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21 mai 2008 3 21 /05 /mai /2008 19:41

L'alternative à gauche, organisons-la !

http://www.appel-a-gauche.org/

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Nous célébrons l’anniversaire de Mai 68.

Le temps n’est toutefois ni aux commémorations, ni à la nostalgie.

La planète s’est profondément transformée. Le capitalisme se fait toujours plus prédateur. Les émeutes de la faim sont le corollaire de l’enrichissement indécent d’une minorité de privilégiés. Les crises financières s’enchaînent et une catastrophe écologique se dessine. Bousculée par un nouveau totalitarisme de marché, la démocratie s’étiole.

C’est à la refondation d’une politique d’émancipation qu’il importe de s’atteler.

En France, le sarkozysme se heurte déjà à la résistance du pays. Dans les entreprises du secteur privé, dans les services publics, à l’école, d’amples mobilisations se font jour.

À quarante ans de distance, deux questions se reposent à nous : quelles perspectives offrir à la colère sociale ? Comment la volonté de changer radicalement l’ordre des choses peut-elle redonner majoritairement le ton à gauche ?

À cet égard, chacun hélas peut le constater, il manque toujours une force incarnant un projet alternatif.

Du côté de la majorité dirigeante du Parti socialiste, les volontés hégémoniques se confirment, et avec elles les tendances au renoncement social-libéral, inspirées des exemples de MM. Blair ou Prodi. Mais la gauche de transformation sociale et écologiste ne doit pas, elle, s’accommoder d’un statu quo qui lui interdit d’espérer changer en profondeur la donne politique.

La menace du bipartisme devient plus forte, avec son choix mortifère ramené à deux variantes de l’adaptation au libéralisme. Tout cela peut nous conduire à des désastres comme celui que vient de connaître la gauche italienne, incapable d’empêcher le retour de Berlusconi aux affaires et littéralement disloquée.

Les municipales et les cantonales viennent pourtant de prouver qu’il existe ici un espace comparable à celui révélé par Die Linke en Allemagne ou d’autres expériences similaires en Europe. Faute de convergence entre des traditions et des cultures jusqu’ici séparées, faute de prendre en compte l’apport des mouvements sociaux et citoyens ayant émergé depuis plusieurs années, le champ des possibles demeurera inévitablement limité : aucune force constituée ne peut rassembler autour d’elle seule.

Les échecs passés nous instruisent des difficultés de l’entreprise. Nous n’en restons pas moins convaincus que c’est le seul horizon porteur d’avenir.

Un cadre permanent pour faire front
Nous en appelons donc à l’affirmation d’une gauche enfin à gauche. Qui n’oublie plus la nécessité de redistribuer les richesses. Qui soit en phase avec les aspirations des salariés, avec ou sans papiers, des quartiers populaires, des jeunes. Qui conjugue urgence sociale, urgence démocratique et urgence écologique. Qui permette au peuple d’exercer sa souveraineté dans tous les domaines. Qui place l’égalité entre hommes et femmes au cœur de son projet. Qui milite pour un nouveau mode de production et de consommation, soutenable et respectueux des équilibres écologiques. Qui promeuve la construction d’une autre Europe et des rapports de codéveloppement avec le Sud. Qui devienne, ce faisant, une véritable force.

Militants politiques, acteurs du mouvement social et culturel, nous pouvons dès à présent agir de façon coordonnée. Sans préalable sur les engagements des uns et des autres, construisons un cadre permanent qui nous permette, ensemble, nationalement et localement, de réfléchir aux moyens d’une vraie réponse politique aux attaques de la droite et du Medef et d’aborder les grands rendez-vous qui s’annoncent. D’ici l’été, que chacun et chacune se saisisse de cette proposition sur le terrain. Et retrouvons-nous à l’occasion d’un grand rendez-vous national en septembre, afin de prolonger ces échanges.

Premiers signataires :
Paul Ariès, Ariane Ascaride, François Asensi, Clémentine Autain, Christophe Barbillat, Francine Bavay, Hamida Bensadia, Pierre Bergougnoux, Jacques Bidet, Martine Billard, Jean-Jacques Boislaroussie, Patrick Braouezec, Bernard Calabuig, Yves Contassot, Eric Coquerel, Emmanuelle Cosse, Thomas Coutrot, Claude Debons, Bernard Defaix, Marc Dolez, Annie Ernaux, Jean-Claude Gayssot, Jacques Généreux, Susan George, Dominique Grador, Robert Guediguian, Michel Husson, Raoul-Marc Jennar, François Labroille, Frédéric Lebaron, Jacques Lerichomme, Philippe Mangeot, Roger Martelli, François Maspero, Gérard Mauger, Marion Mazauric, Daniel Mermet, Mohammed Mechmache, Philippe Meyrieu, Claude Michel, Yann Moulier-Boutang, Dominique Noguères, Michel Onfray, Christian Picquet, Christophe Ramaux, Yves Salesse, Denis Sieffert, Patrick Silberstein, Evelyne Sire-Marin, Emmanuel Terray, Rémy Toulouse, Marcel Trillat, Christophe Ventura, Marie-Pierre Vieu, Claire
Villiers.

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21 mai 2008 3 21 /05 /mai /2008 19:31
"L'Afrique est ruinée ? La Chine est preneuse"


LE MONDE | 19.05.08 | 16h00  •  Mis à jour le 19.05.08 | 20h21


 
  Le dernier acte de la mondialisation se joue loin des yeux occidentaux. Ses acteurs ?  Des milliers de migrants chinois qui s'installent partout en Afrique pour construire, produire et commercer. Serge Michel et Michel Beuret, avec le photographe Paolo Woods, sont allés à leur rencontre. Nous publions des extraits du prologue de leur livre, qui paraît mardi 20 mai. La Chinafrique, Pékin à la conquête du continent noir, photographies de Paolo Woods. © Editions Grasset & Fasquelle, 2008.

 

"Ni hao, ni hao." Nous marchions depuis dix minutes dans cette rue de Brazzaville quand une joyeuse pelote de petits Congolais s'est arrêtée de courir après un ballon pour nous saluer. Les Blancs, en Afrique, ont l'habitude des "hello mista !", des "salut toubab !" ou des "Monsieur Monsieur !". Mais ces enfants, alignés et souriants au bord de la rue, ont enrichi le répertoire. Ils ont crié "ni hao, ni hao", bonjour en chinois, avant de reprendre leur jeu. Pour eux, tous les étrangers sont chinois.


Quelques centaines de mètres plus loin, une société chinoise était en train de construire le nouveau siège de la télévision nationale congolaise, un bâtiment de verre et de métal comme tombé du ciel dans ce quartier populaire. Et à l'entrée de la rue, cette même société érigeait une villa somptueuse pour un membre du gouvernement, sans doute en remerciement de l'attribution du chantier de la télévision. En ville, d'autres compagnies chinoises mettaient la dernière main au nouveau ministère des affaires étrangères et de la francophonie et bouchaient les trous d'obus dans les bâtiments touchés par la guerre civile.


A 2 250 km au nord-ouest de là, dans la banlieue de Lagos, au Nigeria, l'usine Newbisco passait pour une malédiction. Fondée par un Britannique avant l'indépendance de 1960, cette unité de production de biscuits secs a changé souvent de mains, aucun propriétaire n'étant capable de la tenir à flot dans un pays où les exportations pétrolières et la corruption étouffent toute autre activité économique. En 2000, son avant-dernier patron, un Indien, a revendu Newbisco en état de ruine à l'homme d'affaires chinois Y. T. Chu. Lorsque nous sommes entrés dans l'usine, un matin d'avril 2007, une odeur de farine et de sucre flottait dans l'air. Les tapis roulants charriaient chaque heure plus de trois tonnes de petits biscuits aussitôt emballés par des dizaines d'ouvrières. "Nous couvrons à peine 1 % des besoins du marché nigérian", a dit Y. T. Chu en souriant. Les reporters rentrent souvent d'Afrique avec des histoires dramatiques d'enfants affamés, de conflits ethniques et de violences incompréhensibles. Nous avons bien sûr été témoins de tout cela lors de nos reportages en Afrique ces dernières années, mais, cette fois, au moment de commencer la rédaction de ce livre, ce sont les images d'une Afrique nouvelle qui nous passent devant les yeux : les enfants de Brazzaville qui saluent en chinois, l'usine de biscuits de Lagos ou encore l'autoroute construite au Soudan, que nous avons empruntée à l'été 2007.


Nous roulions depuis deux heures entre Khartoum et Port-Soudan lorsqu'un passage du livre de Robert Fisk nous est revenu en mémoire. En 1993, c'est dans un village à gauche de cette route que le reporter britannique avait rendez-vous avec Oussama Ben Laden, réfugié au Soudan après avoir appelé à la guerre sainte contre les Américains en Arabie saoudite. Pour remercier ses hôtes soudanais, il a expliqué à Fisk qu'il allait construire une nouvelle route de 800 km entre la capitale et le grand port. En 1996, le terroriste est obligé de fuir à nouveau, cette fois en Afghanistan, où il a développé d'autres projets que le génie civil. Qui allait terminer son chantier ? Les Chinois. Ils prévoient même de le doubler d'une voie de chemin de fer. Arrivées massivement dans le pays dès le milieu des années 1990, les entreprises chinoises y ont déjà investi 15 milliards de dollars, en particulier dans les puits de pétrole qui fournissent aujourd'hui à la Chine jusqu'à 10 % de ses importations.


Pendant plus d'un an, nous avons parcouru des milliers de kilomètres et visité quinze pays pour raconter ce que la Chine fait en Afrique. L'idée nous trottait dans la tête depuis un certain temps, mais elle s'est imposée lors d'une rencontre impromptue avec Lansana Conté, le président de Guinée, à la fin octobre 2006. Cela faisait une dizaine d'années qu'il n'avait pas parlé à la presse étrangère. Pourquoi accepter de nous voir, ce jour-là, dans son village natal, à trois heures de la capitale, Conakry ? Peut-être le besoin de prouver qu'il était encore vif, alors qu'on le disait à l'agonie et que le pays se laissait gagner par le chaos. De fait, la discussion fut assez sombre, malgré le décor ravissant de sa grosse villa donnant sur son lac privé. Le président a traité la plupart de ses ministres de "voleurs" et fustigé les Blancs "qui n'ont jamais cessé de se comporter en colons". Il a fait l'éloge d'une Guinée agricole et a paru accablé par la découverte off-shore de gisements pétroliers qui, à son avis, feront de la Guinée un pays plus corrompu encore.


Une seule fois, le visage présidentiel s'est éclairé : lorsque la discussion a glissé sur les Chinois. "Les Chinois sont incomparables ! s'est exclamé le vieux général. Au moins, ils travaillent ! Ils vivent avec nous dans la boue. Il y en a qui cultivent, comme moi. Je leur ai confié une terre fatiguée, vous devriez voir ce qu'ils en ont fait !"


La présence de Chinois en Afrique n'est plus une surprise. Ces quatre ou cinq dernières années, nous les avions vus progresser un peu partout lors de nos reportages en Angola, au Sénégal, en Côte d'Ivoire ou au Sierra Leone. Mais le phénomène a changé d'échelle. Tout se passe comme s'ils avaient d'un coup décuplé leurs efforts au point de pénétrer l'imaginaire de tout un continent, du vieux président guinéen, qui ne voyage plus que pour se faire soigner en Suisse, aux petits Congolais trop jeunes pour distinguer un Européen d'un Asiatique.


En quelques années, la Chine en Afrique est passée de sujet pointu pour spécialistes en géopolitique à un thème central dans les relations internationales et la vie quotidienne du continent. Et pourtant, chercheurs et journalistes continuent de brasser les mêmes chiffres macro-économiques : le commerce bilatéral entre les deux régions a été multiplié par cinquante entre 1980 et 2005. Il a quintuplé entre 2000 et 2006, passant de 10 à 55 milliards, et devrait atteindre 100 milliards en 2010. Il y aurait déjà 900 entreprises chinoises sur le sol africain. En 2007, la Chine aurait pris la place de la France comme second plus gros partenaire commercial de l'Afrique.


Ce sont là des chiffres officiels, qui ne prennent pas en compte les investissements de tous les migrants. D'ailleurs, combien sont-ils ? Un séminaire universitaire organisé à la fin 2006 en Afrique du Sud, où la communauté chinoise est la plus nombreuse, avance le chiffre de 750 000 pour tout le continent. Les journaux africains, eux, se laissent parfois aller à évoquer "des millions" de Chinois. Du côté chinois, l'estimation la plus haute vient du vice-président de l'Association de l'amitié des peuples chinois et africains, Huang Zequan, qui a parcouru 33 des 53 pays africains. Dans une interview au Journal du commerce chinois en 2007, il estime que 500 000 de ses compatriotes vivent en Afrique (contre 250 000 Libanais et moins de 110 000 Français).


Tout ces migrants-là, comme s'ils n'étaient qu'une armée de fourmis, n'ont pas de nom, pas de visage et restent muets. Le plus souvent, les journalistes se plaignent qu'ils refusent de parler. Et le ton des articles pour les décrire est inquiet, voire alarmiste, comme si l'arrivée d'une nouvelle puissance n'était qu'une calamité de plus pour le continent noir, aux souffrances déjà infinies.


Voyons les choses d'une autre façon. L'entrée de la Chine sur la scène africaine pourrait bien représenter, pour Pékin, son couronnement de superpuissance mondiale, capable de miracles aussi bien chez elle que sur les terres les plus ingrates de la planète. Et, pour l'Afrique, cette rencontre marque peut-être le rebondissement tant attendu depuis la décolonisation des années 1960, de son heure qui sonne enfin, du dernier espoir du président guinéen mais aussi des 900 millions d'Africains, le signal que plus rien ne sera comme avant. Passons les acteurs en revue.


Les Chinois d'abord. L'histoire, telle qu'on la raconte en Occident, veut qu'ils vivent depuis des millénaires une aventure tragique, essentiellement collective et confinée à l'intérieur de leurs immenses frontières. Un jour de décembre 1978, alors que l'empire du Milieu se remettait à peine des affres de la révolution culturelle, Deng Xiaoping leur a lancé un slogan révolutionnaire : "Enrichissez-vous". Vingt ans plus tard, c'est devenu le credo d'un milliard 300 millions de Chinois et, pour une partie d'entre eux, c'est chose faite. Pour les autres, les ruraux surtout, la vie est devenue impossible. Depuis la nuit des temps en Chine, cette catégorie-là cherche à quitter sa terre pour un monde meilleur. La diaspora chinoise, dit-on, est la plus nombreuse au monde, avec 100 millions de personnes, et la plus riche. (...) Jusqu'en 2000, Pékin tentait encore de freiner le mouvement, afin de ne pas entacher l'image du régime. Aujourd'hui, il l'encourage, en particulier pour les braves qui veulent tenter leur chance en Afrique. Dans l'esprit des dirigeants chinois, et singulièrement dans celui du président, surnommé parfois Hu Jintao l'Africain, l'immigration est même devenue une partie de la solution pour faire baisser la pression démographique, la surchauffe économique, la pollution. "Nous avons 600 rivières en Chine, 400 sont mortes de pollution, affirmait un scientifique dans Le Figaro, sous couvert de l'anonymat. On ne s'en tirera pas sans envoyer 300 millions de personnes en Afrique !"


Ils sont pour l'instant des centaines de milliers à avoir fait le grand saut.


Et c'est ainsi que s'achève, dans le plus grand silence, l'une des dernières étapes de la mondialisation et la rencontre des deux cultures les plus éloignées que la terre puisse porter. En Afrique, leur nouveau Far West, les Chinois découvrent à tâtons les grands espaces, l'exotisme, le rejet, le racisme, l'aventure individuelle - voire intérieure. Ils comprennent que le monde est plus complexe que ne le décrit le Quotidien du peuple. Ces migrants-là se retrouvent tantôt prédateurs, tantôt héros de leur propre histoire, conquistadors ou samaritains. Ils ont, bien sûr, tendance à rester entre eux, à manger comme chez eux, ils ne font pas l'effort d'apprendre les langues autochtones ni même le français ou l'anglais et affichent souvent une moue de dégoût à l'idée d'épouser les coutumes locales, sans parler d'une femme africaine !


A force de s'être enfermés derrière leurs grandes murailles durant des millénaires, les Chinois auraient perdu l'envie de s'adapter aux autres civilisations ou de cohabiter avec elles. Mais aucun ne reviendra indemne d'Afrique. Leurs voyages, leurs découvertes ébranlent désormais l'inertie de la Chine autant qu'a pu le faire, dans les années 1980, sa conversion au capitalisme. Ces Chinois-là feront naître de nouvelles idées, de nouvelles ambitions.


D'ailleurs, leur gouvernement, lui aussi, change depuis qu'il a intensifié sa présence en Afrique. Très attaché à sa devise de "non-ingérence" dans les affaires intérieures, il se rend compte progressivement qu'un soutien trop affiché à certains dictateurs peut lui causer un tort considérable. C'est ainsi que Pékin, après avoir été le plus sûr allié de Khartoum ou de Harare, tente aujourd'hui de freiner l'élan guerrier du Soudan au Darfour et n'aide plus Robert Mugabe, le dictateur zimbabwéen, qu'au compte-gouttes.


L'Afrique, ensuite. Les puissances coloniales l'ont pillée jusqu'en 1960, avant de pérenniser leurs intérêts en y soutenant ses régimes les plus brutaux. L'aide, que l'on estime à 400 milliards de dollars pour toute la période 1960-2000 (400 milliards, c'est l'équivalent du PNB de la Turquie en 2007, mais aussi des fonds que l'élite africaine aurait cachés dans les banques occidentales), n'a pas produit l'effet escompté et aurait même, selon une théorie en vogue, empiré les choses. Il n'empêche, l'Afrique n'a survécu que grâce au sentiment de culpabilité des Occidentaux, qu'elle a fini par décourager. En faisant échouer tous les programmes de développement, en restant la victime éternelle des ténèbres, des dictatures, des génocides, des guerres, des épidémies et de l'avancée des déserts, elle se montre incapable de participer un jour au festin de la mondialisation. "Depuis l'indépendance, l'Afrique travaille à sa recolonisation. Du moins, si c'était le but, elle ne s'y prendrait pas autrement", écrit Stephen Smith dans Négrologie. Avant de poursuivre avec ces mots terribles : "Seulement, même en cela, le continent échoue. Plus personne n'est preneur."


Erreur, la Chine est preneuse. Pour alimenter sa croissance démesurée, la République populaire a un besoin vital en matières premières dont le continent regorge : le pétrole, les minerais, mais aussi le bois, le poisson et les produits agricoles. Elle n'est pas rebutée par l'absence de démocratie ni par la corruption. Ses fantassins ont l'habitude de dormir sur une natte, de ne pas manger de la viande tous les jours. Ils trouvent des opportunités là où d'autres ne voient que de l'inconfort ou du gaspillage. Ils persévèrent là où les Occidentaux ont baissé les bras pour un profit plus sûr. La Chine voit plus loin. Ses objectifs dépassent les anciens prés carrés coloniaux et déploient une vision continentale à long terme. Certains n'y voient qu'une stratégie, apprise de Sun Tsu : "Pour battre ton ennemi, il faut d'abord le soutenir pour qu'il relâche sa vigilance ; pour prendre, il faut d'abord donner." D'autres croient sincèrement aux partenariats "gagnant-gagnant", ce leitmotiv de la propagande de Pékin. De fait, la Chine ne fait pas que s'emparer des matières premières africaines. Elle écoule aussi ses produits simples et bon marché, retape les routes, les voies ferrées, les bâtiments officiels. Manque d'énergie ? Elle construit des barrages au Congo, au Soudan, en Ethiopie, et s'apprête à aider l'Egypte à relancer son programme nucléaire civil. Besoin de téléphone ? Elle équipe toute l'Afrique de réseaux sans fil et de fibres optiques. Les populations locales sont réticentes ? Elle ouvre un hôpital, un dispensaire ou un orphelinat. Le Blanc était condescendant et m'as-tu-vu ? Le Chinois reste humble et discret. Les Africains sont impressionnés. Plusieurs milliers parlent ou apprennent aujourd'hui le chinois. Beaucoup d'autres admirent leur persévérance, leur courage et leur efficacité. Et toute l'Afrique se réjouit de cette concurrence qui casse les monopoles des commerçants occidentaux, libanais et indiens. (...)


La Chine en Afrique est donc plus qu'une parabole de la mondialisation, c'est son parachèvement, un basculement des équilibres internationaux, un tremblement de terre géopolitique. S'y installe-t-elle au détriment définitif de l'Occident ? Sera-t-elle pour le continent des ténèbres la lumière providentielle ? L'aidera-t-elle à prendre enfin sa destinée en main ? Pour répondre à ces questions, nous le savions, quelques articles ne suffiraient pas. Il fallait aller sur place, sillonner l'Afrique de part en part, aller à la rencontre des Chinois et des Africains, se mettre dans la peau des uns et des autres ; il fallait écrire ce livre...


Article paru dans l'édition du 20.05.08

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21 mai 2008 3 21 /05 /mai /2008 19:07

Le Liban préservé de la guerre civile avec l'accord de Doha

 

DOHA (Reuters)

  Les "frères ennemis" du Liban ont signé au Qatar un accord destiné à mettre fin à la crise politique ouverte il y a dix-huit mois, évitant ainsi un retour à la guerre civile et ouvrant la voie à l'élection d'un nouveau chef de l'Etat.

 


Le Parlement se réunira dimanche à Beyrouth pour élire à la présidence le général Michel Souleïmane, chef de l'armée, ont indiqué à Reuters des collaborateurs de Nabih Berri, président du Parlement libanais, à Doha où a été signé l'accord après six jours d'entretiens sous l'égide de la Ligue arabe.


L'accord entre la coalition au pouvoir soutenue par Washington et l'opposition dominée par le Hezbollah règle un différend sur le code électoral pour la tenue d'élections législatives en 2009. Il répond à une exigence de l'opposition qui réclamait un droit de veto au sein du gouvernement.


Le Hezbollah, mouvement chiite soutenu par l'Iran et la Syrie, avait accentué ce mois-ci sa pression sur l'alliance au pouvoir en prenant brièvement le contrôle de la majeure partie de Beyrouth-Ouest, fief traditionnel des sunnites.


Les négociations organisées dans le Golfe ont fait suite à une intervention de la Ligue arabe qui a mis fin la semaine dernière à des affrontements ayant fait 81 morts. Ces violences, les plus graves au Liban depuis la guerre civile de 1975-1990, avaient exacerbé les tensions entre les chiites acquis au Hezbollah et les partisans druzes et sunnites du gouvernement.

"Aujourd'hui, nous tournons une page dans l'histoire du Liban", a déclaré le sunnite Saad al Hariri, chef de la
coalition gouvernementale, qui entretient des liens étroits avec l'Arabie saoudite.


"ÉTAPE CONSTRUCTIVE", DIT RICE


"Je sais que les blessures sont profondes, mais nous dépendons les uns des autres", a ajouté Hariri, l'un des principaux candidats au poste de Premier ministre dans le prochain gouvernement.


Le chef de la délégation du Hezbollah, Mohamed Raad, a estimé que l'accord contribuerait "à renforcer la coexistence et à édifier l'Etat". L'Iran et la Syrie ont salué sa conclusion.


La secrétaire d'Etat américaine Condoleezza Rice a parlé d'une "étape constructive vers le règlement de la crise actuelle par l'élection d'un président, la formation d'un nouveau gouvernement et le traitement de la question du code électoral".


Rice a souligné que l'accord devait être intégralement appliqué et que le gouvernement devait exercer son autorité sur tout le territoire libanais. Pour David Welch, responsable du département d'Etat, "ce n'est pas la fin de la crise" et l'accord devra surmonter des écueils politiques difficiles.


En France, le président Nicolas Sarkozy a estimé que l'accord de Doha ouvrait la voie à une "consolidation de la paix civile et au retour à un fonctionnement normal des institutions libanaises". Il a noté que Paris s'était fortement investi dans la recherche d'une solution à la crise libanaise.


Le chef de la diplomatie française, Bernard Kouchner, souligne de son côté qu'il revient "à l'ensemble des Libanais de bâtir sur cet accord les bases d'une réconciliation nationale dans l'intérêt supérieur du pays".


COMPROMIS


Talal Salman, commentateur du journal libanais "As Safir" (pro-opposition), parle d'un compromis qui "pourrait se transformer en accord solide. Il rétablit l'équilibre dans la formule ni vainqueur, ni vaincu".


La coalition antisyrienne a longtemps refusé que l'opposition dispose d'un droit de veto au gouvernement, de crainte que cela ne replace le Liban sous la tutelle de Damas.


La Syrie, proche alliée de l'Iran, a été contrainte de retirer ses forces du Liban en 2005 après l'assassinat de l'ex-Premier ministre Rafic Hariri. Les Etats-Unis se sont réjouis de ce retrait, mais le camp du Hezbollah a peu à peu accentué sa pression sur les alliés de Washington au Liban.


Les ministres de l'opposition ont quitté en novembre 2006 le gouvernement du Premier ministre Fouad Siniora pour dénoncer son refus de leur accorder le droit de veto. Ces démissions ont privé le gouvernement de l'ensemble de ses ministre chiites et porté un coup au fragile système de partage du pouvoir.


L'opposition a commencé à démanteler son "camp de toile" installé en signe de protestation dans le centre de Beyrouth, près du Caravansérail, siège du gouvernement. La présence de ces tentes paralysait le quartier commerçant depuis décembre 2006.


Aux termes de l'accord, les deux parties s'engagent à ne pas recourir à la violence dans les différends politiques.


Le cheikh Hamad ibn Djassim ibn Djabr al Sani, Premier ministre qatari qui a annoncé l'accord à Doha, assistera dimanche à l'élection de Souleïmane à la présidence. Une fois élu, le général Souleïmane présidera les entretiens entre dirigeants libanais sur la consolidation de l'Etat.


Le ministre syrien des Affaires étrangères, Oualid al Moualem, a dit que son pays se réjouissait de l'accord. "Nous espérons que (...) l'élection présidentielle aura lieu dimanche à Beyrouth et que ce sera le début de la concrétisation de la sécurité et de la stabilité au Liban", a-t-il déclaré à Reuters.

 

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21 mai 2008 3 21 /05 /mai /2008 18:58

Barack Obama à l'assaut de la Maison Blanche, même si Hillary Clinton ne renonce pas

 

WASHINGTON  (AP)

  Barack Obama touche du doigt l'investiture démocrate après sa victoire dans la primaire de l'Oregon. Le sénateur de l'Illinois, qui n'est plus qu'à 64 délégués du total requis pour remporter la nomination de son parti, commence à préparer la bataille présidentielle, même si sa rivale Hillary Clinton, victorieuse dans le Kentucky, refuse d'abandonner.

 

La sénatrice de New York s'est imposée avec 65% des suffrages dans le Kentucky, mais cette victoire ne pèse pas lourd politiquement. L'ex-First Lady entend toujours rester dans la course jusqu'à la dernière primaire du 3 juin, même si elle a évoqué la nécessité que le parti de l'âne se montre uni avant la présidentielle de novembre.


Au lendemain de ces deux primaires de l'Oregon et du Kentucky, Barack Obama s'est détourné mercredi de la course à l'investiture pour faire campagne en Floride, un Etat dont la primaire a été désavouée par la direction du parti. Ce sera l'un des principaux champs de bataille en novembre face au candidat républicain John McCain.


Hillary Clinton
se trouvait elle aussi en Floride, et faisait pression pour que les délégués de Floride soient pris en compte, ce lui permettrait de réduire un peu son retard sur Obama. L'Etat de Floride avait été privé de ses délégués après avoir organisé en janvier un scrutin ne respectant pas les règles du parti.


Hillary Clinton a remporté au moins 56 délégués lors des primaires du Kentucky et de l'Oregon, et Barack Obama au moins 43, selon l'analyse des résultats par l'Associated Press. Il restait quatre délégués à attribuer dans l'Oregon.


Mais après les dernières primaires, Barack Obama, qui espère devenir le président noir de l'histoire des Etats-Unis, revendique désormais la majorité des délégués élus lors de l'ensemble des 56 primaires et caucus démocrates. Dans ce marathon pour l'investiture qui Etat après Etat suscite des taux records de participation, Barack Obama a remporté 1.649,5 délégués, dépassant les 1.627 nécessaires pour prétendre détenir une majorité. Hillary Clinton n'a plus aucune chance de rattraper son adversaire dans les scrutins restant à Puerto Rico, dans le Dakota du Sud et le Montana.

Ces délégués élus sont distincts des quelque 800 super-délégués, dignitaires du parti et élus libres de voter pour le candidat de leur choix, qui seront décisifs.


Au total, Barack Obama peut compter sur 1.962 délégués ou super-délégués, sur les 2.026 requis pour remporter la nomination du parti lors de la convention nationale du mois d'août.
Hillary Clinton en a 1.779.



"Ce soir (...) vous avez mis l'investiture du Parti démocrate pour l'élection présidentielle des Etats-Unis d'Amérique à notre portée", a lancé mardi soir Barack Obama devant 6.000 partisans en liesse à Des Moines dans l'Iowa.


Le sénateur de l'Illinois a salué son adversaire victorieuse dans le Kentucky, dans un hommage qui laissait entendre que les jeux étaient faits. "La route a été longue jusqu'ici et c'est en partie parce que nous avons voyagé avec l'une des plus formidables candidates qui aient jamais concouru pour cette charge", a-t-il déclaré. "Quelle que soit l'issue de cette saison de primaires, la sénatrice Clinton (...) a renversé des barrières et changé l'Amérique dans laquelle mes filles et vos filles deviendront adultes et nous lui en sommes reconnaissants".


De retour dans cet Etat de l'Iowa, où il avait remporté sa première victoire contre une Hillary Clinton donnée grande favorite au départ, il a expliqué qu'il entendait ainsi "boucler la boucle" et lancer sa campagne électorale à l'assaut de la Maison Blanche.


Mardi soir, l'équipe de campagne d'Obama a fait savoir qu'elle disposait début mai d'un trésor de guerre de 37 millions de dollars de dons pour la campagne présidentielle contre 22 millions de dollars au candidat républicain John McCain.


Mais pour Hillary Clinton, la course ne sera pas terminée avant la dernière primaire. Celle qui veut devenir la première femme présidente, s'est dite mardi soir à Louisville "plus déterminée que jamais" à veiller à ce que chaque vote compte.


Mercredi Barack Obama a aussi récolté un nouveau soutien de poids dans le monde syndical, celui du syndicat des mineurs, United Mine Workers of America. Cela pourrait l'aider à séduire une partie de l'électorat ouvrier qui lui a jusqu'ici fait défaut. Hillary Clinton lui a ainsi infligé de sévères défaites dans le Kentucky et la Virginie occidentale, deux centres de l'industrie minière américaine. AP

 

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20 mai 2008 2 20 /05 /mai /2008 21:37

Interpol, les Farc et Chavez

L’ordinateur de Gauche et l’ordinateur de Droite

par Romain Migus

www.voltairenet.org

Les agences de presse anglo-saxonne ont donné un large écho au directeur général d’Interpol qui aurait confirmé les liens secrets entre le président Hugo Chavez et les FARC. Or, observe Romain Migus, le rapport d’Interpol dit le contraire de ce que les agences de presse ont relayé : l’agence internationale de coopération policière a constaté que l’ordinateur d’un chef rebelle, saisi par l’armée colombienne, a été manipulé par elle en profondeur de sorte qu’il est impossible d’authentifier les documents qu’elle prétend y avoir trouvé. Étrange : au même moment, le témoin clé dans une autre affaire était extradé hors de Colombie avec les documents, authentifiés ceux-là, d’un autre ordinateur. Ils mettaient très gravement en cause le président colombien Alvaro Uribe.

Le 1er mars 2008, 10 bombes GBU 12 Paveway de 227 kilos chacune explosaient en pleine jungle équatorienne rasant toute la végétation aux alentours et laissant des cratères de 2.40 mètres de diamètre et 1.80 mètres de profondeur [1]. La Colombie venait de violer la souveraineté de l’Équateur et d’assassiner Raul Reyes, le principal négociateur pour la libération d’Ingrid Bétancourt et des autres otages retenus par la guérilla.

Au sol, les combattants de la FARC et des étudiants de l’Université de Mexico ne résistèrent pas à un bombardement d’une telle ampleur. En revanche, gisait au beau milieu des cratères, un ordinateur indestructible qui contient, selon Bogota, des informations cruciales sur les alliances régionales.

Cet ordinateur dont la marque n’est malheureusement pas connue, c’est l’ordinateur de Raul Reyes. C’est l’ordinateur de gauche.

Rappelons avant d’aller plus loin que les relations avec la FARC sont tout ce qu’il y a de plus normales pour les voisins de la Colombie. L’ancien vice président vénézuélien, José Vicente Rangel, rappelait il y a peu, qu’avant l’arrivée de Chavez au pouvoir, un responsable des FARC disposait d’un bureau au Ministère des Affaires Etrangères vénézuélien, notamment pour traiter des dommages collatéraux du conflit colombien au Venezuela.

Imaginez qu’une armée de 15 000 hommes en guerre contre le pouvoir suisse stationne prés du lac Léman. Il y a fort à parier que le gouvernement français, mais aussi les autorités régionales et locales entretiendront des relations avec des responsables de cette armée pour éviter des dérapages en France.

Le Venezuela et l’Équateur : cibles des accusations

Le 3 mars, soit deux jours à peine après l’agression de l’Équateur par la Colombie, le gouvernement d’Alvaro Uribe commence à dévoiler une partie du contenu de l’ordinateur de gauche. Les preuves abonderaient pour prouver l’alliance régionale entre l’Équateur et le Venezuela et la FARC.
Dans le cas du Venezuela, Chavez est accusé d’avoir reçu 100 millions de pesos (environ 35 000 euros) de la guérilla lorsqu’il était en prison (1992-94), et en retour de financer la guérilla pour 300 millions de dollars. De même, le Venezuela est accusé de faciliter le trafic d’armes pour le compte de la FARC voire même d’armer les rebelles colombiens.

En ce qui concerne l’Équateur, les autorités colombiennes accusèrent le Ministre de l’Intérieur équatorien, Gustavo Larrea, de connivence avec la FARC. Une photo prétendument tirée de l’ordinateur de gauche montre Raul Reyes conversant selon les autorités colombiennes avec le Ministre équatorien. La nouvelle fait le tour du monde, jusqu’à ce que Patricio Echegaray, secrétaire général du Parti Communiste Argentin déclare que c’est lui qui apparaît sur la photo. Qu’importe, le mal est fait. De plus, d’autres documents prouveraient la connivence de Quito avec la FARC.

Les gouvernements équatorien et vénézuélien rejettent ces accusations, soulignant l’invraisemblable indestructibilité de l’ordinateur et le fait que Bogota ait pu fabriquer des fausses preuves.

Alvaro Uribe va donc faire appel à Interpol pour donner une résonance médiatique mondiale à ses accusations.

Une mission de crise est envoyée à Bogota. Elle est dirigée par un ancien directeur du département du Trésor états-unien et ancien fonctionnaire du département de la Justice de ce pays : Ronald Kenneth Noble, actuel secrétaire général de Interpol. Imaginons un instant qu’un ancien fonctionnaire cubain, biélorusse ou iranien ait été nommé chef de cette mission et que son rapport favorise nettement le Venezuela. On peut légitimement penser que la machine médiatique aurait hurlé à la fraude.
Mais il est bien connu que les États-Unis ne fraudent pas…

Que dit le rapport de Interpol ?

  Que les fichiers des ordinateurs, des disques durs externes et des clés USB pèsent 609.6 gigaoctets soit 39.5 millions de pages Word.

En conférence de presse, Ronald Kenneth Noble, a souligné que vu l’ampleur des fichiers cela prendrait plus de « mille ans pour en vérifier le contenu » et qu’Interpol n’avait pas vérifié l’authenticité du contenu des preuves. Autrement dit, ce qu’Interpol peut faire en mille ans, les Colombiens l’ont réalisé en 48 heures, du 1er mars date du bombardement, au 3 mars, date de la première déclaration sur les soi-disant preuves de l’ordinateur de gauche. Notons au passage que les informaticiens colombiens allient la rapidité à la chance puisqu’ils ont seulement ouvert des fichiers incriminant le Venezuela et l’Équateur. Rien sur les relations de la FARC avec la France ou le Brésil, par exemple.

Que c’est-il donc passé durant ces 48 heures ? Le rapport d’Interpol est limpide :

  « L’accès aux données contenues dans les huit pièces à conviction informatiques provenant des FARC entre le 1er mars 2008, date à laquelle elles ont été saisies par les autorités colombiennes, et le 3 mars 2008 à 11 h 45, lorsqu’elles ont été remises au Grupo Investigativo de Delitos Informáticos de la Police judiciaire colombienne, n’a pas été effectué conformément aux principes reconnus au niveau international [c’est nous qui soulignons] en matière de traitement des éléments de preuve électroniques (…) En d’autres termes, au lieu de prendre le temps de créer des images des contenus de chacune des huit pièces à conviction saisies en les protégeant contre l’écriture avant d’y accéder, ils ont accédé directement aux données en question. »

Bizarrement, c’est précisément durant ce laps de temps où la police judiciaire colombienne attend les ordinateurs que sont révélées les soi-disantes preuves. C’est-à-dire que ces soi-disantes preuves ne sont pas le travail scientifique des informaticiens de la police mais d’une officine de l’armée colombienne qui n’a pas pris le soin de créer des images des contenus des documents avant de les ouvrir.

  De plus selon le rapport d’Interpol, des fichiers systèmes ont été crées ou modifiés après le bombardement du camp guérillero :

« 83. L’examen de la pièce à conviction n° 26 — un ordinateur portable — a révélé les incidences suivantes sur les fichiers le 1er mars 2008 ou après cette date :

273 fichiers système ont été créés ;

373 fichiers système et utilisateur ont fait l’objet d’accès ;

786 fichiers système ont été modifiés ;

488 fichiers système ont été supprimés. »

(C’est identique pour toutes les pièces à convictions : voir les points 84, 85, 86, 87, 88, 89, 90 du rapport)

  Certes le rapport affirme que les fichiers utilisateurs (texte word, photos, etc…) n’ont ni été modifiés ni crées après le 1er mars. Mais dans la même conclusion, Interpol souligne qu’il existe dans toutes les pièces à conviction des milliers de fichiers datés de 2009 ou 2010.

Concernant ces fichiers, Interpol conclut « que ceux-ci ont été créés à une date antérieure au 1er mars 2008 sur une ou plusieurs machines dont les paramètres de date et d’heure système étaient incorrects. »

Or comment attester de l’authenticité des fichiers s’il est si simple de changer la date de la création du document ? Autrement dit, l’officine de l’armée colombienne qui a eu pendant 48 heures les pièces à conviction aurait très bien pu créer un document en l’antidatant. Surtout si comme le révèle Interpol les fichiers systèmes ont été modifiés.

Comme on le voit, le rapport d’Interpol soulève plus de questions sur la validité des documents de l’ordinateur de gauche qu’il n’apporte de réponses. Qu’importe, le tsunami médiatique s’abat déjà sur le Venezuela (mais pas sur l’Équateur, allez savoir pourquoi…). Marie Delcas du Monde [2] confondant le travail de juge avec celui de journaliste, reprend à son compte les accusations du gouvernement colombien, alors que, rappelons-le, d’une part Interpol ne s’est pas prononcé sur le contenu des documents, d’autre part le rapport jette de forts doutes sur l’authenticité de l’origine des documents.

On aimerait que Marie Delcas puisse répondre à l’invitation lancée par le président équatorien Rafael Correa depuis Paris le 13 mai dernier : « Nous ne donnons aucune crédibilité à ces ordinateurs, mais si quelqu’un le fait, alors il devra aussi accorder de la crédibilité lorsque la FARC accuse Uribe d’être un paramilitaire et un narcotraficant ». Jusqu’à maintenant, pas une ligne dans Le Monde ou dans les autres media sur ce sujet…

Et pourtant…

L’ordinateur de droite

Et pourtant, il existe un autre ordinateur. Celui-là a encore son propriétaire vivant pour authentifier les documents saisis. Cet ordinateur-là appartient au chef paramilitaire Rodrigo Tovar, alias « Jorge 40 ».
C’est l’ordinateur de droite.

Dans l’ordinateur de droite, saisi en 2006, ont été trouvées des preuves de plus de 50 assassinats perpétrés par les paramilitaires [3] contre des leaders syndicaux et de mouvements sociaux en 2005 et 2006.

De plus, une liste d’élus colombiens (sénateurs, députés, maires, gouverneurs) parrainés par les paramilitaires va être mise à jour. Des dizaines d’élus bénéficient de la protection, du financement, des contacts et des moyens de pression des paramilitaires. Et plus grave, l’ordinateur de droite compte mêmes des preuves de fraudes électorales organisées par les paramilitaires pour diverses élections dont celle du président Alvaro Uribe.

L’ordinateur de droite va être le déclencheur du scandale de la parapolitique en Colombie. Ce néologisme fait allusion au lien unissant certains hommes politiques, des membres des services secrets, des hommes d’affaires avec les groupes mafieux paramilitaires, connus entre autre pour découper leurs victimes à la tronçonneuse et jouer au football avec leur tête.

A-t-on eu besoin d’appeler Interpol pour prouver l’authenticité des documents trouvés dans l’ordinateur de droite ? Non, car son propriétaire, « Jorge 40 », a confirmé par la suite l’authenticité des documents.

Mais « Jorge 40 » ne va pas s’arrêter à ce témoignage. Il confirme l’existence des Accords de Ralito. Une alliance officielle, avec documents signés à l’appui, entre quatre chefs paramilitaires et 29 personnalités politiques (députés, sénateurs, maire, gouverneurs de régions), un journaliste, et deux propriétaires terriens pour « refonder la Patrie » et « protéger la propriété privée ». Lors de la signature de ces accords, on a pu noter la présence du conseiller de Nicolas Sarkozy, le bourreau argentin Mario Sandoval [4].

Le scandale de la parapolitique touche désormais des ministres et l’actuel vice-président dont la famille possède le seul quotidien de diffusion nationale. Le cercle se réduit autour d’Alvaro Uribe.

Qu’à cela ne tienne, les États-Unis viennent d’obtenir l’extradition de « Jorge 40 » et de 12 autres chefs paramilitaires. « Jorge 40 » et son ordinateur n’ont désormais plus de compte à rendre à la justice et au Peuple colombien. L’ordinateur de droite était gênant, on a pu le faire disparaître discrètement pendant que tous les media parlaient de l’ordinateur de gauche. Raul Reyes, lui, n’est plus là pour témoigner de l’authenticité des documents de son ordinateur indestructible…


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20 mai 2008 2 20 /05 /mai /2008 21:29

L’ombre du raïs en jugement

Tarek Aziz. L’ex-ministre des Affaires étrangères de Saddam Hussein, complice des exactions du régime, comparaît aujourd’hui devant un tribunal irakien.

 

Par Jean-Pierre Perrin

Libération -  20 mai 2008

 

Sous Saddam Hussein il était l’homme au double visage. Affable lorsqu’il se trouvait hors d’Irak, donnant l’image d’une certaine modération, incarnant l’homme présentable du régime, celui que l’on pouvait envoyer chez le pape. Dur au contraire à l’intérieur du pays, aligné comme il se devait sur le raïs, serviteur dévoué, docile parmi les dociles, s’abstenant de fumer ses gros havanes quand le maître brandissait le sien lors des réunions du Conseil de commandement de la révolution (CCR). D’un côté, le blazer de bonne coupe pour faire bonne impression. De l’autre, l’uniforme baasiste, avec le béret de rigueur.

 

Cette fidélité sans faille valut longtemps à Tarek Aziz, âgé de 72 ans, la fonction de ministre des Affaires étrangères. Il fut aussi l’un des vice-Premiers ministres de Saddam Hussein, poste d’ailleurs sans grande importance. Ombre d’un dictateur chargé d’en gommer les ombres, en se montrant avenant et en exhibant un anglais parfait, il représenta l’Irak pendant des décennies, figure la plus connue de l’Irak baasiste. C’est ce diplomate à tout faire, sans grand pouvoir du fait de son appartenance à la petite minorité chrétienne chaldéenne - lui-même n’était pas croyant -, que l’on juge aujourd’hui à Bagdad devant le Haut Tribunal pénal lors du quatrième procès d’anciens responsables du régime irakien.

 

Commerçants exécutés. Avec lui comparaissent sept anciens responsables, dont Ali Hassan al-Majid, surnommé «Ali le Chimique», deux demi-frères de Saddam Hussein, Watban et Sabawai, et le directeur de la Banque centrale. Ils sont jugés pour l’exécution en 1992 de 42 commerçants accusés d’avoir spéculé sur les prix des produits alimentaires, alors que l’Irak était soumis à des sanctions internationales effroyables imposées après l’invasion du Koweït en août 1990. Selon l’acte d’accusation, ces commerçants ont été arrêtés sur les marchés de grossistes de Bagdad et exécutés, suivant la mise en scène habituelle, après un simulacre de procès. Leurs biens avaient aussi été saisis.

 

Tarek Aziz, lui, nie tout lien avec ces exécutions. Son fils Ziad souligne de son côté qu’aucune famille de victimes n’a porté plainte contre son père. «Le commerce n’était pas du ressort de Tarek Aziz et l’ordre d’exécuter la sentence n’a pas été pris à son niveau», souligne Gilles Munier, le président des Amitiés franco-irakiennes, qui se trouvait en visite en Irak à cette époque.

 

A la différence de la plupart des dirigeants baasistes, Tarek Aziz s’était livré presque immédiatement aux troupes américaines après la chute de Bagdad, en avril 2003. Détenu au Camp Cropper, près de la capitale, il a depuis été plusieurs fois hospitalisé. Pour Munier, il ne fait aucun doute que l’ex-ministre irakien des Affaires étrangères va être condamné à mort. « Le procès étant présidé par le juge Raouf Abdul-Rahman, qui a condamné Saddam Hussein à mort en 2006, il faut s’attendre à une parodie de justice suivie d’exécutions sommaires», ajoute-t-il. Déjà, l’avocat du prévenu, Badie Aref, ne sera pas présent pour le défendre. Ayant reçu des menaces de mort, il s’est réfugié à Amman, en Jordanie, dans la crainte de connaître le même sort que Khamis al-Obeidi, un des avocats de Saddam Hussein, enlevé lors de son procès, torturé et assassiné.

 

Barbarie établie.

Il n’y a guère dès lors que les Etats-Unis qui pourraient arracher une mesure de clémence du gouvernement irakien. Peu de chances qu’ils le fassent, d’autant plus que Tarek Aziz a fait partie jusqu’au bout du Conseil de commandement de la révolution, l’organe dirigeant du régime, où furent décidées les pires exactions. Dans le recueil de ses discours, on trouve des passages accablants qui témoignent de son adhésion à la barbarie établie. Dans celui du 17 juillet 1972, il justifiait les pendaisons des juifs et de dizaines d’autres innocents à Bagdad par ces mots: «Il ne faut pas croire que les centaines de milliers de personnes qui ont trouvé bon de sortir regarder les pendus sont des barbares ou des primitifs. Ce serait une injustice et aussi une fausse impression. Cet événement fut un monument élevé à la confiance par la Révolution, sur la place la plus importante de Bagdad, pour prouver au peuple que ce qui avait été impossible dans le passé était maintenant un fait qui parlait lui-même.»


Du temps où Tarek Aziz régnait sur la diplomatie irakienne, il était - pétrole oblige - l’un des hommes les plus courtisés du Moyen-Orient. Lors de ses passages à Paris, hommes d’affaires, politiques et diplomates se pressaient à son hôtel de la rue de Rivoli. Quelques années avant la chute de Saddam, lors d’un colloque international sur l’Irak, Serge Boidevaix, qui fut secrétaire général du Quai d’Orsay - il est aujourd’hui inculpé dans le cadre du scandale « pétrole contre nourriture » -- se présentait même comme le représentant personnel de Tarek Aziz en France. Aujourd’hui, hormis Jean-Pierre Chevènement, ils sont bien rares ceux qui ont signé la pétition en sa faveur.

 

 

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20 mai 2008 2 20 /05 /mai /2008 21:10

CILCA

Comité pour un Courant Intersyndical Lutte de Classe Antibureaucratique

STOP AUX « JOURNÉES D’ACTION » SANS PERSPECTIVE !

LES DIRECTIONS SYNDICALES DOIVENT APPELER TOUS LES TRAVAILLEURS À LA GRÈVE
À PARTIR DU JEUDI 22 MAI !

Avec 60% de grévistes dans l’Éducation, 50% dans l’ensemble de la Fonction publique, et environ 450 000 manifestants en France jeudi 15 mai (et encore 45 000 manifestants dimanche 18 mai à Paris à l’appel de la FSU), les fonctionnaires, enseignants et lycéens ont montré leur détermination à combattre les contre-réformes du gouvernement.

Pourtant, le gouvernement se sent suffisamment puissant pour répondre par le mépris total des grévistes et par l’annonce d’un projet de loi sur le service minimum à l’école obligeant les enseignants à se déclarer grévistes 48 heures à l’avance, et les municipalités à prendre en charge une responsabilité (sécurité, encadrement, finances) dont elles n'ont pas compétence.

Si le gouvernement peut se permettre de continuer ses attaques tous azimuts, c’est parce que les directions syndicales n’ont rien à lui opposer si ce n’est une succession de journées d’action isolées et sectorielles (même pas accompagnées d’appels clairs à la grève) qui ne peuvent que mener les travailleurs à la défaite et à la démoralisation.

Toutes les conditions objectives sont pourtant réunies pour un mouvement de grève interprofessionnel puissant capable de mettre en échec Sarkozy : attaques simultanées dans tous les secteurs, forte combativité des travailleurs, mouvement lycéen, impopularité record de Sarkozy. C’est pourquoi il est de la responsabilité des directions syndicales de stopper toute négociation avec le gouvernement et d’appeler l’ensemble des travailleurs à la grève à partir du jeudi 22 mai. Nous lançons un appel à l’ensemble des travailleurs : faisons pression sur les directions syndicales (adresses, délégations…) pour qu’elles prennent leurs responsabilités ! Inspirons-nous de l’exemple des travailleurs sans-papiers qui occupent la Bourse du travail ! Développons partout l’auto-organisation et travaillons à réunir les conditions pour lancer dans nos entreprises et administrations la grève reconductible !

Nous soutenons l’appel de l’AG des établissements en lutte d’Île-de-France à une grande Assemblée générale interprofessionnelle jeudi 22 mai à 17h30 à la Bourse du travail de Paris. Envoyons des mandatés de tous les secteurs en lutte pour que cette AG soit la plus légitime possible ! En outre, une réunion unitaire à l’appel de plusieurs organisations a décidé mardi 13 mai d’appeler également à cette AG interprofessionnelle jeudi 22 mai.


Communiqué du 20 mai 2008


Le CILCA vise à regrouper les syndicalistes de lutte de classe, pour rompre l’isolement et agir ensemble contre la « négociation » des reculs sociaux, contre la collaboration de classe, pour la réappropriation de nos syndicats. Il est co-organisateur des Forums du syndicalisme de classe et de masse et co-éditeur du Bulletin du syndicalisme de classe et de masse.

Contacts :
http://courantintersyndical.free.fr — Courriel : courantintersyndical@free.fr — Tél. : 06 66 25 16 65

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20 mai 2008 2 20 /05 /mai /2008 21:02

Pétrole: nouveau record à 129,60 dollars le baril

 

VIENNE (AP)

 

 

Le baril de pétrole a battu un nouveau record en dépassant mardi pour la première fois les 129 dollars sur le marché des matières premières de la bourse de New York (Nymex).

 

Le baril de brut léger pour livraison en juin a atteint un pic en séance à 129,60 dollars, avant de reculer à 128,60 dollars. A Londres, le Brent léger pour livraison en juillet a atteint 127,45 dollars.


Selon Darin Newsom, spécialiste des marchés pétroliers, "on est en train de pousser vers les 130 dollars. Il n'y a pas de raison de penser que le brut ne peut pas monter à 140 dollars", a-t-il déclaré.


Les cours du pétrole ont pratiquement doublé par rapport à l'an dernier, une hausse provoquée selon les spécialistes par divers facteurs: achats spéculatifs, inquiétudes sur les approvisionnements et tensions dans les zones de production, notammant au
Nigeria, hausse globale de la demande mondiale, faiblesse du dollar.


Certains observateurs du marché ont attiré l'attention au cours des derniers jours sur la forte demande de fioul en
Chine, suite au violent séisme du 12 mai dans le centre du pays mais également "en prévision des Jeux Olympiques", selon Jim Ritterbush, président d'une firme de courtage. AP

 

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19 mai 2008 1 19 /05 /mai /2008 21:18

Les contacts de la France avec le Hamas ni sages ni judicieux (Washington)

 

 

AFP 19.05.08 | 22h09

 

   

  Les contacts de la France avec le mouvement radical palestinien Hamas ne sont ni sages ni appropriés ni même utiles, a estimé lundi le porte-parole du département d'Etat, Sean McCormack.

Interrogé sur les déclarations du ministre français des Affaires étrangères Bernard Kouchner, qui a admis lundi que la France avait repris des "contacts" avec le Hamas, M. McCormack a réitéré la position américaine sur ce sujet.


"Nous ne pensons pas que ce soit sage ou judicieux", a-t-il déclaré. "Nous en avons parlé dans le passé quand d'autres Etats ont choisi d'avoir ce genre de contacts".


"Nous ne pensons pas que ce soit utile au processus de paix dans la région", a-t-il ajouté. "Notre position reste que le Hamas devrait être forcé de faire un choix".


M. McCormack a cependant noté que les contacts avaient été limités à un diplomate à la retraite et que la politique de la France à l'égard du Hamas n'avait pas changé.


La France "adhère à la politique selon laquelle le Hamas doit respecter les exigences de la déclaration du Quartette de Londres", a-t-il dit.


Les Etats-Unis et l'Union Européenne considèrent le Hamas comme une organisation terroriste et refusent tout contact avec le mouvement radical palestinien, qui a pris le contrôle de la bande de Gaza par la force il y a un an.


En janvier 2006 à Londres, Européens et Américains se sont engagés à ne pas entretenir de relations avec le Hamas tant que ce mouvement ne reconnaîtrait pas l'Etat d'Israël, n'accepterait pas l'acquis des discussions de paix et ne renoncerait pas à la violence.


Or le Figaro a révélé lundi qu'un diplomate français de haut rang à la retraite, Yves Aubin de La Messuzière, qui fut notamment ambassadeur en Irak, s'était rendu il y environ un mois à Gaza pour y rencontrer le chef du gouvernement Ismaïl Haniyeh et un des principaux chefs du mouvement islamiste, Mahmoud Zahar.


"Ce serait difficile de l'infirmer", a déclaré M. Kouchner, interrogé sur cette information sur Europe 1. Le chef de la diplomatie française a toutefois minimisé la portée de ces contacts.


"Ce ne sont pas des relations, ce sont des contacts", a-t-il souligné. "Nous ne sommes pas les seuls à en entretenir" et "nous ne sommes chargés d'aucune négociation", a-t-il ajouté.


M. McCormack n'a pas exclu que les Etats-Unis demandent des éclaircissements à la France. "Je ne sais pas si ce sera nécessiare", a-t-il déclaré. Mais "si (le secrétaire d'Etat adjoint pour le Proche-Orient) David Welch pense devoir contacter son homologue pour en apprendre davantage, renforcer le message, je suis sûr qu'il le fera".


"En général, nous pensons qu'il n'est ni sage ni judicieux d'avoir des contacts avec le Hamas", a-t-il réaffirmé. "Nous sommes convaincus que ce genre d'efforts ne nous rapprochent pas de la paix. En fait, dans certains cas, ils nous en éloignent".

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19 mai 2008 1 19 /05 /mai /2008 20:09

Pourquoi nous ne pouvons pas attendre, Lettre aux Blancs modérés à propos de la légitime impatience des Noirs


Par Martin Luther King

www.lmsi.net

Introduction

À l’occasion du quarantième anniversaire de l’assassinat de Martin Luther King, et de la reparution de ses écrits et discours aux éditions Bayard [1], nous republions des extraits choisis d’un de ses textes les plus forts : la Lettre de la geôle de Birmingham. Très loin de l’image aseptisée du pasteur qu’a construite l’idéologie dominante, plus loin encore des appels à la « tolérance », au « vivre-ensemble » et autres mots creux de l’antiracisme étatique et institutionnel, cette lettre propose l’une des analyses les plus profondes du racisme, de ses conséquences subjectives sur celles et ceux qui le subissent, et de la remarquable capacité de cécité et d’indifférence dont il peut faire l’objet, jusque chez les plus sincères antiracistes. Écrite en avril 1963 pendant un séjour en prison, suite à une « action directe de désobéissance civique » (occupation par des Blancs et des Noirs de lieux publics
légalement réservés aux Blancs), cette lettre est adressée aux « blancs modérés », c’est-à-dire aux Blancs qui reconnaissent le caractère illégitime de la ségrégation raciale, mais qui reprochent aux activistes noirs d’être trop « impatients », trop « extrémistes », et d’utiliser des moyens de lutte illégaux.

Article

L’un de vos arguments fondamentaux est que notre action se produit à un mauvais moment. Certains ont demandé :

« Pourquoi ne pas avoir donné aux nouveaux élus le temps d’agir ? ».
La seule réponse que nous pouvons donner, c’est que le nouveau pouvoir, comme l’ancien, a besoin d’être bousculé pour enfin agir.
(...)

L’histoire est la longue et tragique illustration du fait que les groupes privilégiés cèdent rarement leurs privilèges sans y être contraints. Il arrive que des individus soient touchés par la lumière de la morale et renoncent d’eux même à leurs attitudes injustes, mais mes groupes ont rarement autant de moralité que les individus. Nous avons douloureusement appris que la liberté n’est jamais accordée de bon gré par l’oppresseur ; elle doit être exigée par l’opprimé. Franchement, je ne me suis jamais engagé dans un mouvement d’action directe à un moment jugé « opportun », d’après le calendrier de ceux qui n’ont pas indûment subi les maux de la ségrégation.

« Attendez ! » [2]

Depuis des années, j’entends ce mot : « Attendez ! ». Il résonne à mon oreille, comme à celle de chaque Noir, avec une perçante familiarité. Cet « Attendez » a presque toujours signifié : « Jamais ! ».
(…)

Il nous faut constater avec l’un de nos éminents juristes que « Justice trop tardive est déni de justice ». Nous avons attendu pendant plus de trois cent quarante ans les droits constitutionnels dont nous a dotés notre Créateur. Les nations d’Asie et d’Afrique progressent vers l’indépendance politique à la vitesse d’un avion à réaction, et nous nous traînons encore à l’allure d’une voiture à cheval vers le droit de prendre une tasse de café au comptoir.

Ceux qui n’ont jamais senti le dard brûlant de la ségrégation raciale ont beau jeu de dire : « Attendez ! ». Mais quand vous avez vu des populaces vicieuses lyncher à volonté vos pères et mères, noyer à plaisir vos frères et sœurs ; quand vous avez vu des policiers pleins de haine maudire, frapper, brutaliser et même tuer vos frères et soeurs noirs en toute impunité ; quand vous voyez la grande majorité de vos vingt millions de frères noirs étouffer dans la prison fétide de la pauvreté, au sein d’une société opulente ; quand vous sentez votre langue se nouer et votre voix vous manquer pour tenter d’expliquer à votre petite fille de six ans pourquoi elle ne peut aller au parc d’attractions qui vient de faire l’objet d’une publicité à la télévision ; quand vous voyez les larmes affluer dans ses petits yeux parce que ce parc est fermé aux enfants de couleur ; quand vous voyez les nuages déprimants d’un sentiment
d’infériorité se former dans son petit ciel mental ; quand vous la voyez commencer à oblitérer sa petite personnalité en sécrétant inconsciemment une amertume à l’égard des Blancs ; quand vous devez inventer une explication pour votre petit garçon de cinq ans qui vous demande dans son langage pathétique et torturant : « Papa, pourquoi les Blancs sont si méchants avec ceux de couleur ? » ; quand, au cours de vos voyages, vous devez dormir nuit après nuit sur le siège inconfortable de votre voiture parce que aucun motel ne vous acceptera ; quand vous êtes humilié jour après jour par des pancartes narquoises : « Blancs », « Noirs » ; quand votre prénom est « négro » et votre nom « mon garçon » (quel que soit votre âge) ou « John » ; quand votre mère et votre femme ne sont jamais appelées respectueusement « Madame » ; quand vous êtes harcelé le jour et hanté la nuit par le fait que vous êtes un nègre, marchant
toujours sur la pointe des pieds sans savoir ce qui va vous arriver l’instant d’après, accablé de peur à l’intérieur et de ressentiment à l’extérieur ; quand vous combattez sans cesse le sentiment dévastateur de n’être personne ; alors vous comprenez pourquoi nous trouvons si difficile d’attendre.

Il vient un temps où la coupe est pleine et où les hommes ne supportent plus de se trouver plongés dans les abîmes du désespoir. J’espère, Messieurs, que vous pourrez comprendre notre légitime et inévitable impatience.

« Pourquoi prônez-vous la désobéissance ? »

Vous exprimez une grande inquiétude à l’idée que nous sommes disposés à enfreindre la loi. Voilà certainement un souci légitime. Comme nous avons si diligemment prôné l’obéissance à l’arrêt de la Cour suprême interdisant, en 1954, la ségrégation dans les écoles publiques, il peut sembler paradoxal, au premier abord, de nous voir enfreindre la loi en toute conscience. On pourrait fort bien nous demander :
« Comment pouvez-vous recommander de violer certaines lois et d’en respecter certaines autres ? »

La réponse repose sur le fait qu’il existe deux catégories de lois : celles qui sont justes et celles qui sont injustes. Je suis le premier à prêcher l’obéissance aux lois justes. L’obéissance aux lois justes n’est pas seulement un devoir juridique, c’est aussi un devoir moral. Inversement, chacun est moralement tenu de désobéir aux lois injustes. J’abonderais dans le sens de Saint Augustin pour qui « une loi injuste n’est pas une loi ».

Quelle est la différence entre les unes et les autres ? Comment déterminer si une loi est juste ou injuste ? Une loi juste est une prescription établie par l’homme en conformité avec la loi morale ou la loi de Dieu.
Une loi injuste est une prescription qui ne se trouve pas en harmonie avec la loi morale. Pour le dire dans les termes qu’emploie saint Thomas d’Aquin, une loi injuste est une loi humaine qui ne plonge pas ses racines dans la loi naturelle et éternelle. Toute loi qui élève la personne humaine est juste. Toute loi qui la dégrade est injuste. Toute loi qui impose la ségrégation est injuste car la ségrégation déforme l’âme et endommage la personnalité. Elle donne à celui qui l’impose un fallacieux sentiment de supériorité et à celui qui la subit un fallacieux sentiment d’infériorité.
(...)

Nous ne pourrons jamais oublier que tous les agissements de Hitler en Allemagne étaient « légaux » et que tous les actes des combattants de la liberté en Hongrie étaient « illégaux ». Il était « illégal » d’aider et de réconforter un juif dans l’Allemagne de Hitler. Mais je suis sûr que si j’avais vécu en Allemagne à cette époque-là, j’aurais aidé et réconforté mes frères juifs même si c’était illégal.
(…)

« Vous provoquez des tensions ! »

Je dois vous faire deux aveux sincères, mes frères chrétiens et juifs. Tout d’abord je dois vous avouer que, ces dernières années, j’ai été gravement déçu par les Blancs modérés. J’en suis presque arrivé à la conclusion regrettable que le grand obstacle opposé aux Noirs en lutte pour leur liberté, ce n’est pas le membre du Conseil des citoyens blancs ni celui du Ku Klux Klan, mais le Blanc modéré qui est plus attaché à l’« ordre » qu’à la justice ; qui préfère une paix négative issue d’une absence de tensions à une paix positive issue d’une victoire de la justice ; qui répète constamment : « Je suis d’accord avec vous sur les objectifs, mais je ne peux approuver vos méthodes d’action directe » ; qui croit pouvoir fixer, en bon paternaliste, un calendrier pour la libération d’un autre homme ; qui cultive le mythe du « temps-qui-travaille-pour-vous » et conseille constamment au Noir d’attendre « un
moment plus opportun ». La compréhension superficielle des gens de bonne volonté est plus frustrante que l’incompréhension totale des gens mal intentionnés. Une acceptation tiède est plus irritante qu’un refus pur et simple.
(...)

J’avais espéré que les blancs modérés le comprendraient : la loi et l’ordre ont pour objet l’établissement de la justice ; quand ils viennent à y manquer, ils se transforment en dangereux barrages dressés contre le progrès social. J’avais espéré que les blancs modérés le comprendraient : l’état de tension actuel dans le Sud n’est qu’une transition nécessaire : il nous faut sortir d’une phase détestable de paix négative, où le noir accepte passivement son sort injuste, et entrer dans une phase de paix positive et pleine de sens, où tous les hommes respecteront la dignité et la valeur de la personne humaine.

En réalité, ce n’est pas nous qui créons la tension en nous lançant dans l’action directe non-violente de désobéissance civique. Nous nous contentons de rendre visible une tension cachée qui existe déjà. Nous l’étalons au grand jour, là où elle peut être observée et traitée. Comme un abcès qui ne peut pas être traité et guéri tant qu’il reste interne, invisible, mais qui doit être ouvert et exposé, dans toute sa laideur purulente, aux remèdes naturels que sont l’air et la lumière, de même l’injustice doit être exposée, avec toutes les tensions que cela entraîne, à la lumière de la conscience humaine et à l’air de l’opinion publique, avant de pouvoir être guérie.

Dans votre déclaration, vous affirmez que nos actions, bien que pacifiques, doivent être condamnées car elles précipitent la violence.
Mais peut-on procéder à une telle assertion en bonne logique ?
Cela ne revient-il pas à condamner la victime d’un vol sous prétexte qu’en ayant de l’argent elle a poussé le coupable à commettre un acte de malhonnêteté répréhensible ?

Cela ne revient-il pas à condamner Socrate sous prétexte que son inébranlable attachement à la vérité et ses réflexions philosophiques ont poussé une opinion publique dévoyée à lui faire boire la ciguë ?

Cela ne revient-il pas à condamner Jésus, sous prétexte que son souci sans pareil de Dieu et sa soumission incessante à la volonté de celui-ci ont précipité le geste pervers de ceux qui l’ont crucifïé ?

Comme les juges fédéraux l’ont sans cesse affirmé et comme nous devons l’admettre : il est immoral de demander à un individu qu’il renonce à s’efforcer d’obtenir ses droits constitutionnels fondamentaux sous prétexte que sa quête précipite la violence. La société doit protéger la victime et châtier le voleur.

« Faîtes confiance au temps : il travaille pour vous ! »

J’avais également espéré que les Blancs modérés rejetteraient le mythe du « temps-qui-travaille-pour-vous ».

J’ai reçu ce matin une lettre d’un de nos frères blancs au Texas. Il me dit :

« Tous les chrétiens savent que les personnes de couleur obtiendront un jour l’égalité des droits, mais il est possible que votre hâte religieuse soit trop grande. Il a fallu près de deux mille ans à la chrétienté pour accomplir ce qu’elle a accompli. Il faut du temps pour que l’enseignement du Christ s’impose ici-bas. »

Tout ce que dit mon correspondant résulte d’une conception tragiquement erronée de l’action du temps. Prétendre que le temps, à lui seul, guérira inéluctablement tous les maux, voilà une idée étrangement irrationnelle.
En réalité, le temps est neutre ; il peut être utilisé pour construire ou pour détruire. J’en suis venu à penser que les hommes de mauvaise volonté l’ont mis à profit bien plus efficacement que les hommes de bonne volonté.
Notre génération ne doit pas se reprocher seulement les actes et les paroles au vitriol des méchants, mais aussi l’effrayant silence des justes. Nous devons admettre que le progrès de l’humanité ne roule jamais sur les roues de l’inéluctabilité. Il n’est amené que par les efforts inlassables et persistants des hommes qui ont la volonté de collaborer à l’oeuvre de Dieu. Sans ce dur labeur, le temps lui-même devient l’allié des forces de stagnation sociale.
(…)

« Ne soyez pas extrêmistes ! »

Les opprimés ne peuvent demeurer dans l’oppression à jamais. Le moment vient toujours où ils proclament leur besoin de liberté. Et c’est ce qui se produit actuellement pour le Noir américain. Quelque chose, au-dedans de lui-même, lui a rappelé son droit naturel à la liberté et quelque chose en dehors de lui-même lui a rappelé que cette liberté, il pouvait la conquérir. Consciemment ou inconsciemment, il a été saisi par ce que les Allemands appellent le Zeitgeist [3] et, avec ses frères noirs d’Afrique, ses frères bruns ou jaunes d’Asie, d’Amérique du Sud et des Antilles, il avance avec un sentiment d’urgence cosmique vers la Terre promise de la justice raciale.

En observant cet élan vital qui s’est emparé de la communauté noire, chacun devrait aisément s’expliquer les manifestations qui ont lieu sur la voie publique. Il y a chez le Noir beaucoup de ressentiments accumulés et de frustrations latentes ; il a bien besoin de leur donner libre cours.
(…)

S’il ne défoule pas, par des voies non violentes, ses émotions réprimées, celles-ci s’exprimeront par la violence. Ce n’est pas une menace mais un fait historique. Je n’ai pas demandé à mon peuple : « Oublie tes sujets de mécontentement. » J’ai tenté de lui dire, tout au contraire, que son mécontentement était sain, normal, et qu’il pouvait être canalisé vers l’expression créatrice d’une action directe non violente. C’est cela qui est dénoncé aujourd’hui comme extrémiste.

Je dois admettre que j’ai tout d’abord été déçu de le voir ainsi qualifié. Mais en continuant de réfléchir à la question, j’ai progressivement ressenti une certaine satisfaction d’être considéré comme un extrémiste.
Jésus n’était-il pas un extrémiste de l’amour – « Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent, priez pour ceux qui vous maltraitent » ?

Amos n’était-il pas un extrémiste de la justice – « Que le droit jaillisse comme les eaux et la justice comme un torrent intarissable » ?
(…)

Abraham Lincoln n’était-il pas un extrémiste – « Notre nation ne peut survivre mi-libre, mi-esclave » ?

Thomas Jefferson n’était-il pas un extrémiste – « Nous tenons ces vérités pour évidentes par elles-mêmes : tous les hommes ont été créés égaux » ?

Aussi la question n’est-elle pas de savoir si nous voulons être des extrémistes, mais de savoir quelle sorte d’extrémistes nous voulons être.
Serons-nous des extrémistes pour l’amour ou pour la haine ? Serons-nous des extrémistes pour la préservation de l’injustice ou pour la cause de la justice ?
(…)

J’avais espéré que les blancs modérés le comprendraient. Il se peut que j’aie été trop optimiste. Il se peut que j’ai trop attendu d’eux. J’aurais dû comprendre que parmi les membres d’une race qui en a opprimé une autre, il en est peu qui puissent comprendre ou mesurer les revendications profondes et les espoirs passionnés de ceux qui ont été opprimés ; et moins encore qui aient la lucidité de voir que seule une action vigoureuse, persistante, déterminée, peut déraciner l’injustice. C’est pourtant avec un sentiment de reconnaissance que je vois certains de nos frères blancs saisir la signification de notre révolution sociale et s’y dévouer. Leur nombre est bien trop faible encore, mais leur qualité est considérable. Certains, comme Ralph Mc Gill, Lilian Smith, Harry Golden et James Abb, ont témoigné par écrit de notre lutte, en des termes prophétiques et pénétrants. D’autres ont manifesté avec nous dans
les rues anonymes du Sud. Ils ont langui dans des prisons immondes, infestées de cafards, subi les abus et les brutalités de policiers en colère qui les traitaient de « sales lécheurs de nègres ». À l’inverse de beaucoup de leurs frères et sœurs modérés, ils ont reconnu l’urgence du moment et senti le besoin d’un puissant antidote, sous forme d’action, pour combattre la maladie de la ségrégation.

Post-scriptum

La Lettre de la geôle de Birmingham figure parmi les textes regroupés dans le recueil Je fais un rêve, pubié aux éditions Bayard (avril 2008, 12 euro)


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