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19 mars 2008 3 19 /03 /mars /2008 17:34
Nombreuses manifestations à travers
 
 les Etats-Unis contre la guerre en
 
Irak
 
WASHINGTON (AP)
 
 De nombreuses manifestations et rassemblements étaient prévus ce mercredi aux Etats-Unis en signe de protestation contre la guerre en Irak, entrée dans sa sixième année.
 
Treize personnes ont été arrêtées à Washington pour avoir bloqué des entrées du siège de l'IRS (Internal revenue service), l'agence nationale qui collecte les impôts et fait respecter les lois fiscales.
 
Plus de cent personnes s'étaient rassemblées devant le bâtiment pour scander "C'est une scène de crime" et "vous arrêtez les mauvaises personnes".
 
Les manifestants ont expliqué avoir choisi l'IRS car c'est là que sont récoltés les impôts servant à financer la guerre.
 
En Ohio, plus de vingt veillées, rassemblements et défilés étaient prévus ce jour.
 
Des douzaines de manifestants se sont également rendus devant l'Institut américain du pétrole avec des banderoles portant les slogans "Hors d'Irak" et "Pas de guerre, pas de réchauffement". Certains criaient: "Pas de sang pour du pétrole".
 
Dans tout le pays, des étudiants ont prévu des grèves surprises, tandis qu'à l'université du Minnesota, certains prévoyaient de fermer les bureaux de recrutement de l'armée.
 
"C'est la première fois qu'on observe des actions coordonnées de désobéissance civile", a remarqué Barbra Bearden, responsable de la communication pour le groupe Peace Action. "Des gens qui n'avaient jamais fait ce genre de choses auparavant se lèvent et décident qu'il est temps d'agir".
 
Dans la banlieue de Miami, Linda Belgrave, professeur de sociologie à l'université de Miami, et quelques autres personnes ont tenu des panneaux contre la guerre devant les conducteurs coincés dans les embouteillages matinaux, non loin d'un bâtiment militaire. "C'est le début d'un sixième année de cette horreur et il faut que ça cesse", a déclaré Linda Belgrave.
 
Mardi, une dizaine de personnes ont été arrêtées au cours d'un rassemblant contre la guerre dans l'Etat de New York. Ils étaient environ 60 à participer à la manifestation qui a démarré à l'université de Binghamton avant de se déplacer vers un centre de recrutement de l'armée. Selon la police, les participants ont bouleversé la circulation sur leur parcours, causant deux accidents à Vestal (New York). AP
 
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17 mars 2008 1 17 /03 /mars /2008 21:39
La route de l'apartheid qui conduit au check-point de la honte
 
( Michel Bôle-Richard )
 
 
 
A partir de 3 heures du matin, ils se pressent sous un auvent de tôle pour s'abriter du froid. Le check-point de Makkabim n'ouvre qu'à 5 heures, mais plus on est là tôt, plus on passe vite.
Une Jeep de l'armée israélienne est postée à une cinquantaine de mètres. Un soldat fait régner l'ordre dans la foule qui grossit au fil de l'aube naissante : cette main-d'oeuvre palestinienne vient des villages environnants, mais également de beaucoup plus loin en Cisjordanie, Bethléem, Hébron, Ramallah.
 
Tous arrivent par une petite route bloquée par des cubes de ciment et traversent, à pied, l'autoroute 443, afin de pouvoir pénétrer en Israël. Tous vont louer leurs services à des entreprises. Pour pouvoir le faire, ils doivent obtenir un permis de trois mois. Vers 5 heures, ils sont plusieurs centaines à attendre leur tour face à deux guérites où des soldats examinent leurs papiers puis fouillent leurs sacs en plastique emplis des victuailles pour la journée.
 
"On nous traite comme des animaux, comme du bétail, raconte l'un des travailleurs palestiniens. Lorsqu'il pleut, c'est terrible ! L'autre jour, les soldats ont dispersé les feux que nous avions allumés pour nous réchauffer. Comme punition, on n'a pas pu aller travailler. Une journée de perdue !"
 
Chaque jour, le même scénario se reproduit au check-point Makkabim sur la route 443, à une vingtaine de kilomètres à l'ouest de Jérusalem. "Tout dépend du capitaine. Quelquefois cela se passe bien, d'autres fois c'est le calvaire. On se fait insulter, crier dessus. Nous sommes des esclaves", explique un ouvrier, dans ses vêtements de travail maculés de plâtre. Le va-et-vient des véhicules militaires est incessant en raison de la présence d'une base militaire située à proximité. Nous sommes juste à la frontière de la Cisjordanie.
 
Une fois le check-point franchi, une nouvelle attente commence, celle de l'employeur venu chercher ses ouvriers. On s'entasse dans des camionnettes, des taxis, vers les lieux de labeur.
Beaucoup se lèvent à 2 heures ou 3 heures pour gagner leur pitance. "Nous n'avons pas le choix. Chez nous, il n'y a pas de travail." Le soir, à partir de 16 heures, la navette s'effectue dans l'autre sens. Les employeurs ramènent leurs employés. Ils sont déversés devant les blocs de béton et repartent chez eux, en Cisjordanie, avec 200 ou 250 shekels (37 ou 47 euros) en poche.
 
Certains sont à vélo. Ils reviennent de Modi'in, la ville-dortoir israélienne à mi-chemin entre Jérusalem et Tel-Aviv, qui se développe comme un énorme champignon blanc à flanc de colline. Beaucoup ont leurs outils dans leur sacoche et d'autres rapportent quelques matériaux de récupération qui enjoliveront leur maison. Quelques-uns louent leur force de travail à la journée, d'autres à la semaine ou au mois. Patrons et ouvriers se connaissent. Certains depuis longtemps. D'ailleurs, le permis ne s'obtient qu'après demande de l'employeur.
 
L'un d'entre eux, Nimrod Kriegel, est satisfait. Cela fait des années qu'il fait travailler le père dans son entreprise de jardinage. Aujourd'hui, il a embauché le fils. "Je le fais pour aider les Palestiniens et parce que l'on ne trouve personne en Israël. Je pense que le sort qui est fait aux Palestiniens est une honte. La loi devrait être la même pour tout le monde. Et, croyez-moi, je ne suis pas le seul à le penser !"
 
Une voiture de police s'arrête. Une lueur d'inquiétude passe dans les yeux de ces frontaliers. Mais ce ne sont que deux Palestiniens que les forces de l'ordre ramènent au bercail, menottés et jambes entravées. Ils ont été cueillis à Tel-Aviv sans permis et donc réexpédiés de l'autre côté de la barrière. "M'en fous, dit George, j'y retournerai. Ce n'est pas la première ni la dernière fois que je suis expulsé." Policier à Ramallah, il explique : "Je veux gagner de l'argent et trouver un vrai job."
 
Le check-point Makkabim est un goulot d'étranglement situé sur la barrière de sécurité qui sépare Israël des territoires occupés. La route 443, située en territoire palestinien, est devenue le deuxième axe permettant de relier Tel-Aviv à Jérusalem avec la route numéro 1. Pour l'agrandir, les Israéliens ont saisi les terres des Palestiniens, assurant que la loi l'autorisait parce que c'était "au bénéfice de la population locale".
 
Lorsque la deuxième Intifada a éclaté, en septembre 2000, la 443 est devenue périlleuse pour les usagers israéliens. Il y a eu des attaques et des jets de pierres. En 2002, l'usage en a été interdit aux Palestiniens car, en plus, elle conduit à plusieurs colonies. Depuis, un long mur jouxte, de chaque côté, cette autoroute. Mais les Palestiniens n'ont toujours pas le droit de l'emprunter. Sept villages comptant entre 30 000 et 35 000 habitants sont coupés de leur voie naturelle. La population fait de longs détours pour se déplacer. Pour franchir la 443, des tunnels et un pont ont été aménagés.
 
Les flots de voitures ne se mélangent plus. D'un côté les Israéliens, de l'autre les Palestiniens. Ces derniers l'appellent désormais "la route de l'apartheid". "La route de l'apartheid qui conduit au check-point de la honte", font remarquer deux dames d'un certain âge venues constater sur place comment les Palestiniens sont traités. Toutes deux appartiennent à l'organisation Marsom Watch, spécialisée dans la surveillance de ces points de passage. "Je viens d'Afrique du Sud, s'indigne Hannah Darag. J'ai connu l'apartheid. Je ne vois pas la différence. Quelquefois, j'ai honte de ce que nous avons contribué à faire naître." Pour le professeur David Kretzmer, spécialiste de droit international à l'université hébraïque de Jérusalem, "la route 443 est l'exemple de la tyrannie de l'occupation".
 
Beit Sira, l'un des plus gros villages palestiniens situés près du check-point Makkabim, est en train de dépérir car il est coupé du monde. "S'ils ferment le tunnel, nous sommes prisonniers, constate Abou Ahmed, 30 ans, employé à la mairie. Pour aller à Ramallah, il nous faut désormais cinq fois plus de temps. Trois personnes sont mortes d'infarctus parce qu'elles sont arrivées trop tard à l'hôpital. Ce n'est même pas la peine d'appeler les pompiers s'il y a le feu, car tout sera fini avant qu'ils arrivent. Toutes les marchandises coûtent plus cher à cause de l'allongement du transport alors que la 443 est à moins de 1 km."
 
L'association de défense des droits de l'homme B'Tselem souligne que, depuis que cette interdiction est en vigueur, plus de cent petits commerces ont été contraints de fermer leurs portes. Un vieil habitant de Beit Sira rappelle que son père a aidé à construire cette route sous le mandat britannique, que des terres ont été prises à sa famille pour l'élargir et que, désormais, ils n'ont plus le droit d'y mettre les pieds. L'affaire n'est pas close sur le plan judiciaire. Des recours ont été intentés contre cette spoliation doublée d'une ségrégation.
 
Le maire de Beit Sira, Ali Abou Saffia, qui a pris la tête de la lutte contre la fermeture de la 443 aux Palestiniens, espère que la Cour suprême d'Israël leur donnera raison. Il a refusé la proposition de l'administration militaire de mettre en place un service d'autocars dûment contrôlés qui seraient autorisés à utiliser la 443 seulement de jour. Le maire a estimé que cela aurait été une manière d'accepter cet état de fait. L'armée fait valoir qu'il est de son devoir de protéger les automobilistes israéliens. Tout Palestinien surpris en train de traverser la 443 est passible d'une forte amende. Plusieurs miradors en béton hauts d'une quinzaine de mètres permettent de surveiller toutes les allées et venues. Le tunnel n'autorise le passage que d'une seule voiture à la fois.
 
De l'autre côté, dans le village de Deir Qaddis, Abdul Rahim Nasser, secrétaire du conseil des communes, sort d'immenses cartes pour expliquer comment est né leur isolement. Comment ils se sont battus pour faire modifier à trois reprises le tracé du mur. Quels chemins détournés ils sont obligés de prendre pour se rendre à Ramallah. Pour expliquer comment, aussi, son village est désormais cerné par les colonies et les implantations sauvages. "Ils confisquent les terres selon leur bon vouloir, dit-il. Ils nous l'annoncent en jetant les papiers par terre ou en les épinglant contre les arbres. Et nous n'avons même pas la possibilité de nous rendre à Jérusalem pour nous plaindre."
 
Abdul Rahim Nasser montre les maisons blanches de Modi'in Illit construites sur les terres palestiniennes. Il désigne du doigt les colonies sauvages de Nili et Na'alé qui se sont installées "sur les champs où l'on semait du blé et de l'avoine". Au loin, une énorme carrière a éventré une colline pour fournir les matériaux nécessaires à l'extension de Modi'in Illit. La construction marche bien dans les colonies. Et ce sont les Palestiniens qui fournissent une partie de la main-d'oeuvre. Ceux qui chaque jour subissent les vexations au check-point de Makkabim.
 
Régulièrement, des manifestations ont lieu pour protester contre la ségrégation de la 443 et dénoncer le sort fait aux habitants de ce secteur qui ont toujours vécu sur ces terres. Abdul Rahim Nasser montre sur une étagère les cartouches de grenades lacrymogènes et quelques douilles de balles, témoignages d'une lutte contre l'envahisseur. Mais il n'y croit plus guère.
"Qui s'intéresse à nous à part quelques Israéliens qui ont mauvaise conscience ?" Et d'ajouter : "La seule question qui se pose est de savoir jusqu'où cela va aller. Je suis convaincu que les Israéliens ne veulent pas la paix. Ils continuent de nous annexer."
 
Michel Bôle-Richard - Le Monde du 15 mars 2008
 
 
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17 mars 2008 1 17 /03 /mars /2008 21:30
Polémique sur la présence d'Israël au Salon du Livre. Un entretien exclusif avec Benny Ziffer.[01/03/08]
 
www.nonfiction.fr

Écrivain, journaliste, blogger, Benny Ziffer est rédacteur en chef du supplément littéraire d’Haaretz, le principal quotidien israélien. Il est à l’origine de l’appel au boycott des écrivains israéliens au Salon du Livre de Paris qui ouvre ce vendredi. En exclusivité pour nonfiction.fr, il s’explique. 


"Tout écrivain israélien devrait, au fond de sa conscience, boycotter le Salon du Livre de Paris"

nonfiction.fr : Vous n'êtes pas sans savoir qu'Israël sera, cette année, l'invité d'honneur du Salon du Livre à Paris. Une polémique est née sur la sélection "officielle" des écrivains israéliens ? Quel est le débat ?

Benny Ziffer : J’ai été le premier à lancer la pétition demandant le boycott du Salon du Livre à Paris. Depuis, il y a eu beaucoup de débats et de polémiques.


nonfiction.fr : Pourquoi avoir lancé cet appel au boycott ?

Benny Ziffer : Il y a plusieurs problèmes. Le premier problème c’est que notre gouvernement, notre ambassade, qui ont fait la sélection, n’ont choisi que des écrivains d’expression hébraïque en excluant, de fait, deux tiers de la scène israélienne : or celle-ci compte une énorme communauté d’expression russe, ainsi qu’une communauté d’expression arabe. C’est donc très réducteur. Le deuxième problème, c’est le choix arbitraire des écrivains fait par des bureaucrates de l’ambassade qui ont exclu des grandes figures comme notre poète national Nathan Zach. Pourtant il écrit en hébreu ! Le troisième problème, c’est que l’État israélien considère que les écrivains sont des agents de propagande. À partir du moment où l’administration finance le billet d’avion, elle estime que l’écrivain est là pour servir la cause israélienne et elle exige officiellement ce propagandisme dans un contrat que tous les écrivains doivent signer. C’est ce qui s’est passé avec les Salons du Livre de Paris et de Turin. 


nonfiction.fr : Vous êtes sérieux ?

Benny Ziffer : Absolument. Le grand écrivain israélien Yehoshua Kenaz par exemple n’est pas invité en France parce qu’il a refusé de signer ce document ! Or, son œuvre est largement traduite en Français. Et il écrit en hébreu.


nonfiction.fr : Un Israélien ne peut pas écrire en yiddish ? en arabe ? en anglais ?

Benny Ziffer : Pas aux yeux de notre ambassade ! Et s’il n’écrit pas en hébreu, il n’a pas droit de cité au Salon du Livre. Il existe pourtant une littérature yiddish en Israël, bien qu’elle soit minoritaire. Il y a aussi une littérature d’expression anglaise et même en français !


nonfiction.fr : Vous-même étiez invité au Salon du Livre et vous avez refusé l'invitation ?

Benny Ziffer : Ils ne m’ont pas invité !


nonfiction.fr : C’est pour ça que vous avez appelé au boycott ?

Benny Ziffer : Oui, pour me venger ! Non, sérieusement, j’estime que c’est une question essentielle. Tout écrivain israélien devrait, au fond de sa conscience, boycotter le Salon du Livre de Paris.


nonfiction.fr : Quels sont les auteurs qui refuseront de participer ?

Benny Ziffer : Malheureusement, seuls un ou deux auteurs invités ont boycotté le salon du livre : Aaron Shabtaï et Sami Michael. Cela prouve que la liste a été bien faite par l’ambassade. Ceux qui ont été choisis ne risquaient pas de déserter ! On les a choisis pour cette raison même.


nonfiction.fr : Mais alors c’est un échec du boycott ?

Benny Ziffer : Le boycott a échoué pour l’instant, si on tient compte des écrivains "invités". Cela s’explique très facilement car les écrivains choisis sont conformistes et acceptent les règles de l’État. Beaucoup d’autres écrivains ou essayistes ont toutefois appelé au boycott, par exemple l’historien Ilan Pappe. Et cet appel au boycott suscite une vive polémique à Paris ou à Turin et dans le monde entier. Et de nombreux pays ont également appelé au boycott. De ce point de vue c’est un succès.


nonfiction.fr : Les pays qui boycottent le salon du livre sont essentiellement des pays arabes comme le Liban, le Yémen, l’Arabie Saoudite, le sultanat d'Oman, ou encore les pays du Maghreb, le Maroc, la Tunisie, l’Algérie, et bien sûr l'Iran. Tariq Ramadan est également de leur côté, tout comme de nombreuses figures musulmanes. Ne risque-t-on pas de vous accuser de faire le jeu des ennemis d’Israël ?

Benny Ziffer : Je pense que les pays arabes auraient de toute façon appelé au boycott. Il est important que les écrivains israéliens aussi se mobilisent et ne laissent pas la critique aux seuls pays arabes. C’est à mon avis le meilleur moyen de ne pas faire le jeu des ennemis d’Israël, non pas en participant à cette mascarade du Salon du Livre, mais en étant les premiers à la dénoncer. Je dois dire aussi que je me sens très solidaire des éditeurs et des écrivains arabes qui, du fait du boycott, vont être privés d’exposer au Salon du Livre.


nonfiction.fr : En même temps, un auteur pourrait refuser de participer au pavillon officiel de l'Etat israélien, mais venir au Salon du Livre en étant l'invité d'un des nombreux autres stands ou d'un éditeur ? Ne pourriez-vous pas venir, par exemple, sur le stand du Centre national du livre, ou des éditions Gallimard ?

Benny Ziffer : Oui, bien sûr. C’est ce qu’ont fait certains auteurs, par exemple l‘écrivain palestinien d’expression hébraïque Sayed Kashua, qui n’est pas sur le stand officiel, mais sera l’invité des éditions de l’Olivier. De nombreux essayistes et journalistes seront également présents mais pas officiellement dans le pavillon israélien.


nonfiction.fr : Vous êtes vous-même un écrivain singulier, atypique, vous parlez dans vos romans de la Turquie, dont votre famille est originaire, de l'Egypte où vous aimez voyager, de l'homosexualité, thème peu fréquent dans la littérature israélienne. Vous êtes un inclassable ?

Benny Ziffer : Oui ! Tous les écrivains sont inclassables. Et c’est pourquoi l’administration officielle a du mal à digérer mes romans !


nonfiction.fr :
Il y a une autre journaliste d'Haaretz, Amira Haas, qui comme vous est très inclassable. C'est la seule journaliste israélienne à vivre dans les territoires palestiniens (hier à Gaza, aujourd'hui à Ramallah). Vous lisez ses articles ? Vous les appréciez ?

Benny Ziffer : Amira Haas est en effet la seule journaliste israélienne vivant à Ramallah. Auparavant, elle vivait à Gaza. Elle prend beaucoup de risques dans sa vie professionnelle et privée. Elle est extrêmement courageuse. C’est à la fois une journaliste de grand talent et une femme écrivain qui a d’ailleurs décidé de prendre une année sabbatique pour écrire. Elle aussi sera au Salon du Livre, dans un débat, mais de manière autonome par rapport aux invités "officiels".


nonfiction.fr : Vous tenez l'un des blogs les plus populaires d’Israël en parallèle de vos chroniques dans Haaretz. Vous croyez à l'avenir de l'écrit sur le web, à l'avenir de la littérature sur le web, à la vie d'une critique littéraire sur Internet, comme on essaye de le faire à nonfiction.fr ?

Benny Ziffer : Au début, j’étais très réticent envers le web. Mais à partir du moment où j’ai eu mon blog, j’ai découvert que c’était une source infinie de possibilités d’écriture, un moyen nouveau pour être lu, sans la médiation de l’éditeur ou du journal, et ce contact direct avec les lecteurs me plaît. 


nonfiction.fr : Vous lisez les critiques français, en quoi vous irritent-ils, vous intéressent-ils ?

Benny Ziffer : Je tâche de suivre l’actualité littéraire française mais je me heurte au fait que le discours critique est souvent local, régional. On fait l’éloge de livres que je n’ai pas la possibilité de connaître. Et quand je me mets à les lire, je suis souvent déçu ! La littérature française est devenue très locale, très égocentrique. Comme la littérature israélienne ! Cela me chagrine beaucoup car j’ai grandi avec la littérature française, de Flaubert à Genet, de Balzac à Claudel, de Proust à Céline, c’est très banal à dire, mais c’est vrai. Et aussi Francis Jammes, que j’ai traduit en hébreu. J’ai également passé six ans à traduire À Rebours de Huysmans : quand je parle de Huysmans aux Français… ils ne le connaissent pas. Et ils me parlent de Christine Angot !

En même temps, j’aime Pierre Michon, Pierre Bergounioux. C’est ce que j’attends de la littérature française. J’aime beaucoup aussi Hervé Guibert.


nonfiction.fr : Quel texte de Guibert ?

Benny Ziffer : Son Journal par exemple que je viens de lire, parce qu’il s’attache à un sujet presque inexistant dans la littérature israélienne.


nonfiction.fr : N’est-ce pas très égocentrique aussi ?

Benny Ziffer : Non, c’est très littéraire ! L’écriture sur l’intimité est, je trouve, un grand accomplissement chez lui.


nonfiction.fr : Si nonfiction.fr vous invitait, vous viendriez, pour nous faire plaisir, au salon du livre cette semaine ?

Benny Ziffer : Mais je viens ! Pas comme invité officiel, mais comme journaliste d’Haaretz. Je viens couvrir le Salon du Livre. Je viens raconter le boycott.


Propos recueillis (en français) par Frédéric Martel
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17 mars 2008 1 17 /03 /mars /2008 21:22
 

Des centaines de milliers de manifestants dans le monde contre la guerre en Irak



Des centaines de milliers de personnes ont manifesté samedi dans le monde, notamment aux Etats-Unis, au Canada, en Grande-Bretagne ou en Espagne, contre la guerre en Irak, cinq ans après l'intervention militaire américaine, ainsi qu'en Afghanistan.

Quelque 10.000 personnes selon les organisateurs, 2.000 selon la police, ont ainsi manifesté à Hollywood (Californie, ouest des Etats-unis) pour réclamer au président américain George W. Bush la fin de l'engagement militaire américain en Irak, où 155.000 soldats sont déployés.

Plus tôt dans la journée, des milliers de personnes ont défilé dans plusieurs grandes villes du Royaume-Uni, notamment à Londres et Glasgow (Ecosse), pour réclamer le retrait des troupes britanniques d'Irak et d'Afghanistan, une mobilisation organisée à l'occasion de ce cinquième anniversaire de l'intervention en Irak.

Selon les organisateurs, entre 35.000 et 40.000 personnes à Londres ont fait le déplacement jusqu'à Trafalgar Square, point de ralliement des manifestants avant le départ du cortège en direction du parlement de Westminster situé à quelques encablures.

Scotland Yard a estimé qu'environ 10.000 personnes avaient défilé.

Dans les pays scandinaves, tels que le Danemark et la Norvège, plusieurs centaines de personnes ont également manifesté contre la guerre en Irak.

Au Canada, des centaines de personnes ont manifesté samedi à travers tous le pays, pour protester contre la mission militaire en Afghanistan, dont la prolongation jusqu'en 2011 vient d'être votée par le parlement, et contre la guerre en Irak.

Selon les organisateurs, des manifestations étaient prévues dans vingt villes canadiennes. A Toronto, un millier de manifestants ont défilé aux cris de "Arrêtez la mission militaire en Afghanistan, ne la prolongez pas", selon les télévisions locales.

Dans la capitale Ottawa, les manifestants ont convergé vers l'ambassade des Etats-Unis, pour dénoncer les intérêts stratégiques américains qui prennent le dessus sur l'intérêt des peuples, selon l'Alliance canadienne pour la paix, une des organisations qui ont appelé à la manifestation.

En Espagne, un millier de personnes ont défilé samedi dans les rues du centre de Madrid pour protester contre la guerre en Irak et le maintien de troupes espagnoles en Afghanistan et au Liban.

D'autres manifestations avaient également été organisées à Barcelone, Bilbao, Séville et Pampelune. "Non à la guerre en Irak, au Liban et en Afghanistan", "non au génocide palestinien", "retrait des troupes du Liban et de l'Afghanistan" ont scandé les manifestants.

La Force multinationale dirigée par les Etats-Unis a perdu près de 4.300 hommes en Irak, dont une majorité d'Américains, depuis l'invasion du pays le 20 mars 2003.

Selon un décompte du site internet Irak Body Count diffusé samedi, au moins 81.639 civils irakiens ont été tués depuis cette même date. Les forces de sécurité irakiennes ont également payé un lourd tribut puisque, selon les autorités, au moins 12.000 policiers sont tombés depuis le renversement de Saddam Hussein.

 

Lundi 17 Mars 2008
 

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17 mars 2008 1 17 /03 /mars /2008 21:15
Bush: Washington "maîtrise la
 
situation" économique
 
WASHINGTON (AP)
 Face à la menace de récession, le président George W. Bush a admis lundi que la période était "difficile" mais a assuré que son gouvernement gardait "la maîtrise de la situation" et qu'"à long terme" l'économie des Etats-Unis "irait bien".
 
"Une chose est certaine: nous traversons des temps difficiles, mais une autre chose est certaine: nous avons pris des mesures fortes et décisives", a-t-il déclaré à l'issue d'une réunion à la Maison Blanche avec le secrétaire au Trésor Henry Paulson et d'autres hauts conseillers économiques.
 
Le président a salué l'action de la Réserve fédérale ainsi que M. Paulson pour son travail en collaboration avec la Fed qui montre, selon lui, "au pays et au monde que les Etats-Unis maîtrisent la situation".
 
Les marchés financiers internationaux ont connu de nouvelles turbulences et ont plongé lundi, tandis que le cours du pétrole grimpait à un niveau record en Asie et que le dollar tombait au plus bas.
 
"Nos institutions financières sont fortes" et "nos marchés financiers fonctionnent efficacement", a cependant assuré M. Bush, aux côtés de ses conseillers économiques. "Si nécessaire, nous agirons de façon décisive pour continuer de ramener l'ordre sur les marchés financiers", a-t-il ajouté, sans plus de détails. "A long terme, notre économie ira bien", même si "en ce moment précis, nous sommes confrontés à une situation difficile".
 
Le président devait ensuite consulter son "Groupe de travail sur les marchés financiers", au sein duquel se trouvent Henry Paulson, le président de la Fed Ben Bernanke et Christopher Cox, président de la Securities and Exchange Commission (SEC), l'instance de régulation de la bourse américaine.
 
La Réserve fédérale a pris des mesures exceptionnelles pendant le week-end pour endiguer la crise du crédit, qui affecte le système financier américain et menace de plonger les Etats-Unis dans une sévère récession.
 
Les courtiers en valeurs mobilières américains ont été autorisés, à compter de lundi, à emprunter des fonds à la Fed, en grande partie selon des termes similaires à ceux dont bénéficient les banques. La Fed a aussi ramené son taux d'escompte (prêts à court terme aux grandes institutions financières) d'un quart de point de pourcentage, à 3,25% et allongé la durée maximale des prêts à terme de 30 à 90 jours. On s'attend en outre à ce que la Fed abaisse une nouvelle fois mardi son taux directeur sur les prêts interbancaires, actuellement à 3%, d'au moins un demi-point.
 
La banque centrale américaine a par ailleurs accepté de prêter 30 milliards de dollars à la banque commerciale J.P. Morgan Chase & Co. afin de racheter la banque d'affaires Bear Stearns & Co (BSC) pour un montant de 236,2 millions de dollars (149,78 millions d'euros), soit environ 1% de la valeur de l'établissement seulement 16 jours auparavant. Mais Bear Stearns se trouvait au bord de la faillite et la Fed l'avait déjà renflouée vendredi par l'intermédiaire de JP Morgan Chase. Les prêts seront garantis sur des actifs difficiles à valoriser de Bear Stearns, au risque que la Fed subisse le coût d'une dépréciation de ces actifs.
 
Le cas de Bear Stearns, qui niait connaître des problèmes de liquidités jusqu'à ces derniers jours, a sérieusement ébranlé Wall Street et la confiance dans les autres banques d'affaires.
 
La responsable de la presse à la Maison Blanche, Dana Perino, a ajouté que le gouvernement américain allait aider les propriétaires incapables de rembourser des prêts hypothécaires à taux élevé.
 
Les turbulences financières actuelles sapent les perspectives de croissance mondiale. L'OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques) et le FMI (Fonds monétaire international) annonceront dans les prochains jours qu'ils ont revu leurs prévisions de croissance à la baisse pour les Etats-Unis, l'Europe et les économies émergentes, selon leurs dirigeants respectifs, Angel Gurria et Dominique Strauss-Kahn. AP
 
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16 mars 2008 7 16 /03 /mars /2008 22:05
Le président israélien Shimon Peres
 
inaugure le Salon du Livre à Paris
 
PARIS (AFP)
 
  Le président israélien Shimon Peres, en visite d'Etat depuis lundi en France, doit inaugurer jeudi le Salon du livre de Paris, événement culturel dont l'Etat hébreu est l'invité d'honneur, mais qui sera boycotté par de nombreux pays arabes et musulmans
 
La manifestation, où la politique risque de prendre le pas sur la littérature, sera placée sous haute sécurité, en raison des appels au boycott qui se sont multipliés ces dernières semaines, et en pleine recrudescence de la tension au Proche-Orient. M. Peres a déploré lundi le boycott, estimant que "celui qui décide de boycotter se punit lui-même".
 
Le Salon du livre qui se tient aux portes de la capitale françaises jusqu'au 19 mars, ouvrira vendredi. Le choix d'Israël comme invité d'honneur à l'occasion du 60ème anniversaire de l'Etat hébreu, vise à faire connaître "une littérature dynamique, d'une immense richesse, à l'image d'une société multiculturelle", précise-t-on sur le site du Salon du livre, la plus importante manifestation littéraire de France.
 
Mais cette année, la politique a pris le pas sur la littérature, dans un contexte de fortes tensions au Proche-Orient. Plus de 130 Palestiniens ont été tués depuis le 27 février dans des attaques israéliennes à Gaza en représailles à des tirs de roquettes sur Israël.
 
Plusieurs pays, comme le Liban, l'un des fers de lance de la francophonie dans le monde arabe, l'Arabie saoudite, l'Iran, mais aussi l'Union des écrivains palestiniens, des éditeurs algériens, marocains ou égyptiens ont appelé à boycotter la manifestation, pour protester contre la politique d'Israël envers les palestiniens.
 
En Italie, le choix d'Israël comme invité de la Foire du livre de Turin, du 8 au 12 mai prochain, a également suscité polémiques et appels au boycott.
 
Organisateur du salon, le Syndicat National de l'Edition (SNE) a répondu que que c'est "la littérature israélienne" qui est invitée et non l'Etat d'Israël en tant que tel. Les écrivains israéliens invités du Salon ont dénoncé des appels qui visent selon eux, non pas la politique d'Israël, mais l'existence même de l'Etat hébreu.
 
"Je suis contre les autodafés, je suis contre le boycott des livres (....) Les livres sont faits pour éveiller la réflexion, pour essayer de faire se rejoindre les idées", a déclaré pour sa part M. Peres. Trente-neuf écrivains, représentant toutes les composantes et les générations de la littérature israélienne, sont invités à Paris.
 
Parmi les plus attendus, Amos Oz  , Avraham B. Yehoshua ou David Grossman, sont des figures de la gauche israélienne, souvent très critiques avec les orientations de leur propre pays. Mais la délégation fait aussi la part belle à des auteurs de la jeune génération, comme Eshkol Nevo ou Ron Leshem.
 
Le Salon proposera également un espace "Lectures de demain" qui permettra aux visiteurs de tester les nouveaux outils de lecture numérique : "e-book et encre numérique", téléphonie mobile, ordinateurs ou blogs.
 
Le Salon du livre de Paris est l'un trois grands salons du livre francophone, avec Montréal et Beyrouth. Il accueille près de 200.000 personnes
 
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16 mars 2008 7 16 /03 /mars /2008 21:58
La quasi-faillite d'un fonds créé par Carlyle illustre l'ampleur de la débâcle bancaire
 
LE MONDE | 14.03.08 | 14h13  •  Mis à jour le 14.03.08 | 14h13
 
  La crise des subprimes, du nom de ces crédits immobiliers à risque distribués aux Etats-Unis, n'épargne aucun acteur financier. Elle vient d'atteindre l'un des emblèmes du capitalisme américain. Jeudi 13 mars, l'un des 60 fonds de la société d'investissements Carlyle s'est déclaré en situation de quasi-faillite. Le fonds, nommé Carlyle Capital Corporation (CCC), coté à Amsterdam et basé dans l'île anglo-normande de Guernesey, a annoncé qu'il était en défaut de paiement pour l'équivalent de 16,6 milliards de dollars (10,63 milliards d'euros).
 
 
Après avoir tenté sans succès de négocier avec ses créanciers, CCC a indiqué que ces derniers allaient saisir ses actifs. "Le fonds mettra la clé sous la porte", traduit Vincent Treulet, analyste chez Natixis. Les marchés ont violemment réagi. L'action du fonds, qui valait plus de 19 euros au printemps 2007, est passée en quelques jours à un statut de "penny stock", à 0,35 euro jeudi soir.
 
L'empire Carlyle, fondé en 1987, qui a eu recours aux services des hommes de pouvoirs les plus influents - tels Franck Carlucci (secrétaire américain à la défense sous la présidence de Ronald Reagan), George Bush père (ex-président des Etats-Unis), John Major (ex-premier ministre britannique), ou encore le milliardaire George Soros - n'est pas directement menacé. "Il n'y a aucun lien capitalistique entre le groupe Carlyle, et CCC", précise son porte-parole. Le fonds CCC, créé par Carlyle en 2006, a été introduit en Bourse en juillet 2007. Il est aujourd'hui détenu à 15 % par des employés de Carlyle et à 85 % par les investisseurs qui ont souscrit à l'opération.
 
Le groupe n'a donc plus aucune obligation de sauver CCC. Dans un entretien aux Echos, vendredi, David Rubenstein, l'un des fondateurs de Carlyle, indique toutefois que Carlyle examinera "tous les moyens pour aider les investisseurs dans CCC qui ont perdu leur mise". Pour sauver CCC, le grand fonds américain aurait dû injecter plus d'un milliard de dollars. Il lui a accordé une ligne de crédit de 150 millions, à laquelle il devra sans doute renoncer. Un faible montant en regard des actifs totaux qu'il gère, estimés à 81,1 milliards de dollars.
 
Mais la réputation de la société d'investissements, qui vient de recruter le demi-frère de Nicolas Sarkozy, Olivier Sarkozy, auparavant collaborateur de la banque suisse UBS à New York, est entachée. D'autant qu'elle a prêté son nom à ce fonds. "Cela a permis de faciliter l'introduction en Bourse. Aujourd'hui ils s'en mordent les doigts", indique un proche du dossier.
 
CERCLE VICIEUX
 
La faillite annoncée de CCC reflète le malaise des établissements financiers. Selon le rapport annuel de CCC, ses contreparties à la fin 2007 étaient Bank of America, Bear Stearns, BNP Paribas, Calyon, Citigroup, Crédit Suisse, Deutsche Bank, ING, JP Morgan, Lehman Brothers, Merrill Lynch et UBS. C'est-à-dire les plus grandes banques internationales. Si CCC a plongé c'est aussi parce que certains d'entre eux affectés par la crise "sont aux abois", estime un proche de Carlyle.
 
Sur le marché, cet événement a accentué les inquiétudes. "Carlyle n'est qu'une mauvaise nouvelle de plus", se désole Steven Grasso, courtier au parquet de New York. Jeudi, de nouvelles statistiques ont en effet illustré la dégradation de l'économie américaine, au delà du secteur financier. Les ventes au détail ont baissé de 0,6 % en février. "Ce chiffre nous rapproche encore davantage d'une récession économique, au moins au premier trimestre", a jugé Peter Cardillo, analyste d'Avalon Partners interrogé par l'AFP.
 
Les investisseurs sont ainsi de plus en plus nerveux. Sur le marché des changes, le billet vert s'effondre. Jeudi, l'euro est monté jusqu'à 1,5625 dollar. Et les matières premières, devenues des valeurs refuges, flambent. Le baril de pétrole a atteint en séance 111 dollars à New York, et l'or a franchi le cap des 1 000 dollars l'once.
 
Le cercle vicieux de la crise semble enclenché, l'envolée des prix alimentant les craintes d'inflation. La hausse des prix combinée à une absence de croissance crée une situation dite de stagflation, qui gêne la Réserve fédérale dans sa politique d'assouplissement monétaire, sur laquelle les investissements fondaient jusqu'ici leurs espoirs.
 
Claire Gatinois
 
 
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16 mars 2008 7 16 /03 /mars /2008 21:50
En Colombie, tous derrière Alvaro Uribe !
 
LE MONDE | 16.03.08 | 16h30  •  Mis à jour le 16.03.08 | 16h30

 Tous les samedis, il arpente le pays à l'écoute des petites gens. En contremaître efficace, il résout leurs problèmes les plus immédiats : la route à goudronner, l'égout à réparer, le centre de santé à construire. Les caméras filment, évidemment. Messianique et populiste, Alvaro Uribe dirige son pays comme il gérait son latifundium, et la méthode plaît. Pour l'immense majorité de ses compatriotes, il est "le meilleur président que la Colombie ait jamais eu".
 
A Quito et à Caracas, le son de cloche est différent : le fidèle allié de George W. Bush est perçu dans les capitales équatorienne et vénézuélienne comme "un pion de l'empire", "un danger pour la région", voire "un mafioso" et "un allié des paramilitaires". La France, elle, comprend mal l'intransigeance du président colombien face aux guérilleros qui depuis plus de six ans détiennent Ingrid Betancourt en otage.
 
Alvaro Uribe fuit la presse étrangère, passe des heures au micro des radios de quartier. Auprès de ses électeurs, il s'est forgé une image d'homme d'action qui prend des risques et assume ses responsabilités. Mais il s'est attiré les foudres d'un continent susceptible en matière de souveraineté territoriale en faisant bombarder, le 1er mars, un camp des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC) en territoire équatorien. En faisant abattre Raul Reyes, le numéro deux et négociateur des FARC, il a pris le risque d'exaspérer les médiateurs qui tentaient d'obtenir la libération des otages. "J'ai donné la priorité à l'efficacité militaire", a avoué le chef de l'Etat au cours d'une réunion informelle avec la presse.
 
"Les risques étaient bien calculés", pavoisent aujourd'hui ses partisans. Les "uribistes" sont fermement convaincus que leur président a gagné sur tous les plans. Raul Reyes est mort et la crise diplomatique est jugulée ; Quito et Caracas se retrouvent sur la sellette, soupçonnés de complicité avec une organisation terroriste. La presse colombienne se fait l'écho de ce "triomphe" du président. Personne n'a entendu Nicolas Sarkozy rappeler que "la démocratie se doit de combattre le terrorisme en respectant les règles de la démocratie".
 
Pour justifier une incursion hors de ses frontières, le président Uribe a invoqué la "légitime défense" et les besoins de la lutte antiterroriste. L'argument a pesé, évitant à la Colombie une condamnation par l'Organisation des Etats américains. "Mais c'est l'appui de Washington qui a été décisif", avoue un diplomate colombien. Le même craint que la formule du président Hugo Chavez : "La Colombie est devenue l'Israël de l'Amérique latine" n'ait fait mouche dans la région.
 
"Alvaro Uribe n'a pas pu bombarder l'Equateur sans le feu vert des Etats-Unis", rappelle l'analyste Pedro Medellin. Les Américains sont soupçonnés de jouer la carte de l'affrontement régional pour déstabiliser M. Chavez, leur bête noire. Depuis la mise en place du Plan Colombie, en 2000, Bogota a reçu plus de 5 milliards d'aide militaire américaine.
 
"Uribe est un leader. Il nous a rendu confiance. Depuis qu'il commande, tout va mieux", résume Hector Barragan, un camionneur qui se dit "furibiste" - adepte de la "furie uribiste". En six ans de pouvoir, le président n'est jamais passé sous la barre des 65 % d'opinions favorables. Il en était à 80 % à la veille de la crise diplomatique. "Et il doit maintenant en être à 110 %", ironise l'analyste Leon Valencia. L'union sacrée a en effet joué en faveur du président.
 
Critiques, revers et scandales glissent. Cet "effet Teflon" à toute épreuve laisse perplexes les instituts de sondage et désole les anti-uribistes - il y en a. Même le scandale dit de la "parapolitique" a épargné jusqu'à présent Alvaro Uribe. Plus de 40 parlementaires de la majorité présidentielle ont été mis en examen pour avoir frayé avec les milices d'extrême droite, coupables d'innombrables crimes atroces. Vingt-deux d'entre eux sont sous les verrous.
 
Le sénateur Mario Uribe, cousin et mentor du chef de l'Etat, pourrait bientôt les y rejoindre. "Personne n'est responsable de sa famille", rappellent non sans raison les "uribistes". José Obulio Gaviria, un des conseillers présidentiels les plus influents - considéré comme l'idéologue du régime - avait, lui, pour cousin germain Pablo Escobar, le grand patron du cartel de Medellin tué en 1993. Personne n'est responsable de sa famille.
 
Les FARC restent les grands maîtres d'oeuvre de la popularité présidentielle. "Furibistes" et "anti-uribistes" sont d'accord sur ce point. Echaudés par le long et stérile processus de paix engagé par le président Andres Pastrana, les Colombiens ont élu en 2002 un président musclé pour en finir avec la guérilla.
 
"Poigne de fer et grand coeur", disait le premier slogan de campagne d'Alvaro Uribe, triomphalement réélu quatre ans plus tard. Entre-temps, la "sécurité démocratique" a fait ses preuves : une paix précaire est revenue dans les campagnes, les axes routiers ont été sécurisés, le nombre d'homicides et d'enlèvements a diminué. Les statistiques officielles sont certes sujettes à caution. Mais, en politique, la confiance importe plus que les chiffres. Le chef de l'Etat reste convaincu que "le conflit armé n'est pas la conséquence de la pauvreté, il en est la cause". Toute réflexion sur les privilèges et les devoirs des nantis a disparu du discours politique. La politique sociale a été reléguée à un second plan. Priorité a été donnée à la protection des investissements privés et au budget militaire.
 
Mais Alvaro Uribe, c'est aussi un style de gouvernement. Ni cocktails ni yacht pour ce président qui a su se forger une image d'homme pieux, austère et travailleur. Le chef de l'Etat se laisse rarement photographier au repos. Au cours d'une de ses innombrables visites officielles à Washington, il a été surpris en train de déjeuner dans un fast-food.
 
Alvaro Uribe est originaire de la ville de Medellin, berceau de l'industrie nationale et des trafiquants de cocaïne. Dans les années 1970, il y fait de brillantes études de droit. Jeune promesse du Parti libéral, il démarre sa carrière politique à une époque où les compromissions entre la mafia et les élites locales étaient monnaie courante. En 1980, son père, éleveur de bétail, est assassiné par les FARC - le président se défend encore aujourd'hui de chercher vengeance. Pablo Escobar fait part de ses condoléances dans le journal. "Je n'ai jamais été l'ami de Pablo Escobar, même quand cela était à la mode", a assuré l'année dernière le chef de l'Etat. Virginia Vallejo, qui fut l'amante du mafioso, venait de raconter dans ses Mémoires les relations cordiales qu'entretenaient les deux hommes.
 
Après un détour par le Sénat, Alvaro Uribe est élu en 1995 gouverneur de son département, l'Antioquia. Sa gestion efficace lui vaut l'admiration de ses électeurs, ses méthodes sécuritaires soulèvent un tollé chez les défenseurs des droits de l'homme. Le gouverneur Uribe promeut en effet avec enthousiasme la création de coopératives privées de sécurité, qui viennent d'être légalisées. Déclarées par la suite inconstitutionnelles, les "convivir" ont contribué à l'explosion du paramilitarisme dans l'Antioquia. Un diplomate colombien qui était à l'époque en poste à Washington raconte que "personne ne voulait y recevoir le gouverneur de l'Antioquia, trop lié aux paramilitaires". Les temps ont changé.
 
Les chefs paramilitaires vaquent désormais à leurs activités de l'intérieur de la prison. Officiellement, ils ont démobilisé leurs troupes. Trente mille hommes ont déposé les armes. Mais dans plusieurs régions du pays, des milices armées au service des narcotrafiquants se sont reconstituées. En application de la loi Justice et paix, les chefs paramilitaires qui avouent leurs crimes ne passeront pas plus de huit ans sous les verrous.
 
Les mauvais esprits mettent en perspective ce généreux pardon offert aux criminels paramilitaires et la virulence avec laquelle le président combat la guérilla. "Les premiers ont accepté le principe d'un cessez-le-feu, ils ont rendu les armes et ils avouent leurs crimes. Les guérilleros, eux, poursuivent leurs activités criminelles. Dès qu'ils accepteront un cessez-le-feu, nous leur ouvrirons les portes de la négociation", rappelle le haut-commissaire pour la paix, Luis Carlos Restrepo.
 
"Alvaro Uribe ne gouverne pas, il séduit et se garde bien de toute réforme structurelle qui pourrait affecter son capital politique", juge le professeur Pedro Medellin. L'indispensable réforme en profondeur du système fiscal a été repoussée aux calendes grecques. "Le président ménage tout particulièrement les grands groupes économiques liés aux médias", souligne Pedro Medellin.
 
"On oublie souvent que le président Alvaro Uribe a bénéficié d'une conjoncture économique particulièrement favorable. L'opinion publique a attribué la croissance au succès de la politique sécuritaire du gouvernement. Mais toute l'Amérique latine a connu une croissance positive", ajoute l'économiste Mauricio Perez. Le pays reste le premier producteur mondial de cocaïne du monde. Mais la question du poids de l'économie de la drogue dans le taux de croissance a, elle aussi, été éludée depuis longtemps.
 
Marie Delcas
Article paru dans l'édition du 16.03.08
 
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16 mars 2008 7 16 /03 /mars /2008 21:23
Silence concernant Gaza…En attendant une nouvelle Rachel ! 
 
Gaza Strip, 16, March, 2008, 
 
Le Comité Populaire Contre le Siège (PCAS) a organisé aujourd'hui une nouvelle action pour demander la levée du Siège.
L'action était assez unique puisque des scènes du siège étaient représentées. Une commémoration du cinquième anniversaire de la pacifiste martyr américaine "Rachel Corrie" avait été également organisée.  
 
Les scènes du siège représentaient de nombreuses facettes des souffrances de Gaza : Des appareils médicaux pour les handicapés, des ambulances, des machines électriques, des bagages de voyageurs ainsi que nombreux exemples des problèmes causés par le siège.
 
Des fils barbelés avaient été installés dans le centre-ville de Gaza, où a régné un climat de silence, de siège et de souffrances pendant au moins 2 heures.  
 
Certains écoliers portaient des affiches et des slogans demandant la paix et la fin du siège. Ces affiches décrivaient tous les problèmes entrainés par le siège comme le manque d'essence, de nourriture, de médicaments, de matériel médical, de livres scolaires et d'articles de papeterie.  
 
Rachel Corrie, une pacifiste américaine, qui s'est sacrifiée en 2003, était sur les lieux.
 
Une partie de l'action lui a été consacrée quand les participants ont respecté 5 minutes de silence, à l'occasion du 5e anniversaire de sa mort.  
 
Rachel a été tuée par bulldozer israélien dans la ville de Rafah, en défendant les maisons de certains pauvres réfugiés.  
 
Un message unique a été envoyé au monde, non pas par un appel ou par des mots mais une enfant sourde, a envoyé un message dans le langage des signes par lequel elle a demandé à l'ONU, aux Etats-Unis et à l'Union Européenne de sauver les enfants de Gaza.
 
L'un des coins très sombre exprimait non seulement les souffrances de la population mais aussi les souffrances des jolies fleurs. Des dizaines de fleurs dont l'exportation vers l'Europe est interdite ont été jetées par terre !  
 
Le porte-parole du PCAS, M. Ramy Abdu, a expliqué les actions pour mettre fin au siège. "Nous travaillons en fonction de nouvelles stratégies pour obtenir un soutien au niveau mondial. Notre cause est juste. Nous allons utiliser tous les moyens civilisés et pacifiques pour libérer notre chère bande de Gaza»,  
 
Le PCAS lance quotidiennement des actions dans la bande de Gaza ainsi qu'à l'étranger. Des actions ont eu lieu hier dans près de 10 pays, dont au Japon et pour la première fois en Corée du Sud.

Popular Committee Against Siege(PCAS),
PCAS Manager,
Sam AK
Gaza - Palestine
Mob:00972598873055
Freegaza.ps@gmail.com

Action.palestine@yahoo.com
Website:
www.freegaza.ps/english
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15 mars 2008 6 15 /03 /mars /2008 21:22
Quand le lobby pro-israélien se déchaîne
 
contre l’ONU


Par Bruno Guigue

jeudi 13 mars 2008


 


Dans sa rubrique « Point de vue » du 27 février 2008, « Le Monde » a généreusement offert ses colonnes à un texte d’une hystérie verbale et d’une mauvaise foi insondables. Les accusations qu’il profère à l’égard du conseil des droits de l’homme de l’ONU sont si mensongères que même la liste des signataires ne tempère qu’à peine notre stupéfaction : Pascal Bruckner, Alain Finkielkraut, Claude Lanzmann, Elie Wiesel, Pierre-André Taguieff, Frédéric Encel .. On peut facilement compléter la liste tant l’omniprésence des intellectuels organiques du lobby pro-israélien nous est devenue familière.


Le titre sans nuances de cette prose haineuse est déjà tout un programme : « L’ONU contre les droits de l’homme ». Dès les premières lignes, on peut y lire cet appel angoissé : « L’année 2008 verra-t-elle simultanément le soixantième anniversaire de la déclaration universelle des droits de l’homme par l’ONU et la destruction de ses principes par la même ONU ? Tout porte à le redouter, tant depuis un certain nombre d’années, par ses dérives, l’ONU s’est caricaturée ». Inévitablement le lecteur non averti s’alarme : l’organisation internationale serait-elle brusquement devenue suicidaire ?


Mais par bonheur la suite nous éclaire aussitôt sur les préoccupations profondes de nos signataires : « A Durban, en Afrique du Sud, s’est tenue en 2001 la conférence mondiale contre le racisme, à l’initiative des Nations-Unies. C’est au nom des droits des peuples que furent scandés des « mort à l’Amérique ! » et « mort à Israël ! » et c’est au nom du relativisme culturel qu’on fit silence sur les discriminations et violences commises contre les femmes ».


Quel rapport entre la géopolitique du Moyen-Orient, manifestement en cause dans les appels à combattre les Etats-Unis et Israël, et l’oppression des femmes que viendrait cautionner le « relativisme culturel » ? Probablement aucun. Mais amalgamer les deux sujets présente l’intérêt polémique de suggérer une pernicieuse concurrence entre les victimes : vous qui condamnez Israël et l’Amérique, vous ne dites rien de la souffrance des femmes opprimées dans les pays musulmans. C’est une antienne dont la rhétorique lobbyiste est coutumière : elle permet de détourner le lecteur occidental de la critique de la politique américaine ou israélienne en fixant son attention sur un problème interne des sociétés moyen-orientales.


Ce rapprochement polémique entre les deux sujets, pourtant, est particulièrement cocasse. L’Arabie saoudite, où le port du voile est obligatoire et les femmes interdites de conduite automobile, est l’alliée historique des Etats-Unis dans la région. Le régime obscurantiste des talibans, lui, a vu le jour sous les auspices d’une CIA qui a prêté ses camps d’entraînement sur le sol américain aux combattants du mollah Omar. En revanche, l’Irak et la Syrie baasistes, plus proches de la norme occidentale en matière de condition féminine, n’eurent pas droit aux mêmes égards. Le premier a été pulvérisé sous les bombes US, la seconde est rangée dans la catégorie des « Etats voyous ». Mais peu importe : les partisans de la politique américaine au Moyen-Orient se croient fondés à donner des leçons en matière d’émancipation féminine.


S’agissant de l’ONU, en outre, on ne s’étonnera guère d’un tel ressentiment de la part des porte-parole du néoconservatisme à la française. Car les résolutions du conseil des droits de l’homme, comme hier les déclarations de l’assemblée générale, ont osé mettre en cause la répression israélienne en Palestine occupée. Les 47 Etats élus par leurs pairs au CDH bénéficient de l’égalité de vote. La sensibilité qui s’y exprime reflète donc une opinion majoritaire qui n’a aucune raison de cautionner l’occupation militaire des territoires arabes. Que les thuriféraires d’Israël, cependant, se rassurent : ces résolutions demeurent symboliques à défaut d’être exécutoires. Mais ce n’est pas suffisant. Il leur faut aussi en stigmatiser le principe par un usage grossier de la calomnie.


C’est à quoi s’emploient rageusement les signataires. « Par sa mécanique interne, les coalitions et les alliances qui s’y constituent, les discours qui s’y tiennent, les textes qui s’y négocient et la terminologie utilisée anéantissent la liberté d’expression, légitiment l’oppression des femmes et stigmatisent les démocraties occidentales .. Le CDH est devenu une machine de guerre idéologique à l’encontre de ses principes fondateurs. Ignorée des grands médias, jour après jour, session après session, résolution après résolution, une rhétorique politique est forgée pour légitimer les passages à l’acte et les violences de demain ».


Symptôme d’une psychose paranoïaque ou monument de la démonologie occidentale : on hésite sur le diagnostic. La seule certitude, c’est que ce réquisitoire contre des forfaits inexistants témoigne d’une inventivité hors du commun. Le conseil des droits de l’homme de l’ONU voudrait « anéantir la liberté d’expression » ? On se demande bien pourquoi et comment. Mais nos interrogations demeurent sans réponse. Nos polémistes annoncent « la mise à mort de l’universalité des droits » par l’ONU elle-même, mais cette mort annoncée reste nimbée de mystère. Aucune citation des résolutions du CDH ne vient étayer cette accusation, et les détracteurs de l’ONU condamnent ses idées supposées avec une violence inversement proportionnelle aux preuves de ce qu’ils avancent. Visiblement, ils préfèrent parler à sa place en procédant directement au commentaire de ce qu’elle est censée avoir dit.


En guise de citations, on doit alors se contenter des propos résumés au style indirect, sans guillemets, qu’aurait tenus M. Doudou Diène, rapporteur spécial sur le racisme, la discrimination raciale et la xénophobie auprès de l’ONU. L’intellectuel sénégalais aurait ainsi déclaré qu’« énoncer une critique contre le port de la burqa constitue une agression raciste, que la laïcité est ancrée dans une culture esclavagiste et colonialiste, et que la loi française contre le port des signes religieux à l’école participe du racisme antimusulman ». Seul problème : ces citations sont introuvables. Si chacun de ces énoncés soulève évidemment des objections, encore faut-il qu’il ait été formulé. Une polémique grossière sur des citations qui n’en sont pas : le procédé condamne ses auteurs.


Au demeurant, les seules citations que les idéologues publiés par « Le Monde » auraient dû produire à l’appui de leur propre thèse sont celles du CDH lui-même. Mais ils se gardèrent bien de le faire. Livrant leur interprétation tendancieuse en lieu et place de la pensée d’autrui, ils pérorent gravement en prenant leur fantasme pour la réalité : « La confusion est à son comble, affirment-ils, quand est dénoncée comme une attitude raciste toute critique de la religion ». Mais d’où vient cette idée ? Qui l’a émise ? Nul ne le sait. N’importe qui, en revanche, peut vérifier ce qu’a énoncé le CDH sur la question religieuse. Il suffit de consulter les compte-rendus officiels des six sessions réunies depuis sa création en juin 2006.


Le 30 mars 2007, le CDH a ainsi adopté une résolution «  sur la lutte contre la diffamation des religions ». Ce texte nuancé insiste sur « le droit de chacun à la liberté d’expression, qui devrait s’exercer de façon responsable et peut donc être soumis à de restrictions, prescrites par la loi et nécessaires pour le respect des droits ou de la réputation d’autrui, la protection de la sécurité nationale, de la santé ou de la morale publiques, et le respect des religions et des convictions ». Sur le plan des principes, ce texte ne diffère guère du droit positif en vigueur dans la plupart des pays, les Etats occidentaux ayant eux aussi entouré l’exercice de la liberté d’expression de certaines limites juridiques. En France, la reconnaissance de la liberté d’expression n’entraîne aucun droit à diffamer son voisin, toute forme d’injure manifestant une discrimination raciale ou religieuse est punie par la loi, et certaines dispositions législatives ont même eu pour effet d’énoncer une vérité officielle sur des faits historiques.


Naturellement, la teneur de cette résolution du CDH n’est pas indifférente au contexte politique lié à la « guerre contre le terrorisme » menée tambour battant par Washington. « Le Conseil se déclare préoccupé par les images stéréotypées négatives des religions et par les manifestations d’intolérance et de discrimination en matière de religion ou de conviction. Il se déclare en outre profondément préoccupé par les tentatives visant à associer l’islam avec le terrorisme, la violence et les violations des droits de l’homme. Il note avec une vive inquiétude l’intensification de la campagne de diffamation des religions, et la désignation des minorités musulmanes selon des caractéristiques ethniques et religieuses depuis les événements tragiques du 11 septembre 2001 ».


L’adoption de ce texte s’est heurtée à l’opposition des pays occidentaux, mis en minorité lors du vote final. Aucun d’entre eux n’y a vu, toutefois, le danger mortel pour la civilisation universelle que dénoncent les signataires de notre pamphlet antionusien. Au nom de l’Union européenne, la représentante de l’Allemagne « a fait remarquer que, comme l’a établi le rapport de M. Doudou Diène, la discrimination fondée sur la religion ne concerne pas uniquement l’islam, mais également le judaïsme, le christianisme et des religions et croyances venues d’Asie, ainsi que des personnes sans religion. Elle a également souligné qu’il est problématique de séparer la discrimination fondée sur la religion des autres formes de discrimination. Elle a aussi jugé l’utilisation du concept de diffamation contre-productive, préconisant plutôt un texte axé sur la liberté de religion ou de conviction ».


Que ce débat témoigne d’une différence de sensibilité sur les questions religieuses entre pays membres de l’organisation de la conférence islamique (OCI) et pays occidentaux est une évidence. Cela méritait une réflexion sur la sécularisation relative des sociétés concernées et la référence, explicite dans les pays musulmans, à des valeurs religieuses. Mais cette réflexion n’effleura même pas l’esprit de nos intrépides signataires qui, faute d’avoir lu les textes auxquels ils font vaguement allusion, en dénaturent volontairement la signification. Refusant de discuter rationnellement les arguments de l’autre, on préfère le stigmatiser en imaginant une dramaturgie grossière mettant en scène des personnages réels. Ce théâtre de marionnettes, du coup, tient lieu d’argumentaire.


C’est ainsi que nos signataires s’en prennent violemment à Mme Louise Arbour, haut-commissaire aux droits de l’homme de l’ONU. «  Elle a participé à une conférence à Téhéran consacrée aux droits de l’homme et à la diversité culturelle, dénoncent-ils. Portant le voile, comme la loi de la république islamique l’exige, la haut-commissaire a été le témoin passif de l’énoncé de principes à venir, ainsi résumés : offense aux valeurs religieuses considérée comme raciste. Bien pire, dès le lendemain de cette visite, vingt et un Iraniens, dont plusieurs mineurs, furent pendus en public. C’est en sa présence que le président Ahmadinejad a renouvelé son appel à la destruction d’Israël ».


Encore une fois, l’art de l’amalgame intellectuel atteint des sommets. Mêlant tout et son contraire, le texte publié par « Le Monde » mise sur la confuse indignation du lecteur en anesthésiant au passage son jugement critique. Louise Arbour portait le voile à Téhéran, soit. Mais aurait-elle pu, en Israël, organiser une réunion pendant le shabbat ? Les régimes religieux ont des exigences que n’ont pas les autres. On peut le déplorer, mais ils sont chez eux. L’offense à la religion, dans certains pays, est considérée comme une forme de racisme. Faut-il que nous allions les convaincre du contraire, et de quelle manière ? La peine de mort, enfin, est cruellement appliquée en Iran. Mais les aspects odieux du régime de Téhéran ne le résument pas pour autant, et le régime saoudien n’a rien à lui envier. Surtout pas l’amitié des Etats-Unis, où un président texan a été élu sur sa réputation d’exécuteur intraitable des criminels supposés. Sans parler d’Israël, seul Etat au monde dont les snipers abattent des fillettes à la sortie des écoles.


Les diatribes iraniennes contre l’Etat hébreu relèvent, elles, d’un affrontement géopolitique dont l’un des principaux paramètres est l’attitude d’Israël lui-même. S’il avait appliqué la peine de mort aux civils palestiniens avec davantage de discernement depuis soixante ans, il n’aurait pas suscité un tel rejet de la part de ses voisins proches ou éloignés. Sous occupation militaire, amputés d’une partie de leur territoire, ou régulièrement bombardés par son aviation, ces derniers ont d’excellentes raisons de le détester. Mais peu importe. Décidés à instruire à charge contre Mme Arbour pour son séjour à Téhéran, nos polémistes incriminent « son silence et sa passivité », qu’elle aurait justifiés par « le respect de la loi iranienne et le souci de ne pas offenser ses hôtes ».


« Charbonnier est maître chez soi, commentent-ils. C’est le docteur Goebbels qui utilisait cet argument d’opportunité, à la tribune de la Société des nations en 1933, pour se soustraire à toute critique d’une institution internationale impuissante ». On croit rêver. Car, analogie pour analogie, frappante est la ressemblance entre le Reich qui s’assied sur la SDN en 1933 et l’Etat hébreu qui bafoue le droit international depuis 1967. Comme son lointain prédécesseur, Israël, lui aussi, se « soustrait à toute critique d’une institution internationale impuissante ». Et s’il le fait, c’est pour mieux conquérir « son espace vital, de la mer au Jourdain », selon la belle formule employée par Effi Eitam, ministre d’Ariel Sharon, en 2002.


« Les grands crimes politiques ont toujours eu besoin de mots pour se légitimer. La parole annonce le passage à l’acte », philosophent nos signataires. Ils n’ont pas tort : le 29 février, le vice-ministre israélien de la Défense Matan Vilnaï a brandi la menace d’une « shoah » contre les Palestiniens avant de lancer à Gaza la sanglante opération qui fit 110 victimes palestiniennes en une semaine. Quitte à enfreindre un tabou religieux, l’Etat hébreu, manifestement, a franchi un cap sémantique avant de déchaîner sa puissance militaire : il est passé « de la parole à l’acte ».


Mais le meilleur a été gardé pour la fin. « Les idéologies totalitaires avaient remplacé les religions. Leurs crimes, les promesses non tenues d’avenir radieux ont ouvert grande la porte au retour de Dieu en politique. Le 11 septembre 2001, quelques jours après la fin de la conférence de Durban, c’est bien au nom de Dieu que le plus grand crime terroriste de l’histoire fut commis ». Lier dans une même trame le 11 septembre 2001 et les résolutions du CDH, il fallait oser. Il est vrai que nous avons affaire à des spécialistes.


« Retour de Dieu en politique », disent-ils. Nos intellectuels savent de quoi ils parlent : Israël n’est-il pas l’Etat confessionnel par excellence ? « Si la revendication d’un coin de terre est légitime, affirmait Theodor Herzl, alors tous les peuples qui croient en la Bible se doivent de reconnaître le droit des juifs ». Bibliquement établie, la légitimité d’un Etat juif en Palestine va de soi : le texte sacré tient lieu de titre de propriété. Pour les sionistes religieux, le retour des juifs en Eretz Israël est inscrit dans le récit de l’Alliance lui-même. Prendre possession de la terre que Dieu a donnée aux juifs fait partie du plan divin, et ce serait le contrarier que de renoncer à cette offrande.


Du coup, aucun compromis n’est possible avec les Arabes. En 1947, le grand rabbin de Palestine martelait le statut théologique du futur Etat juif : « C’est notre forte conviction que personne, ni individu, ni pouvoir institué, n’a le droit d’altérer le statut de la Palestine qui a été établi par droit divin ». Chef du parti national-religieux, le général Effi Eitam expliquait à son tour en 2002 : «  Nous sommes seuls au monde à entretenir un dialogue avec Dieu en tant que peuple. Un Etat réellement juif aura pour fondement le territoire, de la mer au Jourdain, qui constitue l’espace vital du peuple juif ». Au moins, c’est limpide.


Rien d’étonnant, par conséquent, à ce que le lobby pro-israélien exècre l’ONU : son appétence pour le droit international est inversement proportionnelle à son engouement pour le droit divin. Il est vrai que l’un est infiniment plus favorable au Grand Israël que l’autre. Percuter les résolutions de l’ONU avec la Thora relève de l’exploit intellectuel et du prodige politique : Israël l’a fait. Pour nos signataires, « c’est au nom de Dieu que le plus grand crime terroriste de l’histoire fut commis ». Ce n’est pas tout à fait faux, à condition d’inclure dans l’analyse l’Etat hébreu, cet artefact colonial bâti au forceps sur les ruines de la Palestine au nom de la Bible et de la Shoah.


A propos de terrorisme, l’Etat d’Israël, qui plus est, peut se targuer d’un palmarès hors compétition. Les odieux attentats du 11 septembre 2001 ont fait dix fois moins de victimes que le siège de Beyrouh par Tsahal en 1982. Ses admirateurs occidentaux doivent certainement s’extasier sur les prouesses d’une armée capable de tuer aussi aisément des enfants avec des missiles. Ils doivent aussi se confondre d’admiration devant les geôles israéliennes, où grâce à la loi religieuse, on s’interrompt de torturer durant le shabbat. L’Etat hébreu mérite bien ce concert de louanges que les intellectuels organiques lui décernent à longueur de colonnes. Et quelle outrecuidance, de la part de l’ONU, de vouloir fourrer son nez sale dans les affaires intérieures israéliennes !


A l’instar des pires calomnies, les accusations publiées dans « Le Monde » du 27 février se sont répandues sur la toile. Elles suscitent sur certains blogs des commentaires haineux que l’on ose à peine citer. M. Doudou Diène y est qualifié de «  défenseur de la secte du pédophile fou et des adorateurs du caillou ». On y lit que « depuis les invasions musulmanes le croissant fertile est devenu le croissant stérile, et la civilisation a émigré en Occident ». Sur l’ONU, un internaute déchaîné résume à sa façon l’article publié par « Le Monde » : « l’ONU, c’est un ramassis de la racaille islamiste et tiers-mondiste ». Qu’attend-on pour supprimer l’ONU ? Ce sera encore plus simple. Islamophobie déclarée, haine du monde arabe, stupéfiante arrogance occidentale, tout y est. Opération réussie, mesdames et messieurs les intellectuels organiques.

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