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21 août 2017 1 21 /08 /août /2017 19:38

 

 

INTERVIEW DE JACQUES RANCIERE PAR AUDE LANCELIN

 

Vous trouverez ci-dessous la première partie d’une interview de Jacques Rancière par Aude Lancelin.

L’interview est disponible en totalité si vous consultez le site www.elcorreo.eu.org à l’adresse ci-dessous.

 

Bernard Fischer

 

http://www.elcorreo.eu.org/En-quel-temps-vivons-nous-Entretien-avec-Jacques-RANCIERE

 

En quel temps vivons-nous ? Que sauver d’un système politique français à la dérive ?

 

Interview de Jacques Rancière par Aude Lancelin

 

Lundi 7 Août 2017

 

Le philosophe Jacques Rancière était l’invité d’Aude Lancelin dans la guerre des idées du 20 juin 2017. Voici la transcription de cet entretien.

 

Aude Lancelin. Jacques Rancière, bonjour, je remercie le grand philosophe de la politique que vous êtes de venir nous aider à comprendre ce qui se passe dans un pays démocratique où l’on peut obtenir les pleins pouvoirs avec le soutien de moins de onze pour cent du corps électoral. Une des leçons très cruelles de votre nouveau livre de dialogue avec l’éditeur Eric Hazan, « en quel temps vivons-nous », c’est que, quelle que soit l’abstention de masse et quels que soient les dysfonctionnements du système représentatif, celui-ci tient le coup. Il organise même un fonctionnement de plus en plus oligarchique de nos sociétés, sans rencontrer d’obstacle sérieux. Il ne suffit pas de tourner le dos au système électoral pour qu’il s’effondre de lui-même, il continue à fonctionner sans les classes populaires, sans la gauche, jusqu’à quand ?

 

Jacques Rancière. Je pense que le système représentatif est fait pour fonctionner sur l’appui d’une minorité. Il y a toujours cette confusion entre démocratie comme pouvoir de tous et système représentatif. Le système électoral fait qu’on confond les deux mais fondamentalement le système représentatif est dans son essence un système oligarchique. Au dix huitième siècle le système représentatif est ainsi fait pour qu’une petite partie de la population supposée éclairée, représentative et consciente des intérêts généraux pour la société, puisse gouverner avec le moins d’obstacles possibles. Au moment des révolutions du dix neuvième siècle et du vingtième siècle a émergé une croyance dans le pouvoir du peuple, qui pourrait s’exprimer à travers le système électoral et la représentation. Aujourd’hui, on en revient au fait que, de différentes manières, le pouvoir est toujours celui d’une petite minorité. Avant, c’était une classe sociale. Maintenant, il est difficile de dire quelle classe sociale peut véritablement gouverner le pays, même si on sait quels intérêts ce système sert. Par conséquent, on a eu une professionnalisation qui a produit ce rapport entre une gauche et une droite qui fondamentalement pensaient et faisaient la même chose. Et du même coup, se désignaient eux-mêmes comme représentants du système et appelaient à un sursaut hors système ou antisystème. Pour résumer, le système produit lui-même son antisystème. Ce que nous voyons avec Emmanuel Macron et la République En Marche (REM), c’est une forme inédite et inattendue de production par le système de son antisystème. Je veux dire que le système représentatif a engendré en creux plusieurs alternatives possibles. Il y a l’alternative du style de Marine Le Pen, à savoir le peuple des profondeurs qui va balayer tous les gens du système, et puis bien sûr il y a la forme d’Emmanuel Macron, qui est une forme plus adaptée parce qu’elle remplace le système par le système lui-même. Au fond, qu'avons nous comme grande nouveauté sous la bannière de la REM ? Ce sont des alliances que nous avons déjà connues dans d’autres pays européens, nous pouvons penser à l’Allemagne, à la différence que les partis gardaient leur autonomie, tout en faisant fondamentalement la même politique, tantôt adversaires et tantôt alliés.

 

Aude Lancelin. Vous affirmez dans ce livre qu’une sorte d’incroyance radicale à l’égard des élections et de leur capacité à changer nos vies est devenue le mode normal de rapport à la chose politique, autant chez les gens qui votent que chez ceux qui ne votent pas. Pourquoi une telle résignation s’est-elle installée au fil du temps au sein du peuple ?

 

Jacques Rancière. Je crois qu’il y a toujours l’idée un peu fausse qu’un système d’adhésion fonctionne sur de la croyance et sur le fait que véritablement on a des convictions. Cela renvoie à l’idée que la majorité des gens sont des ignorants ou des gens qui s’illusionnent et qui bien sûr votent en fonction de leurs illusions, avec l’idée que, le jour où ils perdent leurs illusions, tout s’effondre. Je ne le pense pas. Je pense que dans tous les domaines où la croyance est en jeu, il y a une espèce de glissement de l’intelligence dominante. Parce que maintenant, tout le monde est intelligent. Il y a un système d’incroyance qui s’est généralisé et qui par conséquent permet à la fois l’adhésion et la distance. L’important, dans les types de société dans lesquelles nous vivons, c’est de pouvoir à la fois croire et ne pas croire. Au fond, c’est ce que j’ai essayé d’analyser dans « le maître ignorant » à la suite de Joseph Jacotot, à savoir cette logique des inférieurs supérieurs. Si nous pouvons mépriser le système qui nous domine, nous pensons que cela va. Si nous pouvons mépriser les journalistes, si nous pouvons mépriser la publicité et si nous pouvons mépriser finalement tout ce qui nous gouverne, à ce moment-là, nous nous sentons supérieurs aux gens qui nous dominent. C’est une forme d’adhésion.

 

Aude Lancelin. Est-ce qu’il n’y a pas une croyance qui demeure, ne serait-ce que par le fait que nous vivons dans une démocratie effective ? Par exemple, l’élection présidentielle est une élection qui demeure populaire et pour laquelle les gens se déplacent. C’est l’une des critiques que vous adressez dans ce livre au mouvement des Nuits Debout. Plutôt que d’appeler à ne plus jamais voter pour le Parti Socialiste par l’entremise de François Ruffin, mieux aurait fallu appeler à abolir l’élection présidentielle. Est-ce qu’un tel mot d’ordre ne reste pas élitiste ? Est-ce qu’il ne peut pas être entendu seulement de cercles intellectuels restreints et déjà très politisés ?

 

Jacques Rancière. Pourquoi serait-il spécifiquement élitiste ? Effectivement nous sommes dans une situation paradoxale où l’élection présidentielle, qui au fond est la confiscation la plus résolue de la puissance supposée être celle de tous, apparaît comme celle qui véritablement est l’essence de la démocratie. Nous savons bien que l’élection présidentielle a été créée en 1848 essentiellement contre le peuple des clubs, contre le peuple démocrate et contre le peuple ouvrier. Même ceux qui l’ont créée pensaient que le président de la république en question allait rappeler le roi. C’était destiné à cela, au départ. Après, cela a été réinventé en France par Charles de Gaulle, d’une manière très claire, pour lui donner une majorité et une assise en créant un rapport plus ou moins mythique avec un peuple des profondeurs qui s’opposerait aux jeux politiques et qui s’opposerait aux partis, et ainsi de suite. En fait, l’élection présidentielle est la forme extrême de la dépossession sous l’apparence de l’expression directe du peuple. Le rôle qu’a joué d’ailleurs le vote négatif dans toutes ces élections présidentielles a été significatif, de même que les abstentions aux dernières élections législatives. Et dans quatre ans la machine va repartir. Je pense que si nous ne visons pas le système en son cœur, nous manquons quelque chose. Du même coup, nous nous redéclarons et nous nous défoulons un peu avant de passer aux choses sérieuses. C’est un peu comme cela que la fin du mouvement des Nuits Debout et la montée de l’entreprise de Jean Luc Mélenchon a été vécu, à savoir que nous nous sommes fait plaisir, ou vous vous êtes fait plaisir, ce qui est différent, et maintenant, nous passons aux choses sérieuses. Le problème est de savoir si nous pouvons casser, ou au contraire outrepasser, cette partition entre les moments où les gens entre eux peuvent se libérer et les moments où les choses sérieuses reprennent.

 

Aude Lancelin. Restons sur le Mouvement de la France Insoumise (MFI) et le phénomène de Jean Luc Mélenchon pendant les élections présidentielles. Vous êtes très sceptique à l’égard de la figure du tribun qui va parler au nom des souffrances d’un peuple et se faire le héraut de sa cause. Cette posture est suspecte à vos yeux. Quel est le fond de votre critique ?

 

Jacques Rancière. Il y a plusieurs choses. Déjà, adopter cette posture, c’est adopter aussi la posture que la logique même du système impose, à savoir qu’il y a le jeu de la politique officielle et qu’il y a le peuple des profondeurs qui n’est pas représenté, ou par l’extrême droite à laquelle il faut l’arracher. C’est cette idée que le peuple existe, qu’il y a des gens qui le représentent plus ou moins bien ou plus du tout et qu’il faut quelqu’un pour l’incarner. Cette incarnation du peuple, c’est ce que prétendait faire Charles de Gaulle. Je ne pense pas que ce soit une idée démocratique qui véritablement permette de mobiliser et d’avancer. C’est un premier point. Le deuxième point, c’est que je trouve paradoxal de demander l’investiture suprême au sein de ce système, en disant que, si vous m’élisez, voilà mon programme. Et en même temps dire que ce système est mauvais, donc tout va changer. Je pense qu’il y a une contradiction fondamentale. Vous me disiez que ce mot d’ordre anti-présidentiel est un peu paradoxal ou difficile à avaler. Mais je pense que c’est encore plus difficile à avaler de vouloir à la fois demander à être investi des pouvoirs qui sont donnés au président de la cinquième république et de dire en même temps que nous voulons la sixième république et que nous voulons en finir avec la cinquième république. C’est l’un ou l’autre.

 

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21 août 2017 1 21 /08 /août /2017 18:50

 

 

La police a tué le dernier suspect de l’attentat de Barcelone (Reuters)

        

La police autonome de Catalogne a confirmé Lundi 21 Août 2017 avoir tué Younès Abouyaaqoub, dernier membre encore en fuite de la cellule djihadiste responsable des attentats qui ont fait quinze morts et cent vingt blessés la semaine dernière en Catalogne.

« Nous confirmons que l'individu abattu lors d'une opération à Subirats est Younès Abouyaaqoub, l'auteur de l'attentat terroriste à Barcelone », déclare-t-elle sur son compte Twitter. La commune de Subirats est située à une cinquantaine de kilomètres à l'ouest de Barcelone.

Younès Abouyaaqoub, un jeune marocain âgé de vingt deux ans, conduisait la camionnette qui a semé la mort Jeudi 17 Août 2017 sur les Ramblas de Barcelone, tuant treize personnes et faisant cent vingt blessés.

La police catalane lui a également attribué un quatorzième décès, celui d'un homme qu'il a poignardé à mort et dont il a volé la voiture dans sa fuite hors de la capitale catalane.

Unique suspect encore en fuite dans l'enquête sur les attentats du Jeudi 17 Août 2017 à Barcelone puis dans la station balnéaire de Cambrils, il faisait l'objet d'un avis de recherche largement diffusé en Espagne et dans le reste de l'Europe. Sa mère l'avait exhorté à se rendre, disant préférer le voir en prison que tué.

Selon des médias espagnols, Younes Abouyaaqoub a été repéré par une habitante de Subirats Lundi 21 Août 2017 en début d'après-midi. Il a pris la fuite dans les vignobles des environs et la police a réussi à le localiser et à l'abattre, sur une route, non loin d'une usine de traitement des eaux. Un habitant de Subirats a repéré sa présence et il a alerté les policiers.

Younes Abouyaaqoub portait un dispositif ressemblant à une ceinture d'explosifs. Il a fallu l'intervention d'un robot de déminage avant que les Mossos d'Esquadra, la police autonome de Catalogne, confirment son identité. Sa mort met fin à une traque qui s'était élargie à toute l'Europe.

Sur les onze autres membres de la cellule, sept ont trouvé la mort et les quatre autres, trois marocains et un habitant de l'enclave espagnole de Melilla, ont été arrêtés par les forces de l'ordre. Ils seront traduits devant l’audience nationale, la haute cour de justice de Madrid, compétente pour les affaires de terrorisme.

Revendiqués par l'organisation Etat Islamique, les attentats, les plus meurtriers subis par l'Espagne depuis les attaques à la bombe du mois de mars 2004 contre des trains de banlieue à Madrid, ont fait au total quinze morts et cent vingt blessés. Sur les cinquante victimes qui étaient toujours hospitalisées, Lundi 21 Août 2017, huit sont dans un état critique et douze sont dans un état grave, selon les autorités.

La plupart des membres de la cellule djihadiste étaient issus de la communauté marocaine et vivaient à Ripoll, une petite commune de onze mille habitants située au pied des Pyrénées, dans le nord de la Catalogne.

Un ancien imam de la ville, Abdelbaki es Satty, est considéré comme le cerveau du groupe, à l'origine de l'endoctrinement des onze autres. Ainsi que les enquêteurs le pensaient depuis plusieurs jours, le chef de la police autonome de Catalogne, Josep Lluis Trapero, a confirmé Lundi 21 Août 2017 que des indices solides établissaient qu’Abdelbaki es Satty avait péri dans l'explosion d'une maison à Alcanar, au sud de Barcelone, Mercredi 16 Août 2017, la veille des attentats.

Les enquêteurs, qui ont découvert dans cette maison une centaine de bonbonnes de gaz et du tripéroxyde d'acétone (TATP), une substance explosive, sont persuadés que les djihadistes y préparaient des attentats de plus grande envergure. L'explosion accidentelle les a conduits à revoir leurs plans et à mener des attaques moins sophistiquées. Aucun des membres de la cellule djihadiste n'était connu des services de sécurité.

Les autorités belges ont confirmé lundi qu’Abdelbaki es Satty avait séjourné du mois de janvier au mois de mars 2016 dans la région de Bruxelles. Mais un porte-parole du parquet fédéral belge a déclaré qu'il n'était jamais apparu sur le radar de l'antiterrorisme. « L'imam était absolument inconnu des services du procureur fédéral », a dit Jean Thoreau.

Il a quitté Bruxelles au moment des attentats du 22 mars 2016 contre l'aéroport de Zaventem et dans la station de métro de Maelbeek, mais aucun lien n'a été établi entre ces carnages et l'imam, a précisé Jean Thoreau.

Concernant la France, le Parisien a rapporté Dimanche 20 Août 2017 que l'Audi utilisée dans l'attaque à Cambrils avait été flashée par un radar une semaine plus tôt en région parisienne.

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20 août 2017 7 20 /08 /août /2017 17:36

 

 

https://www.elconfidencial.com/espana/cataluna/2017-08-17/atentado-ramblas-barcelona-pugidemont-mensaje-unidad-evita-foto_1430209/

 

Carles Puigdemont envoie un message d'unité mais il évite la photographie avec Mariano Rajoy

 

Oriol Junqueras n'a pas pris la parole mais dans un tweet il a remercié Soraya Sáenz de Santamaría qui l'avait contacté à l'occasion de l’attaque terroriste

 

Après l’attentat qui a provoqué une indignation massive à Barcelone, le président du gouvernement catalan, Carles Puigdemont, a envoyé Jeudi 17 Août 2017 un message d'unité quand il est apparu devant les médias, bien qu'il ait choisi d'éviter la photographie avec le président du gouvernement, Mariano Rajoy, malgré son déplacement à Barcelone avec Soraya Saenz de Santamaria et le ministre de l'intérieur Juan Ignacio Zoido, Jeudi 17 Août 2017 dans l’après-midi.

La conférence de presse de Carles Puigdemont a eu lieu au palais de la Generalitat, juste après le cabinet de crise qui a eu lieu dans la capitale catalane et auquel ont participé la maire de Barcelone, Ada Colau, en plus du ministre de l'Intérieur, Joaquim Forn, et du porte-parole du gouvernement catalan, Jordi Turull, entre autres. Le cabinet de crise a également été rejoint par le délégué du gouvernement espagnol en Catalogne, Enric Millo, et par des membres de la police nationale et de la garde civile en Catalogne.

Carles Puigdemont a souligné dans son discours « le travail des Mossos d'Esquadra » et il a remercié la collaboration de la garde urbaine de Barcelone et des organismes de sécurité de l’état. « Il n'y a pas eu de division », un message d'unité qui a essayé d’éviter les divisions politiques de la tension souverainiste de ces derniers jours, mais qui n’est pas une vraie image de l'unité.

Le président catalan est apparu devant les médias sans accepter des questions communes avec la maire, qui voulait aussi souligner dans son discours que Barcelone est une ville de paix. Ada Colau n’a pas hésité à insister sur le fait que « la terreur n’arriverait pas à nous faire cesser d'être ce qui nous sommes, un monde ouvert et une ville courageuse et unie ».

Dans l'apparence institutionnelle était également présent le leader d’Esquerra Republicana de Catalunya (ERC) et vice-président du gouvernement catalan.

Oriol Junqueras n’a pas pris la parole, mais il a remercié dans un tweet la vice-présidente du gouvernement espagnol Soraya Sáenz de Santamaría qui l'avait contacté à l'occasion de l'attaque, avec des nuances, mais c’est un autre message d'unité.

« Ensemble, avec toutes les institutions, avec tous les citoyens, nous combattons ceux qui tentent de confronter les civilisations », a dit Carles Puigdemont, renforçant la démonstration unitaire de cette trêve politique devant un attentat de cette taille, qui a fait au moins treize morts et environ cent blessés, beaucoup d'entre eux dans un état très grave. Les déclarations de Carles Puigdemont ont été faites avant que l'Etat Islamique ne revendique l’attentat.

Mariano Rajoy est apparu deux heures plus tard dans les bureaux de la délégation gouvernementale en Catalogne, où il n'a pas hésité à affirmer que « les terroristes seront battus par l'unité institutionnelle, la coopération politique, le soutien international et les accords entre les partis politiques », dans une claire déclaration pour insister sur une image d'unité qui n'a pas fini d'arriver. Le président de l'exécutif a également annoncé trois jours de deuil officiel, qui commenceront Vendredi 18 Août 2017 et qui se termineront Dimanche 20 Août 2017, et la convocation dans les prochains jours du pacte antiterroriste, auquel ne participe pas l’ERC.

Le président du gouvernement a consacré ses premiers mots aux victimes et à leurs familles, « elles sont actuellement notre priorité », a-t-il dit et il a exprimé « la solidarité de toute l'Espagne avec Barcelone, aujourd'hui frappée par le terrorisme djihadiste comme beaucoup d'autres villes voisines ». Mariano Rajoy a insisté sur le fait que « toute l'Espagne partage les sentiments de ceux qui vivent ici » et il a rappelé que « la lutte contre le terrorisme est la principale priorité pour les sociétés libres ».

Quelques minutes après les premières nouvelles sur le terrible attentat qui a frappé le cœur de la Catalogne, Jeudi 17 Août 2017, une première communication téléphonique a eu lieu  entre Mariano Rajoy et Carles Puigdemont. « Coordination absolue », a insisté le palais de Moncloa. Le président du gouvernement a mis au service du gouvernement catalan toutes les ressources de l’état « pour faire tout ce qu’il faut faire » et ils ont convenu de maintenir le contact de manière permanente. Peu de temps après, le chef de l'exécutif espagnol a décidé de se déplacer à Barcelone avec la vice-présidente et le ministre de l’intérieur.

Le cabinet de crise ouvert par le gouvernement catalan pour l'étude et l'analyse des événements a immédiatement intégré le délégué du gouvernement en Catalogne, Enric Millo, et les responsables de la police nationale et de la garde civile dans la communauté autonome. Toutes les actions sont coordonnées avec les Mossos et le ministère que dirige Juan Ignacio Zoido est en contact permanent avec les autorités catalanes.

De plus, Mariano Rajoy a pris contact avec les grands leaders de l'opposition nationale, Pedro Sánchez, Pablo Iglesias et Albert Rivera, et leurs équipes sont également en communication constante. Le leader de Podemos a également insisté sur l'unité nécessaire dans un message sur Twitter, où il a souligné ses conversations avec Mariano Rajoy, Ada Colau et Carles Puigdemont. L’exécutif a insisté pour demander de la prudence et attendre plus de données officielles de l'enquête. Pour sa part, le Parti Socialiste Ouvrier Espagnol (PSOE) est également en contact avec le ministère de l’intérieur. Selon des sources en provenance du PSOE, le gouvernement a transmis au secrétaire général du PSOE que le pacte antiterroriste sera convoqué dans les prochains jours.

Vendredi 18 Août 2017 à 12 heures, les principaux dirigeants politiques assisteront à la minute du silence organisé en hommage aux victimes sur la Place de Catalogne à Barcelone. La Maison Royale a également confirmé la présence de Felipe VI à Barcelone.

 

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20 août 2017 7 20 /08 /août /2017 16:38

 

 

Des dizaines de milliers de manifestants antiracistes à Boston (Reuters)

 

Des dizaines de milliers de personnes sont descendues dans les rues de Boston Samedi 19 Août 2017 pour protester contre un rassemblement pour la liberté d'expression auquel étaient conviés des membres de l'extrême droite, une semaine après la mort d'une manifestante antiraciste à Charlottesville.

Près de quarante mille personnes se sont déployées autour du parc historique de Boston Common, où étaient confinés les représentants de l’Alt Right.

Manifestants et contre-manifestants ont été tenus séparés par les forces de l'ordre, évitant la répétition des violences du week-end dernier à Charlottesville, en Virginie.

Les activistes d'extrême-droite ne dépassaient pas quelques dizaines de personnes, et leur voix étaient couvertes par les cris de « honte » des manifestants antiracistes à proximité.

Donald Trump a salué sur Twitter les contre-manifestants de Boston. « Je veux applaudir les nombreux manifestants à Boston qui ont protesté contre la bigoterie et la haine. Notre pays va bientôt se rassembler pour ne faire qu'un », a-t-il écrit.

« Notre grand pays est divisé depuis des décennies. Parfois il faut une manifestation pour guérir ces divisions et nous allons guérir et devenir plus fort que jamais », a-t-il poursuivi.

Vingt-sept personnes ont été interpellés après des heurts, où des manifestants ont jeté des pierres et des bouteilles remplies d'urine sur les policiers, a annoncé le commissaire William Evans à des journalistes.

« Il y a eu quelques confrontations », a-t-il déclaré, « quatre vingt dix neuf pour cent des personnes présentes étaient là pour les bonnes raisons », a-t-il ajouté.

Certains contre-manifestants ont également jeté des bouteilles en plastique sur les participants et tenté de bloquer leur passage.

Deux participants au rassemblement portant des casquettes rouges brodées du mot d'ordre de campagne de Donald Trump, « Make America Great Again », ont ainsi tenté de rejoindre la zone réservée aux intervenants nationalistes mais ils ont été bloqués par des manifestants masqués vêtus de noir.

« Rentrez chez vous, pas de haine », pouvait-on entendre du côté des manifestants antiracistes.

Face à l'ampleur de la contre-manifestation, le rassemblement pour la liberté d'expression a pris fin de manière anticipée.

« Ils ont entendu notre message haut et fort, Boston ne tolérera pas la haine », déclarait Owen Toney, un activiste de cinquante huit ans. « Je pense qu'ils y réfléchiront à deux fois avant de venir ici », ajoutait-il.

Environ cinq cent policiers ont été déployés Samedi 19 Août 2017 dans les rues de Boston afin de prévenir des violences et des barricades et des camions ont été placés autour du parc afin d'empêcher une attaque à la voiture bélier similaire à celle qui a coûté la vie à une jeune femme de trente deux ans Samedi 12 Août 2017 à Charlottesville.

Les autorités municipales ont fermé en outre plusieurs artères de la ville et elles ont interdit les armes de toute nature, y compris les bâtons destinés à porter des pancartes, et les marchands ambulants de nourriture ne pouvaient accéder au parc de Boston Common situé dans le centre de la ville.

Le maire de Boston, Marty Walsh, avait appelé Vendredi 18 Août 2017 les contre-manifestants à éviter le quartier de Boston Common, expliquant que leur présence serait de nature à provoquer les activistes de droite.

Monica Cannon, l'une des organisatrices de la marche baptisée « combattre la suprématie blanche », a rejeté l'appel de l'élu local.

« Ignorer un problème n'a jamais aidé à le résoudre », a-t-elle déclaré dans un entretien téléphonique, « nous ne pouvons pas continuer à ignorer le racisme, ignorer le suprémacisme blanc, ignorer les néo-nazis et prétendre que ce n'est pas un problème ».

Les organisateurs de la manifestation pour la liberté d'expression ont dénoncé la violence et les chants racistes entendus lors du rassemblement pour unifier la droite à Charlottesville.

« Nous sommes une coalition de libertariens, de progressistes, de conservateurs et d'indépendants et nous acceptons toutes les personnes et organisations, quelle que soit leur affiliation politique, qui souhaitent entamer un dialogue pacifique à propos des menaces qui pèsent sur la liberté d'expression et les libertés civiques », expliquent les organisateurs sur Facebook.

Les violences survenues la semaine passée à Charlottesville ont ouvert la plus grave crise politique de la présidence de Donald Trump qui a d'abord tardé à condamner les extrémistes de droite avant de les placer sur le même plan que les manifestants antiracistes auxquels ils se sont heurtés en Virginie.

Outre le rassemblement à Boston, d'autres défilés étaient prévus dans le pays, notamment à Houston au Texas à l'appel de l'antenne locale du mouvement Black Lives Matter qui souhaite le retrait d'un monument confédéré dans un parc.

La prestigieuse université de Duke en Caroline du Nord a retiré une statue du général confédéré Robert Lee qui se trouvait devant la chapelle du campus et qui avait été vandalisée il y a deux jours, a annoncé Samedi 19 Août 2017 le président de l'université.

Des militants des droits civiques ont également prévu de se réunir à Dallas pour dénoncer les idées défendues par les suprémacistes blancs.

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20 août 2017 7 20 /08 /août /2017 16:22

 

 

http://www.lemonde.fr/disparitions/article/2017/08/18/fadwa-souleimane-icone-de-la-revolution-syrienne-est-morte_5174029_3382.html

 

Fadwa Souleimane, icône de la révolution syrienne, est morte

 

Engagée à Homs auprès des opposants au régime de Bachar al Assad et devenue une figure du soulèvement, l’actrice, connue pour son pacifisme radical, est morte en exil en France.

 

Par Benjamin Barthe, correspondant permanent du Monde à Beyrouth

 

Egérie de la première phase de la révolution syrienne, lorsque celle-ci était encore populaire et pacifique, l’actrice et militante Fadwa Souleimane est morte Jeudi 17 Août 2017, à l’âge de quarante cinq ans, dans un hôpital de la banlieue parisienne, des suites d’un cancer des poumons.

Entre le mois de mars 2011 et le mois de mars 2012, elle avait sillonné son pays, en plein soulèvement, usant de sa notoriété acquise dans des feuilletons télévisés pour galvaniser les opposants au régime de Bachar al Assad et les implorer de résister au piège du conflit confessionnel.

Ses harangues sur les barricades d'Homs, la capitale de la révolution, qui firent le tour des télévisions arabes, l’avaient placée dans le collimateur des autorités, ce qui l’avait incitée à s’exiler en France.

Amère de voir la révolte non violente tourner à la guerre civile, très critique des instances officielles de l’opposition, elle avait réinvesti son tempérament de feu dans divers projets artistiques, notamment littéraires, sans renoncer à ses idéaux politiques. « Révolution il y eut, révolution il y a, et révolution il y aura », avait confié cette pacifiste radicale au Monde, au mois de mars 2017, alors qu’elle se battait déjà contre la maladie.

Fadwa Souleimane est née à Alep en 1972. Elle grandit dans une famille d’intellectuels de gauche, membres de la minorité alaouite, la branche dissidente du chiisme, dont le clan de Bachar al Assad est également issu. Dès l’adolescence, elle manifeste une indépendance d’esprit farouche en boycottant les cours d’endoctrinement baassiste, l’idéologie officielle du régime syrien.

Après un diplôme de l’Institut d’art dramatique de Damas, elle monte sur les planches et joue dans plusieurs moussalssalat à succès, des séries dont raffolent les chaînes arabes, incarnant notamment la diva libanaise Fayrouz. Son intensité et sa beauté altière attirent l'attention de Mohamed Malas et d'Abdellatif Abdelhamid, deux grands noms du septième art syrien, qui la font tourner.

A la fin du mois de mars 2011, quelques jours après une première manifestation, rapidement réprimée, dans le souk de Damas, Fadwa Suleimane entre en révolution, comme elle se plaisait à le dire.

Terrifiée à l'idée que le peuple syrien passe à côté des printemps arabes, elle intègre un groupe de jeunes militants, élabore des banderoles et prépare des sit-in.

Pressentant que le pouvoir ne tardera pas à actionner l'épouvantail confessionnel, elle se précipite dans les banlieues de la capitale, des zones à majorité sunnite, en pleine ébullition, où les martyrs ont commencé à tomber.

A chaque enterrement, la révolutionnaire alaouite prononce une prière oecuménique et enjoint aux insurgés de choisir les slogans les plus fédérateurs possible. Elle se rend aussi sur la côte, à Lattaquié et a Tartous, des terres alaouites, où elle met en garde ses coreligionnaires contre les manipulations du régime.

Mais la colère et le besoin de vengeance, alimentés par l'extrême brutalité de la répression, sont les plus forts. A Homs, où elle réside entre le mois d'octobre et le mois de décembre 2011, Fadwa Souleimane assiste, impuissante, à la militarisation du mouvement et à la montée en puissance des factions islamistes. Les cheveux coupés à la garçonne, pour déjouer la traque du régime, elle rejoint Damas, puis elle traverse clandestinement la frontière avec la Jordanie, avant de s'envoler pour la France.

D'abord rongée par le sentiment d'avoir abandonné ses compagnons de lutte, elle se reconstruit peu à peu grâce à l'écriture. Elle compose une pièce de théâtre qui est présentée au festival d'Avignon, à Marseille et à Paris, et un recueil de poésie. Son caractère entier, idéaliste et intransigeant, l'éloigne d'une partie de la diaspora syrienne et décourage des metteurs en scène désireux de travailler avec elle.

Fadwa Souleimane la pasionaria n'y prête pas attention. Elle apprend le français, elle participe à des festivals littéraires et elle fréquente des cercles de poésie. Partisane d'une révolution mondiale, elle s'était impliquée, au printemps 2016, dans le mouvement de protestation des Nuits Debout et elle avait visité la jungle de Calais, le campement des migrants aux abords du tunnel sous la Manche. Elle laisse derrière elle, en Syrie, un fils de quinze ans, qu'elle n'avait pas pu revoir depuis son départ en exil.     

 

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20 août 2017 7 20 /08 /août /2017 15:41

 

 

DANS LE LABORATOIRE DES GAUCHES ESPAGNOLES

 

Des militants du site Le Vent Se Lève (LVSL) réalisaient récemment des interviews d’un certain nombre de militants de Podemos et du Parti Socialiste Ouvrier Espagnol (PSOE).

Vous trouverez ci-dessous la première partie de leur message de présentation de ces interviews.

Le message est disponible en totalité si vous consultez leur site à l’adresse ci-dessous.

 

Bernard Fischer

 

http://lvsl.fr/lvsl-dans-le-laboratoire-des-gauches-espagnoles

 

LVSL en voyage à Madrid

 

Vendredi 11 Août 2017

 

Au mois de juillet 2017, nous nous sommes rendus en Espagne afin de rencontrer des responsables et des intellectuels des divers mouvements de la gauche espagnole. Si nous avons fait ce choix, c’est parce que l’Espagne a connu des bouleversements politiques importants depuis plusieurs années et que ces bouleversements se sont traduits par un foisonnement intellectuel à gauche tel qu’on n’en a plus connu depuis longtemps en France. En effet, le mouvement des places, aussi appelé mouvement des indignés, ou mouvement du 15 mai 2011, qui s’est déclenché en 2011 en réponse à la crise et qui a été d’une ampleur incomparable au mouvement des Nuits Debout, a rebattu les cartes de la politique espagnole. Les vieux partis se sont retrouvés complètement débordés et un ensemble d’intellectuels proches du département des sciences politiques de l'université Complutense de Madrid ont cherché, avec d’autres acteurs politiques, à donner une traduction électorale à ce qui s’était exprimé à travers le mouvement du 15 mai 2011. De cette traduction est né Podemos, mouvement très influencé par la théorie populiste d’Ernesto Laclau et de Chantal Mouffe, qui eux-mêmes puisent beaucoup chez un auteur comme Antonio Gramsci.

L’émergence de Podemos a eu pour effet d’affaiblir le PSOE et de marginaliser Izquierda Unida, le front de gauche espagnol, construit autour du Parti Communiste d’Espagne (PCE). D’une certaine façon, ce qui s’est passé en France récemment, avec l’émergence du Mouvement de la France Insoumise (MFI), lui aussi influencé par Chantal Mouffe, comme première force électorale à gauche, ressemble à de nombreux égards à ce qui s’est produit auparavant en Espagne. Dès lors, puisque l’Espagne semble avoir été touchée par une vague qui impacte maintenant la France, il nous a semblé intéressant d’aller interroger des acteurs qui ont maintenant un peu de recul sur les changements profonds intervenus dans la politique espagnole.

Ainsi, nous avons eu la chance de réaliser des interviews d’un certain nombre de militants, Rita Maestre, Inigo Errejon, Jorge Moruno, Jaime Pastor, Jorge Verstrynge, Lucia Martin et Omar Anguita. Rita Maestre est cadre de Podemos et porte-parole de la mairie de Madrid. Iñigo Errejón est ancien numéro deux de Podemos et un des principaux stratèges du parti. Jorge Moruno est sociologue et ancien responsable de l’argumentation au sein du mouvement. Jaime Pastor est membre du courant anticapitaliste de Podemos et éditeur de la revue Viento Sur. Jorge Verstrynge est ancien secrétaire général du principal parti de droite post-franquiste, passé ensuite à gauche puis à Podemos. Lucía Martín est députée catalane d’En Comú Podem. Omar Anguita est dirigeant des Juventudes Socialistas Españolas.

Nous avons été frappés par la richesse intellectuelle de la vie politique espagnole et, disons-le, un peu jaloux. Les intellectuels, et c’est probablement une affaire de culture politique et d’influence d’auteurs comme Nicolas Machiavel et Antonio Gramsci, semblent beaucoup plus investis dans les partis et les mouvements politiques, de sorte qu’ils les alimentent directement en réflexion stratégique et tactique. A l’inverse, en France, on ne peut que faire le constat d’une rupture plus ou moins nette entre les intellectuels et les partis, situation préjudiciable à de nombreux égards.

Ces entretiens ont été réalisés en espagnol et traduits en français, ce qui a pris beaucoup de temps. Nous avons décidé de les organiser en série d’été et nous les publierons à raison de deux entretiens par semaine.

Nous espérons, par ce travail, alimenter la réflexion de nos lecteurs, notamment ceux qui, ne parlant pas l’espagnol, ont plus difficilement accès à la production intellectuelle et militante venue d’Espagne. C’est aussi l’occasion, pour ceux qui assimilent le populisme à la démagogie, de clarifier la nature du premier et de comprendre pourquoi le terme connaît un tel succès aujourd’hui à gauche.

Entre le 6 juillet et le 9 juillet 2017, le centre historique de Cadix et sa faculté de médecine accueillaient la troisième université d’été de l’institut du 25 mai, le think tank rattaché à Podemos. L’édition 2017, conçue sur le thème « communication, pouvoir et démocratie », recevait des intellectuels de renom ainsi que des acteurs de plusieurs mouvements progressistes apparus ces dernières années, à l’image de Winnie Wong, activiste américaine de la plateforme People for Bernie, ou Sophia Chikirou, du MFI. Un rendez-vous annuel tenu sous un soleil de plomb et dans une atmosphère festive, aux abords de la plage de la Caleta et de la somptueuse avenue Campo del Sur, qui longe l’Atlantique.

Ce n’est pas un hasard si l’institut du 25 mai a choisi cette année d’établir son université d’été dans cette capitale provinciale du sud de l’Andalousie. La ville de Cadix, place forte du libéralisme politique où fut rédigée en 1812 la première constitution espagnole, au cœur de la guerre d’indépendance, est chargée d’histoire. Une histoire qui charrie un puissant imaginaire populaire entretenu par la mémoire de Fermín Salvochea, célèbre maire anarchiste qui gouverna la ville sous la première république. Aujourd’hui, elle est l’une des municipalités espagnoles les plus frappées par le chômage, l’explosion des inégalités et la hausse dramatique de l’exclusion sociale. Mais surtout, après avoir été dirigée pendant vingt ans par la droite, Cadix est aujourd’hui gouvernée par la déclinaison locale de Podemos, Por Cádiz Sí Se Puede. Le maire actuel, José María Gónzalez, plus connu sous le surnom de Kichi, est un activiste chevronné de la Marea Verde, une plateforme citoyenne de défense de l’éducation publique née en 2011 pour lutter contre les coupes budgétaires. Il est avec le député européen Miguel Urbán et la députée d’Andalousie Teresa Rodríguez l’une des principales figures des Anticapitalistes, qui forment le troisième courant de Podemos, aux côtés des pablistes et des errejonistes.

Cadix est l’une de ces mairies du changement, au même titre que Madrid, Barcelone, Saragosse, La Corogne ou Saint Jacques de Compostelle, véritables vitrines du succès remporté par Podemos et ses alliés aux dernières élections municipales du mois de mai 2015. Ces municipalités rebelles sont aujourd’hui un précieux atout pour une formation politique qui a toujours affiché d’audacieuses ambitions.

« Podemos n’est pas né pour jouer un rôle de témoin, nous sommes nés pour aller chercher toutes les victoires », déclarait déjà Pablo Iglesias au soir des élections européennes du 25 mai 2014.

Les mairies conquises en 2015 constituent les principaux points d’appui d’une stratégie de conquête du pouvoir. La politique municipale donne l’opportunité à Podemos de démontrer sa capacité à gouverner les principales villes du pays sans que celles-ci ne sombrent dans le chaos.

Mieux, elle doit permettre au parti de gagner en crédibilité, d’anticiper l’Espagne qui vient et d’obtenir la confiance des citoyens dans l’existence d’un projet alternatif au désordre provoqué par le Parti Populaire, la mafia qui dirige le pays. C’est le point sur lequel insiste Iñigo Errejón, accueilli telle une rock-star à son entrée dans l’amphithéâtre de la faculté de médecine à Cadix. L’ancien secrétaire politique du parti était quelque peu en retrait de la scène médiatique depuis sa défaite au deuxième congrès de Vistalegre, au mois de février 2017. Mais malgré son éviction de la fonction de porte-parole du groupe parlementaire, désormais attribuée à Irene Montero, Inigo Errejón reste indubitablement l’une des voix qui portent parmi les gauches espagnoles. Il définit lui-même sa présence à l’université d’été comme un resserrement des rangs en vue de donner une nouvelle impulsion à Podemos, au sortir d’une année particulièrement tumultueuse.

Au mois de septembre 2016, les élections régionales en Galice et au Pays Basque ont marqué le dernier jalon d’une longue course d’endurance électorale, dont les élections générales du 20 décembre 2015 et du 26 juin 2016 ont été les points d’orgue. En deux ans et quelques mois d’existence, Podemos a donc dû mener de front de multiples campagnes et participer à pas moins de sept échéances électorales d’ampleur. Malgré la violence des critiques et l’obstination de ses détracteurs à le dépeindre comme une bulle éphémère, le parti est parvenu à s’installer dans un paysage politique qu’il a grandement contribué à bouleverser. L’essor de Podemos, et dans une moindre mesure l’émergence de la formation de centre-droit Ciudadanos, ont rudement affaibli le bipartisme entre le Parti Populaire et le PSOE, qui représentait jusqu’alors un pilier réputé inébranlable du régime politique issu de la constitution post franquiste de 1978.

Seulement, à l’automne 2016, l’intensité du cycle de mobilisation électorale a laissé place à l’apparition de nombreux débats internes, amplement documentés par LVSL. Les désaccords larvés et les luttes intestines ont éclaté au grand jour médiatique et ont renvoyé l’image peu reluisante d’un parti empêtré dans des querelles politiciennes pourtant caractéristiques de la vieille politique, tant fustigée par les leaders de Podemos. Le duel prétendument fratricide entre Pablo Iglesias et son bras droit Iñigo Errejón a focalisé l’attention, au détriment des réels débats de fond concernant l’orientation de la stratégie populiste. Cette phase de vives tensions s’est soldée le 12 février 2017 par la nette victoire de Pablo Iglesias sur ses rivaux errejonistes et anticapitalistes et elle a permis au secrétaire général de Podemos de renforcer son leadership et celui de son équipe.

Depuis, Podemos tente tant bien que mal de reprendre l’initiative et de renouer avec ce qui a constitué sa marque de fabrique ces deux dernières années, la maîtrise de l’agenda politique. Face à un Parti Populaire toujours plus embarrassé par les affaires de corruption et un PSOE aux abonnés absents depuis son soutien indirect à l’investiture de Mariano Rajoy, Pablo Iglesias s’est évertué à endosser le costume de l’opposant le plus ferme au gouvernement. Au concept de caste, constamment employé dans les premiers mois de Podemos pour dénoncer une élite politique déconnectée de ceux d’en bas, Pablo Iglesias a désormais substitué la notion de trame, qui désigne de manière plus diffuse les interconnexions néfastes entre le monde des affaires et le pouvoir politique. Cette mue sémantique s’est traduite par le lancement au mois d’avril 2017 du Tramabus, un autocar destiné à parcourir le pays pour dénoncer les méfaits de la corruption, affichant les visages des politiciens impliqués dans des scandales financiers. L’initiative, qui mêle dénonciation et dérision, n’a pas eu l’effet escompté. Parfois moquée sur les réseaux sociaux, elle est aussi critiquée en privé par le courant errejoniste.

Au mois de juin 2017, la présentation d’une motion de censure au congrès des députés contre le gouvernement de Mariano Rajoy a cette fois-ci permis a Podemos de se hisser au rang d’opposition de premier plan. Irene Montero s’y est notamment illustrée en énumérant un à un les scandales de corruption qui affectent le Parti Populaire. Pablo Iglesias a quant à lui pris soin d’apparaître comme un homme d’état à la stature présidentielle, à travers un discours axé sur l’histoire politique et sociale de l’Espagne et des propositions concrètes en matière de lutte contre la corruption ou de réforme fiscale. La motion de censure a malgré tout échoué, l’abstention des députés socialistes ne suffisait pas à recueillir la majorité nécessaire pour destituer Mariano Rajoy.

Podemos fixe désormais le cap sur les élections régionales de 2019, qui doivent être l’occasion de mettre le parti en ordre de bataille en vue des prochaines élections générales en 2020. Pablo Iglesias a d’ores et déjà constitué autour de lui une équipe resserrée, dénommée Rumbo 2020, une sorte de cabinet fantôme destiné à donner à la formation davantage de crédit en tant que force de gouvernement alternative. La conquête des communautés autonomes en 2019 est envisagée par les cadres de Podemos comme un moyen de faire bloc contre les politiques d’austérité impulsées par l’état central et de prouver, de la même manière que depuis les mairies du changement, qu’il est possible de gouverner autrement. Les projecteurs devraient être tournés vers la communauté de Madrid, où Iñigo Errejón est pressenti pour affronter l’actuelle présidente de la région, Cristina Cifuentes, figure du Parti Populaire aujourd’hui pointée du doigt par la Guardia Civil dans un énième scandale de corruption. Le 25 juillet 2017, dans une tribune conjointe, Pablo Iglesias et Iñigo Errejón déclaraient ainsi que « Madrid préfigure aujourd’hui de fait la confrontation entre deux projets de pays, celui du Parti Populaire et le nôtre ». Si Podemos souhaite faire des prochains scrutins électoraux un duel sans merci avec la mafia du Parti Populaire, un possible retour en grâce du PSOE pourrait venir contrarier ce scénario idéal et bouleverser la donne politique espagnole.

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19 août 2017 6 19 /08 /août /2017 17:27

 

 

https://blogs.mediapart.fr/dominique-vidal/blog/170717/antisionisme-antisemitisme-une-erreur-historique-une-faute-politique

 

L'assimilation de l'antisionisme à l'antisémitisme est une erreur historique et une faute politique

 

Par Dominique Vidal

 

Lundi 17 Juillet 2017

 

« Nous ne céderons rien à l’antisionisme car il est la forme réinventée de l’antisémitisme », cette phrase finale est venue gâcher le discours salutaire d’Emmanuel Macron lors de la commémoration du soixante quinzième anniversaire de la rafle du Vélodrome d'Hiver, devant Benyamin Netanyahou. C'est une erreur historique et une faute politique.

La présence inédite et scandaleuse du premier ministre le plus belliciste de l’histoire d’Israël à cette cérémonie n’est sans doute pas pour rien dans la faute politique commise par le nouveau président. Car celle-ci résulte d’un alignement sur son hôte et par la même occasion sur le Conseil Représentatif des Institutions juives de France (CRIF).

L’histoire du conflit central du Proche-Orient, faut-il le rappeler à Emmanuel Macron, ne commence pas le 14 mai 1948, lorsque naît l'état d’Israël. C’est en 1897 que l'organisation sioniste voit le jour, avec pour but la création d’un foyer national juif en Palestine. Entériné par la déclaration d'Arthur Balfour en 1917, puis par le mandat que la Société Des Nations (SDN) confie au Royaume-Uni en 1922, cet objectif ne rallie pas la majorité des juifs, loin de là, l’immense majorité y est hostile, communistes et bundistes, mais aussi religieux. Antisionistes, tous ces juifs étaient-ils antisémites, bien sûr que non.

A vrai dire, le sionisme est une idéologie parmi d’autres. Imagine-t-on les communistes interdire la critique du communisme ? Les gaullistes interdire la critique du gaullisme ? C’est pourtant la prétention des tenants les plus extrémistes du sionisme. Présenter l’antisionisme comme une forme d’antisémitisme reviendrait à leur donner raison.

Il faudra la seconde guerre mondiale et le génocide nazi pour que des millions de juifs, et d’abord les survivants refusés par les États-Unis, gagnent la Palestine, puis l'état d’Israël créé le 14 mai 1948. Mais, ne l’oublions pas, le second état prévu par l'Organisation des Nations Unies (ONU) disparaît et les quatre cinquièmes des palestiniens qui y vivaient seront expulsés.

Dix-neuf ans plus tard, Israël s’empare du reste de la Palestine, Jérusalem-Est, qu’il annexe, et la Cisjordanie ainsi que la bande de Gaza qu’il occupe et colonise. Cinquante ans après, en 2017, plus de sept cent mille colons ont fait leur les territoires occupés, empêchant la naissance de l'état de Palestine pourtant admis à l'ONU.

Entre-temps, quarante cinq pour cent des juifs du monde, six millions sur près de quatorze millions, vivent en Israël. À supposer que les statistiques israéliennes soient fiables. Or, selon les démographes, plusieurs centaines de milliers de citoyens recensés par les autorités d’Israël n’y résident plus. Bref, la majorité des juifs n’a pas éprouvé le désir de s’installer dans l'état juif. Autrement dit, ils ne sont pas suffisamment sionistes, à moins de s’en tenir à la définition qui veut qu’un bon sioniste est celui qui envoie ses amis en Israël, mais reste en France.

Et si, dans l’opinion israélienne, la droite et l’extrême droite comptent sur un large soutien, il n’en va pas de même à l’étranger. Un grand nombre de juifs n’appuient pas leur politique contre les palestiniens. ils réprouvent, en particulier, la colonisation. 

Ajoutons que, sur les milliers de français qui, ces dernières années, ont réagi aux violences antisémites en faisant leur aliya, un tiers, voire la moitié, sont revenus. Leur sionisme n’a pas résisté à la difficulté de la vie dans le meilleur élève de la classe néo-libérale, avec son cortège de pauvreté, de précarité et d’inégalités, mais aussi l’atmosphère étouffante d’un conflit omniprésent au quotidien.

Indéfendable historiquement comme idéologiquement, l’assimilation de l’antisionisme à l’antisémitisme constitue surtout une faute grave. Elle permet en effet à la droite et à l’extrême droite israélienne de tenter d’étouffer la voix de tous leurs opposants, à l’intérieur comme à l’extérieur. Et ce cadeau arrive à point nommé, alors que la violation permanente du droit international et des droits humains a isolé Israël comme jamais au sein de la communauté internationale. Marginalisé diplomatiquement, le gouvernement de Benyamin Netanyahou s’inquiète en outre de l’hostilité de l’opinion, avec notamment la montée de la campagne pour le Boycott, le Désinvestissement et les Sanctions (BDS), je pense au BDS militant, mais aussi au BDS institutionnel, qui voit de puissants fonds de pension, de grandes entreprises et de grosses banques se retirer des territoires occupés, voire d’Israël. Nous imaginons sans mal comment les autorités israéliennes utiliseront la petite phrase d’Emmanuel Macron pour criminaliser les pressions internationales qui s’exercent sur elles.

Il y a de la schizophrénie dans la démarche de notre nouveau président. Il prétend relancer la négociation et, condamnant la colonisation, il se fixe pour objectif la création d’un état palestinien aux côtés d’Israël, les deux états ayant leur capitale à Jérusalem. Mais la diplomatie française ne saurait ignorer que des tractations israélo-palestiniennes ne sauraient suffire seules pour atteindre cet objectif.

Même François Hollande, malgré son « chant d’amour pour Israël et pour ses dirigeants », l’avait compris, en acceptant le projet de conférence internationale proposé, en son temps, par Laurent Fabius.

Si Emmanuel Macron veut vraiment contribuer à une paix juste et durable, il faut qu’il accepte le principe de sanctions contre Israël, dès lors que celui-ci refusera de se plier au droit international. Commencer par museler l’opinion en présentant la critique d’Israël comme antisémite n’est pas un bon début.

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19 août 2017 6 19 /08 /août /2017 16:51

 

 

https://blogs.mediapart.fr/damiencaremefreefr/blog/070717/la-republique-sera-humaine-ou-ne-marchera-pas

 

La république sera humaine ou ne marchera pas

 

Lettre ouverte de Damien Carême à Emmanuel Macron

 

Vendredi 7 Juillet 2017

 

Maire de Grande-Synthe, j'ai ouvert le premier de camp de réfugiés en France au mois de mars 2016 pour faire face à une urgence humanitaire et au refus de l'état, à l'époque, de prendre en compte la situation extrême à laquelle j'étais confronté. Ce camp a complètement été détruit par un incendie le 10 avril 2017. Aujourd'hui, plus de trois cent cinquante réfugiés sont à nouveau là. Depuis son élection, j'ai interpellé le nouveau gouvernement en vain.

Si je m’adresse à vous aujourd’hui par le biais de cette lettre ouverte, c’est parce que, en tant qu’élu de la république, au même titre que vous, je vous ai demandé un rendez-vous, à vous-même, à votre premier ministre et à votre ministre de l’intérieur voilà déjà plusieurs semaines. Or, malgré l’urgence humanitaire à laquelle je dois à nouveau faire face dans ma commune, vous refusez de prendre en considération l’urgence extrême de ma sollicitation. 

Je décide donc, aujourd’hui, de prendre la France à témoin de mon interpellation. Pour mémoire, le 10 avril 2017, le lieu d’accueil humanitaire de Grande-Synthe brûlait. C’était hier. C’était il y a trois mois. C’était il y a une éternité.

Ce lieu d’accueil a permis, pendant plus d’un an d’existence, de mettre à l’abri des milliers de personnes, hommes, femmes et enfants, essentiellement kurdes, puis afghans, venus d’horizons divers, souvent de zones de guerres ou en prise au terrorisme.

Si j’ai décidé, seul, de construire ce lieu d’accueil humanitaire au mois de décembre 2015 avec l’aide de Médecins Sans Frontières (MSF), c’est parce que, tout comme aujourd’hui, je n’obtenais aucune réponse du gouvernement de l’époque à mes interpellations face à un véritable drame humanitaire qui se jouait sur ma commune. Des centaines, puis de milliers de personnes venaient trouver refuge sur le sol de ma petite ville de vingt trois mille habitants. Quel choix s’offrait à moi, en tant que garant des valeurs de la république française ?

Dans mon monde, celui que je m’échine à construire, les mots de liberté, d'égalité et de fraternité, ne sont pas des anagrammes hasardeux piochés à l’aveugle dans une pochette usagée d’un vulgaire jeu de société. Est-ce que les mêmes causes devront produire les mêmes effets cet été 2017 ?

Notre lieu d’accueil, communément appelé la Linière, a permis pendant des mois d’être un lieu de premier secours humanitaire, offrant ce temps de répit et de récupération à toutes celles et tous ceux qui avaient tant risqué et déjà tant perdu pour arriver jusqu’à Grande-Synthe, à défaut de pouvoir passer en Grande Bretagne par Calais.

La Linière n’était pas un point de fixation, mais bien un point d’étape et un lieu de transit sur la route de la migration qui pousse ces milliers de personnes vers la Grande Bretagne. Il n’a créé aucun appel d’air contrairement à ce qu’affirme votre ministre de l’intérieur, puisqu’ils étaient déjà deux mille cinq cent sur ma ville avant que je décide de la construction du site. Il y avait, jusqu'au mois d'octobre 2016, près de six mille réfugiés à Calais alors que rien n’avait été conçu pour les accueillir. Ils étaient plus de trois mille à Paris avant qu’Anne Hidalgo ne décide courageusement de créer un lieu d’accueil à la Chapelle et à Ivry. Ils sont aujourd’hui, comme hier, plus de cent à Steenvoorde, dans le nord, alors que rien n’existe pour eux. Évoquer l’appel d’air n’est que prétexte à l’immobilisme, un immobilisme ravageur sur le plan humain, un immobilisme mortifère, un immobilisme indigne de la France, patrie dite des droits de l'homme et du citoyen, et un immobilisme contraire à vos récentes déclarations à Bruxelles et à Versailles.

Du mois de mars au mois d'août 2016, nous avons, avec l’aide de l’état, du  travail extraordinaire d’associations dévouées, des non moins remarquables Organisations Non Gouvernementales (ONG), Médecins Sans Frontières (MSF), Médecins Du Monde (MDM), le Comité International de la Croix Rouge (CICR), Gynécologie Sans Frontières (GSF), Dentistes Sans Frontières (DSF) et des services de la ville, ramené le camp à une jauge raisonnable puisque la population sur le site est passée de mille trois cent cinquante personnes à sept cent personnes. C’est le démantèlement de la jungle de Calais qui est venu bousculer notre lieu d’accueil humanitaire et qui a conduit à la fin que nous connaissons.

Je reçois aujourd’hui de nombreux témoignages, y compris de personnes antérieurement hostiles au camp, qui m’interpellent sur son rôle et son utilité pour tous. Les réfugiés évidemment, mais aussi les associations et à mots couverts les divers services de l’état qui voyaient dans ce camp un outil pour canaliser la pression et éviter ce que nous connaissons depuis sa disparition, l’étalement et l’éparpillement des migrants sur tout le littoral dans des conditions de vie indignes.

Expliquez-moi, comment aujourd’hui peut-on prétendre contrôler quoi que ce soit, prévoir quoi que ce soit alors que ne prévaut qu’une politique de fermeté et d’intransigeance contre les réfugiés, secondée d’un mépris total envers les associations ? Comment aujourd’hui pourrait-on se contenter de disperser et ventiler les réfugiés pour les condamner à errer sans but comme s’ils étaient par nature invisibles.

Ces migrants et ces réfugiés ont tous une identité et une vie. Ils cherchent un refuge à Paris, Grande-Synthe, Calais, Steenvoorde ou ailleurs. Ne le voyez vous pas ? Ou peut-être ne le comprenez-vous pas ? En les traquant comme des animaux, nous les transformons inévitablement en bêtes humaines.

Nous les traquons de la sorte en espérant peut-être qu’ils craquent et qu'ils commettent des méfaits qui justifieraient l’emploi de la force et les évacuations musclées. Vous pourrez alors, en bout de course, l’affirmer avec pédagogie et démagogie que «  nous vous l'avions bien dit ».

Nous serions ainsi condamnés à l’impuissance et au cynisme en évitant de construire des lieux d’accueil humanitaires parce qu’ils provoqueraient un appel d’air inévitable. Nous devrions choisir l’aveuglement, changer le prisme de notre conscience objective pour ne simplement plus voir ceux qui reconstituent des campements aujourd’hui et demain, c’est certain, des jungles. Préfère-t-on les jungles à des lieux d’accueil humanitaires dans notre république française du vingt et unième siècle ? Préfère-t-on nier les problèmes et s’en remettre à des recettes qui ont déjà toutes échouées ? Préfère-t-on réellement bloquer ces migrants en Lybie, où la plupart d’entre eux se font violer ou torturer, loin de nos frontières et de nos yeux bien clos ? Vous avez déclaré récemment à Bruxelles que la France doit se montrer digne d’être la patrie des droits de l'homme en devenant un modèle d’hospitalité. Au même moment, votre ministre de l’intérieur fustigeait les associations à Calais en leur demandant d’aller faire voir leur savoir-faire ailleurs. Ces discours étrangement contradictoires ne peuvent perdurer. Mettez vos déclarations en accord avec vos actes.

Le gouvernement a choisi délibérément de tracer une frontière invisible et une ligne de démarcation organisant d’un côté la prise en charge des réfugiés via les Centres d’Accueil et d’Orientation (CAO) et laissant à l’abandon de l’autre côté, sur le littoral des Hauts de France, à la fois les migrants et les collectivités. C’est, honteux et inacceptable. J’ai croisé sur le lieu humanitaire de la Linière bien des destins, des destins meurtris, blessés mais toujours dignes. D’aucuns diront peut-être que ma vision est angélique. Je sais mieux que quiconque que la Linière était loin d’être parfaite. Mais notre lieu d’accueil était à l’époque la seule et indispensable réponse à l’urgence.

J’ai toujours soutenu depuis leur création la constitution de CAO et j’ai défendu les mérites de ces dispositifs dans tous mes déplacements ainsi qu’auprès de mes collègues maires. Nombre d’entres eux témoignent d’ailleurs de la richesse qui en découle. Lorsqu’ils en ouvrent sur leur commune, tout se passe merveilleusement bien avec les réfugiés, comme avec la population locale. En dépit quelquefois de manifestations préalables à l’annonce de l’ouverture des CAO.

Il faut les multiplier et les renforcer, asseoir davantage les fonctions d’accueil et d’orientation avec l’aide des associations, des citoyens locaux, plutôt que de s’en servir comme de lieux permettant d’y repousser les réfugiés.

Je souhaite que nous construisions une répartition territoriale du dispositif national d’accueil dans lequel le littoral de la Côte d’Opale devra aussi prendre sa part. Nous pourrons y créer des lieux d’accueil et de transit dans lesquels celles et ceux qui arrivent sur le littoral, comme c’est le cas à Paris, se poseront quelques jours et réfléchiront à la suite de leur parcours. Car tant que la Grande Bretagne sera là, à portée de vue des falaises, des réfugiés voudront s’y rendre et, à cela, vous ne pourrez rien changer.

Grande-Synthe est prête à accueillir dignement, à la hauteur d’un lieu dimensionné et respectueux des lois et des personnes y séjournant. Nous avons ici ou à Paris démontré que cela était possible, à la condition que l'état nous accompagne. Il faudra que vous persuadiez d’autres maires d’accepter d’ouvrir des lieux, en les accompagnant financièrement au titre d’une péréquation humanitaire. Quelle magnifique mesure ce serait là, une mesure chargée de symbole. Il faudra aussi réformer le droit d’asile, rendre plus rapide l’examen des demandes et élargir la notion de protections, alors que les procédures sont aujourd’hui décourageantes et malsaines.

Enfin parce que cela est une exigence absolue, nous devons tout faire pour lutter contre les réseaux de passeurs, comme je l’ai fait à Grande-Synthe. Je réaffirme au passage, que ce ne sont pas les lieux d’accueil qui favorisent les réseaux de passeurs, mais bel et bien les frontières, les murs, les barbelés et les garde-frontières que l’on multiplie qui donnent naissance à ces réseaux mafieux, depuis toujours.

Il faudra donc, au-delà des réponses répressives de la police et de la justice, assécher ce trafic intarissable en créant des corridors humanitaires entre l’Europe et les pays de départ, aux frontières de ces pays, et accorder beaucoup plus de visas humanitaires. Visas qu’il faudra rendre européens.

Il fut un temps où la France a tristement organisé cinquante quatre mille traversées de l’Atlantique pour transporter treize millions d’esclaves.

Il est venu l’heure de laver cet affront historique aux yeux du monde, en organisant un accueil avec le minimum d’hospitalité et de dignité qu’exige la vie de tout être humain. A fortiori dans ce beau pays qui vous a été confié, où constitutionnellement « tous les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits ».

Vous allez sortir un nouveau texte fixant de nouvelles directives et élaborer un nouveau plan, un de plus. La liste est pourtant tristement longue. Le problème, c’est que, aujourd’hui, la France est sur-administrée par des textes et bien trop sous-administrée en moyens. Il faut poser des actes audacieux et courageux.

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19 août 2017 6 19 /08 /août /2017 16:16

 

 

Donald Trump limoge son conseiller controversé Steve Bannon (Reuters)

 

Donald Trump a limogé Vendredi 18 Août 2017 son conseiller stratégique Steve Bannon, l'un des architectes de sa victoire aux élections présidentielles américaines du mois de novembre 2016 et l'un des promoteurs au sein de la Maison Blanche d'une vision protectionniste et nationaliste pour les Etats-Unis.

Ce départ de Steve Bannon, un an et un jour après son enrôlement en tant que chef de la campagne présidentielle de Donald Trump, est le dernier rebondissement en date dans la vie tumultueuse que connaît la Maison Blanche depuis plusieurs semaines, entre rivalités de personnes, antagonismes idéologiques et mises à l'écart soudaines, le tout sur fond d'enquête officielle pour des soupçons de collusion entre l'entourage du président américain et la Russie.

Son limogeage intervient en outre au terme d'une semaine au cours de laquelle Donald Trump a paru de plus en plus isolé, aussi bien vis-à-vis du reste de la classe politique que des milieux d'affaires et de la société américaine en général, pour ses propos renvoyant dos à dos les suprémacistes blancs et les contre-manifestants antiracistes après les violences survenues à Charlottesville, en Virginie.

Durant ses quelques mois passés à la Maison Blanche, Steve Bannon, soixante trois ans, s'est heurté de front aux collaborateurs jugés plus modérés de Donald Trump.

Il a joué un rôle essentiel dans certaines des initiatives les plus controversées du président américain, de l'interdiction d'entrée aux Etats-Unis pour les ressortissants de certains pays musulmans à la sortie de l'accord de Paris sur le climat en passant par la remise en cause de pactes commerciaux ou encore la lutte contre l'immigration clandestine.

Honni par les tenants d'une approche libérale sur les questions de société, repoussé par l'élite du parti républicain, Steve Bannon est en revanche particulièrement apprécié dans les cercles les plus conservateurs ayant contribué à l'accession de Donald Trump à la présidence des Etats-Unis.

D'après des responsables à la Maison Blanche, Donald Trump a confié à son nouveau secrétaire général John Kelly, nommé à la fin du mois de juillet 2017, la mission de mettre fin aux guerres intestines au sein de son administration et le sort de Steve Bannon, dont ses opposants réclamaient la tête de plus en plus ouvertement, a été scellé par des déclarations publiées Mercredi 16 Août 2017 par le magazine American Prospect, classé à gauche.

Steve Bannon s'est en pris directement dans ce magazine à ses adversaires au sein de la Maison Blanche, disant notamment livrer une bataille de tous les jours contre le conseiller économique Gary Cohn, un ancien banquier de Goldman Sachs. Il a aussi défendu sa vision d'une guerre économique contre la Chine.

« Le secrétaire général de la Maison Blanche John Kelly et Steve Bannon sont convenus du fait qu'aujourd'hui serait le dernier jour de Steve Bannon à la Maison Blanche », a annoncé la porte-parole de la Maison Blanche Sarah Sanders dans un communiqué.

Steve Bannon a repris Vendredi 18 Août 2017 ses fonctions de président exécutif de Breitbart News, un site internet dont il a fait une plate-forme d'expression pour l’Alt Right, autrement dit l'extrême droite américaine au sens large, des néo-nazis aux suprémacistes blancs en passant par les antisémites.

Il a jugé que son départ de la Maison Blanche marquait un tournant majeur dans la présidence de Donald Trump.

« La présidence de Donald Trump pour laquelle nous avons combattu, et gagné, est terminée », a-t-il dit à la publication conservatrice Weekly Standard, « je pense simplement que sa capacité à accomplir quoi que ce soit, en particulier les choses les plus grandes comme le mur à la frontière avec le Mexique, les choses les plus grandes et les plus vastes pour lesquelles nous nous sommes battus, cela va tout simplement être beaucoup plus dur ».

Si les démocrates se sont réjouis de cette mise à l'écart, trois responsables de l'administration de Donald Trump ont néanmoins déclaré qu'elle ne signifiait pas un recentrage du président américain sur les questions économiques, diplomatiques ou de défense.

« Une bonne partie de ce qui a été attribué à Steve Bannon, par exemple sur le commerce avec la Chine, la limitation de l'immigration et le mur à la frontière, tout cela est apparu avant que Steve Bannon ne rejoigne la campagne et se serait produit sans lui », a dit un responsable de la Maison Blanche ayant requis l'anonymat.

Donald Trump avait lui-même Mardi 15 Août 2017 minimisé le rôle de « son ami » dans la victoire aux élections présidentielles de 2016.

« Steve Bannon est arrivé tardivement. Vous le savez. J'ai battu dix sept sénateurs et gouverneurs et j'ai remporté toutes les élections primaires. Steve Bannon est arrivé bien après tout cela. Je l'aime bien. C'est un brave homme. Il n'est pas raciste. Je peux vous le dire. C'est une belle personne. Il est critiqué injustement pour cela », avait déclaré le président américain.

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19 août 2017 6 19 /08 /août /2017 16:01

 

 

L’ancienne procureure du Venezuela se trouve en Colombie (Reuters)

 

L'ancienne procureure générale du Venezuela, Luisa Ortega, qui dit craindre pour sa vie dans son pays, s'est rendue Vendredi 18 Août 2017 en Colombie en compagnie de son mari, ont annoncé les services colombiens de l'immigration.

Ancienne alliée de Nicolas Maduro, Luisa Ortega a rompu avec le président vénézuélien à la fin du mois de mars 2017 et elle a multiplié depuis les critiques à l'encontre du chef de l’état, confronté à une violente contestation dans la rue.

La nouvelle assemblée constituante récemment installée par Nicolas Maduro l'a relevée de ses fonctions dès sa première séance le Samedi 5 Août 2017.

Dans une interview à Reuters ce mois-ci, Luisa Ortega a dit craindre que le pouvoir vénézuélien ne lui « retire la vie ».

« Vendredi 18 Août 2017 dans l’après-midi, la procureure générale du Venezuela Luisa Ortega Diaz est arrivée en provenance d'Aruba à bord d'un avion privé à l'aéroport de Bogota et elle a rempli la procédure correspondante de migration », ont annoncé les services colombiens de l'immigration, dans un communiqué.

Elle était accompagnée de son mari, le député German Ferrer, ont-ils ajouté. On ignore si le couple a demandé l'asile à la Colombie.

Le nouveau procureur général du Venezuela, Tarek Saab, a détaillé cette semaine les accusations de corruption désormais portées contre Luisa Ortega et son mari.

Le couple est accusé d'avoir été à la tête d'un mécanisme d'extorsion et d'avoir transféré l'argent récolté sur un compte aux Bahamas.

L’assemblée constituante vénézuélienne, élue au mois de juillet 2017, s'est arrogé le même jour, Vendredi 18 Août 2017 le pouvoir législatif détenu par l’assemblée nationale où l'opposition est majoritaire.

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