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21 septembre 2008 7 21 /09 /septembre /2008 19:57

Publié le 20/09/2008 à 10:07 

Le Point.fr J-46 : Obama et McCain au bord de la Grande Dépression

Patrick Sabatier

Le film d'horreur que les médias ont baptisé "Cauchemar à Wall Street" a changé la dynamique de la campagne, au profit du démocrate Barack Obama face à au républicain John McCain.

C'est désormais officiel : les Etats-Unis n'ont plus que quelques jours pour éviter de basculer dans une nouvelle Grande Dépression. Et l'administration Bush se prépare à lancer l'intervention la plus vaste de l'État fédéral dans le domaine économique depuis le "New Deal" de Franklin D.Roosevelt. Du coup, à J-46 de la présidentielle du 4 novembre, c'est à peine si on parle encore des deux candidats à la Maison-Blanche, Obama et McCain. Ceux-ci continuent à s'invectiver, impuissants, car ils sont sur le banc de touche, pendant que les véritables acteurs de la partie se démènent sur le terrain. Mais pour les deux postulants, il importe plus que jamais d'avoir au moins l'air présidentiel face à la crise. Et pour l'heure, Barack Obama semble plus à l'aise dans ce rôle que John McCain. Il est vrai que le candidat républicain ne pouvait craindre pire poisse à quelques semaines du scrutin. La crise l'oblige à batailler sur un terrain qui n'est vraiment pas le sien, et en plus à la tête d'un mouvement conservateur profondément désorienté et divisé.

"Nous ne sommes qu'à quelques jours de l'effondrement complet de notre système financier"a avoué vendredi matin le sénateur démocrate du Connecticut Chris Dodd, qui préside la commission des Banques au Sénat, rendant compte sombrement sur ABC de ce que le secrétaire au Trésor Henry Paulson et le président de la Réserve Fédérale Ben Bernanke20avaient expliqué jeudi soir aux dirigeants du Congrès lors d'une réunion de crise au Capitole. Ce diagnostic alarmant a été confirmé quelques heures plus tard par le président Bush, qui est apparu dans le jardin de la Maison-Blanche flanqué de Paulson et Bernanke pour informer ses compatriotes que "l'économie américaine est confrontée à une crise sans précédent, à laquelle nous devons réagir par des mesures sans précédent. Nous sommes à un moment crucial". Le président, jadis fervent partisan de la dérégulation et de la diminution du rôle de l'État, a justifié la préparation d'un plan global d'intervention en expliquant qu' "étant donné l'état précaire des marchés financiers et leur importance vitale pour le quotidien des Américains, l'intervention du gouvernement est non seulement justifiée, mais impérative".

Un sauvetage de 1000 milliards de dollars

Bush s'est efforcé de conjurer le risque d'une panique générale et d'une ruée sur les banques en affirmant que "tout Américain doit être convaincu que le gouvernement fédéral garantit tous les comptes de dépôt et d'épargne à concurrence de 100 000 dollars". Il a évidemment esquivé sa responsabilité dans la catastrophe qui menace en indiquant que "nous aurons le temps de débattre des origines de ce problème, pour le moment il=2 0faut le résoudre". Selon le sénateur républicain de l'Alabama, Richard Shelby, le coût de l'opération de sauvetage des banques et institutions financières devrait s'élever au chiffre astronomique de 1000 milliards de dollars, l'équivalent de deux années de guerre en Irak et Afghanistan. Les détails du plan que l'administration doit présenter d'ici le week-end au Congrès pour que ce dernier se prononce et l'adopte avant la fin de sa session le 26 septembre ne sont pas connus. Mais il incluera toute une panoplie de mesures destinées à soulager les banques et institutions financières de leurs avoirs insolvables en les transférant au budget de l'État, ainsi probablement que des subventions de plusieurs dizaines de milliards à l'industrie automobile, les Big Three de Detroit (GM, Chevrolet, Chrysler) ainsi que des aides à l'emploi et aux propriétaires incapables de rembourser leurs prêts immobiliers et menacés d'expulsion de leur logement.

Il s'agit en fait de transformer, au moins provisoirement, l'État fédéral en État-Providence déployant un filet de sécurité pour sauver la mise des financiers, investisseurs, entrepreneurs et actionnaires menacés de faillite ou de ruine en réglant les dettes qu'ils ne sont plus en mesure de payer. Ce brusque virage vers une forme de socialisme (qui évidemment ne dit pas son nom) suscite un début de fronde chez les Républicains fidèles à l'idéologie ultra-libérale qui était le credo conservateur jusqu'ici. Certains représentants et sénateurs craignent une réaction d'une partie de l'électorat populaire contre ce qui peut en effet apparaitre comme une bouée de sauvetage lancée aux nantis. La droite américaine est profondément divisée par la politique pragmatique mise en oeuvre par Paulson et Bernanke, entérinée par Bush, et soutenue pour le moment par les dirigeants démocrates du Congrès, le sénateur Harry Reid et la Speaker de la Chambre, Nancy Pelosi.

Obama plus à l'aise que McCain face à ce "11 septembre de l'économie"

Obama en profite évidemment pour presser son avantage. La crise est devenue une sorte d'examen de passage pour les deux candidats. Bien qu'ils n'aient aucune prise sur les évènements qu'ils sont condamnés à suivre depuis leur banc de touche, ils doivent projeter l'image d'un dirigeant à même de gérer ce "11 septembre de l'économie" (formule de l'ex chef de cabinet de Clinton, Leon Panetta). Obama a donc fait savoir qu'il avait organisé vendredi une réunion avec ses conseillers économiques, un aéropage de gros calibres de l'économie parmi lesquels l'homme le plus riche des Etats-Unis, le financier Warren Buffett, l'ex-président de la Réserve Fédérale Paul Volcker, les ex-secrétaires au Trésor Robert Rubin, Lawrence Summers et Paul O'Neill, Laura Tyson (ex-présidente du Conseil Économique sous Clinton ) et même le maire (indépendant) de New York Michael Bloomberg. Pour le candidat démocrate, la crise est le résultat prévisible d' "années d'une philosophie dominante à Washington et Wall Street qui rejettait tout contrôle et toute régulation de bon sens des marchés comme inutiles et nuisibles"ce qui a permis "aux PDG et cadres de faire n'importe quoi, aux lobbyistes d'obtenir tout ce qu'ils voulaient, et aux politiciens des deux bords de regarder ailleurs jusqu'à ce qu'il soit trop tard...". Il convient donc de "virer toute cette bande qui à Washington prétendent que la prospérité coule naturellement des riches vers les autres, que chacun doit se débrouiller tout seul, et qu'il ne faut pas mettre son nez dans les affaires (des spéculateurs) . Les Démocrates pilonnent McCain en reprenant sa formule malheureuse sur les "fondamentaux de l'économie qui sont solides", dont ils veulent faire la réplique du "Mission accomplie" par lequel Bush avait prématurément clamé victoire en Irak en 2003.

John McCain n'a guère d'autre riposte que d'attaquer Obama en l'accusant de "se réjouir de la crise dont il cherche à profiter politiquement" , de s'en prendre à Bush et à ses collaborateurs pour tenter de s'en distinguer aux yeux des électeurs alors que ses adversaires l'appellent "Bush numéro trois", et de mettre en avant son expérience comme la qualité indispensable pour gérer le pays en temps de cr ise nationale, qualité qui fait défaut à son rival démocrate. Il accuse celui-ci de ne rien proposer sinon, comme le dit la publicité télévisée qu'il a commencé à diffuser, "des mots et des impôts" ("talk and taxes"). Mais le Républicain est désormais nettement sur la défensive et il semble en train de perdre pied dans les sondages.

Celui que vient de publier vendredi le quotidien national USA Today indique que l'économie éclipse à présent tous les autres thèmes de la campagne pour les deux tiers des électeurs, que 60% d'entre eux sont favorables à davantage de régulation économique (y compris près de la moitié des électeurs républicains) et que 29% affirment que la crise les incite à voter Obama, contre 23% qui se tournent plutôt vers McCain.

Et à la "bourse" des prédictions politiques du site Intrade , considéré comme un assez bon prédicteur des résultats par le passé, 51.4% des transactions vendredi se faisaient sur l'action "Obama gagnant", contre 47.8% pour le "McCain gagnant".... Mais il faut bien sûr se méfier de la bourse. Vendredi, Wall Street a été pris d'une nouvelle poussée d'exubérance irrationnelle après la confirmation que la cavalerie, sous la forme de l'Éta t, venait à sa rescousse, et a gagné de nouveau 3%. Les boursicoteurs veulent oublier que le plan de sauvetage doit être encore entériné par le Congrès, et que, comme Bush lui-même l'a reconnu "il comporte des risques".


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21 septembre 2008 7 21 /09 /septembre /2008 19:37
 

 

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21 septembre 2008 7 21 /09 /septembre /2008 19:31

Licenciements à la direction de la rédaction de France 24


LE MONDE | 18.09.08 | 13h40  •  Mis à jour le 18.09.08 | 13h40


  Grand ménage à la rédaction de France 24. Lundi 15 septembre, son rédacteur en chef, Bertrand Coq, était mis à pied pour "faute professionnelle". Le lendemain, c'était au tour de Grégoire Deniau, directeur de la rédaction.

Il est reproché à M. Deniau d'avoir organisé un débat, le 11 septembre, jour anniversaire des attentats de 2001, sur "la théorie du complot", contre l'avis de la direction. Quant à M. Coq, il est en instance de licenciement "pour des raisons liées à son comportement dans l'encadrement des équipes". Gérard Saint-Paul, directeur général de France 24, assure désormais la direction de la rédaction. Mercredi, Alain de Pouzilhac, président de France 24, est venu expliquer à la rédaction les raisons de ces renvois, sans convaincre. "Ces licenciements sont injustifiés, explique un journaliste. Certes, Bertrand Coq est un rédacteur en chef assez rude, mais les relations avec lui s'étaient apaisées. Les explications de Pouzilhac sont vaseuses et les sanctions nous paraissent disproportionnées."



Une pétition en faveur des deux journalistes - lauréats du prix Albert-Londres - circule dans la rédaction, qui redoute une "reprise en main" liée à l'arrivée prochaine de Christine Ockrent, directrice générale de France Monde et épouse de Bernard Kouchner, ministre des affaires étrangères. Le projet de loi audiovisuel prévoit, en effet, l'intégration de France 24 dans la holding France Monde, qui regroupera l'audiovisuel extérieur. Sollicités par Le Monde, MM. Saint-Paul et Pouzilhac n'ont pas souhaité répondre.

Auteur d'un livre critique sur M. Kouchner, Les Tribulations de Bernard K. en Yougoslavie ou l'imposture humanitaire, coécrit avec le journaliste de TF1 Michel Floquet (éd. Albin Michel, 1993), M. Coq n'était guère apprécié par le ministre. Cet été, M. Kouchner s'était aussi plaint à la direction de la chaîne après la diffusion d'un portrait qu'il n'avait pas apprécié.



Daniel Psenny


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21 septembre 2008 7 21 /09 /septembre /2008 19:25

Démentis sur un rapport "secret" sur l'embuscade en Afghanistan

PARIS (Reuters)

  L'armée française et l'Otan démentent l'existence d'un rapport "secret" soulignant le manque de moyens des soldats français tombés dans une embuscade meurtrière le 18 août en Afghanistan.

Ce document, évoqué par un quotidien canadien et le journaliste Eric de Lavarène pour France Info, reprend des éléments déjà avancés il y a plusieurs semaines par le Canard enchaîné.

"Qu'il y ait un rapport global de l'Otan, il n'en existe pas, et qu'il contredise l'analyse que nous-mêmes nous avons faite et que nous avons rendue publique et qui est consultable sur internet, je le conteste, je le démens", a dit le porte-parole de l'état-major des armées françaises sur France Info.

Christophe Prazuck a souligné que de nombreux points évoqués étaient "inexacts" et que Paris s'était déjà expliqué à de nombreuses reprises sur ces informations, n'apportant aucun élément nouveau.

"Nous n'avons pas la moindre information que ça (ce rapport) existe", a déclaré de son côté un porte-parole de l'Alliance atlantique sur France Inter.

Il a précisé que ni le secrétaire général de l'Otan, Jaap de Hoop Scheffer, ni l'état-major n'avaient eu d'informations sur un sous-équipement des soldats français.

Selon le site Libération.fr, plusieurs journalistes couvrant l'Afghanistan ont reçu, par courrier électronique, quelques pages d'un document rédigé en anglais en provenance d'une source à l'intérieur du quartier général de l'Isaf (Force internationale d'assistance à la sécurité) à Kaboul.

Le journal canadien "The Globe and Mail" affirme s'être procuré une copie d'un document confidentiel donnant plus de détails sur les circonstances de l'embuscade au cours de laquelle dix soldats de l'armée française ont trouvé la mort.

D'après le quotidien, les soldats ont manqué de munitions après seulement 90 minutes de combat alors que les affrontements auraient duré près de deux jours, ce que des rescapés avaient déjà évoqué publiquement.

Le journal canadien poursuit en écrivant que les Français engagés dans ces affrontements ont rapidement perdu tout moyen de communication avec leur commandement, devant attendre de longues heures avant l'arrivée de renforts.

COMBATS RAPPROCHÉS

"Ceci est probablement dû au fait que la section française ne disposait que d'une radio", peut-on lire dans un extrait du texte, qui précise que l'appareil est tombé en panne peu après le début des combats.

Christophe Prazuck a souligné qu'il n'y avait eu qu'une courte interruption des liaisons "quand le radio a été malheureusement tué."

Selon "The Globe and Mail", le document souligne que les soldats ont été tués "lors de combats rapprochés", ce que l'armée française avait déjà confirmé, précisant qu'un militaire a été tué à l'arme blanche.

Le rapport mentionne également la présence de "tireurs d'élite" dans les rangs des taliban, "dont la précision était excellente."

Les autorités militaires françaises avaient déjà reconnu que les taliban étaient "mieux organisés" et "capables de mener des opérations militaires plus dures."

L'enquête de l'Otan avance deux hypothèses qui expliqueraient les circonstances de l'embuscade.

"Soit les forces de l'Isaf ont pénétré dans un village truffé d'insurgés. Et dans ce cas, les taliban se sont retirés vers des positions défensives à l'approche de l'Isaf, avant d'exécuter un plan soigneusement préparé."

"Soit les insurgés ont obtenu des renseignements sur l'itinéraire et la destination" des soldats, peut-on lire dans "The Globe and Mail."

Le document souligne par ailleurs l'attitude des forces gouvernementales afghanes, qui se sont enfuies à pied peu après le début des combats, "laissant sur place leur équipement militaire, en proie à l'ennemi".

Samedi, plusieurs milliers de personnes - 2.000, selon la police - ont défilé à Paris entre la place de la République et celle de Clichy pour dénoncer la présence de troupes françaises en Afghanistan.

Cette manifestation survenait à deux jours du débat prévu lundi à l'Assemblée nationale sur ce sujet.

Dimanche, le ministre français de la Défense, Hervé Morin, a dit ne pas douter de l'issue positive du vote des parlementaires.

"S'il y a bien un élément du consensus, c'est de dire 'nous ne pouvons pas partir de l'Afghanistan'. Nous ne sommes pas seuls, nous y sommes à 39 dont 25 pays de l'Union européenne", a-t-il dit sur Canal +.

Selon un sondage BVA pour Orange et L'Express rendu public mardi dernier, les Français sont à 62% opposés au maintien d'une présence militaire de la France en Afghanistan.




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18 septembre 2008 4 18 /09 /septembre /2008 20:27

Des pro-Morales fusillés au Pando

Bolivie. Arrestation d’un préfet de région après l’assassinat de paysans acquis au président.


De notre correspondant à La Paz
REZA NOURMAMODE



QUOTIDIEN : jeudi 18 septembre 2008

«Nous nous sommes dispersés, car nous étions sans défense, explique Rodrigo Melina, rescapé de la tuerie. Les gens se jetaient dans la rivière, et là c’était incroyable, ils ont mitraillé ceux qui essayaient de traverser.» Depuis le début de la semaine, les témoignages glaçants se multiplient et tous racontent comment un groupe de paysans fidèles au président Evo Morales, simplement armés de bâtons, est tombé, la semaine passée, dans une embuscade tendue par des hommes armés à 30 kilomètres de Cobija, capitale de la région amazonienne du Pando (nord de la Bolivie).


Fosse commune.


Déplacés dans la capitale par les autorités pour les mettre à l’abri, et rassemblés mardi dans les salons du Parlement, certains rescapés assurent même que de jeunes enfants figurent parmi les victimes. «Nous sommes arrivés à la rivière, raconte Claudia Alpire, paysanne indigène de la commune de Filadelfia, et là ils ont tué les enfants. Des enfants d’1 an, de 6 ans, et de 8 ans, qui pleuraient et suppliaient leurs mères pour qu’on ne les tue pas. Ils les ont d’abord battus et après ils leur ont tiré dans le dos. Ces enfants sont là-bas et je crois que les poissons les ont mangés.» Le gouvernement, qui estime que le carnage a fait au bas mot 15 morts, une trentaine de blessés et provoqué une centaine de disparus - certaines sources font état de 30, voire 100 victimes -, n’a pas encore confirmé la mort d’enfants alors que la recherche de corps se poursuit.


Une commission d’enquête de l’Assemblée bolivienne des droits de l’homme est déjà sur place, en attendant la venue d’organisations internationales. Pour Rodrigo Melina, les autorités locales sont impliquées : «Le responsable, c’est Leopoldo Fernandez [le gouverneur du Pando, ndlr], affirme-t-il. Nous avons vu des véhicules des autorités locales avec à l’intérieur plus de 30 hommes armés de fusils, de mitraillettes et de revolvers.» Les rescapés soulignent que de nombreux corps ont été récupérés par les auteurs de la tuerie pour être enterrés dans une fosse commune.


Accusé par le gouvernement d’être responsable du massacre et d’avoir engagé des mercenaires, dont des ressortissants brésiliens et péruviens, pour accomplir le sale boulot, le gouverneur Fernandez a été arrêté mardi à Cobija par les militaires, officiellement pour «refus de se soumettre à l’état d’urgence», avant d’être transféré à La Paz et détenu dans un endroit gardé secret.


Les événements du Pando ont été les plus violents de la semaine d’affrontements qui ont opposé les militants autonomistes aux partisans du président Morales. Et l’état d’urgence a été décreté par le chef de l’Etat, vendredi, dans cette région frontalière du Brésil et du Pérou.


«Il n’y aura pas d’impunité dans ce dossier»,
avait prévenu dès dimanche Sacha Llorenti, vice-ministre des Relations sociales, ajoutant même : «Leopoldo Fernandez aura droit à une sentence de trente ans de prison.» Visé par une instruction ouverte par le procureur général de la République pour «génocide dans sa catégorie de massacre sanglant», le préfet risque en effet une peine maximale de trente années d’emprisonnement, sans possibilité de libération anticipée.


Régime de terreur.


 
Agé de 56 ans, Leopoldo Fernandez a été député et sénateur du Pando de 1979 à 2005, avant d’être élu préfet. Au sein du parti Action démocratique et sociale (ADS), il a participé au retour au pouvoir de l’ancien dictateur militaire Hugo Banzer en 1997. Les opposants à Fernandez, également entrepreneur du secteur agro-industriel, l’accusent d’avoir instauré un régime de terreur à la solde des grands propriétaires terriens. Le Comité civique proSanta Cruz, principale organisation autonomiste, a réclamé hier la libération immédiate du gouverneur du Pando, sans pour autant mettre dans la balance une éventuelle rupture du fragile dialogue entre gouvernement et opposition.



http://www.liberation.fr/actualite/monde/352662.FR.php
© Libération
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18 septembre 2008 4 18 /09 /septembre /2008 20:15

Sémira Adamu rappelons-nous !

Il y a 10 ans, le 22 septembre 1998, mourrait Sémira Adamu, étouffée par un coussin maintenu sur son visage écrasé sur les genoux d'un gendarme lors de sa sixième et fatale tentative d'expulsion.

Jeune femme de 20 ans, elle avait fuit son pays, le Nigéria, pour échapper à un mariage forcé, coutume interdite en Belgique.  Elle s'était déjà réfugiée au Togo pour s'éloigner du sexagénaire dont elle aurait dû devenir la quatrième épouse.  Mais, arrivée en Belgique où elle demandait l'asile, celui-ci lui fut refusé.  Enfermée comme une coupable alors qu'il eut fallu la traiter comme une victime d'une violence subie en raison de sa condition de femme. 

Mais le Commissariat général aux réfugiés et aux apatrides a préféré ne pas la croire. 

La Convention de Genève, dans sa définition du "réfugié" ne prend pas en considération ce type de maltraitance des femmes.

Sémira dans sa lutte a été largement médiatisée et est rapidement devenue une figure emblématique.  Le cabinet du Ministre de l'Intérieur (Tobback) a voulu en faire un exemple et procéder absolument et le plus rapidement possible à un éloignement. Cinq tentatives avaient déjà eu lieu, lors de l'avant-dernière, le coussin avait déjà été utilisé. Pour l'ultime tentative 3 gendarmes bien préparés étaient prévus pour le vol, ils étaient entourés de 6 autres, dont un avec une caméra vidéo qui a filmé une grande partie du drame.  Il n'y avait ainsi pas moins de 9 gendarmes dans l'avion et 3 membres de la sécurité de la Sabena.

Sémira fut placée à l'arrière, les 6 gendarmes formaient écran autour d'elle.  Ses mains et pieds ligotés, elle a commencé à chanter à l'entrée des passagers.  Immédiatement les gendarmes lui ont mis le coussin devant la bouche, l'ont pliée en deux, lui poussant la figure dans le coussin sur les genoux d'un des gendarmes.  Après 10 à 15 minutes de maintient dans cette position et en se relayant tout en rigolant, les gendarmes se rendent compte qu'elle étouffait. A l'audience lors de son procès l'un des gendarmes raconte : " On ne voulait pas lui laisser la possibilité de se redresser sur son siège et de retrouver ses forces" (…)

"À un moment très important je l’ai entendu renifler ou haleter (snikken), j’ai cru qu’elle pleurait alors on a continué. (...)"

Le coma a été ensuite constaté.

Trois gendarmes ont été poursuivis, les faits ont été requalifiés en "coups et blessures involontaires" ce qui a permis à la justice de considérer les faits comme un "accident".  Un an avec sursis pour les 3 ex-gendarmes qui ont étouffé Sémira, leur supérieur : 14 mois.  NO COMMENT !

La commémoration ne revêt évidemment pas uniquement l'aspect "affectif" de la perte de Sémira.  Elle permet de se poser la question sur la situation aujourd'hui : l'usage du coussin n'est plus autorisé, mais les expulsions violentes continuent.  Les personnes sont littéralement ligotées, parfois traînées sur le tarmac, devant leurs enfants si nécessaire, maintenues avec force dans l'avion ….

Les expulsions se banalisent, les forces en présence se sentent de plus en plus à l'aise et invulnérables.  L'inhumanité n'est pas dénoncée, au contraire. Actuellement ce ne sont plus uniquement les comités de soutien qui sont accusés de porter la responsabilité ; même les citoyens qui se permettent simplement de manifester leur désapprobation dans l'avion sont malmenés et accusés.  Ils le sont tant par les services de sécurité des compagnies d'aviation que par les forces de l'ordre.

La SN Brussels va jusqu'à bannir lesdits passagers de ses vols !!

Et la situation générale des demandeurs d'asile n'est guère plus aisée, on le sait. 

A ce propos un parallèle peut être fait du traitement injuste du dossier de Sémira et celui de certains demandeurs d'asile actuellement. Ainsi, une demandeuse d'asile iranienne qui a fuit son pays en raison de maltraitance tant parce qu'issue d'un milieu d'opposition au régime iranien qui ne respecte pas les droits de l'Homme, mais également à cause de sa condition de femme se voit malgré tout refuser l'asile.  Ces critères ne semblent pas suffisants pour qu'elle puisse être accueillie dans notre pays. 

Mais quels sont alors les critères ?

Y en a-t-il ?  Ou sommes-nous dans le régime de l'arbitraire ?



septembre 2008
Geneviève Parfait

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18 septembre 2008 4 18 /09 /septembre /2008 19:57

Les réunions régionales approchent.


Il est important que le plus grand nombre de signataires y participent, car notre action ne peut se limiter à la signature de la « Lettre ouverte » et nous devons entreprendre des actions concrètes.


Pour le moment, la mise en place de collectifs régionaux pour un front syndical de classe unitaire remporte la faveur de beaucoup de camarades, avec projet d’une réunion nationale des collectifs vers novembre-décembre sur Paris.


Bien évidemment, cette réunion nationale sera médiatisée (communiqué et conférence de presse) car notre démarche souffre cruellement de l’étouffement médiatique propre aux mouvements qui vont à l’encontre de la politique de Sarko/MEDEF et de ses accompagnateurs zélés (notamment les états-majors syndicaux de plus en plus illégitimes pour leur base).


A ce jour, ce sont principalement des militants CGT et FSU qui participent aux collectifs régionaux, mais chaque citoyen –même non syndiqué- y a sa place. C’est d’ailleurs l’occasion de se syndiquer (ou de se resyndiquer) pour infléchir activement, de l’intérieur, la dynamique nuisible de dirigeants syndicaux qui ne jurent que par la CES et la CSI.


Car nous avons tous besoin d’un vrai outil « syndicat » pour construire le « tous ensemble et en même temps » qui, seul, permettra de stopper la tornade que subissent 95 % des salariés, des retraités, des jeunes, des privés d’emploi.


 Les prochaines réunions régionales auront lieu :


 Le jeudi 18 septembre 2008 à 18h00 à LYON 69 pour
Rhône-Alpes (contact : n.chazalet@laposte.net ou didier.rousseau69@tele2.fr). Maison des Passages - 44, rue St-Georges - 69005 LYON (M° Vieux Lyon).


Le samedi 20 septembre 2008 à 14h00 à PARIS 75 pour
Ile de France (inscription obligatoire osemy75@hotmail.fr). Salle AGECA n° 8, 177, rue de Charonne (11ème), M° Alexandre Dumas. Une bonne vingtaine de participants à ce jour (il y a encore des places).

Le samedi 20 septembre 2008 à LABATUT 40 pour Aquitaine (contact : François PELLARIN au 06-87-55-27-26 ou au 05-58-35-45-18 - francois.pellarin@orange.fr). Une quinzaine de participants à ce jour, c’est pas mal mais il faut faire mieux.

 Le samedi 20 septembre 2008 à 17h30 à LAON 02 pour Picardie et Champagne-Ardenne (contact Olivier LEFEVRE au 06-07-88-01-55 - olivier.lefevre@snadgi-cgt-02.fr). A la Maison des associations, rue du Bourg (Laon Plateau).Une bonne dizaine de participants, mais la salle contient 70 places …

 

Pour signer la lettre ouverte : http://tous-ensemble.dyndns.org


Pour participer au forum des signataires : http://forum-tous-ensemble.dyndns.org

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18 septembre 2008 4 18 /09 /septembre /2008 19:48

Le généreux coup de pouce de Le Pen à Dieudonné

François Vignolle, Azzedine Ahmed-Chaouch (avec Emmanuel Marolle) | 16.09.2008, 07h00


www.leparisien.fr


L’AMITIÉ n’empêche pas de faire des affaires. Le 11 juillet, Jean-Marie Le Pen devenait le parrain de la fille de Dieudonné. Ce rapprochement affectif entre le leader frontiste et l’humoriste s’est doublé, selon nos informations, d’un partenariat financier entre le parti politique du premier et la société du second quelques mois avant l’élection présidentielle de 2007.


Le Front national aurait versé quelque 60 000 € à Bonnie Production géré par Dieudonné M’Bala M’Bala, le vrai nom de l’artiste. Le contrat portait sur la location d’un espace, le Théâtre de la Main-d’Or dans le XI e arrondissement de Paris, propriété de Bonnie Production. Joint hier, le Front national n’a pas démenti cette information. « Nous avons formé à cet endroit des militants pour obtenir les cinq cents signatures de maires qui permettaient à Jean-Marie Le Pen d’être candidat pour ce scrutin », explique Jean-Michel Dubois, vice-trésorier du Front national. Le fantaisiste Dieudonné n’a pas souhaité confirmer cette information, soulignant seulement que la comptabilité de « sa société était saine ».


« Jeter l’argent par les fenêtres »


Ce type de transaction commerciale entre un parti et une société (impression de tracts, location de salle) est très fréquent et n’a rien d’illégal en soi. « La Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques ne nous a jamais épinglés sur ce contrat », insiste d’ailleurs Jean-Michel Dubois. Seulement, quelques cadres du parti frontiste s’interrogent sur le bien-fondé et le prix de cette prestation accordée à Bonnie Production. « Que le FN, criblé de dettes, engage plusieurs dizaines de milliers d’euros pour une location de salle alors que les militants auraient pu être formés au Paquebot (NDLR : siège historique du parti aujourd’hui mis en vente) , c’est jeter l’argent par les fenêtres », peste l’un d’eux.


Le Théâtre de la Main d’Or, d’une capacité de 200 places, est loué environ 2 000 € la journée (de 9 heures à 17 heures). Pour ce prix, la direction propose en plus un buffet campagnard et la présence d’un vidéo projecteur. Avec son budget de 60 000 € pour la formation des militants, le Front national aurait pu s’offrir la salle du Zénith et ses 6 000 places (environ 52 000 € ). Le FN n’a pas voulu préciser s’il avait loué la Main d’Or pour une journée ou plusieurs.

Le Parisien



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17 septembre 2008 3 17 /09 /septembre /2008 19:47

L'article suivant, signé "I.R.", est paru dans Informations Ouvrières, le journal du POI [ex-PT], n°11 [2405] de la semaine du 28 août au 3 septembre 2008:



"Il nous manque 70 à 80 signatures pour présenter notre candidat "

 

La réalité de l'indépendance de la LCR vis-à-vis du PS



L'Express [21 août] publie des extraits de la biographie consacrée à Olivier Besancenot par Eric Hacquemand, qui "dévoile quelques épisodes peu connus de l'ascension du porte-parole de la LCR". On y apprend, dans le détail, comment la LCR a marchandé auprès du PS les signatures de maires nécessaires à la candidature de Besancenot à la présidentielle en 2002. À la demande de la LCR, une première rencontre a lieu entre François Sabado, membre de la direction nationale de la LCR, et Jean-Christophe Cambadélis, dirigeant du PS. Sabado annonce la couleur: "Il nous manque 70 à 80 signatures pour présenter notre candidat".



"Je propose une dizaine de signatures, mais à condition qu'ils s'engagent."



À la question de Cambadélis, "Quel est notre intérêt d'aider un candidat d'extrême gauche dans cette campagne?", Sabado répond: "Besancenot pourrait, au deuxième tour, ne pas mettre sur le même plan Jospin et Chirac." Le livre cite Cambadélis: "J'envoie une note à Jospin et copie à François Hollande en leur présentant la demande de la LCR. […] Je propose une dizaine de signatures, mais à condition qu'ils s'engagent. […] Hollande m'appelle: "Ecoute, ne vas pas trop vite. Je suis d'accord… Mais à deux conditions: premièrement, Krivine doit m'appeler personnellement, moi, premier secrétaire" […]. Finalement, l'accord est concrétisé. Quelques jours plus tard, je déjeune avec Sabado […], voilà ce qu'il me propose: "Nous vous le promettons, Olivier fera une déclaration où il sera clair, sans pour autant donner une consigne de vote. Mais ce sera clair, compréhensible, c'est normal… Sur le fond, nous ne mettons pas sur le même plan Jospin et Chirac"." "Finalement, ils se mettront d'accord sur 14 signatures", conclut L'Express… et la LCR appellera à voter Chirac au deuxième tour.

  

 

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17 septembre 2008 3 17 /09 /septembre /2008 19:35
Cameroun 1958, la guerre cachée de la France


Il y a tout juste cinquante ans, Ruben Um Nyobè, leader de l’Union des populations du Cameroun, tombait sous les balles françaises. La répression menée contre le mouvement indépendantiste fera des dizaines de milliers de victimes.

FANNY PIGEAUD



QUOTIDIEN : mercredi 17 septembre 2008

Elles sont trois au centre de l’image : trois têtes posées sur le sol. Trois têtes de jeunes hommes au visage tuméfié. Cette photo est l’un des rares témoignages subsistant, aujourd’hui au Cameroun, de la répression impitoyable menée par l’armée coloniale française contre l’Union des populations du Cameroun (UPC) et son leader, Ruben Um Nyobè, abattu il y a tout juste cinquante ans, le 13 septembre 1958.


La guerre contre ce parti politique, qui réclamait l’indépendance, a duré près de quinze ans et fait, selon les estimations, plusieurs dizaines de milliers de morts, voire des centaines de milliers de victimes. Mais elle fait l’objet d’un gros trou de mémoire en France et au sommet de l’Etat camerounais.


C’est en 1948, dans le milieu syndical de la cité portuaire de Douala, que l’UPC a vu le jour. Le pays est alors coupé en deux : d’abord colonie allemande, il a été placé en 1919 par la Société des Nations sous la tutelle française pour sa partie orientale, et britannique pour sa partie occidentale. Rapidement, les revendications de l’UPC - indépendance et réunification - deviennent extrêmement populaires, en particulier dans l’ouest et le sud du pays, les pays bamiléké et bassa, qui ont particulièrement souffert du système de prédation et du travail forcé imposés par les Allemands, puis les Français. La personnalité exceptionnelle de Ruben Um Nyobè, intellectuel intègre, humaniste et pacifiste, joue beaucoup : «Mpodol» («celui qui porte la parole des siens», en langue bassa), comme le surnomment ses partisans, jouit d’une formidable aura.


Pour plaider la cause nationaliste, Um Nyobè se rend à trois reprises au siège de l’ONU à New York. Mais si les autorités françaises envisagent l’indépendance du Cameroun, elles ne veulent pas confier les rênes du pouvoir à l’UPC. Elles dispersent violemment ses manifestations et ses réunions et elles finissent par l’interdire en juillet 1955. Les leaders du mouvement choisissent alors la clandestinité ou l’exil. Acculée, l’aile radicale du parti décide de répondre à la violence par la violence : elle prend le maquis dans le sud du pays, y installe une administration parallèle, et se lance dans des actions de guérilla. En retour, les autorités coloniales imposent un régime de terreur. Sous la direction du haut-commissaire du Cameroun de l’époque, Pierre Messmer, elles utilisent les méthodes alors en cours en Algérie : traqués, présentés comme des «terroristes», les «upécistes» sont infiltrés, arrêtés, torturés, déportés, assassinés, décapités. Des dizaines de villages sont rasés, d’autres bombardés au napalm, leurs populations sont déplacées, regroupées dans des camps pour couper les «maquisards» de leur soutien populaire. La répression cible en particulier l’ethnie bassa, principal vivier de la rébellion.


«Des machettes contre des armes automatiques»


«Il y avait un couvre-feu à partir de 20 heures. L’armée encerclait alors le quartier et on entendait des coups de feu d’intimidation jusqu’au matin. Comme les balles traversaient parfois les maisons, nous dormions sous nos lits»
, se souvient Raphaël, un habitant de Douala. «Tous les matins, on trouvait des têtes coupées exposées sur les trottoirs : elles étaient destinées à effrayer les gens et leur dire "ne rejoignez pas le maquis, vous finirez comme eux"», témoigne la journaliste Henriette Ekwé, alors enfant. Dans le maquis aussi, la vie est infernale : «C’était une guerre asymétrique : nous n’avions que des machettes à opposer aux armes automatiques de l’armée française. En forêt, où nous vivions, nous n’avions rien à manger» , se souvient un ancien résistant.


En France, ces événements passent quasiment inaperçus : la presse est préoccupée avant tout par la guerre d’Algérie. Surtout, très peu d’informations filtrent du Cameroun, parce que «c’était une guerre de professionnels», sans appelés du contingent, contrairement à l’Algérie, souligne l’historien français Gabriel Périès. D’ailleurs, la France n’a officiellement jamais été en guerre au Cameroun et le corps expéditionnaire y a été «envoyé pratiquement dans une semi-clandestinité», ajoute Périès.


En 1958, le refuge d’Um Nyobè est découvert. Il est tué alors qu’il tente de s’enfuir. Son corps, ensanglanté et défiguré, est enterré à la va-vite par les autorités coloniales et recouvert d’une dalle de béton.


Le Cameroun accède finalement à l’indépendance en 1960. Mais il reste sous l’étroit contrôle politique et économique de la France et du M. Afrique de De Gaulle, Jacques Foccart, qui impose à sa tête le président Ahmadou Ahidjo. Ceux qui dirigent ainsi l’Etat camerounais «n’ont jamais combattu pour l’indépendance mais ont été contraints de l’accepter» , souligne l’historien Emmanuel Tchumtchoua, qui note que «l’indépendance n’a pas mis fin à l’injustice et à la discrimination du régime colonial». L’UPC poursuit la lutte de libération dans l’Ouest, en plein pays bamiléké, via sa branche armée, l’Armée de libération nationale du Kamerun (ALNK). Ahidjo la combat sur le mode de la politique de la terre brûlée et avec l’aide active de l’armée française, qui est restée sur place jusqu’en 1964 pour former son homologue camerounaise. Les deux Maurice, Delaunay et Robert - des proches de Foccart -, supervisent la liquidation des maquis «upécistes» avec le chef des services camerounais, Jean Fochivé. «Dans chaque village, il y a eu de nombreux morts», raconte un journaliste originaire de l’Ouest, Denis Nkwebo, du quotidien privé le Jour. «Seize membres de ma famille ont été exécutés le même jour. On n’a jamais su ce qu’on leur reprochait.» Des bandes de pillards se mêlent aux rebelles et sèment la confusion. Le village de Badenkop, siège de l’état-major de l’ALNK, a été «complètement vidé» de sa population et incendié. Comme plusieurs centaines de milliers d’autres, ses habitants ont été parqués dans un camp pendant quatre ans. «Seules deux ou trois personnes étaient autorisées à sortir chaque jour du camp» , raconte un habitant.


C’est en 1971 que la guerre prend officiellement fin avec l’arrestation d’Ernest Ouandié, dernier chef de l’UPC, exécuté sur la place publique de la ville de Bafoussam. Mais les autorités continuent à entretenir un climat de terreur. «Jusqu’au début des années 90, on ne pouvait pas prononcer le nom d’Um Nyobè et de l’UPC. Sinon, on disparaissait», explique Samuel Mack-It, actuel président d’un parti héritier de l’UPC, non reconnu légalement. La chape de plomb n’a été levée que très furtivement en 1991, avec l’instauration d’un semblant de démocratie. Par calcul politique, le président Paul Biya, au pouvoir depuis 1982, «réhabilite» tout à la fois Ahmadou Ahidjo, condamné à mort par contumace en 1984, Ruben Um Nyobè, Ernest Ouandié et un autre responsable de l’UPC, Félix Moumié, mort empoisonné à Genève en octobre 1960, apparemment par les services secrets français. Mais Biya veille surtout à phagocyter ce qui reste de l’UPC.


«Comme si le pays n’avait pas d’histoire»


Aujourd’hui, la guerre qui a ensanglanté le Cameroun, tout comme le nom d’Um Nyobè et de ses camarades, sont rarement évoqués. Il n’existe aucun monument pour rappeler leur combat. Ils ne sont que brièvement mentionnés dans les manuels d’histoire. Cette indifférence vis-à-vis des héros de l’indépendance fait du Cameroun «un cas à part en Afrique» , souligne l’historien Tchumtchoua. «Il y a en réalité deux mémoires en conflit : celle, idéalisée, de l’UPC, et celle que veut fabriquer le pouvoir pour se maintenir. Selon cette dernière, les "upécistes" n’étaient rien d’autres que des bandits.» Quant à ceux qui ont survécu à cette période, «ils ont du mal à raconter, et ceux qui racontent un peu ne le font pas avec sérénité. Les plaies sont encore béantes. Beaucoup sont encore traumatisés et ont peur» , observe Henriette Ekwé.


Résultat, la jeunesse camerounaise ne sait pas grand-chose de ces années sombres qui ont pourtant orienté la suite du parcours du pays. «C’est comme s’il n’y avait pas d’histoire, or un pays sans histoire est comme une maison sans fondations» , déplore un ancien résistant, qui, comme les autres, vit aujourd’hui dans la misère.


«La période propice à l’émergence de notre conscience est en train d’arriver»
, estime cependant Tchumtchoua. «Tout se dira alors. On aura certes perdu des détails, mais l’histoire ne peut pas s’effacer. Il y a des mécanismes pour garder le souvenir : des berceuses et des chants évoquent d’une manière indirecte cette période.» Déjà, une petite association composée d’anciens upécistes, de veuves et d’orphelins de résistants, l’Association des vétérans du Cameroun (Asvecam), a vu le jour, en 2005 à Douala, pour «poser le devoir de mémoire». «Nous voulons faire comprendre aux jeunes qu’il y a eu des hommes de cœur, des altruistes qui se sont mis au service de leur pays sans attendre de manière immédiate une récompense ou une compensation», explique un de ses membres. Mais pour que les jeunes puissent se référer à ces figures, «il faut faire leur deuil, ce qui n’a jamais été fait : on ne les a pas enterrées, ni pleurées comme il le fallait, rappelle Tchumtchoua. Um Nyobè et Ouandié n’ont pas été inhumés selon les rituels traditionnels. Au contraire, on s’est acharné sur leurs cadavres, et en procédant ainsi, on leur a dénié le titre d’ancêtres. Ceux qui l’ont fait savaient ce qu’ils faisaient. » Rien ne se fera probablement sous le régime Biya, qui n’est que «le prolongement du régime néocolonial d’Ahidjo», souligne Henriette Ekwé. «D’autant que des responsables actuels de l’armée ou de la police ont été de grands tueurs dans les années 60.» Ce n’est probablement pas non plus le pouvoir actuel qui demandera à la France de «reconnaître les massacres qu’elle a commis au Cameroun», déplore le président de l’Asvecam, Mathieu Njassep, ancien secrétaire d’Ernest Ouandié. Pourtant, «les responsabilités doivent être établies» , plaide-t-il. Nous reconnaissons, nous, que certains de nos camarades ont fait des choses qui n’étaient pas correctes. Chaque partie doit assumer sa part de responsabilité.» Mais en France le black-out est total. «C’est incalculable le nombre de fois où nous nous sommes vus répondre, que ce soit par des personnes qui ont travaillé du côté de l’armée française, des services de renseignements ou des responsables politiques : "Mais il ne s’est rien passé au Cameroun !" Comme s’il y avait un pacte qui dit qu’il ne faut rien raconter. C’est assez troublant», témoigne Gaëlle Le Roy, auteure, avec Valérie Osouf, du documentaire Autopsie d’une indépendance (2008). Aucun militaire français présent dans le pays entre 1955 et 1964 n’a accepté de témoigner.


«Le fait qu’on ait utilisé des armes interdites comme le napalm explique aussi ce grand silence»
, renchérit Gabriel Périès. François Gèze, le directeur des éditions de la Découverte, prépare avec trois jeunes historiens, français et camerounais, un ouvrage sur la question qui complétera les rares écrits des historiens Richard Joseph et Achille Mbembe ou de l’écrivain Mongo Beti : «C’est une guerre secrète à tous les égards : elle n’est absolument pas documentée sur le plan historique.» Pourtant, «cette guerre "qui n’a jamais eu lieu" est dans les archives, souligne Périès. Mais si on ouvre réellement celles-ci, il y aura un problème : la destruction totale ou partielle d’un groupe social, d’une race ou d’un groupe ethnique [les Bassas et les Bamilékés, ndlr] est considérée comme un génocide et c’est un crime imprescriptible…» Peu de chance, donc, qu’elles soient rendues accessibles tant que certains acteurs impliqués sont en vie.

 



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