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29 décembre 2015 2 29 /12 /décembre /2015 19:48

Les opposants à la déchéance de la nationalité en appellent à la base (Reuters)

Les opposants socialistes à la déchéance de la nationalité française pour faits de terrorisme en appellent à la base du Parti Socialiste contre le premier ministre, Manuel Valls, qui défend contre vents et marées ce projet de révision constitutionnelle.

Quatre cadres du Parti Socialiste, dont deux membres de son parlement, le conseil national, Mathieu Pouydesseau et Gérald Elbaze, et un vice-président de sa commission nationale des conflits, Arnaud Delcasse, ont annoncé Lundi 28 Décembre 2015 qu'ils avaient saisi la haute autorité éthique du parti.

« Nous avons jugé que Manuel Valls, par ses propos réitérés sur le fond et la forme, s'était mis hors des principes mêmes du Parti Socialiste », expliquent-ils dans un communiqué.

La pétition de soutien à leur initiative, lancée sur un site internet intitulé « pas au nom des socialistes », avait recueilli Mardi 29 Décembre 2015 près de deux cent quarante signatures.

Le projet d'inscription dans la constitution de l'extension de la déchéance de nationalité aux binationaux nés français et coupables d'actes de terrorisme est en « parfaite contradiction » avec la déclaration de principe du Parti Socialiste, estiment ces cadres.

Cette mesure, soutenue par la majorité de la droite, saluée par l'extrême-droite mais dénoncée par la gauche de la gauche, divise le Parti Socialiste.

Des figures du parti comme les anciens premiers ministres Martine Aubry et Jean Marc Ayrault, l’ancien ministre Benoît Hamon ou la maire de Paris Anne Hidalgo ont aussi dit leur opposition à cette disposition annoncée par François Hollande à la suite des attentats du Vendredi 13 Novembre 2015 à Paris.

Manuel Valls leur a répondu dans le Journal du Dimanche en estimant qu'une partie de la gauche s'égarait « au nom de grandes valeurs en oubliant le contexte ». Et il a de nouveau défendu le projet gouvernemental lundi sur facebook.

« Comment peut-on dire que priver de la nationalité française des terroristes condamnés serait une idée d’extrême-droite », s'est insurgé le premier ministre dans ce message.

La haute autorité éthique du Parti Socialiste est présidée par l’avocat Jean-Pierre Mignard, proche du président de la république François Hollande.

Il avait pour sa part dénoncé Vendredi 25 Décembre 2015 sur son compte twitter une « régression ».

Invité Mardi 29 Décembre 2015 sur Europe 1, il a estimé qu'une révision constitutionnelle n'était pas nécessaire et a invité le gouvernement à réécrire son projet de loi de façon à ne pas « stigmatiser » les trois millions trois cent mille binationaux français.

Il s'est dit en faveur d'une peine d'indignité nationale plutôt qu'à l'extension de la déchéance de nationalité, dont il craint qu'elle puisse être « utilisée demain par des gens ayant d'autres intentions plus perverses ».

Jean-Pierre Mignard a cependant averti que la haute autorité éthique du Parti Socialiste n'avait pas compétence « a priori » pour statuer sur le fonctionnement des pouvoirs publics.

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28 décembre 2015 1 28 /12 /décembre /2015 21:08

https://www.mediapart.fr/journal/international/281215/en-catalogne-les-anticapitalistes-font-durer-le-suspense

http://tendanceclaire.npa.free.fr/breve.php?id=16196

En Catalogne, les anticapitalistes font durer le suspense

Par Ludovic Lamant

Mille cinq cent quinze voix pour et autant de voix contre, l’assemblée générale des anticapitalistes de la Candidature d'Unité Populaire (CUP) n’est pas parvenue, Dimanche 27 Décembre 2015, à débloquer la crise catalane. La décision de soutenir ou non l’investiture du sortant Artur Mas, pour consolider le bloc indépendantiste, est reportée. Au même moment à Madrid, les négociations s’ouvrent pour tenter de former un gouvernement à l’échelon national et éviter, là encore, des élections anticipées.

Tout le monde s’attendait à un vote serré. Mais il était difficile d’imaginer le scénario d’une égalité parfaite. Au troisième tour de vote de l’assemblée générale convoquée à Sabadell, dans les environs de Barcelone, les quelque trois mille militants anticapitalistes de la CUP ne sont pas parvenus à trancher, Dimanche 27 Décembre 2015. Ils sont mille cinq cent quinze à s’être prononcés, par bulletin secret, pour le soutien à l’investiture d’Artur Mas, le président sortant de la communauté autonome de Catalogne, la Generalitat, et mille cinq cent quinze autres à avoir exprimé leur veto. La CUP a donc décidé de reporter la décision, qui sera prise cette fois par la soixantaine de représentants territoriaux de l’organisation, Samedi 2 janvier 2016.

Cette incapacité à décider est révélatrice d'une situation totalement inédite, l’avenir politique de la Catalogne, sept millions cinq cent mille habitants, et son éventuel virage vers l’indépendance, dépendent ces jours-ci de l’avis de quelques dizaines de cadres d’une formation longtemps ultra minoritaire dans le paysage local. Si bien que le conservateur Artur Mas, l’héritier de Jordi Pujol, qui a mené des politiques d’austérité musclée lors de son dernier mandat, dont le parti, la Convergence Démocratique de Catalogne (CDC), a été bousculé par nombre d’affaires de corruption et dont la cote de popularité s’est affaissée, pourrait obtenir son salut politique des anticapitalistes de la CUP.

Le calendrier est très serré. En l’absence de majorité au sein du parlement catalan pour désigner le président de la région d’ici Samedi 9 Janvier 2016, de nouvelles élections régionales seront convoquées. Les indépendantistes, qui ont remporté avec une avance confortable le scrutin du 27 septembre 2015, savent qu’ils ont tout à perdre de nouvelles élections anticipées. La dynamique pour l’indépendance, palpable en Catalogne depuis 2012 au moins, pourrait s’en trouver freinée. L’affaire est d’autant plus complexe qu’au même moment à Madrid, certains prédisent déjà des élections législatives anticipées dans toute l’Espagne cette fois, pour sortir de l’impasse provoquée par le scrutin du 20 décembre 2015, avec un pays écartelé entre quatre formations, sans majorité politique évidente.

En septembre, la coalition Ensemble pour le oui, où figure le président sortant Artur Mas, avait obtenu soixante deux des cent trente cinq sièges du parlement catalan. De son côté, la CUP avait décroché dix autres sièges. Si les indépendantistes ont remporté ce qu’ils appelaient un « plébiscite » sur l’avenir de la Catalogne en nombre de sièges, ils n’ont pas gagné l’élection en nombre de voix, ils totalisent 47,5 % des suffrages exprimés. Quoi qu’il en soit, pour l’investiture de son champion Artur Mas, la coalition Ensemble pour le oui a besoin d’un allié. Et à l’exception de la CUP, elle aussi indépendantiste, les autres formations, de Ciutadans au Parti Socialiste Catalan (PSC), vont tout faire pour lui bloquer la voie. Artur Mas voit donc son avenir lié au bon vouloir de la CUP.

Dans le paysage catalan, Artur Mas, en poste depuis 2011, a longtemps été un repoussoir pour n’importe quel électeur de gauche, incarnant l’héritage des années de Jordi Pujol. Depuis septembre 2015, la CUP en a fait une question de principe. L’un de ses chefs de file, le journaliste Antonio Baños, tête de liste pour les élections régionales, a martelé, sur tous les plateaux de télévision, dans toutes les conférences de presse, que « jamais » la CUP ne donnerait son feu vert à Artur Mas, symbole de tout ce que le mouvement déteste.

Apparemment jamais à court de ressources, Artur Mas s’est, une fois de plus, démené pour sauver sa peau. Il a lancé une nouvelle coalition, sur les ruines de la CDC, à l’approche des élections législatives du 20 décembre 2015, Democracia i Llibertàt. Il a ensuite fait des concessions de taille à la gauche, quitte à déstabiliser son électorat traditionnel. Il a promis le déblocage d’un « plan d’urgence sociale » chiffré à deux cent soixante dix mille euros et s’est engagé à freiner quelques privatisations en cours, et surtout à « suspendre » un projet de méga casino controversé, Barcelona World, à Tarragone, au sud de Barcelone. Autant d’appels du pied à la CUP.

Au sein de la CUP, un mouvement très horizontal qui s’est développé dès les années 1980 et où l’on défend la création d’une république indépendante des « pays catalans », dont la Catalogne ne serait qu’une portion, les avis sont partagés. La CUP, qui est loin de fonctionner comme un parti traditionnel, est tout à la fois anticapitaliste et indépendantiste. Mais certains courants, surtout dans l’intérieur du pays, donnent la priorité à l’indépendantisme, ceux-là sont pour l’investiture d'Artur Mas, estimant qu’il existe là une « opportunité » unique pour leur pays.

D’autres, davantage actifs dans les grandes villes, défendent d’abord l’anticapitalisme, rejettent tout soutien à Artur Mas et dénoncent un « chantage ».

L’alternative divise la CUP depuis des semaines. Mais tout le monde s’attendait à ce que l’organisation tranche enfin, Dimanche 27 Décembre 2015, sur sa stratégie, quitte à y laisser quelques plumes et enregistrer des démissions de certains cadres. Cela devait permettre, par ricochet, d’y voir plus clair sur le futur gouvernement régional. Il faudra donc encore patienter. Sur les réseaux sociaux, certains n'ont pas tardé à ironiser sur le « droit à ne pas décider » que viendrait d'inventer la CUP, en écho au « droit à décider » que réclament les indépendantistes catalans depuis des années, c'est-à-dire la tenue d'un référendum sur l'indépendance.

« Le mandat que nous a conféré l'assemblée consiste à dire qu’il faut continuer de débattre, c’est pour cela que nous avons été élus », a expliqué Antonio Baños, à la tête du groupe parlementaire de la CUP, Dimanche 27 Décembre 2015, cherchant visiblement les mots pour dédramatiser la situation. « Le résultat, c’est une incitation faite à Ensemble pour le oui, pour formuler une nouvelle offre, ou avancer un nouveau candidat », a-t-il poursuivi. Du côté de la coalition Ensemble pour le oui, la dernière offre faite à la CUP avait été présentée comme définitive. Surtout, la coalition a fait bloc, depuis le départ, avec le controversé Artur Mas, à la surprise de quelques observateurs. Dans un éditorial daté de Lundi 28 Décembre 2015, le quotidien El País commente, « la CUP humilie la CDC, qui devra réagir en lâchant du lest ».

L’avenir politique d’Artur Mas est d’autant plus fragile qu’aux élections législatives du Dimanche 20 Décembre 2015, sa plateforme s’est pris une gifle historique. Democracia i Llibertàt n’a obtenu que huit sièges à Madrid, contre seize sièges lors de la précédente législature. Au total, les partis indépendantistes membres de la coalition Ensemble pour le oui aux élections régionales n’ont obtenu que dix sept des quarante sept sièges prévus pour la Catalogne. Ils sont très loin de leur succès de septembre 2015. Mais ce mauvais score reste à relativiser. D’abord parce que la CUP avait, elle, choisi de faire l’impasse sur ce scrutin national. Ensuite parce que la coalition arrivée en tête en Catalogne, Podem en Comú, qui inclut Podemos, même si elle n’est pas favorable à l’indépendance, défend la tenue d’un référendum dans l’année, sur cette question, sur le modèle de ce qui a été organisé en Écosse en 2014. Elle a donc sans doute attiré certains indépendantistes dans ses filets.

Au même moment à Madrid, les négociations s’ouvrent pour tenter de former un gouvernement à l’échelon national et éviter, là encore, des élections législatives anticipées, après le scrutin très disputé du Dimanche 20 Décembre 2015.

La situation ne devrait pas commencer à s’éclaircir d’ici au Mercredi 13 Janvier 2016, date de la première séance du nouveau congrès des députés et de la formation des groupes. À ce stade, la pression pèse sur les épaules de Pedro Sánchez, le candidat du Parti Socialiste Ouvrier Espagnol (PSOE), arrivé en deuxième position, derrière le Parti Populaire de Mariano Rajoy mais devant Podemos.

Pedro Sánchez a exclu toute alliance avec Mariano Rajoy et plaide pour une « majorité progressiste » qui pourrait rappeler le scénario portugais. Mais il doit compter avec un parti très divisé et le début d'une fronde de plusieurs barons locaux qui se sont fait entendre lors d’une réunion informelle Dimanche 27 Décembre 2015 au siège du parti à Madrid. Selon www.infolibre.es, partenaire de Mediapart en Espagne, ils ont donné leur feu vert à l'ouverture de négociations pour tenter de construire une majorité alternative au Parti Populaire. À une condition, aucun pacte avec un parti qui défendrait la tenue d'un référendum sur l'indépendance en Catalogne, mesure qui figure parmi les promesses clés de Podemos. La partie d’échecs devrait encore durer de longues semaines.

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28 décembre 2015 1 28 /12 /décembre /2015 20:35

L’armée irakienne proclame sa victoire à Ramadi (Reuters)

L'armée irakienne a repris Dimanche 27 Décembre 2015 le complexe administratif de Ramadi, dernier bastion de l'Etat Islamique dans cette ville située à une centaine de kilomètres à l'ouest de Bagdad, a annoncé un porte-parole militaire.

Cette reconquête du chef-lieu de la province d'Anbar, passé en mai 2015 sous la coupe de l’Etat Islamique, constitue la plus importante victoire de l'armée régulière face aux djihadistes, qui l'avaient mise en déroute en conquérant un tiers du territoire irakien il y a dix-huit mois.

« Contrôler ce complexe signifie qu'ils ont été vaincus », a déclaré Sabah al Noumani, porte-parole de la force antiterroriste qui a dirigé l'assaut au côté de l'armée régulière. « La prochaine étape est de nettoyer les poches qui pourraient encore exister ici et là dans la ville. Le complexe est complètement sous notre contrôle, il n'y a plus aucune présence de l’Etat Islamique dans le complexe », a-t-il ajouté.

Sabah al Noumani avait indiqué un peu plus tôt que les djihadistes, au nombre de quelques centaines, avaient fui le complexe.

« Nous voyons beaucoup de cadavres de combattants de l’Etat Islamique, tués dans les frappes aériennes sur le complexe », avait-il précisé.

Ces raids sont menés par la coalition formée durant l'été 2014 par les Etats-Unis pour combattre l’Etat Islamique en Irak et en Syrie.

Après un long travail préparatoire de plusieurs semaines, l'armée irakienne a lancé Mardi 22 Décembre 2015 son offensive destinée à reprendre le centre de Ramadi aux djihadistes de l’Etat Islamique.

Mossoul, objectif ultime

Certains quartiers de Ramadi semblent avoir été totalement détruits, selon des images de la télévision publique irakienne montrant des soldats, des véhicules blindés Humvee et des chars progresser parmi les décombres de maisons effondrées.

La télévision a également diffusé les images d’irakiens célébrant dans la nuit la « victoire dans l'Anbar » dans les rues des villes de Hilla et Kerbala, au sud de Bagdad. On y voit des habitants dansant dans les rues ou agitant le drapeau national irakien au volant de leurs véhicules.

Les milices chiites soutenues par l'Iran qui ont joué un rôle majeur dans d'autres offensives contre l’Etat Islamique ont été tenues à l'écart de cette bataille pour éviter d'attiser les tensions entre chiites et sunnites. La victoire en est d'autant plus importante pour les troupes régulières, mises en déroute l'an dernier par la progression éclair de l’Etat Islamique.

Située sur l'Euphrate, Ramadi, chef-lieu d'une région majoritairement sunnite, se trouve à seulement deux heures de route de la capitale irakienne.

Il s'agit de la deuxième grande ville regagnée par l'armée régulière après Tikrit, au nord de Bagdad, repassée aux mains du gouvernement en avril 2015. Mais les troupes gouvernementales s'étaient alors appuyées sur l'aide des milices chiites.

Les responsables irakiens comptent remettre les clés de Ramadi une fois sécurisée à la police locale et à une force tribale sunnite.

L'objectif ultime des autorités de Bagdad est la prise de Mossoul, qui priverait l’Etat Islamique du plus grand centre de population sous son contrôle en Irak et en Syrie, deux millions d'habitants, et le couperait aussi d'une source importante de fonds, ce qui réduirait son influence.

« Cette victoire sans accroc à Ramadi devrait être une bonne nouvelle pour les habitants de Mossoul », a déclaré Sabah al Noumani.

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27 décembre 2015 7 27 /12 /décembre /2015 16:58

La déchéance de nationalité continue de semer le trouble au Parti Socialiste (Reuters)

La controverse suscitée au sein du Parti Socialiste par le projet d'extension de déchéance de nationalité aux binationaux nés en France ne faiblit pas, Manuel Valls reprochant à une partie de la gauche de « s'égarer au nom des grandes valeurs ».

Deux élus socialistes, l'ancien ministre Benoît Hamon et Julien Dray, expriment à leur tour leur opposition à cette initiative dans des entretiens au Journal du Dimanche.

La mesure, jugée symbolique par le premier ministre lui-même, figurera dans le projet de loi constitutionnelle voulu par François Hollande après les attentats du Vendredi 13 Novembre 2015 et sera débattue au parlement au début de l'année prochaine.

De Martine Aubry, la maire de Lille, à Anne Hidalgo, la maire de Paris, plusieurs voix socialistes se sont déjà élevées publiquement contre le projet.

« Une partie de la gauche s'égare au nom de grandes valeurs en oubliant le contexte, notre état de guerre, et le discours du président devant le congrès », leur répond Manuel Valls dans le Journal du Dimanche.

« La détermination est totale, nous irons jusqu'au bout et que chacun à gauche en soit bien convaincu », poursuit-il en citant l'historien Pierre Nora, « la France est en péril de paix ».

Le prédécesseur de Manuel Valls à Matignon, Jean Marc Ayrault, a répliqué Dimanche 27 Décembre 2015 sur twitter, « si la France est en péril de paix, alors ne la divisons pas davantage », écrit le député de Loire-Atlantique.

Benoît Hamon a déploré pour sa part sur BFM TV les « mots toujours extrêmement agressifs de Manuel Valls. Il ne facilite pas la concorde et il égare la gauche », a-t-il jugé. « Qui s'égare quand on reprend les propositions du Front National pour les inscrire dans la constitution », a-t-il lancé.

Dans le Journal du Dimanche, l'ancien ministre de l’éducation, qui a quitté le gouvernement à l'été 2014, estime qu'inscrire dans la constitution la déchéance de la nationalité « revient à établir la distinction entre deux citoyens français de naissance, suivant qu'ils sont binationaux ou non. Cette décision va provoquer un schisme dans le peuple de gauche mais aussi dans la communauté nationale. C'était une proposition de l'extrême droite, une proposition qualifiée dans un passé récent de dangereuse par François Hollande et de nauséabonde par Manuel Valls », affirme le député des Yvelines.

L’ancien député socialiste Julien Dray confie, toujours dans le Journal du Dimanche, que « je ne m’explique pas la décision du président. D’autant que nous étions nombreuses et nombreux à avoir le sentiment que l'exécutif se rendait compte des risques que représentait la mise en chantier concrète d'une telle mesure ».

Le conseiller régional d'Ile-de-France, présenté comme un proche de François Hollande, propose à la place une « véritable peine d'indignité républicaine frappant les terroristes condamnés. Cela éviterait de toucher au droit du sol et de créer, implicitement, plusieurs catégories de français ».

La sénatrice socialiste de Paris, Marie-Noëlle Lienemann, a accusé elle aussi François Hollande et Manuel Valls de diviser le pays.

Le premier ministre « prend un air martial pour combattre la gauche alors que soi-disant ils veulent oeuvrer à une forme d'union nationale », a-t-elle réagi.

« Je crois que leurs propositions, que d'ailleurs Manuel Valls fait siennes maintenant après les avoir refusées, divisent le pays. On ferait mieux de s'unir sur des choses plus opérationnelles, plus conformes à nos principes et plus efficaces », a-t-elle ajouté.

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27 décembre 2015 7 27 /12 /décembre /2015 16:37

https://www.ensemble-fdg.org/content/communique-de-la-coordination-nationale-solidarite-kurdistan

Communiqué de la Coordination Nationale Solidarité Kurdistan (CNSK)

Mardi 22 Décembre 2015

Depuis plusieurs mois, la Turquie et son Président Recep Tayyip Erdogan livrent une guerre sans merci au peuple kurde.

De nombreuses villes et villages kurdes sont sous couvre feu, l’armée et la police utilisent de l’armement lourd pour venir à bout le la résistance des populations qui ne demandent rien d’autre que la démocratie et l’autonomie locale. Le nombre des victimes civiles et les destructions augmentent chaque jour dans les villes de Diyarbakir, Silopi, Cirze, Nusaybin, Dargeçit, Silvan, Varto et d’autres.

Pour la Turquie, les ennemis ne sont pas les terroristes de l'Etat Islamique mais les kurdes qui sont en première ligne pour les combattre et les défaire à l’exemple de Kobané, Sinjar ou Tel Abyad. La Turquie soutien les terroristes de l'Etat Islamique, le parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) les combat.

Combien de voix s’élèvent parmi les états de l’Union Européenne pour condamner ces atteintes terrifiantes aux droits humains ? Où est celle de la France ?

La vie d’un ou d’une kurde vaut-elle moins qu’une autre ?

La CNSK dénonce et condamne ce silence complice qui tue car il arme les fusils et les canons, il encourage Recep Tayyip Erdogan dans son autoritarisme et sa négation du droit des peuples et minorités. La France par la voix de son ministre des affaires étrangères a considéré que les kurdes sont des alliés dans la lutte contre l'Etat Islamique, alors pourquoi les laisser se faire massacrer en Turquie sans réagir ?

La CNSK en appelle à une autre attitude de la France et s'adresse en premier lieu au président de la république française, afin que chacun ait conscience que réprimer et affaiblir les kurdes, c’est renforcer la capacité de nuisance de l'Etat Islamique, c’est exposer un peu plus notre pays à sa folie meurtrière.

Pour combattre efficacement l'Etat Islamique, il faut que la Turquie cesse son agression contre le peuple kurde et il faut sans tarder retirer le PKK de la liste européenne des organisations terroristes.

Premiers signataires

Alternative Libertaire, Conseil Démocratique Kurde de France (CDKF), Ensemble, Mouvement de la Jeunesse Communiste de France (MJCF), Mouvement contre le Racisme et pour l’Amitié́ entre les Peuples (MRAP), Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA), Parti Communiste Français (PCF), Union Démocratique Bretonne (UDB), Union Syndicale Solidaire (USS)

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27 décembre 2015 7 27 /12 /décembre /2015 16:14

http://www.melenchon.fr/2015/12/23/a-propos-despagne

A propos d’Espagne

Par Jean Luc Mélenchon

Les élections législatives en Espagne sont l’évènement de la fin d’année non seulement pour l’Espagne mais pour l’Europe, puisque ce pays vit sous la surveillance de la commission européenne. Le résultat du vote exprime d’abord l’état d’instabilité dans lequel le pays est plongé depuis la mise en œuvre des politiques « d'ajustement structurel ». La racine de l’instabilité est dans le bouleversement que connaît l’organisation de la société. Pour restaurer le système bancaire aux frais du contribuable, l’Espagne a été soumise à la grande torture de l’ordolibéralisme européen. La conséquence est terrible.

Je parle ici de l’incroyable reflux des positions acquises subi par une classe moyenne jusque-là en expansion permanente, foudroyée en pleine ascension. C’est elle qui adhérait avec enthousiasme au projet européen. Et, bien sûr, à l’alternance molle entre deux variantes telles que le Parti Populaire et le Parti Socialiste Ouvrier Espagnol (PSOE), dans la mesure où la transition avait été réussie sans douleurs ni soubresauts par ces deux partis. Dorénavant, les stigmates de la déchéance sociale sont visibles à l’œil nu, ce sont les propriétaires d’appartement expulsés, les enfants hyper-éduqués condamnés à un exil économique qui les ramène au sort de leurs grands-parents et les services publics détruits coupant la route à toute reconstruction individuelle dans les biens communs. En arrachant la peau qui englobait la nouvelle Espagne du lendemain de la dictature du général Francisco Franco, le typhon néolibéral a mis à nu toutes les fractures de la société qui s’épongeaient naguère en souplesse.

Le consentement de la société post franquiste se nourrissait du progrès continu des situations individuelles. Une fois ce processus inversé, l’individualisation des rapports sociaux, que ce modèle social contient, tourne inéluctablement à la pulvérisation de la société elle-même.

Mais de puissants mouvements sociaux, les fameuses « marées citoyennes » de toutes natures, ont permis une riposte de la société qui en a maintenu d’amples secteurs sur le terrain de la solidarité et de l’affirmation de dénominateurs communs. Le racisme et la xénophobie en dépit de plusieurs vagues n’ont jamais réussi a dominer la scène publique. Pour autant, tout le monde n’a pas été acquis au rejet du système qui tue les espagnols à petit feu. Loin de là, il faudrait s’en souvenir. Le prouve la résistance des deux partis de « la caste », le Parti Populaire et le PSOE qui, malgré leur discrédit et leur réduction électorale considérable, restent pourtant en tête des élections générales du Dimanche 20 Décembre 2015. Mais les facteurs de dislocation continuent leur action et vont encore développer leur puissance dorénavant considérables. Ils touchent aux structures les plus profondes de la réalité espagnole.

L’exemple spectaculaire est celui de l’unité même du pays. L’inachèvement de l’état nation espagnol, masqué par la violence franquiste et amorti pendant les années d’opulence, est désormais peut être irréversible. Il est de nouveau mis à vif. Les indépendantismes minent le cadre commun où se prennent des décisions pour tous qui ne sont plus considérées comme légitimes par un nombre considérable de personnes. Ce que nous avons sous les yeux au lendemain de l’élection de dimanche dernier en Espagne, c’est la photographie d’étape d’un processus tourbillonnant bien loin d’être achevé. La nouvelle révolution citoyenne en Espagne est loin de son terme.

Bien sûr, le score spectaculaire de Podemos a retenu l’attention, à juste titre. Donné pour très mal en point après la série d’élections en Catalogne qui avait en partie masqué les évolutions internes et environnantes après les élections municipales, le mouvement a opéré une « remontée » spectaculaire qui l’a ramené dans la course pour prendre la tête du pays. On devine que je me réjouis du résultat obtenu sous la direction de Pablo Iglesias et Iñigo Errejón. Ce sont pour moi de vieilles connaissances.

Le premier, Pablo Iglesias est un partenaire de longue date, au premiers pas de son travail. J’ai siégé avec lui au parlement européen et les occasions d’échanger n’ont pas manquées. Il a été le préfacier de la version espagnole de mon livre « le hareng de Bismarck ». Le second, Iñigo Errejon, avait été accueilli aux rencontres d’été du Parti de Gauche de 2014. J’avais fait sa connaissance à Caracas et je le sais depuis tout ce temps fin analyste des sociétés en transition. Son analyse des nouvelles classes moyennes vénézuéliennes a fortement inspiré ma propre production sur l’analyse politique des sociétés urbanisées en temps de crise. Mais à l’époque, ni l’un ni l’autre, n’étaient à la mode dans la gauche française comme c’est le cas à présent. Ils sentaient trop fort le Venezuela et l’Amérique Latine. Combien dorénavant ne jurent plus que par Podemos. C’est touchant. Naturellement, c’est toujours pour retenir ce qui vient à l’appui des marottes de chacun. Aucun nouveau converti ne propose pour autant de mettre la photographie d’un leader connu sur les bulletins de vote comme Podemos l’a fait avec celle de Pablo Iglesias. Ni de former un « mouvement citoyen » avec un scrutin majoritaire interne, ni de faire des votes électroniques pour les congrès. Ni de faire l’apologie de la « patrie », ni de rejeter le clivage entre la droite et la gauche, ni de se réclamer d’Ernesto Laclau et de la « raison populiste », qu’il faut quand même avoir lu avant, et ainsi de suite.

Car j’en passe bien d’autres, pour la centième partie de quoi j’ai déjà été pendu en effigie mille fois par tous ceux qui ont pourfendu ma personnalisation de l’action, fustigé mon patriotisme « déroulédien », dénoncé mon autoritarisme et ainsi de suite. Je laisse tout cela avec amusement. Bien sûr, pour taquiner les médecins de Molière de l’autre gauche en France qui pullulent ces temps-ci.

Mais aussi pour rappeler que tout cela ne se fit pas sans d’âpres polémiques sur place, loin du conte enchanteur débité par les nouveaux enthousiastes. Il y a quelques temps encore les mêmes ravis roucoulaient d’un même chant, « Syriza et Podemos », comme si c’était deux fois la même chose. L’un et l’autre n’ont rien à voir, pas même l’appartenance à la structure commune européenne du Parti de la Gauche Européenne (PGE) dont Podemos ne veut pas être membre.

Depuis l’alignement d’Alexis Tsipras sur le mémorandum européen, après la photo de rigueur en bras de chemise, tout le monde oublie avec application l’épisode grec. Chacun se replie bravement vers le gagnant du soir, pour l’instant immaculé, sans autre forme d’examen. Cela mérite pourtant de s’y arrêter un sérieux moment. Non pour se rengorger d’une progression spectaculaire et s’en arroger la lumière mais pour travailler sérieusement à comprendre ce qui peut nous être utile.

Car une question de fond nous est posée en ce qui concerne la stratégie d’action politique dans cette ère précise. Mettons de côté ce qui n’est pourtant pas rien, les conditions particulières de la mobilisation sociale en Espagne qui ont porté le début de Podemos. « Ce n’est pas rien », dis-je, non pour reprendre le truisme des bavards, « l’Espagne ce n’est pas la France », mais pour pointer du doigt que c’est sur Podemos que s’est cristallisé politiquement cet élan. Pourquoi Podemos et pas Izquierda Unida, de cela, personne ne parle. Pourtant ce fut une bataille sévère. Izquierda Unida, construite essentiellement autour du Parti Communiste Espagnol (PCE) et pour lequel Pierre Laurent a fait cette fois–ci encore un appel au vote, arrivait en tête de l’autre gauche à la sortie des élections européennes de 2014, un point devant Podemos.

Les cadres fondateurs du mouvement Podemos étaient déjà en désaccord sur la stratégie appliquée par la majorité d’Izquierda Unida. La répartition léonine au profit du PCE des places éligibles sur la liste Izquierda Unida aux élections européennes scella la rupture. Je maintins pour ma part la balance égale entre les deux formations car mes conseillers présents sur place étaient très sceptiques sur la viabilité de la tentative Podemos.

Mais ce fut bien Podemos qui cristallisa ensuite politiquement tout le mouvement qui jusque-là se dirigeait en bonne partie sur Izquierda Unida. Et Podemos l’élargit bien au-delà. Le mouvement n’est pas seulement la projection politique pure et simple des « indignés ». Comme l’a dit l’un d’entre eux, il ne s’agissait pas seulement de mobiliser politiquement ceux qui occupèrent les « places », mais aussi ceux qui étaient restés à la maison. C’est la méthode de cet élargissement qui importe et non le lien qui existe entre l’émergence d’une autre gauche et un mouvement social.

Pourquoi Podemos et pas Izquierda Unida, en réalité l’Espagne tranche une question pendante dans toute la recomposition en Europe. Elle ne la tranche pas définitivement ni pour tout le monde en tous lieux et toutes circonstances. Mais elle répond à sa façon à une question posée partout, pour construire un pôle alternatif, faut-il faire un cartel de partis destiné à plus ou moins long terme à fusionner sur le mode de die Linke ou de Syriza ?

Ou bien un mouvement global, inclusif de toutes les formes de participation individuelle ou collective sur le mode Podemos ?

Pour ma part, après avoir proposé en vain des mois durant l’intégration en même mouvement des composantes du Front De Gauche (FDG) et l’adhésion directe, j’ai opté pour l’expérimentation directe. Sur l’idée de François Delapierre qui devait en assurer le pilotage, nous avons lancé le Mouvement pour la Sixième République (MSR).

J’ai pu observer la puissance d’un mouvement inclusif. L’adhésion de cent mille personnes au projet est la plus importante pétition politique du pays depuis des années. Elle a été un banc d’essai de multiples formes d’auto organisation. Je regrette que maints laudateurs actuels de Podemos ne s’y soient pas intéressés.

C’est la meilleure école politique que j’ai fréquentée depuis bien longtemps. J’avais annoncé dès le début que je me retirerai de l’animation du mouvement. Je pensais que François Delapierre pourrait revenir le prendre en charge. Sa maladie l’en empêcha. Mais du coup nous avons pu observer en direct la capacité de déploiement d’un mouvement totalement horizontal.

Le mouvement a certes vite ralenti son rythme. Il faut ici, sans démagogie, accepter l’idée qu’un mouvement sans leadership repérable a de grandes difficultés à s’imposer sur la scène. Mais il ne s’est jamais éteint.

L’essentiel est qu’il ait fait la preuve de la disponibilité de citoyens pour une idée aussi complexe que la convocation d’une assemblée constituante. Et qu’il ait démontré la capacité de convoquer une assemblée représentative du mouvement par élection interne, tirage au sort et délégation de familles politiques. Tout cela fut fait. N’empêche que l’initiative ne rentre dans aucune des cases connues de l’action politique traditionnelle de l’autre gauche en France. Rien de ce qui s’y est passé n’a retenu un instant son attention ou son intérêt sinon pour les traditionnels crocs en jambes et persiflages. Pour moi, cette expérience est un modèle.

A côté de cela, le summum de la modernité connue a consisté à faire des réunions confidentielles où des têtes blanches répètent jusqu’à la nausée les mêmes formules en faveur de « l’élargissement, le dépassement » et ainsi de suite, à propos de structures de parti qui ne bougent pourtant pas d’un mètre leurs cloisons, les mêmes pratiques de tables rondes sans lendemain, les mêmes invocations à « faire du neuf et de l’action a la base » sans que l’on en aperçoive autre chose que l’intention évidemment louable. Dans tous ces cas, on identifie « la démocratie » à la capacité de critiquer tout et tout le monde sans trêve et sans limite avec un appétit de nivellement qui brise les jambes à quiconque dépasse d’une tête. On y assimile le « collectif » à la négociation entre groupes de taille très diverses pour parvenir au plus petit commun dénominateur. Je fais grâce ici des tirades sur « le projet » qui doit être d’abord mis au point. Je n’en doute pas. Mais nous ne partons pas de rien et l’essentiel est acquis depuis longtemps. Des années de travail de la Fondation Copernic, d’ATTAC et le programme « l’humain d’abord » ont fourni une base qui est dorénavant largement acquise par tous. Ce n’est pas le projet le problème, pas du tout.

C’est la stratégie d’action l’enjeu. Et à partir de là se trouve vraiment interpellé non pas seulement ce que nous croyons bon pour tous mais quels points d’appui nous avons dans la société pour l’aider à se mettre en mouvement. Un exemple, s’agit-il de rassembler la gauche ou de fédérer le peuple ? Avant de répondre « tous les deux bien sûr », cela vaut la peine de s’interroger sur le contenu de cette différence qui en dit long ensuite sur la façon d’agir concrètement.

Podemos reprend la formule de Maximilien Robespierre quand ses leaders déclarent « nous sommes du peuple et nous allons avec le peuple ». J’avoue que j’avais été très surpris d’être aussi mal accueilli dans l’autre gauche quand fut proposé de s’appuyer sur ce concept de « peuple ». Nous en fîmes pourtant, François Delapierre, Clémentine Autain et moi le premier slogan de la campagne présidentielle de 2012, « place au peuple ». De la même façon que nous réintégrâmes « la France la belle, la rebelle », considéré comme un slogan sans contenu par le partisan de la ligne « rassembler la gauche » qui traverse depuis le début le FDG.

La France, la nation, la souveraineté sont des concepts tenus à distance par maints courants de l’autre gauche du moins tant qu’il s’agit de la France car pour le reste, comme par exemple la nation palestinienne, personne ne réprouve le contenu mobilisateur de l’idée. Bien sûr tout cela est l’arrière-plan non-dit de nos discussions. Mon livre « l’ère du peuple » développe cette doctrine, fédérer le peuple, former un front du peuple. J’en retrouve les mots par-ci par-là, chez l’un chez l’autre. Faute d’avoir tranché en pratique, l’espace politique s’est déformé sans nous. Le rassemblement de la gauche, cette mascarade, s’opère toujours autour du Parti Socialiste. Mais la fédération du peuple, évidemment c’est le Front National qui a pris la main à partir de secteurs populaires de la droite.

Pour autant, la partie n’est pas jouée. La masse immense des abstentionnistes va se redéployer dans le vote des élections présidentielles où les taux de participation sont plus élevés. Cette masse se déterminera par rapport au paysage qu’elle pourra observer. C’est-à-dire par rapport à ce qui existe déjà. Et par rapport aux opportunités qu’elle pourra y saisir. Les apparences et « la communication » ne jouent pas le rôle essentiel dans ces moments-là. Ou seulement par effet de « simple exposition » comme disent les publicitaires, c’est-à-dire le rabâchage médiatique. On doit s’habituer à l’idée que les médias continueront jusqu’au bout et en totale irresponsabilité civique à faire du vote pour Marine Le Pen le vote de rejet du système et on peut compter sur les Pierre Gattaz pour y précipiter aussi les ouvriers. Sans oublier le prochain attentat et les digues arrachées avec soin par François Hollande et Manuel Valls. La montée du Front National, le niveau de l’abstention et la déchéance de la gauche officielle sont les condiments spécifiques de la décomposition de la société française. C’est dans ce contexte qu’il faut penser notre action et non dans la nostalgie ou l’imitation.

Je serais très étonné que dans le contexte actuel elle se détermine alors d’après la qualité et la position des virgules dans des textes savants qui affichent tous les marqueurs et symboles qui permettent ensuite de se faire classer à « l’extrême gauche » par nos adversaires narquois et ravis de l’aubaine que nous leur offrons. Et de même, je ne crois pas qu’une campagne où que ce soit puisse échapper à la personnalisation, comme l’a très bien montré celle de Pablo Iglesias, après celle d’Alexis Tsipras. La nostalgie des vieux partis aux leaders qui apparaissent ou disparaissent sans qu’on sache pourquoi ne m’a jamais paru être attractive. Les gens veulent légitimement savoir à qui ils ont à faire. Tout cela sont les faux « débats » qui nous encombrent pour rien car ils n’ont aucune réponse totalement satisfaisante et restent totalement opaques vus du dehors de nos rangs.

Pour ma part, je crois à l’action comme principe fédérateur. C’est dans l’action qu’un collectif peut se donner à voir d’une façon convaincante. Car dans ce cas, chacun est visible dans son utilité au combat et non dans sa « sensibilité » qui ne peut exister qu’en opposition à celle des autres. L’action montre la cohérence et la solidarité des personnes et du groupe qui l’entreprend et la propose aux autres. Et elle invite tout un chacun à agir de même plutôt qu’à « se positionner ». L’action permet à la modernité réelle de s’affirmer. Car notre temps est celui d’une diversité personnelle culturelle et politique très avancée. On perd son temps à rechercher une identité commune qui sera toujours vécue par chacun comme une mutilation plus ou moins douloureuse. Cette obsession de l’accord complet propose une vision archaïque de comportements politiques fusionnels.

Elle vient d’un passé où la gauche s’est confondue avec l’idée d’un socialisme « scientifique » conçu non comme une démarche s’appuyant sur la recherche des faits objectifs mais comme une communion des esprits dans « la vérité ». Pour moi, la seule homogénéité souhaitable et exigible raisonnablement, c’est celle qu’appelle l’action pour être menée à bien et pour cela seulement. Voilà pour l’instant ce que je crois utile de dire sur ce bilan des élections espagnoles. La suite de l’analyse et des actes que j’en déduis viendront à la rentrée.

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27 décembre 2015 7 27 /12 /décembre /2015 15:39

http://www.elconfidencialdigital.com/politica/Pablo-Iglesias-explica-pacto-IU_0_2622937699.html

Pablo Iglesias explique pourquoi il n’a pas fait d’alliance avec Izquierda Unida

Aux messages selon lesquels « nous aurions eu plus de sièges si nous nous étions présentés ensemble », le leader de Podemos répond « qu’ils voulaient garder leur sigle pour payer les dettes et la vieille garde nous aurait mangé »

Podemos est le parti le plus heureux depuis les élections générales du Dimanche 20 Décembre 2015. L’obtention de soixante neuf sièges au congrès est considéré comme un succès par l'exécutif, comme cela a été démontré par les principaux dirigeants de la formation dimanche dernier. Cependant, Pablo Iglesias a tenu à répondre encore une fois à certains de ses camarades pour lesquels les résultats auraient été encore meilleurs s’il avait fait un accord avec Izquierda Unida.

Comme des responsables régionaux l’ont expliqué à El Confidencial Digital, les membres de la direction nationale du parti, avec à leur tête Pablo Iglesias, ont reçu, après avoir appris les résultats des élections générales du Dimanche 20 Décembre 2015, divers messages et des appels de félicitations pour l’élection de leurs députés. Cependant, beaucoup d’entre eux se sont demandé ce qui serait arrivé si la formation violette s’était présentée avec Izquierda Unida.

En fait, au cours de la journée d'hier, la possibilité que Podemos et Izquierda Unida forment un front commun au congrès ou dans les élections futures est revenue en force. Cependant, Pablo Iglesias et son équipe sont clairs, cette alliance ne se produira dans aucun processus électoral.

La vieille garde nous aurait dévoré

Pablo Iglesias lui-même a été le plus énergique quand des dirigeants du parti ont à nouveau soulevé la possibilité de parvenir à un accord avec Izquierda Unida pour présenter des candidatures communes et éviter ainsi la division électorale.

Le leader de Podemos a répondu que la formation dirigée par Alberto Garzón « voulait garder son sigle » dans une candidature commune. De cette façon, elle vise à « obtenir plus de sièges et plus de subventions pour payer ses dettes ».

En outre, Pablo Iglesias a assuré que, avec l'excuse d'avoir plus d'infrastructures dans les petites provinces, Izquierda Unida avait pris la direction de Podemos dans ces petites circonscriptions, « la vieille garde nous aurait dévoré », a expliqué l’ancien professeur de Complutense aux cadres de son parti qui étaient en faveur d'un pacte avec Izquierda Unida.

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26 décembre 2015 6 26 /12 /décembre /2015 16:48

http://www.alternatifs44.com/2015/12/lultime-rupture-par-edwy-plenel.html

https://www.mediapart.fr/journal/france/231215/l-ultime-rupture

L’ultime rupture

Par Edwy Plenel, fondateur de Mediapart

Mercredi 23 Décembre 2015

L’introduction dans notre constitution de la déchéance de nationalité pour les binationaux nés français serait un attentat contre la république, ruinant son principe d’égalité de tous les citoyens sans distinction d’origine. En portant ce projet, le président de la république François Hollande et le gouvernement de Manuel Valls actent leur propre déchéance politique en signifiant leur ultime rupture avec le peuple de gauche qui les a élus.

L’histoire de la gauche est pavée de moments où l’essentiel est soudain en jeu parce qu’il a été trahi par ceux qui s’en réclamaient. De moments où il ne s’agit plus de savoir si l’on est d’accord ou non sur les politiques économiques, sociales ou européennes suivies, mais où il est question de ce qui fonde durablement une identité politique, au-delà de ses aléas momentanés. Or, même si elle n’est en rien propriétaire de la morale ou du bien, la gauche, dans notre histoire républicaine, s’est affirmée en brandissant l’exigence démocratique fondamentale issue de la philosophie du droit naturel et de sa première traduction politique, la déclaration des droits de l’homme de 1789. Ce fut toujours son étendard, son cri de ralliement et son dernier refuge.

Nous naissons libres et égaux en droit. Nous avons le droit d’avoir toutes et tous les mêmes droits, sans distinction d’origine, de sexe, de croyance et d’apparence. Et ces droits sont inaliénables et sacrés.

C’est ainsi que nous sommes égaux devant la justice, répondant de nos actes selon les mêmes lois, sans différence de traitement et, notamment, de peines, et sans discrimination liée à nos spécificités, par exemple le fait d’avoir hérité d’une double nationalité. Bref, il n’y a pas deux catégories de français, dont l’une aurait une nationalité conditionnelle parce qu’elle aurait cette particularité d’avoir une autre nationalité. Non, il n’y a pas des français plus que d’autres qui n’auraient qu’à répondre de leur crimes éventuels et d’autres qui, commettant les mêmes crimes, devraient être exclus de la nation alors même qu’ils sont nés français, ont grandi en France et ne connaissent que la France.

Idéal souvent malmené dans la réalité mais néanmoins fondateur du pacte républicain, ce qui vient d’être rappelé n’est autre que ce qu’énonce notre loi fondamentale, la constitution de la république française. Et c’est cette loi fondamentale que la présidence de François Hollande et le gouvernement de Manuel Valls entendent violenter avec le projet de loi constitutionnelle dit « de protection de la nation » présenté au conseil des ministres du Mercredi 23 Décembre 2015. Loin de protéger la nation, ce texte entend la diviser, portant le ferment du démembrement d’une république indivisible pour tous ses citoyens en république divisée entre français à raison de leur origine, ceux dont la double nationalité atteste d’un lien familial avec l’étranger, l’ailleurs et le monde, étant désignés comme français sous réserve, français d’occasion et français en sursis.

Pour dévaler un escalier, il n’y a que le premier pas qui coûte, écrivions-nous après le vote de la loi sur l’état d’urgence. Et quand les amarres sont rompues, les dérives peuvent être infiniment rapides. Nous y sommes, donc, la supposée habileté politicienne du discours de François Hollande devant le congrès, Lundi 16 Novembre 2015, enfante, un mois plus tard, d’une monstruosité politique que, sans doute, aucun électeur du second président socialiste de la cinquième république n’aurait imaginé. Le chemin de perdition emprunté avec ce projet de loi cumule l’infamie, l’imposture et l’irresponsabilité.

L’infamie, c’est de suivre l’extrême droite. L’imposture, c’est de surenchérir sur Nicolas Sarkozy. L’irresponsabilité, c’est de nous exposer encore un peu plus, de nous fragiliser et de nous diviser, face au terrorisme.

Il est en effet infâme, c’est-à-dire vil, bas et indigne, qu’un pouvoir qui se prétend l’adversaire du Front National, épouse, à la lettre, l’idéologie de l’extrême droite, celle selon laquelle nos maux, quels qu’ils soient, nous viennent de l’étranger, ont pour cause les étrangers et supposent de chasser l’étranger qui est en nous. En brandissant dans l’urgence comme une mesure de protection, face à des attentats proférés pour la plupart par des français, enfants égarés de notre nation, la déchéance de nationalité pour ceux d’entre eux qui sont binationaux parce que de parents étrangers, le pouvoir sème le poison de la purification nationale.

Il accrédite le préjugé xénophobe selon lequel nos malheurs viendraient de la part étrangère de notre peuple. Il sème l’illusion identitaire d’une nation qui se renforcerait et se protègerait en excluant l’allogène. Il diffuse l’aveuglement nationaliste d’un pays refusant de s’interroger sur lui-même, sa politique sociale ou sa politique étrangère, en affirmant à la face du monde qu’il ne saurait y avoir de terroristes autochtones et que d’autres nations, celles qui pourraient les accueillir alors même qu’ils n’y ont jamais vécu, en produisent, par héritage barbare, par identité culturelle et par religion dominante.

Faire de la déchéance nationale l’urgence politique, c’est convoquer un imaginaire d’exclusion, de tri et de sélection, où xénophobie et racisme s’entretiennent et s’épanouissent autour du bouc émissaire principal de notre époque, le musulman, de croyance, de culture ou d’origine. Car, chacun le devine, les nations qui, dans l’esprit de nos gouvernants, sont destinées à accueillir ces déchus de la nationalité sont celles-là même d’où viennent les bataillons d’immigrés qui, depuis plus d’un demi-siècle, ont régénéré nos classes populaires.

Sans souci vivant du passé, sans mémoire vigilante ni fidélité historique, les apprentis sorciers qui, au palais de l’Elysée comme à l’hôtel Matignon, légitiment aujourd’hui ces amalgames où s’enracine la discrimination, semblent avoir oublié combien la déchéance de nationalité est l’arme idéologique de l’extrême droite. Non pas un dispositif technique, tant elle n’a aucune efficacité préventive, mais un levier propagandiste qui donne crédit à son idéologie inégalitaire, de hiérarchie et d’exclusion.

A peine renversée la république et instauré l'état français, les 10 et 11 juillet 1940, le premier geste du régime de Vichy ne fut-il pas de promulguer, le 16 juillet 1940, une loi « relative à la procédure de déchéance de la qualité de français ». Dans la foulée, le 17 juillet 1940, les naturalisés furent exclus de toute la fonction publique, puis, successivement, dès l’année 1940, des professions suivantes, médecins, dentistes, pharmaciens, avocats, vétérinaires et architectes. Le 22 juillet 1940, une nouvelle « loi », en fait, l'acte autoritaire d'un pouvoir dictatorial, le maréchal Philippe Pétain exerçant seul le pouvoir législatif, instaura une procédure expéditive de révision des naturalisations. Enfin, le 23 juillet 1940, était promulguée la « loi relative à la déchéance de la nationalité à l’égard des français qui ont quitté la France », dont furent notamment victimes Charles de Gaulle et Pierre Mendès France.

Quand elle est ainsi élargie et renforcée, la déchéance nationale devient une pathologie du droit de la nationalité, elle ouvre une brèche dans laquelle peuvent s’engouffrer les fantasmes de communauté nationale épurée, avec des hiérarchies de loyauté.

En visant explicitement des citoyens nés français, et non pas des personnes nées étrangères ayant ensuite acquis la nationalité française, qui plus est des français n’ayant aucun lien de citoyenneté avec le pays dont ils ont l’autre nationalité par héritage familial, le projet de loi constitutionnelle ouvre grand la porte aux pires arrière-pensées, sous la binationalité, c’est l’origine qui est disqualifiée, qu’elle soit culturelle, ethnique ou religieuse. De fait, tous nos compatriotes issus de la communauté juive d’Algérie se souviennent de l’abrogation par Vichy, dès octobre 1940, du décret Crémieux qui faisait d’eux des citoyens français à part entière. Soudain, tous, sans distinction, furent déchus de leur nationalité, à raison de leur origine.

Un imaginaire d’exclusion, de tri et de sélection

L’engrenage est terrible, et l’on comprend que le Front National, c’est-à-dire la formation politique héritière idéologique de Vichy, se félicite de cette bataille gagnée sans savoir à combattre, par simple désertion de leur camp des irresponsables qui nous gouvernement. C’est bien pourquoi nos récentes républiques, que l’on se gardera pourtant d’idéaliser sur ce terrain de la nationalité, n’en ont pas moins tenu à distance la déchéance nationale, exclusion exceptionnelle, voire rarissime. Quand, entre 1940 et 1944, sous Vichy, il y eut quinze mille cent cinquante quatre dénaturalisations dont une majorité de français juifs, pour un peu moins de deux mille naturalisations d’adultes, la troisième république n'appliqua que seize déchéances entre 1927 et 1940 pour deux cent soixante et un mille naturalisations d’adultes. Rappelant dans « qu'est-ce qu'un français » que, depuis la fin des années 1950, la déchéance pour déloyauté, dont est passible tout français qui possède une nationalité étrangère, était « tombée en désuétude », l’historien Patrick Weil soulignait qu’elle « représente une sorte d’arme de dissuasion, un article seize de notre droit de la nationalité ».

Ces comparaisons sont instructives, tout comme la bombe atomique, arme de destruction massive, ou les pleins pouvoirs, symbole d’un état d’exception, donc de non-droit, la déchéance nationale est faite pour ne pas servir. Elle est en quelque sorte l'impensé violent et autoritaire de notre droit de la nationalité, un reliquat du passé, notamment de la guerre froide. De fait, la plupart des vieilles démocraties ne l’ont gardée en réserve que pour des situations extrêmement rares et sortant de l'ordinaire, touchant à l’espionnage entre nations. Vouloir l’actualiser et l’étendre, jusqu’à viser les comportements criminels de certains français, c'est donc ressusciter une idéologie de l’exclusion et de la purification, celle-là même contre laquelle se sont reconstruites nos démocraties européennes depuis 1945.

Quelles que soient ses suites concrètes, cette transgression politique libère une violence qui n'est pas seulement symbolique. Le pacte social qui soude une nation autour d’un peuple souverain, communauté d’hommes libres assemblés librement, est rompu depuis le sommet de l'état. Un discours de guerre civile, agressant une partie de la population, toujours la même, celle qui est venue d’Afrique ou du Maghreb et où la binationalité est fréquente, tient lieu non seulement de parole officielle, mais désormais de projet constitutionnel. On aurait tort de se rassurer en pensant qu'il ne s’agit là que de gesticulations démagogiques, ces mots produisent forcément des actes, tant cette hystérie verbale est un appel à la violence. En ce sens, le crime contre la république se double d'une provocation contre la nation, son unité et sa concorde.

Les principes ne se bradent pas au prétexte de la peur. Sauf à égarer la république elle-même, en concédant à ses ennemis, adversaires de sa liberté, ennemis de son égalité et négateurs de sa fraternité, ce qu’ils souhaitent précisément, sa perdition. Nous affirmons donc aujourd’hui, avec les mêmes mots et les mêmes rappels, ce que nous disions haut et fort, en 2010, quand Nicolas Sarkozy rompit le premier le pacte de concorde républicaine en affirmant, à Grenoble, que « la nationalité française doit pouvoir être retirée à toute personne d’origine étrangère qui aurait volontairement porté atteinte à la vie d’un fonctionnaire de police, d’un militaire de la gendarmerie ou de toute autre personne dépositaire de l’autorité publique ».

Nous n’étions pas seuls. « La nation, c’est un traitement digne et égal pour tous », François Hollande a alors signé cet appel de septembre 2010 où l’on lisait ceci, « sous le faux prétexte d’assurer la sécurité des français, le pouvoir tend en fait à imposer une idée aussi simple que malhonnête, les problèmes de notre société seraient le fait des étrangers et des français d’origine étrangère ». « Non à l’extension des possibilités de déchéance de nationalité » clamait cet appel qui dénonçait, dans la politique de Nicolas Sarkozy, « une atteinte intolérable aux principes constitutifs de la nation ». Aux côtés de l’actuel président de la république, parmi les signataires de cet appel solennel à un sursaut, il y avait Martine Aubry, alors première secrétaire du Parti Socialiste, Claude Bartolone, aujourd’hui président de l'assemblée nationale, Bertrand Delanoë, alors maire de Paris, Myriam El Khomry, aujourd’hui ministre du travail, Laurent Fabius, actuel ministre des affaires étrangères, Lionel Jospin, devenu membre du conseil constitutionnel, et, bien sûr, Christiane Taubira, la garde des sceaux qui, maintenant, se prépare à défendre l’inverse, c’est-à-dire ce déshonneur.

Interrogé à l’époque par Mediapart, Pierre Rosanvallon, professeur au collège de France mais aussi témoin et acteur de la gauche réformiste française, nous expliquait que le sarkozysme « n’est plus une politique, il est une tentative permanente d’adaptation opportuniste aux réalités ».

Dans sa désastreuse manœuvre tactique où il espère cannibaliser la droite face au Front National, le hollandisme se révèle donc une dérisoire prolongation du sarkozysme. Avec préscience, Pierre Rosanvallon estimait alors que « la forme la plus caricaturale et révoltante de ce sarkozysme, c’est l’union nationale négative. C’est la tentative de construire du consensus par les formulations les plus archaïques de la xénophobie ». Hélas, oui, hélas, car nous avons appelé de nos vœux cette alternance après l’hystérie de l’hyperprésidence de Nicolas Sarkozy, sous son apparence plus cauteleuse et plus ronde, le hollandisme ouvre la voie aux mêmes passions tristes et dévastatrices, nées des noces de la peur et de la haine.

Enfin, à l’infamie de créditer l’extrême droite et à l’imposture de surenchérir sur Nicolas Sarkozy, s’ajoute l’irresponsabilité de mesures qui, loin d’une quelconque efficacité, ne font que mettre la France sous tension, qu’aviver ses plaies et qu’accroître ses divisions. La déchéance de nationalité n’a aucune portée pratique vis-à-vis de jeunes ayant épousé une idéologie totalitaire qui fait du sacrifice de sa propre vie une arme de guerre. Elle ne répond à aucune des questions légitimes que posent les échecs sécuritaires d’un pouvoir n’ayant pas réussi à nous protéger des attentats de janvier 2015 et des massacres de novembre 2015, mais ayant, de plus, choisi de nous exposer en se lançant dans des aventures guerrières, au Mali, en Irak, en Syrie et en Libye, hier mais sans doute demain, sur lesquelles nous n’avons aucun droit de regard et dont les terrains sont des pays dont les peuples ne nous ont jamais déclaré la guerre.

Les suites de l’état d’urgence l’ont amplement montré, la lutte antiterroriste n’est qu’un prétexte tacticien pour survivre au pouvoir, se faire réélire et affaiblir le camp adverse. Nous sommes bien loin des grands mots et des phrases ronflantes. L’intérêt politicien prend le pas sur l’intérêt général. De fait, le projet de loi constitutionnelle dit « de protection de la nation » envisage aussi de constitutionnaliser l’état d’urgence, c’est-à-dire de banaliser un état de police et de bureau préfectoral qui impose sa loi à l’état de droit. Les mesures prévues, dit le communiqué officiel du conseil des ministres, « seront placées sous le plein contrôle du juge administratif ». Bel aveu, ce juge-là est celui de l'état, au sein de l'état, par l'état lui-même. La justice congédiée, ses magistrats du parquet comme ses juges du siège, le seul contrôle, jusqu’au conseil d'état, c’est celui que l'état concède à l'état, dans l’entre-soi administratif. Plus d’équilibre des pouvoirs, plus de pouvoir judiciaire, un tant soit peu indépendant, pour arrêter le pouvoir exécutif. Les figures intellectuelles du droit, à gauche, Mireille Delmas-Marty et Christine Lazerges notamment, viennent de l’affirmer dans un appel disant « non à létat durgence permanent » où elles dénoncent le projet sur la déchéance nationale comme un moyen de « contourner les fondements républicains du droit de la nationalité ».

Avec le gouvernement de Manuel Valls, la prophétie orwellienne est au pouvoir. La guerre, c’est la paix. L'état, c’est le droit. L’indignité, c’est l’honneur. En politique, les ruptures morales sont autrement définitives que les divergences partisanes, de programme ou d’alliance. Elles brisent ce qui faisait du commun et du lien, une appartenance, une histoire et une complicité. Le communisme français tout comme son partenaire socialiste a connu de tels moments, qu’ils s’agissent des crimes staliniens, des dérives mollettistes ou de l’affairisme mitterrandien. Ce sont des moments tragiques, tant ils déchirent des fidélités, mais aussi fondateurs, tant ils obligent à tracer une autre route.

Nous y sommes, sans retour.

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26 décembre 2015 6 26 /12 /décembre /2015 16:10

http://www.humanite.fr/hocine-ait-ahmed-un-des-chefs-historiques-du-fln-est-decede-593950?IdTis=XTC-FT08-ABW3QR-DD-DLH85-FPD2

Hocine Ait Ahmed, un des chefs historiques du Front de Libération Nationale (FLN), est décédé

Par Hassane Zerrouky

Il était le dernier survivant des neuf chefs historiques du FLN qui allaient déclencher la guerre d’indépendance algérienne le premier novembre 1954

Hocine Ait Ahmed, quatre vingt neuf ans, est décédé Mercredi 23 Décembre 2015 dans un hôpital de Lausanne.

Même si son nom ne figurait pas parmi les six membres fondateurs du FLN, Mohamed Boudiaf, Mostefa Ben Boulaid, Larbi Ben M’Hidi, Krim Belkacem, Rabah Bitat et Mourad Didouche, il se trouvait alors au Caire avec deux autres chefs historiques, Ahmed Ben Bella et Mohamed Khider, et était tenu au courant et associé aux préparatifs de l’insurrection algérienne. Titulaire du baccalauréat, ce parfait quadrilingue maitrisait aussi bien le berbère sa langue natale, l’arabe classique que le français et l’anglais.

Né à Ain al-Hammam en Kabylie, le 20 août 1926, Hocine Ait Ahmed, alors lycéen, adhère en 1942 au Parti du Peuple Algérien (PPA), fondé par Messali Hadj. Au sein de ce parti, très implanté en Kabylie et dans l’immigration algérienne, le futur dirigeant du FLN assumera des fonctions dirigeantes dès 1947. C’est d’ailleurs cette année -là, deux ans après les massacres du 8 mai 1945 à Sétif, qui font quarante cinq mille morts, que fut fondée l’Organisation Spéciale (OS) qui devait préparer la guerre d’indépendance, organisation qui sera démantelée en 1950 et au sein de laquelle Hocine Ait Ahmed jouait un rôle prépondérant. Avec Ahmed Ben Bella, il organise même en 1949 le braquage de la banque d’Oran pour se procurer les fonds nécessaires à l’achat d’armes. Suite à cette affaire, l’OS est démantelée.

Ahmed Ben Bella est arrêté et condamné à cinq ans de prison, Hocine Ait Ahmed, qui échappe aux arrestations, plonge dans la clandestinité et quitte l’Algérie pour s’installer au Caire en 1952 où il fera partie avec Ahmed Ben Bella et Mohamed Khider de la délégation extérieure du PPA qui deviendra en 1954 celle du FLN. Et c’est lui qui, en avril 1955, dirigera la délégation algérienne à la conférence de Bandung qui allait donner naissance au Mouvement des Non Alignés fondé par l’égyptien Gamal Abdel Nasser, l’indonésien Soekarno, l’indien Jawaharlal Nehru et le yougoslave Josip Broz Tito.

En 1956, l’avion dans lequel il se trouvait en compagnie de Mohamed Boudiaf, Ahmed Ben Bella, Mohamed Khider et Mostefa Lacheraf, en partance à Tunis pour une rencontre des leaders maghrébins, est arraisonné par l’armée française et contraint d’atterrir à l’aéroport d’Alger.

Arrêté avec ses compagnons, Hocine Ait Ahmed sera interné jusqu’à la fin de la guerre d’indépendance en 1962. Alors qu’une lutte fratricide se déroulait au sein de l'Armée de Libération Nationale (ALN), bras armé du FLN, plusieurs dirigeants ont été assassinés, comme Albane Ramande, entre 1956 et 1960, Hocine Ait Ahmed, contrairement à Ahmed Ben Bella, se tient à l’écart des luttes entre factions rivales et en appelle à l’unité des rangs du FLN et de l'ALN.

A sa sortie de prison en mars 1962, le FLN est en proie à une crise de de rivalités de pouvoir, avant de se déchirer militairement durant l’été 1962, l’Algérie ayant frôlé une guerre civile si les algériens n’étaient pas sortis massivement dans les rues aux cris de « sept ans cela suffit » en s’interposant entre les combattants pour faire cesser les affrontements. Hocine Ait Ahmed dénonce ceux qui recourent à la violence pour imposer leur point de vue. Le 27 juillet 1962, trois semaines après l’accession de l’Algérie à l’indépendance, il démissionne de toutes les structures de direction du FLN et se tient à l’écart des luttes au sein du parti, évitant dans un premier temps de prendre partie pour les uns ou les autres. Quelques mois plus tard, en septembre 1962, il accepte d’être élu à la première assemblée constituante, « je suis militant et c’est une assemblée de patriotes, c'est-à-dire des militants comme moi », expliquait-il alors à Jeune Afrique du premier octobre 1962. Fidèle à une certaine vision de la politique, qualifiée par lui-même « d'opposition constructive », il dénonce l’interdiction du Parti Communiste Algérien (PCA) et les dérives autoritaires du régime d'Ahmed Ben Bella. Ce qui ne l’empêche pas de soutenir l’autogestion des fermes et des entreprises coloniales, voire de critiquer le pouvoir d'Ahmed Ben Bella qu’il soupçonnait de vouloir liquider « l’autogestion socialiste ».

De ce fait, contrairement à ce qui a été écrit par la suite, Hocine Ait Ahmed, comme tous les dirigeants du FLN, n’était pas un partisan du multipartisme. « Leur vision politique n’avait nullement la clarté qu’ils lui donneront après coup, ils cherchaient à tâtons leurs voies », écrit à juste titre Mohamed Harbi dans « l'Algérie et son destin », aux éditions Medias associés, à Alger, en 1994, avant de souligner plus loin que « tous les dirigeants du FLN entretenaient avec l’idéal démocratique un rapport instrumental ». Ce n’est que plusieurs années après que le fondateur du Front des Forces Socialistes (FFS) s’est rallié au pluralisme.

En 1963, il en allait autrement. Ainsi, quand Hocine Ait Ahmed s’aperçoit de l’impossibilité de faire évoluer de l’intérieur les institutions, il dénonce le « coup de force institutionnel » d'Ahmed Ben Bella, il crée en septembre 1963 le FFS et il déclenche une lutte armée à partir de la Kabylie pour renverser le régime d'Ahmed Ben Bella soutenu à l’époque par la gauche du FLN et les communistes via Alger républicain. Mais, lâché par le colonel Mohand Ould Hadj qui ordonne à ses hommes de cesser le combat en raison du conflit opposant l’Algérie au Maroc, Hocine Ait Ahmed, isolé, est arrêté en 1964. Condamné à mort puis gracié, il quitte l’Algérie pour l’étranger pour un exil qui durera vingt trois ans. Une période au cours de laquelle, deux chefs historiques du FLN avec qui il était en contact sont assassinés, Mohamed Khider en 1967 à Madrid et Krim Belkacem en Allemagne en 1971. En 1985, s’étant réconcilié avec Ahmed Ben Bella, ils lancent à partir de Londres un appel commun à l’instauration de la démocratie en Algérie. Deux ans après, son ami Ali Mecili, qui avait pris une part active a cet appel, est assassiné à Paris en 1987.

En 1989 à la faveur de l’instauration du multipartisme suite aux révoltes populaires d’octobre 1988 qui mettaient fin au régime du parti unique, Hocine Ait Ahmed retourne en Algérie. Son parti, le FFS, devenu entre-temps membre de l’Internationale Socialiste, est légalisé et participe aux premières élections pluralistes du pays en 1990 et en 1991.

Opposant irréductible au régime algérien dont il conteste la légitimité, Hocine Ait Ahmed fait néanmoins preuve d’un manque de discernement en consacrant toute son énergie à fustiger la politique du premier ministre réformateur Mouloud Hamrouche alors en butte aux menaces du Front Islamique du Salut (FIS), lequel se proposait d’instaurer un état islamique basé sur la charia et s’était signalé par sa violence envers les femmes qualifiées par son chef Abassi Madani « d'éperviers du colonialisme » et par l’interdiction des concerts de musique dont le plus emblématique fut celui de la chanteuse portugaise Linda de Sousa. Et quand l’armée eut mis fin au processus électoral suite à la victoire du FIS au premier tour des élections législatives du 26 décembre 1991, Hocine Ait Ahmed, qui avait appelé entre les deux tours à une marche rassemblant plus d’un million de personnes à Alger contre la menace islamiste, se rétracte. Il refuse l’offre des militaires de diriger transitoirement l’Algérie et qualifiera de « coup d'état » l’arrêt des élections législatives. Il s’en tiendra à cette ligne durant toutes les années 1990 de tueries et de massacres commis et revendiqués par les islamistes, renvoyant dos à dos le pouvoir et les auteurs des assassinats de journalistes, d’intellectuels et de femmes.

Après l’assassinat du président Mohamed Boudiaf en juin 1992, Hocine Ait Ahmed, qui se définissait comme « un démocrate impénitent », quitte l’Algérie pour la Suisse d’où il continuera à pourfendre le « régime militaire » d’Alger.

En 1995, à Rome avec Ahmed Ben Bella, il signera avec les islamistes du FIS représentés par Annouar Haddam, l’homme qui a revendiqué les meurtres des journalistes et intellectuels, aujourd’hui réfugié aux Etats-Unis, le « contrat national » en vue d’une « solution politique », tout en dédouanant au passage le « djihad » du FIS, un parti dont la démarche était qualifié en 1991, par Hocine Ait Ahmed lui-même, de « fascisme rampant ». Son compagnonnage avec les islamistes, dont il n’a jamais dénoncé les crimes, durera jusqu’à la fin des années 1990. Lors des massacres de civils en 1997 et en 1998, il lance un appel à l’intervention internationale en Algérie pour la « protection » du peuple algérien, n’hésitant pas pour ce faire à dénoncer la lâcheté de la communauté internationale envers ce qui se passe en Algérie. Et de ce fait, sa politique du « non à l'état islamique, non à l'état policier » passe mal au sein de l’opinion algérienne. Et quand en novembre 1995, il appelle au boycott du scrutin présidentiel qui verra l’élection triomphale de Liamine Zeroual, sans doute la seule élection qui a vu une participation massive des algériens ayant défié le Groupe Islamique Armé (GIA) qui promettait « l’urne ou le cercueil », Hocine Ait Ahmed fera encore montre d’un manque de discernement. Pour preuve, le FIS, alors allié du FFS, reconnaissait dans un communiqué la validité du scrutin et demandait l’ouverture de négociations.

De retour en Algérie en 1999, il est candidat à l’élection présidentielle, à la suite d’un malaise cardiaque, il interrompt sa campagne. Mais il poursuit son combat contre le pouvoir à l’intérieur du parlement où le FFS représente la quatrième force du pays et à l’extérieur en soutenant les mouvements sociaux, les luttes pour les droits de l’homme et l’amazigh, le berbère, comme langue officielle, elle est reconnue uniquement comme langue nationale. Toutefois, en ce qui concerne la révolte citoyenne en 2001 et en 2003 en Kabylie puis dans les Aurès, Hocine Ait Ahmed la qualifiera de « produit » fabriqué par les laboratoires des services. Cette vision policière des faits aliénera au FFS des pans entiers de la société civile, notamment en Kabylie. Par centaines, des cadres et des militants quittent le parti, dénoncent l’autoritarisme du « zaim », le guide qui, à partir de Genève, c’est une singularité de ce parti, dirige le FFS, nomme et défait ses dirigeants.

Les années passant, affaibli par la maladie, Hocine Ait Ahmed quitte, le 25 mai 2013, la direction du FFS après un règne sans partage de cinquante ans. Deux ans plus tard, le 25 janvier 2015, victime d’un AVC, il cesse toute activité.

Entre temps, le vieux dirigeant s’est rapproché du pouvoir algérien. Inquiets par la tournure prise par le printemps arabe dans certains pays, la Syrie et la Libye notamment, craignant des menaces sur l’unité du pays, Hocine Ait Ahmed et le FFS prônent depuis une démarche fondée sur le plus large consensus, pour sauver l’Algérie des périls qui la menacent, non sans pointer pour la première fois la responsabilité des pays occidentaux. Une démarche soutenue par de nombreux secteurs de la société civile et politique, dont l'ancien premier ministre Mouloud Hamrouche.

Hocine Ait Ahmed aura droit à des obsèques nationales. Comme ces dirigeants historiques qui ont disparu avant lui, il sera pour tous les algériens ce patriote qui a permis à l’Algérie de se libérer.

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26 décembre 2015 6 26 /12 /décembre /2015 15:25

LA FIN DU BIPARTISME

Vous trouverez ci-dessous la première partie d’un long message d’Alberto Serrano relatif aux résultats des élections législatives espagnoles du Dimanche 20 Décembre 2015.

Le message est disponible en totalité à l’adresse ci-dessous.

Bernard Fischer

http://www.gaucherepublicaine.org/respublica/espagne-enfin-linstabilite/7397228

Le scrutin du Dimanche 20 Décembre 2015 a bien eu le caractère historique qu’on lui pressentait, pour l’Espagne mais aussi pour l’Europe.

Quarante ans après la mort du grand criminel Francisco Franco et de ce qu’on appela alors la « transition », par laquelle l’Espagne se débarrassait de la dernière dictature fasciste européenne, après la Grèce et le Portugal, ces élections ouvrent une phase d’importants bouleversements politiques. Pablo Iglesias, le secrétaire général de Podemos, l’appelle une nouvelle transition.

Depuis 1982, le Parti Socialiste Ouvrier Espagnol (PSOE), colonne vertébrale du régime né de la constitution de 1978, et le Parti Populaire ont alterné au pouvoir central, avec l’appoint au parlement des partis nationalistes indépendantistes basques et catalans qui obtenaient en contrepartie une totale impunité pour gérer voire mettre en coupe réglée ces territoires, notamment le très corrompu parti nationaliste catalan, la corruption n’est pas un phénomène isolé ou une sorte de plaie inévitable, Podemos la dénonce comme étant un lubrifiant essentiel de tout le système politique espagnol.

Le Parti Populaire et le PSOE ont toujours additionné à eux deux quatre vingt pour cent des suffrages, ne laissant aux autres que des miettes et une place accessoire. C’était cela la fameuse stabilité si indispensable aux « marchés » et si regrettée sur ce ton anxieux que prennent les journalistes français depuis le Dimanche 20 Décembre 2015, une alternance entre frères ennemis, passant de ministres à administrateurs de grandes banques et entreprises, mettant l’état espagnol au service de la finance et des rois du béton.

Quatre ans plus tard, le Parti Populaire et le PSOE n’additionnent plus que cinquante pour cent des voix et ont perdu des millions de suffrages dans un scrutin marqué par une forte hausse de la participation. La « stabilité » qui confisquait la démocratie c’est fini, pas de regrets.

L’austérité ne passe pas

Après sa réélection en 2008, le président du gouvernement socialiste José Luis Rodriguez Zapatero renonçait à la politique promise à ses électeurs pour appliquer le mémorandum d’austérité de la troïka aux ordres d’Angela Merkel, allant jusqu’à voter avec le Parti Populaire une réforme express de la constitution qui donne la primauté au paiement de la dette avant toute autre dépense de l’état.

La cure d’austérité et d’ultralibéralisme a précipité le PSOE dans une défaite historique en 2011, vingt neuf pour cent des voix et cent dix députés, son plus mauvais score depuis 1978, le Parti Populaire emportant la majorité absolue avec quarante cinq pour cent des voix et cent quatre vingt six députés. Les deux partis dominants réunissaient encore près de soixante quinze pour cent des suffrages.

Dimanche 20 Décembre 2015, avec vingt deux pour cent des voix et quatre vingt onze députés, soit un million cinq cent mille voix perdues et vingt députés de moins qu’en 2011, le PSOE frôle de peu le cauchemar des marchés, il se trouve quasiment à égalité avec Podemos, qui obtient 20,7 % des voix, et à deux doigts de devenir la troisième force politique.

Le PSOE a été emporté par son adhésion docile à ce que Juan-Carlos Monedero, fondateur de Podemos, a pu qualifier « d’austéricide », mettant un accent sur l’aspect mortifère de cette politique et la distinguant d’une austérité qui serait prise au sens de non gâchis des ressources et de non course effrénée au profit. Le PSOE est bien sur la pente du PASOK grec, et sans aucun doute du Parti Socialiste français, ils ont fait leur plus mauvais résultat depuis 1977.

Le Parti Populaire prend aussi une raclée, Dimanche 20 Décembre 2015, il perd trois millions sept cent mille voix et passe de quarante quatre pour cent des voix, avec majorité absolue au parlement, à vingt neuf pour cent des voix et cent vingt trois députés, perdant soixante trois sièges. Ce résultat, le plus mauvais depuis 1989, maintient le Parti Populaire au rang de premier parti, mais dans une position qui le met en très grande difficulté pour garder le pouvoir.

Il faut noter que le Parti Populaire obtient ce résultat avec un déploiement inédit de propagande, la radio-télévision publique ayant été ouvertement annexée à son service pour taire la gravité de la situation sociale et économique et cacher l’ampleur colossale de sa corruption, dont le coût a été estimé par un groupe d’économistes à quarante huit milliards d’euros, tout en étouffant le mouvement social grâce à l’application d’une loi ultra-répressive votée par lui seule et entrée en vigueur en juin 2015.

L’explosion Podemos

Le Parti Populaire et le PSOE croisent dans leur descente sur piste rouge la nouvelle force progressiste, Podemos. En moins de deux ans, depuis son lancement en février 2014, devenant un parti politique en novembre 2014, Podemos est passé de huit pour cent des voix aux élections européennes de mai 2014 à quatorze pour cent des voix aux élections régionales de mai 2015 puis à vingt et un pour cent et cinq millions deux cent mille voix, Dimanche 20 Décembre 2015.

Angela Merkel a raison de faire la grimace, comme on a pu le voir dans une vidéo récente où le chef du gouvernement espagnol Mariano Rajoy l’informait des sondages en sa possession, Podemos suit la pente ascendante de Syriza et à la même vitesse, sachant que la Grèce et l’Espagne sont dans des situations assez différentes et que Podemos n’est pas la réplique de Syriza.

Dès après les élections européennes, les gouvernants, sentant le danger, avaient pourtant pris des mesures fortes.

Ils décidaient l’abdication du vieux roi Juan-Carlos, totalement lessivé par le scandale de corruption impliquant sa fille et par les révélations sur son train de vie, pour le remplacer par le jeune et fringant Felipe à l’image plus moderne.

Ils décidaient remplacement du secrétaire général du PSOE, là encore par un jeune et très photogénique dirigeant, Pedro Sanchez.

Ils décidaient le déchaînement, à partir de janvier 2015, d’une campagne médiatique outrancière pour tenter de salir les dirigeants de Podemos, avec multiplication des unes en pleine page les plus grossières inventant des scandales bidon, tous éventés mais démentis seulement en petit caractère en pages intérieures et au milieu du mois d’août 2015. Mention spéciale au quotidien soi-disant « de référence » et « de gauche » El Pais, fleuron du groupe PRISA, dont les articles sur Podemos semblaient tout droit sortis d’un tabloïd anglais. Le but de cette opération était de ternir à tout prix l’image de propreté de Podemos, qui contrastait avec les tâches de corruption indélébiles portées par le Parti Populaire mais aussi le PSOE ou encore le parti nationaliste catalan au pouvoir à Barcelone. Cette campagne a réussi à déstabiliser un temps la direction de Podemos, poussant notamment l’un de ses fondateurs, Juan-Carlos Monedero, très attaqué, à la démission de son poste de dirigeant.

Ils décidaient la montée en pression du défi indépendantiste catalan, utilisé par la droite corrompue catalane nationaliste pour se maintenir au pouvoir au prix d’une fuite en avant irresponsable, et utilisé par le Parti Populaire mais aussi le PSOE pour appeler les espagnols à resserrer les rangs face au danger de rupture de l’intégrité de l’Espagne, essayant ainsi de faire oublier leur faillite sur le plan social et économique.

Ils décidaient la mise sur orbite d’un « Podemos de droite » selon le vœu d’Emilio Botin, président, aujourd’hui décédé, de la banque Santander et véritable parrain du patronat et du pouvoir financier en Espagne. C’est ainsi que le parti Ciudadanos, créé en 2007 en Catalogne par le jeune et photogénique Albert Rivera, sur sa première affiche de campagne il s’exhibait nu avec ses mains sur son sexe pour tout vêtement, a commencé à bénéficier d’une couverture médiatique extraordinaire et de sondages lui prédisant un succès fulgurant en même temps qu’ils prédisaient l’effondrement de Podemos.

Ciudadanos a réalisé une performance remarquable, devenant la quatrième force politique espagnole avec trois millions cinq cent mille voix et quarante députés. Toutefois, cette position est loin des perspectives que lui octroyaient tous les sondages et que lui souhaitaient les grands médias, les milieux financiers et les dirigeants libéraux européens. Ciudadanos a vocation à récupérer les voix perdues par le Parti Populaire en se présentant comme le parti de rechange propre et neuf et canaliser le désir de renouvellement des espagnols en marginalisant Podemos, stigmatisé en parti extrémiste et pas sérieux.

La gauche « de gauche » espagnole, naufrage de la vieillesse

Pourtant, les efforts du pouvoir médiatique et des forces conservatrices ont pu bénéficier de l’appoint des organisations anciennes de gauche. A la tête d’Izquierda Unida, les vieux apparatchiks usés de ce qu’il reste des lambeaux du Parti Communiste Espagnol (PCE) ont d’abord lancé en juin 2015 une campagne, appuyée par El Pais, pour exiger de Podemos une union de la gauche. Puis ils ont torpillé l’accord que leur candidat, le jeune Alberto Garzon, avait trouvé avec Pablo Iglesias pour aller ensemble aux élections. Les organisations d’Izquierda Unida en Catalogne et en Galice se sont tout de même intégrées aux candidatures de Podemos.

Ainsi, Izquierda Unida perd, Dimanche 20 Décembre 2015, sept cent soixante mille voix, passant de 7 % à 3,7 % des voix et de onze à deux députés. Alberto Garzon, selon le bon vieux principe stalinien, a fait campagne en tenant le discours inverse de ce qu’il pense, dicté par les vieux propriétaires du parti, ne faisant qu’attaquer Podemos en le qualifiant de traître et de droite, car se donner les moyens politiques de gagner c’est forcément devenir traître et de droite, bonjour le fatalisme.

Si Izquierda Unida avait accepté l’accord entre Alberto Garzon et Pablo Iglesias trouvé en septembre 2015, aujourd’hui les communistes auraient une dizaine de députés de plus, le PSOE serait troisième force politique et Pablo Iglesias pourrait revendiquer la direction du gouvernement.

Tournant le dos à l’héritage anti-stalinien et eurocommuniste du PCE des années 1960 et 1970, à rebours de la dimension politique de ses anciens dirigeants Santiago Carrillo et la « pasionaria » Dolorès Ibarruri dans la lutte contre le franquisme puis dans le compromis historique de 1978, voici donc le vieux PCE dans le même rôle minable que le très stalinien parti communiste grec (KKE) contre Syriza, une béquille des forces du capital contre tout changement.

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