aussi d'autres, plus vivement critiques de la politique israélienne.


Barack Obama a le soutien de nombreux intellectuels juifs, de financiers tel George Soros, de célébrités comme Steven Spielberg. Son porte-parole, David Axelrod, est également juif. Mais il a eu beau expliquer qu'il connaît "à peine" MM. Brzezinski et Malley et que son conseiller sur le Proche-Orient est Dennis Ross, un homme très proche de l'Aipac, jurer de son "inébranlable engagement pour la sécurité d'Israël", assurer qu'il ne "négociera pas avec le Hamas", désormais, dit M. Goldberg, "pour une partie de la communauté juive américaine, sa bonne foi est contestée".


L'ère du soupçon s'est ouverte. Chaque fois, un nouveau spectre surgit, comme cette déclaration de 2007 où M. Obama affirmait qu'"aucun peuple n'a récemment autant souffert" que les Palestiniens. Il explique qu'on "tronque" ses propos, peu importe, on ne retient qu'eux. Pour caractériser l'état d'esprit auquel il se heurte, M. Goldberg cite une plaisanterie juive : "C'est un télégramme qui dit : "Commencez à vous inquiéter, détails suivent...""


Ses adversaires se chargent d'alimenter cette défiance. Le 25 avril, le candidat républicain John McCain a qualifié M. Obama de "candidat préféré du Hamas". L'équipe d'Hillary Clinton, sa concurrente démocrate, distribue les pamphlets d'Ed Lasky, un ultra-conservateur qui a consacré 10 de ses 25 dernières chroniques dans American Thinker au seul thème d'Obama et Israël. Lorsque ce dernier explique qu'il entend "combler le fossé croissant entre les musulmans et l'Occident", Daphna Ziman, conseillère de Mme Clinton, se dit "horrifiée" : "Il n'affirme pas le droit d'Israël à exister."


Quel peut-être l'impact de ce "buzz" ? "Si l'on agrège les facteurs richesse, éducation, plus un regard sur le monde fondé sur la peur d'un regain d'antisémitisme", explique Allan Silver, socio-politologue à l'université Columbia, l'électorat juif "devrait être républicain ; or il reste massivement démocrate". Selon la dernière étude annuelle de l'American Jewish Committee (décembre 2007), 58 % des juifs américains penchent du côté démocrate contre 15 % vers les républicains ; 67 % (contre 27 %) jugent aujourd'hui que leur pays n'aurait pas dû envahir l'Irak.


Cet électorat est aussi particulièrement âgé et vote massivement. Comparé aux Noirs américains, cinq fois plus nombreux mais plus jeunes et qui votent une fois et demi moins que la moyenne, le "vote juif" compte presque autant. Or ces électeurs juifs sont concentrés dans neuf Etats. Et le système électoral fait que le vainqueur dans un Etat rafle tous ses "grands électeurs" à l'élection présidentielle. Electoralement, estime M. Goldberg, 30 % de cet électorat "fluctuant", soit 1,2 million de voix, peuvent faire la différence dans certains Etats.


Ces électeurs sont-ils sensibles au facteur racial ? Question délicate... En 1945 s'était formée la Coalition noire-juive contre le racisme. Elle a commencé de se désagréger à la fin des années 1960, avec l'émergence d'un mouvement identitaire noir incluant des tendances antisémites.


Depuis, avec la référence croissante "Noirs américains-Tiers-mondisme" et l'idée qu'"antisionisme égale antisémitisme", nombre de juifs ont développé vis-à-vis des Noirs des sentiments de crainte, sinon d'hostilité, expliquent MM. Goldberg et Silver. "Candidat noir", M. Obama en souffre.


Jusqu'ici, lors des primaires démocrates, 54 % des juifs ont voté Hillary Clinton et 44 % Barack Obama. Il a emporté leurs suffrages dans le Massachusetts et le Connecticut, sa rivale à New York, dans le New Jersey et en Pennsylvanie. Ils ont fait jeu égal en Californie.


La crainte de perdre des voix juives lors de l'élection présidentielle si M. Obama est désigné pourrait amener certains "grands électeurs" démocrates à choisir Mme Clinton lors de la Convention. Car si le sénateur de l'Illinois était investi, un nombre difficilement quantifiable d'électeurs juifs basculerait en faveur de John McCain.


Sylvain Cypel
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4 mai 2008 7 04 /05 /mai /2008 20:55

Paru dans l’hebdomadaire « 7 Jours » (Rennes)

2 mai 2008

Justice :

 Affaire « Pétrole contre nourriture »

A Rennes, un « homme en colère »…

 

Le rennais Gilles Munier, mis en examen il y a 3 ans pour «avoir violé une résolution de l’ONU » en Irak, n’a toujours pas le droit de sortir du territoire métropolitain. « C’est de l’acharnement juridique », dit-il « je suis un des seuls parmi les personnes impliquées dans l’Affaire Pétrole contre nourriture qui soit assigné de cette façon à résidence, alors que le juge Courroye a clos son instruction depuis juin 2007 » ». La « justice » française - il tient aux guillemets – craignait, semble-t-il jusque là, qu’il profite de déplacements à l’étranger pour « rencontrer des complices, détruire des documents ». « De la foutaise !  A Bagdad, les services secrets français savaient que je ne faisais en conscience rien de délictueux, sinon j’aurais eu des problèmes avant la chute de Saddam Hussein» clame-t-il, excédé, « m’empêcher de voyager est un prétexte, de nos jours avec un téléphone, Internet et une webcam, on peut communiquer discrètement n’importe où, il suffit d’aller dans un cyber café ».

 

On lui a interdit de se documenter au Proche-Orient pour un livre sur le jeu américain dans la région, et pour les besoins d’articles sur la situation en Irak qu’il publie dans le mensuel Afrique Asie ou sur son blog*. En France, affirme-t-il : « on n’emprisonne pas pour des idées, on asphyxie financièrement pour réduire au silence ceux dont les engagements politiques déplaisent. Et après cela, on se permet de critiquer la Syrie, la Libye ou la Chine». Son épouse a dû verser… 50 000 euros de caution pour qu’il reste en liberté conditionnelle.

 

Secrétaire général des Amitiés franco-irakiennes depuis 1986, Gilles Munier s’imposait une « obligation de réserve ». « C’est fini», dit-il maintenant, « A Bagdad, j’ai vu beaucoup de soi disants porteurs de messages se réclamant, à tort et ou à raison, de Chirac ou même de Sarkozy. J’en parlerai. Le procès qui s’ouvrira – et pour moi le plus tôt sera le mieux – doit être celui du génocide qui a tué plus d’un million d’enfants irakiens, de la cupidité et des mensonges de certains hommes politiques, de l’hypocrisie occidentale ». Dans son dernier livre**, son avocat Jacques Vergès écrit qu’il fera du procès « un acte d’accusation contre les criminels camouflés sous le manteau de la démocratie ». Vu sa réputation, ce n’est certainement pas une vaine promesse.

 

*   gmunier.blogspot.com

** Journal, la passion de défendre  (Ed. du Rocher, 2008)


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4 mai 2008 7 04 /05 /mai /2008 20:51
SAMEDI 17 MAI À 13H - BARBÈS - PARIS PALESTINE 60 APRÈS, MARCHE POUR LE RETOUR

 

PALESTINE

1948-2008 - 60 ans de résistance contre Israël Jusqu'au retour de tous les réfugiés

www.enfantsdepalestine.org

Le 29 novembre 1947, l'ONU partage la terre de Palestine sans consulter ses habitants pour la livrer aux colons sionistes qui déclarent la création de l'Etat colonial - Israël le 14 mai 1948 après avoir déplacé, expulsé et dispersé à travers le monde près de 900.000 Palestiniens (avant et après le 14 mai), assassiné 15.000 Palestiniens et rasé des centaines de villages avant le 14 mai.

Depuis, Israël continue son plan de colonisation de la Palestine historique par le nettoyage ethnique des Palestiniens, par la construction du mur et de nouvelles colonies sur les terres occupées en 1948 et en 1967.

Aujourd'hui, les 10 millions de Palestiniens (Palestine historique, Liban, Jordanie, Syrie, et ailleurs dans le monde), dont 6,5 millions de réfugiés, continuent de résister, de revendiquer leurs droits nationaux et historiques sur leur terre, la Palestine.

Hier comme aujourd'hui les impérialistes étatsuniens, britanniques, français et les régimes réactionnaires de la région dont l'Arabie Saoudite, l'Egypte, la Jordanie et la Turquie , s'emploient à la destruction de la cause palestinienne et de sa résistance en attisant des conflits internes avec l'aide de collaborateurs palestiniens.

Depuis les élections législatives de janvier 2006, la population de la bande de Gaza est soumise à un blocus international visant à lui imposer de renoncer à la résistance. Les massacres de ces derniers jours ne font que poursuivre le nettoyage ethnique de la Palestine.

Nous soutenons la cause palestinienne, symbole de la lutte des peuples pour leur souveraineté et leur autodétermination contre l'impérialisme et ses alliés.

Mobilisons-nous pour :

-  Soutenir la résistance du peuple palestinien jusqu'à la libération de l'ensemble de la Palestine, le droit au retour dans leurs foyers d'origine de tous les expulsés depuis 1948 et l'abolition du système colonial et raciste de l'Etat d'Israël.

À l'occasion de la commémoration des 60 ans de la Nakba (catastrophe) palestinienne :

Samedi 17 Mai à 13h - Barbès - Paris

Palestine 60 après, Marche pour le retour

-  Droit au retour de tous les réfugiés expulsés depuis 1948.
-  Droit à l'autodétermination du peuple palestinien.
-  Levée immédiate du blocus imposé aux palestiniens.
-  Non à la guerre contre les peuples du Moyen Orient.

Campagne60palestine@yahoo.fr

Signataires de l'appel de la Campagne Palestine , 1948 - 2008, 60 ans de résistance : Association des Palestiniens en France, Comité palestinien pour le droit au retour section France, Collectif pour la libération de Georges Ibrahim Abdallah, Nanterre Palestine, ISM France, Mouvement justice pour la Palestine , Joie des Enfants des Camps, Niort-pour-la-Palestine, Abna Philistine, Contre-Informations, Groupe CRI, Ijtihad, Comité Saint-ouen Solidarité Palestine,

Signataire pour l'action : CAPJPO Europalestine, CCIPPP, GUPS, CNT, MIB, PYN, MIR, Cercle Al Hakim, AJPF, ACG, ACLEFEU,LCR, Génération Palestine, UJFP, AFD france, ATMF,

 

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3 mai 2008 6 03 /05 /mai /2008 19:51

La répression au Tibet : les questions de classe

Par le comité de rédaction

www.wsws.org

La répression au Tibet par le régime chinois a été placée sous les projecteurs par une série de manifestations à travers le monde, des critiques des actions de Beijing par les puissances occidentales et la menace d’un boycott des Jeux Olympiques de Beijing.

Il est clair qu’un grand nombre de participants à ces manifestations sont préoccupés par le sort du peuple tibétain, mais l’indignation morale ne mettra pas un terme aux souffrances au Tibet et elle peut être facilement manipulée. Rappelons-nous du sort réservé aux peuples du Kosovo et du Timor-Oriental dont la situation tragique devint soudainement le prétexte de soi-disant interventions militaires humanitaires. Une décennie plus tard, ces territoires ont été transformés en pays satellites, sous constante occupation de troupes étrangères. Dans les deux cas, la grande majorité de la population est frappée par la pauvreté et le chômage. 

De nombreux problèmes nationaux et ethniques éclatent maintenant en Asie et internationalement sous les conditions d’un ralentissement économique mondial croissant, d’intensification des tensions de classe et du développement de rivalités inter-impérialistes de plus en plus acerbes.
L’attention que portent les médias à un cas particulier d’oppression ethnique est déterminée avant tout par les intérêts des grandes puissances. Le président américain Bush conteste le traitement des manifestants tibétains par la Chine, mais appuie totalement la reprise de la violente guerre ethnique du gouvernement du Sri Lanka et la répression des palestiniens par le régime israélien, pour ne nommer que ces deux conflits nationaux d’importance.

L’accent qui est mis sur la Chine n’est pas accidentel. La montée explosive du capitalisme chinois au cours des deux dernières décennies modifie profondément l’équation politique et stratégique en tout point du globe. L’énorme et croissante demande de la Chine en énergie, matières premières et pièces de toutes sortes amène cette dernière en conflit direct avec les puissances existantes à travers le monde. Les corporations américaines, japonaises et européennes dépendent de la Chine en tant qu’immense source de main-d’oeuvre bon marché et s’appuient sur le régime d’Etat policier pour que celui-ci réprime l’opposition des travailleurs aux bas salaires et conditions de travail misérables. Au même moment, les rivaux de la Chine, les Etats-Unis au premier chef, sont préoccupés par la menace stratégique et économique à long terme qui plane au-dessus de leurs propres ambitions et projets de domination mondiale.

Au cours des huit dernières années l’administration Bush a tenté de renforcer ses alliances avec une série de pays allant du Japon et de la Corée du Sud en Asie du Nord-est jusqu’à l’Australie et d’autres pays du sud-est asiatique, ainsi que l’Inde et le Pakistan en Asie du Sud.
L’occupation de l’Afghanistan menée par les Etats-Unis était avant tout motivée par les ambitions de Washington visant à dominer les régions riches en ressources de l’Asie centrale et du Moyen-Orient. L’importance de la région tibétaine émane de sa position stratégique, adjacente à l’Asie centrale et du sud, et de ses ressources minières inexploitées.
L’administration Bush n’a pas montré de signes à ce point-ci qu’elle prévoyait exploiter le séparatisme tibétain pour lancer une intervention militaire de type Kosovo. Mais en laissant la question en suspens, Washington se réserve l’option pour l’avenir.

La politique mondiale d’aujourd’hui ressemble étrangement aux manœuvres et conflits des grandes puissances qui ont précédé la Première Guerre mondiale. L’indignation morale à propos du Tibet, sans parler des relations de la Chine avec les gouvernements soudanais et birman, constituent de pratiques leviers politiques pour les Etats-Unis et leurs alliés dans le but de faire pression sur la Chine et d’intervenir dans ses affaires internes. Ces méthodes ont une logique bien à elles, qui mène inexorablement vers l’intensification des conflits locaux et vers une nouvelle guerre mondiale. La Chine ne concédera par librement un Tibet indépendant, pas plus que les Etats-Unis n’accepteraient l’indépendance de l’Alaska advenant que ses rivaux prêtent leurs voix aux demandes de la population indigène inuit qui vit dans la pauvreté.

Les déclarations moralisatrices des « leaders mondiaux » tels que Bush, le premier ministre britannique Gordon Brown et le président français Nicolas Sarkozy au sujet du Tibet transpirent l’hypocrisie. La répression exercée par le régime chinois n’est rien si on la compare aux crimes monstrueux commis chaque jour par les Etats-Unis et leurs alliés dans l’occupation néocoloniale de l’Irak. L’administration Bush a démontré à maintes reprises son mépris total pour les droits démocratiques au pays et à l’étranger. Tous ces gouvernements et agences internationales, y compris les Nations Unies, qui s’indignent présentement de la situation des droits humains aux Tibet sont les complices, directement ou indirectement, de l’administration Bush et de ses activités criminelles en Irak et en Afghanistan.

Alors que l’attention des médias se concentre sur le Tibet, les manifestations des travailleurs et des paysans à travers la Chine sont passées presque sous silence. Des milliers de manifestations éclatent chaque année en Chine pour s’opposer aux terribles conditions de travail, à la corruption et aux mauvais traitements institutionnalisés, ainsi qu’au manque de services publics. Juste avant les émeutes à Lhassa, plus de 4000 travailleurs engagés par une usine Casio appartenant à des capitaux japonais à Panyu, dans la province du Guangdong, déclenchaient une grève.
Plus de 20 travailleurs furent blessés et une dizaine furent arrêtés lors d’affrontements avec la police en armes. On évalue qu’au moins un conflit de travail important de plus de 1000 travailleurs se produit chaque jour dans le delta du fleuve Pearl, l’une des plus grandes régions industrielles de la Chine.

Au même moment, aucun appui politique ne peut être accordé à la répression chinoise au Tibet. Beijing a recours aux mêmes mesures d’Etat policier contre les manifestants tibétains que celles qui sont utilisées régulièrement pour réprimer l’opposition à travers le pays. Les autorités chinoises ont annoncé le décès d’au moins 22 personnes, mais les groupes tibétains à l’étranger soutiennent qu’il y aurait eu beaucoup plus de victimes. Des milliers de paramilitaires ont été déployés à travers la région autonome tibétaine et les régions avoisinantes. Plus de 1000 personnes ont été arrêtées. La police a procédé à la fermeture d’importants temples à Lhassa et la population en entier a été placée sous haute surveillance.

Les assertions de Beijing selon lesquelles les émeutes ne seraient que l’oeuvre de « la clique du dalaï-lama » en Inde n’ont aucune crédibilité.
Il est possible que les supporters du dalaï-lama aient produit l’étincelle initiale, profitant de l’occasion créée par les Olympiques, mais Beijing a fourni le combustible pour les manifestations à Lhassa. Le régime chinois n’a rien à voir avec le socialisme ou le communisme. L’appareil bureaucratique à Beijing supervise l’émergence d’une économie capitaliste au nom d’une jeune et puissante bourgeoisie en rapide développement. Son programme de réformes de libre marché a profondément élargi le fossé existant entre les riches et les pauvres à travers la Chine, tandis que le recours politique au chauvinisme chinois Han a exacerbé les tensions avec les Tibétains et autres minorités nationales. En dehors de la lutte pour une véritable perspective socialiste et internationaliste, il n’existe pas de solution aux conditions d’oppression auxquelles font face les travailleurs partout à travers le pays.

Les questions de classe

Les médias et les différents groupes de protestation ont presque universellement traité les troubles au Tibet comme un cas d’oppression culturelle et religieuse et ont ignoré les processus économiques sous-jacents. La pénétration des relations de marché au Tibet a mené à une explosion des activités économiques encouragée par d’énormes subventions gouvernementales pour les infrastructures, particulièrement sous la politique du « grand développement de l’Ouest » (Go West) lancée en 2000.
L’ouverture du chemin de fer Qinghai-Tibet en 2006 a accéléré ce flux d’investissements. Mais, la grande majorité des Tibétains d’origine n’en ont pas bénéficié. Pendant qu’une mince couche de l’élite tibétaine ramasse le butin, plus de 80 pour cent des jeunes Tibétains sont sans emploi et plus du tiers de la population vit sous le seuil de pauvreté officiel.

En direct de Lhassa, le Wall Street Journal a écrit le 27 mars : « Même si le gouvernement insiste pour dire que la violence a été instiguée par un petit groupe de moines, c’était évident que, en se basant sur les entrevues, un grand nombre de personnes s’était joint et que d’autres facteurs étaient en cause. Un responsable du gouvernement a dit que la majorité des gens qui se joignait au pillage était de jeunes chômeurs. »
D’autres reportages ont montré une frustration grandissante parmi les couches les plus pauvres des Tibétains de Lhassa, plusieurs d’entre eux étant des fermiers et des éleveurs forcés de se déplacer vers la ville en même temps que les demandes pour la terre, d’un côté, et la main-d'œuvre bon marché, de l’autre, s’accentuent.

Le 17 mars, BusinessWeek a fait remarquer le rythme effréné de l’activité économique en Chine, celle-ci cherchant à étendre sa base manufacturière et à extraire des ressources minérales inexploitées dans les régions plus reculées. L’investissement en capital fixe dans l’ouest de la Chine a grimpé à 397 milliards de dollars l’année dernière, une augmentation de 28 pour cent. De cette somme, 40 milliards furent investis dans le gouvernement central pour développer l’infrastructure et d’autres programmes. Le taux de croissance économique des provinces de l’ouest de la Chine fut de 14,5 pour cent en 2007 et celui du Tibet, 17,5 pour cent, beaucoup plus que la moyenne nationale.

BusinessWeek a commenté : « Cela a aidé à attiser le ressentiment ethnique envers les millions de Chinois Han qui ont migré dans la région et ont pris les emplois bien payés et demandant de l’expertise, construisant des nouvelles routes, des aéroports et des centrales électriques. Les Chinois opèrent aussi la majorité des petites entreprises urbaines, incluant les restaurants et les petits magasins. Alors, bien que les revenus ruraux totaux de 583 dollars constituent moins du tiers des revenus urbains, c’est plus extrême à l’ouest (où la population des villes et des campagnes tend à se diviser, les Chinois étant en ville et les minorités dans les campagnes). Le revenu du Tibet rural est de 393 dollars, ou environ un quart des revenus de la ville, tandis qu’à Xinjiang, il est légèrement plus élevé, à 444 dollars. »

La discrimination ethnique est répandue. La raison principale expliquant les hauts niveaux de chômage parmi les jeunes tibétains est que l’éducation publique est dans la langue chinoise. Seulement 15 pour cent de la population tibétaine a atteint un certain niveau d’éducation secondaire. Beijing a mis fin à sa politique qui garantissait des emplois pour les diplômés universitaires et d’école secondaire, désavantageant encore plus les Tibétains d’origine. Un récent article provenant du Far Eastern Economic Review expliquait : « En 2006, il y a eu une grande manifestation des universitaires diplômés tibétains sur le fait que des 100 emplois qui avaient été offerts par le gouvernement en compétition ouverte, seulement deux ont été donnés à des Tibétains d’origine. Le gouvernement a généralement répondu à cette situation en évoquant une confiance dans le pouvoir du "marché" qui embarrasserait probablement Milton
Friedman. »

La colère face aux inégalités sociales a été aggravée par l’attitude chauvine des autorités chinoises. La plupart des gens trouvent ridicules les affirmations du Parti communiste chinois (PCC) et de ses bureaucrates privilégiés selon lesquelles ils représentent le socialisme ou défendent les intérêts des travailleurs. Conséquemment, le régime fait de plus en plus la promotion du nationalisme chinois afin de remplir le vide idéologique et aller chercher l’appui des couches de la bourgeoisie et des classes moyennes. Cette idéologie réactionnaire est basée sur le vieil « Empire du Milieu », qui fut la protection impériale aux supposés « barbares », tels les Tibétains et les autres minorités nationales ainsi que d’autres peuples d’Asie comme les Japonais et les Coréens. En faisant de tels appels, les dirigeants chinois peuvent évidemment invoquer la longue histoire de la propre subjugation du pays par les puissances
impérialistes pendant le 19e et le début du 20e  siècle.

Le gouvernement s’est servi des troubles au Tibet pour enflammer davantage les tensions ethniques à l’aide d’une campagne de propagande qui dépeint les Tibétains comme étant arriérés et violents. Des scènes où l’on montre des entreprises chinoises et des véhicules incendiés ont été continuellement recyclées par les médias. La plupart des décès ont été attribués à des attaques par des « émeutiers » tibétains sur les Chinois Han. Des responsables sont même allés jusqu’à prétendre que la prochaine vague de violence impliquerait des « kamikazes » tibétains. Le gouvernement a organisé des « manifestations » patriotiques par des citoyens chinois dans plusieurs villes outremer pour s’opposer au « séparatisme » tibétain. Les appels de la Chine pour un boycott des produits français après que le président Sarkozy ait menacé de se distancer de la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques rappellent une
campagne similaire durant les manifestations chauvines par la jeunesse chinoise en 2005.

Les Tibétains ne sont pas les seules victimes du chauvinisme des Chinois Han. Des processus similaires ont pris place dans la province du Xinjiang où la minorité musulmane uighur demande des droits démocratiques élémentaires. Même s’il y a 10 millions de Mandchous d’origine en Chine, il a été rapporté que pas plus de 100 personnes en Chine ne peuvent parler le mandchou aujourd’hui, en raison de l’absence d’effort pour préserver la langue. L’attitude de Beijing est complètement opportuniste. Dans les récentes années, les autorités ont soudainement reconnu les droits légitimes de Chinois juifs, un petit groupe qui a été presque oublié pendant des siècles, dans le but de renforcer ses relations avec Israël, le deuxième plus grand fournisseur d’armes à la Chine.

Le nationalisme tibétain n’offre pas de solution. Le Dalaï-Lama a abandonné ses appels pour un mini-État tibétain indépendant dans les dernières années et a appelé à des négociations avec Beijing, pendant que des sections de l’élite en exil ont cherché à réintégrer la Chine en pleine expansion sur la base du capitalisme et d’un degré d’autonomie. Des groupes plus radicaux, comme le Congrès de la jeunesse tibétaine, ont repris l’appel pour un « Tibet libre » et se sont prononcés publiquement contre la « voie du milieu » du Dalaï-Lama. Aucune des deux voies n’offre une solution aux masses tibétaines qui vont continuer à être exploitées par une clique capitaliste ou par une autre à Lhassa, peu importe que le statu quo demeure ou qu’une des alternatives soient implantées.

Une histoire de retard économique

La présente situation au Tibet est, avant tout, le produit de l’incapacité organique de la bourgeoisie à résoudre les grandes questions démocratiques nationales en Chine. Ni les nationalistes bourgeois du Kuo-min-tang (KMT) ni, après 1949, les staliniens chinois, n’ont été en mesure d’étendre les droits démocratiques élémentaires aux minorités du pays et de les intégrer dans un État-nation unifié sur cette base. Quant aux élites tibétaines, l’histoire du dernier siècle a montré régulièrement leur rôle vénal en se prosternant devant les différentes puissances.

Même si les minorités ethniques de la Chine comptent pour moins de 10 pour cent de la population, elles occupent plus de la moitié de son territoire.
Les Tibétains ont toujours été le groupe ethnique le plus pauvre en Chine, vivant sur le rigoureux et isolé plateau du Qinghai-Tibet. Pendant des siècles, le développement social au Tibet n’a jamais dépassé le niveau d’une économie semi-nomade, complétée par une agriculture de subsistance.

Ceux qui lancent aujourd’hui un appel pour un « Tibet libre » tentent de faire apparaître la preuve historique d'un Etat tibétain. Mais le retard extrême de l’économie de la région a toujours condamné les classes dirigeantes tibétaines à l’impotence politique. À l’exception de la période du 7e au 9e siècle, lorsque le Tibet était unifié sous la dynastie Tubo, le plateau a toujours été divisé entre seigneurs rivaux et écoles bouddhistes. L’autorité centrale de la hiérarchie bouddhiste provient de Kublai Khan, fondateur de la dynastie mongole en Chine au treizième siècle, qui envahit le Tibet et utilisa le sacerdoce pour légitimer son autorité. Le patronage de la Chine impérial continua sous les dynasties Ming et Manchu, et ce, jusqu’à la révolution de 1911. L’empereur chinois n’était pas seulement le dirigeant laïc du Tibet, mais était une partie du Panthéon bouddhiste, soit la réincarnation de Manjushuri,
le « Grand Bouddha de Sagesse ».

L’« indépendance » moderne du Tibet découle de la décadence et de l’effondrement du système impérial chinois. Avec l’affaiblissement de l’influence de Beijing, le Tibet entra dans le « grand jeu » alors que la Russie et la Grande-Bretagne manoeuvrèrent pour imposer leur influence et leur domination en Asie Central. En 1904, la Grande-Bretagne envoya une force expéditionnaire de l’Inde coloniale pour conquérir Lhassa, massacrer des centaines, sinon des milliers, de soldats tibétains. Tout en n’annexant pas formellement la région, les responsables britanniques imposèrent un traité qui dans les faits, la transforma en une semi-colonie britannique. La faible cour mandchoue de Beijing n’avait d’autre choix que d’accepter la prééminence britannique à Lhassa.

Sun Yat-sen, le dirigeant de la révolution de 1911 qui renversa la dynastie Manchu, proclama une République démocratique sur la base de « l’unité des cinq races » (han, mandchoue, mongole, musulmane et tibétaine). Il était le premier à proposer un chemin de fer pour intégrer le Tibet dans un marché national unifié. Cependant, son Kuomintang (KMT) n’est jamais parvenu à réaliser cette vision. Son impuissance reflétait la faiblesse de la bourgeoisie chinoise, qui était servile à l’impérialisme et liée aux classes de propriétaires fonciers parasites. Après la chute de la cour Manchu, la Chine se désintégra en petits royaumes dominés par des seigneurs de guerre féodaux.

Le Tibet demeura « indépendant » par défaut, soit sous la tutelle de la Grande-Bretagne. La Grande-Bretagne divisa le Tibet en deux, soit le Tibet extérieur et Tibet intérieur, incorporant 9000 kilomètres carrés du nord-ouest de l’Inde en 1914. Les gouvernements indiens successifs rejetèrent cette frontière tracée à Londres, même si la Grande-Bretagne reconnaissait que le reste du Tibet faisait partie de la Chine. La « ligne McMahon », comme elle était connue, mit la table pour la guerre frontalière de 1962 entre la Chine et l’Inde.

Le faible régime du KMT ne pouvait défaire les seigneurs de guerre que grâce aux soulèvements révolutionnaires de la classe ouvrière et de la paysannerie entre 1925 et 1927. Il a été en mesure de s’emparer du pouvoir en raison de la traîtrise de la bureaucratie stalinienne à Moscou, qui subordonna le PCC au KMT et permit au dirigeant du KMT, Chiang Kai-shek, de noyer la classe ouvrière chinoise dans le sang en 1927. Même au sommet de son pouvoir, avant l’invasion japonaise de la Mandchourie en 1931, Chiang n’a jamais été capable d’établir son contrôle sur de grandes régions de l’ouest de la Chine, incluant le Tibet.

La « libération » du Tibet

La carte politique changea profondément après la Seconde Guerre mondiale. Au lendemain de la défaite de 1927, le PCC, sous la direction de Mao Zedong, abandonna la classe ouvrière et la perspective de l’internationalisme socialiste, et se tourna vers la lutte de guérilla basée sur la paysannerie. L’arrivée au pouvoir de l’armée paysanne de Mao en 1949 après l’implosion du régime du KMT ne représenta pas une victoire du socialisme. Le régime maoïste réprima la classe ouvrière dans les villes et mit en place une République du Peuple unifiée explicitement avec les sections de la bourgeoisie chinoise qui ne s’étaient pas enfuies vers Taiwan.

La politique du PCC envers les minorités nationales ne faisait pas partie d’un programme internationaliste visant à unifier les peuples de différentes origines ethniques sur une base socialiste. Son programme de la « nouvelle démocratie » fondé sur l’objectif nationaliste de transformation de la Chine en une « forte puissance » reflétait plutôt les ambitions historiques de la bourgeoisie et les traits xénophobes présents dans certaines couches de la paysannerie chinoise.  Mao reconnaissait en 1950 que le « chauvinisme grand Han » avait grandement exacerbé les tensions ethniques au pays.

L’actuel Dalaï-Lama – Tenzin Gyatso – est né en 1935 de parents paysans. Il a été choisi à l’âge de deux ans comme la réincarnation du 13e Dalaï-Lama. A son couronnement en 1940, était présente une délégation du KMT, qui avait rétabli une mission au Tibet. Le départ de la Grande-Bretagne de la région suite à l’accession à l’indépendance de l’Inde en 1947 créa un vacuum géopolitique.  Le Kashag, le cabinet tibétain, à Lhassa était profondément hostile à l’émergence du régime « communiste » à Beijing et manoeuvra avec Londres et New Delhi pour conserver son autonomie.

L’invasion du Tibet par l’armée de populaire de libération (APL) en 1950 était motivée en premier lieu par le désir de Beijing d’empêcher que la région ne devienne une autre base d’opérations hostiles pour le KMT, soutenu par Washington – comme Taiwan. Le sort de la région devint subordonné à la guerre froide entre les blocs dirigés par les Etats-Unis et l’Union soviétique. Initialement, ni les Etats-Unis ni la Grande-Bretagne ne manifestèrent d’intérêt pour les demandes d’aide de Kashag.
Après l’éclatement de la guerre de Corée, cependant, Washington tourna son attention vers le Tibet. Au début des années 1950, la CIA recruta deux des frères du Dalaï-Lama pour une opération qui ultimement inclut la quasi-totalité du régime tibétain.

Le Kashag fut forcé d’accepter une entente en « 17 points » avec Beijing après que l’APL eu balayét la petite armée tibétaine en 1951. L’entente accorda l’assurance que les régions sous le contrôle de Lhassa garderaient un haut niveau d’autonomie politique, mais feraient partie de la Chine.
Loin d’en appeler à la paysannerie appauvrie du Tibet, Mao garantit des positions privilégiées à la hiérarchie bouddhiste et la noblesse.
Contrairement à d’autres endroits en Chine, Mao n’abolit pas le servage et ne procéda pas à des réformes agraires, même limitées.

Ces politiques contenaient en germe les futurs conflits. Manquant tout appui de masse significatif, le PCC chercha à baser son pouvoir en gagnant une partie de la « couche patriotique supérieure » dirigée par le Panchen Lama – le numéro deux dans la hiérarchie bouddhiste. Le poids du maintien d’une importante garnison tomba sur les épaules des pauvres en région rurale, alimentant les sentiments antichinois. Lorsque Mao lança finalement la réforme agraire, ensuite la collectivisation plus drastique, les programmes furent mis en œuvre de manière bureaucratique avec peu de considération pour les impacts sur les fermiers semi-autosuffisants du Tibet et sur les nomades, et sans les ressources techniques nécessaires. 
Les mesures ne réussirent pas à gagner l’appui de la paysannerie, et, l’élite tibétaine fut capable d’exploiter le mécontentement populaire pour leur propre fin politique.

Les révoltes de 1959

Les réformes ont provoqué une vague de révoltes dans les régions tibétaines en 1956. Des mouvements rebelles ont été armés et entraînés par la CIA. Toutefois, la rébellion beaucoup plus importante qui a eu lieu contre le PCC en 1959 n’a pas été incitée seulement par des agents étrangers ou des propriétaires terriens. Elle était enracinée dans une hostilité générale contre l’occupation militaire de l’ALP et le chauvinisme des dirigeants du PCC. Elle a débuté tout de suite après l’échec catastrophique de l’expérience utopique du socialisme rural de Mao, le Grand Bond en avant, et la famine générale qui s’en suivit.

Un historien a noté : « Contrairement aux affirmations du gouvernement chinois dans les années subséquentes, les communistes ont fait très peu pour mobiliser la paysannerie tibétaine et ils n’ont pas non plus défendu ouvertement le socialisme et la conscience de classe. Jusqu’à un certain point, ils ont pris pour acquis que la paysannerie tibétaine mettrait le temps venu ses intérêts de classe en avant et qu’elle appuierait le Parti communiste. Par la politique de "la réforme d’en haut", la paysannerie tibétaine a été considérée, au mieux, comme une "quantité négligeable" et au pire elle fut exploitée en tant que source de main-d’œuvre à bon marché. »
((Tsering Shakya, The Dragon in the Land of Snows: A History of Modern Tibet Since 1947, p.134, Pimlico).

Contrairement à ce que dit la mythologie populaire, le Dalaï-Lama âgé de 24 ans n’a pas défendu le soulèvement de 1959, mais est devenu un point de convergence symbolique pour les manifestants, surtout des paysans et des artisans pauvres, qui s’opposaient non seulement au PCC, mais aussi aux grands propriétaires terriens. Les manifestations par les pauvres ont débuté à Lhassa le 10 mars 1959 alors que la rumeur courait que l’armée chinoise se préparait à enlever le Dalaï-Lama. Le mouvement a rapidement paralysé le gouvernement de Kashag, qui était depuis longtemps divisé sur l’attitude à prendre face à Beijing. Certains de ses représentants tentaient de développer le sentiment anti-chinois, mais le Dalaï-Lama tentait d’apaiser tant les masses tibétaines que Beijing. Ses tentatives de conciliation ont échoué et il a fui le Tibet au moment où les troupes de l’ALP attaquaient Lhassa et tuaient des milliers de
manifestants mal armés.

La position officielle du PCC sur ces événements est que la révolte a été une tentative par le Dalaï-Lama de restaurer le servage. En fait, la première réaction de Mao à la fuite du Dalaï-Lama fut : « Nous avons perdu. » Il considéra le Dalaï-Lama comme un « traître » seulement après qu’il eut commencé à prêcher ouvertement l’anti-communisme. Malgré l’appui des Etats-Unis, le gouvernement tibétain en exil n’a jamais été reconnu internationalement, en partie parce que l’autre allié de Washington, la dictature du KMT de Taïwan, a insisté pour dire que le Tibet faisait partie de la Chine.

L’hostilité envers le régime du PCC ne s’est qu’approfondie après que Mao a lancé la Grande Révolution culturelle en 1966 comme partie des luttes intestines acerbes contre ses factions rivales. La purge du Panchen-Lama, qui a critiqué avec précaution la politique du Tibet de Mao en 1964, a marqué le début de l’offensive contre les « aventuriers capitalistes » dirigés par Liu Shaoqui et Deng Xiaoping. Certains des pires excès des bandes de jeunes politiquement désorientées par Mao ont eu lieu au Tibet, où les gardes rouges ont démontré leur détermination à détruire les « restants féodaux » en détruisant les monastères bouddhistes et les sites culturels tibétains.

La politique du PCC envers le Tibet a changé abruptement, adoptant plutôt l’intégration forcée. Les Tibétains furent divisés superficiellement en « paysans pauvres », « paysans moyens » et en « propriétaires terriens » et favorisés ou victimes d’abus selon la catégorie dans laquelle ils étaient rangés. Les Tibétains ont été forcés d’assister à des réunions pour exprimer leur loyauté envers Mao et d’abandonner leurs vêtements habituels pour porter plutôt des uniformes Mao. On a mis abruptement fin à cette campagne après que des luttes intestines au sein du PCC aient menacé de déstabiliser le régime et que les saccages des gardes rouges aient provoqué l’opposition de la classe ouvrière et des rébellions hors du cadre officiel de la Révolution culturelle. L’armée a été mobilisée pour rétablir l’ordre et extirper toute opposition, y compris au Tibet.

Le gouvernement tibétain en exil a peut-être eu l’espoir de retrouver le pouvoir avec le soutien de Washington dans les années 1960, mais la situation a changé radicalement en 1971 après que le président américain Richard Nixon ait entrepris de se rapprocher du régime chinois. Confronté à la stagnation économique et l’intensification des tensions avec l’Union soviétique, Mao a pragmatiquement établi une alliance avec Washington, se moquant de sa propre rhétorique anti-impérialiste. Un des résultats de ce rapprochement fut la reconnaissance par les Etats-Unis de la souveraineté de la Chine sur le Tibet et Taiwan. Les Etats-Unis ont simplement laissé tomber plusieurs de leurs alliés anti-communistes, y compris le Dalaï-Lama et Chiang Kai-shek. Les activités de la CIA visant à armer et entraîner de petites bandes de guérilleros tibétains ont rapidement cessé.

L’accord intervenu entre Washington et Beijing a signalé l’ouverture de la Chine au capital étranger, un processus qui s’est accéléré après la mort de Mao en 1976 et l’arrivée au pouvoir de Deng Xiaoping. Le démantèlement des communes populaires au début des années 1980 a amélioré temporairement les conditions de vie de la paysannerie, y compris au Tibet où les communes avaient été un désastre économique. Le PCC a cherché à rétablir ses rapports avec le clergé bouddhiste en restaurant la culture « traditionnelle » et la reconstruction de temples en tant que partie de sa « libéralisation » idéologique.

Les réformes du marché

Le développement des réformes favorisant le marché en Chine, nourri par d’immenses investissements étrangers, n’a pas amoindri, mais a plutôt exacerbé les tensions sociales dans tout le pays. La domination du marché capitaliste a produit un accroissement de la polarisation sociale et un profond mécontentement suite au démantèlement du filet social limité.

Les manifestations dans la région du Tibet, une région pauvre, sont devenues un élément annonciateur de soulèvements plus importants. La mort du 10e Panchen-Lama en janvier 1989 a mené à une explosion sociale au Tibet, après que des rumeurs aient circulé qu’il avait déclaré peu avant sa mort que le Tibet avait plus perdu que gagné depuis 1949. C’est le président actuel de la Chine, Hu Jintao, qui était le responsable du Tibet au PCC à cette époque et il a supprimé les manifestations de Lhassa en mars de cette année de façon violente, ce qui résulta en des dizaines si ce n’est des centaines de morts. La rébellion de Lhassa a été un symptôme d’un mécontentement plus large qui a explosé dans des manifestations d’étudiants et de travailleurs dans tout le pays pour des réformes démocratiques et l’égalité sociale débutant en avril 1989. Après de longs débats internes, le régime du PCC a lancé une opération
militaire brutale contre les manifestants sur la place Tienanmen à Beijing le 4 juin 1989.

Le spectre de la place Tienanmen hante toujours le régime chinois. Toutes les contradictions sociales qui ont explosé en 1989 se sont accrues avec l’augmentation subséquente des investissements étrangers. Toutes les larmes de crocodiles versées sur l’écrasement des manifestations n’ont pas empêché les PDG de ce monde de comprendre que la violence du régime de Beijing était une garantie qu’elle supprimerait toute opposition de la classe ouvrière. Les divisions sociales sont particulièrement aiguës au Tibet où le boum de développement économique et d’immenses dépenses dans les infrastructures ont marginalisé les Tibétains d’origine.

Le journal The Economist a noté le 10 avril : « En fait, la situation aujourd’hui est plus volatile que durant les troubles de la fin des années 1980, explique Wang Lixiong, un universitaire tibétain basé à Beijing, parce que le ressentiment envers le régime chinois a gagné les paysans et les travailleurs de l’Etat. "Les derniers soulèvements importants au Tibet, qui ont eu lieu en 1987, et les émeutes de 1989 où la loi martiale fut imposée étaient limités à la capitale, Lhassa, et n’impliquaient que les moines, les intellectuels et les étudiants", a dit Wang Lixiong. "Mais les troubles aujourd’hui se sont étendus aux autres régions tibétaines et aux gens de toutes les classes." »

La solution pour le peuple tibétain ne se trouve pas dans des négociations entre le Dalaï-Lama et Beijing, ni dans la création d’un mini-Etat dit indépendant. Un Tibet séparé ne sera jamais démocratique ou en mesure de répondre aux besoins sociaux essentiels de la population tibétaine. Si le Tibet n’avait pas été intégré à la Chine dans les années 1950, il aurait alors connu un sort comparable à celui du Népal et du Bhoutan, où des monarchies absolutistes règnent sur de petits Etats pauvres et dépendants.
Il ne s’agit que de regarder les républiques de l’Asie centrale créées après l’effondrement de l’Union soviétique en 1991 pour voir le sort qui serait réservé à un Tibet « indépendant ». Il ne serait qu’un pion dans le cadre des rivalités accrues entre les grandes puissances.

Aucune des questions nationales en Chine et dans sa région ne peut être résolue à moins d’une lutte unifiée de la classe ouvrière sur la base d’une perspective socialiste. La prolifération des luttes nationales et ethniques est un symptôme supplémentaire de la crise du capitalisme mondial et du système des Etats-nations.  Comparés aux luttes anticoloniales dans des pays comme la Chine et l’Inde au début du vingtième siècle, qui regroupèrent les larges masses en dépit des différences de langues, d’appartenance ethnique et religieuse, les mouvements nationaux d’aujourd’hui sont invariablement exclusifs et régressifs.  Loin de chercher à obtenir l’indépendance de l’impérialisme, ils cherchent plutôt activement le soutien des grandes puissances pour former un mini-Etat avec l’objectif d’exploiter « leur » classe ouvrière.

L’intégration du Tibet dans la Chine et l’économie mondiale, dont le moteur est la demande pour la main-d’œuvre et les matières premières à bon marché, a pour conséquence que les masses tibétaines rejoignent les rangs de la classe ouvrière chinoise et internationale. Les manquements aux droits démocratiques et la misère sociale que connaissent les Tibétains est le lot de centaines de millions de travailleurs dans toute la Chine et dans la région, y compris l’Inde. Les aspirations sociales et démocratiques ne peuvent être satisfaites que par la lutte unifiée de la classe ouvrière en Chine pour renverser le régime du PCC à Beijing en tant que partie de la lutte plus large pour instaurer le socialisme internationalement.

Avant tout, il faudra tirer les leçons de la longue lutte du mouvement trotskyste contre tous les stalinismes et mener une lutte pour établir une section du Comité international de la Quatrième Internationale en Chine en tant que direction révolutionnaire de la classe ouvrière.

(Article original paru le 15 avril 2008)

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3 mai 2008 6 03 /05 /mai /2008 19:47

L’effondrement de Rifondazione en Italie

Le prix de l’opportunisme

Par Peter Schwarz

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La débâcle de la Gauche arc-en-ciel aux dernières élections législatives italiennes s’inscrira dans les livres d’étude politique comme un cas type du prix à payer pour l’opportunisme. L’alliance électorale Arc-en-ciel composée de quatre partis différents a perdu les trois quarts de son électorat en l’espace de tout juste deux ans.

Lors de l’élection de 2006, Rifondazione Comunista (Refondation communiste), le Parti des communistes italiens (PdCI) et les Verts avaient pu obtenir ensemble près de 4 millions de suffrages. Les 14 et 15 avril ces mêmes partis en plus de la Gauche démocratique, un tout petit parti issu d’une scission des Démocrates de Gauche, ont à peine recueilli 1,1 million de voix au total, n’obtenant pas le minimum requis pour une représentation au parlement italien. Ce qui signifie que pour la première fois depuis la chute du fascisme, il n’y a plus aucune représentation au parlement italien d’un parti qui, du moins par son nom, s’associe à la tradition communiste.

Durant les deux années qui ont séparé ces deux élections, les partis composant la Gauche arc-en-ciel avaient participé activement au gouvernement de Romano Prodi et avaient soutenu à tous égards sa politique à l’encontre des intérêts des gens ordinaires.

Prodi a ramené le déficit budgétaire courant de l’Italie de 4,6 pour cent du produit intérieur brut à 1,9 pour cent au moyen d’un programme d’économie rigide. Pour cela, il a récolté les applaudissements des milieux financiers italiens et européens tandis que la classe ouvrière en payait les frais sous forme de déclin du salaire réel et de relèvement de l’âge de départ à la retraite.

En politique étrangère, Prodi a maintenu le stationnement de troupes italiennes en Afghanistan, il a envoyé davantage de soldats italiens au Liban et a appuyé l’agrandissement de la base militaire américaine à Vicenza en dépit de l’opposition massive de l’opinion publique et il a de plus augmenté considérablement les dépenses militaires.

Prodi a également intensifié les attaques contre les droits démocratiques. Son gouvernement a passé l’année dernière une loi autorisant les forces de sécurité à expulser par décret tout étranger jugé dangereux pour la sûreté publique. La formulation vague de ce décret permet d’attribuer des pouvoirs arbitraires aux forces de l’Etat.

Toutes ces mesures ont été soutenues par la Gauche arc-en-ciel avec l’argument que c’était le seul moyen pour empêcher le retour au pouvoir de Silvio Berlusconi. Alors que les éléments les plus droitiers du gouvernement Prodi imposaient leur politique, la soi-disant « Gauche » s’inclinait devant cette politique et poignardait ses électeurs dans le dos.

Claudio Grassi, qui a représenté Rifondazione au Sénat, a admis dernièrement : « Par loyauté envers le gouvernement et pour en empêcher sa chute, la gauche a voté en faveur de toutes les mesures qu’elle ne soutenait pas alors que les forces du centre imposaient souvent (même en ce qui concerne les questions qui n’avaient pas été convenues dans le programme) leur politique ».

Le rejet massif de la Gauche arc-en-ciel par l’électorat est le prix à payer pour son opportunisme sans bornes, son manque de détermination et l’empressement avec lequel elle a abandonné les promesses électorales en échange de postes gouvernementaux bien rétribués. L’attitude de Fausto Bertinotti qui, il y a deux ans, avait quitté la direction de Rifondazione pour occuper le troisième plus haut poste de la hiérarchie officielle italienne, celui de président de la Chambre des députés, est typique à cet égard.

Alfonso Pecoraro Scanio, le dirigeant des Verts qui a démissionné de son poste après la débâcle électorale a été obligé d’admettre : « Nous avons payé un lourd tribut pour notre participation au gouvernement Prodi. Nous avons été mêlés à la bureaucratie institutionnelle et les électeurs nous ont punis pour cela. »

Les premières analyses des résultats électoraux ont montré qu’environ la moitié de ceux qui avaient à l’origine voté pour les partis de la Gauche arc-en-ciel sont restés chez eux lors de l’élection d’avril et n’ont pas voté. Ce groupe est en grande partie responsable de la baisse du taux de participation de 83 à 80 pour cent. Quarante pour cent des anciens partisans de l’Arc-en-ciel ont voté en faveur du Parti démocratique de Walter Veltroni, alors que seulement 5 pour cent sont passés à droite dans le camp de Silvio Berlusconi.

La perte de voix pour la Gauche arc-en-ciel a été tout particulièrement lourde au sein des couches de la classe ouvrière. C’est ce que révèle un simple coup d’œil jeté sur le quartier traditionnellement de gauche de Mirafiori, dans le nord de Turin. De nombreux salariés de l’usine automobile Fiat y vivent. En 1996, les partis qui formaient la Gauche arc-en-ciel avaient remporté 5865 voix, en 2006, 3657 et cette année tout juste 1124 voix.

Leonardo Masella, porte-parole d’une tendance oppositionnelle au sein de Rifondazione, a commenté le résultat électoral en ces termes: « Dans de nombreux comptes rendus et articles publiés ces derniers jours, de nombreux travailleurs n’ont pas caché qu’ils voulaient punir la direction de Rifondazione Comunista et son candidat de tête, Fausto Bertinotti, qui d’après eux, les a trahis. »

Un vide politique

Alors que l’effondrement de la Gauche arc-en-ciel a directement profité à la droite dirigée par Silvio Berlusconi, et qui a gagné les élections, haut la main, cet effondrement est également le signe qu’un changement politique important s’opère parmi les travailleurs et les jeunes. Ils en ont assez des partis et des politiciens de la pseudo-gauche qui tiennent des discours radicaux et font de nombreuses promesses durant la campagne électorale pour finir par les trahir honteusement une fois élus.

Ils ne croient plus qu’il est possible de changer quoi que ce soit dans le cadre des institutions et des partis existants et ils sont en quête d’une perspective qui leur permette d’intervenir dans la vie politique en tant que force indépendante. Ceci deviendra encore plus évident à l’occasion des conflits de classe à venir et qui sont inévitables compte tenu de la profonde crise sociale et de l’impact de la crise financière internationale.

L’élite dirigeante italienne et en particulier ses représentants de « gauche » sont inquiets au vu d’une telle perspective. Depuis le renversement de Mussolini, ils s’appuient sur le Parti communiste (PCI) pour contenir la classe ouvrière. Après la chute du dictateur fasciste, la bourgeoisie italienne ne fut en mesure de consolider son régime que grâce au soutien du PCI. Le dirigeant du PCI, Palmiro Togliatti, faisait partie du gouvernement italien de 1944 à 1946. Il fut responsable du désarmement de la Resistenza, la résistance anti-fasciste, et, dans sa capacité de ministre de la Justice, il décréta une large amnistie pour les crimes commis durant la dictature fasciste.

Durant la guerre froide, le PCI dut entrer dans l’opposition, mais lorsqu’à la fin des années 1960, une vague de grèves militantes et une révolte des jeunes secouèrent le pays, le parti s’opposa farouchement à ce mouvement en cherchant plus tard à former une coalition, « un compromis historique », avec la Démocratie chrétienne mais qui n’aboutit pas.

Aujourd’hui, les anciens cadres du PCI forment l’épine dorsale du Parti démocratique qui prend modèle sur le Parti démocratique américain et qui a abandonné toute prétention si vague soit elle d’une politique socialiste. Le rôle du vieux PCI, qui associe politique bourgeoise et symboles « communistes », avait été assumé par Rifondazione Comunista, née en 1991 à partir d’une aile du PCI, et qui a absorbé une grande partie de la gauche petite-bourgeoise.

Luttes factionnelles

La débâcle électorale a suscité un débat féroce quant à l’avenir de Rifondazione. Son dirigeant de longue date, Fausto Bertinotti, est en position minoritaire. Il avait l’intention de former un nouveau parti à partir de l’Alliance Arc-en-ciel, en laissant tomber tout lien avec l’héritage communiste. Le week-end dernier, sa proposition fut rejetée lors d’une réunion du bureau national du parti, par 70 voix en faveur de son projet et 98 contre.

Bertinotti avait déjà démissionné de tous ses postes la veille de l’élection. Sa démission a depuis été suivie par celle du secrétaire général du parti, Franco Giordano, et de l’ensemble du secrétariat général national. Paolo Ferrero, le ministre de la Solidarité sociale du gouvernement Prodi, a été élu provisoirement à la tête du parti. Le fait que Ferrero mène l’opposition contre Bertinotti en dit long sur le caractère politique de celle-ci. En tant que membre unique de Rifondazione à avoir occupé un poste ministériel dans le gouvernement Prodi, Ferrero porte une part entière de responsabilité quant à la politique gouvernementale.

Dans une interview accordée à l’Unita, le journal du Parti démocratique, Ferrero décline cependant toute responsabilité personnelle quant à la débâcle électorale. Au lieu de cela, il a dit que la stratégie de la participation gouvernementale avait fait naufrage parce que « les forces de la gauche modérée », c’est-à-dire les démocrates de gauche, n’avaient pas adhéré à leur programme et que les syndicats n’avaient pas suffisamment défendu leurs propres intérêts. Par syndicats, Ferrero entend d’abord et avant tout leurs membres, rejetant ainsi la faute de ses propres défaillances sur la classe ouvrière.

Plus d’une centaine d’intellectuels sont également opposés à la dissolution de Rifondazione en un parti « arc-en-ciel » et ils ont signé un appel rédigé par le professeur de philosophie Domenico Losurdo. Ce groupe veut raviver les traditions du Parti communiste stalinien italien qui, dans le passé, a joué un rôle crucial pour la classe dirigeante italienne.

L’appel réclame la « reconstruction d’un parti communiste unitaire fort et qui soit à la hauteur des exigences de notre temps, » basée sur l’unification de Rifondazione avec les communistes italiens (PdCI). Sous la direction du vieux stalinien Armando Cossutta, ce dernier groupe était né il y a dix ans d’une scission de Rifondazione. Dans une interview publiée par le journal allemand Junge Welt, Losurdo s’était montré inquiet du fait que « trois listes trotskystes » s’étaient présentées aux élections et « avaient intercepté des voix ». Pour sa part, Losurdo se réclame expressément de la tradition de Togliatti.

Une caution de gauche

Certains de ces groupes qui, de nombreuses années durant, ont servi de caution de gauche à Rifondazione ont quitté, avant les élections, le navire en perdition. Deux d’entre eux, le Parti ouvrier communiste (PCdL) et la Gauche critique (Sinistra critica), ont présenté leurs propres listes de candidats aux élections. Ensemble, ils ont recueilli près de 400 000 suffrages, c’est-à-dire un tiers des voix obtenues par la Gauche arc-en-ciel.

La Gauche critique est dirigée par des membres du Secrétariat unifié pabliste dont le dirigeant italien de longue date, Silvio Maitan, avait été pendant dix ans jusqu’à sa mort en 2004 un membre du comité directeur de Rifondazione, ainsi que l’un des plus proches conseillers de Bertinotti. Plusieurs membres cette tendance avaient été élus sur la liste de Rifondazione au parlement en 2006 et avaient soutenu le gouvernement. Ce n’est qu’en décembre dernier, suite à des conflits croissants avec la direction de Rifondazione, qu’ils formèrent la Gauche critique en tant qu’organisation indépendante.

Tout comme l’organisation française sœur, la Ligue communiste révolutionnaire (LCR), la Gauche critique aspire à établir un parti pour empêcher qu’une nouvelle génération ne se tourne vers le marxisme révolutionnaire. Elle refuse strictement de tirer les leçons de la débâcle de Rifondazione et de reconsidérer son propre rôle de caution de gauche. Ce faisant, elle prépare la prochaine catastrophe.

Dans son rapport introductif adressé à la conférence fondatrice de la Gauche critique, Salvatore Cannavò a déclaré avec suffisance qu’« un cycle [de Rifondazione] s’achève et que ce parti a épuisé son parcours », comme si aucune leçon ne devait être tirée de cette expérience. Il a déclaré le plus sérieusement du monde que Rifondazione avait pendant plus de dix ans représenté les intérêts de la classe ouvrière et n’avait cessé de jouer un rôle anticapitaliste que depuis son entrée au gouvernement, il y a deux ans. Cannavò siège pour Rifondazione à la Chambre des députés et est membre de longue date du Secrétariat unifié.

Le PCdL, qui a été créé en 2006, est aussi peu crédible que la Gauche critique. Son dirigeant, Marco Ferrando, est passé par une multitude d’organisations, y compris à un moment donné le Secrétariat unifié, il fut un membre de Rifondazione pendant 15 ans avant de rompre avec le parti en 2006. Tout comme la Gauche critique, il tient à remplir le vide politique qui s’est formé après l’effondrement de Rifondazione dans le but d’empêcher le développement de toute alternative politique véritable.

(Article original paru le 25 avril 2008)

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3 mai 2008 6 03 /05 /mai /2008 19:43

Les spéculateurs financiers tirent des profits de la famine mondiale

Par Stefan Steinberg

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Une série de rapports publiés dans la presse internationale a attiré l’attention sur le rôle joué par les spéculateurs professionnels et les hedge funds (fonds spéculatifs internationaux) dans la hausse des prix des denrées de première nécessité, notamment, des produits alimentaires. La forte augmentation des prix alimentaires ces derniers mois a provoqué des protestations et des émeutes dans de nombreux pays de par le monde.

Le mardi, 22 avril, un porte-parole de l’ONU a parlé d’un « tsunami silencieux » qui menace de plonger plus de 100 millions de personnes de tous les continents dans la famine. Josette Sheeran, directrice générale du Programme alimentaire mondial des Nations unies (PAM) a remarqué : « C’est le nouveau visage de la faim – les millions de personnes qui n’étaient pas dans une catégorie urgente il y a six mois le sont désormais. »

Un récent article publié dans le magazine britannique New Statesman et intitulé « La folie commerciale à l’origine de la flambée des prix » indique que l’augmentation de la population mondiale et le passage au biocombustible sont des facteurs importants de la hausse des prix des produits alimentaires, mais précise ensuite :
« Ces facteurs à long terme sont importants, mais ne sont pas les raisons véritables pour lesquelles les prix alimentaires ont doublé ou pourquoi l’Inde rationne le riz ou pourquoi les éleveurs britanniques tuent les cochons pour lesquels ils ne peuvent plus payer la nourriture animale. C’est la crise du crédit. »

L’article rapporte que la crise alimentaire s’est développée au cours « d’un laps de temps incroyablement court, en essence au cours de ces 18 derniers mois. » Il poursuit : « La raison de la "pénurie" alimentaire est la spéculation sur le marché à  termes de marchandises, suite à l’effondrement des marchés à termes des instruments financiers. En désespoir de cause d’obtenir un rendement rapide, les courtiers ont retiré des millions de dollars investis en actions et dans des prêts immobiliers pour les placer dans les denrées alimentaires et les matières premières. A Wall Street, on parle alors de "super cycle des matières premières" et il est probable que cela conduise à une famine à une échelle épique. »

Les prix mondiaux des aliments de base tel le blé, l’huile de table et le lait augmentent de façon continue depuis 2000, mais ils montent de façon remarquable depuis 2006, date à laquelle la propagation de la crise financière aux Etats-Unis a commencé à se faire sentir sérieusement.
Depuis le début de l’année 2006, le prix mondial moyen du riz a augmenté de 217 pour cent, celui du blé de 136 pour cent, du maïs de 125 pour cent et du soja de 107 pour cent.

Dans des conditions où le non-remboursement des dettes se multiplie en raison de la crise hypothécaire américaine, les spéculateurs et les groupes de hedge funds détournent de plus en plus fréquemment leurs investissements des valeurs adossées à des créances « regroupés à d’autres prêts » contenant des subprime à haut risque, en faveur de valeurs allant de l’or et de l’huile pour inclure des « produits agricoles de base » tel le maïs, le cacao et le bétail ou autres. L’article du New Statesman signale que les « spéculateurs parient même sur le prix de l’eau » pour ensuite conclure :
« Tout comme le boom dans l’immobilier, l’inflation des prix des marchandises se nourrit d’elle-même. Plus les prix augmentent et plus les profits gonflent, plus d’autres investiront dans l’espoir de récolter des bénéfices. Consultez les sites internet financiers : quasiment tout le monde se rue sur les marchandises… Le problème, c’est que si vous faites partie des 2,8 milliards de personnes, ce qui représente presque la moitié de la population mondiale, qui vivent de moins de deux dollars par jour, vous risquez de payer de votre vie pour ces profits. »

Pour l’heure, les investissements dans des « produits agricoles de base » sont hautement recommandés par des analystes financiers en vue. C’est ainsi que Patrick Armstrong, cadre chez Insight Investment Management de Londres, écrit : « Les matières premières peuvent se révéler être le meilleur investissement pour les hedge funds parce que le marché est tellement inefficace. Ce qui entraîne une plus grande chance de profit. »

La majeure partie des spéculations internationales sur les denrées alimentaires a lieu à la bourse de Chicago (CHX) où plusieurs hedge funds, des banques d’affaires et des fonds de pension ont sensiblement renforcé leur activité ces deux dernières années. Rien que depuis janvier dernier, l’activité d’investissement dans le secteur agricole a augmenté d’un quart à la bourse de Chicago et, selon la firme Cole Partners dont le siège est à Chicago, l’implication des hedge fonds dans le secteur des matières premières a triplé au cours de ces deux dernières années en totalisant 55 milliards de dollars.

Des gros investisseurs tels les hedge funds et les fonds de pension achètent des contrats à terme, dits futures qui sont des actions de la bourse dans le futur portant sur des matières premières et des produits alimentaires dont la livraison est différée à une date future donnée. Si le prix de la marchandise augmente considérablement entre le temps de l’investissement et celui de la livraison, l’investisseur peut en tirer un profit juteux.

Au vu de la présente crise alimentaire, des rendements énormes sont garantis. Selon les chiffres de la CHX, les futures sur le blé (livraison en décembre) augmenteront probablement d’au moins 73 pour cent, le soja de 52 pour cent et l’huile de soja de 44 pour cent.

Des catastrophes écologiques majeures, telle la récente sécheresse en Australie qui a affecté la production alimentaire et qui a fait grimper les prix des aliments de base, sont d’excellentes nouvelles pour les gros investisseurs.

Cette année, les mauvaises récoltes en Australie et au Canada ont entraîné une forte augmentation des prix du blé. La Deutsche Bank a estimé que le prix du maïs allait doubler tandis que le prix du blé augmentera de 80 pour cent à court terme.

De telles catastrophes écologiques qui peuvent ruiner les agriculteurs moyens et jeter des millions de personnes dans la pauvreté en raison de l’augmentation des prix alimentaires, sont un aspect de « l’inefficacité » du marché de matières premières cité plus haut et qui font que les « produits agricole de base » sont tellement attrayants pour les gros spéculateurs.

Une avidité mortelle

Un article intitulé « Une avidité mortelle » paru dans l’édition actuelle du magazine allemand Der Spiegel donne quelques détails sur l’activité spéculative des hedge funds sur le marché alimentaire. Le magazine cite l’exemple du hedge funds Ospraie qui en général est considéré être le plus important des fonds d’investissement opérant présentement dans les aliments de base.

Le gérant du fonds, Dwight Anderson, a été surnommé « le roi des matières premières ». En été 2006, Anderson recommandait déjà à ses actionnaires « l’extraordinaire rentabilité » des récoltes agricoles. Alors qu’Ospraie rechigne à publier ses profits tirés de la spéculation sur les aliments de base, un grand investisseur allemand est bien moins réticent.

Andreas Grünewald avait démarré son Münchner Investment Club (MIC) en 1989 avec un capital initial requis correspondant tout juste à 15.000 euros. MIC gère à présent un volume de 50 millions d’euros dont 15 millions proviennent d’investissements dans les matières premières.

Selon Grünewald, « les matières premières représentent la méga-tendance de cette décennie » et son entreprise à l’intention d’intensifier son implication à la fois dans le secteur de l’eau et des produits agricoles.
Les investissements de MIC rien que dans le blé ont déjà généré des taux de profit de 93 pour cent pour les 2500 membres de son club.

L’article du Spiegel remarque que MIC et ses membres ne pensent pas un seul instant aux conséquences catastrophiques que leur politique spéculative d’investissement a pour les pays en voie de développement. « La plupart de nos membres sont plutôt passifs et tournés vers le profit, » a remarqué Grünewald.

Avec ses 50 millions d’euros, MIC fait plutôt partie des petits groupes comparés au géant de la finance, ABN Amro qui a acquis dernièrement un certificat lui permettant de spéculer à la bourse de Chicago pour le compte d’investisseurs plus petits.

Peu de temps avant que n’éclatent les émeutes de la faim il y a quelques semaines, ABN Amro avait publié un prospectus dans lequel on pouvait lire que l’Inde avait imposé une interdiction d’exporter du riz, ce qui additionnée aux mauvaises récoltes enregistrées dans plusieurs pays, a résulté en une pénurie mondiale de riz. « A présent », dit le prospectus d’ABN Amro, « il est possible pour la première fois d’avoir des parts du premier marché alimentaire de l’Inde. »

Selon l’article du Spiegel, ceux qui s’étaient ralliés à l’appel d’ABN Amro ont pu réaliser un taux de profit de 20 pour cent en l’espace de trois semaines, période durant laquelle on a assisté à une augmentation énorme des investissements dans le riz à Chicago et dans d’autres grands centres.

Investissements dans les biocarburants

Un autre secteur d’investissement particulièrement lucratif et qui a largement contribué à l’actuelle crise alimentaire mondiale est celui des biocarburants. Considéré au départ comme un moyen de protéger l’environnement, les biocarburants sont devenus pour les grands groupes une alternative rentable au pétrole très cher. En l’espace de quelques années, les biocarburants sont devenus une industrie privée florissante capable de générer d’énormes taux de profit.

De vastes terres de par le globe sont passées ces dernières années de la culture de récoltes alimentaires à la production d’éthanol ou de biocarburant destinée en premier lieu à compléter l’essence de pétrole. L’année prochaine, on prévoit que l’emploi du maïs américain en lieu d’éthanol augmentera de 114 millions de tonnes, soit près d’un tiers de la récolte américaine totale escomptée.

Pour employer les mots de Jean Ziegler, rapporteur spécial des Nations unies sur le droit à l’alimentation, le passage aux biocarburants aux dépens des formes traditionnelles d’agriculture n’est rien moins qu’un « crime contre l’humanité. »

Bien que la production du maïs augmente partout dans le monde, cette augmentation est plus qu’absorbée par la diversification du biocarburant.
Selon la Banque mondiale, la production mondiale de maïs a augmenté de 51 millions de tonnes entre 2004 et 2007. Durant ce temps, la production de biocarburants aux Etats-Unis à elle seule (surtout de l’éthanol) a augmenté de 50 millions de tonnes, en absorbant presque entièrement l’ensemble de l’augmentation mondiale.

Subventionnés par le gouvernement américain, les cultivateurs américains ont détourné 30 pour cent de leur production de maïs en production d’éthanol, faisant monter les coûts d’autres céréales, plus chères, et qui sont achetées à la place de nourriture animalière.

L’Union européenne, l’Inde, le Brésil et la Chine ont tous fixé leur propre objectif pour une augmentation des biocarburants. L’Union européenne a déclaré que d’ici 2010, 5,75 pour cent de l’ensemble de l’essence vendue aux automobilistes européens devra provenir de la production des biocarburants. Ce mois-ci, une loi britannique a imposé la vente d’un mélange d’essence comprenant 2,5 pour cent de biocarburant aux automobilistes. Une loi identique stipulant une adjonction de 10 pour cent de biocarburant à l’essence a récemment été retirée en Allemagne suite à une opposition de l’industrie automobile ainsi que de propriétaires de voitures qui seraient obligés d’acheter une nouvelle voiture pour pouvoir s’adapter au nouveau carburant.

En plus de l’augmentation rapide des prix des denrées de première nécessité et qui est due à la baisse de la production céréalière destinée à l’alimentation, le passage à la récolte qui est destinée à la production de biocarburant a fait que les prix alimentaires se sont orientés sur les prix élevés du pétrole. Une équivalence est en train d’apparaître entre les prix alimentaires et le prix du pétrole.

Josette Sheeran du Programme alimentaire mondial a écrit : « Dans de nombreuses parties du monde nous trouvons que les prix alimentaires atteignent le niveau des prix du carburant », avec des quantités de plus en plus importantes de nourriture « étant achetées par des marchés énergétiques » pour la production de carburant.

Le prix du baril de pétrole dépassant entre-temps les 100 dollars, le secteur du biocarburant est actuellement considéré être une éventuelle source de profits pour les investisseurs. La chasse au profit maximum de la part du secteur du biocarburant est clairement résumée dans une publicité faite pour un congrès qui s’était tenu en 2006 et qui disait :
« Biofuels Finance and Investment World est le plus important congrès d’investisseurs en Europe et qui se consacre exclusivement à la chaîne de valeur de la nouvelle industrie des biocarburants. Les investisseurs et les institutions financières rencontreront des parties prenantes (stakeholders) des industries clé afin de discuter des possibilités d’investissements futurs, des risques et des domaines à fort potentiel de profit. »

L’édition du 22 avril de Money Week recommande à tous les investisseurs lésés par la crise des subprime de transférer leur fonds au marché lucratif des biocarburants. Money Week au même titre que le magazine Fortune considère que le groupe pétrolier Royal Dutch Shell est un garant de hauts profits : « Nous l’aimons parce qu’il fait de gros profits et qu’il est très bon marché, mais apparemment il détient aussi une bonne part d’Iogen, l’entreprise canadienne qui dispose d’un intéressant "potentiel de percée dans le domaine des technologies de l’éthanol". »

(Article original paru le 24 avril 2008)


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3 mai 2008 6 03 /05 /mai /2008 19:01

 


La colère de sans-papiers parisiens contre la CGT

RAPHAËLLE REMANDE

QUOTIDIEN : samedi 3 mai 2008

Près de 300 travailleurs sans-papiers ont entamé une nouvelle occupation vendredi après-midi, à la Bourse du travail à Paris. Ils affirment que la CGT les a menés en bateau. «La CGT a pris en otage le mouvement. Nous, on prend en otage la Bourse du travail !» : devant le bâtiment rue Charlot, à Paris, Sissoko s’emporte face à un agent de sécurité. «Je suis rage de colère» , dit-il. A l’intérieur, des groupes de sans-papiers ont investi la cour, d’autres sont accoudés aux fenêtres. Ils chantent leurs revendications : «Nous sommes des travailleurs, nous sommes pas dangereux», «On veut des papiers et de la dignité».

«Baladés».

Rien à voir, ici, avec une mobilisation traditionnelle. L’ambiance est un peu électrique. Tous les sans-papiers présents affirment qu’ils ont voulu rejoindre le mouvement de grève impulsé par la CGT et l’association Droits devant le 15 avril. Sans succès. «Nous avons eu quatre rendez-vous avec la CGT car on voulait nous aussi faire des occupations de lieux de travail, raconte Sissoko Anzoumane, responsable de la Coordination 75 sans-papiers. Mais ils nous ont baladés, en nous disant qu’il fallait attendre que Sarkozy s’exprime. Et quand ils ont eu un rendez-vous avec le cabinet du ministère de l’Immigration, ils ne nous ont même pas prévenus.»

La coordination 75, qui existe depuis une dizaine d’années, regroupe quatre collectifs parisiens de sans-papiers. Le plus important, celui du XIXe arrondissement, compte près de 2 000 membres. L’organisation affirme avoir présenté 1 000 dossiers pour des régularisations à la préfecture de Paris. «On avait tout fait comme la CGT. C’était des dossiers qui concernaient les travailleurs des métiers en tension, conformément à la circulaire du 7 janvier. Mais à la préfecture, on nous a dit qu’il fallait faire des présentations individuelles ou aller voir la CGT.» Devant la foule, Sissoko prend le microphone : «Nous allons faire passer le message aux médias du monde entier, crie-t-il. C’est un mouvement qui nous appartient.» A côté, Dabo Mankama acquiesce. Pour lui, la CGT a signé un accord avec le ministère : «Le cabinet d’Hortefeux leur a dit OK pour     1 000 régularisations mais ils ont demandé, en contrepartie, de
calmer le mouvement. La CGT ne s’occupe que des sans-papiers qui ont leur carte dans leur syndicat.» Même son de cloche du côté de Solange. Assise sur les marches au milieu des grévistes, cette militante de SOS soutien aux sans-papiers dit en «avoir gros sur la patate. Lors d’une réunion, dimanche, la CGT nous a clairement dit : "on arrête le mouvement". C’est évident qu’il s’agit d’un "deal". En même temps, ces sans-papiers qui sortent de l’ombre, c’est une grande première, c’est remarquable.»

Des responsables de la CGT finissent par arriver. L’atmosphère devient de plus en plus tendue lorsqu’un sans-papiers lâche : «La CGT a trahi.»

Raymond Chauveau, l’un des leaders du syndicat, s’avance vers lui : «Qui ose dire cela en face de moi ?» Dépassés par les événements, les syndiqués tentent de prendre la parole mais en sont empêchés par les huées. En aparté, Raymond Chauveau souffle : «Je comprends leur frustration énorme.

Mais pendant ce temps-là, Hortefeux et Sarkozy doivent rigoler de nous voir ainsi pris en étau. D’autant qu’on a eu quatre réunions avec la coordination 75 pour leur expliquer la manière dont on fait les choses...»

Un véritable dialogue de sourds finit par s’installer. Raymond Chauveau commence à expliquer les débuts de la sécurité sociale à un sans-papiers. «Comment les droits ont-ils avancé ?» assène t-il. Un peu perdu, l’Africain hésite puis finit par répondre : «Moi, je veux juste des papiers.» Dans le brouhaha, la tenue d’une réunion est décidée.

«Promesses».

A la sortie, les sans-papiers affichent leur déception. «La CGT ne nous a fait que des promesses verbales», précise Mamoudou Diallo, président du collectif du XIXe arrondissement. En début de soirée vendredi, les sans-papiers s’organisaient pour passer la nuit. Lundi matin, ils devraient rencontrer le secrétariat du maire de la capitale, Bertrand Delanoë. Ils espèrent surtout que leurs 1 000 demandes de régularisation soient étudiées. Des dossiers qui viendront s’ajouter aux 1 000 déjà déposés par la CGT. Mercredi, trois premiers sans-papiers d’un restaurant de Neuilly ont été régularisés.



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