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6 février 2016 6 06 /02 /février /2016 19:16

http://www.actu.cotetoulouse.fr/a-toulouse-le-cinema-utopia-vandalise-par-des-activistes-pro-israeliens_28578

À Toulouse, le cinéma Utopia vandalisé par des activistes pro-israéliens

Les employés d'Utopia ont eu la désagréable surprise, Mardi 26 Janvier 2016, de trouver les serrures du cinéma bouchées et les portes de l'établissement recouvertes d'affiches.

C’est une surprise dont ils auraient bien voulu se passer. Mardi 26 Janvier 2016, les employés du cinéma toulousain Utopia ont découvert les portes de leur établissement totalement vandalisées, les serrures ayant été bouchées et des affiches collées un peu partout. On pouvait y lire, entre autres, « Boycott, Désinvestissement, Sanctions (BDS), Mohammed Merah, Utopia, même combat », des « amalgames d’une bêtise crasse », selon Anne-Marie Faucon, la directrice du cinéma toulousain, également membre de l'Union Juive Française pour la Paix (UJFP).

« BDS, Merah, Utopia, même combat »

Ces actes, commis dans la nuit du Lundi 25 Janvier au Mardi 26 Janvier 2016, précédaient la soirée-débat organisée Mardi 26 Janvier 2016 par plusieurs associations pro-palestiennes sur la question, notamment, de la libération de Georges Ibrahim Abdallah, militant communiste libanais condamné à perpétuité pour terrorisme et incarcéré depuis vingt huit ans en France.

Nous sommes régulièrement insultés, traités « d’exterminateurs de juifs » et accusés d’antisémitisme à chaque fois que nous abordons, d’une manière ou d’une autre, le conflit israélo-palestinien, regrette, lasse, Anne-Marie Faucon.

Mais c’est la première fois que nous sommes vandalisés.

Quatre mille euros de dégâts

Une plainte a été déposée au commissariat et les dégâts s’élèvent à quatre mille euros. Cela n’a cependant pas empêché le débat de se tenir le soir même et ne devrait pas empêcher les suivants. « Nous n'allons pas nous arrêter pour si peu », confie Anne-Marie Faucon. « Mais il est clair que nous devrions pouvoir poser tous les problèmes et réfléchir sur tous les sujets de société sans avoir à subir ce genre de choses ».

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6 février 2016 6 06 /02 /février /2016 18:28

http://socialisme-2010.fr/blog2016/fevrier2016.php#fev01

Non, René Revol, on ne fait pas le front unique avec les héritiers de Marcel Déat

Par Robert Duguet

On peut sur le site de René Revol laisser un commentaire relatif à un de ses messages, mais ce dernier ne peut pas faire l'objet d'une discussion, discussion à laquelle René Revol appelle, puisque les commentaires ne sont pas portés à la connaissance des lecteurs de son blog. Néanmoins comme l'article de fond qu'il a rédigé défend un point de vue avec lequel je ne suis pas d'accord, je prends la liberté de lui répondre par ma propre liste de diffusion.

L’analyse de René Revol fait du Front National le centre de la vie politique française. C’est un point de vue qui en général est largement mise en œuvre par le pouvoir médiatique. Nous n’avions pas besoin que René Revol vienne au secours de tous ceux qui, dans l’appareil institutionnel ou médiatique, désignent le Front National comme le problème de l’heure.

René Revol écrit par exemple que « la responsabilité historique de la gauche aujourd’hui, au lieu de courir après la droite et l’extrême droite, est de faire face en formulant une réponse cohérente et mobilisatrice pour opposer à l’ordre libéral-sécuritaire un nouvel ordre, solidaire et humaniste ».

On a envie de lui répliquer que si René Revol cessait de courir après le Front National, en le parant des « qualités » du parti national-socialiste d’Adolf Hitler, et s’il répondait à la question, pourquoi le Front De Gauche (FDG) a été incapable d’être une alternative construisant dans la lutte sociale comme dans les élections une alternative anticapitaliste à une destruction de tous nos acquis de civilisation depuis maintenant quarante ans, que le gouvernement soit à gauche ou à droite, nous pourrions discuter sur une base sérieuse.

Allons à la racine de cette orientation politique, René Revol, comme Jean Luc Mélenchon, c’est la continuité du mitterrandisme. En 1981, l’extrême droite représentait un pour cent du corps électoral. Lorsqu’après 1983, il apparait de plus en plus clairement que la gauche fait au gouvernement la même chose que la droite, créant la désespérance sociale, il faut un contre-feu.

Ce sera le Front National dont François Mitterrand, côté cour, mettra toute sa science à faciliter son développement, jusqu’à instiller une dose de proportionnelle dans les élections et, côté jardin, le président facilitera grandement l’émergence de SOS-Racisme, le poison d’un côté, l’antipoison de l’autre. Les deux faces d’une même politique pour garder le pouvoir, en jouant au passage sur les profondes meurtrissures qu’a subi le peuple français dans la résistance au fascisme, belle leçon de fidélité morale pour un homme qui a passé trois ans à Vichy et qui est certainement le personnage le plus trouble de la politique française depuis la guerre. La ligne du Parti Socialiste, Gauche Socialiste incluse, sera de donner à l’extrême droite tous les moyens institutionnels, politiques et médiatiques qui assurent son développement, ils avaient besoin de cela pour casser l’héritage du gaullisme et faire en sorte que la droite parlementaire reste minoritaire. Le Front National est un petit monstre de la cinquième république bonapartiste dont François Mitterrand a usé et abusé pour garder le pouvoir présidentiel.

Quant à établir une différence de nature entre les partis populistes et nationalistes qui prolifèrent dans un certain nombre de pays européens et le Front National, qui porterait en germe le projet du parti d’Adolf Hitler, cela ne tient pas la route. Entre la fin de la première guerre mondiale et la prise du pouvoir en 1933 en Allemagne par les nazis, il y a un élément fondamental qui joue, c’est que les classes dominantes sont directement menacées par la révolution prolétarienne et par le mouvement mondial qui procède de la révolution d’octobre 1917 et de la construction de la troisième internationale, la bourgeoisie allemande abandonnera le pouvoir, quelque peu contrainte et forcée, aux bandes armées des SA et des SS. Sommes-nous dans une situation identique ? Les classes dominantes européennes n’ont nul besoin des mouvements nationalistes pour faire des affaires, c’est plutôt les partis de la deuxième internationale qui leur rend service, ils assurent la destruction de tous les acquis sociaux légués par la lutte contre le fascisme au profit de la concurrence libre et non faussée. Les vrais ennemis pour nous ce sont François Hollande, Manuel Valls et ce bel homme aux yeux bleus, commis voyageur du capitalisme néo libéral, Emmanuel Macron, issu de la revue Esprit, soutenu par l’association Terra Nova et émule très moderne des principes du christianisme social. La troïka préfère de très loin Emmanuel Macron à Marine Le Pen.

On avait connu en 1983 la montée en puissance de cette belle tête de cierge qu’était Jacques Delors, là c’est encore eux, les démocrates-chrétiens, mais en plus destructeur. Les vrais ennemis pour nous ce sont les héritiers de Marcel Déat et du quatrième reich, sans la gestapo et la milice il est vrai, mais le quatrième reich quand même d’Angela Merkel.

Aujourd’hui commence à se mettre en place un dispositif politique, dont Jean Christophe Cambadélis a tracé les contours, réunir des primaires à gauche qui iraient de François Hollande à Jean Luc Mélenchon pour rassembler la gauche et écarter le Front National de la prise du pouvoir d’état. Les frondeurs du Parti Socialiste viennent de reprendre à leur compte cette orientation, toutefois en écartant une nouvelle présidence de François Hollande, mais le cadre reste identique.

Le bon thermomètre de ce qu’il ne faut pas faire est toujours donné par Gérard Filoche, c’est le digne héritier d’une Gauche Socialiste particulièrement faisandée, faire l’unité de la gauche et des écologistes, mais sans François Hollande comme candidat.

Autrement dit, on nous demande à nouveau d’être une force d’appoint du Parti Socialiste au second tour des élections présidentielles. Le néo-socialisme sans François Hollande, cela reste le néo-socialisme.

Cette orientation est rejetée par les militants. Elle n’est pas gagnée à l’idée de faire cette unité de la gauche et des écologistes qui, finalement, remettra le pouvoir au Parti Socialiste. Mais c’est bien formel, puisque la direction du Parti de Gauche, lors du récent scrutin régional, a soutenu la liste du Parti Socialiste au second tour.

Je rappelle que dans les unités politiques du Parti de Gauche sur l’Ile de France, du moins ce qu’il en reste, l’opposition à cette orientation était totale. Dans l’Essonne, berceau du mélenchonisme, il y a avait dix neuf militants locaux présents et deux délégués de la direction nationale. Passons sur le nombre de participants qui indique un affaissement total de cette organisation, durant la campagne présidentielle de 2012, il y avait entre deux cent et deux cent cinquante militants présents aux assemblées de l’Essonne. A l’unanimité, les dix neuf militants ont condamné l’orientation des représentants de la direction nationale. Ce qui n’a pas empêché ces derniers de s’asseoir sur ce que défendaient les militants.

C’est sans doute le basisme invétéré des militants que René Revol condamne dans ses conclusions politiques, « ces deux dernières années ont vu s’exprimer dans nos rangs des réactions politiques qui peuvent nous faire trébucher et qu’il faut caractériser et combattre. Le « gauchisme » au sein du FDG consiste à refuser toute alliance, y compris de circonstance, avec quiconque et, en particulier, à assimiler le Parti Socialiste à la droite, voire à laisser passer le Front National ».

Quand les militants qui sont encore encartés au Parti de Gauche disent qu’ils n’ont plus l’intention de servir la soupe aux élus en particulier et au Parti Socialiste en général, ce sont des basistes. On leur applique la pédagogie de l’exclusion, de la mise sur la touche ou de la tutelle pour les aider à réfléchir. Au Parti de Gauche, on connait cela, ils l’ont appris chez Pierre Lambert ou chez Jean Pierre Chevènement.

Quant à la référence à Podemos, elle est vraiment méprisante pour les forces vives de ce mouvement. Je m’en expliquerai plus longuement à partir de l’analyse apportée par le livre d’Héloïse Nez, « Podemos, de l’indignations aux élections », qui est un travail de sociologue et de militante pour comprendre précisément ce qui se passe en Espagne et dans Podemos. Après nous en avoir mis une couche à propos du Front National, qui serait l’embryon français du parti d’Adolf Hitler, après une référence à la stratégie défendue par Léon Trotsky et les révolutionnaires des années 1930 pour faire l’unité avec la social-démocratie contre le fascisme, René Revol ajoute que « si nous voulons trouver aujourd’hui un bel exemple de cette stratégie, jetons un œil sur la façon dont Podemos en Espagne s’adresse au Parti Socialiste Ouvrier Espagnol (PSOE) et pose les conditions d’un accord contre la droite ».

La direction de Podemos est une petite fraction, liée au chavisme, qui a su prendre le vent au moment où l’Espagne a été secouée par le mouvement des indignés. Et ce qui caractérise ce petit appareil, c’est qu’il combat pour endiguer et canaliser un mouvement profond de la classe ouvrière et de la jeunesse paupérisée espagnole pour prendre en main ses propres affaires et chercher une issue politique, sur une perspective strictement électoraliste.

Une des premières mesures prises par ce mouvement d’universitaires autour de Pablo Iglesias fut de refuser d’intégrer dans la direction de Podemos le courant Izquierda Anticapitalista. A l’organisation des cercles locaux qui voyaient des milliers de citoyens affluer, se mêler de politique et intervenir sur les mesures d’urgence sociale à prendre, la politique de la direction de Pablo Iglesias a mis en place un appareil vertical qui dépossède les cercles locaux de leur pouvoir exécutif, voilà la réalité. Et l’accord avec le PSOE que défend Pablo Iglesias, et qui est loin de recueillir un consensus majoritaire dans Podemos, est très exactement une politique qui conduira au même désastre politique et social que celle du gouvernement d’Alexis Tsipras en Grèce.

Il faut rompre définitivement avec la ligne qui a été celle de la Gauche Socialiste de Jean Luc Mélenchon et de Julien Dray et qui est celle aujourd’hui du semi-cadavre du FDG, le rassemblement rouge-rose-vert, tout comme le rassemblement de la gauche et des écologistes, avec ou sans François Hollande, c’est le retour aux vieilles ornières qui conduiront à des défaites cuisantes pour nous les salariés.

On ne fait pas le front unique avec les héritiers de Marcel Déat.

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6 février 2016 6 06 /02 /février /2016 17:46

https://blogs.mediapart.fr/philippe-corcuff/blog/040216/caroline-fourest-islamophobe

Caroline Fourest islamophobe ?

Par Philippe Corcuff

Jeudi 4 Février 2016

Prégnance de l’essentialisme dans les discours publics autour de l’islam dans la France post coloniale

Extraits d’un article paru dans la revue Confluences Méditerranée, automne 2015

Dans nombre de discours publics à l’œuvre dans la France des années 2000, l’islam se présente comme un objet compact, une « essence ». Cette tendance suppose de revenir sur la critique philosophique et sociologique de l’essentialisme. Cet essentialisme est porté par différentes catégories d’acteurs, des acteurs véhiculant des stéréotypes islamophobes, en premier lieu, mais aussi certains critiques de l’islamophobie. Dans cet article, quelques cas sont repérés à titre exploratoire, Caroline Fourest, Eric Zemmour et Nadine Morano du côté islamophobe, Emmanuel Todd et les dirigeants du Parti des Indigènes de la République (PIR) du côté de la lutte contre l’islamophobie. Indépendamment des intentions des acteurs, ce processus, au bout du compte impersonnel, participe au contexte d’extrême droitisation idéologique et politique.

L’islamophobie, en tant que construction d’un « problème musulman », a une histoire depuis le début des années 1980 en France, bien retracée par Abdellali Hajjat et Marwan Mohamed. Cette islamophobie, que nous caractériserons pour notre part comme une stigmatisation discriminatoire de l’islam et des musulmans, par rapport aux autres religions et à leurs pratiquants, s’est en particulier consolidée à travers la politisation et la médiatisation des « affaires de voile » successives. Elle ne doit pas être confondue avec la critique athée de l’ensemble des religions, à partir du moment où la légitime expression de l’athéisme, qui peut passer par le blasphème, participe de la garantie laïque des croyances et des incroyances rendue possible par la loi du 9 décembre 1905 concernant la séparation des églises et de l'état. En tout cas, si cet athéisme ne se focalise pas sur l’islam, ce qui est loin toutefois d’être toujours le cas à travers les brouillages des repères en cours, engrangés tout à la fois par une extrême droitisation politique, en tant qu’aimantation tendancielle du champ politique, et la vivacité idéologique d’un néo conservatisme xénophobe à deux pôles principaux, islamophobe et négrophobe avec, par exemple, Eric Zemmour, et antisémite, avec, par exemple, Alain Soral, que nous nous sommes efforcés de décrypter ailleurs.

Cette islamophobie prend sens en France dans un contexte post colonial, au sein duquel se manifestent tout à la fois des continuités historiques et des analogies avec la période coloniale, donc dans le même temps des proximités et des différences. Ajoutons toutefois que le post colonial constitue un angle éclairant certaines caractéristiques importantes du réel observable, mais sans l’épuiser. C’est notamment pourquoi, comme l’a mis en évidence Edward Saïd, le monde post colonial ne peut pas être lu à travers des cultures homogènes qui seraient principalement fabriquées dans la logique de la domination des colonisés par les colonisateurs.

Cet article se veut exploratoire et ne relève pas d’une enquête systématique. Nous repèrerons quelques indices dans les années 2000 en France d’un processus d’essentialisation de l’islam dans les débats publics, à la fois par des acteurs critiquant l’islam et par des acteurs s’en faisant des défenseurs. Ainsi, dans des logiques diverses et mêmes opposées, l’islam serait constitué comme une entité compacte, flottant comme un des principaux référents polarisateur dans l’espace idéologique français. En ce sens, ce texte constitue une amorce d’éclairage complémentaire de l’analyse de l’islamophobie comme essentialisme effectuée par Abdellali Hajjat et Marwan Mohamed. Mais il nous faudra étayer au préalable une critique philosophique et sociologique de l’essentialisme.

Critique théorique de l’essentialisme

Une tendance lourde marque encore les appréhensions savantes, médiatiques et ordinaires du monde, ce qu’on appelle « l’essentialisme » ou « le substantialisme ». Dans la philosophie et dans les sciences sociales, cette tendance tend à faire surgir des obstacles intellectuels dans l’appréhension des complications du réel social-historique, dans ses compositions variables de diversité, de contradictions et de contraintes générales.

Le philosophe Ludwig Wittgenstein associe cette erreur de raisonnement à un écueil langagier, il parle alors de la « recherche d'une substance qui réponde à un substantif ». Un substantif, c’est un mot comme l’amour, la politique, l'état ou l'islam. Or, de manière courante, on a tendance automatiquement à chercher derrière chaque substantif une substance ou une essence, c’est-à-dire une entité homogène et durable, voire intemporelle dans une logique d’inspiration platonicienne, avant même d’avoir mené une investigation philosophique ou sociologique. Ludwig Wittgenstein parle aussi significativement de « constant désir de généralisation » ou encore de « mépris pour les cas particuliers ». Avec l’essentialisme s’exprime une tentation à la généralisation hâtive et abusive, susceptible de nourrir des manichéismes concurrents.

Dans l’histoire des sciences sociales, de grandes figures classiques comme Karl Marx ou Max Weber se sont efforcées de penser des contraintes structurelles pesant sur les acteurs sociaux, « aliénation, exploitation ou domination », mais dans une mobilité historique ouverte aux contradictions et à la pluralité des facteurs. Karl Marx, par exemple, saisit le capitalisme non pas comme une substance homogène, mais comme une forme sociale-historique en mouvement marquée par des contradictions, au sein de laquelle des « contre-tendances » répondent aux tendances dominantes.

Certes, l’anthropologie et la sociologie ont pu être marquées au départ par des pentes essentialistes dans les courants dits « culturalistes » tentés par une réification des notions de culture et d'identité, dans une vue homogénéisante méconnaissant l’ouverture des identités culturelles au travail de l’histoire et aux hybridations nées des échanges, comme leurs tensions internes. Mais les courants contemporains des sciences sociales se sont largement déplacés, depuis, par rapport à ces tentations, entre autres via l’usage du schéma de « la construction sociale et historique de la réalité ». Dans cette perspective, nombre d’enquêtes sociologiques actuelles se saisissent du poids des rapports de domination sur le réel social-historique, tout en prenant en compte ses variations dans les spécificités des sociétés, des périodes historiques, des groupes sociaux, des situations d’interaction ou des biographies individuelles.

Bref, tant les sociologies aujourd’hui les plus dynamiques que certains courants de la philosophie nous invitent à nous déprendre de la magie des essences si prégnante dans les débats publics et médiatiques de nos sociétés, en particulier quand la question de l’islam est en jeu. Or dans les années 2000 en France, l’essentialisation de l’islam prend des modalités diversifiées, voire opposées, dont nous ne repérerons que quelques figures significatives de manière prospective.

Amalgames à tendances islamophobes, un article de Caroline Fourest

La journaliste et essayiste Caroline Fourest a joué un certain rôle dans la légitimation médiatique de stéréotypes islamophobes à partir des années 2000 sous une étiquette « de gauche » se réclamant à la fois du féminisme et de la laïcité. Toutefois, son rapport à ces stéréotypes a varié en fonction des moments, « les printemps arabes » la conduisant à mettre un temps de l’eau dans son vin discriminatoire par exemple.

Dans certains écrits de Caroline Fourest, les stéréotypes islamophobes ne sont pas énoncés d’un seul bloc et de façon complètement constitués, mais dans un mouvement d’amalgames successifs et d’associations lexicales et sémantiques plus soft. La tribune qu’elle a consacrée dans le Monde en février 2010 à la candidature d’une jeune femme voilée sur une liste du Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA) aux élections régionales est, de ce point de vue, symptomatique.

Cela commence par une opposition d’essence entre voile et féminisme, malgré la revendication d’une identité féministe par la jeune femme concernée, « le paradoxe ne vient pas du fait qu'une jeune femme de vingt deux ans ne voit aucune contradiction entre la décision de se voiler pour dieu et celle de militer dans un parti d'inspiration trotskiste luttant contre le sexisme ».

Deuxième glissement essentialiste, l’assimilation du voile à une entité politiquement réactionnaire, même si la jeune femme se réclame d’un anticapitalisme progressiste et émancipateur. « Le drapeau des musulmans traditionalistes et réactionnaires », écrit-elle. « Obscurantiste », ajoute-t-elle à la fin de sa tribune.

Troisième petite touche liant les deux premières, un « féminisme islamique » serait impossible, car nécessairement lié à « des prédicateurs islamistes ». On a donc là une forme d’amalgame localisé entre « islam » et « islamisme » via l’assimilation d’une pratique musulmane courante, mais pas généralisée chez les pratiquantes, à « l’islamisme ».

Cette incursion dans l’essentialisation islamophobe s’opère dans la dénégation, puisque le mot « islamophobie » est lui-même présent dans le texte, mais dans une mise entre parenthèses suspicieuse.

S’exprime là une islamophobie aux mains apparemment propres dans une bonne conscience « de gauche ».

Suite de l’article

Des passages entre « islam » et « race », d’un article d’Eric Zemmour à une déclaration de Nadine Morano

Un livre d’Emmanuel Todd, une défense à tendance essentialisante de l’islam

L’essentialisation décoloniale de l’islam du PIR

Conclusion

On vient de commencer à observer comment, dans une série de discours publics tenus dans la France des années 2000, la pluralité des pratiques se référant à l’islam en fonction des périodes, des pays, des groupes sociaux, des sexes, des biographies individuelles ou des situations d’interaction, est écrasée par des tendances essentialisantes.

Ces tendances viennent d’abord de divers secteurs porteurs de préjugés islamophobes, mais aussi parfois, sous une forme positive cette fois, de défenseurs des musulmans face à l’islamophobie. Ces forces différenciées et même opposées participent à la production de l’objet compact, souvent au cœur des controverses publiques actuelles, nommé « l’islam ». Dans la compétition politique autour de la représentation la plus pertinente de la société française, ce phénomène contribue à donner plus de force au clivage entre le national et le racial, autour de l’opposition entre les français et les étrangers, conquérant au détriment d’un clivage de la justice sociale, autour de la production et de la répartition des ressources, fragilisé. Ce qui constitue un des moteurs de l’extrême droitisation idéologique et politique en cours.

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6 février 2016 6 06 /02 /février /2016 17:19

Les frappes russes et l’exode des civils d’Alep s’accélèrent (Reuters)

Les forces gouvernementales syriennes appuyées par les frappes aériennes russes continuaient Samedi 6 Février 2016 à progresser au nord d'Alep, poussant des dizaines de milliers de civils syriens à fuir vers la frontière turque.

L'offensive de grande ampleur lancée par Damas et ses alliés dans la région d'Alep, la deuxième ville du pays qui pourrait être bientôt totalement encerclée, a torpillé cette semaine le démarrage des pourparlers de paix à Genève sous l'égide de l’Organisation des Nations Unies (ONU).

Fort du soutien militaire russe et du renfort de combattants iraniens et libanais qui ont permis au régime de Bachar al Assad d'inverser la tendance sur le terrain, le chef de la diplomatie syrienne, Walid Moualem, a déclaré Samedi 6 Février 2016 qu'il n'y aurait pas de cessez-le-feu tant que toutes les frontières du pays ne seraient pas bouclées.

La manoeuvre d'encerclement lancée par les forces de Bachar al Assad vise à isoler les quartiers rebelles d'Alep où vivaient encore récemment quelque trois cent cinquante mille personnes, contre environ un million dans la partie gouvernementale de la ville.

Ces quartiers rebelles étaient jusqu'à présent largement contrôlés par l'Armée Syrienne Libre (ASL), soutenue par les occidentaux, qui avait réussi à en tenir à l'écart ou à en chasser les combattants djihadistes de l’Etat Islamique et du Front al Nosra.

Soumis aux pénuries croissantes et ces dernières semaines aux bombardements constants de l'aviation russe, plusieurs dizaines de milliers de civils ont déjà fui la ville et ses environs.

En déplacement à Amsterdam, où il s'est entretenu Samedi 6 Février 2016 avec ses homologues européens, le ministre turc des affaires étrangères, Mevlut Cavusoglu, a indiqué que son pays s'attendait à devoir accueillir dans les prochains jours jusqu'à cinquante cinq mille réfugiés syriens.

« Nous maintenons notre frontière ouverte pour les gens qui fuient. Nous en avons déjà accueilli cinq mille, entre cinquante mille et cinquante cinq mille autres sont en route et nous ne pouvons pas les abandonner car les bombardements russes ne s'arrêtent pas. Ils bombardent les écoles, les hôpitaux et les civils », a-t-il déclaré.

Tous les poste-frontières turcs ne sont cependant pas ouverts et celui d'Oncupinar, au nord d'Alep, où arrivent la plupart des réfugiés, était fermé Samedi 6 Février 2016 comme cela a été le cas depuis près d'un an pour des « raisons de sécurité ».

Si la Russie réussit, nous serons tous morts

Selon le gouverneur de la province de Kilis, dans laquelle se trouve Oncupinar, trente cinq mille réfugiés sont arrivés à la frontière au cours des dernières quarante huit heures et ils seraient autant sur la route.

« Nos portes ne sont pas fermées mais pour le moment il n'y a pas lieu d'accueillir ces gens du côté turc de la frontière », a déclaré Suleyman Tapsiz, précisant que de la nourriture, des couvertures et des tentes leur sont distribuées.

Un responsable de l'agence humanitaire turque AFAD a expliqué à Reuters que la situation était jugée suffisamment sûre du côté syrien de la frontière pour que les réfugiés y soient hébergés.

« Pour le moment, il n'y a pas de situation d'urgence là où les réfugiés attendent. Leur priorité est de trouver un endroit où ils sont en sécurité et cette zone frontalière syrienne est sûre. Pour l'instant, leurs vies ne sont pas menacées », a-t-il assuré.

Un journaliste de Reuters présent à Oncupinar a rapporté que des explosions pouvaient être entendues de temps en temps côté syrien et que des ambulances turques franchissaient parfois la frontière.

Alors que les civils convergent vers la frontière, des syriens déjà réfugiés en Turquie tentent de la franchir dans l'autre sens pour mettre leurs familles restées en Syrie à l'abri.

Assis dans sa voiture avec ses quatre enfants, Ahmet Sadul, quarante trois ans, espère pouvoir revenir en territoire syrien pour retrouver les membres de sa famille.

Natif d'Azaz, il vit actuellement dans la ville turque de Kilis, à quelques kilomètres d'Oncupinar.

« Il y a aujourd'hui des milliers de gens d'Azaz qui attendent de l'autre côté de la frontière. Ils fuient les russes. Je veux y aller et retrouver mes proches. Ils bombardent les syriens en permanence », dit-il.

« Beaucoup de gens ont quitté Alep. Mais il reste encore beaucoup de civils là-bas. Si la Russie réussit, nous serons tous morts ».

Abdulkerim Hannura, un employé des douanes syriennes âgé de trente deux ans, déclare que les russes bombardent les villages de sa région depuis quinze jours.

« Les gens viennent à la frontière et veulent repartir en Syrie avec l'espoir de ramener leurs proches en Turquie. Nous essayons de sauver nos proches et nos familles », explique-t-il.

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5 février 2016 5 05 /02 /février /2016 18:40

http://www.liberation.fr/france/2016/02/04/etat-d-urgence-la-grande-majorite-des-mesures-prises-ont-touche-des-musulmans_1431072

La grande majorité des mesures prises ont touché des musulmans

Amnesty International et Human Rights Watch (HRW) s'inquiètent des atteintes aux libertés sous ce régime d'exception et demandent au gouvernement ainsi qu'aux parlementaires de ne pas le prolonger.

Le défenseur des droits, Amnesty International et HRW, en une journée, trois voix qui portent ont critiqué vertement l’état d’urgence et les risques que ce régime d’exception fait peser sur les libertés. En présentant son rapport annuel, Jeudi 4 Février 2016, le défenseur des droits s’est inquiété de la « restriction des libertés durable et permanente si l’exception devient la règle ».

Après cinq rapporteurs spéciaux de l'Organisation des Nations Unies (ONU), le secrétaire général du conseil de l’Europe, la Ligue des Droits de l'Homme (LDH) soutenue par quatre cent cinquante universitaires, deux des plus importantes organisations de défense des droits humains s’alarment à leur tour. « Nos conclusions sont concordantes », a souligné la présidente d’Amnesty International en France, Geneviève Garrigos. Les deux Organisations Non Gouvernementales (ONG) demandent au gouvernement de ne pas prolonger l’état d’urgence, sauf à « démontrer réellement que la situation constitue un danger public exceptionnel si élevé qu’il menace l’existence de la nation ».

La dirigeante d’Amnesty International se pose la question de la proportionnalité. D’un côté, cinq enquêtes ouvertes par la section antiterroriste du parquet de Paris compétent sur l’ensemble du territoire.

D’un autre, « des droits humains violés, le droit à la vie privée, à l’emploi, à la libre circulation et la liberté d’expression ». Pour Amnesty International, l’équilibre est rompu, de telles atteintes aux libertés ne peuvent donc pas s’inscrire dans la durée.

Mesures arbitraires

L’ONG a interrogé soixante personnes touchées par les deux mesures phares, les assignations à résidence, quatre cent depuis Vendredi 13 Novembre 2015, et les perquisitions administratives, trois mille deux cent dix à la fin du mois de janvier 2016. Un assigné devait être présent à la conférence de presse. Il en a été empêché, « il a été placé en garde à vue hier soir parce qu’il n’avait pas pointé hier. Il assistait à son audience au tribunal administratif où il contestait son assignation », raconte Marco Perolini. Pour ce chercheur d’Amnesty International, l’anecdote résume bien le caractère « arbitraire de ces mesures ».

Issa a quant à lui pu intervenir par téléphone. Interdit de sortie du territoire au début du mois de novembre 2015, il a été perquisitionné puis assigné à résidence, la police le soupçonnant de nourrir des projets de départ en Syrie. Ce qu’il récuse formellement. « Stupéfait et abasourdi », il dit craindre la justice, « je suis né en France, je vis en France, je suis de religion musulmane, d’origine algérienne et j’ai peur ». D’autres témoignages similaires parsèment le rapport d’Amnesty International.

« C’est comme s’ils nous punissaient pour rien » a confié à l’ONG un membre de l’association de la mosquée d’Aubervilliers, perquisitionnée Mardi 17 Novembre 2015. « Les mesures d’urgence suivent une stratégie aveugle. Elles tapent surtout sur les musulmans, sans éléments fondés. La plupart des cas ne donnent aucune suite judiciaire », déplore Elias, qui gère un site internet d’information et dont le domicile a été perquisitionné le 4 décembre 2015.

Piège en deux phases

Amar, perquisitionné Lundi 16 Novembre 2015, résume en deux phrases le piège dans lequel il se retrouve, « il me semble que si vous affichez votre religion, vous pouvez être considérés comme radical et donc pris pour cible. Si l’on s’efforce de ne pas trop afficher sa religion, ils pensent que l’on a quelque chose à cacher. Nous ne savons pas qui nous devons être, comment nous devons nous comporter ».

HRW met d’ailleurs en garde le gouvernement sur ce point précis. « La grande majorité des mesures prises ont touché des musulmans », indique la chercheuse Izza Leghtas, qui souligne le risque que prospère « le sentiment d’être des citoyens de seconde zone ». Ce risque se double d’un autre, poursuit-elle, « aliéner et humilier des alliés qui pourraient faire des signalements », un jeu perdant perdant, en somme, moins de libertés et moins d’appuis dans la lutte contre le terrorisme, objectif premier de l’état d’urgence.

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5 février 2016 5 05 /02 /février /2016 18:19

http://www.lemonde.fr/international/article/2016/02/05/alep-sous-le-rouleau-compresseur-russe_4860056_3210.html

L’offensive russe risque de bouleverser le paysage politico-militaire du nord de la Syrie

Fuir avant que le piège ne se referme. Fuir pour ne pas connaître le sort de la vieille ville d’Homs, ­assiégée et affamée pendant des mois. Jeudi 4 Février 2016, paniqués par le déluge de feu auquel l’aviation russe soumet la région d’Alep et par l’avancée éclair des troupes gouvernementales au nord de cette ville, plusieurs milliers de ses habitants ont pris la route de l’exode. Déjà pris en étau à l’est et au sud, les quartiers orientaux d’Alep, aux mains des insurgés depuis juillet 2012, voient leur horizon se rétrécir encore un peu plus, les forces loyalistes ayant coupé l’axe qui les reliait à la Turquie, par la ­frontière nord.

« Alep est menacé d’encerclement total », s’écrie Jamal Jneïd, un employé du conseil révolutionnaire de la ville, joint par skype en Turquie. Les gens s’échappent par la route de l’ouest, en direction d’Idlib, qui est la seule voie encore ouverte. « J’ai peur que, dans deux ou trois jours, l’est d’Alep soit totalement vide. Les combattants se préparent à être assiégés ».

Vendredi 5 Février 2016, vingt mille civils, fuyant l’offensive dans cette province, étaient bloqués du côté syrien de la frontière, au niveau du poste-frontière de Bab al Salama. De cinq mille à dix mille autres ont été déplacés vers la ville d’Azaz, non loin de ce point de passage fermé, selon l'Office for the Coordination of Humanitarian Affairs (OCHA) de l'Organisation des Nations Unies (ONU). La situation humanitaire, déjà catastrophique, ne cesse de s’aggraver, quarante mille habitants de la province d’Alep ayant pris la route de l’exode en direction de la frontière turque.

C’est un tournant de taille et peut-être même décisif, dans la guerre qui fait rage en Syrie ­depuis cinq ans. En opérant la jonction, Mercredi 3 Février 2016, avec les ­défenseurs de Zahraa et Nubul, deux villages chiites assiégés depuis trois ans par des brigades ­islamistes, dont le Front al Nosra, la branche syrienne d'al Qaida, les troupes loyalistes, arrivées de l’est, ont porté un rude coup aux rebelles du nord de la Syrie. Cette percée, la plus probante depuis le début des frappes russes, au mois d'octobre 2015, a été facilitée par l’enrôlement dans les rangs du régime de milliers de miliciens chiites, libanais, irakiens, afghans et iraniens.

Les rebelles risquent de se ­retrouver d’ici quelques semaines acculés dans leur bastion d’Alep et dans l’incapacité de faire venir des armes depuis la ­Turquie, l’un de leurs principaux parrains dans la région. « C’est exactement ­l’objectif recherché par les russes », affirme Walid Charara, membre du centre de recherches du Hezbollah, le mouvement chiite libanais qui combat aux côtés du ­régime de Bachar al Assad. « Moscou veut casser l’axe saoudo-turc qui avait permis aux rebelles de conquérir au printemps dernier les villes d’Idlib et de Jisr al Choughour ».

« Coup d’accélérateur »

Pour ce faire, l’armée russe a porté à un nouveau paroxysme la tactique de la terre brûlée qu’elle applique à la lettre depuis quatre mois. Selon un expert onusien, « le rythme des frappes a augmenté de vingt cinq pour cent à trente pour cent ces ­derniers jours », une période qui coïncide avec les pourparlers de paix organisés sous l’égide de l'ONU à Genève et suspendus Mercredi 3 Février 2016. Le lendemain, l’Observatoire Syrien des Droits de l'Homme (OSDH), qui tient depuis cinq ans la chronique de la guerre civile syrienne, comptabilisait cent trente frappes russes, qui ont fait vingt et un morts à Alep, tous civils.

Sur l’ensemble du mois de janvier 2016, le Syrian Institute for Justice and Accountability (SIJA) a ­calculé que les Soukhoï de ­Moscou ont tiré mille cent treize missiles sur la province d’Alep. Cette Organisation Non Gouvernementale (ONG) ­syrienne, installée à Gaziantep, dans le sud de la Turquie, estime que, pendant la même période et dans la même région, les avions russes ont aussi largué soixante bombes à fragmentation, une arme interdite par les conventions internationales.

Des attaques qui ont fait deux cent soixante six morts et s’ajoutent à celles menées par l’aviation ­syrienne, fatales à cent vingt quatre personnes.

Comme c’est le cas depuis le mois d'octobre 2015, les raids russes ont visé aussi bien des positions militaires rebelles que des zones ­résidentielles ou des infrastructures civiles, comme des hôpitaux, huit touchés pendant le mois de janvier 2016 selon le SIJA, ou des écoles, six touchées. Plusieurs fois bombardé par le passé, le centre médical ­d’Anadan, l’un des derniers ­encore en service dans le nord d’Alep, a été définitivement détruit par une frappe, Dimanche 31 Janvier 2016. Le même jour, le camp de déplacés d’Aubin, sur la frontière avec la Turquie, a lui aussi été bombardé.

Des dizaines de milliers de syriens supplémentaires convergent désormais vers les postes-frontières de Bab al Hawa et de Bab al Salama, dans l’espoir que la Turquie se décide à rouvrir sa frontière, verrouillée depuis l’automne. Seule une minorité des frappes russes a ciblé l'Etat Islamique, ­pourtant présente dans le gouvernorat d’Alep et alors même que l’intervention de Moscou était censée la viser en priorité. « La puissance de feu de l’aviation russe a donné un coup d’accélérateur à la stratégie d’épuration du régime de Bachar al Assad », commente sur twitter l’analyste Charles Lister, spécialiste des mouvements djihadistes.

Cette offensive en forme de coup de massue risque de bouleverser le paysage politico-militaire du nord de la Syrie.

Le Front al Nosra, qui avait évacué Alep il y a un an, sous la pression des ­brigades affiliées à l’Armée Syrienne Libre (ASL), la branche modérée de ­l’insurrection, s’est déjà redéployé en masse sur les pourtours de la ville. Ce sont principalement ses hommes qui tiennent la ligne de front Anadan-Kfar Hamra-Hraytan, à dix kilomètres au sud de Nubul et Zahraa, le dernier ­obstacle à ­l’encerclement d’Alep.

Les kurdes, qui tiennent le ­canton d’Afrin, dans le coin nord-ouest de la province d’Alep, pourraient profiter de l’affaiblissement des rebelles pour s’étendre vers l’est. Leur objectif est de s’emparer du tronçon de ­frontière entre Azaz et Jarablus, de façon à rejoindre l’autre enclave kurde de Kobané. Mais sur leur chemin se dressent les djihadistes de l'Etat Islamique, qui pourraient eux aussi bénéficier de la confusion dans les rangs rebelles pour avancer, en direction de Marea, au nord d’Alep.

L’inconnue principale réside dans la réaction des deux ­soutiens les plus importants des rebelles, la Turquie et l’Arabie ­Saoudite, défiées frontalement par la Russie. Ces deux pays pourraient être tentés d’acheminer des armes en urgence vers Alep, via le passage de Bab al Hawa. Jeudi 4 Février 2016, sans avancer de preuves, Moscou a accusé Ankara de préparer son armée à entrer sur le territoire syrien. Riyad, pour sa part, s’est dit prêt à participer à des opérations militaires terrestres en Syrie, dans le cas où les Etats-Unis y seraient favorables, une hypothèse hautement ­improbable pour l’instant.

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5 février 2016 5 05 /02 /février /2016 17:54

http://www.humanite.fr/nasrin-abdallah-notre-probleme-lattitude-de-la-turquie-597704

Notre problème, c'est l’attitude de la Turquie

Interview de Nasrin Abdallah par Pierre Barbancey

Mardi 2 Février 2016

Commandante en chef des unités de protection des femmes (YPJ), les combattantes du Kurdistan de Syrie, Nasrin Abdallah dénonce l’exclusion des forces politiques kurdes des négociations en cours à Genève au bénéfice d’une opposition incluant des groupes islamistes.

Pierre Barbancey. Un an après la libération de Kobané, où en est la situation militaire au Rojava ?

Nasrin Abdallah. Nous avons effectivement libéré Kobané, mais le risque d’attaques est permanent. C’est pour cela que nous avons dû élargir le front. Il y a constamment des tentatives d’intrusion, mais nous sommes vigilants, prêts à défendre Kobané. Les précautions militaires sont prises pour contrer les hommes de l'Etat Islamique. Car il faut savoir que les groupes terroristes se sont partagé les territoires et que l'Etat Islamique s’occupe de Kobané. Vous savez que le Rojava est divisé en plusieurs cantons. En ce qui concerne le canton de Djezirê, à l’est du Kurdistan de Syrie, il n’y a pas de problème. Nous mettons en place notre système politique dans les villes et les villages parce que la situation le permet. Par contre, à Kobané, il a fallu élargir les lignes de défense pour protéger la ville. De plus, à l’intérieur même de la ville, de nombreux problèmes demeurent. L’infrastructure a été mise en place mais nous rencontrons beaucoup de difficultés pour la reconstruction de la ville et pour la mise en place des services de base nécessaires à la population, notamment en ce qui concerne la santé. Un des problèmes majeurs auxquels nous nous heurtons est l’attitude de la Turquie. Il faut savoir que celle-ci empêche l’accès du matériel de reconstruction. Par contre, dans le canton et la ville éponyme d’Afrin, à l'ouest du Kurdistan de Syrie, la situation est beaucoup plus difficile et instable. Comme à Kobané, l’an dernier, nous sommes attaqués sur quatre fronts, par tous les groupes terroristes, Front al-Nosra, Jaich al-islam, Ahrar al-Sham et d’autres groupes armés. Nous sommes constamment sous la menace de leurs assauts contre la ville, qu’ils tentent de prendre. C’est donc beaucoup plus compliqué. Mais nous avons mis en place notre défense et nous nous défendons par tous les moyens. Afrin est soumise à un embargo très strict en ce qui concerne la nourriture et les besoins de base. L’ennemi n’est qu’à treize kilomètres de nos portes. Des villageois arabes, qui avaient dû fuir la barbarie, sont venus se réfugier à Afrin. Il y a donc eu un accroissement de la population, ce qui rajoute aux difficultés des autorités locales pour aider toutes les populations, qu’elles soient kurdes, arabes, arméniennes ou assyriennes. Car nous ne faisons évidemment pas la différence. Afrin est donc le canton le plus en difficulté aujourd’hui.

Pierre Barbancey. Justement, les unités combattantes kurdes, YPG et YPJ, tentent, à partir de Kobané, de progresser vers l’ouest, vers Afrin. Or, la Turquie menace de frapper vos troupes si elles franchissent l’Euphrate. Où en êtes-vous de cette tentative pour desserrer l’étau qui asphyxie Afrin ? Quelle est l’attitude de la Turquie ?

Nasrin Abdallah. Nous avons six cent kilomètres de frontière avec la Turquie et celle-ci est une menace très importante pour nous. Nous avons réussi à prendre le contrôle de cinq cent dix kilomètres de frontière et il ne reste plus que quatre vingt dix kilomètres, dans la région d’Azaz et Jalabus. La Turquie a fermé toute cette frontière et l’occupe des deux côtés pour nous empêcher d’en prendre le contrôle. Si nous réussissons à reprendre ces quatre vingt dix kilomètres, l'Etat Islamique sera complètement étouffé et il ne pourra plus respirer. Car c’est le seul endroit où il arrive à bouger, à passer en Turquie ou à faire venir des troupes et du matériel. Nous sommes obligés de défendre notre peuple. Si les forces extérieures n’empêchent pas ces attaques, nous allons utiliser tous les moyens à notre disposition pour la survie de notre peuple et renforcer notre système. Notre peuple a été trop souvent l’objet de massacres, voire de génocides. C’est actuellement le cas de la part de l'état turc. Malheureusement, aucun état n’a pris une position claire et ne dénonce ce qui est en train de se passer contre les kurdes. Il y a deux cent soixante dix villages kurdes sur ces quatre vingt dix kilomètres de frontière, victimes pratiquement chaque jour des attaques de l'Etat Islamique et de ses bandes barbares. Nous ne pouvons pas être soumis au bon vouloir de pays étrangers. Il nous appartient de défendre nos populations.

Pierre Barbancey. Récemment, ont été créées les Forces Démocratiques Syriennes (FDS), comprenant les forces kurdes et des unités arabes. Qu’en est-il exactement ?

Nasrin Abdallah. Pour l’instant, nous n’avons pas de plan spécial pour toute la Syrie, mais dans tous les cas, le moment venu, quels que soient notre rôle et notre responsabilité, nous les assumerons, pour débarrasser l’ensemble du territoire syrien de ces barbares. Nous sommes donc dans cette nouvelle formation. Nous respecterons les décisions qui seront prises.

Pierre Barbancey. Cela signifie-t-il que vous êtes prêts à attaquer Raqqa, la capitale de l'Etat Islamique en Syrie ?

Nasrin Abdallah. Les forces unies au sein des FDS représentent la véritable armée libre syrienne, parce que tous les peuples de Syrie y sont représentés. L’objectif est d’en finir avec l'Etat Islamique partout en Syrie. Les FDS ne sont donc pas une force kurde. YPG et YPJ sont les forces du Rojava.

Pierre Barbancey. Qui commande les FDS ?

Nasrin Abdallah. Le système de fonctionnement de ces FDS, de cette armée libre, n’est pas comme ceux que l’on connaît au sein des autres armées dans le monde. Il y a un conseil composé de neuf personnes et une assemblée où siègent trente cinq personnes. C’est une structure militaire mais avec une gestion démocratique, libre et basée sur le partage des tâches et des responsabilités. Tous les groupes qui prennent leur place dans cette armée libre en tant que combattants ont également une place dans la gestion des forces, dans le conseil comme dans l’assemblée. En tant qu’YPJ, nous sommes les seules femmes. Nous avons perdu des centaines de combattantes. Notre légitimité à combattre et à siéger est donc totale. Nous représentons deux choses au sein des FDS, d'abord, le côté humain et les valeurs que portent les femmes. Deuxièmement, avoir l’œil sur les hommes pour qu’ils mènent la lutte de façon correcte, pour le bien-être de tous. Nous sommes là aussi pour cela.

Pierre Barbancey. Qu’en est-il des aides militaires que vous recevez ? On parle de construction de nouvelles pistes d’atterrissage.

Nasrin Abdallah. La guerre menée contre l'Etat Islamique nécessite beaucoup de dépenses et de sacrifices. Il est vrai que, surtout cette dernière année, il y a eu une aide des pays de la coalition qui ont pas mal bombardé, ce qui nous a aidés. Nous avons réussi pas mal de choses ensemble. Mais il n’y a pas d’aide concrète que je pourrais mentionner. Nous avons de grands problèmes. Il faudrait qu’on ne nous aide pas seulement dans le domaine militaire. Nous ne sommes pas des robots militaires. Si on nous apporte de l’aide, il faut aussi prendre en considération notre construction politique. Nous ne sommes pas voués à simplement servir de chair à canon pour combattre l'Etat Islamique. Notre but ultime est le renforcement de notre système démocratique. Cela fait un certain temps que je prends ma place dans le domaine diplomatique au nom des forces militaires. J’ai rencontré beaucoup de personnalités et de nombreuses forces de divers pays. On n’arrête pas de me dire que nous sommes très forts, que nous sommes d’excellents combattants, que nous combattons le terrorisme et que nous n’avons pas peur. Mais par la suite, quand on demande justement de l’aide, on nous répond que nous ne sommes pas une force légale et reconnue et qu’on ne peut pas nous aider. Dans ce cas, pourquoi nous dit-on que nous avons un ennemi commun et que nous sommes des braves ? Je vous l’avoue, nous avons du mal à comprendre. Lorsque nous avons repoussé l'Etat Islamique, nous avons trouvé beaucoup de documents. Certains d’entre eux donnaient la philosophie de leurs plans et de leurs attaques. Il est clair que la première étape concernait Kobané, Djezirê et Afrin, mais, ensuite, les cibles étaient européennes. Des pays comme l’Espagne, l’Allemagne, l’Italie et la France étaient clairement mentionnés. Il n’est pas question pour l'Etat Islamique de s’en tenir au Moyen-Orient ou au Kurdistan. La guerre que nous avons menée face à l'Etat Islamique a justement détruit ce plan visant à intervenir en dehors des territoires du Moyen-Orient. Je rappelle que l'Etat Islamique contrôlait six cent kilomètres de frontière avec la Turquie et que nous sommes parvenus à récupérer cinq cent dix kilomètres. Il ne reste plus que quatre vingt dix kilomètres. Si nous avions reçu une aide concrète, nous aurions récupéré cette bande de territoire et l'Etat Islamique ne pourrait plus avancer. Si nous n’avions pas combattu et stoppé l'Etat Islamique, pouvez-vous imaginer ce qui se serait passé ? Où seraient aujourd’hui ses forces djihadistes ? Dites-vous qu’ils ont des centaines de cellules dormantes dans les villes d’Europe qu’ils auraient réveillées à partir du moment où ils avaient atteint leur but au Kurdistan et qu'ils auraient très certainement massacré des dizaines de milliers de personnes. Nous avons brisé leurs plans. Nous sommes une force qui a combattu et nous avons perdu beaucoup de nos enfants dans ces batailles. Et nous continuons à le faire. Sur le plan strictement politique, notre système montre toute sa valeur démocratique de respect des communautés, des confessions et des genres. Pourtant, alors que se tiennent des négociations inter syriennes à Genève, on nous exclut. On ne veut pas de nous. Que voulez-vous que nous pensions ? On nous empêche de nous exprimer sur un avenir qui nous concerne et alors que nous contrôlons un territoire grand comme trois fois le Liban. Nous ne demandons pas de l’aide. Nous réclamons notre droit. Si vous parlez des droits humains et des droits des peuples, alors je rappelle que nous sommes des humains et que nous sommes un peuple. C’est le droit de vivre librement sur nos terres que nous sommes en train de défendre.

Pierre Barbancey. Il y a un an, vous avez rencontré le président François Hollande. Y a-t-il eu des répercussions concrètes ?

Nasrin Abdallah. C’était surtout un échange d’informations. Il a reconnu qu’il y avait un problème de terrorisme et que, s’il le fallait, la France assumerait son devoir. La France nous a apporté une certaine aide. Mais ce n’est pas suffisant. La France est un pays qui joue un rôle important. Donc, nous aimerions qu’elle nous soutienne dans notre projet de gestion démocratique et qu’elle assume vraiment ses responsabilités.

Pierre Barbancey. Ankara poursuit ses attaques contre les kurdes de Turquie. Le haut-commissaire aux droits de l'homme de l'Organisation des Nations Unies (ONU) a appelé, Lundi Premier Février 2016, la Turquie à ouvrir une enquête sur les tirs qui ont visé un groupe de personnes il y a dix jours alors qu’elles n’étaient pas armées et portaient un drapeau blanc, dans le sud-est du pays à majorité kurde. Dans un silence assourdissant des médias internationaux, Ankara poursuit ses attaques contre les populations kurdes et le parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) avec deux buts, écraser la revendication kurde et empêcher les combattants de partir se battre contre l'Etat Islamique en Syrie.

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5 février 2016 5 05 /02 /février /2016 17:23

http://www.anti-k.org/2016/02/05/communique-du-knk-guerre-totale-de-letat-turc-contre-les-kurdes

Communiqué du congrès national du Kurdistan (KNK)

Guerre totale de l'état turc contre les kurdes

Jeudi 4 Février 2016

Depuis le 24 juillet 2015, l'état turc mène une guerre sale et intensive contre les kurdes. Jusqu’à présent, des centaines de civils ont été tués dans cette guerre. Cinquante huit de ces victimes sont des enfants et trente neuf de ces victimes sont des femmes. Les offensives sont menées par l’armée et les forces spéciales de la police avec des chars, de l’artillerie lourde et des hélicoptères. Elles ont affecté un million cinq cent mille personnes et forcé trois cent mille personnes à l’exode. Les maisons vides ont été complètement détruites par les tirs d’artillerie afin que leurs occupants ne puissent pas revenir et que des villes entière soient déclarées zones militaires.

Des centaines de représentants politiques kurdes, des militants, des élus locaux et des maires, ont été arrêtés, torturés et jetés en prison. Le gouvernement du parti de la justice et du développement (AKP) aspire à gouverner l’ensemble du pays à travers un coup d'état politico-militaire coordonné par le président Recep Tayyip Erdogan lui-même. En réponse à la revendication d’auto gouvernance du peuple kurde, Recep Tayyip Erdogan parle d’éradiquer les kurdes et donne des ordres en ce sens.

Aucune nouvelle des vingt huit personnes blessées à Cizre et coincées dans le sous-sol d’un immeuble

Depuis cinq jours, nous sommes sans nouvelles des civils blessés coincés dans le sous-sol d’un immeuble à Cizre. Il y a quatre jours, dix femmes, dont des mères des personnes blessées, ont marché vers l’immeuble en brandissant un drapeau blanc. Elles ont pu atteindre la cour de l’immeuble. « L’immeuble est encerclé par les chars. Nous avons crié en pensant que nos enfants nous répondraient, mais personne n’a répondu », a indiqué Ayse Guven qui faisait partie de ce groupe de femmes. La nuit dernière, des photos montrant les corps des personnes bloquées dans le sous-sol ont circulé sur les réseaux sociaux de l'AKP.

Le personnel médical n’est pas autorisé à entrer dans Cizre

Depuis treize jours, le personnel médical volontaire de l'union des médecins de Turquie (TTB) et de l'union des travailleurs de la santé (SES) n’a pas été autorisé par les autorités turques à entrer dans Cizre afin de porter secours aux personnes blessées.

Les députés kurdes en grève de la faim

Les députés du parti démocratique des peuples (HDP), Idris Baluken, Osman Baydemir et Meral Danis Bestas, relayés par les députés Caglar Demirel, Ahmet Yildirim et Nihat Akdogan, ont entamé une grève de la faim pour obtenir que les blessés de Cizre soient secourus, évacués et transportés à l’hôpital.

Nous n’avons pas de combattants dans cette région

La Cour Européenne des Droits de l’Homme (CEDH) a rejeté une requête urgente concernant ces atrocités qui se déroulent sous le regard indifférent de la communauté internationale. Encouragé par la décision de la CEDH, l’AKP a continué à diffuser des fausses informations, prétendant que des combattants armés se trouvaient dans l’immeuble.

Cependant, les forces de défense civile (YPS), unités qui se sont constituées au sein de la population civile pour défendre les villes contre les offensives de l'état turc, ont déclaré hier ne pas avoir de combattants dans cette zone.

Le district de Sur entièrement placé sous couvre-feu

Dans le quartier de Sur, à Diyarbakir, le couvre-feu qui est en vigueur depuis soixante quatre jours a été étendu à l’ensemble du district. Quatorze quartiers sont maintenant assiégés, contre onze quartiers auparavant.

Dans les rues de Gever, les engins militaires tirent au hasard

A Gever-Hakkari, le quartier de Yeni Mahalle est totalement encerclé par les forces de sécurité turques. Les engins militaires tirent au hasard dans les rues. Les informations qui nous sont parvenues font état de morts et de blessés, sans pouvoir donner de précision sur leur nombre.

Réagir face à ce massacre est un devoir humain

Nous appelons l’humanité, les organisations internationales et les états européens à prendre position contre l'état turc responsable de ce massacre.

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4 février 2016 4 04 /02 /février /2016 21:02

http://delinquance.blog.lemonde.fr/2015/12/11/etat-durgence-trois-semaines-dassignation-a-residence-pour-une-meprise

Trois semaines d’assignation à résidence pour une méprise

Par Luc Leroux, correspondant du Monde à Marseille

Vendredi 11 Décembre 2015

« Une méprise commise sur la base d'une information qui était assez inquiétante », le ministère de l'intérieur a reconnu son erreur en ces termes et a abrogé, Mardi 8 Décembre 2015, l'arrêté qui assignait à résidence depuis Dimanche 15 Novembre 2015 un père de famille des Bouches-du-Rhône. Nacer, quarante ans, était tombé des nues lorsque les policiers avaient débarqué chez lui pour lui signifier une interdiction de quitter le territoire de la commune de Septèmes-les-Vallons, au nord de Marseille, où il vit avec ses quatre enfants et sa femme.

Jusqu’au Mardi 8 Décembre 2015, Nacer devait pointer quatre fois par jour, à 8 heures, à 11 heures, à 15 heures et à 19 heures, dans un commissariat situé dans le quinzième arrondissement de Marseille, à douze kilomètres aller-retour de son domicile. Cet homme sans histoire, jamais inquiété par la police, a appris par la même occasion qu'il faisait l'objet d'une fiche S et qu'il était suspecté de préparer des actes terroristes.

Dans son arrêté d'assignation, le ministère assurait que cet ancien employé d'une station de traitement des eaux de Veolia à Aix-en-Provence s'était « rendu sur le site sensible de chimie pour le traitement des eaux où il avait travaillé, sous un prétexte fallacieux, et s’était beaucoup intéressé aux lieux de stockage des produits sensibles, à leur mise en œuvre et à leur utilisation ». En clair, le ministère de l'intérieur laissait entendre qu'il soupçonnait Nacer de vouloir empoisonner l'eau courante.

« Ils m'ont dit que Veolia m'accusait »

Ce n’est pas rien, comme accusation. Nacer a effectivement travaillé de mars 2006 à mars 2009 comme agent du service assainissement à la station d'épuration de la Pioline, qui appartient à Veolia Eau. Puis il a été transféré comme chauffeur de bus pour le compte de Veolia Transport.

Depuis 2011, il est en arrêt de travail, en raison d'une maladie contractée durant son activité à la station d'épuration. « Il soutient que son ancien employeur l'a, à son insu, exposé à des contacts avec des eaux contenant des produits chimiques sans qu'il ait bénéficié de protections adéquates », explique son avocat, Laurent Bartoloméi. En mai 2013, le tribunal lui a reconnu une incapacité permanente partielle de vingt cinq pour cent et un rapport d'expertise médicale a été réalisé en janvier 2015.

Mais lorsqu’au mois de septembre 2015 les services du renseignement sont informés, « par son entourage », explique-t-on à la préfecture de police de Marseille sans vouloir en dire plus, que Nacer est repassé sur son ancien lieu de travail à la fin du mois d’août 2015, soit six ans plus tard, l'information est prise « très au sérieux ». Qui a informé les services ? Les policiers qui ont reçu Nacer, Mardi 8 Décembre 2015, juste avant l'abrogation de son assignation à résidence, ont fini par lâcher le morceau. « Ils m'ont dit que Veolia m'accusait », raconte Nacer, qui aurait donc été victime de son conflit avec son employeur.

Contactée, l'entreprise nous a confirmé être à l'origine du signalement, « il s'est présenté le 20 août 2015 et a annoncé qu'il allait récupérer des affaires. Il a cherché à avoir des informations sur la sécurité du site. Le responsable du site en a informé le commissariat de police d'Aix-en-Provence ».

Heureusement, les explications de Nacer ont été vérifiées et ont fini par convaincre les policiers. Le « prétexte fallacieux » qui l'a ramené à la Pioline est un banc de musculation. Nacer avait croisé un ancien collègue qui lui avait indiqué que le petit local de sport financé par tous les salariés était à l'abandon et que, s'il le voulait, il pouvait récupérer l'équipement. Sa visite n'a duré que dix minutes, durant lesquelles il était accompagné d'un salarié de la station. La présentation de la Pioline comme « un site sensible » ferait presque sourire Nacer.

Quant à son intérêt pour les produits chimiques, en janvier 2015, dans le cadre de la procédure de reconnaissance de sa maladie professionnelle, il a remis au médecin-expert un document de Veolia listant les produits chimiques utilisés à la station, liste réclamée par la Caisse Primaire d’Assurance Maladie (CPAM). L'expert lui a alors dit que « je regarderai sur internet », ce qui a incité Nacer à faire de même. Sur son moteur de recherches, il a tapé « produits chimiques pour traitement des eaux ». A peu de chose près l'expression retrouvée dans l'arrêté du ministre, « chimie du traitement des eaux ».

Sa femme bénévole au Secours Catholique

« L'information que nous avions eue était assez inquiétante et la prudence conduisait à prendre cette décision », justifie le préfet de police de Marseille, Laurent Nunez. Le préfet est chargé de la gestion de la douzaine d'arrêtés ministériels d'assignation à résidence pris dans les Bouches-du-Rhône, dont au moins un cible un mineur. « Le ministre nous a demandé de nous préoccuper des difficultés que ces personnes peuvent rencontrer, notamment dans l'exercice de leur activité professionnelle et d'éventuellement modifier les horaires de pointage », précise Laurent Nunez. Le préfet avait ainsi accordé les sauf-conduits réclamés par Nacer pour se rendre à ses rendez-vous médicaux et chez son avocat dont le cabinet se trouve à Marseille.

Dès le premier décembre 2015, dans plusieurs courriers adressés au ministère, Laurent Bartoloméi avait évoqué « une méprise totale ». Il joignait une série d'attestations présentant son client comme « un musulman modéré et tolérant ne pratiquant ni n'ayant jamais pratiqué un islam radical. Il se rend à la mosquée de manière irrégulière, souvent le vendredi, et n'a jamais fréquenté de musulmans intégristes, ni les milieux islamistes. Il respecte toutes les religions ».

« Dans le quartier, il passerait plutôt pour un mauvais musulman », sourit une responsable du Secours Catholique, où l'épouse de Nacer est bénévole. Cette dernière n'a jamais porté le voile et ne fréquente pas la mosquée.

C'est qui ce barbu

Aujourd'hui, Nacer répète comme un leitmotiv, « je n'ai aucun reproche à faire aux forces de l'ordre qui ont fait leur travail ». Même ceux qui, casqués, munis de boucliers, ont forcé sa porte le 19 novembre 2015 pour une perquisition, quatre jours après son assignation. Ce matin-là, Nacer était déjà parti à son premier pointage de la journée. Son épouse raconte que les policiers ont regardé tous les papiers et se sont arrêtés devant les médailles acquises par Nacer durant son passage dans l'armée française, épinglées avec trois punaises, une bleue, une blanche et une rouge. Ils ont pris une photo du coran et se sont inquiétés de voir une gravure représentant Léonard de Vinci, « c’est qui ce barbu ».

A Septèmes les Vallons, la solidarité s'est vite mise en place pour regrouper un peu d'argent afin de prendre un avocat et de payer l'assurance de la moto que Nacer a dû sortir du garage. « S'il avait dû aller au commissariat en transport en commun, il lui aurait fallu huit heures de bus par jour et il n'aurait pas eu le temps de rentrer chez lui entre deux pointages », précise la responsable du Secours Catholique.

Le cauchemar de Nacer n'est pas pour autant près de s'effacer, des voisins ne me disent plus bonjour. Ils ont tous vu que les cars des Compagnies Républicaines de Sécurité (CRS), c'était pour moi. On a détruit ma vie ». Il est persuadé qu'il va devoir déménager. Et, « même si les policiers ont été gentils avec eux », ses enfants sont suivis désormais par un psychologue. La nuit, le cauchemar de leur père devient le leur.

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4 février 2016 4 04 /02 /février /2016 20:34

http://www.gitfrance.fr/2016/01/declaration-de-solidarite-paris-18-janvier-2016.html

Déclaration de solidarité

Face à la persécution massive ordonnée par le chef de l'état turc contre les universitaires, chercheurs et intellectuels, signataires de la pétition du Dimanche 10 Janvier 2016, dont le titre est « nous ne serons pas complices de ce crime », pour la fin de la guerre dans le sud est du pays, et à la suite de la réunion d’information organisée Lundi 18 Janvier 2016 à Paris, dans les locaux de l'Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales (EHESS) par le Groupe International de Travail (GIT), les soussignés appellent à la solidarité pour leurs collègues persécutés en Turquie et s’engagent à poursuivre sans relâche la défense de la liberté de recherche et d’enseignement reconnue comme un droit fondamental des sociétés.

Ils invitent le gouvernement turc ainsi que les présidents d’universités en Turquie à respecter la liberté d’expression qui est une norme universelle ne dépendant pas d’une décision politique arbitraire.

Ils appellent également le gouvernement français et toutes les instances de l’Union Européenne à porter la plus grande attention au respect des droits fondamentaux en Turquie.

Premiers signataires

Etienne Balibar, professeur des universités émérite, université de Paris-Ouest Nanterre ; Christian Laval, professeur des universités, université de Paris Ouest Nanterre ; Hervé Christofol, secrétaire général du Syndicat National de l'Enseignement SUPérieur (SNESUP) de la Fédération Syndicale Unitaire (FSU) ; Eric Fassin, professeur des universités, université de Paris VIII Saint Denis ; Véronique Nahoum-Grappe, anthropologue, Paris ; Philippe Corcuff, maître de conférences, Institut d'Etudes Politiques (IEP) de Lyon ; Alain Garrigou, professeur des universités, université de Paris Ouest Nanterre ; Pierre Dardot, chercheur, université de Paris-Ouest Nanterre ; Michel Broué, professeur des universités émérite, université de Paris-Diderot ; Sonia Dayan-Herzbrun, professeur des universités émérite, université de Paris-Diderot ; Christophe Miqueu, maître de conférences, université de Bordeaux

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