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12 mars 2008 3 12 /03 /mars /2008 22:26
Primaires américaines: Obama
 
gagne le Mississippi, polémique
 
sur le thème du racisme
 
BILOXI (AFP)
 
 
 Barack Obama a remporté mardi dans le Mississippi sa 29e victoire sur la route de l' investiture démocrate pour la présidentielle américaine, au terme d'échanges plus aigres que jamais entre son équipe et celle de sa rivale Hillary Clinton sur le thème du racisme.
 
Barack Obama, 46 ans, le seul sénateur noir des Etats-Unis, aurait notamment remporté 91% du vote noir dans le Mississippi (sud), selon CNN. En revanche 69% des hommes blancs et 74% des femmes blanches auraient voté Clinton, selon Fox, ainsi que 56% des électeurs de 65 ans et plus, selon CNN.
 
Ce dernier sondage a également révélé la dégradation des relations entre les deux camps, les partisans de Mme Clinton affirmant à 72% qu'ils ne seraient "pas satisfaits" si M. Obama devenait le candidat du parti pour la présidentielle, alors que 55% des pro-Obama ne seraient "pas satisfaits" d'une victoire de l'ex-Première dame, selon CNN.
 
"J'ai fait attention à dire que Mme Clinton était quelqu'un de capable, et que si elle emportait l'investiture, je la soutiendrais - je ne suis pas sûr que l'équipe de campagne de Mme Clinton ait la même approche", a déclaré M. Obama, interrogé sur CNN après sa victoire.
 
Après dépouillement dans 99% des bureaux de vote, M. Obama était crédité de 61% des voix contre 37% à Mme Clinton.
 
La primaire du Mississippi, devant permettre de répartir 33 délégués à la proportionnelle, s'est déroulée en parallèle avec une vive polémique sur les affirmations aux relents racistes d'une alliée de Mme Clinton.
 
"Si Obama était un homme blanc, il ne serait pas là où il est maintenant (..) et s'il était une femme (quelle que soit sa race) il ne serait pas là où il est, il se trouve qu'il a beaucoup de chance d'être qui il est", a dit à un journal californien Geraldine Ferraro, une ancienne candidate à la vice-présidence des Etats-Unis qui appartient aujourd'hui à l'équipe des financiers de Mme Clinton.
 
Mme Clinton, 60 ans, s'est contentée d'indiquer qu'elle n'était "pas d'accord" avec Mme Ferraro, tandis que sa directrice de campagne Maggie Williams voyait dans l'indignation de l'équipe de M. Obama des "attaques fausses, personnelles et politiquement calculées à la veille d'une primaire".
 
M. Obama estimé, dans un entretien au journal Morning Call d'Allentown (Pennsylvanie, est) qu'il ne croyait "pas que les commentaires de Mme Ferraro aient leur place en politique ni dans le parti démocrate".
 
"Quiconque connaît l'histoire de ce pays sait qu'ils sont de toute évidence absurdes", a ajouté M. Obama, le seul Noir à siéger au Sénat.
 
Mme Clinton pour sa part a jugé "dommage que nos partisans de part et d'autre disent des choses qui s'égarent sur les questions de personne, (alors que) nous devrions continuer à nous concentrer sur les thèmes" de campagne.
 
Le stratège de Barack Obama, David Axelrod, a demandé que Mme Ferraro soit relevée de ses fonctions dans l'équipe Clinton, et souligné que "quand vous faites des clins d'oeil et des hochements de tête devant des déclarations insultantes, c'est un signal indiquant que tout est permis".
 
M. Axelrod a souligné en outre que la remarque de Mme Ferraro faisait suite à plusieurs incidents ayant déjà donné prise à des soupçons de racisme dans l'entourage de l'ex-Première dame.
 
M. Obama compte désormais 29 victoires contre 15 pour Mme Clinton, relancée par une triple victoire électorale la semaine dernière.
 
Il possède après sa victoire dans le Mississippi, le soutien de 1.606 délégués à la convention du parti démocrate, officiellement chargée de désigner un candidat en août à Denver (Colorado, ouest). Mme Clinton en compte 1.484, selon le site indépendant RealClearPolitics. Il faut réunir le soutien de 2.025 délégués pour s'assurer l'investiture.
 
La prochaine grande étape de la course sera disputée le 22 avril en Pennsylvanie (158 délégués).
 
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11 mars 2008 2 11 /03 /mars /2008 22:39
L'amiral William Fallon,
 
commmandant US en Irak et
 
Afghanistan, démissionne
 
WASHINGTON (AFP) 
 L'amiral William Fallon, le commandant en charge des deux guerres menées par les Etats-Unis en Irak et en Afghanistan, a démissionné mardi après avoir été décrit dans un article de presse comme un farouche opposant à la politique du président George W. Bush vis-à-vis de l'Iran.

Le secrétaire à la Défense Robert Gates a annoncé avoir accepté cette démission "avec réticence et regret", lors d'une conférence de presse surprise au Pentagone.

 
La démission de l'amiral Fallon intervient quelques jours après la parution d'un article dans le magazine Esquire, affirmant qu'il était en désaccord avec les positions belligérantes de l'administration Bush sur l'Iran.
 
Dans un communiqué séparé, l'amiral Fallon justifie son départ en soulignant que "de récents articles de presse suggérant une différence entre mes opinions et les objectifs de la politique menée par le président ont provoqué de la distraction à un moment critique, et ont freiné les efforts du commandement dans la région".
 
"Je pense qu'il s'agit d'une fausse perception", a commenté M. Gates. "Je ne crois pas qu'il y ait de différences significatives entre ses vues et celles de l'administration".
 
Interrogé sur l'affirmation d'Esquire selon laquelle un départ de Fallon signifierait que Washington se prépare à déclarer la guerre à l'Iran, M. Gates a rétorqué: "c'est tout simplement ridicule".
 
L'amiral Fallon, qui quitte les forces armées américaines après 42 ans de service, "sera difficile à remplacer, il est extrêmement talentueux et possède une vision stratégique rare", a-t-il jugé, mais le bruit que provoque cette affaire "justifie cette décision", qu'il a prise "de lui-même".
 
L'amiral Fallon sera remplacé à partir du 31 mars par le général Martin Dempsey, vice-commandant des opérations militaires au Moyen-Orient.
 
Dans un communiqué qui ne dit rien sur les raisons de la démission de l'amiral Fallon, le président George W. Bush a également rendu hommage à un homme qui "a servi le pays avec honneur, détermination et dévouement" pendant 40 ans et auquel revient un "crédit considérable pour les progrès" accomplis en Irak et en Afghanistan.
 
L'article d'Esquire affirmait que l'amiral Fallon, crédité pour avoir calmé les tensions entre la Maison Blanche et l'Iran l'année dernière et dépeint comme un "homme entre guerre et paix", pourrait être relevé de ses fonctions "peut-être dès cet été, en faveur d'un commandant considéré par la Maison Blanche comme plus flexible".
 
Le chef de la majorité démocrate au Sénat, Harry Reid, a estimé dans un communiqué que la démission de l'amiral Fallon "constitue un nouvel exemple du fait que l'indépendance des experts et l'expression franche et ouverte de leurs opinions ne sont pas bien vues par cette administration".
 
"C'est aussi un signe que l'administration est aveugle face au coût croissant et aux conséquences de la guerre en Irak", selon lui.
 
Interrogé par l'AFP sur le fait de savoir si cette démission risquait d'interrompre le processus d'évaluation de la situation en Irak, M. Gates a répondu que ce ne serait pas le cas.
 
Cette évaluation, qui doit être présentée d'ici quelques semaines conjointement par le général Petraeus, plus haut gradé américain en Irak, le commandement central américain (Centcom) et l'état-major intermarmées, "sera faite avant qu'il ne parte et elle représentera son point de vue", a indiqué le ministre de la Défense.
 
Le témoignage du général Petraeus est attendu devant le Congrès les 8 et 9 avril.
 
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10 mars 2008 1 10 /03 /mars /2008 22:32
Michel Warschawski appelle au blocus d’Israël

Michel Warschawski, écrivain et militant israélien anticolonialiste annonce qu’il ne participera pas à Paris au Salon du Livre qui honore cette année Israël. Il indique qu’il renonce en effet à faire partie d’un "forum alternatif" à l’intérieur de ce Salon, inauguré par Shimon Peres et Sarkozy. Il fait savoir qu’il participera en revanche à d’autres événements prévus pour apporter la contestation à l’extérieur du Salon. Ci-dessous son appel à un "blocus d’Israël, aussi longtemps que celui de Gaza n’aura pas été levé" et à une "solidarité totale avec la résistance de Gaza".

"Plus de 100 Gazaouis ont été massacrés par les tirs et les bombardements israéliens au cours de ces derniers jours et la liste s’allonge d’heure en heure. A côté de cette équipe d’assassins, Olmert-Barak, Ariel Sharon apparaît comme un disciple du mahatma Gandhi : le massacre de Jénine qui a provoqué une immense indignation internationale en 2002 a fait moins de victimes proportionnellement que l’agression en cours contre Gaza. Et pourtant, la réaction de la communauté internationale est bien plus modérée que celle d’il y a 6 ans.

Pourquoi ?

Cette question devrait être au cœur de la réflexion du mouvement international de solidarité et, plus généralement, de la résistance mondiale.

Car les crimes de guerre israéliens n’ont pu être possibles, dans ces six à sept dernières années, que parce que la communauté internationale a cessé d’exercer toute pression sur le gouvernement israélien ; en fait, elle le soutient. Cela n’a pas été toujours le cas, au moins avec la plupart des Etats européens qui s’opposent à la stratégie de « la guerre préventive globale permanente » de l’administration néo-conservatrice américaine et qui défendent une stratégie de stabilité mondiale au lieu de la politique de chaos mondial de Bush et de sa bande.

La montée du néo-conservatisme (le président français Nicolas Sarkozy est un exemple de ce phénomène) est un nouveau défi posé au mouvement de solidarité, et plus généralement, au mouvement anti-mondialisation, à travers le monde : la stratégie de la guerre globale n’est plus le monopole de l’administration US (soutenue par quelques autres pays, telle la Grande-Bretagne), mais de la « communauté internationale » en tant que telle.

Il s’agit, sans aucun doute, d’une évolution que la Résistance mondiale devrait prendre en considération très sérieusement : il y a une guerre mondiale et tout le monde maintenant en fait partie. Pour faire front à une « communauté internationale » alignée sur la guerre globale de Washington, un mouvement anti-guerre international est devenu une priorité urgente.

Qu’est-ce que cela a à voir avec la bande de Gaza ? Simplement qu’aujourd’hui, Gaza est la ligne de front de la résistance à cette offensive. Si Gaza capitule, Washington et Tel Aviv auront la voie libre pour lancer un second round contre le Liban et pour attaquer l’Iran. Ils savent parfaitement que la bande de Gaza, le Liban, la Syrie, l’Iraq et l’Afghanistan sont différentes batailles d’une seule et même guerre, et ils concentrent leurs forces afin d’obtenir la capitulation de la bande de Gaza, de son peuple et de sa direction élue.

Cette analyse devrait être intégrée par le mouvement mondial et lui permettre d’arriver à cette conclusion : les Palestiniens de Gaza se battent en ce moment non seulement pour leurs propres droits et dignité, mais pour la liberté de tous les peuples du monde ; ils résistent aux dirigeants unis de l’Empire, à ces dirigeants et à leurs tentatives de faire des peuples de notre planète leurs esclaves, y compris les peuples travaillant dans les métropoles industrialisées.

Nul dans notre camp, celui de la résistance du monde entier à l’Empire, nul n’y a le droit de fuir son devoir de solidarité totale avec la résistance de Gaza, sous le prétexte de détester la direction que le peuple palestinien de Gaza a choisie. La même règle devrait s’appliquer à l’égard du peuple d’Iran.

Au cœur de la campagne de solidarité avec Gaza, il nous faut appeler au blocus d’Israël aussi longtemps que celui de Gaza n’aura pas été levé. C’est le boycott économique, politique et culturel d’un Etat qui s’est mis lui-même, par ses crimes de guerre, en dehors du monde civilisé : jusqu’à ce que les agressions sanglantes contre Gaza cessent et que le siège soit levé, le devoir des honnêtes gens est de dire, haut et clair : « Pas de relation avec l’Etat criminel d’Israël ! »

Michel Warschawski

Source
http://www.info-palestine.net


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10 mars 2008 1 10 /03 /mars /2008 22:23


   RASSEMBLEMENT LE JEUDI 13 MARS

  (Boycott d’Israël au Salon du Livre)

  19 HEURES METRO PORTE DE VERSAILLES A PARIS
 
 
1948-2008 - 60 ans de résistance contre Israël
  Jusqu’au retour de tous les réfugiés

  Le 29 novembre 1947, l’ONU partage la terre de Palestine sans consulter ses
habitants pour la livrer aux colons sionistes qui déclarent la création de
l’Etat colonial – Israël le 14 mai 1948 après avoir déplacé, expulsé et dispersé
à travers le monde près de 900.000 Palestiniens (avant et après le 14 mai),
assassiné 15.000 Palestiniens et rasé des centaines de villages avant le 14 mai.
Depuis, Israël continue son plan de colonisation de la Palestine historique par
le nettoyage ethnique des Palestiniens, par la construction du mur et de
nouvelles colonies sur les terres occupées en 1948 et en 1967. Aujourd’hui, les
10 millions de Palestiniens (Palestine historique, Liban, Jordanie, Syrie, et
ailleurs dans le monde), dont 6,5 millions de réfugiés, continuent de résister,
de revendiquer leurs droits nationaux et historiques sur leur terre, la
Palestine. Hier comme aujourd’hui les impérialistes étatsuniens, britanniques,
français et les régimes réactionnaires de la région
dont l’Arabie Saoudite, l’Egypte, la Jordanie et la Turquie, s’emploient à la
destruction de la cause palestinienne et de sa résistance en attisant des
conflits internes avec l’aide de collaborateurs palestiniens.

  Depuis les élections législatives de janvier 2006, la population de la bande
de Gaza est soumise à un blocus international visant à lui imposer de renoncer à
la résistance. Les massacres de ces derniers jours ne font que poursuivre le
nettoyage ethnique et la tentative d’éradication du peuple palestinien.

  Nous soutenons la cause palestinienne, symbole de la lutte des peuples pour
leur souveraineté et leur autodétermination contre l’impérialisme et ses alliés.

  Mobilisons-nous pour :

  ·         Soutenir la résistance du peuple palestinien jusqu’à la libération
de l’ensemble de la Palestine, le droit au retour dans leurs foyers d’origine de
tous les expulsés depuis 1948 et l’abolition du système colonial et raciste de
l’Etat d’Israël.
  ·         Nous opposer à la collaboration du gouvernement français avec l’Etat
colonial d’Israël à tous les niveaux.


 
Campagne60palestine@yahoo.fr

Signataires de l’appel de la Campagne Palestine, 1948 - 2008, 60 ans de
résistance : Association des Palestiniens en France, Comité palestinien pour le
droit au retour section France, Collectif pour la libération de Georges Ibrahim
Abdallah, Nanterre Palestine, ISM France, Mouvement justice pour la Palestine,
Joie des Enfants des Camps, Niort-pour-la-Palestine, Abnah Philistine,
Contre-Informations, Groupe CRI, Ijtihad, Comité Saint-ouen Solidarité Palestine



Visiter notre site:
http://www.enfantsdepalestine.org
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10 mars 2008 1 10 /03 /mars /2008 22:02
Centre d'Accueil de la Presse Étrangère
Maison de Radio France - 116, avenue du Président Kennedy -  75220 Paris cedex 16
Tél +33 1 56 40 15 15 - Fax +33 1 56 40 50 19 - www.capefrance. com
INVITATION PRESSE
 
 
 
 
            A l’invitation de l’Association de la Presse Panafricaine, APPA
 
            L ENLEVEMENT DES LEADERS DE L OPPOSITION
            DEMOCRATIQUE TCHADIENNE
 

Conférence de presse de



M. Ngarlejy Yorongar

Député, Coordinateur exécutif du parti Fédéraliste

Président de la Fondation pour le respect des lois et des libertés 
 
                 Porté disparu après l'attaque rebelle sur N’Djamena du 3 février 2008,
                 l'opposant Ngarlejy  Yorongar a réapparu au Cameroun il y a quelques
                 jours avant d'arriver à Paris jeudi dernier.  Il dit être en mauvaise santé
                et craindre que l'autre opposant enlevé, Ibni Oumar Mahamat Saleh,
                dont on reste sans nouvelles, ne soit mort.
 
AU CAPE, LE MARDI 11 MARS 2008 A 10H30
Merci de confirmer votre présence
   
 Contact APPA: Louis Keumayou
Tél.: 06 14 56 04 86
mailto:lmkeumayou@ yahoo.fr
 
Contact CAPE: Tél.: 01 56 40 50 11 et contact@capefrance. com
 
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9 mars 2008 7 09 /03 /mars /2008 20:59

Françafrique : à quand la rupture ?

 

  Les associations de la Plateforme citoyenne France Afrique, Grégoire Naudet, chargé de projet Afrique au Secours Catholique Caritas France, Olivier Thimonier, secrétaire général de Survie, Jean Merckaert, chargé de mission financement du développement au Comité Catholique contre la Faim et pour le Développement  

 

 

Au Tchad, la France vient encore de manquer une occasion d’entamer la rupture promise 

avec la Françafrique. Le «soutien sans faille» apporté par Paris a surtout encouragé Idriss 

Déby à bâillonner durablement l’opposition et à saboter le fragile processus de dialogue
 
démocratique. Nicolas Sarkozy saura-t-il tirer les leçons de ce nouvel échec pour amorcer 

entre la France et l’Afrique «une relation nouvelle, assainie, décomplexée, équilibrée, 

débarrassée des scories du passé»,
comme il l’a promis en mai 2006 à Cotonou (Bénin) ? 

Son deuxième voyage au sud du Sahara lui en offre une opportunité. 

La dernière, sans doute.
 
Car, seulement neuf mois après l’élection présidentielle, la liste des compromissions avec «les dictatures, les pays dirigés par des régimes corrompus», que l’UMP s’est pourtant engagée à ne plus soutenir, est déjà longue. Les quelques avancées sur le plan judiciaire, dans l’affaire du juge Borrel assassiné à Djibouti et dans celle des présumés génocidaires rwandais présents sur le territoire français, ne peuvent compenser le mépris affiché à Dakar, en juillet 2007, envers «l’homme africain», à qui jamais il ne viendrait «à l’idée de sortir de la répétition pour s’inventer un destin». Les honneurs réservés aux Bongo, Kadhafi, Sassou-Nguesso, Biya et consorts en disent long sur la promesse de «refonder la politique africaine de la France sur des relations transparentes et officielles entre pays démocratiques». Que dire de l’impunité dont jouissent ces dirigeants sur le sol français, après le classement sans suite d’une enquête pour recel qui démontrait pourtant l’origine douteuse du patrimoine colossal de plusieurs d’entre eux ? Las ! la justice et le sort des populations africaines semblent ne pas peser bien lourd face à l’épouvantail de la concurrence chinoise et américaine agité par Paris et au poids démesuré des intérêts économiques de groupes comme Bolloré, Total ou Areva dans la diplomatie élyséenne.
 
Englué dans ce qu’il qualifiait naguère de «réseaux d’un autre temps», Nicolas Sarkozy est aussi de plus en plus isolé. Car l’opinion publique est lasse que la France piétine en Afrique les valeurs qu’elle prétend incarner. La nécessité d’une réforme profonde de ces relations est aujourd’hui comprise et voulue par de plus en plus de conseillers politiques ministériels, de fonctionnaires du Trésor, de diplomates, sans oublier les députés membres de la mission d’information parlementaire sur les relations franco-africaines, créée en septembre dernier. En janvier, Jean-Marie Bockel lui-même exhortait le chef de l’Etat à «aller plus loin dans la démarche de rupture» avec la Françafrique. En somme, les conditions de cette «rupture» semblent réunies. L’Elysée saura-t-il en profiter ?
 
En publiant un Livre blanc pour une politique de la France en Afrique responsable et transparente, les associations de la Plateforme citoyenne France-Afrique ont souhaité apporter des analyses et des propositions concrètes au débat. Lassées des discours incantatoires, elles attendent du président de la République des actes forts :
 
- mettre fin au domaine réservé que s’est arrogé l’Elysée dans les relations franco-africaines, en permettant un contrôle parlementaire effectif, notamment sur les accords de défense et de coopération militaire signés avec les Etats africains ;
 
- rompre effectivement avec les dictatures, diplomatiquement mais aussi symboliquement, par la saisie de leurs biens et avoirs mal acquis en France ;
 
- cesser de recourir à l’argumentaire de la stabilité politique et de l’absence d’alternative, en soutenant massivement les processus démocratiques associant l’ensemble des forces politiques et de société civile ;
 
- en cas d’intervention militaire, obtenir ex ante un mandat clair d’une instance multilatérale, mais aussi du Parlement français, à l’image de ce que fait l’Allemagne ;
 
- européaniser la politique française en Afrique et conditionner la coopération au renforcement démocratique, dans l’esprit des accords de Cotonou ;
 
- annuler les dettes africaines dites «odieuses», qui résultent d’un soutien passé de la France à des régimes dictatoriaux et dont la population n’a jamais bénéficié ;
 
- obtenir des entreprises françaises la publication détaillée de ce qu’elles versent aux gouvernements africains et promouvoir expressément l’adhésion des pays africains à l’initiative de transparence des industries extractives.
 
Il y a un an, plusieurs centaines d’associations et syndicats africains écrivaient au candidat Sarkozy : «Vous avez une occasion historique d’engager votre pays dans un nouveau contrat de génération avec les peuples de nos pays.» Il serait temps de la saisir.


http://www.liberation.fr/rebonds/312345.FR.php
 
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9 mars 2008 7 09 /03 /mars /2008 20:48
Réfugiés de la faim
 
La nuit était noire, sans lune. Le vent soufflait à plus de 100 kilomètres à l’heure. Il faisait se lever des vagues de plus de 10 mètres qui, avec un fracas effroyable, s’abattaient sur la frêle embarcation de bois. Celle-ci était partie d’une crique de la côte de Mauritanie, dix jours auparavant, avec à son bord 101 réfugiés africains de la faim. Par un miracle inespéré, la tempête jeta la barque sur un récif de la plage d’El Medano, dans une petite île de l’archipel des Canaries. Au fond de la barque, les gardes civils espagnols trouvèrent les cadavres de trois adolescents et d’une femme, morts de faim et de soif.
 
 
La même nuit, quelques kilomètres plus loin sur la plage d’El Hierro, un autre rafiot s’échoua : à son bord, 60 hommes, 17 enfants et 7 femmes, spectres titubants à la limite de l’agonie (1).
 
A la même époque encore, mais en Méditerranée cette fois-ci, un autre drame se joue : à 150 kilomètres au sud de Malte, un avion d’observation de l’organisation Frontex repère un Zodiac surchargé de 53 passagers qui - probablement par suite d’une panne de moteur - dérive sur les flots agités. A bord du zodiac, les caméras de l’avion identifient des enfants en bas âge et des femmes. Revenu à sa base, à La Valette, le pilote en informe les autorités maltaises, qui refusent d’agir, prétextant que les naufragés dérivent dans la « zone de recherche et de secours libyenne ». La déléguée du Haut Commissariat des réfugiés des Nations unies Laura Boldini intervient, demandant aux Maltais de dépêcher un bateau de secours. Rien n’y fait. L’Europe ne bouge pas. On perd toute trace des naufragés.
 
Quelques semaines auparavant, une embarcation où se pressaient une centaine de réfugiés africains de la faim, tentant de gagner les Canaries, avait sombré dans les flots au large du Sénégal. Il y eut deux survivants (2).
 
Des milliers d’Africains, y compris des femmes et des enfants, campent devant les clôtures des enclaves espagnoles de Melilla et de Ceuta, dans le Rif aride. Sur injonction des commissaires de Bruxelles, les policiers marocains refoulent les Africains dans le Sahara (3). Sans provisions ni eau. Des centaines, peut-être des milliers d’entre eux périssent dans les rochers et les sables du désert (4).
 
Combien de jeunes Africains quittent leur pays au péril de leur vie pour tenter de gagner l’Europe ? On estime que, chaque année, quelque 2 millions de personnes essaient d’entrer illégalement sur le territoire de l’Union européenne et que, sur ce nombre, environ 2 000 périssent en Méditerranée, et autant dans les flots de l’Atlantique. Leur objectif est d’atteindre les îles Canaries à partir de la Mauritanie ou du Sénégal, ou de franchir le détroit de Gibraltar au départ du Maroc.
 
Selon le gouvernement espagnol, 47 685 migrants africains sont arrivés sur les côtes en 2006. Il faut y ajouter les 23 151 migrants qui ont débarqué sur les îles italiennes ou à Malte au départ de la Jamahiriya arabe libyenne ou de la Tunisie. D’autres essaient de gagner la Grèce en passant par la Turquie ou l’Egypte. Secrétaire général de la Fédération internationale des sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, M. Markku Niskala commente : « Cette crise est complètement passée sous silence. Non seulement personne ne vient en aide à ces gens aux abois, mais il n’y a pas d’organisation qui établisse ne serait-ce que des statistiques rendant compte de cette tragédie quotidienne (5). »
 
Pour défendre l’Europe contre ces migrants, l’Union européenne a mis sur pied une organisation militaire semi-clandestine qui porte le nom de Frontex. Cette agence gère les « frontières extérieures de l’Europe ».
 
Elle dispose de navires rapides (et armés) d’interception en haute mer, d’hélicoptères de combat, d’une flotte d’avions de surveillance munis de caméras ultrasensibles et de vision nocturne, de radars, de satellites et de moyens sophistiqués de surveillance électronique à longue distance.
 
Frontex maintient aussi sur sol africain des « camps d’accueil » où sont parqués les réfugiés de la faim, qui viennent d’Afrique centrale, orientale ou australe, du Tchad, de la République démocratique du Congo, du Burundi, du Cameroun, de l’Erythrée, du Malawi, du Zimbabwe... Souvent, ils cheminent à travers le continent durant un ou deux ans, vivant d’expédients, traversant les frontières et tentant de s’approcher progressivement d’une côte. Ils sont alors interceptés par les agents de Frontex ou leurs auxiliaires locaux qui les empêchent d’atteindre les ports de la Méditerranée ou de l’Atlantique. Vu les versements considérables en espèces opérés par Frontex aux dirigeants africains, peu d’entre eux refusent l’installation de ces camps. L’Algérie sauve l’honneur. Le président Abdelaziz Bouteflika dit : « Nous refusons ces camps. Nous ne serons pas les geôliers de nos frères. »
 
Organiser la famine et criminaliser ceux qui la fuient
 
La fuite des Africains par la mer est favorisée par une circonstance particulière : la destruction rapide des communautés de pêcheurs sur les côtes atlantique et méditerranéenne du continent. Quelques chiffres.
 
Dans le monde, 35 millions de personnes vivent directement et exclusivement de la pêche, dont 9 millions en Afrique (6). Les poissons comptent pour 23,1 % de l’apport total de protéines animales en Asie, 19 % en Afrique ; 66 % de tous les poissons consommés sont pêchés en haute mer, 77 % en eaux intérieures ; l’élevage en aquaculture de poissons représente 27 % de la production mondiale. La gestion des stocks de poissons dont les déplacements s’effectuent tant à l’intérieur qu’à l’extérieur des zones économiques nationales revêt donc une importance vitale pour l’emploi et la sécurité alimentaire des populations concernées.
 
La plupart des Etats de l’Afrique subsaharienne sont surendettés. Ils vendent leurs droits de pêche à des entreprises industrielles du Japon, d’Europe, du Canada. Les bateaux-usines de ces dernières ravagent la richesse halieutique des communautés de pêcheurs jusque dans les eaux territoriales. Utilisant des filets à maillage étroit (interdits en principe), elles opèrent fréquemment en dehors des saisons où la pêche est autorisée. La plupart des gouvernements africains signataires de ces concessions ne possèdent pas de flotte de guerre. Ils n’ont aucun moyen pour faire respecter l’accord. La piraterie est reine. Les villages côtiers se meurent.
 
Les bateaux-usines trient les poissons, les transforment en surgelés, en farine ou en conserves, et expédient du bateau aux marchés. Exemple : la Guinée-Bissau, dont la zone économique abrite un formidable patrimoine halieutique. Aujourd’hui, pour survivre, les Bissagos, vieux peuple pêcheur, sont réduits à acheter sur le marché de Bissau - au prix fort - des conserves de poisson danoises, canadiennes, portugaises.
 
Plongés dans la misère, le désespoir, désarmés face aux prédateurs, les pêcheurs ruinés vendent à bas prix leurs barques à des passeurs mafieux ou s’improvisent passeurs eux-mêmes. Construites pour la pêche côtière dans les eaux territoriales, ces barques sont généralement inaptes à la navigation en haute mer.
 
Et encore... Un peu moins d’un milliard d’êtres humains vivent en Afrique. Entre 1972 et 2002, le nombre d’Africains gravement et en permanence sous-alimentés a augmenté de 81 à 203 millions. Les raisons sont multiples. La principale est due à la politique agricole commune (PAC) de l’Union européenne.
 
Les Etats industrialisés de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) ont payé à leurs agriculteurs et éleveurs, en 2006, plus de 350 milliards de dollars au titre de subventions à la production et à l’exportation. L’Union européenne, en particulier, pratique le dumping agricole avec un cynisme sans faille. Résultat : la destruction systématique des agricultures vivrières africaines.
 
Prenons l’exemple de la Sandaga, le plus grand marché de biens de consommation courante de l’Afrique de l’Ouest. La Sandaga est un univers bruyant, coloré, odorant, merveilleux, situé au cœur de Dakar. On peut y acheter, selon les saisons, des légumes et des fruits portugais, français, espagnols, italiens, grecs, etc. - au tiers ou à la moitié du prix des produits autochtones équivalents.
 
Quelques kilomètres plus loin, sous un soleil brûlant, le paysan wolof, avec ses enfants, sa femme, travaille jusqu’à quinze heures par jour... et n’a pas la moindre chance d’acquérir un minimum vital décent.
 
Sur 52 pays africains, 37 sont des pays presque purement agricoles.
 
Peu d’êtres humains sur terre travaillent autant et dans des conditions aussi difficiles que les paysans wolof du Sénégal, bambarg du Mali, mossi du Burkina ou bashi du Kivu. La politique du dumping agricole européen détruit leur vie et celle de leurs enfants.
 
Revenons à Frontex. L’hypocrisie des commissaires de Bruxelles est détestable : d’une part, ils organisent la famine en Afrique ; de l’autre, ils criminalisent les réfugiés de la faim.
 
Aminata Traoré résume la situation : « Les moyens humains, financiers et technologiques que l’Europe des Vingt-Cinq déploie contre les flux migratoires africains sont, en fait, ceux d’une guerre en bonne et due forme entre cette puissance mondiale et de jeunes Africains ruraux et urbains sans défense, dont les droits à l’éducation, à l’information économique, au travail et à l’alimentation sont bafoués dans leurs pays d’origine sous ajustement structurel. Victimes de décisions et de choix macroéconomiques dont ils ne sont nullement responsables, ils sont chassés, traqués et humiliés lorsqu’ils tentent de chercher une issue dans l’émigration. Les morts, les blessés et les handicapés des événements sanglants de Ceuta et de Melilla, en 2005, ainsi que les milliers de corps sans vie qui échouent tous les mois sur les plages de Mauritanie, des îles Canaries, de Lampedusa ou d’ailleurs, sont autant de naufragés de l’émigration forcée et criminalisée (7). »
 
(1) Cf. El País, Madrid, 13 mai 2007 ; la nuit est celle du 11 au 12 mai.
(2) Le Courrier, Genève, 10 décembre 2006.
(3) Le 28 septembre 2005, des soldats espagnols ont tué cinq jeunes Africains qui tentaient d’escalader la clôture électrifiée entourant l’enclave de Ceuta. Huit jours plus tard, six autres jeunes Noirs étaient abattus dans des circonstances similaires.
(4) Human Rights Watch, 13 octobre 2005.
(5) La Tribune de Genève, 14 décembre 2006.
(6) Ce chiffre exclut les personnes employées dans l’aquaculture. Cf. Organisation pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), La situation mondiale des pêches et de l’aquaculture, Rome, 2007.
(7) Aminata Traoré, intervention au Forum social mondial, Nairobi, 20 janvier 2007.
Par JEAN ZIEGLER
Ecrivain, professeur à l’université de Genève.
http://www.monde-diplomatique.fr/2008/03/ZIEGLER/15658 - MARS 2008
 


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9 mars 2008 7 09 /03 /mars /2008 20:40
Allocution de Felipe Pérez Roque,
 
Ministre des Relations Extérieurs de la
 
République de Cuba
 
au Segment de Haut Niveau de la Septième Session du Conseil des Droits de l'Homme.
 
Je m'adresse à vous au nom de Cuba, le pays en butte au blocus le plus prolongé et le plus cruel de l'Histoire, le petit pays insurgé qu'on menace d' « un changement de régime », auquel on ne pardonne pas sa noblesse et sa fermeté.
 
Que Cuba soit membre fondateur de ce Conseil prouve qu'en fin de compte, le droit prime la force, que la défense des principes vainc le pouvoir et l'argent. Qu'on ne peut tromper tout le monde tout le temps.
 
Nous avons conclu pour l'essentiel, durant l'année 2007, la construction institutionnelle du Conseil des droits de l'homme. C'est la victoire de notre majorité - en particulier du Mouvement des pays non alignés - sur le tout petit groupe de pays - tel ou tel puissant - qui a conspiré jusqu'au dernier moment pour faire échouer ce processus. C'est le résultat, nous le savons tous, d'un équilibre délicat.
 
Quand l'Assemblée générale des Nations Unies a adopté en décembre 2007, à partir de l'action du Mouvement des pays non alignés, la résolution 62/129 portant approbation de la construction institutionnelle du Conseil des droits de l'homme, ceux qui, comme nous, s'étaient battus des années durant parce qu'ils étaient convaincus qu'il était possible et indispensable de créer un nouvel organe qui se substitue à la Commission des droits de l'homme, désormais discréditée, ont vu finalement récompensés leur patience et leurs efforts sérieux et honnêtes.
 
Voilà où nous en sommes aujourd'hui. Mais une question se pose : « Est-il bien sûr que le nouveau Conseil sera différent de la vieille Commission ? Sera-t-il vraiment un organe qui contribuera à la promotion et à la protection de tous les droits de l'homme pour tous les habitants de la planète ? »
 
Non, rien n'est moins sûr. C'est maintenant que le Conseil connaîtra vraiment le baptême du feu. La légitimité du Conseil dépendra dans une bonne mesure de la façon dont fonctionnera en fin de compte le Mécanisme d'examen périodique universel.
 
Il ne suffira pas que tous les pays se soumette à ce mécanisme novateur : le Conseil devra fonctionner dans le respect le plus rigoureux des principes d'objectivité, d'impartialité et de non-sélectivité. Sinon, nous courrons carrément à l'échec.
 
Si ses conclusions et ses recommandations finissent par être fonction de la puissance et de l'influence de chaque pays, alors le Conseil répétera les mêmes erreurs qui ont fait voler en éclats la vieille Commission.
 
Si le Conseil s'érige de nouveau en tribunal chargé de juger les pays du Sud, en instrument d'agression contre ceux qui se rebellent, tout en regardant ailleurs quand il s'agit de violations de droits de l'homme commises par un puissant pays, alors le Conseil échouera lamentablement.
 
Et ce sera pis encore, car nous aurions droit de nouveau à la vieille Commission, déguisée maintenant sous le pelage d'une prétendue universalité.
 
Les puissants pays qui ont imposé à la Commission leurs intérêts mesquins et leur vision sont-ils prêts maintenant à rectifier ? C'est la question à laquelle ils devront répondre dans les faits, non par des mots.
 
Le Conseil des droits de l'homme devra prouver maintenant qu'il est vraiment un organe différent, basé sur la coopération et le dialogue respectueux, sans sélectivité ni diktat. Un organe qui contribue vraiment, dans le plein respect de l'indépendance de chaque pays, à la promotion et à la protection des droits de l'homme dans le monde entier.
 
Aux hypercritiques, à ceux qui ont impitoyablement attaqué le Conseil parce qu'ils ont perdu leurs anciens droits et privilèges, à ceux qui n'ont pas compris que le monde change et que les peuples ont dit assez et se sont mis en marche, aux Etats-Unis et à tel ou tel « sceptique », je conseille l'humilité et la reflexion. Faire échouer les travaux du Conseil serait une énorme responsabilité dont ils devraient assumer la faute devant l'Histoire.
 
Le Mouvement des pays non alignés, qui a été un acteur clef dans la construction institutionnelle, défend la nécessité du Conseil des droits de l'homme. Celui-ci doit exister et doit en plus agir.
 
Tant qu'on menacera de bombarder une soixantaine de pays, qu'on appelle avec mépris de « sombres recoins du monde », ce Conseil des droits de l'homme devra exister et agir.
 
Tant que cinq combattants antiterroristes cubains resteront injustement et cruellement emprisonnés - ils le sont depuis bientôt dix ans - aux Etats-Unis, ce Conseil des droits de l'homme devra exister et agir.
 
Tant que quelqu'un défendra l'asphyxie comme un moyen légitime d'arracher des aveux, ce Conseil des droits de l'homme devra exister et agir.
 
Tant que l'on continuera d'enlever des personnes un peu partout, qu'on organisera des vols clandestins pour les transférer et qu'on les confinera dans des camps de concentration en plein XXIe siècle, ce Conseil des droits de l'homme devra exister et agir.


Tant que l'héroïque peuple palestinien n'aura pas son État à lui et n'exercera pas ses droits, ce Conseil des droits de l'homme devra exister et agir.
 
Tant que l'injustice et l'inégalité persisteront dans le monde, tant que celui-ci comptera presque 900 millions d'affamés, 800 millions d'analphabètes, 11 millions d'enfants mourant avant cinq ans, 600 000 femmes pauvres mourant à l'accouchement, ce Conseil des droits de l'homme devra exister et agir.
 
Tant que le droit au développement restera une chimère pour plus d'une centaine de pays, tant que 1,6 milliards de personnes continueront de ne pas savoir ce qu'est l'électricité, tant que persistera cet ordre économique et politique international injuste et fondé sur l'exclusion, ce Conseil des droits de l'homme devra exister et agir.
 
Mais 2007 a aussi été l'année de la victoire historique de Cuba, que tous ceux qui admirent la fermeté et l'honnêteté avec lesquelles notre pays a fait face et continue de faire face aux mensonges et à l'intoxication médiatiques ont aussi fêtée.
 
Au terme de vingt longues années de « lutte cubaine contre les démons », le Conseil des droits de l'homme a mis fin à la manoeuvre injuste et sélective que les Etats-Unis avaient conçue et imposée en guise de prétexte leur permettant de légitimer leur agression contre notre patrie.
 
Et voici le bilan de cette bataille inégale : Cuba, l'accusée, convertie en membre fondateur du Conseil, présidant le Mouvement des pays non alignés et oeuvrant d'une manière constructive à la consolidation du Conseil ; les Etats-Unis, notre accusateur, converti en un "Etat en banqueroute" en la matière, responsable des plus graves crimes et violations des droits de l'homme, ennemi du nouveau Conseil parce qu'ils n'ont pas pu le manipuler ni le contrôler, et que nous voyons maintenant aller sans cap ni autorité, à l'aveuglette, garant toujours des pires causes, défendant la torture, gérant des prisons secrètes, organisant des vols clandestins.
 
Voilà donc le dénouement de cette bataille : victoire éloquente du petit David - mais grand en dignité - sur le géant Goliath, puissant par ses armes nucléaires et ses menaces de guerres préventives, mais nain en matière d'autorité morale et de respect international, le plus précieux trésor auquel puisse aspirer un pays.
 
Et nous mettrons aussi fin un jour au blocus criminel qu'on nous impose pour tenter d'amener notre reddition par la faim et les maladies.
 
Et voilà pourquoi c'est maintenant, et seulement maintenant, une fois vaincus le chantage et le mensonge, que nous faisons de notre propre gré, d'une manière indépendante et souveraine, ce qu'on n'a pas pu et qu'on ne pourra jamais nous arracher comme concession.
 
Et voilà pourquoi c'est maintenant, et pas avant, que nous avons invité une nouvelle fois un rapporteur du Conseil et pourquoi, si le climat constructif qui prévaut aujourd'hui persiste et si la campagne contre nous ne reprend pas, nous en inviterons d'autres.
 
Et voilà pourquoi c'est maintenant, et pas avant, que nous avons signé les Pactes internationaux relatifs aux droits de l'homme.
 
Et voilà pourquoi c'est maintenant, et pas avant, que nous nous disposons à travailler sérieusement afin de nous présenter en 2009 devant le Mécanisme d'examen périodique universel.
 
Cuba réitère de nouveau aujourd'hui sa volonté de coopérer aux travaux du Conseil, de coopérer avec les mécanismes des droits de l'homme à caractère universel, non discriminatoires et respectant strictement notre souveraineté.
 
Elle réitère aussi sa décision inébranlable de faire face à toute nouvelle tentative d'introniser au Conseil la sélectivité, la politisation, le deux poids deux mesures et l'hypocrisie.
 
Un mot sur ma patrie, Cuba. Notre pays vient de conclure des élections qui, en accord avec notre Constitution et nos lois, ont débuté en septembre dernier. Il s'est agit d'une sorte de référendum où notre peuple a appuié massivement la Révolution et le socialisme à Cuba.
 
Les autorités locales et l'Assemblée générale ont été élues au suffrage direct et secret. Bien que le président Bush ait appelé les Cubains à ne pas aller voter, presque 97 p. 100 des plus de huit millions d'électeurs l'ont fait. On verra bien si les États-Unis peuvent afficher de pareils résultats aux prochaines élections.
 
Bien que le président Bush ait appelé les Cubains à déposer un bulletin blanc, moins de 4 p. 100 des électeurs l'ont fait. Bien qu'il ait invité les Cubains à ne pas voter pour tous les candidats proposés, comme le recommandait la Révolution, 91 p. 100 des électeurs a soutenu librement et consciemment la totalité des candidats qu'elles proposait.
 
C'est là une victoire politique extraordinaire que nul ne peut occulter ni dénaturer. Le monde a été témoin du civisme et de la culture politique du peuple cubain.
 
Fidel rit encore à Cuba de la réaction mesquine et médiocre de ceux qui croyaient que son autorité émanait de ses fonctions, de ceux qui croyaient qu'écarter Fidel de ses responsabilités ou l'assassiner était la solution magique pour liquider la Révolution cubaine.
 
Il s'avère que non. Parce que Fidel est son peuple ; parce que ses idées sont celles de son peuple ; parce que Raúl, fort de toute l'autorité que lui confère sa propre histoire, est aussi Fidel en matière de loyauté à la patrie, à la Révolution et au socialisme ; parce qu'en fin de compte Fidel est tout homme ou toute femme qui lutte dans le monde pour la justice et la liberté des peuples.
 
Et l'Empire se retrouve impuissant, sans savoir quoi faire ni que dire. Conscient qu'il ne peut empêcher les Cubains de prendre leurs propres décisions et de suivre le chemin qu'ils ont choisi librement. Et ceci s'explique parce que notre patrie a fait une profonde révolution sociale. Parce que le peuple y est vraiment au pouvoir. Parce que, pour une fois dans l'histoire, ceux d'en bas, les oubliés de toujours, sont enfin les députés, les ministres, les chefs militaires. Parce que le peuple est au pouvoir, maître de ses destinées et maître de son pays.
 
Voilà, messieurs les délégués, à quel carrefour se trouve Cuba. Soit sauver la Révolution et rester un peuple libre, soit retourner à la condition d'esclave, de colonie virtuelle, comme nous l'avons déjà été, d'un voisin puissant et vorace.
 
Je remercie ceux qui soutiennent notre lutte : ils sont nombreux, ils sont la majorité. Nous nous battons aussi pour l'indépendance et le respect des peuples que vous représentez.
 
Peu nous importe ceux qui soutiennent notre adversaire, par conviction, par hypocrisie ou par peur. Nous saurons porter au front la dignité qui leur fait défaut.
 
En cette année qui marque le soixantième anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l'homme, Cuba renouvelle son engagement de lutter pour un monde de justice, de liberté et d'égalité pour tous. La gageure est énorme, mais notre optimisme l'est plus encore.



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9 mars 2008 7 09 /03 /mars /2008 20:31
Politique du pire à Bogotá
 
 
Par Maurice Lemoine
 
Porte-parole des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC) et ministre des affaires étrangères de cette organisation d’opposition armée, le commandant Raúl Reyes est mort, le 1er mars, en territoire équatorien (à moins de deux kilomètres de la frontière). Contrairement à ce qu’a affirmé dans un premier temps le président colombien Alvaro Uribe à son homologue équatorien Rafael Correa, il n’y a eu aucun affrontement entre le groupe de guérilleros qui accompagnait Reyes et l’armée colombienne. Ils ont été victimes, pendant leur sommeil, d’une « bombe intelligente » de technologie américaine larguée par un avion ayant violé de dix kilomètres — revenant sur son objectif par le sud — le territoire équatorien. Pénétrant également dans le pays voisin, un commando héliporté a parachevé le travail — le président Correa évoque un « massacre » —, emportant le seul corps de Raúl Reyes, comme un trophée.
Parvenue sur les lieux, l’armée équatorienne a trouvé, dans un campement provisoire, les corps des seize autres guérilleros en pyjama, ainsi que deux guérilleras blessées.
 
Raúl Reyes appartenait au secrétariat des FARC, l’instance dirigeante de cette organisation. Des sept hommes le composant, il était le plus vulnérable parce que le plus exposé. Ses contacts avec les journalistes et les émissaires négociant la libération des « prisonniers politiques » et des otages de la guérilla l’obligeaient à séjourner régulièrement dans la partie du Putumayo proche de la frontière équatorienne. Aucun service de renseignement, qu’il soit américain ou colombien, ne pouvait l’ignorer. Reyes connaissait les risques et les avait acceptés.
 
Plus qu’une victoire militaire — Reyes était un cadre politique —, il s’agit là d’un coup très dur porté aux tentatives menées pour résoudre la question de l’échange humanitaire — prisonniers des FARC contre guérilleros — demandé depuis des années par les FARC, les familles des otages, dont celle de la Franco-colombienne Ingrid Betancourt, et de nombreux représentants de la communauté internationale (parmi lesquels le président français Nicolas Sarkozy). Là était l’objectif de cette action.
 
Alors que le président Uribe refuse obstinément cette négociation, les efforts déployés par la sénatrice colombienne Piedad Cordoba (Parti libéral, droite) et le président vénézuélien Hugo Chávez venaient de porter leurs fruits. Six otages civils ont été libérés unilatéralement et sans conditions par les FARC. Ce geste d’ouverture plaçait en situation difficile Bogotá qui, dans sa logique guerrière, et en phase avec Washington, s’obstine à qualifier les FARC de groupe « terroriste », type d’organisation avec lequel aucun gouvernement ne saurait négocier. Il s’agit également de mettre un terme aux efforts couronnés de succès de M. Chávez — lesquels mettent en évidence, dans cette affaire, la mauvaise volonté du président colombien.
 
Cette attitude de M. Uribe ne s’est jamais démentie. On rappellera l’arrestation, en janvier 2004, à Quito, du commandant des FARC, Simón Trinidad, au cours d’une opération de la police équatorienne, en lien avec les services de renseignement colombiens et américains. Mandaté par son organisation, M. Trinidad se trouvait à Quito pour y mener des conversations — entre autres avec la France et le représentant des Nations unies James Lemoyne — sur le thème de l’échange humanitaire. Ramené en Colombie puis extradé aux Etats-Unis, M. Trinidad vient d’y être condamné, au terme d’un procès politique, à soixante ans de prison.
 
De la même manière, et pour les mêmes raisons, le commandant Rodrigo Granda fut enlevé à Caracas, en décembre 2004, par les services colombiens et des gardes nationaux vénézuéliens grassement rémunérés (1).
 
Outre l’inquiétude qu’elle provoque quant à un dénouement positif pour les « prisonniers politiques » des FARC (on sait Mme Betancourt en très mauvaise santé), le viol délibéré du territoire équatorien par l’armée colombienne provoque une grave crise régionale entre Quito, qu’appuie Caracas, et Bogotá.
 
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8 mars 2008 6 08 /03 /mars /2008 21:47
France : Les élections municipales révèlent au grand jour la crise de l’establishment politique
 
Par Antoine Lerougetel et Peter Schwarz

23 février 2008
 
 
 
 
A l’approche des élections municipales qui se tiendront les 9 et 16 mars en France, se dessine l’image d’une crise profonde de tout l’establishment politique.
 
Le Parti socialiste (PS) et ses alliés de l’ancien gouvernement de la gauche plurielle ne se sont pas remis de leurs défaites aux élections nationales de 2002 et 2007. Ils sont impopulaires, profondément divisés entre eux et paralysés par des luttes internes continuelles. Le président Nicolas Sarkozy de son côté est en train de perdre le soutien des siens. Neuf mois à peine après avoir pris ses fonctions, il est en chute libre dans les sondages. Cela provoque l’émergence de divisions au sein du parti au gouvernement, l’UMP (Union pour un mouvement populaire) et certaines sections du parti remettent en question l’autorité de Sarkozy.
 
Les élections municipales sont en train de devenir le banc d’essai de nouvelles alliances et combinaisons politiques. Avec les tensions de classes qui s’intensifient, l’élite dirigeante resserre les rangs et les distinctions politiques entre « extrême-gauche », gauche, centre et droite deviennent de plus en plus floues.
 
Un certain nombre de facteurs ont contribué à l’effondrement de la cote de popularité du président Sarkozy qui est descendu à 39 pour cent. Tout d'abord, il y a l’échec de son gouvernement à concrétiser ses promesses électorales consistant à permettre aux gens d’élever leur niveau de vie par leurs propres efforts, « travailler plus pour gagner plus. » Avec la hausse importante des prix des produits alimentaires et de l’énergie, le niveau de vie est en train de subir un déclin rapide.
 
Après les grèves des travailleurs du secteur public pour la défense de leur retraite, de leur pouvoir d’achat et de leurs emplois durant les trois derniers mois de 2007, il y a eu en 2008 les grèves du personnel des aéroports, des employés des radios et télévisions publiques et des travailleurs extrêmement exploités de la grande distribution. Après la toute première grève nationale des travailleurs de la grande
 
distribution le 1er février, les travailleurs d’un hypermarché Carrefour de Marseille sont restés en grève pendant deux semaines et des grèves ont aussi eu lieu dans 17 restaurants McDonald de la deuxième ville de France.
 
Au sein de l’UMP, le style de leadership arrogant de Sarkozy, concentrant entre ses mains toutes les prises de décision, a provoqué dans les rangs du parti des différents qui vont croissant. Et son recrutement de figures en vue du Parti socialiste à des postes gouvernementaux a créé beaucoup de ressentiment parmi ceux qui espéraient obtenir ces postes.
 
La fissure la plus emblématique divisant le parti est le fiasco des listes électorales pour la mairie de Neuilly, municipalité la plus riche de France où Sarkozy a été maire pendant de nombreuses années. Il avait décidé de parachuter son porte-parole de l’Elysée, David Martinon, comme tête de liste UMP pour la ville ce qui a provoqué la rébellion de la section locale du parti, soutenue par son propre fils de 21 ans, Jean Sarkozy. Après des manœuvres inélégantes, une liste conduite par un candidat de droite n’appartenant pas à l’UMP, Jean-Christophe Fromantin est à présent soutenue par la direction nationale de l’UMP, tandis que le candidat de la section locale de l’UMP, Arnaud Teullé a été expulsé du parti pour avoir persisté à présenter une liste UMP rivale.
 
Les gros titres des journaux ont proclamé que Sarkozy était en train de « perdre le contrôle ». La revue de presse des journaux de province donne une idée de l’image écornée du président : « l’affaire abracadabrantesque de Neuilly, la commune la plus bling-bling de France » (le Journal de la Haute Marne), « Coup d’Etat d’opérette » (Le Républicain Lorrain), etc.
 
L’étalage sur la place publique par Sarkozy de son histoire d’amour avec la top-model et chanteuse Carla Bruni a été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase.
Dans un pays où la fonction présidentielle s’identifie traditionnellement au faste et à la dignité d’un monarque absolu, un président vieillissant représenté en première page de tous les magazines people en maillot de bain en train de flirter avec un mannequin en tenue légère a été jugé inacceptable par l’électorat de base conservateur, et en grande partie catholique, de l’UMP
 
Jean-Louis Debré, président de l’Assemblée nationale et membre de la vieille garde gaulliste, a publiquement condamné l’étalage ostentatoire de la vie privée du président. Les élites dirigeantes craignent que Sarkozy ne mine la crédibilité de l’Etat français et son institution la plus puissante qui est la présidence.
 
Le Parti socialiste s’est présenté comme le plus ardent défenseur de l’Etat. Ségolène Royal, candidate présidentielle du PS en 2007, a dit concernant l’image du chef de l’Etat : « On attend de la tenue, de la distance, une certaine allure… Quand un chef d'Etat fait perdre ainsi un certain prestige à notre pays, c'est aussi des dégâts économiques. » Royal n’a pas appelé à la démission de Sarkozy, mais l’a réprimandé à la manière d’une maîtresse d’école : « Comme il y en a encore pour quatre ans, j'espère pour le pays qu'il va se ressaisir. » Le premier secrétaire du PS, François Hollande a dit : « Ce n'est plus aussi drôle qu'on pourrait l'imaginer, la présidence de la République est déconsidérée. »
 
Les médias sont tout à fait conscients de la crise de la présidence. On peut lire dans Le Monde du 12 février : « Nicolas Sarkozy avait lui-même fait savoir qu'il entendait s'engager et faire de ces élections un rendez-vous national, avant de se raviser face à la mauvaise tournure prise par les sondages. Le recul tactique du président a été approuvé par des maires UMP sortants, inquiets du risque de voir son impopularité naissante polluer leur propre campagne. Mais son omniprésence, la focalisation de l'attention autour de lui, transforment de toute façon ces municipales en test personnel. »
 
Les sondages d’opinion suggèrent qu’une majorité de postulants UMP aux municipales  ne réussiront pas à gagner ces postes influents et lucratifs.
 
Tandis que le comportement égotiste de Sarkozy contribue à sa perte d’autorité et de crédibilité, il y a néanmoins des racines bien plus profondes à la crise actuelle.
 
Le poids économique et politique de l’impérialisme français est en déclin depuis plus d’un siècle. Cependant dans la période qui a suivi la Deuxième Guerre mondiale, la France était encore une puissance européenne majeure dominant la Communauté économique européenne en étroite alliance avec l’Allemagne. La réunification de l’Allemagne et l’expansion de l’Union européenne à 27 membres ont miné le poids de la France dans l’Europe. De plus, la politique étrangère agressive de l’impérialisme américain, l’émergence de la Chine et la résurgence de la Russie ont affaibli la position internationale de la France.
 
Sarkozy a essayé de surmonter ces problèmes en poursuivant une politique étrangère hyperactive et souvent erratique. Mais au lieu de résoudre les problèmes, ses actions ont servi à les mettre en évidence. Vendre des avions Airbus et des centrales nucléaires au dirigeant libyen Khadafi, venir en aide à un régime corrompu au Tchad, libérer des otages en Colombie avec la collaboration du dirigeant vénézuélien Chavez ou installer une base navale à Abou Dhabi ne peuvent renverser une tendance historique profondément ancrée.
 
Les problèmes de la France, aggravés par la crise financière et bancaire mondiales ne peuvent se résoudre sans une accélération de l’érosion du niveau de vie et des droits sociaux de la masse de la population. Le patronat français est tout à fait conscient que Sarkozy est loin d’avoir fini le travail. On peut mesurer clairement la crise confrontant l’économie française par les chiffres suivants : L’Allemagne a réalisé un excédent commercial de 199 milliards d’euros en 2007 et son déficit budgétaire est passé de 3,3 pour cent du PIB en 2005 à 0,6 pour cent, tandis que la France a accumulé un déficit commercial de près de 40 milliards d’euros en 2007 et un déficit budgétaire de plus de 38 milliards d’euros, soit 2,1 pour cent de son PIB.   
 
Le Monde en déduit que la France devra imiter l’Allemagne où « les réformes ont notamment été opérées sur le marché du travail pour rétablir la compétitivité des entreprises allemandes. Ces mesures, visant à améliorer la compétitivité des entreprises allemandes en diminuant le coût du travail, ont largement pesé sur les ménages. Créant ainsi une désinflation compétitive en Europe, l'Allemagne a pris énormément de parts de marché sur ses partenaires européens n'appliquant pas la même politique. »
 
L’ « extrême-gauche » vire à droite
 
La crise politique a provoqué un débordement d’activité dans tous les camps politiques : Les groupes UMP présentent des listes dissidentes, les socialistes se mettant sur des listes UMP ou s’alignent avec le Mouvement démocratique (MoDem) de François Bayrou, l’« extrême-gauche » s’allie avec le Parti socialiste et abandonne sa référence au trotskysme, etc.
 
A Mulhouse, dans l’est de la France, où le maire socialiste Jean-Marie Bockel est allé rejoindre Sarkozy et participe à son équipe gouvernementale, la majeure partie du groupe PS a quitté le PS et formé la Gauche moderne qui bénéficie du soutien officiel de l’UMP. Un conseiller UMP conduit une liste UMP dissidente. A Nice, l’ancien maire UMP Jacques Peyrat conduit une liste contre le candidat officiel de l’UMP Jacques Estrosi. 
 
Le MoDem qui a émergé du parti de centre droit de l’ancien président Valéry Giscard d’Estaing et qui avait toujours été un allié des gaullistes participe à présent à des listes UMP et à des listes du PS dans diverses municipalités. A Bordeaux, c’est une alliance avec Alain Juppé, ancien premier ministre gaulliste. A Dijon, le MoDem a fait une alliance dès le premier tour avec le dirigeant PS François Rebsamen, dans une liste regroupant le Parti communiste. Rebsamen soutenait Ségolène Royal lors de la campagne présidentielle de 2007.
 
La Ligue communiste révolutionnaire (LCR) et Lutte ouvrière (LO) ont réagi à ce manque de représentation politique de la majorité travailleuse de la population en virant encore plus à droite.
 
LO, dont la personnalité la plus en vue est Arlette Laguiller, porte-parole du parti et candidate présidentielle depuis 1973, a pour principe depuis plus de 30 ans de ne pas former d’alliance électorale avec le Parti socialiste ou le Parti communiste. Cette année, à la surprise de bien des commentateurs, LO a décidé de rechercher des alliances électorales avec ces deux partis. Dans une situation où le PS comme le PC sont tous deux largement discrédités dans la classe ouvrière, LO a décidé de les rejoindre et de leur fournir une couverture de gauche.
 
Dans le passé, LO avait souvent critiqué la LCR pour ses alliances opportunistes avec ces deux partis, qualifiant ces derniers de défenseurs des intérêts de l’impérialisme français à l’intérieur et à l’étranger. Par exemple, durant les élections municipales de 2001, une déclaration publiée dans l’hebdomadaire de LO critiquait la LCR pour avoir participé à des listes des partis de la gauche plurielle : « Pour notre part nous considérons qu'il y a une opposition irréductible entre la gauche gouvernementale gérant au mieux les affaires de la bourgeoisie, c'est-à-dire celle des partis bourgeois, et ce que doivent être la politique et les choix des révolutionnaires qui se réclament de la défense des intérêts politiques des travailleurs. »
 
Cette année, LO négocie sa participation à des listes communes avec l’un de ces partis « de la gauche gouvernementale » ou avec les deux, dans plus de 50 villes. Celles-ci incluent certaines municipalités majeures, plusieurs en région parisienne, trois en région marseillaise, et dans la ville industrielle de Clermont-Ferrand.
 
LO a pris des mesures disciplinaires à l’encontre de la tendance minoritaire L’Etincelle qui a refusé d’accepter cette trajectoire et décidé de présenter une liste indépendante dans une ville. L’Etincelle qui existe depuis plus d’une décennie à l’intérieur de LO n’a plus le droit de publier ses positions dans la presse du parti.
 
Le rapprochement de LO avec le Parti socialiste dont la trajectoire vers la droite s’accélère, en dit long sur l’orientation sociale et politique de LO. Malgré son ouvriérisme qui est devenu la marque de fabrique d’Arlette Laguiller, LO identifie largement la classe ouvrière avec la bureaucratie syndicale, notamment celle de la CGT (Confédération générale du travail) dominée par les staliniens. Après l’effondrement de l’Union soviétique, le déclin du Parti communiste et l’hémorragie d’adhérents dans les syndicats, LO est totalement pessimiste sur la capacité de la classe ouvrière à contrer le capitalisme et elle rejoint les bureaucraties qui virent à droite.
 
Le porte-parole de LO, Georges Kaldy justifie ainsi cette volte-face: « Nous n'offrons pas nos services au PS, mais là où la gauche peut être supplantée par la droite ou regagner une municipalité, nous discutons. Nous ne voulons pas que notre score puisse favoriser la droite » qui ajoute « changement de contexte politique… En 2001, on n'avait pas envie de cautionner la gauche au pouvoir. L'élection de Sarkozy et son offensive générale contre les travailleurs ont changé la donne. »
 
Ainsi, à présent LO qualifie la « gauche » de Ségolène Royal et de Dominique Strauss-Kahn, directeur général du Front monétaire international, et leurs alliés staliniens, de véritable alternative aux autres partis capitalistes.
 
La LCR a réagi à la crise de tous les partis bourgeois en proclamant un nouveau « parti anticapitaliste » qui jette par-dessus bord toute référence au marxisme et au trotskysme. Ce nouveau parti sera ouvert aux gauchistes de tous poils, anarchistes, anciens staliniens, partisans de Che Guevara, militants altermondialistes, féministes, écologistes. Il rejette toute forme d’engagement théorique et politique.
 
Un tel parti sert à combler le vide laissé par le PS et le PC et à empêcher les travailleurs qui ne croient plus en une solution réformiste à la crise sociale, d’adopter une perspective marxiste. Débarrassé de toutes prétentions marxiste ou trotskyste, il peut s’adapter de façon opportuniste à toutes les forces et situations politiques.
 
Le dirigeant de longue date de la LCR, Alain Krivine lors d’une réunion publique avec des dirigeants en vue du PS en décembre dernier au Théâtre du Rond-point à Paris les a rassurés sur le fait que le nouveau parti anticapitaliste n’impliquait pas de rupture fondamentale avec le PS. « Je précise tout de suite que, pour moi, l’adversaire n’est pas le PS, mais Sarkozy, la droite et le Medef. »
 
Contrairement à LO qui semble au bord de la dissolution, la LCR voit clairement qu’elle a un rôle à jouer, mais qu’elle ne peut le faire qu’en ayant l’air d’être politiquement indépendante de la « gauche gouvernementale » discréditée. C’est ce qui explique ses vives protestations disant qu’elle refusera toute alliance électorale avec le PS ou le PC. La LCR a l’intention d’utiliser ces élections municipales comme un moyen d’établir son nouveau parti, en englobant les dissidents du PS et du PC et d’autres groupes de gauche.
 
En dépit des déclarations d’indépendance de la LCR, il y a quelques listes communes avec le PS et le PC. La liste pour la ville picarde de St Quentin comprend le PS, le PC, la LCR, LO et le PT (Parti des travailleurs.) A la Seyne sur Mer, ville de 60 000 habitants dans le sud, il y a une liste LCR, PT et PC.
 
(Article original anglais paru le 19 février 2008)
 
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