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19 mai 2016 4 19 /05 /mai /2016 18:05

http://www.essonneinfo.fr/91-essonne-info/92021/proche-sd-bounouara-15-ans-ferme

Proche de Serge Dassault, Younès Bounouara prend quinze ans de prison ferme

Par Maxime Berthelot

Jeudi 19 Mai 2016

Jugé depuis le Mardi 10 Mai 2016 pour tentative d’assassinat et violence volontaire avec arme, Younès Bounouara, relais de Serge Dassault dans les quartiers de Corbeil-Essonnes, a été condamné Mercredi 18 Mai 2016 à quinze ans de réclusion criminelle par la cour d’assises d’Evry. Une peine supérieure à ce qu’avait requis le parquet.

Des cris, des larmes et des insultes, à l’annonce du verdict, la famille et les proches de Younès Bounouara n’ont pu retenir leurs émotions, les uns invectivant la partie civile et les journalistes et les autres se précipitant vers le box des accusés pour tenter d’étreindre le prévenu désormais condamné.

Il faut dire que le jugement prononcé par la cour d'assises d'Evry en a surpris plus d’un, quinze ans de réclusion criminelle pour tentative de meurtre avec préméditation et violence avec arme, alors que l’avocat général avait requis douze ans de réclusion criminelle lors de son réquisitoire.

Un verdict que Marie Dosé, avocate de la victime, interprète comme le désaveu « d’un système de défense qui visait à poursuivre ce qu’il se passe à Corbeil-Essonnes devant une cour d’assises ».

Avec ou sans préméditation, telle était la question

« Ce qu’il se passe à Corbeil-Essonnes », c’est ce qui n’a cessé d’apparaître en toile de fond de ce procès, à savoir « le système Dassault », la suspicion d’achats de voix lors des élections municipales de 2008 et 2009 et les conflits que cette distribution d’argent aurait entraîné.

Si Younès Bounouara, quarante trois ans, n’a jamais caché avoir tiré sur Fatah Hou le 19 février 2013, il a expliqué avoir agi après plusieurs années « de harcèlement, de menaces et de tentatives de racket » de la part de la bande à Fatah Hou. Il aurait même été « passé à tabac ». Des pressions qui trouveraient leur origine dans les deux millions d’euros versés en 2011 par Serge Dassault à l’accusé pour le remercier des services qu’il lui rendait dans le quartier des Tarterêts depuis 1995, « cela a fait des jaloux au sein de personnes qui ont grandi dans le même quartier que moi », a déclaré le prévenu au cours du procès.

C’est précisément sur ces éléments que s’est bâtie toute la défense du prévenu, notamment les plaidoiries de ses avocats réclamant l’abandon des charges concernant la préméditation et l’intention de tuer, « il faut parler des violences à Corbeil-Essonnes, a martelé Karine Bouden, l’avocate de l’accusé. Sinon, comment voulez-vous contextualiser ce qu’il s’est passé ? ».

Son client serait en effet passé à l’acte après une altercation avec la victime. « Poussé à bout », il aurait « craqué », tirant sur la voiture de Fatah Hou pour lui « faire peur » et pour qu’il « le laisse tranquille ». Il l’aurait alors touché accidentellement au thorax et à la colonne vertébrale, « je n’ai pas de problème avec le fait qu’il soit coupable de violence volontaire avec arme puisque c’est un fait », a poursuivi l’avocate, « mais cela ne suffit pas à conclure à la préméditation, il n’avait rien organisé ».

« L’intention de donner la mort »

Mardi 17 Mai 2016, l’avocat général avait en effet requis douze ans de prison pour tentative de meurtre avec préméditation. A la suite de l’altercation avec Fatah Hou, les écoutes téléphonique ont révélé que le prévenu a appelé plusieurs amis pour leur dire qu’il allait « crever et canarder » la future victime, demandant notamment à sa femme d’aller lui chercher « son pétard », « il a tiré calmement avec l’intention de donner la mort », a donc estimé le parquet.

« Cela ne constitue en rien la préméditation puisqu’il a agi sous le coup de la colère, après une altercation alors qu’il se rendait à un rendez-vous professionnel », a tenté de justifier l’avocate de l’accusé. « Rien n’était prévu, la preuve, sa femme faisait ses courses au moment du coup de fil ». Avant de faire remarquer que « mon client a ouvert le feu près du café où il avait ses habitudes, en pleine journée et en public, alors qu’il savait son téléphone sur écoute et qu’il n’avait pas prévu sa fuite puisqu’il n’avait même pas d’argent. Vous parlez d’une organisation ».

Marie Dosé s’est de son côté interrogée sur les propos redondants des vingt deux témoins cités par la défense, notamment ceux de la sphère corbeil-essonnoise qui n’avaient « pas de preuves mais ont tous dit la même chose ». Elle s’est également dite surprise d’entendre que Younès Bounouara était victime de harcèlement et de menaces « sans qu’il n’est jamais porté plainte ».

Des allégations qualifiées « d’enfumage » par la défense, accusant la partie adverse de vouloir faire croire à une instrumentalisation de la justice, « on veut laisser penser que l’un est un assassin et l’autre un lanceur l’alerte », a lâché Karine Bouden, faisant allusion au fait que la victime ait déclaré en 2009 aux enquêteurs « avoir touché deux mille euros » pour appeler à voter pour Serge Dassault. Des aveux qui, selon lui, avaient pour but de « dénoncer le système », mais qu’il retirera quelques semaines plus tard après avoir, toujours selon ses dires, « subi des pressions ».

Des arguments qui n’ont visiblement pas suffit à convaincre les jurés, « je pense que la cour d’assises a sanctionné un système de défense mis en place depuis trois ans », a de son côté déclaré Marie Dosé à l’issue du procès. Ils ont tenté de faire entrer en force « la loi de Corbeil et le système Dassault » devant une cour d’assises. Cela n’a pas marché et c’est tant mieux ». Mardi 17 Mai 2016, David Olivier Kaminski, second avocat de Younès Bounouara, avait déclaré, les larmes aux yeux que « par certains aspects, cette affaire est une injustice. Jugez-le bien ».

« Je ne m’explique pas ce verdict »

Mercredi 18 Mai 2016, après une semaine de procès, la cour d’assises a finalement reconnu Younès Bounouara coupable de tentative d’assassinat avec préméditation et de violence volontaire avec arme sur Fatah Hou, mais aussi de violence avec arme n’ayant pas entraîné d’incapacité de travail sur les trois autres personnes présentes dans la voiture de la victime au moment des faits, « vous n’êtes pas cohérent, Monsieur l’avocat général. Vous expliquez avoir des doutes sur le harcèlement dont mon client se dit victime, vous reconnaissez la préméditation, mais vous ne requérez que douze ans de réclusion », avait interpellé Karine Bouden durant sa plaidoirie. Or, vous savez très bien que, quand il y a une réelle préméditation, froide et méthodique, les peines vont de vingt à trente ans. Il faut donc choisir. Il y a-t-il préméditation ou pas ? ».

En condamnant Younès Bounouara à quinze ans de réclusion criminelle, la cour d’assises a tranché. Le condamné devra également verser trente trois mille euros de dommages et intérêts, dont trente mille euros à la victime et trois mille euros, assortis d’un euro symbolique, à René Andrieu, partie civile dans cette affaire.

Ni l’émotion, ni les plaidoiries enflammées des avocats de Younès Bounouara n’auront donc intercédé en sa faveur. « Je ne m’explique pas ce verdict », a conclu Karine Bouden. « Je suis déçue pour Younès Bounouara, nous avons dix jours pour faire appel, nous allons y réfléchir ».

Le condamné, lui, prononcera quelques mots pour tenter de calmer ses proches dévastés par la colère, « arrêtez, cela suffit. Ce n’est pas grave ». Avant d’embrasser une dernière fois les mains de ses proches.

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19 mai 2016 4 19 /05 /mai /2016 17:35

https://www.npa2009.org/actualite/entreprises/lancement-de-la-reconductible-la-sncf-tout-reste-construire

Lancement de la grève reconductible à la Société Nationale des Chemins de Fer (SNCF)

Tout reste à construire

Mercredi 18 Mai 2016

Au niveau national, la direction de la SNCF annonce quinze pour cent de grévistes. Mais la réalité semble bien supérieure au vu du grand nombre de déclarations d'intentions de grève comptabilisées. Il y a une forte mobilisation mais de grosses différences selon les services et les régions. La direction a décidé de sortir l'artillerie lourde pour faire rouler les trains et tenter de démoraliser les grévistes, service anti grève et centres de formation fermés pour que les formateurs tirent les trains, même chose pour les cadres, avec une grosse priorité sur les heures de pointes. Mais en heures creuses, on voyait que la grève était importante.

Sur la région de Paris-Est, il y avait près de trois cent cheminots en assemblée générale, ce qui est en progression par rapport aux dernières assemblées générales. Sur la Gare de l’Est, il y avait environ quatre vingt présents. La parole à tournée comme rarement dans notre assemblée générale, malgré le manque d'enthousiasme de la direction de la Confédération Générale du Travail (CGT). On percevait une volonté d'y aller pour de vrai, en comprenant les difficultés et donc d'aller convaincre les collègues d’entrer dans la bagarre et de venir en assemblée générale. L’objectif de mettre en place les piquets de grève et de renforcer les permanences et tournées est bien ancré mais pas massivement concrétisé aujourd'hui.

A la Gare du Nord, il y avait cent trente personnes en assemblée générale, Syndicat Unitaire et Démocratique (SUD) et CGT Force Ouvrière principalement. A Villeneuve Saint Georges, il y avait une centaine de personnes. A Montpellier, il y avait une cinquantaine de personnes.

A la Gare Montparnasse, la reconduction de la grève a été votée jusqu'au Jeudi 19 Mai 2016 par une assemblée générale d'une cinquantaine de cheminots. A la Gare d'Austerlitz également, la grève a été reconduite par cent deux voix pour, zéro voix contre et une abstention, et un comité de grève a été élu pour organiser la grève.

A la Gare Saint Lazare, des revendications ont été votées et la grève a été reconduite par près de deux cent cheminots. A Achères, plus de cent cheminots ont reconduit la grève. A Mantes, un peu moins de cent cheminots ont reconduit la grève. A Trappes, une cinquantaine de salariés a reconduit la grève jusqu'au Jeudi 19 Mai 2016 et organise un départ en manifestation interprofessionnelle.

A Lyon, l'assemblée générale de la gare de Lyon Part Dieu a rassemblé cent vingt personnes qui ont reconduit la grève malgré des divisions entre syndicats.

A Tours, l'assemblée générale a regroupé cent trente personnes.

La manifestation des gares parisiennes a regroupé plus de cinq cent personnes, avec un envahissement des voies de la Gare Saint Lazare à l'issue de la manifestation pendant une dizaine de minutes.

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18 mai 2016 3 18 /05 /mai /2016 20:22

http://www.liberation.fr/france/2016/05/17/manif-anti-loi-travail-le-prefet-de-police-de-paris-desavoue_1453199

Manifestations contre la loi travail, le préfet de police de Paris désavoué

Par Pierre Alonso

Le tribunal administratif a suspendu neuf des dix arrêtés qui interdisaient à des militants de participer au cortège parisien du Mardi 17 Mai 2016 et aux rassemblements de la Nuit Debout parisienne.

Il y avait urgence à interdire, assure la préfecture de police de Paris, et urgence à statuer sur ces interdictions, ont plaidé les avocats de la défense.

Entre les deux, peu de temps pour étayer les affirmations qui ont valu à dix militants parisiens d’être interdits de manifester contre la loi travail Mardi 17 Mai 2016. Ils ont contesté en référé devant les juridictions administratives ces mesures portant atteinte à « un grand nombre de libertés », selon Raphaël Kempf, l’avocat qui les défend, « la liberté d’aller et venir, le droit au respect de la vie privée et familiale et la liberté de manifester qui est une liberté fondamentale ».

Le préfet de police de Paris, Michel Cadot, a décidé d’exclure du rassemblement « plusieurs individus régulièrement repérés lors des derniers affrontements à Paris pour faire respecter l’ordre public, en particulier dans le contexte de l’état d’urgence ». L’interdiction d’un photographe, Noman, a quant à elle été levée dès Lundi 16 Mai 2016, lorsque la préfecture a découvert sa profession, qu’elle disait ignorer auparavant. Les autorités avaient déjà recouru à la boîte à outils qu’offre l’état d’exception, instauré le soir des attentats du Vendredi 13 Novembre 2015 et en passe d’être renouvelé une troisième fois par les parlementaires. Lors de la conférence climatique, le ministère de l'intérieur avait assigné à résidence des militants afin d’éviter tout trouble qui distrairait les forces de l’ordre de leur mission prioritaire de lutte contre le terrorisme.

Cette fois, ce sont les autorités préfectorales, à Paris mais aussi à Nantes, qui ont prononcé des « interdictions de séjour » aux abords des cortèges contre la loi travail et autour de la place de la République à Paris. Contactée à de nombreuses reprises depuis Dimanche 15 Mai 2016 par Libération, la préfecture de police de Paris a refusé d’indiquer combien de personnes étaient ciblées par ces arrêtés.

« C’est un abus de l’état d’urgence »

« La loi sur l’état d’urgence a été réactivée pour des raisons étrangères aux activités de nos clients, la lutte contre le terrorisme » lance Raphaël Kempf dans la grande salle du tribunal administratif de Paris, Mardi 17 Mai 2016. « C’est un abus de l’état d’urgence », insiste Aïnoha Pascual, également avocate des militants. En face, le représentant de la préfecture, chef des affaires juridiques et du contentieux par intérim, réplique en citant les cent trente morts du mois de novembre 2015 et ceux du 22 mars 2016 en Belgique, qui attestent du maintien à un niveau très élevé de la menace terroriste. Et il y a eu la conférence sur le climat, poursuit-il, bientôt la coupe d'Europe 2016 de football, des événements qui ont demandé et demandent « une forte mobilisation des forces de l’ordre ». « La préfecture de police avait le droit d’interdire la manifestation d’aujourd’hui, mais c’était disproportionné », argumente-t-il.

Sur les bancs du public, les militants, doctorant, adjoint pédagogique et enquêteur dans un institut de sondage, écoutent en silence. Ils ont la vingtaine ou la petite trentaine. Seuls deux d’entre eux prendront très brièvement la parole. Le tribunal n’est pas là pour les entendre, ni pour examiner la personnalité de chacun comme dans une audience correctionnelle, mais pour trancher une question de droit administratif, les décisions du préfet porte-t-elle « une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale » ? Oui pour l’écrasante majorité d’entre eux, a répondu la juge des référés en suspendant neuf des dix mesures dans la journée du Mardi 17 Mai 2016. « Le préfet de police ne produit aucun élément permettant de retenir qu'ils ont personnellement participé aux dégradations et aux violences » décrites dans les arrêtés.

« Troubles graves à l’ordre public »

Comme pour toutes les mesures prises sur le fondement de l’état d’urgence, les autorités s’appuient sur des notes blanches, ces documents sans en-tête ni signature, émis par les services de renseignement. Les dix militants sont ainsi décrits par la direction du renseignement de la préfecture de police de Paris comme proches du collectif Action Antifasciste Paris Banlieue ou du Mouvement Inter Luttes Indépendant (MILI) et « très actifs de la mouvance ultra-gauche ». Ils ont de plus été vus dans « des manifestations qui ont dégénéré en troubles graves à l’ordre public et notamment de violents affrontements avec les forces de l’ordre ». Ce qui fait bondir leur avocat, pour qui l’accusation tient du syllogisme, ils ont participé à des manifestations, ces manifestations ont connu des débordements, donc il y a un risque de débordement s’ils participent à la manifestation du Mardi 17 Mai 2016. Et ce, alors qu’aucun « élément individuel » n’est produit.

En catastrophe, le représentant du préfet Michel Cadot a tenté d’appeler la préfecture, pendant l’audience, pour fournir les procès-verbaux des interpellations alléguées mais démenties par les militants. Aucun n’arrivera. Une seule interdiction a été maintenue. L’intéressé aurait pris part à l’agression de deux militaires à la fin du mois de janvier 2016 à Paris. Affaire dans laquelle il n’a été ni entendu, ni poursuivi et encore moins condamné, précisent ses avocats.

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18 mai 2016 3 18 /05 /mai /2016 20:03

Manifestation contre la loi travail interdite à Nantes (Reuters)

Le préfet de Loire-Atlantique a interdit pour la première fois une manifestation prévue Jeudi 19 Mai 2016 à Nantes contre la loi travail, alors que les heurts entre casseurs et forces de l'ordre se multiplient dans la ville depuis le début de la contestation.

« Cette manifestation n'est pas organisée par un mouvement politique, associatif ou syndical », indique le préfet dans un communiqué publié Mercredi 18 Mai 2016.

« Plusieurs manifestations ont été organisées dans les mêmes conditions ces dernières semaines et ont systématiquement donné lieu à des agressions intolérables contre les forces de l'ordre et à des dégradations inacceptables de biens publics et privés », poursuit-il.

Depuis la première manifestation, le Mercredi 9 Mars 2016, cent quatre vingt interpellations ont été recensées à Nantes et soixante et onze policiers ont été blessés par des jets de projectiles, selon un décompte établi par la direction départementale de la sécurité publique de la Loire-Atlantique.

Un commandant de police a notamment été roué de coups et blessé à la tête par des manifestants qui lui avaient enlevé son casque.

Dix-sept personnes ont par ailleurs fait l'objet d'un arrêté d'interdiction de séjour dans le centre-ville, précise la préfecture. Si elles venaient à ne pas le respecter, elles s'exposeraient à six mois d'emprisonnement et sept mille cinq cent euros d'amende.

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17 mai 2016 2 17 /05 /mai /2016 20:02

http://www.lexpress.fr/actualite/societe/loi-travail-des-matraques-pour-le-service-d-ordre-de-la-cgt-et-fo-a-paris_1792947.html

Des matraques pour le service d'ordre de la Confédération Générale du Travail (CGT) et de la CGT Force Ouvrière à Paris

Par Iris Péron

Plusieurs journalistes ont photographié des membres des services d'ordre de la CGT et de la CGT Force Ouvrière avec des matraques au sein du cortège parisien du Mardi 17 Mai 2016. Les syndicats ne confirment pas.

Un brassard rouge syndical sur le bras et une matraque dans la main. Mardi 17 Mai 2016, de nombreuses photographies du cortège parisien contre la loi travail publiées sur les réseaux sociaux montraient des personnes a priori membres du service d'ordre de la CGT ou de la CGT Force Ouvrière armés de battes en bois.

Un journaliste de l’Express fait notamment état de manches de pioches et de matraques.

« Le service d'ordre de la CGT est armé comme la police. Ils ont des battes de baseball, des matraques télescopiques, des bombes lacrymogènes et des gants coqués », indique le journaliste Noman, dans une vidéo postée sur Periscope.

Hugo Gausserand était lui aussi présent dans le cortège. Le journaliste dit avoir vu « pas mal de battes de baseball et des matraques téléscopiques que les syndicalistes rangeaient dans leurs manteaux ».

A la fin de la manifestation, il a pu photographier l'intérieur du camion du service d'ordre de la CGT. « Je me suis faufilé derrière le camion pendant qu'ils rangeaient leurs armes », a-t-il indiqué à l’Express. « J'ai pris une photographie et, là, un membre du service d'ordre m'a vu et a été très menaçant. Un de ses collègues lui a fait signe de se calmer », raconte-t-il.

« L'un des syndicalistes ne savait pas quoi faire de sa batte et son collègue lui a dit de la garder pour jeudi », relate-t-il aussi. Une réponse qui laisse sous-entendre que le service d'ordre de la CGT pourrait être aussi armé lors du rassemblement prévu Jeudi 19 Mai 2016 à Paris, à l'appel de l'intersyndicale.

La chargée de l'organisation de la CGT Force Ouvrière nous a indiqué que le service d'ordre du syndicat est « sous-traité par les sections départementales ». Mais l’union départementale de Paris de la CGT Force Ouvrière n'a pas répondu à nos sollicitations, Mardi 17 Mai 2016, pour expliquer ce port inédit de matraque.

Armer le service d'ordre ? « Non, la violence appelle la violence »

La CGT, de son côté, ne compte pas se prononcer sur ces accusations, tant qu'elle ne sera pas certaine que les membres photographiés avec cet attirail font effectivement partie de son service d'ordre. Un membre dirigeant du syndicat a néanmoins affirmé à l’Express que la CGT a « demandé une plus grande présence du service d'ordre », Mardi 17 Avril 2016. Lors des manifestations du Jeudi 12 Mai 2016 à Paris, « vingt membres du service d'ordre ont été blessés », rappelle-t-il.

Ce jour-là, notre journaliste sur place avait aperçu des syndicalistes munis de matraques téléscopiques, mais pas de battes en bois, comme ce Mardi 17 Mai 2016. « Cette journée du Jeudi 12 Mai 2016 a été exceptionnelle au niveau de la violence », indique le membre de la CGT que nous avons contacté. De là à armer le service d'ordre ? « Non, la violence appelle la violence, mais faut-il encore que l'on soit sûrs qu'il s'agisse de militants de la CGT », répond ce syndicaliste.

Au sein du cortège, Mardi 17 Mai 2016, des militants de la CGT ont indiqué à l’Express leur incompréhension concernant ce service d'ordre armé. Les syndicalistes interrogés ont dit ne pas comprendre d'où pouvaient venir les directives reçues par ces militants. Mais ils ont affirmé se douter qu'il s'agissait d'une réponse aux violences du Jeudi 12 Mai 2016. Mardi 17 Mai 2016, la CGT a publié un communiqué à propos des mobilisations du jour, dans lequel elle « tient à saluer le sérieux avec lequel les services d'ordre des organisations syndicales ont assuré la sécurité des manifestants alors même que cela relève du rôle de l'état ».

Le syndicat a déjà suscité la colère des forces de l'ordre en diffusant dernièrement deux affiches sanglantes, dénonçant les violences policières au sein des dernières manifestations contre la loi travail.

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17 mai 2016 2 17 /05 /mai /2016 19:45

http://www.liberation.fr/france/2016/05/17/a-paris-mobilisation-tendue-contre-la-loi-travail_1453260

A Paris, mobilisation tendue contre la loi travail

Par Amélie Quentel

La manifestation parisienne organisée par sept syndicats a été une nouvelle fois marquée par des violences, reléguant au second plan l'objet principal du défilé, le retrait de la loi travail.

Voltuan regarde le plan à la sortie du métro la Tour-Maubourg, à Paris. Il souhaite se rendre à la manifestation contre la loi travail, mais la station Ecole Militaire, d’où part le mouvement, est fermée par les forces de l’ordre. Alors, il faut un peu marcher pour rejoindre les différents syndicats, la Confédération Générale du Travail (CGT), la CGT Force Ouvrière, l'Union Syndicale Solidaire (USS), la Fédération Syndicale Unitaire (FSU), l'Union Nationale des Etudiants de France (UNEF), l'Union Nationale Lycéenne (UNL) et la Fédération Indépendante et Démocratique Lycéenne (FIDL), à l’origine de la mobilisation. Pas grave, « il ne faut rien lâcher. Je reste optimiste ». Cet activiste, régulièrement présent dans les rassemblements de la Nuit Debout parisienne et dans les cortèges avec ses panneaux géants dénonçant l’austérité, la financiarisation de la société ou encore la précarité des salariés, a préféré ne pas prendre de sac à dos, « la flemme de le montrer plein de fois ». Une fouille systématique, effectuée par les forces de l’ordre, a en effet lieu aux abords du périmètre de la manifestation. La sécurité a été renforcée depuis les nombreux débordements qui ont eu lieu, lors de précédents rassemblements.

Pourtant, Mardi 17 Mai 2016, peu avant 14 heures, l’ambiance est détendue. Il fait beau, les buvettes et stands de nourriture font envie, la chanson Mamma Mia du groupe Abba résonne à pleines balles, les ballons colorés des syndicats, eux, côtoient la Tour Eiffel dans le ciel et c’est plutôt joli.

Philippe Martinez, secrétaire général de la CGT, est à l’avant du cortège. Il ne veut pas non plus baisser les bras, « le calendrier législatif nous laissant encore un mois et demi pour obtenir le retrait du projet de loi travail ». L’exemple de la loi sur le Contrat Première Embauche (CPE), adoptée puis retirée en 2006, est sur ses lèvres et sur toutes les autres. Les gens y croient, « pourquoi venir, sinon », dit pragmatiquement un manifestant.

Selon la préfecture de police, ils sont entre onze mille et douze mille à s’être déplacés, cinquante cinq mille selon la CGT, pour cette sixième journée de mobilisation contre le projet de loi adopté en première lecture à l'assemblée nationale grâce au recours au troisième alinéa du quarante neuvième article de la constitution. C’est à peu près équivalent aux chiffres de la dernière manifestation. Les slogans démarrent en même temps que le cortège, dont le terminus se trouve place Denfert-Rochereau. « Résistance », « tous ensemble grève générale », « retrait de la loi travail ».

Mais, très vite, leurs voix deviennent inaudibles pour quiconque se trouve à l’avant de la manifestation. Car devant, non loin des services d’ordre des syndicats et des Compagnies Républicaines de Sécurité (CRS), ce sont plutôt des paroles anti-forces de l’ordre qui fusent.

« Services d'ordre collaborateurs », « flics, services d'ordre, même combat ». Ils sont certes minoritaires, mais semblent agacer les personnes concernées par leurs propos. L’ambiance est de plus en plus tendue. Un CRS invective une femme, les services d'ordre enfilent leurs casques de protection. Le souvenir des dernières manifestations, où des syndicalistes se sont fait agresser, est toujours prégnant. « C’est la première fois, en dix huit ans de manifestations en tant que service d'ordre, que j’en porte un, explique un membre de la CGT Force Ouvrière. Mais je préfère avoir l’air con que de me taper un traumatisme crânien ». Pour certains manifestants, ce geste de protection préventif est de la provocation. Certains accusent même les services d'ordre d’avoir précédemment usé de violences sur eux, « en aidant la police à virer des gens ». Pour une membre de la CGT Force Ouvrière, c’est plutôt ceux qui s'en prennent à la police qui attisent les tensions, assurant que leur rôle « est justement de permettre au cortège d’avancer en sécurité ».

Plus loin dans le cortège, les slogans contre la loi continuent. A l’avant, un groupe de personnes, habillées intégralement de noir, se couvre spontanément le visage avec des écharpes et des lunettes de piscine.

La plupart des journalistes portent, à l’image des forces de l’ordre, des casques. Cela va dégénérer, tout le monde le sait et le sent et cela ne manque pas, peu avant 16 heures, de premiers débordements éclatent.

Un projectile explosif, vraisemblablement une bombe incendiaire, est lancé par des manifestants sur des CRS, postés devant le restaurant de la Rotonde, à l’angle du boulevard Raspail. Un incendie et une première rixe éclatent. Bientôt, le ciel devient gris et émaillé, quelques instants, de grenades lacrymogènes. Elles explosent au sol, les gens courent partout. « Retrait de la loi travail », continue de scander le cortège. Plus personne ne les écoute trop. « Demain, à cause de ces gens-là, la presse ne parlera que de cela au lieu du contenu de la loi », déplore, l’air fatigué, un manifestant.

La décrédibilisation de la mobilisation est justement ce que craignent les syndicats. Pour des membres de la CGT, c’est le ministère de l'intérieur lui-même qui laisse sciemment intervenir les casseurs « en vue de faire peur à l’opinion publique et ainsi faire que les manifestations attire moins de monde ». Georges Bruet, responsable des luttes sociales dans le Val-d'Oise pour le Parti de Gauche, raconte même que des CRS recevraient des ordres bien précis, « certains nous ont raconté qu’ils reçoivent des consignes leur demandant d’intervenir à 20 heures lors des rassemblements, pile au moment où ont lieu les journaux télévisés ». Un membre du service d'ordre de la CGT va même plus loin, estimant que « des flics en civil intègrent les groupes de casseurs et mettent le feu aux poudres ».

Flics ou pas flics, les débordements reprennent peu avant 16 heures 15. Des manifestants quittent le cortège principal et empruntent une petite rue qui, de l’avis de l’un d’eux, mènerait « vers Matignon ». Ils sont vite ramenés vers la foule, évacués par des gaz lacrymogènes de CRS. Au passage, deux d’entre eux embarquent des chaises posées sur la terrasse d’un restaurant. Ils les cassent méthodiquement pour s’en faire des bâtons. Une poubelle prend feu et des vitrines sont cassées, les CRS n’hésitent pas à bousculer les journalistes s’approchant trop près.

Un vieux monsieur, qui assure avoir participé au mouvement de mai 1968, traite les manifestants belliqueux de « gros cons ». Les yeux pleurent, les gorges grattent et les corps souffrent, un jeune homme, à terre, a reçu des éclats de bombe de désencerclement. De nombreux manifestants sortent de leurs sacs du sérum pour les yeux comme si, las, ils avaient prévu un tel scénario.

L’arrivée place Denfert-Rochereau, fin de l’itinéraire, est quelque peu confuse. Les services d'ordre sortent leurs matraques, ressemblant fortement à des battes de baseball. « Nous ne nous laissons plus faire », assure l’un d’eux. Les grenades lacrymogènes continuent de pleuvoir, dans une tentative de disperser la foule et, a fortiori, d’arrêter la manifestation. Douze personnes auraient été interpellées. Voltuan, lui, est calme et toujours là. Il a l’air un peu abattu, « c'est vraiment dommage ». Sa pancarte, il ne la tient plus très haut.

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16 mai 2016 1 16 /05 /mai /2016 15:26

NUIT DEBOUT FORCES ET FAIBLESSES

Vous trouverez ci-dessous la dernière partie d’une très longue interview de Stathis Kouvelakis relative à l’actuelle situation politique française.

L’interview est disponible en totalité si vous consultez le site www.revolutionpermanente.fr à l’adresse ci-dessous.

Bernard Fischer

http://www.revolutionpermanente.fr/Un-tournant-majeur-dans-la-situation-politique-francaise-Entretien-avec-Stathis-Kouvelakis

Un tournant majeur dans la situation politique française

Interview de Stathis Kouvélakis

Question. Tu avais un des premiers à faire le constat, mi-novembre 2015, de la mort du Front De Gauche (FDG). Même si actuellement la mobilisation est loin d’être terminée, un second round étant en cours, tout cela aura des impacts sur la recomposition de la gauche de la gauche, de la gauche radicale et de l’extrême-gauche. Quels sont les scénarios et les hypothèses possibles, comment tu vois les choses, en lien notamment avec les élections présidentielles de 2017 et l’état actuel du gouvernement ?

Réponse. Le paysage de la gauche radicale et anticapitaliste en France est très problématique, du fait de l’échec des deux principaux paris qui se sont joués au cours de la période récente. Le premier est celui du Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA), le projet lancé par la Ligue Communiste Révolutionnaire (LCR), qui avait été la force politique motrice de la gauche radicale dans les années 2000, grâce notamment aux deux campagnes d’Olivier Besancenot et à ce qui s’était cristallisé autour à ce moment-là. Le second échec est effectivement celui du FDG, qui n’a jamais réussi à être autre chose qu’un cartel d’organisations et une alliance électorale au sommet. Il n’a jamais pu se construire en tant que véritable outil d’intervention dans les mobilisations et dans les luttes, permettre une véritable recomposition politique et œuvrer à la reconstruction d’un espace politique. A mon sens, le FDG était déjà moribond avant les attentats du mois de novembre 2015, les élections municipales et régionales avaient déjà révélé la persévérance du Parti Communiste Français (PCF) dans son rôle de force d’appoint du Parti Socialiste. Mais le coup de grâce, à mon sens, symboliquement, a été le vote de l’état d’urgence par la totalité des députés du PCF à l’assemblée nationale et leur participation à cette farce d’union nationale qui s’est mise en place à ce moment-là.

Il est trop tôt pour dire quelle est la tournure que les choses vont prendre, mais il y a en revanche une chose dont nous pouvons être certain, le mouvement social en cours signale un véritable tournant, dont l’impact sur le champ politique sera majeur. C’est une leçon que nous pouvons tirer de tous les mouvements comparables qui ont eu lieu ailleurs. Même dans le cas le plus défavorable, celui des Etats-Unis, où Occupy apparaissait comme quelque chose d’assez limité, dominé par une logique assez anti-politique, ou libertaire, dans un pays où il n’y a pas d’expression politique autonome du mouvement ouvrier et où il n’y en a jamais vraiment eu en réalité à une échelle significative, même là nous avons vu un impact, tout à fait important pour les normes des Etats Unis, avec la campagne de Bernie Sanders. Quant au sud de l’Europe, nous savons qu’il a donné lieu à des bouleversements politiques tout à fait majeurs. Mais ceux-ci ne surviennent pas de façon spontanée, il y a des acteurs qui prennent des initiatives et qui, dans une situation donnée, peuvent donner des résultats qui n’étaient pas envisageables antérieurement, s’inscrivant dans des possibilités qui n’existaient pas auparavant.

En France, maintenant, la situation ouvre des possibilités. D’une part, parce que le Parti Socialiste est extrêmement affaibli, ce mouvement contre la loi travail signe à mon avis la rupture définitive entre le Parti Socialiste et ce qui lui restait de soutien et de base sociale. Il est probable que nous assistons maintenant, mais seulement maintenant, à quelque chose comme une pasokisation du Parti Socialiste ou, en tous cas, à des phénomènes de décomposition, dont nous ne voyons pas comment le Parti Socialiste pourrait se sortir. Il en découle que les forces de la gauche qui se veulent antagonistes au Parti Socialiste sont à l’heure actuelle face à un défi majeur. Ces forces bien sûr existent à l’extrême-gauche, à condition de sortir de logiques sectaires ou groupusculaires. Elles existent aussi dans certaines des mouvances ou composantes du désormais défunt FDG, à condition toutefois qu’elles rompent avec toute logique subalterne par rapport au Parti Socialiste et au pouvoir, qu’elles comprennent ce qui est en train de se passer dans la rue et dans les mobilisations, et qu’elles se mettent à réfléchir sérieusement sur une alternative.

Je crois aussi, à un niveau plus programmatique, que c’est cela le défi auquel nous sommes confrontés à l’heure actuelle, nous ne pouvons pas nous satisfaire d’une plateforme antilibérale, avec des objectifs minimaux, et en réalité de nature para syndicale. Ce qu’il faut, c’est une véritable alternative politique qui pointe les verrous et les nœuds de la situation actuelle et de la stratégie de l’adversaire. Cela veut dire par exemple qu’il faut absolument viser la fin du présidentialisme et de la cinquième république, mais aussi de l’Union Européenne, qui est la véritable machine de guerre du capital à l’échelle du continent. Sans rupture avec l’Union Européenne, nous n’arriverons à aucune solution, le désastre de Syriza en Grèce l’a démontré de façon définitive. Cette perspective implique aussi une véritable vision de reconstruction des rapports sociaux, dans une logique libérée de l’emprise du capital et réaliste, qui s’appuie sur des revendications transitoires, mais déterminée. Nous ne sommes plus du tout à une étape où la défense et l’extension des services publics seraient suffisantes. Ce n’est pas du tout à la hauteur de ce qui est en train de se passer et des formes de la contestation, justement, qui ont émergé dans les secteurs les plus avancés du mouvement, mais aussi des formes sous lesquelles le capital a étendu de façon spectaculaire son emprise sur l’ensemble des rapports sociaux.

Question. Sur le terrain de cette alternative, il y a deux grosses expériences des dernières années qui sont symptomatiques des grands dangers qu’il y a à s’appuyer sur des mobilisations populaires, pour en produire une cristallisation ou un débouché politique, sans tirer certaines leçons d’expériences antérieures et tomber à une vitesse extrêmement rapide dans des travers tout à fait anticipables. Podemos dans sa spécificité et ce qu’est devenu son appareil politique dans la dernière période et, bien sûr, l’expérience, que tu connais de près, de Syriza, de sa capitulation et de l’échec de son projet politique, échec qui a été aussi rapide que l’espoir initial était intense. Il y a un enjeu vital à tirer un bilan complet de leurs logiques, notre but ne saurait être de reproduire le même genre d’illusions stratégiques pour une nouvelle fois aller droit dans le mur. Quels sont à tes yeux les anticorps sur lesquels il faudrait mettre l’accent ?

Réponse. Je tire, pour ma part, une triple leçon de l’échec de Syriza. La première, la plus évidente, est que toute politique à l’heure actuelle, même modestement antilibérale, a fortiori anticapitaliste, qui refuse la rupture avec l’Union Européenne, et ne se donne pas les moyens de mener cette rupture à bout, est condamnée à l’échec. Cette rupture n’est en rien synonyme de « repli national », comme s’obstinent à le répéter certains, car s’il n’y a pas une brèche qui s’ouvre quelque part, dans l’un des maillons de la chaîne, il ne pourra pas y avoir d’expansion et de perspective d’internationalisation de cette rupture. La seconde est que des stratégies purement parlementaires sont insuffisantes et ne peuvent, de même, que conduire à l’échec. Syriza, à partir de 2012, avant même d’accéder au pouvoir, a infléchi son approche et ses pratiques dans le sens d’une perspective purement parlementaire, et non d’une perspective marchant sur deux pieds, à la fois par l’impulsion de mobilisations faisant monter en intensité le niveau de confrontation sociale, et en obtenant des victoires électorales permettant de conquérir le pouvoir gouvernemental. En fait, accéder au gouvernement n’a de sens que si cela permet d’aller plus loin dans cette confrontation, en ayant en main quelques leviers essentiels pour approfondir la crise politique et ouvrir de nouveaux espaces à cette mobilisation populaire. Jean Luc Mélenchon de ce point de vue-là, avec sa « révolution citoyenne » qui s’opère uniquement par les urnes, est en décalage complet non seulement par rapport à certaines leçons théoriques fondamentales du passé, mais aussi par rapport à des situation très récentes.

Question. Une lubie très classique chez les forces réformistes.

Réponse. Oui, une lubie très classique mais qui révèle dans le cas de Jean Luc Mélenchon une approche très superficielle des expériences mêmes auxquelles il se réfère, à l’appui de sa « révolution citoyenne », notamment en Amérique Latine, là où des forces anti libérales, ou progressistes, ont pu obtenir des victoires électorales successives. Certes, il y a bien eu ces victoires dans les urnes mais, dans tous les cas, pour y parvenir, des luttes populaires parfois insurrectionnelles ont été nécessaires, ne serait-ce que pour donner ces résultats limités. Au Venezuela, c’est le Caracazo de 1989, et ses centaines de morts, qui ont rendu possible l’expérience chaviste et, de même, en Bolivie, il a fallu une véritable insurrection populaire, avec des morts, pour qu’Evo Morales, avec toutes les limites que cette expérience peut avoir, parvienne au pouvoir.

La troisième conclusion que je tire concerne la forme parti à proprement parler. Ce à quoi j’ai assisté dans Syriza, et on assiste à quelque chose de parfaitement similaire avec Podemos, c’est qu’avant même d’accéder au pouvoir gouvernemental et aux fauteuils ministériels, à partir du moment est apparue la perspective de gagner un scrutin ou de connaître une forte poussée électorale, ces partis ont connu un processus d’étatisation « en amont ». Nicos Poulantzas avait là encore très bien vu cette possibilité dans ses derniers textes, lorsqu’il disait que cette étatisation était le principal risque d’une stratégie de guerre de positions et de conquête du pouvoir d’état, à travers justement ce binôme de mouvements sociaux et de majorité électorale.

Cette étatisation s’exprime concrètement par le fait que dans ces partis deviennent de plus en plus centralisés, la direction s’autonomise par rapport à la base et les militants pèsent de moins en moins dans le processus concret de prise de décision. La manière dont ces partis se conçoivent est de plus en plus celle d’appareils de gestion du pouvoir et non pas de production d’une politique de masse en en interaction avec les mouvements sociaux et les mobilisations populaires. Nous avons vu ces tendances à l’œuvre à l’intérieur de Syriza tout particulièrement à partir de 2012. Cela, ne veut pas dire qu’elles n’existaient pas auparavant, mais elles ont pris une ampleur tout à fait nouvelle à partir de ce moment-là, quand Syriza s’est trouvé aux portes du pouvoir gouvernemental. Et dans le cas de Podemos c’est encore plus rapide. Sans doute parce que Podemos ne vient pas d’un processus de recomposition du mouvement ouvrier et qu’il s’appuie sur des structures organisationnelles beaucoup plus faibles, donc d’autant plus sujettes à cette tendance à l’étatisation. Pour la contrer, il faut expérimenter des formes organisationnelles et politiques qui permettraient, non pas d’abolir par un coup de baguette magique ces tendances, qui à mon sens sont absolument inhérentes aux conditions mêmes du champ politique tel qu’il existe dans nos pays, mais qui permettraient de les contenir et d’empêcher qu’elles ne prédominent.

Question. Cette logique d’étatisation préventive est notamment alimentée par, mais elle en est aussi une facette, une faiblesse qui est le manque d’enracinement de ce genre de recompositions politiques dans un ensemble d’anticorps, politiques évidemment mais aussi en particulier, au-delà de simples périodes de mobilisation, dans le principal levier capable de faire contre-pouvoir à ces logiques de dilution, qui est une base sociale, une base de classe beaucoup plus massive. L’une des leçons que nous pouvons tirer de cette dernière période, c’est que l’un des enjeux d’une alternative est justement de ne pas mettre sur le mettre plan, comme s’ils avaient la même importance, la logique d’intervention au plan des cristallisations politiques et l’enracinement dans la classe ouvrière, dans toute sa complexité. Sur le court terme c’est peut-être moins « efficace » en termes de « débouché » mais, sur la durée, cela semble être un anticorps vital pour éviter de tomber dans le même genre de raccourcis et donc d’échec.

Réponse. Je suis d’accord jusqu’à un certain point avec cette analyse car elle pointe l’une des faiblesses de ces constructions politiques de type Syriza ou Podemos, qui est leur implantation limitée, voire inexistante dans le cas de Podemos, dans la classe et le mouvement ouvrier. Mais le problème reste pour moi un problème de pratiques politiques, de formes d’organisation et de stratégie, et pas seulement d’implantation sociologique.

Question. C’est évident, la question n’est pas seulement d’être implanté dans la classe ouvrière, mais de savoir quelle politique nous y défendons.

Réponse. En effet, car ces processus d’étatisation « en amont » ont existé dans les années 1970 dans des partis communistes, là où la question de l’accès au pouvoir gouvernemental par la voie électorale s’est posée, c’est-à-dire en France et en Italie. Et là nous avions des partis avec des implantations tout à fait massives, c’était des partis hégémoniques au sein du mouvement ouvrier. Ce qui n’a pas du tout empêché le PCF avec le programme commun et le Parti Communiste Italien (PCI) au cours de la période dite du compromis historique, de se couler dans le moule de cette étatisation. Ce sont ces réalités que Nicos Poulantzas avait d’ailleurs soulevées quand il développait ses analyses, conscient du risque que les partis communistes suivent dans une large mesure, dans leur matérialité même, l’évolution des partis sociaux démocrates et ouvriers de la période antérieure.

Je crois qu’il faut concevoir le terrain de la construction organisationnelle et partidaire, comme un champ d’expérimentation mais aussi bien sûr comme un champ de confrontation et de lutte pour que des formes politiques nouvelles puissent apparaître. Celles-ci ne pourront à mon sens, je le répète, abolir ces tendances, qui sont tout à fait structurelles. n’importe quelle construction politique de masse qui opère à l’intérieur du cadre d’un champ politique qui reste structuré par le champ électoral, des rapports de représentation et des institutions parlementaires, se trouvera confrontée à des problèmes, donc à des tendances, de ce type.

Mais je suis d’accord pour parler d’anticorps, je crois que c’est là-dessus qu’il faut travailler, en termes d’approches stratégiques, de formes organisationnelles et d’enracinement profond dans la société, la classe ouvrière et les groupes sociaux subalternes tels qu’ils sont aujourd’hui et non pas tels qu’ils ont été structurés dans le passé.

Question. Nous sommes d’accord sur l’ampleur du débat qu’il y a à mener et nous ne manquerons pas d’occasions et de motifs pour le reprendre plus avant dans la période à venir. Mais dans l’immédiat et pour conclure cet entretien, une dernière chose, suite à une de ses premières interventions dans le mouvement des Nuits Debout, Frédéric Lordon avait été questionné par quelqu’un lui demandant s’il était un révolutionnaire ou un réformiste et il avait répondu, en résumé, que la question n’était pas pertinente. Comment toi tu répondrais à cette question ?

Réponse. Je crois que c’est une question qui a du sens, bien sûr, mais il faut s’entendre sur ce qu’on entend, en l’occurrence, par le mot réformiste. Dans le contexte actuel, ce n’est pas seulement la perspective révolutionnaire qui apparaît comme défaite, en termes historiques, après l’effondrement de l’union soviétique et la fin de ce que nous avons appelé le court vingtième siècle, c’est aussi la stratégie réformiste. Les partis sociaux démocrates à l’heure actuelle sont des partis sociaux libéraux qui gèrent le néo libéralisme et ne proposent nullement un véritable compromis social, certes dans le cadre du capitalisme, mais avec des acquis et des avancées, en faveur du monde du travail tel que cela a pu être le cas au cours des trois ou quatre décennies après la seconde guerre mondiale. Le réformisme aussi est en crise à l’heure actuelle.

Je crois toutefois qu’il faut aller plus loin, en réalité, j’inverserais le mode traditionnel de formulation du problème. Je crois que pour qu’il y ait du réformisme, et il y aura toujours du réformisme dans le système capitaliste, il y aura toujours des fractions, et même des courants organisés et des groupes subalternes, qui croiront en la possibilité d’améliorer les choses dans le cadre du système, il faut qu’il y ait également une perspective révolutionnaire crédible. Je crois en d’autres termes que la perspective réformiste est une perspective dérivée de l’existence d’une perspective révolutionnaire. C’est parce qu’il y a eu pour toute une période historique, comme possibilité concrète, à l’échelle mondiale, la vision d’un avenir post-capitaliste, d’une perspective de renversement du système fondée sur le rapport de forces issu de la victoire de l’octobre russe et des révolutions anticoloniales, qu’il y avait un réformisme qui disait que sans aller jusque-là, nous pouvons néanmoins obtenir un certain nombre de choses sans bouleverser le système. Aujourd’hui, nous sommes dans une situation où, comme l’a dit Fredric Jameson, « il est plus facile d’imaginer la fin du monde que la fin du capitalisme ». C’est devenu le « sens commun » de notre époque et c’est cela, en fin de compte, qui bouche en même temps, plus exactement, qui rend impensable la fois la perspective révolutionnaire, mais aussi une véritable perspective réformiste. Ce qu’il faut aujourd’hui, ce sont de nouvelles expériences victorieuses pour les classes subalternes, qui vont permettre de poser, en termes concrets et effectifs, à la fois une hypothèse révolutionnaire et une hypothèse réformiste.

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16 mai 2016 1 16 /05 /mai /2016 14:36

Perturbations en vue avec des grèves contre la loi travail (Reuters)

Les organisations dénonçant la loi travail espèrent assister à un regain de mobilisation cette semaine, marquée par deux journées de manifestations et des appels à la grève lancés par plusieurs syndicats, notamment dans les transports.

Après le passage en force du gouvernement, qui a eu recours au troisième alinéa du quarante neuvième article de la constitution pour faire adopter le texte porté par la ministre du travail, Myriam el Khomri, la Confédération Générale du Travail (CGT), la CGT Force Ouvrière, la Fédération Syndicale Unitaire (FSU), l’Union Syndicale Solidaire (USS), l’Union Nationale des Etudiants de France (UNEF), l’Union Nationale Lycéenne (UNL) et la Fédération Indépendante et Démocratique Lycéenne (FIDL), prévoient deux nouvelles journées de grèves et de manifestations, Mardi 17 Mai et Jeudi 19 Mai 2016.

Même si la mobilisation a semblé s'essouffler dans la rue, Jeudi 12 Mai 2016, le secrétaire général de la CGT Force Ouvrière, Jean-Claude Mailly, s'est montré optimiste, Lundi 16 Mai 2016. « Moi, je pense qu'effectivement il y a encore une capacité non seulement à mobiliser mais à faire bouger le gouvernement », a-t-il déclaré sur Radio Télévision Luxembourg (RTL).

Interrogé sur l'intention de la CGT et de la CGT Force Ouvrière de paralyser le pays par le biais des préavis de grève lancés dans différents secteurs, il a précisé que « nous voudrions surtout que le gouvernement ouvre les oreilles et les yeux ».

Les chauffeurs routiers devraient donner le coup d'envoi dans la nuit du Lundi 16 Mai au Mardi 17 Mai 2016, les fédérations du transport de la CGT, de la CGT Force Ouvrière et de l’USS ayant appelé à une grève reconductible Lundi 16 Mai 2016 à compter de 22 heures. La mobilisation débutera également Lundi 16 Mai 2016 à la Régie Autonome des Transports Parisiens (RATP), où le préavis de grève déposé par la CGT court du Lundi 16 Mai 2016 à 22 heures au Mercredi 18 Mai 2016 à 6 heures 40.

Les syndicats de cheminots, mobilisés par ailleurs pour peser sur les négociations en cours sur leurs conditions de travail, devraient venir gonfler les rangs de la contestation contre la loi travail à partir du Mardi 17 Mai 2016.

La fédération CGT des cheminots a déposé un préavis de grève illimité à compter de la soirée du Mardi 17 Mai 2016. L'organisation, majoritaire à la Société Nationale des Chemins de Fer (SNCF), précise que le mouvement couvrira chaque semaine la période courant du Mardi à 19 heures au Vendredi à 8 heures du matin.

La fédération du rail du Syndicat Unitaire et Démocratique (SUD), troisième syndicat à la SNCF, a de son côté déposé un préavis de grève débutant Mardi 17 Mai 2016 à 12 heures et courant jusqu'au Lundi 11 Juillet 2016 à 8 heures du matin, soit le lendemain de la finale du championnat d'Europe de football.

Le secteur aérien ne devrait pas être épargné, avec l'appel à la grève lancé pour Jeudi 19 Mai 2016 par l'Union Syndicale de l’Aviation Civile (USAC) de la CGT, premier syndicat de la Direction Générale de l’Aviation Civile (DGAC).

La fédération des syndicats CGT du pétrole a lancé un appel au blocage progressif des produits pétroliers entre le Mardi 17 Mai et le Jeudi 19 Mai 2016, avant la tenue Vendredi 20 Mai 2016 d'assemblées générales pour décider de l'éventualité d'une grève reconductible ou de la mise à l'arrêt des sites.

Selon un sondage de l’institut Brûlé Ville et Associés (BVA) publié Dimanche 15 Mai 2016, cinquante quatre pour cent des français soutiennent la mobilisation contre le projet de loi travail.

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16 mai 2016 1 16 /05 /mai /2016 14:12

http://www.liberation.fr/france/2016/05/15/en-espagne-nuit-debout-fait-un-bien-fou-aux-indignes_1452861

En Espagne, le mouvement des Nuits Debout fait un bien fou aux indignés

Par François Musseau, correspondant permanent de Libération à Madrid

Requinqués par le mouvement français, plusieurs milliers d'espagnols ont défilé Dimanche 15 Mai 2016 dans les rues de Madrid.

« Dormiamos y despertamos », « nous dormions et nous nous réveillâmes », dit cette banderole, en tête de cortège, Dimanche 15 Mai 2016 au bord de la fontaine de Cibeles. Au milieu d’une marée humaine, sous un beau soleil de fin de soirée, le message se réfère à l’événement survenu cinq ans plus tôt, jour pour jour, et qui avait bousculé l’Espagne, le 15 mai 2011, des dizaines de jeunes campaient sur la Puerta del Sol, le cœur névralgique de Madrid, synonyme d’un « réveil des consciences ». D’où ce « nous dormions et nous nous réveillâmes ».

La Puerta del Sol, c’est précisément la destination de cette marche de plusieurs milliers de personnes, autant d’indignés de tout bord qui, en fin de parcours, rejoindront des militants de Global Debout, la version internationale du mouvement des Nuits Debout. Une convergence perçue de façon positive par tous les manifestants. Le mouvement né place de la République, à Paris, aurait à leurs yeux une évidente parenté avec le le mouvement du 15 mai 2011 espagnol.

« A l’époque, il y a cinq ans, il y eut ici une sorte d’insurrection sociale, car nous avions pris conscience que nous étions dans les mains des politiques et des pouvoirs financiers et qu’il fallait réagir », dit Lourdes, quarante deux ans, infirmière, qui a été de toutes les mobilisations depuis. « Aujourd’hui, en France, on assiste aussi à une prise de conscience générale. C’est à applaudir ».

A quelques mètres de là, Angel, cinquante quatre ans, professeur de chimie, abonde dans le même sens, « la mobilisation de Global Debout nous fait un bien fou. Non seulement, la rue espagnole était retombée dans une sorte de léthargie ces derniers temps mais, surtout, j’ai espoir qu’avec ce nouveau mouvement, le combat devienne transnational contre la troïka, contre le Fonds Monétaire International (FMI) et contre les abus des multinationales et des grands organismes financiers. Or, c’est la seule façon de parvenir à des résultats. Nous, en Espagne, nous ne sommes pas parvenus à grand-chose ». En tête de manifestation, des portes paroles de divers collectifs portent une banderole, avec une inscription, « un autre monde est possible ».

Podemos, résumé réducteur ?

Une ligne de fracture sépare toutefois ces milliers de manifestants, hissant drapeaux républicains ou palestiniens et portant pancartes en faveur des réfugiés, de l’école ou de la santé publique. Une petite majorité estime ainsi que, cinq ans après, le mouvement du 15 mai 2011 a porté ses fruits, avec la création du parti Podemos. Celui-ci a obtenu soixante neuf sièges aux élections législatives du Dimanche 20 Décembre 2015 et pourrait, selon les sondages et en alliance avec Izquierda Unida, emporter les prochaines élections législatives du Dimanche 26 Juin 2016. « Notre espérance, c’est la victoire de Pablo Iglesias », affirme Pedro Antonio, trente trois ans, électricien au chômage, venu en famille. « Lui seul, une fois élu, peut affronter les grands pouvoirs ».

Une autre partie, assez importante, pense à l’inverse que Podemos est un résumé réducteur et en partie trompeur du mouvement du 15 mai 2011. Yolanda, quarante sept ans, employée de banque, estime que les formations politiques issues du mouvement social et entrées dans les institutions, les mairies, les régions et le parlement national, ont renoncé aux promesses populaires d’il y a cinq ans. « Aujourd’hui, Pablo Iglesias et consorts ne parlent plus du non-remboursement de la dette, de la priorité aux logements sociaux et de la défense des gens expulsés de leur maison. Or c’est cela l’esprit du mouvement du 15 mai 2011. Il faut que la rue retrouve sa force et qu’elle oblige à remettre tous ces thèmes à l’ordre du jour ». De quoi laisser de la place à un nouveau mouvement social.

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16 mai 2016 1 16 /05 /mai /2016 13:54

http://www.communisteslibertairescgt.org/Affrontements-du-12-mai-a-Paris-Un-mauvais-remake-un-mauvais-coup.html

Affrontements du Jeudi 12 Mai 2016 à Paris, un mauvais remake et un mauvais coup.

Dans les années 1970 à Paris, obnubilée par la lutte contre « les gauchistes », la Confédération Générale du Travail (CGT) avait donné des consignes très dures à son service d'ordre. Encore faut-il préciser qu’alors les affrontements de rue n’opposaient pas seulement les « révolutionnaires contre les staliniens » mais qu’entre groupes d’extrême-gauche les bagarres étaient aussi fréquentes qu’hyper-violentes.

La mouvance « autonome » pour sa part culminera à la fin des années 1970 et prendra pour cible tout aussi bien la CGT que les organisations révolutionnaires. En ces temps là, la mouvance autonome pouvait aligner mille militants. Les manifestations du premier mai attiraient régulièrement cent mille manifestants et le service d'ordre de la CGT regroupait plusieurs centaines de militants.

Et puis divers armistices furent tacitement conclus. Parfois officiellement comme entre la Ligue Communiste Révolutionnaire (LCR) et la CGT par exemple. Puis les grandes usines ont fermées les unes après les autres. Et puis les organisations révolutionnaires ont reflué, le nombre de manifestants aussi tout comme les organisations traditionnelles du mouvement ouvrier. Mis à part deux ans de tension récurrente entre la CGT et la Confédération Nationale du Travail (CNT) autour des années 2 000, les bagarres entre les services d'ordre avaient quasi disparues. Au pire quelques accrochages ont pu se produire mais rien de comparable à la période précédente.

Au moins depuis les manifestations contre le Contrat Première Embauche (CPE), le service d'ordre de l'union régionale de l'Ile-de-France de la CGT a des consignes très claires, son rôle est de protéger la manifestation et de l’amener à bon port. Mais pas de faire la police. Contrairement à l’époque précédente, la CGT n’a plus l’ambition, ni vraiment les moyens, de régenter toute la rue. Libre donc à celles et ceux qui ont d’autres stratégies de rue d’aller s’expliquer avec la police tant que cela ne met pas la manifestation en danger.

Ce compromis, tacite, qui se rapproche de la diversité des tactiques imaginée par le mouvement altermondialiste, est reconduit depuis une décennie. Rappelons tout de même que la diversité des tactiques repose sur un partage des espaces pour que chaque groupe puisse évoluer sans mettre en difficulté les autres. Les violences à l’arrivée sur la place Vauban Jeudi 12 Mai 2016 risquent de briser ce compromis. Un groupe de militants autonomes a cru intelligent de rejouer la guerre des années 1970. Mais comme chaque fois que l’histoire se répète c’est en farce sinon en tragédie. Une centaine de militants entraînant des gamins qui croyaient se « faire des collaborateurs » s’en sont pris très violemment, place Vauban, au groupe du service d'ordre du carré de tête. Un groupe d’une trentaine de militants, pour l’essentiel des ouvriers d’imprimerie.

Toute la manifestation durant, le service d'ordre est resté de marbre face aux insultes « service d'ordre collaborateur », refusant y compris de tomber dans l’engrenage bien que des manifestants l’interpellaient à l’inverse pour aller « faire le ménage ». C’est donc sans aucune raison compréhensible que des autonomes ont attaqué le service d'ordre, n’hésitant pas à lancer des pavés sur des têtes nues, provoquant cinq blessés graves. Face au déluge, le service d'ordre a alors chargé à trois reprises pour tenter de se dégager avant d’être contraint de se replier en ployant sous le nombre et faute d’équipement suffisant. En effet, la direction du service d'ordre, s’en tenant aux principes énoncés, n’avait pas prévu un affrontement de cette nature.

Une « explication » plausible à cette brutale agression serait de penser que des militants autonomes ont pris pour argent comptant le communiqué de la préfecture de police qui laissait croire à un travail « commun » entre les services d'ordre et les flics. Mais peuvent-ils être aussi naïfs ? Le témoignage des camarades de l'Union Syndicale Solidaire (USS) présents en préfecture lors du dépôt du parcours rend justice de cette allégation.

L’autre explication, plus politique, est d’imaginer que ces militants autonomes estiment que le service d'ordre empêche par la force les manifestants syndicalistes de rejoindre l’insurrection en cours. Il ne s’agit plus là de naïveté mais d’erreur politique. D’abord parce que le service d'ordre « n’empêche pas » comme nous l’avons déjà dit. Ensuite et surtout parce que l’immense majorité des manifestants ne veut pas, à tort peut-être, aller à l’affrontement avec les flics. Hors la diversité des tactiques doit être appliquée par tous pour n’être pas un jeu de dupes. Des jeunes lycéens peuvent bien trouver les syndicats de retraités trop mous, c’est néanmoins la possibilité de leur présence à tous qui est l’enjeu face au gouvernement.

Une chose est de considérer que la direction de la CGT n’est pas à la hauteur des enjeux. Autre chose est de la prendre comme adversaire principal à ce stade de la lutte dont l’extension dans les entreprises n’est pas acquise. Car là encore nous ne sommes plus dans les années 1970 et le quadrillage de la CGT et du Parti Communiste Français (PCF) sur le mouvement ouvrier n’est plus qu’un lointain souvenir. D’ailleurs les déclarations de Philippe Martinez à la télévision, jusqu’à aujourd’hui, se gardaient malgré l’insistance des journalistes, de condamner « les casseurs » pour se concentrer sur les violences policières. Pas sûr que cette ligne, correcte, n’ait pas été brisée à coups de pavés, place Vauban.

Ce Jeudi 12 Mai 2016 à Paris des militants autonomes ont fait le choix d’un affrontement direct avec le mouvement ouvrier. Il se murmure que des supporters fascistes du Paris Saint Germain (PSG) auraient contribué à jeter de l’huile sur le feu. Il s’agit d’une grave erreur qui serait lourde de conséquence si les mêmes faits devaient se répéter. D’abord parce que le service d'ordre de la CGT ne se laissera pas agresser une seconde fois sans une riposte ad hoc provoquant une escalade sans fin. Mais surtout parce que cette « tactique » couperait dramatiquement la masse du mouvement ouvrier de ses militants les plus radicaux. L’agression de ce jour met évidemment en porte à faux les militants révolutionnaires au sein de la CGT. Et il y en a plus qu’on ne le pense généralement.

Les militants autonomes qui mesurent l’ampleur de l’erreur commise pourraient utilement l’exprimer publiquement. Ceux qui se vivent comme l’avant-garde militaire du prolétariat ne doivent pas se tromper de cible, les bourgeois ne défilent pas contre la loi travail. Il y a d’autres lieux et d’autres occasions bien plus pertinentes sur lesquelles ils pourraient, utilement cette fois, exercer leur énergie.

Mardi 17 Mai 2016, personne n’a intérêt à un match retour. Suite aux démarches que nous avons mené, nous pouvons affirmer qu’il semble que personne ne le souhaite. Très bien, encore faudra-il que, sur le terrain, chacun évite les provocations, contre la loi travail, contre le gouvernement du Parti Socialiste et contre le capitalisme, tous ensemble.

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