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15 octobre 2007 1 15 /10 /octobre /2007 20:49
France: La lutte contre Sarkozy nécessite une nouvelle perspective politique
 
 
Déclaration du Comité de rédaction du World Socialist Web Site
 
La déclaration ci-dessous sera distribuée sous forme de tract par les sympathisants du World Socialist Web Site lors de la manifestation à Paris du 13 octobre et dans les rassemblements et assemblées générales du 18 octobre contre les attaques sur les acquis sociaux du président Sarkozy.
Le World Socialist Web Site apporte son soutien aux travailleurs qui prennent part à la manifestation du 13 octobre et à la grève du 18 octobre contre les énormes attaques sociales du président Nicolas Sarkozy. Ce mouvement a un rôle essentiel à jouer, étant la première expression organisée de l’opposition des travailleurs à la politique réactionnaire du nouveau gouvernement.
Malgré l’aura passagère de popularité que les médias capitalistes ont créée autour de Sarkozy, la promotion de l’inégalité sociale que cette politique incarne a déjà été rejetée à plusieurs reprises par les Français. Aucune des mesures actuellement annoncées — fin des régimes spéciaux de retraite qui concernent 1,6 million d’employés du service public, réforme du code du travail afin de faciliter l’embauche et le licenciement, imposition dissuasive et pénalisation de la retraite anticipée, pour n’en citer que quelques-unes — ne sont pas des nouveautés.
De similaires attaques sur les retraites, proposées par Alain Juppé en 1995 et Jean-Pierre Raffarin et François Fillon en 2003 et le Contrat première embauche (CPE) de Dominique de Villepin en 2006 avaient déclenché des manifestations auxquelles avaient pris part des millions de personnes et avaient été massivement soutenues par la population.
Néanmoins, avec Sarkozy, les travailleurs sont confrontés à un adversaire politique d’un genre très différent, beaucoup plus à droite que ses prédécesseurs. Il ne fait pas un secret de sa détermination à mettre en place sa politique, malgré toute cette opposition, au nom de la « rupture » d’avec l’ancien ordre social.
Pour ce faire, Sarkozy recrute dans son gouvernement des représentants du Parti socialiste et collabore avec les dirigeants syndicaux dans ses attaques contre la classe ouvrière, tout en courtisant en même temps l’extrême-droite. Peu après avoir été élu, il a invité pour la première fois au palais présidentiel de l’Elysée le dirigeant néofasciste du Front national, Jean-Marie Le Pen. Son ministère de l’Immigration et de l’identité nationale a commencé des rafles à grande échelle de milliers d’immigrés et contraint à présent les étrangers qui souhaitent, par le regroupement familial, rejoindre leur famille installée en France, à se soumettre à des tests ADN, une mesure en violation des droits humains fondamentaux.
Son intransigeance impitoyable pour le tout sécuritaire en politique intérieure va de pair avec son chauvinisme et le militarisme de sa politique étrangère.
Sarkozy s’est rangé derrière les pyromanes de l’administration Bush dans leur course pour étendre la guerre au Moyen-Orient. Il a déclaré dans son discours de politique étrangère du 28 août que si les négociations sur le programme nucléaire iranien échouaient, les alternatives seraient « la bombe iranienne ou le bombardement de l’Iran », qualifiant la première de « risque inacceptable. » Le 16 septembre, le ministre français des Affaires étrangères Bernard Kouchner a confirmé que les forces armées françaises mettaient des plans au point en vue d’attaques contre l’Iran et dit qu’« il est normal que l’on fasse des plans ».
 
La bourgeoisie française et la mondialisation
L’émergence d’un régime aussi droitier que celui de Sarkozy ne peut s’expliquer simplement en disant qu’il est le produit de bizarreries personnelles des politiciens au pouvoir. Ce régime est la réponse collective de la bourgeoisie française face aux changements énormes qui déstabilisent le capitalisme mondial — l’émergence des puissantes industries à main-d'œuvre bon marché des pays en voie de développement et la débâcle de l’impérialisme américain en Irak, Afghanistan et plus largement au Moyen-Orient.
Dans les secteurs traditionnels, la France est en train de perdre ses marchés face à ses rivaux européens, notamment l’Allemagne. Le Conseil d’analyse économique (CAE) du gouvernement fait remarquer l’évolution défavorable du coût des salaires en France (notamment par rapport à l’Allemagne) et que « l'amélioration de la compétitivité en Allemagne s'est accompagnée d'un rétablissement spectaculaire des marges des entreprises » et d’une « ré-accélération des dépenses d'investissement productif outre-Rhin ». En un mot, les attaques réussies de la bourgeoisie allemande contre le niveau de vie des travailleurs allemands, ces dernières années, la rendent plus compétitive.
En conséquence, la totalité des acquis sociaux conquis par la classe ouvrière française — des programmes sociaux financés par un système d’impôts progressifs, des soins médicaux abordables, des augmentations de salaire, etc. — doivent être supprimés pour rétablir la compétitivité de l’industrie française sur le marché mondial. Les entreprises plus petites et moins efficaces doivent disparaître et être remplacées par de grandes entreprises françaises en liens directs avec le marché mondial du travail.
Cependant, au fur et à mesure que la bourgeoisie française se tourne davantage vers le marché mondial, elle se trouve confrontée aux effets géopolitiques de l’aventure ratée des Etats-Unis en Irak. L’impérialisme français doute de pouvoir, sur le long terme, s’assurer des conditions favorables de livraisons de produits en provenance des pays émergeants, notamment de pétrole du Moyen-Orient.
Un éditorial du Figaro fait remarquer que le rapport de force de l’industrie pétrolière « promet d’[être] de moins en moins favorable » aux « démocraties comme la France ». La réaction de Sarkozy face à de telles inquiétudes a consisté à appeler à un renforcement militaire de l’Europe et à s’aligner à l’impérialisme américain au Moyen-Orient.
 
Pour une nouvelle direction politique de la classe ouvrière
Les questions de dépenses sociales, d’emplois et de guerre n’étaient peut-être pas liées dans l’esprit de bien des gens qui avaient fait grève contre les ministres de Chirac en 2003 et 2006. Aujourd’hui la lutte contre les attaques de Sarkozy intègre ces questions pour n’en faire qu’une. A la guerre et à la réorganisation de l’économie sur la base du principe de profit — fermetures d’usines, licenciements massifs, réductions des retraites, et le prix des soins médicaux et d’éducation qui ne cessent d’augmenter — les travailleurs doivent contrebalancer la solidarité internationale de la classe ouvrière et une économie internationalement planifiée pour répondre aux besoins sociaux de l’humanité.
Est-il seulement nécessaire de faire remarquer que nos dirigeants actuels de la gauche française ne défendent pas une telle perspective. Le Parti socialiste, principal parti de la gauche bourgeoise de ces 40 dernières années, voit à présent ses anciens principaux cadres, dont Dominique Strauss-Kahn, Jack Lang et plus encore l’actuel ministre des Affaires étrangères Bernard Kouchner, accepter de Sarkozy des postes officiels. Ils offrent à Sarkozy une couverture politique idéale. En effet, quel autre politicien, sinon un « socialiste » humanitaire de longue date comme Kouchner, aurait réussi à éviter de causer l’écoeurement populaire à l’annonce de projets de bain de sang au Moyen-Orient ? 
Les dirigeants des principaux syndicats ont des réunions régulières avec Sarkozy pour discuter des attaques sociales. Après l’une de ces réunions, début septembre, avec le dirigeant de la CFDT François Chérèque dans le très chic restaurant « Violon d’Ingres », Sarkozy a dit que Chérèque « comprend que la France a besoin d’un puissant mouvement de réforme. »
En accord avec sa politique réformiste, la direction syndicale considère la destruction des acquis sociaux de la classe ouvrière française comme incontournable. Elle n’appelle à la grève que lorsqu’elle sent qu’elle ne peut faire autrement et déclare ouvertement son accord fondamental avec les objectifs de Sarkozy. Ainsi Jean-Christophe Le Duigou de la CGT a indiqué qu’il était prêt à discuter de la réforme des régimes spéciaux de retraite, mais uniquement « entreprise par entreprise, branche par branche ». Le but est d’éviter une mobilisation collective des travailleurs sur une plateforme politique basée sur une totale hostilité aux plans de rigueur de Sarkozy.
En rapport avec cet objectif, et en accord avec leurs précédentes trahisons des luttes de 1995, 2003 et 2006, les syndicats ont attendu un mois avant d’organiser une grève, un mois après le discours-programme de Sarkozy sur la baisse des retraites du 18 septembre. Le but, comme cela avait été le cas en 2003 et 2006, est l’usure politique des travailleurs avec une série de grèves très espacées et inefficaces. Entre deux grèves, la législation régressive aura déjà été votée.
La faillite politique des partis et syndicats réformistes est un phénomène international. Le développement de la production mondialisée sous le capitalisme a détruit la base de la politique réformiste qui s’appuie sur des accords nationaux entre les patrons et l’Etat. Les dirigeants syndicaux sont ainsi transformés en instrument du patronat et de l’Etat et sont devenus une couche sociale privilégiée complètement aliénée de la classe ouvrière.
Tandis que les cheminots français luttent pour défendre leurs retraites et leurs emplois menacés de privatisation, les conducteurs de trains allemands font grève pour défendre leur niveau de vie face à des tentatives de limitation de leur droit de grève par des injonctions du tribunal et le sabotage de leur lutte par les principaux syndicats de cheminots.
Aux Etats-Unis, le syndicat de l’automobile UAW a mis fin à une grève qui paralysait General Motors et négocié un accord qui réduit de moitié le salaire des nouveaux embauchés, réduit de façon draconienne leur assurance maladie et les droits de retraite et fait de la bureaucratie syndicale les administrateurs des fonds de pension des travailleurs et un des plus importants acteurs de Wall Street.
Il est nécessaire que les travailleurs tirent les leçons de la faillite de ces organisations réformistes. L’arrivée au pouvoir de Sarkozy après dix années de luttes sociales intenses n’a été rendue possible que par les trahisons continues des partis socialiste et communiste et des syndicats. Une rupture politique et organisationnelle d’avec ces organisations est le préalable indispensable à une lutte victorieuse contre les attaques de Sarkozy.
On ne peut absolument pas faire confiance à cette direction actuelle et à ceux qui essaient de s’allier politiquement avec eux. Au contraire, les grévistes doivent lutter pour que la grève s’étende le plus possible, doivent organiser des comités de grève et des assemblées générales, indépendantes des syndicats, sur leur lieu de travail et mener une dénonciation politique intransigeante de la collaboration de ces bureaucraties avec la politique antisociale de Sarkozy.
Afin de mener à bien une telle lutte, les travailleurs doivent former leur propre parti politique indépendant, sur la base de l’internationalisme socialiste pour coordonner leurs actions. En cette période de spirale de guerres et de rigueur sociale, ils doivent s’allier aux travailleurs d’Europe et du reste du monde et raviver la culture de l’internationalisme socialiste et de la solidarité des travailleurs qui sous-tendait les grandes luttes révolutionnaires des 19e et 20e siècles. C’est pour cette perspective que se bat le Comité international de la Quatrième Internationale (CIQI).
Le Comité international de la Quatrième Internationale a pour objectif de bâtir une société qui place les besoins de la population au-dessus des intérêts de profit des grandes entreprises. Nous reconnaissons que les intérêts de la grande majorité de la population sont incompatibles avec un système social basé sur la propriété privée des moyens de production et l’Etat-nation et que la crise sociale ne peut pas être surmontée dans le cadre des conditions capitalistes existantes. Aucun problème social ne peut trouver de solution dans les limites du cadre national.
 
Cela veut dire qu’il faut construire des sections du CIQI en France et dans toute l’Europe.
 
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Published by FISCHER
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15 octobre 2007 1 15 /10 /octobre /2007 20:30
Un islamisme ouvert sur sa gauche : l’émergence d’un nouveau tiers-mondisme arabe ?
 
 
 
 
Islamismes, mouvements de gauche radicale et nationalismes arabes ont longtemps semblé s’opposer. Des alliances se sont pourtant nouées entre eux, recomposant profondément le champ politique en Palestine, au Liban et en Egypte.
Les débats sur la place du religieux et du politique sont souvent biaisés par des per-ceptions idéologiques et culturelles subjectives. L’appréhension du phénomène isla-miste en France reste ainsi très largement dominée par une série de paradigmes très abstraits, qui ne laissent pas la place à une analyse concrète et même factuelle du champ politique moyen-oriental. Une dichotomie arbitraire est dessinée entre « laïcs » et « religieux », « islam modéré » et « islam extrémiste », « progressiste » et « réactionnaire ».
Des typologies sont ainsi créées, correspondant en réalité à une réalité imaginée du politique : le politique tel qu’on aimerait qu’il soit, non tel qu’il est. Le champ politi-que moyen-oriental apparaît comme fondamentalement retors aux simplifications his-toriques, qui dessineraient une ligne de clivage irrémédiable entre des islamistes iden-tiques les uns aux autres, de Al-Qaïda au Hezbollah libanais, et des laïcs naturellement attentifs aux droits de l’homme et de la femme. Ces catégorisations apparaissent en effet aujourd’hui comme partiellement fausses : en Palestine, c’est bien le Fatah « laïc » qui est l’auteur d’une des lois les plus réactionnaires sur les droits de la femme, limitant à six mois les peines d’emprisonnement pour les auteurs de crimes d’honneur. C’est que l’on confond souvent laïc et progressiste. De même, on imagine-ra les laïcs comme forcément persécutés par les intégristes musulmans. Vrai dans cer-tains cas, cette assertion se révèle fausse dans d’autres. Il faut alors comprendre par exemple comment le Parti communiste libanais noue des alliances avec le Hezbollah, ou comment le Front populaire de libération de la Palestine (FPLP) marxiste travaille souvent avec le Hamas ou le Djihad islamique, et se laisser interroger politiquement et méthodologiquement par ces nouvelles réalités.
Il y a toujours une tendance récurrente à la simplification du débat, selon des lignes idéologiques tenaces, qui considèrent les acteurs politiques islamiques comme des ca-tégories fixes, incapables de se transformer politiquement et idéologiquement. Le mouvement islamique a aujourd’hui pratiquement quatre-vingts ans d’existence au Moyen-Orient. L’imaginer comme un ensemble uni, homogène et sans différenciation, c’est comme supposer que la gauche recoupe un spectre large allant des anciens de la bande à Baader à Tony Blair, ou que la droite est un tout homogène regroupant indiffé-remment la démocratie chrétienne allemande et les néo-fascistes italiens. Il y a une histoire des droites, une histoire des gauches. Et il doit bien y avoir une histoire des islamismes, car ce référent politique s’est considérablement pluralisé. L’exemple des recompositions politiques au Moyen-Orient arabe, et la production d’un islamisme politique de type nationaliste aujourd’hui ouvert vers les gauches et les mouvements nationalistes arabes n’est pas sans poser certaines questions théoriques et politiques.
Un nouveau modèle d’alliance politique en Palestine et ailleurs
Les premières élections municipales en Cisjordanie depuis 1976, qui se sont tenues le 23 décembre 2004, constituaient à l’époque un sujet d’interrogation : le Hamas prendrait-il le pas sur le Fatah ? Quel serait l’état du rapport de force politique entre les islamistes, le mouvement nationaliste et la gauche à l’issue du scrutin ? La réponse n’était pas à sens unique : les élections municipales n’ont pas été l’objet d’une structu-ration claire du champ politique. Au contraire, certaines coordonnées ont été boulever-sées, et des tendances ont semblé se confirmer. Plutôt qu’à une indéfectible opposition entre des camps clairement délimités – Fatah, Hamas, FPLP, FDLP, PPP [1] -, localement de nouvelles alliances se sont nouées, fluctuantes et conjoncturelles. À Bnei Zayyaid, tout comme à Bethléem, c’est une alliance entre le FPLP et le Hamas qui permit de contester au Fatah la prédominance politique au sein du Conseil municipal. À Ramal-lah, un an plus tard, ce fut une femme membre du FPLP qui fut élue à la tête de la mai-rie, les trois voix du Hamas s’ajoutant aux six voix du FPLP, mettant en minorité les six conseillers municipaux du Fatah.
Ces alliances inédites se sont également dessinées dans le domaine des opérations militaires : les branches armées du FPLP — les Brigades Abou Ali Mustapha — ont régulièrement opéré depuis 2001 dans la Bande de Gaza au côté des Brigades Ezze-dine al- Quassem — la branche armée du Hamas — et des Brigades al-Quds — celle du Djihad islamique. Enfin, des éléments dissidents du Fatah, structurés autour de la nébuleuse des Comités populaires de la résistance (CPR), se sont peu à peu rapprochés de la direction gazaouite du Hamas : ce dernier, après sa victoire aux élections législa-tives de janvier 2006, nomma un des principaux activistes des CPR, Jamal Samhada-na [2] , ancien militant du Fatah, à la tête des nouveaux services de sécurité palestiniens formés par le gouvernement Hamas : il s’agissait alors de faire contrepoids, surtout dans la Bande de Gaza, aux forces de sécurité tenues par Mohammad Dahlan, dirigeant du Fatah. Samhadana symbolise cette frange du Fatah qui s’est peu à peu éloignée de la direction du parti, et qui confirme son éclatement progressif, accéléré par la mort de Yasser Arafat le 11 novembre 2004, dont l’aura symbolique permettait d’assurer encore un minimum d’unité interne. C’est ainsi que Saed Siyyam, le nouveau Ministre de l’intérieur palestinien, membre du Hamas, choisit un ancien membre du Fatah, soit un élément politique issu du nationalisme palestinien, et non du mouvement islamique lui-même, pour diriger des services de sécurité n’ayant d’autres buts…que de concurrencer sur le terrain la prédominance armée de la Sécurité préventive, atta-chée à la direction du Fatah.
Les affrontements Fatah-Hamas des deux dernières années correspondent à une di-vergence politico-stratégique, à une différence quand au positionnement à adopter face à Israël et à la communauté internationale, non à une querelle idéologique séculariste- croyants. Et lorsque les deux partis hégémoniques Fatah-Hamas favorisent par leur combat fratricide un processus de guerre civile latente, c’est le FPLP et le Mouvement du Djihad islamique (MJIP), soit une organisation de gauche et une organisation isla-mique, qui jouent communément le rôle d’intermédiaire. Si le FPLP reste ainsi au-jourd’hui très critique envers le Hamas, c’est essentiellement parce qu’il lui reproche de s’enfermer dans un tête à tête armé Hamas-Fatah, qui bride l’unité nationale pales-tinienne, et qui risque de plonger les territoires palestiniens dans le chaos sécuritaire. Et encore une fois, cette position, le FPLP la partage avec le Djihad islamique, avec qui il a pu manifester dans les rues de Gaza lors des événements de juin 2007.
La cartographie politique palestinienne n’est pas une exception : le champ politique arabe semble être en pleine recomposition, et les clivages traditionnels, notamment ceux qui avaient vu s’opposer un camp religieux à un camp séculier, voir laïc, se sont peu à peu estompés à l’échelle de la région. L’islam politique subit une phase désor-mais accélérée de nationalisation et de régionalisation, tandis que les secteurs issus de la gauche et du nationalisme arabe, baathiste ou nassérien, en perte de modèle politi-que et de partenaire stratégique, en proie à une crise structurelle et militante, tentent peu à peu de redéfinir leurs modèles idéologiques et pratiques, et se retrouvent obligés de complexifier leur réseau d’alliance, en privilégiant désormais le partenaire isla-miste. Depuis 2000, une phase de recomposition politique s’est ouverte dans le monde arabe, selon des rythmes et des temporalités hétérogènes selon les pays et les espaces, tirant certains traits d’union avec le passé, amenant de nouvelles problématiques et des ruptures inédites.
Cette recomposition politique se fait autour de la question nationale arabe et de la question démocratique : dans un contexte politique marqué par l’Intifada palestinienne de septembre 2000, par l’offensive américaine sur l’Irak en 2003, ainsi que par la ré-cente « guerre des trente-trois jours » entre le Hezbollah et Israël, la question nationale est reposée dans le monde arabe, et détermine les modèles d’action et de contestation, les formes de recomposition politique et les différents modes d’alliance tactiques entre les courants opposés au plan américain de « Grand Moyen-Orient ». S’y ajoute la question démocratique : dans la mesure où les systèmes politiques arabes souffrent très majoritairement d’un modèle fondé sur l’autoritarisme et le népotisme politiques, et où la majorité d’entre eux, de l’Égypte à la Jordanie en passant par l’Arabie saoudite et les principales pétro-monarchies du Golfe, se retrouvent liés organiquement aux diffé-rents intérêts américains et européens dans la région, la contestation de la politique israélienne et américaine passe souvent par une dénonciation des systèmes politiques internes : en Égypte, tout au long des années 2000 à 2006, ce sont les mêmes cadres politiques et les mêmes structures de mobilisation qui vont tour à tour passer de la mo-bilisation en faveur des Palestiniens et des Irakiens à celle en faveur de la démocratisation du régime.
Question nationale arabe et question démocratique tracent donc une série de rappro-chements transversaux entre l’espace panarabe focalisé historiquement sur la problé-matique palestinienne et l’espace national interne : depuis 2000, une interaction cons-tructive entre la dimension panarabe du politique et son expression nationale interne, une transversalité accrue entre question nationale arabe et question démocratique, fa-vorisent une série de mutations politiques aboutissant à une série d’alliances tactiques et/où stratégiques entre la gauche radicale, les secteurs issus du nationalisme arabe nassérien ou baathiste, et enfin les formations islamo-nationalistes. Cette interaction entre différents espaces – nationaux, régionaux, globaux- tout comme cette transversa-lité entre des courants politiques autrefois opposés, laissent se dessiner peu à peu une reformulation du nationalisme arabe, une recomposition politique lente et progressive du champ politique qui commence à peine à bouleverser les donnes politiques, et qui rompt singulièrement avec les cadres d’action issus de l’histoire du XXe siècle.
Du « concordisme politique » à la dynamique unitaire
La gauche marxisante, les nationalismes arabes de diverses obédiences, et enfin les secteurs centraux de l’islam politique semblent aujourd’hui collaborer étroitement. Il n’en fut pas toujours ainsi : les différents types de nationalisme arabe se sont distin-gués pendant plusieurs dizaines d’années par des politiques répressives vis-à-vis des courants issus des Frères musulmans, que cela soit dans l’Égypte de Nasser ou dans la Syrie de Hafez el-Assad ; l’islamisme politique, dans sa phase montante des années 1980, à la suite de la révolution iranienne de 1979, s’est quant à lui caractérisé par un système de répression directe des groupes de gauche, lorsque ceux-ci faisaient entrave à leur développement, et plongeaient leur racine dans certains secteurs clés du monde universitaire, politique, syndical ou associatif : au Liban, le Hezbollah s’en prit physi-quement, tout au long des années 1980, aux militants chiites du Parti communiste liba-nais, lorsqu’ils s’agissaient de leur disputer l’hégémonie de la résistance nationale au sud- Liban. Deux de ses plus brillants intellectuels, Mahdi Amil et Hussein Mroue, furent assassinés par des militants proches de la mouvance islamique [3] .
En Palestine, les groupes évoluant dans la nébuleuse des Frères musulmans, qui al-laient donner naissance au Mouvement de la résistance islamique (Hamas) en 1986, s’en prirent également aux militants du FPLP et du PPP. Le docteur Rabah Mahna, qui est aujourd’hui le négociateur du Bureau politique du FPLP dans les discussions inter-palestiniennes, et qui est ainsi amené régulièrement à trouver des points d’accord au-tant avec le Hamas qu’avec le Djihad islamique, fut par exemple la victime d’une ten-tative d’assassinat par des militants du Hamas en 1986. Mais la vision qu’il a du mou-vement islamique est déterminée par la réalité politique actuelle, non par celle du pas-sé : s’expliquant au sujet du Hamas, il en souligne les points d’avancée et de stagna-tion, les deux se combinant plus ou moins différemment selon la conjoncture politi-que : « Il y a eu une certaine évolution dans Hamas. Depuis 1988, il s’est en effet peu à peu transformé d’une organisation de type Frères musulmans en un mouvement de libération nationale islamique. Nous, on a poussé depuis Hamas à intégrer l’OLP, d’être un mouvement de libération nationale au sein de l’OLP. Mais sa non- reconnaissance de l’OLP dernièrement était très suspect pour nous (…) Nous ne mettrons donc pas la pression sur le Hamas, et nous le reconnaissons en tant que courant de la résis-tance, et deuxièmement en tant que gouvernement élu. Mais au- delà, nous on ne veut pas que le Hamas reste enfermé dans une vision fermée, idéologique, de type Frères musulmans : c’est pourquoi les forces politiques mondiales et arabes qui soutiennent la cause palestinienne mais qui ne sont pas d’accord avec tout ou partie du programme du Hamas doivent nous aider à les faire sortir d’une vision enfermée, à continuer leur évolution. Sinon, en les isolant, ils risquent de retourner en arrière, de retourner vers un mouvement de type intégriste, comme avant 1988 [4] . »
S’il y a bien eu par le passé affrontements, les différents modes d’opposition entre nationalistes, islamistes et gauche radicale peuvent être historiquement relativisés par une série de passages dynamiques, d’emprunts discursifs et idéologiques, de circulation militante entre ces trois secteurs politiques-clés du monde arabe : déjà, le sociologue Maxime Rodinson rappelaient qu’entre le nationalisme arabe, l’islam et le marxisme, existaient un « concordisme », qui favorisait la circulation des idées et des pratiques : « l’incompatibilité doctrinale incontestable des idéologies le cède à divers procédés de conciliation quand les considérations de stratégies internationales font pencher vers une attitude amicale entre les deux mouvements (communistes et musulmans). Il y a emprunt d’idées à l’idéologie communiste par les Musulmans quand ces idées correspondent à ce que leur réclame leur idéologie implicite, même en dehors de cette attitude amicale. […]. Quand on va plus loin, il y a normalement réinterprétation des notions, des idées, des symboles musulmans comme équivalents d’idées ou de thèmes communistes courants. L’opération est souvent faite par les communistes qui veulent pousser à l’alliance. Quand l’effort de réinterprétation est particulièrement for-cé, on obtient ce qu’on a appelé du concordisme. Le terme pourrait être peut-être géné-ralisé pour désigner un ensemble systématique de réinterprétation [5] . »
Ce qu’Olivier Carré nommait pour sa part les « secteurs médians » entre religion et nationalisme [6] se constate tout au long du siècle et de l’émergence et du développement de ces trois courants. La génération des fondateurs du mouvement national palestinien et du Fatah – Yasser Arafat, Khalil al Wazir, Salah Khalaf-, ont côtoyé de près les Frè-res musulmans, dans le cours des années 1950 et 1960. Le nassérisme lui-même n’est pas exempte, dans les premières années suivant la révolution de 1952, d’un rapport complexe à l’islam politique. À ces parcours personnels, s’ajoutent une réutilisation et une réinterprétation systématique des différents types de discours religieux ou politi-ques par un ensemble de mouvements, une circulation permanente des ensembles sé-mantiques et conceptuels. Par exemple, le Parti communiste irakien (PCI) n’a pas hési-té à se référer aux fondements doctrinaires du chiisme, peu après la révolution de 1958 et la prise du pouvoir par Abdel Karim Kassem. La perspective révolutionnaire fut associée, dans le discours du PCI, aux fondements millénaristes et messianiques du chiisme, tandis que les dirigeants du Parti jouaient ardemment sur la proximité des termes shii’a (« chiite ») et shouyou ‘i (« communiste » en arabe). Quand au terme « socialiste » (ishtarâkii), il fut abondamment utilisé et transformé par certains cadres et idéologues des Frères musulmans comme Sayyid Quotb ou Muhammad al-Ghazali, dans la perspective d’un « socialisme islamique ».
Ainsi, on assiste depuis près d’un demi-siècle à une circulation dynamique et à une mutation continue du vocabulaire politique. C’est dire combien l’idéologie elle- même est soumise à des processus complexes de passage, d’emprunts, et de réinterprétations, toujours en mouvement une fois mise dans la pratique du politique. La temporalité du nationalisme des pays du tiers- monde est en effet une temporalité politique différen-ciée, où le passé, les traditions culturelles et les héritages idéologiques font figure de principes constituants dans la conscience nationale : le nationalisme anti- colonial est un espace hybride, en interaction avec les éléments des modernités politiques, mais les critiquant en même temps par la récupération, le recyclage et le réinvestissement d’éléments tirés du passé. Les « concordismes » entre nationalisme et islam ont cor-respondu à une actualisation politique et idéologique de l’islam, qui était alors moins une survivance du passé qu’un élément culturel hérité, vivant et pratique, en interac-tion et en métissage permanent avec le présent politique, même et y compris quand ce dernier était d’essence séculière et laïque. Le nationalisme anti- colonial, fondé histo-riquement sur une série de concordisme, n’est pas l’envers de la modernité, mais sa reprise et son détournement dans le contexte particulier d’un espace qui se sent dominé tant politiquement que culturellement.
La décennie des années 1980 est essentiellement marquée par le passage croissant et spectaculaire de militants marxistes, souvent maoïstes, ou nationalistes arabes, vers l’islamisme politique. C’est particulièrement visible au Liban, ou, alors que l’OLP est peu à peu amenée à quitter le Pays des Cèdres, et où l’axe « palestino- progressiste [7] » disparaît sous le coup de divisions internes et des pressions syriennes, de jeunes cadres entrent dans le Hezbollah, né entre 1982 et 1985. Il en va ainsi de la majorité des com-battants de la Brigade étudiante, la Katiba Tullabiya, corps militaire attaché au mou-vement palestinien Fatah, qui s’engage peu à peu dans la résistance militaire islamique du « Parti de Dieu », ou dans d’autres structures à caractère islamique, sous les effets de la Révolution iranienne.
L’expérience de cette tendance de gauche du Fatah née au début des années 1970 est particulièrement intéressante : bien avant la révolution iranienne, de jeunes mili-tants libanais et palestiniens tentent d’articuler islam, nationalisme et marxisme arabe, preuve s’il en est que la question des rapports entre les trois était déjà posée. Saoud al Mawla, aujourd’hui professeur de philosophie à l’Université libanaise de Beyrouth, ancien membre de la tendance de gauche du Fatah, est passé au Hezbollah dans les années 1980. Il l’a quitté depuis. Il explique : « Dans les années 1970, on a commencé à s’intéresser aux luttes des peuples musulmans. C’était une mixture de nationalisme arabe et d’islam, ou bien de communisme arabo-islamique, de marxisme arabo-islamique. On a essayé de faire comme les communistes musulmans soviétiques des années 1920 : Sultan Ghaliev. Et on a commencé à étudier l’islam. On avait débuté cela dès que l’on a commencé à appliquer les principes maoïstes : il faut connaître les idées du peuple, s’intéresser au peuple, à ce qu’il pense…. Il faut connaître les tradi-tions du peuple. Et on a commencé à s’intéresser aux traditions populaires, aux idées populaires, à tout ce qui constitue la vie des gens. Et l’islam est venu comme étant le fondement de cette société, censée la mobiliser. Et c’était dans un sens militant, prag-matique, prendre et utiliser des facteurs qui peuvent mobiliser les gens dans la lutte. Et c’est comme cela qu’on s’est approché de l’islam : à partir du maoïsme, d’un point de vue théorique, et à partir de l’expérience quotidienne (….) Et c’est pour cela, quand la révolution iranienne est venue, on était déjà là. Et même cela ne s’est pas fait sur des bases idéologiques ou religieuses. C’est-à-dire qu’on a vu dans l’islam une force de civilisation, et de politique, un courant civilisationnel, qui peut regrouper des chrétiens, des marxistes et des musulmans, comme une réflexion, une riposte, un chemin de lutte, contre l’impérialisme, pour donner un chemin de lutte, pour renouveler nos approches, nos idées, nos pratiques politiques [8] ». Si les années 1970 peuvent encore s’accommoder d’une réflexion théorique et politique chez certains militants sur l’articulation entre marxisme, islam et nationalisme, la décennie des années 1980, marquée par les effets politiques régionaux idéologiques et politiques de la révolution iranienne, et par l’hégémonie politique de l’islamisme politique, ne laisse plus la place à ces élaborations.
En l’occurrence, les années 1990 marquent une rupture, et le système tacite qui avait vu s’allier concordisme et opposition violente s’est peu à peu transformé en une dynamique unitaire, ou le concordisme est d’autant plus favorisé par un processus d’alliances tactiques entre ces différents courants. En effet, avec la guerre du Golfe, les tentatives de règlement du conflit israélo-palestinien au travers de la Conférence de Madrid et des Accords intérimaires d’Oslo en 1993, avec la fin de la bipolarisation Est-Ouest et la réunification du Yémen, un monde s’effondre. La phraséologie révolutionnaire et nationaliste est à bout de souffle, qu’elle soit islamiste ou marxiste ; cela n’est pas étranger non plus à l’abandon progressif du discours messianique et tiers-mondiste par le régime de Téhéran, sous l’impulsion du nouveau Président Rafsandja-ni.
Les coordonnées politiques sont changées. Il faudra déterminer en quoi il y a eu un triple échec : de l’islam politique, du nationalisme arabe, de la gauche. Mais, au-delà, c’est bien sûr les décombres des grandes utopies et des mythologies multiples du siècle finissant que va peu à peu se reconstruire et se recomposer le champ politique arabe. Les dynamiques à l’œuvre ne sont plus unilatérales : si, dans les années 1980, l’islamisme récoltait les gains des déceptions politiques et sociales du monde arabe, on assiste depuis 1991 à une plus grande interaction et à une plus large transversalité des dynamiques politiques : gauche, nationalisme et islamisme sont désormais dans un processus complexe de réélaboration idéologique et programmatique, de croisements des problématiques, face à un sentiment d’échec et d’impasse du monde arabe.
Cela se constate, en tout premier lieu, en Palestine : peu après les accords d’Oslo, en octobre 1993, une « Alliance des forces palestiniennes » se constitue, composée d’éléments ayant rompu avec le Fatah, mais surtout du FPLP marxiste et du Hamas [9] . Des cadres progressifs de discussion se créent entre nationalistes, marxistes, et islamis-tes : la Fondation Al-Quds, à leadership islamiste, et surtout, la Conférence nationa-liste et islamique, lancée en 1994 à l’initiative du Centre d’études pour l’unité arabe (CEUA) de Khair ad-Din Hassib, basé à Beyrouth, qui se réunit tous les quatre ans, destinée à trouver des points d’accords tactiques et/où stratégiques, et à redéfinir les liens, même et y compris d’un point de vue idéologique entre la gauche, le nationalisme et l’islamisme. Le CEUA a ainsi tenu, en mars 2006, à Beyrouth, une Conférence générale arabe de soutien à la résistance, où les principales directions des organisations nationalistes, marxisantes et islamistes (notamment le Hamas et le Hezbollah) étaient fortement représentées.
Question nationale et question démocratique
Depuis 2000, les rythmes de recompositions politiques entre nationalisme, gauche radicale et islamo-nationalisme se sont accélérés : sous le coup de la Seconde Intifada et de l’intervention américaine en Irak, les convergences tactiques entre eux se sont accentuées. Elles tournent particulièrement autour de la question nationale et de la question des « occupations », de la Palestine à l’Irak en passant par le Liban, et de la dénonciation conjointe des politiques américaines et israéliennes.
C’est d’abord sur le terrain que se réalisent ces alliances, dans le domaine pratique, non pas dans le domaine théorique : lors de la « guerre des trente-trois jours » entre le Liban et Israël, en juillet et août 2006, le Parti communiste libanais (PCL) a réactivé certains de ses groupes armés au sud Liban et dans la plaine de Baallbeck, et a combat-tu militairement au côté du Hezbollah. Dans certains villages, comme à Jamaliyeh, où trois de ses militants sont morts lors d’une attaque d’un commando israélien repoussé, c’est lui qui a pu prendre l’initiative militaire et politique, même si le Hezbollah garde de facto le leadership politique, militaire et symbolique de cette guerre. Un Front de la résistance s’est créé, regroupant pour l’essentiel le Hezbollah et la gauche nationaliste, du PCL au Mouvement du peuple de Najah Wakim [10] , en passant par la Troisième force de l’ancien Premier ministre Sélim Hoss : fondé sur le principe du droit à la ré-sistance et défendant les revendications principielles de Hezbollah, à savoir la libéra-tion des prisonniers libanais en Israël et le retrait israélien des territoires libanais de Chebaa et de Kfar Chouba, ce Front avait comme dénominateur commun la question nationale et le positionnement par rapport à Israël : ce n’était pas, par exemple, un front prosyrien – le Parti communiste ayant pour sa part une longue tradition de lutte contre la tutelle et la présence syrienne au Liban.
Mais l’accord tactique sur la question nationale ne permet pas de parler a priori de « recomposition politique ». Toute la question est alors de savoir si l’accord tactique peut se transformer en accord plus ou moins stratégique, et comprendre une vision à long terme de la société, de l’Etat, des politiques économiques. Or, c’est là que la transformation du champ politique arabe semble être la plus profonde : de 2000 à 2006, la série d’accords politiques entre gauche, nationalistes et islamistes s’est peu à peu élargie à un ensemble de thématiques, ce qui est tout à fait nouveau par rapport aux cadres d’alliances des années 1980 et 1990.
La question nationale permet en effet de passer et d’effectuer une série de passages conceptuels, pratiques et politiques d’un domaine à l’autre : en Egypte, la dénonciation des politiques américaines et israéliennes cachait en effet une critique latente mais ex-plicite du régime du Président Moubarak. Rapidement, les cadres de mobilisation sur la question palestinienne et irakienne ont donné naissance à une autre série de cadres politiques transversaux, touchant notamment à la question démocratique : des campa-gnes de dénonciation de la loi d’urgence de 1982 aux élections syndicales de novem-bre 2006, qui ont vu les Frères musulmans, les radicaux de gauche du groupe Kefaya et les nassériens du mouvement al-Karamah s’allier pour contester la prédominance des listes du parti au pouvoir, le Parti National Démocratique, en passant par les cam-pagnes de soutien au mouvement de protestation des juges égyptiens qui avaient dé-noncé la fraude électorale en mai 2006, le champ d’action et d’alliances est passé rapi-dement de la question nationale à la question de l’élargissement des droits démocrati-ques.
Au Liban, le Mouvement du peuple, l’Organisation populaire nassérienne, sunnite, et dont le dirigeant, Oussama Saad, est député de Saïda, le Congrès populaire arabe de kamal Chatila, une formation nassérienne, sont au cœur du mouvement de protestation initié par Hezbollah et le Courant patriotique libre du Général Aoun en décem-bre 2006, un mouvement trouvant sa voie dans le quotidien de gauche al- Akhbar : ici encore, la mobilisation de l’opposition ne touche pas qu’à la question nationale et aux « armes de la résistance ». Les traits communs entre les organisations de l’opposition au gouvernement de Fouad Siniora touchent tant à la question de la réforme de la loi électorale et du système confessionnel, qu’à celle de la définition d’une politique éco-nomique d’état de type régulateur, ou keynésien, sans pour autant remettre en cause les mécanismes du marché, toutes options qui ne sont pas celles de la majorité parlemen-taire actuelle, très marquée par l’ultralibéralisme [11] . Un bon exemple en est le nouveau journal al-Akhbar, quotidien de gauche très proche du Hezbollah, dont le premier nu-méro est paru en août 2006, et qui cherche à créer, de fait, des passerelles théoriques et politiques entre la gauche, le nationalisme et l’islam. Le PCL, qui a établi au fur et à mesure des années une sorte de partenariat avec le Hezbollah, soutient l’opposition sur la question de la chute du gouvernement Siniora, considéré comme pro- américain. Cependant, il ne cache pas que son alliance avec Hezbollah et des partis de l’opposition est un soutien critique : pour le PCL, le programme avancé par Hezbollah n’est pas encore assez radical, tant sur le plan politique qu’économique, pour remettre en cause le système libanais, fondé sur le confessionnalisme politique. Prêt à faire un front commun, il ne ménage pas ses critiques vis-à-vis de Hezbollah, mais d’une ma-nière autre que dans les années 1980 : désormais, il s’agit de définir une politique de gauche indépendante prête à établir une complémentarité et un échange constructif avec le mouvement islamique chiite.
La question nationale joue donc aujourd’hui par extension : alors que dans les années 1990 les alliances entre gauche, nationalistes et islamistes étaient simplement fondées sur la reconnaissance d’un commun ennemi, en l’occurrence Israël, la collaboration longue entre ces courants débouche à terme sur un élargissement du champ d’action politique, allant de la question nationale à la question démocratique, et de la question démocratique à la question de l’Etat, des institutions et des formes sociales à adopter. Le « concordisme » et les médiations entre les organisations et les courants se sont peu à peu transformés en une dynamique d’action unitaire, qui, si elle n’est que très peu théorisée et conceptuellement pensée, prend une ampleur certaine dans la pra-tique politique quotidienne.
Cette recomposition politique n’est pas indépendante des nouvelles dynamiques politiques mondiales à l’œuvre, avec un mouvement alter-mondialiste installé dans le paysage politique, mais aussi et surtout avec l’apparition d’un pôle nationaliste de gauche en Amérique latine, symbolisé par Hugo Chavez et Evo Morales. Un mouve-ment islamo-nationaliste comme le Hezbollah pense son réseau d’alliance sur un mo-dèle tiers-mondiste : Hassan Nasrallah ne cesse de faire référence au président véné-zuélien, tandis que son organisation a invité, avec le Parti communiste libanais, près de 400 délégués issus de la gauche mondiale et du mouvement altermondialiste à Bey-routh, du 16 au 20 novembre 2006, dans le cadre d’une Conférence de solidarité avec la résistance, et dont le communiqué final fixait trois points stratégiques : la question nationale et la lutte contre les occupations, la défense des droits démocratiques et la protection des droits sociaux [12] .
Ce sont ces dynamiques de recomposition politique à l’œuvre qui sont aujourd’hui mésestimées : la question libanaise n’est généralement perçue que par le prisme syrien et iranien, en sous-estimant les dynamiques internes propres à la société politique liba-naise. La mouvance islamique subit elle-même des tournants programmatiques pro-fonds : le Hezbollah adopte un discours tiers-mondiste, fondé sur l’opposition sud- nord et Mustakbar (arrogants) [13] / musta’adafin (opprimés), certains cadres des Frères musulmans sont tiraillés entre leurs alliances avec la gauche et leur défense principielle de l’économie de marché. Comme l’écrit Olivier Roy, « le jeu d’alliances (des islamistes) va dans deux directions possibles : d’une part, une coalition sur les valeurs morales (….), et, d’autre part, une alliance sur des valeurs politiques essentiellement de gauche (anti-américanisme, altermondialisme, droits des minorités), où la ligne de clivage est clairement la question de la femme [14] . »
Et encore, même la question de la femme est sujette aujourd’hui à débat : au Liban comme en Palestine, les associations féministes issues de la gauche n’hésitent plus à mener des campagnes communes avec les associations de femmes islamistes, notam-ment sur la question du droit au travail et de la dénonciation des violences faites aux femmes. Pour Islah Jad, militante féministe palestinienne et chercheuse sur le mouve-ment des femmes en Palestine, il ne s’agit pas d’opposer les femmes laïques aux fem-mes islamistes, mais de développer un discours féministe séculier et radical tout en discutant et en travaillant communément avec des cadres femmes du mouvement islamique : « Les islamistes ont admis que les femmes étaient persécutées et victimes de l’oppression sociale, en le mettant sur le compte non pas de la religion mais des traditions qu’il faut faire évoluer. Selon eux, l’Islam demande que les femmes s’organisent pour libérer leur pays, qu’elles soient éduquées, organisées et politisées, actives pour le développement de leur société. Le paradoxe est qu’il y a 27 % de femmes dans l’organisation du parti islamique et 15 % au sein du « politburo », plus que dans l’OLP (…) Comme je l’ai déjà dit, le fait que les femmes islamistes ne cherchent pas à bâtir leur discours en s’appuyant sur des textes religieux donne des possibilités aux femmes laïques d’influencer la vision et les discours des islamistes, d’éviter les blocages. Nous ne pouvons pas demander nos droits en les isolant du contexte politique. C’est une étape très importante pour établir une relation de confiance entre les tendances laïques et les islamistes. Le fait que les islamistes acceptent de reconnaître que les femmes sont opprimées ouvre des perspectives sur les mesures à prendre pour faire évoluer la société. Il y aura toujours des conflits idéologiques et politiques, et c’est souhaitable. On ne sera pas totalement d’accord, mais, à mon avis, les femmes laïques peuvent peser dans le débat idéologique avec les islamistes [15] . »
Cette interaction pratique entre gauche arabe, nationalisme et islamisme, si elle est nouvelle, et désormais avérée tant dans le domaine syndical, associatif, électoral et militaire, n’en est encore qu’à ses débuts. Des points d’accord sur la question nationale, la démocratie ou la défense des droits sociaux ne constituent pas encore un corpus assez clair et stable pour savoir jusqu’à quel point peut allier cette alliance. C’est qu’il y a justement un écart entre le pratique et le théorique : les concordismes se sont approfondis, mais il n’y a pas encore eu, dans le domaine intellectuel et théorique, de définition claire et d’élaboration d’un langage commun. Les alliances sont encore ma-joritairement du domaine de l’empirique et du pratique, et manquent ainsi d’assises théoriques et d’un véritable processus d’homogénéisation. Encore une fois, le Liban fait plus ou moins exception. Dernièrement, il existe encore une disjonction entre les espaces nationaux : l’alliance entre la gauche, les nationalistes et les islamistes la plus forte se trouve aujourd’hui au Liban, dans la tentative de définir ce que la gauche et le Hezbollah appellent une « société de résistance » et un « Etat de résistance ». En Palestine, les alliances entre le FPLP et le Hamas, par exemple, sont loin d’être aussi ap-profondies, les deux organisations gardant une méfiance réciproque. En l’occurrence, le partenariat FPLP/Djihad islamique est quand à lui établi pleinement. En Egypte, une certaine méfiance persiste entre les Frères musulmans et la mouvance de gauche. Or, cette question de la recomposition politique et des nouvelles alliances à l’œuvre dans le monde arabe est loin d’être secondaire : elle redessine en effet le visage du nationalisme panarabe, et pourrait à terme constituer un redoutable défi stratégique pour les régimes en place, tout comme pour les Etats-Unis, et les puissances européennes. L’ouverture du mouvement islamo-nationaliste sur sa gauche peut en effet ouvrir à un nouveau nationalisme panarabe en mutation une redoutable ouverture stratégique et internationale : il peut aboutir à la réémergence d’un pôle tiers-mondiste et nationaliste à l’échelle internationale, comme le suggère symboliquement cette série d’affiches rouges collées dans les rues de Beyrouth depuis septembre 2006, et qui voit se côtoyer les trois portraits de Nasser, de Nasrallah et de Chavez. Il ne s’agit donc pas de postu-ler l’émergence d’un islamisme de gauche, il n’y en a pas. Mais il s’agit de compren-dre que le développement d’un islamisme ouvert sur sa gauche et ses dimensions nationales change quelque peu la donne politique, et enclenche des processus longs de recomposition politique, stratégique et idéologique. Les vingt dernières années ont vu le référent politique islamiste se pluraliser, avec un islamisme fondamentaliste déterri-torialisé sur le modèle du réseau Al-Qaïda, la soumission d’un néo-fondamentalisme islamique aux modèles du marché, l’apparition d’un islamisme turc gouvernemental s’apparentant plus au modèle consensuel de la démocratie chrétienne des années 1950 qu’à celui de l’islam comme modèle d’Etat. Encore à ses débuts mais en développement exponentiel, l’émergence d’un pôle islamiste ouvert tout autant sur sa gauche que sur ses dimensions nationalistes et arabes constitue un phénomène politique qui est à même, lui aussi, de recomposer durablement la scène politique moyen-orientale.
 

Notes
[1] Le Fatah, Mouvement national de libération de la Palestine, est l’organisation historique du natio-nalisme palestinien. Le FPLP (Front populaire de libération de la Palestine), et le FDLP (Front démo-cratique de libération de la Palestine), sont les deux organisations principales de l’extrême gauche. Le Hamas – Mouvement de la résistance islamique-, est la première organisation islamiste, en terme de forces militantes. Enfin, le PPP (Parti populaire palestinien), est l’ancien Parti communiste.
[2] Jamal Samhadana a depuis été exécuté dans une opération ciblée israélienne, en juin 2006.
[3] Certaines sources libanaises accusent directement le Hezbollah. Cependant, des dirigeants du Parti communiste laissent aujourd’hui le doute subsister, et n’écartent pas la thèse d’assassinats perpétrés par des groupes intégristes sunnites.
[4] Rabah Mhana, membre du Bureau politique du FPLP, entretien avec l’auteur, Paris, 2 mai 2006.
[5] Maxisme RODINSON, « Rapport entre islam et communisme », Marxisme et monde musulman, Seuil, 1972, pp 167- 168.
[6] A ce sujet, cf. Olivier CARRE, L’Utopie islamique dans l’orient arabe, Presses de la Fondation nationale des sciences politiques, 1994.
[7] L’axe que l’on a communément appelé « palestino- progressiste » est constitué des organisations de la gauche libanaise (Parti socialiste progressiste, Organisation d’action communiste du Liban), et des forces palestiniennes au Liban (Fatah, FPLP, FDLP). Dans les années 1970, c’est lui qui s’oppose principalement, dans le cadre de la guerre civile, aux milices chrétiennes, les Phalanges libanaises.
[8] Saoud al Mawla, entretien avec l’auteur, Quoreitem, Beyrouth, 27 mars 2007.
[9] L’ensemble de ces organisation s’unissent sur le principe du refus inconditionnel des Accords in-térimaires d’Oslo, signés en 1993 par le leader de l’OLP, Yasser Arafat.
[10] Le Mouvement du peuple est une organisation nationaliste arabe de gauche. Son leader, Najah Wakim, ancien député nassérien de Beyrouth, est une figure politique nationale, réputé notamment pour ses campagnes de luttes contre la corruption.
[11] Le point de vue de l’opposition concernant la réforme du système libanais sur le modèle d’un Etat « fort et juste » peut notamment être compris au- travers de deux documents clés : premièrement, le Document d’Entente mutuelle entre le Hezbollah et le Courant patriotique libre du 6 février 2006, et, deuxièmement, le document commun produit par le Parti communiste libanais et le Courant patriotique libre : Comment résoudre la crise politique au Liban ? Les points communs entre le Parti communiste libanais (PCL) et le Courant patriotique libre (CPL), 7 décembre 2006.
[12] La séance d’ouverture de la Conférence, le 16 novembre 2006, au Palais de l’Unesco à Beyrouth, était symbolique de cette convergence progressive entre la gauche mondiale et alter- mondialiste et la mouvance islamo- nationaliste : parmi les intervenants d’ouverture, se trouvaient notamment Mo-hammad Salim, membre du Parlement indien et du Parti communiste indien, Gilberto Lopez, du Parti de la révolution démocratique mexicain, Victor Nzuzi, agriculteur et leader syndicaliste congolais, Georges Ishaak, dirigeant de Kifaya et militant de la gauche égyptienne, Khaled Hadade, Secrétaire général du Parti communiste libanais, et enfin Naim al-Quassem, Secrétaire général adjoint et numéro deux du Hezbollah libanais.
[13] L’opposition Arrogants/ Opprimés renvoie tout droit à la Révolution iranienne de 1979, ainsi qu’au principe doctrinaire du chiisme. Dans le vocabulaire politique de la première période de la Révolution de 1979, le couple Arrogants/ Opprimés signifiait l’opposition entre les pauvres et les riches, mais aussi entre le sud « colonisé » et le nord « impérialiste ». Cette catégorisation était autant adoptée par les Mollahs autour de Khomeyni que par les groupes de gauche et nationaliste.
[14] Olivier Roy, « Le passage à l’ouest de l’islamisme : rupture et continuité », Islamismes d’occident. Etat des lieux et perspectives, sous la direction de Samir Amghar, Lignes de repères, 2006.
[15
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Published by FISCHER
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15 octobre 2007 1 15 /10 /octobre /2007 20:21
 
"Xénophobie d’Etat et 
 
politique de la peur", par
 
Olivier Le Cour
 
Grandmaison
 
 
Nous relayons ci-dessous l’analyse d’Olivier Lecour Grandmaison et sa condamnation des mesures xénophobes prises par le gouvernement français.
 
"Peu après son entrée en fonction, en tant que ministre de l’Immigration, de l’Intégration, de l’Identité nationale et du co-Développement, - une première dans l’histoire de ce pays, de même pour celle des Etats démocratiques puisqu’un tel ministère n’a, semble-t-il, pas de précédent connu : encore une remarquable mais sinistre exception française – Brice Hortefeux demandait à ceux qui condamnaient cette initiative et la politique dont elle était l’expression de le juger non sur des paroles, moins encore sur des intentions supposées, mais sur des actes. Soit.
L’énumération qui suit n’a pas la prétention d’être exhaustive – hélas, elle peut être abondamment et sinistrement complétée par beaucoup d’autres exemples
 5 juin 2007. Une camerounaise de 9 ans est maintenue au centre de rétention de Lyon-Saint-Exupéry avec son père en voie d’expulsion.
 19 juin. Mme Thérèse Kopia, centrafricaine de 68 ans, mère de six filles résidant en France de façon régulière, certaines y ont acquis la nationalité, d’autres disposent de titre de séjour, grand-mère de dix-neuf petits enfants français, est arrêtée au domicile de l’une d’elle, alors qu’elle prend un bain, et immédiatement placée en rétention. Le lendemain, elle est emmenée à Roissy à des fins d’expulsion. Gardée à vue pendant 2 jours, en raison de son refus d’embarquer, elle comparait libre le 19 juillet devant le tribunal de grande instance de Bobigny. Dans son infinie mansuétude, le parquet requiert une peine de quatre mois de prison avec sursis et une interdiction de résider sur le territoire français.
 21 septembre. Pour échapper à un contrôle de police, Chulan Zhang Lui, chinoise sans papiers résidant boulevard de la Villette à Paris, décède après s’être défenestrée ; c’est le cinquième cas en deux mois.
 29 septembre. Deux enfants de 5 et 3 ans scolarisés dans une école maternelle de Digoin, en Saône-et-Loire, sont privés de cantine au motif que leur mère, ressortissante de la République Démocratique du Congo en situation irrégulière, a été placée en centre de rétention pour être renvoyée dans son pays d’origine alors qu’elle est enceinte de huit mois. Pour justifier sa décision, le maire UMP, sûr de son fait et de son bon droit joue avec zèle une partition écrite à l’Elysée en expliquant ceci : « contrairement à la scolarisation, l’accueil à la cantine n’est pas une obligation. » Nouvelle politique justifiant des pratiques inédites ? Non, continuité des orientations mises en œuvre par l’ancien ministre de l’Intérieur, Nicolas Sarkozy, qui, élu président de la République, délègue à d’autres le soin de les appliquer et d’accroître leur sévérité si besoin est.
Ces quelques exemples révèlent plusieurs éléments essentiels. Systématiquement rabattu sur la figure plus inquiétante encore du « clandestin », l’étranger est désormais devenu de façon officielle l’incarnation de dangers multiples qu’il faut conjurer au plus vite par la réunion de moyens matériels, financiers et policiers exceptionnels. A cela s’ajoute, pour atteindre les quotas d’expulsion fixés par l’administration placée sous l’autorité de B. Hortefeux, la mobilisation spectaculaire des préfets, pressés eux aussi de « faire du chiffre » comme on dit du côté de la Place Beauvau et dans les différents commissariats de la douce et très républicaine France des droits de l’homme.
En dépit d’évolutions inscrites dans la longue durée, comment qualifier cette situation marquée par une inflexion substantielle qui fait du renvoi forcé de 25 000 étrangers l’une des priorités nationales du moment, assumée et exécutée par un ministère ad hoc dont la fonction est aussi de défendre une identité nationale « menacée », entre autres, par ces « flux migratoires », dit-on ?
Certains, moins habiles sans doute dans l’euphémisation du langage - peut-être déclarent-ils tout haut ce que leurs nouveaux maîtres pensent tout bas ? - affirment : « Il ne faudrait pas qu’une immigration mal agencée vienne remettre en cause le régime républicain. Il peut y avoir des ennemis de la République qui s’arrogent tous les moyens pour mettre les institutions en danger. L’auteur de cette très singulière déclaration, qui fait croire à l’imminence d’un péril démocratique majeur, n’est autre que François Guéry, philosophe de son état et désormais tout nouveau secrétaire général du Haut Commissariat à l’Intégration. Haut Commissariat dont la présidence est assurée par “l’Immortelle” Carrère d’Encausse dont chacun a pu apprécier l’étendue des compétences sur le sujet comme le prouvent, notamment, ses profondes et pertinentes déclarations relatives aux émeutes de l’automne 2005 provoquées, selon elle, par des Africains polygames. Bel attelage qui est assurément une garantie de scientificité et d’objectivité pour le nouvel organisme créé.
Aux agissements politico-policiers évoqués à l’instant succèdent donc des discours absolument décomplexés et sans tabous, conformément à la doxa de saison, qui justifient les premiers en même temps qu’ils légitiment la mise en place de ces institutions chargées de protéger le pays des étrangers et de leurs agissements.
A quel type de pratiques et de discours ressortissent celles et ceux qui viennent de retenir notre attention ? De quoi la création du Ministère et du Commissariat précités est-elle l’expression ? De quoi sommes-nous aujourd’hui les témoins ? De l’avènement d’une xénophobie d’Etat et d’institution qui ne cesse de mettre en scène, et en discours, la peur de l’étranger contre lequel des dispositions exorbitantes du droit commun doivent être arrêtées, puis mis en œuvre par des pouvoirs publics mobilisés comme jamais pour combattre les dangers annoncés. Politique de la peur et de la stigmatisation donc qui ne peut que valider, encourager et contribuer à l’induration des sentiments xénophobes déjà présents chez une partie de la population. Et au terme de ce processus, sans terme véritable, ceux-là mêmes qui spéculent ainsi sur le rejet de l’Autre prétendront agir conformément aux craintes de l’opinion publique et pour mieux défendre les Français dont ils se disent à l’écoute. Triomphe de la démagogie érigée en principe pour mieux conquérir le pouvoir et le conserver. Double politique de la peur en fait ; il ne s’agit pas seulement de la susciter et de l’entretenir chez les nationaux mais d’en faire aussi un instrument tourné cette fois contre les étrangers à qui il faut faire peur et rendre la vie aussi pénible et précaire que possible pour mieux « endiguer les flux migratoires. »
De là la multiplication des contrôles policiers effectués en des lieux et à des heures choisis, des visites domiciliaires et des expulsions auxquels s’ajoutent des réformes incessantes et toujours plus restrictives qui créent une instabilité juridique structurelle pour les personnes concernées. De là aussi la violation grave, répétée et systématique d’une Convention des Nations Unies relative aux Droits de l’Enfant et de dispositions législatives qui précisent « que l’étranger mineur ne peut pas faire l’objet d’une mesure de reconduite à la frontière (Article L. 511-4, Ceseda). »
Selon les services de la CIMADE, environ 400 enfants auraient été placés en centre de rétention au cours de l’année 2005. En ces matières, les forces de police, couvertes parce qu’encouragées par leur autorité de tutelle et par le pouvoir politique dans son ensemble, méconnaissent ainsi, depuis longtemps déjà, un Traité international, pourtant ratifié par la France, et des dispositions juridiques nationales votées par le Parlement. Excusez du peu.
L’addition de ces différents faits, avérés, constatés et consignés par de nombreuses institutions et associations, tant nationales qu’européennes, dans des rapports publics aisément accessibles, ne sont pas des accidents marginaux et limités dans le temps. Au contraire, leur mise en perspective révèle ceci : les principes républicains et le respect des lois, invoqués de façon solennelle par les uns et les autres, couvrent leur violation courante et parfois systématique légitimée par les impératifs de la sécurité et de la mise en scène démagogique des résultats, lesquels permettent à l’actuel président de la République et à son ministre Hortefeux de faire croire qu’ils disent ce qu’ils font et qu’ils font ce qu’ils disent alors qu’ils sont à l’origine du développement de pratiques illégales dont certaines ont été jugées telles par le Conseil d’Etat et par le commissaire européen aux Droits de l’Homme ! Relativement aux orientations mises en œuvre en matière d’immigration, les conseillers en communication de l’ancien premier ministre, D. de Villepin, avaient ciselé cette formule supposée résumer les orientations du gouvernement : « Humanité et fermeté. » Formule aujourd’hui reprise et répétée en chœur par ceux qui appartiennent à l’actuelle majorité au moment où ils s’apprêtent à voter une loi plus restrictive que jamais sur l’entrée et le séjour des étrangers. Au regard de la politique conduite hier et aujourd’hui toujours appliquée, nous savons ce qu’il en est de cette humanité prétendue ; elle est le masque de l’inhumanité, celle-là même qui permet d’arrêter des enfants, de les placer en centre de rétention et de les expulser, celle-là même qui pousse des hommes et des femmes à fuir la police au péril de leur vie, celle-là même qui conduit à séparer les membres d’une même famille, celle-là même qui ruine, jour après jour, l’existence de dizaines de milliers de personnes vouées, dans ce pays, à la clandestinité et à une terrible précarité. Quant à la fermeté, elle ne fait que couvrir les pratiques et les dispositions précitées qui sont tout à la fois illégales et illégitimes.
De cela, le chef de l’Etat et tous les membres de son gouvernement sont responsables et coupables, de même, bien sûr aussi, les personnalités supposées incarner l’ouverture qui ont les mesquines indignations de leurs dévorantes ambitions. A défaut de pouvoir empêcher l’adoption prochaine des nouvelles mesures scélérates annoncées, tous ceux qui les condamnent doivent refuser de les appliquer et rendre public leurs effets dramatiques. "
Olivier Le Cour Grandmaison. Université d’Evry-Val- d’Essonne. (Derniers livres parus : "Coloniser, exterminer" et "Le retour des camps ?")
CAPJPO-EuroPalestine
 
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15 octobre 2007 1 15 /10 /octobre /2007 20:11
 
  Apprendre pour comprendre : Thomas Sankara assassiné il y a vingt ans pour s’être mis du côté du peuple travailleur des villes et de la campagne.
 
  Le 4 août 1983, un soulèvement populaire dans le pays de la Haute Volta en Afrique de l’Ouest, un des pays les plus pauvres du monde, a initié une des plus profondes révolutions de l’histoire de l’Afrique. Son dirigeant était Thomas Sankara qui, à l’âge de 33 ans, est devenu le président du nouveau gouvernement. Le pays a été renommé Burkina Faso ce qui signifie le pays des hommes intègres.
 
  Au cours des quatre années suivantes, la révolution burkinabé a réalisé un programme ambitieux comprenant une réforme agraire, la lutte contre la corruption, le reboisement pour stopper l’avancée du désert et prévenir la famine et la priorité à l’éducation et aux soins de santé.
 
  Afin de mettre ces mesures en application, le gouvernement a encouragé l’organisation, la mobilisation et l’éducation politique des paysans, des travailleurs, des femmes et des jeunes du pays. Il a accordé une grande importance à la solidarité du Burkina Faso avec les luttes de libération qui se déroulaient dans le monde, de la bataille contre l’apartheid en Afrique du Sud aux mouvements révolutionnaires à Cuba, au Nicaragua et en Palestine.
 
  Le 15 octobre 1987, Thomas Sankara a été assassiné au cours d’un coup d’Etat contre révolutionnaire qui a détruit le gouvernement révolutionnaire. Thomas Sankara a été assassiné il y a vingt ans par le despote néo colonial Blaise Compaoré, actuel dirigeant du Burkina Faso et grand ami de Sarkozy et de Bolloré mais du « fiston » Mitterrand et d’André Tarallo, les messieurs Afrique des présidents de 1981 à 2007.
 
  Une semaine avant sa mort, le capitaine Sankara, parlant à propos du dirigeant de la révolution cubaine assassiné, le commandant Ernesto Che Guevara, avait dit : « en tant qu’individus les révolutionnaires peuvent être tués, mais vous ne pouvez pas tuer les idées ».
 
  Cette affirmation a été confirmée dans le cas de Thomas Sankara lui même. Il est devenu un symbole pour des millions de personnes à travers l’Afrique qui ont vu dans la révolution burkinabé une source d’inspiration pour la bataille pour la libération nationale et sociale véritable de l’Afrique.
 
  Et comme le deviendra Georges Ibrahim Abdallah, à qui, la justice « politique » servie par la DST, vient de refuser sa septième demande de libération au motif « qu’il est dangereux de le renvoyer au Liban dans les conditions politiques actuelles ». Le Liban dont les marionnettes au pouvoir ne sont pas elles, des hommes intègres, mais liées de près aux intérêts des colonisateurs impérialistes, des faucons israéliens et des lobbies sionistes.
 
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14 octobre 2007 7 14 /10 /octobre /2007 21:17
Faut-il être un « corbeau » pour affirmer l’allégeance de
 
Sarkozy à Israël ?
  
 
 
 
C’est un étrange papier qu’un journaliste nommé Jean-Marc Leclerc a publié vendredi sur le site internet du très sarkozyste quotidien Le Figaro.
 
L’article (à lire, ci-dessous), annonce, en substance, que les services de police ont déployé d’importants moyens pour identifier l’auteur d’un courriel affirmant que Sarkozy et plusieurs de ses lieutenants (Patrick Balkany, Pierre Lellouche, Patrick Devedjian et Manuel Aeschlimann) sont liés à l’appareil d’Etat israélien, via un des services secrets de celui-ci, le Mossad.
 
L’article (à lire, ci-dessous), annonce, en substance, que les services de police ont déployé d’importants moyens pour identifier l’auteur d’un courriel affirmant que Sarkozy et plusieurs de ses lieutenants (Patrick Balkany, Pierre Lellouche, Patrick Devedjian et Manuel Aeschlimann) sont liés à l’appareil d’Etat israélien, via un des services secrets de celui-ci, le Mossad.
 
Pour ne s’en tenir qu’à Sarkozy, cette affirmation, quand bien même elle a pris des voies tortueuses -un courriel anonyme- pour parvenir à ses destinataires -des hiérarques de la police française- n’a pourtant absolument rien d’un scoop.
 
Depuis qu’il a accédé à des responsabilités politiques importantes, à partir de 2002 comme ministre de l’Intérieur puis chef de l’UMP et enfin candidat à la présidentielle, Sarkozy n’a en effet eu de cesse de coller au plus près à la politique israélienne, en n’importe quelle occasion.
 
Citons, pour mémoire, la collusion permanente entre Sarkozy et le lobby israélien en France (le CRIF, ou cette autre officine qu’est l’Association des Professionnels Juifs de France) dans la mise en oeuvre du chantage à l’antisémitisme et de la stigmatisation des Arabes et des musulmans en France, la collaboration entre les polices française et israélienne dans le sillage de la révolte des banlieues en novembre 2005, la glorification de la « fraternité d’armes » franco-israélienne à propos de l’attaque contre l’Egypte de 1956, ou bien encore cette entrevue, en juillet 2006, entre un ministre israélien et Sarkozy, où celui-ci demande à son interlocuteur « de combien de temps Israël a besoin pour finir le travail », c’est-à-dire la destruction du Liban.
 
Le Sarkozy devenu chef de l’Etat ne s’est bien évidemment pas renié : sitôt élu, il a confirmé son allégeance totale à l’OTAN, aux dirigeants américains, et à leurs partenaires israéliens, notamment sur le dossier actuellement privilégié par ces derniers, la préparation des esprits (et des munitions) à une guerre contre l’Iran. Son paillasson Kouchner est rapidement allé en visite officielle à Tel-Aviv, tandis que sa copine Rachida Dati s’apprête à faire de même la semaine prochaine, sans doute pour y puiser quelque inspiration en matière de « justice ».
 
Quant aux comparses de Sarkozy « dénoncés » (les guillemets étant de rigueur, les intéressés n’ayant aucune raison de trouver infamantes les amitiés qui leur sont prêtées par le « corbeau »), les états de service pro-israéliens de d’eux d’entre eux au moins sont du même tonneau que ceux de leur chef. Balkany, maire de Levallois (Hauts-de-Seine), participe ouvertement aux opérations de collecte de fonds pour l’armée israélienne, tandis que Lellouche est l’un des principaux animateurs de la campagne contre l’Iran.
 
Alors, le « journaliste » qui insinue que l’affirmation de tels liens ne peut être que l’oeuvre d’un corbeau malveillant, est au mieux un fumiste. Tout comme les policiers qui font mine de déployer les grands moyens pour lui mettre la main dessus.
 
Voici maintenant l’article du Figaro
 
Les étranges accusations d’un cybercorbeau
 
JEAN-MARC LECLERC.  Publié le 12 octobre 2007 Actualisé le 12 octobre 2007 : 07h19
 
La PJ enquête sur un courriel envoyé durant la présidentielle à cent hauts responsables de la police. Il affirmait que Sarkozy, comme Balkany, Lellouche, Devedjian et Aeschlimann, étaient liés au Mossad.  
 
UNE OFFICINE a-t-elle voulu déstabiliser Nicolas Sarkozy durant la campagne présidentielle ? Une enquête confiée à la Direction centrale de la police judiciaire doit l’établir. Fin mars 2007, dans la dernière droite de l’élection, tous les directeurs départementaux de la sécurité publique, soit une centaine de hauts fonctionnaires, ont été destinataires d’un étrange courriel. Le futur président y était taxé, ni plus ni moins, d’avoir été recruté dans les années 1980 par le Mossad, le service secret israélien.   Le texte envoyé se présente sous la forme d’une « note de synthèse » de deux pages. Son titre : « L’infiltration du Mossad israélien dans l’UMP. Nicolas Sarkozy : le quatrième homme. » Au-dessus, un pseudo-logo de la « DGSE ». « Tout cela respire la manip à plein nez, avec des relents d’extrême droite », prévient un cadre dirigeant au ministère de l’Intérieur.   Selon l’auteur du message, en 1978, le gouvernement de Menahem Begin aurait commandité l’infiltration du parti gaulliste pour en faire une sorte de partenaire d’Israël. L’opération aurait été montée par Rafael Eytan, maître-espion israélien. « Trois citoyens français prédisposés à collaborer » auraient donc été ciblés : Patrick Balkany, Patrick Devedjian et Pierre Lellouche. Balkany est présenté comme le chef du « réseau ».   En 1983, Patrick Balkany aurait recruté le « jeune et prometteur » Sarkozy, le « quatrième homme du Mossad ». Une cinquième recrue serait venue compléter le dispositif dans les années 1990 : Manuel Aeschlimann, député-maire d’Asnières (Hauts-de-Seine). Le cybercorbeau affirme que ce proche de Sarkozy est « chargé d’établir des contacts avec des responsables iraniens en France ». Une assertion d’autant plus perfide que sa ville d’Asnières accueille effectivement une forte communauté iranienne.   Aucune empreinte   Embarrassé, l’état-major policier d’alors a dû rapporter en haut lieu le contenu de ce courriel farfelu et la qualité de ses destinataires. Aussitôt, une enquête a été diligentée, confiée à la PJ. Les policiers ont découvert que le message est parti d’un cybercafé du Val-d’Oise.   Mais le corbeau a bien choisi le lieu de ses persiflages : dans ce commerce où l’anonymat est la règle, puisque la loi n’impose pas de présenter ses papiers pour accéder aux ordinateurs, il n’y avait pas de vidéosurveillance. Aucune empreinte, aucune trace d’ADN n’a pu être exploitée. L’expertise des machines n’a rien donné. Pas plus que l’analyse sémantique du texte.   Et l’enquête se poursuit à la demande du parquet. Au risque de donner à cette affaire une importance qu’elle ne méritait pas.
 
CAPJPO-EuroPalestine
 
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14 octobre 2007 7 14 /10 /octobre /2007 20:29
 Royal, Hollande, Lévy, Val, Sopo, Rocard, Lang font donc une petite campagne, ils font une pétition, ils font un concert au Zénith de Paris le dimanche 14 octobre, contre l’amendement Mariani relatif à l’utilisation des tests ADN pour le tri et la sélection entre la bonne et la mauvaise immigration, entre l’immigration utile et l’immigration jetable.
 
  Ils sont contre l’amendement Mariani, ils ne sont pas contre la loi Hortefeux, ils sont pour une bonne loi contre l’immigration.
 
  Rocard et Lang participaient et prenaient position pour la politique d’ouverture de Sarkozy.
 
  Kouchner et Amara prenaient position contre l’amendement Mariani mais ne voyaient pas la contradiction entre cette opposition à l’amendement Mariani et leur participation au gouvernement Sarkozy Fillon Hortefeux. On ne connaît toujours pas la position de Finkielkraut, de Dray et de Boutih.
 
  Sopo est le président de SOS Racisme et cette association est une création artificielle du parti socialiste il y a vingt ans.
 
  Amara est la présidente fondatrice de Ni Putes Ni Soumises et cette association est une création artificielle du parti socialiste il y a dix ans.
 
  Quand Amara annonçait sa participation au gouvernement Sarkozy Fillon Hortefeux, elle recevait les chaleureuses félicitations de Sopo, comme si elle prenait sa place.
 
  Encore un effort, camarades, et Sarkozy, Fillon, Hortefeux et Amara organiseront bientôt un grand concert au Zenith pour bien sûr l’application de leur politique raciste et eugéniste contre l’immigration, pour l’ouverture et l’union nationale politicienne, mais pour la fermeture des cœurs et des frontières.
 
  Encore un effort, camarades, et Royal, Hollande, Lévy, Val et Sopo participeront au prochain gouvernement Sarkozy des charters et des centres de rétention.
 
  Quant aux véritables militants et organisations anti racistes et anti colonialistes, ils participeront massivement à la manifestation pour l’abrogation de la loi Hortefeux, samedi prochain, samedi 20 octobre à 14 heures 30 à Paris, le rendez vous est au métro Belleville.
 
 
 www.fischer02003.over-blog.com            
 
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13 octobre 2007 6 13 /10 /octobre /2007 18:49

Après avoir rencontré Boutin, le campement de la rue de la Banque est investi par les CRS.

 
Par Karl Laske
 
QUOTIDIEN : samedi 13 octobre 2007
 
«Le cabinet de Christine Boutin nous a reçus le 3 octobre en nous promettant des nouvelles. Sa réponse, c’était les CRS démontant les tentes à 4 h 30 du matin», constate Jean-Baptiste Eyrault. Après avoir été brutalisé et placé quatre heures en garde à vue, jeudi à Paris, le président de Droit au logement (DAL) a rejoint dans la nuit les familles qui occupent les trottoirs de la rue de la Banque, devant le «ministère de la crise du logement», un squat récemment racheté par la ville de Paris en face de la Bourse.
 
Trottoir.  Les sans-logis ont choisi ce point de ralliement après des interpellations massives effectuées préventivement, mercredi 3 octobre, au métro Riquet. «On tourne sur 230 ménages qui participent à l’action, explique Eyrault. On fait des recensements tous les jours.» Vendredi, les militants du DAL comptabilisaient aussi le nombre d’assauts policiers sur le campement. Le 5 octobre, au petit matin, le 9 dans la nuit, et jeudi en plein après-midi. Lors de la deuxième intervention, toutes les tentes de survie ont été saisies sur ordre du procureur de la République. Mercredi soir, les familles ont dormi sur le trottoir, sous la garde de gendarmes alignés à un mètre d’elles.
Jeudi après-midi, nouvel assaut. « La première vague, ça a été des policiers en civil, avec des gants bleus, qui sont venus retirer les bâches, les couvertures et puis les affaires personnelles, les sacs et mêmes les chaussures, raconte Annie. Puis les CRS sont venus faire de la désincrustation . Ils ont pris les militants pour les séparer des familles.» Assis au milieu d’elles, Jean-Baptiste Eyrault et trois autres militants ont été extraits par les CRS. «Un civil a dit on interpelle , et ils sont tombés sur nous, raconte Bruno. Moi, ils m’ont collé contre le mur, et ils m’ont fait tomber, et puis ils nous ont plaqués au sol. Ils nous écrasaient le visage avec leurs bottes.» Bruno a les poignets rougis par les «serflex» - dits aussi «colliers de serrage». «Ils se sont mis à quatre sur Babar [surnom de Jean-Baptiste Eyrault, ndlr]», raconte une militante. «Ils l’ont tapé franchement», dit un autre.
Après avoir donné un cours d’architecture vendredi matin, «Babar» donne de ses nouvelles à chacun et concède qu’il s’est fait secouer. «L’interpellation a été assez brutale, raconte-t-il. Et, après nous avoir mis à terre, ils nous ont exposés aux photographes comme des prises de guerre. Didier s’est évanoui au commissariat parce qu’il avait trop mal aux poignets. Il s’est ouvert le crâne en tombant dans l’escalier.»
Les familles se sont regroupées rue Réaumur. Jeudi, Fatumata, 28 ans, enceinte et brutalisée elle aussi, a été conduite par les pompiers à l’hôpital pour une échographie de contrôle. «Les CRS m’ont bousculée, dit-elle, les yeux embués. Ils ont pris nos couvertures, ils m’ont retiré mes chaussures et m’ont donné des coups de pied. Je n’arrive pas à tenir la tête droite. Cela fait neuf jours que je dors ici.» Réfugiée politique guinéenne, elle habite un studio de 13 m2 dans le XVIIIe arrondissement, avec deux enfants de trois ans et de quatre ans et demi. Elle paye 450 euros de loyer par mois, en liquide, sans quittance et sans eau chaude. Sa demande de logement date de 2005. Rue Réaumur, tous lui demandent comment elle va. «Ça va mieux», répond-elle. Soudain, elle pleure.
Le DAL tient à jour les dossiers des familles qui participent à l’action. «Les familles ­logées à l’hôtel paient une moyenne de 2 000 euros leur hébergement», explique Bru­no. «La plupart d’entre elles sont coincées dans un hébergement temporaire, dit Benoîte. Ça pompe tout leur argent.»
 
«Admirables».  Dans la nuit de jeudi à vendredi, la police a maintenu un blocus autour du ministère de la crise, devenu la base arrière des manifestants. Nourriture et médicaments étaient bloqués à l’entrée de la rue. «Ils ne laissaient pas non plus entrer dans le bâtiment, même pour faire pipi, dit une militante. L’avocat du DAL devait nous accompagner pour pouvoir passer.»
Dans la journée, les familles se sont relayées au sous-sol, l’ancienne salle des coffres d’une banque, pour se réchauffer. Parmi les gendarmes mobiles qui ont remplacé les CRS, certains jouent l’apaisement. «On vous trouve admirables parce qu’on vous a vus dormir là», dit un gendarme à une militante. Mais l’absence de contacts avec la préfecture ou les services de Christine Boutin laisse mal augurer de la suite. «Cela peut encore monter d’un cran», dit Eyrault. Alors que les quais du canal Saint-Martin ont été vidés des SDF, les autorités semblent déterminées à interdire des tentes de survie dans Paris cette année.
·           
http://www.liberation.fr/actualite/societe/284393.FR.php
 
 
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11 octobre 2007 4 11 /10 /octobre /2007 19:59
Début d'une nouvelle évacuation des mal-logés rue de la Banque à Paris
 
PARIS (AFP)
 
 
 Les forces de l'ordre commencent à évacuer de force plusieurs dizaines de mal-logés installés rue de la Banque à Paris
 
Des policiers et des gendarmes ont commencé jeudi après-midi à évacuer de force plusieurs dizaines de mal-logés installés rue de la Banque à Paris (IIe) après le démantèlement la veille de leur campement de fortune.
Quatre militants du DAL (Droit au Logement), dont le porte-parole, Jean-Baptiste Eyraud, ont été menottés au sol au cours de l'opération. Cette nouvelle évacuation, menée par une quarantaine de gendarmes mobiles, une vingtaine de CRS et une dizaine de policiers en civil, a commencé peu avant 17H30.
Les forces de l'ordre, qui ont déployé plusieurs véhicules, faisaient entrer de force les mal-logés, dont un grand nombre de femmes, certaines avec des enfants, dans le "ministère de la Crise du logement", un bâtiment où des associations, dont le DAL, se sont installées en décembre 2006, racheté depuis par la Ville de Paris, qui leur a accordé un bail.
Les policiers s'emparaient des couvertures et bâches installées sur le trottoir pour les emporter dans leurs véhicules.
Des femmes ont hurlé et tenté de résister. L'une d'entre elles, visiblement choquée, a était prise en charge sur place par des pompiers.
Plusieurs dizaines de manifestants venus à la rescousse des mal-logés ont entrepris de bloquer la rue du Quatre-Septembre, provoquant un embouteillage jusqu'à la place de l'Opéra, scandant des slogans comme "application de la loi de réquisition", "solidarité avec les mal-logés" et "la honte, la honte, la honte sur Sarkozy!".
Au début de l'évacuation, un policier en civil avait appelé son état-major pour se plaindre d'un manque d'effectifs.
"Cela commence à bien faire, on est trois pour les évacuer, les gendarmes nous regardent en se marrant", avait-il déploré devant un journaliste de l'AFP.
Les mal-logés qui avaient réinstallé leur campement rue de la Banque ont été contraints par des policiers et des gendarmes de quitter les lieux mercredi matin.
Le 3 octobre, plusieurs dizaines de familles de mal-logés s'étaient installées sous des tentes à même la chaussée, dans la même rue, au pied du "ministère de la Crise du logement", après une intervention policière qui avait fait tourner court une opération lancée à l'initiative du DAL.
 
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9 octobre 2007 2 09 /10 /octobre /2007 22:11
9 au 13 octobre 2007
Marche Chartres - Paris
pour le moratoire,
pour la liberté et le droit de produire
et consommer sans OGM
A l’appel des associations, organisations et syndicats, initiateurs de l’Appel d’Orléans1, une Marche nationale pour le Moratoire OGM se déroulera de Chartres à Paris du 9 au 13 Octobre 2007. 
Jean-Louis Borloo, Ministre d’Etat en charge du Grenelle de l’Environnement, a déclaré : « Sur les OGM, tout le monde est d’accord : on ne peut pas contrôler la dissémination. Donc , on ne va pas prendre le risque »  (Le Monde 20 septembre 2007) 
Au delà de cette déclaration de principe et au vu des réactions qu‘elle a provoquées et des annonces faites à l’issue des travaux des groupes du Grenelle de l’Environnement, la mobilisation doit être amplifiée. 
C’est pourquoi les Marcheurs et les nombreux acteurs de la lutte pour la liberté et le droit de produire et consommer sans OGM défileront dans Paris
 
SAMEDI 13 OCTOBRE 2007
 
10 heures - Porte d’Ivry : départ de la dernière étape de la marche
 
13 heures - rassemblement devant l’Hôtel de Ville de Paris
Dégustation de produits de qualité (fromages, salaisons, etc.) emblématiques de l’agriculture paysanne et garantis sans OGM.
 
15 h 30 à 20 h - grande réunion publique d’information et de débats
à l’Université de Paris VIII Saint-Denis (Amphithéâtre du département de Géographie)
par le métro ligne 13, Châtillon Montrouge - St-Denis Université, arrêt St-Denis Université.
 
15.30 Introduction et présentation de la conférence
15.45 Moratoire et loi sur les OGM Enjeux en France
Panorama de la législation européenne.
Présentation de la situation réglementaire d’Etats européens ayant un moratoire et une loi de protection
Interventions institutions et ONG européennes
 
17.00 Produire et consommer sans OGM
Eclairages sur dangers des contaminations et intérêt de produire sans OGM Grands témoins français et européens
 
18.00 Evaluation scientifique et expertise indépendante
Etats des lieux et enjeux
Interventions Scientifiques et ONG
19.00 Conclusions et déclaration finale
 
 
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9 octobre 2007 2 09 /10 /octobre /2007 22:04
Lette ouverte des universitaires palestiniens à Mme Sally Hunt, Secrétaire Générale du Syndicat des Universités et Etablissements d'Enseignement Supérieur
 
Après avoir voté une résolution en faveur du boycott universitaire contre Israël, le Syndicat britannique des Universités et Etablissements d'Enseignement Supérieur (UCU) annule la tournée des professeurs palestiniens organisée par leurs homologues britanniques.

Par PACBI
29 septembre 2007
 
C'est avec consternation, mais sans véritable surprise, que nous avons reçu votre lettre du 28 septembre 2007 adressée aux membres de la délégation du Syndicat universitaire palestinien, les informant de la décision de la direction du Syndicat des Universités et Etablissements d'enseignement supérieur d'annuler leur tournée de conférence en Grande Bretagne pour discuter sur le boycott universitaire d'Israël avec leurs collègues universitaires.

Nous souhaitons vous dire clairement que nous pensons que vos collègues britanniques ont été privés d'une occasion de mieux s'informer sur une question qui préoccupe des universitaires et intellectuels de conscience partout dans le monde.

De plus, nous sommes déçus de voir que la direction d'une association d'universitaires aussi importante que la vôtre n'a pas défendu le droit de ses membres à engager un débat sur le sujet. Le débat et la discussion ouverts sont les fondements de la liberté universitaire, et nous ne pouvons donc pas comprendre pourquoi la porte ouverte à une réflexion sur des idées controversées a été fermée aussi brutalement.

Nous continuerons à chercher d'autres voies pour faire entendre notre cause dans la communauté universitaire du Royaume Uni, et nous ne nous laisserons pas dissuader par l'annulation de l'invitation que nous a adressée l'UCU (University and College Union).

Bien que nous n'ayons pas les moyens du lobby israélien au Royaume Uni, nous sommes convaincus que des universitaires britanniques équitables souhaitent entendre notre argumentation et la prendre en considération. La vérité est plus forte que le pouvoir, et nous faisons confiance en l'intégrité des universitaires britanniques pour savoir cela de façon instinctive.

Nous ne pensons pas que vos membres ignorent le rôle prépondérant joué par le prédécesseur de l'UCU, l'AUT (Association of University Teachers), dans la défense de l'engagement universitaire pour la justice. Pendant la lutte contre l'odieux régime d'apartheid d'Afrique du Sud, les universitaires britanniques étaient à l'avant-garde du boycott contre l'Etat raciste. Nous ne voyons pas pourquoi la prise en compte de stratégies de lutte contre l'oppression israélienne sur les Palestiniens devrait être soumise à des considérations différentes.

Nous apprécions les sentiments exprimés dans votre lettre sur "la recherche de voies pour ouvrir le dialogue avec la communauté universitaire palestinienne en édifiant la solidarité". La meilleure forme de solidarité avec les Palestiniens, qu'ils soient universitaires ou autres, est une action directe destinée à mettre fin à l'occupation et au régime d'apartheid en Palestine.

Isoler Israël sur la scène internationale par diverses formes de boycott et de sanctions, et l'obliger à se conformer à la législation internationale et à respecter les droits palestiniens est une des stratégies accessibles à la société civile internationale, y compris aux membres de votre université.

Nous sommes confiants que vos collègues britanniques vont se rendre compte qu'une véritable solidarité avec les universitaires palestiniens requiert un engagement politique pour mettre fin à l'oppression et à l'injustice.

Sincèrement,

Dr. Amjad Barham

Président de la Fédération des Syndicats des Enseignants et Employés des Universités Palestiniennes.

Pour comprendre le revirement de l'UCU, lire "Choc et crainte universitaires"
 
Source : PACBI
Traduction : MR pour ISM
 

 

Mercredi 03 Octobre 2007
 
 
Source :
http://www.alterinfo.net
 
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