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19 avril 2008 6 19 /04 /avril /2008 19:52

Un Franco-Palestinien condamné par un tribunal

militaire israélien à la prison pour "complot"

 

LE MONDE | 19.04.08 | 13h50  •  Mis à jour le 19.04.08 | 17h46

 

JÉRUSALEM CORRESPONDANT


  Le tribunal militaire israélien d'Ofer, près de Ramallah (Cisjordanie), a condamné, jeudi 17 avril, Salah Hamouri, un Franco-Palestinien de 23 ans, à sept années d'emprisonnement pour "complot". Détenu depuis trois ans, il avait déjà comparu à de nombreuses reprises devant cette juridiction militaire sans qu'une décision soit prise. Finalement le 10 avril, un accord a été proposé à la défense pour une condamnation à une peine de sept ans. En cas de refus, la sanction risquait d'être beaucoup plus lourde, et l'avocate, Léa Tsemel, ainsi que les parents du prévenu, ont finalement accepté, afin de mettre un terme à ces atermoiements. Le 17 avril, les juges ont donc entériné cet accord après une semaine de réflexion.

 

Salah Hamouri avait été arrêté en 2005, ainsi que deux autres jeunes Palestiniens, pour avoir projeté d'assassiner le chef spirituel du parti ultra orthodoxe séfarade Shass, le rabbin Ovadia Yossef, connu pour ses positions anti-arabes et ses diatribes contre les Palestiniens. Salah Hamouri et l'un de ses amis, Moussa Darwish, avaient procédé à des repérages. Ce qui n'était pas trop difficile puisque Moussa Darwish avait, par le passé, livré des fruits et des légumes chez le rabbin. Tous deux avaient également commencé à chercher des armes, avant de renoncer assez vite.

UNE "BRAVADE"

Pour l'avocate Léa Tsemel, il ne s'agissait que d'une "bravade". "Rien ne prouve qu'il avait l'intention de passer à l'acte", a-t-elle expliqué. Mais le projet avait été éventé et les trois jeunes arrêtés.

Moussa Darwish, considéré comme l'instigateur, a été condamné à douze ans de réclusion. Le troisième complice, Mouthasem Sheikh, qui était juste informé du projet, a écopé de trois ans. Il est sorti de prison le 23 mars. Restait Salah Hamouri qui, arrêté à Ramallah, relevait de la juridiction militaire.

Son appartenance à la branche étudiante du Front populaire de libération de la Palestine (FPLP), une organisation radicale de l'OLP, le rendait encore plus suspect aux yeux de la justice militaire. L'Association France-Palestine solidarité (AFPS) s'était émue du sort de ce jeune Franco-Palestinien dont la situation n'a jamais été évoquée, alors que celle du soldat franco-israélien Gilad Shalit, enlevé et détenu à Gaza depuis 2006, mobilise la diplomatie française. Le Quai d'Orsay avait répliqué qu'il était difficile de s'immiscer dans une procédure judiciaire en cours, et s'était borné à réclamer "un jugement rapide et équitable".

Aujourd'hui, la sentence est tombée. Salah Hamouri a été reconnu coupable de "complot" et d'appartenance à une organisation illégale. La mère du jeune homme, Denise Hamouri, espère que sa détention ne durera pas encore quatre ans. L'AFPS a décidé d'en appeler directement au président de la République, Nicolas Sarkozy, pour obtenir sa libération.

 

Michel Bôle-Richard

 

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19 avril 2008 6 19 /04 /avril /2008 19:41

Editorial

Parler avec le Hamas

LE MONDE | 19.04.08 | 13h51  •  Mis à jour le 19.04.08 | 13h51


  Jimmy Carter, Prix Nobel de la paix et ancien président des Etats-Unis, a rencontré au Caire, puis à Damas, des responsables politiques du Mouvement de la résistance islamique (Hamas). Ces rencontres ont été vigoureusement condamnées par Israël comme par les Etats-Unis. A tort. M. Carter est un homme libre, et il sait, pour avoir supervisé les élections palestiniennes depuis 1996, que ce mouvement islamiste n'a rien d'un épiphénomène. On peut juger - à raison - inacceptable le programme du Hamas sans refuser cette évidence.

A dire vrai, leur ancrage dans la société palestinienne constitue à la fois la force et la faiblesse des islamistes. Nul doute que, si l'espoir d'un Etat indépendant et viable pouvait enfin se matérialiser, le Hamas saurait en tenir compte. Il y a un an, le premier ministre islamiste d'alors, Ismaël Haniyeh, n'avait-il pas siégé aux côtés de Mahmoud Abbas lors du sommet de la Ligue arabe de Riyad qui avait relancé l'initiative saoudienne d'une normalisation complète avec Israël en échange d'un Etat palestinien sur la base des frontières de 1967 ?

Les atermoiements du processus de paix d'Annapolis, ajoutés aux errements persistants du Fatah de M. Abbas (comme la découverte de 3 000 téléphones portables dans la voiture de l'un de ses adjoints à un poste frontière), laissent entrevoir le pire pour les Occidentaux : la prise de contrôle de la Cisjordanie, après Gaza, par un mouvement auquel ils refusent de parler.

En posant au Hamas, après la victoire des islamistes aux législatives de 2006, trois préalables - renoncement à la lutte armée, acceptation des accords passés conclus entre l'OLP et Israël et reconnaissance d'Israël -, les Américains et les Européens ont fixé la barre très haut. Trop haut. Le blocage actuel exige au contraire des ambiguïtés constructives, une inventivité et une flexibilité semblables à celles qui avaient permis à l'OLP de rompre progressivement avec une posture qui refusait à Israël le droit à l'existence.

M. Carter juge utile l'ouverture d'un canal de discussion avec le Hamas. Les Européens, qui n'ont pas critiqué son initiative, s'interrogent. Boycotter le Hamas, n'est-ce pas le pousser dans les bras du régime iranien, trop heureux de pouvoir disposer d'un nouveau levier au Proche Orient ?

 

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19 avril 2008 6 19 /04 /avril /2008 19:17

Manifestations anti-françaises en Chine

 

PEKIN (AFP)

 

  Des manifestations anti-françaises ont éclaté samedi dans plusieurs villes de Chine, visant l'enseigne Carrefour, pour protester contre l'attitude de la France à l'égard du Tibet et des jeux Olympiques.

Alors que la flamme olympique poursuivait à Bangkok, sous haute sécurité, son périple asiatique, des mouvements anti-français ont eu lieu, sans incidents, à Pékin, Hefei (est), Wuhan (centre), Qingdao (est) et Kunming (sud-ouest), a indiqué l'agence Chine Nouvelle, sans préciser le nombre des manifestants.

Ces derniers se sont rassemblés devant des magasins Carrefour, appelant au boycott du distributeur très présent en Chine et entonnant des slogans hostiles à "l'indépendance du Tibet", a ajouté l'agence officielle.

Le plus gros rassemblement a eu lieu à Wuhan, ville industrielle du centre, de huit millions d'habitants, selon la police et des témoins.

Des centaines de Chinois, voire des milliers, ont défilé devant des magasins Carrefour.

Les manifestants se sont d'abord retrouvés devant un premier magasin avant de se diriger vers d'autres quartiers, a-t-on ajouté de même source.

"Il y avait plusieurs centaines de manifestants, calmes, en majorité des jeunes, ils ne sont pas restés longtemps, ils brandissaient des drapeaux chinois", a raconté à l'AFP au téléphone un autre témoin.

Selon la police, ils étaient 300 au début, puis le cortège s'est vite étoffé.

Une source informée, citant la police, a indiqué que le cortège vers midi (04h00 GMT) avait rassemblé jusqu'à 10.000 personnes, nombre que l'AFP n'a pu confirmer de manière indépendante.

Selon cette source, les manifestants étaient "très bien organisés".

Des photos publiées sur des forums internet - où circulent activement depuis plusieurs jours des appels à boycotter les produits français - confirmaient la présence d'une large foule défilant à Wuhan. Des manifestants portaient un drapeau français maculé de croix gammées et traitant Jeanne d'Arc de "prostituée".

La police et le gouvernement de Wuhan n'ont pas souhaité faire de commentaires.

A Hefei, la manifestation semble avoir rassemblé plusieurs centaines de personnes, selon les photos circulant sur l'internet.

A Qingdao, une manifestation a eu lieu pour la deuxième journée consécutive.

"Combien étaient-ils? Plusieurs centaines ou un millier, c'est difficile à dire, mais ils étaient vraiment nombreux", a déclaré par téléphone à l'AFP une employée d'un restaurant proche d'un magasin Carrefour, dans cette ville côtière de l'est.

"Il y avait beaucoup plus de monde aujourd'hui qu'hier. Mais j'ai vu aussi beaucoup de gens avec des sacs, c'est intéressant, car malgré tous les manifestants, les gens continuent à pouvoir faire leurs courses", a-t-elle ajouté.

La capitale chinoise a également été touchée.

"Il y a eu des manifestations devant quatre des neuf magasins de Pékin (...) 50 à 100 personnes à chaque fois, avec des banderoles", a déclaré un responsable du groupe en Chine, sous couvert de l'anonymat.

Dans la capitale, deux petites manifestations se sont aussi produites samedi, aux abords de l'ambassade de France et du Lycée français, ont constaté des témoins.

Une dizaine de voitures décorées de drapeaux chinois ont circulé autour de l'ambassade avant que le quartier ne soit bouclé par une centaine de policiers anti-émeute.

Un peu plus tard, un petit groupe de Chinois s'est rassemblé dans le calme devant le Lycée français de Pékin, brandissant des pancartes.

Le fiasco du passage de la flamme olympique à Paris et les menaces de bouder la cérémonie d'ouverture des JO ont provoqué un sérieux coup de froid entre la France et la Chine.

La presse française est aussi la cible des médias chinois, dénonçant sa couverture "biaisée" des événements du Tibet, interdit aux journalistes étrangers.

Les émeutes de Lhassa le 14 mars ont fait 18 morts parmi les civils et deux parmi la police, selon le gouvernement chinois. Les Tibétains en exil affirment que la répression chinoise a causé au moins 135 morts parmi les Tibétains.

Vendredi, Nicolas Sarkozy a renouvelé son appel "à la reprise du dialogue entre les représentants du dalaï lama et les autorités chinoises", lors d'un entretien à l'Elysée avec un représentant spécial du président Hu Jintao

 

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17 avril 2008 4 17 /04 /avril /2008 20:32

Bush reçoit un camouflet au sommet de l’OTAN

Par Stefan Steinberg
12 avril 2008
www.wsws.org

Lors du sommet de l´OTAN du week-end dernier à Bucarest, la capitale roumaine, le président américain George W. Bush eut à faire à une opposition européenne concertée contre ses plans de poursuite de l’élargissement de l’Alliance vers l’Europe de l’Est. Seul un compromis de dernière minute a permis au président américain de ne pas perdre la face. Selon la presse, les politiciens allemands en particulier se sont montrés contrariés et inquiets face à l’obstination du président américain d’accueillir rapidement la Géorgie et l’Ukraine dans les rangs de l’Organisation du traité de l’Atlantique-Nord.

 

Mercredi soir, lors du dîner officiel du sommet, l’opposition française et allemande aux projets de Bush s’est vue renforcée par le soutien de l’Italie, de la Hongrie et des pays du Benelux. Même le plus proche allié de Bush en Europe, le premier ministre britannique Gordon Brown, a déclaré qu’il était bien trop tôt pour l’OTAN d’accepter les deux anciennes républiques soviétiques.



Lors du dîner qui a duré deux heures de plus que prévu, Bush aurait finalement reconnu qu’il ne lui serait pas possible de faire accepter sa proposition. Selon un haut fonctionnaire du gouvernement américain, « la discussion avait plutôt mobilisé les Européens » et plusieurs alliés européens se sont énervés à cause de l’attitude de Bush. Dans le but évident de donner une tournure favorable au différend, le même fonctionnaire a déclaré: « On était tout à fait divisé, mais c´était une bonne division. »

Mercredi soir, après d’intenses délibérations entre le ministre des Affaires étrangères Frank-Walter Steinmeier allemand (SPD) et la secrétaire d’Etat américaine, Condoleezza Rice, un compromis fut finalement trouvé. La formulation acceptée jeudi par les participants au sommet omet de façon évidente d’avancer le moindre calendrier pour l’adhésion de la Géorgie et de l’Ukraine. Le compromis fut largement considéré comme un moyen de permettre au président américain de sauver la face et comme une victoire de la diplomatie allemande.


Dans leurs comptes rendus des tensions survenues au sommet de Bucarest entre les Etats Unis et leurs alliés européens, les journaux allemands ont ouvertement qualifié le comportement du président américain de provocation visant à diviser l'alliance. 


 

Dans le Süddeutsche Zeitung, Stefan Cornelius a rapporté que la chancelière allemande, Angela Merkel (CDU), avait clairement fait comprendre au président américain il y a un an que l’Allemagne était opposée à toute adhésion à court terme de la Géorgie et de l’Ukraine à l’OTAN. Lors de plusieurs vidéoconférences avec Washington tenues ces derniers mois, Merkel avait réitéré que l’Allemagne n’était pas disposée à céder sur ce point. Jusqu’à la semaine dernière, les diplomates allemands avaient été confiants qu’une solution diplomatique serait trouvée pour résoudre la question tout en évitant un conflit ouvert lors du sommet.

 

Cette option allait échouer suite aux déclarations faites cette semaine à plusieurs reprises par le président Bush et dans lesquelles il insistait sur un calendrier de négociations en faveur d’une entrée rapide des deux pays dans l’Alliance atlantique. Mardi, Bush apparaissait à Kiev aux côtés du président ukrainien Viktor Iouchtchenko pour déclarer que « les Etats-Unis soutenaient entièrement [sa] demande » d’intégration à l’OTAN.

 

Moscou a répondu sur-le-champ à la proposition de Bush. Le ministre russe adjoint des Affaires étrangères, Grigory Karasin, a réitéré qu´une adhésion ukrainienne à l’OTAN entraînerait une crise profonde dans les relations russo-ukrainiennes et l’envoyé de la Russie auprès de l’OTAN, Dmitry Rogozin, a déclaré que, si l’Ukraine et la Géorgie étaient accueillies dans le soi-disant Plan d’action en vue de l’adhésion (Membership Action Plan, MAP), cela « marquerait un point de non retour dans les relations de son pays avec l’Alliance. »

 

Ecartant toute critique de ses projets, Bush a repris mercredi dans la capitale roumaine le thème de l’élargissement de l’OTAN devant un auditoire de 500 dirigeants du monde politique et des affaires ainsi que lors d’une réunion du fonds Marshall allemand.

 

Suite à quoi le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a réprouvé les propos de Bush, qualifiant sa proposition d´élargissement « d’artificielle et de tout à fait inutile » et lançant un avertissement ostensible depuis la Douma (le parlement) à Moscou… « Quand cela se passera, notre réponse ne se fera pas attendre, je vous l’assure. »

 

Le ministre des Affaires étrangères allemand, Frank-Walter Steinmeier, a déclaré mardi dans une interview accordée au Leipziger Volkszeitung qu’il existait beaucoup de scepticisme en Europe quant au soutien américain à l’entrée de la Géorgie et de l’Ukraine à l’OTAN. Steinmeier a dit qu’après la « difficile décision sur la reconnaissance du Kosovo, il est clair que nous avons atteint, en ce qui concerne notre politique étrangère, le seuil de tolérance de la Russie. »

 

Steinmeier, tout comme Merkel, avance l´argument que ni la Géorgie sous son président de la république autoritaire Mikheïl Saakaschvili ni l’Ukraine où une grande majorité de la population est opposée à l’adhésion à l’OTAN, ne sont prêtes pour rejoindre l’alliance.

 

Dans son article de tête sur l’ouverture du sommet, la Süddeutsche Zeitung a commenté : « la stratégie de confrontation de Bush dès le début du sommet a été décrite par les diplomates d’extraordinaire parce qu’elle aurait pu conduire à ce que soit le président soit son adversaire, en l’occurrence la chancelière allemande, y perde la face… »

 

L’avenir de l’OTAN en jeu

 

A l’époque de la guerre froide, l’OTAN avait été la pierre angulaire de la politique militaire occidentale sur la scène internationale. A présent, deux décennies après l’effondrement de l’Union soviétique et dans des conditions de crise financière et politique croissante aux Etats-Unis même, certains commentateurs politiques soulignent que l’apparition de divergences profondes entre l’Europe et les Etats-Unis est une menace pour l’existence même de l’alliance.

 

Dans un article publié dans le journal britannique Independent et intitulé : « N’est-il pas temps de dissoudre l’OTAN maintenant que la guerre froide est finie ? », Adrian Hamilton énumère un certain nombre de sujets de désaccords au sommet de Bucarest : « Les participants sont en désaccord au sujet de l’élargissement vers l’est, les Etats-Unis, soutenus par les membres plus récents, insistant pour une adhésion de la Géorgie et de l’Ukraine malgré le doute exprimé publiquement par l’Allemagne et l’opposition farouche de la Russie. Les membres du noyau central [de l´alliance] sont en désaccord au sujet de leur contribution individuelle à la guerre en Afghanistan. Même la question relativement peu controversée de l’intégration de la Macédoine dans l’organisation est menacée de veto par les Grecs si le nouveau membre refuse de changer de nom. »

 

Hamilton poursuit : « S’il s’agissait d’une famille, elle pourrait se mesurer aux Royal Tenenbaums [dans le film du même nom de Wes Anderson] et remporter la palme du dysfonctionnement. » Et il conclut : « La perspective angoissante qui règne à Bucarest est qu’en permettant que l’OTAN ne soit poussée dans une nouvelle direction avant que soit réglée la difficile question de son avenir, on risque de détruire l’alliance toute entière. »

 

L’avenir de l’OTAN fut également abordé par l’ancien ministre des Affaires étrangères allemand, Joschka Fischer, qui considère que le conflit grandissant entre l’Allemagne et les Etats-Unis est au cœur des différends survenus à Bucarest.

 

Fischer a écrit dans le journal Die Zeit de lundi : « L’avenir de l’OTAN en tant qu’Alliance mondiale pour l’intervention et la sécurité n’est pas à l’ordre du jour officiel du sommet de l’OTAN à Bucarest mais c’est précisément ce dont il sera question. »

En énumérant trois questions fondamentales du sommet, l’Afghanistan, l’élargissement de l’OTAN, les relations OTAN-Russie, Fischer conclut : « Il est remarquable que sur les trois questions décisives de Bucarest, le gouvernement allemand soit en opposition au gouvernement Bush. »

 

Il vaut la peine d’examiner les commentaires de Fischer de plus près. Contrairement à son prédécesseur, le dirigeant du SPD Gerhard Schröder, Angela Merkel a déclaré soutenir l’invasion américaine de l’Irak en 2003. Si elle avait été au pouvoir à l’époque, des troupes allemandes seraient très probablement engagées dans le bourbier irakien à l´heure qu´il est. Depuis sa prise de pouvoir en 2005, elle s’est efforcée de surmonter la rupture qui était survenue dans les relations avec les Etats-Unis suite au refus de Schröder de défendre ouvertement l’invasion et l’occupation américaines de l´Irak. Il n’y a pas l’ombre d’un doute quant à la crédibilité atlantiste de Merkel. Mais à présent, selon Fischer, la chancelière allemande est, en dépit de ses efforts, en désaccord avec le président américain sur trois questions cruciales de la politique étrangère.

 

L’Allemagne est très certainement désireuse de maintenir de bonnes relations de travail avec la Russie, pays dont dépend fortement son approvisionnement en énergie. Les tentatives actuelles de Washington de raviver la guerre froide, la Russie jouant le rôle de l’ancienne Union soviétique, ne suffisent pourtant pas à expliquer l’intensité des conflits existant entre l’Allemagne et son allié d’après-guerre le plus étroit. Après la Deuxième Guerre mondiale, les nations occidentales européennes, et l’Allemagne en particulier, ont considéré les Etats-Unis comme un bastion de stabilité économique et politique.

 

Etant en mesure de compter sur le soutien économique et militaire des Etats-Unis dans le cadre de l’OTAN, il fut possible à l’Allemagne et aux autres pays européens de s’occuper de la reconstruction de leurs économies nationales après la guerre. Après l’effondrement de l’Union soviétique en 1991, les Etats-Unis furent considérés dans les milieux politiques influents, en Europe de l’Est comme de l’Ouest, comme un modèle de développement économique et politique.

 

Aujourd’hui, au début du 21e siècle, la donne est tout à fait différente. Le premier grand coup porté contre l’OTAN durant ce siècle fut donné par le gouvernement Bush avec la mise en place de la « coalition des volontaires » pour l’aider à mener sa guerre contre l´Irak et à s’assurer les ressources de pétrole du Proche-Orient. La formation d’une coalition de puissances hors des structures internationales existantes dont les Etats-Unis avaient été les pionniers après la Seconde Guerre mondiale, fut correctement interprétée par les puissances européennes comme une tentative de la part de Washington de compenser le déclin de son influence au sein de l’ONU et de l’OTAN.

 

A la débâcle des cinq années de guerre en Irak s’ajoutent à présent les revers qui se multiplient pour les troupes de la coalition en Afghanistan. Bush s’est rendu à Bucarest avec la ferme intention de réclamer que davantage de troupes combattent dans ce pays ravagé, mais les dirigeants européens sont tout à fait conscients à quel point cette guerre est impopulaire aux yeux de leurs électorats respectifs.

 

Seul le président français, Nicolas Sarkozy, a réagi au récent appel de Bush en acceptant, sans information de son parlement, d’envoyer 700 soldats français supplémentaires dans l’est de l’Afghanistan. Pour donner une idée des proportions : le commandant en chef de la force internationale de l’OTAN en Afghanistan, le général américain Dan McNeill, a déclaré il y a une semaine que plus de 400.000 hommes étaient nécessaires pour que l’alliance menée par les Etats-Unis puisse combattre efficacement les talibans dans la région. Après sept années de guerre, en plus des signes d’une activité accrue des talibans, McNeill dispose actuellement de moins de 60 000 hommes.

 

Fischer, au même titre que Merkel, est tout à fait conscient de la dette que le capitalisme de l’Allemagne d’après-guerre a envers les Etats-Unis mais il considère que le gouvernement Bush est trop « faible » et trop « incompétent » pour mener à bien cette besogne en Afghanistan. Fischer affirme que l’Allemagne doit surmonter ses scrupules, envoyer des troupes de combat dans des zones dangereuses et aider les Etats-Unis à tirer les marrons du feu en déployant des soldats dans les régions du sud du pays ravagé par la guerre.

 

Durant les derniers mois du mandat de Bush, la politique étrangère du président américain revêt un caractère de plus en plus imprévisible et agressif. Ceci a sonné l’alarme dans les milieux politiques européens tout en obligeant les puissances européennes à adopter une attitude de plus en plus indépendante en matière de sécurité et de défense.

 

L’influent magazine politique allemand IP (Internationale Politik) avait déjà publié des débats sur l’avenir de l’OTAN dans la période précédant le sommet de Bucarest. S’exprimant contre une poursuite de l’alliance, l’expert hollandais de la défense, Peter van Ham, y a affirmé : « Ce n’est qu’une question de temps avant que l’UE ne remplace l’OTAN comme garant de la sécurité et de la défense en Europe. » Ham a accusé les Etats-Unis d’avilir l’OTAN : « Pour eux, l’OTAN n’est rien moins qu’une sorte de saloon où le shérif américain rassemble rapidement sa bande pour traquer les méchants. En mobilisant leur alliance, les Etats-Unis peuvent acquérir le cachet de la légitimité internationale sans que leur marge de manœuvre en matière de politique extérieure ne soit réduite. »

 

Argumentant contre cette position, un expert plus expérimenté en matière de sécurité, le professeur Karl Kaiser, rappelle que l’objectif initial de la construction de l’OTAN n’avait pas été de combattre une menace extérieure, mais d’empêcher la guerre entre les Etats-membres. En d’autres termes, les pressions centrifuges évidentes à Bucarest et qui menacent à présent de faire éclater l’OTAN, créent également les conditions pour de nouvelles confrontations militaires entre les principales puissances militaires.

 

(Article original paru le 4 avril 2008)

 

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17 avril 2008 4 17 /04 /avril /2008 20:15

Nouvelle série macabre

d'assassinats de syndicalistes

par Soldepaz.Pachakuti Aldea.Nafarroa ISI Burgos - Mardi 15 avril 2008 à 15h43

Une nouvelle vague d'assassinats s'abat sur des militantes/ants de premier plan du mouvement des travailleuses/eurs colombiens.  Au cours des trois premiers mois de 2008 les 19 syndicalistes suivants ont été assassinés :

 

Le 2 janvier à Medellín, Antioquia :

- Mario Zuluaga Correa, de la Asociación Médica Sindical, Asmedas;

Le 12 janvier à San Jerónimo, Antioquia :

- Ramiro de Jesús Pérez Zapata, dirigente de Adida, Fecode, Cut;

Le 24 janvier, à Chaparral, Tolima :

- Israel González, secretario general de Astracotol, Fensuagro, Cut;

Le 28 janvier, à Itagüí, Antioquia :

- Yebraín Suárez de Sigginpec, Cgt;

Le 2 février, à Macarena, Meta :

- José Martín Duarte Acero, de Sintrambiente, Cgt;

Le 8 févier, à Tame, Arauca :

- María del Carmen Meza Pasachoa, de Asidar, Fecode, Cut;

Le 9 février, à Balboa, Cauca :

- Arley Benavides Samboní, de Anthoc, Cut;

Le même 9 février, à La Vega, Cauca :

- José Giraldo Mamián, de Asoinca, Fecode, Cut;

Le 4 mars, à Ocaña, Nord de Santander :

- Carmen Cecilia Carvajal Ramírez, de Asinort, Fecode, Cut;

Le 6 mars, à Bogotá, DC :

- Leonidas Gómez Rozo, del comité de empresa del Citibank, Uneb, Cut;

Le 8 mars, à Medellín, Antioquia :

- Gildardo Gómez Alzate, del Centro de Estudios e Investigaciones docentes de Adida, Fecode, Cut;

Le 9 mars, à San Vicente del Caguán, Caquetá :

- Carlos Burbano, vicepresidente local de Anthoc, Cut;

Le 12 mars, à Codazzi, Cesar :

- Víctor Manuel Muñoz, de Aducesar, Fecode, Cut;

Le 15 mars, à Puerto Asís, Putumayo :

- Manuel Antonio Jiménez, de Cicacfromayo, Fensuagro, Cut;

Le 16 mars, à Puerto Asís, Putumayo :

- José Fernando Quiróz, de Cicacfromayo, Fensuagro, Cut;

Le 18 mars, à Cartago, Valle :

- José Gregorio Astros Amaya, de Aseinpec, Cgt;

Le 22 mars à Riohacha, Guajira :

- Adolfo González Montes de la comisión de reclamos de El Cerrejón, Sintracarbón, Cut;

et le 1er avril, à La Hormiga, Putumayo :

- Luz Mariela Díaz López (enceinte de 7 mois) et

- Emerson Iván Herrera Ruales, de Asep, Fecode, Cut..

Un grand nombre de ces assassinats ont été perpétrés de façon atroce, les auteurs de ces crimes ayant torturé leurs victimes en faisant preuve d'une extrême cruauté.  Les syndicalistes Leonidas, Gildardo et Adolfo, bien qu'ils aient été tués à trois endroits différents du pays, soit à Bogotá, à Medellín et à Riohacha, les attaques étaient très semblables : ils ont été assassinés dans leur maison, et leur corps était couvert de lacérations et de coups de poignard.  Dans ces trois cas, les criminels n'ont utilisé que des armes tranchantes.  Le corps de Carlos Burbano a été retrouvé dans une décharge publique, cruellement torturé.  Une fois de plus, c'est encore au sein du corps enseignant, qui a organisé les importantes manifestations de 2007 et qui a joué un rôle des plus importants politiquement, que l'on retrouve le plus grand nombre de victimes d'assassinats.  Mais cette fois, les assessinats ont eu lieu au sein d'une plus vaste gamme de syndicats, constituant une véritable agression contre la monté du mouvement de grèves enregistrées au pays, dans des secteurs aussi divers que l'industrie minière (Billiton - Cerromatoso), l'agriculture (palme à huile), la santé et l'administration publique (Dian, Justice).

 

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17 avril 2008 4 17 /04 /avril /2008 20:09

Le Tibet et la poudrière chinoise

 

www.lariposte.com

 

Le régime de Pékin veut se servir des Jeux Olympiques pour montrer aux capitalistes du monde entier les « avantages » de l’exploitation d’une classe ouvrière massive sous la férule d’une dictature implacable. Le mouvement des travailleurs et paysans tibétains met en relief la macabre réalité du pays. La restauration du capitalisme, en Chine, a ruiné des centaines de millions de paysans, créant une vaste armée de migrants désespérés qui affluent vers les villes à la recherche de travail. Dans les entreprises, les travailleurs subissent une exploitation d’une extrême brutalité. La dictature et les mécanismes implacables de « l’économie de marché » ont énormément exacerbé l’oppression des nombreuses minorités nationales, dont les Tibétains. Dans ces conditions, le gouvernement chinois et les capitalistes qu’il représente craignent que la révolte au Tibet ne s’étende à travers le pays.

Le développement frénétique du capitalisme chinois a accentué les disparités entre les régions et les nationalités. Les six provinces occidentales, les cinq régions « autonomes » et la municipalité de Chongqoing représentent 70% de la surface du pays, 30% de la population – mais seulement 16% de la production nationale. Cette inégalité a alimenté les tensions sociales non seulement au Tibet, mais à travers toute la Chine.

Suite à l’accord entre la Chine et la Grande-Bretagne, à la conférence de Simla (1914), le Tibet « intérieur » et le Tibet « extérieur » ont été placés sous l’autorité du gouvernement chinois. L’administration du Tibet extérieur fut confiée au Dalaï-lama et son gouvernement. Le Dalaï-lama ne devait maintenir qu’une « autorité spirituelle » au Tibet intérieur. Dans la pratique, pendant les années 20 et 30, compte tenu de la guerre civile et de l’occupation japonaise, l’ensemble du Tibet était plus ou moins indépendant. Le Tibet de l’époque était loin du « paradis spirituel » que présentent certains apologistes du bouddhisme. Du fait de son isolement géographique, le Tibet est longtemps resté empêtré dans un système féodal particulièrement misérable. Les lamas et la noblesse possédaient les terres, le bétail et toutes les sources de richesse. Sous ce régime oppressif, les couches inférieures de la société vivaient comme des bêtes de somme. La superstition et les rites religieux, savamment entretenus par la classe dirigeante, fournissaient la justification idéologique et le « code social » du carcan féodal.

Après la révolution chinoise de 1949, Mao craignait – non sans raison – que les puissances impérialistes s’emparent du Tibet pour en faire une base d’opérations visant à déstabiliser le nouveau régime. L’armée rouge a été envoyée au Tibet pour prévenir cette éventualité. A l’époque, le Tibet intérieur fut déjà largement « sinisé » par des migrations successives de Chinois. Les troupes tibétaines sur place ont été écrasées, et le territoire annexé. Mais Mao a négocié au sujet du Tibet extérieur – aujourd’hui, la région dite « autonome » – dont l’administration est revenue au Dalaï-lama, et ce au détriment des intérêts des pauvres paysans de la région. Les lamas et la classe dirigeante conservaient leurs propriétés et leur pouvoir despotique. Dans le reste du Tibet, par contre, Mao a réalisé une réforme agraire. Les terres de la noblesse et des lamas furent confisquées et distribuées aux paysans. Le développement de l’économie, la construction de routes, d’hôpitaux et d’écoles, ont rompu l’isolement de la population et permis de l’arracher à l’oppression féodale et d’élever son niveau culturel.

En 1956, les lamas et les anciens propriétaires terriens du Tibet intérieur ont organisé – avec l’appui de l’impérialisme américain – une révolte destinée à rétablir leur domination. Cette révolte a été grandement facilitée par la concession que Mao avait faite Dalaï-lama en lui laissant le contrôle du Tibet extérieur. Mais la masse des paysans n’a pas soutenue l’insurrection et la révolte fut écrasée.

Dans notre texte Origines et conséquences de la restauration du capitalisme en Chine, nous avons expliqué que le régime de Mao avait été porté au pouvoir par une révolution dans laquelle la classe ouvrière chinoise, ayant subie un défaite terrible dans la révolution de 1925-28, n’a joué aucun rôle significatif : « Le renversement du capitalisme a […] été mené "d’en haut", de façon bonapartiste, sans aucune participation active des travailleurs, sans l’existence de soviets ou de structures analogues, en vertu de la seule puissance militaire de l’armée paysanne, dont Mao était le chef incontesté. Ainsi, la révolution chinoise de 1949 a porté au pouvoir, directement et dès le premier jour, un régime bureaucratique dont les caractéristiques essentielles étaient identiques à celles du régime de Staline, en URSS. » (La Riposte, février 2006.) Le caractère totalitaire du régime de Mao et le maintien de l’oppression de minorités nationales donnaient aux impérialistes la possibilité d’instrumentaliser la question tibétaine à leurs propres fins.

Sous un régime authentiquement socialiste, dans lequel l’Etat et l’économie auraient été sous le contrôle des travailleurs et des paysans, il aurait été possible d’organiser la société sur des bases entièrement nouvelles, dans le respect des droits démocratiques des minorités nationales. Mais la dictature maoïste concentrait tout le pouvoir entre les mains de la caste bureaucratique. Les travailleurs, les paysans et les minorités nationales étaient soumis à sa volonté et ses intérêts. Pour conserver son emprise sur le Tibet, le régime de Mao a agi avec une brutalité caractéristique, détruisant les sites et symboles de la culture tibétaine, rasant des monastères, piétinant et insultant les convictions religieuses du peuple. On ne peut pas effacer le sentiment national ou les idées religieuses par de telles méthodes. Au contraire, ces méthodes ne pouvaient qu’alimenter le nationalisme et la religion. La brutalité du régime a renforcé les tendances sécessionnistes, au Tibet.

La guérilla tibétaine a culminé dans l’insurrection du 10 mars 1959, à Lhassa. Cette insurrection fut écrasée dans un bain de sang. Soutenu par l’impérialisme américain, le Dalaï-lama est parvenu à quitter le pays. Les Etats-Unis ont armé et financé la guérilla tibétaine et ses opérations contre la Chine jusqu’en 1972, date du « rapprochement » entre la Chine et l’administration Nixon. Le soutien au « Tibet libre » n’avait rien à voir avec les « droits » des paysans et travailleurs du Tibet. Pour l’impérialisme américain, ceux-ci n’étaient que la petite monnaie du « grand jeu » qui l’opposait aux pays dans lesquels le capitalisme avait été aboli.

Avec la défaite de l’insurrection de 1959, les propriétaires terriens et les lamas ont été expropriés. Mais la répression dirigée contre le peuple tibétain a redoublé de férocité : arrestations, incarcérations, tortures et exécutions à une échelle massive. Une nouvelle révolte a éclaté en 1969, en réaction à la folie destructrice de la « révolution culturelle ».

L’arrivée au pouvoir de Deng Xiaoping inaugurait une nouvelle phase dans l’histoire du régime chinois. Des négociations – infructueuses – ont été ouvertes avec le Dalaï-lama, et la relance de l’économie tendait à atténuer, pendant quelques années, les tensions au Tibet. Mais à partir de la fin des années 80, le processus de restauration du capitalisme en Chine – qui est aujourd’hui un fait accompli – a énormément renforcé les inégalités sociales. En 1989, la police a brutalement réprimé une manifestation de jeunes Tibétains. La loi martiale fut décrétée au Tibet. Ces événements présageaient ceux de la Place Tienanmen, quelques mois plus tard. C’est précisément une répétition de ce genre de contagion qui effraie l’actuel gouvernement chinois. Les travailleurs tibétains vivent en dessous du niveau des migrants chinois qui s’installent au Tibet, et tendent à former une sorte de sous-classe surexploitée et mal payée, dont une partie significative sombre progressivement dans la misère. La Chine est une immense poudrière sociale et politique. Elle pourrait exploser à tout moment, et l’étincelle pourrait venir du Tibet. C’est ce qui explique la férocité du gouvernement chinois.

Contrairement à ce qu’affirme le gouvernement chinois, le Dalaï-lama n’est pas à l’origine des émeutes. Il cherche à s’entendre avec la dictature chinoise. Avec la restauration du capitalisme, l’ancienne classe dirigeante tibétaine veut très « spirituellement » et « pacifiquement » profiter des fortunes réalisées sur le dos des travailleurs et des paysans. Les intérêts du Dalaï-lama et de l’élite tibétaine recoupent, sur ce point, ceux du gouvernement nominalement « communiste » – mais qui en réalité défend les intérêts des capitalistes chinois. Quant aux puissances impérialistes comme les Etats-Unis ou la France, elles ne feront rien contre la Chine. Alors que leurs économies se dirigent vers la récession, la dernière chose dont elles ont besoin serait d’un conflit avec leur principal bailleur de fonds. De leur point de vue, malgré quelques larmes de crocodile, plus vite le « problème » tibétain passera aux oubliettes, mieux ce sera.

De son côté, le mouvement ouvrier et les partis de gauche, en France comme à l’échelle internationale, devraient s’opposer fermement à toute forme d’oppression nationale et religieuse contre les travailleurs, les jeunes et les paysans tibétains. Il faut défendre le droit à l’autodétermination des Tibétains – leur droit de vivre libre de toute forme de discrimination –, tout en insistant sur la nécessité d’œuvrer à l’union de tous les travailleurs de Chine, indépendamment de leur nationalité ou de leurs convictions religieuses. Les différents degrés de pauvreté et d’exploitation que subissent les uns et les autres, loin d’être une source de division, devraient servir à les unir dans une lutte commune contre toutes les formes d’exploitation et d’oppression. Cette lutte ne pourra aboutir que par le renversement du capitalisme en Chine. La révolution de 1949 a transféré le pouvoir à une caste bureaucratique et privilégiée, qui, comme celle qui avait triomphé en l’URSS, a fini par se transformer en une classe capitaliste. La prochaine révolution chinoise doit aboutir à l’émancipation politique de tous les travailleurs, de tous les opprimés, qui doivent exproprier les capitalistes et, cette fois-ci, s’assurer le contrôle et la maîtrise de l’économie et de l’Etat, à tous les niveaux.

Greg Oxley

Publication : mercredi 16 avril 2008

 



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17 avril 2008 4 17 /04 /avril /2008 20:01

 

Congrès du PSUV : les masses vénézuéliennes

 

poussent à l’action révolutionnaire

 

 

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Le congrès fondateur du PSUV (Parti Socialiste Unifié du Venezuela) aura duré deux mois. C’était un événement d’une importance historique. Près de 1800 délégués représentant un total de 5,6 millions d’adhérents se sont réunis tous les week-ends, depuis début janvier, pour discuter les questions cruciales qui se posent à la révolution vénézuélienne : quels types de programme, de méthodes, d’idéologie et d’organisation sont nécessaires afin d’accomplir la révolution et avancer vers le socialisme.

Le congrès s’est terminé le dimanche 2 mars. Les délégués sont retournés dans leurs régions afin de poursuivre le travail et mettre en pratique les décisions du congrès. Le dimanche suivant, le 9 mars, la direction nationale du PSUV a été élue.

Contexte révolutionnaire

Le congrès du PSUV n’a pas eu lieu dans une situation « normale », mais dans un contexte révolutionnaire. Dans la plupart des pays européens, les congrès des partis socialistes ou communistes sont en général des écrans de fumée, de grandes pièces de théâtre destinées à « calmer » la base, et dont la plupart des résultats sont décidés à l’avance par la bureaucratie parlementaire et les permanents. Ces congrès ressemblent souvent davantage à des show télévisés qu’à un véritable processus de discussions politiques et de prises de décisions démocratiques.

Au Venezuela, les choses sont très différentes. Non que tout soit parfait et s’enchaîne de façon linéaire. Comme nous le verrons, une bureaucratie a également émergé dans le PSUV. Et si elle n’est pas arrêtée à temps, elle finira par détruire la révolution de l’intérieur. Cependant, un élément essentiel de la situation actuelle, c’est que cette bureaucratie n’est pas encore dans une position où elle peut faire ce qu’elle veut du parti. Pourquoi ? Parce qu’au Venezuela, une situation révolutionnaire pousse à l’action des millions d’ouvriers, de jeunes, de paysans, d’intellectuels et de pauvres.

Comme l’expliquait Trotsky, une révolution est un processus où les masses font irruption dans l’arène politique pour tenter de prendre leur destinée en main. C’est cette énorme pression de la base qui a donné forme au PSUV – et qui s’est reflétée lors de son congrès. La création du PSUV est elle-même le résultat du discrédit qui frappait les anciens partis bolivariens et de l’aspiration des masses révolutionnaires à une démocratie véritable à l’intérieur du mouvement. Cette aspiration était dirigée contre la direction droitière et non-élue du mouvement. Chavez, qui en était conscient, a proposé la formation du PSUV comme un moyen de donner le pouvoir à la base. Et cela s’est reflété dans la manière dont fut organisé le congrès : plus de deux mois de discussions ; des délégués élus par la base et révocables ; dans beaucoup d’endroits, des assemblées hebdomadaires au cours desquelles les délégués rendaient compte à leur base des questions discutées. Le processus de discussion a impliqué des centaines de milliers de personnes, si ce n’est des millions. La bureaucratie bolivarienne n’était clairement pas très contente de tout cela, et a tenté à chaque étape de faire échouer le processus et de limiter le pouvoir des délégués.

Humeur militante des délégués

Un élément a dominé toutes les sessions et discussions du congrès : la lutte entre, d’une part, la majorité des délégués – pour la plupart d’honnêtes révolutionnaires, des militants des quartiers pauvres, des syndicalistes ouvriers ou étudiants – et, d’autre part, un petit nombre de bureaucrates réformistes qui tentent de transformer le PSUV en une nouvelle édition du MVR – l’ancien parti de Chavez, considéré à juste titre comme une machine électorale pleine de carriéristes, d’éléments droitiers et corrompus.

L’aspiration de la majorité des délégués à construire le parti sur d’authentiques bases révolutionnaires s’est exprimée à de très nombreuses reprises. Ce fut le cas, par exemple, lors de la troisième session, qui s’est tenue à Puerto Ordaz, dans la région de Bolivar. Les délégués de Caracas ont proposé que le terme « anticapitalisme » soit inscrit dans la déclaration de principes du parti. La bureaucratie – mais aussi le Parti Communiste Vénézuélien – s’y sont opposés, arguant du fait que l’« anticapitalisme » était déjà implicitement contenu dans la définition du parti comme socialiste. Mais les délégués ont insisté, ce qui a obligé la bureaucratie à retarder le vote sur le document. Par la suite, lors de la quatrième session, à Caracas, Jorge Rodriguez a déclaré que le congrès avait déjà voté la déclaration de principes. Il a été sifflé par les délégués, qui lui ont rappelé qu’il n’en était rien, et qui y ont vu une tentative d’enterrer le débat sur le terme « anticapitalisme » – qui, finalement, a été intégré au texte.

La troisième session a également adopté la proposition d’organiser des manifestations lors de chaque session plénière, et les délégués ont organisé un rassemblement anti-impérialiste à Puerto Ordaz, auquel se sont joints des centaines d’ouvriers de SIDOR, une aciérie géante de la région dont les salariés demandent la nationalisation.

Au cours des trois dernières assemblées du congrès, de nombreux délégués ont montré un vif intérêt pour les idées du marxisme. Nos camarades du Courant Marxiste Révolutionnaire ont vendu plus de 350 copies de leur journal, El Militante, ainsi que pour plus de 4000BF (près de 1000 euros) de livres et des brochures marxistes. Bien sûr, il ne s’agit-là que d’une indication. Mais ajoutée à la teneur des débats du congrès, elle montre clairement qu’une partie significative des délégués sont à la recherche des idées marxistes révolutionnaires.

La Déclaration des Principes

La pression de la base a laissé sa marque sur plusieurs des principales décisions du congrès. La « Déclaration des Principes » est beaucoup plus claire et plus ferme, dans ses positions, que l’ébauche de programme qui a été adoptée. Elle inclut, entre autre, la nécessité d’exproprier les capitalistes qui possèdent les moyens de production :

« L’inefficacité dans l’exercice du pouvoir public, le bureaucratisme, le faible niveau de participation du peuple dans le contrôle et la gestion du gouvernement, la corruption et le fossé qui se creuse entre le peuple et le gouvernement – tout cela menace la confiance que le peuple a placée dans la révolution bolivarienne. (…) »

« Dans la production et la distribution des marchandises et des services, les intérêts spéculatifs du secteur privé découlent du contrôle et de la propriété des moyens de production, et sont une menace supplémentaire pour la révolution bolivarienne. Dans le cas de la nourriture, il n’est pas suffisant de lutter contre le sabotage et la pénurie par des mesures administratives. Il est nécessaire d’avoir une perspective stratégique pour confier au peuple organisé les moyens de production. »

Il y a également un paragraphe très significatif au sujet des bases idéologiques du parti :

« Le parti prendra comme point de départ l’arbre aux trois racines : la pensée et les actions de Simón Bolivar, de Simón Rodriguez et d’Ezequiel Zamora. Il tâchera de former ses membres en adoptant comme guide la pensée et les actions des révolutionnaires et des socialistes du monde entier tels que Martí, Ernesto Che Guevara, José Carlos Mariátegui, Karl Marx, Friedrich Engels, Lénine, Trotsky, Gramsci, et tous ceux qui ont apporté d’importantes contributions à la lutte pour la transformation sociale. »

L’affaire Táscon

Bien sûr, il ne s’agit là que d’une face de la pièce. L’aile droite du mouvement bolivarien est également parvenue à imprimer sa marque sur le congrès.

De quelle aile droite parlons-nous ? Nous faisons ici référence à ces éléments qui essayent de ralentir la révolution et de parvenir à un accord avec l’opposition et l’impérialisme. Dans une tentative désespérée de limiter la portée de la révolution, ces gens ont soutenu l’idée d’un « socialisme qui inclut différentes formes de propriété ». Avec ce slogan, ils veulent mettre un coup d’arrêt aux nationalisations et défendre la propriété privée des moyens de production. C’est à ces idées que le célèbre écrivain réformiste Heinz Dietrich a donné une couverture « théorique ».

Ces gens se sont installés à des postes clés de l’appareil d’Etat, d’où ils ont saboté la campagne du référendum, en décembre dernier. Ce faisant, ils ont aidé l’opposition à l’emporter. Dans le PSUV, ils s’efforcent par tous les moyens possibles d’introduire des idées réformistes et de contrôler le parti d’en haut.

Cette aile droite est communément identifiée à Diosdado Cabello, un riche homme d’affaires qui est également le gouverneur de l’Etat de Miranda. Tout au long du congrès, Cabello faisait partie du « comité technique » chargé d’organiser les différentes sessions du congrès. Le premier grand conflit entre cette bureaucratie droitière et la majorité des délégués a éclaté lors de la quatrième assemblée, qui s’est tenue à Caracas du 15 au 18 février dernier. La cause immédiate du conflit est venue de Luís Tascón, parlementaire et membre du PSUV. En pleine session, Luís Tascón a ouvertement accusé de corruption le frère de Diosdado Cabello, José David Cabello, récemment nommé à la tête du SENIAT, le bureau vénézuélien de recette fiscale. Il est même allé jusqu’à porter cette accusation dans les médias vénézuéliens – y compris sur Globovision, une chaîne TV acquise à l’opposition –, qui en firent leurs gros titres. Diosdado Cabello a réagi en attaquant brutalement Tascón, qu’il a accusé d’être « un agent de l’impérialisme », et a proposé son expulsion du PSUV. Chavez lui-même a pris la défense de Cabello et publiquement attaqué Tascón.

Le samedi 16 février, Jorge Rodríguez, ancien vice-président et désormais chef de la direction temporaire du PSUV, est apparu à la télévision nationale aux côtés de Diosdado Cabello. Rodríguez a alors annoncé que « Tascón avait été exclu du PSUV, pour manque de discipline, par le congrès unanime » ( !). C’était un mensonge flagrant, et la réaction des délégués fut immédiate. A Caracas, ils exigèrent que Jorge Rodríguez vienne en réunion s’expliquer et justifier ses propos.

Quoiqu’on pense des méthodes de Tascón et de sa façon d’accuser Cabello de corruption, il est absolument inacceptable d’exclure quelqu’un d’un parti avant même que celui-ci soit formé. Surtout, comment des dirigeants non-élus peuvent-ils exclure quelqu’un de la sorte ? Et comment ces même dirigeants peuvent-ils mentir, dans les médias, à propos des décisions du congrès – tout en accusant le camarade exclu de « manque de discipline » ? Ce qu’il aurait fallu faire, c’est ouvrir une investigation concernant les accusations de Tascón, et mener une discussion démocratique dans le parti, sur cette affaire.

Comme l’a dit un délégué, le jour suivant : « Tascón est un opportuniste. Il n’aurait pas dû aller à Globovisión. Mais qui sont Jorge Rodriguez et Diosdado Cabello pour l’exclure et prétendre qu’il s’agit d’une décision du parti ? Ce sont des méthodes de la IVe République, et nous n’allons pas les tolérer ».

Face à la colère des délégués du PSUV, Jorge Rodríguez a dû faire un pas en arrière et déclarer que Tascón aura l’occasion de se défendre contre les motifs d’exclusion.

L’élection de la direction

Le deuxième grand conflit entre le gauche et la droite du PSUV a éclaté lors de la discussion sur la façon d’élire la direction nationale. Dans une révolution, les masses sont très sensibles aux questions démocratiques. Elles exigent que le parti soit contrôlé démocratiquement par la base, et que ses dirigeants soient révocables. Elles considèrent cela comme la seule garantie qu’une véritable politique socialiste soit défendue. Chavez lui-même a déclaré à plusieurs reprises que le PSUV devait être le parti le plus démocratique de l’histoire du Venezuela.

Comme le congrès ne parvenait pas à trouver un accord sur la façon d’élire la direction, les réformistes proposèrent que Chavez nomme lui-même 69 candidats, qui seraient ensuite soumis au vote de 80 000 représentants élus par les assemblées locales du parti. Cette proposition a suscité beaucoup de méfiance et d’hostilité chez nombre de délégués, qui craignaient – à juste titre – que cela permette aux réformistes de droite de prendre le contrôle de la direction du parti.

Au fil des discussions, aucun compromis ne se dégageait. Soudainement, lors de la cinquième assemblée des délégués, à Puerto La Cruz, Jorge Rodríguez a pris tout le monde par surprise en annonçant que chaque délégué devait écrire trois noms sur une bout de papier, et que le tout serait apporté à Chavez, qui désignerait ensuite les 69 candidats en tenant compte du choix des délégués. Rodríguez ajouta que ces trois noms ne pouvaient pas être n’importe qui, et qu’il devait s’agir « de dirigeants reconnus ».

La bureaucratie a dû s’appuyer sur l’énorme autorité personnelle de Chavez pour imposer cette méthode, qui n’a pas permis aux délégués de savoir combien de voix chaque candidat avait obtenu. Dans de nombreux cas, les délégués n’ont pas eu la possibilité de consulter leur base. En outre, cette méthode a empêché des militants « non reconnus » d’être candidats à la direction et de présenter leurs idées aux délégués.

Dans une lettre à Chavez en date du 8 mars, de nombreux délégués – selon Aporrea, de 33 à 40% d’entre eux – ont souligné que cette façon d’élire la direction du PSUV n’était pas conforme à ce qu’ils considéraient comme les principes de la démocratie révolutionnaire.

A notre avis, la méthode employée a effectivement accentué le poids des éléments modérés et réformistes au sein de la direction. Parmi les 69 candidats, il y a beaucoup de gens issus de la direction discréditée du MVR. Certes, il y a aussi quelques authentiques militants révolutionnaires, comme le jeune étudiant marxiste Freddy Acevedo. Mais nombre de candidats sont considérés par les masses comme d’inutiles bureaucrates. Il est significatif, par exemple, qu’il n’y avait qu’un seul syndicaliste parmi les 69 noms.

Finalement, le vote eut lieu, le 9 mars : 15 membres de plein droit et 15 suppléants ont été élus, qui forment désormais la direction nationale du PSUV. Il est très significatif que Diosdado Cabello ne figurait pas dans la liste des 15 membres de plein droit (bien qu’il soit arrivé en première position parmi les suppléants). Le fait qu’il ait reçu si peu de voix est clairement le reflet de la pression de la base militante. De même, plusieurs personnalités connues de l’aile droite n’ont pas été retenues comme membres de plein droit : le maire de Caracas Freddy Bernal, le gouverneur de Lara Luís Reyes Reyes, le ministre de l’industrie pétrolière Rafaël Ramirez, mais aussi William Lara, Darío Vivas et Rafaël Isea. Certains ne figurent même pas parmi les suppléants, comme par exemple l’opportuniste notoire Francisco Arias Cárdenas, ou encore Rodolfo Sanz, Jesse Chacón, etc. Au final, la direction compte certes une majorité de réformistes de droite, mais il y a aussi des personnalités perçues comme faisant partie la gauche du mouvement.

Le rôle de Chavez

Le rôle de Chavez a été contradictoire. Parfois, il a critiqué « les éléments scissionnistes » et réclamé « l’unité et la discipline » à l’intérieur du PSUV. Cela visait, de facto, la gauche du parti. Dans l’un des ses discours, il a également défendu Diosdado Cabello contre les attaques politiques venant de la gauche. Il a appuyé l’exclusion de Táscon. En outre, il a usé de son autorité pour obtenir l’approbation des délégués concernant la méthode d’élection de la direction. Tout ceci a déçu un certain nombre de délégués et de militants de la base du parti, qui pensaient que Chavez soutiendrait la gauche dans la lutte contre la bureaucratie.

En même temps, Chavez a attaqué les idées promues par l’aile droite, comme le « Chavisme sans Chavez ». Tout en nommant des personnes de la bureaucratie, il a également nommé des personnes identifiées à l’aile gauche. C’est par exemple le cas de l’ancien général Alberto Müller Rojas. Au cours de l’été 2007, Chavez avait engagé une polémique publique avec Müller Rojas sur la question de savoir si les soldats et les fonctionnaires de l’armée pourraient faire partie du PSUV. A cette époque, Müller Rojas y était favorable, tandis que le Général Baduel – qui, depuis, a rallié la contre-révolution – s’y opposait. Chavez avait alors soutenu Baduel contre Rojas, qui avait été écarté du comité de création du PSUV. Mais lors de la session de clôture du congrès du PSUV, le dimanche 2 mars, Chavez a proposé que Müller Rojas soit vice-président du PSUV !

C’est tout à fait typique des vacillations de Chavez. Ses soubresauts se reflètent non seulement dans des idées politiques contradictoires, mais également dans ses choix concernant les individus. Chavez est sans nul doute un honnête individu. Mais il n’a pas une idée claire de la façon d’avancer et d’affronter les difficultés inhérentes à la situation. En ne prenant aucune mesure décisive contre la bureaucratie et en se liant à des individus qui font clairement partie de cette bureaucratie réformiste, il mine sa propre base de soutien dans le mouvement révolutionnaire.

Chavez considère l’unité comme une garantie pour l’avenir. Mais une question décisive se pose : est-il possible de parvenir à l’unité entre les points de vues de la droite et de la gauche du mouvement – c’est-à-dire entre le réformisme et la révolution ?

Le besoin d’une opposition de gauche

Les premiers conflits, au sein du PSUV, pourraient sembler porter sur de simples questions d’organisation. Mais en réalité, ils reflètent une lutte politique. Le principal problème, c’est que les très nombreux délégués qui recherchent une voie révolutionnaire ne sont pas organisés. Par contre, la minorité – la bureaucratie réformiste – est, elle, très bien organisée. Elle travaille d’une façon coordonnée et consciente. C’est ce qui explique qu’elle ait pu remporter plusieurs batailles, au cours du congrès, même face à une forte opposition.

Quelle conclusion les révolutionnaires doivent-ils tirer de cette situation ? Nous devons en appeler à l’organisation d’un courant gauche, avec une plate-forme clairement socialiste et révolutionnaire. Nous devons exiger que les méthodes organisationnelles correspondent aux objectifs politiques définis dans la déclaration des principes.

Une question concrète se pose : comment lutter efficacement contre la bureaucratie ? Il est impossible de vaincre la bureaucratie en ne soulevant que des questions et des polémiques strictement organisationnelles. Nous devons attaquer la bureaucratie à son point le plus faible : sa politique réformiste et conciliante. Nous devons dénoncer cette politique, ces idées et ce programme réformistes, et expliquer qu’ils risquent de mener le parti et la révolution au désastre.

Réforme ou révolution

Pour les réformistes de gauches et les sectaires, les luttes à l’intérieur du PSUV auront été une surprise. Ils pensaient qu’après la défaite du référendum constitutionnel, les masses étaient démoralisées, et qu’il y aurait le début d’un reflux dans le mouvement révolutionnaire vénézuélien. Ils ont montré une fois de plus qu’ils étaient incapables de comprendre la dynamique du processus révolutionnaire.

Les convulsions auxquelles nous avons assisté, lors du congrès du PSUV, n’ont pas été une surprise pour les marxistes. Au lendemain de la défaite du référendum, notre camarade Alan Woods écrivait : « La victoire du "non" doit agir comme un choc salutaire. La base chaviste est furieuse et accuse – à juste titre – la bureaucratie bolivarienne. Elle demande une purge des éléments droitiers du mouvement. »

C’est exactement ce qu’il se passe aujourd’hui. C’est la cause profonde des polémiques et des conflits, lors du congrès. La pression révolutionnaire de la base a imprimé sa marque sur bien des résultats de ce congrès – surtout sur sa Déclaration des Principes. Certes, la bureaucratie est parvenue à obtenir les commandes de la direction nationale. Mais elle se tromperait lourdement en s’imaginant que les masses lui laisseront le contrôle du parti sans se battre. Les masses essayeront de reconquérir le parti et de défier la bureaucratie.

Le terrain est prêt pour une bataille féroce entre la base révolutionnaire et la bureaucratie. Toute tentative de compromis se révèlera futile. Le réformisme et la révolution sont comme l’eau et le feu – il est impossible de les mélanger. Dans les prochains mois, il y aura des discussions à l’intérieur du PSUV, et des milliers de militants de l’avant-garde commenceront à tirer des conclusions. Une réunion nationale de délégués de gauche du PSUV a été prévue pour le 19 avril, co-organisée par nos camarades du Courant Marxiste Révolutionnaire (CMR). Ce sera un événement important pour discuter des leçons du congrès et organiser l’activité à venir de la gauche du PSUV.

La violation du territoire équatorien par les troupes colombiennes était la dernière provocation de l’impérialisme. C’était un avertissement clair à la révolution vénézuélienne : l’impérialisme américain garde toujours un œil sur le Venezuela. Il est prêt à saisir n’importe quelle opportunité d’étrangler la révolution. Nul doute que les impérialistes n’hésiteront pas à appuyer et utiliser les éléments modérés du courant chaviste et du PSUV, comme leur cinquième colonne.

La révolution vénézuélienne est à la croisée des chemins. Le PSUV devra faire face à quantité de problèmes : le sabotage économique continu, qui provoque une pénurie chronique en produits alimentaires de base ; la spéculation des capitalistes qui pousse l’inflation ; le manque de logements bon marché ; l’adoption de mesures radicales contre la chaîne de TV putschiste Globovision – entre autres.

Après presque dix ans de révolution, après une douzaine d’élections, des mobilisations constantes et des discours innombrables à propos du socialisme et de la révolution, les masses commencent à critiquer le rythme des événements. Non parce qu’elles sont fatiguées du socialisme, mais parce qu’elles sont fatiguées des discours sans fin qui ne débouchent pas sur des mesures concrètes et décisives en direction du socialisme. C’est dans ce contexte que réformisme et révolution se font face, au Venezuela, comme deux forces irréconciliables.

 

Patrick Larsen, du Venezuela


Le 11 mars 2008

Post-Scriptum : Depuis que cet article a été écrit, Chavez a nommé 15 vice-présidents du PSUV, parmi lesquels figure Diosdado Cabello.

Publication : mercredi 9 avril 2008

 



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16 avril 2008 3 16 /04 /avril /2008 20:53

Chavez nationalise SIDOR : une victoire historique pour les travailleurs

 

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Le 9 avril, le gouvernement vénézuélien a annoncé la nationalisation de l’immense aciérie SIDOR, dans l’Etat de Bolivar. Cette décision a été prise alors que le principal actionnaire, la multinationale italo-argentine Techint, refusait obstinément d’améliorer les conditions de travail des salariés.

Les travailleurs de SIDOR ont lutté pendant 15 mois pour améliorer leurs salaires, leurs conditions sanitaires et le niveau des retraites, qui sont inférieures au salaire minimum. Ils demandaient aussi l’intégration dans les effectifs des 9000 salariés en « sous-traitance » – sur les 15 000 travailleurs de l’usine.

SIDOR a été privatisé en 1997, sous le gouvernement de Caldera, puis cédé à la multinationale Techint, qui a fait d’énormes profits sur la base d’une exploitation massive. Le nombre d’accidents du travail – souvent graves, parfois mortels – a augmenté. En 10 ans, il y a eu 19 morts. José Rodriguez, dirigeant du syndicat SUTISS, décrivait les dix années de privatisation comme des années d’« humiliation et de traitement indignes, qui ont choqué les travailleurs et le pays ».

Lorsque Chavez avait appelé à « nationaliser tout ce qui a été privatisé », en janvier 2007, les travailleurs de SIDOR avaient répondu avec enthousiasme. Ils ont manifesté et planté le drapeau vénézuélien sur les toits de l’usine. Ils demandaient la nationalisation de SIDOR. Mais sous la pression du gouvernement argentin de Kirchner, un « accord » a été trouvé : l’entreprise devait vendre sur marché intérieur à des prix préférentiels – sans nationalisation. Cependant, la direction de l’entreprise refusait d’améliorer les conditions de travail. Après 15 mois de négociations infructueuses, les travailleurs se sont engagés dans une série de grèves ponctuelles en janvier, février et mars 2008.

Quelle fut la réaction du ministre du Travail, José Ramon Rivero ? Il a d’abord tenté d’imposer un accord aux travailleurs. Puis la Garde Nationale a été lancée contre eux, le 14 mars, pendant une grève de 80 heures. Il y a eu plusieurs salariés arrêtés et de nombreux blessés (photo). La Garde Nationale a agi de façon particulièrement brutale et vicieuse, détruisant les voitures et d’autres biens des salariés. Les masses de toute la région ont vivement réagi, organisant des rassemblements de solidarité et menaçant d’étendre la grève à d’autres entreprises.

 

Cet incident était le plus sérieux, entre des salariés et la Garde Nationale, depuis l’arrivée au pouvoir de Chavez. Les travailleurs ont dénoncé le fait que le commandant local de la Garde Nationale agissait sous les ordres de la direction de SIDOR. On touche ici à l’un des défis majeurs de la révolution vénézuélienne. Le vieil appareil d’Etat capitaliste a été affaibli par la révolution, mais il reste largement intact et cherche toujours à servir la classe dirigeante. El Zabayar, un député bolivarien qui militait pour la nationalisation de SIDOR, explique : « Il y a des secteurs de l’appareil d’Etat qui utilisent l’autorité gouvernementale pour mener une politique pro-patronale ». Tel est le fond du problème : on ne peut pas mener une révolution socialiste avec un Etat capitaliste.

Même après cette répression brutale, le ministre du Travail a insisté pour qu’un référendum soit organisé sur la base des propositions de la direction. Le dirigeant syndical José Melendez critique sévèrement le rôle du ministère : « Ils nous accusent d’être des fauteurs de trouble parce que nous rejetons leur référendum. Plus d’une fois nous avons montré notre soutien à la révolution, mais cela ne signifie pas que nous allons laisser le ministre du Travail appliquer une politique anti-ouvrière qui, au final, ne profite qu’à la droite. »

Les travailleurs ont non seulement rejeté le projet de référendum, mais ils ont organisé leur propre consultation, le 3 avril, en présentant deux options : 1) accepter la proposition de la direction ; 2) mandater le syndicat pour poursuivre les négociations. La deuxième option l’a emporté à une écrasante majorité, par 3338 votes contre 65.

Puis, le 4 avril, les travailleurs se sont mis en grève et on manifesté jusqu’à l’Université de Bolivar, où Chavez assistait à une cérémonie officielle. Ils ont demandé à être entendu. Suite à ces pressions, Chavez est intervenu dans un programme TV, le 6 avril, pour prendre position. Il a notamment rappelé que les travailleurs de SIDOR s’étaient opposés au lock-out de 2002, « avaient reçu des menaces de mort [….] et n’avaient pas hésité à affronter la police ». Il a ajouté que les conditions de travail des salariés étaient « horribles », et que « le gouvernement révolutionnaire doit exiger de toute entreprise, nationale ou multinationale, qu’elle respecte les lois vénézuéliennes » – en référence à la loi du 1er mai 2007 qui interdit la sous-traitance.

« J’essaye toujours de trouver un compromis par la négociation », a dit Chavez, « mais dans le cas de SIDOR, je pense que trop c’est trop. » L’intervention de Chavez était un camouflet au gouverneur régional et, surtout, au ministre du Travail. Leur autorité a été contournée et le gouvernement s’est clairement rangé du côté des travailleurs. La direction de l’entreprise, qui jusqu’alors refusait de rencontrer les travailleurs, accepta immédiatement d’organiser une nouvelle réunion.

Une réunion tripartite entre la direction de SIDOR, le syndicat et le vice-président du Venezuela, Carrizalez, a eu lieu le 8 avril, au cours de laquelle les patrons ont fait des concessions mineures. Juste après minuit, Carrizalez a demandé une dernière fois à la direction de faire une nouvelle contre-proposition sur les salaires. Lorsque celle-ci a refusé, le vice-président a demandé que ce soit noté dans le procès verbal. Puis il est sorti appeler Chavez. A son retour, il annonçait la re-nationalisation de SIDOR. Des milliers de travailleurs ont immédiatement fêté leur victoire.

Cette nationalisation est un événement d’une très grande importance pour la révolution vénézuélienne, et une indication de la direction qu’elle devrait prendre. SIDOR n’est pas une petite entreprise en faillite : c’est le seul producteur d’acier du pays et le quatrième en Amérique latine. Cette décision va provoquer de vives réactions de la part de Techint et du gouvernement argentin. La révolution vénézuélienne et tous ses soutiens à l’échelle internationale – surtout en Argentine – doivent se tenir prêts à défendre cette nationalisation. Les travailleurs de SIDOR devraient immédiatement prendre des mesures pour introduire le contrôle ouvrier, afin d’empêcher la compagnie de procéder au sabotage, à la saisie des installations ou des stocks, etc. Surtout, ils doivent ouvrir les comptes de l’entreprise.

La question des compensations va être discutée. Les patrons demanderont sans doute une somme exorbitante. La meilleure façon de régler cette question est d’ouvrir les comptes de l’entreprise. Si on regarde ce qu’a payé au départ la multinationale (très peu), ce qu’elle a investi depuis dans l’entreprise (très peu), et les profits qu’elle a réalisés au cours des 10 dernières années (beaucoup), on parviendra facilement à la conclusion qu’aucune compensation ne devrait être payée.

Cette nationalisation est essentiellement le résultat de la pression des travailleurs en lutte, qui ont été encouragés par la récente décision de nationaliser l’industrie du ciment. Les salariés de SIDOR sont debout, mobilisés : ils vont à présent exiger le contrôle ouvrier de l’entreprise. Comme le savent les travailleurs vénézuéliens, la nationalisation en elle-même ne garantit pas les intérêts des travailleurs et du peuple vénézuélien. Après tout, la PDVSA – l’industrie pétrolière –, qui est depuis longtemps propriété d’Etat, a vu une énorme bureaucratie se développer à sa tête et obéir aux intérêts de l’oligarchie et des multinationales.

La re-nationalisation de SIDOR est un nouveau pas dans la bonne direction. Ces derniers mois, l’oligarchie a accéléré sa campagne de sabotage économique, en particulier dans le secteur de l’alimentation. Dans le même temps, l’impérialisme multiplie les provocations. Il est temps de prendre des mesures décisives en nationalisant les leviers fondamentaux de l’économie, sous contrôle ouvrier, et de mener la révolution jusqu’à son terme.

Le 9 avril 2008

Jorge Martin

 

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16 avril 2008 3 16 /04 /avril /2008 20:36

Quarante ans plus tard : certaines leçons de la vie, et de la mort, de Martin Luther King Junior

Par Patrick Martin
15 avril 2008

www.wsws.org

Le 40e anniversaire de l’assassinat de Dr Martin Luther King Jr. fut marqué par une marche à Memphis au Tennessee, où le militant pour les droits civils fut tué, et de nombreuses commémorations et hommages à travers le pays, ainsi que par une importante couverture médiatique.

Cependant, bien peu véhiculaient l’essence du véritable King, son importance, ses réalisations et ses limitations historiques. L’establishment politique américain impose de strictes limites sur ce qui peut être dit sur un homme qui était jadis perçu comme un dangereux agitateur et harcelé impitoyablement par le FBI.

Voilà maintenant près d’un siècle, V.I. Lénine écrivait dans L’Etat et la révolution : « Du vivant des grands révolutionnaires, les classes d'oppresseurs les récompensent par d'incessantes persécutions ; elles accueillent leur doctrine par la fureur la plus sauvage, par la haine la plus farouche, par les campagnes les plus forcenées de mensonges et de calomnies. Après leur mort, on essaie d'en faire des icônes inoffensives, de les canoniser pour ainsi dire, d'entourer leur nom d'une certaine auréole afin de "consoler" les classes opprimées et de les mystifier ; ce faisant, on vide leur doctrine révolutionnaire de son contenu, on l'avilit et on en émousse le tranchant révolutionnaire. »

King était un réformiste, un pacifiste et un ministre baptiste, pas un socialiste révolutionnaire. Néanmoins, il fut le leader d’un mouvement populaire de masse qui s’opposa durant plus d’une décennie à la terrible oppression raciale dans le sud des Etats-Unis. L’observation de Lénine caractérise avec justesse le processus par lequel le dirigeant du mouvement pour les droits civils a été transformé en une icône publique, le récipiendaire d’hommages insipides de politiciens de la grande entreprise — Hillary Clinton, Barack Obama, John McCain (qui avait voté contre la fête nationale King), et même le minable George W. Bush.

Mais King ne fut pas seulement l’auteur du discours « I Have a Dream » appris par coeur par les jeunes étudiants à travers le pays, ou l’auteur de traités sur la non-violence gandhienne. Quarante ans plus tard, le véritable King, dans un sens historique, demeure un personnage exceptionnel, un authentique opposant de l’oppression, un homme d’un grand courage physique et moral. Malgré les limitations de son idéologie religieuse et de ses politiques réformistes, il s’opposa à la structure du pouvoir de son époque, pas seulement à la discrimination raciale, mais à la guerre, à la pauvreté, à la structure même de la société dans laquelle il vivait. 

King devint un opposant de plus en plus passionné des politiques guerrières menées par l’administration de Lyndon Johnson, rompant ainsi ouvertement avec le président démocrate qui avait été son allié pour la ratification de la loi sur les droits civils. Le gouvernement des Etats-Unis, disait King, « est aujourd’hui le plus grand pourvoyeur de violence dans le monde », faisant non seulement référence à la guerre du Viêt-Nam, mais aussi aux dictatures appuyées par les Etats-Unis dans de nombreux pays.

Dans un discours donné deux mois avant sa mort, King avait dénoncé la politique étrangère américaine comme étant un « combat colossal et profond pour la suprématie ». En faisant encore référence au Vietnam, il a dit : « Nous sommes des criminels dans cette guerre » et « avons commis plus de crimes que presque toutes les nations du monde ».

Contrastons ce franc-parler et cette ferveur morale avec les discours « anti-guerre » bidons des politiciens démocrates d’aujourd’hui, qui saluent tous l’héroïsme des soldats américains et la noblesse de leurs efforts, tout en critiquant la guerre en Irak principalement comme étant une diversion par rapport à un engagement plus large de l’armée américaine dans des aventures sanglantes ailleurs dans le monde — en Afghanistan, au Pakistan, en Iran, etc. Obama, par exemple, accompagne toujours sa critique de la guerre d’appels à augmenter, et non diminuer, la main-d'œuvre et les ressources matérielles destinées à la machine de guerre américaine.

King a été amené à s’opposer à la guerre du Vietnam par sa compréhension, de plus en plus claire, du lien entre le militarisme à l’étranger et la structure sociale répressive au pays. Il voyait les ressources promises par la « guerre à la pauvreté » de l’administration Johnson drainées dans le bourbier vietnamien.

Dans ses remarques à ses collègues à la tête du conseil chrétien du sud, King a dit que les réformes pour les droits civils au début des années 1960 « étaient au mieux des changements de surface » qui étaient « limités principalement à la classe moyenne noire », ajoutant que des demandes devaient maintenant être faites pour abolir la pauvreté. « Nous disons que quelque chose ne va pas… avec le capitalisme » a-t-il conclu. « Il doit y avoir une meilleure redistribution de la richesse et peut-être que l’Amérique doit se diriger vers le socialisme démocratique. »

Il est impossible d’imaginer que Barack Obama puisse tenir un tel langage, lui qui dans une entrevue récente avec BusinessWeek, a condamné les impôts « confiscatoires » pour les riches, déclarant : « Mes opposants à droite aimeraient me dépeindre comme un libéral au regard égaré, mais je crois au marché. Je crois en l’entrepreneuriat. Je crois au capitalisme et je veux faire ce qui fonctionne. » Quant à Hillary Clinton, son rôle dans la redistribution de la richesse fut démontré vendredi lorsqu’elle rendit ses rapports d’impôt publics.  Ceux-ci révélaient qu’elle et son mari avaient empoché 109 millions de dollars depuis qu’ils avaient quitté la Maison-Blanche.

Pendant la dernière année de sa vie, c’est-à-dire de son discours public anti-guerre à la Riverside Church à New York jusqu’à son assassinat à Memphis, King a vécu une crise politique croissante. Les organisations traditionalistes des droits civils et la majorité de l’establishment du Parti démocrate lui avaient tourné le dos en raison de sa critique franche de la guerre.

Des défenseurs plus militants de la résistance physique à la police et à l’oppression raciale, comme les Black Panthers, le SNCC (Comité de coordination des étudiants non-violents) et Malcolm X, avaient gagné plus d’appui chez les jeunes Noirs, particulièrement dans les centres urbains à l’extérieur du sud qui furent balayés par des émeutes lors de l’été 1967.

Même s’il voyait dans les soulèvements des ghettos un rejet de son principe de non-violence, il en reconnaissait les racines sociales, déclarant : « Une émeute est essentiellement le langage de ceux qui ne sont pas entendus. »

King lui-même avait commencé à reconnaître la nécessité d’une lutte plus large contre les conditions économiques qui frappaient non seulement les Noirs, mais aussi tous les travailleurs, et il a pris la décision de lancer la « campagne des pauvres » pour amener des dizaines de milliers de manifestants à Washington lors de l’été 1968, malgré les demandes des démocrates d’attendre jusqu’après l’élection présidentielle de novembre. Il a aussi été dit qu’il considérait mener une campagne présidentielle comme indépendant qui se serait concentrée sur les questions de la guerre et de la justice sociale.

Le dirigeant des droits civils s’est rendu à Memphis en mars 1968 pour donner son appui à la grève que menaient les éboueurs noirs. Cette grève avait été déclenchée en réponse à la mort de deux travailleurs, écrasés par les compacteurs de leur véhicule. La grève s’est prolongée pendant deux mois, les travailleurs organisant des manifestations régulières malgré le harcèlement policier et l’intimidation raciste.

La première marche où King s’est rendu a tourné en une confrontation violente entre la police et des jeunes de Memphis qui a fait un mort et 62 blessés et à la suite de laquelle 218 personnes ont été emprisonnées. King se préparait pour sa deuxième manifestation lorsque l’on tira sur lui le 4 avril, alors qu’il se trouvait sur le balcon de sa chambre au motel Lorraine.

Malgré les heures de reportages diffusées et les nombreuses pages consacrées à cet anniversaire, très peu d’attention a été donnée à l’événement lui-même, l’assassinat de King supposément avec une seule balle par James Earl Ray.

Le meurtre du Dr King a beaucoup de traits communs avec les autres assassinats politiques des années 60, particulièrement ceux du président John Kennedy et du sénateur Robert Kennedy. Ces trois assassinats ont prétendument été commis par des « assassins solitaires » qui ont été poussés à agir ainsi par des démons intérieurs.

Aucun de ces assassins n’a été amené devant un juge — Lee Harvey Oswald a été lui-même assassiné par Jack Ruby, alors que James Earl Ray et Sirhan Sirhan ont plaidé coupables dans une entente avec le procureur pour éviter la peine capitale — ce qui a eu pour résultat que la preuve contre eux n’a jamais été testée en cour. Dans chacun de ces assassinats, des questions importantes non résolues laissent penser que les tireurs étaient soit des pions de machinations complexes ou des hommes de main qui ont payé pour des meurtres organisés par des intérêts puissants.

Si une telle suite d’assassinats avait eu lieu dans un autre pays, le point de départ d’une enquête aurait été la supposition d’un motif politique. Considérons, pour prendre un exemple récent, l’assassinat de journalistes libéraux en Russie, où le gouvernement Poutine et les services de sécurité sont largement suspectés d’avoir été impliqués.

Pourquoi une telle supposition ne peut-elle pas guider une enquête sur les assassinats, qui de 1963 à 1968, ont éliminé les personnalités les plus éminentes de la politique libérale aux Etats-Unis ? La recherche de ceux qui ont organisé les tueurs commencerait logiquement dans les cercles politiques de la droite et de l’appareil d’État qui avait avantage à l’élimination de leurs opposants les plus connus.

De plus, quel était le modus operandi des services d’espionnage américain dans les années 60 ? Lorsque confrontés à des personnalités politiques étrangères jugées menaçantes, ou même seulement dérangeantes, les « Assassins incorporés » de la CIA s’arrangeaient pour les éliminer. C’est durant cette période que Patrice Lumumba (1961), Rafael Trujillo (1961), et Ngo Ding Diem (1963) furent assassinés, sans compter les innombrables tentatives d’assassinats contre Fidel Castro.

L’appareil de renseignement secret américain menait une guerre aux États-Unis contre les opposants radicaux comme les Black Panthers, la cible d’innombrables tentatives de meurtre par les départements locaux de police et par le FBI dans le cadre des opérations COINTELPRO. Un large consensus croit que le FBI a joué un rôle majeur en tant qu’agent provocateur violent dans le but de discréditer les dirigeants du mouvement des droits civils comme King aussi bien que le mouvement de masse de protestation anti-guerre.

King était une obsession particulière pour le directeur du FBI, J. Edgar Hoover, qui le qualifiait de « nègre le plus dangereux en Amérique », orchestrant une surveillance par écoute électronique intense contre King, et l’envoi de courriers haineux incluant des menaces de mort. Cette même agence était ensuite mandatée pour enquêter sur les circonstances de l’assassinat de King et assigna Ray en tant que seul suspect. Il fait peu de doute que la version de l’assassinat du FBI est un blanchiment.

Ray, malgré son passé d’errant et de petit criminel, a été capable d’obtenir un faux passeport et de fuir vers l’Europe après le meurtre de King. Il a été subséquemment capturé et extradé, il plaida coupable et reçut une sentence de 99 ans de prison. Ray tenta plus tard de retirer son plaidoyer de culpabilité et de préparer une défense, clamant qu’il n’était pas le tireur. Andrew Young, le précédent adjoint de King qui devint ambassadeur des États-Unis aux Nations unies, dit maintenant que Ray n’avait rien à voir dans la mort de King. La famille de King en arriva à la même conclusion.

Quarante après la mort du Dr King, les limites de son point de vue réformiste sont évidentes. Malgré l’abolition de la ségrégation officielle dans le Sud, les conditions sociales de la majorité de la population laborieuse noire n’ont pas fondamentalement changé. La faim, l’itinérance, la pauvreté et le chômage sont plus élevés parmi les Noirs que dans la population en général, et pires aujourd’hui qu’en tout temps depuis la mort de King. Le nombre d’Afro-Américains détenu dans les prisons américaines, plus de 900.000, est près de six fois plus élevé qu’en 1970.

Pour les couches les plus privilégiées des Noirs, les quatre dernières décennies ont apporté des gains significatifs. Quelque dix pour cent des familles noires ont des revenus de plus de 100.000 $ l’an, soit cinq fois plus, même si ce montant n’équivaut pas au luxe. Le nombre de Noirs millionnaires et multi-millionnaires, bien que peu élevé, a grimpé en flèche. Il y a 10.000 élus noirs, soit huit fois plus, et Obama — qui fait partie de cette cuvée de nouveaux millionnaires — pourrait bien être le premier Afro-Américain à être élu président.

Ce n’est pas le résultat que King aurait désiré, pas plus qu’il ne représente les aspirations de millions de travailleurs et de jeunes, blancs et noirs, qui ont adhéré à la lutte pour les droits civils des années 60 ou ont été inspirés par elle. Ces aspirations ne pourront être réalisées que par l’émergence d’un nouveau mouvement de masse de la classe ouvrière qui défie, à un niveau de conscience politique beaucoup plus élevé, le système capitaliste dans son ensemble.

(Article original anglais paru le 7 avril 2008)

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16 avril 2008 3 16 /04 /avril /2008 20:19

Grève simultanée de plusieurs centaines de salariés sans

papiers en Ile-de-France

 

LE MONDE | 15.04.08 | 09h48  •  Mis à jour le 15.04.08 | 10h15


  Mardi 15 avril, à 8 heures, une centaine de travailleurs sans papiers ont investi le siège de l'organisme de formation des entreprises de nettoyage Faf Propreté, à Villejuif (Val-de-Marne). Au même moment, une vingtaine d'ouvriers en situation irrégulière occupaient un chantier dans le 13e arrondissement de Paris. Dans l'Essonne, à Wissous, une quinzaine de salariés sans titre de séjour manifestaient sur leur lieu de travail, une filiale de Veolia propreté. A 9 heures, une quarantaine de salariés de Millenium, société de nettoyage industriel, occupaient eux aussi leur entreprise, située à Igny, toujours dans l'Essonne. A Paris, un peu plus tard, vingt cuisiniers de la chaîne de restaurant Chez Papa, dans le 10e arrondissement, et huit autres de Pizza Marzano, dans le 9e, devaient occuper leurs établissements. Près de 300 travailleurs sans titre de séjour se sont mis en grève illimitée, le même jour, dans cinq départements de l'Ile-de-France, occupant le siège de plus d'une dizaine d'entreprises. Un mouvement qui a été organisé et coordonné par laCGT.

 

Africains pour la plupart, les salariés ont tous un contrat, mais ils ont été embauchés en présentant de faux papiers. D'autres viennent d'être licenciés quand leurs patrons ont "découvert" qu'ils n'étaient pas en règle. Tous cotisent, possèdent une carte Vitale, une feuille d'imposition, mais pas de titre de séjour. "C'est pour cela qu'on fait grève", scande Ousmane Kane, 30 ans, un des cinq grévistes du magasin Casa Nova en Seine-Saint-Denis.

L'opération est préparée depuis des mois par Raymond Chauveau, secrétaire général depuis deux ans de la CGT à Massy (Essonne). Il a l'expérience des grèves de sans-papiers pour avoir mené avec succès celles de la blanchisserie Modeluxe, en octobre 2006, 22 régularisations, et du restaurant Buffalo Grill, en juillet 2007, avec 22 autres régularisations. Enfin, en février, sept cuisiniers du restaurant parisien La Grande Armée ont obtenu aussi des papiers après une grève avec occupation. A chaque fois, les travailleurs en situation irrégulière en ont profité pour dénoncer des conditions de travail intolérables.


"ÇA CRAQUE DE PARTOUT"


"Notre seule arme, c'est la parole
, explique Kouma Bakar, 37 ans. Nous sommes de véritables esclaves. Nous ne voulons pas voler pour manger, mais vivre à la sueur de notre front." Les grévistes veulent retrouver leur "dignité" avec un slogan : "On bosse ici, on vit ici, on reste ici." Pour Francine Blanche, secrétaire confédérale de laCGT, "notre action a pour but de montrer qu'une bonne partie de l'économie de larégion repose sur des employés sur exploités".

La plupart de ces sans-papiers ont découvert à "la télé" qu'une grève peut conduire à une régularisation. "Pourquoi pas nous?", explique Issaga Traoré, 39 ans, cuisinier au restaurant Chez Papa. Ils ont donc décidé de rejoindre la CGT. A Massy, plus de 600 sans-papiers ont maintenant leur carte. Ils étaient 400en février.

Près de 150 bénévoles et militants ont été mobilisés pour encadrer les "camarades". "C'est le bon moment, se félicite M.Chauveau. Ça craque de partout. Les patrons demandent même qu'on régularise les travailleurs." Et les Africains osent désormais se montrer. "Je ne veux plus vivre en cachette", martèle Mamoudou Sissoko. "Ils en ont marre de leur situation", assure M. Chauveau.

Le but de cette opération, c'est la régularisation de "tous les travailleurs sans papiers". La CGT veut traiter directement avec Brice Hortefeux, ministre de l'immigration, et Xavier Bertrand, ministre du travail. La consigne est claire : pas de négociations avec les préfectures.

L'action se prépare depuis le début de l'année. Rien n'a filtré. Pas un mot sur l'opération n'a été prononcé via un téléphone portable, au cas où la police écouterait les conversations. Il fallait éviter à tout prix les fuites. Quelques travailleurs sans-papiers seulement ont été dans la confidence et ont pu assister aux réunions préparatoires.

Lundi 14 avril, à la veille de la grève, un SMS collectif leur a été envoyé avec un lieu de rendez-vous et une heure précise. "C'est une organisation à la française, l'heure c'est l'heure", insiste M.Chauveau. Il faut se munir de sa brosse à dents, de son téléphone cellulaire avec des recharges, de sa carte CGT… Et ne pas oublier les preuves, celles qui attestent que le patron savait qu'il employait un sans-papiers. "Moi j'ai des fiches de paie avec deux numéros de sécurité sociale", lance l'un d'eux. M. Chauveau sourit : "Très bien, amène."

 

Mustapha Kessous

 

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