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11 mai 2008 7 11 /05 /mai /2008 19:22

Des sages ont dit que la plus grande leçon que l’être humain avait apprise de l’histoire, c’est qu’il n’avait jamais rien appris de l’histoire !

 

Jusqu’à un peu moins d’un siècle, une grande partie du monde arabe et musulman était, symboliquement c’est vrai, unifié dans un seul état, celui des Ottomans.

 

C’était un géant malade, affaibli et rongé de l’intérieur. Mais la vie circulait encore dans ses veines, et il y avait toujours une chance, ou un risque pour les vautours anglais et français qui tournaient autour, que ce grand corps retrouve des forces et se lève.

 

Et comme dans une maladie auto-immune mortelle où des cellules immunitaires censées protéger le corps contre des cellules étrangères, se mettent à attaquer d’autres cellules du même corps en impliquant sa propre autodestruction, des Musulmans arabes, membres de ce grand corps malade ottoman, suivent les sirènes du grand vautour britannique et portent les armes contre d’autres Musulmans turcs de plus en plus chauvins et nationalistes.

 

Ils ne restent aux vautours britanniques et français qu’à facilement dépecer ce corps mourant et à se partager la proie.

 

Mais comme le montre le texte de Robert Fisk ci-dessous, basé sur l’expérience de Lawrence d’Arabie, les peuples ne meurent pas si facilement, et les morceaux que les vautours tentaient d’avaler s’avéraient brûlants et immangeables.

 

De nos jours, de nouveaux vautours arrivent et tentent d’avaler ces morceaux appétissants. Mais les vautours, tout comme les humains, n’apprennent jamais de l’histoire. Plus ils s’acharnent, plus ils se brûlent.

 

Il est aussi dommage que les Arabes et les Musulmans, quelque soit leur ethnie d’origine, n’apprennent pas, eux non plus, de l’histoire, et certains parmi eux n’hésitent pas à se mettre sous les ailes de ces vautours en croyant qu’ils ne seront pas atteints par leurs griffes.

 

 

Promesses et trahisons

Robert Fisk

 

01/01/2008

New Statesman

 

« Les Sept Piliers de la Sagesse  » (récit autobiographique des expériences de Thomas Edward Lawrence (Lawrence d’Arabie), alors qu’il servait comme officier de liaison britannique auprès des forces arabes dans leur révolte contre les Ottomans entre 1916 et 1918, Ndt), a été saluée dès sa première apparition comme un chef-d’œuvre littéraire et historique. Mais, selon Robert Fisk, ce mémoire de la révolte arabe, tout comme les autres écrits de T.E. Lawrence, offrent également des avertissements de prescience au sujet la politique occidentale au Moyen-Orient.

 

Il n’est pas étonnant que « les Sept Piliers de la Sagesse  » - en fait, l’ensemble des œuvres de T.E. Lawrence – soit maintenant en tête de liste de lecture de presque tous les hauts officiers US en Irak. Longtemps après que sa légende ait été créée en Arabie, à Damas, et au moment des négociations du traité de Versailles – presque 90 ans après qu’il s'était rendu compte que ses promesses à ses alliés arabes allaient être bafouées à cause de l’engagement de la Grande-Bretagne dans la promesse Balfour - la sagesse de Lawrence sert maintenant à guider (et sans doute à désorienter) les Etatsuniens, qui ont marché tout droit dans l’enfer en Irak sans aucune idée sur la façon de retraite. Si seulement, je me dis chaque fois que j'arrive à Bagdad, les Etatsuniens avaient lu Lawrence avant qu'ils aient envahi l’Irak.

 

Ce n’est pas uniquement son expérience de la trahison qui est importante. La promesse de l'indépendance donnée par Lawrence aux Arabes, en échange de leur engagement de se battre, comme des alliés de la Grande-Bretagne , contre les Turcs ottomans, s'est avérée aussi mensongère que l’engagement des États-Unis à apporter la liberté, la sécurité et la démocratie aux Irakiens. Si des recherches récentes ont montré qu'il soutenait le sionisme, Lawrence n'a jamais manqué de réfléchir sur la trahison qu'il a involontairement commise contre les Arabes. L’engagement de la Grande-Bretagne en faveur d'une patrie juive en Palestine était une promesse faite au plus fort de la guerre 1914-1918, alors que la Grande-Bretagne cherchait désespérément le soutien des juifs. De l’autre côté, la promesse de Lawrence de liberté aux Arabes a été faite alors que le Royaume-Uni cherchait désespérément le soutien des Arabes contre les Turcs. Les promesses sont faites pour être tenues. Celles de Lawrence, bien sûr, ne l'étaient pas.

 

Il ya quelque chose de douloureusement égocentrique chez Lawrence d'Arabie. Son port obsessionnel de tenues traditionnelles arabes – son empressement à être photographié comme un Arabe - et son identification constante de lui-même avec les Arabes, tout cela le présente comme un homme dont la politique a pris clairement une tournure personnelle, presque théâtrale. Même à Versailles, et nous n'avons qu'à regarder sa photo alors qu'il est à côté de la délégation arabe à Paris, il a choisi de porter un keffieh arabe comme couvre-chef. « Les Sept Piliers de la Sagesse  » est une épopée de littérature, mais c’est aussi l'histoire d'un homme profondément bouleversé, dont la dépression a finalement fait de lui une figure cynique qui a tenté de cacher son identité (sans grand succès, il est vrai) parmi les modestes soldats les moins gradés des de l’armée de l’air royale.

 

Cependant, sa sagesse ne l'a pas désertée après la guerre 1914-1918. Lorsque les insurgés ont organisé une rébellion contre l'occupation britannique de l'Irak après la guerre en 1920, Lawrence a donné des conseils dans les pages des journaux de Londres que les Etatsuniens (et les Britanniques sur le départ) auraient dû lire avant qu'ils aient mis en scène leur invasion illégale du même pays en Mars 2003. Bien que ce fût sur une échelle bien moindre, l'insurrection de 1920 a été un signe avant-coureur quasiment identique à l'actuel conflit en Irak. Les troupes britanniques qui avaient reçu l'assurance qu'elles seraient accueillies comme des libérateurs, ont constaté que leurs bénéficiaires supposés sont loin d'être heureux de les voir ; les soldats ottomans d’origine arabe qui attendaient pour se joindre au côté des forces alliées ont été maltraités dans les camps des prisonniers. Lorsque le premier officier britannique a été tué en dehors de Bagdad, l'armée britannique a assiégé la ville sunnite de Falloujah avec armes à feu et, plus tard, encerclé la ville chiite de Nadjaf, en exigeant qu’on lui remette un militant chef religieux chiite. Les renseignements britanniques à Bagdad ont informé le département de guerre à Londres que les insurgés pénétraient en Irak en franchissant la frontière avec la Syrie. Et Lloyd George, le Premier ministre britannique, a assuré la Chambre des communes - à un moment où les Britanniques en avaient assez de sacrifier leurs soldats en Mésopotamie - que si les forces britanniques et celles de l’empire [britannique] devaient se retirer de l'Irak, il y’aurait alors la guerre civile.

 

Lawrence avait beaucoup à dire sur ce scénario désormais familier, notamment les pertes en vies humaines infligées par les forces d'occupation. En 1920, il a estimé que les Britanniques avaient tué « une dizaine de milliers d'Arabes dans cette révolte », en affirmant : « Nous ne pouvons pas espérer maintenir une telle moyenne ».


En conséquence, les Britanniques se sont tournés vers la force aérienne pour réprimer les insurgés. Lawrence a écrit une lettre à The Observer, en décrivant comment « ces révoltes prenaient un cours normal. Il y’a d’abord un succès arabe, puis les renforts britanniques arrivent comme une force punitive. Ils forcent leur chemin (nos pertes sont faibles, les pertes arabes sont lourdes) pour atteindre leur objectif, qui est entre-temps bombardé par l'artillerie, les avions ou les canonnières ». Mais il avait un cynisme irritant frôlant l'humour noir – sa première manifestation peut être aperçue dans les Sept Piliers - qui pourrait le laisser apparaître non seulement déplaisant, mais complètement sadique. « C’est bizarre que nous n'utilisons pas de gaz toxique à ces occasions », a t-il écrit dans la même lettre. « Le bombardement des maisons est une manière inégale pour atteindre les femmes et les enfants, et notre infanterie subit toujours des pertes en abattant les hommes arabes. En recourant à des attaques au gaz, l'ensemble de la population des secteurs en révolte pourrait être réduit proprement à néant ».

 

Si c’était du sarcasme, cela a été cruellement inappropriée, bien que, après une guerre dans laquelle les grandes puissances de l'Europe ont toutes utilisé le gaz moutarde et le gaz dichlore dans les tranchées de la France - et même si peu l’ont également fait dans la campagne palestinienne contre les Turcs -, ceci peut ne pas avoir été apparu comme une tactique brutale, comme elle apparaît pour nous aujourd'hui.

 

Ses derniers commentaires en 1929 dans un article qu'il a rédigé sous la rubrique de « Guérilla » dans la 14ème édition de l'Encyclopédie Britannica, furent bien plus acerbes. En écrivant de la résistance arabe à l'occupation turque dans la guerre 1914-1918, il se demande à propos des insurgés, dont il a dirigé un certain nombre : « ...suppose qu'ils étaient une force influente, une chose invulnérable, immatérielle, sans devant ni derrière, comme un gaz en dérive ? Les armées étaient comme des plantes, immobiles comme un bloc, fermement enracinées, nourries à travers de longues tiges jusqu’à leur tête. Les Arabes pourraient être de la vapeur ». Lawrence utilise l'horreur de la guerre de gaz ici comme une métaphore de l'insurrection, mais qui peut être en désaccord avec ses conclusions ? Pour le contrôle des terres qu'ils occupaient, les Turcs « auraient besoin d'un poste fortifié tous les quatre miles carrés, et un poste ne pourrait être moins de 20 hommes. Les Turcs auraient besoin de 600000 hommes pour affronter toute la mauvaise volonté des populations locales arabes. Ils avaient 100000 hommes ». Les « postes fortifiés », bien sûr, préfigurent le déferlement de George W. Bush, qui nécessitait 600000 hommes pour affronter toute la mauvaise volonté du peuple irakien, mais avait seulement 150000 de disponible.

 

En prédisant l’utilisation moderne d'Internet par Al-Qaïda, Lawrence a écrit que « la presse imprimée était la meilleure arme dans l'arsenal du chef moderne de guérilla ». Pour les insurgés, « les batailles sont une erreur... Napoléon avait parlé en réaction de colère contre la finesse excessive du 18ème siècle, quand la plupart des hommes avaient presque oublié que la guerre donnait un permis à tuer ». Et Lawrence,  en réalisant dans sa ruse qu’il avait raison, a continué avec ces prédictions effrayantes :

 

« La rébellion doit avoir une base inattaquable... dans l'esprit des hommes convertis à sa cause. Elle doit avoir un ennemi étranger sophistiqué, sous la forme d'une armée d'occupation disciplinée, trop petite pour satisfaire la loi de la superficie : trop peu nombreuse pour adapter le nombre à l'espace, afin de dominer effectivement la région à partir de postes fortifiés. Elle [l'insurrection] doit avoir une population sympathisante, pas activement impliquée, mais sympathisante au point de ne pas trahir les mouvements rebelles pour le compte de l'ennemi. Les rébellions peuvent être réalisées avec 2% comme une force de frappe active, et 98% de sympathisants passifs... Avec la mobilité, la sécurité... le temps, et la doctrine... la victoire est garantie pour les insurgés, car ces facteurs mathématiques sont en fin de compte décisifs, et contre eux, tous les perfectionnements dans les moyens de combat matériels ou moraux, sont en fait en vain ».

 

Si les insurgés représentent une « vapeur » plus puissante que celle qui sort de la bouche des hommes politiques (je suppose que les « postes fortifiés » représenteraient les inutiles bases militaires, les « Lily pads » de Donald Rumsfeld (petites bases autour du monde qui pourraient être activées dans une courte période de temps afin de permettre l’accès aux troupes étatsuniennes, Ndt), dans le désert irakien), alors les forces d’invasion anglo-étatsuniennes auraient dû savoir en 2003, que la prophétie de Lawrence les avait déjà condamnées, depuis le moment où un sérieux mouvement de résistance militaire s’était opposée à l'occupation de l’Irak. Dans le Sunday Times en 1920, les mots de Lawrence auraient pu être adressés à George W. Bush ou Tony Blair. « Le peuple de l'Angleterre a été mené en Mésopotamie dans un piège dont il sera difficile de s'échapper avec dignité et honneur », a t-il écrit. « Ils ont été leurrés dans celui-ci par une constante rétention de l'information. Les communiqués de Bagdad sont tardifs, malhonnêtes et incomplets. Les choses ont été bien pires que ce qui nous a été raconté, notre administration plus sanguinaire et inefficace que ce que le public sait... Nous sommes aujourd'hui pas loin d'une catastrophe ».

 

On a le souffle coupé devant la prescience de ces mots. Car, n'est-ce pas exactement ce qui se passe avec nous en Irak depuis 2003 : les mensonges, la malhonnêteté, l’affirmation mensongère de « mission accomplie » et du succès alors que nous sommes pris au piège dans les sables de l'Irak, nos hommes d’état affirmant, tout en retenant les informations, que nous pouvons nous retirer avec honneur ? « Les Arabes », a écrit Lawrence dans une autre lettre en 1920 – celle ci à The Time – « se sont rebellés contre les Turcs pendant la guerre non pas parce que le gouvernement turc a été particulièrement mauvais, mais parce qu'ils voulaient l'indépendance. Ils n'ont pas risqué leurs vies dans le combat pour changer de maîtres, de devenir des sujets britanniques... mais pour gagner un spectacle qui leur est propre. La question de savoir s’ils sont aptes à vivre dans l’indépendance ou non, reste à être évaluée. Le mérite n'est pas une condition pour la liberté ».

 

En 1930, un Lawrence complètement démoralisé, qui avait du mal à se dissimuler derrière un officier junior du RAF (Forces aériennes royales), écrivait à un anthropologue étatsunien, qui voulait le rencontrer pour discuter du monde arabe, avec un pitoyable sens de l'humour et un faux style d’écolier, qui montrait à quel point son moral s'était détérioré depuis les années 1920.

 

Cher Monsieur Field, j'espère que vous êtes colossalement riche, de sorte que le coût du voyage jusqu’à cette ville misérable de Plymouth (la dernière ou la première ville d'Angleterre, en fonction de votre hémisphère) ne signifiera rien pour vous. Je suis un escroc tant en ce qui concerne le Moyen-Orient que l'archéologie. Il y a des années, j’ai baigné dans les deux [domaines], et en suis devenu un bon expert, mais la guerre m’a sursaturé, et il y a neuf ans, je suis retombé confortablement dans les rangs de notre armée de l'air, et je n’ai plus eu d’autres intérêts depuis. Une période de neuf ans est suffisamment longue pour que je ne sois plus à jour [dans mes connaissances], mais pas assez long pour rendre mes points de vue vieillots et suffisamment archaïques. J'ai aussi oublié tout ce que je savais.


J'ai vu la lettre de Lawrence écrite de sa propre main et pensé, en premier lieu, qu'il se décrivait comme un « ami » du Moyen-Orient, mais hélas – en se rabaissant pour toujours - il a en effet écrit « escroc ». Sa lettre continue en informant Field comment le reconnaître à la gare de Plymouth. « Cherchez une petite et vieille créature dans un uniforme bleu ardoisé, avec des boutons en laiton : comme un éclaireur RAC (Club Automobile Royal, Ndt) ou peut-être comme un conducteur de tram, seulement plus petit et plus minable ».


Il est peut-être aussi bien de se rappeler, en lisant les Sept Piliers, que cet homme merveilleux, imaginatif, courageux parvenait, en seulement une décennie, à se réduire lui-même à cette grande pauvreté et cette autodestruction. Seule sa moto chérie lui restait. Et cela, bien sûr, fut sa dernière punition.

 

http://www.newstatesman.com/200805010042

 

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10 mai 2008 6 10 /05 /mai /2008 16:29

Italie: la polémique enfle sur le Salon du livre de Turin dédié à Israël

ROME, 6 mai 2008 (AFP) - 06/05/2008 14h08 -

Le Salon du livre de Turin dont Israël est l'invité d'honneur s'ouvre jeudi
sous haute surveillance et sur fond de polémique, notamment entre le
président de la République italienne qui inaugurera la manifestation et
l'intellectuel musulman controversé Tariq Ramadan.


La présence du chef de l'Etat Giorgio Napolitano "est un engagement moral
très important", a souligné mardi l'ambassadeur d'Israël en Italie Gideon
Meir, à l'occasion de la présentation des célébrations qui doivent marquer
le 60ème anniversaire de la naissance de l'Etat israélien.
"Les extrémistes de droite et de gauche qui viennent à Turin" pour
"boycotter" le Salon veulent "délégitimer l'Etat d'Israël", a-t-il accusé, cité
par l'agence Ansa.


L'ambassadeur s'exprimait au lendemain d'une polémique déclenchée par
Tariq Ramadan, petits-fils d'Hassan El-Banna, le fondateur des Frères
musulmans égyptiens, présent à Turin pour un séminaire sur "le nettoyage
ethnique de la Palestine" organisé à l'université de la ville par les
opposants au Salon.


Ramadan a estimé que le chef de l'Etat avait commis "une erreur" en
décidant d'inaugurer le Salon, confirmant par sa venue qu'il s'agit d'une
"manifestation politique" et non culturelle.

La présidence a vivement réagi, rappelant que Giorgio Napolitano serait
présent à Turin comme il l'est à "de multiples événements culturels" en
Italie.

"La critique de la politique du gouvernement israélien est totalement
légitime (...) Ce qui est inadmissible ce sont les positions qui visent à nier
la légitimité de l'Etat d'Israël, né de la volonté des Nations unies en 1948 et
son droit à l'existence dans la paix et la sécurité", a souligné la présidence.
Pour le chef du service culturel de l'hebdomadaire de gauche l'Espresso,
Tariq Ramadan "ne savait probablement pas qu'il est de mauvais goût de
critiquer le président de la République en Italie".

"Le boycott est toujours une erreur car il empêche le dialogue. Un boycott
en Europe de l'Etat juif est d'un goût douteux et ravive des souvenirs que
nous préférerions oublier. Cela dit, on aurait dû penser à trouver un espace
à l'intérieur de la foire pour le consacrer à l'histoire dramatique des
Palestiniens", a déclaré à l'AFP Wlodek Goldkorn, rappelant lui-même ses
origines juives.

Le Salon du livre de Paris en mars, dont l'invité d'honneur était Israël, avait
pareillement été la cible d'appels au boycott.

La tension autour de la Foire du livre n'a cessé de monter ces derniers
jours, notamment après le défilé du 1er mai à Turin quand deux drapeaux
israéliens et un drapeau américain ont été brûlés par des militants
d'extrême gauche.

Le nouveau président de la Chambre des députés, Gianfranco Fini, issu
d'un parti postfasciste, a encore accru la controverse en déclarant que cet
incident était "plus grave" que la mort d'un jeune italien battu par des
néofascistes car ces derniers "peuvent être rééduqués en prison", alors
que la gauche radicale cache "sa hargne contre les juifs" derrière
l'antisionisme.

Sur ordre de la préfecture de police de Turin, les manifestations ont été
interdites près de la Foire, qui fermera ses portes lundi.

"Nous ne l'accepterons pas", a averti le collectif Free Palestine, une
mouvance réunissant notamment des militants de l'ultra-gauche, des
"syndicats de base" et des groupuscules communistes, qui doit manifester
samedi dans la ville.

Il a accusé les autorités de vouloir mettre en place un dispositif de sécurité
aussi stricte que pour un G8. "Ils veulent créer une zone rouge autour de la
foire (...) et empêcher toute opinion dissidente", a déclaré le collectif au
quotidien de Turin La Stampa.

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10 mai 2008 6 10 /05 /mai /2008 16:22

Des Noirs de France dénoncent la persistance de préjugés et discriminations

 

PARIS (AFP)

  Des associations noires de France ont dénoncé samedi la persistance de "préjugés", 160 ans après l'abolition de l'esclavage, tandis que le président Nicolas Sarkozy appelait à regarder "de façon lucide et apaisée" ce chapitre sombre de l'histoire de France.

Près d'un millier de personnes ont manifesté samedi à Paris à l'occasion des cérémonies officielles de l'abolition de l'esclavage, aux cris de "A bas les préjugés".

"Nous sommes ici pour commémorer l'abolition de l'esclavage mais aussi pour dénoncer ce qui se passe aujourd'hui", a déclaré le président du Conseil représentatif des associations noires (Cran) Patrick Lozès, pour qui "il ne faut pas attendre 160 ans pour s'occuper des gens qui souffrent aujourd'hui".


"On attend que les autorités prennent en compte les discriminations en matière de logement, d'emploi et de loisirs", a-t-il ajouté.


Les manifestants arboraient des pancartes sur lesquelles était écrit: "non aux discriminations" ou "discriminé jusqu'à quand?".


Une autre marche était organisée au même moment par un Collectif des fils et filles d'Africains déportés (Coffad).


Un peu plus tôt, le chef de l'Etat Nicolas Sarkozy avait évoqué lors d'une cérémonie de commémoration à Paris la "souffrance que l'esclavage a engendrée, les blessures qu'il a laissées dans l'âme".


Evoquant une "blessure profonde qui pèse encore sur les consciences", un "crime contre l'humanité", M. Sarkozy a exhorté à regarder "cette histoire telle qu'elle a été", "lucidement", car "c'est l'histoire de France".


Il a annoncé que "la traite des Noirs, l'esclavage ainsi que leurs abolitions" seraient enseignées à l'école primaire --pour les enfants de six à dix ans-- dès la rentrée de septembre.


"Je pense à Aimé Césaire", a dit M. Sarkozy qui avait assisté aux funérailles du poète martiniquais décédé le 17 avril. "L'émotion provoquée par (sa) disparition montre à quel point nous sommes toujours à la recherche de notre histoire".


Mais, a poursuivi le chef de l'Etat, "cette célébration ne doit pas être seulement un rappel historique" car "des millions de personnes sont encore victimes de la traite. Elles demeurent privées de liberté, soumises à des conditions d'exploitation brutales".


Il a évoqué "la tragédie que vit le peuple de Birmanie", ravagée par un cyclone et dont le régime "éminemment condamnable, empêche le débarquement de vivres" pour aider les centaines de milliers de sans-logis.


Auparavant, le chef de l'Etat avait visité l'exposition en plein air consacrée au chevalier de Saint-George, musicien, escrimeur, valeureux soldat, qui fut au XVIIIe siècle le premier compositeur noir de l'histoire de la musique occidentale.


Plusieurs autres manifestations - défilés, hommages à Aimé Césaire - se sont déroulées en France. Ce fut le cas notamment à Bordeaux (sud-ouest), qui fut un des principaux ports négriers, en présence de Michaëlle Jean, gouverneur général du Canada, mais aussi descendante d'esclaves haïtiens.


La secrétaire d'Etat aux droits de l'Homme, Rama Yade, originaire du Sénégal, a de son côté jugé que "l'esclavage fut une abomination, une meurtrissure au coeur de l'histoire des hommes" lors d'une cérémonie dans le Doubs (est).

 

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10 mai 2008 6 10 /05 /mai /2008 16:10

Le Hezbollah contrôle Beyrouth-Ouest et maintient ses barrages

BEYROUTH (Reuters)

  L'opposition libanaise emmenée par le Hezbollah a pris vendredi le contrôle de Beyrouth-Ouest, à majorité musulmane, et maintiendra ses barrages jusqu'à l'obtention d'une solution à la crise politique qui paralyse le pays depuis novembre 2006.

"Toutes les questions sont liées. Beyrouth restera paralysée jusqu'à ce qu'on trouve une solution politique", a dit un haut responsable de l'opposition pro-syrienne.

Les miliciens chiites du Hezbollah ont mis en déroute les groupes de combattants pro-gouvernementaux après trois jours d'affrontements renvoyant aux heures sombres de la guerre civile qui a déchiré le pays de 1975 à 1990.

D'après des sources proches des services de sécurité, le bilan est passé à au moins onze morts et 30 blessés.

Toute la nuit de jeudi à vendredi, le bruit sourd des lance-roquette et le crépitement des armes automatiques ont continué de résonner tandis que des groupes de jeunes gens armés de fusils d'assaut sillonnaient les rues de la capitale encombrées des carcasses noircies de voitures incendiées.

En fin de matinée, le Hezbollah chiite, soutenu par l'Iran, et ses alliés contrôlaient la totalité de Beyrouth-Ouest, à majorité musulmane. Dans le quartier de Tarek al-Djadidi, les derniers combattants pro-gouvernementaux ont rendu les armes et laissé place à l'armée libanaise, qui tente de préserver un rôle neutre dans la crise.

Dans la matinée, des hommes fidèles au Hezbollah avaient pris le contrôle de la chaîne de télévision pro-gouvernementale Future News, qui appartient au leader de la coalition au pouvoir Saad al Hariri. Des hommes en armes ont également fait irruption dans les locaux du journal Al Moustakbal, appartenant aussi à Hariri.

Les combattants du Hezbollah ont également resserré leur emprise sur les axes routiers menant à l'aéroport international de Beyrouth, pratiquement paralysé depuis mercredi. La compagnie aérienne nationale Middle East Airlines a annoncé le report de tous ses vols prévus d'ici samedi.

LE HEZBOLLAH REJETTE LE PLAN DE HARIRI

"Le Hezbollah domine la majeure partie de Beyrouth-Ouest", souligne Paul Salem, directeur du Carnegie Middle East Center à Beyrouth. "Cela affaiblit le gouvernement et le Courant du Futur", ajoute-t-il.

Les violences ont débuté lorsque le gouvernement a déclaré que le réseau de communication mis en place par le Hezbollah constituait une atteinte à la souveraineté nationale.

Jeudi, le chef de la milice chiite, le cheikh Sayyed Hassan Nasrallah, avait répliqué en accusant le gouvernement de lui avoir "déclaré la guerre".

Pour le Hezbollah, unique milice à avoir été autorisée à conserver ses armes après la fin de la guerre civile pour lutter contre la présence israélienne dans le sud du pays, ce réseau parallèle de communications fait partie intégrante de ses structures de sécurité. Israël s'est retiré en 2000 et le sort de l'appareil militaire du Hezbollah est depuis au coeur de la crise politique libanaise.

Saad al Hariri a répondu à Nasrallah en proposant un plan de sortie de crise qui qualifierait de "malentendu" la décision prise par le gouvernement de démanteler le réseau de communications du Hezbollah.

Le fils de l'ancien Premier ministre assassiné en 2005 a en outre suggéré que l'armée soit chargée de trancher cette question en vertu de l'attitude de neutralité dont elle a fait preuve jusqu'ici.

Le Hezbollah, selon sa chaîne de télévision Al Manar, a immédiatement rejeté cette proposition, précisant qu'il s'en tenait aux conditions fixées par Nasrallah.

Walid Jumblatt, chef de file de la communauté druze associé au gouvernement, a appelé au dialogue. "Ce parti, quelle que soit sa force militaire, ne peut annuler l'autre", a-t-il dit sur l'antenne de la télévision LBC. "Seul le dialogue apporte des résultats, fuir le dialogue ne sert à rien."

A New York, le Conseil de sécurité des Nations unies a lancé un appel "au calme et à la retenue" dans une déclaration politique n'ayant pas valeur contraignante. L'Arabie saoudite a réclamé de son côté la tenue d'une réunion d'urgence des ministres arabes des Affaires étrangères pour discuter de la crise.

La France, impliquée dans la recherche d'une solution politique dans un pays qui n'a plus de président depuis l'expiration du mandat d'Emile Lahoud, en novembre, a annoncé qu'elle n'entendait pas rester "inactive" face au "drame" qui se déroule au Liban.

"Il faut éviter à tout prix le terrible engrenage de la guerre civile", a déclaré le ministre français des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, dans un communiqué.

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10 mai 2008 6 10 /05 /mai /2008 10:14

Irak 2008
NOTE D'ANALYSE DU 11 AVRIL 2008 DE L'EUROPEAN STRATEGIC INTELLIGENCE & SECURITY CENTER


LE PROCHAIN DÉFI EN IRAK : DÉJOUER L'INFLUENCE  DE PLUS EN PLUS MARQUÉE DE L'IRAN



Introduction

    La présentation du Général David Petraeus devant le Congrès, le lundi 7 avril, était supposée apporter aux législateurs américains des preuves irréfutables que la stratégie des renforts (« surge ») avait porté ses fruits. Elle a été assombrie par la nouvelle du conflit entre chiites, qui a révélé le renforcement de l'emprise de l'Iran sur le destin de l'Irak.

    En quelques semaines à peine, la nature du problème en Irak a pris une tout autre tournure. On pourrait en effet qualifier de réussite la canalisation des efforts américains pour brider les tribus sunnites du pays. La province d'al-Anbar dans l'ouest de l'Irak a été amenée sous contrôle, dans la foulée d'une stratégie mêlant une présence plus zélée des troupes américaines sur place, une attention renouvelée à la sécurité des civils sunnites et une stratégie consistant à récupérer les milices sunnites pour lutter contre Al-Qaïda.

    Malheureusement, ces progrès ne suffiront pas à garantir une stabilité de longue durée en Irak. La clé de l'avenir de cette société se trouve dans la capacité du gouvernement central à contrôler la majorité chiite du pays. Les événements des dernières semaines ont révélé la vraie nature de la stratégie iranienne en Irak et laissent supposer les conditions d'une bataille que les Etats-Unis risquent de ne pas remporter dans les prochains mois et années en l'absence de volonté politique ou du soutien de l'opinion. Comme l'a déclaré un Marine américain stationné en Irak : « Si l'Iran ne dépensait qu'un millier de dollars pour chaque million que nous dépensons, elle pourrait encore sortir gagnante. Le temps joue en sa faveur ».

    L'analyse qui suit (1) résume les progrès accomplis jusqu'à présent grâce à la stratégie de l'opération « surge », (2) révèle les menaces de cellules dormantes contre le gouvernement irakien qui ont soudainement été activées ces dernières semaines et (3) évoque les perspectives pour surmonter ces menaces, compte tenu des restrictions d'objectif dans lesquelles l'armée américaine et le gouvernement irakien doivent opérer.

La stratégie de l'opération « surge » et ses résultats

    Le résultat le plus audacieux de l'opération « surge » a été de détruire et/ou déloger les forces « d'Al-Qaïda en Irak » des grandes régions d'Irak, notamment dans la province d'al-Anbar et plusieurs villages situés au nord et au nord-ouest de Bagdad. La plupart des brigades de combat supplémentaires déployées dans le cadre de l'opération « surge » ont été affectées à prendre le contrôle et à maintenir une présence dans les villages qui n'avaient précédemment été tenues que temporairement par les unités de Marines et avaient invariablement tendance à retomber sous le contrôle d'Al-Qaïda et de ses groupes affiliés après le départ des Marines.

    L'opération « surge » a définitivement mis un terme à la présence continue d'Al-Qaïda dans les régions précitées. Outre le déploiement de troupes de combat supplémentaires, l'armée américaine a consenti un effort financier pour acheter la loyauté des milices tribales sunnites. Le système tribal sunnite avait été affaibli par la présence d'Al-Qaïda, qui oeuvrait dans leurs régions en usant des moyens les plus brutaux imaginables et s'est attiré la haine grandissante de la population locale.

    L'organisation militaire tribale sunnite conjointe, connue actuellement sous la dénomination générique de « Sons of Iraq » (« Fils de l'Irak »), comprend quelque 90 000 combattants qui sont effectivement employés par les Etats-Unis, et s'est révélée une force fiable et stabilisatrice. Grâce à ces milices, mises en place au printemps 2007, les attaques anti-américaines (qui sont passées de 1300 incidents par mois à l'automne 2006 à moins de 200 à l'été 2007) ont diminué de façon spectaculaire et ces progrès se sont suffisamment maintenus pour permettre des sérieuses avancées dans le domaine de la reconstruction.

    L'avantage supplémentaire de cette stratégie a été de redonner confiance et foi aux chefs tribaux sunnites et aux populations sous leur contrôle par rapport à l'activité politique de Bagdad. De grandes portions de la population sunnite irakienne ont repris espoir de jouer un véritable rôle dans l'avenir de l'Irak et ont largement surmonté leur crainte de voir leurs intérêts systématiquement menacés, comme ça a été le cas pendant les deux premières années de l'occupation américaine.

    Cependant, les avancées qui ont été faites en 2007 n'ont pas atteint la région névralgique de Mossoul, située près de la frontière syrienne. Al-Qaïda reste présent et opérationnel dans cette région, où il continue à trouver un soutien solide auprès de la population sunnite. Cette situation s'explique en partie par le fait que les tribus sunnites de la région sont confrontées à ce qu'elles considèrent comme une menace pour leur existence, les Kurdes. Ces derniers ont repeuplé la région au cours de ces deux dernières années et réclament depuis longtemps de gouverner la ville de Mossoul et sa voisine Kirkouk, qui sont les régions urbaines les plus importantes à proximité des champs de pétrole du nord de l'Irak.

    Dans les années 1990, Saddam Hussein a contrôlé une politique d'épuration ethnique à Mossoul et Kirkouk, lors de laquelle les familles kurdes ont été systématiquement chassées de chez elles et envoyées comme réfugiées dans la chaîne de montagnes du nord de l'Irak, sous contrôle kurde. Le retour de ces réfugiés ces dernières années a déclenché des tensions ethniques critiques entre les communautés arabes et kurdes de Mossoul et Kirkouk. Al-Qaïda est parvenu à exploiter ces tensions pour s'imposer dans la communauté arabe de ces villes. En outre, la proximité de ces régions urbaines avec la frontière syrienne a permis à Al-Qaïda de profiter d'arrivées massives et régulières d'armes et de djihadistes pour renforcer leurs rangs et leurs moyens.

    La bataille pour Mossoul et Kirkouk devait représenter la dernière phase de l'opération « surge ». Malheureusement, les possibilités de remporter cette bataille ont beaucoup diminué dernièrement, compte tenu du fait qu'il faut assigner un nombre toujours plus important de forces irakiennes et américaines à résoudre les problèmes que posent les milices chiites soutenues par les Iraniens situées à Bagdad et à Bassora.

La menace montante

    Alors que les Etats-Unis étaient en train de combattre Al-Qaïda à l'ouest de l'Irak, « l'Armée du Mahdi » de Moqtada al-Sadr renforçait ses effectifs et étendait son pouvoir destaudis de Bagdad à la ville portuaire stratégique de Bassora, où elle acquis un pouvoir grandissant sur des parties importantes du commerce irakien. (La plupart des exportations pétrolières du pays et des importations civiles transitent par Bassora et le port pétrolier voisin d'Umm Qasr).

    Après un revers important en 2005, Moqtada al-Sadr a déclaré une « trêve », qui lui a permis de faire passer ses forces militaires de 2000 hommes légèrement armés issus des quartiers les plus pauvres de Bagdad à une force bien organisée, qui comprend à présent quelque 60 000 hommes bien armés et bien rémunérés, opérant dans de vastes communautés au sud de l'Irak. La milice du Mahdi bénéficie d'un soutien considérable de l'Iran, qui aide à financer et à équiper ses principales brigades et est connu pour offrir un entraînement spécialisé à quelques-unes de ses unités de commando.

    Cette aide, fournie directement par la force « al-Qods » de la Garde révolutionnaire iranienne (al-Qods fait référence au Dôme du Rocher de Jérusalem), a renforcé de façon spectaculaire l'efficacité des attaques des milices antiaméricaines dans au moins deux domaines. En premier lieu, les attaques contre les lignes américaines de communication et de fourniture de service sont devenues beaucoup plus meurtrières après que les « engins explosifs improvisés », mieux connus sous le nom de bombes artisanales, ont été remplacés par des armes anti-blindage sophistiquées appelées mines « EFP ». Il s'agit de projectifs en cuivre en fusion qui peuvent pénétrer un blindage renforcé et dont le ratio de mort (kill-ratio) est très nettement supérieur à celui des bombes artisanales qui étaient utilisées auparavant.

    En outre, les unités de commando bien entraînées ont appris à utiliser les tirs de mortier et tirs de roquette simples avec beaucoup plus de précision qu'auparavant. La capacité des milices à abattre un nombre de plus en plus important d'hélicoptères américains et à tirer des coups précis sur la zone verte de Bagdad occupée par les Américains, tout en échappant aux ripostes, a confirmé qu'il existe des commandos hautement entraînés don't les actions visent à soutenir les objectifs politiques de l'Armée du Mahdi et combattent des cibles américaines qui étaient précédemment considérées comme relativement sûres.

    À l'instar des Moudjahidines afghans, les milices chiites irakiennes qui tiraient d'une manière sporadique en comptant davantage sur la chance que sur l'entraînement, le font désormais d'une manière systématique et précise, ce qui a un effet négatif sur le moral des troupes et augmente considérablement les risques auxquels l'armée américaine est exposée tant à Bagdad que dans des zones clés situées au sud sur les rives du Tigre et de l'Euphrate.

    Pendant la trêve qui a eu lieu pendant ces dix-huit derniers mois, l'Armée du Mahdi a également étendu son emprise sur des secteurs critiques de l'économie irakienne. Avec des pratiques similaires, à de nombreux égards, à celles de la mafia, les milices sont parvenues à vendre leur protection à un nombre sans cesse accru d'entreprises, en se focalisant principalement sur les commerces d'import-export situés à Bassora. Cette activité a généré sur place une source importante de revenus supplémentaires pour les coffres d'al-Sadr, grâce notamment au bon vieux racket. Ces activités, associées à l'incursion réussie du groupe dans l'activité politique, sont parvenues à conférer à Moqtada al-Sadr un mélange de légitimité politique et de puissance brute que l'on pourrait bientôt comparer à celles qu'a acquises le Hezbollah au Liban ou le Hamas dans la bande de Gaza.

    Au cours des dernières semaines, le gouvernement central irakien a tenté en vain de braver cette menace grandissante. Il craint que la milice d'al-Sadr ne devienne sous peu un Etat dans l'État, ayant le pouvoir d'influencer la plupart des décisions importantes du gouvernement irakien et d'exercer un chantage efficace sur le reste du pays comme le Hezbollah l'a fait au Liban ces dernières années. Moqtada al-Sadr s'est réfugié en Iran. Quiconque aurait douté du contrôle réel de Téhéran sur ce mouvement n'a eu qu'à observer la semaine dernière la délégation de parlementaires irakiens qui s'est rendue en Iran pour négocier un cessez-le-feu avec le commandant de la force d'al-Qods.

    La force al-Qods est un noyau militaire iranien secret et très efficace auquel Téhéran confie des opérations sensibles de la plus haute importance. Qassem Suleimani passe généralement pour le leader actuel de la force avec qui les membres du Parlement irakien sont allés discuter des conditions de paix, alors que l'offensive du Premier ministre Nouri al-Maliki contre l'Armée du Mahdi, manifestement, s'essoufflait. La force serait née peu après la prise de pouvoir de l'Iran par les forces révolutionnaires islamiques, le 16 janvier 1979. L'unité était le service de renseignement du Corps de garde des révolutionnaires islamiques. D'après l'ancien agent de la CIA, Robert Baer, la force d'al-Qods est très proche du Président Ahmadinejad et d'autres mollahs conservateurs qui composent le Conseil du gouvernement
iranien.

    La milice de l'Armée du Mahdi qui, de toute évidence, est devenue le principal relais opérationnel de la force al-Qods dans le théâtre irakien des opérations, représente, aux yeux du Pentagone, la plus grande menace pour la sécurité de l'Irak, allant jusqu'à supplanter Al-Qaïda en Irak comme « accélérateur potentiel de violence sectaire auto-entretenue le plus redoutable. » L'ascension de l'Armée du Mahdi au-devant de la scène a profité de l'incapacité des dirigeants américains et irakiens à faire face au mouvement alors qu'il n'était qu'à ses débuts, pendant les deux premières années d'occupation. En 2004, après un certain nombre d'opérations militaires probantes contre les milices du Mahdi, l'armée américaine a déclaré avoir vaincu la menace représentée par al-Sadr et ses partisans. Cette évaluation a sousestimé la vraie nature de la menace de ce mouvement.

    La capacité de l'Armée du Mahdi à surmonter l'adversité tire son origine de l'attrait religieux exercé par ce mouvement sur les populations urbaines les moins instruites d'Irak et du soutien constant et à long terme fourni par l'Iran, qui investit dans le mouvement, dans l'espoir qu'il s'établisse en Irak aussi solidement que le Hezbollah ne l'a fait au Liban. Le pouvoir d'attraction religieux du mouvement se reflète dans le nom même de la milice : le Mahdi, dans l'interprétation chiite, fait référence au 12e imam, qui est pour la première fois apparu au VIIe siècle et est censé réapparaître, comme le Messie, dans une période de grand bouleversement, afin d'accomplir les prophéties du « jour de la résurrection», en rétablissant la droiture de l'islam et en transformant le monde entier en une société islamique parfaite et juste.

    Quand il a créé sa milice en 2003, Moqtada al-Sadr a accusé les Etats-Unis d'avoir eu vent du retour imminent du 12e imam et d'avoir envahi l'Irak dans l'objectif précis de le trouver et le supprimer avant qu'il ne puisse réaliser la prophétie. Sa milice a donc été créée afin de protéger l'imam contre les envahisseurs américains. Les Etats-Unis n'ont jamais imaginé être confrontés à ce type de mouvement en Irak. Ils n'avaient pas non plus prévu la rapidité à laquelle un tel mouvement pourrait s'étendre, se retrouver au centre de l'attention et trouver du soutien dans les quartiers les plus pauvres d'Irak. Mais avec l'aide de l'Iran et une stratégie qui a permis au mouvement de jouer des replis stratégiques à chaque fois qu'il était menacé, le mouvement a survécu, s'est renforcé et s'est solidement installé dans les bazars de Bagdad et de Bassora, au point qu'il représente actuellement la menace la plus tangible à long terme pour la stabilité de l'Irak.

Options et contre-mesures

    Compte tenu de la nature de la menace et du changement d'attitude des Etats-Unis en Irak, les possibilités de lutter contre l'influence de plus en plus prononcée de l'Armée du Mahdi sont limitées. Dans sa présentation devant la Commission des forces armées de la Chambre, le Général Petraeus a proposé le premier retrait des troupes américaines depuis le début de l'opération « surge ». Cette réduction des forces de combat en Irak cadre avec la logique de l'opération « surge » (dont l'objectif était de stimuler temporairement les moyens militaires, principalement pour prendre le contrôle d'endroits stratégiques, précédemment contrôlés par Al-Qaïda, de façon à ce que les milices sunnites puissent prendre la relève de la sécurité dans l'Ouest de l'Irak).

    La manoeuvre reflète également la stratégie globale des Etats-Unis en Irak, que l'on peut décrire comme une tentative de transférer les principales opérations de combat sur le terrain aux unités irakiennes. Cette démarche vise à réorienter progressivement les objectifs de la mission des troupes américaines, qui était d'aboutir à un partenariat avec les unités de combat irakiennes alors que l'autorité gouvernementale est confrontée à des défis majeurs, pour fournir désormais un soutien logistique et aérien.

    La récente offensive du Premier ministre al-Maliki contre l'Armée du Mahdi à Bassora a été entravée par la désertion de plus d'un millier de troupes gouvernementales irakiennes. La plupart des forces américaines a évité de participer activement à une offensive sur le terrain à Bassora, où il n'y a pas de contrôle de la coalition depuis le retrait des forces britanniques, l'année dernière. Pourtant, l'appui aérien fourni par la Force aérienne américaine a eu des effets importants sur le nombre de batailles et a joué un rôle déterminant en convainquant des éléments de l'Armée du Mahdi de faire une trêve. En définitive, l'offensive du gouvernement irakien n'est cependant pas parvenue à démanteler l'Armée du Mahdi dans la région et a essuyé plusieurs revers importants sur d'autres fronts. Les attaques contre des oléoducs et les tirs de roquette concluants dans la zone verte ont été des signes inquiétants que l'Armée du Mahdi pouvait se battre sur plusieurs fronts en Irak et nuire gravement au sens de la mission et de la morale américaines.

    Avec des candidats démocrates à la Maison-Blanche qui promettent un retrait rapide d'Irak, la présence américaine dans ce pays ne devrait pas se prolonger et le gouvernement irakien doit faire face à la perspective d'une diminution considérable du soutien qu'il reçoit des Etats-Unis dès janvier 2009. Bien que le résultat des élections américaines soit loin d'être joué et qu'aucun prétendant à la Présidence démocrate n'ait non plus promis de retrait total, il est clair pour la plupart des commandants en Irak que tout retrait significatif de troupes limiterait la capacité militaire américaine à participer activement, à l'avenir, à des opérations stratégiques sur le terrain.

    Les estimations varient quant au niveau des forces requis pour simplement maintenir un contrôle sur les terrains d'aviation irakiens, les infrastructures de production et d'exportation pétrolière, la zone verte et les principales conduites d'alimentation. Plusieurs commandants sur le terrain ont prévenu qu'une réduction importante des forces américaines en dessous de la barre des 100 000 augmenterait la pression sur les troupes américaines et les employés civils restés en Irak et obligerait les Etats-Unis à adopter une position uniquement défensive.

    Le prix à payer pour l'Iran afin de maintenir les tirs de roquette sur la zone verte, de propager l'utilisation des mines « EFP » le long des conduites d'alimentation américaines et de renforcer l'emprise de l'Armée du Mahdi sur les régions stratégiques de Bagdad et Bassora, serait minime comparé au prix à payer par les Etats-Unis pour maintenir à long terme une presence efficace dans la region. L'impression qu'il est impossible de gagner la guerre d'une manière decisive à bref délai contribuerait à demoraliser davantage les forcesaméricaines. La dynamique et l'initiative des forces américaines seraient perdues au profit de la milice rebelle chiite et le contrôle sur l'avenir du pays serait effectivement cédé aux décideurs de Téhéran.

    Les Etats-Unis et sa coalition en déclin d'alliés commencent tout à coup à tomber à court d'options pour répliquer à la politique iranienne de « libanisation » de l'Irak, qui utilise de plus en plus l'Armée du Mahdi comme mandataire à plusieurs niveaux (politique, social et militaire) pour priver le gouvernement central du contrôle sur les zones capitales du territoire irakien, en rançonnant des secteurs importants de l'économie et en faisant varier les niveaux de violence au gré de Téhéran.

    Il ne reste que deux possibilités. L'option A, qui est la plus probable, compte tenu des contraintes auxquelles les Etats-Unis sont soumis pour mener cette guerre, est de continuer à apporter le même niveau de soutien au gouvernement central irakien pour affronter la milice du Mahdi et d'espérer que tout se passera au mieux. Diverses tentatives pourraient être tentées pour racheter les armes des militants de l'Armée du Mahdi et offrir au groupe des possibilités de réintégrer l'activité politique en contrepartie d'une trêve sporadique. Dans le cadre de cette stratégie, on tenterait de relancer les négociations avec Téhéran, dans lesquelles les gouvernements américain et irakien n'auraient pas grand-chose à offrir, si ce n'est des concessions permanentes et, en définitive, accepter le contrôle grandissant de l'Iran sur l'avenir de l'Irak. L'espoir, dans ce cas de figure, serait que l'Iran trouve un intérêt à voir un Irak plus stable à ses portes et qu'il soit disposé à réduire son soutien à la violence, en échange d'une influence accrue sur les activités politiques du pays. Alors que cette situation bouleverserait l'équilibre stratégique dans la région et ne garantirait en aucun cas une paix à long terme, elle pourrait néanmoins offrir un compromis politique qui permettrait à Washington de se désengager de la région, si c'est ce que l'opinion américaine souhaite. L'option A tablerait sur un niveau de bonne volonté de l'Iran supérieur à celui qu'il a pu démontrer jusqu'à présent et pourrait finalement aboutir à un retrait américain d'Irak humiliant et précipité.

    L'option B impliquerait un engagement américain à part entière pour un clan dans le conflit entre chiites, qui soit égal sinon supérieur à sa mobilisation récente contre Al-Qaïda dans les provinces occidentales de l'Irak et s'accompagne d'une série de mesures politiques et militaires visant à mettre Téhéran sur la défensive et obligeant ce régime à se désengager d'Irak ou à faire face à des représailles directes contre ses unités de la Garde révolutionnaire et la force d'élite al-Qods. L'option B nécessiterait une volonté de Washington d'intensifier le conflit, comme il l'a fait quand il a négocié son retrait du Vietnam. Cette sinistre comparaison ne présage, bien entendu, rien de bon, mais face à une alternative sombre et humiliante ou éventuellement à une provocation de l'Iran faisant une erreur d'appréciation sur la réaction de l'opinion américaine, les Etats-Unis pourraient examiner les options visant à réduire l'influence de l'Iran en Irak.

    Cette stratégie comporterait des risques de taille et réclamerait beaucoup plus de préparation que ce n'a été le cas lors de la dernière tentative avortée de démanteler l'Armée du Mahdi de ses bases, dans les taudis de Bagdad et Bassora. Cette stratégie passerait par une opération de renseignements complète et prolongée visant à infiltrer l'Armée du Mahdi, en mettant sur écoute ses lignes de communication avec l'Iran et en isolant ses bastions à Bassora et Bagdad, des bases de soutien potentielles situées dans les villages disséminés aux bords des routes entre ces deux centres urbains, le long des rives du Tigre et de l'Euphrate. L'initiative d'infiltrer l'Armée du Mahdi pendant un certain temps serait coûteuse, demanderait un temps considérable et ne porterait ses fruits que si elle aboutit à une opération décisive, qu'elle jouit du soutien de l'opinion américaine et qu'elle peut montrer de véritables résultats. Pour se préparer à une telle opération, les Etats-Unis devraient réunir suffisamment de preuves du rôle direct de l'Iran dans le massacre de soldats américains en Irak, de façon à rendre crédible la menace de représailles directes contre l'Iran.

    Par ailleurs, à la suite d'une offensive décisive contre l'Armée du Mahdi, le gouvernement irakien doit avoir à sa disposition un cadre de chefs militaires bien entraînés et d'administrateurs, prêts à reprendre le contrôle des zones qui sont actuellement aux mains des milices et avoir des plans concrets pour apporter des améliorations efficaces et mesurables aux conditions de vie des populations concernées. Selon des représentants expérimentés impliqués dans le conflit, une telle opération prendrait six à huit mois de préparation et devrait pouvoir compter sur un niveau de confiance meilleur qu'aujourd'hui entre les forces américaines et les forces du gouvernement irakien. Son succès dépendrait en outre de l'adhésion de l'opinion américaine à soutenir une escalade éventuelle du conflit impliquant des cibles en Iran. Aucune de ces conditions ne semble remplie pour l'instant.

Conclusion

    Sans une erreur d'appréciation grossière de la part de l'Iran, les Etats-Unis risquent de rester bloqués dans une situation où ils pourraient, malgré leur écrasante suprématie militaire, voir leurs récentes avancées sur le terrain anéanties par les milices chiites contrôlées par les Iraniens. Jusqu'à présent, Téhéran a été très attentif à limiter sa guerre par procuration contre les Etats-Unis à des engagements de bas niveau qui sont tenables à long terme, à peu de frais, et qui, pourtant, ne parviennent pas à pousser l'opinion américaine à soutenir une politique de représailles directes.

    Si Téhéran devait à l'avenir faire une erreur de jugement, il serait bon que les Etats-Unis aient un plan pour exploiter toute possibilité de réduire considérablement l'influence de l'Iran sur l'Irak. Faute de quoi, les Etats-Unis et leurs alliés irakiens continueront à se trouver devant un conflit ardu et pénible dans lequel Téhéran conserve en permanence l'initiative et risque de continuer à étendre son influence au fil du temps.


Michael SOUSSAN, Directeur du Bureau de l'ESISC à New York - Copyright © ESISC 2008

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8 mai 2008 4 08 /05 /mai /2008 19:58

Deux morts à Beyrouth après une deuxième journée d'affrontements entre sunnites et chiites

 

BEYROUTH  (AP)

 

  Pour la deuxième journée consécutive, de violents affrontements ont opposé sympathisants chiites du Hezbollah pro-iranien et sunnites partisans du gouvernement pro-occidental dans les rues de Beyrouth, tuant deux civils, alors que les affrontements sectaires se multipliaient dans plusieurs parties du pays.

 

Selon des responsables de la sécurité libanaise, une mère et son fils sont morts quand une roquette RPG est tombée sur leur appartement dans le quartier de Ras el-Nabeh durant les affrontements. Huit personnes ont été blessées dans les affrontements, précisait-on de même source. Par ailleurs, une autre femme a été tuée par une balle perdue après des tirs de réjouissances dans la banlieue sud de Haret Hreik après un discours du chef du Hezbollah Hassan Nasrallah.


Le chef de la majorité parlementaire libanaise anti-syrienne Saad Hariri a lancé dans la soirée un appel au chef du Hezbollah Hassan Nasrallah, l'exhortant à travailler avec lui pour mettre fin aux affrontements. Dans une intervention télévisée, le responsable sunnite a appelé toutes les parties à "retirer leurs combattants des rues (...) pour sauver le
Liban de l'enfer".


Auparavant, Hassan Nasrallah avait qualifié de "déclaration de guerre" la décision du gouvernement de déclarer illégal le réseau de télécommunication militaire parallèle du groupe chiite. "Cette décision équivaut à une déclaration de guerre (...) à la résistance", a déclaré Hassan Nasrallah lors d'une conférence de presse diffusée en direct à la télévision.


Jeudi soir, Saad Hariri a offert un compromis, proposant que la décision soit laissée au commandement militaire. Le fils de l'ex-Premier ministre Rafic Hariri, assassiné il y a trois ans, a également appelé une élection immédiate du président du Liban pour qu'un dialogue national puisse s'engager entre les factions libanaises.


Saad Hariri a exhorté Hassan Nasrallah à lever le "siège" de Beyrouth, retirer ses militants des rues et rouvrir les routes, dont celles menant à l'aéroport de la capitale, bloqué depuis deux jours. Il a estimé que les actions du Hezbollah à Beyrouth sont "un crime qui doit cesser immédiatement".


Un peu plus tôt, Hassan Nasrallah avait prévenu qu'il "trancherait" les mains de ceux qui veulent tenter de désarmer le groupe, assurant qu'il ne voulait pas provoquer d'affrontements entre sunnites et chiites.


Saad Hariri a appelé le chef du Hezbollah à travailler avec lui pour mettre fin aux affrontements. "Je vous appelle à cesser le langage des armes (...) nous sommes responsables de l'unité des musulmans et du Liban", a-t-il ajouté. "Si elles étaient en danger, alors éteignons les les flammes".


On ignorait si le Hezbollah accepterait l'offre de compromis laissant à l'armée le soin de régler la question de son réseau de télécommunications, même si le groupe a de bonnes relations avec le commandement militaire.


Mardi, le gouvernement de Fouad Siniora avait déclaré ce réseau illégal, jugeant qu'il menaçait la sécurité de l'Etat. Il avait également annoncé le limogeage du chef de la sécurité du seul aéroport international du pays, celui de Beyrouth, en raison de ses liens avec le Hezbollah.


Ces décisions conjuguées à l'appel à la grève des syndicats pour protester contre les réformes économiques du gouvernement et obtenir des hausses de salaire ont entraîné des manifestations, qui ont rapidement dégénéré en bataille de rue entre les sympathisants du Hezbollah pro-syrien et ceux du gouvernement anti-syrien soutenu par les pays occidentaux.


Le Liban connaît une grave crise politique depuis le départ en novembre du président pro-syrien Emile Lahoud qui n'a pas été remplacé depuis, faute d'accord entre les deux camps.


Jeudi, dans la vallée de la Bekaa (est), chiites et sunnites ont échangé des coups de feu dans le village de Saadnayel. Des partisans sunnites du gouvernement ont fermé les principaux axes en faisant brûlé des pneus. A Masnaa, un petit groupe a réussi à bloquer le poste-frontière entre la Syrie et la capitale, ont affirmé des témoins.


Dans la capitale, les habitants se sont réveillés jeudi matin avec de nouvelles lignes de démarcation faites de pneus brûlés et de rues bloquées. Certaines rues restaient fermées et la circulation était faible dans les quartiers musulmans de la ville. Dans la zone chrétienne et dans les banlieues, la vie continuait et les écoles fermées mercredi avaient rouvert leurs portes.


L'armée a déployé des véhicules blindés sur les routes principales et les points de friction, avec des points de contrôle pour procéder à des fouilles des véhicules.


Mercredi, de violents heurts avaient opposé des partisans du Hezbollah à ceux du gouvernement dans plusieurs quartiers de Beyrouth, alors que le mouvement chiite bloquait les principaux axes de circulation pour imposer une grève anti-gouvernementale. Il s'agit des troubles les plus violents dans la ville depuis janvier 2007. AP

 

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8 mai 2008 4 08 /05 /mai /2008 19:50

Sami al-Hajj attaque ses ravisseurs américains


Sami al-Hajj, le caméraman d'Al Jazeera, critique avec virulence le traitement infligé aux détenus de la prison militaire de Guantanamo Bay, prison dans laquelle il a été emprisonné pendant près de 6 ans et demi.



Sami al-Hajj raconte que « les rats sont traités avec plus d'humanité » que les prisonniers dont « la dignité humaine est violée ».

Sami Al-Hajj, arrivé au Soudan tôt vendredi, est sorti du jet des Forces de l'Air américain sur un brancard et envoyé immédiatement à l'hôpital.

Son frère, Asim al-Hajj, dit qu'il ne reconnaissait pas le caméraman qui avait l'air d'avoir 80 ans.

Mais dit Sami, « J'ai eu de la chance car Dieu a permis que je sois libéré ».

Ses préoccupations se sont bientôt revenues vers les 275 prisonniers laissés derrière lui dans la prison militaire de Guantanamo.

Dignité violée

« Je suis très heureux d'être au Soudan mais je suis très triste à cause de la situation de nos frères restés à Guantanamo. Les conditions y sont très très mauvaises et elles empirent chaque jour » raconte-t-il de son lit d'hôpital.

« Notre condition humaine, notre dignité humaine ont été violées et l'administration américaine a perdu toutes les valeurs humaines, toutes les valeurs morales, toutes les valeurs religieuses ».

« Les rats sont mieux traités que nous à Guantanamo. Il ya des gens de plus de 50 pays qui sont totalement privés de leurs droits et privilèges. Ils ne leur donnent même pas les droits qu'ils donnent aux animaux » dit-il.

Al-Hajj s'est plaint que durant plus de sept ans, les prisonniers n'ont même pas été amenés devant un tribunal civil afin de défendre leur cause.

Un homme libre

L'ambassade des Etats-Unis à Khartoum a délivré une brève déclaration confirmant qu'un « transfert de prisonnier » au Soudan avait eu lieu et ajoutant que la coopération du Soudan avait été appréciée.

Un officiel supérieur de la défense américaine à Washington parlant sous condition d'anonymat a dit à Reuters qu'al-Hajj « n'était pas libéré mais simplement transféré au gouvernement soudanais ».

Mais le ministre de la justice du Soudan a dit à Al Jazeera qu'al-Hajj était un homme libre et qu'il ne serait ni arrêté ni mis en accusation.

Deux autres détenus soudanais de Guantanamo, Amir Yacoub al-Amir et Walid Ali, ont été libérés en même temps que Sami al-Hajj.

Ils racontent qu'ils ont eu les yeux bandés, qu'ils étaient menottés et enchaînés à leurs fauteuils pendant leur vol de retour.

L'organisation Reprieve qui représente certains prisonniers de Guantanamo, raconte que le prisonnier marocain Said Boujaadia avait également été libéré et qu'il a pris le même vol que les trois soudanais.

Sami al-Hajj était le seul journaliste appartenant à une grande organisation d'information internationale détenu à Guantanamo et beaucoup de personnes qui le soutenaient voyaient dans sa détention une forme de punition par rapport aux contenus des émissions diffusées.

Capturé en 2001

Il a été capturé par des officiers de renseignement pakistanais alors qu'il voyageait près de la frontière afghane en décembre 2001.



Malgré le fait qu'il détenait un visa légal pour travailler pour la chaîne en arabe d'Al Jazeera en Afghanistan, il a été remis à l'armée américaine en janvier 2002 et envoyé à Guantanamo Bay.

Al-Hajj qui est soudanais a été détenu en tant que « combattant ennemi » et ce, sans jamais avoir été mis en accusation ni été passé en jugement.

Al-Hajj n'a jamais été poursuivi à Guantanamo ce qui fait que les Etats-Unis n'ont pas rendu publique toutes les allégations contre lui.

Audition qui a déterminé qu'il était bien un combattant ennemi, des officiels américains ont prétendu que dans les années 90, al-Hajj avait été cadre supérieur d'une compagnie de boissons basée au Qatar qui apportait un soutien aux combattants musulmans en Bosnie et en Tchétchénie.

Les Etats-Unis prétendaient aussi qu'il était allé au moins huit fois en Azerbaïdjan pour apporter de l'argent de la part de ses employés à la Fondation Islamique al-Haramain, une organisation aujourd'hui disparue qui selon les Etats-Unis finançaient des groupes armés.

Les Etats-Unis ont également prétendu qu'il avait rencontré Mamdouh Mahmud Salim, un prétendu lieutenant supérieur d'Osama Ben Laden qui avait été arrêté en Allemagne en 1998 puis extradé aux Etats-Unis.

Les avocats de Sami al-Hajj ont toujours nié ces allégations.

Un élément de racisme

Sami al-Hajj était en grève de la faim depuis le 7 janvier 2007.

David Remes, un avocat pour 17 prisonniers de Guantanamo Bay, a raconté à Al Jazeera que le traitement appliqué à Sami al-Hajj « était plus terrible que pour la plupart des autres et qu'il y avait un élément de racisme dans la façon avec laquelle il avait été traité.

Il dit qu'il avait été en contact avec l'avocat d'al-Hajj et qu'il semblait que le caméraman a été « détérioré psychologiquement ».

« Les européens n'auraient jamais été traités de la sorte » dit Remes.

Environ 275 prisonniers sont encore à Guantanamo et l'avocat dit que les prisonniers européens étaient tous retournés dans leurs pays, laissant derrière eux des détenus de nationalité telles les Yéménites qui constituent un tiers de la population des prisonniers.

Remes raconte qu'al-Hajj avait été libéré parce que l'administration Bush « veut vider autant d'hommes que possible hors de Guantanamo aussi rapidement que possible...étant donné que Guantanamo est devenu un tel symbole international de honte ».

« Quand la Cour Suprême a dit que les hommes pouvaient avoir des avocats, la pression sur les Etats-Unis a augmenté et la condamnation a isolé l'administration américaine. Guantanamo a été un désastre pour les relations publiques » dit-il.

« Malheureusement, les Américains sont sensibles aux violations des droits mais n'ont aucune sympathie pour les hommes détenus à Guantanamo étant donné que l'administration Bush a réussi à les dépeindre comme étant les pires des pires personnes malfaisantes ».

« J'ai rencontré beaucoup de prisonniers et ai été amené à reconnaitre leurs souffrances...nous les reconnaissons en tant qu'êtres humains, pas les pires des pires et nous avons rencontré leurs familles. J'ai été à Guantanamo et la dimension humaine de Guantanamo est une histoire qui reste encore à être racontée » dit Remes.

Inquiétudes et sollicitude d'Al Jazeera

Al Jazeera a fait campagne pour la libération de Sami al-Hajj et ce, depuis sa capture il y a près de six ans et demi.

Wadah Khanfar, le directeur-général de la chaîne qui était à Khartoum pour souhaiter la bienvenue à Sami, a dit : « nous sommes fou de joie ».

Mais il a critiqué l'armée américaine qui fait pression sur al-Hajj afin qu'il espionne ses employés.

« La façon avec laquelle les Américains ont traité Sami al-Hajj nous préoccupe ainsi que la façon avec laquelle ils pourraient aussi traiter tous les autres » dit-il.

« Sami continuera avec Al Jazeera, il continuera comme un professionnel qui a fait de formidables boulots durant son travail à Al Jazeera. Nous félicitons sa famille et tous ceux qui connaissaient et aimaient Sami et qui ont travaillé pour ce grand moment ».

Sur le même thème :

Guantanamo Bay : un journaliste d'Al-Jazeera, humilié et entravé, risque de mourir
Le cameraman d'Al-Jazeera "proche de la mort" à Guantanamo
Un cameraman d'Al Jazeera en grève de la faim à Guantanamo



2 mai 2008 - Al Jazeera.net - Vous pouvez consulter cet article à :
http://english.aljazeera.net/English
Traduction de l'anglais : Ana Cléja

Lundi 05 Mai 2008


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7 mai 2008 3 07 /05 /mai /2008 20:38

CILCA Comité pour un Courant Intersyndical
Lutte de Classe Antibureaucratique

VIVE LA GRÈVE DES TRAVAILLEURS SANS-PAPIERS !
RÉGULARISATION DE TOUS LES SANS-PAPIERS !

LA GRÈVE DOIT S’ÉTENDRE AUX AUTRES SANS-PAPIERS ET AUX AUTRES TRAVAILLEURS !

Le mardi 15 avril, à 8 heures, une centaine de travailleurs sans-papiers ont investi le siège de l'organisme de formation des entreprises de nettoyage Faf Propreté, à Villejuif (Val-de-Marne). Au même moment, une vingtaine d'ouvriers en situation irrégulière occupaient un chantier dans le 13e arrondissement de Paris. Dans l'Essonne, à Wissous, une quinzaine de salariés sans titre de séjour manifestaient sur leur lieu de travail, une filiale de Veolia propreté. À 9 heures, une quarantaine de salariés de Millenium, société de nettoyage industriel, occupaient eux aussi leur entreprise, située à Igny, toujours dans l'Essonne. À Paris, un peu plus tard, vingt cuisiniers de la chaîne de restaurant Chez Papa, dans le 10e arrondissement, et huit autres de Pizza Marzano, dans le 9e, devaient occuper leurs établissements. Plusieurs centaines de travailleurs sans titre de séjour se sont mis en grève illimitée, le même jour, dans cinq
départements de l'Île-de-France, occupant le siège de plus d'une dizaine d'entreprises. D'autres viennent d'être licenciés quand leurs patrons ont « découvert » qu'ils n'étaient pas en règle. Tous cotisent, possèdent une carte Vitale, une feuille d'imposition, mais pas de titre de séjour. « C'est pour cela qu'on fait grève », scande un des cinq grévistes du magasin Casa Nova en Seine-Saint-Denis.

Ce que veulent travailleurs, c’est faire reconnaître leur dignité avec un slogan : « On bosse ici, on vit ici, on reste ici ». Ils démontrent ainsi qu'une bonne partie de l'économie de la région repose sur des employés surexploités et qu’une expulsion relève de l’inhumanité la plus insultante. Des milliers répondent à l’appel de la CGT en participant à ses meetings, en demandant à se syndiquer…

La grève simultanée et  illimitée des sans-papiers en Île-de-France est un événement politique d’une grande importance. Les lois contre l’immigration qui avaient jusqu’ici créé chez les immigrés un imaginaire propice à la soumission peuvent voler en éclat. Mais il faut que cette lutte de classe remarquée et remarquable ait un impact économique réel, capable de faire plier le patronat et son gouvernement. Les travailleurs sans-papiers ont besoin de la solidarité active de l’ensemble de leur classe, et non de la « solidarité » hypocrite de leurs patrons esclavagistes. Inversement, la lutte des travailleurs sans-papiers peut servir de déclencheur à une mobilisation plus globale dont la nécessité est mise à l’ordre du jour non seulement par la politique brutale de Sarkozy, mais aussi par la multiplication des grève dans le privé depuis le début de l’année, au moment où l’inflation s’aggrave.

C’est pourquoi il faut que la CGT, les autres syndicats et toutes les organisations du mouvement ouvrier prennent leurs responsabilités en poursuivant la lutte jusqu’à la régularisation de tous les sans-papiers, non seulement de quelques-uns comme le proposent le patronat et le gouvernement. Il faut absolument refuser la prétendue « sortie de crise » dont parlait la délégation de la CGT en sortant du ministère de l’Intérieur, sous prétexte d’une promesse de régularisation pour quelques-centaines de grévistes !

  Il faut qu’ils prennent leurs responsabilités en étendant la grève des sans-papiers au-delà de l’Île-de-France et en appelant les autres salariés, à commencer par ceux des entreprises où travaillent de nombreux sans-papiers, à se mobiliser pour obtenir la régularisation de leurs collègues, mais aussi la satisfaction de leurs revendications communes : augmentation des salaires, contre la pénibilité et de la flexibilité, contre l’allongement de la durée de cotisation pour avoir la retraite, pour cela, il faut convoquer dans toutes les villes de manifestations de solidarité et appeler à la grève partout où c’est possible.

TRAVAILLEURS FRANÇAIS ET ÉTRANGERS, AVEC OU SANS-PAPIERS,
TOUS ENSEMBLE : UNE SEULE CLASSE OUVRIÈRE,
UN MÊME COMBAT CONTRE LE PATRONAT ET SON GOUVERNEMENT !

Contacts : http://courantintersyndical.free.fr — Courriel : courantintersyndical@free.fr — Tél. : 06 66 25 16 65

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7 mai 2008 3 07 /05 /mai /2008 20:29

Envoyé par Karel Kostal de Grenoble, une motion du congrès de Toulouse (1908) d'un parti qui était socialiste:

 

 

Motion d’unanimité du Congrès de Toulouse en octobre 1908

 

 

 

Cette motion dont le rapporteur fut Jean Jaurès -le style de la rédaction du texte porte effectivement bien sa marque- a été votée par 325 voix contre une abstention…Elle fut affichée dans tout le pays à l’issue du congrès !

 

«  Le Parti socialiste, parti de la classe ouvrière et de la Révolution sociale, poursuit la conquête du pouvoir politique pour l’émancipation des prolétaires par la destruction du régime capitaliste et la suppression des classes.

 

Il rappelle sans cesse au prolétariat, par sa propagande, qu’il ne trouvera le salut et l’entière libération que dans le régime collectiviste ou communiste ; il porte cette propagande dans tous les milieux pour susciter partout l’esprit de revendication et de combat. Il amène la classe ouvrière à un effort quotidien, à une action continue pour améliorer ses conditions de vie, de travail et de lutte, pour conquérir des garanties nouvelles, de nouveaux moyens d’action.

 

Précisément parce qu’il est un parti de révolution, précisément parce qu’il n’est pas arrêté  dans sa revendication incessante par le droit, périmé à ses yeux, de la propriété capitaliste et bourgeoise, il est le parti le plus essentiellement , le plus activement réformateur, le seul qui puisse donner à chacune des revendications ouvrières son plein effet, le seul qui puisse faire toujours de chaque réforme, le point de départ et le point d’appui de revendications plus étendues et de conquêtes plus hardies ; et quand il signale à la classe ouvrière, avec l’utilité, la nécessité, la bienfaisance de chaque réforme, les limites que lui impose le milieu capitaliste même, ce n’est pas pour le détourner de l’effort immédiat de réalisation, c’est pour l’amener à conquérir des réformes nouvelles et pour lui rendre toujours présente et sensible, jusque dans l’effort incessant d’amélioration, la nécessité de la réforme totale, de la transformation décisive de la propriété.

 

Cette transformation est préparée par le mouvement même des forces productives.

 

L’évolution du mode de production capitaliste, son extension à toutes les parties du monde, l’accumulation et la concentration des capitaux, les progrès de l’outillage et de la technique mettant à la disposition de l’humanité des forces de production capables de pourvoir largement à tous ses besoins, rendent possible l’émancipation de la classe salariée par la reprise de tous les moyens de production et d’échange, qu’elle met en œuvre actuellement pour le profit d’une petite minorité d’individus et qui seront alors collectivement appliqués à la satisfaction des besoins de la collectivité.

 

Parallèlement  à ce mouvement des forces productives, doit se développer un immense effort d’éducation et d’organisation du prolétariat.

 

C’est dans cet esprit que le Parti socialiste reconnaît l’importance essentielle de la création et du développement des organismes ouvriers de lutte et d’organisation collective (‘syndicats, coopératives, etc.), éléments nécessaires à la transformation sociale.

 

Pour ces combats, pour ces conquêtes, le Parti socialiste emploie tous les moyens d’action, en en réglant l’usage par la volonté réfléchie d’un prolétariat fortement organisé.

 

Le prolétariat progresse et se libère par son effort direct, par son action directe, collective et organisée, sur le patronat et les pouvoirs publics, et cette action directe va jusqu’à la grève générale employée à la défense des libertés ouvrières menacées, à de grandes revendications ouvrières, et à tout effort d’ensemble du prolétariat organisé en vue de l’expropriation capitaliste.

 

Comme toutes les classes exploitées au long de l’histoire, le prolétariat affirme son droit de suprême recours à la force insurrectionnelle ; mais il ne confond pas avec ces vastes mouvements collectifs qui ne peuvent surgir que de l’émotion générale et profonde du prolétariat, des escarmouches où les travailleurs se jetteraient à l’aventure contre les forces de l’Etat bourgeois.

 

Il s’applique d’un effort délibéré, constant, à la conquête du pouvoir politique, il oppose à tous les partis de la bourgeoisie, à leurs programmes ou rétrogrades, ou vagues, ou fragmentaires, la pleine affirmation collectiviste et communiste et l’effort incessant de libération du prolétariat organisé, et il considère comme un devoir essentiel de ses militants de travailler, par l’action électorale, à accroître la puissance parlementaire et législative du socialisme. »

 

 

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7 mai 2008 3 07 /05 /mai /2008 20:06

Kouchner a « perdu » le témoin-clé de l’enquête Hariri


par Jürgen Cain Külbel*

 

www.voltairenet.org

 

La presse internationale se passionne pour l’affaire As-Siddik, ce témoin-clé de l’affaire Hariri qui a « disparu » sur le territoire français le 13 mars. Les témoins s’interrogent sur le rôle de la France de Nicolas Sarkozy qui, en application de la résolution 1636 du Conseil de sécurité des Nations unies, avait la responsabilité de le tenir à la disposition du Tribunal spécial de l’ONU. Pourtant, cette affaire, qui pourrait être le premier enlèvement politique par la CIA sur le sol français depuis la réactivation du « stay-behind » en 2001, reste largement ignorée des Français.

 

Le prétendu ancien officier des services secrets syriens, Mohamed Zuhair As-Siddik, témoin-clé des enquêteurs de l’ONU dans l’enquête sur l’assassinat du Premier ministre libanais Rafiq Hariri, a disparu depuis le 13 mars dernier, sans laisser la moindre trace. Il était logé dans une villa à Chatou (Yvelines), près de Paris et vivait sous surveillance du ministère français de l’Intérieur. Une source dans la police française a affirmé qu’il n’était plus, ces derniers temps, assigné à résidence ni sous le coup d’une mesure de surveillance judiciaire. Pour le journal libanais Ittijahat, cette disparition est un « scandale politique », notamment suite à la déclaration faite par le ministre français des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, à la télévision saoudienne Al Arabiya : « Je suis certain qu’As-Siddik a disparu et cela me chagrine ».

 

Mohamed As-Siddik a été arrêté en octobre 2005 à Paris suite à un mandat d’arrêt international émis contre lui dans le cadre de l’enquête sur l’attentat ayant coûté la vie à Rafiq Hariri. Il est soupçonné d’avoir participé à l’assassinat de l’ancien Premier ministre libanais. Il devait être extradé vers le Liban, mais cela ne s’est pas fait, la France refusant d’extrader un coupable vers un pays où il risque de se voir appliquer la peine de mort [1].

Depuis, As-Siddik était placé en résidence surveillée, étant donné qu’il était le témoin-clé de l’ex-procureur allemand Detlev Mehlis, qui a dirigé —de mai à décembre 2005— la commission d’enquête de l’ONU et qui a tenté d’établir la responsabilité de la Syrie dans cet attentat.

 

As-Siddik aurait « avoué » à Mehlis durant l’été 2005, avoir prêté son appartement de Chalda, dans la banlieue de Beyrouth, aux conspirateurs préparant l’assassinat de Hariri. Parmi les membres de cette conspiration, quatre gradés libanais de haut-rang qui croupissent aujourd’hui en prison, sur les conseils de Mehlis.

 

Un an plus tard, sur les ondes de la télévision saoudienne Al Arabiya, As-Siddik est allé encore plus loin dans ses accusations en affirmant que « le président syrien Bachar El-Assad et son homologue libanais, Emile Lahoud avaient personnellement donné l’ordre de liquider Hariri ». Il a affirmé qu’il avait vu « le véhicule [qui aurait transporté les explosifs] en train d’être préparé, dans un camp des services secrets syriens, à Zabadani dans la plaine de la Bekaa ». Il aurait également remis à Mehlis « des documents et des images ne laissant aucune place au doute ». « J’ai les négatifs sur moi, il y a beaucoup de choses qui vont être révélées ».

 

Les services secrets et les conspirateurs —pour des raisons de sécurité— travaillent selon le principe du « chacun en sait le moins possible ». Un projet professionnel d’assassinat est exécuté par des unités opérationnelles. Ces équipes agissent indépendamment les unes des autres : l’une fournit les explosifs, l’autre se charge du véhicule, une troisième surveille la victime, une autre encore brouille les pistes, etc. Les différents participants ne se connaissent pas. Le fait que Siddik « sache tout sur tout » aurait du mettre la puce à l’oreille de M. Mehlis, ou au moins de son adjoint, l’ex-premier commissaire de la police criminelle allemande, Gerhard Lehmann, du BKA, le meilleur enquêteur anti-terroriste, devenu célèbre lors de l’affaire du kidnapping de Khaled el-Masri par la CIA [2].

 

Il s’est rapidement avéré que les « déclarations sous serment » d’As-Siddik avaient été obtenues contre de l’argent. Ses frères ont déclaré avoir reçu un appel téléphonique de sa part, à l’automne 2005, depuis Paris, dans lequel il jubilait : « Je suis millionnaire ! ». Le gouvernement syrien avait depuis longtemps envoyé une documentation sur le personnage aux gouvernements occidentaux, dans l’espoir que Mehlis ne tomberait pas dans le piège. Puis, en octobre 2005, l’hebdomadaire allemand Der Spiegel « révéla » ce que tout le monde au Moyen-Orient savait depuis longtemps : As-Siddik est un membre de la pègre, déjà condamné à plusieurs reprises dans des affaires criminelles et d’escroquerie. Même la commission d’enquête de l’ONU savait qu’As-Siddik leur avait menti : au début il avait affirmé avoir quitté Beyrouth un mois avant l’attentat contre Hariri, avant d’avouer, fin septembre 2005 sa participation directe à l’attentat.

 

Les doutes sur la crédibilité de Siddik se sont encore renforcés quand il s’est avéré qu’il avait été recommandé à la commission d’enquête de l’ONU par Rifaat Al-Assad, renégat syrien de longue date et oncle du président syrien actuel. Le « président syrien alternatif » en exil paya le billet d’avion d’As-Siddik pour l’Europe, où, selon Charles Ayoub, directeur du journal libanais Ad-Diyar, il reçut « une importante somme d’argent » de la part de Saad Hariri, fils de la victime, ainsi que de Walid Jumblatt, leader de la « Révolution des Cèdres ». Cette opération de corruption avait pour but d’obtenir qu’As-Siddik convainque Mehlis de la responsabilité de la Syrie dans l’attentat contre Hariri, contre les avis de la CIA et des services secrets saoudiens. Mehlis —qui manquait cruellement de preuves contre la Syrie—, aurait mordu à l’hameçon. Selon un diplomate français interrogé à l’époque, « Quand As-Siddik —qui n’était rien de plus que le chauffeur d’un général syrien— s’est mis à table, Mehlis n’avait pas grand chose comme cartes dans son jeu ».

 

Mercredi dernier, Imad As-Siddik, le frère du témoin clé, a formulé depuis Damas de lourdes accusations contre la France : « Les autorités françaises ont facilité sa disparition, peut être pour aider d’autres personnes à l’éliminer, ou alors ce sont eux qui l’ont éliminé ».

Un autre frère du disparu, Omar As-Siddik, se dit persuadé que « à l’heure qu’il est Zuheir a été assassiné, afin d’en faire porter la responsabilité à la Syrie ». Pascale Andreani, porte-parole du Quai d’Orsay, s’empressa de démentir ces allégations. Même David Bellemare, responsable de la commission d’enquête de l’ONU depuis le début de l’année, était perplexe : « Je ne sais pas où il est. Il n’est pas sous notre protection et n’a jamais demandé à faire partie de notre programme de protection des témoins ».

 

Le lendemain jeudi, le journal koweitien As-Siassah publia une information fracassante : ils avaient pu s’entretenir au téléphone avec As-Siddik et il aurai déclaré « Je vis caché, dans un endroit tenu secret, près de la France et du Tribunal international, et je vais bien ».

Selon ce journal —propriété de Saad Hariri— As-Siddik se cacherait par peur pour sa vie, n’ayant pu obtenir la moindre protection de la part de la commission d’enquête internationale ; malgré le fait qu’il ait envoyé plusieurs courriers au tribunal et informé la justice libanaise de trois tentatives d’assassinat. Dès que le tribunal commencerait ses travaux, il referait surface. Entre temps la famille As-Siddik a accusé le groupe politique libanais pro-occidental qui a « fabriqué » le témoignage d’As-Siddik, de l’avoir liquidé. Selon le quotidien libanais As-Safir, il importe peu de savoir si As-Siddik est caché en France, en Arabie saoudite, aux Émirats ou tout autre pays du Golfe. « Il est probable qu’il s’est réfugié auprès de ceux qui, il y a deux ans, ont organisé son voyage de Riad à Paris ». Une attaque directe contre le financier d’As-Siddik, Saad Hariri. Se pose également la question du rôle qu’entend jouer la France dans l’enquête sur l’assassinat d’Hariri, compte tenu du fait qu’elle ait laissé « disparaître » le témoin le plus important, dont le « témoignage » à fait jeter en prison quatre généraux libanais. Peut-être que le « vilain menteur » As-Siddiq va finir par refaire surface, probablement à proximité du lieu où scintillent les dollars, étant donné « qu’il était déjà obsédé par l’argent quand il tétait encore les seins de sa mère » a raconté une cousine du délinquant au journal allemand Neues Deutschland.

 



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