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8 avril 2008 2 08 /04 /avril /2008 21:46

Grève générale au Burkina contre la flambée des prix

 

OUAGADOUGOU (Reuters)

 

  Ouagadougou, capitale du Burkina Faso, a été paralysée mardi par une grève générale organisée pour deux jours afin de dénoncer la flambée des prix des carburants et des denrées alimentaires, déjà à l'origine d'émeutes en février.

 

  Après ces émeutes, le gouvernement a levé pour trois mois les taxes à l’importation sur les produits alimentaires de base et de nouvelles dispositions ont été adoptées la semaine dernière pour juguler l’inflation.

 

Le moratoire sur les taxes à l'importation a ainsi été prorogé pour six mois, les heures creuses pour la facturation de l'électricité ont été étendues et la tarification de l'eau a été revue.

 

Les syndicats réclament néanmoins de nouvelles mesures pour faire baisser les prix des denrées alimentaires et une augmentation de 25% des salaires et des retraites de la fonction publique. Ils n'ont toutefois prévu ni rassemblement ni manifestation et aucun débordement n'a été constaté mardi.

 

Les émeutes de février ont donné lieu à des pillages et de violents affrontements avec les forces de l'ordre, qui ont procédé à plus de 300 arrestations à Ouagadougou et Bobo-Dioulasso, deuxième ville du pays.

 

Des troubles similaires ont eu lieu récemment au Cameroun, en Egypte, en Indonésie, en Côte d'Ivoire, en Mauritanie, au Mozambique, au Sénégal et en Haïti.

 

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8 avril 2008 2 08 /04 /avril /2008 21:25

La Chine à l’assaut de l’Afrique

 

Des investissements supérieurs aux sommes injectées par la Banque Mondiale, 800 000 Chinois installés sur place… L’Afrique est en passe d’être dévorée toute crue par l’Empire du milieu.

 

 

La croissance et même la survie économique de la Chine dépendent, paradoxalement et pour une part croissante, du continent le moins développé, l’Afrique.

 

Pékin absorbe désormais 25 % de tout le cuivre consommé à travers le monde, 40 % du charbon, 35 % de l’acier, 10 % du pétrole et sa demande ne cesse de croître, et 90 % de tout l’aluminium. Une économie dévoreuse d’énergie, boulimique en matières premières qui s’est tout naturellement tournée vers la région qui en est le mieux pourvu.

 

Les Chinois ont lancé une véritable OPA sur l’Afrique en profitant à la fois de la perte d’influence occidentale, notamment française en Afrique de l’Ouest, et de la crise que traversent les institutions chargées de l’aide au développement.

En 2007 Pékin a investi plus de 9 milliards de dollars en Afrique alors que la Banque Mondiale s’est révélée incapable d’y injecter plus de 2,5 milliards de dollars.

 

L’organisation internationale basée à Washington tente désormais de convaincre la Chine de devenir son partenaire pour le financement des projets africains.

 

Plus de 800 000 Chinois travaillent déjà sur ce continent pour plus de 900 entreprises de toutes tailles. Ils extraient le cuivre et le cobalt en Zambie et au Congo, le platine et le chrome au Zimbabwe ; ils achètent d’énormes quantités de bois au Gabon, au Cameroun, au Mozambique, en Guinée équatoriale et au Libéria, ainsi que l’acier, l’or, le charbon, le nickel dans tous les pays de cette zone qui en détiennent ou en produisent. L’Angola fournit la moitié du pétrole importé d’Afrique par Pékin. En janvier 2005 le gouvernement de Luanda a bénéficié d’un prêt chinois de 2 milliards de dollars gagés sur le pétrole, qui a augmenté d’un milliard de dollars l’année suivante. Officiellement pour réparer les infrastructures déficientes.

 

Les Chinois détournent le regard

 

En réalité, la Chine sait qu’elle traite avec des régimes totalement corrompus qui détournent à leur profit une partie de ces sommes. En juillet 2005, la Chine et le Nigeria, autre exemple de corruption à tous les niveaux, ont signé un accord de 800 millions de dollars qui prévoit la livraison de 30 000 barils de pétrole quotidien à la Chine ; le régime nigérian a aussi octroyé à la Chine des licences de forage en échange de 4 milliards de dollars.

 

Pour les nombreux dictateurs qui peuplent cette région, Pékin constitue une manne et une bénédiction : le régime chinois offre une alternative au tête à tête de plus en plus pesant et tendu avec les occidentaux, ne manifeste aucune exigence en matière de démocratie ou de bonne gouvernance, et enfin, propose gratuitement des services que ces régimes ont toujours été incapables d’offrir à leur population. Plus de 15 000 médecins chinois ont ouvert des dispensaires dans 47 États africains.

 

La Chine : un généreux investisseur

 

Désormais, l’Afrique fournit 1/3 du pétrole importé par Pékin. Ce qui explique qu’en 2006-2007, le Président chinois Hu Jin Tao ait visité 17 pays du continent. En 2005, le flux commercial entre la Chine et l’Afrique s’élevait à 40 milliards de dollars, il dépassera les 100 milliards de dollars avant 2010. Les réserves financières de la Chine dépassent 1 500 milliards de dollars et Pékin joue de cette puissance financière pour séduire, contrôler. En juin 2006, le Sénégal a ainsi bénéficié d’un allègement de sa dette, qui atteignait alors 20 millions de dollars.

 

Par ailleurs, la Chine s’est engagée à investir 35 millions de dollars dans le dernier délire pharaonique du Président Wade, la construction du plus grand théâtre d’Afrique de l’Ouest. Aussi mauvais gestionnaire que grand mégalomane, le dirigeant sénégalais se montre très satisfait de la réactivité chinoise : « un contrat », confie-t-il, « qui était discuté et négocié pendant cinq ans avec la Banque Mondiale, est conclu en 3 mois avec les Chinois ».

 

Il est vrai que pour Pékin, le temps presse. Et l’ampleur des investissements est à la mesure de cette urgence. 15 milliards de dollars ont été investis au Soudan depuis 1996, essentiellement dans le pétrole, et 500 000 barils par jour sont extraits, en grande partie par la CNPC (China National Pétroleum Corporation), autorisée à extraire directement les gisements. Pékin finance et arme également les rebelles tchadiens avec, comme objectif, le contrôle des zones pétrolifères du pays.

 

Vive les matières premières !

 

Étendre la présence chinoise en République du Congo est devenu une autre priorité. Le plus grand pays d’Afrique est aussi l’un des plus pauvres au monde, avec un revenu annuel par habitant de 714 dollars. C’est également potentiellement le plus riche : son sous-sol recèle les plus importantes réserves mondiales de cobalt et de tantalum, un métal rare, et d’énormes gisements de cuivre, d’or, de diamants, de manganèse, d’uranium et de zinc. Un accord signé en septembre 2007 prévoit que la Chine injectera 6,5 milliards de dollars dans la construction ou l’amélioration des infrastructures du pays, ainsi que 2 milliards de dollars supplémentaires pour ouvrir ou moderniser de nouvelles mines.

 

Dans ce pays, les Chinois concurrencent directement les grands groupes miniers occidentaux mais disposent d’un atout de poids : leurs firmes sont des entreprises publiques capables de surenchérir inlassablement pour s’adjuger les concessions. Un seul exemple : en 2006 Sinopec, l’une des 3 compagnies pétrolières chinoises, a accepté de payer 2 milliards de dollars pour exploiter le pétrole sur trois lots situés dans les eaux territoriales Angolaises.

 

Cette stratégie rassure Pékin, quant à la stabilité de ses approvisionnements, et encourage les comportements les plus obscènes de certains dirigeants africains :

 

Depuis que du pétrole a été découvert dans la minuscule Guinée équatoriale, une ancienne colonie espagnole, la famille au pouvoir est courtisée par la Chine et les occidentaux. Malgré les gisements découverts, le niveau de vie de la population, déjà misérable, a encore chuté et le fils aîné du Président, et son successeur désigné, a pour principal préoccupation de négocier le rachat du yacht de Paul Allen, le co-fondateur de Microsoft.

 

Patrick Eric Mampouya

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8 avril 2008 2 08 /04 /avril /2008 21:03

 

Prise de parole de L'AGEN à la manif du 29 Mars.

 

www.agen-nanterre.over-blog.com

 

www.palestine-solidarite.org

 

 

La collaboration ' France-Israël' : une complicité

criminelle


Evoquer la collaboration entre l’Etat français et l’entité sioniste, c’est parler aujourd'hui d’une évidence qui saute de plus en plus aux yeux.

Pourtant cette évidence a été passée sous silence pendant des années y compris au sein du mouvement de solidarité avec la Palestine.

Il n’y a pas que l’impérialisme américain même si il reste l’ennemi principal des peuples du Moyen Orient.


Il n’y a pas que Sarkozy et ses amis de la Star Academy sioniste de France, à commencer par les 111 députés qui se déclarent soutenir le sionisme dont l’abject raciste Claude Goasguen, à commencer par Delanoë, à commencer par les piètres penseurs de la réaction les Bernard-Henri Lévy, Glucksman Finkielkraut, Adler and co, défenseurs acharnés d’un « choc des  civilisations » à la sauce hexagonale.

 

En fait, l’impérialisme français soutient depuis 60 ans les forces qui colonisent la Palestine. L’occultation de cette vérité a semé bien des illusions.

De la Révolution algérienne à l’invasion du Liban en 1982 et en 2006 en passant par la guerre du Golfe de 1991, les impérialistes français et les sionistes ont su allier leurs objectifs essentiels.

 

Depuis 1957, dans le désert du Néguev, les firmes françaises Saint Gobain et Dassault ont développé le programme nucléaire sioniste.

 

En 2006, le front uni des impérialistes, dont la France, prépare puis donne son « feu vert » à une nouvelle invasion et à la destruction du Liban.

Entre ses deux dates l’impérialisme français a manœuvré pour obtenir la capitulation de la direction de l’OLP, le reniement de son programme de libération démocratique de toute la Palestine, reniement obtenu à Paris en 1989, puis son accord pour gérer des « bantoustans », des prisons à ciel ouvert et tourner ses armes contre les résistants indéfectibles.

Au Liban, l’impérialisme français veut retrouver sa place d’ex-puissance coloniale tutélaire sur la région et s’active pour l’application de résolutions onusiennes (1559 et 1701) qu’elle a rédigées pour le désarmement de la résistance libanaise et palestinienne. 

 

La pire illusion pour la solidarité avec le Peuple de Palestine consiste donc à demander à des puissances impérialistes comme la France d’intervenir au Proche-Orient en opposant cela à l’impérialisme américain.
Toutes les puissances qui dominent le monde au nom de la démocratie et de la civilisation sont les terroristes en chef de la planète.

Rappelons-nous la phrase de Che Guevara : « On ne peut faire confiance en rien aux impérialistes. Jamais ». Ni à l’impérialisme américain ni à l’impérialisme français ou européen.

 

Depuis les années 60, la collaboration économique, militaire, culturelle et politique est allée en s’amplifiant de Mitterand à Sarkozy jusqu’à ce que le sionisme devienne une partie intégrante de l’Etat français.

 

D’un côté les fascistes du Betar et de la LDJ sont couverts dans leurs exactions alors que leur courant politique multiplie en France les galas de soutien à l’armée coloniale sioniste ; de l’autre le chantage à l’antisémitisme est martelé inlassablement pour clouer le bec à  tout opposant à la colonisation de la Palestine.


Nous l’avons vu, et ce n’est pas un hasard, la fête de 60 ans de crimes  au

Proche Orient a véritablement commencé à Paris.

 

Quand les forces armées sionistes massacre la population de Gaza, on déroule le tapis rouge sang à Paris sous les pas de Shimon Peres. Peres est au même titre que Sharon un symbole croulant de l’expropriation et de la purification ethnique bien qu’on ait voulu nous le vendre ici comme  un « pacifiste ».

 

Quand la France s’empresse de redorer le blason du pouvoir sioniste par une visite d’Etat et par l’opération « Salon du livre » un des porte-paroles gouvernementaux de l’entité sioniste excite sa soldatesque en parlant  d’une « Shoah » contre le peuple palestinien.

 

Le mot « Shoah » est lancé mais comme cette fois-ci il s’agit des Palestiniens donc les défenseurs officiels des droits de l’homme la bouclent.

Aucune réaction pour ceux qui prétendent manier et imposer une mémoire sélective, ceux qui exploitent crapuleusement la mémoire du génocide des juifs par les européens pour justifier le martyr du peuple palestinien. Ce sont les mêmes qui occultent les crimes coloniaux.

 

Désormais la collaboration française avec l’entité sioniste s’affiche sans complexe. Ceux qui la critiquent sont cloués au pilori, lynchés par les médias, limogés, sommés de se taire.

 

Georges Ibrahim Abdallah est un otage de cette collaboration. Il croupit depuis 24 ans dans les prisons françaises. Il faut briser le silence autour  de

Ce militant révolutionnaire et arracher sa libération.

 

Cette semaine un nouvel exemple de terrorisme intellectuel et de censure a frappé tous les amis de la Palestine.

 

Un haut fonctionnaire, sous-préfet français, Mr Bruno Guigue, vient d’être limogé pour avoir osé décrire la réalité sans fard du sionisme et de son influence en France. Que dit il ? Il faut le citer

 

« À propos de terrorisme, l’Etat d’Israël, qui plus est, peut se targuerd ’un palmarès hors compétition.(…) Ses admirateurs occidentaux doivent certainement s’extasier sur les prouesses d’une armée capable de tuer aussi aisément des enfants avec des missiles. Ils doivent aussi se confondre d’admiration devant les geôles israéliennes, où grâce à la loi religieuse, on s’interrompt de torturer durant le shabbat ».

 

Bruno Guigue ose dire la vérité, il dénonce le lobby pro-israélien en France. Même les « vaillants » défenseurs de l’Etat sont attaqués quand ils osent briser l’omerta.

 

A travers son exemple ce qui est visé c’est un combat qui nous est cher et que les chargés d’affaires de la bourgeoisie impérialiste voudraient interdire.

Surtout depuis le rapport Ruffin, nous savons que les autorités françaises sous la férule du lobby pro-israélien cherchent à rendre délictueux le soutien à la libération de la Palestine.

 

Nous n’aurions plus le droit de dire que la colonisation de la Palestine est illégitime et que l’entité sioniste comme création raciste et coloniale  est illégitime ?

 

Eh bien nous ne demanderons pas l’autorisation pour dénoncer le colonialisme, nous prendrons ce droit, nous l’arracherons comme tous les autres droits.

 

Nous l’affirmons haut et fort le sionisme est une variante de l’impérialisme, en tant que tel le sionisme dans sa globalité est un crime contre les peuples, il sera balayé par la lutte révolutionnaire des peuples.

Il a fallu 130 ans à l’Algérie pour se libérer du joug colonial, des dizaines d’années à la Chine, idem pour le Vietnam et pour bien d’autres pays colonisés, autant de temps pour abolir le régime d’apartheid d’Afrique du Sud. L’avenir appartient à ceux qui résistent. Ici nous pouvons agir concrètement dans ce sens

 

-En organisant le boycott comme l’appellent à la faire 170 organisations palestiniennes

-En luttant pour la dissolution de milices sionistes en France

 

-En menant une lutte active pour la campagne des 60 ans de la Nakba, une campagne organisée par ceux et celles qui ont appelés à cette manifestation.

 
 A bas le sionisme !

  A bas l’impérialisme !

  Troupes françaises hors du Moyen-Orient et d’Afrique !

  Vive la lutte armée des peuples palestiniens et libanais !

 

 



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7 avril 2008 1 07 /04 /avril /2008 22:03

Il était une fois la LCR à Foix

 

Envoyé spécial à Foix GILBERT LAVAL

 

QUOTIDIEN : lundi 7 avril 2008

 

«Ça a fait son petit effet…» Denis Seel reste sobre quand il commente le résultat des élections municipales à Foix. Ce professeur de lettres, militant de la LCR, y a réalisé 10,85 % des voix au premier tour, s’est maintenu et s’y est fait élire le dimanche suivant. Un coup «terrible» selon un des plus vieux militants du Parti socialiste : «Sur cette terre d’Ariège où j’ai toujours vu le PS dominer, c’est peut-être une première brèche dans ses fortifications.»

 

«Denis Seel est le seul de la liste "Vraiment à gauche !" à être passé», relativise la fédération ariégeoise du PS, où l’on rappelle que malgré quatre listes présentes au second tour, Jean-Noël Fondere l’a emporté avec 44,52 % des voix. Et tant qu’à faire, les socialistes de Foix ont aussi raflé les 15 postes de titulaires et les 5 postes de suppléants à la communauté de communes. Avec l’aval des élus Verts et même le vote positif du seul élu UMP de ce nouveau conseil.

 

La LCR, elle, s’est un peu énervée devant le «spectacle attristant» d’un «déni de démocratie». Le fait nouveau est qu’elle ne se lamente plus tout à fait dans le désert. Pourtant, les amis ariégeois d’Olivier Besancenot ne sont pas si nombreux. «Nous ne sommes qu’une dizaine de militants dans l’Ariège et peut-être trois dans la ville de Foix, admet Denis Seel, en précisant que ce n’est pas l’arithmétique qui l’a porté au conseil municipal. C’est plutôt que nous avons le discours de gauche que le PS ne tient plus.»

 

Comme sur la situation de la seule usine de la ville, celle de Siemens Continental.

L’équipementier automobile, qui emploie 400 personnes à Foix, envisage malgré ses actions grimpant en bourse de licencier. Au cas où les dégraissages se produiraient sur le site, Denis Seel demande le remboursement de la taxe professionnelle dont la ville l’exonère. Le maire socialiste ne veut pas en entendre parler, qui fait le pari que ces licenciements auront lieu en Allemagne. «Ma proposition ne fait que suivre les recommandations de la candidate PS à la présidentielle Ségolène Royal», poursuit l’élu LCR, en se défendant de tout «gauchisme».

 

C’est d’ailleurs la construction d’un «grand parti vraiment de gauche» qu’il vise. Le trouble de quelques militants PS vient de ce que le PCF pourrait finir par leur préférer ces militants «jeunes et résolument engagés du bon côté». Le premier pas est fait. Il n’y a plus d’élus du PCF au conseil municipal. Le sortant communiste Jean-Pierre Icre explique que le PS leur a bien proposé de refaire liste commune, mais avec une représentation moindre que dans de la dernière mandature et une obligation de voter sans jamais rechigner les budgets. Ni une ni deux, la trentaine de militants communistes de Foix ont choisi de constituer une liste commune avec Denis Seel. Et pour bien marquer la rupture avec les vieilles habitudes, Jean-Pierre Icre a même souhaité que le leader de la LCR conduise cette liste.

 

Mais les habitudes ont la vie dure. Les socialistes ne se sont ainsi pas démenés pour empêcher l’UMP André Trigano de présider la communauté de communes de Pamiers. En échange, le conseiller général de Saverdun, président ariégeois de l’UMP, a voté pour le PS Augustin Bonrepos à la tête du département. Il y a toujours eu un «socialisme cassoulet à la mode ariégeoise», selon le mot d’un maire voisin de Foix. Un caillou LCR vient juste de tomber au milieu de ses haricots.



http://www.liberation.fr/actualite/politiques/319734.FR.php

© Libération

 

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6 avril 2008 7 06 /04 /avril /2008 21:25

À Damas, les États arabes défient Condi


par Thierry Meyssan*

 

www.voltairenet.org

 

Ce devait être l’occasion d’isoler définitivement la Syrie et de l’humilier, le sommet de la Ligue arabe à Damas a au contraire marqué un échec diplomatique majeur du département d’État. Non seulement la plupart des États membres n’ont pas boycotté la rencontre, mais ils ont approuvé la ligne politique syrienne : intransigeance face à l’expansionnisme sioniste et émancipation vis-à-vis des États-Unis. Présent dans les coulisses du sommet, Thierry Meyssan en analyse les enjeux.

 

Alors que les regards sont tournés sur l’action du département US de la Défense au Proche-Orient, le département d’État met en œuvre de son côté une stratégie diplomatique originale, en cohérence avec sa vision du monde. À Washington, les partisans du « Smart Power » espèrent qu’une réorganisation des relations régionales permettra aux États-Unis de maintenir leur autorité dans cette zone tout en y réduisant leur pression militaire. Mais Condoleezza Rice vient d’essuyer un sérieux revers au 20e sommet de la Ligue arabe. Ce ratage diplomatique s’ajoute aux échecs du Pentagone en Irak et en Afghanistan et à ceux de Tsahal en Palestine occupée. En définitive, tous les protagonistes régionaux prennent acte de l’impuissance des États-Unis à vaincre la résistance de l’axe Iran-Syrie-Hezbollah-Hamas. Dès lors, ils s’interrogent sur un possible réajustement de leur propre positionnement tout en craignant que l’administration Bush désespérée ne tente d’en finir par tous les moyens au cours des prochains mois.

 

La technique diplomatique de Condi

 

À l’échelle mondiale, le département d’État entend substituer à l’ordre international actuel une nouvelle architecture, dite « globale », qui consacre son statut d’hyper-puissance, isole ses adversaires, et institue une hiérarchie entre ses vassaux pour relayer son autorité jusqu’aux confins de son empire. L’idée principale est d’en finir avec le système de l’ONU qui combine une Assemblée générale où chaque État dispose d’une voix égale et un Conseil de sécurité, qui fait office de directoire, dans lequel les décisions de Washington peuvent être bloquées par le veto de quatre grandes puissances (Chine, France, Royaume-Uni, Russie). À la place doit être créée une « Assemblée des démocraties » —dont seront exclus les États refusant le modèle US—, où les droits de vote seront proportionnels aux capacités économiques et aux contributions financières, et donc où les États-Unis se tailleront « la part du lion ». En outre, chaque partie du monde sera gouvernée par une organisation régionale dirigée par un directoire local, dont les membres seront désignés par Washington pour y appliquer sa loi.

 

Ainsi, le « mini-traité européen » poussé par Nicolas Sarkozy introduit une inégalité entre ses membres en pondérant leurs votes d’une manière nouvelle en fonction de leur importance. Récemment, Nicolas Sarkozy a rompu le tandem franco-allemand, seul capable de dégager une marge de manœuvre à l’Union européenne, puis a jeté les bases d’un directoire franco-britannique pour que l’Union —et surtout la Défense européenne— serve exclusivement les intérêts de Washington. Notez qu’en cette matière, le président français ne défend pas les intérêts de son pays, ni ceux de l’Union, mais réalise les plans du département d’État.

 

Au Proche-Orient, la Ligue arabe et en son sein le Conseil de coopération du Golfe sont les organisations régionales les plus adaptées pour relayer l’autorité de Washington. À l’origine, la Ligue était dominée par un directoire composé de l’Arabie saoudite, de la Syrie et de l’Égypte. Il n’est évidemment pas question pour le département d’État de réactiver ce triumvirat puisque la Syrie est aujourd’hui le seul État arabe à incarner la résistance à l’impérialisme. À la place Condoleezza Rice a imaginé un directoire Arabie saoudite-Jordanie-Égypte, dans lequel la monarchie hachémite jouerait un rôle au Levant, la dynastie Moubarak aurait le contrôle de l’Afrique du Nord et de l’Est, et la monarchie saoudienne à la fois le contrôle du Golfe et la présidence de l’ensemble.

 

Pour être réalisable, ce plan suppose d’ostraciser préalablement la Syrie, ce à quoi s’emploie Condoleezza Rice depuis plusieurs années avec le soutien de la fraction la plus dure des néoconservateurs. Pour ce faire, Damas a été tour à tour accusé d’occuper le Liban (alors que son armée s’y était déployée avec l’accord, sinon à la demande, de la communauté internationale), d’avoir assassiné l’ancien Premier ministre Rafic Hariri (alors que les Assad avaient encouragé les Hariri à piller le Liban), et aujourd’hui de bloquer l’élection du président libanais (alors que le blocage résulte du refus du gouvernement de facto de céder à la majorité populaire). Or, il se trouve que, en vertu de l’ordre alphabétique en langue arabe, la présidence de la Ligue échoit cette année… à la Syrie.

 

Le boycott

 

Dans un premier temps, le département d’État a envisagé d’humilier la Syrie à domicile. Les États membres de la Ligue seraient venus au sommet de Damas pour y mettre le président Bachar el-Assad en accusation. Mais ce rêve a tourné court lorsque Condoleezza Rice a compris qu’aucun dirigeant arabe ne se prêterait à ce jeu. À défaut, le département d’État s’est rabattu sur une seconde option : organiser le boycott du sommet.

 

C’est dans ce contexte que le vice-président Dick Cheney a pu garantir à Riyad sa part du gâteau irakien. La loi électorale publiée il y a quelques jours devrait sans surprise renforcer considérablement le poids des sunnites pro-saoudiens au Parlement irakien, le 1er octobre prochain et, partant de là, dans le gouvernement irakien. En contrepartie, le roi Abdallah a été prié de boycotter le sommet de Damas, bien qu’il soit le président sortant de la Ligue. Riyad a ordonné à ses clients libanais (Saad Hariri a la double nationalité libanaise et saoudienne et représente les intérêts des Séoud au pays du Cèdre) de s’aligner sur son mot d’ordre. En l’absence d’un président élu et d’un Premier ministre reconnu par tous, le Liban aurait dû être représenté par le second personnage de l’État, le président de l’Assemblée nationale, dont l’autorité est acceptée par toutes les parties. Mais le gouvernement de facto de Fouad Siniora (ancien fondé de pouvoir des sociétés du clan Hariri) y a fait obstacle.

La Jordanie n’a pas été difficile à convaincre. Il y a déjà longtemps qu’elle sert de base arrière aux opérations secrètes israélo-US contre la Résistance libanaise, au point qu’une rumeur grandissante l’accuse d’avoir trempé dans plusieurs assassinats dont ceux du général François Hajj (Courant patriotique libre, « aouniste ») et d’Imad Mugnihey (Hezbollah), les deux figures clés de la Résistance militaire.

 

Le cas de l’Égypte fut probablement plus délicat à négocier. Quel que soient les circonstances, l’Histoire a montré que Le Caire et Damas ne sont jamais aussi forts que lorsqu’ils sont unis. Le président Moubarak sait qu’il affaiblit inutilement son pays en jouant la confrontation. Cependant il a besoin du soutien politique de Washington pour valider sa succession dynastique et de son aide matérielle pour atténuer les conséquences dramatique de l’ouverture sans restriction du pays à la globalisation économique.

 

A contrario, la Fédération de Russie voit d’un mauvais œil la création d’un directoire régional Arabie saoudite-Jordanie-Égypte qui écarterait son influence hors du Proche-Orient. D’autant que la Syrie est devenue en peu de temps son principal partenaire économique et militaire dans la région. Des facilités portuaires viennent même d’y être mise à sa disposition pour accueillir sa nouvelle et puissante flotte de Méditerranée. Tandis que les joint-ventures russo-syriennes se multiplient.

En outre, le Kremlin est excédé par le comportement états-unien et son chapelet de promesses non tenues. C’est sur la base d’un accord convenu lors de la publication du NIE sur le nucléaire iranien (c’est-à-dire de la délégitimation d’une guerre contre l’Iran) que Moscou avait soutenu la conférence d’Annapolis ; et c’est sur la base d’un accord négocié par l’amiral William Fallon et ses amis en vue d’un désengagement militaire régional US que Moscou avait voté la résolution 1803 élargissant les sanctions contre l’Iran. Mais aucun des engagements de Washington n’a été respecté : la conférence de paix prévue en Russie (« Annapolis II ») a été renvoyée aux calendes grecques, et le retrait des GI’s d’Irak devrait s’interrompre au niveau où il était avant l’escalade (surge).

 

Aussi le ministre des Affaires étrangères Sergueï Lavrov et son ministre délégué Alexander Sultanov ont-ils fait eux aussi le tour des capitales arabes, mais pour éteindre l’incendie allumé par leurs homologues états-uniens. Ils ont certainement joué un rôle considérable pour convaincre les monarchies du Golfe de ne pas participer au plan états-unien. La Russie a multiplié les fuites pour que nul n’ignore la continuation des préparatifs de guerre US contre l’Iran. Tandis que les diplomates russes n’ont pas manqué une occasion de rappeler à leurs interlocuteurs que, si l’Arabie saoudite souffrirait peu d’une guerre US-iranienne, les petites monarchies du Golfe pourraient en faire les frais, voire en mourir. Quant au président Vladimir Poutine, il s’est personnellement chargé de dire à son homologue égyptien tout le mal qu’il pense du plan états-unien, mais Hosni Moubarak n’a guère de marge de manœuvre.

 

Les manœuvres de coulisse ont continué jusqu’à la dernière minute. La plus spectaculaire aura été l’annulation in extremis de la participation du président du Yémen, alors qu’Ali Abdullah Saleh avait plusieurs fois confirmé publiquement son intention de venir à Damas.
Les télévisions arabes ont saisi la déception qui se lisait sur le visage du président Bachar el-Assad, venu accueillir ses hôtes à l’aéroport, lorsqu’il a vu sortir de l’avion libyen et s’avancer vers lui un simple collaborateur du président. Il avait conçu la dynamique du sommet autour du président Khadafi qui paraissait lui aussi avoir finalement cédé aux pressions. Mais celui-ci, toujours facétieux, sortit un peu plus tard de l’avion pour le plus grand soulagement de ses amis syriens.

 

Hospitalité syrienne

 

Damas avait mis les petits plats dans les grands pour recevoir dignement les dix chefs d’État (Algérie, Autorité palestinienne, Comores, Émirats arabes unis, Koweit, Libye, Mauritanie, Qatar, Soudan, Tunisie) qui, bravant les menaces de l’Oncle Sam, l’honorait de sa présence. Et avec un sens tout arabe de l’hospitalité, il accordait à chacun la même attention, des riches Émirats aux pauvres Comores. De plus, de nombreux États non-arabes et des organisations internationales avaient dépêchés des observateurs de haut niveau, du ministre indien des Affaires étrangères au président Oumar Konaré pour l’Union africaine.

 

Craignant un sabotage, la Syrie avait déployé tous les agents de sécurité dont elle disposait. L’aéroport de Damas avait été fermé au trafic civil et réservé aux délégations officielles. Le centre de conférence, situé à l’extérieur de la capitale, avait été entouré d’une zone de sécurité de plus de 6 kilomètres de rayon où toute circulation était interdite. Des check-points en série filtraient les visiteurs de manière courtoise et néanmoins draconienne.
Ces mesures n’ont peut être pas été inutiles. Une tentative terroriste aurait été discrètement déjouée et le sommet a pu se tenir sans encombre.

 

En outre, la présidence du sommet avait installé un centre de presse —à bonne distance du lieu de la conférence pour protéger leurs altesses des paparazzi—, doté d’un millier de lignes téléphoniques pour la presse écrite et de toutes les facilités pour les centaines de radios et de télévisions satellitaires couvrant l’événement. Atteint d’un étrange complexe d’infériorité, le ministère de l’Information n’osait pas distribuer de dossier de presse aux journalistes de peur d’être accusé de ne pas avoir rompu avec les vieux comportements de la propagande baasiste.

 

Les travaux

 

Les sommets de la Ligue arabe ressemblent à des réunions de famille. Il y a des absents (le roi du Maroc et le sultan d’Oman ne se déplacent jamais en personne), des retrouvailles, et souvent aussi des crises de nerfs (au cours de la plupart des sommets une délégation a quitté la table avant la fin de la réunion). On y décide rarement quoi que ce soit. À cet égard le sommet de 2002 à Beyrouth, au cours duquel fut adoptée l’initiative arabe de paix, est une exception. Personne n’attendait donc grand chose des débats eux-mêmes. Le sommet sonnait déjà comme un défi à l’impérialisme états-unien et à ses second couteaux, le Royaume-Uni et la France sarkozyenne, qui s’étaient l’un et l’autre fendus d’une déclaration venimeuse. Et pourtant, peut-être à cause de cette pression étouffante, cette fois les délibérations ont donné lieu à un net rapprochement des positions.

 

En ouvrant la séance inaugurale retransmise par des dizaines de chaînes de télévision arabes, Bachar el-Assad se garda bien de remercier la présidence sortante, l’Arabie saoudite. Il prononça un discours bref et sobre recentrant la problématique de la Ligue sur la question de la paix face à Israël, dans des termes acceptables par tous les membres de la Ligue à quelque niveau qu’ils soient représentés (ou absent dans le cas particulier du Liban). Il rappela à tous que les États arabes sont sur le même bateau et sont contraints de s’unir pour se sauver.

 

Parmi les orateurs suivants, l’intervention de Mouammar Khadafi était la plus attendue, à la fois parce qu’il faisait sa rentrée à la Ligue après une période d’absence, et aussi à cause de son goût prononcé de la provocation. L’assistance, et surtout les téléspectateurs, ne furent pas déçus par le show. Prenant la parole au seul titre de son pays, mais à l’évidence de concert avec Bachar el-Assad, le président libyen utilisa sa liberté de parole pour dire ce que le statut de président de séance interdisait à son ami syrien d’évoquer.

Avec un indéniable talent d’acteur et une dose de cabotinage, Khadafi passa en revue tous les sujets de l’ordre du jour, les traitant avec dérision. Ainsi, il invita ses homologues à soutenir la dénucléarisation de la région faute de quoi, souligna-t-il grinçant, nous nous détestons tellement que nous feront usage de la bombe atomique les uns contre les autres au lieu de la diriger contre nos ennemis. Il brocarda Mahmoud Abbas et ses constantes reculades face à Israël en se moquant du « héros d’Oslo » (c’est en effet lui et non Yasser Arafat qui signa le vain Accord d’Oslo) et en le comparant à Anouar el-Sadate (qui trahit la cause arabe en signant une paix séparée égypto-israélienne). Surtout Khadafi mit ses interlocuteurs en garde : nous sommes cuits, nous y passerons les uns après les autres, déclara-t-il en substance. Nous avons laissé envahir un État souverain membre de notre Ligue sans réagir. Nous sommes tous devenus pro-US, moi y compris, en pensant nous protéger. Mais Saddam Hussein était l’ami de Dick Cheney, comme nous, et ils l’ont pendu !

Le soir, la rue arabe bruissait des boutades de Khadafi. Mais je peux attester que dans la salle du conseil où je me trouvais, les chefs d’États eux aussi riaient de bon cœur, à l’exception de Mahmoud Abbas, impassible.

 

La suite des travaux eut lieu comme de coutume à huis clos. Il fut convenu de ne pas aborder la question libanaise en l’absence de la délégation concernée. Sur ce point, on en resta donc à la position antérieure de la Ligue et à son flou artistique. Sur les autres sujets, les chefs d’État et de délégation s’exprimèrent avec calme et franchise. Au delà de l’aspect diplomatique que j’ai exposé plus haut sur l’égalité entre les États membres, la question principale était de savoir si la Ligue se positionnait par rapport au projet israélo-US et au projet irano-syro-Hezbollah-Hamas. En définitive, elle l’a fait clairement dans la déclaration finale que même Mahmoud Abbas a approuvée bien qu’elle désavoue toute sa politique. Reprenant les principes de la conférence de Madrid, la Déclaration de Damas stipule d’une part que le retrait israélien des territoires conquis en 1967 est un préalable à la paix et non pas un élément de négociation ; et d’autre part, réaffirme le droit international explicité par les résolutions de l’ONU : création d’un État Palestinien souverain avec Jérusalem comme capitale, inaliénabilité des droits des Palestiniens ; bref que la Ligue s’oppose à la politique israélienne du fait accompli.

 

Bien sûr, les déclarations de la Ligue arabe doivent être prises pour ce qu’elles sont : des déclarations d’intention que la plupart des États n’ont pas les moyens de mettre en œuvre. Quoi qu’il en soit, cet acte final marque une radicalisation collective de gouvernements qui n’attendent plus rien de bon de la part de leur suzerain états-unien. De ce point de vue, la Déclaration de Damas marque un tournant dans une longue histoire riche en rebondissements et manifeste une volonté nouvelle d’émancipation politique. Les États arabes présents, qui jusqu’ici courtisaient Washington pour trancher leurs différents, ont assimilé les propos de Bachar el-Assad et Mouammar Khadafi que l’on pourrait résumer par la formule « Les Etats-Unis sont un allié qui nous veut du mal ».

 

L’après-sommet

 

Toutefois, chassez le naturel et il revient au galop. À peine le sommet clos, Mahmoud Abbas filait en Palestine occupée faire son rapport à Condoleezza Rice des débats tenus à huis clos. La secrétaire d’État états-unienne avait fait le déplacement au Proche-Orient pour être informée sans délai et juger l’ampleur de son échec. Tandis qu’à Paris où l’on craint d’en avoir trop fait, et à Bruxelles où l’on se demande si le vent ne serait pas en train de tourner, la France et l’Union européenne mettaient en place des cellules de suivi pour évaluer les conséquences de ce triomphe diplomatique syrien.

 

Damas, qui avait été mis au ban des nations, se trouve chargé de nombreuses initiatives de la Ligue pour l’année à venir. La Syrie est donc réintroduite dans le jeu international par la force des choses. De plus, son action a toutes les chances d’être durable puisque l’année prochaine, la présidence reviendra au Qatar, un État modéré, mais pas au sens occidental. Cheik Hamad, toujours aimable avec les États-uniens, a néanmoins défendu pied à pied la cause arabe au Conseil de sécurité et il a épongé les factures du sommet de Damas, un peu coûteux pour la Syrie.

 

À vrai dire, les États-Unis ne sont pas les seuls perdants de ce boycott raté et la Syrie n’est pas le seul gagnant. Les régimes saoudien, jordanien et égyptien se sont discrédités aux yeux de leurs opinions publiques et leur échec pèsera en politique intérieure. La Libye au contraire sort renforcée, d’autant qu’en s’appuyant sur l’Union africaine, elle vient d’aider les Comoriens à libérer l’île d’Anjouan et à en chasser le dictateur proche de Nicolas Sarkozy qui s’en était emparé.

Alors que les délégations se retiraient, Bachar el-Assad échangeait quelques mots avec des journalistes. Répondant à une question de Scarlett Haddad, correspondante de l’hedomadaire français L’Express, qui lui demandait ce que la Syrie comptait faire pour aider les Libanais à sortir de la crise institutionnelle, le président syrien répondit avec un humour détaché : « Nous ? Rien. Nous ne nous en mêlons plus. Nous avons confié le dossier aux Comores », sous-entendu, eux leur montreront comment se libérer des Français.

 

 

 



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6 avril 2008 7 06 /04 /avril /2008 20:46

" SE LIBERER DE LA SHOAH POUR CREER UN AUTRE ISRAËL."

 

LIBERATION : Votre livre a fait scandale dans votre pays parce que vous reprochez à Israël de construire son identité et sa politique sur la mémoire de la Shoah.

AVRAHAM BURG : Juste après la guerre et dans les premières années de la création de l’État d’Israël, il y a surtout eu le silence. Une société, comme un individu profondément traumatisé, réclame du temps pour que les choses s’expriment. Et Israël est un conglomérat de traumatisés. Avec le temps, nous nous sommes plongés dans le passé et aujourd’hui la société israélienne est beaucoup plus marquée par la Shoah qu’il y a cinquante ou soixante ans, juste après la libération des camps. La Shoah fait partir de notre quotidien obsessionnel et de notre noyau identitaire. D’ailleurs, selon un sondage effectué en Israël, 90% des personnes interrogées déclarent que la Shoah est l’évènement le plus significatif de l’histoire du peuple juif ! Avant la Bible, ou la création de l’État d’Israël, par exemple... L’école construit toute une pédagogie à partir de l’enseignement de la Shoah (avec, en plus, les voyages organisés des jeunes dans les camps en Pologne). Chaque visite d’un chef d’État en Israël doit obligatoirement passer par une étape à Yad Vashem, le mémorial de l’Holocauste. Je pense que le jour où la Shoah ne fera plus partie de notre quotidien obsessionnel, on pourra enfin sortir de l’ère du deuil, de la colère et entrer dans celle du souvenir et de l’optimisme. J’ai voulu dénoncer la façon dont la Shoah est exploitée en permanence par le système politique en référence absolue. L’Holocauste a été un désastre d’une telle ampleur que tout ce qu’on lui compare devient secondaire. Qu’est-ce qu’un check-point bloquant les Palestiniens comparé aux chambres à gaz ? Qu’est-ce qu’un assassinat ciblé de "terroristes" ou un bombardement sur Gaza par rapport au génocide ? L’immensité de l’horreur que nous avons subie sert ainsi à légitimer des choses qu’autrement il serait difficile, voire impossible, de légitimer.

Vous employez des mots très durs, comme "ghetto sioniste". Pourquoi ?

Le paradoxe c’est qu’Israël qui devait être le refuge pour les juifs est devenu l’endroit le plus dangereux pour eux. Aujourd’hui, après l’Holocauste et les années d’émigration, la très grande majorité de la population juive se partage entre les États-Unis et Israël. Or, en Occident, les relations entre les juifs et leur environnement se fondent maintenant sur l’acceptation, l’assimilation, l’équilibre, un pouvoir d’influence. Alors qu’en Israël, nos relations avec les autres restent dans le conflit (à 51% à cause de nos ennemis et à 49% par nos propres fautes). Nous nous retrouvons dans l’isolement comme dans un ghetto dont le mur n’a été abattu que deux ou trois fois depuis la création de l’Etat il y a soixante ans. Novembre 1978 est certainement la date la plus importante de l’histoire d’Israël, quand le président égyptien Anouar el Sadate est venu en Israël. Après, il y a eu l’accord de paix avec la Jordanie et pendant une brève période l’euphorie des accords d’Oslo. En dehors de ces quelques moments d’optimisme, nous avons le plus souvent creusé encore un peu plus le fossé qui nous sépare des autres. A cela s’ajoute le fait que le Moyen-Orient a été utilisé comme la poubelle de l’Europe : quand les Palestiniens tuent un Israélien c’est une nouvelle victime qui s’ajoute aux six millions de morts de l’Holocauste et aux deux mile ans de persécution et de pogroms. Mais quand nous réagissons et tuons l’un d’eux, c’est une victime qui s’ajoute à toutes les victimes du colonialisme. L’Europe a quitté le Moyen-Orient mais nous a laissé en héritage la guerre holocauste contre le colonialisme. Les Israéliens continuent de penser que les Palestiniens, comme auparavant les cosaques ou les nazis, ne cherchent qu’à tuer les juifs. Je veux donc leur dire qu’il y a une différence entre un Palestinien luttant pour avoir son propre État et les nazis qui tuaient les juifs au nom d’une idéologie raciste.

Nous affrontons des problèmes politiques, militaires, sécuritaires mais ce n’est pas l’Holocauste. Ce qui se passe aujourd’hui au Moyen_Orient n’est pas le combat de l’Allemagne contre les juifs.

C’est pour choquer que vous comparez l’Israël d’aujourd’hui à l’Allemagne d’avant Hitler ?

 

Non, c’est une comparaison pour moi très douloureuse. Certes, il est toujours difficile de comparer deux réalités historiques, les situations ne sont jamais tout à fait les mêmes. La République de Weimar avant Hitler était une démocratie débordante, passionnante, qui s’est effondrée à cause du traumatisme et de l’humiliation de la défaite, et d’une situation intérieure explosive. Israël aussi est d’une vitalité incroyable, c’est une démocratie et un pays de libertés extraordinaires mais, en même temps, dans une situation politique confuse et douloureuse. J’entends aujourd’hui, dans les débats ou les discussions politiques, des choses que je n’aurais jamais pu imaginer dans ce pays : "Qu’allons-nous faire des Arabes ?" Ou pire : "Chassons les Arabes !" Qu’on entende cela jusque dans le Parlement ! Et quant aux relations avec l’Allemagne, il est interdit d’oublier, mais il est aussi interdit de rester prisonnier de la mémoire. Lorsque nous nous libérerons de la Shoah, lorsque nous construirons un nouvel État d’Israël, le peuple juif comprendra qu’il faut libérer l’Allemagne, prisonnière, comme nous, du passé. L’autre défi de mon livre, c’est la remise en cause du monopole du traumatisme qui nous amène à êtres insensibles à la souffrance des autres. Après l’Holocauste, il ne faut pas mettre en avant un "jamais plus" seulement pour les juifs mais un "jamais plus" pour tout le monde. Ces réflexions restent encore très étrangères au mode de pensée israélien.

 

Malgré tout, Israël reste une démocratie occidentale dans le Moyen-Orient...

 

Certains affirment qu’au Moyen-Orient il faut se comporter en moyen-oriental. Je pense que nous conduire comme nos ennemis serait un suicide spirituel. Nous ne pouvons pas avoir vécu pendant deux mille ans avec certaines valeurs et en changer. Et surtout faire subir aux autres ce que nous avons haï pendant deux millénaires. Nous ne pouvons pas, en matière militaire ou sur le plan de la sécurité, nous comporter simplement comme comme les autres nations. En "blanchissant" les mots.

 

Ainsi quand notre armée procède par des bombardements à Gaza, nous parlons de "frappe ciblée" alors qu’il y a des victimes collatérales. "Frappes ciblées" parce qu’on ne veut pas employer les mots d"élimination" ou d’"assassinat". Il y a soixante ans, l’État d’Israël s’est construit sur un modèle européen laïc -un État démocratique avec une orientation progressiste. Au fil des années, à cause de la réalité, de l’immigration, de la politique et de l’idéologie, le modèle laïc a disparu. Israël va-t-il devenir une démocratie modérée semi-religieuse ou un État musulman moderne ? Le modèle oriental ou le modèle américain ? Il faut lancer le débat sur l’identité israélienne, que nous ne soyons plus un peuple à part, qu’il n’y ait plus une "humanité juive séparée" mais une humanité qui englobe tout le monde. Je souhaite qu’Israël retourne au modèle original, le modèle européen -quoique je ne sois pas certain qu’il existe encore, quand je vois le débat en France sur la laïcité ou quand j’écoute ce que dit le Vatican. Je vois la souffrance et je vois également l’espoir parce que qu’il y a une chose que les israéliens n’abandonneront jamais, c’est le système démocratique et toutes les libertés...

 

LIBERATION :Votre livre devait s’appeler « Hitler a vaincu » et non « Vaincre Hitler ». Pourquoi avoir finalement changé le titre ?

 

AVRAHAM BURG : A cause de ma mère. C’était un titre délibérément provocateur pour secouer les esprits. il y a deux hémisphères dans le cerveau juif, l’un très extraverti et l’autre très introverti ; l’un universaliste et l’autre particulariste. Depuis soixante ans, le particularisme a pris le dessus avec les thématiques liées à l’État et à la terre avec l’idée que le monde entier est contre nous et que nous sommes entourés d’ennemis, une identité qui repose sur deux piliers : Dieu d’un côté, la Shoah et la paranoïa de l’autre. Il est temps maintenant que cette part universaliste du judaïsme reprenne le dessus. J’en vois les signes dans la pensée juive libérale en Europe ou aux États-Unis mais aussi en Israël même. Un tournant se dessine au moins vers un point d’équilibre entre ces deux composantes. Dans les jeunes générations ou parmi les écrivains, de plus en plus de gens changent, quittent le traumatisme pour évoluer vers la confiance. Plus les gens sont désespérés,plus ils sont à la recherche de raisons de reprendre confiance et ce sont ces pistes que je tente d’explorer avec mon livre. Je suis un utopiste optimiste l’État a été fondé sur la loi du retour qui définit le juif comme tout individu né d’une mère juive ou converti au judaïsme, et ne pratiquant pas une autre religion. C’est la définition du juif par le nazisme, les lois de Nuremberg. Il y a un monopole des rabbins sur l’identité civile. Je pense au contraire qu’Israël devrait devenir le pays de tous ces juifs et de tous ces citoyens dont la majorité définira le caractère. Tant que le lien entre la nationalité israélienne et les lois de Nuremberg ne sera pas rompu, Hitler continuera indirectement de définir qui est juif. Hitler aura gagné.

« Utopiste optimiste », comment voyez-vous donc l’avenir ?

 

Ce qui m’inquiète, c’est que le conflit nous dépasse. Tant que c’est entre nous et les Palestiniens, tout est possible mais si cela entre dans le clash mondial des civilisations, cela devient impossible. Pour moi, le monde n’est pas divisé entre chrétiens et musulmans, mais entre citoyens de civilisations démocratiques et civilisations théocratiques. On peut dialoguer avec certains d’entres eux. Et ils sont au pouvoir, en Palestine, en Égypte, en Jordanie et peut-être même en Arabie Saoudite. Il y a des opportunités qui n’étaient pas là il y a cinquante ou soixante ans, nous avons changé : aujourd’hui, une majorité d’Israéliens est prête à abandonner les colonies. Ce sera difficile mais le temps est venu. Beaucoup de gens disent : dans l’ADN juif, il y a très peu d’années de souveraineté, d’indépendance et beaucoup d’années d’exil. Peut-être qu’on est pas fait pour avoir un État, qu’on ne sait pas...Moi je trouve que c’est un chance formidable d’avoir cet État d’Israël : le terrain d’expérimentation d’un rêve de deux mile ans. Et nos rêves concernent le monde. Pouvez-vous imaginer un monde sans les juifs ? Sans Jésus Christ et la naissance de la chrétienté, sans Spinoza, le XXe siècle sans Freud et Einstein, etc. Pendant deux mille ans, en tant qu’individus, ou en tant que culture, nous avons contribué à la civilisation universelle. Maintenant, le défi est de contribuer à la création d’un État palestinien. En Israël, depuis quelques années, les gens adorent l’idée qu’Israël est un « État juif démocratique ». Et je leur dis : les gars, écoutez, c’est une définition très problématique. Je comprends pourquoi vous l’aimez parce que vous défendez les juifs et vous défendez la démocratie. Pas de problème. Mais disons qu’un jour, on décide d’arrêter de se battre. Vous aurez un conflit entre l’élément « juif » - principalement religieux, qui voit dans Dieu l’origine des choses- et l’élément « démocratique » - qui voit des causes humaines. Qui décide ? L’Église ou l’État ? Les rabbins ou les élus ? Un État juif démocratique est une pure contradiction, qui n’a pas encore explosé à cause de la guerre. Mais, dès qu’il y aura la paix, ça va craquer : Si on dit qu’Israël est un État automatiquement juif, quand nous aurons une majorité arabe à cause de la démographie, on sera obligé d’appliquer le caractère juif par la force. Nous, la majorité des gens habitant ici, devrons définir ce que sera cet État.

 

Avec les Palestiniens ?

 

Au moment des accords d’Oslo (sept.1993, ndlr), soudain, sans qu’on s’y attende, 80% des Palestiniens et 80% des Israéliens étaient pour cette paix. Et tout s’est évaporé. Il y a quelque chose qui ne marchait pas dans Oslo, c’était du troc immobilier : tu prends cette maison, moi je prends cette rivière. Mais les Israéliens sont restés insensibles aux traumatismes Palestiniens. Les dirigeants israéliens n’ont jamais accepté notre responsabilité dans la situation des réfugiés palestiniens. Nous devons reconnaître leur grand traumatisme de 1948, leur exil, et ils doivent reconnaître notre traumatisme de l’Holocauste.

 

Avez-vous été surpris par le tollé provoqué par votre livre ?

 

Je savais qu’avec ce livre je touchais au noyau même de l’identité israélienne d’aujourd’hui. Et je savais qu’il susciterait une violente polémique parce que je représente une sorte d’icône de l’establishment israélien-bien que je sois retiré de la vie politique : j’ai été conseiller de Shimon Pérès alors Premier ministre, j’ai été député, président de la commission éducation de la Knesset, président de l’Agence juive, puis président de la Knesset... Et j’ose mettre sur la table des questions que beaucoup d’Israéliens se posent mais gardent enterrés au fond d’eux-mêmes. Il n’y a rien d’étonnant donc au caractère vibrant de la polémique, d’autant qu’en Israël la liberté d’expression est totale. Je me souviens d’un passant qui m’a abordé et s’est écrié, indigné : « Vous avez écrit contre la Shoah ! ». Je lui ai répondu : « Et vous, vous écrivez pour la Shoah ? » Les Israéliens de plus de 50 ans, pour simplifier disons « les vieux travaillistes », ceux qui ont construit l’État, m’ont reproché de poser ce genre de questions. Alors que les plus jeunes disent au contraire que je pose de bonnes questions, même s’ils ne sont pas d’accord avec mes réponses.

 

Recueilli par Annette Lévy-Willard et Marc Semo.

 

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5 avril 2008 6 05 /04 /avril /2008 19:11

En février 1957, Castro était donné pour mort après un catastrophique débarquement à Cuba. Perdu dans la montagne avec une poignée de rebelles, il semblait condamné à l’oubli. La rencontre avec un journaliste du “New York Times” allait lui conférer une stature internationale. Récit d’une résurrection médiatique.

Lors de son dernier voyage aux Etats-Unis, à l’occasion du Sommet du millénaire de l’ONU, en septembre 2000, Fidel Castro trouve le temps de se rendre au New York Times. Alors qu’il déambule dans les couloirs du célèbre quotidien, devant les portraits de personnalités qui ont marqué le siècle, il s’exclame soudain : “Où se trouve le portrait d’Herbert Matthews ? Ça, c’était un journaliste !“  Mais malgré trente-six ans de service comme grand reporter et éditorialiste, Herbert Matthews ne fait pas partie des légendes officielles du New York Times.

En revanche, à 2500 kilomètres de Manhattan, au Musée national de la révolution de La Havane, le journaliste américain a trouvé place dans une vitrine, au beau milieu d’uniformes militaires élimés, de portraits de révolutionnaires et de vieux fusils. On l’aperçoit sur une petite photo en noir et blanc, assis en pleine forêt, cigare aux lèvres et carnet de notes à la main. A ses côtés, le jeune Fidel Castro s’allume lui aussi un cigare.

“DÉBARQUEMENT PATHÉTIQUE”

Cette scène méconnue s’est déroulée en février 1957, dans le crépuscule humide de la Sierra Maestra, une zone montagneuse à l’est de Cuba. Trois mois plus tôt, Castro se trouvait encore au Mexique, où il s’était exilé après avoir purgé un an et demi de prison pour sa participation, le 26 juillet 1953, à l’attaque de la Moncada, un baraquement de l’armée de Batista à Santiago. Convaincu que les Cubains, exaspérés par la violence et la corruption du régime, étaient prêts à se soulever, il avait élaboré et vanté publiquement un plan tout simple : il allait déclencher une insurrection populaire à travers le pays en faisant coïncider son débarquement, au sud-est de l’île, avec un soulèvement prévu à Santiago de Cuba.

Le 25 novembre 1956, Fidel Castro et 81 compagnons embarquent donc à bord d’un vieux yacht, le Granma. Chahutée par une forte mer et des pluies torrentielles, la frêle embarcation s’échoue dans les marécages cubains avec deux jours de retard. Les mitrailleuses de Batista sont au rendez-vous. Informé du projet, ce dernier a déjà écrasé sans mal le soulèvement de Santiago. C’est une hécatombe. Les corps de Raul et Fidel Castro sont officiellement identifiés et enterrés par l’armée.

Pourtant, une douzaine de survivants – parmi lesquels les frères Castro et Ernesto Guevara – parviennent à gagner les montagnes. Le 4 décembre 1956, un éditorial du New York Times intitulé “Les violents Cubains” s’interroge sur le but de ce “débarquement pathétique d’environ quarante jeunes hommes se prenant pour une armée d’invasion”. L’éditorialiste n’en revient pas que le chef de cette aventure, Fidel Castro, ait pu délibérément révéler ses plans avant l’opération. “Peut-on imaginer quelque chose de plus fou?” s’interroge-t-il, avant de conclure : “Il n’y a pas la moindre chance qu’une révolte réussisse dans les circonstances actuelles“, en référence à la puissance militaire de Batista.

SON FLAIR EST INTACT

Effectivement, un mois plus tard, la petite bande qui survit dans la forêt avec l’aide des paysans du coin semble condamnée à l’oubli. La presse cubaine étant censurée, Castro comprend qu’il lui faut contacter la presse étrangère pour rallier l’opinion à sa cause. Il envoie un messager à Ruby H. Phillips, la correspondante du New York Times à La Havane. Trop connue des autorités locales pour entreprendre elle-même ce reportage, Phillips contacte le journal à New York qui dépêche alors Herbert Matthews.

Déguisés en touristes, Matthews et sa femme Nancy partent pour la province d’Oriente, où ils retrouvent les hommes de Castro dans la ville de Manzanillo. La nuit tombée, les rebelles conduisent Matthews à travers les champs de canne à sucre et franchissent un barrage de l’armée en le faisant passer pour un riche investisseur américain. Ils finissent par couper à pied dans la forêt. La pente est raide, le sol glissant. Certes, Matthews en a vu d’autres : il a couvert la guerre civile espagnole, la campagne d’Italie… Mais à 57 ans, ce type grand et mince n’est plus au faîte de sa forme.

Son flair, en revanche, est intact. Alors qu’il attend toute la nuit, assis sur une couverture, l’arrivée du chef des rebelles, Matthews pressent qu’il s’agit peut-être d’un moment historique. En effet. Le jeune Fidel Castro finit par le rejoindre et lui accorde un entretien de trois heures – le scoop de sa vie. “Il y avait un reportage à écrire et une censure à braver, écrira Matthews dans ses Mémoires. C’est ce que j’ai fait, et ni Cuba ni les Etats-Unis n’allaient être les mêmes après cela.”

Deux jours plus tard, Nancy dissimule dans sa gaine les notes de son mari, qui portent la signature de Castro comme gage d’authenticité, et les Matthews rentrent aux Etats-Unis. Les 24, 25 et 26 février 1957, le New York Times publie trois grands articles, dont deux en première page. Ils décrivent en détail la corruption du régime et les atrocités commises par l’armée, tout en dénonçant le soutien militaire et diplomatique des Etats-Unis au régime de Batista.

REBELLE CHARISMATIQUE

Cette analyse récuse catégoriquement la ligne officielle qui fait de Cuba une île prospère et docile, gouvernée par un régime favorable aux intérêts des Etats-Unis – vision qui perdure au sein du gouvernement et du public américain, malgré les signes croissants du fort mécontentement populaire. Matthews fait l’éloge de tous les groupes d’opposition, mais il distingue et propulse sur le devant de la scène Fidel Castro et le Mouvement du 26-Juillet (ce jour où, trois ans et demi plus tôt, Castro attaquait la Moncada).

Il est subjugué par ce rebelle charismatique de 30 ans. Il relève que son programme politique est assez vague, mâtiné de nationalisme, d’anticolonialisme et d’anti-impérialisme, mais souligne que Castro n’éprouve aucune animosité à l’égard des Etats-Unis.

Le journaliste estime que ces rebelles sont porteurs d’”un changement radical et démocratique pour Cuba, et donc anticommuniste”. Enfin, il annonce que les guérilleros “dominent” militairement la Sierra Maestra et humilient régulièrement la fleur de l’armée cubaine. Il cite Fidel Castro décrivant ses troupes, “des groupes de dix à quarante combattants”, et évalue lui-même l’entourage du guérillero à une quarantaine d’hommes. En réalité, le Mouvement du 26-Juillet ne compte pas plus de dix-huit compañeros, certes motivés et solidement idéalistes, mais mal armés et complètement isolés.

Deux ans plus tard, Castro racontera, à l’Overseas Press Club, à New York, devant un Herbert Matthews un peu gêné, comment il trompa le reporter : durant l’interview, ses hommes échangèrent leurs fripes et tournèrent autour du journaliste pour lui donner l’impression qu’ils étaient plus nombreux. Raul interrompit même l’entretien pour donner des nouvelles d’une “seconde colonne”  imaginaire.

Enragé par les articles du Times, Arthur Gardner, l’ambassadeur des Etats-Unis à La Havane, se hâte de rassurer Washington : Batista a la situation “bien en main”. Le commandant militaire de la province d’Oriente, dont les hommes sont chargés d’éliminer les derniers rebelles, affirme d’ailleurs que “les déclarations de cet homme de presse nord-américain sont absolument fausses car il est physiquement impossible de se rendre dans la zone où l’interview imaginaire a prétendument eu lieu. Personne ne peut pénétrer cette zone sans être vu”. “A mon avis”, conclut-il, Matthews “n’a jamais mis les pieds à Cuba”.

Dans l’île, toutefois, les articles font l’effet d’une bombe. Castro, qui a envoyé un de ses hommes à New York pour les photocopier en urgence, fait distribuer sous le manteau des milliers de copies, de La Havane à Santiago de Cuba. Quel ques jours plus tard, Batista lève temporairement la censure, permettant aux radios et journaux locaux de commenter les articles du Times : tous les opposants au régime apprennent ainsi que Castro est vivant, et que la lutte continue. Une propagande inespérée.

Pour sauver la face, le ministre de la défense cubain déclare alors que “Monsieur Matthews n’a pas interviewé l’insurgé communiste Fidel Castro” et que “l’interview et les aventures décrites par le correspondant Matthews peuvent être considérées comme le chapitre d’un roman de fiction”. Il s’étonne même de ce que le reporter n’en ait pas profité pour se faire photographier avec Castro afin d’authentifier cette fable. Le New York Times s’empresse alors de publier la déclaration du ministre… accompagnée de la photo, prise par l’un des rebelles, désormais exposée au Musée de La Havane. Batista est convaincu qu’il s’agit d’un montage.

Mais le président de la Banque nationale de Cuba a compris. Il lui souffle alors : “Si c’est publié dans le New York Times, c’est vrai à New York, vrai à Berlin, vrai à Londres et vrai à La Havane. Vous pouvez être certain que le monde entier croit à cette histoire.”  La suite est connue. Le 8 janvier 1959, après deux ans de combats, Fidel Castro fait une entrée triomphale à La Havane avec des milliers de guérilleros. Cela fait maintenant deux ans qu’Herbert Matthews, devenu le “Monsieur Cuba” du New York Times depuis cette fameuse interview, écrit presque tous les articles et les éditoriaux sur le sujet. Jamais il ne s’est départi de sa première impression : Castro, répète-t-il, n’est pas un communiste. Il implore les Américains d’ignorer son mauvais caractère et ses déclarations intempestives. Il les enjoint même de soutenir cette révolution sociale et les prévient que, dans le contexte de la guerre froide, la détérioration des relations avec Cuba ferait tomber l’île dans l’escarcelle des communistes qui tentent déjà, là-bas, de s’approprier la révolution.

RESPONSABLES DE L’ÉCHEC

Mais en 1960, la ligne rouge est franchie : la réforme agraire heurte directement les intérêts économiques américains et les relations diplomatiques se tendent dangereusement. Au sein du New York Times, Matthews est graduellement marginalisé, jugé coupable de subjectivité. Il continue d’écrire des éditoriaux mais n’est plus envoyé sur place. En janvier 1961, le président Eisenhower rompt les relations diplomatiques avec La Havane; la révolution glisse vers le communisme – les Etats-Unis ont perdu Cuba. Pour la droite américaine, les alliés de Batista et la presse conservatrice, Herbert Matthews et le New York Times sont, et demeurent aujourd’hui, les responsables de cet échec.

En 1960, l’ambassadeur Earl T. Smith, qui remplace Gardner, accuse le journaliste d’avoir influencé le département d’Etat américain. Devant le sous-comité du Sénat aux affaires intérieures, il annonce que les articles du New York Times “ont permis à Castro d’acquérir une stature internationale et une reconnaissance mondiale. Jusque-là, Castro n’avait été qu’un autre de ces bandits des montagnes d’Oriente (…)”. La même année, une caricature parue dans la revue conservatrice The National Review montre Castro, à cheval sur Cuba, avec cette légende : “J’ai trouvé mon job dans le New York Times.”  Dans une lettre adressée à son ami Ernest Hemingway, rencontré pendant la guerre civile espagnole, Matthews raconte que des manifestants se sont groupés devant l’immeuble du New York Times pour protester contre lui. “Qu’est-ce que je ne dois pas subir ces temps-ci”, se plaint-il. Il est profondément déçu par la tournure que prennent les événements, tant à Cuba qu’aux Etats-Unis. Mais il reste persuadé qu’il ne s’est pas trompé, que Castro n’était pas communiste, qu’il a opéré un rapprochement pragmatique avec ce parti seulement à partir de 1960.

Après avoir reçu des menaces de mort, le journaliste est placé sous protection du gouvernement. Il doit quitter préci pitamment l’estrade de l’université du Nouveau-Mexique suite à une alerte à la bombe. Il est aussi exclu de l’Association interaméricaine de la presse et préfère éviter l’Overseas Press Club. En 1965, Eisenhower lui-même l’accuse d’avoir, “presque à lui tout seul”, fait de Castro “un héros national”.

Même après sa mort, en 1977, vingt ans après sa rencontre avec Fidel Castro dans la Sierra Maestra, Matthews est resté dans le collimateur des conservateurs. En 1987, William Ratliff, un chercheur de la Hoover Institution de l’université Stanford, dira encore : “Rarement dans l’histoire un seul écrivain aura donné le ton avec autant d’influence (…) quant à un personnage, un mouvement, un phénomène historique.”  Herbert Matthews niera toujours avoir “fait” Castro. A ses yeux, il s’agissait “d’un homme promis à une destinée hors du commun qui aurait fini de toute façon par s’imposer”. C’est fort probable. Mais les articles du New York Times ont peut-être accéléré le cours de l’histoire.

Deux ans plus tard, Castro racontera comment il trompa le reporter. Raul interrompit même l’entretien pour donner des nouvelles d’une “seconde colonne”  imaginaire.`

www.libertesinternets.wordpress.com

 http://www.lemonde.fr/cgi-bin/ACHATS/ARCHIVES/archives.cgi?ID=5fcb144201e14815b7d5f8495a2354d39477ae6a71eb6c92

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5 avril 2008 6 05 /04 /avril /2008 18:52

Un fonds souverain chinois fait irruption dans le capital

 

du groupe pétrolier Total

 

LE MONDE | 04.04.08 | 14h44  •  Mis à jour le 04.04.08 | 14h44


  Tous les actifs pétroliers, en papier (actions) ou en réserves (barils), intéressent la Chine. L'annonce par Total, jeudi 3 avril, qu'un fonds public chinois était entré "graduellement" dans son capital au cours des derniers mois - sans citer son nom ni le pourcentage détenu - n'en a pas moins créé la surprise. Cette opération discrète a immédiatement donné le sentiment que le deuxième consommateur de la planète partait à l'assaut de la quatrième "major" mondiale et d'un fleuron de l'industrie française.

Le discours de Total tranche sur l'inquiétude exprimée par les hommes politiques devant la montée en puissance des fonds souverains, ces structures alimentées par les recettes des hydrocarbures, des minerais ou des excédents commerciaux. "C'est une bonne nouvelle que ce fonds s'intéresse à Total", commente une porte-parole du groupe, qui affirme que cette entrée n'est pas vécue comme hostile. Elle a donné lieu, au préalable, à des "discussions régulières", ajoute-t-elle.


Total y voit un moyen de "diversifier" son capital avec un type de structure "qui investit à long terme dans des actifs rentables". "Acheter des titres de Total représente une opportunité d'acheter des actifs qui sont sous-évalués", estime un analyste de la banque UBS, mais que des investisseurs plus "court-termistes" hésitent à acquérir. Total affirme qu'il compte déjà ce type d'investisseurs dans son capital. De plus, cette opération accroît "la visibilité en Chine", où le groupe est bien implanté dans la chimie, la pétrochimie, le raffinage et les stations-service.


C'est le fonds gestionnaire de la majeure partie des réserves de changes de la Chine (1 650 milliards de dollars), placé sous l'autorité de la banque centrale chinoise, qui a acheté 1,6 % de Total pour 2,8 milliards de dollars (1,8 milliard d'euros), indique le Financial Times dans son édition du vendredi 4 avril. Cette opération illustre l'offensive des fonds souverains des pays émergents sur les entreprises occidentales : China Investment Corporation s'était illustrée fin 2007, en pleine crise des subprimes, en acquérant 9,9 % de la banque d'affaires américaine Morgan Stanley pour 5 milliards de dollars.


L'actionnariat de Total, première capitalisation boursière de Paris, est réparti entre Europe, Asie et Amérique du Nord. Les institutionnels (banques, fonds, entreprises...) en détiennent 88 %, les individus 8 % et les salariés 4 %. Le premier actionnaire est le financier belge Albert Frère (présent dans Suez et Lafarge), qui fin 2007 détenait 5,3 % du capital à travers Groupe Bruxelles Lambert (3,9 %) et la Compagnie nationale à portefeuille (1,4 %).


La Chine déploie une stratégie tous azimuts pour se procurer pétrole, gaz et minerais. Pékin passe des accords énergétiques d'Etat à Etat et finance des infrastructures (routes, ports, hôpitaux...) en échange de contrats d'approvisionnement. Les filiales cotées des entreprises publiques investissent dans des gisements ou tentent de racheter des compagnies entières. En 2005, la China National Offshore Oil Corporation avait essayé de racheter l'américaine Unocal, attirée par ses contrats et ses réserves d'hydrocarbures (Caspienne, Asie centrale, Birmanie, Indonésie...). Elle avait dû y renoncer devant l'hostilité du Congrès, et c'est la société californienne Chevron qui avait raflé la mise pour 18 milliards de dollars.

 

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5 avril 2008 6 05 /04 /avril /2008 18:44

Manifestations pour dénoncer la "chasse aux étrangers"

 

LEMONDE.FR avec AFP | 05.04.08 | 16h46  •  Mis à jour le 05.04.08 | 17h03


  A l'appel de plusieurs collectifs de défense des sans-papiers et de partis politiques, des manifestations étaient organisées, samedi 5 avril, dans plusieurs grandes villes de France pour dénoncer la politique en matière d'immigration du gouvernement. Ces manifestations interviennent alors que, vendredi, un homme de 29 ans, d'origine malienne, en situation irrégulière, a trouvé la mort à Joinville-le-Pont (Val-de-Marne) en se jetant dans la Marne en essayant de fuir un contrôle de police.

 

A Paris, ils étaient plusieurs milliers à défiler. Peu avant 15 heures, le cortège a quitté la place d'Italie pour rejoindre la rue de Grenelle où est situé le ministère de l'immigration, de l'intégration, de l'identité nationale et du développement solidaire. En tête du défilé, se trouvaient notamment Pierre Cordelier, un des porte-parole de RESF (Réseau éducation sans frontière), Arlette Laguiller (Lutte ouvrière), la sénatrice communiste Nicole Borvo et Jean-Pierre Dubois (Ligue des droits de l'homme).


"SANS-PAPIER TRAQUÉ, SANS-PAPIER NOYÉ"


"L'actualité montre malheureusement que la politique du gouvernement tue et nous voulons faire cette démonstration alors que dans trois mois la France va vouloir imprimer sa politique à toute l'UE"
lors de la présidence tournante de l'Union européenne, a fait valoir Nathalie Serré, porte-parole du Gisti, membre du collectif Ucij (Unie-e-s contre une immigration jetable).


A Lyon, entre 1 550 à 2 000 personnes ont manifesté avec des pancartes sur lesquelles on pouvait lire "Laissez les grandir ici", "Résistance" ou "Si tu veux un pays, prends le mien". Les manifestants scandaient également des slogans comme "Sans-papier traqué, sans-papier noyé", en référence au Malien de Joinville-le-Pont. Toutes les 20 minutes, allusion au fait qu'un étranger sans-papiers est expulsé toutes les 20 minutes de France, les participants étaient invités à s'asseoir pour la lecture de courts textes critiquant la politique d'immigration du gouvernement et la "criminalisation" de l'aide au séjour des étrangers en situation irrégulière.


A Marseille, ils étaient 500 selon la police, 1 500 selon les organisateurs, à manifester dans le centre-ville. "Nicolas Sarkozy a osé faire plus rapidement et plus clairement ce qui se faisait déjà précédemment. Il présente aujourd'hui un visage xénophobe avec un cynisme d'Etat qui ne se cache plus d'être hostile aux étrangers", a déploré Jean-Pierre Cavalié, délégué régional Provence-Alpes-Côte d'Azur de la Cimade, qui évoque une accentuation de la "chasse aux étrangers", "très dangereuse pour la démocratie".

 

 

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4 avril 2008 5 04 /04 /avril /2008 22:09

Val-de-Marne: décès d'un sans-papiers qui voulait échapper à la police

 

PARIS   (AP)

 

  Un homme sans-papiers âgé d'une vingtaine d'années est décédé vendredi après-midi à Joinville-le-Pont (Val-de-Marne) après avoir tenté d'échapper à un contrôle de police, a-t-on appris de source policière.

Après s'être jeté dans la Marne, l'inconnu avait été transporté dans un hôpital parisien. Une autopsie devrait permettre d'établir les causes de cette mort.

Selon les premiers éléments de l'enquête, le suspect avait été interpellé dans la station RER alors qu'il souhaitait prendre un train sans titre de transport. Alors que des policiers de la Bac tentaient de le contrôler, l'individu a pris la fuite et s'est jeté ensuite à l'eau.

D'après sa carte de transport, il serait de nationalité malienne et en situation irrégulière. Mais la police devait établir avec certitude son identité. L'inspection générale des services (IGS), la police des polices, a été chargée de l'enquête. AP

 

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