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4 juin 2008 3 04 /06 /juin /2008 21:05

http://www.bakchich.info/article3788.html

Un syndicaliste CFTC : « Nous touchons de l’argent de l’UIMM, et alors ? »

BAKCHICH TV | vendredi, 16 mai 2008 | par Vincent Nouzille , Marion Gay

L’UIMM finance-t-elle toujours les syndicats ? A cette question toujours tabou, « Bakchich » apporte aujourd’hui une réponse claire. « Oui, nous recevons de l’argent de l’UIMM » nous confie Joseph Crespo, le président de la CFTC Métallurgie, qui a accepté de nous en dire davantage sur ses comptes. Ce sont des subsides légales, que perçoivent tous les syndicats, précise Crespo. Un pavé dans la mare, qui soulève des questions sur le financement encore opaque des syndicats

Joseph Crespo est en colère. Président de la fédération CFTC Métallurgie, il fulmine contre les soupçons de corruption qui empoisonnent le climat syndical depuis le début de l’affaire des « caisses noires » de son homologue patronal, l’UIMM, l’union des industries et des métiers de la métallurgie, en septembre dernier. « On en a marre d’être traités de voyous ou de corrompus par plein de gens, alors que nous n’avons rien à nous reprocher » confie-t-il à Bakchich. Il est vrai que les principaux bénéficiaires des 21 millions d’euros de cash distribués par l’UIMM via son délégué général Denis Gautier-Sauvagnac (DGS) demeurent mystérieux (voir encadré). Et que la gestion discrétionnaire par l’UIMM de sa cagnotte secrète - 600 millions d’euros !- suscite bien des questions.

De l’argent versé par l’’UIMM aux syndicats

Mais, depuis le début de l’enquête judiciaire sur ces versements occultes, tout le monde évite de parler des relations financières, qu’elles soient licites ou pas, entre l’UIMM et les syndicats. Sujet tabou et silence radio. Jacques Voisin, le président de la CFTC a déclaré qu’il n’y avait pas de « système organisé » entre l’UIMM et son organisation. Dans un livre qui sort le 17 mai « l’argent noir des syndicats » [1], l’UIMM se réfugie derrière l’enquête judiciaire en cours pour botter en touche sur le sujet. Mais Joseph Crespo évoque, lui, l’existence de subventions légales « qui posent en effet un problème d’indépendance », sans donner plus de précisions.

Bakchich a voulu en savoir plus. Et Joseph Crespo a accepté de nous fournir des explications chiffrées, qui confirment l’existence de versements réguliers de l’UIMM à tous les syndicats (voir la vidéo ci-dessus).

270 000 euros par an pour la CFTC Métallurgie

De quoi s’agit-il ? De fonds versés - appelés dans le jargon syndical un« préciput » c’est-à-dire un prélèvement,- dans le cadre d’un accord sur la formation des syndicalistes signé entre l’UIMM et les syndicats de la branche, destinés officiellement à payer des stages. Le montant touché par la CFTC Métallos ? Un chèque signé par l’UIMM de 270 000 euros par an, ce qui représente 18% des ressources de la CFTC Métallos (1,4 million d’euros par an). « Nous recevons la même somme que les autres syndicats, plaide Joseph Crespo. C’est un accord signé, le versement est parfaitement légal et transparent dans notre unique compte bancaire localisé à la Bred ».

Et à quoi sert cet argent, dont l’UIMM ne contrôle pas l’usage final ? En vérité, les syndicats en font ce qu’ils veulent. « Nous organisons vraiment des stages de formation à la négociation pour nos militants » assure le président de la Fédé des Métallos. Plusieurs centaines de syndicalistes seraient concernés chaque année. « C’est nous qui faisons entièrement le programme, l’UIMM ne s’en occupe pas » tient à préciser Joseph Crespo. Il ajoute que la formation mobilise environ 80% des fonds versés par l’UIMM. « Le reste permet de financer partiellement les 6 salariés de notre fédération ». Une manière de reconnaître que l’argent de l’UIMM sert aussi à faire vivre sa fédération de manière permanente…

Un quart des recettes viennent des adhérents

Joseph Crespo nous donne également d’autres précisions. Car l’UIMM n’est pas la seule à verser son obole. La fédération des services de l’automobile (concessionnaires, etc) finance également, à hauteur de 250 000 euros par an, la CFTC Métallurgie (comme tous les autres syndicats), dans le cadre d’un accord sur le paritarisme. Et six entreprises du secteur (dont EADS, Thalès, Safran, Renault) ont signé des accords de « droit syndical » avec la CFTC Métallurgie qui les conduit à verser chaque année 40 000 euros chacune à cette fédé. Soit 240 000 euros de rentrées supplémentaires. Sans compter des recettes annexes de publicité provenant de sociétés de prévoyance (Ionic, AG2R, etc) dans les revues syndicales.

Au total, les cotisations des 16 000 adhérents ne représentent que 25% des recettes de la fédé, qui totalisent 1,4 millions d’euros par an. « Le système est comme cela. C’est dommage, mais cela ne fait pas de nous des vendus » estime Joseph Crespo. Le président de la fédé CFTC Métallurgie, qui est, par ailleurs, candidat au poste de secrétaire général de la CFTC au congrès d’octobre prochain, est partisan d’une transparence totale et d’une réforme de la loi sur le financement des syndicats, en faveur d’un système de chèque syndical donné à chaque salarié. « Ce serait plus sain » admet-il.

 

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4 juin 2008 3 04 /06 /juin /2008 20:56

http://www.bakchich.info/article3772.html

Les syndicats sont-ils vendus ?

Livre | jeudi, 15 mai 2008 | par Vincent Nouzille

Si les petits arrangements financiers de l’UIMM ont été (en partie) mis au jour, ceux des syndicats censés défendre les salariés restent à ce jour encore tabous. Dans un livre, « L’argent noir des syndicats » (Fayard), le philosophe et journaliste Roger Lenglet, et deux syndicalistes, Jean-Luc Touly et Christophe Mongermont, révèlent, preuves à l’appui, les magouilles des syndicats, qui dépendent notamment un peu trop… du patronat.
C’est une enquête stupéfiante, qui devrait faire du bruit. Pour la première fois, le voile se lève sur un sujet tabou, « l’argent noir des syndicats ».

Depuis le début de l’affaire des fonds secrets patronaux de l’Union des industries et des métiers de la métallurgie (UIMM), le doute se propage.

Qui a été arrosé par l’UIMM, notamment avec les 20 millions d’euros en espèces destinés à « fluidifier les relations sociales », selon l’expression imagée de Denis Gautier-Sauvagnac, le puissant boss de l’organisation patronale, éjecté de son poste ? Les syndicats de salariés, mal à l’aise, ont tous protesté de leur bonne foi et DGS a promis de ne rien dire.

Le livre du journaliste Roger Lenglet, et des syndicalistes Jean-Luc Touly et Christophe Mongermont n’apporte pas de révélations majeures sur ce scandale entre les mains de la justice. En revanche, l’affaire de l’UIMM n’est visiblement qu’un révélateur de pratiques plus générales entre patronat et syndicats, qui vont de la subvention déguisée à la corruption pure et simple… Dans une absence totale de transparence. Il est vrai que la loi Waldeck-Rousseau de 1884 sur les syndicats leur permet de se dispenser de toute justification sur l’origine de leurs fonds et sur l’identité de leurs adhérents. Ils ont même le droit de détruire chaque année leur comptabilité afin de ne pas laisser de trace ! Un comble. Censé protéger les syndiqués de toutes représailles ciblées, ce système légal est aujourd’hui totalement archaïque.

Pratiques assez troubles entre patronat et syndicats

La réalité, telle que la narrent les auteurs, est bien plus accablante qu’on ne le croit. Les syndicats ont besoin d’argent. Or, ils ont de moins en moins d’adhérents, puisque les cotisations couvrent probablement moins de la moitié de leurs dépenses. La désyndicalisation et la bureaucratisation de syndicats émiettés vont de pair. Résultat : le système D règne. Et les dérives se multiplient.

L’UIMM, par exemple, reste muette sur les subsides qu’elle verse discrètement aux syndicats depuis des années. Or elles existent bel et bien, selon les auteurs. (Bakchich, dès demain, en révélera d’ailleurs quelques exemples très concrets) !

Téléphones, voitures, primes, embauches amicales…

D’autres PDG anonymes, cités dans le livre, évoquent des pratiques plus tangentes, des petits cadeaux qui entretiennent l’amitié… et permettent d’assurer un climat social très calme dans l’entreprise : « Je reçois moi-même, lors de chaque élection professionnelle de délégués du personnel, les salariés élus pour leur proposer des petits cadeaux, un véhicule de fonction et un téléphone portable. En contrepartie, ce que je demande, c’est qu’ils me préviennent afin de régler en amont et en petit comité tout litige qui pourrait déraper. » Pis : les permanents de certains syndicats viennent demander quelques services, en échange de leur promesse de calmer les revendications.

Daniel Guerrier, délégué CGT jusqu’en 2000, témoigne, lui, à visage découvert : « j’ai souvent vu des délégués du personnel prendre leurs ordres auprès de la direction pendant des repas régulièrement offerts par les cadres dirigeants, au cours desquels on se tutoie et on baisse un peu la voix en abordant certains sujets comme le renouvellement du portable ou de la voiture, en passant par les primes spéciales et les horaires allégés, l’embauche de parents ou amis. »

Ces pratiques seraient, selon les auteurs, très répandues, par exemple, dans le secteur de la construction ou du nettoyage. Là, les employeurs désigneraient carrément eux-mêmes certains syndicalistes de manière à éviter les soucis. Moyennant quelques avantages salariaux et appartements attribués aux heureux délégués. Même la CGT a du mal à discipliner ses troupes dans le monde atomisé du nettoyage…

Des pages de pub qui posent question

Mais les surprises ne s’arrêtent pas là. Les syndicats sont aussi gentiment arrosés par des pages de pub dans leurs revues internes. Pages qui peuvent êtres payées jusqu’à 100 000 euros « sans que personne ne puisse expliquer leur intérêt commercial ». Les auteurs notent que la presse CGT a un « penchant prononcé » pour les pubs venant notamment des assureurs Satec, Macif, Axa, MMM, Assurance Sport et Tourisme, les groupes Dassault, EDF, SNCF, Air France, Suez, Veolia, France Télécom, l’alcoolier Pernod-Ricard, le Patis 51 et le champagne Henri-Guiraud…

Fonds pour la formation ou les handicapés détournés

Par ailleurs, les collectivités locales, les caisses de retraite complémentaires et l’argent de la formation professionnelle (voir l’encadré) contribuent, eux aussi, à irriguer les syndicats, de manière directe ou indirecte, comme plusieurs rapports de l’Inspection des affaires sociales et de la cour des comptes l’ont déjà dénoncé, sans véritable suites. Pire : les 400 millions d’euros de subventions destinées à l’insertion professionnelles des personnes handicapées seraient en partie détournées vers d’obscurs « conseillers techniques ». Sans que personne ne s’en émeuve vraiment !


A l’arrivée, le constat du livre est accablant, que ce soit dans les entreprises privées comme dans le cas des entreprises publiques, tels qu’EDF ou la SNCF, où les abus – narrés en détail – sont légion. Le système de financement des syndicats – patronaux et de salariés – est bancal, opaque, perméable à la corruption, sans règles ni contrôles. Il serait grand temps de le réformer, au moins pour lui donner plus de transparence. Et éviter de désespérer ceux qui continuent de militer en toute bonne foi.

« L’argent noir des syndicats », Roger Lenglet, Jean-Luc Touly, Christophe Mongermont (Fayard) sortie le 17 mai, 302 pages, 19 euros

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4 juin 2008 3 04 /06 /juin /2008 20:37

Barack Obama remporte l'investiture démocrate


WASHINGTON (Reuters)

Barack Obama a remporté mardi l'investiture démocrate pour l'élection présidentielle de novembre au détriment d'Hillary Clinton, au terme de la campagne la plus longue et la plus serrée de l'histoire récente des Etats-Unis.

"Ce soir, je peux me présenter devant vous et dire que je serai le candidat démocrate à l'élection présidentielle américaine", a dit Obama devant quelque 32.000 partisans rassemblés à St Paul, Minnesota, à l'issue des deux dernières primaires, dans le Dakota du Sud et le Montana.

"Ce soir nous célébrons la fin d'une période historique avec le début d'une autre - une période qui fera lever un jour nouveau et meilleur sur l'Amérique", a lancé celui qui a remporté mardi le scrutin organisé dans le Montana, alors que sa rivale gagnait celui du Dakota du Sud.

Le camp Obama avait revendiqué la victoire avant même que les résultats de ces deux primaires ne soient connus, puisque de nombreux superdélégués ont apporté mardi leur soutien au sénateur de l'Illinois, lui permettant de franchir la barre des 2.118 délégués nécessaires pour être désigné lors de la Convention démocrate en août.

Alors qu'Obama se rapprochait du nombre de délégués requis, son équipe de campagne avait exhorté les superdélégués qui ne s'étaient pas encore prononcés à faire leur choix avant la fin des primaires, afin que le sénateur métis de 46 ans puisse annoncer sa victoire dès mardi.

Au cours de la dernière journée des primaires, une vague de soutiens ont afflué. Après qu'une cinquantaine de délégués ont annoncé qu'ils le ralliaient, son équipe de campagne a transmis juste avant la fermeture des bureaux de vote dans le Montana une nouvelle liste de 26 soutiens.

CLINTON NE RENONCE PAS

La lutte entre Obama et Hillary Clinton a été serrée jusqu'au dernier jour, et a largement divisé les rangs démocrates, où les noirs, les jeunes et les électeurs les plus éduqués ou les plus aisés ont préféré Obama, quand les hispaniques, les séniors et les cols bleus se tournaient vers Clinton.

Obama a d'ailleurs lancé mardi soir un appel à l'unité du parti démocrate afin de battre le républicain John McCain en novembre.

La sénatrice de New York, qui aurait pu être la première femme candidate à la Maison blanche, a rallié plus de 1.900 délégués sur son nom.

Devant des partisans réunis à New York, Clinton a refusé de concéder sa défaite, expliquant qu'elle allait consulter les dirigeants du parti avant de prendre une décision.

"Cela a été une longue campagne et je ne prendrai aucune décision ce soir", a-t-elle dit. "Dans les prochains jours, je consulterai mes partisans et les dirigeants du parti pour déterminer qu'elle sera la direction à suivre pour servir au mieux nos intérêts et ceux du pays."

"Elle est toujours candidate à la présidence et plaide toujours pour sa candidature à l'investiture", a dit de son côté le porte-parole de Clinton, Mo Elleithee.

Selon un responsable du parti démocrate, Clinton, entrée en campagne il y a 17 mois avec l'étiquette de favorite, s'est déclarée ouverte à l'idée d'être la colistière d'Obama.

"Elle a dit qu'elle ferait tout ce qui sera nécessaire pour nous assurer la victoire, et cela pourrait être de servir comme vice-présidente", a dit à Reuters le représentant Charles Rangel, qui avait affiché son soutien à l'ex-première dame.

Lundi, Obama avait invité sa rivale à travailler avec lui en vue de la présidentielle, qui opposera le candidat démocrate au républicain John McCain.

"La sénatrice Clinton a fait une campagne exceptionnelle, elle sert remarquablement la communauté et elle et moi travaillerons ensemble en novembre", avait-il dit lors d'un meeting dans le Michigan.

Mardi, il lui a rendu hommage après s'être proclamé vainqueur, la décrivant comme quelqu'un ayant "le désir inébranlable d'améliorer la vie des Américains".

"Notre parti et notre pays sont meilleurs grâce à elle, et je suis un meilleur candidat (aujourd'hui) parce que j'ai eu l'honneur d'être en compétition avec Hillary Rodham Clinton", a-t-il dit.

Barack Obama devrait être investi officiellement par le parti démocrate lors de la Convention, qui se tiendra fin août à Denver. S'il était élu en novembre, il deviendrait le premier président métis de l'histoire des Etats-Unis.

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3 juin 2008 2 03 /06 /juin /2008 20:16

Tarek Aziz, l’homme qui en sait trop

par Gilles Munier (Afrique Asie – juin 2008)


Un nationaliste arabe de la génération 58

Tarek Aziz - huit de pique du jeu de cartes du Pentagone - est la personnalité irakienne la plus connue, avec Saddam Hussein. Il est né en 1936 à Tel Keyf, près de Mossoul, dans une famille chrétienne chaldéenne. Peu pratiquant, il se considère comme Arabe avant tout, son prénom ayant été choisi en mémoire de Tariq Ibn Ziad, conquérant de l’Andalousie au 8ème siècle.

Lecteur dans sa jeunesse d’Hegel, de Marx et de Nietzsche, féru d’histoire arabe, il a adhéré tôt au parti Baas. Fidèle au courant originel dirigé par Michel Aflak, il a été emprisonné un an en Syrie, en 1966, après le coup d’Etat d’Hafez al-Assad.

Après la Révolution baasiste en Irak de 1968, il a été directeur d’Al-Thawra - quotidien du parti -  ministre de l’Information et de la Culture, des Affaires étrangères, et vice-Premier ministre à deux reprises. Il est membre du Commandement régional (irakien) du parti depuis 1974, et du Conseil de Commandement de la Révolution depuis 1977.

Le 1er avril 1980, il a été blessé lors d’un attentat faisant plusieurs morts à l’Université Moustansirya de Bagdad. Les terroristes d’Al-Dawa, basé à Téhéran, voyait déjà en lui un de ses principaux ennemis.
Tarek Aziz est un des plus grands diplomates arabes contemporains. Il a été de tous les combats : pour la libération de la Palestine, contre l’apartheid et l’impérialisme américain dans le Tiers monde. Les Anglo-saxons lui reprochent d’être un des artisans de la « politique française de l’Irak ». Il a présidé la Conférence de Bagdad qui réunissait tous les 6 mois plusieurs centaines de partis et d’organisations luttant pour la levée de l’embargo.


Les Américains ne veulent pas que Tarek Aziz parle des relations irako-américaines sous Reagan et au début du mandat de Bush père. Les Iraniens et leurs alliés miliciens se vengent d’un baasiste emblématique et d’un chrétien indocile

Le 29 avril dernier, dans le box du Haut tribunal pénal de la Zone verte, le vice-Premier ministre irakien Tarek Aziz est apparu fatigué, malade, amaigri par 5 ans d’incarcération au Camp Cropper, près de l’aéroport de Bagdad . Le juge kurde Raouf Abdel Rahmane, connu pour avoir condamné à mort Saddam Hussein, l’accuse d’avoir participé, en 1992, à la décision d’exécuter 42 grossistes qui spéculaient sur le prix des denrées alimentaires. Ceux qui sont allé à Bagdad cette année là savent dans quelle situation dramatique se débattaient les Irakiens. En raison de l’embargo, le dollar dépassait les 3000 dinars, alors qu’en 1990 il en fallait trois pour avoir un dinar. Les denrées alimentaires et les médicaments manquaient  ou étaient hors de prix.

Cela dit - et quelle que soit l’opinion portée  sur la rigueur de la justice irakienne en temps de guerre - il faut préciser que Tarek Aziz ne s’occupait ni des questions de sécurité, ni du commerce. De plus, il n’a pas participé - selon son fils Ziad, réfugié en Jordanie - à la réunion du Conseil de Commandement de la Révolution – organe suprême du pays, dont il était membre -  qui a étudié le dossier des grossistes. Le vice-Premier ministre avait en charge les relations internationales et la levée du blocus. Les accusations portées aujourd’hui contre lui ne sont pas crédibles. Personne n’a d’ailleurs jamais déposé de plainte contre lui. Tarek Aziz, dit-on en Irak, « n’a pas de sang sur les mains ».

Incarcéré dans la « cellule des chiens »

Depuis sa reddition, en avril 2003, son dossier en justice était vide. Il n’était accusé de crime, périodiquement, que lorsqu’il était question de le libérer pour raisons de santé. Le régime de Bagdad, s’y refusant obstinément, l’a ainsi accusé d’avoir participé à la condamnation à mort, en avril 1980, de l’Ayatollah Muhammad Baqer al-Sadr, fondateur d’Al-Dawa, puis à la répression de complots internes au parti Baas dans les années 70 et 80, et enfin à celle du soulèvement sudiste de 1991, après la première guerre du Golfe.

Les Américains, véritables organisateurs des procès de Bagdad, ne lui pardonnent pas d’avoir refusé de témoigner contre Saddam Hussein -  y compris en échange de sa libération -  et son intervention en faveur du Président irakien et des autres accusés au procès.

Washington craint aussi les révélations qu’il pourrait faire sur les dessous de la politique moyen-orientale américaine du temps de Reagan et au début du mandat de Bush père. Il peut évoquer le scandale étouffé de la BCCI, ou l’Iraqgate avec le détournement de subventions agricoles pour vendre des produits chimiques à double emploi, ou encore le versement de commissions aux partis Républicain et Démocrate lors d’achats massifs de blé ! Les Iraniens et Al-Dawa se vengent d’un baasiste emblématique et d’un chrétien indocile. Abdul-Aziz Al-Hakim, chef du Conseil suprême de la révolution islamique en Irak, a déclaré que la présence de chiites parmi les commerçants exécutés aggravait son cas.

Au Camp Cropper, au début de sa détention, Tarek Aziz était enfermé dans une pièce d’un mètre sur deux, appelée « « cellule des chiens », réservée jadis à ceux des services de sécurité de l’aéroport.  Malgré ses problèmes cardiaques – il a été hospitalisé d’urgence deux fois -  malgré les interrogatoires ponctués d’insultes et de menaces, il n’a pas craqué. En 2005, trompant l’attention de ses gardiens, il a griffonné un appel sur le carnet de Badie Aref, son avocat irakien. Il demandait à l’opinion publique internationale un « traitement équitable, un procès équitable précédé d’un enquête équitable ». Depuis, son avocat a été menacé de mort et s’est réfugié à Amman. Les Américains l’ont informé qu’ils n’assuraient plus sa sécurité et un juge a lancé un mandat d’arrêt contre lui, sous prétexte qu’il ne partage pas son avis sur le soulèvement sudiste de 1991.

« Que sont mes amis devenus ? »

L’annonce du procès de Tarek Aziz n’a pas encore soulevé de  protestations d’importance au niveau mondial, ni ému, semble-t-il, les personnalités qui faisaient des pieds et des mains pour entrer dans son bureau à Bagdad ou pour le rencontrer lors de ses déplacements à l’étranger. A Paris, sa suite à l’hôtel Meurice ne désemplissait pas de solliciteurs, toutes tendances confondues.

Nicolas Sarkozy, interrogé en janvier 1995 sur la visite à Paris de Tarek Aziz – c'est-à-dire après les faits qui lui sont aujourd’hui  reprochés – avait déclaré que la France avait le droit « de recevoir qui elle veut, quand elle veut ». Lionel Jospin, Alain Juppé, Charles Pasqua, l’avaient reçu. Il s’était même entretenu discrètement avec le Président Chirac. Que sont tous ses amis devenus ?

L’appel lancé en mai 2003 pour la libération de Tarek Aziz  par les Amitiés franco-irakiennes,  relancé en 2005 par le parlementaire britannique George Galloway a certes réuni plus de 250 signatures - notamment celles de Jean-Pierre Chevènement et du Président Ahmed Ben Bella – mais il est demeuré sans effet. Un Comité de défense de Tarek Aziz et des prisonniers politiques irakiens a été créé fin avril dernier, sans trop d’illusions sur l’attitude que vont adopter ses « amis » politiques français. Certains - comme Roselyne Bachelot qui présidait le Groupe d’Etudes France-Irak à l’Assemblée nationale - sont aujourd’hui au pouvoir… et bien silencieux.

La France se tait

La défense de Tarek Aziz, au niveau international, est assurée par Jacques Vergès. L’avocat a demandé un visa pour s’entretenir avec son client. Il veut faire le procès de l’invasion et de ses crimes. Il mettra en cause la légalité du Haut tribunal spécial, notamment au regard des conventions internationales sur le traitement des prisonniers de guerre. On comprend pourquoi les autorités de la Zone verte – comme on dit à Bagdad – font la sourde oreille à sa demande.

Quelle que soit la réponse américaine, se posent déjà des problèmes de sécurité. Au procès de Saddam, des avocats ont été menacés. L’un d’eux a été assassiné. Des témoins de la défense, effrayés, ont refusé de comparaître. La France qui a voté, le 16 octobre 2003, la résolution 1511 du Conseil de sécurité avalisant l’occupation de l’Irak, a plus qu’un mot à dire sur ce qui s’y passe depuis. Elle doit veiller, entre autre, au bon déroulement du procès de Tarek Aziz. Le silence du Quai d’Orsay, en la circonstance, signifierait complicité.

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3 juin 2008 2 03 /06 /juin /2008 20:04

Procès de Tarek Aziz :

Il est noble, ils sont  ignobles….

par Abdel Bari Atwan, directeur d’Al Quds al-Arabi (1er mai 2008)


Je n’ai jamais rencontré monsieur Tarek Aziz, ex vice-Premier ministre et ministre des Affaires Etrangères irakien. Nous n’avons pas eu de contact téléphonique ou autre, comme avec tous les précédents responsables irakiens, même si, en raison de sa vaste culture et de ses fonctions  de ministre de l’Information et de la Culture pendant plusieurs années, cet homme avait instauré de solides relations  avec des dizaines, voire des centaines d’écrivains, de journalistes et  d’intellectuels. Je ne le connaissais pas mais j’avoue que  j’ai éprouvé  un sentiment d’humiliation et une vive souffrance à voir cet homme  dans le  box des accusés, sous le coup d’une accusation mensongère - le meurtre de quarante commerçants -, devant un tribunal de comédie, révélant à quel point dans le nouvel Irak américain, les valeurs et  la morale étaient en faillite, sinon  complètement abolies.


Monsieur Aziz n’a pas tué une mouche de sa vie, dans le cadre du pouvoir ou en dehors, parce qu’il n’a exercé aucune fonction exécutive; il a toujours représenté le visage civilisé  non seulement du régime, mais de l’Irak entier, dans toute sa diversité, car c’était un homme connu  pour son immense civilité, sa vaste culture, la qualité de son expression, sa douceur de caractère, qui  imposaient le respect  à tous, amis ou ennemis. Excellent orateur, il défendait, au cours des réunions internationales, les causes de la nation arabe et la souveraineté de l’Irak, dans un anglais parfait. Les nouveaux dirigeants de l’Irak ne possèdent pas la moindre de ses qualités, ils ne connaissent que la langue du meurtre, de l’effusion de sang, de la purification ethnique en Irak, et c’est peut-être pour cela qu’ils ont voulu le juger et éventuellement le condamner à mort.


Ce n’est pas ces gens-là que nous blâmons, car leur caractère malfaisant, leur obscénité sont  devenus évidents ; les Irakiens et nous  avons tous  constaté les catastrophes qui ont  frappé l’Irak à cause d’eux; c’est le monde occidental que nous blâmons: hypocrite, il nous rebat les oreilles depuis plus de cinquante ans  avec la démocratie, les droits de l’homme, la justice indépendante,  le voilà qui se tait  quand un homme malade est mis au secret pendant plus  de cinq ans, sans procès, pour finir  par accepter qu’il soit jugé, sur une accusation dont il sait très bien qu’elle est  falsifiée  et mensongère, au même titre que les armes de destruction massive.


Ce n’est pas  monsieur Tarek Aziz qui mérite de se tenir dans le box des accusés, mais tous les individus du groupe qui - avant et après - ont été complices de l’occupation américaine et lui ont fourni une couverture légale pour tuer un million et demi d’Irakiens innocents, en déplacer cinq millions d’autres,  faire des Irakiens qui restent un champ d’expérimentation pour différentes armes de destruction américaines et les priver des services élémentaires.


Monsieur Tarek Aziz n’a pas comploté avec les ennemis pour livrer le territoire de son pays à l’invasion, il ne l’a pas transformé en fosse commune, ce n’est pas grâce à lui que l’Irak figure au premier rang des  pays les plus corrompus au monde. Il n’a ni pillé ni participé au pillage de 84 milliards de dollars grâce auxquels les personnalités de l’Irak nouveau et leurs familles se prélassent dans les capitales européennes. Le problème de monsieur Aziz, c’est que c’est un homme exemplaire pour sa loyauté envers sa patrie : il a refusé de fuir  et de s’exiler vers un lieu sûr, alors qu’il le pouvait et y était invité, comme il a refusé  toutes les offres et les incitations à  coopérer avec l’occupation, contre son Président, ses compagnons et sa famille ; il a refusé de renier  ses valeurs, ses principes et sa morale, et a préféré rester derrière les barreaux, endurant la maladie, l’enfermement et les
outrages des geôliers américains, plutôt que d’être remis en liberté, déshonoré par  une accusation de trahison   et de complot.


Curieusement, ceux qui parlent de tribunaux justes et de loi souveraine, n’ont engagé de poursuite contre aucun  des meurtriers qui ont coupé  les têtes, les ont  trouées à la perceuse, ou contre ceux qui ont volé l’argent public, ou transformé les sous-sols du Ministère de l’Intérieur en cellules de tortures et de mises à mort. Leur justice est truquée, confessionnelle, politique, elle est au service de l’occupation et des dirigeants qui collaborent avec l’occupation; il n’y a qu’à se reporter aux propos de monsieur Moaffaq al-Roubaï, conseiller à la sécurité nationale (quelle sécurité ?) lors d’une interview: c’est lui, dit-il, qui a demandé à la famille al-Khoei de relancer la question du  mandat d’amener visant Moqtada Sadr afin qu’il soit poursuivi pour le meurtre de monsieur Majid al-Khoei, au retour de son exil londonien. Pourquoi avoir gelé ce procès et  demandé qu’il soit de nouveau à l’ordre du
jour ?


En tout point, ils sont un mauvais exemple, ceux qui  ont promis d’apporter aux Irakiens la paix et la sécurité, le bien-être économique, et ce qu’il y a de mieux en matière de justice équitable et indépendante. Nous n’avons pas été surpris quand le juge Raouf Abdel Rahman, qui a prononcé la condamnation à mort du Président Saddam Hussein, lors du procès de Dujail,  a reconnu que  l’exécution du verdict n’avait pas été civilisée, qu’elle était arriérée, et que la loi irakienne, depuis la fondation de l’état irakien, ne prévoyait nullement pareille mise à mort, publiquement, un jour de fête et de festivité nationale, les jours de fêtes étant placés sous le signe de l’affection et de la réconciliation, et non de l’anéantissement.


Si monsieur Raouf reconnaît  que ces agissements sont étrangers à la  loi irakienne, donc à  toute loi en vigueur, pourquoi accepte-t-il de présider à nouveau un tribunal de farce, après avoir vu, comme des centaines de millions de gens, l’exécution criminelle et barbare d’un   président irakien qui a préservé, pendant plus de trente ans, l’unité, l’indépendance, la sécurité de l’Irak et  érigé une nation forte et respectée ? Nous le reconnaissions naguère, ce n’était pas un démocrate et il a commis de nombreux excès envers ses adversaires; mais est-ce que monsieur Maliki et ses collègues au pouvoir  lancent des roses, du myrte  et du riz sur  les partisans de Sadr et sur ceux qui, à leurs yeux, commettent le crime de demander la fin de l’occupation américaine?  A-t-il traité  les insurgés de Bassorah sans  commettre de massacre ni de destruction, sans recourir aux chars américains pour les écraser ? Pour finir,
nous demandons à monsieur Maliki et à ses collègues : ont-ils déféré plus de 500 membres de  l’organisation  chiite salafiste des Soldats du Ciel devant un tribunal équitable ? ou se sont-ils empressés de tous les anéantir le jour de l’Achoura  et de les ensevelir dans une fosse commune ?  Monsieur Moaffaq al-Roubaï  a dévoilé une fois encore la nature du système  judiciaire et de ses exécutants  lorsqu’il est revenu sur le récit qu’il avait fait  sur CNN de l’exécution du Président  Saddam Hussein, le décrivant comme abattu. Le même  monsieur Roubaï déclare dans une interview à la presse que le Président irakien lui a dit : « N’aie pas peur !». Nous comprenons que c’est lui qui avait peur,  et non cet homme fier,  qui s’avançait d’un pas sûr vers la guillotine, plein d’une extraordinaire assurance, récusant les témoignages, convaincu de l’arabité de l’Irak et de la victoire de la Palestine arabe.
Ajoutons que monsieur Roubaï a reconnu également que les gardiens de la justice s’étaient livrés à des actes choquants sur le cadavre du Président après son exécution, actes qu’il  désavoue tout en se gardant bien de les rappeler.


Monsieur Tarek Aziz appartient à une autre époque, à un autre Irak, l’Irak noble, authentique, indépendant, l’Irak non confessionnel, où coexistent différentes croyances et ethnies, l’Irak du temps où  les Irakiens dormaient les portes  grandes ouvertes. Dans cet Irak, le peuple recevait de façon égalitaire sa ration alimentaire au début de chaque mois, sans diminution ni retard, en dépit du  blocus féroce;  dans cet Irak, les maisons étaient abondamment fournies en eau et en électricité, les services de base étaient assurés et, dans les morgues des hôpitaux, il n’y avait pas de cadavres non identifiés  et défigurés par la  torture.


Alors qu’il supervisait lui-même la répartition des bons de pétrole (dans le cadre de la résolution « pétrole contre nourriture », ndt), le seul honneur qu’en retirait  monsieur Aziz, c’est que sa famille vivotait  dans la capitale jordanienne; lorsque son fils Ziyad, soupçonné  de corruption a été arrêté, il n’est pas du tout intervenu auprès du président Saddam Hussein, son ami intime, contrairement aux familles des nouveaux dirigeants de l’Irak qui vivent dans le luxe grâce aux  milliards qu’ils ont volés, parfois après avoir occupé quelques mois seulement des postes ministériels. C’est que pour eux l’Irak est une affaire transitoire, qui consiste à piller le plus possible de richesses avant de retourner  rapidement en Europe où ils vivaient en exil depuis longtemps, se lamentant, faisant porter au régime précédent la responsabilité de leur départ, nostalgiques de  Bagdad, ses terrasses et ses splendides
nuits de lune. Si j’avais un conseil à donner à l’avocat de Tarek Aziz,  ce serait de s’imposer un silence total, en signe de mépris pour ce tribunal, ses juges, ses témoins et ses invités, parce que cet homme ne peut être accusé, il  n’a commis aucun crime ni délit. Ce sont eux les accusés. C’est un homme de trop de valeur pour  plaider  sa cause devant ceux qui ne sont rien d’autre que les instruments de l’occupation américaine, dont ils essaient d’embellir le visage monstrueux. Ces gens-là et leurs maîtres redoutent même les prisonniers et ne sont pas capables de juger un seul des soldats qui, au service d’une société de sécurité américaine, ont tué  des dizaines d’Irakiens et violé  nombre d’Irakiennes.


Monsieur Tarek Aziz n’a pas besoin d’avocat pour le défendre devant une justice corrompue, vénale, dépourvue de légitimité, il est trop honnête  pour  que cette justice l’innocente. Sa mise en accusation est le plus grand des hommages, car il restera noble, et eux ignobles.

Traduction : Anne-Marie Luginbuhl


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3 juin 2008 2 03 /06 /juin /2008 19:54

Desmond Tutu lance un appel pour mettre fin au blocus de Gaza

Rory McCarthy à Gaza

The Guardian, vendredi 30 mai 2008

article original : "Tutu calls for end to blockade of Gaza"

Selon le lauréat du Prix Nobel de la Paix, la situation est abominable
et il y a une culture d'impunité des deux côtés du conflit


www.questionscritiques.free.fr

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Desmond Tutu, Nobel de la Paix sud-africain, a appelé hier à mettre fin à "l'abominable" blocus israélien de Gaza et a condamné la "culture de l'impunité" dans les deux camps de ce conflit.

Tutu, envoyé par l'UNHCR, était à Gaza pour une mission de trois jours afin d'enquêter sur la mort de 18 Palestiniens de la même famille, qui ont été tués par une pluie d'obus israéliens tirés sur Beit Hanoun en novembre 2006. Tutu a dit qu'il était en "état de choc" après avoir vu Gaza et recueilli les témoignages détaillés des survivants de cet incident.

"Cet endroit angoissant est morne, désolé et abandonné", a-t-il déclaré. "La situation entière est abominable. Nous pensons que les citoyens israéliens ordinaires ne supporteraient ce blocus, ce siège, s'ils savaient que ce cela signifiait vraiment pour les gens ordinaires comme eux". La communauté internationale est aussi fautive, a-t-il dit, pour son "silence et sa complicité".

Tutu a dit qu'il avait voulu se rendre aussi en Israël avec son équipe, pour entendre le compte-rendu israélien sur ce qu'il s'est passé et pour visiter la ville de Sdérot, qui est la cible fréquente d'attaques à la roquette de la part des partisans à Gaza. Toutefois, au cours des 18 derniers mois, depuis les morts de Beit Hanoun, Israël n'a pas accordé de visa à Tutu. Il a pu se rendre à Gaza cette semaine en traversant exceptionnellement la frontière depuis l'Egypte.

L'archevêque et militant anti-apartheid a déclaré que la paix entre Israël et les Palestiniens ne viendrait qu'en rendant des comptes sur les incidents tels que celui du pilonnage de Beit Hanoun et avec un dialogue entre les parties.

"Il ne peut y avoir aucune justice, aucune paix, aucune stabilité, ni pour Israël, ni pour les Palestiniens, sans rendre de compte sur ces violations des droits de l'homme", a-t-il déclaré. "Israël a admis avoir commis une erreur, mais nous sommes loin d'une prise de responsabilité et d'une réparation en bonne et due forme pour les victimes et leurs familles".

L'armée d'Israël a dit que le pilonnage de Beit Hanoun avait été une erreur et la conséquence d'une "défaillance rare et grave du système de contrôle de mise à feu de l'artillerie" qui a créé une "télémétrie incorrecte". Elle a dit qu'aucune action judiciaire ne serait entreprise contre quelque officier que ce soit.

Cependant, la raison pour laquelle cette arme d'artillerie a été dirigée sur une cible si proche d'un quartier résidentiel de Beit Hanoun n'est pas claire, ni pourquoi les obus ont continué d'être tirés après que le premier d'entre eux a touché cette maison. Ce matin-là, au moins six obus ont été tirés en l'espace de quelques minutes, bien que certains témoins aient dit à l'équipe de Tutu qu'une bonne quinzaine d'obus avaient été tirés.

Christine Chinkin, professeure de droit international à la London School of Economics, qui faisait le voyage dans l'équipe de Desmond Tutu, a dit que son évaluation préliminaire était que cet incident est quand même une violation de la loi internationale. "Tirer de façon à ne pas pouvoir distinguer entre les civils et les combattants est clairement une violation de la loi humanitaire internationale", a-t-elle déclaré. "Je ne pense pas que l'idée d'une erreur technique supprime la responsabilité initiale de cette action, consistant à tirer là où des victimes civiles sont clairement à prévoir … lorsque l'on s'accorde une si petite marge, il est prévisible que la moindre erreur a le potentiel de faire des victimes civiles".

Mardi, Desmond Tutu a rencontré l'ancien Premier ministre palestinien Ismail Haniyeh et il lui a dit que, même s'il était opposé à l'occupation israélienne, il condamnait les tirs de roquettes par les partisans à Gaza. Tutu a dit qu'il devrait y avoir plus de dialogue avec le Hamas.

"La véritable sécurité et la paix ne viendront du barillet d'une arme à feu", a-t-il dit. "Elles arriveront par la négociation : pas la négociation avec vos amis, la paix ne peut venir que lorsque les ennemis se mettent autour de la table et se parlent. Cela s'est produit en Afrique du Sud. Cela s'est produit plus récemment en Irlande du Nord. Cela arrivera aussi ici."

Traduit de l'anglais par [JFG-QuestionsCritiques]





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3 juin 2008 2 03 /06 /juin /2008 19:46

Al-Quds al-Arabiya

www.palestine-solidarite.org

Le gaz égyptien assure le cinquième des besoins d’Israël en électricité… tandis que Gaza est privée de combustibles

Le gaz a commencé à se déverser vers Tel-Aviv et Ashdod, suscitant un très fort mécontentement populaire en Egypte. Le contractant égyptien, un proche de Moubarak, vend sa part dans la société productrice.

in Al-Quds al-Arabiyy, 4 mai 2008

Le Caire – Londres

Le gaz naturel égyptien a commencé à parvenir aux deux centrales électriques israéliennes de Tel Aviv et d’Ashdod, conformément à un marché controversé entre une société dont  Hussaïn Salim, un homme d’affaires égyptien (un proche de Moubarak), est le propriétaire, et l’homme d’affaires israélien Yosef Miman.

Selon les termes du marché, encore peu clairs, jusqu’à présent, l’Egypte fournira(it) à Israël 107 milliards de m3 de gaz annuellement, pour une période (renouvelable) de vingt ans, ce qui signifie qu’un cinquième de l’électricité générée en Israël, durant la décennie à venir, proviendront du gaz égyptien.

Le début de l’approvisionnement d’Israël en gaz égyptien intervient quelques jour seulement après que l’UNRWA eut annoncé qu’elle cessait ses interventions dans la bande de Gaza, en raison de la pénurie de carburants qui y règne.

Une centrale électrique, dans la bande de Gaza, a failli devoir s’arrêter, la semaine passée, car elle était à court de carburant, avant que le gouvernement égyptien n’intervienne auprès d’Israël afin qu’il fournisse cette centrale en combustible.

Le marché du gaz conclu entre l’Egypte et Israël a suscité une large controverse dans les milieux politiques du Caire, le gouvernement égyptien refusant de révéler le « prix de détail » auquel il tarifie le gaz vendu à Israël.

Le gouvernement égyptien a justifié sa position en invoquant le fait que le marché a été conclu entre « deux sociétés privées » et que la publication du tarif du gaz relevait de leur discrétion.

Mais des députés égyptiens ont affirmé que le gouvernement a fait à Israël une offre bien inférieure au prix mondiaux du gaz naturel, et que la différence aurait permis de faire économiser près de dix milliards de dollars, annuellement, au Trésor égyptien.

Le quotidien égyptien « Al-Miçryy al-Yôm »a rapporté les propos de l’homme d’affaires Hussaïn Salim, connu pour son amitié personnelle pour le président Moubarak et ses deux fils, selon lesquels il aurait vendu sa part dans le capital de la Société de l’Orient Méditerranéen, qui a confié, quant à elle, la conclusion dudit marché avec Israël à deux sociétés (une américaine et une thaïlandaise), dont il a refusé de communiquer les noms. 

Des articles parus dans la presse ont fait allusion au fait que la société égyptienne a assuré une protection sécuritaire du gazoduc, qui passe par Al-‘Arîsh, et qu’elle a versé de l’argent aux sheikhs des tribus bédouines faisant la loi sur les régions où passe ledit pipeline, selon un tracé choisi précisément de manière à éviter toute proximité avec des concentrations de population.

Dans des déclarations exclusives au Quds al-Arabiyy, Abdal-Wahhab al-Masiri, coordonnateur du mouvement (oppositionnel) Kefâyah [Ça suffit !, ndt], a fait allusion au fait que l’exportation du gaz égyptien sert exclusivement les intérêts de l’armée israélienne, qui est en train de détruire les villages et les villes palestiniens avec des missiles, au milieu d’un silence arabe infamant.

L’insistance du gouvernement égyptien à aller de l’avant dans la finalisation de l’accord d’exportation de gaz vers Tel-Aviv a été d’autant plus critiquée que la réalité présente de la cause palestinienne est extrêmement mauvaise, et qu’il aurait été possible d’exercer une pression sur le gouvernement israélien, ne fût-ce qu’afin d’obtenir que le blocus  inique imposé à la bande de Gaza fût levé.

Hamdaïn Sabahîyy, député et porte-parole des fondateurs du Parti de la Dignité a déclaré que tout régime qui, à l’avenir, gouvernera l’Egypte, devra casser l’accord sur le gaz passé avec l’entité sioniste, cet accord qui devra faire l’objet d’un procès, ceux qui ont trompé le peuple égyptien et qui l’ont humilié devant être condamnés. En effet, ils ont humilié le peuple égyptien, en acceptant que les richesses de l’Egypte soient vendues à moins du dixième du prix du marché à l’ennemi, ce, pendant que nos frères, dans la bande de Gaza, ne trouvent même pas un litre d’essence pour faire rouler leurs ambulances.

Le Dr. Abdel Halim Qandîl, porte-parole de Kefâyah, a jugé que le gouvernement égyptien avait fait preuve d’une telle corruption, d’une telle pourriture et d’une telle trahison de confiance que nous devons exiger de lui qu’il fasse preuve, envers le peuple palestinien, de la même générosité dont il a fait preuve envers le peuple israélien, ces jours derniers, lorsque le gouvernement a commencé à envoyer du gaz naturel égyptien à l’entité sioniste, pour un prix inférieur au septième du prix du marché.

M. Qandîl a notamment déclaré : Laissez tomber ces réunions au sommet visant à contraindre les factions palestiniennes à abandonner la résistance et à accepter une trêve que, de toutes les manières, l’armée israélienne violera. La réalité montre, a poursuivi M. Qandîl, que le régime égyptien se moque totalement de la famine qui s’est emparée de Gaza, ainsi que de la crise des carburants qui paralyse totalement la vie dans tous ses foyers.

Le poète Ahmad Fu’âd Negm a considéré que l’initiative de vendre du gaz égyptien à Israël ne représentait strictement rien de nouveau dans le comportement du régime actuel, qui a vendu ses causes nationales contre les félicitations et la satisfaction de l’administration américaine, fût-ce au prix du renforcement de l’industrie israélienne, et quand bien même cela revient à verser un impôt au ministère des finances de Tel Aviv, en lui bradant du gaz à un dixième du prix mondial.

Le metteur en scène de cinéma Yussuf Shahîn a, quant à lui, fustigé ce rapprochement égypto-israélien particulièrement choquant en raison du contexte actuel : « Il est regrettable que ce gouvernement, qui ne cesse de décréter de nouveaux impôts et qui brade les entreprises publiques, soutienne Israël et lui offre à un vil prix les richesses naturelles égyptiennes les plus précieuses, qui appartiennent, de fait, aux générations à venir ».

Traduit de l’arabe par Marcel Charbonnier

    Source et traduction : Marcel Charbonnier

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2 juin 2008 1 02 /06 /juin /2008 21:02
Le responsable de l’ex-trader Kerviel remplacé

NICOLAS CORI


QUOTIDIEN : lundi 2 juin 2008


Annoncé depuis la révélation de l’affaire Kerviel et les pertes dues aux subprimes, son départ aura finalement bien lieu. Vendredi, la Société générale a annoncé que Jean-Pierre Mustier, le patron de sa Banque de financement et d’investissement (BFI), jugé responsable de l’absence de contrôle de son ex-trader, quitterait ses fonctions «au cours du troisième trimestre prochain». Il sera remplacé par Michel Péretié, responsable des activités Europe et Asie de Bear Stearns. Mustier n’est pas licencié. La Socgen annonce juste que «ses nouvelles fonctions seront précisées ultérieurement». Cette sanction est à mettre en parallèle avec la démission de Marc Litzler, ex-directeur général de Calyon, filiale du Crédit agricole, annoncée le 15 mai. Les deux hommes sont emblématiques d’une certaine finance française. Imaginative et, à ce titre, encensée hier, mais porteuse de risques incontrôlés. Litzler et Mustier ont en effet un destin très proche.


Tous les deux passés par Polytechnique, ils se retrouvent à la Société générale à la fin des années 80, quand Antoine Paille crée le département options, une usine à produire, gérer, transformer et revendre (avec profit) le risque financier. Au départ de Paille, en 1991, ses deux lieutenants reprennent le concept et font de la Socgen la première banque sur le marché des dérivés actions. Les deux hommes entrent alors en compétition. Une guerre de pouvoir gagnée par Mustier, qui se traduit par le départ de Litzler à Calyon, en 2004.


Mais la compétition continue. Le Crédit agricole veut devenir aussi gros que la Socgen et Litzler débauche alors à la Socgen. Mustier résiste en distribuant des bonus à ses traders. Les deux hommes se sucrent au passage. Certaines années, le montant total (fixe plus bonus) de Mustier atteint les 11 millions d’euros. Litzler se voit réserver un bonus garanti de 3,4 millions. Chacun prend de plus en plus de risques. Jusqu’à l’accident. Et la sanction.



http://www.liberation.fr/actualite/economie_terre/329280.FR.php
© Libération
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1 juin 2008 7 01 /06 /juin /2008 19:39

Airbus-EADS : après l’échec des cessions de sites – nationalisation !


www.lariposte.com



Le 7 mai dernier, dans une lettre adressée aux salariés d’Airbus, le PDG d’Airbus Tom Enders annonçait la décision d’annuler la vente des sites de Méaulte et de Saint-Nazaire au groupe Latécoère. Pour les salariés d’Airbus qui se sont massivement mobilisés dans toute la France, les 24 et 29 avril, c’est un succès immédiat. Après l’échec de la vente des sites d’Airbus en Allemagne, qui n’ont pas trouvé preneur, c’est bien évidemment un échec cuisant pour les dirigeants d’Airbus.

Mais les salariés d’Airbus – et notamment ceux de Méaulte, qui ont fait deux jours de grève, les 24 et 25 – comprennent bien que la bataille n’est pas terminée, et que la direction ne compte pas en rester là. Tom Enders est parfaitement clair à ce sujet. En conclusion de son courrier à tous les salariés, il écrit : « des efforts conséquents seront sollicités afin […] d’assurer les économies exigées par Power 8 ».

Les sites allemands et français sont externalisés vers une filiale du groupe EADS créée spécialement pour l’occasion – en attendant d’être vendus. Enders et Gallois (le PDG d’EADS) ne le cachent pas : « c’est une phase transitoire qui devrait mener à terme à la vente des sites à un ou plusieurs partenaires financiers ».

Ainsi, toutes ces usines connaîtraient le même sort que la SOGERMA, à Bordeaux, qui était une filiale 100% EADS, et qui a été vendue à TAT – avec, à la clé, de sévères reculs pour les salariés : 500 emplois supprimés, 39 heures travaillées payées 35, suppression de 7 jours de RTT chez les cadres. A Tarbes, la SOCATA – autre filiale EADS – est elle aussi sur le point d’être vendue.

Dépeçage d’une industrie en plein essor

Pourtant, Airbus réalise de gros bénéfices. Les carnets de commandes sont pleins pour les 7 années à venir. EADS possède une trésorerie nette de plus de 8 milliards d’euros, en augmentation d’environ 70% par rapport à 2006. Depuis la privatisation, en 1999, les actions ont rapporté chaque année, en moyenne, plus de 18% de bénéfices aux gros actionnaires. La direction nous explique qu’Airbus doit se concentrer sur son « cœur de métier », en externalisant toujours plus son activité. Mais au final, on voit bien que le « cœur » de toute l’affaire se réduit à la rentabilité maximale pour les actionnaires. Quand le PDG Louis Gallois parle de la « nécessité » d’un plan d’économie, il se place uniquement du point de vue des actionnaires, qui ne veulent pas attendre 5, 10 ou 15 ans avant que leur « investissement » soit amorti. Non, ils veulent l’argent tout de suite, quitte à menacer la pérennité de l’industrie
aéronautique. Quitte, aussi, à faire payer l’addition à l’ensemble des salariés.

Les retards sur l’A380 ont été un prétexte pour mettre en place Power 8, qui a été présenté aux salariés comme une nécessité incontournable, sans laquelle Airbus se ferait « décrocher » par son concurrent américain, Boeing. Les dirigeants argumentent systématiquement sur la faiblesse du dollar par rapport à l’euro. D’autre part, il faudrait trouver de quoi financer les nouveaux projets. Aussi Gallois nous explique-t-il qu’il faut économiser 2 milliards d’euros par an.


Comme le rappelle à juste titre la Fédération CGT de la Métallurgie, la cession de sites ne peut qu’aggraver les problèmes persistants sur l’A400M, comme ceux qui commencent à se multiplier sur l’A350 (choix des matériaux, choix des solutions techniques, choix des partenaires, etc.), ou encore les retards de l’A380. Et les dirigeants de Boeing viennent eux-mêmes de remettre en cause le modèle qu’Airbus s’entête à copier. Face aux difficultés qu’ils rencontrent sur l’industrialisation du futur B787, ils annoncent une reprise en main de la fabrication de leurs aérostructures, alors qu’Airbus cherche à s’en séparer.

Relents de chauvinisme

La crise qui secoue Airbus vient rappeler la réalité brutale du capitalisme européen. Les classes dirigeantes des différents pays suivent leurs propres intérêts nationaux, qui entrent en contradiction les uns avec les autres. Tous sont en compétition pour des marchés et des sphères d’influence. Le capitalisme français, en déclin à l’échelle internationale, est aussi en perte de vitesse par rapport à l’Allemagne dans la compétition sur le marché européen. Le poids de plus en plus important du capitalisme allemand, en Europe, renforce la position allemande au sein d’EADS, ce qui n’est pas sans conséquence sur les choix industriels.

Aujourd’hui, certains dirigeants politiques et syndicaux français accusent les Allemands d’être responsables de la crise qui secoue Airbus, et tentent de semer la confusion, dans l’esprit des salariés, par une propagande nationaliste. Objectivement, il y a une tentative de rallier le salariat à la cause nationale du patronat français et de ses capitaines d’industrie, qui ont montré leur grande incompétence industrielle. Notre devoir de militants est de mobiliser les salariés et l’opinion publique – en France, comme en Allemagne – pour briser l’ornière du nationalisme. Les salariés français et allemands font face aux mêmes ennemis : le système de la course au profit et tous ceux dont il fait la fortune, des deux côtés de la frontière.

Nous devons rejeter fermement toute tentative, d’où qu’elle vienne, de dresser les salariés d’un pays contre ceux d’un autre. La division des travailleurs ne peut que profiter aux partisans du plan Power 8.

« Recapitalisation » ou propriété publique ?

La question principale à laquelle nous sommes confrontés, c’est la nécessité d’un projet alternatif à Power 8 – d’un projet qui soit viable pour l’avenir des salariés et qui assure la pérennité de l’industrie aéronautique.

Pour la droite et Sarkozy, les choses sont simples : juste après les élections, le 18 mai, le président Sarkozy déclarait accorder toute sa confiance au PDG Gallois pour appliquer le plan Power 8 et organiser les 10 000 suppressions de postes. La vente des sites, notamment celui de Méaulte, était selon lui incontournable. On n’en attendait pas moins des princes de ce monde.

La direction du Parti Socialiste, elle, propose que l’Etat augmente sa participation au capital de l’entreprise. Ces apports de capitaux s’accompagneraient d’aides publiques et d’investissements privés. Les présidents socialistes des régions concernées par le plan social d’Airbus ont également souhaité participer au capital de l’entreprise. Le 19 mai, le maire de Toulouse, le président de la région Midi-Pyrénées et celui du Conseil Général de la Haute-Garonne ont demandé au Premier Ministre de prendre des dispositions pour aider les sous-traitants – comme Latécoère et Daher – à trouver des solutions financières.

Alors que le PCF s’était d’abord prononcé pour une aéronautique « 100% publique », le député européen PCF Jacky Hénin a proposé, le 28 avril, que les Etats Allemand, Espagnol et Français forment un fond souverain qui serait l’actionnaire majoritaire d’Airbus et d’EADS.

Toutes ces propositions passent complètement à côté du problème. Elles reviennent à renflouer les caisses d’une entreprise privée à partir du budget de l’Etat ou des régions, c’est-à-dire à dépenser de l’argent public pour satisfaire la rapacité des actionnaires. On nationalise les pertes et on privatise les profits !

Aujourd’hui, de plus en plus de salariés et de militants syndicaux défendent l’idée d’une re-nationalisation complète d’Airbus-EADS. C’est dans cette direction qu’il faut avancer : vers la transformation d’Airbus-EADS en une entreprise publique, en France et à l’échelle européenne. Cependant, il ne s’agit pas d’en revenir à ce qu’était l’Aérospatiale avant sa privatisation, en 1999 : le développement et les objectifs de cette industrie devront être fixés démocratiquement par les travailleurs eux-mêmes, dont les représentants élus devront occuper une place dominante dans la gestion de l’entreprise, à tous les niveaux.

Hubert Prévaud (Syndicaliste Airbus / PCF 31)



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1 juin 2008 7 01 /06 /juin /2008 19:33

Vème sommet Union européenne-Amérique latine et Caraibes

Nous publions ci-dessous l'article de F. Delorca paru dans le mensuel Bastille-République-Nations du 28 mai 2008  (amisbrn@yahoo.fr)  (le titre est l'oeuvre du journal) à propos du Vème sommet Union européenne
Amérique  latine et Caraïbes


Les cow boys et les andins

www.atlasalternatif.over-blog.com


Le cinquième sommet Union européenne - Amérique latine et Caraïbes (UE-ALC), s’est déroulé du 13 au 16 mai dans la capitale du Pérou, Lima, plus précisément au cœur du quartier bunkérisé de la bibliothèque et du Musée de la Nation. Pas moins de 85 000 soldats et policiers avaient été mobilisés pour l’occasion. Quand la fine-fleur de l’eurocratie se déplace dans le Nouveau monde, la première règle qui semble s’imposer est de se placer à l’abri du monde réel. C’est en tout cas ce à quoi a veillé le président péruvien Alan García, un social-démocrate libre-échangiste qui fut élu en 2006 face à un souverainiste en jouant sur le thème de la peur du bolivarisme.

Ainsi, les chefs d’Etat et de gouvernement (53 au total, un record en partie dû à l’élargissement récent de l’UE), et les responsables de la Commission européenne n’auront pas vu la grève des mineurs et des travailleurs sociaux péruviens (des « radicaux », des « ratés », des « chouineurs » selon le Premier ministre hôte, Jorge del Castillo) déclenchée en guise de bienvenue aux visiteurs étrangers ; ni le contre-sommet (« sommet des peuples ») organisé par les mouvements sociaux latino-américains au même moment. Du coup, ils n’auront pas croisé non plus… les journalistes. Ceux-ci, entravés par le dispositif policier et les contretemps de l’organisation, n’eurent finalement qu’un très faible accès au travail des délégations. Mieux – ou pire : lors de la conférence de presse du Premier ministre de l’ex-puissance coloniale, José-Luis Zapatero, les journalistes latino-américains furent invités à quitter
la salle sous prétexte de mise en ordre des chaises… et remplacés dans l’intervalle par des confrères espagnols triés sur le volet. L’organisation des travaux à huis clos se sera finalement imposée comme la solution optimale. Et tant pis pour la médiatisation.

Il est vrai qu’en Amérique du sud, les peuples ont parfois tendance à porter au pouvoir des adversaires affirmés de la globalisation, qui viennent jusque dans les rencontres entre chefs d’Etat se faire protester contre l’ordre des choses. Quelques mois plus tôt, en novembre 2007, lors du 17ème sommet ibéro-américain, le président vénézuélien Hugo Chavez avait eu une prise de bec mémorable avec le roi d’Espagne devant les caméras. Il menaçait de récidiver, ayant, la semaine précédente, qualifié Angela Merkel de représentante « de la droite allemande qui a soutenu Adolf Hitler », pour conclure : « Madame la chancelière, vous pouvez aller au ... », interrompant sa phrase d’un air entendu. Celle-ci avait en effet appelé les dirigeants latino-américains à prendre leurs distances avec Caracas. A Lima, le Vénézuélien et l’Allemande se sont finalement salués chaleureusement devant les caméras.

Le président García avait d’ailleurs dû reconnaître qu’il n’y avait pas de dispositif pour empêcher son homologue de Caracas de s’exprimer. Même la venue de Carla Bruni, épouse du président français, avec promesse de séance de photo au Machu Picchu, le tout annoncé par la presse péruvienne comme la principale attraction du sommet, n’allait pas suffire à museler les contestataires. Du reste, le couple Sarkozy s’est décommandé, tout comme Gordon Brown et Silvio Berlusconi. François Fillon avait certes été dépêché, mais le forfait de l’hôte de l’Elysée a provoqué un certain dépit parmi les dirigeants sud-américains. Une occasion manquée, ont regretté certains sous couvert d’anonymat, pour rétablir des liens d’amitié qui se sont distendus ces dernières années.

Le sommet devait être consacré à deux axes majeurs : « pauvreté, inégalités et inclusion », et « développement durable : environnement, changement climatique et énergie ». Des intitulés pompeux, mais sans grandes conséquences. Les choses sérieuses, la partie strictement économique, relevaient plutôt du forum des milieux d’affaires réuni en parallèle le 15 mai. A défaut d’un engagement ferme à augmenter l’aide au développement, qui stagne à 0,7 % du PIB pour l’ensemble de l’Union, la Commission européenne apportait sa friandise environnementale : un plan baptisé Euroclima contre le changement climatique, abondé à hauteur de 5 millions d’euros pour l’Amérique latine. Au fil des tables rondes, la nouvelle marotte de l’UE, les biocarburants, a aussi été évoquée : Bruxelles veut porter leur part dans les transports à 5,75% en 2010, et 10% en 2020. Une telle perspective qui peut séduire le Brésil, largement
engagé dans l’aventure en partenariat avec les Etats-Unis, effraie les pays andins qui voient leurs paysans planter du grain pour faire rouler les voitures européennes au lieu de nourrir leur population pauvre. Il n’est guère surprenant, dès lors, que les récentes émeutes de la faim dans le monde aient quelque peu contribué à éclipser ce volet des négociations.

A la demande notamment du représentant cubain, les chefs d’Etat auront même consenti à inclure dans la déclaration finale une mention de l’urgence à aider « les pays les plus vulnérables et les populations affectées par les prix élevés des denrées alimentaires ».

Au total, la tonalité de la presse internationale faisait écho à l’atmosphère « apaisée » du sommet. La radio institutionnelle allemande, Deutsche Welle concluait le 18 mai sur un « Happy end », en passant sous silence les propositions abandonnées en cours de route, telles que celle, présentée par Hugo Chavez, de créer un fond d’aide pour les pays victimes de la flambée des prix des denrées alimentaires, celle de son homologue bolivien Evo Morales en vue de délivrer des prêts sans intérêts aux populations démunies, ou encore celle de l’équatorien Rafael Correa pour empêcher la surexploitation du pétrole en Amazonie. Il est vrai que de compromis en déclarations qui n’engagent à rien, tout le monde a fini par obtenir un motif de satisfaction dans cette grand’messe – même La Havane a décroché une condamnation unanime en bonne et due forme de l’embargo étatsunien imposé à Cuba.

Le thème du libre échange, quant à lui, avait été soigneusement relégué en marge du sommet, dans des échanges de vues bilatéraux. C’est que les enjeux sont de taille et les points de vue difficiles à concilier. Si l’on agrège les vingt-sept pays-membres, l’Union européenne est le deuxième partenaire économique de la région Amérique latine/Caraïbes. Le volume des échanges bilatéraux s’élève à quelque 160 milliards d’euros par an.

En 2007, environ 14% des exportations latino-américaines étaient destinées à l’UE. Les firmes de l’UE représentent la première source d’investissement dans de nombreux pays latino-américains. Les stocks d’investissements européens dans la région s’élèvent à quelque 400 milliards d’euros, soit environ 12% des investissements directs à l’étrangers totaux des Vingt-sept. Pour beaucoup de pays du sous-continent, les échanges avec l’Europe sont un moyen d’échapper à l’emprise du grand voisin yankee.

Or, si le libre-échange est acquis dans le cadre d’accords d’association avec la Chili et le Mexique, le bât blesse avec certains pays de la Communauté andine des Nations (CAN). Les représentants « bolivariens » d’Equateur et de Bolivie rejettent toujours le projet qui dort dans les tiroirs de Bruxelles. Ils lui reprochent de contenir des clauses en matière de propriété intellectuelle, d’interdiction des nationalisations, et de régime des investissements étrangers qui menacent la souveraineté des peuples. Le président paraguayen nouvellement élu, Fernando Lugo, a lui aussi insisté sur la nécessité de défendre l’indépendance des nations.

A défaut de consensus andin, Javier Solana se consolera par la signature probable à court terme d’un accord bilatéral avec la Colombie, sur le modèle de celui que cette dernière a déjà paraphé avec Washington, voire d’un traité de libre-échange avec le Pérou… N’est-ce pas là ce que le Hongrois Rákosi nommait jadis « la tactique du salami » ? Plus que jamais cow-boy de l’UE, le Haut-représentant Solana, avant d’arriver à Lima, avait surtout fait le crochet par Bogota pour soutenir le président colombien, dont les liens avec les paramilitaires sont connus, dans son combat contre les guérilleros des FARC.

Avec les pays du Mercosur (Argentine, Brésil, Paraguay et Uruguay), les négociations sont au point mort depuis 2004 pour cause de désaccord sur les subventions et des barrières douanières agricoles. Leur reprise dépend de l’issue du « cycle de Doha » (les négociations engagées depuis 2001 dans le cadre de l’Organisation mondiale du commerce) – c’est en tout cas ce qu’a indiqué à Lima le commissaire européen Peter Mandelson. Le sujet est donc renvoyé à des discussions ultérieures.

Bien loin du sommet officiel, mais au même moment et dans la même ville, le « Tribunal permanent des peuples », présidé par le chanoine belge François Houtart, a symboliquement condamné le système d’exploitation économique dans lequel sont inscrites les relations UE-Amérique latine, et notamment l’action de 26 multinationales européennes. Le 19 mai, l’ONG britannique Christian Aid publiait un rapport selon lequel les grands groupes des pays développés volent aux pays latino-américains quelque 50 milliards de dollars d’impôts chaque année. Le nouveau système fiscal bolivien y est cité en exemple, le Pérou d’Alan García blâmé pour son laxisme. Peut-être un thème de discussion pour le prochain sommet ALC-UE, qui se tiendra à Madrid en 2010 ?

FREDERIC DELORCA

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