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6 septembre 2008 6 06 /09 /septembre /2008 18:40

ReOpen ReVolution ?

vendredi 29 août 2008, par Activista

www.oulala.net

 

www.reopen911.info

Le dimanche 7 septembre’08 se tiendra à Bruxelles la seconde "euro-manifestation" exigeant une enquête indépendante sur les attaques du onze septembre’01 aux USA et dénonçant ses suites. Mais pourquoi donc manifester en Europe et ce sept années après ?

C’est en collaboration avec les organisateurs de cette marche que ce texte est rédigé, il répond aux différentes questions et critiques rencontrées jusqu’ici. Il sera aussi l’occasion pour les lecteurs d’Oulala qui le souhaitent d’adresser directement leurs questions, remarques, éventuels encouragements aux organisateurs via les commentaires liés à ce texte. Ces derniers y répondront dans la mesure du possible. Le "jour J" approchant, l’équipe est fort occupée et de plus, une partie d’United for Truth est néerlandophone. Nous comptons donc sur la compréhension et la patience des lecteurs.

"United for Truth ", c’est quoi ? C’est qui ?


C’est une initiative citoyenne, une plateforme d’expression, une association de fait. La nouveauté de cette seconde édition est qu’elle regroupe différents individus et ONG , ASBL ou personnalités européennes autour d’une plateforme . Elle est coordonnées par un binôme d’artistes belges qui se plaît à contredire la prétendue mésentente entre flamands et francophones. L’objectif principal est de briser le mur du silence, de mobiliser et de diffuser des informations absentes des médias de masse. Nous ne sommes pas "conspirationistes" au contraire : nous dénonçons ceux qui conspirent contre la démocratie !


A ceux qui reprochent à UFT de faire des amalgames, entendez de dénoncer par exemple le règne de la finance , nous proposons un accord. Nous respectons votre point de vue mais ne le partageons pas. Nous tenons à replacer les évènements dans leur contexte, lier actes et conséquences car ils sont prétextes à trop de guerres militaires contre des populations innocentes, guerres politiques contre nos libertés à travers le monde comme sur la Toile, guerres économiques contre l’humanité entière et la planète elle-même.


Libre à vous de vous focaliser sur le "11 septembre" ou d’autres thèmes, le front est large et nos approches sont complémentaires, pas contradictoires. Soyez les bienvenus à la marche et comptez sur notre soutien concernant nos causes communes. Car il faut aussi pouvoir assurer un suivit, un travail de fond. Dans le cas des thèmes qui nous occupent ce travail existe déjà et il est très bien mené par des associations comme ReOpen911, ATTAC ou le CADTM entre autres, ou encore grâce à des personnalités comme le Dr. David Ray Griffin, l’Euro-Député Mr. Chiesa ou l’ancien sénateur Pierre Galand. Toutes les personnes et organisations citées ici soutiennent la manifestation et sa plateforme. Le but d’UFT est bien d’unir les luttes connexes, faire circuler et divulguer des informations tues par les médias de masse, se réapproprier le débat, le bien commun et l’espace public et nos vies, tout simplement.

Pourquoi manifester ?


La question peut paraître naïve, pourtant c’est celle qui nous est le plus souvent posée. Beaucoup ne voient ni le sens, ni l’intérêt de rassembler des individus dans la rue, peu importe la thématique. Ils estiment que c’est inutile, vain ou qu’une manifestation n’est qu’un exutoire toléré et donc sans conséquences. Une des erreurs de ce raisonnement est de croire que cette manifestation serait une "fin en soi", car il n’en est rien ! Il suffit de participer à la préparation d’un tel rassemblement pour réaliser combien la phase de "mobilisation" est essentielle, souvent plus importante et efficace que la marche proprement dite. D’elle dépend la réussite de l’évènement, certes. Mais c’est surtout le travail de réflexion, de débat, d’information envers les ONG, les élus, les médias contactés, les citoyens, les rencontres concrètes dans les rues les distributions de tracts, les collages d’affiches, etc. que la phase de mobilisation implique, qui permettent à un mouvement de passer du mode virtuel au mode actif. C’est là que s’articulent les revendications et se créent de nouveaux réseaux concrets, agissant dans le monde réel ! Bien qu’il s’agisse d’une action non-violente, elle participe humblement à la construction de nouveaux rapports de forces. Tout mouvement est jugé sur sa capacité à mobiliser, de cette capacité dépend l’attention que voudrons bien lui accorder les autres citoyens mais aussi les élus et le(ur)s médias . L’objectif n’est pas un éventuel passage dans ces médias , bien qu’il puisse être le bienvenu, l’essentiel reste la dynamique, la visibilité, les réseaux que crée la mobilisation. Une manifestation c’est aussi une rencontre et une fête où l’on se réapproprie ensemble la ville, le débat et l’espace public !

Pourquoi manifester ici, à Bruxelles et pas à New-York ?


De très nombreux New-Yorkais ont déjà manifesté leurs doutes quant à la version officielle ou demandé une enquête indépendante. C’est en solidarité avec eux que nous agissons. Car en Europe aussi nous subissons les suites et conséquences du "11 septembre" .Patriot Act là-bas, lois anti-terroristes ici, prisons secrètes partout, guerres en Irak , en Afghanistan ... C’est le prétexte servi à chaque recul de la démocratie, chaque trahison à l’état de droit. Que ce soit pour faire passer des lois liberticides, criminaliser les mouvements sociaux, envoyer des militaires à l’autre bout du monde, c’est toujours le spectre du "9-11" et du "terrorisme" qui est agité. Utilisant notre sécurité comme alibi, Big Brother nous surveille comme jamais ! Toutes nos actions réelles ou virtuelles sont contrôlées, filmées, analysées, mémorisées. Notre localisation et nos déplacements (GPS,GSM,Transferts,RFID) aussi, ce qui permet à différents services d’états ou privés de connaître nos activités, état de santé, goûts culinaires, littéraires, sexuels et autres....En bref nos habitudes et nos opinions. Il en va de même sur la Toile : chacune de nos recherches, tous nos clics, téléchargements, échanges sont identifiés, scannés, analysés mémorisés à des fins privées, commerciales ou politiques. Si cela ne vous suffit pas soit ; nous y voyons assez de raisons pour agir ici et maintenant !

Pourquoi sept années après ?


Car en sept années trop de preuves, d’évidences, d’omissions qui démontent la "Version Officielle" du "11 septembre 2001" se sont accumulées. Patiemment collectées et analysées elles sont maintenant divulguées par un nombre toujours plus grand d’architectes, militaires, agents des renseignements, politiciens, spécialiste en démolition contrôlée, associations ou simple citoyen n’ayant pas désappris à penser. Vu qu’il s’agit là d’une des clefs des dérives sécuritaires et militaires récentes, le sujet mérite toute notre attention. Le propos n’est pas de détailler ici toutes les bonnes raisons de douter de la "fable officielle" qui veut que malgré les nombreux avertissements internationaux (Allemagne, Egypte, France, Russie, etc ;) et internes (FBI), quatre avions de lignes pilotés par des terroristes "formés" sur des simulateurs ou cessnas aient pu tromper les mesures de sécurités et défenses de la première puissance mondiale et particulièrement celle de son QG, le Pentagone. Ce, sans être inquiétés un seul instant avant ou durant les attaques qui mèneront à la "vaporisation" d’un Boeing dans le Pentagone, un autre s’écrasant sans laisser de trace et les deux derniers provoquant l’effondrement verticalissime de deux tours de béton et d’acier, une troisième -non percutée- suivant juste pour la forme. Ici il ne s’agit plus d’analyser, d’autres l’ont déjà fait avec brio, mais d’agir. Quitter le virtuel et passer à l’action !

Où ? Quand ? Comment ?
A Bruxelles en future-ex-Belgique, départ au Rond Point Schuman à 14h précise, le dimanche 7 septembre 2008 ! Accès à pied, vélo, voiture, bus, trains et métros. Pour les possibilités d’hébergements ou de co-voiturages, rendez-vous sur le site  !
http://unitedfortruth.org/

Vu le peu d’empressement des médias classiques à relayer ce type d’info, UFT tient à remercier Oulala et son équipe pour cette publication.

 

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6 septembre 2008 6 06 /09 /septembre /2008 18:29

http://www.legrandsoir.info/spip.php?article7095


témoignage d’un des passagers des deux bateaux qui ont brisé le blocus israelien sur Gaza

 
Quelques jours après avoir été libéré de prison à la suite de mon voyage à Gaza, je fais part de quelques points, pour résumer les choses.

Tout d’abord, l’opération du Mouvement Free Gaza en vue de briser le siège israélien s’est révélée être un succès au-delà de toute espérance. Le fait que nous ayons atteint Gaza et d’en être sortis a donné lieu à la création d’un canal libre et régulier entre Gaza et le monde extérieur. C’est ce qui a été atteint, car le gouvernement israélien a été contraint d’émettre une déclaration politique sans ambiguïté : qu’il n’occupe pas Gaza, et qu’en conséquence il n’empêchera pas la libre circulation des Palestiniens vers et hors de Gaza (au moins par voie maritime). (Les préoccupations sécuritaires d’Israël peuvent facilement être réglées par l’institution de procédures de contrôle semblables à celles des autres ports). Toute tentative d’Israël de revenir en arrière — en empêchant à l’avenir des bateaux d’entrer à Gaza ou d’en partir, avec du fret et des passagers comprenant des Palestiniens — pourra immédiatement être interprétée comme une manifestation de contrôle, et donc d’occupation, conduisant Israël à devoir répondre de crimes de guerre au titre du droit international, ce qu’Israël tente d’éviter à tout prix. Envolée la fumée qui a permis à Israël de maintenir son contrôle sur les Territoires occupés sans en assumer aucune responsabilité : à compter de maintenant, soit Israël est une puissance occupante redevable de ses actions et de sa politique, soit les Palestiniens ont tous les droits de jouir de leur droit humain qui est celui de circuler librement dans et hors de leur pays. Israël ne peut plus jouer sur tous les tableaux. Non seulement nos deux minuscules bateaux ont forcé le gouvernement israélien et les militaires à lâcher prise, mais en plus ils ont permis de modifier fondamentalement le statut du contrôle qu’exerce Israël sur Gaza.

Lorsque nous sommes enfin arrivés à Gaza après une journée et demie de mer, l’accueil des 40.000 Gazzaouis remplis de joie a été pour nous un moment très fort et très émouvant. Les gens ont particulièrement recherché le contact avec moi, ayant semble-t-il très envie de parler l’hébreu avec un Israélien après tant d’années d’enfermement. Le message qui m’a été transmis par des gens appartenant à toutes les factions pendant ces trois jours a été le même : Comment pouvons-nous ("nous" dans le sens de nous tous qui vivons dans leur pays, et pas seulement les Palestiniens et les Israéliens) sortir de cette terrible situation ? Où allons-NOUS ? Le discours tenu n’était même pas politique, de type "quelle est la solution/un état, deux états, etc". C’était juste du bon sens, bien établi, basé sur l’idée que nous continuerons tous à vivre dans le même pays, et que ce conflit imbécile avec ses murs, son blocus et sa violence, est mauvais pour tout le monde. Ils me demandaient : les Israéliens ne réalisent-ils pas cela ?

(La réponse, malheureusement, est "non". Pour être honnête, c’est nous les Juifs Israéliens qui sommes le problème. Les Palestiniens ont accepté notre existence il y a des années dans le pays en tant que peuple, et ils sont disposés à accepter TOUTE solution — deux états, un état, pas d’état, peu importe. C’est nous qui voulons l’exclusivité sur la "Terre d’Israël", nous qui ne pouvons voir les choses sous la forme d’un seul pays, et nous qui n’acceptons pas la présence nationale des Palestiniens —en Israël, nous parlons "d’Arabes"—, et c’est nous qui avons éliminé avec nos colonies la possibilité même d’une solution de deux états avec laquelle nous prenons 80 % de la terre. Alors, c’est triste, vraiment triste, lorsque nos "ennemis" veulent la paix et la coexistence — dites-moi donc cela en hébreu— et que nous n’en voulons pas. Oui, nous les Juifs Israéliens voulons la "paix", mais entre temps tout ce que nous avons — pratiquement pas d’attaques, un sentiment de sécurité, un peuple palestinien qui a "disparu", une économie en pleine forme, le tourisme et une présence à l’international comme jamais auparavant — semble parfait. Si la "paix" signifie abandonner les colonies, la terre et le contrôle, pourquoi donc s’y résoudre ? Quel est le problème avec le statut-quo ? Tant que ce n’est pas cassé, laisse tomber.)

A Gaza, j’ai réussi à revoir des vieux copains, tout spécialement Eyad Al Sarraj du Programme de santé mentale de Gaza, et Raji Sourani qui dirige le Centre palestinien pour les droits humains et à qui j’ai rendu visite dans son bureau. J’ai aussi reçu la nationalité palestinienne à titre honorifique, avec un passeport, ce qui représente beaucoup pour moi qui suis Juif Israélien.

Lorsque j’étais à Gaza, tout le monde en Israël — y compris les médias qui m’interviewaient — m’ont répété d’être prudent et de faire attention à ma vie. Ils me demandaient : n’as-tu pas peur ? Eh bien, le seul moment où j’ai ressenti une sérieuse et authentique peur pendant tout ce périple, cela a été quand je suis retourné en Israël. J’y suis revenu via le check-point d’Erez, parceque je voulais manifester que le blocus n’est pas seulement maritime. Du côté israélien, j’ai été immédiatement arrêté et inculpé pour avoir enfreint un ordre militaire interdisant aux Israéliens de se trouver à Gaza, et j’ai été emprisonné à la prison de Shikma à Ashkelon. Cette nuit-là, dans ma cellule, quelqu’un m’a reconnu grâce aux informations télévisées. Toute la nuit, j’ai fait l’objet de menaces physiques de la part d’Israéliens d’extrême-droite, et j’avais la certitude que je ne survivrai pas jusqu’au matin. Ironiquement, j’ai partagé ma cellule avec trois Palestiniens qui en quelque sorte m’ont protégé, de telle sorte que le danger ne venait pas des Palestiniens mais des Israéliens, à Gaza comme en Israël. (Un Palestinien d’Hébron était en prison pour s’être trouvé illégalement en Israël ; j’étais en prison pour avoir été illégalement en Palestine). A l’heure actuelle, j’ai été libéré sous caution. Les autorités israéliennes vont probablement me poursuivre dans les semaines à venir, et je pourrais être emprisonné pour environ deux mois. Je suis maintenant un Palestinien dans tous les sens du terme : le lundi, j’ai reçu la nationalité palestinienne ; et le jeudi j’étais déjà emprisonné en Israël.

Même si cette opération a été un total succès, le blocus ne sera véritablement brisé que si nous maintenons la circulation vers et hors de Gaza. Il est prévu que des bateaux y retournent dans 2 à 4 semaines, et je travaille à remplir un bateau d’Israéliens.

Mon unique frustration, au niveau de ce qui a sans aucun doute été une opération à succès, repose sur le fait que les Israéliens n’y comprennent rien, et ne veulent rien y comprendre. Les implications découlant du fait que nous sommes la plus forte partie et du fait que ce sont les Palestiniens qui recherchent vraiment la paix, forment une trop grande menace pour leur hégémonie et leur propre sentiment d’innocence. Ce que j’ai retrouvé dans environ une douzaine d’interviews — et ce que j’ai lu à mon sujet et au sujet de notre périple écrits par des "journalistes" qui n’avaient pas même essayé de parler pas plus à moi qu’aux autres — était une représentation identique de Gaza, des Palestiniens et de notre interminable conflit et qui pourrait être décrite seulement comme relevant de l’imagination. Plutôt que de me poser des questions sur mon expérience, mes raisons d’agir ou mes opinions, les intervieweurs et ce tout particulièrement avec les principales radios, ont passé leur temps à me tanner avec leurs slogans et préjugés uniformisés, comme s’ils me donnaient un espace pour me permettre de m’exprimer sur ce qui était une menace mortelle pour leurs idées auxquelles ils croyaient dur comme fer.

Ben Dror Yemini, du quotidien bien connu Maariv, nous a traités de "culte satanique". Un autre journaliste a suggéré qu’un contributeur bien connu au mouvement Free Gaza était un Palestinien-Américain qui avait été interrogé par le FBI, comme si cela avait à voir avec le reste (et insinuant par là que nous avions reçu l’aide de "terroristes", que nous avions peut-être été manipulés par eux, ou pire encore). D’autres ont été plus explicites : n’était-il pas vrai que nous donnions au Hamas une victoire en matière de relations publiques ? Pourquoi me suis-je rangé au côté d’un Palestinien pêcheur-trafiquant d’armes contre mon propre pays qui ne cherche qu’à protéger ses citoyens ? Certains m’ont simplement insulté, comme cet intervieweur de Arutz 99. Et quand rien ne marchait, mes interlocuteurs pouvaient toujours en revenir au vieux cynisme de toujours : la paix est impossible, les Arabes et les Juifs relèvent d’espèces différentes, on ne peut pas "leur" faire confiance. Ou encore de nettes affirmations : ils ne cherchent qu’à nous détruire. Puis vient le paternalisme : bon, c’est vrai que c’est sympa d’avoir quelques idéalistes dans ton genre...

A aucun moment au cours de ces nombreuses interviews il n’y a eu de véritable curiosité pour savoir ce que je faisais ou à quoi ressemblait la vie à Gaza. Personne n’a cherché à obtenir une vision nouvelle, a fortiori si elle mettait en péril leurs si chers slogans. Personne n’allant au-delà des vieux slogans de toujours. Néanmoins, beaucoup de référence au terrorisme, aux roquettes Qassam et aux Palestiniens méprisant nos vaillants efforts pour faire la paix. Rien de rien sur l’occupation, la démolition de maisons, le blocus, la saisie de terres ou l’expansion des colonies, sans parler des assassinats, des emprisonnements et de l’appauvrissement de la population civile palestinienne. Comme si nous n’avions rien à voir avec ce conflit, comme si nous vivions tout simplement notre petite vie normale et innocente, et que des méchants décident de nous balancer des roquettes Qassam. Encore pire, aucun sens de notre responsabilité, ou aucune volonté d’assumer cette responsabilité pour la violence sans fin et le conflit. A la place, juste un appel automatisé et insensible à la représentation d’un Gaza et des "Arabes" (de façon générale, nous n’usons pas du terme "Palestiniens"), qui est si diamétralement opposée à tout ce que j’ai vu et expérimenté, une répétition servile de slogans irréfléchis (et erronés) qui ne servent qu’à éliminer tout possibilité de vraiment voir la situation. En bref, un Gaza de fantaisie perçu comme au travers d’une bulle soigneusement mise au point pour ne réfléchir aucune réalité désagréable.

L’élément le plus percutant qui m’a été donné grâce à ce voyage a été de comprendre pourquoi les Israéliens "n’y comprennent rien" : des médias remplis de gens qui devraient savoir, mais dont l’esprit critique est faible, et qui se sentent mieux au sein d’une boîte mise au point par des politiciens au service d’eux-mêmes plutôt que de faire quelque chose de bien plus créatif : comprendre, bon sang, ce que se passe ici.

J’ai quand même formulé clairement mon message vers mes compatriotes israéliens, qui constitue le cœur des interviews et conférences que j’ai données :

- Malgré ce que nous racontent nos politiciens, il y a une solution politique au conflit, et il y a des partenaires pour la paix. A tout le moins, nous qui appartenons au mouvement de la paix ne devons pas laisser les pouvoirs en place mystifier le conflit ni le présenter comme un "clash des civilisations". Le conflit israélo-palestinien est politique, et en tant que tel il peut avoir une solution politique.

- Les Palestiniens ne sont pas nos ennemis. En fait, j’en appelle fortement à mes compatriotes Juifs Israéliens pour qu’ils se désolidarisent de la ligne politique sans issue poursuivie par nos politiciens qui ont failli, et pour qu’ils déclarent avec les acteurs de paix israéliens et palestiniens : "Nous refusons d’être des ennemis".

- Et, en notre qualité de partie considérablement la plus forte dans ce conflit et en tant que la seule puissance occupante, nous les Israéliens devons admettre notre responsabilité quant au fiasco découlant de notre politique d’oppression. Il n’y a que nous qui puissions mettre fin à ce conflit.

Permettez-moi d’exprimer ma gratitude aux organisateurs de cette initiative : Paul Larudee et Greta Berlin des USA, Hilary Smith et Bella de Grande-Bretagne, Vaggelis Pissias qui est grec et qui a fourni une contribution essentielle tant matérielle que politique, et Jamal Al Khoudri qui est membre indépendant du PLC de Gaza et qui dirige le Comité populaire contre le siège, et tous les autres, en sus du groupe fantastique de participants à bord des bateaux, et à l’équipe en charge de la communication restée à terre. Une mention spéciale va à Angela Godfrey-Golstein de l’ICAHD, qui a joué un rôle essentiel à Chypre et à Jérusalem en transmettant nos messages vers l’extérieur. Sans oublier nos hôtes à Gaza (dont les noms figurent sur le site de Free Gaza) et les dizaines de milliers de Gazzaouis qui nous ont accueillis et ont partagé leur vie avec nous. Que nos peuples arrivent enfin à la paix et à la justice qu’ils méritent sur leur terre commune.

Jeff Halper

1er septembre 2008

Jeff Halper dirige le Comité israélien contre les démolitions de maisons (ICAHD). Il peut être joint à : jeff@icahd.org

Traduction de l’anglais par Claire Paque

Article transmis le 4/9/2008 par l’ICAHD (Comité israélien contre les démolitions de maisons)



 

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5 septembre 2008 5 05 /09 /septembre /2008 20:31

Nouveaux détails sur la mort des Français en Afghanistan

PARIS (Reuters)

  De nouveaux détails ont été rendus publics sur l'embuscade survenue en Afghanistan le 18 août dans laquelle ont péri dix soldats français, après la publication d'articles de presse qui ont suscité un appel à l'unité nationale du ministre de la Défense, Hervé Morin

Un des dix soldats a été tué à l'arme blanche lors de combats au corps à corps, a dit à Reuters le capitaine Christophe Prazuck, porte-parole de l'état-major des armées. Le corps de ce militaire a été examiné par des médecins et sa famille a été informée.

"Sur les dix soldats, un seul présente des traces de blessures par balles et par arme blanche, ça a été démontré par des examens médicaux et ça croise des témoignages de soldats sur le terrain", a expliqué Christophe Prazuck.

"La multiplication des rumeurs nous a conduit à faire cette mise au point", a-t-il ajouté. Huit soldats ont été tués par balles ou par éclats et le dixième est mort dans un accident immédiatement après l'engagement, selon l'état-major.

Un témoignage publié dans Le Parisien et des informations dont fait état le journal Le Monde parlaient de quatre hommes morts égorgés. Hervé Morin, interrogé sur Canal+ vendredi matin, n'a ni démenti, ni confirmé ces informations, expliquant qu'il fournirait les détails aux familles qui le demanderaient.

TÉMOIGNAGE DE LA MÈRE D'UN SOLDAT

La mère d'un soldat qui serait impliqué dans l'attaque raconte dans Le Parisien, qui ne dévoile pas son identité, que son fils lui a parlé de combats au corps à corps.

Il lui a téléphoné pour raconter l'attaque juste après les faits, avant que le commandement n'ait "briefé" les protagonistes de l'affaire, dit-elle. "Les taliban ont égorgé certains de ses copains. D'autres ont été lapidés, ils ne méritaient pas de mourir comme des chiens", dit-elle.
De source militaire proche du ministère de la Défense, on juge ce témoignage de deuxième main erroné, en se fondant sur des détails qui en montreraient l'incohérence.

L'information concernant l'existence d'un contact physique entre les Français et leurs assaillants a alimenté les débats sur les supposés retards des renforts et l'absence ou le caractère inopérant de l'appui aérien.

Le gouvernement dément tout problème d'organisation ou faute de commandement et fait remarquer que malgré leurs équipements très complets, les forces américaines ont enregistré des victimes par centaines en Afghanistan.

Une mission de l'Assemblée nationale a recommandé l'envoi de moyens de soutien, une recommandation que le gouvernement pourrait suivre prochainement. "J'ai proposé au président de la République un certain nombre de mesures complémentaires", a déclaré Hervé Morin sur Canal+.

Il a par ailleurs condamné implicitement à nouveau la publication par l'hebdomadaire Paris Match de photos de taliban exhibant l'équipement de soldats français tués.

"J'en appelle à l'unité du pays dans la lutte contre le terrorisme, (...) dans la lutte pour les droits de l'homme", a-t-il dit. "Les taliban c'est un régime moyenâgeux, qui niait tout droit aux femmes, qui coupait les phalanges des petites filles qui avaient le malheur de se mettre du vernis à ongles (...) J'en appelle aussi à l'unité du pays pour nos soldats et notre armée", a-t-il ajouté.


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4 septembre 2008 4 04 /09 /septembre /2008 21:00

Attaqué par des responsables politiques, Paris-Match défend son reportage en Afghanistan

 

 

PARIS (AFP)

 

 

  Le rédacteur en chef de Paris-Match Laurent Valdiguié a jugé "légitime" son reportage sur le commando qui a tué dix soldats français en Afghanistan, après les critiques formulées par des responsables politiques, se défendant d'être un "journal équivoque".

 

"Quel pays serait-on si on s'était censuré sur les propos tenus par l'adversaire? Je doute que les talibans sur leurs sites donnent la parole au patron de l'armée française ou à Nicolas Sarkozy", a-t-il souligné.

 

Rappelant que le magazine avait consacré depuis le début de l'année "5 ou 6 reportages sur l'armée française, le 8e RPIMA quand il est arrivé là-bas, le point de vue de la France, de l'Europe", il a souligné que Paris-Match n'était pas un "journal équivoque".

 

"On donne un visage à des gens qui nous affrontent là-bas, qui menacent nos troupes, qui sont habillés en haillons ou en baskets pour certains et qui, avec leurs haillons et leur baskets, défient la coalition des plus grands pays du monde", a-t-il ajouté.

 

"On s'est dit que c'était légitime dans certaines limites, cette limite étant de ne pas rentrer dans une logique macabre où on aurait vu des corps de soldats français, ce qui aurait été insupportable pour les familles et pour nous", a-t-il expliqué.

 

Le responsable a rappelé que Paris-Match couvrait "tous les conflits dans la monde depuis 60 ans". "Match est allé voir (le leader palestinien Yasser, ndlr) Arafat à l'époque où il faisait sauter des avions de ligne dans le monde entier, on a fait des interviews de Saddam Hussein...", a-t-il souligné.

 

Des responsables politiques ont critiqué jeudi le reportage de Paris-Match, Pierre Moscovici (PS) jugeant "très gênante" l'idée de "mettre en scène les talibans, de donner de la crédibilité à leurs menaces", tandis que Daniel Cohn-Bendit (Verts) a dénoncé le "côté abject du voyeurisme" du magazine.

 

De son côté, le ministre de la Défense, Hervé Morin, s'est interrogé: "est-ce qu'on doit faire la promotion d'hommes qui ont compris qu'on était dans l'ère de la communication?".

 

Joël Le Pahun, père d'un des soldats tués, a jugé "abject" de voir ce reportage, mais a espéré que la publication de ces images allait amener "un mal pour un bien, (pour que) que les Français prennent conscience du risque que les talibans peuvent engendrer".

 

M. Valdiguié a par ailleurs écarté toute mise en scène concernant ces photos. "Ca s'est fait assez vite, dans des conditions assez délicates. Ils étaient comme ça", a-t-il dit.

 

Revenant sur les conditions dans lesquelles a été réalisé l'article, M. Valdiguié a expliqué que Paris-Match avait commandé à ses journalistes sur place -- Eric de Lavarène et la photographe Véronique de Viguerie -- un reportage sur les villageois, victimes civiles des combats.

 

"De fil en aiguille, notre équipe a compris qu'elle avait l'opportunité de remonter à un des quatre commandos qui a participé à l'attaque contre les Français", a-t-il indiqué.

 

"On avait des questions à poser (au chef du commando), il y a répondu. On est dans une guerre en Afghanistan, les talibans s'expriment et ces messages sont dans le journal. Les Français peuvent comprendre que ce sont les messages des talibans et non le point de vue de Paris-Match", a-t-il estimé.

 

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4 septembre 2008 4 04 /09 /septembre /2008 20:54

Nusseibeh : "Une solution à deux Etats ne sera bientôt plus possible"
Par Akiva Eldar

Voir cet article sur son site d'origine : Http://www.lapaixmaintenant.org/article1830

Comme souvent, cet article n’a rien de réjouissant. Sari Nusseibeh, symbole par excellence de la modération du côté palestinien, auteur d’un plan de paix avec Ami Ayalon sur le principe de deux peuples, deux Etats, doute aujourd’hui de la faisabilité de ce principe. Même lui ! Si l’avenir lui donne raison, les gouvernements israéliens successifs devront s’interroger sur leurs responsabilités, qui sont très lourdes. Ils auront tué dans l’œuf toute chance d’un accord de paix raisonnable et équitable.

L’interview est longue et passionnante, comme d’habitude avec Nusseibeh. Il va au fond des choses, sans langue de bois, sans crainte de choquer, et analyse les perspectives d’avenir avec lucidité.

Nusseibeh pose un ultimatum. Quand cet ultimatum est prononcé par quelqu’un comme lui, il faut faire attention, très attention.

La Paix Maintenant

Traduction : Gérard Eizenberg, pour La Paix Maintenant

A la fin de mon entretien avec Sari Nusseibeh, dans l’hôtel American Colony à Jérusalem Est, le très respecté président de l’université Al-Qods - et co-auteur de l’initiative « La Voix des Peuples », un plan de paix formulé conjointement avec Ami Ayalon, ancien chef du Shin Bet[1], dit qu’il ne serait pas surpris si un habitant palestinien de Jérusalem se présentait aux élections municipales de novembre prochain. Ce candidat ne se présenterait pas en tant que représentant de la seule Jérusalem, mais au nom de tous les Palestiniens des territoires occupés, souligne Nusseibeh.

"Alors, pourquoi ne le faites-vous pas ?". Sari Nusseibeh, 59 ans, fils d’Anouar Nusseibeh, ancien ministre jordanien, ne sourit pas. "C’est possible", dit ce professeur de philosophie musulmane, qui a brièvement remplacé Fayçal Husseini, il y a quelques années, en tant que représentant palestinien de Jérusalem Est au sein du gouvernement palestinien. "Tout est possible."

L’opinion de Nusseibeh selon laquelle le « château de cartes » d’Oslo avait commencé à s’effondrer s’est confirmée cette semaine. En effet, selon Ha’aretz (information non démentie par le cabinet du premier ministre, ndt), Olmert avait fait une dernière offre de paix : Israël annexerait 7 % de la Cisjordanie compensés par un territoire dans le Néguev qui représenterait 5,5 % de la Cisjordanie ; un accord sur l’avenir de Jérusalem serait reporté à plus tard ; il n’y aurait pas de droit au retour de réfugiés palestiniens en Israël ; tout ce plan ne serait mis en œuvre qu’une fois le Hamas éjecté du pouvoir dans la bande de Gaza.

Nusseibeh dit très bien savoir ce qui se passe au cours des négociations ou, plus précisément, ce qui ne se passe pas. Pendant plus de 20 ans, la direction palestinienne a tenté de convaincre son peuple d’accepter un Etat dans les frontières du 4 juin 1967, alors qu’Israël anéantit cette option. Nusseibeh explique : "On ne peut pas négocier un accord définitif sans parler de Jérusalem. Cet accord comprend en premier lieu, je pense, Jérusalem et les réfugiés. Si l’on remet Jérusalem à plus tard, on remet à plus tard les réfugiés. En réalité, on ne traite pas le problème. Il faut discuter de ces questions, et c’est là exactement que le marchandage doit avoir lieu."

Sari Nusseibeh, le Palestinien laïque, le symbole de la modération, le partenaire d’Ami Ayalon, est-il en train d’enterrer la solution à deux Etats ?

"Je suis toujours en faveur d’une solution à deux Etats et je persisterai, mais dans la mesure où l’on se rend compte qu’elle n’est plus pratiquable ou bien que cela n’aura pas lieu, on commence à réfléchir aux alternatives. J’ai le sentiment qu’il y a deux trajectoires opposées. D’un côté, il y a ce que les gens disent et pensent, des deux côtés. On a l’impression que le temps va bientôt manquer, que si l’on souhaite une solution à deux Etats, il faut qu’elle intervienne très vite. Mais de l’autre, si l’on observe ce qui se passe sur le terrain, en Israël et dans les territoires occupés, on voit que les choses prennent une direction inverse, comme si elles étaient déconnectées de la réalité. La réflexion va dans une direction, la réalité dans une autre."

Pour Nusseibeh, la lutte pour une solution à un seul Etat pourrait prendre une forme qui ressemblerait à certaines des luttes non-violentes menées par des groupes ethniques opprimés, ailleurs : "Nous pouvons nous battre pour l’égalité des droits, le droit à l’existence, le retour et l’égalité, et il pourrait y avoir un mouvement pacifique, comme en Afrique du Sud. Je pense que, du côté palestinien, il faudrait peut-être commencer à débattre et à reprendre l’idée d’un Etat unique."

Ultimatum

Nusseibeh continue : "Ces 15 dernières années, nous avons échoué. Nous n’avons pas créé le monde que nous souhaitions. Nous étions censés être très intelligents.

Nous nous sommes persuadés que nous allions être très démocratiques, très propres, un modèle pour le reste du monde arabe. Et que Jérusalem allait être notre capitale. Voilà en quoi nous croyions. Mais il s’est révélé que tout cela était parfaitement idiot. Jérusalem est out, tout ce que nous avons, c’est Ramallah. Et nous avons perdu Gaza. Il y a la corruption et l’inefficacité. Ce n’est pas ce à quoi nous nous étions engagés quand, au début des années 80, nous avions idéologisé la solution à deux Etats."

"Il se trouve que le Fatah, en particulier, le parti du centre et la seule alternative viable aux extrêmes, de gauche ou de droite, a aujourd’hui besoin d’une stratégie, d’une idéologie. Parce que l’idéologie que le Fatah a adoptée depuis 15 ans (une solution à deux Etats) est en train de vaciller, et que le Fatah vacille avec elle. Il est donc temps de repenser, de ramener le Fatah à la nouvelle idée, ancienne-nouvelle, d’un Etat unique."

Le récent « terrorisme au bulldozer » à Jérusalem ne souligne-t-il pas les difficultés inhérentes au modèle d’un Etat bi-national ?

"Ce sont des incidents isolés, mais, en effet, ils reflètent une maladie grave de la société arabe de Jérusalem. Une maladie qui a entraîné pression et schizophrénie, le fait que les gens parlent hébreu, écoutent des chansons en hébreu, sortent avec des petites amies israéliennes, alors qu’en même temps, ils vivent dans des quartiers arabes et sous l’influence de la culture musulmane. Ils sont soumis à des forces contradictoires."

Quelle est la force motrice derrière une solution à deux Etats ?

Le fait qu’elle semble plus acceptable à une majorité de gens des deux côtés et donc plus appliquable. La motivation première est de minimiser la souffrance humaine. C’est ce que nous devons tous rechercher. Si la solution à un seul Etat devait intervenir, cela ne se fera pas en un jour. Ce serait très long, et ce ne serait pas la solution idéale. La meilleure solution, celle qui causerait le moins de souffrances et pourraitt être appliquée, est d’avoir la paix maintenant, l’acceptation mutuelle sur la base de deux Etats. "

Est-ce un ultimatum ?

"Absolument, c’est un ultimatum. A mon avis, si une percée majeure n’intervient pas avant la fin de cette année, nous devrons commencer à nous battre pour l’égalité. Dans les années 80, avant la première Intifada, je disais que le corps politique palestinien était schizophrène.

C’était comme si la tête allait dans un sens, celui de la recherche de l’indépendance, de l’identité nationale, alors que le corps s’immergeait lentement dans le système israélien, et je disais que cela ne pouvait pas durer parce que cela allait casser. Soit le corps se joindrait à la tête et il y aurait une campagne de désobéissance civile, soit la tête devrait se joindre au corps, et il y aurait alors une campagne pour l’égalité des droits civiques avec pour objectif de faire partie du système israélien."

"Dans 50, 100, 200 ans, il y aura une fin quelconque. Un jour ou l’autre, aussi lointain que paraisse cet avenir, je pense que nous vivrons en paix les uns avec les autres, d’une façon ou d’une autre. Je ne sais pas bien comment, dans un ou deux Etats, ou dans une confédération d’Etats, mais les gens finiront pas vivre en paix. Entre-temps, nous ne ferons que nous infliger des souffrances. C’est une tragédie, une immense tragédie, parce que nous savons que nous pouvons le faire dès maintenant.

Qu’aujourd’hui, avec un peu de courage, de leadership et de vision, nous pouvons le faire arriver aujourd’hui, nous pouvons parvenir à une solution pacifique dès aujourd’hui. L’initiative de paix arabe proposée en 2002[2] représente une chance fantastique. Les Palestiniens l’ont adoptée, ils iront jusqu’au bout. C’est une chance parfaite. Elle ne mentionne même pas le droit au retour. C’est même mieux que le plan Ayalon-Nusseibeh, je suis prêt à l’accepter. "

« De l’argent mort »

Quand on lui demande pourquoi lui - si conscient de la difficulté de parvenir à une solution équitable et logique sur Jérusalem - est opposé à l’idée d’Olmert de remettre à plus tard la discussion sur cette question, Nusseibeh dit espérer que le premier ministre israélien ne répète pas la même erreur d’Ehoud Barak à Camp David, et que l’idée du report ne répond qu’à des fins de communication.

"Parce que pour Israël, quelle que soit l’importance de Jérusalem, le facteur essentiel est le caractère juif de l’Etat. Et que, quelle que soit l’importance des réfugiés, ce qui est le plus important pour les Palestiniens et les musulmans, c’est Jérusalem. C’est là-dessus que les plus extrémistes des réfugiés seront prêts à faire un sacrifice.
Espérons que ce n’est pas là qu’Olmert et Abbas sont en désaccord, sinon ce serait sans espoir. C’est maintenant que nous devons tout faire, mettre tout sur la table."

"Les faits sur le terrain rendent la situation irréversible", avertit Nusseibeh. "Prenez les paramètres Clinton : les quartiers palestiniens sont sous souveraineté palestinienne, les quartiers juifs sous souveraineté juive. Ces paramètres sont acceptables sur le principe, mais avec les faits sur le terrain, comme l’expulsion de familles arabes de leurs maisons dans le quartier de Sheikh Jarrah et l’occupation de ces zones par des colons juifs, ils vont devenir inacceptables sur le plan pratique. C’est la raison pour laquelle nous n’avons pas le temps."

Vous avez créé certains remous au sein de la direction palestinienne quand, récemment, vous avez demandé aux Européens de stopper l’aide à l’Autorité palestinienne (AP). Quelqu’un s’est même demandé si vous ne souhaitiez pas renoncer à l’aide apportée à votre université Al-Qods.

"La réaction de Ramallah a été un peu inquiète. Ils m’ont appelé plusieurs fois, assez inquiets. " Nusseibeh ajoute que l’AP est toujours gangrenée par la corruption (différente de celle dont Olmert est accusé). Les pays donateurs subventionnent des milliers de salariés d’ONG, ce qui crée une dépendance malsaine vis-à-vis d’entités étrangères : "Nous sommes dans une situation horrible. Notre bible politique, notre programme, nos valeurs morales, il faut que nous nous reprenions. Si ce n’est pas pour créer un Etat, au moins pour notre santé mentale et pour nos valeurs en tant que peuple. Hormis à Rammalah, tout le vit dans de très mauvaises conditions. L’occupation est terrible, le siège est partout, la pression. Actuellement, les Européens financent l’occupation. Et ils sont contents parce qu’ils sentent qu’ils font quelque chose, cela soulage leur conscience. Et les Israéliens sont contents parce que ce ne sont pas eux qui payent. Et les Palestiniens sont contents parce que leurs salaires sont payés. L’économie continue à fonctionner, et les gens s’en contentent. Mais c’est de l’argent mort qui court après de l’argent mort."

Nussibeh raconte une entrevue récente avec le premier ministre britannique Gordon Brown au consulat britannique à Jérusalem, avec quatre autres Palestiniens, entrevue au cours de laquelle Brown déclarait qu’il aimerait jouer un rôle plus central dans le processus de paix que celui d’une caisse enregistreuse. "Je lui ai dit, je voudrais vous dire ce que vous pouvez faire pour passer d’un rôle de payeur à celui d’un joueur : conditionnez vos versements à des progrès tangibles dans le processus de paix." Il y a peu, continue le professeur, "j’étais à Bruxelles. J’ai dit aux Européens : si vous voulez verser de l’argent, faites-le seulement à la condition que nous bâtissions un Etat, auquel cas cela a du sens que vous dépensiez de l’argent pour nous construire un aéroport. Mais si, au bout du compte, il ne va pas y a voir d’Etat palestinien indépendant, pourquoi gaspiller votre argent ? Gaspillez-le, si vous le devez, pour nous intégrer à la société israélienne. Cela a davantage de sens. Donnez de l’argent pour nous permettre de faire partie de la société israélienne, d’avoir des droits égaux. Elevez notre niveau d’éducation, notre niveau de vie. Mais que l’AP prenne tout cet argent et crée toute cette dette, cela n’a aucun sens. Peut-être les Européens doivent-ils lier leurs aides à de réels progrès dans les pourparlers de paix, pour créer un choc et que les Israéliens et les Palestiniens sortent de leur complaisance, de leur absence de courage."

Que pensez-vous du soutien grandissant chez les Palestiniens d’un démantèlement de l’AP ?

"L’AP ne sert à rien. Si nous ne parvenons pas à un accord de paix avant la fin de l’année, je pense qu’il vaudrait mieux revenir à la période où nous vivions heureux sous occupation. Nous avions une petite Administration civile[3], le Trésor israélien gagnait environ 20 millions sur nous. Aujourd’hui, nous creusons d’énormes déficits, année après année. Nous dépensons des milliards, nous avons 160 000 fonctionnaires, dont la moitié dans la sécurité, qui ne nous apportent aucune sécurité d’aucune sorte, nous dépensons des sommes énormes sur des armes que nous n’utilisons que les uns contre les autres et qui ne nous apportent aucune sécurité non plus. C’est le foutoir absolu."

Nusseibeh dit que jusqu’aujourd’hui, les Palestiniens s’étaient opposés à toute participation aux élections municipales de Jérusalem par crainte de nuire au lien entre les Arabes de Jérusalem Est et les Palestiniens de Cisjordanie et de Gaza. Maintenant, compte tenu de l’amenuisement des chances d’une solution à deux Etats, il est peut-être temps pour les Palestiniens de reconsidérer la question : "Pourquoi les habitants (arabes) de Jérusalem devraient-ils se rattacher à la Mouqata, à Ramallah ? Il n’y a aucune raison. L’élection municipale de Jérusalem pourrait servir de point de lancement de la lutte pour l’égalité des droits dans un Etat bi-national. Nous commençons par Jérusalem, non comme une entité en soi, mais comme un fer de lance de tout le corps palestinien. Pourquoi pas ? Pourquoi ne pas faire de la faiblesse une force ? "

Etes-vous déçu par le camp de la paix israélien ? Votre partenaire Ami Ayalon, qui a rejoint le gouvernement que vous accusez de prendre ses distances avec vos propositions, vous a-t-il trahi ?

Je respecte Ami Ayalon. C’est quelqu’un de très intègre, c’est quelque chose chez lui qui m’a toujours attiré. Ce n’est pas une trahison envers ma personne. Je considère cela comme la soumission ultime de l’individu à la roue de l’Histoire. On atteint un point où l’on ne se sent plus capable de faire ce qu’on souhaite, de diriger les roues dans le sens qu’on souhaite. Et l’on se soumet, on devient une partie de la machine. Ce n’est pas vraiment une trahison, plutôt une manifestation de faiblesse. Je suis triste plutôt que surpris. Cela fait partie des faiblesses humaines. J’espérais encore parce que, avant d’entrer au Parti travailliste, il était venu me parler. J’aime cela chez lui. Je savais ce qu’il faisait. Des gens le poussaient depuis longtemps, essayant de le faire entrer dans le système, et il a résisté. Mais je pense qu’à un moment donné, il a pris sa décision. Je peux peut-être diriger le Parti travailliste et de là, ce serait le meilleur endroit où me trouver, m’a-t-il dit. Très bien, fais-le, lui ai-je répondu. J’ai été malheureux quand il a été marginalisé et est devenu ministre sans portefeuille." Nusseibeh affirme qu’il a perdu tout contact avec Ayalon depuis que celui-ci a été nommé ministre.

Interrogé sur la capacité d’Abbas à rassembler les Palestiniens en faveur d’un accord qui ressemblerait à la « Voix des Peuples », Nusseibeh dit qu’à la fois le président palestinien et Olmert doivent affronter courageusement leurs oppositions respectives. Par exemple, si Abbas "se présentait devant le peuple palestinien et disait : J’ai pris l’initiative de ce document. Je veux dissoudre le Parlement et me présenter aux élections, et ce sera mon programme politique. Pas seulement pour moi en tant que président, mais aussi en tant que leader du Fatah. Supposons qu’il fasse cela. Il susciterait un débat dans notre société. Ce serait un débat qui irait très loin, très démocratique. Cela marquerait le début d’un processus, d’une lutte. Je pense que du côté israélien, Olmert pourrait faire de même. Nous ne savons pas si les deux dirigeants seront réélus, mais cela vaudrait la peine, même s’ils ne le sont pas, parce que, au moins, nous saurions que nous avons donné une chance à un accord de paix."

Ami Ayalon dit en réaction : "Je suis d’accord avec Sari Nusseibeh. La solution à deux Etats ne sera bientôt plus possible. Il exprime la frustration et le désespoir des Palestiniens, et nous devons en tenir compte. Si un homme comme lui, fils d’un réfugié palestinien, qui a renoncé à son droit au retour et qui a été attaqué physiquement pour cela, en arrive à la conclusion que la solution à deux Etats n’est plus une option, cela signifie que l’approche palestinienne pragmatique s’effondre. Je suis d’accord pour dire qu’Olmert a raté une occasion de parvenir à un accord à cause de ses efforts pour survivre politiquement. Le Parti travailliste ne réussira pas à revenir au pouvoir en attaquant les autres partis, mais seulement en se réunissant sous le drapeau à la fois de la sécurité et des accords politiques."

Notes
[1] Texte de l’accord Nusseibeh-Ayalon : [charger le lien]
[2] Voir par exemple "Une nouvelle chance pour la paix" [charger le lien]
[3] Administration civile|_|: comme son nom ne l’indique pas, il s’agit d’une administration militaire chargée de régler les problèmes des civils (palestiniens et colons) dans les territoires occupés (ndt)


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4 septembre 2008 4 04 /09 /septembre /2008 20:40


Adresse au Président, aux membres du gouvernement, aux députés et sénateurs de la République française

http://pagesperso-orange.fr/polex/Polex/petition_afga.htm

La nouvelle politique militaire annoncée par le Président Sarkozy insère l’armée française dans la stratégie globale de « guerre contre le terrorisme » décidée à Washington et organisée dans le cadre de l’OTAN, avec les résultats désastreux que l’on sait, en Irak notamment
( renforts français en Afghanistan, base d’Abu Dhabi contre l’Iran, EUFOR au Tchad, utilisation de la base de Djibouti par l’aviation US contre les Somaliens, etc.). Le Président Sarkozy se targue d’économies drastiques en matière de défense nationale, mais la France consacre chaque année plus de 20 milliards d’euros aux interventions militaires extérieures, injustifiées, coûteuses et dangereuses pour la paix parce que contraires au droit des peuples.

Les soussignés demandent aux autorités de la France :

1.Le retour définitif de tous les soldats français engagés dans des conflits, en Afghanistan, au Tchad, etc.

2.La fermeture de toutes les bases militaires françaises à l’extérieur, en Afrique, au Golfe Persique (Abu Dhabi).

3.L’utilisation par la France des milliards d’euros ainsi économisés à des investissements productifs, industriels et agricoles, répondant aux besoins des consommateurs locaux, dans les pays d’Afrique « francophone » notamment anciennement colonisés par la France, dont les citoyens sont obligés d’émigrer, faute d’emplois, de ressources et de sécurité.

Premiers signataires :

F. Arzalier 95 Taverny,
J.L. Glory 78 Achères,
J.P. Le Marec 75 Paris, secrétariat du Collectif communiste Polex
Michèle Mallet-Guillaumin, syndicaliste CGT, 78 Rambouillet ;
Christian Lamarque, 78 Fontenay ;
René Lefort, 75 Paris ;
Danielle Bleitrach, 13 Marseille ;
Jacques Smietanski, 34 Saint-Guiraud ;
Jean-Louis Bertrand, 2A Casalabriva ;
Robert Malclès, 30 Nîmes ;
Christian Raffaelly, 30 La Grand Combe ;
Raymond Vandormael, Liège (Belgique)

Pour soutenir cet appel, individuellement ou au titre de votre organisation, transmettez votre accord et vos coordonnées au Collectif ( polex-collectif-communiste@orange.fr ou 7 rue des Jonquilles 78260 Achères) qui transmettra aux responsables politiques concernés.

Vous pouvez aussi transmettre directement le texte signé au palais de l’Elysée, à votre député, etc.

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4 septembre 2008 4 04 /09 /septembre /2008 20:34

 

 

Vous trouverez ci dessous la première partie d'un nouvel interview de Thierry Meyssan par et pour le site www.reopen911.info
  Vous trouverez seulement la première partie pour des raisons de nombre de pages.
  Vous trouverez bien sûr la totalité de l'interview si vous consultez le site www.reopen911.info

 

 

 

 

 

Thierry Meyssan :« Il faut arrêter les processus de diabolisation! Retrouvez l’esprit critique »

www.reopen911.info  

Posté par Kyja le 1/9/2008

« Il faut arrêter les processus de diabolisation : désintoxiquez-vous ! Retrouvez l’esprit critique » : Thierry Meyssan s’explique. 

La seule évocation du nom de Thierry Meyssan semble capable de susciter des réactions d’une rare violence. Épidermiques et passionnelles, voire irrationnelles, mais rarement pondérées ! Tel n’était pas notre objectif lorsque nous avons décidé de publier ses réponses aux questions posées par quelques membres de notre association. 

Devant la virulence de certaines « réactions », (pour employer un langage diplomatique), nous avons demandé à M. Meyssan, d’expliquer ses positions, l’objectif et les ambitions de son action militante à la tête du Réseau Voltaire qu’il a fondé et dont il est toujours le président. 

Nous saisissons d’ailleurs cette occasion pour préciser quelques points fondamentaux de notre action citoyenne.

L’association ReOpen911 croit fermement aux valeurs républicaines, laïques, et de liberté d’expression dans le respect de la loi et des personnes qui constituent le socle de notre démocratie. Nous croyons en la paix et dans le droit international. Nous pensons que les problèmes tant au niveau des individus que des collectivités et des nations peuvent et doivent se résoudre par la discussion et non par la violence. 

Notre but est d’informer les citoyens francophones et de susciter le débat sur les impossibilités, les invraisemblances et les bien trop nombreuses « coïncidences » et autres cas « d’incompétences » que comporte la thèse officielle du complot islamique des attentats du 11-Septembre. Nous nous basons sur le travail d’universitaires et d’experts dans des domaines variés (renseignement, armée, architecture, ingénierie…), mais aussi de journalistes indépendants voire de grands médias. Le résultat de ce travail ardu est mis en ligne gratuitement pour que chacun puisse s’y confronter, sans se départir de son esprit critique. Les contradictions, omissions et manipulations nombreuses sur cette tragédie nous amènent à exiger de nos autorités la création d’une nouvelle enquête sur ce crime.

Cela est d’autant plus important que le 11-Septembre a servi de justification à deux guerres déjà (dont l’une illégale au regard du droit international), et à des violations des droits de l’homme d’une amplitude et d’une gravité exceptionnelles. En cela et pour beaucoup de nos membres ou sympathisants, le 11-Septembre fut et reste un révélateur, une « clé » permettant de comprendre comment on manipule l’opinion publique pour lui faire accepter l’inacceptable.

Notre démarche s’inscrit dans un mouvement citoyen international, fondamentalement pacifique et démocratique, lancé aux USA par des familles de victimes du 11/9. 

Au-delà du 11-Septembre, nous nous positionnons dans une démarche citoyenne de réflexion sur le fonctionnement de nos démocraties, en particulier sur les raisons d’une telle faillite des médias et aussi dans une logique de compréhension de la systémique de la guerre. 

Et c’est aussi pourquoi nos informations concernent tout le monde, quelles que soient les opinions politiques individuelles. Continuer à percevoir le monde actuel selon des lignes de fractures anciennes (gauche/droite, extrême gauche/extrême droite) ne nous semble pas appliquer la bonne grille de lecture à la situation géopolitique de l’après-11-Septembre. 

Pour résumer notre affranchissement ou notre indépendance vis-à-vis de tout parti politique, il nous apparaît nécessaire de rappeler la phrase attribuée à Voltaire : « Je ne partage pas vos idées, mais je me battrai jusqu’à la mort pour que vous puissiez les exprimer ». Pour nous, il ne s’agit nullement d’une magnifique formule vide de sens ou purement sémantique ! Malheureusement, de plus en plus, le consensuel et le politiquement correct, voire la pensée unique, la privent de toute substance.

Ceci étant précisé, nous donnons à nouveau la parole à M. Meyssan, afin qu’il puisse répondre aux critiques, qui lui sont régulièrement faites. 

ReOpen911 : M. Meyssan, vous terminiez notre précédent entretien par ces mots : « Je vous invite à renouveler [ce type d’]échange si vous continuez à vous interroger sur les prises de position que m’attribuent les médias. Je serais heureux de les préciser, de les expliquer et de lever de possibles malentendus. » Bien que ReOpen911 n’ait nullement pour vocation de devenir votre tribune, il nous apparaît effectivement essentiel de le faire tant les malentendus sont nombreux, d’autant plus que ReOpen911 y a été associée ! Pour commencer, et lever toute « ambiguïté » à ce sujet, quelles sont vos relations avec l’extrême droite, ses idées, le Front National et plus précisément avec son nouveau conseiller culturel, M. Alain Soral que vous avez rencontré à plusieurs reprises ? 

Thierry Meyssan :  Je ne m’attendais pas à ce que vous saisissiez la balle au bond et que vous demandiez un nouvel entretien dans un si bref délai. En revanche, je ne doutais pas que vous souhaiteriez une clarification de mes positions politiques, vu les âneries que l’on véhicule à mon sujet. 

Cette clarification exige que votre question elle-même soit claire. Or, vous placez au même plan un homme, un parti, un courant politique et une idéologie. Je me réclame de la pensée des Lumières et du radicalisme. À ce titre, je veux développer le débat démocratique, y défendre mes idées et en réfuter d’autres. Précisément, le débat démocratique ne se développe que lorsque l’on accepte de se confronter aux gens dont on ne partage pas les idées. 

J’ai toujours activement combattu les idéologies d’exclusion, que ce soit le racisme ou l’antisémitisme, l’apartheid ou le sionisme, etc. Ceci m’a conduit à publier de nombreux articles polémiques et à participer à quantité d’émissions de radio et de télévision où je me suis notamment opposé à des représentants du Front National. 

Jusqu’à la guerre du Kosovo, l’action du Réseau Voltaire en général et la mienne en particulier ont été unanimement reconnues à gauche au point que les principaux partis politiques, syndicats, associations et loges maçonniques de gauche m’ont confié à plusieurs reprises l’animation du Comité national de vigilance contre l’extrême droite. 

Pour mener à bien ce combat idéologique, j’ai mis en place au sein du Réseau Voltaire un observatoire des extrêmes droites. Nous avons analysé en détail la plupart de leurs discours et de leurs publications et nous avons élaboré des argumentaires pour leur répondre. Pour compléter nos analyses, j’ai interviewé de nombreux leaders d’extrême droite. Je me suis efforcé de comprendre leur point de vue et d’apprécier leurs qualités humaines. Cela n’a jamais modifié en quoi que ce soit mes convictions, mais m’a conduit à changer mon regard sur eux.

Alors que certains médias et organisations faisaient campagne pour l’interdiction du Front National, j’ai au contraire milité pour une réforme du mode de scrutin qui lui permette de représenter ses électeurs à l’Assemblée nationale. Alors que certains s’efforçaient de diaboliser ce parti, j’ai milité pour que l’on prenne en considération les préoccupations de ses électeurs et qu’on y apporte des réponses conformes à nos valeurs. J’insiste sur ce point : une analyse précise du discours de Jean-Marie Le Pen m’a convaincu que son succès électoral n’avait rien à voir avec une épidémie de racisme, mais avec la détresse de ceux de nos concitoyens qui ont été les victimes de la colonisation et de la décolonisation, qui se sont sentis manipulés, puis abandonnés par l’État. A contrario, la diabolisation dont Jean-Marie Le Pen et ses électeurs ont fait l’objet prolonge la lâcheté d’une classe dirigeante
incapable d’assumer ses erreurs historiques.

Simultanément, j’ai considéré que nous devions réprimer les groupes paramilitaires qui s’étaient formés à l’intérieur et autour du Front National. Comme vous le savez peut-être, cette initiative a débouché sur la création d’une commission d’enquête parlementaire, la mise à jour de comportement illégaux, et en définitive l’éclatement du Front National entre lepénistes et mégrétistes. Cette démarche a été soutenue par mon parti, le PRG, mais perçue avec inquiétude par d’autres formations politiques.

Je regrette de ne pas avoir pu continuer cette lutte et d’avoir cédé devant des partis politiques qui trouvent un intérêt électoral à diaboliser le Front National pour affaiblir la droite. Ce faisant, non seulement ils laissent certaines idées se répandre faute de les avoir réfutées, mais surtout ils développent eux-mêmes l’intolérance qu’ils prétendent combattre. En définitive, je pense que les médias et les organisations qui ont manifesté pour l’interdiction du Front National représentent un danger pour la démocratie et j’observe que le Front National, lui, n’a pas inscrit dans son programme l’interdiction de partis politiques. Enfin, j’estime que si le Front National, ses électeurs et ses militants, étaient traités normalement, ils se sépareraient de certains éléments fanatiques et apporteraient une contribution légitime au débat parlementaire. Je ne vois pas comment on peut concevoir la démocratie si l’on ne comprend pas cette position voltairienne.

Concernant, Alain Soral, j’ai fait sa connaissance à l’été 2006 lors d’un voyage de soutien au peuple libanais. Il n’avait pas encore rejoint le Front National et était étiqueté communiste. Il se montrait provoquant et la sympathie entre nous n’a pas été immédiate. Pourtant, j’ai vite apprécié son indépendance d’esprit et son courage. Nous avons traversé ensemble un pays en ruines, vécu des moments tendus dans lesquels chacun révèle le fond de lui-même, et nous sommes restés amis.

ReOpen911 : À l’identique, on vous reproche également vos relations avec Dieudonné. Votre voyage au Liban en sa compagnie (et celle de M. Soral) en été 2006, c’est-à-dire juste après l’intervention militaire de l’armée israélienne contre le Hezbollah. Cette compagnie, plus que le but de la visite même qui a été quasiment éclipsé, a étonné beaucoup de nos compatriotes, et a renforcé le sentiment chez certains que vous aviez rejoint le FN. Cette lecture simpliste des choses a par ailleurs été renforcée par des articles mensongers (on se souvient d’un article paru dans Libération auquel vous aviez répondu sur le Réseau Voltaire) qui annonçaient votre ralliement au FN. Apparemment, vous n’êtes pas conscient du « malaise » (en fait, plutôt de la haine) que suscitent ces liens ? Ou alors cela vous est égal. Mais ne croyez-vous pas qu’il est important d’être entendu pour être compris ? 

Thierry Meyssan :  J’ai croisé Dieudonné dans les années 1980, lorsque les partis de gauche fuyaient devant le Front National et qu’il s’est présenté à Dreux contre Marie-France Stirbois. Je l’ai revu après les attentats du 11-Septembre lorsqu’il a ridiculisé à la fois le discours sur ben Laden et celui de ben Laden. Après l’avoir ainsi vu se positionner contre le racisme et contre l’impérialisme, je l’ai vu s’opposer au sionisme. En 2005, je l’ai invité à la conférence Axis for Peace. Et c’est logiquement qu’à l’été 2006 j’ai envisagé avec lui d’organiser un voyage de leaders d’opinion au Liban pour y témoigner de ce qui s’y passait. En définitive, les personnalités qui s’étaient portées volontaires ont renoncé les unes après les autres à se rendre dans un pays en guerre. Lorsque le voyage a eu lieu, nous n’étions qu’un petit groupe et les hostilités venaient d’être interrompues. 

Dieudonné n’est pas un politicien professionnel. C’est un bouffon qui se moque de nos incohérences et nous renvoie une image ridicule de nous-mêmes. Apparemment tout le monde n’a pas le sens de l’humour et n’accepte pas d’être remis en question par un saltimbanque. Il a fait à son tour l’objet d’une campagne de haine car le rire qu’il provoque met à mal l’hypocrisie et la langue de bois. Où qu’il se trouve, ses propos sont enregistrés et décortiqués. On leur attribue un sens répugnant en les sortant de leur contexte. Tout cela est bien loin de la démocratie. 

Il m’a invité à son spectacle au Zénith. Je me suis trouvé assis au carré VIP parmi des personnalités de tous bords. Libération — qui avait publié 25 articles pour me descendre à la publication de L’Effroyable Imposture — a inventé de nouvelles âneries à cette occasion. Ce quotidien a prétendu à ses lecteurs que j’avais rejoint le Front National car j’avais serré la main d’un de ses députés européens ; le frontisme se transmettant probablement par simple contact cutané. Il s’agissait de Bruno Gollnisch que je croisais souvent par le passé au Parlement à Strasbourg ou à Bruxelles et que je respecte à la fois comme homme et comme élu du Peuple. Pour les fanatiques, la courtoisie est un crime, pour les démocrates c’est une vertu.

ReOpen911 : Permettez-nous d’insister, mais lorsque vous avez mené votre enquête au Liban, après les bombardements israéliens, pour écrire L’Effroyable Imposture 2, vous y êtes allés avec MM. Alain Soral et Dieudonné. À la fin de l’interview à la télévision syrienne que vous avez donnée en leur compagnie à cette occasion, Dieudonné a parlé de la présence de M. Le Pen au second tour des élections présidentielles comme d’une émancipation politique du peuple français. Il a par la suite demandé à Jean-Marie Le Pen d’être parrain au baptême de sa fille, ce que M. Le Pen a accepté. Et l’engagement de Soral au Front National est connu. Or les thèses remettant en cause la version officielle des attentats du 11/9 sont considérées par beaucoup à gauche comme étant celles de l’extrême droite antisémite. Vous devez donc être conscient du discrédit que votre apparition à la télévision syrienne jette sur votre
personne et, par voie de conséquence, sur la remise en cause de la version officielle des attentats du 11/9 dans la gauche française. Pourquoi avoir néanmoins accepté cette compagnie au Liban et ensuite à la télévision syrienne ? 

Thierry Meyssan :  Permettez-moi également d’insister. Dans la vie, les mots et les actes des gens se contredisent souvent. Les actes sont plus importants que les mots. J’aurais aimé que beaucoup de leaders d’opinion nous accompagnent au Liban pour témoigner des crimes de l’armée israélienne. Ils ont eu peur et ne sont pas venus. Plus que des bombes, ils ont eu peur pour leur carrière, car l’agresseur c’était Israël. Dieudonné et Alain Soral étaient là, et c’est tout à leur honneur. 

Il n’y avait alors que deux moyens d’entrer au Liban, soit par un vol civil britannique placé sous contrôle militaire de l’occupant israélien, soit par voie terrestre depuis la Syrie. Nous avons choisi cette seconde solution. À notre retour, la télévision syrienne a recueilli nos impressions, chacun s’exprimant comme témoin, à titre personnel. Je n’avais aucune raison de refuser de participer à cette émission alors que nous étions venus précisément au Liban pour témoigner de ce qui s’y passait.

Par la suite, Alain Soral a rejoint le Front National et il a présenté Dieudonné à Jean-Marie Le Pen avec lequel il s’est lié d’amitié. C’est étonnant, mais ça n’a rien de criminel. Qu’est-ce qui vous choque ? Que Jean-Marie Le Pen ait accepté d’être le parrain d’un enfant noir ? Ou, plus simplement, que les gens qui partagent notre analyse du 11-Septembre ne soient pas nos amis, mais des adversaires idéologiques ? Moi aussi, cela me perturbe. 

Lorsque j’ai publié L’Effroyable Imposture, je m’attendais à des réactions selon le clivage droite-gauche, parce que j’avais toujours vécu avec. Je me suis rendu compte qu’une autre ligne de partage apparaissait, que j’avais des amis et des adversaires dans tous les camps. Je pense que nous devons tous nous repositionner en fonction de la question principale, celle de la souveraineté des peuples face à l’impérialisme. Je milite au PRG, le parti de Jean Moulin, l’homme qui coordonna la Résistance française face à l’invasion nazie. Je m’inspire de son exemple : il accepta de travailler avec tous ceux qui voulaient défendre la liberté, de l’extrême gauche à l’extrême droite. Il n’exclua que les individus et les groupes qui avaient participé à la guerre d’Espagne aux côtés des phalangistes et fait couler le sang des républicains.

De même, je suis prêt à travailler avec tout le monde, à l’exception de ceux qui ont participé activement aux agressions impérialistes et fait couler le sang. Je pense aux sarkozystes qui ont envoyé les troupes françaises participer à la colonisation anglo-saxonne de l’Afghanistan. 

Je suis étonné que vous soyez choqués par mes relations avec Alain Soral et Dieudonné, et que vous ne voyez rien à redire lorsque la totalité de la classe politique française se presse à des mondanités autour d’Al Gore ou de Condoleezza Rice. Qu’est ce qui est grave : témoigner des crimes israéliens au Liban ou semer la mort et la désolation de la Yougoslavie à l’Afghanistan ?

 

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Published by FISCHER
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3 septembre 2008 3 03 /09 /septembre /2008 18:39
  Vous trouverez ci dessous le premier chapître du livre de Jean Baumgarten dont le titre est "La Servitude Volontaire"



La servitude volontaire selon Etienne de La Boétie.



Que nous apporte aujourd’hui le texte d’Etienne de La Boétie ? Près de 460 ans après, un grand coup de fraîcheur, une mine de réflexions toujours valables aujourd’hui sur les sources et les modalités de la « servitude volontaire » (chez tous ceux qui devraient pourtant se révolter, lutter contre elle, ne jamais l‘accepter).

C’est en 1948, à l’âge de 16 ans que, par l’ancien ami de ma sœur, René Bleibtreu, je pris connaissance de « La servitude volontaire », comme d’un texte unique qui posait  tous les problèmes fondamentaux auxquels était confrontée l’humanité. Il faut noter que chez tous les militants de cette époque le poids qu'avait représentée la guerre de 1914 pour le mouvement ouvrier était énorme et c'est principalement sur ce sujet ( la révolte contre les guerres impérialistes) que le livre de La Boëtie était passionnant à lire. A l’époque seuls les trotskistes et les anarchistes étaient intéressés par ce texte et pouvaient en parler. Il y a depuis plusieurs années beaucoup de personnes qui ont lu et commenté ce texte, Pierre Bourdieu ou Pierre Clastres  avec autour d’eux des jeunes universitaires.

Analysons ensemble La servitude volontaire et retirons en le suc délectable.

1) Faut-il un maître ou plusieurs?

Se référant à Ulysse qui se pose la question, les premières phrases de ce livre éliminent d’emblée le choix d’avoir un maître ou d’en avoir plusieurs (un maître auquel on est assujetti est un malheur extrême, ne parlons pas de l’assujettissement à plusieurs maîtres!)

En passant, La Boétie se demande si la République ne vaudrait pas mieux que la Monarchie, mais laisse au lecteur le soin de comprendre que cela l’entraînerait trop loin… 
«  … avant de chercher quel rang la monarchie doit occuper parmi les divers modes de gouverner la chose publique, je demanderais si l’on doit même lui en accorder aucun, car il est difficile de croire qu’il y ait rien de public dans ce gouvernement où tout est à un seul » : la question est donc réglée. Ni un maître ni plusieurs .

2) Pourquoi supporter un maître?

Après cette entrée en matière qui pose le premier problème, celui de la nature et de l’origine du gouvernement, il aborde le problème de savoir comment et pourquoi des millions d’individus supportent un tyran seul «  qui n’a de puissance que celle qu’ils lui donnent, qui n’a pouvoir de leur nuire qu’autant qu’ils veulent bien l’endurer, et qui ne pourrait leur faire aucun mal s’ils n’aimaient mieux tout souffrir de lui que de le contredire. » Voici donc déjà décrite la faiblesse des hommes, obéissant, temporisant, sans lutter. « … que mille, un million, mille villes ne se défendent pas contre un seul homme, cela n’est que couardise… »

Or un tyran seul, pourvu que le pays ne consente pas à sa servitude, ne fait pas le poids et est condamné à perdre à court et moyen terme. Et plus loin La Boétie invente une nouvelle tactique, non-violente, qu’aucun homme contemporain ne refuserait et qui a montré ses preuves ( en tous cas partiellement au XXème siècle ) : « Si on ne leur fournit rien, si on ne leur obéit pas, sans les combattre, sans les  frapper, ils restent nus et défaits et ne sont plus rien, de même que la branche, n’ayant plus de suc ni d’aliment à sa racine, devient sèche et morte. » Mais hélas les hommes si prompts à avoir des désirs, des passions, se refusent à avoir celles de la …liberté ! Les hommes sont tués à la guerre pour le tyran qu’ils se sont donné, ils laissent piller leurs champs, dépouiller leurs maisons. «  D’où tire-t-il tous ces yeux qui vous épient, si ce n’est de vous? Comment a-t-il tant de mains pour vous frapper s’il
ne vous les emprunte? »   Et ainsi, le tyran reçoit de vous mêmes tous les biens toutes les luxures dont il se délecte, toutes les indignités «  que les bêtes elles mêmes ne supporteraient pas si elles les sentaient… »

Nous avons donc dès les premières pages de ce texte une idée précise sur la nécessité de  rejeter toute forme de tyrannie, de trouver des formes nouvelles de révolte non violente et de montrer à tous quelles sont toutes les formes de la tyrannie, qui partent des guerres de rapine, des formes de luxure etc.

3) Les conditions dans lesquelles se profile le mal :


Ensuite La Boétie examine quelles sont les conditions dans lesquelles se profile le mal qu’il analyse en détail. Comment se fait-il ainsi que nous ne vivions pas avec les droits que nous concède la nature? Et que nous ne vivions pas avec ses préceptes qui sont pourtant d’une grande simplicité :  la nature nous a créé dans le même moule pour nous montrer que nous sommes tous égaux et « frères » et ne nous a pas mis au monde « comme sur un champ de bataille ». « Comment douter alors que nous ne soyons naturellement libres, puisque nous sommes tous égaux »?

En se référant ainsi à l’égalité entre tous les hommes, La Boétie introduit  un élément nouveau dans sa problématique. Ce nœud, cet élément nouveau c’est celui de l’inégalité économique qui caractérise toutes les sociétés capitalistes. Or au moment où est écrit ce livre, le capitalisme est en train de se constituer en force dans toute l’Europe du nord, en Italie du nord et dans la majorité du territoire français. Nous nous trouvons là dans une nouvelle perspective, à savoir celle d’une lutte commune pour retrouver l’égalité qui va de pair avec la fraternité et évidemment avec la liberté : 240 ans avant le début de la révolution française, nous retrouvons ici  la trilogie « liberté, égalité, fraternité », et nous retrouvons aussi clairement le nœud qui regroupait au seizième siècle ( pas très loin de 1549 date où ce livre a été écrit)  les combats qui caractérisèrent la guerre des paysans, c’est -à -dire celle des ana-baptistes, des paysans allemands, français, hollandais, etc. (1) qui luttèrent, le plus souvent violemment,  contre les coalitions d’hommes en armes, financées par les Princes, les dignitaires de l’église officielle, les Bourgeois, et l’ensemble de leurs forces, combattant contre un nombre considérable de paysans, d’intellectuels déracinés, de petits bourgeois  « prolétarisés ».  La guerre des paysans toucha plusieurs contrées du nord et du centre de l’Europe : l’Allemagne, l’Autriche, la Hollande, la France,  (l’Alsace)  après avoir à la fin du XVème touché la Tchécoslovaquie     (la révolte de Jean Huss) et aussi l’Angleterre. La guerre des paysans proprement dite « la guerre des gueux », se déroula de 1524 à 1527 et se termina par le massacre impitoyable  de toute sa direction et de plusieurs milliers de paysans. Il y eut au XVIème siècle des « guerres de religion » dans toute l’Europe, mais aucune de ces guerres ne toucha à un tel point deux masses de populations à ce point antagonistes. Après l’échec de la guerre des paysans il y eut en 1534 une resucée en Allemagne : Jean de Leyde, (Jean Bockelsoon  dit également  Jan  von  Leyden)  cabaretier  en Hollande, à la tête d’une centaine de ses partisans, se déplaça en Allemagne du nord et prit pied dans la commune libre de Münzer, où ils arrivèrent ensemble, après plusieurs semaines d’agitation auprès de la population, à prendre le contrôle de la ville !

Dans ce paragraphe sont analysés en réalité, sous le couvert de l’égalité, tous les points qui ont toujours fait le malheur des hommes à savoir les conditions d’inégalité, d’injustice  sociale, toutes les différences liées aux origines des hommes à leur famille, etc.

Frédéric Engels a consacré un livre remarquable à la guerre des paysans ( qui est principalement une guerre contre les inégalités et les injustices sociales ), dans lequel il procède à une véritable analyse de classe et montre à quel point les intérêts des paysans de l’époque étaient contraires à ceux de la bourgeoisie montante.

Il suffirait à tout historien sensé de relire «  La guerre des     paysans » pour appliquer parfaitement  à la Grande Révolution Française l’analyse de classe définie par Engels. Dans un extrait important de ce livre cité plus loin nous retrouverons précisément cette analyse de classe fine qui s’applique encore plus parfaitement à la Révolution Française.

Cette guerre des paysans  reprit en 1534 en Hollande, sous une forme moins parfaite qu’en 1524 : une poignée « d’ anabaptistes », menés par l’ex - cabaretier  Jean de Leyde partirent de Hollande à une centaine, descendirent en Allemagne du Nord en grossissant leurs rangs, et  en entraînant une foule de paysans pauvres et de petits bourgeois radicalisés, et choisirent pour finir de résider dans la commune libre de Münzer au nord de l’Allemagne qu’ils occupèrent puis dirigèrent  durant un an en résistant face à une coalition de Princes allemands, qui finirent grâce à une trahison, à occuper la ville et à massacrer d’une manière horrible tous les insurgés à commencer évidemment par Jean de Leyde dont la tête fut pendue au dessus de la porte principale de la ville durant un an. (Gabriel d’Aubarède a parfaitement décrit ce que fut cette expérience incroyable…)

Voici ici le texte d’Engels issu de « La Guerre des paysans » qui se déroula 10 ans plus tôt :

« Le peuple allemand a, lui aussi, ses traditions révolutionnaires. Il fut un temps où l'Allemagne a produit des hommes qu'on peut comparer aux meilleurs révolutionnaires des autres pays, où le peuple allemand fit preuve d'une endurance et d'une énergie qui, dans une nation centralisée, eussent donné les résultats les plus grandioses, où les paysans et les plébéiens allemands caressèrent des idées et des projets devant lesquels leurs descendants frémissent assez souvent d'horreur aujourd'hui encore…l'essor de la production nationale de l'Allemagne était resté inférieur à celui des autres pays. L'agriculture était très en retard sur celle de l'Angleterre et des Pays-Bas; l'industrie sur celle de l'Italie, des Flandres et de l'Angleterre et, dans le domaine du commerce maritime, les Anglais, et en particulier les Hollandais, commençaient déjà à évincer les Allemands. La population était encore très disséminée. La civilisation en Allemagne n'existait qu'à l'état sporadique, groupée autour de centres industriels et commerciaux isolés …  Dans la population rurale, seule la noblesse était en contact avec des cercles plus larges et des besoins nouveaux. Quant aux paysans, dans leur grande masse, ils ne dépassèrent jamais le cadre des relations de voisinage et de leur étroit horizon local….

« Le train de vie joyeux des évêques et des abbés ventripotents et de leur armée de moines provoquait la jalousie de la noblesse et indignait d'autant plus le peuple qui devait en supporter les frais, qu'il était en contradiction plus criante avec leurs sermons.

La fraction plébéienne du clergé se composait des curés des villages et des villes. Ils étaient en dehors de la hiérarchie féodale de l'Eglise, et ne participaient en aucune façon à ses richesses. … C'est pourquoi ils étaient beaucoup plus mal payés et leurs prébendes étaient la plupart du temps très minces. D'origine bourgeoise ou plébéienne, ils étaient assez près de la situation matérielle de la masse pour conserver, malgré leur état de prêtres, des sympathies bourgeoises et plébéiennes. La participation aux mouvements de l'époque, qui n'était qu'exception chez les moines, était de règle chez eux. Ils fournirent les théoriciens et les idéologues au mouvement, et un grand nombre d'entre eux, représentants des plébéiens et des paysans, moururent pour ce fait sur l'échafaud. Aussi la haine du peuple contre les prêtres ne se tourne-t-elle que rarement contre eux … A la tête de la société urbaine se trouvait le patriciat, ceux qu'on appelait les  notables. Il se composait des familles les plus riches. Elles seules siégeaient au Conseil et occupaient toutes les fonctions municipales.

Ainsi elles n'administraient pas seulement les revenus de la ville, elles en vivaient également… L'opposition plébéienne se composait des bourgeois déclassés et de la masse des citadins privés des droits civiques : les compagnons, les journaliers et les nombreux éléments embryonnaires du Lumpen-proletariat, cette racaille que l'on trouve même aux degrés les plus bas du développement des villes. Le Lumpen-proletariat constitue d'ailleurs un phénomène qu'on retrouve plus ou moins développé dans presque toutes les phases de la société passée. La masse des gens sans gagne-pain bien défini ou sans domicile fixe était, précisément à cette époque, considérablement augmentée par la décomposition du féodalisme dans une société où chaque profession, chaque sphère de la vie était retranchée derrière une multitude de privilèges. Dans tous les pays développés, jamais le nombre de vagabonds n'avait été aussi considérable que
dans la première moitié du XVIe siècle. De ces vagabonds, les uns s'engageaient, pendant les périodes de guerre, dans les armées, d'autres parcouraient le pays en mendiant, d'autres enfin s'efforçaient, dans les villes, de gagner misérablement leur vie par des travaux à la journée ou d'autres occupations non accaparées par des corporations. Ces trois éléments jouent un rôle dans la Guerre des paysans : le premier, dans les armées des princes, devant lesquelles succombèrent les paysans; le deuxième, dans les conjurations et les armées paysannes, où son influence démoralisante se manifeste à chaque instant; le troisième, dans les luttes des partis citadins.. ..

Jusqu'à la Guerre des paysans, l'opposition plébéienne ne participe pas aux luttes politiques en tant que parti. Elle ne se manifeste que comme prolongement de l'opposition bourgeoise, appendice bruyant, avide de pillages, se vendant pour quelques tonneaux de vin. Ce sont les soulèvements des paysans qui la transforment en un parti, et même alors elle reste presque partout, dans ses revendications et dans son action, dépendante des paysans - ce qui prouve de façon curieuse à quel point les villes dépendaient encore à cette époque de la campagne…

Ce n'est qu'en Thuringe, sous l'influence directe de Münzer, et en divers autres lieux, sous celle de ses disciples, que la fraction plébéienne des villes fut entraînée par la tempête générale au point que l'élément prolétarien embryonnaire l'emporta momentanément sur toutes les autres fractions du mouvement. Cet épisode, qui constitue le point culminant de toute la Guerre des paysans et se ramasse autour de sa figure la plus grandiose, celle de Thomas Münzer, est en même temps le plus court…Cette division de toute la nation en deux grands camps, qui existait au début  de la première Révolution française et que l'on constate maintenant aussi à une étape supérieure du développement dans les pays les plus avancés, était purement impossible dans les conditions d'alors. Elle ne pouvait s'établir, même très approximativement, que lorsque la couche inférieure de la nation, les paysans et les plébéiens, exploitée par tous les autres ordres, se souleva. …

Dès le début des premiers mouvements en Souabe, Thomas Münzer était revenu en toute hâte en Thuringe et s'était établi, fin février où début de mars, dans la ville libre de Mulhausen où ses partisans étaient le plus nombreux. Il tenait dans ses mains les fils de tout le mouvement.  Il savait quelle tempête générale était sur le point de se déchaîner sur l'Allemagne du Sud et avait pris sur lui de faire de la Thuringe le centre du mouvement pour l'Allemagne du Nord. Il trouva un terrain tout à fait fécond. La Thuringe elle-même, principal centre de la Réforme, était extrêmement agitée. La misère matérielle des paysans, ainsi que les doctrines révolutionnaires religieuses et politiques en circulation, avaient également préparé les contrées voisines : la Hesse, la Saxe et le Hartz à une insurrection générale. A Mulhausen en particulier, la grande masse de la petite bourgeoisie était gagnée aux idées extrêmes de Münzer
et était impatiente de faire valoir sa supériorité numérique sur l'orgueilleux patriciat. Münzer lui-même se vit contraint, pour ne pas anticiper sur le moment opportun, de modérer l'ardeur de ses partisans. Mais son disciple Pfeifer, qui dirigeait le mouvement à Mulhausen, s'était déjà tellement compromis qu'il se trouvait dans l'impossibilité de retarder l'explosion, et c'est pourquoi, dès le 17 mars 1525, avant même le soulèvement général dans l'Allemagne du Sud, Mulhausen fit sa révolution. Le vieux Conseil patricien fut renversé et le gouvernement de la ville confié au nouveau « Conseil éternel », dont Münzer fut nommé président…. 

En Alsace l'insurrection avait éclaté plus tard que sur la rive droite du Rhin. Ce n'est que vers la mi-avril que les paysans de l'évêché de Strasbourg, puis peu après ceux de la Haute-Alsace et du Sundgau se soulevèrent. Le 18 avril une armée de paysans de la Basse Alsace pilla le monastère d'Altdorf. D'autres armées de paysans se constituèrent près d'Ebersheim et de Barr, ainsi que dans la vallée de la Willer et de l'Urbis. Toutes ces armées s'unirent pour former la grande armée de la Basse-Alsace, organisèrent la prise des villes et des bourgs et la destruction des monastères.

Partout on mobilisa un homme sur trois…Tandis qu'une colonne de paysans de Basse-Alsace se rassemblait au début de mai près de Saint-Hippolyte et, après une vaine tentative de s'emparer de cette ville, entrait le 10 mai à Barken, le 13 à Ribeauvillé, le 14 à Riquewihr, de connivence avec les bourgeois de ces différentes villes, une deuxième colonne, ayant à sa tête Erasmus Gerber, marcha sur Strasbourg pour s'en emparer par surprise. La tentative échoua. La colonne se tourna alors dans la direction des Vosges, détruisit le cloître de Marmoutier et assiégea Saverne, qui se rendit le 13 mai. De là, elle marcha sur la frontière lorraine et souleva la partie contiguë du duché, tandis qu'en même temps elle fortifiait les défilés de la montagne. De grands camps furent constitués à Herbitzheim, sur la Sarre et à Neubourg. A Sarreguemines 4000 paysans lorrains-allemands se retranchèrent. Deux colonnes avancées, celle de Kolben dans les Vosges à Sturzelbronn, et celle de Kleeburgen, à Wissembourg, couvrirent le front et le flanc droit tandis que le flanc gauche s'appuyait sur les paysans de la Haute-Alsace.

Ces derniers, en mouvement depuis le 20 avril, avaient obligé le 10 mai Soultz, le 12 Guebwiller, le 15 Cernay et les environs à adhérer à la confrérie paysanne. Le gouvernement autrichien et les villes libres des environs se liguèrent certes immédiatement contre eux, mais furent hors d'état de leur opposer une résistance sérieuse, à plus forte raison de les attaquer. C'est ainsi qu'à l'exception d'un petit nombre de villes l'Alsace tout entière était, vers le milieu de mai, aux mains des insurgés….

La ville de Salzbourg, soutenue par les paysans et les mineurs des environs, était depuis 1522 en conflit avec l'archevêque au sujet de ses privilèges municipaux et de l'exercice du culte. A la fin de 1524, l'archevêque attaqua la ville par surprise avec des mercenaires qu'il avait recrutés, utilisa les canons du château pour la terroriser et poursuivit les prédicateurs hérétiques. En même temps il édicta de nouveaux et lourds impôts et excita ainsi à l'extrême la population. …De même, en Styrie, dans la Haute-Autriche, en Carinthie et en Carniole, où de nouveau impôts, droits de douanes et décrets illégaux avaient lourdement atteint le peuple dans ses intérêts les plus directs, l'insurrection des paysans éclate au printemps de 1525. Ils s'emparèrent d'un certain nombre de châteaux... Quoique le gouvernement réussit par des promesses illusoires à calmer une partie des insurgés, la plupart d'entre eux restèrent rassemblés et se joignirent aux insurgés de Salzbourg, de telle sorte que toute la région de Salzbourg et la plus grande partie de la Haute-Autriche, de la Styrie, de la Carinthie et de la Carniole étaient entre les mains des paysans et des mineurs. Au Tyrol, les doctrines de la Réforme avaient trouvé également de nombreux adhérents. Plus encore que dans les autres régions des Alpes autrichiennes, des émissaires de Münzer y avaient déployé une activité couronnée de succès. L'archiduc Ferdinand poursuivit là aussi les prédicateurs de la nouvelle doctrine et porta également, par de nouveaux règlements fiscaux arbitraires, atteinte aux privilèges de la population. La conséquence fut que l'insurrection éclata, comme partout ailleurs au printemps de 1525. Les insurgés, dont le chef suprême Geismaier était un disciple de Münzer, le seul chef paysan qui possédait un éminent talent militaire, s'emparèrent d'une grande quantité de châteaux et entreprirent une action très énergique contre les prêtres (2), surtout dans le Sud, dans la région de l'Adige.

Les paysans du Vorarlberg, se soulevèrent également et s'unirent aux paysans de l'Allgäu. L'archiduc acculé de tous côtés fit concession sur concession aux rebelles, qu'il voulait encore exterminer quelque temps auparavant par le fer et par le feu. Il convoqua les diètes des pays héréditaires et conclut, jusqu'au moment de leur réunion, un armistice avec les paysans. Entre temps, il s'armait énergiquement pour pouvoir, le plus rapidement possible, parler un autre langage avec les scélérats.

L'armistice ne fut naturellement pas respecté longtemps. Dans les duchés, Dietrichstein, qui commençait à manquer d'argent, se mit à rançonner. Ses troupes slaves et magyares se permirent en outre les plus infâmes atrocités contre la population.

C'est pourquoi les Styriens se soulevèrent à nouveau, assaillirent dans la nuit du 2 au 3 juillet le capitaine Dietrichstein à Schladming et massacrèrent tout ce qui ne parlait pas allemand. Dietrichstein lui-même fut fait prisonnier. Le 3 au matin, les paysans réunirent un tribunal qui condamna à mort 40 nobles tchèques et croates parmi les prisonniers. Ils furent décapités sur-le-champ.

Le résultat ne se fit pas attendre. L'archiduc accepta immédiatement toutes les revendications des Etats des cinq duchés (Haute et Basse-Autriche, Styrie, Carinthie et Carniole).

Au Tyrol également les revendications de la diète furent acceptées, ce qui entraîna la pacification du Nord. Mais le Sud, qui maintenait ses premières revendications en face des décisions plus modérées de la diète, resta en armes. Ce n'est qu'en décembre que l'archiduc réussit à y rétablir l'ordre par la violence. Il n'oublia pas de faire exécuter un grand nombre de meneurs et de chefs de l'insurrection qui tombèrent entre ses mains.

En avril 10000 soldats bavarois, sous le commandement de Georg von Frundsberg, marchèrent sur Salzbourg.

Celle force imposante, ainsi que les dissensions qui éclatèrent entre les paysans, amenèrent les Salzbourgeois à conclure avec l'archevêque un accord qui fut signé le 1er septembre et qu'accepta également l'archiduc. Mais les deux princes, qui avaient entre temps suffisamment renforcé leurs troupes, rompirent bientôt cet accord et poussèrent ainsi les paysans de Salzbourg à se soulever de nouveau. Les insurgés tinrent tout l'hiver.

Au printemps, Geismaier se joignit à eux et engagea une brillante campagne contre les troupes qui approchaient de tous les côtés. Dans une série de combats extrêmement remarquables, il battit les unes après les autres - en mai et en juin 1526 - les troupes bavaroises, autrichiennes et celles de la Ligue souabe, ainsi que les mercenaires de l'archevêque de Salzbourg, et réussit longtemps à empêcher la jonction des différents corps.

Avec cela, il trouva encore le temps d'assiéger la ville de Radstadt. Finalement, cerné de tous côtés par des troupes supérieures en nombre, il fut obligé de se retirer, réussit à passer au travers des lignes ennemies et conduisit les débris de son armée par-dessus les Alpes autrichiennes en territoire vénitien... Les conséquences de la guerre des paysans : La retraite de Geismaier en territoire vénitien mit fin au dernier épilogue de la guerre. Les paysans étaient retombés partout sous la dépendance de leurs maîtres ecclésiastiques, nobles ou patriciens. Les accords qui avaient été conclus ici et là avec eux furent rompus.

Les anciennes charges furent aggravées par les rançons énormes qu'imposaient les vainqueurs aux vaincus. La plus grandiose tentative révolutionnaire du peuple allemand se termina par une défaite honteuse et une oppression momentanément redoublée. Mais avec le temps cependant, la situation de la paysannerie ne fut pas aggravée par l'écrasement de l'insurrection. Tout ce que la noblesse les princes et les prêtres pouvaient leur arracher bon an, mal an, ils le leur arrachaient déjà avant la guerre. Le paysan allemand de l'époque avait ceci de commun avec le prolétaire moderne que sa part des produits du travail se réduisit au minimum des moyens de subsistance nécessaires à son entretien et à la reproduction de la race paysanne. En moyenne, on ne pouvait pas leur prendre davantage. Certes, un grand nombre de paysans moyens assez aisés furent complètement ruinés, une foule de corvéables réduits au servage, des zones entières de terres
communales furent confisquées, un grand nombre de paysans furent jetés, par suite de la destruction de leurs maisons et de la dévastation de leurs champs ainsi que du désordre général, dans le vagabondage ou dans la plèbe des villes. Mais les guerres et les dévastations étaient des phénomènes quotidiens à l'époque, et d'une façon générale, la situation de la classe paysanne était beaucoup trop misérable pour qu'on pût l'aggraver encore de façon durable par l'augmentation des impôts. Les guerres de religion, qui survinrent ensuite, et enfin la guerre de Trente ans, avec ses dévastations et ses dépopulations massives et répétées, frappèrent les paysans beaucoup plus durement que la Guerre des paysans. » (3)

Il y eut environ 100.000 paysans en armes, mais à des périodes et des endroits différents, et autant de troupes menées contre eux mais qui, plus aguerries, mieux concentrées et permanentes, arrivèrent parfois non sans difficultés à battre les « gueux » d’en face. A lire l’extrait d’Engels on se rend compte à quel point la guerre des paysans essaima dans pratiquement toute l’Europe d’alors ! En même temps ( à 20 ans près ce qui est peu ) fut écrite   « La servitude volontaire » (1549) :  il y avait eu en France, dans le Luberon,  un massacre important de paysans, le massacre de Cabrières, où sur une surface de moins de 400 km2, Maynier d’Oppède représentant du roi François 1er avait ordonné à ses troupes de massacrer tous les « Vaudois » (4), c’est-à-dire les représentants réfugiés dans cette région d’une partie des paysans immolés dans cette  « guerre des gueux », qui étaient devenus anabaptistes, donc
réformés.

(Par « Vaudois » on entend à la fois les descendants de Jean Valdo ce prêtre qui en 1180 décida d’abandonner sa fortune et qui se fit « SDF », vivant d’aumônes, et des « Calvinistes » et «  Luthériens »). Les Vaudois il y en eût au Piémont où était parti Jean Valdo et notamment dans la vallée de la Luserne.  Il y eut en quelques semaines au moins 6.000  morts   (sans oublier évidemment tous les pillages qui se succédèrent dans cette région, effectués par les soldats et quelques nobles locaux, tous les morts de faim que l’on compta par milliers, sans oublier des centaines ou des milliers de viols …)

Survint  plus tard la saint Barthélemy (en 1572) et jusqu’à l’avènement d’Henri IV il y eut de nombreux cas de révoltes paysannes et urbaines. N’oublions pas non plus l’assassinat  du roi effectué par Ravaillac, et jusqu’à 1648 différentes révoltes où furent mêlés seigneurs et bourgeois contre la royauté.

Mais la « guerre des paysans » restera le modèle d’une guerre de classes où la haine du seigneur et du bourgeois sera la plus forte.

4) Nous sommes nés avec la passion de défendre la liberté :

en effet on ne peut mettre en servitude un être sans « lui faire tort ». Ainsi même les bêtes entrées en servitude dépérissent …Reste à savoir combien d’hommes vont pouvoir résister !

5)  La première raison de la servitude volontaire, c’est l’habitude.

Mais il existe une minorité qui ne pourra jamais s’y accoutumer et qui luttera contre la servitude volontaire ! ( Nous verrons dans les différents chapitres que le nombre de cette minorité est en général très faible, sauf à quelques moments privilégiés. Comment s’effectuera le partage entre ces deux catégories?  La Boétie n’épilogue pas sur ce sujet difficile : il se contente de noter et de comparer.

La première raison  pour laquelle les hommes servent volontairement, « c’est qu’ils naissent serfs et qu’ils sont élevés comme tels. »

Ayant perdu la liberté les gens s’avachissent, perdent le courage, la vivacité, etc. Il y a bien sûr une contradiction entre les points 4 et 5 : d’un côté il y a la vigueur, le sentiment de l’injustice qui mène certains hommes, qui les conduisent à résister, de l’autre il y a l’habitude ( qui jointe à l’art du maître ou du tyran de soudoyer le petit peuple) conduit de « l’habitude » à la « veulerie » c’est -à -dire à l’obéissance infamante. Comment faire la part des choses?

La Boétie n’entre pas dans ces « détails »! Nous pourrions dire aujourd’hui qu’il existe des cas exceptionnels où le peuple réagit violemment, se met en colère et arrive à déjouer les coups du sort, de sa destinée apparente : ce fut le cas durant la guerre des paysans, durant une partie de la révolution française, durant les trois mois que dura la Commune de Paris, durant les débuts de la Révolution d’octobre en Russie, en France durant quelques semaines en mai 68, pensons aussi aux révoltes anti-coloniales, à ce qui s'est passé et se passe toujours en Amérique latine. ( Je ne cite là que quelques exemples : il y en a plein d’autres à la surface de la terre…) Mais cependant il faut rappeler ici que tous les exemples cités se sont mal terminés (qu' en sera-t-il en Amérique latine aujourd'hui?), et que toujours les hommes puissants, ceux qui avaient le pouvoir, l’ont gardé et ont réussi à déjouer tous les travers,
tous les coups à eux assénés ! Nous verrons plus loin pourquoi les puissants ont gardé le pouvoir et pourquoi (ou plutôt comment!) les « prolétaires » avec leurs alliés l’ont perdu. Cependant on peut dire qu’il existe un élément fondamental qui explique ce maintien au pouvoir (permanent, avec toute une série de manœuvres, de perfidies comme bien sûr l’appui de milliers de gens liés à eux par le pouvoir et qui sont insensibles à tout sentiment de dignité et de justice sociale) c’est bien sûr l’argent, et le pouvoir que donne l’argent …

6) Les tyrans ont non seulement habitué le peuple à l’obéissance et à la servitude, mais également à leur dévotion :

au sommet  il y a les dizaines de gens qui ont le pouvoir. En dessous il y a quelques centaines d’hommes et de femmes qui leur sont directement liés. En dessous il y a quelques milliers de personnes qui sont payés directement pour transmettre les ordres, les directives.

Plus en dessous il y  a plusieurs dizaines de milliers de  personnes qui constituent  la hiérarchie officielle (peu importe ce qu’elles pensent véritablement ) du pouvoir central. En dessous il y a plusieurs centaines de milliers de personnes qui forment le gros des bataillons de l’administration …

Dans nos sociétés bien démocratiques, très policées, nous avons au dessus les riches, les gouvernants, ceux qui ont directement ou indirectement le pouvoir. En dessous nous avons les cadres supérieurs qui ont une parcelle du pouvoir central et qui en jouissent. En dessous nous avons les cadres moyens,  dont une partie seulement soutient le pouvoir. Plus en dessous nous avons les travailleurs qui se divisent en deux catégories : d’une part les fonctionnaires, protégés par leur statut , d’autre part les non fonctionnaires qui ne bénéficient d’aucune protection, mais qui ont un travail. En dessous il y a les chômeurs : d’un côté les chômeurs de longue durée de l’autre les chômeurs de courte durée. Les chômeurs de courte durée évidemment soutiennent ceux qui sont au dessus. Enfin au dernier étage ( au sous-sol ) il y a les SDF, les sans vie, les sans voix, tous ceux qui ne votent pas… ( En dessous il y a les immigrés sans
papier, clandestins qui se cachent et affrontent les pires dangers…) Ai-je ainsi travesti la réalité? Mais il survient des moments extraordinaires dans la vie des peuples où la peur, l’obéissance aux lois et aux puissants, la volonté de se soumettre, la dépendance vis à vis des éléments supérieurs ou des larrons à la solde de la tyrannie, ou la soumission aux règles de la « communication » ( ah, cette sacro-sainte communication si connue de nos Enarques modernes, si appréciée par Chirac, Dominique Galouzeau de Villepin, et maintenant par Nicolas Sarkosy ) ne marche plus : nous sommes effectivement là devant une forme nouvelle de révolte, une forme que tous les bénis-oui-oui  ont peur de voir apparaître : la révolte d’abord qui se métamorphose …en manifestations, en émeutes,  éventuellement en  révolution, ou bien comme au moment du référendum du 29 mai 2.005, en gifle gigantesque pour le pouvoir en place et qui
aujourd’hui, comme dans certains Etats d’Amérique du sud, peut se transformer en votes radicaux changeant fondamentalement une situation politique qui semblait figée, inamovible…

Ce qui est étonnant (et peut-être la définition de Lénine rapportée dans « Que faire » - 1902 -   est-elle exacte : « la classe ouvrière est fondamentalement réformiste »), c’est que la plupart des    révolutions    plébéiennes (prolétariennes ont avorté où ont été trahies jusqu’à présent. Ne parlons pas de toutes celles qui ont éclaté avant le vingtième  siècle et dont celle apparue au 19ème (la Commune) n'a en fait duré que 3 mois, et enfin la dernière grande révolution, la Révolution russe, si en apparence (sur le papier et « formellement ») elle tint le coup jusqu’en 1989, on peut dire que dès 1920-1921 elle se transforma en contre-révolution bureaucratique : elle amena au pouvoir une nouvelle couche sociale de privilégiés, les « nomenclaturistes » qui au fil du temps détinrent tout le pouvoir économique et politique. 

Cependant  il  faut constater en regardant ce qui se passait dans l‘ancienne Russie soviétique, que le peuple, celui qui trime ou est en chômage aujourd‘hui, regrette ce qu‘il avait sous l‘ancien régime et a perdu présentement : le bas niveau des anciens loyers, la sécurité sociale, un travail qui permettait au moins à chacun de vivre à peu près normalement…ll est aujourd’hui évident que les pouvoirs accaparés par les « nomenclaturistes » fabriquent directement  ce que la Boétie appelait la servitude acceptée par la grande majorité des hommes.

( Durant la période stalinienne, ces avantages matériels s’accompagnaient également - comme pour les compenser -  de la déportation forcée de millions de travailleurs.) 

A la lumière de ce qu’a pu nous apporter le livre de la Boétie, nous examinerons un certain nombre de ces révolutions ( à commencer bien sûr par la Révolution de 1789), nous aborderons aussi cette révolution populaire que fut la Commune de Paris, et nous passerons au crible l’ensemble du vingtième siècle, dans ses horreurs, ses espoirs trompés, les illusions qu’il a véhiculées. En passant nous verrons dans un chapitre spécial le cas exceptionnel de la Révolution russe . Enfin nous examinerons le cas particulier de la France qui, après la libération eût à affronter de nombreuses guerres coloniales, puis, après celles ci, affronta un mouvement social sans précédent en mai 68.  Notre avant dernier chapitre sera consacré à l’examen de l’histoire de l’impérialisme américain - le super - impérialisme -  à la manière étonnante où depuis plus d’un siècle il avait réussi à asservir son peuple, et avait tenté
également d‘asservir de nombreux autres peuples... Nous examinerons  en dernier le cas de l’Amérique latine: il semble qu’il existe une poussée nouvelle, en Bolivie,  au Venezuela, en Equateur, au Nicaragua et dans quelques autres pays, qui pousse les masses - notamment indiennes radicalisées - à prétendre arriver au pouvoir.

Nous conclurons donc  par un retour à la servitude volontaire : y aurait-il donc du changement ?



Notes sur le chapitre 1 :



(1)       « La guerre des paysans » : Frédéric Engels
( Editions sociales ). On retrouve dans « Le diable et le bon dieu » (de Jean Paul Sartre) quelques uns des thèmes abordés par Engels dans son livre, en moins politique et beaucoup plus anecdotique, avec certainement des passages issus du « Goetz von Berlichingen » de Goethe. (Paris 1855.) Sur la guerre des paysans on lira notamment  Gérard Walter : Thomas Mûnzer et les luttes sociales à l’époque de la réforme. Gabriel d’Aubarède : (sur Jean de Leyde) La révolution des Saints. (Gallimard 1946.)  Heinrich Heine : De l’Allemagne  (Paris 1855). Ernst Bloch : Thomas Münzer théologien de la révolution  (UGE Paris 1975 10/18.)

(2) De la guerre des paysans il nous reste une chanson célèbre en Allemagne mais que l’on chantait en France avant la guerre de 1939 et juste après la guerre aux Auberges de la jeunesse (MLAJ) : « Spiess voran drum und dran, hângt auf’s Closter Dach den roten Hahn, Spiess voran drum und dran hângt ihn auf den Schloss Kaplan. » Dont voici la traduction : «  la pique en avant , la pique de côté, mettez le « coq rouge »  sur le toit des églises ( incendiez les églises ), la pique en avant, la pique de côté, pendez le maître de chapelle dans son château. » Cette chanson toujours célèbre en Allemagne a fait l’objet d’une transcription en France dans les années 20 :
« Prolétaires luttons tous, chacun à son poste, au combat, la victoire est à nous, si nous unissons nos bras. »

(3) Extrait de « La guerre des paysans » de Frédéric Engels, (ouvrage cité) un livre qui fut largement sous-estimé au XXème ...

(4) On lira à ce sujet le livre de Jacques Aubery :
"Histoire de l'exécution de Cabrières et de Mérindol et d'autres lieux de Provence" ( Annotée par Gabriel d'Audisio .) Édition de l'Association d'Études vaudoises et historiques du Luberon - 1982 -










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3 septembre 2008 3 03 /09 /septembre /2008 17:17

De retour
Par Jean-Luc Mélenchon

 
Voir cet article sur son site d'origine : Http://www.jean-luc-melenchon.fr/?p=613


De retour. Je reprends mes habitudes. A commencer par l’observation du gavage des crânes par le vingt heures à la télé. Je tombe sur la cérémonie finale des jeux de Pékin. Le présentateur retrouve le ton du persiflage anti chinois qui s’était un peu effacé ces temps derniers. Si cette arrogance me peine ce n’est pas parce qu’elle surprend mais parce qu’elle est devenue banale. La violence des clichés qu’elle contient est banalisée. Donc elle finit par faire partie de ces préjugés qui vont de soi et qui sont d’autant plus dangereux qu’on n’en a pas conscience. Qui a lu dans « Le Monde » les articles sur la prostitution à Pékin ou l’état des toilettes publiques en Chine sait qu’elle est sans aucune limite de décence. Qui a pris la mesure de la provocation du Dalaï lama annonçant mensongèrement 140 morts au Tibet la veille de la cérémonie de clôture des jeux comprend qu’il n’y a plus de limite dans la désinformation irresponsable. On s’userait à démonter et à démontrer. N’empêche.

La Chine vient de signer son entrée dans le cercle des maitres du monde, en tête de tous les domaines de performance de notre temps. Et le matraquage semi raciste qui aura accompagné l’évènement dans les médias français ne nous aide pas à penser cette nouvelle situation pour y trouver une place raisonnable. Constatons que l’opinion est dressée à penser dans les seuls termes de l’affrontement entre « l’occident », démocratique et bienveillant, et le reste du monde, hostile et incertain.

Mentalité de guerre.

L’épisode médiatique qui accompagne les événements du Caucase aggrave lamentablement ce manichéisme. Car du point de vue des valeurs qui nous font suspecter le gouvernement Russes nous devrions vomir le gouvernement géorgien. Le dressage prévoit à l’inverse que nous devons dénoncer les russes et soutenir le misérable gouvernement géorgien. Les Ossètes n’arrivent à être ni des tibétains ni des kosovars aux yeux de la bien pensance officielle. Et le semi dictateur géorgien Mikhaïl Saakachvili devrait être notre héros. Le « deux poids deux mesures » bat son plein. Et comme on le sait deux poids de mesure ce n’est ni poids ni mesure. Mais si j’en juge par les questions que l’on m’a posées dans la rue pendant ma semaine de tourisme parisien, je commence à croire que tout le monde n’est plus dupe. Une part de plus en plus large de l’opinion se méfie dorénavant par principe des embrasements médiatiques mais surtout s’inquiète de la violence que ce système contient et prépare.

NOIR ET BLANC

Les gens s’inquiètent. A mesure que se révèlent dramatiquement les points de tensions de l’architecture géopolitique du monde, les citoyens prennent conscience qu’il leur faut commencer par comprendre ce qui se passe. Sinon comment se faire une appréciation ? Et comment prendre sa part à ce qui doit être décidé le moment venu? Cette exigence personnelle doit être respectée. Sans elle la démocratie républicaine est une abstraction.

J’espère avoir été assez clair dans l’expression de cette idée pour passer à son corollaire en étant compris. Le principal problème que posent les évènements auxquels nous sommes confrontés est la manière avec laquelle nous en avons connaissance. Le principal problème de la guerre en Afghanistan, en Ossétie et en Géorgie ou de ce qui se passe au Tibet est la manière dont nous en sommes saisis par les médias de référence qui martèlent en boucle les cerveaux. Nous avons besoin d’informations, de tableaux factuels, ils nous servent de la propagande. Nous aurions besoin de débats argumentés, ils mettent en place des jeux de rôle entre gentils et méchants. L’affaire géorgienne l’illustre après combien d’autres. La scène réelle a tout simplement été entièrement reformatée par le message médiatique dominant. Le président géorgien Saakachvili est élu dans des conditions que l’opposition de son pays dénonce partout, les législatives se déroulent sous état d’urgence, l’unique télé prive est occupée par l’armée (mais était donc passé Robert Ménard ?) et il n’y a qu’un seul député d’opposition élu. Mais ce serait là le camp de la démocratie. C’est le président de la Géorgie qui fait bombarder son propre pays en Ossétie.

Mais ce serait lui l’agressé. La population se défends les armes à la main contre l’invasion géorgienne mais ce sont les russes qui sont qualifiés d’envahisseurs.. Ainsi amnistié pour le passé et le présent, tout est alors permis y compris ce qui d’habitude n’est pas du tout toléré pour bien moins que ça. Le correspondant sur place du journal « Le Monde », Piotr Smolar donne d’inquiétantes informations (22 aout 2008) qui dans n’importe quel autre contexte soulèveraient des tempêtes. « Deux quartiers portent les stigmates des obus : celui de la gare et celui autour du centre culturel juif réduit en cendres. En écoutant les habitants qui dépeignent tous les russes en sauveurs et les géorgiens en bourreaux, on entend deux histoires différentes; celles des hommes vécue à l’air libre et celle des femmes sous terre; celle des combattants, civils ou militaires qui ont défié les troupes géorgiennes avant l’arrivée des russes et celle des personnes réfugiées dans les caves des maisons et des immeubles pendant que toute la ville tremblait sous l’effet des bombardements. Le quartier juif se trouve à quelques centaines de mètres des bâtiments de l’administration, cible prioritaires de l’artillerie géorgienne. Difficile de comprendre comment les maisons ont été pulvérisées. » Cette résistance de la population ossète face aux troupes géorgiennes, cet antisémitisme meurtrier que décrit sur place le correspondant du journal « Le Monde » où en trouve-t-on écho ailleurs ? Ou était donc passé BHl et les autres chiens de garde de l’indignation politiquement correcte ? Ou était Laurent Joffrin et son journal qui dénonçait sur une page l’antisémitisme de Chavez pour quatre mots dans un discours de noël traduits à contre sens ? Justement, se taire dans ce cas là c’est faire la part de tache qui leur revient dans la pmropagande de guerre.

L’AUTRE EST TELLEMENT AUTRE QUAND MÊME!

Quand on présente ces données dans un de ces diners d’amis en vacances qui sont le chic de la vie des militants politiques de gauche, il y a toujours quelqu’un pour se faire le porte parole de l’air du temps et jouer les raisonnables à bon compte : « Peut-être bien que ces géorgiens ne sont pas nets, mais quand même les russes ne sont pas des saints non plus ! ». J’ai déjà connu ça à propos du Dalaï Lama : « peut-être bien que c’est un réactionnaire théocrate mais les chinois tout de même ! ». La figure du méchant est irréductible. Sa perversité intrinsèque vaut amnistie pour toutes les turpitudes de celui qui l’affronte. Ce reflexe mental emprunte au racisme son mécanisme essentiel : l’autre est radicalement autre en tous points, dans tous les cas et pour toujours. Il est donc inutile de réfléchir à son sujet notamment s’il s’agit de noter ce qu’il partage avec nous de positif. Et pire s’il s’agit de constater que ce qu’il fait de mauvais est exactement ce que nous faisons de notre côté également.

De cette façon nous sommes invités ou plutôt entrainés dans des solidarités d’autant plus prégnantes qu’elles sont énoncées d’une manière subliminale. Nous sommes avec les uns quoiqu’il arrive parce que « tout de même, les autres… ». Nos nobles sentiments de compassion humaine et d‘amours des valeurs essentielles de liberté et de respects des droits de l’homme sont ainsi régulièrement invités à monter en selle sur de discutables montures que nous gagnerions pourtant à examiner de plus près. Un bilan raisonné de ce qui se passe dans le Caucase ne permet pas d’adhérer à la mise en scène anti russe et pro géorgienne à laquelle nous sommes médiatiquement exposés. Du point de vue de nos valeurs, le gouvernement géorgien ne mérite que notre dégout. Parallèlement, rien de ce que font les russes ne peut être mis en cause sans que nous soyons obligés de prononcer la même critique à propos des choix et décisions pris au Kosovo ou en Irak. Le dire ce n’est pas choisir un alignement contre un autre. C’est préférer la lucidité sans laquelle on ne peut plus être maitre de soi-même ni libre de ses choix. Je sais bien qu’une telle pondération n’est pas à l’ordre du jour. Je n’ai fais ce détour que pour signaler comment, à mon avis, on devrait se poser le problème si on voulait vraiment le placer sur le terrain de la morale et des principes. Mais bien sur ce n’est pas de cela dont il est question.

Dans le monde de du « choc des civilisations » qu’orchestrent les Etats unis d’Amérique, la morale et les principes sont l’équivalent médiatique de la tenue de camouflage dans l’infanterie. Ils doivent s’adapter au cadre. Ce n’est pas nouveau. Cela s’est passé de la même façon à chaque période de guerre, partout et de tout temps. Seuls les naïfs de notre temps ont cru qu’ils en seraient exempts : « à notre époque ce n’est pas possible de manipuler comme autre fois » pensent les télé-gavés.

APRES L’URSS

Mieux vaut examiner les enjeux concrets de la montée des tensions au Caucase si l’on veut chercher une axe de travail pour la paix. La politique des russes est gouvernée par la riposte à la pression que les USA ont immédiatement fait peser sur eux, dès la chute de l’URSS. Ceux-ci ont non seulement immédiatement pesé pour le démantèlement des marches de l’anciens empire et leur annexion au système « occidental » mais organisé ensuite concrètement une longue série de mesures destinées à diminuer durablement les moyens de la Russie pour l’avenir y compris comme puissance régionale. D’un côté ils ont instrumentalisé l’expansion de l’Union européenne vers les pays de l’Europe de l’est. Deux pierres d’un coup : l’union y a perdu toute cohérence politique en intégrant dix pays d’un coup, de l’autre leur adhésion préalable à l’OTAN a permis sans autre justification de pérenniser une alliance militaire qui était pourtant censé n’avoir plus d’objet avec la fin de la guerre froide. Sans trêve l’encerclement de la Russie a été, pas à pas, étendu. Localement par l’appui à des regroupements régionaux ouvertement mal disposés à l’égard de la Russie. Par exemple le groupe Mer Noire-Caucase, le GUAM (Géorgie, Ukraine, Azerbaïdjan, Moldavie). Mais aussi beaucoup plus ouvertement et agressivement en soutenant l’adhésion à l’OTAN de la Géorgie et de l’Ukraine. Une pure provocation. Il est alors intéressant de se souvenir que ces adhésions ont été repoussées par les français et les allemands au dernier sommet de Bucarest. Dans ce contexte, la provocation géorgienne est alors une vraie opportunité. Car depuis lors, les allemands ont changé de point de vue et il est peu probable que Sarkozy reste en retrait. Il y a ainsi plusieurs "heureux concours de circonstances" à la suite des événements dans le Caucase. Ainsi les polonais ont fini par accepter l’installation chez eux des stations de missiles anti missiles américains dont ils ne voulaient plus depuis quelques temps. Ces systèmes d’armes, les russes ont toujours refusé de croire qu’elles soient vraiment destinées à se défendre des iraniens comme le prétendent les américains…

Au bout du compte, dans ce tableau il ne faut pas oublier ce qui en est l’enjeu concret et immédiat, c’est-à-dire à l’instrument de puissance qu’est la maitrise des richesses naturelles. Et surtout de l’énergie. On peut dire que le tracé des oléoducs a été particulièrement significatif, au prix de contournements spectaculaires. Ainsi de l’acheminement du pétrole et du gaz de la Caspienne et de l’Asie centrale en contournant la Russie par des tuyaux géopolitiquement corrects Caspienne-Méditerranée, Bakou-Tbilissi-Ceyan (pétrole) et Bakou-Tbilissi-Erzeroum (gaz). Pour quelle raison « l’occident » fait-il tout cela ?

Quel problème pose le retour de la puissance russe ? Seulement ceux de l’existence d’un monde multipolaire. Cette perspective est pourtant celle qui convient à l’intérêt de la France autant qu’à une pensée pacifique sur notre temps. D’abord parce que c’est elle qui garantit notre propre indépendance et celle de l’Europe. Ensuite parce que c’est celle qui est conforme à l’évolution du monde ou de nouvelles grandes puissances émergent. Imagine-t-on toutes les contrer par des mesures de force ? On ne doit pas laisser les images de la période de la guerre froide envahir l’espace de la réflexion sur le présent. La Russie actuelle est une grande puissance qui revient.

C’est une économie capitaliste. La compétition avec elle n’a pas de contenu idéologique objectif. Choisir le mode de la violence et des méthodes de guerre contre elle signifie que nous décidons d’inscrire tout l’avenir du monde dans cette logique.

Exactement comme cela est fait avec la Chine sous prétexte de Tibétains. Et ainsi de suite. C’est la logique du « choc des civilisations ». Dans ce genre de situation la prime va sans cesse aux plus provocateurs et aux plus violents. Il est absurde de se mettre dans leurs mains. Saakachvili a organisé l’agression contre l’Ossétie pour répondre à des problèmes de politique intérieure. Faut-il l’en féliciter ? Quand les états baltes, membres de l’union européenne se précipitent à Tbilissi pour manifester leur solidarité doit-on accepter que l’union européenne soit entrainée par eux dans cette direction belliqueuse. Et d’ailleurs devra t on toujours fermer les yeux sur leur propre politique ethnique et linguistique ? Au total, il est vain, inutile, contreproductif et dangereux d’affronter la Russie. Ce pays doit être compris, ses intérêts respectés et avec lui la règle doit être la négociation et la coopération plutôt que les tentatives d’intimidation et d’encerclement. (...)




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31 août 2008 7 31 /08 /août /2008 20:37

  Vous trouverez ci dessous un message du site www.liberation.fr et une réaction personnelle de Bernard Fischer pour le forum de discussion du site www.liberation.fr




Une plainte pour «apologie de meurtre» déposée contre Europalestine

Dans un communiqué publié sur son site internet le 20 août, l'association se présentant comme favorable «à une paix juste au Proche-Orient», dit souhaiter «la multiplication d'embuscades "bien montées"» comme un moyen de lutter contre la «sale guerre» en Afghanistan.

LIBERATION.FR : dimanche 31 août 2008

L'association de défense des droits de militaires (Adefdromil) a déposé vendredi une plainte visant l'association Europalestine pour «apologie de meurtre» après l'embuscade dans laquelle dix soldats français ont été tués en Afghanistan, a-t-on appris de source judiciaire. Dans un communiqué publié sur son site internet le 20 août, Europalestine, une association se présentant comme favorable «à une paix juste au Proche-Orient», dit souhaiter «la multiplication d'embuscades "bien montées"» comme un moyen de lutter contre la «sale guerre» en Afghanistan.

Europalestine considère comme les «risques d'un sale métier» l'embuscade dans laquelle dix soldats ont été tués et 21 blessés le 18 août à l'est de Kaboul. «A l'heure où un choeur d'hypocrites pleure la mort de dix soldats de métier (...) nos pensées vont aux milliers d'hommes et de femmes et d'enfants de ce pays massacrés par la coalition impérialiste menée par les Etats-Unis et ses supplétifs de diverses nations, dont la France», observe Europalestine. Et d'ajouter: «On ne peut de ce point de vue que souhaiter la multiplication d'embuscades bien montées, si elles aident à l'éveil des consciences et à la mobilisation, ici en France, contre la sale guerre».

Outre l'apologie de meurtre, passible de cinq ans de prison, cette plainte contre X avec constitution de partie civile vise également le chef d'«injure envers l'armée française», a affirmé à l'AFP Henri de Beauregard, avocat de l'Adefdromil. Dans un communiqué, l'Adefdromil affirme que «si les débats sur la présence militaire française en Afghanistan sont parfaitement légitimes, elle entend voir respectée la mémoire de dix jeunes militaires français morts au champ d'honneur».

Le député UMP Damien Meslot (Territoire-de-Belfort) a demandé par ailleurs à la ministre de l'Intérieur Michèle Alliot-Marie «d'étudier les possibilités de fermer le site internet» d'Europalestine et d'«envisager une éventuelle dissolution de cette association qui appelle au meurtre de nos soldats».


http://www.liberation.fr/actualite/societe/348398.FR.php






Une obscure association porte plainte contre une autre association, un message d'information du site www.liberation.fr aujourd'hui dimanche, on attend le quotidien de demain matin, et cent dix réactions à l'heure où je lis le message d'origine et  les réactions et où j'écris ces lignes.

  Vous me permettrez les deux commentaires ci dessous.

  Premièrement, un certain nombre d'expéditeurs ne connaissent pas CAPJPO, mais qui connaît ADEFDROMIL ?  Dans cette histoire, il y a apparemment une prime pour l'association la plus célèbre.

  Deuxièmement, il y a donc cent dix réactions. Un certain nombre d'expéditeurs le disent, ils consultaient donc le site europalestine.com . Ils le consultaient apparemment en diagonale. Quand on consulte le site, on trouve un message d'appel à une manifestation contre la guerre d' Afghanistan samedi prochain, samedi 6 septembre, à 14 heures 30 à Paris Place du Châtelet. Ils ne lisaient apparemment pas ce message. Et si le but de toute cette agitation était tout simplement l'interdiction de cette manifestation ?   


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