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17 août 2015 1 17 /08 /août /2015 20:32

https://www.viewpointmag.com/2015/02/25/alvaro-garcia-linera-a-bolivian-marxist-seduced

Introduction de l’éditeur, Álvaro García Linera, un bolivien séduit par le marxisme, par Robert Cavooris

Mercredi 25 Février 2015

De temps en temps, l’histoire donne à un intellectuel de gauche inconnu les rênes du pouvoir d’état. Soudain, la pratique théorique rencontre son double, la pratique politique, les complexités et les enjeux de chacun commencent à se multiplier. Nous voyons le début de ce processus, sans doute, avec la Grèce d’Alexis Tsipras et des députés de Syriza inspirés par Louis Althusser et Antonio Gramsci. En Espagne, Pablo Iglesias et Podemos peuvent trouver plus d'affinité théorique avec Ernesto Laclau et Perry Anderson, mais la situation est similaire, un intellectuel professionnel doit commencer à prendre au sérieux l'idée de contrôler un appareil significatif du pouvoir d’état. Des années d'écriture et de polémique mènent à une accession presque miraculeuse. Comme dit Georges Bataille, c’est impossible et pourtant c’est arrivé.

Mais les contradictions menant à un possible renouveau de la gauche européenne ont déjà laissé leur marque ailleurs, Álvaro García Linera, vice-président de la Bolivie d’Evo Morales, est peut-être le premier intellectuel marxiste à accéder au pouvoir d’état au vingt et unième siècle. Son travail reflète un engagement continu avec une expérience politique unique en Bolivie et peut être lu, par conséquent, comme un guide pour un terrain que certains tentent de labourer et une route éventuelle vers le socialisme. C’est le pari de ce dossier qui peut bien être lu en examinant de plus près à la fois la théorie d’Alvaro Garcia Linera et sa pratique politique, non seulement pour comprendre l'homme lui-même, mais aussi pour comprendre le processus politique innovant dont il ne peut être séparé et qui peut laisser présager de l’avenir de la gauche électorale dans d'autres parties du monde.

La rencontre de l’indianisme et du marxisme dans le travail d’Álvaro García Linera, par Irina Alexandra Feldman

L'une des dimensions essentielles de la contribution d'Alvaro Garcia Linera est de porter le marxisme et l’indianisme ensemble. Alvaro Garcia Linera montre que les marxistes et les indianistes partent de préoccupations parallèles. Notamment, ils dénoncent l'injustice de l'exploitation des ouvriers et des paysans qui se trouvent être, dans le cas bolivien, principalement indigènes, ainsi que leur aliénation par les moyens de production, ce qui les rend totalement dépendants des propriétaires capitalistes pour la satisfaction de leurs besoins de base. En fin de compte, dans le contexte andin post colonial, cette aliénation et cette exploitation accompagnent la colonisation épistémique, qui prive les subalternes indigènes de leur manière de vivre, qui les dépossède de leur langue, de leurs connaissances et de leur environnement. Ainsi, pour Alvaro Garcia Linera, le marxisme peut approfondir les contributions de l’indianisme et l’indianisme peut aiguiser certaines des positions avancées par le marxisme, dans le but de faire la lumière sur la réalité du contexte post colonial et d'articuler des projets politiques pertinents.

Le fantôme, le populiste et l’état, le groupe Comuna et la carrière intellectuelle d’Álvaro García Linera, par Peter Baker

En 1999, un recueil d'essais concernant la contribution du Manifeste communiste de Karl Marx à la conjoncture contemporaine en Bolivie a été publié. Il aurait pu passer inaperçu, ne serait-ce que pour le fait que ses auteurs étaient sur le point de devenir les principaux interprètes de l'irruption de nouveaux mouvements sociaux dans le sillage de la crise de l’état qui a eu lieu en Bolivie entre les années 2000 et 2005. Ce que cherchait ce groupe d'intellectuels, le projet qui a inauguré leur travail, n’était rien de moins qu'une réinvention de la gauche capable d'identifier de nouvelles stratégies appropriées pour le moment contemporain.

Les charges d'un gestionnaire de l’état, par Jeffery Webber

Les écrits prolifiques du vice-président Álvaro García Linera offrent une fenêtre sur la complexité des développements politiques, idéologiques et économiques qui sont apparus depuis qu’Evo Morales est arrivé au pouvoir. Avec cela à l'esprit, ce qui suit est un exposé détaillé et une interrogation critique des principaux arguments avancés dans son livre de 2011, « les tensions créatives de la révolution », destinés à faire la lumière sur ce qui est en jeu dans les descriptions divergentes du « processus de changement » qui se déroule en Bolivie depuis 2006. Si pour beaucoup de lecteurs, peu familiarisés avec le pays, Alvaro García Linera peut sembler représenter tout court la théorie radicale bolivienne, en fait sa production intellectuelle au cours des neuf dernières années a été relativement peu profonde, fortement déterminée par son rôle de commandant en second de l'appareil d’état. Les provocations les plus riches et les plus exigeantes de ses premiers travaux sont largement éclipsées par l'apologie de la gestion.

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17 août 2015 1 17 /08 /août /2015 19:23

http://www.greekcrisis.fr/2015/08/Fr0457.html

Mémorandum Tsipras

Par Panagiotis Grigoriou

Alexis Tsipras est devenu, Vendredi 14 Août 2015, le quatrième premier ministre des mémorandums, faisant tristement suite à Georges Papandréou, à Loukas Papadémos et à Antonis Samaras. Le troisième mémorandum vient d’être adopté par un parlement et par un gouvernement légiférant en violation de la constitution et contre la volonté populaire exprimée par les soixante-deux pour cent du non au référendum du Dimanche 5 Juillet 2015, élus pourtant par une majorité citoyenne anti mémorandum. La constitution a été piétinée comme d’usage et comme souvent en Europe européiste. Syriza n’est donc plus, plus comme avant en tout cas.

« La Grèce se perd à jamais ou alors c'est fichu pour de nombreuses années. Nous n'avons plus personne parmi les politiques. Tous vendus. Ils ne nous restent que nos chants funèbres », expression et impression d’une commerçante d’Athènes du moment après l’adoption du troisième mémorandum.

C'était déjà en juin 2012 qu'un premier cycle dans l’expérience et l'expérimentation « mémorandienne » s'était achevé. Depuis, l'installation de la troïka à Athènes deviendra officiellement permanente. Elle disposera d'un immeuble entier, des locaux et de nombreux relais directs au sein de l'administration, sauf entre janvier et juin 2015. À défaut, les hôtels de luxe et des endroits tenus discrets incarneront ces nouveaux lieux du pouvoir occupant et méta-démocrate, validés comme tels par les rencontres de ce troisième type de mémorandum, entre les ministres de Syriza et les exécutants des institutions en cet été 2015.

Le cheval et ses troïkans ont finalement pénétré les remparts de la cité et tout tend à démontrer que c'est pour une « longue durée ». Passant par le biais d'un état grec et de son système politique, toujours plus satellisés, Syriza d’en haut compris, la troïka, à force de concentrer sur elle-même l'essentiel des pouvoirs, serait parvenue à s'immiscer en chaque chose jusque dans les moindres aspects de la vie privée des citoyens et déjà à l'essentiel, la survie de tous.

Le mémorandum, entité d'abord immatérielle et invisible, s'est rapidement concrétisé, et par quelle violence, au point de dégrader les hommes, les liens sociaux, les imaginaires et le rapport au temps. Syriza avait été porté au pouvoir justement parce qu’il a expressément incarné l’espoir enfin concrétisé de briser cette entité ainsi concrétisée.

Ce programme, alors très vaste dès sa conception, le demeura de toute évidence encore longtemps. Le mémorandum et le droit des créanciers deviendraient alors des vérités ne varietur une fois de plus et une fois de trop, reposant sur une autorité présentée comme transcendante, la troïka, régnant sur les débris d'un pouvoir social, politique et sociétal dont la légitimité se dissipe dans un processus prétendument inéluctable.

La dette alors est ce vecteur et prétexte inhérent au totalitarisme nouveau. Vendredi 14 Août 2015 au matin, Zoé Konstantopoúlou, la présidente du parlement pour l’instant, avait très exactement interpelé Alexis Tsípras sur la question de la commission d’audit de la dette grecque, mise en place par le parlement grec et présidée par Éric Toussant, et sur ses travaux, lesquels n’ont pas été considérés par les ministres tsipriotes, il en est de même semble-t-il, de la commission sur les réparation de guerre de l’Allemagne comme par hasard.

Pis encore, a-t-elle poursuivi, toutes les actions entreprises très précisément par le gouvernement, les quatorze aéroports vendus au consortium allemand, la privatisation annoncée de la régie d’électricité et le retournement complet dans le dossier de l’exploitation des mines d’or à Skouries au nord de la Grèce, ces procédures anti constitutionnelles en vue de faire passer le mémorandum, tout cela relève plutôt « d'un choix stratégique que le gouvernement a certainement cautionné, le mémorandum, au-delà du chantage, c’est plutôt d’une ligne politique qu’il s’agit, une ligne politique bien perceptible si l'on tient compte par exemple des déclarations, au printemps 2015, du ministre Georges Stathákis, prétendant que seulement cinq pour cent de la dette grecque serait à remettre en question », je cite de mémoire. Ainsi, Zoé Konstantopoúlou a officiellement retiré sa confiance au gouvernement, ainsi qu’en la personne d'Alexis Tsipras, c’est une rupture.

D’ailleurs, Jeudi 13 Août 2015, Zoé Konstantopoúlou dénonçait déjà les agissements des ministres de Syriza, ces derniers venaient tout juste de déposer une myriade d'amendements surprises dans l'après-midi, certains alinéas introduits imposent des changements à effet rétroactif au régime des retraites, ce qui est formellement interdit par la constitution, car aucune disposition concernant le régime des retraites ne peut être déposée séparément d'un projet de loi, spécifiquement et exclusivement rédigé dans ce but, et cela d’ailleurs sans consultation de l’équivalent du conseil constitutionnel.

Aux heures du si petit matin, et suite à une pirouette procédurale suggérée par le népotiste pasokien Evangelos Venizélos et acceptée par le gouvernement, l’affaire des amendements a été jugée conforme à la constitution. Panagiótis Lafazánis, chef de la Plateforme de Gauche de Syriza a pris aussitôt la parole vers 5 heures du matin, visiblement en colère car très déçu, « je ne sais pas si je dois dire que je suis désolé ou alors que j’ai honte. Ainsi, à la manière des moines qui appelaient la viande poisson, vous avez modifié un intitulé pour que votre amendement puisse paraître constitutionnel. Est-ce bien une façon de faire, Dimitris Mardas ? Vous avez adopté ce trucage proposé par Evangelos Venizelos et vous pensez que cela vous donne une solution ? C’est une honte, c’est une aberration constitutionnelle. Vous êtes en train d’agir intentionnellement et vous violez la constitution. Vous faites de la constitution un bout de chiffon. Alors, la démocratie en Grèce est abolie, nous vivons sous la dictature de la zone euro et dans sa néo colonie. Sauf que nous allons briser cette dictature, l'alternative existe, ce n’est pas une voie unique ».

Le vote a ainsi été donc marqué par la résistance de très nombreux députés de la Plateforme de Gauche et pas uniquement. Alexis Tsipras doit son approbation aux quelque cent vingt voix apportées par le bloc mémorandiste historique bien connu de la Nouvelle Démocratie, du Pasok, de Potami et de son allié, le parti de droite faussement souverainiste ANEL.

Jusqu’à quarante-trois députés de Syriza sur cent quarante-neuf n’ont pas suivi les tsipriotes dans ce suicide éthique et politique, trente-deux ont voté contre et onze se sont abstenus.

Notons que les députés n’ont pas eu le temps de lire les textes, à part un résumé, déclaration d’une députée de Syriza dans l’après-midi du Vendredi 14 Août 2015 à la radio 105,5 de Syriza, alors mascarade, trahison et désolation. Pour mon ami Georges qui vient de téléphoner depuis son île, Chios, « Alexis Tsipras restera dans l'histoire comme le plus grand escroc politique de la Grèce contemporaine, pire même que Georges Papandréou ». Les slogans et les affiches du moment à Athènes, parfois bien vulgaires et toujours explicites, progressent dans le même sens, « Tsiprandréou, traître », « Tsipras, collabo tu peux crever », « Papandréou, Mitsotakis, Tsipras, merde », « la liberté ou l’euro », ce que suggérerait une certaine prise de conscience quant au rôle pivot réservé à l’euro par le totalitarisme européiste.

Mon ami Yannis, membre de Syriza, en est affligé, « ces anciens camarades, parfois devenus députés, avaient été des compagnons durant tant d’actions et tant de manifestations. Nous avions connu ensemble la répression policière des autres gouvernements du mémorandum et je sens que, bientôt, ils feront usage des mêmes policiers pour nous réprimer, c’est cauchemardesque. Je sais pourtant que nous de gauche, nous ne voterons plus Syriza, surtout après la scission de Panagiotis Lafazánis. Cependant, au boulot, tous mes collègues de droite me disent que, face à la Nouvelle Démocratie complètement déconsidérée, ils préféreront Alexis Tsipras, car ce type, aura du moins tenté quelque chose et, surtout, il a ouvert nos yeux sur la perfidie de l’Europe, et tout cela pour l’instant, en dépit de l’anthropophagie annoncée du troisième mémorandum.

On comprend ainsi mieux l’accélération du calendrier politique imposé par la junte européiste, élections anticipées prochaines comprises. Comme par hasard, Prokópis Pavlópoulos, ancien ministre de la Nouvelle Démocratie, et hélas pauvre « marionnette présidentielle » installée par le gouvernement de coalition entre SYRIZA et ANEL, contre l’avis de la Plateforme de Gauche, a pris contact ces derniers jours avec Jean Claude Junker, François Hollande et Mario Draghi, nouvelle minimisée par la presse grecque et ignorée par la presse internationale. On sait que, officiellement, la procédure à suivre se trouve autant dans les mains très hétéronomes du chef de l’état officiel.

En tout cas, Alexis Tsípras sollicitera la confiance du parlement, « une fois que la Grèce aura remboursé une échéance de trois milliards deux cent millions d’euros à la Banque Centrale Européenne (BCE), Jeudi 20 août 2015, a déclaré, Vendredi 14 Août 2015, un responsable gouvernemental. Dans ce climat, la perspective d’élections législatives anticipées à l’automne, alors qu’Alexis Tsipras est toujours très populaire, prend de plus en plus de corps », note une certaine presse économique mainstream. Le Vendredi 14 Août 2015 est donc une journée très sombre pour la Grèce et pour la gauche. Mémorandum adopté, le gouvernement tsipriote se doit de demander un vote de confiance, cent dix-huit élus de la majorité lui ont été acquis, moins de cent vingt, taille critique pour qu'un gouvernement puisse rester en place, trente-deux députés de Syriza ont voté non, onze se sont abstenus et un élu était absent.

Panagiótis Lafazánis et la Plateforme de Gauche annoncent la création prochaine d'un nouveau pôle politique contre le mémorandum tandis que Zoé Konstantopoúlou, la présidente du parlement, qui ne le préside pas en ce moment, résolument opposée au mémorandum, a qualifié le ministre du budget, Dimitris Mardas, de presque collaborateur. Ce sont encore des ruptures.

Je fais court pour l’instant. Sans prétendre à aucun conspirationnisme et seulement d’après les éléments dont nous disposons, les déclarations et les actes des acteurs politiques et Grèce et ailleurs, le plan B de la troïka se nomme Syriza. Des hommes politiques syrizistes de premier rang, Georges Stathákis et Yannis Dragasákis par exemple, incarnent ce rôle depuis d’ailleurs longtemps. Le chantage bien réel, connu et inconnu, par contre, celui que les maîtres-fous de l’Euro-groupe ont exercé contre Alexis Tsipras, aura façonné la suite. Depuis un certain temps, tout le monde remarque que le regard ainsi que le langage du corps d’Alexis Tsipras ne sont plus les mêmes qu’avant, c’est une mutation.

Il ne faut pas cependant oublier l’aveuglant européisme d’Alexis Tsipras, réitéré ces derniers temps et à chaque occasion, ce même européisme inspirant le néant politique aux tenants et aux ténors visibles de la triste gauche en Europe.

Seulement, Alexis Tsipras, malgré lui, ainsi que l’imposture de Syriza, auront pour les historiens cet énorme mérite d’avoir accéléré l’histoire et les consciences, à la manière d’un catalyseur fortement consommé.

Ces historiens du futur bien proche auront néanmoins à dire et à débattre de cette escroquerie politique alors la plus courte dans l’histoire de la méta-démocratie européiste et mondialisante.

On retiendra seulement que la tricherie sociale-démocrate aura quant à elle duré quelques décennies et qu’une certaine filouterie de jadis et d’Alcibiade aura occupé les athéniens durant pratiquement toute la guerre du Péloponnèse.

Alcibiade, pour la petite histoire, avait souvent changé de camp et il réussit même à prendre un véritable ascendant sur le perse Tissapherne, le convaincant d'adopter une politique d'entre-deux et de ne favoriser ni Sparte, ni Athènes, et ainsi d'user les grecs contre eux-mêmes, d’après le récit de Thucydide. Temps certes anciens ne se prêtant pas forcement aux anachronismes, sauf que le troisième mémorandum a aussi comme but d'user les grecs contre eux-mêmes.

Le quotidien athénien ne change pas et ne changera pas demain matin. Le temps passe et les souvenirs parfois insistent. Notre lieu de mémoire de la deuxième guerre mondiale, une prison sous un grand immeuble athénien, utilisé par l’armée allemande de jadis, restera fermé jusqu’au 24 août 2015, vacances obligent.

Ironie si bien fréquente de l’histoire, ce même immeuble, abrita durant un bref moment, le siège de l’EAM, le front national de libération du pays, grande organisation de la résistance et de la gauche, ainsi, en décembre 1944, lors de la bataille d’Athènes, épisode de la guerre civile, deux chars de l’armée britannique pénétrèrent gentiment notre histoire contemporaine du moment.

Sous la troïka actuelle, les besoins évoluent, l’immeuble en question abrite, entre autres, des cafés et des restaurants, vie athénienne alors prétendument paisible et troisième mémorandum sans chars devenus, pour l’instant, désuets.

Futur sans doute prometteur, tout changera immanquablement car la mutation historique est déjà constituante de notre piètre vingt et unième siècle. Tout changera, hormis nos êtres adespotes, et à part, peut-être, ce vieux savon de l’île de Mytilène que l’on trouve encore sur le marché d’Athènes.

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17 août 2015 1 17 /08 /août /2015 18:25

http://www.liberation.fr/monde/2015/08/12/catalogne-les-rendez-vous-manques-de-l-independance_1362514

Les rendez-vous manqués de l’indépendance

Par Christian Hoarau, professeur au Conservatoire National des Arts et Métiers (CNAM)

Mercredi 12 Août 2015

A l’approche des élections catalanes de septembre 2015, où les souverainistes appellent à une indépendance unilatérale, Madrid menace de suspendre l’autonomie de la région.

La Catalogne se dirige vers une indépendance unilatérale si la liste souverainiste « Ensemble pour le oui » obtient, avec ses alliés, une majorité absolue au parlement issu des élections régionales du Dimanche 27 Septembre 2015. Les prévisions électorales indiquent qu’ils peuvent l’atteindre, mais de justesse.

En réaction à l’annonce d’une éventuelle scission, Mariano Rajoy a menacé de suspendre l’autonomie de la Catalogne, ce qui serait une mesure inédite depuis 1978. Un sondage publié dans El Pais du 27 juillet 2015 révèle que soixante pour cent des catalans considèrent comme inévitable la rupture avec Madrid. Ce chiffre peut sans doute s’expliquer par la peur mise en scène par le gouvernement central. On peut néanmoins se demander comment on en est arrivé là et si la Catalogne n’a pas atteint le point de basculement.

Un retour sur les séquences de la montée des extrêmes, ces dix dernières années, est susceptible d’éclairer la situation actuelle. D’abord, le vote aux Cortès, en 2006, sous le gouvernement de José Luis Zapatero, d’un statut d’autonomie gommé des avancées du projet négocié avec la Catalogne en 2005. Ensuite, le recours engagé par le Parti Populaire devant le tribunal constitutionnel. Celui-ci mettra quatre ans à rendre son arrêt qui rejette quatorze des deux cent vingt-trois articles du statut, dont la référence à la nation catalane et le caractère préférentiel du catalan sur le castillan, même si son caractère obligatoire dans l’enseignement a été accepté.

Les promesses du gouvernement socialiste ont finalement entraîné de la déception chez les catalans et la décision du tribunal constitutionnel s’est traduite par une montée de l’indépendantisme qui a pris le pas sur le souverainisme modéré. Il y a ensuite le maintien d’un déficit fiscal considéré comme inéquitable. La différence entre ce que verse la Catalogne à l’état et ce qu’elle en reçoit est estimée à huit pour cent de son Produit Intérieur Brut (PIB), soit environ quinze milliards d’euros par an. A ce déficit, il faut ajouter la faiblesse historique des investissements de l’état dans les infrastructures nécessaires à une économie qui représente vingt pour cent du PIB et vingt-six pour cent des exportations de l’Espagne. Cette situation nuisible à la Catalogne l’est également pour le reste du pays. Elle est apparue d’autant plus choquante que l’on a assisté pour des raisons électoralistes à un gaspillage des fonds publics d’état dans des aéroports sans avions, des Trains à Grande Vitesse sans voyageurs et des autoroutes gratuites menant à des régions sans activité économique.

Il y a enfin le refus persistant au droit à l’autodétermination de la Catalogne, le vote des Cortès contre l’organisation du référendum du 9 novembre 2014 et le recours devant le tribunal constitutionnel contre la loi catalane de « consultation » populaire. Contrairement à ce que croit le gouvernement central, l’indépendance n’est pas un complot politique mais un projet soutenu par un vaste mouvement social, comme l’a souligné récemment le sociologue Manuel Castells.

Majoritaire chez les jeunes et dans la Catalogne de l’intérieur, l’indépendance reçoit le soutien d’environ la moitié de la population. Même si la liste souverainiste est le fruit d’un accord entre deux partis politiques, la Convergence Démocratique de Catalogne (CDC) et la gauche républicaine de Catalogne (ERC), les membres de la société civile se retrouvent aux premières places voire en tête de liste, comme l’universitaire Raul Romeva ou le chanteur Lluís Llach.

Les dirigeants nationalistes ont compris que ce mouvement social pouvait leur redonner une légitimité alors que les politiques sont décrédibilisés en Catalogne comme dans le reste de l’Espagne. Le Parti Populaire au pouvoir fait preuve d’une inflexibilité qui ne fait qu’accroître les tensions. Selon le sondage mentionné ci-dessus, plus de quatre-vingt pour cent des catalans et cinquante-cinq pour cent des sondés du reste de l’Espagne jugent sévèrement l’immobilisme de Mariano Rajoy et lui reprochent de ne pas avoir essayé de chercher au cours de ces dernières années des alternatives destinées à améliorer l’ancrage de la Catalogne dans l’Espagne.

Mais les obstacles rencontrés par la Catalogne tiennent largement à la constitution de 1978 et mettent en lumière la faiblesse et la crise congénitale de l’état nation espagnol ainsi que ses difficultés à évoluer. La rupture institutionnelle pourrait être évitée si le gouvernement central engage de véritables négociations. Certaines revendications catalanes impliquent la révision de la constitution de 1978 dans le sens d’un fédéralisme multi national rénové.

A défaut, et si la menace de suspendre l’autonomie est mise à exécution, des millions de catalans pourraient descendre dans la rue. Face à cette situation, le gouvernement central emprisonnera-t-il les dirigeants catalans ? Déploiera-t-il les forces de l’ordre ? Tout cela rappellerait de très mauvais souvenirs. Espérons que la rupture entre Madrid et la Catalogne sera évitée.

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16 août 2015 7 16 /08 /août /2015 17:43

https://www.change.org/p/annuler-l-expulsion-des-résidents-du-samaritain-dans-les-rues-de-lacourneuve

Pétition à Gilles Poux, maire de la Courneuve

Annulez l'expulsion des résidents du Samaritain dans les rues de la Courneuve et autorisez le projet alternatif porté par les fondations.

Je m’appelle Jozsef Farkas et j’ai dix-sept ans.

J’habite dans le plus vieux bidonville de France, baptisé la place du Samaritain, rue Pascal à la Courneuve.

A quatre-vingt familles venues chercher un avenir meilleur en France, nous avons construit nos logements et une église dans trois ruelles.

Depuis sept ans, comme nous n’avons pas eu de domiciliation administrative, nos efforts n’ont pas amélioré nos conditions de vie, qui restent dramatiques.

Conscients de ce cercle vicieux, la fondation Abbé Pierre et Médecins Du Monde (MDM) ont fait une proposition inespérée à notre maire, nettoyer le bidonville, y installer l’eau courante et le sécuriser avant d’entamer un travail suivi pour que nous puissions scolariser les enfants, travailler et, petit à petit, quitter le bidonville.

Leur projet, inédit et entièrement autofinancé, est soutenu par plusieurs membres du conseil municipal, la communauté d'agglomération, des dizaines d'associations qui souhaitent y contribuer et même le préfet délégué à l’égalité des chances.

Mais du rêve nous sommes passés au cauchemar, pour une raison que personne n'arrive à s'expliquer, le maire de la Courneuve, Gilles Poux, refuse la mise en oeuvre du projet.

Pire encore, il ordonne notre expulsion de la place du Samaritain, Mercredi 12 Août 2015.

Nous sommes sous le choc. Nous étions si fiers en anticipation de ce que nous allions pouvoir accomplir que la violence de l'annonce nous paralyse.

Si la place du Samaritain est détruite et que nous sommes jetés à la rue, tout ce que j'ai construit s'effondrera, mon poste en service civique à l'association des Enfants du Canal, où les six langues que je parle m'ont permis de devenir interprète et accompagnateur social, mon projet de formation pour devenir aide-soignant et ma participation à la prochaine édition de The Voice, pour laquelle j'ai été sélectionné après des années de soliste à l'église. Mais il ne s'agit pas que de moi. C'est aussi ma voisine, Aurélia, dont le mari et le fils travaillent comme électriciens sous contrat pour un artisan. Ou Ducu, mécanicien, qui fait vivre son épouse, jeune maman, et tous les autres. Qu'adviendra-t-il de nous ? Ou irons-nous ? Que ferons-nous ?

Nous ne cherchons pas de passe-droit. Nous demandons simplement au maire de laisser d'autres nous apporter l'aide qu'il n'est pas en mesure de nous offrir lui-même.

Dans une ville communiste qui a construit sa réputation sur une tradition de solidarité, la situation semble complètement absurde.

Il ne nous reste que peu de temps pour convaincre le maire de changer d'avis, d'autoriser ce projet sans précédent et d'annuler sa demande d'expulsion qui enverrait trois cent hommes, femmes et enfants dans les rues de la Courneuve.

Au nom des enfants, des femmes et des hommes de la place du Samaritain, je demande à tous les courneuviens et à tous ceux qui croient au potentiel unique de chaque individu à qui on laisse sa chance de signer et partager cette pétition pour faire prendre conscience à Gilles Poux, aux membres de son conseil municipal et à son groupe politique du danger dans lequel il nous met tous malgré le fait que, pour une fois, toutes les conditions sont réunies pour nous permettre de nous en sortir.

Avec vos voix, nous pourrons peut-être nous faire entendre.

En espérant avoir l'opportunité de vous dédier une chanson en guise de remerciements lors de la prochaine édition de The Voice, c'est de tout mon cœur que je vous remercie de votre aide aujourd'hui.

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16 août 2015 7 16 /08 /août /2015 17:08

http://www.politica.elpais.com/politica/2015/08/13/actualidad/1439492045_347225.html

Les alliés potentiels de Pablo Iglesias exigent qu’il accepte un front avec Izquierda Unida

La stratégie de Podemos peut rendre difficiles les unions régionales pour les élections générales

Jeudi 13 Août 2015

Les forces avec lesquelles Podemos cherche à s’unir au niveau régional pour améliorer ses résultats aux élections générales en Catalogne, dans la Communauté de Valence et en Galice, commencent à poser leurs conditions au leader de la formation, Pablo Iglesias. Ces conditions comprennent l'exigence d'un large front dans lequel il y aurait Izquierda Unida et les mouvements sociaux et l'ordre des noms sur le bulletin de vote, depuis que les marées galiciennes ont refusé de figurer en deuxième position derrière Podemos.

La vice-présidente de la Generalitat de Valence et leader de Compromís, Monica Oltra, la force hégémonique de la gauche alternative dans cette communauté, veut que son parti participe aux élections générales « dans une large plate-forme sociale dans laquelle il y a évidemment Podemos ».

Cependant, comme elle l'a souligné dans une interview au Pais, elle exige aussi « qu’il y ait d'autres personnes qui ont représenté d'autres forces ou d'autres mouvements qui ont participé aux luttes pour les droits des citoyens. Elles doivent participer à une offre électorale unique », a-t-elle dit.

En Galice, la position de Podemos peut laisser en dehors de la convergence électorale les marées, des collectifs de citoyens, des forces nationalistes comme Anova ou Compromis pour la Galice, Izquierda Unida et le Bloc Nationaliste Galicien (BNG).

La formation de Pablo Iglesias depuis des mois insiste seulement sur la participation de la marée galicienne seulement si elle laisse le nom de Podemos en première position. Cette proposition est inacceptable pour les autres formations favorables à une liste d’unité populaire. Touché par un déclin électoral au cours des dernières années, le BNG a ouvert son discours pour rejoindre une « candidature nationale » plutôt que nationaliste.

La direction de Podemos maintient, pour l'instant, sa stratégie électorale, qui consiste à aller seule, avec son nom et son logo, aux élections générales, sauf dans certaines autonomies ou elle vise à exploiter l'attraction d’autres formations comme Initiative pour une Catalogne Verte (ICV), Compromís, Mes por Mallorca ou les marées.

Ce plan a été approuvé en juillet 2015 par la base du parti, mais avec un taux d'abstention très élevé, plus de quatre-vingt-cinq pour cent des inscrits, et il va subir une mise à l’épreuve critique, les élections régionales en Catalogne du Dimanche 27 Septembre 2015, dans lesquelles Podemos participe à une coalition avec ICV et Izquierda Unida dans la liste « Catalogne oui nous pouvons ».

Un bon résultat peut changer le scénario de la convergence, par exemple la direction d’Izquierda Unida et la plate-forme d’unité populaire Ahora en Comun née il y a un mois peut impulser une convergence entre Podemos et la fédération de gauche.

Loi d’Hont

Le candidat d’Izquierda Unida, Alberto Garzón, espère que Lundi 28 Septembre 2015 Pablo Iglesias soit obligé de faire un virage et de répéter cette formule dans les élections générales.

Dans le même temps, le parti d’Alberto Garzón et de Cayo Lara insiste sur l’argument du nombre, comme le sait bien la fédération de gauche, dont les résultats ont été victimes pendant des années de cette circonstance, la loi d'Hondt nuit aux partis minoritaires parce qu’elle exige dans les petites circonscriptions un pourcentage élevé, de plus de trente pour cent, par exemple, dans le cas de Soria aux élections générales de 2011, pour avoir un député.

Par conséquent, Podemos a besoin d'une candidature convergente qui empêche la perte de voix. C’est la même idée que soutient la plate-forme pour la convergence d’Ahora en Comun qui tiendra sa première assemblée nationale le 12 Septembre 2015. Ses partisans reconnaissent que la situation est dans une impasse mais croient que la pression croissante sur Podemos peut amener sa direction à changer de stratégie. « Le scénario souhaitable et simplement de récupérer l'esprit de fondation de Podemos. Si ce processus se poursuit, il n’y a pas d’autre solution », explique Emmanuel Rodriguez, porte-parole d’Ahora en Comun. Pablo Iglesias et la direction de Podemos veut éviter l'image du « front de gauche », mais sa stratégie, si rien ne change, peut mettre en péril les accords dans les communautés où elle a besoin d’une alliance nécessaire pour être une force déterminante et pour peser au congrès dans les prochaines élections générales.

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16 août 2015 7 16 /08 /août /2015 16:02

Des réfugiés syriens embarquent sur un ferry grec à Kos (Reuters)

Plusieurs centaines de migrants syriens réfugiés sur l'île de Kos en Grèce ont commencé Dimanche 16 Août 2015 à embarquer à bord d'un ferry affrété par le gouvernement grec afin d'apaiser la situation parfois chaotique qui règne sur ce territoire proche des côtes turques.

Le ferry Eleftherinos Venizelos est arrivé à Kos Vendredi 14 Août 2015 mais les opérations d'embarquement ont été retardées d'un peu plus d'une journée afin d'éviter de nouveaux désordres parmi des migrants désespérés qui ont effectué la traversée depuis la Turquie sur de petites embarcations ou des canots pneumatiques.

L'accès au bateau s'est effectué d'une manière ordonnée par groupes de vingt personnes aux premières heures de la journée malgré quelques tensions au début des opérations pour déterminer un ordre de passage.

Le bateau de plaisance, qui d'ordinaire achemine des touristes vers les îles grecques et vers l'Italie, doit pouvoir accueillir environ deux mille cinq cent ressortissants syriens dans ses cabines et une zone a été prévue pour effectuer certaines démarches administratives.

Fuyant la guerre civile dans leur pays, les migrants syriens sont considérés comme des réfugiés, un statut qui leur permet d'être prioritaires face aux autres migrants qui ont, eux, pris la route de l'exil pour des raisons économiques.

Selon les statistiques de l'Organisation Internationale pour la Migration (OIM), près de deux cent cinquante mille personnes ont franchi la Méditerranée cette année pour rejoindre l'Europe. Environ la moitié sont passées par les îles grecques. Cet afflux s'est accentué avec l'été, période de l'année où les eaux sont plus calmes et rendent la traversée moins risquée.

La décision du gouvernement grec d'affréter un bateau s'explique par la nécessité d'apaiser les tensions engendrées par l'arrivée des migrants sur cette île.

Plusieurs milliers d'entre eux résident dans des hôtels mais la plupart vit sous des toiles de tente, dans des bâtiments abandonnés ou simplement en plein air.

Samedi 15 Août 2015, une cinquantaine de migrants originaires d'Afghanistan, du Pakistan et d'Iran se sont affrontés à coups de poing et jets de pierres près du principal commissariat de police de Kos.

Mardi 11 Août 2015, la police est intervenue pour mettre fin à des heurts entre migrants dans une enceinte sportive où des centaines de personnes, dont des enfants, attendent d'obtenir des papiers. Une quarantaine de policiers anti-émeute ont été dépêchés sur place pour assurer l'ordre.

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16 août 2015 7 16 /08 /août /2015 15:49

TEMPETE DANS UN VERRE D’EAU

L’organisation de l’évènement Tel Aviv sur Seine par la mairie de Paris était finalement l’organisation d’un non évènement. C’était une tempête dans un verre d’eau.

Une importante campagne médiatique précédait l’évènement lui-même, on y trouvait de bons messages et de bonnes analyses, l’organisation de l’évènement lui-même n’apportait aucun argument supplémentaire et la campagne médiatique disparaissait immédiatement après.

Jeudi 13 Août 2015, on était pendant douze heures dans le spectacle, le fantasme et le symbole, on montait une pièce de théâtre, on tournait un film.

C’était la transformation d’un quai de Seine en colonie israélienne et d’un autre quai de Seine en village palestinien. Il y avait bien sûr un check point entre les deux, ou plus exactement à l’entrée de la colonie israélienne, l’accès au village palestinien impliquait le passage à travers la colonie israélienne. Plusieurs dizaines de touristes et de personnes curieuses participaient à l’évènement au milieu de plusieurs centaines de journalistes, de fonctionnaires de police et d’agents de sécurité en civil et en uniforme. Cette petite agitation des quais de Seine ne changeait absolument rien à la vie parisienne au-dessus d’elle.

C’était bien un évènement politique de soutien de la mairie de Paris au gouvernement israélien, la tentative d’introduction de la mairie de Tel Aviv par la propagande de la mairie de Paris dans cette affaire, comme si Paris n’était pas la capitale de la France et comme si Tel Aviv n’était pas la capitale d’Israël, n’avait pas de sens. Le camp de la paix du parti travailliste israélien n’existe plus depuis longtemps et le non évènement de la mairie de Paris n’y changera rien, elle ne le ressuscitera pas.

C’était plus exactement un évènement de politique intérieure française. C’était la suite directe de la délégation du conseil de Paris en Israël au mois de mai 2015. Les deux principaux groupes du conseil de Paris et la totalité des composantes du groupe majoritaire du conseil de Paris participaient à cette délégation. Nous ne connaissons pas la composition exacte de la délégation mais nous citerons seulement la participation de Catherine Vieu Charier, maire adjointe de Paris, représentante du groupe du Parti Communiste Français (PCF) et du Front De Gauche (FDG) à la mairie de Paris. Personne ne dénonçait cette délégation et personne ne révélait l’existence de la poignée de main entre Anne Hidalgo et Benjamin Netanyahou.

Bernard Fischer

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15 août 2015 6 15 /08 /août /2015 19:05

http://www.liberation.fr/societe/2015/08/13/roms-l-etat-dans-le-role-du-mauvais-samaritain_1363001

L’état dans le rôle du mauvais samaritain

Par Eric Fassin, professeur à l’Ecole Normale Supérieure (ENS), et Grégoire Cousin, anthropologue

Samedi 15 Août 2015, l’expulsion du plus vieux bidonville de France, à la Courneuve, sera possible, un épisode emblématique d’une politique de plus en plus répressive

C’est l’été, on expulse les roms et on détruit leurs bidonvilles. C’est ce qu’on appelle, dans le jargon journalistique, un marronnier. Pendant l’été 2010, sous Nicolas Sarkozy, on s’indignait encore, à gauche et à Bruxelles, qu’on traite ainsi des roumains et des bulgares, ne sont-ils pas devenus européens ? Dès l’été 2012, on comprenait que cette politique n’allait pas changer sous François Hollande, elle devenait « normale », on n’entend plus l’Union Européenne. Qui se soucie encore que Manuel Valls soit poursuivi en justice par l’association la Voix des Roms pour incitation à la haine raciale ? Et d’ailleurs, qui le sait, quand les médias n’en disent rien ? Les pouvoirs publics peuvent expulser en toute quiétude. Mardi 21 Juillet 2015, c’était la Folie, à Bobigny, après le Samedi 15 Août 2015, ce sera le Samaritain, à la Courneuve. Et combien d’autres encore, dont on ne parle même pas ?

Sans doute objectera-t-on que l’état ne fait qu’appliquer les décisions de justice. Mais pourquoi cette belle exigence républicaine ne va-t-elle pas jusqu’à faire respecter la loi, et à la respecter elle-même, lorsque des bidonvilles prennent feu, il n’y a jamais d’enquête, ou que des roms sont agressés, nul n’est jamais condamné, quand des municipalités refusent d’assurer la collecte des déchets ou qu’elles empêchent l’inscription d’enfants roms à l’école, l’état n’engage jamais de poursuites ? Pourquoi la circulaire du 26 août 2012 n’est-elle pas respectée par les pouvoirs publics, qu’il s’agisse d’offrir des solutions de relogement ou, le défenseur des droits l’a souligné, d’attendre les décisions de justice avant d’expulser ?

C’est qu’il y a urgence, nous explique-t-on, l’hygiène y serait intolérable, certes et depuis longtemps. C’est donc pour leur bien, paraît-il, qu’on chasse et pourchasse les roms. Et qu’importe si l’on ignore ce qu’il advient d’eux une fois jetés sur les routes. Et qu’importe si, à force d’être expulsés, leurs conditions de vie ne cessent de se dégrader. Le 7 juin 2015, la mort d’une enfant de cinq ans dans les Yvelines et, le lendemain, celle d’un autre de quatre ans, près de Lille, loin de faire prendre conscience des effets d’expulsions à répétition, servait à les justifier, décidément, ces bidonvilles sont bien dangereux.

Les indignations des belles âmes ne sauraient le faire oublier, nous rétorque-t-on, ce sont les maires qui demandent l’expulsion, ils ne feraient qu’exprimer le ras-le-bol des « riverains ».

Si ce n’est pour leur bien qu’on chasse les roms, c’est pour celui de nos concitoyens. Il conviendrait donc de saluer le sens démocratique de nos élus, ils continuent après les élections municipales une action qu’on taxait d’électoraliste. Toutefois, à la Courneuve, le maire communiste, Gilles Poux, ne peut invoquer l’exaspération des « riverains », les voisins ne se manifestent pas. C’est qu’ils ne sont guère perturbés.

De fait, le bidonville s’organise, on y trouve une place, des rues, les enfants sont scolarisés par une association, l’Aide à la Scolarisation des Enfants Tsiganes (ASET), et le terrain du Samaritain doit son nom à l’église évangélique bâtie en son centre. Mieux, les choses pourraient s’améliorer sans tarder. En effet, des associations présentes sur le terrain, Médecins Du Monde (MDM) et la fondation Abbé Pierre, ont obtenu un engagement financier de quatre cent mille euros pour assainir le lieu et le viabiliser, à condition d’obtenir l’accord du maire. Pourquoi le refuse-t-il ?

Et pourquoi expulser « le plus ancien bidonville de France » ? Pourquoi ne pas régler la situation gratuitement et pourquoi payer cher pour remettre le terrain en état ? C’est qu’il y aura bientôt un autre voisinage, la police a fini par le reconnaître, la conférence de l’ONU sur les changements climatiques que la France présidera au Bourget début décembre 2015. On « pacifie » les favelas au Brésil, au nom de l’esprit olympique, à la Courneuve, il pourrait bien s’agir d’une expulsion « écologique ».

Mais il y a plus, le problème, la municipalité le reconnaît, serait de « pérenniser les bidonvilles ». C’est bien pourquoi, un peu partout, on refuse de ramasser les ordures ou d’installer des toilettes sèches, il ne faudrait pas encourager les roms à s’installer. Améliorer les choses, ce serait avouer qu’il existe une alternative à l’expulsion. La décision du maire s’inscrit donc dans une logique qui le dépasse, elle participe d’une politique d’état. Les chiffres sont éloquents, depuis la nomination en 2013 du préfet Philippe Galli en Seine-Saint-Denis, les effectifs des bidonvilles se sont effondrés, en un an, on est passé de sept mille à deux mille sept cent.

Ce n’est pas un hasard, en 2010, il était le préfet en charge au moment des violences de Saint-Aignan, qui allaient servir de prétexte au discours de Grenoble. Il y a bien une continuité, voire une accélération, dans la politique menée contre les roms.

Reste que la rhétorique a changé. En apparence, l’état s’humanise, on le voit à la Courneuve avec la Délégation Interministérielle à l’Hébergement et Au Logement (DIHAL). Mais in fine, cette bonne volonté sans effet ne sert qu’à occuper les militants. De même, c’est le préfet à l’égalité des chances, Didier Leschi, qui a justifié l’expulsion des Coquetiers, à Bobigny, elle arrachait pourtant les enfants à leur école. Cet homme réputé de gauche avait d’abord plaidé l’incompétence, avec les roms, « on ne sait pas faire, c’est une sociologie qui nous échappe ».

Puis, dans une tribune du 20 novembre 2014, il en a tiré des leçons politiques. Il n’hésitait pas à incriminer l’ancienne municipalité communiste de Bobigny, battue pour être apparue comme « les défenseurs des roms et du mariage des homosexuels. Pourtant, une autre issue était possible, un village d’insertion ». Mais il n’en est plus question aujourd’hui, ne vient-on pas d’en expulser un, Vendredi 24 Juillet 2015, à Saint-Ouen ? Qu’en dit-il ?

La leçon de la Courneuve, c’est que si l’état s’abrite derrière les élus locaux pour expulser, on aurait tort de prendre cette municipalisation pour argent comptant, le préfet reste maître du jeu. Or l’expulsion est la clé de cette politique décentralisée du ministère de l’intérieur. Sans doute ne résout-elle rien. Mais ce n’est pas le but recherché. Il s’agit, d’une part, de rendre la vie invivable aux roms, comme aux réfugiés de Calais ou de la Chapelle, pour qu’ils finissent par partir d’eux-mêmes. D’autre part, il convient de le mettre en scène, pour afficher la fermeté du gouvernement. Telle est, contre toute raison, la rationalité de cette politique estivale.

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15 août 2015 6 15 /08 /août /2015 18:37

http://www.liberation.fr/monde/2015/08/12/hommage-a-un-defenseur-des-institutions-catalanes_1362524

Hommage à un défenseur des institutions catalanes

Par Artur Mas, président de la Généralité de Catalogne

Mercredi 12 Août 2015

Cent vingt troisième président de la Généralité de Catalogne, LLuis Companys a été fusillé par le régime franquiste, vendu par les français et les allemands

Le 13 août 1940, une unité de la police militaire allemande se déplaça jusqu’au village breton de La Baule Escoublac. Un agent de la police française accompagnait les officiers de la Wehrmacht.

Ils se dirigèrent vers une maison particulière pour arrêter un citoyen catalan qui s’y réfugiait avec sa femme et son fils. Il s’appelait Lluís Companys et il était resté en France, malgré le risque qu’il y courait, afin de ne pas se séparer de son fils Lluís, atteint d’une grave maladie mentale. Lluís Companys fut conduit à Paris, où il fut interrogé à la prison de la Santé. Quelques jours plus tard, il fut transféré à la frontière espagnole et livré à la police du dictateur Francisco Franco.

Après avoir été soumis à un procès dénué de toute garantie judiciaire, Lluís Companys fut fusillé à Barcelone le 15 octobre 1940, au cri de « Per Catalunya ».

Lluís Companys était le cent-vingt-troisième président de la Généralité de Catalogne et il fut le seul président démocratiquement élu à être fusillé au cours de la seconde guerre mondiale.

Aucun autre n’encourut un tel sort tragique. Son arrêt de mort stipule que l’une des motivations pour le signer fut, précisément, le fait d’avoir été président de la Généralité de Catalogne. Ainsi, le régime franquiste fusilla Lluís Companys pour la simple raison qu’il occupait cette fonction de président démocratiquement acquise.

Contrairement à la volonté sinistre de Francisco Franco, l’assassinat du président Lluis Companys ne mit pas fin aux institutions catalanes. Josep Irla, l’alors président du parlement de Catalogne, qui vivait en exil à Céret, devint automatiquement président de la Généralité en application de la législation catalane. Josep Irla conserva cette fonction en toute dignité en exil jusqu’en 1954 et il fut le seul président catalan à n’avoir jamais exercé sa fonction au palais de la Généralité, à Barcelone, comme l’exigeait sa charge.

Ainsi, cette année, cela fait soixante-quinze ans que l’arrestation et l’exécution du président Lluis Companys ont eu lieu. C’est pourquoi tous les catalans se doivent de reconnaître sa figure et son sacrifice.

Son mandat, au cours des années troubles de la guerre civile espagnole, ne fut vraiment pas facile. Le président Lluis Companys dut lutter non seulement contre la rébellion fasciste du général Francisco Franco, mais aussi contre un gouvernement espagnol peu respectueux de l’identité et des institutions catalanes.

La Généralité de Catalogne avait été restaurée en 1931 et il s’agissait par conséquent alors d’un gouvernement jeune et faible face à des adversaires si puissants. L’honneur m’incombe d’être moi-même le cent vingt neuvième président de la Généralité de Catalogne. Seuls cinq présidents me séparent de Lluís Companys. Soixante-quinze ans se sont écoulés et le gouvernement de la Catalogne est aujourd’hui une institution solide, consolidée et stable. Le président Lluis Companys lutta et mourut en défendant les institutions catalanes.

Heureusement, de nos jours, la situation ne peut se comparer à ces temps-là. Mais la volonté d’exister des catalans et notre aspiration à décider de notre avenir par nous-mêmes restent intactes. Je ne veux pas conclure cet article sans rappeler que les gouvernements français et allemand ont reconnu leur part de responsabilité dans l’arrestation et la déportation du président Lluis Companys et qu’ils l’ont publiquement regretté. Il s’agit là d’un geste de justice que je souhaite saluer publiquement car il honore ces deux gouvernements.

La construction d’une Europe unie, démocratique et solidaire exige non seulement que nous maintenions en vie la mémoire historique, mais aussi que nous soyons capables de reconnaître nos erreurs.

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15 août 2015 6 15 /08 /août /2015 18:15

http://www.alencontre.org/europe/grece-le-gouvernement-tsipras-et-le-mou.html

Le gouvernement Tsipras et le troisième Memorandum of Understanding

Dans la nuit du Jeudi 13 Août au Vendredi 14 Août 2015, les parlementaires grecs exprimèrent leurs positions face à l’adoption, par le gouvernement de coalition SYRIZA ANEL, du troisième Memorandum of Understanding, autrement dit, le nouveau plan supplémentaire d’austérité. Simultanément, les divers médias reprenaient l’information de l’institut grec de statistiques, ELSTAT, selon laquelle « contre toute attente, la Grèce a renoué avec la croissance au deuxième trimestre 2015, avec un Produit Intérieur Brut (PIB) en hausse de 0,8% par rapport au premier trimestre 2015 ». Ce genre de statistique flash, pas désaisonnalisée, ayant trait au PIB ne fait aucun sens. Il suffit de rappeler que le tourisme s’inscrit à hauteur de près de vingt pour cent dans la formation du PIB. Or, il a battu tous les records au deuxième trimestre 2015.

Sous ce seul angle il est possible de mesurer l’absence de signification de cette statistique. En outre, les mesures liées au troisième mémorandum, augmentation des impôts indirects avec effet sur la consommation et réduction du budget public et des investissements, ne sont évidemment pas encore prises en considération.

D’ailleurs, les créanciers n’hésitent pas à pronostiquer un recul du PIB de 2,3% en 2015 et de 1,3% en 2016. D’autres estimations prévoient une baisse de 3,5% pour 2015. La fixation du solde budgétaire primaire, avant le service de la dette, à 0,25% en 2015 et à 0,5% en 2016, ce qui est présenté comme une concession de la part des négociateurs du « troisième plan d’aide », résulte en fait de la stricte prise en compte de ces projections hypothétiques par les émissaires de l’eurocratie. Selon les trois scénarios établis par les institutions européennes, « debt sustainability analysis », le ratio entre la dette et le PIB se situe en 2015 entre 196,3%, 198,8% et 195,4% et en 2016 entre 200,9%, 206,8% et 198,9 %.

Quant aux sommes recueillies par le fonds de privatisations, sous commandement européen, elles sont évaluées, dans le même document, à treize milliards neuf cent millions d’euros jusqu’en 2022, total du secteur non bancaire, ce qui est fort éloigné des objectifs proclamés.

Mais cela n’empêche pas, au contraire, la mise à l’encan de quatorze aéroports régionaux décisifs pour le tourisme, acquis par l’allemand Fraport, avec comme junior partenaire le groupe familial grec Copelouzos, du port de Thessalonique et du Pirée, le chinois Cosco y contrôle déjà le deuxième et le troisième quai commercial et veut élargir son emprise. Cosco s’est porté acquéreur d’une base logistique près du Pirée, à Thriassion, base qui appartient à la compagnie grecque des chemins de fer (OSE), qui pourrait être le point de départ d’une ligne pour le transport de marchandises vers l’Europe, à cela s’ajoute le réseau de distribution électrique et, demain, la Public Power Corporation, la plus importante société d’électricité. Fin octobre 2015, une liste nouvelle et complétée devrait être établie, sous la supervision des créanciers.

C’est dans ce contexte de récession prolongée, qui s’est accentuée depuis le premier mémorandum de 2010, d’expropriation de la « richesse publique » et d’écroulement social que le nouveau plan d’austérité était « débattu » au parlement.

La résistance à un Syriza mémorandaire

Samedi 8 août 2015, dans un entretien au journal Kefalaio, à la question du journaliste formulée ainsi, « vous demandez aux députés de voter contre le troisième mémorandum, vous êtes donc en complète rupture avec l’orientation de la direction de Syriza », Panagiotis Lafazanis, ministre démissionnaire de la reconstruction et porte-parole de la Plateforme de Gauche, répondait que « personnellement, je suis la même voie que par le passé. Je soutiens fermement et avec consistance la nécessité pour Syriza et le gouvernement d’adopter une orientation plus radicale et progressiste, contre l’austérité, contre la subordination aux instances de l’Union Européenne et contre le bradage de la richesse publique. Sincèrement, je ne vois pas d’autre option pour sortir de cette crise cauchemardesque, profonde et prolongée que traverse notre pays.

Malheureusement, c’est la direction de Syriza et le gouvernement qui se sont engagés sur une voie différente, en choisissant celle du troisième mémorandum. Cela constitue une rupture avec les engagements qui font l’identité de Syriza. Et j’ajouterais une rupture avec le bloc des forces sociales, en particulier les couches les plus pauvres qui soutiennent Syriza ».

Ces considérants de Panagiotis Lafazanis ont constitué le premier élément fondant le vote non de trente-deux députés de Syriza. Il faut y ajouter onze députés qui se sont abstenus, ce qui équivaut à une opposition. Pour rappel, sur les cent quarante-neuf députés de Syriza, lors des deux premiers votes concernant les premières mesures de l’actuel mémorandum, il y avait trente-deux voix contre et six abstentions le Mercredi 15 Juillet et le Jeudi 16 Juillet 2015 et il y avait trente et une voix contre et cinq abstentions le Mercredi 22 Juillet et le Jeudi 23 Juillet 2015.

Le gouvernement n’a pu donc valider son orientation que grâce à l’appui des députés de la Nouvelle Démocratie, du Pasok et de To Potami. Les quinze députés du parti communiste grec (KKE) ont voté non. Le KKE s’était prononcé pour un vote nul à l’occasion du référendum du Dimanche 5 Juillet 2015. Les députés néo nazis d’Aube Dorée, qui disposent de dix-sept sièges, ont voté non. Aube Dorée guette l’approfondissement de la crise sociale et politique pour chercher à reprendre ses initiatives sur le terrain.

Dans les rangs des députés de la coalition gouvernementale, seuls cent dix-huit ont voté oui.

La règle veut que le gouvernement dispose d’une base d’au moins cent vingt députés pour ne pas être contraint d’exiger un vote de confiance. Alexis Tsipras a laissé entendre, Vendredi 14 août, qu’il pourrait solliciter un tel vote après le Jeudi 20 Août 2015, c’est-à-dire après le paiement de trois milliards deux cent millions d’euros d’obligations à la Banque Centrale Européenne (BCE) et, surtout, suite à l’acquiescement final des créanciers concernant le troisième mémorandum et les règles de son application.

Un vote de confiance met les députés de Syriza devant un choix difficile, faire tomber ou non le « premier gouvernement de gauche » grec élu en janvier 2015. Une façon de tenter de discipliner les députés, et aussi le comité central de Syriza, qui s’opposent aux choix du gouvernement.

Après le 25 janvier 2015, la coalition gouvernementale comptait cent quarante-neuf députés de SYRIZA et treize députés d’ANEL, soit cent soixante-deux députés sur trois cent. Le 18 février 2015, une seule députée de Syriza, Ioanna Gaitani, membre de la gauche ouvrière internationaliste (DEA), s’était prononcée contre l’élection du président de la république, Prokopis Pavlopoulos, issu des sommets de la Nouvelle Démocratie. Le refus d’une transformation de Syriza en une formation se soumettant aux diktats des créanciers et de leurs institutions, la BCE, le Fonds Monétaire International (FMI), la commission européenne et, actuellement, le Mécanisme Européen de Stabilité (MES), s’est élargi dans la foulée du résultat du référendum du Dimanche 5 Juillet 2015, 61,3% de non.

Pas d’understanding pour le respect des règles parlementaires

Depuis la mi-juillet, les différences d’orientation au sein de Syriza se traduisent par des « tensions organisationnelles », pour utiliser un euphémisme. Les attaques et diffamations des médias contre les opposants au cours gouvernemental se multiplient. Le silence maintenu de la direction de Syriza relève donc d’une complicité. Cette question fut l’enjeu d’un affrontement important lors du comité central du 30 juillet 2015.

Avant la convocation de la séance plénière du parlement du Jeudi 13 Août 2015, le gouvernement d’Alexis Tsipras a agressé la présidente du parlement, Zoé Konstantopoulou.

En effet, elle exigeait le respect de règles élémentaires afin qu’un débat portant sur un texte de trois cent quatre-vingt-sept pages, mis en ligne Mercredi 12 Août 2015 à 3 heures 30 du matin, puisse avoir un semblant de « légalité parlementaire ». Ce d’autant plus que des amendements de dernière minute n’ont pas cessé de tomber. Pour les soumettre au vote des parlementaires, le gouvernement d’Alexis Tsipras utilisa une interprétation fallacieuse qui lui a été fournie par l’ancien dirigeant du Pasok et bras droit d’Antonis Samaras, Evangelos Venizelos. La rupture entre la présidente du parlement et Alexis Tsipras est consommée publiquement. La presse grecque du Vendredi 14 Août 2015 en fait ses titres de première page.

Pour Alexis Tsipras, un seul impératif s’imposait, recevoir une première bénédiction partielle et provisoire de l’Euro-groupe, Vendredi 14 Août 2015. Ce qu’Euclide Tsakalotos, ministre des finances, devait aller solliciter de suite à Bruxelles. Ce qu’il fit.

Comme lors de toute crise politique d’ampleur, les batailles portant sur le calendrier traduisent l’acuité des affrontements de classes à l’échelle du pays et de la zone euro. La convocation d’un congrès de Syriza, en septembre 2015, et d’élections législatives anticipées, en octobre 2015, s’inscrit dans la même perspective. S’y ajoutent des manœuvres visant à désorganiser le « front de l’opposition » face à de telles échéances. Ces deux derniers éléments représentent, en réalité, les deux faces d’une même médaille.

La constitution d’un mouvement social et politique contre le troisième mémorandum

Les partisans du non se revendiquent du congrès de fondation de Syriza et du programme électoral présenté par Alexis Tsipras en septembre 2014 lors de la foire internationale de Thessalonique. A juste titre, ils refusent d’être caractérisés comme provoquant la rupture politique et organisationnelle de Syriza. Mais ils doivent faire face à une brutale campagne médiatique. Ils se doivent de riposter au projet du gouvernement d’Alexis Tsipras et de l’appareil exécutif de Syriza visant à transformer le « congrès extraordinaire » de Syriza en un congrès de refondation programmatique en syntonie avec la politique actuelle. Des élections législatives anticipées, dans un délai restreint, peuvent constituer une opération dressant des obstacles à la présentation électorale efficace d’un front politique qui traduirait, avec une certaine audience, le non qui s’est exprimé Dimanche 5 Juillet 2015. Un non qui, indépendamment des manœuvres de l’entourage d’Alexis Tsipras, Yannis Dragasakis, Georges Stathakis et Nikos Pappas, reste une référence pour celles et ceux rejetant le mémorandum.

Dès lors, une initiative a été prise Jeudi 13 Août 2015 par diverses forces de la gauche représentées au parlement et extra parlementaires. Leur déclaration appelle à « la création d’un mouvement pour un non au nouveau mémorandum et pour une mobilisation dans l’ensemble du pays ». Elle a été signée par des porte-parole de treize courants et organisations, de taille fort différente, qui prônent une mobilisation pour faire obstacle à la politique du gouvernement d’Alexis Tsipras, car ce dernier marche sur les brisées de Georges Papandréou, entre octobre 2009 et novembre 2011, de Loukas Papadimos, entre novembre 2011 et mai 2012, et d’Antonis Samaras, entre juin 2012 et janvier 2015.

On peut lire ce qui suit dans cette déclaration, « les soussignés, représentant un large éventail de forces et d’organisations de la gauche, rejettent le troisième mémorandum présenté aujourd’hui au parlement et appellent à de grandes luttes unitaires afin de renverser tous les mémorandums et imposer une nouvelle orientation progressiste pour le pays. La signature d’un nouveau mémorandum par un gouvernement qui a été élu pour abolir les deux précédents, en 2010 et en 2012, équivaut à une catastrophe majeure pour le peuple grec et la démocratie. Le nouveau mémorandum signifie encore plus d’austérité, la restriction des droits des citoyens ainsi que la perpétuation du régime de tutelle imposé au pays. Le nouveau mémorandum est un renversement complet du mandat du peuple grec qui, lors du référendum du Dimanche 5 Juillet 2015, a rejeté dans leur intégralité les politiques néo libérales d’austérité et de dépendance néo coloniale. Au cours des cinq dernières années, le peuple s’est opposé par tous les moyens possibles à la peur et au chantage et a lutté pour une Grèce souveraine, démocratique, reconstruite, juste et indépendante. Comme ce fut le cas pour les précédents, ce mémorandum doit trouver en face de lui la résistance la plus large d’une société réunie et déterminée. Nous continuerons dans la voie du non au référendum du Dimanche 5 Juillet 2015 jusqu’au bout, jusqu’au renversement de la politique de mémorandums, avec une solution de rechange pour l’avenir, pour la démocratie et la justice sociale en Grèce. La lutte contre le nouveau mémorandum commence maintenant, avec la mobilisation du peuple dans toutes les régions du pays. Pour développer et gagner ce combat, il est nécessaire de mettre en place une organisation populaire à tous les échelons et dans tous les domaines sociaux. Nous appelons à la constitution d’un vaste mouvement politique et social dans l’ensemble du pays et à la création de comités de lutte contre le nouveau mémorandum, contre l’austérité et contre la mise sous tutelle du pays. Ce sera un mouvement unitaire à la hauteur des aspirations du peuple à la démocratie et à la justice sociale ».

Vendredi 14 Août 2015, depuis les cercles gouvernementaux, la contre-attaque a été lancée.

Elle vise d’abord Panagiotis Lafazanis, le leader du Courant de Gauche et celui qui symbolise le refus de la pasokisation de Syriza et de son gouvernement.

L’accusation est simple, Panagiotis Lafazanis aurait pris l’initiative, avec cet appel, de mettre en place une structure organisationnelle en dehors de Syriza et cela avant le « congrès extraordinaire ». Que cette affirmation n’ait rien à voir avec le contenu de la déclaration, peu importe. Sa fonction vise à déstabiliser des secteurs du centre gauche de Syriza, le groupe des cinquante-trois, qui s’opposent au mémorandum et, éventuellement, des adhérents de la Plateforme de Gauche. A cela s’ajoute la dépréciation des forces extra parlementaires signataires de l’appel.

Ce qui revient à mettre en question les initiatives d’un secteur de Syriza opposé au troisième mémorandum au sein des syndicats (META). A quoi s’ajoutent des pointes contre des composantes d’Antarsya qui ont signé cette déclaration et se sont opposées dans le passé à Syriza.

Dans les deux mois à venir, pour autant qu’un scénario puisse être établi, le premier test socio-politique résidera dans le degré de renforcement des comités du non aptes à stimuler une résistance, en priorité concernant les atteintes au pouvoir d’achat, aux retraites, à l’emploi et aux services publics. Une approche développée par John Milios dans une brève contribution en date du Vendredi 14 Août 2015. Ensuite, dans une situation très difficile et face à la volonté déterminée de déstabiliser et réduire au maximum son influence, il faut vérifier pratiquement la faculté du camp du non de donner une expression politique à ses composantes aux trajectoires hétérogènes. Ce qui implique de dégager une perspective crédible en termes de propositions accessibles pour celles et ceux qui sont les cibles sociales de cette contre-révolution capitaliste que synthétise le troisième mémorandum. Une tâche nécessaire, mais rude, qui peut être relevée par celles et ceux qui, depuis des années, même lorsqu’ils étaient ignorés par la « gauche radicale européenne », ont su prendre le pouls de la société grecque.

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