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29 mars 2008 6 29 /03 /mars /2008 20:58

Les soupçons sur le caractère militaire du nucléaire iranien se multiplient

 

LE MONDE | 26.03.08 | 14h19  •  Mis à jour le 26.03.08 | 14h19



  Alors que le Conseil de sécurité de l'ONU a adopté récemment une troisième série de sanctions destinées à forcer l'Iran à interrompre son programme nucléaire, Le Monde a eu accès à des documents attestant que Téhéran a poursuivi un programme nucléaire militaire après 2003, contrairement à ce qu'affirmait un rapport de la direction nationale du renseignement américain, publié le 3 décembre 2007.

 

Le 25 février, le directeur général adjoint de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), le Finlandais Olli Heinonen, avait présenté des preuves de l'existence de ce programme militaire nucléaire iranien. Une lettre adressée courant 2004 à Gholam Reza Aghazadeh, vice-président de l'Organisation de l'énergie atomique d'Iran (AEOI), par l'ingénieur Mahdi Khaniki, l'un des principaux interlocuteurs de l'AIEA et ancien ambassadeur d'Iran en Syrie, confirme ses accusations.

 

Ce document dresse un état des lieux des relations de Téhéran avec les inspecteurs de l'agence de Vienne. Mahdi Khaniki rappelle notamment que les inspecteurs de l'AIEA - qui agissent sous la direction de M. Heinonen - ont exigé de voir les contrats portant sur l'acquisition de pièces détachées entrant dans la mise au point des centrifugeuses. Assemblées en "cascade", ces centrifugeuses permettent d'enrichir l'uranium, éventuellement jusqu'à obtenir une qualité militaire.

 

"Lors d'une réunion qui s'est déroulée le 31 janvier 2004 en présence du Dr Rohani (Hassan Rohani, principal négociateur du programme nucléaire iranien jusqu'à fin 2005), celui-ci a décidé que ces contrats devaient être préparés conformément aux souhaits de l'AEOI, de façon à ce qu'ils soient prêts à être fournis à l'AIEA." "Il faut noter, ajoute-t-il, que le représentant du ministère de la défense et d'assistance aux forces armées a indiqué lors de cette réunion que les contrats avaient été rédigés pour une présentation (à l'AIEA)."

 

"Or, poursuit Mahdi Khaniki, des parties de ces contrats, que j'ai moi-même vues au ministère de la défense, étaient biffées de lignes noires et les quantités ne figuraient pas ; il semble donc que ces contrats provoqueront plus de questions que ceux qui devraient (normalement) être présentés à l'Agence (l'AIEA)." Et de conclure : "Naturellement, j'ai demandé au préalable à l'ingénieur Mohamadi de préparer le nombre nécessaire de contrats (corrigés) et j'espère qu'il l'a déjà fait."

 

Pour les spécialistes du dossier iranien, cette lettre représente une preuve évidente de l'implication du ministère de la défense iranien dans le dossier nucléaire. Ce qui conforte les soupçons sur le caractère militaire de ce programme, tout en attestant des efforts des Iraniens pour en dissimuler la nature.

 

Selon des sources proches d'un service de renseignement, ce courrier s'inscrit dans le cadre du "Projet 13", dont l'intitulé est "projet pour la disparition des menaces". Ce projet aurait vocation à tromper les inspecteurs de l'AIEA. Le Centre de recherche en physique (PHRC) de Lavizan Shian a ainsi été rebaptisé "AMAD", et ses "départements" sont devenus des "projets", afin de brouiller les pistes. Dans un deuxième temps, probablement en 2006, l'appellation "AMAD" a également été supprimée. Depuis, il n'est plus fait mention que du "Centre" pour désigner la direction du programme nucléaire militaire.

 

Les services de renseignement américains ont capté, à la mi-décembre 2006, une conversation entre deux fonctionnaires non identifiés tenue au ministère de la défense à Téhéran et faisant état de divergences entre responsables de l'AEOI et du ministère de la défense. L'un des deux interlocuteurs fait référence au "Centre" et souligne : "L'AEOI s'occupait de ses intérêts, et sa politique se situait à 180 degrés de la nôtre. Actuellement, comme pour la CTBTO (Organisation du traité d'interdiction complète des essais nucléaires), je pense que le ministère de la défense doit avoir le dernier mot, parce qu'ils (les dirigeants de l'AEOI) savent qu'au bout du compte nous avons l'intention de conduire des tests." Le doute subsiste sur la nature de ces "tests", mais cette référence renforce les soupçons.

 

Les informations rendues publiques par Olli Heinonen, en février, à Vienne, contredisent une partie des conclusions du rapport des services américains en décembre 2007. Pour expliquer cette incohérence, certains diplomates français évoquent un "dysfonctionnement majeur" au sein de l'administration américaine.

 

D'autres sources avancent que, courant 2007, les services de renseignement américains, ainsi que le Pentagone, se sont inquiétés du climat va-t-en-guerre qui régnait alors à Washington, et du risque de voir le président George Bush ouvrir un nouveau front militaire contre l'Iran. Le rapport du mois de décembre aurait alors eu pour but de couper court à la tentation de l'exécutif américain de recourir à la force.

 

Laurent Zecchini

Article paru dans l'édition du 27.03.08

 

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28 mars 2008 5 28 /03 /mars /2008 22:16

Bilan et perspectives en Irak

 

 

www.voltairenet.org

 

Alors que la presse dominante s’interroge pour savoir si la nouvelle stratégie US en Irak fonctionne où s’il faut vite retirer les GI’s, Thierry Meyssan dresse un double bilan de la guerre d’Irak : celui des faits et celui des mensonges. Il observe le choix de la Maison-Blanche de tout sacrifier pour faire adopter la loi sur le pétrole et l’accord de défense irako-US. Et il en tire les conséquences prévisibles : la relance du conflit, la défaite annoncée dans les marécages d’Al-Basra, et la fin de l’empire états-unien.

 

La presse internationale consacre ses éditions des 19 et 20 mars à dresser le bilan de la guerre en Irak, cinq ans après le début de l’opération anglo-saxonne. Malheureusement, il ne s’agit aucunement d’un bilan politique, uniquement d’un prolongement de la campagne électorale états-unienne visant à répondre à la question du jour : faut-il ou non retirer les GI’s ? Deux arguments cyniques s’opposent. D’un côté les républicains ressassent que « L’escalade (surge), ça marche ! », c’est-à-dire qu’ils finiront bien par écraser cette rébellion et par dominer ce pays. De l’autre, les démocrates brandissent le dernier livre de Joseph Stiglitz, La Guerre de 3 billions de dollars, pour réclamer du beurre plutôt que des canons. Aucun des deux camps n’offre la moindre perspective, ni pour la région que les États-Unis ont dévasté, ni pour leur Empire au bord du vide.

Il est vrai qu’un bilan politique de la guerre en Irak devrait commencer par l’analyse des mobiles et des moyens mis en œuvres pour y parvenir. Or, ni la presse atlantiste, ni les candidats à la Maison-Blanche ne peuvent s’aventurer sur ce terrain car aucun n’a entrepris le début d’une amorce de reconnaissance de ses erreurs d’analyse et de révision de sa doctrine.

Pas de bilan sans révision des causes

On ne peut comprendre la guerre en Irak si l’on ignore —ou feint d’ignorer— d’une part les intérêts économiques en jeu, les plans sionistes d’autre part, et la coalition de ces deux forces. On ne peut comprendre comment l’administration Bush a plongé les États-Unis dans cette guerre si l’on persiste dans le mensonge du 11 septembre et la fable de la « guerre au terrorisme ».

 

Permettez-moi ici de rappeler comment la presse atlantiste refusa les évidences et persiste dans son erreur. Peu après les attentats de New York et Washington, je publiais un ouvrage de sciences politiques, L’Effroyable imposture, destiné au grand public. Après y avoir démontré l’inanité de la version bushienne des évènements, j’y étudiais en détail les conséquences politiques. J’annonçais ainsi le premier la guerre contre l’Irak que personne n’envisageait à l’époque, mais qui survint néanmoins l’année suivante.

 

Cherchant un argument rapide pour disqualifier mon travail, le quotidien « de référence » (sic) Le Monde assurait dans un éditorial au vitriol que les conséquences de ma version du 11 septembre étaient si grotesques qu’elles suffisaient à démentir mes propos. Edwy Plenel écrivait en riant : « si l’attaque est venue de l’intérieur, et non de l’extérieur, elle est le résultat d’un complot ourdi par les éléments les plus extrémistes de l’armée américaine, qui voulaient obtenir le feu vert du président pour se lancer à l’assaut de l’Afghanistan et bientôt de l’Irak » [1]. Et les dirigeants du Monde, se ruant sur les plateaux de télévision au cri de « Nous sommes tous Américains ! », se gaussèrent en suggérant que j’avais onze ans de retard, l’attaque de l’Irak ayant eu lieu en 1991. Participant à la surenchère, le mensuel Le Monde diplomatique chroniquait mon ouvrage. Serge Halimi centrait son jugement sur une phrase du livre illustrant, selon lui, ma totale incompétence : « La réalité met à mal une autre hypothèse avancée comme élément de preuve. Ainsi on apprend (page 69) qu’ “Henry Kissinger est la figure tutélaire, l’inspirateur des faucons” à l’origine du coup d’État. C’est mal connaître l’histoire américaine » [2]. Problème : le rôle de M. Kissinger dans la préparation de la guerre d’Irak a été attesté depuis par Bob Woodward et le « cher Henry » imposa comme gouverneur d’Irak son protégé et associé, L. Paul Bremer III.

 

Permettez-moi d’observer que si les pandits se sont trompés, c’est parce que leur base de départ était fausse. Par conséquent, ils ne seront pas capables de comprendre la guerre au terrorisme tant qu’ils n’auront pas fait l’effort de réviser leur vision du 11 septembre.

 

Je rappelle au bon souvenir de mes contradicteurs que cette divergence de départ nous a conduits à interpréter de manière opposée chaque étape de la guerre d’Irak. Malgré les rapports des inspecteurs de l’ONU sous la direction d’Hans Blix, la presse atlantiste a avalé l’accusation anglo-saxonne selon laquelle Saddam Hussein disposait d’armes de destruction massive et de lanceurs capables de toucher la Grande-Bretagne en 45 minutes et Miami en quelques heures. Puis, elle s’est laissée hypnotiser par le show de Colin Powell au Conseil de sécurité accusant l’Irak laïque de soutenir les extrémistes religieux d’Al-Qaïda.

 

Elle n’a pas douté un instant que les missiles de croisières qui s’abattaient sur Bagdad ne tuaient que les cadres du Baas et épargnaient la population civile. Elle nous a abreuvé d’images de la Libération de Paris où les Français en liesse applaudissaient les GI’s pour nous préparer à « vivre en direct la Libération de Bagdad », et elle a exulté lorsque quelques figurants ont renversé une statue de Saddam Hussein [3].

 

Elle a caché que l’Autorité Provisoire de la Coalition était une entreprise privée, établie sur le modèle britannique de la Compagnie des Indes et destinée à piller le pays [4] ; au contraire, elle a fait croire à ses lecteurs et téléspectateurs qu’il s’agissait d’un organisme public comparable à ceux qui reconstruisirent l’Allemagne et le Japon au lendemain de la Seconde Guerre mondiale.

 

Arrêtons-là cette énumération nauséeuse et posons la problématique centrale : la presse atlantiste et les candidats à la Maison-Blanche persistent à affirmer que cette guerre était juste. Comme le président Bush n’a pas manqué de le souligner, il n’existe de débat que « sur la question de savoir si cela avait valu la peine de faire la guerre, si cela vaut la peine de poursuivre la lutte et si nous pouvons la remporter » [5]. En réalité, c’est une entreprise anachronique de colonisation visant à satisfaire à la fois les intérêts du lobby de l’énergie, du complexe militaro-industriel et de la colonie sioniste de Palestine.

Au passage, tordons le cou à quelque-uns des poncifs qui noircissent les colonnes des journaux de la semaine. Il est de bon ton de dire que la guerre fut un brillant succès, et que c’est au lendemain de la chute du tyran que les choses se corsèrent. Pouvait-il en être autrement ? L’armée irakienne était placée sous embargo depuis sa défaite de 1991. Autrement dit, elle était désarmée. La Coalition a quand même utilisé des moyens démesurés pour la vaincre, comme on utilise une enclume pour écraser une mouche.

Le problème n’était évidemment pas la victoire, mais l’après-Saddam Hussein.

Par ailleurs, la presse atlantiste fait reposer rétrospectivement la responsabilité de l’échec de cette période sur la décision de Paul Bremer de dissoudre l’armée irakienne. Les soldats démobilisés se seraient immédiatement transformés en insurgés. C’est une erreur d’analyse. Lorsque le gouverneur Bremer a dissout l’armée irakienne, celle-ci n’existait déjà plus. Ses hommes avaient préféré déserter que se rendre. Le chaos n’est pas venu de la décision de Bremer, mais du renversement de l’État, lequel était l’objectif de guerre du mouvement sioniste.

Encore une fois, si erreur il y a eu, elle n’est pas dans ce que la Coalition a accompli, mais dans l’interprétation que la presse en a fait.

 

Le bilan de la guerre pour les arabes, ce sont des souffrances et des destructions : 1 million de morts et 4,5 millions de déplacés et réfugiés ; des dizaines de milliers d’hommes, de femmes et d’enfants détenus sans jugement dans des prisons US ou irakiennes ; des régions entières irradiées et polluées jusqu’à en devenir inhabitables ; les vestiges des plus anciennes civilisations urbaines pillés, rasés, voire ensevelis sous l’asphalte. Pour les occidentaux, le bilan c’est le renversement des démocraties par le mensonge et l’obscurantisme, le retour des crimes coloniaux et de la barbarie, la transformation complète de l’économie des États-Unis en économie de guerre.

 

Mais une fois que nous avons ouverts les yeux sur cette noire réalité, nous devons réfléchir à ses développements futurs et à notre capacité de changer le cours de choses plutôt que de nous battre la coulpe.

Et maintenant ?

Que va-t-il se passer maintenant ? La démission de l’amiral William Fallon a exacerbé le conflit entre les officiers supérieurs états-uniens [6]. D’un côté, le général David Petraeus se félicite des résultats de sa stratégie. L’augmentation du nombre d’hommes sur le terrain a correspondu à la diminution des violences. Il exige donc le maintien d’au moins 140 000 GI’s en Irak. De l’autre, le général Mike Mullen, inquiet du surdéploiement et de l’épuisement de ses troupes, cherche par tous les moyens à les retirer pour éviter une rupture logistique imminente, suivie d’une défaite prévisible.

 

Petraeus déposera les 8 et 9 avril devant le Congrès, qui tranchera. Les partisans de l’occupation font tout ce qu’ils peuvent pour que le général ne soit accompagné que par ses plus fidèles adjoints ; tandis que les partisans du retrait tentent de glisser un témoin à charge dans la salle d’audition. Car la décision des parlementaires et l’avis de l’opinion publique dépendront de l’appréhension qu’ils auront de la poursuite de cette aventure.

 

Contrairement à ce qu’affirme David Petraeus, l’amélioration sécuritaire n’a pas grand chose à voir avec les 30 000 GI’s qu’il a reçu en renfort. En effet, il a donné instruction de réduire les patrouilles en ville et de cantonner au maximum les troupes dans les casernes. S’il veut maintenir un corps expéditionnaire aussi nombreux, c’est qu’il a besoin d’hommes, de manière occasionnelle, pour mener de vastes campagnes punitives. C’est surtout que ces hommes doivent rester sur zone pour jouer plus tard la seconde manche : l’attaque de l’Iran, qui n’est certes plus à l’ordre du jour, mais qui ne pourra jamais être envisagée si les personnels sont rapatriés.

 

En réalité, les résultats du général Petraeus sont le fruit d’une stratégie élaborée par son conseiller australien, David Kilcullen. L’idée de base est de « désagréger » la Résistance, de la faire passer d’un mouvement national à une multitude de groupuscules désarticulés. Les Kurdes se sont tenus calmes tant qu’ils ont cru aux promesses que Washington leur énonce depuis seize ans : s’ils coopèrent, ils auront un jour un État indépendant avec un sous-sol gavé de pétrole. Les chiites se sont calmés lorsque les Britanniques ont notabilisé leurs leaders en les associant à la gestion régionale, puis nationale, et que l’Iran a appelés les plus irréductibles à la retenue. Quand aux sunnites, ils ont cessé leurs attaques lorsque les jeunes les plus révoltés ont été identifiés, traités comme des délinquants et non comme des idéalistes, et que 80 000 d’entre eux ont été salariés à 10 dollars par jour.

 

Le général David Petraeus n’a aucune intention d’expliquer cela en détail au Congrés car il sait qu’il ne pourra pas continuer longtemps sur cette voie. Sa stratégie contre-insurrectionnelle a trouvé sa limite : elle devient incompatible avec les objectifs de ses patrons, le tandem Bush-Cheney, soutenu par les multinationales du pétrole et de l’équipement. Et son « plan B » n’est pas réjouissant.

 

L’objectif actuel principal de la Maison-Blanche, c’est en premier lieu l’adoption par le Parlement irakien et la ratification par son gouvernement d’une loi donnant licence aux compagnies pétrolières US d’exploiter les ressources du pays à des conditions léonines [7] ; puis la signature et la ratification d’un accord de sécurité irako-US autorisant des bases militaires états-uniennes extra-territorialisées pour les siècles à venir.

 

Pour les mettre en œuvre, le vice-président Cheney s’est rendu cette semaine en Irak et dans la région. Il a obtenu la promulgation d’une nouvelle loi électorale, bloquée depuis février. Sur cette base, des élections législatives auront lieu le 1er octobre pour composer un nouveau Parlement, plus docile. Pendant un mois et demi, on jouera la lune de miel entre Bagdad et Washington, le temps de laisser passer l’élection présidentielle US. Puis, dés que la loi sur le pétrole et l’accord de sécurité seront actés, le pays s’embrasera à nouveau contre l’occupant. Le seul moyen de s’assurer de la victoire future, c’est de réduire aujourd’hui la résistance potentielle, tel est le « plan B ». La Maison-Blanche a choisi de s’appuyer à terme sur les sunnites, avec l’aide de l’Arabie saoudite, contre les autres populations irakiennes. La nouvelle loi électorale a été conçue pour renforcer la représentation sunnite au Parlement. Par ailleurs, un message clair a été envoyé aux Kurdes via l’armée turque. Reste à éradiquer les milices chiites avant qu’elles ne se soulèvent. C’est ce que le général irakien Mohan al-Furayji devra essayer de faire dans les six prochains mois.

 

L’amiral Fallon, qui vient de démissionner du Central Command, considérait ce « plan B » comme voué à l’échec. Dernier grand officier à avoir vécu la guerre du Vietnam, il avait mit en garde à propos des combats à livrer au sud de l’Irak, non plus dans des déserts, mais dans des marécages d’Al-Basra.

Deuxièmement, il anticipait qu’une guerre contre les chiites irakiens déstabiliserait immédiatement le Koweït voisin, puis à terme le Bahrein et l’Arabie saoudite. Troisièmement, il considérait que neutraliser des combattants sunnites à 10 dollars par jour, c’est être certain qu’ils se retourneront contre les États-Unis avec les armes qu’on leur a données dès qu’ils le pourront.

Au demeurant, Petraeus et Kilcullen ont toujours affirmé qu’ils préviendraient ce problème en régularisant à terme leurs combattants-salariés, c’est-à-dire en les intégrant dans les forces de sécurité irakiennes. Mais on ne voit pas comment ces dernières pourraient absorber instantanément 80 000 hommes sans être infiltrées par la Résistance. D’ores et déjà 49 unités auraient fait défection avec leurs armes et 38 menaceraient de le faire si leurs hommes ne sont titularisés sans délais [8].

 

Comme je l’ai indiqué dans ces colonnes la semaine dernière, William Fallon avait conduit des négociations fructueuses avec l’Iran pour pacifier la région. L’accord a été confirmé lors d’une réunion secrète réunissant le président iranien Mahmoud Ahmadinejad et le chef d’état-major interarmes des États-Unis, Mike Mullen, le 2 mars à Bagdad. Il a été désavoué par la Maison-Blanche et les engagements pris au nom des États-Unis n’ont pas été tenus. Cela non plus ne pourra pas être expliqué par David Petraeus au Congrès. La rupture unilatérale de cet accord secret a conduit Téhéran à prendre des mesures de rétorsion, au premier rang desquelles l’encouragement de radicaux irakiens chiites à la rébellion. En outre, la Chine et surtout la Russie ayant été associées à ces négociations, et ne pouvant accepter un dispositif menaçant à terme l’intégrité de l’Iran, ont également pris des mesures de rétorsion. La discrète visite du général Leonid Ivashov à Damas, suivie du voyage officiel du ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov, a ouvert la voie à un transfert massif d’armes à la Résistance irakienne, libanaise et palestinienne.

 

S’il y a une leçon à tirer des cinq première années de la guerre d’Irak, c’est que certains protagonistes ne tirent jamais de leçon de leurs erreurs. Les leaders kurdes ont, comme toujours depuis un siècle, conduit leur peuple dans une impasse [9]. Le Pentagone reproduit avec ses salariés sunnites ce qu’il a fait en Afghanistan et devra affronter les mêmes conséquences : il forme et arme des voyous jusqu’à en faire d’incontrôlables seigneurs de la guerre. Quand à la Maison-Blanche, elle s’entête à faire passer les intérêts de quelques firmes (ici Bechtel, BP, Chevron, ExxonMobil, Halliburton, Shell, etc.) devant ceux des États-Unis, et croit déraisonnablement que la corruption et la violence permettent de dominer toutes les situations.

 

Le général Leonid Sajin, qui ayant vécu la mort de l’URSS n’a pas de mal à concevoir celle des États-Unis, déclarait mardi à Moscou : « La guerre d’Irak, qui dure depuis 5 ans, a pratiquement épuisé l’armée états-unienne qui était considérée jusque-là comme la plus puissante du monde. Seul le désespoir peut à présent pousser les États-Unis à déclencher une guerre contre l’Iran. Une telle guerre sonnera la fin de cette armée : frappés par la récession économique et compte tenu du mauvais moral de leurs militaires, les États-Unis ne tiendront pas le coup ». Nous pouvons ajouter, les États-Unis ne survivront pas non plus à une guerre dans les marécages irakiens contre l’Iran par milices chiites interposées.

 

par Thierry Meyssan*

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27 mars 2008 4 27 /03 /mars /2008 21:58
RASSEMBLEMENT POUR LA PALESTINE

DEVANT LA FONTAINE DES INNOCENTS PARIS 1ER, LES HALLES

SAMEDI 29 MARS DE 15 HEURES A 18 HEURES


PALESTINE, UN SEUL ETAT POUR TOUS

 

VENEZ DEBATTRE AVEC NOUS !


-------------------------------------------------------------------------
La Pierre et l'Olivier Collectif Cheikh Yassine

Collectif De La Communaute Tunisienne en Europe

Alliance zapatiste de libération sociale http://azlsbasta.blogspot.com

contact : genocidepalestinien@yahoo.fr

 

 

HALTE AU GÉNOCIDE DU PEUPLE PALESTINIEN
&
SOUTIEN A LA RESISTANCE A GAZA

IL N'Y A PAS DE PALESTINIENS " MODERES "

IL N'Y A PAS DE PALESTINIENS " ISLAMISTES "

IL N'Y A QUE DES PALESTINIENS COLONISES

La bande de Gaza n'a jamais été libérée.

 

La petite bande de terre, coincée entre la mer et le désert est devenue une prison à ciel ouvert, avec la famine en plus, vu que les Gazaouis sont cernés de tous côtés par cette armée inhumaine qui s'appelle Tsahal. Le seul gouvernement issu des élections n'a jamais pu gérer ce que les urnes lui avaient octroyé. Sans ressources, sans espaces, ni aérien, ni marin, ni terrestre, Gaza et ses habitants sont condamnés à étouffer. Bombardés tous les jours, Massacrés par
centaines, dont beaucoup de femmes et d'enfants, les Palestiniens de Gaza résistent pourtant à l'occupant et nous donnent une sacrée leçon de courage.

 

Il n'y a pas de guerre civile, il n'y a pas deux gouvernements palestiniens, il n'y a pas d'un côté des Palestiniens modérés avec lesquels il faut traiter la récession des dernières terres et de l'autre côté des Palestiniens répertoriés sur une liste terroriste orchestrée par les impérialistes.

il y a juste un peuple colonisé depuis 60 ans, luttant pour sa survie et résistant stoïquement avec peu de moyens.

Ceux que l'on désigne comme des putschistes n'ont voulu qu'arrêter la guerre fratricide en s'opposant aux collaborateurs de l'Etat sioniste afin de continuer à résister légitimement à l'occupant.

 

Tout ce plan fait partie d'un génocide programmé, il y a soixante ans, au vu et au du monde entier, avec un aplomb hallucinant, afin de vider la terre de Palestine de ses occupants. Et pendant ce temps le bourreau continue impunément à jouer les victimes, à parader dans nos salons littéraires, à être reçu en grande pompe et sans honte par nos dirigeants, avec la complicité de la communauté internationale (USA et Union Européenne en premier).

 

C'EST POUR LUTTER CONTRE CE GENOCIDE ADMIS, QUI EST LE SEUL GENOCIDE AU MONDE ET DANS TOUTE L'HISTOIRE DE L'HUMANITE A ETRE
CONSIDERE COMME LEGAL ET LEGITIME, QUE NOUS ORGANISONS LE

RASSEMBLEMENT POUR LA PALESTINE

DEVANT LA FONTAINE DES INNOCENTS PARIS 1ER, LES HALLES

SAMEDI 29 MARS DE 15 HEURES A 18 HEURES


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27 mars 2008 4 27 /03 /mars /2008 21:48

Allemagne : le SPD dans la tourmente, par Cécile Calla

 

LE MONDE | 26.03.08 | 13h23  •  Mis à jour le 26.03.08 | 13h23


  Le Parti social-démocrate allemand (SPD) pourra-t-il bientôt sortir de la crise dans laquelle il est plongé ? En donnant son feu vert aux régions de l'Ouest pour un éventuel rapprochement avec Die Linke (la gauche radicale), le président du SPD, Kurt Beck, a fait resurgir les lignes de fracture de la social-démocratie allemande. Au coeur de ce conflit, le combat de la députée SPD Dagmar Metzger contre le projet de rapprochement avec Die Linke d'Andrea Ypsilanti, la chef du SPD en Hesse.

Pour cette parlementaire originaire de Berlin-Ouest et dont la famille a vécu la coupure en deux de la ville, il est impensable de rompre une promesse faite avant les élections et de nouer une alliance avec la gauche radicale, composée de l'ancien Parti communiste est-allemand ainsi que d'altermondialistes et syndicalistes de l'Ouest. En face, Madame Ypsilanti, qui appartient à l'aile gauche du SPD, analyse la situation de manière bien différente : pour se faire élire ministre-présidente de la région et chasser Roland Koch (CDU), elle n'a pas d'autre choix que de coopérer avec Die Linke.

Cette divergence a valeur de symbole pour l'ensemble du SPD. Le parti est déchiré entre une aile pragmatique qui revendique l'héritage de l'agenda 2010 - le programme de réformes socio-économiques mis en place par l'ex-chancelier Gerhard Schröder - et souhaite poursuivre les réformes, et une aile gauche qui aimerait renforcer le profil social du SPD et ne craint pas un rapprochement avec Die Linke.

Les cercles centristes du parti avec, à leur tête, les deux vice-présidents, le ministre des affaires étrangères, Frank-Walter Steinmeier, et le ministre des finances, Peer Steinbrück, fustigent la nouvelle ligne instaurée par M. Beck à l'égard de Die Linke. Déjà forcés à accepter une réorientation du parti vers la gauche à l'automne 2007, ils craignent que le SPD s'éloigne un peu plus du centre, là où M. Schröder avait cherché à l'ancrer, laissant ainsi la place libre à l'Union chrétienne-démocrate (CDU), le parti de la chancelière Angela Merkel. Ils voient dans cette décision une menace pour la crédibilité du parti. En effet, le SPD peut difficilement affirmer qu'il ne nouera aucune alliance avec Die Linke au niveau fédéral après les législatives de 2009, s'il ouvre aujourd'hui la porte à la gauche radicale dans les régions de l'Ouest.

L'évolution politique récente semble leur donner raison. La décision de M. Beck a conduit le SPD à la débâcle en Hesse, puisque Madame Ypsilanti a dû renoncer, dans un premier temps, à se porter candidate au poste de ministre président. En parallèle, le SPD est en chute libre dans les sondages. Le 12 mars, une enquête de l'institut Forsa publiée par Stern créditait le SPD de 23 % d'intentions de vote. Pour tenter de réconcilier le parti, le président du SPD a annoncé, le 10 mars, une discussion de fond sur les rapports avec Die Linke sans remettre en cause sa nouvelle stratégie.

Le SPD n'a jamais été capable de définir une ligne solide à l'égard de la gauche radicale. En Allemagne de l'Est, où Die Linke est représentée dans tous les parlements régionaux, les sociaux-démocrates ont toujours hésité entre rapprochement et ostracisme, sans pouvoir trancher. Après la chute du mur de Berlin, Hans-Jochen Vogel, alors président du parti, avait décidé de bâtir de toutes pièces un nouveau SPD en ex-RDA plutôt que d'absorber les cercles sociaux-démocrates de l'ancien Parti communiste est-allemand (SED), rebaptisé PDS. Le SPD a été contraint de s'appuyer sur le PDS pour se maintenir au pouvoir à l'Est. Dès 1994, les sociaux-démocrates ont utilisé les voix du PDS pour constituer un gouvernement minoritaire avec les Verts dans le Land de Saxe-Anhalt. Puis des coalitions SPD-PDS se sont formées dans le Mecklembourg-Poméranie- Occidentale, en 1998, et à Berlin, depuis 2001, malgré l'opposition du chancelier Schröder.

RAPPROCHEMENT INÉLUCTABLE

Lorsqu'une nouvelle étape a été franchie, en juin 2007, avec la fusion entre le PDS et le WASG composée d'ex-sociaux-démocrates et d'altermondialistes, le président du SPD, M. Beck, a décidé de corriger un pan de l'agenda 2010 plutôt que de lancer une réflexion sur les rapports entre le SPD et le nouveau parti. En même temps, il a affirmé qu'il n'y aurait aucune alliance avec Die Linke au niveau fédéral et dans les régions de l'Ouest.

Pour l'aile gauche du parti, c'était le moyen de prendre sa revanche sur l'ère Schröder, de limiter l'hémorragie des adhérents et de répondre au besoin croissant de justice sociale au sein de la population. Cette politique n'a pas pu endiguer le succès de Die Linke, qui a fait son entrée dans les parlements de la Hesse, de la Basse-Saxe et de Hambourg en janvier et février. Désormais, les représentants de l'aile gauche considèrent qu'un rapprochement avec Die Linke est inéluctable. Les jeunes générations, à l'instar de Franziska Drohsel, la présidente des Jusos, l'organisation des jeunes sociaux-démocrates, ont même déjà commencé à nouer des contacts. Le bouleversement induit par l'arrivée de la gauche radicale oblige le SPD à réfléchir à de nouvelles options de pouvoir, à l'instar de la CDU, qui va peut-être tester un nouveau genre de coalition en faisant alliance avec les Verts à Hambourg.

Néanmoins, la présence d'Oskar Lafontaine, un transfuge du SPD devenu coprésident de Die Linke depuis juin 2007, constitue encore un obstacle important. Les sociaux-démocrates ne lui ont pas pardonné sa trahison de 1999, lorsqu'il avait démissionné avec fracas de ses fonctions de ministre des finances et chef du SPD en raison d'un désaccord sur les réformes avec le chancelier Gerhard Schröder.

Pour le moment, le SPD exclut une coalition avec Die Linke au niveau fédéral et privilégie un rapprochement avec les libéraux (FDP) en vue des législatives de 2009. Ces derniers, partenaires de la droite chrétienne depuis les années 1980, se détachent de la CDU. L'aile droite du parti espère plus que jamais éviter une candidature de M. Beck à la chancellerie et favorise à sa place M. Steinmeier. Depuis le changement de stratégie à l'égard de Die Linke, la popularité de M. Beck s'est effondrée. Selon une enquête d'opinion d'Infratest Dimap, seuls 20 % des électeurs seraient prêts à voter pour le président du SPD contre 62 % pour Angela Merkel (CDU). Mais un renversement à la tête du parti paraît peu probable. Le SPD a déjà vu défiler trois présidents en moins de quatre ans et le seul candidat plausible, M. Steinmeier, n'a pas assez de légitimité pour pouvoir occuper ce poste. Le SPD a encore des mois agités en perspective.

 

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27 mars 2008 4 27 /03 /mars /2008 21:47

À propos d'un licenciement politique à la LCR


www.unir.asso.fr


Dans son édition datée du 28 mars,
Le Monde vient de rendre publique la situation dans laquelle se retrouve le courant Unir de la LCR à la suite de la réunion des 15 et 16 mars de la direction nationale de la LCR. Notre camarade Christian Picquet s'y est effectivement vu immédiatement « dépermanentisé ». Dit autrement, il y a été procédé à son licenciement politique…

 

Résumons les faits. Le courant Unir de la LCR (plate-forme B du dernier congrès de l'organisation) agit depuis des années en faveur du rassemblement de toutes les composantes de la gauche antilibérale et anticapitaliste, dans la perspective d'une nouvelle force politique, un nouveau parti anticapitaliste, large, pluraliste. C'est au nom de cet objectif qu'il n'avait pas accepté, en septembre 2006, que la majorité de direction de la LCR n'ait pas appliqué le mandat que lui avaient donné les militants de l'organisation, celui de tout mettre en œuvre « pour aboutir » à une candidature unitaire à la présidentielle de 2007, en s'appuyant sur la dynamique qui avait caractérisé la campagne du « non » de gauche au traité constitutionnel européen. C'est aussi en vertu de la même démarche qu'au XVII° Congrès de la Ligue, le courant Unir s'était opposé à la volonté de la majorité de réduire désormais sa visée stratégique à la construction d'un « nouveau parti anticapitaliste » autour d'une LCR qui en serait l'unique composante nationale.

 

On le sait, lors de ce congrès, nous avons été minoritaires. Nous en avons pris acte, tout en relevant que les divergences apparues ces deux dernières années n'avaient nullement été surmontées. À nos yeux, le cours désormais suivi est de nature à mettre en cause le projet stratégique qui était jusqu'alors celui de la LCR, un parti large et pluraliste conçu comme une nouvelle représentation politique pour le monde du travail. C'est ce qui a motivé notre maintien en tendance publique de la LCR (dénommée courant Unir).

 

Parce que nous sommes militants de la LCR et que nous participons à toutes ses instances et activités, mais aussi parce que la crise ouverte à propos de la candidature unitaire a été tranchée par le congrès, nous avons souhaité discuter avec nos camarades majoritaires de la nécessaire gestion commune de la nouvelle situation. Notre souci était double : voir garanti le droit, reconnu par les statuts de la Ligue, à un fonctionnement en tendance publique ; faire en sorte d'apaiser au maximum les tensions, afin que les divergences maintenues n'hypothèquent pas l'échange collectif et que soit restauré un travail en commun au sein des instances de l'organisation. C'est dans cette optique que nous avons fait les propositions suivantes à la DN : une tribune hebdomadaire dans Rouge ; un budget pour les activités de la tendance publique ; un temps de permanent pour le fonctionnement de la tendance, couplé avec un demi-temps pour les activités de l'organisation dans le cadre de la direction centrale de l'organisation. Notre proposition était, dans ce cadre, que Christian Picquet occupe ce demi-temps, notamment pour poursuivre le travail dans lequel il s'est largement investi depuis des années en animant la rédaction de Rouge, couplé avec un autre demi-temps pour le courant Unir.

 

Cette proposition a été refusée. Dans une motion significativement intitulée « Motion PFB », il était stipulé que, si la DN acceptait de rémunérer « un poste de demi-permanent au titre de « Unir » », elle rejetait « la proposition faite par la PFB de permanentiser Christian Picquet au titre du secrétariat du bureau politique. Il n'est donc plus permanent de la LCR. Évidemment cette décision prend effet dès le lendemain de la DN ». La majorité de direction justifiait cette décision par le fait que l'existence d'Unir comme courant public était un « mauvais signe » au moment où la LCR connaissait des succès, notamment électoraux. Une argumentation reprise, avec des accents de procureur, par Pierre-François Grond dans Le Monde : « Les moyens de l'orga doivent être mis à la disposition de ceux qui appliquent la ligne majoritaire. Il faut que la minorité assume son centre de gravité à l'extérieur de l'organisation. » Dans le même sens, au milieu de l'an passé, le même Pierre-François Grond avait signifié officiellement à notre camarade l'interdiction de représenter l'organisation dans quelque initiative que ce soit.

 

La volonté d'éliminer politiquement le principal courant minoritaire de la Ligue est ici évidente. La décision de la DN est sans précédent depuis au moins 25 ans : ainsi, dans les années 1990, la tendance R !, à laquelle participait Olivier Besancenot, avec quatre fois moins de voix que n'en a obtenu cette année le courant Unir, disposait d'un permanent sur les quatre qui animaient alors la direction centrale de la Ligue. Plus profondément, elle représente un coup porté à la démocratie et au pluralisme intérieurs, qui faisait jusqu'alors le rayonnement de la LCR au sein de la gauche.

 

Mais outre que cette décision va profondément altérer l'image de l'organisation qui est la nôtre, elle éclaire d'une manière inquiétante le processus censé conduire à la proclamation du « nouveau parti anticapitaliste. À la même direction nationale, nos camarades ont ainsi décidé de rendre celui-ci « irréversible », en favorisant dès aujourd'hui la dissolution des instances de base de la LCR dans les comités d'initiative pour le nouveau parti. Le risque est bien, ce faisant, et avant même qu'un congrès puisse se prononcer souverainement, de dessaisir les militants de tout contrôle sur ce qui doit amener prochainement à la dissolution de leur organisation. Faut-il voir ici la raison pour laquelle on balaie sans scrupules l'engagement de militants, parfois engagés depuis 30 ou 40 ans dans la LCR, au motif que leurs orientations sont minoritaires et qu'ils entendent seulement poursuivre leur bataille de conviction sous la forme d'une tendance publique, dans les conditions prévues par les statuts de leur organisation ? Il y a quelque raison de le craindre…

 

Quoi qu'il en soit, cet épisode d'un autre âge concerne bien au-delà des rangs de la LCR. Les reconstructions politiques nécessaires pour l'avenir ne pourront s'affranchir du respect scrupuleux des opinions divergentes, des droits démocratiques des minorités, du pluralisme interne et externe des organisations. La direction majoritaire de la LCR doit se l'entendre dire de toutes parts…

 

La Direction du courant Unir de la LCR

 

Vous trouverez ci-dessous l'article du Monde

 

La direction de la LCR licencie son principal opposant

 

LE MONDE Article paru dans l'édition du 28.03.08

 

La direction nationale de la LCR ne supporte plus les critiques trop fortes de ses opposants.

 

Lors de sa dernière réunion plénière, les 13 et 14 mars, elle a décidé de "dépermanentiser" son principal opposant, Christian Picquet. En clair, de le licencier après vingt-huit ans de service.

Prenant "acte" de la volonté du courant de M. Picquet (Unir) de se maintenir en tendance publique, c'est-à-dire avec son expression propre, le texte sanctionnant le dissident explique qu'il "n'est plus permanent de la LCR" et que cette "décision politique" prend effet immédiatement. La direction estime que le maintien en courant décidé par les amis de M. Picquet, au moment où la LCR lance son projet de "nouveau parti anticapitaliste", est un "mauvais signe". "Il y a un problème de clarification politique. On ne peut plus travailler ensemble", justifie Pierre-François Grond, membre du bureau politique.

 

Depuis mai 2006, à l'occasion d'un appel en faveur d'une candidature unitaire antilibérale à l'élection présidentielle, que Christian Picquet avait signé contre l'avis de la majorité de la LCR, les militants de la minorité n'ont pas caché leurs préférences : critiques publiques de la candidature "en solo" d'Olivier Besancenot, participation aux meetings des antilibéraux ou encore, au soir du premier tour des législatives, communiqué appelant à voter à gauche contre l'avis de leur parti. La direction avait pris une première mesure, début 2007, en interdisant à M. Picquet de représenter la LCR dans les réunions avec d'autres organisations. Elle lui reproche aujourd'hui de ne "plus assumer ses responsabilités de direction".

 

Pour la minorité, la mesure prise contre son dirigeant relève d'un "licenciement politique". "On cherche à se débarrasser d'un courant critique alors que de nombreux militants se posent des questions", explique M. Picquet. "Le pluralisme dans le nouveau parti, c'est mal barré. Certains ont même voté la sanction le poing levé", assure Alain Faradji. "C'est douloureux car le statut de Picquet, c'est aussi un symbole", lâche Francis Sitel, un de ses proches.

 

M. Picquet est en effet une des figures de la LCR, principal porte-parole de la minorité mais aussi un des piliers de Rouge. Entré en 1968 à la "Ligue", il est de ceux qui ont "tenu" l'organisation lors des années de vache maigre. "Faut pas en faire un drame, on lui trouvera quelque chose", assure Alain Krivine, qui ajoute : "Prétendre qu'il y a de la répression politique à la Ligue, ça fera rigoler !"

 

"Personne n'est permanent à vie", tranche M. Grond. "Les moyens de l'orga doivent être mis à la disposition de ceux qui appliquent la ligne majoritaire. Il faut que la minorité assume son centre de gravité à l'extérieur de la LCR." Une manière de pousser dehors des opposants qui jurent, eux, qu'il n'est "pas question de déserter".

 

Sylvia Zappi

 

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27 mars 2008 4 27 /03 /mars /2008 21:21

Obama et la question raciale

 

LE MONDE | 26.03.08 | 12h05  •  Mis à jour le 26.03.08 | 12h28

 

  « Nous, le peuple, en vue de former une union plus parfaite" : il y a 221 ans, dans une salle qui existe encore, tout près d'ici, des hommes se sont rassemblés et, par ces simples mots, ont inauguré l'improbable expérience démocratique américaine. Fermiers et savants, hommes d'Etat et patriotes ayant traversé un océan afin d'échapper à la tyrannie et aux persécutions, ces hommes venaient enfin de concrétiser leur déclaration d'indépendance au cours de la convention réunie à Philadelphie durant tout le printemps 1787. Le document qu'ils rédigèrent fut en définitive signé, mais il restait inachevé. Il portait la tache du péché originel de ce pays : l'esclavage, une question qui divisait les colonies et qui paralysa la convention jusqu'à ce que les Pères fondateurs décident d'autoriser le commerce des esclaves à se poursuivre durant au moins vingt années, et de laisser la décision finale aux générations futures.

 

Bien sûr, la réponse à la question de l'esclavage figurait déjà dans notre Constitution : une Constitution qui comportait en son cœur même l'idéal de l'égalité de tous les citoyens devant la loi; une Constitution qui promettait à son peuple la liberté, la justice, et une union qui pouvait et devait être améliorée avec le temps.

Et pourtant, les mots inscrits sur ce parchemin ne devaient pas suffire à délivrer les esclaves de leurs chaînes, ni à garantir aux hommes et aux femmes de toute couleur et de toute confession l'intégralité de leurs droits et devoirs de citoyens des Etats-Unis. Il faudrait pour cela des générations successives d'Américains prêts à jouer leur rôle – par les manifestations et les luttes, dans les rues et devant les tribunaux, au travers d'une guerre civile et de la désobéissance civique, et toujours au prix de grands risques – afin de combler le fossé entre les promesses de nos idéaux et la réalité de leur temps.

C'est une des tâches que nous nous sommes fixées au début de cette campagne : poursuivre la longue marche de ceux qui nous ont précédés, une marche pour une Amérique plus juste, plus égale, plus libre, plus attentionnée et plus prospère. J'ai décidé de me présenter à la présidence à ce moment de l'histoire, car je suis profondément convaincu que nous ne pourrons résoudre les défis de notre époque si nous ne les résolvons pas ensemble, si nous ne perfectionnons pas notre union en comprenant que nous pouvons avoir des histoires différentes, mais que nous entretenons les mêmes espoirs; que nous pouvons avoir un aspect différent et ne pas tous venir du même endroit, mais que nous voulons tous aller dans la même direction, vers un meilleur avenir pour nos enfants et nos petits-enfants.

Cette conviction découle de ma foi inébranlable dans la droiture et la générosité du peuple américain. Mais elle provient aussi de ma propre histoire américaine.

Je suis le fils d'un homme noir du Kenya et d'une femme blanche du Kansas. J'ai été élevé en partie par un grand-père blanc qui, après avoir survécu à la Grande Dépression, servit sous les ordres de Patton durant la seconde guerre mondiale, et par une grand-mère blanche qui travaillait sur une chaîne de montage de bombardiers à Fort Leavenworth pendant qu'il combattait outre-mer. J'ai étudié dans certaines des meilleures écoles d'Amérique et vécu dans l'un des pays les plus pauvres du monde. Je suis marié à une Américaine noire qui a en elle du sang d'esclave et du sang de propriétaires d'esclaves – un héritage que nous transmettons à nos deux filles adorées. J'ai des frères, des sœurs, des nièces, des neveux, des oncles et des cousins de toute race et de toute couleur de peau, dispersés sur trois continents, et jusqu'à mon dernier jour je n'oublierai jamais que mon histoire n'aurait été possible dans aucun autre pays du monde.

C'est une histoire qui ne fait pas de moi le plus conventionnel des candidats, mais c'est une histoire qui a, de façon indélébile, imprimé dans mes gènes l'idée que ce pays représente plus que la somme de ses parties, que nous tous qui le composons, nous ne formons, en réalité, qu'un.

Pendant la première année de cette campagne, malgré toutes les prédictions qui annonçaient le contraire, nous avons pu constater à quel point le peuple américain avait soif de ce message d'unité. En dépit de la tentation de ne voir ma candidature qu'au travers d'une lorgnette purement raciale, nous avons remporté des victoires décisives dans des Etats qui comptent des populations parmi les plus blanches du pays (…).

Cela ne veut pas dire pour autant que la race n'a jamais posé problème dans cette campagne. En différentes occasions, certains commentateurs m'ont trouvé "trop noir" ou, au contraire, "pas assez noir". Nous avons vu affleurer les tensions raciales au cours de la semaine qui a précédé les primaires de Caroline du Sud. La presse a examiné à la loupe le moindre sondage de sortie des urnes afin d'y déceler une preuve de polarisation raciale, et ce pas simplement entre Blancs et Noirs, mais aussi entre Noirs et "Bruns". Et pourtant ce n'est qu'au cours des deux dernières semaines que le débat sur la race a pris une orientation décisive.

A l'une des extrémités du spectre s'est exprimée l'idée selon laquelle ma candidature ne serait au fond qu'un exercice de discrimination positive; qu'elle serait fondée uniquement sur le désir de libéraux naïfs d'obtenir à moindre coût la réconciliation entre les races. A l'autre extrémité, on a entendu mon ancien pasteur, le révérend Jeremiah Wright, utiliser un langage incendiaire pour exprimer des opinions qui non seulement risquent d'approfondir la fracture raciale, mais qui de plus dénigrent la grandeur et la bonté de notre pays; ces opinions sont offensantes autant pour les Noirs que pour les Blancs.

J'ai déjà condamné, dans des termes sans équivoque, les propos du révérend Wright à l'origine de cette controverse. Mais certains continuent de se poser des questions. Savais-je qu'il critiquait de façon parfois violente la politique intérieure et extérieure des Etats-Unis? Bien sûr. L'avais-je déjà entendu, dans ses sermons, faire des remarques susceptibles de provoquer la polémique? Oui. Me suis-je trouvé en profond désaccord avec beaucoup de ses conceptions politiques? Absolument – tout comme je suis sûr que beaucoup d'entre vous ont entendu dans la bouche de leur pasteur, de leur prêtre ou de leur rabbin des remarques avec lesquelles vous n'étiez pas du tout d'accord.

Mais les remarques qui ont déclenché cette tempête n'étaient pas simplement sujettes à controverse. Elles ne traduisent pas seulement la volonté d'un responsable religieux de s'élever contre ce qu'il perçoit comme une injustice. Elles expriment en réalité une vision profondément déformée de ce pays : une vision qui considère le racisme blanc comme endémique, et qui met tout ce qui ne va pas en Amérique au-dessus de ce qui, nous le savons tous, marche bien en Amérique; une vision qui estime que les conflits au Moyen-Orient trouvent principalement leur origine dans les actions de solides alliés comme Israël, et non dans les idéologies perverses et haineuses de l'islam radical.

Et en ce sens, les déclarations du révérend Wright ne sont pas seulement erronées, elles sont porteuses de division, et ce à un moment où nous avons besoin d'unité; elles sont racialement marquées, alors que nous devons au contraire nous rassembler pour résoudre une série de problèmes énormes : deux guerres, la menace terroriste, une économie en déclin, une crise chronique du système de santé et un changement climatique potentiellement dévastateur; des problèmes qui ne sont ni blancs, ni noirs, ni latinos ni asiatiques, mais auxquels chacun d'entre nous est confronté.

(…) Mais, en vérité, je connais d'autres aspects du révérend Wright. L'homme que j'ai connu il y a plus de vingt ans est un homme qui m'a aidé à embrasser la foi chrétienne, un homme qui m'a parlé de notre devoir de nous aimer les uns les autres; d'être secourable au malade et de soulager la détresse du pauvre. C'est un homme qui a servi son pays dans les rangs des marines; qui a étudié et enseigné dans quelques-uns des plus prestigieux séminaires et universités de ce pays, et qui depuis plus de trente ans dirige une église qui sert sa communauté en accomplissant sur terre l'œuvre de Dieu, en procurant un toit aux sans-abri, en venant en aide aux nécessiteux, en organisant des crèches, en finançant des bourses, en assurant des ministères dans les prisons, et en s'occupant des personnes contaminées par le virus du sida.

(…) Cela permettra peut-être de mieux comprendre ma relation avec le révérend Wright. Aussi imparfait qu'il puisse être, il fait un peu partie de ma famille. Il a raffermi ma foi, célébré mon mariage et baptisé mes enfants. Pas une seule fois, dans mes conversations avec lui, je ne l'ai entendu parler d'un groupe ethnique quel qu'il soit en termes péjoratifs ni traiter les Blancs avec lesquels il était en rapport autrement qu'avec courtoisie et respect. Il réunit en lui les contradictions – bonnes et mauvaises – de la communauté qu'il sert avec dévouement depuis tant d'années. Je ne peux pas plus le renier que je ne puis renier la communauté noire. Je ne peux pas plus le renier lui que je ne pourrais renier ma grand-mère blanche, une femme qui m'a en partie élevé, qui a consenti d'innombrables sacrifices pour moi, qui m'aime plus que tout au monde, mais une femme qui m'a un jour avoué qu'elle avait peur lorsqu'elle croisait un Noir dans la rue, et qui, plus d'une fois, a proféré des stéréotypes raciaux ou ethniques qui me faisaient grincer des dents. Ces personnes font partie de moi. Et elles font partie de l'Amérique, ce pays que j'aime.

(…) Mais la race est une question que notre pays ne peut se permettre d'ignorer (…). Comme l'a écrit William Faulkner, "le passé n'est ni mort ni enterré. En fait, il n'est même pas passé". Inutile d'égrener ici l'histoire de l'injustice raciale dans ce pays. Mais nous devons absolument nous souvenir que beaucoup des disparités qui existent aujourd'hui au sein de la communauté afro-américaine trouvent directement leur origine dans les inégalités transmises par une génération qui a souffert de l'héritage brutal de l'esclavage et du racisme.

Les écoles réservées aux Noirs étaient, et sont toujours, de moins bonnes écoles; nous n'y avons toujours pas remédié (…) et l'enseignement inférieur qu'elles prodiguaient et continuent de prodiguer permet d'expliquer en partie l'écart que l'on continue de constater entre les résultats des étudiants noirs et ceux des Blancs.

La discrimination légale – par laquelle on empêchait les Noirs, souvent par la violence, d'acquérir une propriété; on refusait des prêts à des entrepreneurs afro-américains; on empêchait les Noirs propriétaires de leur logement de bénéficier de prêts hypothécaires avantageux; on excluait les Noirs des syndicats, de la police, du corps des pompiers – s'est traduite par l'impossibilité pour les familles noires d'accumuler un patrimoine qu'elles auraient pu transmettre aux générations suivantes. Cette histoire permet d'expliquer les différences de niveau de vie et de revenus entre Blancs et Noirs, ainsi que les poches de pauvreté qui subsistent aujourd'hui encore dans trop de communautés rurales et urbaines.

Le manque d'opportunités économiques accessibles aux hommes noirs, tout comme la honte et la frustration découlant de leur incapacité à subvenir aux besoins de leurs familles ont contribué à la dégradation de la condition des familles noires, un problème que les politiques d'aides sociales menées depuis de nombreuses années pourraient avoir aggravé. Et l'absence de nombreux services essentiels dans de nombreux quartiers urbains noirs – des aires de jeux pour les enfants, des rondes de police, un ramassage régulier des ordures et le respect du code de la construction – a contribué à générer un cycle de violence, de gâchis et d'abandon qui continue de nous hanter.

C'est là la réalité dans laquelle le révérend Wright et les autres Afro-Américains de sa génération ont grandi. Ils sont devenus adultes à la fin des années 1950 et au début des années 1960, à une époque où la ségrégation régnait encore en maître et où l'ascension sociale des Noirs était systématiquement entravée. Et ce qui est remarquable, ce n'est pas de constater combien ont échoué en raison de cette discrimination, mais le nombre d'hommes et de femmes qui ont su surmonter les obstacles; le nombre de ceux qui ont réussi à tracer un chemin en plein nulle part pour ceux qui, comme moi, viendraient après eux.

Mais si quelques-uns ont su, à force de persévérance, accéder à leur part du rêve américain, beaucoup d'autres n'y sont pas parvenus – tous ceux qui au bout du compte, d'une manière ou d'une autre, ont été vaincus par la discrimination. Cet héritage de défaite a été transmis aux générations suivantes –, tous ces jeunes hommes et, de plus en plus, ces jeunes femmes que nous voyons traîner aux coins des rues ou s'étioler dans nos prisons, sans aucun espoir ni aucune perspective d'avenir.

Et même parmi les Noirs qui s'en sont sortis, les questions de race et de racisme continuent de façonner de manière fondamentale leur vision du monde. Pour les hommes et les femmes de la génération du révérend Wright, le souvenir des humiliations, des doutes et des peurs n'a pas disparu; pas plus que la colère et l'amertume de ces années-là. Cette colère ne s'exprime peut-être pas en public, devant des collègues ou des amis blancs. Mais on l'entend s'exprimer chez le coiffeur ou à la table de la cuisine. Parfois, cette colère est exploitée par certains politiciens qui cherchent par là à s'assurer des voix en fonction de divisions raciales, ou à faire oublier leurs propres échecs.

Et à l'occasion, cette colère trouve sa voix à l'église un dimanche matin, en chaire ou parmi les fidèles. Le fait que tant de personnes soient surprises de percevoir cette colère dans quelques-uns des sermons du révérend Wright ne fait que nous rappeler le vieux truisme selon lequel le moment le plus racialement séparé de la vie américaine est le dimanche matin. Cette colère n'est pas toujours productive; en vérité, elle empêche trop souvent de se consacrer à résoudre les vrais problèmes; elle nous empêche de faire courageusement face à notre propre complicité dans notre condition, et elle empêche la communauté afro-américaine de nouer les alliances dont elle a besoin pour parvenir à un véritable changement. Mais la colère est réelle; elle est puissante; et se contenter de l'écarter d'un revers de main, de la condamner sans en comprendre les racines ne sert qu'à creuser encore le fossé d'incompréhension existant entre les races.

Pourtant, il existe une colère similaire dans certains secteurs de la communauté blanche. La plupart des Américains blancs appartenant à la classe ouvrière et à la classe moyenne n'ont pas le sentiment que leur race les a particulièrement avantagés. Leur expérience est celle des immigrants – pour ce qui les concerne, personne ne leur a jamais rien donné, ils sont partis de rien et ont gagné eux-mêmes ce qu'ils ont. Ils ont travaillé dur toute leur vie, et tout ça, bien souvent, pour voir leur emploi être délocalisé à l'étranger ou leur retraite réduite comme peau de chagrin après une vie entière de labeur. Ils sont inquiets pour leur avenir et sentent leurs rêves leur échapper; dans une époque de stagnation des salaires et de concurrence globale, on en vient à considérer les opportunités comme un jeu à gain nul dans lequel les rêves des uns se concrétisent aux dépens de ceux des autres.

C'est pourquoi quand on leur dit qu'ils doivent envoyer leurs enfants dans une école à l'autre bout de la ville; quand ils apprennent qu'un Afro-Américain a eu la priorité pour obtenir un travail intéressant ou une place dans une bonne université en raison d'une injustice à laquelle ils n'ont en rien participé personnellement; quand on leur dit que leurs craintes devant la criminalité sévissant dans les quartiers urbains procèdent sans doute de leurs préjugés, leur ressentiment s'accroît de jour en jour. Tout comme la colère au sein de la communauté noire, ce ressentiment ne s'exprime pas toujours de façon policée. Mais il a contribué à façonner le paysage politique depuis au moins une génération (…).

Voilà où nous en sommes aujourd'hui. Tel est le blocage racial dans lequel nous nous trouvons depuis des années. Contrairement à ce que prétendent certains de mes adversaires, blancs ou noirs, je n'ai jamais eu la naïveté de croire que nous pourrions dépasser nos divisions raciales en un seul cycle électoral, ou grâce à une seule candidature, surtout avec une candidature aussi imparfaite que la mienne. Mais j'ai voulu affirmer une conviction profonde, enracinée dans ma foi en Dieu et dans ma foi dans le peuple américain : en travaillant ensemble nous pourrons dépasser quelques-unes de nos vieilles blessures raciales, et en réalité nous n'avons pas le choix si nous voulons progresser sur la voie d'une union plus parfaite (…)

 

 Barack Obama

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26 mars 2008 3 26 /03 /mars /2008 22:45

Irak: plus de 50 morts dans les combats, ultimatum de Maliki

 

aux sadristes

 

BAGDAD (AFP)

  Deux jours de combats entre partisans du chef radical chiite Moqtada Sadr et forces irakiennes et américaines ont fait plus de 50 morts, alors que le Premier ministre Nouri al-Maliki a lancé mercredi un ultimatum aux miliciens chiites pour qu'ils déposent les armes.

 

Dans le même temps, Moqtada Sadr a appelé M. Maliki à négocier pour mettre fin aux affrontements qui ont commencé mardi à Bassorah (550 km au sud de Bagdad) puis gagné Bagdad et d'autres villes irakiennes.

 

Son mouvement, qui conteste la légitimité du gouvernement Maliki et exige d'être associé plus étroitement aux structures du pouvoir, a annoncé des manifestations jeudi dans la capitale irakienne, notamment.

 

Au moins 51 personnes ont été tuées depuis mardi dans les affrontements, selon un bilan provisoire établi par l'AFP auprès de différentes sources.

 

Ces combats, qui touchaient mercredi Bassorah, le quartier de Sadr City (à Bagdad) et les villes de Kout (175 km au sud-est de Bagdad), Diwaniyah (180 km au sud Bagdad) et Hilla (120 km au sud de Bagdad), ont fait également des centaines de blessés. La majorité des victimes sont des civils.

 

L'opération lancée mardi à Bassorah, principal centre pétrolier du sud de l'Irak, visait à mettre au pas la milice de Moqtada Sadr, l'Armée du Mahdi.

 

M. Maliki, qui y supervise les opérations militaires, a donné mercredi 72 heures aux miliciens chiites pour déposer les armes.

 

"S'ils ne déposent pas les armes, la loi sera appliquée", a annoncé le Premier ministre dans un communiqué.

 

Abdel Karim Khalaf, le porte-parole du ministère de l'Intérieur, a expliqué devant la presse que M. Maliki voulait donner la possibilité à "ceux qui n'ont pas de sang sur les mains" de se rendre.

 

Moqtada Sadr a demandé à M. Maliki de quitter Bassorah, selon le chef du bureau politique du mouvement sadriste à Najaf (centre-sud), Liwa Sumaysim. Le jeune chef chiite veut également que le Premier ministre envoie une délégation "pour résoudre la crise".

 

Liwa Sumaysim a par la suite annoncé que les sadristes organiseraient jeudi des manifestations à Bagdad et Amara (365 km au sud de Bagdad) pour exprimer leur défiance à l'égard du gouvernement Maliki.

 

Moqtada Sadr, qui respecte depuis fin août 2007 un cessez-le-feu unilatéral, avait menacé de lancer une campagne de protestation à travers le pays si l'offensive des forces gouvernementales se poursuivait.

 

Sa milice, la plus puissante du pays, s'est abstenue depuis de toute opération contre les armées irakienne et américaine. Celles-ci accusent toutefois des éléments incontrôlés de la milice de poursuivre leurs attaques.

 

Le commandement américain en Irak a appelé mercredi l'Iran à user de son influence pour stopper les violences à Bassorah.

 

"Nous aimerions que le gouvernement iranien honore ses engagements en aidant à améliorer la sécurité et la stabilité (de Bassorah), a déclaré le général Kevin Bergner lors d'une conférence de presse à Bagdad.

 

Bassorah, une ville d'1,5 million d'habitants, et sa province, riche en pétrole et véritable poumon économique du pays, sont l'objet d'une violente concurrence entre factions chiites depuis le retrait à la mi-décembre des forces britanniques qui occupaient cette région stratégique depuis mars 2003.

 

Dans le même temps, deux soldats américains ont été tués mercredi à Bagdad, a annoncé l'armée américaine, qui n'a pas précisé s'ils étaient morts dans les combats avec les activistes chiites.

 

Par ailleurs, plusieurs projectiles ont visé la "zone verte", l'enclave fortifiée au centre de Bagdad qui abrite les institutions irakiennes et l'ambassade américaine. Trois responsables américains ont été blessés.

 

Selon des sources de sécurité irakiennes, un obus qui a explosé à l'extérieur de la zone contre un immeuble d'habitation a également fait un tué et blessé quatre résidents. Deux autres attaques au mortier ont fait cinq morts dans la capitale.

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26 mars 2008 3 26 /03 /mars /2008 22:39


Palestiniens : Fatah et Hamas acceptent un dialogue en vue

d'une réconciliation

 

Les mouvements palestiniens, le Fatah et le Hamas, ont signé dimanche un accord où ils acceptent d'engager le dialogue sur la base d'une initiative yéménite de réconciliation, a annoncé le ministre yéménite des Affaires étrangères, Abou Bakr al-Kourbi.

Le document, intitulé "Déclaration de Sanaa" a été signé par Azzam Al-Ahmad, chef du groupe parlementaire du Fatah, et le numéro deux du bureau politique du mouvement, Moussa Abou Marzouk, en présence du président yéménite Ali Abdallah Saleh, a constaté un journaliste de l'AFP.

"Les mouvements Fatah et Hamas sont convenus de considérer l'intiative yéménite comme un cadre pour la reprise du dialogue entre eux en vue de revenir à la situation palestinienne antérieure aux événements de Gaza, afin de confirmer l'unité de la patrie palestinienne en tant que terre, peuple et autorité", stipule le texte signé par les deux mouvements rivaux.

Ce texte, lu devant les journalistes par M. Kourbi, est le fruit de difficiles tractations que les autorités yéménites ont menées avec les représentants du Hamas et du Fatah ces derniers jours à Sanaa, dans le cadre de leur initiative proposant notamment un retour à la situation qui prévalait avant la prise du pouvoir par la force dans la bande de Gaza par le mouvement islamiste en juin 2007.

Outre le retour à la situation antérieure au 15 juin à Gaza, l'initiative yéménite prévoyait initialement des élections anticipées dans les territoires palestiniens, la reprise du dialogue sur la base d'accords antérieus signés au Caire (2005) et à La Mecque (2007), et la remise sur pied des forces de sécurité sous la conduite de l'Autorité nationale palestinienne et d'un gouvernement d'union nationale.

Une tentative de médiation yéménite avait échoué jeudi, mais Sanaa avait affirmé que le dialogue reprendrait ce weekend. Les parties palestiniennes s'étaient rejeté la responsabilité de l'échec.

 

Lundi 24 Mars 2008

aloufok.net

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26 mars 2008 3 26 /03 /mars /2008 22:32

C'est bien de réfléchir, même pour un sous-préfet !

 

"Bruno Guigue, tu connais !?"
"ancien sous-préfet de Saintes, ville de la Charente-Maritime en France"
"tu fais bien de préciser parce que tout le monde sur Internet ne connais pas comme si la France est le nombril du monde !"
"que lui arrive-t-il à ce haut fonctionnaire de la non moins haute administration française ?"
"il est viré."
"viré... viré... au chômage ?"
"non, seulement rétrogradé"
"ah bon, ce n'est donc pas tout à fait grave, il est peut-être syndiqué"
"non... pas à ce niveau... un sous-préfet obéit et exécute point barre"
"pas le droit de réfléchir, de penser !?"
"peut-être de penser mais pas de réfléchir..."
"c'est quoi la différence ?"
"penser c'est exercer son esprit en combinant des idées, alors que réfléchir c'est penser mûrement et plus d'une fois à quelque chose"
"en somme, réfléchir c'est penser plus !"
"pas seulement... ça peut aussi signifier qu'on a un doute sur le sujet"
"oui, je vois... un sous-préfet n'a pas le droit de douter"
"pas du tout, sinon il risque de ne plus obéir et par conséquent ne plus exécuter..."
"comme Jean Moulin !"
"un peu... je ne connais pas le parcours de Bruno Guigue mais celui de Jean Moulin est éloquent et mérite qu'on s'attarde un petit peu..."
"allons-y alors !"

En 1922, Jean Moulin entre dans l'administration préfectorale, comme chef de cabinet du préfet de la Savoie, poste très important pour son âge, sous la présidence d'Alexandre Millerand.
De 1925 à 1930, il est sous-préfet d'Albertville. Il est à l'époque le plus jeune sous-préfet de France, sous la présidence de Gaston Doumergue.
En 1930, il est sous-préfet de Châteaulin dans le Finistère. Il y fréquentera des poètes locaux comme Saint-Pol-Roux à Camaret et Max Jacob à Quimper.
En 1932, Pierre Cot homme politique radical-socialiste, le nomme chef adjoint de son cabinet aux Affaires étrangères en décembre 1932 sous la présidence de Paul Doumer.
En 1933, il est sous-préfet de Thonon-les-Bains et occupe parallèlement la fonction de chef de cabinet de Pierre Cot au ministère de l'Air sous la présidence d'Albert Lebrun.
En 1934, il est sous-préfet de Montargis et secrétaire général de la préfecture de la Somme à Amiens.
En 1936, il est à nouveau nommé chef de cabinet au ministère de l'Air du Front populaire d'où il aide les résistants républicains espagnols anti-franquistes en leur envoyant des avions et des pilotes.
En janvier 1937, il devient le plus jeune préfet de France d'Aveyron, à Rodez à l'âge de 38 ans.
En 1938, il est préfet de Charente.

"carrière prestigieuse... dis donc !"

En 1939, il est nommé préfet d'Eure-et-Loir à Chartres.
Sergent de réserve, il veut s'engager, mais l'administration l'oblige à conserver son poste de préfet d'où il s'emploie à assurer la sécurité de la population.
Il est arrêté en juin 1940 sous le Régime de Vichy par les Allemands parce qu'il refuse d'accuser une troupe de tirailleurs africains de l'Armée française d'avoir commis des atrocités envers des civils à La Taye, un hameau près de Saint-Georges-sur-Eure, en réalité victimes de bombardements allemands. Maltraité et enfermé pour refus de complicité avec les Allemands, il tente de se suicider en se tranchant la gorge avec un débris de verre. Il évite la mort de peu et gardera à vie une cicatrice qu'il cachera sous une écharpe.

"il était enclin à réfléchir !"

En raison de ses idées républicaines marquées à gauche comme radical-socialiste et de son appartenance à la franc-maçonnerie, il est révoqué par le Régime de Vichy du maréchal Philippe Pétain le 2 novembre 1940 et placé en disponibilité.

"un peu comme ce qui arrive à Bruno Guigue"

Il s'installe dans sa maison familiale de Saint-Andiol (Bouches-du-Rhône) d'où, à la suite de l'appel du 18 juin 1940 par le général de Gaulle depuis Londres, il prend contact et entre dans la Résistance française.
En septembre 1941, il rejoint Londres en passant par l'Espagne et le Portugal, par ses propres moyens, sous le nom de Joseph Jean Mercier. Il est reçu par le général de Gaulle à qui il fait un compte-rendu controversé de l'état de la Résistance en France et de ses besoins notamment financiers et en armement. Son compte-rendu donnera lieu à de nombreuses contestations de la part des mouvements de résistance comme portant atteinte aux actions de renseignements au profit de l'armée anglaise, au financement et à la fourniture d'armes au profit de chacun d'entre eux .

"il fait plus que douter... il désobéit, purement et simplement et fait le choix de résister à l'occupation !"

Misant sur l'intelligence et les capacités de Jean Moulin, le général de Gaulle le charge d'unifier les mouvements de résistance et tous leurs différents services (propagande, renseignements, sabotage, entraide, etc.) sur le territoire français et notamment le plus important mouvement Combat dirigé par Henri Frenay, afin d'en faire une armée secrète des forces françaises libres complètement placée sous ses ordres. Avec des ordres de mission, des moyens financiers et de communication directe avec le général de Gaulle à Londres, il est parachuté dans les Alpilles dans la nuit du 1er janvier 1942 à 15 km de Saint-Andiol qu'il rejoint à pied. Il prend le pseudonyme évocateur de Rex dans la Résistance.
Le 27 novembre 1942 est créé le Comité de coordination de Zone Sud à Collonges au Mont d'Or dans le but de coordonner avec la mouvance communiste les trois mouvements principaux de résistance de la zone libre.
Jean Moulin et ses alliés communistes cherchent - non sans mal - à y être prépondérant sur les trois chefs Henri Frenay (Combat), Emmanuel d'Astier de La Vigerie (Libération-Sud) et Jean-Pierre Lévy (Franc-Tireur).
Il utilise ensuite ses dons artistiques pour sa couverture de marchand d'art et ouvre la galerie d'art « Romanin » - pseudonyme d'artiste de Jean Moulin - au 22 rue de France à Nice. En février 1943, il retourne rendre compte de sa mission à Londres avec le général Delestraint, le chef de l'Armée Secrète communément choisi par les mouvements de résistance et par le général de Gaulle pour uniquement diriger leurs actions militaires sous l'ordre direct de ce dernier.
Ceux-ci considèrent alors la reconnaissance du général de Gaulle et de son délégué unique Jean Moulin en tant que chefs politiques de la Résistance comme étant uniquement politique et donc prématurée.
En février 1943, Jean Moulin retourne à Londres rendre compte de sa mission au général de Gaulle qui le décore de la Croix de la Libération et le nomme secrètement comme ministre membre du Comité national français et seul représentant de ce Comité en métropole.

"de préfet, il devient même ministre !"

Il retourne en France le 21 mars 1943, sous le pseudonyme de Max, chargé de créer le CNR (Conseil national de la Résistance), tâche complexe, car il reste toujours mal reconnu par les mouvements de résistance. La première réunion en séance plénière du CNR se tient à Paris, 48 rue du Four, le 27 mai 1943.
Il parvient non sans mal à se faire admettre en tant que chef du CNR qui réunit les chefs de tous les groupes de résistance française. Le CNR représente alors l'unité des forces militaires secrètes françaises reconstituées aux yeux des alliés et la légitimité de la France et du général de Gaulle comme seul chef de cette armée et chef politique de la France.
Il favorise avec les mouvements communistes la création du grand maquis du Vercors également controversé par les mouvements de résistance [2]comme étant trop important et trop vulnérable pour entreprendre efficacement des actions de guérilla. Ce maquis sera effectivement détruit par les forces nazies dans des conditions sanglantes début 1944.
Il est arrêté à la suite d'une dénonciation supposée le 21 juin 1943 à Caluire-et-Cuire (Rhône), dans la banlieue de Lyon dans la maison du docteur Dugoujon, où se tenait une réunion avec les principaux chefs de la Résistance. Après avoir été identifié et interrogé par le chef de la Gestapo Klaus Barbie au Fort Montluc de Lyon, il est transféré à la Gestapo de Paris où il est torturé. Il meurt le 8 juillet 1943 aux environs de Metz, dans le train Paris-Berlin qui le conduisait en Allemagne pour être de nouveau interrogé.


"ça te bouche un trou !"
"oh oui ! .. au fait, à quoi a-t-il réfléchi l'ancien sous-préfet Bruno Guigue ?"
"à ce qui arrive en Palestine sous occupation..."
"ah d'accord"

Al Faraby
Mercredi, 26 mars 2008

Ps.
Dans une tribune publié le jeudi 13 mars 2008, M. Guigue estime notamment qu'Israël est "le seul Etat au monde dont les snipers abattent des fillettes à la sortie des écoles". Il ironise également sur les "geôles israéliennes, où grâce à la loi religieuse, on s'interrompt de torturer pendant Shabbat".
La ministre de l'Intérieur, Michèle Alliot-Marie, a été mise au courant du contenu de cette tribune et a immédiatement décidé de mettre fin aux fonctions de M. Guigue, a-t-on indiqué au ministère de l'Intérieur.

 

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25 mars 2008 2 25 /03 /mars /2008 22:44

« tue une centaine de turcs, puis repose-toi... »


Par Uri Avnery, Gush Shalom, 8 mars 2008

 

Cette semaine, Je me suis rappelé une vieille légende à propos d’une mère juive faisant ses adieux à son fils, qui a été appelé sous les drapeaux de l’armée du Tsar contre les Turcs.

 

“Ne t’expose pas trop”, le prévient-elle, “tue un turc, puis repose-toi. Tue en un autre, puis repose-toi encore...”

 

“Mais Mère, s’exclame-t-il, et si le turc me tue ?”

 

“Te tuer ? s’écrie-t-elle, et pourquoi ? Que lui as-tu fais ?”

 

Ca n’est pas une plaisanterie (ce n’est pas une semaine à plaisanter). C’est une leçon de psychologie. Je m’en suis rappelé alors que je lisais la déclaration d’Ehud Olmert déclarant que rien ne l’avait rendu plus furieux que les explosions de joie à Gaza après l’attaque à Jérusalem, dans laquelle huit étudiants d’une yeshiva ont été tués.

 

Auparavant, la semaine dernière, l’armée israélienne a tué 120 palestiniens dans la bande de Gaza, la moitié étant des civils, parmi lesquels des douzaines d’enfants. Cela n’était pas “tue un turc puis repose-toi”. C’était “tue cent turcs puis repose-toi”. Mais Olmert ne comprend pas.

 

La Guerre des Cinq Jours à Gaza (ainsi que l’appelle le dirigeant du Hamas) ne fut qu’un autre court chapitre du conflit Israélo-Palestinien. Ce monstre sanglant n’est jamais satisfait, son appétit ne fait que grandir en mangeant.

 

Ce chapitre a commencé par “l’assassinat ciblé” de cinq responsables du Hamas à l’intérieur de la Bande de Gaza. La “réponse” fut une salve de roquettes, et cette fois non seulement sur Sderot, mais aussi sur Ashkelon et Netivot. La “réponse” à la “réponse” fut l’incursion de l’armée et la tuerie en masse.

 

Le but proclamé, comme toujours, était de stopper le lancement de roquettes. Le moyen : tuer un maximum de palestiniens, pour leur donner une leçon. La décision était basée sur le concept israélien habituel : frapper la population civile encore et encore, jusqu’à ce qu’elle rejette ses dirigeants. Cela a été tenté des centaines de fois et a échoué des centaines de fois.

 

Comme si la folie des propagateurs de ce concept n’avait pas été déjà démontrée, l’ex-général Matan Vilnai en a donné la preuve en déclarant à la télévision que “les Palestiniens attirent sur eux une Shoah”. Le mot hébreux Shoah est connu dans le monde entier, et a un sens très clair : l’holocauste mené par les Nazis contre les juifs. L’expression utilisée par Vilnai se propagea comme un feu de paille à travers le monde arabe et déclencha une onde de choc. J’ai moi-même reçu des douzaines d’appels et de message email du monde entier. Comment convaincre les gens que dans l’usage commun, Shoah veut “seulement” dire un grand désastre, et que le General Vilnai, ancien candidat au poste de chef d’état major, n’est pas la personne la plus intelligente ?

 

Il y a quelques années, le président Bush a appelé à une “Croisade” contre le terrorisme. Il ne savait absolument pas que pour des millions d’arabes, le mot “Croisade” évoque l’un des plus grands crimes de l’histoire de l’humanité, le massacre affreux commis par les premiers croisés contre les musulmans (et les juifs) dans les ruelles de Jérusalem. Dans un concours d’intelligence entre Bush et Vilnai, le résultat, s’il y en avait un, serait incertain.

Vilnai ne comprend pas ce que le mot “Shoah” veut dire pour les autres, et Olmert ne comprend pas pourquoi Gaza se réjouit après les attaques contre la yeshiva de Jérusalem.

Des hommes aussi avisés dirigent le pays, le gouvernement et l’armée. Des hommes aussi avisés contrôlent l’opinion publique à travers les médias. Voici ce qu’ils ont tous en commun : le peu de sensibilité aux sentiments de ceux qui ne sont pas juifs/israéliens. De là découle leur incapacité à comprendre la psychologie de l’autre camp, et finalement les conséquences de leurs déclarations et de leurs actions.

 

Cela montre également leur incapacité à comprendre pourquoi le Hamas clame victoire après la Guerre des Cinq Jours. Pourquoi victoire ? Après tout, seuls deux soldats israéliens et un civil israélien furent tués, comparés aux 120 palestiniens tués, combattants et civils.

 

Mais cette bataille s’est livrée entre l’une des armées les plus puissantes du monde, équipée des armes les plus modernes, et quelques milliers d’irréguliers avec des armes primitives. Si la bataille se termine sur un match nul, et de telles batailles finissent toujours par un match nul, cela devient une grande victoire pour le camp le plus faible. Ce fut le cas lors de la deuxième guerre du Liban et dans cette guerre de Gaza.

 

(Benyamin Netanyahou fit cette semaine une des déclarations les plus idiotes, lorsqu’il a demandé que “l’armée israélienne passe de la guerre d’usure à la décision”. Dans un tel conflit, il n’y a jamais de décision.)

 

L’effet réel d’une telle opération n’est pas décrit par les faits matériels et le quantitatif : tant de morts, tant de blessés, tant de destruction. Il s’exprime à travers des conséquences psychologiques qui ne sont pas mesurables, et restent donc étrangères aux cerveaux des généraux : combien de haine a été ajoutée à la poudrière, combien de kamikazes potentiels, combien de personnes ont juré vengeance et sont devenues des bombes à retardements, comme cette semaine ce jeune de Jérusalem qui se réveilla un matin, se procura une arme, alla à la yeshiva Mercaz Harav, la mère de toutes les colonies, et tua autant qu’il le put.

 

En ce moment, les dirigeants politiques et militaires se réunissent pour discuter de la marche à suivre et comment “répondre”. Aucune idée nouvelle ne vient, ni ne surgira, car aucun de ces politiciens et généraux ne sont capables d’élaborer une idée nouvelle. Ils peuvent seulement revenir aux centaines de choses qu’ils ont déjà fait, et qui ont échoué des centaines de fois.

 

Le premier pas pour sortir de cette folie est la capacité de remettre en question tous nos concepts et méthodes de ces 60 dernières années et de tout repenser depuis le début.

 

C’est toujours difficile. C’est encore plus difficile pour nous, car nos dirigeants n’ont aucune ouverture d’esprit - leur pensée suit de très près la pensée des dirigeants américains.

 

Cette semaine, un document absolument choquant a été publié : un article de David Rose pour Vanity Fair, qui décrit comment les officiels américains ont dictés ces dernières années chaque pas des dirigeants palestiniens, jusqu’aux détails les plus minutieux. Bien que l’article n’évoque pas les relations Israélo-Palestiniennes (ce qui est en soi une omission surprenante), cela va sans dire que le discours américain, y compris dans les éléments les plus ténus, est coordonné avec le gouvernement israélien.

 

Pourquoi choquant ? Rien de nouveau, en termes généraux. Dans ce contexte, cet article ne présente aucune surprise :

 

a) les américains ont ordonné à Mahmoud Abbas de tenir des élections parlementaires, afin de présenter Bush comme le faiseur de démocratie au Moyen-Orient.

 

b) le Hamas fut la gagnant surprise.

 

c) Les américains imposèrent un boycott des palestiniens afin rendre nuls les résultats de l’élection.

 

d) Abbas divergea un moment de la politique qu’on lui dictait et sous les auspices de l’Arabie Saoudite (et la pression) conclut un accord avec le Hamas.

 

e) les américains mirent fin à cet accord et obligèrent Abbas à confier la direction de tous les services de sécurité à Muhammad Dahlan, qu’ils choisirent pour le rôle de l’homme fort de la Palestine,

 

f) les américains procurèrent argent et armes en grandes quantités à Dahlan, entraînèrent ses hommes et lui ordonnèrent d’exécuter un coup d’état militaire contre le Hamas dans la bande de Gaza,

 

g) le gouvernement Hamas élu prévint ce coup et entreprit son propre contre-coup d’état.

Encore une fois, rien de nouveau. Ce qui est nouveau, c’est que le mélange d’informations, de rumeurs et de suppositions perspicaces s’est condensé dans un rapport référencé et appuyé par des preuves, basé sur des documents américains officiels. Il témoigne de l’ignorance abyssale des américains, qui dépasse même l’ignorance israélienne, des processus internes des palestiniens.

 

George Bush, Condoleezza Rice, le néocon sioniste Elliott Abrams et une brochette de généraux américains, dénués de toute connaissance, rivalisent avec Ehud Olmert, Tzipi Livni, Ehud Barak et notre propre brochette de généraux, dont la compréhension ne va à peine plus loin que le bout du canon de leur tanks.

 

En attendant, les américains ont détruit Dahlan en exposant publiquement son rôle d’agent pour eux, avec pour ligne de conduite : “c’est un fils de pute mais c’est notre fils de pute”.

Cette semaine Condoleezza porta un coup mortel à Abbas. Il avait annoncé dans la matinée qu’il suspendait les négociations de paix (insignifiantes) avec Israël, c’est-à-dire le minimum qu’il pouvait faire en réponse aux atrocités de Gaza. Rice, qui pris connaissance de l’information alors qu’elle prenait son petit-déjeuner en l’excitante compagnie de Livni, appela immédiatement Abbas et lui ordonna d’annuler son annonce. Abbas capitula et s’exposa ainsi à son peuple dans toute sa faiblesse.

 

La Logique n’a pas été donnée en partage au peuple d’Israël sur le Mont Sinaï, mais a été offerte depuis le Mont Olympe aux grecques de l’antiquité. Malgré cet inconvénient, essayons de l’appliquer.

 

Qu’est ce que notre gouvernement tente de faire à Gaza ? Il veut renverser le Hamas (et dans la foulée mettre fin aux tirs de roquettes contre Israël).

 

Il a tenté de réaliser cela en imposant un blocus total sur la population, espérant qu’elle se rebellerait et renverserait le Hamas. Echec. Une alternative serait de réoccuper toute la Bande. Cela coûterait cher en vie de soldats, peut-être plus que ce que l’opinion publique israélienne n’est prêt à payer. Par ailleurs, cela ne résoudra rien, puisque le Hamas reviendra lorsque les troupes israéliennes se retireront. (Appliquant ainsi la première règle énoncée par Mao Zedong pour les guérillas : “quand l’ennemi avance, retirez-vous. Quand l’ennemi se retire, avancez.”

 

Le seul résultat de la Guerre des Cinq Jours est le renforcement du Hamas et le ralliement du peuple palestinien derrière lui, pas seulement dans la bande de Gaza, mais dans toute la Cisjordanie et à Jérusalem. La célébration de leur victoire était justifiée. Le lancement des roquettes ne s’arrêtera pas. Leur portée augmente.

 

Mais supposons que cette politique avait réussi et que le Hamas avait été brisé. Ensuite ? Abbas et Dahlan ne pourraient que se soumettre aux tanks israéliens, comme sous-traitant de l’occupation. Aucune compagnie d’assurance ne voudrait les assurer sur la vie. Et si ils ne se soumettaient pas, ce serait le chaos, duquel des forces extrémistes émergeraient, telles que l’on ne peut même pas l’imaginer.

 

Conclusion, le Hamas est là. Il ne peut pas être ignoré. Nous devons conclure un cessez-le-feu avec lui. Pas une offre honteuse de “si vous cessez de tirer d’abord, nous cesserons de tirer”. Un cessez-le-feu, comme un tango, nécessite deux participants. Il doit provenir d’un accord détaillé qui inclut la cessation de toute hostilité, armée ou autre, dans tous les territoires.

 

Le cessez-le-feu ne tiendra pas si il n’est pas accompagné par des négociations accélérées pour un armistice à long terme (hudna) et la paix. De telles négociations ne peuvent pas être tenues avec le Fatah sans le Hamas, ou avec le Hamas sans le Fatah.

Ainsi, nous avons besoin d’un gouvernement palestinien qui inclut ces deux mouvements. Il doit comprendre des personnalités qui parlent à tout le peuple palestinien, tel que Marwan Barghouti.

 

C’est l’exact opposé de la politique israélo américaine actuelle, qui interdit à Abbas ne serait-ce que de parler avec le Hamas. Chez tous les dirigeants israéliens, comme chez tous les dirigeants américains, il n’y a personne pour oser le proposer ouvertement. Ainsi, ce qui a été, sera.

 

Nous tuerons une centaine de turcs et nous reposerons. Et de temps en temps, un turc viendra et tuera quelques uns d’entre nous.

 

Mais pourquoi, enfin ? Qu’est ce que nous leur avons fait ?

 

Référence : http://contreinfo.info/article.php3?id_article=1812

 

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