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1 juin 2008 7 01 /06 /juin /2008 19:25

Georges Corm sur la situation au Liban : « Trop tôt pour se réjouir, ce n’est qu’une trêve ».


Nous publions ci-dessous deux interviews de Georges Corm, analyste libanais : l’une faite par Paris Match et l’autre par le quotidien italien Il Manifesto.

Il Manifesto (Michele Giorgio) :

"Le Liban après l’accord trouvé à Doha s’est-il acheminé vers une entente nationale ou a-t-il seulement trouvé une trêve entre les formations politiques opposées et leurs sponsors extérieurs respectifs ? C’est la question que de nombreux libanais se posent et que nous avons posée au Professeur Georges Corm, intellectuel de Beyrouth, brillant analyste politique et financier, et auteur de textes importants comme « Pétrole et Révolution » et « Le nouveau désordre économique mondial ». Corm, chrétien, a été entre 1998 et 2000, ministre de l’économie.

Professeur Corm, quelle valeur donnez-vous à l’accord de Doha ?

Il me semble bon, ou du moins satisfaisant. J’aurais tendance cependant à le considérer comme une trêve plutôt que comme une entente définitive entre les deux parties.

Les problèmes les plus difficiles n’ont pas encore été résolus et nous devons nous attendre, je ne saurais pas dire quand, à d’autres tensions fortes quand ils arriveront à la surface.

Pour le moment réjouissons-nous de ce résultat important et essayons de nous détendre, nous en avons vraiment besoin après les combats de ces dernières semaines qui nous ont fait revivre les jours de la guerre civile (1975-1990).

Quels sont les points de l’accord qui vous semblent les plus convaincants ?

Un en particulier. La décision d’amender la loi électorale, le système de 1960 ; c’est très important parce qu’on essaiera maintenant de ré-équilibrer électeurs et circonscriptions alors qu’ils avaient été déterminés d’une certaine façon par une partie (la majorité, NDR) (obtenue par ce découpage, fait par les puissances dites mandataires - coloniales- occidentales, majorité dite aujourd’hui à juste titre par nos médias dominants, proeuropéenne, NdT) aux détriments de l’autre.

Et nous en avons vu les résultats aux élections passées. S’il n’y a pas d’obstacles, et malheureusement j’en prévois beaucoup, l’an prochain nous aurons des résultats électoraux plus respectueux de la réalité politique du pays.

De quoi le Liban a-t-il besoin pour sortir de la crise ?

De deux choses. Du respect de cette « démocratie consensuelle » qui représente le principal résultat des accords de Taif (qui mit fin à la guerre civile à la fin des années 80, NDR) et que le Premier ministre actuel, Fouad Siniora, retourne immediatement chez lui, sans délai. Le système actuel de fait assigne d’importants pouvoirs au Premier ministre et, dans la situation de crise que nous vivons, nous devons nommer un Premier ministre qui représente la majorité des Libanais et pas seulement une partie d’entre eux. Toutfois, ces efforts voués à redonner au pays un élan se révèleront inutiles si nous ne brisons pas aussi le monopole économique et financier de la famille Hariri.

Le groupe financier des Hariri est le principal fournisseur de travail au Liban, il possède une des plus grandes banques et il est actionnaire de la majorité de beaucoup d’autres. A la Bourse de Beyrouth les actions de Solidere (la société qui a construit la capitale et le pays après la guerre civile, est la propriété des Hariri, Ndr) sont en hausse constante malgré la guerre et les désordres.

Et tout ceci alors que le Liban compte plus de 40 milliards de dollars de dette publique causés, plus que toute autre chose, par les intérêts exorbitants que l’Etat paye ou doit payer aux banques ; banques où sont par ailleurs déposés des capitaux trois fois plus importants que le Pil.

C’est un étranglement que subissent surtout les couches les plus faibles de la population, et qui est le produit aussi des intérêts de la famille Hariri.

Revenons aux accords de Doha.

Les Libanais sont heureux, ils n’arrivent quasiment pas à croire que les parties en conflit aient trouvé un compromis, et bien sûr, on est content aussi à Téhéran et à Damas. A Washington et à Riyad par contre, que pense-t-on en ce moment ?

Qu’ils ont pris un mauvais coup mais n’ont pas dit leur dernier mot. A mon avis, les Etats-Unis et l’Arabie Saoudite n’ont rien pu faire pour prévenir cet accord qui ne reflète pas leurs intérêts au Liban. Ils n’ont pas pu l’empêcher parce que même leurs alliés (libanais) voulaient une pause, un compromis, une voie qui évite un nouveau désastre à notre pays.

Mais le pas en arrière qu’ont fait Washington et Riyad n’est que temporaire, je dirais tactique.

Donc ils reviendront à l’attaque. Mais j’ai de bons espoirs parce que la majorité de la population, représentée par l’opposition, ne veut pas finir sous l’hégémonie étatsunienne ou israélienne après avoir rompu avec celle de la Syrie."

Edition de jeudi 22 mai 2008 de Il Manifesto http://www.ilmanifesto.it/Quotidiano-archivio/22-Maggio-2008/art47.html

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio


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Paris Match Propos recueillis par Maxime Guillon

Paris Match : Les parties prenantes de la conférence de Doha ont décidé de ne pas aborder la question du désarmement du Hezbollah. Pensez-vous que c’est une question centrale au Liban, et qu’il faudrait régler cela au plus vite ?

George Corm : En fait, la coalition hostile au Hezbollah et soutenue par les Etats-Unis, la France et les autres gouvernements européens entendait bien que cette question soit débattue à Qatar. Pour eux, elle a toujours été une question centrale. Personnellement, je fais partie de ceux qui pensent que le Liban a été martyrisé par Israël durant 40 ans et que sans des garanties très solides qu’Israël ne s’en prendra pas encore au Liban, désarmer le Hezbollah aurait été une erreur majeure. Rappelons que la première attaque d’envergure de l’armée israélienne contre le Liban a eu lieu en 1968. Dix ans après, elle a occupé une large partie du sud du Liban de façon permanente. En 1982, son armée a occupé une bonne moitié du Liban, dont la capitale Beyrouth (environ 20 000 victimes au cours de la période de juin à septembre 1982). C’est à la vigueur de la résistance du Hezbollah que le Liban doit d’avoir obtenu
l’évacuation de la plus grande partie de son territoire en 2000.

Faut-il pour autant laisser carte blanche au Hezbollah ?

Cela ne veut pas dire qu’il ne faut pas un système de défense coordonné entre l’armée et la résistance populaire qu’est le Hezbollah, ainsi que l’a préconisé le Document d’entente nationale signé solennellement, en février 2006, entre le Général Michel Aoun, l’ancien général en chef de l’armée libanaise, et Hassan Nasrallah, le chef du Hezbollah. Toutefois, cette approche intelligente et réaliste a été rejetée par la coalition qui soutient les héritiers de Hariri et qui est appuyée par l’Arabie saoudite, les Etats-Unis et la France.

Il est fort dommage que ce document n’ait pas servi de plateforme de discussion, car penser qu’une armée régulière, aussi petite et sous équipée que l’armée libanaise, puisse être un instrument de dissuasion de la puissante armée israélienne est une illusion plus que dangereuse. Même les armées régulières de grands pays arabes bien équipées par l’URSS n’ont jamais pu tenir tête à l’armée israélienne.

Donc seul le Hezbollah peut assurer la sécurité du pays ?

Seule une résistance mobile, issue et fondue dans la population peut être dissuasive. En réalité, et compte tenu aussi de notre passé houleux, et souvent douloureux avec la Syrie, l’organisation de gardes-frontières mobilisant les habitants des régions frontalières avec Israël comme avec la Syrie, est la solution d’avenir. Mais cela suppose que le gouvernement libanais ne soit pas sous la haute influence des américains et de leurs alliés dans les gouvernements arabes, comme c’est le cas actuellement, mais qu’il soit vraiment affranchi de toutes tutelles.

Evidemment, une partie des Libanais, tout comme les décideurs occidentaux et certains décideurs arabes, considèrent que l’Iran et la Syrie continuent d’être les manipulateurs du Liban à travers leur influence sur le Hezbollah ou à travers la série d’assassinats politiques qu’a connu le pays depuis 2005 et qui sont attribués de façon péremptoire au régime syrien. Les réalités du Liban sont évidemment beaucoup plus nuancées et complexes, et il est difficile de penser qu’une personnalité comme le Général Aoun, ou d’autres personnalités sunnites, druzes ou chrétiennes qui ne sont pas hostiles au Hezbollah, sont des pions aux mains de l’Iran et de la Syrie.

Quelle légitimité le Hezbollah possède au Liban ? Ne l’a-t-il pas perdu en s’attaquant à des libanais ?

Cela dépend des Libanais. Ceux qui se sentent proches des thèses occidentales et des gouvernements arabes modérés, pensent que le Hezbollah devrait rendre ses armes et cesser d’irriter Israël ou lui donner des prétextes de s’attaquer au Liban, comme durant l’été 2006. Pour ceux qui, en revanche, considèrent que le plus grand danger est la politique américaine au Moyen-Orient et le soutien aveugle donné à Israël, le Hezbollah est un instrument de défense particulièrement efficace et tout à fait légitime.

La communauté chiite, dans son immense majorité, soutient ce point de vue, car ce sont les régions du sud du Liban, son berceau d’origine, là où est concentrée une grande partie de la communauté chiite qui a le plus souffert de la politique israélienne depuis 1968. Mais, beaucoup de sunnites et de nombreuses personnalités chrétiennes et, bien sûr, le mouvement populaire chrétien autour du Courant patriotique du général Michel Aoun partagent ce sentiment.

Le gouvernement de M. Siniora essaye depuis longtemps de pousser le Hezbollah à la « faute », c’est-à-dire à l’emploi de ses armes dans le conflit interne pour enlever au Hezbollah son auréole de résistant et sa légitimité. Jusqu’ici, en dépit de provocations répétées depuis 2006 dont les principales victimes étaient surtout chiites, le Hezbollah avait refusé d’employer les armes et prié ses partisans de ne pas répondre aux provocations. Les décisions du Conseil des ministres du 7 mai requérant le démantèlement du système de communication du Hezbollah ne pouvait qu’appeler une réaction vive de ce mouvement.

Certains considèrent que les affrontements initiés par le Hezbollah étaient une tentative de coup d’Etat. Qu’en pensez-vous ?

La remise immédiate et spontanée des positions conquises par les armes, le plus souvent d’ailleurs par des partis alliés au Hezbollah, et non pas par les combattants de la résistance, prouvent bien qu’il n’était pas dans l’intention de la coalition alliée au Hezbollah de faire un coup d’Etat. En revanche, dans la caricature qui est souvent faite du conflit au Liban entre des « bons démocrates pro-occidentaux » et des « vilains pro-syriens et pro-iraniens » qui veulent torpiller les efforts américains de paix, toute la dimension interne de la crise a été en général passée sous silence. Dans les médias occidentaux, on a complètement oublié, qu’un coup d’Etat permanent a déjà eu lieu au Liban, par le refus de M. Siniora de présenter la démission de son gouvernement, en novembre 2006, lorsque les ministres représentant la communauté chiite ont quitté le gouvernement sans qu’ils soient remplacés. Or la Constitution
libanaise et le Pacte national exigent que toutes les communautés soient équitablement représentées au sein du Conseil des ministres. Le maintien d’un gouvernement tronqué depuis 18 mois constitue donc en lui-même un acte grave mettant en danger la paix civile au Liban. Pour ce qui est du Hezbollah, il ne faut pas perdre de vue, quels que soient les liens idéologiques ou de financement et d’armement avec l’Iran, qu’il s’agit d’un mouvement de citoyens libanais, qui ont défendu leur terre contre l’armée israélienne depuis 1982 et l’ont payé cher, en vies humaines, égalementi. Ce n’est pas un corps étranger à la société libanaise, comme ont pu l’être les mouvements armés palestiniens dans la période 1969-1982, ou des membres de l’internationale islamiste ben ladeniste à laquelle se rattache des groupes sunnites de toutes les nationalités arabes, comme le Fath el Islam au Liban. "

CAPJPO-EuroPalestine


publié le samedi 24 mai 2008

Article imprimé à partir du site de
l'Association CAPJPO-EuroPalestine; : http://www.europalestine.com


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1 juin 2008 7 01 /06 /juin /2008 19:14

Comité pour la défense de Tarek Aziz

et des prisonniers politiques irakiens

 

 

INVITATION : Conférence de Presse de Jacques Vergès

 

 

Maître Vergès, avocat international de Tarek Aziz, à qui les autorités irakiennes et américaines ont refusé, pour l’instant, de délivrer un visa pour se rendre à Bagdad donnera une conférence de presse :

 

le lundi 2 juin 2008

à 16 heures à l’AGECA

177, rue de Charonne, à Paris (20ème)

(métro : Alexandre Dumas)

 

-         Il annoncera son départ pour Amman et les initiatives qu’il compte prendre pour défendre Tarek Aziz,

-         Il rendra publics les noms des personnalités françaises qui se proposent de l’accompagner à Bagdad pour manifester leur solidarité avec Tarek Aziz.

 

 

 

Contact : Gilles Munier – Portable 06 19 74 45 99

 

Courriel : libertarek@yahoo.fr

 

Site du comité : http://www.libertarek.blogspot.com

 

 

 

 

 

 

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31 mai 2008 6 31 /05 /mai /2008 19:12

Les coupables de ce génocide, au poteau, ils sont connus!
Esteban Lazo Hernández     
 
Des propos qu'aucun de nos chers médias n'osera publier. Merci de faire suivre.
 
INTERVENTION D’ESTEBAN LAZO HERNÁNDEZ, VICE-PRÉSIDENT DU CONSEIL D’ETAT DE LA RÉPUBLIQUE DE CUBA, AU SOMMET PRÉSIDENTIEL « SOUVERAINETÉ ET SÉCURITÉ ALIMENTAIRE. ALIMENTS POUR LA VIE », TENU LE MERCREDI 7 MAI 2008 À MANAGUA (NICARAGUA)



Cher comandante Daniel Ortega, président du Nicaragua ;

Honorables présidents et hauts représentants,

Les chiffres parlent d’eux mêmes. En 2005, nous payions la tonne de riz 250 dollars ; aujourd’hui, nous la payons 1 050, le quadruple. Nous payions la tonne de blé 132 dollars ; aujourd’hui, nous la payons 330, deux fois et demie plus. Nous payions la tonne de maïs 82 dollars ; aujourd’hui, nous la payons 230, quasiment le triple. Nous payions la tonne de lait en poudre 2 200 dollars ; aujourd’hui, nous la payons 4 800, presque le double. C’est là une situation perverse et intenable.

Cette réalité a des retombées internes sur les marchés de la plupart des pays de notre région et du monde, touchant directement la population, en particulier les plus pauvres, et poussant à l’indigence des millions de personnes. Certains pays, voilà à peine quelques décennies, se suffisaient à eux-mêmes en riz et en maïs, mais les recettes néolibérales du FMI les ont incités à libéraliser leur marché et à importer des USA et d’Europe des céréales subventionnées, ce qui a abouti à la suppression de la production nationale. Compte tenu de la flambée des cours susmentionnée, toujours plus de personnes ne peuvent plus se nourrir de ces aliments de base. Il n’est donc pas surprenant qu’elles protestent, qu’elles descendent dans la rue afin de trouver le moyen de donner à manger à leurs enfants.

Dès 1996, au Sommet mondial de l’alimentation, Fidel avait lancé un cri d’alerte : « La faim, compagne inséparable des pauvres, est la fille de la distribution inégale des richesses et des injustices dans le monde. Les riches ne connaissent pas la faim. […] Des millions de personnes sont mortes dans le monde en luttant contre la faim et l’injustice. » La crise alimentaire qui nous convoque aujourd’hui est aggravée par les cours élevés du pétrole sur lesquels influe l’aventure militaire en Iraq et par leurs retombées sur la production et le transport des aliments; par les changements climatiques; par le fait que les USA et l’Union européenne consacrent toujours plus de grains et de céréales à la production de biocarburants; et par les pratiques spéculatives du grand capital international qui mise sur les stocks d’aliments sans s’inquiéter de la faim des pauvres. Mais l’essence même de cette crise ne gît pas dans ces phénomènes récents : elle se trouve dans la distribution inégale et injuste des richesses mondiales et dans le modèle économique néolibéral insoutenable imposé ces vingt dernières années au monde avec un fanatisme irresponsable.

Les pays pauvres qui dépendent des importations d’aliments ne sont pas en mesure de supporter ce coup. Leurs populations n’ont aucune protection. Et le fameux marché n’a, bien entendu, ni la capacité ni le sens des responsabilités nécessaires pour la leur procurer. Nous ne sommes pas face à un problème de nature économique, mais devant un drame humanitaire aux conséquences incalculables qui met même en danger la sécurité nationale de nos pays.

Faire retomber la crise sur une consommation accrue d’importants secteurs de la population dans des pays en développement à croissance économique accélérée, telles la Chine et l’Inde, constitue non seulement une prise de position insuffisamment fondée, mais encore une vision raciste et discriminatoire dans la mesure où elle considère comme un problème que des millions de personnes puissent accéder pour la première fois à une alimentation décente et saine !

Le problème, tel qu’il se traduit dans notre région, est lié essentiellement à la situation précaire des petits agriculteurs et de la population rurale dans les pays sous-développés, ainsi qu’au rôle oligopolistique des grandes sociétés transnationales de l’industrie agroalimentaire. Celles-ci contrôlent les cours, les technologies, les normes, les certifications, les réseaux de distribution et les sources de financement de la production alimentaire dans le monde. Elles contrôlent aussi le transport, la recherche scientifique, les fonds génétiques, l’industrie de fertilisants et de pesticides. Leurs gouvernements, en Europe, en Amérique du Nord et ailleurs, imposent les règles internationales qui régissent le commerce des aliments, ainsi que celui des technologies et des intrants permettant de les produire. Les subventions agricoles aux USA et en Union européenne ne font pas qu’enchérir les aliments que vendent ces pays ; elles imposent en plus un obstacle infranchissable à la vente sur leurs marchés des produits des pays en développement, ce qui a une incidence directe sur la situation de l’agriculture et des producteurs du Sud.

Il s’agit bel et bien d’un problème structurel de l’0rdre économique international en place, non d’une crise conjoncturelle qui peut se régler par des palliatifs ou des mesures d’urgence. La récente promesse de la Banque mondiale d’allouer 500 millions de dollars dévalués pour faire face à cette situation n’est pas seulement ridicule : c’est une plaisanterie de mauvais goût.

Pour s’attaquer à ce problème dans son essence et ses causes mêmes, il faut analyser et transformer les règles écrites et non écrites, les règles accordées et les règles imposées qui régissent aujourd’hui l’ordre économique mondial, ainsi que la création et la distribution des richesses, notamment en ce qui concerne la production et la distribution d’aliments. Ce qui est décisif aujourd’hui, c’est envisager un changement profond et structurel de l’0rdre économique et politique international en vigueur, parce qu’antidémocratique, injuste, exclusif et intenable. Un ordre prédateur, responsable de situations telles que celles que Fidel dénonçait voilà douze ans : « Les eaux se polluent, l’atmosphère s’empoisonne, la nature se détruit. Ce n’est pas seulement la rareté des investissements, le manque d’éducation et de technologies, la croissance démographique accélérée, c’est aussi que l’environnement se dégrade et que l’avenir est toujours plus hypothéqué. »

Par ailleurs, la coopération internationale nécessaire pour faire face à ce moment de crise s’avère indispensable. Des mesures d’urgence doivent permettre d’alléger rapidement la situation des pays où des émeutes sociales ont déjà éclaté. Il faut aussi promouvoir sur le moyen terme des plans de coopération et d’échanges, accompagnés d’investissements conjoints qui accéléreront dans notre région la production agricole et la distribution d’aliments, et assortis d’un engagement résolu et d’une forte participation de l’Etat. Cuba est disposée à contribuer modestement à un effort de ce genre.

Le Programme que nous propose aujourd’hui le compañero Daniel en vue de concerter les efforts, les volontés et les ressources des membres de l’Alternative bolivarienne pour les Amériques (ALBA) et des pays centraméricains et caribéens mérite tout notre appui. Il présuppose que nous comprenions clairement que la situation alimentaire mondiale n’est pas une opportunité, comme le pensent certains, mais une crise très dangereuse. Il implique que nous reconnaissions expressément que nous devons orienter nos efforts à la défense du droit à l’alimentation pour tous et à une vie digne pour les millions de familles paysannes jusqu’ici spoliées, et non que nous saisissions l’occasion pour favoriser des intérêts corporatifs ou de mesquines opportunités commerciales. Nous avons longuement discuté ce point. Il nous faut maintenant agir unis, avec audace, en faisant preuve de solidarité et d’esprit pratique.

Si tel est l’objectif commun, alors on peut compter sur Cuba. Je conclus en rappelant les paroles prévoyantes de Fidel en 1996, toujours aussi actuelles par leur profondeur : « Les cloches qui sonnent aujourd’hui le glas pour ceux qui meurent de faim tous les jours sonneront demain pour l’humanité entière si celle-ci ne veut pas, ou ne sait pas ou ne peut pas être assez sage pour se sauver elle-même. »

Je vous remercie.
 
 

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31 mai 2008 6 31 /05 /mai /2008 19:02

Entretien avec Thierry Meyssan sur le processus électoral aux Etats-Unis

Maison-Blanche 2008 : un show anti-démocratique

par Sandro Cruz*


www.voltairenet.org

L’élection du président aux États-Unis, tous les quatre ans, est l’occasion d’un grand spectacle médiatique qui tient le monde en haleine. Ce système électoral fort complexe est contrôlé par l’oligarchie et donne l’illusion d’une souveraineté populaire contre laquelle il a été conçu. Thierry Meyssan répond à nos questions sur le fonctionnement méconnu de la « démocratie » made in USA.

Sandro Cruz : Les États-Unis sont en pleine campagne électorale présidentielle. Trois candidats sont en lice. Quel regard portez-vous sur eux ?

Thierry Meyssan : En premier lieu, il importe de noter qu’il n’y a pas que trois candidats à la candidature (McCain chez les républicains, Clinton et Obama chez les démocrates), car de petits partis auront aussi leurs candidats, et des indépendants peuvent se présenter dans certains États. Il y avait dix-sept candidats en 2004, alors que les médias européens n’en ont cité que trois.

En 2008, il y aura au moins un candidat libertarien, un vert et deux trotskistes (le « vrai » Roger Calero et le « faux » Brian Moore, appointé par la CIA), un prohibitionniste (le pasteur Gene Amondson), un représentant du parti des contribuables (désormais dénommé parti de la Constitution), plus un indépendant (Ralph Nader)

Toutefois, ces petits candidats ne sont pas autorisés à se présenter sur tout le territoire et ne totaliseront probablement pas 5 % des voix. Le républicain et le démocrate rafleront la mise. C’est pourquoi les médias non-US ne s’intéressent qu’à MM. McCain, Obama et Mme Clinton. Ils ont tort, car si les petits candidats n’ont pas de crédibilité pour accéder à la Maison-Blanche, leur activisme laboure la société états-unienne et influence à terme le discours politique.

Vous me demandez ce que je pense des grands candidats c’est-à-dire ce que cela changera dans la politique des États-Unis si c’est l’un plutôt que l’autre qui est élu. Je pense que vous posez la question à l’envers. Vous conviendrez que l’actuel président, George W. Bush, n’a pas les capacités pour gouverner. C’est une marionnette derrière laquelle se cache le vrai pouvoir. Et si la politique des États-Unis ne se décide pas aujourd’hui dans le Bureau ovale, pourquoi voulez-vous qu’il en soit autrement l’an prochain ?

L’oligarchie est maintenant face à un dilemme, soit continuer la politique coloniale actuelle, soit revenir à une forme d’impérialisme plus présentable.


Compte tenu de l’emballement de la crise financière et des échecs militaires, la poursuite de l’aventurisme peut conduire à la chute, mais aussi, pourquoi revenir en arrière quand on n’y est pas directement forcé ?

Si McCain correspond au premier terme de l’alternative et Obama au second, Clinton peut s’adapter à l’un comme à l’autre. C’est le sens de son maintien dans la course alors qu’elle aurait dû jeter l’éponge depuis longtemps. En réalité, après des mois de luttes intestines, l’oligarchie états-unienne vient de choisir. Comme on le voit avec les négociations en cours et divers accords de paix au Pakistan, en Irak, au Liban, en Syrie et en Palestine, elle a renoncé au « clash des civilisations » et au « remodelage du Grand Moyen-Orient ».

Obama offre deux qualités : d’une part, il a fait campagne sur le thème du changement et peut donc facilement incarner un renouveau en politique étrangère ; d’autre part, l’oligarchie majoritairement blanche préfère laisser à un noir la responsabilité d’annoncer la faillite du pays et d’affronter les inévitables révoltes sociales qui suivront.

Sandro Cruz : Pouvez-vous nous expliquer maintenant comment fonctionne ce scrutin ? Ce système électoral ?

Thierry Meyssan : C’est un casse-tête que l’immense majorité des citoyens ne comprend pas. Dès la fondation des États-Unis, les choses ont été volontairement embrouillées et elles ont été complexifiées avec le temps. La Constitution des États-Unis a été conçue en réaction à la Déclaration d’indépendance. Il s’agissait d’arrêter un processus potentiellement révolutionnaire et de créer une oligarchie nationale qui se substitue à l’aristocratie britannique. Alexander Hamilton —le principal père de la Constitution— a imaginé un système pour empêcher toute forme de souveraineté populaire : le fédéralisme.

Ce mot est équivoque. Dans la vieille Europe, on l’utilise pour désigner une forme d’union politique démocratique qui respecte les identités particulières et maintient des souverainetés partielles. On pense à la Confédération helvétique par exemple. Hamilton, quant à lui, a pensé le système non de bas en haut, mais de haut en bas. Il n’a pas fédéré des communautés locales pour créer un État, mais il a divisé l’État en utilisant des communautés locales. C’est cette ambigüité qui est l’origine de la Guerre de Sécession (laquelle je vous le rappelle n’a aucun rapport avec l’esclavage qui a été aboli par le Nord au cours de la guerre pour enrôler les noirs en masse). (…)

Sandro Cruz : Ne nous emballons pas, je vous arrête-là… Effectivement ce système est d’une grande complexité et nous devons aller doucement pour bien décortiquer la chose. J’aimerais que cette interview reste aussi un manuel pour les profanes. Vous venez de dire qu’ : « Il n’a pas fédéré des communautés locales pour créer un État, mais il a divisé l’État en utilisant des communautés locales. » J’ai de la peine à saisir la deuxième partie de votre phrase. Tout de même, il y a quelqu’un à la tête de ces États. Et ce quelqu’un vient d’une communauté locale. Alors, qui détient le pouvoir politique dans ces États ? Est-ce que à ce niveau il y a une vrai choix démocratique ?

Thierry Meyssan : Alexander Hamilton était obsédé par sa hantise de la « populace » et sa volonté de créer une oligarchie états-unienne équivalente à la gentry britannique. Au cours du temps, son courant politique a imaginé toutes sortes de verrous pour tenir le peuple loin de la politique.

Comme toujours, chaque État dispose de ses propres lois. D’une manière générale, elles visent à limiter la possibilité de créer un parti politique et de présenter des candidats aux diverses élections. Dans la plupart des scrutins locaux, il est interdit de se présenter sans l’investiture d’un parti et il est impossible en pratique de créer un nouveau parti.

Le système le plus caricatural est celui du New Jersey où il faut réunir 10 % des électeurs pour pouvoir créer un nouveau parti, une condition que chacun sait irréalisable et qui interdit définitivement aux petits partis états-uniens de disposer d’une section au New Jersey.

C’est un système entièrement fermé sur lui-même dans lequel, au final, la vie politique a été confisquée par les responsables des deux grands partis au niveau de chaque État. Il est impensable de pouvoir jouer un rôle si l’on n’est pas au préalable coopté par ces gens là.

Je reviens à l’élection présidentielle. Alexander Hamilton a donné le pouvoir aux États fédérés. Ils désignent des grands électeurs, dont le nombre est fixé en fonction de leur population. Ce sont ces grands électeurs qui élisent le président des États-Unis, pas les citoyens. Au XVIIIe siècle, aucun État ne consultait sa population à ce sujet, aujourd’hui chaque État procède à une consultation. Lorsqu’en 2000, Al Gore a saisi la Cour suprême à propos de la fraude électorale en Floride, la Cour a rappelé la Constitution : c’est le gouverneur de Floride qui désigne les grands électeurs, pas la population de la Floride, et les problèmes intérieurs de la Floride ne regardent pas Washington.

Comprenez bien : les États-Unis ne sont pas, n’ont jamais été et ne veulent pas, être un État démocratique. C’est un système oligarchique qui accorde une grande importance à l’opinion publique pour se prémunir d’une révolution. À de très rares exceptions, comme Jessie Jackson, aucun politicien US ne demande de réforme de la Constitution et de reconnaissance de la souveraineté populaire. C’est pourquoi il est particulièrement plaisant d’entendre M. Bush annoncer qu’il va « démocratiser » le monde en général et le Grand Moyen-Orient en particulier.

Sandro Cruz : Précisez s’il vous plaît, électeurs et grand électeurs sont-ils les mêmes personnages ? Les mêmes cadres du parti ?

Thierry Meyssan : : Non, non. Il y a une confusion qui provient du langage. Dans un système à deux degrés, la terminologie des sciences politiques distingue les électeurs de base, des grands électeurs. Mais aux États-Unis, le mot « électeur » ne s’applique qu’aux grands électeurs, car dans les premières décennies des États-Unis, le peuple ne participait pas aux consultations électorales.

Ainsi, le président des États-Unis est élu par un « Collège électoral » de 538 membres. Chaque État dispose d’autant de grands électeurs qu’il a de sièges de parlementaires (députés et sénateurs) au Congrés. Les colonies, comme Porto Rico ou l’ile de Guam sont exclues du processus.

Chaque État choisit ses propres règles pour désigner ses grands électeurs. Dans la pratique, elles tendent à s’harmoniser. Aujourd’hui, tous les États —sauf le Maine et le Nebraska qui ont inventé des systèmes complexes— considèrent que les grands électeurs représentent la majorité de leur population.

Dans le cas où les grands électeurs ne parviendraient pas à dégager une majorité et que l’on aurait deux candidats ex-aequo, c’est la Chambre des représentants qui élirait le président et le Sénat qui élirait le vice-président.

Sandro Cruz : Les primaires permettent-elles ou non aux électeurs de choisir les candidats ? Quel est le rôle des super-délégués ?

Thierry Meyssan : Les primaires et des conventions ont deux objectifs. En interne, elles permettent de tâter le pouls de l’opinion publique et d’évaluer ce que l’on peut lui infliger. En externe, elles donnent au reste du monde l’illusion que cette oligarchie est une démocratie.

On croit souvent que les primaires permettent d’éviter les combines d’état-major et de laisser les militants de base des grands partis choisir leur candidat. Pas du tout. Les primaires ne sont pas organisées par les partis politiques, mais par l’État local ! Elles sont conçues, dans la lignée d’Hamilton, pour garantir le contrôle oligarchique du système et barrer la route aux candidatures dissidentes.

Chaque État a ses propres règles pour désigner ses délégués aux Conventions fédérales des partis. Il y a six méthodes principales, plus des méthodes mixtes. Parfois, il faut être encarté au parti pour voter, parfois les sympathisants peuvent voter avec les militants, parfois tous les citoyens peuvent voter aux primaires des deux partis, parfois ils peuvent tous voter mais uniquement à la primaire du parti de leur choix, parfois les deux partis tiennent une primaire commune à un tour, d’autres fois encore à deux tours, Toutes les combinaisons de ces méthodes sont possibles. Chaque primaire, dans chaque État, a donc un sens différent.

Et puis il y a des États qui n’ont pas de primaires, mais des caucus. Par exemple, l’Iowa organise des scrutins distincts dans chacun de ses 99 comtés, qui élisent des délégués locaux, lesquels tiennent des primaires au second degré pour élire les délégués aux Conventions nationales. C’est très exactement le système du prétendu « centralisme démocratique » cher aux Staliniens.

Traditionnellement, ce cirque commence en février et dure six mois, mais cette année le parti démocrate a modifié son calendrier. Il a avancé le début et voulu répartir les dates pour faire durer le plaisir presque une année complète. Cette décision unilatérale n’a pas été facile à mettre en œuvre et a provoqué beaucoup de désordre car, je le répète, les primaires et caucus ne sont par organisés par les partis, mais par les États.

À la fin, les délégués se retrouvent à la Convention de leur parti. Ils y sont rejoints par les super-délégués. Lesquels, contrairement à ce que leur dénomination laisse croire, ne sont délégués par personne. Ce sont des membres de droit, c’est-à-dire des notables et des apparatchiks. Les super-délégués représentent l’oligarchie et sont suffisamment nombreux pour faire pencher la balance dans un sens ou l’autre, en passant outre le résultat des primaires et causus. Ils seront environ 20 % à la convention démocrate et presque 25 % à la convention républicaine (mais là ce ne sera qu’une formalité puisque McCain reste le seul en lice).

Sandro Cruz : À quoi servent les primaires et caucus par État ? Comment doit-on les interpréter ?

Thierry Meyssan : Je viens de vous le démontrer, ils ne servent à rien. Tout au moins pour ce qui concerne la désignation des candidats. Par contre, ce grand show permet de réduire la conscience politique des États-Uniens à presque zéro. Les grands médias nous tiennent en haleine en comptabilisant les délégués et les dons. On parle désormais de la « course » à la Maison-Blanche et de records, comme s’il s’agissait d’un téléthon ou de la Star Academy.

On maintient artificiellement un « suspens » pour capter l’attention des foules et marteler le plus grand nombre de fois possible un message. Avez vous observé le nombre de fois où les grands médias nous ont annoncé que ce mardi serait décisif ? Mais à chaque fois, un résultat inexplicable permet au candidat en difficulté de rebondir pour que le show continue. En réalité, le spectacle est truqué. Dans 17 États, des machines à voter ont été installées sans aucune possibilité de vérification des résultats électroniques [1]. Autant ne pas voter du tout et laisser les organisateurs se débrouiller tout seuls pour inventer les résultats.

Tout cela s’accompagne de messages subliminaux douteux. Par exemple, McCain a choisi comme slogan la « défense de la liberté et de la dignité ». Ce qu’il explicite comme la liberté religieuse et l’abolition de l’esclavage. On a quand même du mal à croire que ce soit là les préoccupations premières des citoyens de base. À qui s’adresse donc ce slogan ?

Mme Clinton affiche : « Chacun a une place ». Elle veut dire que, si elle était au pouvoir, personne ne serait laissé sur le bord du chemin. Mais cela signifie aussi que les gens doivent rester à leur place et qu’ils ne doivent pas s’aviser d’en changer et se de mêler des affaires de l’oligarchie.
Obama, quant à lui, apparaît avec le slogan « Change » écrit sur son pupitre. Cela veut dire que les États-Unis ont besoin de changement, mais cela fait aussi bureau de change. Le mot « change » en anglais désigne la monnaie que l’on rend. En pleine crise financière, c’est assez distrayant.

Sandro Cruz : Dans un article récent [2], vous avez écrit que le président des États-Unis est toujours l’homme du complexe militaro-industriel. Dans cette optique, pensez-vous que John McCain sera élu ?

Thierry Meyssan : Là encore, vous posez la question à l’envers. Les trois principaux candidats en lice sont en train de multiplier les signes d’allégeance au complexe militaro-industriel. C’est une mise aux enchères dans laquelle McCain n’a effectivement pas besoin de faire ses preuves, mais où ses concurrents ne sont pas en reste. Ainsi, nous avons entendu Obama se proposer pour bombarder le Pakistan et, il y a quelques jours, nous avons vu Clinton menacer l’Iran d’être « enlevé » de la carte par le feu nucléaire. Qui peut dire mieux ?

Après des mois de campagne, ces trois candidats sont arrivés à un consensus absolu sur les principaux points de politique étrangère et de défense :

Ils considèrent que la défense d’Israël est un objectif stratégique des États-Unis ; ils n’ont aucun plan de sortie d’Irak ; ils présentent l’Iran et le Hezbollah libanais comme une menace majeure pour la stabilité internationale.

Cependant, il existe une différence entre ces candidats et elle correspond au débat qui vient de se clore au sein du complexe militaro-industriel. McCain et son conseiller Kissinger soutiennent le principe de l’affrontement direct tandis qu’Obama et son conseiller Brzezinski proposent la domination par proxies interposés. Clinton et sa conseillère Albright incarnent un impérialisme normatif qui n’est plus de mise. J’écris souvent sur Voltairenet.org à propos de ce débat stratégique (notamment au moment du rapport des agences de renseignement sur l’Iran [3] et de la démission de l’amiral Fallon [4]) et c’est de lui que dépend la désignation du prochain président.

Dans l’article que vous citez, j’ai noté que Clinton n’avait pas la confiance du complexe militaro-industriel. Je n’ai pas changé d’avis. Sa thématique n’intéresse plus l’industrie d’armement. Et ses contorsions, qu’il s’agisse de sa fréquentation secrète de la Fellowship Foundation ou de ses déclarations maximalistes sur l’Iran, n’y changeront rien. Au moment où vous m’interrogez, dire que « Clinton est cuite » n’est pas original, c’était le titre d’un quotidien new-yorkais la semaine dernière. Mais je l’ai écris alors que la presse européenne la portait encore au pinacle.

Ne nous laissons pas submerger par les problématiques que nous imposent les grands médias. Savoir si les États-Unis vont maintenir avec McCain 100 000 GI et 200 000 mercenaires en Irak ou s’ils vont avec Obama diminuer le nombre de GI’s et augmenter celui des mercenaires ne change pas grand chose. La vraie question, c’est de savoir si les États-Unis ont encore les moyens de leurs ambitions et peuvent gouverner le monde —comme les néoconservateurs persistent à la prétendre— ou s’ils sont minés de l’intérieur et doivent abandonner leur rêve impérial pour éviter l’effondrement —comme l’a déjà expliqué la Commission Baker-Hamilton—. Or, la vertigineuse baisse du dollar a sonné la fin de l’empire. Il fallait 8 dollars, pour acheter un baril de pétrole il y a dix ans. Il en faut 135 aujourd’hui et il en faudra probablement 200 dans deux mois. En outre, la débandade des milices du clan Hariri, qui ont pris la fuite et
abandonné le terrain au Hezbollah en quelques heures en jetant leurs armes dans les poubelles, montre qu’il n’est plus possible de sous-traiter la police de l’empire.

Dans ces conditions, McCain n’offre plus aucun intérêt pour l’oligarchie. Obama et Brzezinski sont les seuls porteurs d’un projet alternatif : sauver l’empire en privilégiant l’action secrète (peu onéreuse) sur la guerre (trop coûteuse).

Sandro Cruz : Effectivement, c’est très étonnant de voir que Barak Obama qui dit vouloir un changement dans la société états-unienne ait choisi comme conseiller Brzezinski, quand on sait que ce dernier est un idéologue qui s’est impliqué dans des opérations secrètes sordides, des coup d’États, des sabotages divers et d’autres actions criminelles.

Thierry Meyssan : : J’ai rencontré Zbignew Brzezinski [5], il y a trois semaines [6], je l’ai entendu développer un discours déjà parfaitement rodé du renouveau US. Il a condamné tous les excès visibles de la politique bushienne, de Guantanamo à l’Irak, et habilement rappelé ses succès contre l’Union soviétique.

Cependant je ne pense pas que le prochain président des États-Unis aura le loisir de mettre en œuvre une nouvelle « grande stratégie ». Il est déjà trop tard. Barak Obama sera confronté à la cessation de paiement de plusieurs États fédérés, qui ne pourront plus verser les salaires de leurs fonctionnaires, ni assurer les services publics [7]. Il sera trop occupé par le chaos intérieur pour réaliser les plans de Brzezinski.

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31 mai 2008 6 31 /05 /mai /2008 18:47

La politique cynique de l’Empire
 
Réflexions de Fidel Castro 
 
Il ne serait pas honnête de ma part de faire silence après le discours qu’Obama a prononcé, le 23 mai dans l’après-midi, devant la Fondation nationale cubano-américaine créée par Ronald Reagan.

Je l’ai écouté, comme je l’ai fait pour ceux de McCain et de Bush. Je n’ai aucun ressentiment envers lui dans la mesure où il n’est pas responsable des crimes que son pays a commis contre Cuba et contre l’humanité. Si je le défendais, je rendrais un énorme service à ses adversaires. Je ne crains donc pas de le critiquer et d’exprimer en toute franchise mes points de vue sur son discours.

Qu’a-t-il affirmé devant les annexionnistes ?

« Durant toute ma vie, l’injustice a régné à Cuba. Durant toute ma vie, le peuple cubain n’a jamais connu la vraie liberté. Deux générations durant, le peuple cubain n’a jamais connu la démocratie. …en cinquante ans, nous n’avons jamais vu d’élections libres et honnêtes à Cuba… nous ne supporterons pas cette injustice ; nous chercherons ensemble la liberté de Cuba… Voilà la parole que je vous donne ; voilà l’engagement que je prends devant vous… Il est temps que l’argent des Cubano-Américains rende leurs familles moins dépendantes du régime castriste. Je maintiendrai l’embargo. »

La teneur du discours de ce fort candidat à la présidence des Etats-Unis m’exempte d’avoir à expliquer les motifs de ces Réflexions.

José Hernández, l’un des dirigeants de la Fondation nationale cubano-américaine auquel Obama tresse des couronnes dans son discours, était le propriétaire du fusil automatique calibre 50 à lunette et à viseur infrarouge que la police a saisi par pur hasard, ainsi que d’autres armes tout aussi meurtrières, quand des membres de cette FNCA les transportaient dans une vedette à l’île Margarita (Etat de Nueva Esparta, au Venezuela) où ils pensaient assassiner l’auteur de ces lignes à l’occasion d’une réunion internationale.

Le groupe de José Hernandez souhaitait renouer le pacte passé avec Clinton que le clan Más Canosa [président de la FNCA pendant de nombreuses années] avait trahi en offrant à Bush par la fraude électorale, la victoire présidentielle en 2000, parce que ce dernier avait promis de m’assassiner, une perspective que tous ces gens-là avaient accepté avec joie. Ce sont là des magouilles politiques propres au système décadent et contradictoire des Etats-Unis.

Je peux traduire le discours du candidat Obama par la formule suivante : plus de faim pour notre pays ; liberté aux envois de fonds familiaux à titre d’aumônes ; liberté aux visites à Cuba à titre de publicité pour l’hyperconsommation et le mode de vie intenable qui le sous-tend.

Comment Obama va-t-il se colleter avec le problème gravissime de la crise alimentaire ? Les grains, il faut les distribuer entre les êtres humains et les animaux domestiques, mais aussi les poissons qui, d’année en année, sont toujours plus petits et toujours moins abondants dans les mers surexploitées par les grands chalutiers pêchant à la traîne, une méthode qu’aucun organisme international n’a été capable de freiner. Il n’est pas facile de produire de la viande à partir du gaz et du pétrole.

Obama surestime les possibilités de la technique dans la lutte contre les changements climatiques, quoiqu’il soit plus conscient que Bush des risques encourus et du peu de temps disponible. Il pourrait consulter Gore, qui est lui aussi démocrate et qui a renoncé à être candidat, et qui sait bien, lui, à quel rythme les changements climatiques s’accélèrent. Son proche rival politique, bien que non aspirant, Bill Clinton, expert en lois extraterritoriales telles que la Helms-Burton et la Torricelli, peut le conseiller, lui, sur un thème comme le blocus qu’il avait promis de lever et qu’il n’a jamais fait.

Qu’a dit dans son discours de Miami celui qui est incontestablement, des points de vue social et humain, le candidat à la candidature présidentielle étasunienne aux idées les plus avancées ?

« Pendant deux cents ans, les Etats-Unis ont affirmé sans ambages qu’ils ne permettraient pas une intervention étrangère sur le continent. Or, nous sommes témoins d’une grave intervention : la faim, les maladies, le désespoir. D’Haïti au Pérou, nous pouvons faire mieux les choses et nous devons le faire : nous ne saurions accepter la mondialisation des ventres creux. »

Magnifique définition de la mondialisation impérialiste que ces « ventres creux » ! Soyons-en reconnaissants. Mais, voilà deux cents ans, Bolívar luttait pour l’unité de l’Amérique latine, et voilà plus de cent ans, Martí donnait sa vie pour combattre l’annexion de Cuba par les Etats-Unis. Quelle différence y a-t-il entre ce que proclamait Monroe et ce que, deux siècles plus tard, Obama proclame et revendique dans son discours ?

Il a dit presque à la fin :

« Je réinstallerai un Envoyé spécial pour les Amériques dans ma Maison-Blanche [comme l’avait Bill Clinton]… Nous étendrons le Peace Corps et demanderons à davantage de jeunes Etasuniens d’aller à l’étranger pour renforcer la confiance et les liens entre nos peuples… Nous pouvons forger notre avenir, au lieu d’être forgés par lui. »

Belle formule, à nouveau, parce que c’est reconnaître par là l’idée, ou la crainte, que l’Histoire fait les personnages, et non à rebours.

Les Etats-Unis d’aujourd’hui n’ont rien à voir avec les Treize Colonies qui formulèrent la Déclaration de Philadelphie quand elles se soulevèrent contre le colonialisme anglais. Ils constituent à présent un Empire gigantesque dont les fondateurs ne pouvaient avoir la moindre idée. Rien n’a changé toutefois pour les autochtones et les Noirs. Les premiers furent exterminés à mesure que la nation s’étendait ; les seconds continuèrent d’être vendus à l’encan sur les marchés – hommes, femmes, enfants – pendant encore presque un siècle, malgré la fameuse petite phrase : « Tous les hommes naissent libres et égaux », de la Déclaration d’Indépendance. Les conditions objectives en place sur notre planète ont favorisé l’essor de ce système.

Dans son discours, Obama juge que la Révolution cubaine est antidémocratique et ne respecte pas les libertés et les droits de l’homme. Exactement l’argument que les administrations étasuniennes ont avancé, presque sans exception, pour justifier leurs crimes contre notre patrie. Le blocus est en soi génocidaire. Je ne souhaiterais pas que les petits Etasuniens continuent de s’éduquer dans cette éthique honteuse.

La révolution armée n’aurait peut-être pas été nécessaire sans l’intervention militaire des Etats-Unis [dans la guerre d’Indépendance cubaine], sans l’amendent Platt et sans le colonialisme économique que tout ceci a entraîné dans l’île.

La Révolution a été le fruit de la domination impériale. On ne saurait nous accuser de l’avoir imposée. Les vrais changements auraient pu et auraient dû démarrer aux Etats-Unis dont les ouvriers eux-mêmes lancèrent, voilà plus d’un siècle, la revendication de la journée de huit heures, fille de la productivité du travail.

La première chose que les dirigeants cubains ont apprise de Martí, c’est créer une organisation appelée à faire la Révolution et à agir en son nom. J’ai toujours disposé de facultés préétablies et, une fois la Révolution institutionnalisée, j’ai toujours été élu dans le cadre d’élections auxquelles participent – selon une coutume désormais courante chez nous – plus de 90 p. 100 des électeurs, à la différence de la participation ridicule de moins de 50 p. 100 qu’affichent bien souvent d’autres pays, dont les Etats-Unis. Aucun autre petit pays, soumis comme le nôtre à un blocus, n’aurait été capable de résister si longtemps – rien qu’à partir d’ambitions, de vanités, de duperies ou d’abus d’autorité de ses dirigeants – à un voisin aussi puissant. L’affirmer constitue une insulte à l’intelligence de notre peuple héroïque.

Je ne conteste pas la vive intelligence d’Obama, ses dons de polémiste et son esprit de travail. Il maîtrise les techniques de la communication et dépasses ses rivaux en matière de concurrence électorale. J’observe avec sympathie sa femme et ses filles qui l’accompagnent et l’encouragent tous les mardis ; c’est là sans doute un tableau humain réconfortant. Je me vois toutefois contraint de lui poser plusieurs questions délicates, sans attendre pour autant des réponses de lui :

1. Est-il correct que le président des Etats-Unis ordonne l’assassinat de personnes dans le monde, sous quelque prétexte que ce soit ?

2. Est-il éthique que le président des Etats-Unis ordonne de torturer d’autres êtres humains ?

3. Le terrorisme d’Etat est-il vraiment un instrument que doit utiliser un pays aussi puissant que les Etats-Unis pour instaurer la paix sur la planète ?

4. Une Loi d’ajustement, appliquée pour punir un seul pays, Cuba, et le déstabiliser, même si cela coûte la vie d’enfants et de mères innocents, est-elle bonne et honorable ! Si elle est bonne, pourquoi ne donne-t-on pas le droit de séjour automatique, non seulement aux Cubains, mais aussi aux Haïtiens, aux Dominicains et autres Caribéens, et ne fait-on pas pareil à l’égard des Mexicains, des Centraméricains et des Sud-Américains qui tombent comme des mouches sur le mur érigé à la frontière mexicaine ou dans les eaux de l’Atlantique et du Pacifique ?

5. Les Etats-Unis peuvent-ils se passer des immigrants qui cultivent des légumes, des fruits, des amandes et d’autres gâteries pour les Etasuniens ? Qui balaierait les rues, qui servirait de domestique, qui réaliserait les travaux les plus rudes et les plus mal payés ?

6. Les descentes de police contre les sans-papiers, qui touchent même des enfants nés aux Etats-Unis, sont-elles justes ?

7. Le vol de cerveaux et les saignées continuelles des meilleures intelligences scientifiques et intellectuelles des pays pauvres sont-ils moraux et justifiables ?

8. Vous affirmez, comme je l’ai noté au début des mes Réflexions, que votre pays avait, voilà bien longtemps, averti les puissances européennes qu’il n’admettrait pas d’intervention de leur part dans le continent. Or, votre pays, tout en rappelant cette mise en garde, réclame le droit d’intervenir partout dans le monde, fort de ses centaines de bases militaires, de ses forces navales, aériennes et spatiales disséminées à travers la planète. Est-ce là la façon dont les Etats-Unis expriment leur respect de la liberté, de la démocratie et des droits de l’homme ?

9. Est-il juste d’attaquer par surprise et à titre préventif une soixantaine de sombres recoins du monde, comme les appelle Bush, quel qu’en soit le prétexte ?

10. Est-il honorable et sensé de gaspiller des billions de dollars dans le complexe militaro-industriel rien que pour fabriquer des armes qui peuvent liquider plusieurs fois la vie sur la Terre ?

Vous feriez mieux d’apprendre, avant de le juger, que notre pays, grâce aux programmes d’éducation, de santé, de sports, de culture et de science qu’il applique non seulement chez lui, mais encore dans d’autres pays pauvres du monde, et au sang qu’il a versé par solidarité avec d’autres peuples, malgré le blocus économique et financier et les agressions de votre puissant pays, constitue la preuve qu’on peut faire beaucoup avec très peu. Nous n’avons même pas permis à notre meilleure alliée, l’URSS, de tracer notre destinée.

Quand ils coopèrent avec d’autres pays, les Etats-Unis ne peuvent dépêcher que des spécialistes liés au secteur militaire, tout bonnement parce qu’ils n’ont pas les personnels capables de se sacrifier pour d’autres et d’apporter un appui significatif à un pays en difficultés, bien que nous ayons connu à Cuba d’excellent médecins étasuniens et qu’ils aient coopéré avec nous. Ils ne sont pas coupables du fait que votre société ne les éduque pas massivement dans cet esprit.

Nous n’avons jamais subordonné la coopération de notre pays à des conditions idéologiques. Nous l’avons même offerte aux Etats-Unis quand le cyclone Katrina a durement frappé la Nouvelle-Orléans. Notre brigade médicale internationaliste porte le nom glorieux d’Henry Reeve, un jeune homme né dans votre pays qui s’est battu et qui est mort pour la souveraineté de Cuba lors de notre première guerre d’Indépendance.

Notre Révolution peut convoquer des dizaines de milliers de médecins et de techniciens de la santé. Elle peut aussi convoquer massivement des enseignants et des citoyens disposés à partir vers n’importe quel recoin du monde pour remplir n’importe quel noble objectif. Non pour usurper des droits ni s’emparer de matières premières.

La bonne volonté et la bonne disposition des personnes offrent des ressources infinies qui ne se conservent pas ni ne tiennent dans les coffres-forts des banques. Et qui n’émanent pas de la politique cynique d’un Empire.

Fidel Castro Ruz
25 mai 2008


Source : Periódico Ahora
URL : http://www.ahora.cu/modules.php?name=News&file=article&sid=8687 
 
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30 mai 2008 5 30 /05 /mai /2008 21:14

GAZA , 29 mai 2008 (AFP)

 

Le prix Nobel de la paix sud-africain Desmond
Tutu a déploré jeudi "le silence et la complicité" de la communauté
internationale face à la situation à Gaza, une attitude qui fait "honte".

"Mon message à la communauté internationale est que notre silence et
notre complicité, particulièrement sur la situation à Gaza, nous fait honte à
tous", a affirmé l'archevêque anglican lors d'une conférence de presse à
Gaza à l'issue d'une visite de trois jours à la tête d'une mission du Conseil
de l'ONU pour les droits de l'Homme.

"Gaza a besoin de plus d'engagement du monde, particulièrement de ceux
qui font la paix", a-t-il ajouté, en décrivant "une situation abominable" à
Gaza, bouclé par Israël depuis près d'un an.

La mission conduite par Mgr Tutu est venue dans la bande de Gaza pour
préparer un rapport sur la mort de 19 civils palestiniens dans un
bombardement israélien en novembre 2006.

L'avocate et universitaire britannique Christine Chinkin, qui fait partie de la
mission, a estimé de son côté qu'Israël pourrait être tenu pour responsable
d'un "crime de guerre" pour ce drame et "peut-être de crime contre
l'humanité" en imposant une "punition collective" aux habitants de Gaza.

"Ce que nous avons vu révèle de nombreuses preuves concernant au
moins la possibilité d'un crime de guerre. Cela nécessite plus d'enquête
mais je dirais certainement que le concept de punition collective dans une
situation d'occupation constitue une notion de crime de guerre et peut-être
de crime contre l'humanité", a-t-elle dit.

La mission de l'ONU est arrivée mardi dans la bande de Gaza par le
terminal de Rafah, à la frontière entre le territoire palestinien et l'Egypte,
exceptionnellement ouvert pour eux.

Israël refuse depuis un an et demi aux membres de la mission un visa
d'entrée, arguant que cette instance de l'ONU, basée à Genève, lui est
idéologiquement hostile.

 

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30 mai 2008 5 30 /05 /mai /2008 21:10

 Refusons la directive de la honte !

MANIFESTONS

le samedi 14 juin à Paris dès 14 heures, carrefour de l’Odéon

NON à l’emprisonnement des migrants

Pour une Europe ouverte et solidaire !

L’Europe depuis plusieurs années adopte des politiques toujours plus fermées et plus répressives en matière d’immigration. Un nouveau projet de directive sur la détention et l’expulsion des personnes étrangères vient d’être adopté par les 27 Etats membres de l’Union Européenne. Il est soumis au vote du Parlement européen le 18 juin à Strasbourg.

L’Europe ne doit pas céder à l’élan xénophobe qui la menace : ce projet de directive préfigure l’installation en Europe d’un modèle permettant l’enfermement généralisé des étrangers sans-papiers et des demandeurs d’asile dans des camps.

Cette directive constitue une nouvelle étape grave dans l’affaiblissement des garanties démocratiques.

Elle prévoit un enfermement des étrangers pouvant atteindre dix-huit mois, pour le seul fait d’avoir franchi des frontières et de vouloir vivre en Europe. Cet emprisonnement sera décidé arbitrairement par l’administration sans aucun jugement et sans possibilité de se défendre.

Elle prévoit la détention et l’éloignement des personnes vulnérables (femmes enceintes, personnes âgées, victimes de torture,…) et des mineurs qu’ils soient ou non accompagnés, au mépris du respect de l’intérêt supérieur de l’enfant. Plus grave encore, le texte permet la détention et l’expulsion forcée des mineurs isolés vers un pays tiers (autre que leur pays d’origine) où ils n’ont ni famille ni tuteur légal.

Elle prévoit une systématisation de l’interdiction du territoire de l’UE pendant cinq ans pour les personnes expulsées, ce qui revient à les exclure et les criminaliser. Cette durée peut même être allongée si l’administration estime qu’il y a menace grave à l’ordre public.

Elle prévoit le renvoi des étrangers vers les pays par lesquels ils n’ont fait que transiter, sans qu’ils aient un lien réel avec ces pays.
Elle prévoit la suppression de l’obligation pour les Etats membres de fournir l’aide juridictionnelle gratuite.

www.gisti.org

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30 mai 2008 5 30 /05 /mai /2008 21:03

Si Mais 68 a bien marqué la mort politique du gaullisme, le pouvoir du général lui-même n’y ayant survécu qu’un an, Mai 2008 pourra être retenu comme date symbolique de la seconde mort du gaullisme , celle de son héritage en politique étrangère.

En effet le Premier Mai 2008, à l’heure même de la traditionnelle manifestation des syndicats français, se tenait à Washington la grande réunion annuelle de l’AMERICAN JEWISH COMMITTEE (en abrégé AJC, mot à mot : Comité Juif américain) .

L’AJC peut être considéré comme le noyau dur du lobby sioniste mondial, comme son ministère des affaires étrangères, faisant pendant à l’AIPC  qui organise les pressions,  aux Etats-Unis même, sur la classe politique et les médias nationaux.

En effet après avoir remis en Novembre 2007 à SARKOZY DE NAGY BOCSA le « Prix de la Lumière parmi les Nations », l’AJC  avait deux hôtes de marque le Premier Mai 2008 : FRANCOIS FILLON  d’une part et  l’Amiral  MIKE MULLEN chef d’Etat-major de l’Armée Us d’autre part.

C’était la première visite d’un Premier Ministre français aux Etats-Unis depuis 10 ans et il s’est rendu dans un des lieux où s’élabore dans la durée, quel que soit l’équipe présidentielle au pouvoir,  la politique extérieure des USA.

FILLON  était accompagné de deux ministres : CHRISTINE LAGARDE  et MICHEL BARNIER  et de l’incontournable Président du CRIF. DSK, venu du FMI en voisin, était également présent (On mesure là tout l’intérêt et la force de l’alliance entre le PS, très majoritairement sioniste, et l’UMP de Sarkozy/Devedjian).

Parlant après l’amiral MULLEN,  lequel a repris tout le discours guerrier et impérialiste du gouvernement BUSH sans y apporter un iota de personnel, FILLON est venu confirmer et justifier devant le lobby sioniste mondial qui s’en délecte, l’alignement ferme (c’est certain !) et définitif (on verra !) de la France sur la politique internationale des Etats-Unis en particulier au Moyen-Orient. Au passage, FILLON, avec moins de tapage, a repris à son compte les menaces de KOUCHNER su l’Iran.

Les aviateurs français, qui réalisaient la semaine dernière sur le porte-avions USS TRUMAN au large des côtes de Provence des exercices d’appontage avec leur RAFALE, tout à l’excitation technicienne de la mission, ne pensaient peut-être pas qu’il pourraient, un jour, recevoir  depuis l’Elysée l’ordre de tirer des missiles sur Téhéran !


Cette intervention de FILLON est une nouvelle illustration de l’actuel exercice du pouvoir en France. SARKOZY, créature médiatique, donne à voir, dans l’éclat et l’à peu prés d’une pensée politique sommaire et à l’expression débridée, les orientations de sa politique, FILLON, lui, concrétise.

La vidéo intégrale de la réunion est visible sur le site Internet de l’AJC 
http://www.ajc.org sur le canal FORA.TV

www.comaguermarseille.free.fr

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29 mai 2008 4 29 /05 /mai /2008 20:59

- geostrategie.com - http://www.geostrategie.com -


Shlomo Sand : l’exil du peuple juif est un mythe


Posted By geostrategie On Lundi, 19 mai 2008 @ 18:23 In Verbatim | No Comments


L’historien Shlomo Sand affirme que l’existence des diasporas de Méditerranée et d’Europe centrale est le résultat de conversions anciennes au judaïsme. Pour lui, l’exil du peuple juif est un mythe, né d’une reconstruction à postériori sans fondement historique. Entretien.


Parmi la profusion de héros nationaux que le peuple d’Israël a produits au fil des générations, le sort n’aura pas été favorable à Dahia Al-Kahina qui dirigea les Berbères de l’Aurès, en Afrique du Nord. Bien qu’elle fût une fière juive, peu d’Israéliens ont entendu le nom de cette reine guerrière qui, au septième siècle de l’ère chrétienne, a unifié plusieurs tribus berbères et a même repoussé l’armée musulmane qui envahissait le nord de l’Afrique. La raison en est peut-être que Dahia Al-Kahina était née d’une tribu berbère convertie semble-t-il plusieurs générations avant sa naissance, vers le 6e siècle.


D’après l’historien Shlomo Sand, auteur du livre « Quand et comment le peuple juif a-t-il été inventé ? » (aux éditions Resling - en hébreu), la tribu de la reine ainsi que d’autres tribus d’Afrique du Nord converties au judaïsme sont l’origine principale à partir de laquelle s’est développé le judaïsme séfarade. Cette affirmation, concernant les origines des Juifs d’Afrique du Nord à partir de tribus locales qui se seraient converties - et non à partir d’exilés de Jérusalem - n’est qu’une composante dans l’ample argumentation développée dans le nouvel ouvrage de Sand, professeur au département d’Histoire de l’Université de Tel Aviv.


Dans ce livre, Sand essaie de démontrer que les Juifs qui vivent aujourd’hui en Israël et en d’autres endroits dans le monde, ne sont absolument pas les descendants du peuple ancien qui vivait dans le royaume de Judée à l’époque du premier et du second Temple. Ils tirent leur origine, selon lui, de peuples variés qui se sont convertis au cours de l’Histoire en divers lieux du bassin méditerranéen et régions voisines. Non seulement les Juifs d’Afrique du Nord descendraient pour la plupart de païens convertis, mais aussi les Juifs yéménites (vestiges du royaume Himyarite, dans la péninsule arabique, qui s’était converti au judaïsme au quatrième siècle) et les Juifs ashkénazes d’Europe de l’Est (des réfugiés du royaume khazar converti au huitième siècle).


A la différence d’autres « nouveaux historiens » qui ont cherché à ébranler les conventions de l’historiographie sioniste, Shlomo Sand ne se contente pas de revenir sur 1948 ou sur les débuts du sionisme, mais remonte des milliers d’années en arrière. Il tente de prouver que le peuple juif n’a jamais existé comme « peuple-race » partageant une origine commune mais qu’il est une multitude bigarrée de groupes humains qui, à des moments différents de l’Histoire, ont adopté la religion juive. D’après Sand, chez certains penseurs sionistes, cette conception mythique des Juifs comme peuple ancien conduit à une pensée réellement raciste : « Il y a eu, en Europe, des périodes où, si quelqu’un avait déclaré que tous les Juifs appartenaient à un peuple d’origine non juive, il aurait été jugé antisémite séance tenante. Aujourd’hui, si quelqu’un ose suggérer que ceux qui sont considérés comme juifs, dans le monde (…) n’ont jamais constitué et ne sont toujours pas un peuple ni une nation, il est immédiatement dénoncé comme haïssant Israël » (p. 31).


D’après Sand, la description des Juifs comme un peuple d’exilés, errant et se tenant à l’écart, qui « ont erré sur mers et sur terres, sont arrivés au bout du monde et qui, finalement, avec la venue du sionisme, ont fait demi-tour pour revenir en masse sur leur terre orpheline », cette description ne relève que d’une « mythologie nationale ». Tout comme d’autres mouvements nationaux en Europe, qui ont revisité un somptueux âge d’or pour ensuite, grâce à lui, fabriquer leur passé héroïque - par exemple, la Grèce classique ou les tribus teutonnes - afin de prouver qu’ils existaient depuis fort longtemps, « de même, les premiers bourgeons du nationalisme juif se sont tournés vers cette lumière intense dont la source était le royaume mythologique de David » (p. 81).


Mais alors, quand le peuple juif a-t-il réellement été inventé, selon l’approche de Sand ? « Dans l’Allemagne du 19e siècle, à un certain moment, des intellectuels d’origine juive, influencés par le caractère ‘volkiste’ du nationalisme allemand, se sont donné pour mission de fabriquer un peuple “rétrospectivement”, avec la soif de créer une nation juive moderne. A partir de l’historien Heinrich Graetz, des intellectuels juifs commencent à esquisser l’histoire du judaïsme comme l’histoire d’un peuple qui avait un caractère national, qui est devenu un peuple errant et qui a finalement fait demi-tour pour revenir dans sa patrie. »


Entretien


Shlomo Sand, historien du 20e siècle, avait jusqu’à présent étudié l’histoire intellectuelle de la France moderne (dans son livre « L’intellectuel, la vérité et le pouvoir », Am Oved éd., 2000 - en hébreu), et les rapports entre le cinéma et l’histoire politique (« Le cinéma comme Histoire », Am Oved, 2002 - en hébreu). D’une manière inhabituelle pour des historiens de profession, il se penche, dans son nouveau livre, sur des périodes qu’il n’avait jamais étudiées - généralement en s’appuyant sur des chercheurs antérieurs qui ont avancé des positions non orthodoxes sur les origines des Juifs.


En fait, l’essentiel de votre livre ne s’occupe pas de l’invention du peuple juif par le nationalisme juif moderne mais de la question de savoir d’où viennent les Juifs.


« Mon projet initial était de prendre une catégorie spécifique de matériaux historiographiques modernes, d’examiner comment on avait fabriqué la fiction du peuple juif. Mais dès que j’ai commencé à confronter les sources historiographiques, je suis tombé sur des contradictions. Et c’est alors ce qui m’a poussé - je me suis mis au travail, sans savoir à quoi j’aboutirais. J’ai pris des documents originaux pour essayer d’examiner l’attitude d’auteurs anciens - ce qu’ils avaient écrit à propos de la conversion. »


Des spécialistes de l’histoire du peuple juif affirment que vous vous occupez de questions dont vous n’avez aucune compréhension et que vous vous fondez sur des auteurs que vous ne pouvez pas lire dans le texte.


« Il est vrai que je suis un historien de la France et de l’Europe, et pas de l’Antiquité. Je savais que dès lors que je m’occuperais de périodes anciennes comme celles-là, je m’exposerais à des critiques assassines venant d’historiens spécialisés dans ces champs d’étude. Mais je me suis dit que je ne pouvais pas en rester à un matériel historiographique moderne sans examiner les faits qu’il décrit. Si je ne l’avais pas fait moi-même, il aurait fallu attendre une génération entière. Si j’avais continué à travailler sur la France, j’aurais peut-être obtenu des chaires à l’université et une gloire provinciale. Mais j’ai décidé de renoncer à la gloire. »


« Après que le peuple ait été exilé de force de sa terre, il lui est resté fidèle dans tous les pays de sa dispersion et n’a pas cessé de prier et d’espérer son retour sur sa terre pour y restaurer sa liberté politique » : voilà ce que déclare, en ouverture, la Déclaration d’Indépendance. C’est aussi la citation qui sert de préambule au troisième chapitre du livre de Shlomo Sand, intitulé « L’invention de l’Exil ». Aux dires de Sand, l’exil du peuple de sa terre n’a en fait jamais eu lieu.


« Le paradigme suprême de l’envoi en exil était nécessaire pour que se construise une mémoire à long terme, dans laquelle un peuple-race imaginaire et exilé est posé en continuité directe du “Peuple du Livre” qui l’a précédé », dit Sand ; sous l’influence d’autres historiens qui se sont penchés, ces dernières années, sur la question de l’Exil, il déclare que l’exil du peuple juif est, à l’origine, un mythe chrétien, qui décrivait l’exil comme une punition divine frappant les Juifs pour le péché d’avoir repoussé le message chrétien. « Je me suis mis à chercher des livres étudiant l’envoi en exil - événement fondateur dans l’Histoire juive, presque comme le génocide ; mais à mon grand étonnement, j’ai découvert qu’il n’y avait pas de littérature à ce sujet. La raison en est que personne n’a exilé un peuple de cette terre. Les Romains n’ont pas déporté de peuples et ils n’auraient pas pu le faire même s’ils l’avaient voulu. Ils n’avaient ni trains ni camions pour déporter des populations entières. Pareille logistique n’a pas existé avant le 20e siècle. C’est de là, en fait, qu’est parti tout le livre : de la compréhension que la société judéenne n’a été ni dispersée ni exilée. »


Si le peuple n’a pas été exilé, vous affirmez en fait que les véritables descendants des habitants du royaume de Judée sont les Palestiniens.


« Aucune population n’est restée pure tout au long d’une période de milliers d’années. Mais les chances que les Palestiniens soient des descendants de l’ancien peuple de Judée sont beaucoup plus élevées que les chances que vous et moi en soyons. Les premiers sionistes, jusqu’à l’insurrection arabe, savaient qu’il n’y avait pas eu d’exil et que les Palestiniens étaient les descendants des habitants du pays. Ils savaient que des paysans ne s’en vont pas tant qu’on ne les chasse pas. Même Yitzhak Ben Zvi, le second président de l’Etat d’Israël, a écrit en 1929, que “la grande majorité des fellahs ne tirent pas leur origine des envahisseurs arabes, mais d’avant cela, des fellahs juifs qui étaient la majorité constitutive du pays”. »


Et comment des millions de Juifs sont-ils apparu tout autour de la Méditerranée ?


« Le peuple ne s’est pas disséminé, c’est la religion juive qui s’est propagée. Le judaïsme était une religion prosélyte. Contrairement à une opinion répandue, il y avait dans le judaïsme ancien une grande soif de convertir. Les Hasmonéens furent les premiers à commencer à créer une foule de Juifs par conversions massives, sous l’influence de l’hellénisme. Ce sont les conversions, depuis la révolte des Hasmonéens jusqu’à celle de Bar Kochba, qui ont préparé le terrain à la diffusion massive, plus tard, du christianisme. Après le triomphe du christianisme au 4e siècle, le mouvement de conversion a été stoppé dans le monde chrétien et il y a eu une chute brutale du nombre de Juifs. On peut supposer que beaucoup de Juifs apparus autour de la mer Méditerranée sont devenus chrétiens. Mais alors, le judaïsme commence à diffuser vers d’autres régions païennes - par exemple, vers le Yémen et le Nord de l’Afrique. Si le judaïsme n’avait pas filé de l’avant à ce moment-là, et continué à convertir dans le monde païen, nous serions restés une religion totalement marginale, si même nous avions survécu. »


Comment en êtes-vous arrivé à la conclusion que les Juifs d’Afrique du Nord descendent de Berbères convertis ?


« Je me suis demandé comment des communautés juives aussi importantes avaient pu apparaître en Espagne. J’ai alors vu que Tariq Ibn-Ziyad, commandant suprême des musulmans qui envahirent l’Espagne, était berbère et que la majorité de ses soldats étaient des Berbères. Le royaume berbère juif de Dahia Al-Kahina n’avait été vaincu que 15 ans plus tôt. Et il y a, en réalité, plusieurs sources chrétiennes qui déclarent que beaucoup parmi les envahisseurs d’Espagne étaient des convertis au judaïsme. La source profonde de la grande communauté juive d’Espagne, c’étaient ces soldats berbères convertis au judaïsme. »


Aux dires de Sand, l’apport démographique le plus décisif à la population juive dans le monde s’est produit à la suite de la conversion du royaume khazar - vaste empire établi au Moyen-âge dans les steppes bordant la Volga et qui, au plus fort de son pouvoir, dominait depuis la Géorgie actuelle jusqu’à Kiev. Au 8e siècle, les rois khazars ont adopté la religion juive et ont fait de l’hébreu la langue écrite dans le royaume. A partir du 10e siècle, le royaume s’est affaibli et au 13e siècle, il a été totalement vaincu par des envahisseurs mongols et le sort de ses habitants juifs se perd alors dans les brumes.


Shlomo Sand revisite l’hypothèse, déjà avancée par des historiens du 19e et du 20e siècles, selon laquelle les Khazars convertis au judaïsme seraient l’origine principale des communautés juives d’Europe de l’Est. « Au début du 20e siècle, il y a une forte concentration de Juifs en Europe de l’Est : trois millions de Juifs, rien qu’en Pologne », dit-il ; « l’historiographie sioniste prétend qu’ils tirent leur origine de la communauté juive, plus ancienne, d’Allemagne, mais cette historiographie ne parvient pas à expliquer comment le peu de Juifs venus d’Europe occidentale - de Mayence et de Worms - a pu fonder le peuple yiddish d’Europe de l’Est. Les Juifs d’Europe de l’Est sont un mélange de Khazars et de Slaves repoussés vers l’Ouest. »


Si les Juifs d’Europe de l’Est ne sont pas venus d’Allemagne, pourquoi parlaient-ils le yiddish, qui est une langue germanique ?


« Les Juifs formaient, à l’Est, une couche sociale dépendante de la bourgeoisie allemande et c’est comme ça qu’ils ont adopté des mots allemands. Je m’appuie ici sur les recherches du linguiste Paul Wechsler, de l’Université de Tel Aviv, qui a démontré qu’il n’y avait pas de lien étymologique entre la langue juive allemande du Moyen-âge et le yiddish. Le Ribal (Rabbi Yitzhak Bar Levinson) disait déjà en 1828 que l’ancienne langue des Juifs n’était pas le yiddish. Même Ben Tzion Dinour, père de l’historiographie israélienne, ne craignait pas encore de décrire les Khazars comme l’origine des Juifs d’Europe de l’Est et peignait la Khazarie comme la “mère des communautés de l’Exil” en Europe de l’Est. Mais depuis environ 1967, celui qui parle des Khazars comme des pères des Juifs d’Europe de l’Est est considéré comme bizarre et comme un doux rêveur. »


Pourquoi, selon vous, l’idée d’une origine khazar est-elle si menaçante ?


« Il est clair que la crainte est de voir contester le droit historique sur cette terre. Révéler que les Juifs ne viennent pas de Judée paraît réduire la légitimité de notre présence ici. Depuis le début de la période de décolonisation, les colons ne peuvent plus dire simplement : “Nous sommes venus, nous avons vaincu et maintenant nous sommes ici” - comme l’ont dit les Américains, les Blancs en Afrique du Sud et les Australiens. Il y a une peur très profonde que ne soit remis en cause notre droit à l’existence. »


Cette crainte n’est-elle pas fondée ?


« Non. Je ne pense pas que le mythe historique de l’exil et de l’errance soit la source de ma légitimité à être ici. Dès lors, cela m’est égal de penser que je suis d’origine khazar. Je ne crains pas cet ébranlement de notre existence, parce que je pense que le caractère de l’Etat d’Israël menace beaucoup plus gravement son existence. Ce qui pourra fonder notre existence ici, ce ne sont pas des droits historiques mythologiques mais le fait que nous commencerons à établir ici une société ouverte, une société de l’ensemble des citoyens israéliens. »


En fait, vous affirmez qu’il n’y a pas de peuple juif.


« Je ne reconnais pas de peuple juif international. Je reconnais un “peuple yiddish” qui existait en Europe de l’Est, qui n’est certes pas une nation mais où il est possible de voir une civilisation yiddish avec une culture populaire moderne. Je pense que le nationalisme juif s’est épanoui sur le terreau de ce “peuple yiddish”. Je reconnais également l’existence d’une nation israélienne, et je ne lui conteste pas son droit à la souveraineté. Mais le sionisme, ainsi que le nationalisme arabe au fil des années, ne sont pas prêts à le reconnaître.


« Du point de vue du sionisme, cet Etat n’appartient pas à ses citoyens, mais au peuple juif. Je reconnais une définition de la Nation : un groupe humain qui veut vivre de manière souveraine. Mais la majorité des Juifs dans le monde ne souhaite pas vivre dans l’Etat d’Israël, en dépit du fait que rien ne les en empêche. Donc, il n’y a pas lieu de voir en eux une nation. »


Qu’y a-t-il de si dangereux dans le fait que les Juifs s’imaginent appartenir à un seul peuple ? Pourquoi serait-ce mal en soi ?


« Dans le discours israélien sur les racines, il y a une dose de perversion. C’est un discours ethnocentrique, biologique, génétique. Mais Israël n’a pas d’existence comme Etat juif : si Israël ne se développe pas et ne se transforme pas en société ouverte, multiculturelle, nous aurons un Kosovo en Galilée. La conscience d’un droit sur ce lieu doit être beaucoup plus souple et variée, et si j’ai contribué avec ce livre à ce que moi-même et mes enfants puissions vivre ici avec les autres, dans cet Etat, dans une situation plus égalitaire, j’aurai fait ma part.


« Nous devons commencer à œuvrer durement pour transformer ce lieu qui est le nôtre en une république israélienne, où ni l’origine ethnique, ni la croyance n’auront de pertinence au regard de la Loi. Celui qui connaît les jeunes élites parmi les Arabes d’Israël, peut voir qu’ils ne seront pas d’accord de vivre dans un Etat qui proclame n’être pas le leur. Si j’étais Palestinien, je me rebellerais contre un tel Etat, mais c’est aussi comme Israélien que je me rebelle contre cet Etat. »


La question est de savoir si, pour arriver à ces conclusions-là, il était nécessaire de remonter jusqu’au royaume des Khazars et jusqu’au royaume Himyarite.


« Je ne cache pas que j’éprouve un grand trouble à vivre dans une société dont les principes nationaux qui la dirigent sont dangereux, et que ce trouble m’a servi de moteur dans mon travail. Je suis citoyen de ce pays, mais je suis aussi historien, et en tant qu’historien, j’ai une obligation d’écrire de l’Histoire et d’examiner les textes. C’est ce que j’ai fait. »


Si le mythe du sionisme est celui du peuple juif revenu d’exil sur sa terre, que sera le mythe de l’Etat que vous imaginez ?


« Un mythe d’avenir est préférable selon moi à des mythologies du passé et du repli sur soi. Chez les Américains, et aujourd’hui chez les Européens aussi, ce qui justifie l’existence d’une nation, c’est la promesse d’une société ouverte, avancée et opulente. Les matériaux israéliens existent, mais il faut leur ajouter, par exemple, des fêtes rassemblant tous les Israéliens. Réduire quelque peu les jours de commémoration et ajouter des journées consacrées à l’avenir. Mais même aussi, par exemple, ajouter une heure pour commémorer la “Nakba”, entre le Jour du Souvenir et la Journée de l’Indépendance. »


Note :


Shlomo Sand est né en 1946 à Linz (Autriche) et a vécu les deux premières années de sa vie dans les camps de réfugiés juifs en Allemagne. En 1948, ses parents émigrent en Israël, où il a grandi. Il finit ses études supérieures en histoire, entamées à l’université de Tel-Aviv, à l’École des hautes études en sciences sociales, à Paris. Depuis 1985, il enseigne l’histoire de l’Europe contemporaine à l’université de Tel-Aviv. Il a notamment publié en français : « L’Illusion du politique. Georges Sorel et le débat intellectuel 1900 » (La Découverte, 1984), « Georges Sorel en son temps », avec J. Julliard (Seuil, 1985), « Le XXe siècle à l’écran » (Seuil, 2004). « Les mots et la terre. Les intellectuels en Israël » (Fayard, 2006)


Source : Ofri Ilani, Haaretz, 21 mars 2008, traduit de l’hébreu par Michel Ghys pour Protection Palestine


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29 mai 2008 4 29 /05 /mai /2008 20:52

Carter demande à une Europe ‘couchée’ de rompre avec les Etats Unis sur le blocus de Gaza

 

L’ex-président dit que l’UE est complice dans un crime contre les droits de l’Homme

 

Jonathan Steele et Jonathan Freeland

The Guardian

Lundi 26 mai 2008

 

La Grande Bretagne et les autres gouvernements européens devraient s’écarter des Etats-Unis sur le blocus du Gaza, a déclaré hier au Gardian le précédent président US Jimmy Carter. Carter en visitant la ville de Hay située aux frontières avec le pays de Galles, pour e rendre au festival littéraire du Gardian, a décrit la position européenne sur le conflit israélo-palestinienne comme étant « couchée », et son échec à critiquer le blocus israélien de gaza comme « embarrassant ».

 

En commentant la possibilité de l'Europe de rompre avec les États-Unis dans une interview avec le Guardian, il a dit: « Pourquoi pas ? Ils ne sont pas nos vassaux. Ils occupent une position égale avec les Etats-Unis ».

 

Le blocus de Gaza dominée par le Hamas, imposé par les États-Unis, l’UE, l’ONU et la Russie - ce qu'on appelle le Quartet - après la victoire électorale du Hamas en 2006, était « l’un des plus grands crimes contre l'humanité sur Terre », car il impliquait « l’emprisonnement de 1,6 millions de personnes, dont un million de réfugiés ». « La plupart des familles à Gaza mangent un seul repas par jour. De voir les Européens approuver cela, c’est embarrassant », a dit Carter.

 

Il a demandé à l’UE de reconsidérer sa position si le Hamas accepte un cessez-le-feu à Gaza. « « Que les Européens lèvent l’embargo, et qu’ils disent qu’ils vont protéger les droits des Palestiniens à Gaza, et qu’ils envoient même des observateurs au passage de Rafah [le passage de Gaza pour l’Egypte] pour garantir que les Palestiniens ne vont pas le forcer ».

 

Bien que 27 ans se soient écoulés depuis qu'il a quitté la Maison-Blanche , Carter a récemment rencontré les dirigeants du Hamas à Damas. Il a déclaré une percée en convaincant l'organisation d'offrir un cessez-le-feu à Gaza et un arrêt des tirs des roquettes palestiniennes sur Israël, si Israël cesse ces attaques aériennes et terrestres dans le territoire.

 

Carter a décrit l’autocensure des gouvernements occidentaux de parler au Hamas comme irréaliste et a déclaré que tout le monde savait qu’Israël négociait avec l'organisation via un médiateur égyptien, Omar Suleiman. C’est Suleiman a proposé l’offre du cessez-le-feu du Hamas à Jérusalem la semaine dernière.

 

Israël hésitait encore à accepter le cessez-le-feu, a confirmé Carter hier. « J'ai parlé à M. Suleiman avant-hier. J'espère que les Israéliens vont accepter », a-t-il dit.


Tout en restant scrupuleusement poli vis-à-vis du Président de l'Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, et du premier ministre, Salam Fayyad, qui représentent le mouvement Fatah, il a été sévère au sujet de leur exclusion du Hamas. Il a décrit le gouvernement du seul Fatah comme un « subterfuge » visant à contourner la victoire électorale du Hamas il ya deux ans. « Le principal sondeur d’opinions à Ramallah m'a dit l'autre jour que l’opinion publique en Cisjordanie est en train de changer pour le Hamas, parce que les gens croient le Fatah a capitulé devant Israël et les Etats-Unis », a-t-il dit.

 

Carter a déclaré que la politique du Quartet de ne pas parler au Hamas, tant qu’il n’a pas reconnu Israël, et satisfait à deux autres conditions, a été dessinée par Elliot Abrams, un fonctionnaire du conseil national de sécurité à la Maison Blanche. Il a appelé Abrams « un supporter très militant en faveur d'Israël ». L'ex-président dont son « Centre Carter pour la surveillance des élections » venait de certifier la victoire électorale du Hamas comme libre et équitable, s’était adressé au Quartet durant 12 minutes à sa session de Londres en 2006. Il l'a invité à parler au Hamas, qui venait de proposer de constituer un gouvernement d'unité avec le Fatah, les perdants.

 

« Le document final du Quartet a été rédigé à l'avance à Washington, et pas une ligne n’a été changée », a-t-il dit.

 
Auparavant, Carter a déclaré à Sky News qu’Hillary Clinton devrait abandonner son combat pour devenir le candidat démocratique à la présidence après le dernier tour des primaires au début du mois de Juin. À l'instar de nombreux super-délégués, il doit encore déclarer son soutien soit à Clinton soit à Barack Obama, mais il a suggéré que l'issue de la course était à prévoir. « Je pense que beaucoup d'entre nous, les super-délégués, vont prendre une décision ... assez rapidement, après les dernières primaires du 3 juin », a-t-il déclaré. « Je pense qu’à ce moment-là, il sera temps pour elle d'abandonner ».

 

Hier soir, devant une foule dense à Hay, Carter a parlé de son « horreur » de l’implication de l'Amérique (comme d’habitude, on réduit l’Amérique aux Etats-Unis, Ndt) dans la torture des prisonniers, en déclarant qu'il voulait que le prochain président des Etats-Unis s’engage de ne plus jamais le refaire.


Il a aussi insinué que George Bush pourrait même faire l’objet des poursuites sur des crimes de guerre une fois il quitte la Maison Blanche.

 
pressé par Philippe Sands QC à propos de la récente reconnaissance de Bush qu'il avait autorisé des procédures d'interrogation largement considérée comme s'apparentant à la torture, Carter a répondu qu'il était sûr que Bush serait en mesure de vivre une pacifique « vie productive - dans notre pays ».

 
Sands, un expert juridique international, a déclaré ensuite qu'il avait compris cela comme une « claire confirmation » que, si Bush ne devrait pas rencontrer des soucis dans son propre pays, « ce qui pourrait arriver à l'extérieur du pays est un tout autre sujet ».

 

http://www.guardian.co.uk/world/2008/may/26/israelandthepalestinians.usa1

 

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