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1 février 2016 1 01 /02 /février /2016 20:36

http://www.humanite.fr/blogs/etre-fils-de-rouge-581472

Etre fils de rouge

Par Jean Ortiz

Vendredi 14 Août 2015

Etre fils de réfugié politique, de « rouge », de républicain espagnol, « d’étranger indésirable et dangereux », selon les décrets de mai et de novembre 1938 du gouvernement « centre-gauche » d'Edouard Daladier, m’a contraint à devenir un gamin différent des autres. Je devais me protéger d’une menace omniprésente que je ressentais comme anxiogène et que je percevais comme injuste.

Je crois être vraiment né le jour où j’ai commencé à comprendre que j’étais fils de « rouge » espagnol, fils d’un déchirement et d’une souffrance, et que j’appartenais à une communauté bien définie, très politisée, qui, d’une certaine façon, m’anormalisait. Et j’ai progressivement donné du sens, du contenu de classe et de la colère, à ce statut « entre dos aguas », « entre deux eaux », à ces pulsions contradictoires, sources aussi de fierté.

Etre fils d’exilé politique oblige en quelque sorte à s’inventer une identité, des racines chercheuses, une histoire incertaine, entre imaginaire et nécessité, et à se donner une « patrie » de valeurs, multiple, d’ici et d’ailleurs.

Mon père n’arrêtait pas de nous raconter sa guerre d’Espagne, ses maquis et ses engagements communistes, et les combats des guerrilleros en France. Il utilisait le plus souvent le « nosotros », « nous », la première personne du pluriel. On avait l’impression qu’il voulait à la fois témoigner, transmettre et mettre en garde. Il lui fallait être sur ses gardes. A la suite d’une grande rafle, « l'opération boléro-paprika », le 7 septembre 1950, montée de toutes pièces par les autorités françaises, le gouvernement de René Pléven, dont François Mitterrand était ministre, contre principalement les communistes espagnols, le Parti Communiste Espagnol (PCE), ses journaux et ses revues, sont interdits en France, des guerrilleros décorés à la Libération se retrouvent poursuivis comme « subversifs et agents de l’étranger » et des militants sont déportés et assignés à résidence en Corse et en Algérie.

En « nettoyant » le sud de la France, Paris donne des gages de bonne volonté anticommuniste à Francisco Franco, « sentinelle de l'occident », et affaiblit par là même la lutte contre le franquisme.

En décembre 1951, Paris rétablit ses relations diplomatiques avec Madrid. Les militants communistes espagnols continuent à diffuser « Mundo Obrero » clandestinement, au nez et à la barbe de la police française. Les guidons de vélo ont des ressources que les pandores ignorent.

En février 1945, pour donner de nouvelles preuves d’allégeance, Charles de Gaulle et le gouvernement provisoire interdisent la presse de l’exil républicain. Le 2 mars 1945, les unités de guerrilleros sont dissoutes. Plutôt Francisco Franco que les « rouges », circulez . La « guerre froide » fera le reste.

Dans l’exil en France, les attitudes politiques et mémorielles diffèrent. Il y a ceux qui racontent et d’autres, exilés antifascistes, également communistes, anarchistes et socialistes, parfois au sein d’une même famille, qui se murent dans la mémoire silencieuse afin de protéger leurs enfants et leurs études en pays étranger. Il faut déjà « s’intégrer ».

Renoncer à soi et à son identité. Tenter d’oublier les défaites et les abandons successifs, le vécu trop douloureux de cette guerre d’extermination. Aujourd’hui, nombreux sont leurs fils et petits-fils qui « veulent savoir » et qui s’investissent dans le travail associatif de mémoire. Le temps a passé, malgré tous les malgrés, mais il n’est jamais trop tard pour que vérité et justice adviennent.

Gamin, les récits d'Enrique, les batailles de Madrid, Belchite, Teruel et Guadalajara, le passage de l’Ebre, la « troisième brigade mixte », la « retirada », Argelès et Decazeville, la prison des grands-parents, nos sept fusillés, m’inquiétaient et me fascinaient à la fois. Je voyais Enrique comme un héros, doublé d’un « père martinet », arme à courroies destinée à stimuler l’ascenseur scolaire. Enrique me parlait en espagnol, il s’était inventé un « charagnol » pour le village, cette langue à mes yeux bizarre, qui m’était en même temps familière et étrangère. A l’heure du « classement scolaire », quelle horreur, le père inventait des citations de Vladimir Lénine pour m’obliger à être parmi « les premiers » et à recevoir un prix des mains du maire, le jour de la fête des écoles, la Saint-Jean, devant le village rassemblé. Pour Enrique, garçon de ferme esclave très jeune chez les grands propriétaires manchegos, certains se portent encore fort bien, cette volonté que les enfants de « rouge », de prolétaires et de pauvres, réussissent leurs études, relevait de la revanche de classe et d’une sorte de bras d’honneur à tous ceux, les faussement non-interventionnistes qui nous avaient reçus comme des chiens en France, dans des camps dits à l’époque « de concentration », par le ministre de l'intérieur Albert Sarraut, Argelès, Barcarès, Saint-Cyprien et Gurs, l'enfer français, des prisons de sable et de barbelés et du grillage, dans le froid de l’hiver 1939, pour ces premiers antifascistes. J’ai retrouvé des lettres du camp, bouleversantes, et de vieux cahiers de notes prises dans les « écoles » et les ateliers, que le PCE et la Jeunesse Socialiste Unifiée (JSU), en ce qui concerne mon père, organisaient clandestinement, pour que les militants internés apprennent à lire et à écrire, se cultivent et se forment. Le savoir peut libérer.

« L’éducation est le seul moyen de se débarrasser de l’esclavage », comme disait José Marti. Ce n’est que plus tard que j’ai compris le pourquoi des citations fictives « empruntées » au père fouettard Vladimir Ilitch Lénine, du type « Lenin dijo », « Lénine a dit », étudier et, pour se reposer, changer de livre. Comment aimer un tel bourreau livrophile à douze ans ?

Très jeune, j’ai donc été condamné en quelque sorte à hériter de l’histoire de ces « rouges, étrangers dangereux » en France, fliqués par l’infâme « liste S », réprimés, discriminés et contraints au travail esclave dans les GTE, ils prirent les armes les premiers et proportionnellement plus nombreux que les français. J’ai dû assumer cette histoire et la prolonger. Etre fils de « rojo », de l’exil politique, m’a condamné à une certaine relégation, à une colère permanente, à une exigence dans l’engagement et à une différence assumée et revendiquée, alors que le droit à la différence n’est que toléré. J’ai donc peu à peu construit mon récit à partir d’un éclatement du « moi » et d’une sorte de marginalité contrainte et volontaire.

Ce récit, cette mémoire historique, sont étroitement liés à mon milieu social et à ma génétique, fils de prolétaire espagnol communiste. Ce sont mes deux fils rouges et ma filiation sociale, culturelle et politique, dans un entre-deux géographique et personnel. Je n’étais pas tout à fait français alors que j’étais né dans un village tarnais, rouge de surcroît, Labastide-Rouairoux, où le maire socialiste fit appel aux Compagnies Républicaines de Sécurité (CRS) contre les travailleurs lors de la grande grève textile de 1960. J’y ai connu les luttes partagées en commun, la soupe populaire, les assemblées générales au kiosque sur la place, et la Confédération Générale du Travail (CGT) de Benoît Frachon, Georges Séguy et Henri Krasucki, qui était alors un outil puissant d’intégration et de solidarité.

Dans cet environnement de classe, je percevais et assumais ma différence, tout en la contenant. Un mélange fait de culpabilisation, de force et de fierté rouge. « El orgullo comunista », la satisfaction d’être communiste. La crise et le racisme n’étaient pas ce qu’ils sont aujourd’hui, certes, mais, dans la cour de récréation, mes poings ont souvent paré au « putain d'espagnol qui vient en France manger le pain des français ». Nous étions les « barbares » de l’époque.

Les puissants attisaient la guerre entre pauvres, mais il y avait du boulot pour tous. Un jour, humiliation suprême, ce vieux « « hussard de la république » d’instituteur me condamna à m’agenouiller sur une règle pour avoir bousculé un élève qui m’avait traité de sale « espingouin » ou de « gavach », je ne sais plus . C'était déjà le monde à l’envers, les boucs émissaires, la criminalisation des pauvres, les classes dangereuses et les « étrangers », Calais-Argelès. Le monde est plein d’étrangers, Argelès-Calais.

Ce curriculum vitae de « fils de rouge », cette nostalgie d’avenir, me propulsent toujours et ne me poussent guère au consensus, ni à l’eau tiède, ni au plan de carrière, ni à m’intégrer au « système ». Le pire, c’est lorsque les révolutionnaires sont assimilés au « système ». A Labastide-Rouairoux, l’adhésion et le militantisme au Parti Communiste Français (PCF), le parti anticapitaliste qui structurait mon village ouvrier, en Occitanie ouvrière, créaient du lien, de la solidarité et de la conscience de classe, aller au communisme, lire « l’Humanité », c’était naturel. Fils de pauvres, nous étions la plupart conscients du pourquoi de l’être.

L’exemplarité du mouvement ouvrier de ce village de grandes colères prolétaires a façonné des générations de rebelles. Je me souviens, Roger, Elie, Maria, Michel, Henri et Jacques. Aujourd’hui les usines textile ont fermé, sacrifiées sur l’autel de l'Europe et de la mondialisation, beaucoup d'anciens rebelles ont vieilli, surtout en renonçant à leurs idéaux, la classe ouvrière repose au cimetière, le village se meurt et le Front National cartonne sur les cendres de l’espoir. Le dernier républicain espagnol était Enrique l’étranger.

Fils de « rojo », j’ai hérité de cette république espagnole exilée et de ma bastide prolétaire, toutes deux rouges, une aversion viscérale des fascistes, des « bourgeois », des faux-culs, des collaborateurs, des jaunes, des politicards de la lutte des places et des « toca manetas », les poignées de mains compulsives, et de la « gauche de droite », toujours prête pour aller à Canossa, à Munich, à Maastricht où à Lisbonne. Avec le temps, contrairement à ce que l’on dit souvent, je n’ai pas versé, ou pu verser, dans la sagesse. Devenir sage, quel naufrage. La crise d’adolescence et la révolutionnite, à plus de soixante rives, c’est terrible, contagieux et incontrôlable, mais tellement chouette.

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1 février 2016 1 01 /02 /février /2016 19:57

http://www.essonneinfo.fr/91-essonne-info/87028

Les migrants au coeur de l’actualité

Par Féliciane Barré

Lundi 28 décembre 2015

L’année 2015 s’achève. Une année remplie en évènements tragiques mais aussi en actualités sensibles pour notre pays. Les migrants ont, d’ailleurs, eu une grande place dans les médias.

Bien que le début d’année fut calme sur ce sujet, il a pourtant beaucoup fait parler. Quel devenir pour les migrants ? Qui sont-ils ? Pourquoi viennent-ils ? Un grand nombre de questions que se posaient les essonniens avec l’arrivée des migrants en Essonne. En effet, suite au démantèlement d’un camp de migrants à Paris le 2 juin 2015, certains avaient été transférés dans des hébergements d’urgence en Essonne.

Ce ne sont pas moins de trois cent quatre vingt migrants qui avaient été séparés et redirigés vers ces hébergements sociaux. Certains d’entre eux, trente six au total, avaient été envoyés vers un hôtel dans la zone d’activité de Courcouronnes.

On pouvait y rencontrer des nigériens, des érythréens et des soudanais. Tous cherchaient un nouvel espoir en fuyant une dictature trop difficile à supporter. C’était le cas d’un jeune soudanais. Suite à ces arrivées sur le territoire de l’Essonne, les maires étaient désemparés surtout par un manque d’informations. Ces derniers s’interrogeaient notamment sur l’avenir très opaque de ces réfugiés placés dans ces hébergements d’urgence donc provisoires.

Une arrivée compliquée

Après des arrivées au mois de juin 2015, c’est au mois d’octobre que cent trente migrants sont venus sur le territoire essonnien, à Champcueil plus précisément. C’est dans un centre du Comité International de la Croix-Rouge (CICR) qu’ils ont été accueillis. C’est avant tout une histoire d’hommes perdus dans ce nouveau pays. Au-delà de toutes les polémiques autour d’eux, ce sont des personnes simples arrivées, pour la plupart, par la mer, un périple pour arriver jusqu’ici. Ils étaient à la recherche d’un nouveau départ et d’une nouvelle vie en France.

Cependant, cette arrivée s’apparente à une désillusion, notamment sur les conditions d’accueil. Mal desservi par les transports en commun, faire les démarches administratives fut un moment long et fastidieux pour ces hommes.

Après la désillusion, la colère prend le dessus. Ainsi, début novembre 2015, quelques dizaines de migrants ont manifesté pour dénoncer de mauvaises conditions d’accueil. Manque d’eau potable et manque de soutien pour entamer les démarches de demande d’asile, les migrants crient à l’aide. Suite à cette manifestation, le milieu associatif est parvenu à obtenir un rendez-vous avec la préfecture de l’Essonne, avant tout pour améliorer leur condition de vie. Les accusations par les migrants et les associations ne plaisent pas au CICR qui assure que les missions en terme de santé sont remplies et justifie que tout est très bien sur le site d’accueil.

Avis que la préfecture de l’Essonne partage puisque aucune autre proposition de site n’a été faite.

Bref, le sujet des migrants reste sensible et s’avère une source de discorde dans le milieu politique, mais également pour la population.

Que va-t-il advenir des migrants ? Quelles solutions pourront être apportées ? Autant de questions qui restent aujourd’hui sans réponses.

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1 février 2016 1 01 /02 /février /2016 19:44

http://www.revue-ballast.fr/black-panthers-pour-un-antiracisme-socialiste

Pour un antiracisme socialiste

Ce texte de Bobby Seale, cofondateur du Black Panther Party, est tiré de son ouvrage, « seize the time, the story of the Black Panther Party », paru en 1970. Nous avons traduit l'un des chapitres, dans son intégralité, le leader afro-américain y proposait un antiracisme socialiste, autrement dit, « une lutte des classes et non une lutte des races ».

Les employés et les chômeurs de toutes origines contre ceux d'en haut, la minorité possédante au pouvoir, un projet d'émancipation qui tournait le dos à tous ceux, de tous bords, qui cherchaient à « obscurcir la lutte avec des différences ethniques ».

Le Black Panther Party (BPP) n'est pas pas une organisation noire raciste, ni même une organisation raciste tout court. Nous comprenons d'où vient le racisme. Notre ministre de la défense, Huey Newton, nous a appris à comprendre que nous devions nous opposer à toutes les sortes de racisme. Le parti comprend la pénétration du racisme dans une importante part de l'Amérique blanche et il comprend que les petits cultes qui jaillissent de temps à autre dans la communauté noire ont essentiellement une philosophie noire raciste. Le BPP ne s'abaisserait pas au niveau pestilentiel d'un Ku Klux Klan, d'un suprémaciste blanc, ou à celui des organisations prétendument « patriotiques » de citoyens blancs qui haïssent les personnes noires pour la couleur de leur peau. Bien que certaines de ces organisations de citoyens blancs se dresseront pour dire « nous ne haïssons pas les personnes noires. C'est juste que nous n'allons pas laisser les noirs faire ceci et nous n'allons pas laisser les noirs faire cela », c'est une pitoyable démagogie dont la base est le vieux racisme qui rend tout tabou, en particulier le corps.

L'esprit de l'homme noir a été dépouillé par l'environnement social, celui, décadent, auquel il a été soumis pendant l'esclavage et les années qui suivirent la soi-disante proclamation d'émancipation.

Les noirs, les hispaniques, les chinois et les vietnamiens sont traités de bridés, de bougnoules, de nègres ou autres noms méprisants. Ce que le BPP a fait en substance, c'est d'appeler à une alliance et à une coalition entre tous les peuples et toutes les organisations qui veulent se mobiliser contre les structures du pouvoir. Ce sont les structures du pouvoir qui sont les porcs qui ont pillé le peuple, l'élite dominante, avare et démagogique, dont la flicaille n'est que le bras armé voué à perpétuer leur vieille escroquerie. À l'ère de l'impérialisme capitaliste mondialisé, avec cet impérialisme qui se manifeste ici aussi, en Amérique, contre beaucoup de peuples, nous trouvons qu'il est nécessaire, en tant qu'êtres humains, de s'opposer aux idées fausses du moment, telles que l'intégration. Si les gens veulent s'intégrer, et j'imagine qu'ils le feront d'ici cinquante ou cent ans, c'est leur affaire.

Mais, pour l'instant, nous faisons face au système d'une classe dirigeante qui entretient et utilise le racisme comme une clé pour maintenir son exploitation capitaliste.

Ce système utilise certains noirs, ceux qui, surtout, sortent des hautes écoles et du système de la classe des élites, parce qu'ils ont tendance à se ruer vers le racisme anti-noir, similaire au racisme du Ku Klux Klan ou des groupes de citoyens blancs. Il est évident qu'en essayant de combattre le feu par le feu, il y aura de nombreux incendies. Le meilleur moyen de combattre le feu, c'est l'eau, parce que l'eau éteint le feu. Ici, l'eau, c'est la solidarité du droit des peuples à se défendre eux-mêmes, ensemble, contre un monstre vicieux. Ce qui est bon pour lui ne peut pas être bon pour nous. Ce qui est bon pour le système capitaliste de la classe dominante ne peut pas être bon pour les masses du peuple.

Nous, le BPP, nous nous voyons comme une nation au sein d'une nation, mais pas pour une raison raciste. Nous voyons cela comme une nécessité pour pouvoir progresser comme êtres humains et pour pouvoir vivre sur terre aux côtés d'autres peuples. Nous ne combattons pas le racisme avec le racisme. Nous combattons le racisme avec la solidarité. Nous ne combattons pas le capitalisme débridé avec un capitalisme noir.

Nous combattons le capitalisme avec un socialisme fondamental. Et nous ne combattons pas l'impérialisme avec plus d'impérialisme. Nous combattons l'impérialisme avec l'internationalisme prolétarien.

Ces principes sont très fonctionnels pour le parti. Ils sont très concrets, humanistes et nécessaires. Ils devraient être compris par les masses du peuple. Nous n'utilisons pas nos revolvers, nous n'avons jamais utilisé nos revolvers pour aller dans la communauté blanche pour abattre des blancs. Nous nous défendons seulement contre quiconque, qu'il soit noir, bleu, vert ou rouge, nous attaque de manière injuste et essaie de nous assassiner et de nous tuer parce que nous mettons en œuvre nos programmes. Au bout du compte, je pense que l'on peut voir de nos pratiques antérieures que nous ne sommes pas une organisation raciste, mais un parti révolutionnaire très progressiste. Ceux qui veulent obscurcir la lutte avec des différences ethniques sont ceux qui aident et maintiennent l'exploitation des masses, les blancs pauvres, les noirs, les bruns et les indiens peaux-rouges pauvres, les chinois et les japonais pauvres, et les travailleurs en général. Le racisme et les différences ethniques permettent à la structure du pouvoir d'exploiter les masses des travailleurs dans ce pays parce que c'est la clé par laquelle ils maintiennent leur contrôle.

L'objectif de la structure du pouvoir, c'est de diviser les peuples et de les conquérir. C'est la classe dominante, la toute petite minorité, les quelques porcs et rats avares et démagogiques qui contrôlent et infestent le gouvernement.

La classe dirigeante et ses chiens de garde, ses laquais, ses lécheurs de botte, ses bons nègres et ses racistes noirs, ses nationalistes culturels, sont tous les valets de la classe au pouvoir.

Ce sont eux qui aident à maintenir et soutenir la structure du pouvoir en perpétuant leur attitude raciste et en utilisant le racisme comme un moyen pour diviser le peuple. Mais c'est réellement la classe dirigeante, qui est minoritaire, qui domine, exploite et opprime les travailleurs et les ouvriers. Nous sommes tous de la classe des travailleurs, que l'on soit employé ou au chômage, et notre unité doit se fonder sur les nécessités pratiques de la vie, de la liberté et de la poursuite du bonheur, si cela a du sens pour qui que ce soit. Cela doit reposer sur des choses pratiques telles que la survie du peuple et le droit des peuples à l'auto détermination et à faire disparaître les problèmes qui existent. Donc, en substance, il ne s'agit pas de lutte des races. Nous éduquons rapidement les gens à cela. Selon nous, c'est une lutte des classes entre la massive classe ouvrière prolétarienne et la petite minorité qu'est la classe dirigeante. Les ouvriers de toutes les couleurs doivent s'unir contre la classe dirigeante qui exploite et opprime. Donc, laissez-moi insister de nouveau, nous croyons que notre combat est une lutte des classes et non une lutte des races.

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31 janvier 2016 7 31 /01 /janvier /2016 17:07

http://www.socialisme-libertaire.fr/2015/01/il-y-a-110-ans-janvier-1905-la-mort-de-louise-michel-combattante-de-la-commune.html

http://www.lutte-ouvriere-journal.org/2015/01/14/il-y-110-ans-janvier-1905-la-mort-de-louise-michel-combattante-de-la-commune_36183.html

Hommage à Louise Michel, combattante de la Commune de Paris

Mercredi 14 Janvier 2015

Il y a cent dix ans, le 9 janvier 1905, mourait Louise Michel, une femme qui pendant longtemps a incarné la Commune de Paris et toute une tradition révolutionnaire du mouvement ouvrier français.

Elle était née le 29 mai 1830 au château de Vroncourt, en Haute Marne. Fille d'une domestique et du père d'une famille de la petite noblesse, les Demahis, pour laquelle sa mère travaillait, elle était une enfant naturelle, comme on le disait à l'époque. Cela ne l'empêcha pas de bénéficier d'une éducation humaniste, les Demahis étant républicains et pénétrés des idées des Lumières.

Quand ceux-ci moururent à la fin des années 1840, le château fut vendu et Louise Michel dut gagner sa vie. Dans ses Mémoires, en 1885, elle a raconté comment elle fut très tôt choquée par l'injustice.

En 1850, Louise Michel passa un diplôme pour devenir institutrice. Elle allait se préoccuper toute sa vie de l'éducation, en particulier de celle des jeunes filles de milieu populaire. Refusant de prêter serment à l'empereur Napoléon III, elle ouvrit une école privée en Haute-Marne. Confrontée à la misère de la région, elle écrivit au préfet afin « de créer un bureau de bienfaisance, créer des chantiers et des ateliers publics, car le pain manque ». Venue à Paris à partir de 1855 pour combattre l'Empire, elle collabora aux journaux de l'opposition républicaine à Napoléon III.

Institutrice républicaine, communarde puis déportée

Louise Michel devint également une féministe, indignée par les nombreuses injustices faites aux femmes. Elle devint proche de blanquistes comme Emile Eudes et Raoul Rigault, mais aussi d'Eugène Varlin, militant de l'Association Internationale des Travailleurs (AIT), à laquelle elle adhéra peut-être. En novembre 1870, après la chute du second Empire, elle fut élue présidente du comité républicain de vigilance des citoyennes du dix huitième arrondissement de Paris.

À partir du 18 mars 1871, elle participa à la Commune de Paris en tant que propagandiste, ambulancière, membre du comité de vigilance de Montmartre mais aussi garde au soixante et unième bataillon, dans lequel elle participa à la marche sur Versailles et aux combats d'Issy et de Clamart. Pendant la semaine sanglante du 21 au 28 mai 1871, elle fut parmi les derniers combattants sur la barricade de la chaussée Clignancourt.

Louise Michel se livra aux versaillais en échange de sa mère Marianne, qui avait été arrêtée à sa place. Lors de son procès, en décembre 1871, après avoir tenu tête à ses accusateurs, elle fut, comme des milliers d'autres, condamnée à la déportation en Nouvelle-Calédonie, où elle arriva en décembre 1873. N'abandonnant pas ses idées, elle y organisa des conférences, fit quelques études pour la société nationale de géographie et surtout fut une des rares déportées à sympathiser avec les kanaks et à soutenir leur révolte de 1878 contre l'oppression coloniale, alors que de nombreux communards participaient à la répression, en échange d'une remise de peine.

Militante anarchiste et internationaliste

Louise Michel fut rapatriée en 1880 à la faveur d'une amnistie générale. Le mouvement ouvrier français avait été laminé par la répression de la Commune de Paris, un massacre sans précédent. Louise Michel représenta alors, avec quelques autres, l'héritage de la Commune et la continuité du mouvement ouvrier. Devenue anarchiste au début des années 1880, ce fut également une militante de l'égalité. « Ce n'est pas une miette de pain, c'est la moisson du monde entier qu'il faut à la race humaine, sans exploiteur et sans exploité », écrit-elle par exemple. Elle continua son combat et fit plusieurs séjours dans les prisons de la troisième république, parfois de quelques mois, parfois de plusieurs années.

En janvier 1882, elle est condamnée à quinze jours de prison pour outrage à agent. En juin 1883, elle est de nouveau condamnée après une manifestation de chômeurs qui avait rassemblé quinze mille personnes aux cris de « du travail ou du pain » et avait été suivie du pillage de quelques boulangeries. En 1886, elle est condamnée à quatre mois de prison pour un discours prononcé lors d'un meeting de soutien aux mineurs de Decazeville.

Louise Michel dénonce la politique d'expansion coloniale qui bat son plein dans les années 1880, « le gouvernement n'a plus d'abattoirs à Paris, comme en 1871, mais il les a à Madagascar et au Tonkin ». En 1890, elle participe à la campagne de propagande, décidée par l'Internationale ouvrière, en vue de la préparation du premier mai.

Oratrice et conférencière inépuisable, elle se déplace en France, en Belgique, aux Pays-Bas et en Grande-Bretagne où elle se réfugie quelque temps, comme de nombreux autres anarchistes.

Elle écrit abondamment. En 1896, elle participe au congrès international socialiste de l'internationale ouvrière à Londres, elle soutient, après des hésitations, la cause des attentats anarchistes en France qui, entre 1892 et 1894, visent différentes personnalités et dont l'un tue le président de la république Sadi Carnot. Elle fait l'objet de campagnes haineuses de la presse.

Lors de l'affaire Dreyfus, elle s'engage finalement pour le capitaine, victime de l'antisémitisme de la hiérarchie militaire.

C'est au cours d'une tournée de meetings que Louise Michel meurt à Marseille. Ses funérailles, le 21 janvier 1905, de la Gare de Lyon à Paris au cimetière de Levallois, rassemblent une foule de quelque cent vingt mille personnes qui rendent ainsi hommage à la révoltée, à la militante internationaliste et à la combattante résolue du mouvement ouvrier.

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31 janvier 2016 7 31 /01 /janvier /2016 16:37

http://www.aurdip.fr/lettre-du-cicup-au-president-de-la.html

Lettre ouverte du Collectif Inter universitaire pour la Coopération avec les Universités Palestiniennes (CICUP) au président de la république française sur la situation alarmante dans les universités palestiniennes

Par Roland Lombard, président du CICUP

Mardi 19 Janvier 2016

Dans la nuit du Dimanche 10 Janvier au Lundi 11 Janvier 2016, l’armée israélienne a effectué une incursion d’une grande violence sur le campus de l'université de Bir Zeit, quinze chars et blindés ont envahi et saccagé des locaux, détruit tout un matériel informatique et vidé systématiquement des armoires. Le CICUP dénonce avec force cette opération inadmissible qui s’inscrit dans la politique du gouvernement israélien d’entraver la formation des étudiants et, plus généralement, de terrifier le peuple palestinien et de l’étouffer en multipliant les obstacles à son développement économique et en encourageant la main mise sur ses ressources en eaux et en terres et la poursuite de la colonisation.

Les palestiniens subissent depuis des mois les harcèlements de colons, militarisés, nouvellement installés en Cisjordanie. Le nombre de morts, de blessés et d’emprisonnements croît de manière inquiétante. Le manque de perspective d’une vie normale, le désespoir et le chômage, poussent la jeunesse palestinienne à des gestes, certes, regrettables mais compréhensibles, compte tenu du climat de répression et de terreur entretenu par le gouvernement d’Israël. Faut-il rappeler, d’autre part, le blocus de la bande de Gaza et les ravages qu’il produit sur une population de près de deux millions d’habitants ?

Il est inadmissible que cette situation perdure sans réaction de la communauté internationale et en particulier de notre pays. C’est pourquoi nous vous demandons d’agir dans les plus brefs délais pour que la France exige d’Israël le respect du droit international et du droit humanitaire, conformément aux engagements qu’il a pris lors de son entrée dans l’Organisation des Nations Unies (ONU) et que la France, enfin, reconnaisse l'état de Palestine dans les frontières de 1967 avec, comme capitale, la partie orientale de Jérusalem.

Cette lettre sera communiquée à diverses personnalités dont Laurent Fabius et Elisabeth Guigou.

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31 janvier 2016 7 31 /01 /janvier /2016 16:00

http://www.revolutionpermanente.fr/Succes-des-mobilisations-contre-l-etat-d-urgence-partout-en-France

Succès des mobilisations contre l’état d’urgence partout en France

« Etat d’urgence, état policier, on ne nous empêchera pas de manifester ». Le slogan a résonné un peu partout en France, Samedi 30 Janvier 2016, dans les quelque soixante-dix manifestations et rassemblements contre l’état d’exception que le gouvernement de François Hollande et de Manuel Valls voudrait prolonger de trois mois supplémentaires, à la fin du mois de février 2016. A Paris, malgré une pluie battante, vingt mille personnes ont défilé entre la place de la République et la place du Palais Royal pour faire entendre leur opposition aux mesures gouvernementales. Est ce le début d’une contre-offensive sur le terrain des libertés démocratiques et contre la politique répressive de François Hollande et de Manuel Valls ?

Partout, des rassemblements et des manifestations ont été organisés à l’appel du collectif « nous ne céderons pas », conduit par la Ligue des Droits de l’Homme (LDH), et du collectif « stop état d’urgence ». En dépit d’une météorologie généralement pluvieuse, trois cent personnes à Brest, près de deux mille personnes à Toulouse ou encore vingt mille personnes à Paris, partout la mobilisation a été un succès, d’autant plus qu’il s’agissait du premier appel national. A Paris, après la manifestation interdite du Dimanche 22 Novembre 2015 et celle du Dimanche 29 Novembre 2015 qui avait vu l’arrestation de plus de trois cent militants, la préfecture n’a pas opposé d’interdiction de manifester à la déclaration déposée par les organisateurs.

L’état d’urgence continue à être appuyé, selon les derniers sondages, par une majorité de français. Cela est tout autant dû à l’effet de sidération qui a suivi les attentats abominables du mois de novembre 2015 qu’à la propagande officielle, des Républicains et du Front National, relayée par les médias, mais également à l’absence d’une opposition structurée aux mesures d’exception jusqu’à présent. C’est désormais chose faite, avec la multiplication de prises de position, y compris au sein de ce bloc social qui a porté François Hollande à la présidence de la république en 2012.

A gauche, au sein de la LDH, du Syndicat de la Magistrature ou du monde associatif relié, de près ou de loin, au Parti Socialiste, les mesures gouvernementales ne font plus seulement crisser des dents, mais réagir. C’est ce dont attestaient les cortèges du Samedi 30 Janvier 2016 où l’on pouvait voir une forte participation syndicale et associative, avec une présence remarquée dans le cortège parisien des fédérations de Paris et des Yvelines de la Confédération Générale du Travail (CGT), mais également politique, Parti Communiste Français (PCF), Parti de Gauche, Europe Ecologie Les Verts (EELV), Ensemble, Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA) et Parti Ouvrier Indépendant et Démocratique (POID), Lutte Ouvrière étant aux abonnés absents, comme lors des manifestations de la fin du mois de novembre 2015. Chose intéressante, cependant, la présence de nombreux manifestants non encartés ou non organisés venus dire leur désaccord profond avec les mesures d’exception. « Nous sommes à la CGT mais nous ne sommes pas militants », disaient Romain et Sylvie, présents à la manifestation parisienne. « Avec plusieurs collègues, nous sommes venus aujourd’hui alors que, au mois de novembre 2015, nous ne savions pas trop quoi penser de l’état d’urgence. C’était aussi sans compter sur l’histoire des huit de Goodyear qui a fait comme un électrochoc pour beaucoup ».

La décision du conseil d'état de balayer d’un revers de la main la requête de suspension de l’état d’urgence déposée par la LDH, Mardi 26 Janvier 2016, n’a pas que peu contribué à la mobilisation dans les secteurs de gauche modérée, partie-prenante du collectif « nous ne céderons pas ». « Je ne suis pas un gauchiste », tenait à souligner Robert, encarté à la fédération de Paris de la LDH, « depuis l’arrivée au pouvoir de François Mitterrand », précise-t-il. « Mais là, trop c’est trop. La déchéance de la nationalité, cela me fait penser à Philippe Pétain. J’ai honte ».

A Paris comme ailleurs dans les mobilisations dans l'hexagone, les manifestants ne se sont pas privé de brocarder les mesures d’exception nous « assignant à résistance », mais également le racisme institutionnel et l’islamophobie ainsi que la guerre menée par l'exécutif en Iraq et en Syrie qui, non seulement ne règle rien au problème de l'Etat Islamique, mais l’alimente. A cela, il fallait rajouter la question de la criminalisation du mouvement social, avec les huit de Goodyear comme symbole, présents dans tous les esprits.

Au cours de la manifestation, Jean-Luc Mélenchon a déclaré qu’il « reste d’autres recours contre l’état d’urgence » après le rejet par le conseil constitutionnel de la demande de la LDH de levée de la mesure, dont « des actions parlementaires ». Jusqu’à présent, les députés, à de très rares exceptions près, se sont surtout caractérisés par leur propension à être au garde-à-vous, y compris parmi les « frondeurs » et la gauche radicale. Mais la question de la levée de l’état d’urgence, qui est une déclaration de guerre interne contre les libertés démocratiques, avec des conséquences extrêmement graves sur le plan des libertés individuelles et la criminalisation du mouvement social, dépendra avant tout de notre capacité à créer un rapport de force, à contre-courant de la soi-disant « opinion publique » qui serait du côté de François Hollande et de Manuel Valls. C’est bien en construisant partout où cela est possible des comités contre l’état d’urgence, contre la guerre et contre la répression, mais également en posant la question d’une nouvelle journée d’action contre l’état d’exception, qu’il sera possible de faire reculer le gouvernement. Le prochain rendez-vous sera autour de la journée en solidarité avec les huit de Goodyear, Jeudi 4 Février 2016, dont la condamnation n’est pas étrangère au climat ultra-répressif actuel et au tournant autoritaire du gouvernement.

Structurer et faire converger au niveau local, dans les universités, les lycées et même les entreprises, les bagarres contre l’état d’urgence, la déchéance de la nationalité, l’impunité policière, le racisme, l’islamophobie, la guerre et la répression du mouvement social, pourrait être un horizon atteignable. Le succès des mobilisations du Samedi 30 Janvier 2016 en témoigne. Pour ce qui est de la détermination du gouvernement à poursuivre dans sa fuite en avant autoritaire, elle nous oblige à chercher à structurer toutes ces résistances et à les coordonner.

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31 janvier 2016 7 31 /01 /janvier /2016 15:10

http://www.liberation.fr/planete/2016/01/29/alep-le-tourment-decisif-des-frappes-russes_1429924

Le tourment décisif des frappes russes

Par Luc Mathieu, envoyé spécial de Libération à Gaziantep

Vendredi 29 Janvier 2016

La plus grande ville syrienne, qui n’est plus qu’un champ de ruines, risque d’être assiégée par l’armée du régime et ses alliés.

Que restera-t-il d’Alep ? En restera-t-il seulement quelque chose, sinon des ruines et des quartiers ravagés ? Alep, la plus grande ville de Syrie, est en guerre depuis quatre ans. Dévastée par les combats entre rebelles et soldats du régime, elle est aujourd’hui bombardée par l’aviation russe et risque d’être assiégée par les forces de Bachar al-Assad et leurs alliés. « Les russes frappent plusieurs fois par jour, aussi bien à Alep que dans les campagnes du nord, jusqu’à la frontière turque. C’est un rythme jamais vu depuis le début de la guerre », dit Saqr Ali al-Khadr, membre d’une Organisation Non Gouvernementale (ONG) syrienne rencontré à Gaziantep, dans le sud de la Turquie.

La situation dans la région d'Alep

Les rebelles sont entrés à l’été 2012 dans Alep. Ils ont rapidement pris le contrôle de la moitié de la ville. Les combats n’ont jamais cessé depuis. Durant près de deux ans, l’aviation syrienne a largué des milliers de barils d’explosifs, visant délibérément les civils. Mais les lignes de front sont restées globalement figées.

Dans la périphérie, après des affrontements entre rebelles et jihadistes de l’Etat Islamique à la fin 2013, les positions n’ont guère évolué. Mais depuis deux mois, les lignes bougent. Les troupes syriennes, alliées à des combattants du Hezbollah libanais, des miliciens chiites irakiens et des conseillers iraniens, tentent d’encercler les faubourgs de la ville. Précédés par les bombardements russes, ils s’en approchent. Ils progressent depuis le sud et l’est. L’étau n’est pas refermé, mais les rebelles ne tiennent plus que la périphérie nord-ouest.

« Franchement, si cela continue à ce rythme, on ne peut plus exclure qu’Alep soit bientôt encerclé. Ce serait catastrophique, plus d’un million de civils seraient piégés », explique le conseiller politique d’un groupe de l’Armée Syrienne Libre (ASL), opposée au régime. « Depuis trois ans, on répète que les rebelles vont finir par prendre le contrôle total d’Alep. Mais ce n’est jamais arrivé. Cette fois, c’est l’inverse qui risque de se produire. Si jamais Alep est assiégé et repris par le régime, c’en est fini de la révolution », ajoute un diplomate occidental.

La bataille se joue en réalité dans toute la région au nord de la ville. Les rebelles appartiennent en majorité à des groupes locaux, issus de l’ASL, la branche modérée de l’opposition, celle dont le régime et les responsables russes nient l’existence, estimant que la rébellion n’est que « terroriste ». Les salafistes d’Ahrar al-Sham sont également présents. Les jihadistes du Front al-Nusra, la branche syrienne d'al Qaeda, viennent quant à eux d’envoyer des renforts. Tous font face à trois de leurs ennemis, le régime, l'Etat Islamique et les kurdes des unités de protection du peuple (YPG), le pendant syrien du parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), actif en Turquie. « Oui, sans aucun doute, on peut dire que la situation est complexe », dit en souriant le conseiller de l’ASL. Il ne sourit plus quand il ajoute, « ils visent avant tout les groupes de l’ASL parce que nous sommes les plus faibles. Ils veulent nous éradiquer ».

Les combats sont quotidiens. Ils alternent d’un front à l’autre, forçant les rebelles à se regrouper avant de se défaire pour rejoindre une autre position. La coalition intervient rarement, ne bombardant que si l'Etat Islamique risque de s’emparer d’une ville. L’enjeu est pour l’instant de contrôler la route qui relie Azzaz, près de la frontière turque, à Alep.

Aidées par des frappes russes, les forces loyalistes attaquent cette zone stratégique par le sud, les kurdes par l’ouest. Ces derniers se sont alliés à quelques groupes arabes, sous la bannière du Front Démocratique Syrien (FDS). « C’est une blague, les arabes ne représentent rien, c’est une façade pour faire croire aux occidentaux que les kurdes sont prêts à créer une force pluraliste. En réalité, ce sont eux qui ont les hommes et les armes. Et ce sont eux qui prennent les décisions », dit le conseiller de l’ASL.

Depuis le début de la guerre en Syrie, les kurdes n’ont jamais dévié de leur objectif, unifier leurs territoires, dont une partie jouit déjà d’une autonomie de fait. Ils doivent donc conquérir Azzaz, seul moyen pour relier Afrine, à l’ouest, aux villes kurdes qui jouxtent la frontière irakienne, à l’est. Ce plan ulcère la Turquie, qui rejette violemment l’idée d’un Kurdistan syrien agrégé le long de sa frontière.

Pour le contrecarrer, Ankara mise sur la création d’une « zone de sécurité » contrôlée par des rebelles aux portes de la Turquie. Selon ses estimations, celle-ci serait longue d’une centaine de kilomètres, entre Azzaz et Jarablous, et large d’une trentaine. Sauf qu’aujourd’hui, une partie de cette zone est sous l’emprise de l'Etat Islamique. Les turcs s’appuient sur les groupes syriens qu’ils financent et arment, tels les turkmènes de Sultan Mourad. Ils effectuent aussi parfois des tirs d’artillerie lourde depuis la Turquie. Après plusieurs revers, les rebelles ont repris l’initiative.

En trois semaines, ils ont reconquis une dizaine de villages à l'Etat Islamique et se rapprochent de leur fief de Manbij. Avant de se retirer, les djihadistes avaient pris soin d’empiler des cadavres décapités de combattants de l’ASL à l’entrée de plusieurs villages, les têtes étaient regroupées un peu plus loin. L'Etat Islamique est également ciblé par le régime et ses alliés.

Eux progressent depuis le sud d’Alep et la base militaire de Kuwaires, dont ils ont brisé le siège imposé par les jihadistes. Ils avancent désormais vers al Bab, autre place forte de l'Etat Islamique.

Ces plans, qu’ils soient turcs, kurdes, rebelles ou loyalistes, n’ont rien d’inédit. Ils sont à l’œuvre, au moins en partie, depuis 2013. Mais ils sont démultipliés par l’implication de la Russie. Après s’être attaquée à Homs et Lattaquié, les positions rebelles qui menaçaient le plus la survie du régime, aux alentours de Damas, l’aviation russe a basculé vers le nord. Mais les objectifs de la Russie ne sont pas que militaires. Même si les quartiers généraux de la rébellion à Alep ont été visés ces dernières semaines, les cibles sont avant tout civiles.

Le matin du 11 janvier 2016, trois écoles de la petite ville d’Ain Jara, à l’ouest d’Alep, ont été bombardées par des chasseurs russes. Au moins vingt enfants ont péri, selon l’ONG Spirit Humanity. Le 22 janvier 2016, un missile a explosé sur le marché de Bab al-Hawa, à la frontière turque, tuant au moins dix civils. « Les russes ciblent les hôpitaux, les boulangeries et les écoles. Ils veulent faire fuir les civils », explique Jamal Djneid, responsable des affaires internationales du conseil du gouvernorat d’Alep libre. Ces accusations n’émanent pas que d’humanitaires ou de rebelles syriens. Selon nos informations, l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) a créé une base de données qui recense les frappes russes sur les hôpitaux depuis septembre 2015. Seules celles de sources choisies et recoupées sont analysées.

D’après un diplomate qui a accès à cette base, un modèle se dégage, « les données montrent qu’avant chaque offensive du régime, l’aviation russe bombarde les hôpitaux. Ce sont des frappes extrêmement précises, qui ne visent pas les bâtiments d’à côté. Ils vont jusqu’à détruire les générateurs qui les alimentent en électricité, ce qui prouve au passage que les russes sont particulièrement bien renseignés. L’idée est de démotiver les rebelles en leur faisant comprendre qu’ils ne seront pas soignés s’ils sont blessés ». Le diplomate confirme également la volonté de pousser à l’exode les civils qui vivent dans des zones rebelles, « les bombardements annihilent toute capacité à fournir des services de base à la population, l’éducation, l’accès aux soins, mais aussi l’approvisionnement en eau, en électricité et en essence. Ils veulent que les villes sous contrôle de l’opposition soient ingouvernables. Ils font cela de manière systématique ». Cette stratégie menace de faire s’effondrer Alep. Les civils qui vivent dans la zone rebelle manquent de tout. Les prix ont explosé. Celui du kilogramme de pommes de terre a été multiplié par sept, une bouteille de gaz coûte environ cinquante dollars, près de quarante six euros. Alors que l’hiver s’est installé et que la neige commence à tomber, les habitants ne parviennent que très rarement à trouver du fuel pour alimenter les poêles.

« Nous avions mis en place un approvisionnement via l’Etat Islamique, ce sont les seuls qui pouvaient nous fournir. Mais comme les russes bombardent les camions-citernes, nous faisons venir le fuel avec des voitures. Forcément, cela ne suffit pas. Les habitants en sont réduits à couper les arbres qu’il reste pour se chauffer », explique Jamal Djneid.

Pour éviter les bombardements, les rares hôpitaux de fortune ont été installés dans des sous-sols, tout comme les écoles. Depuis le début des frappes russes, environ deux cent mille habitants d’Alep, essentiellement du sud de la ville, ont fui. Plusieurs milliers d’autres se massent dans les environs d'al Bab depuis une semaine. Mais ils ne peuvent rejoindre la Turquie, où plus de deux millions deux cent mille syriens les ont précédés. Depuis trois mois, la frontière est fermée, sauf dérogation. Les passages clandestins sont possibles mais très risqués, les soldats turcs n’hésitent pas à tirer à vue, et chers, entre cent et cinq cent dollars. « En réalité, les civils syriens sont piégés. Ils n’ont d’autre choix que de se déplacer au gré des combats, de passer d’une zone bombardée à une autre plus sûre, jusqu’à ce qu’elle aussi soit bombardée. C’est impossible de mettre en place une véritable aide humanitaire », explique Jamal Djneid.

La nouvelle offensive du régime syrien et de l’armée russe pousse jusqu’aux habitants des quartiers d’Alep contrôlés par le gouvernement à s’enfuir. Yasser, vingt huit ans, vient d’arriver à Gaziantep, en Turquie. Il vivait jusque-là à al Furqan, à côté de l’université d’Alep, où il travaillait comme employé administratif. Il ne s’est jamais impliqué ni dans la guerre ni dans les manifestations qui l’ont précédée. Il décrit les rues désertées après les tirs de mortier des rebelles, les patrouilles de miliciens irakiens et libanais, les rackets des moukhabarats, les forces de sécurité du régime, et les prix qui ne cessent d’augmenter, « la vie était très dure, de plus en plus dure, même. Mais je tenais, malgré mon salaire de cinquante dollars par mois. J’ai pensé un moment m’exiler, l’un de mes cousins est en Suède, avant de renoncer. Je n’ai pas envie d’attendre des papiers durant des mois sans pouvoir travailler ».

Mais en septembre 2015, lorsque la Russie a lancé son intervention, il s’est résolu à l’exil. Il a économisé avant de rejoindre Tripoli, au Liban, puis de prendre un bateau pour la Turquie, « il n’y a qu’à voir ce que les russes ont fait en Afghanistan et en Tchétchénie. Ce n’est plus possible d’espérer que cette guerre s’achève ».

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30 janvier 2016 6 30 /01 /janvier /2016 20:37

http://www.plateforme-palestine.org/RSF-s-inquiete-de-la-detention-administrative-d-un-journaliste-palestinien

Reporters Sans Frontières (RSF) s’inquiète de la détention administrative d’un journaliste palestinien

Communiqué de RSF

Vendredi 15 Janvier 2016

RSF s’inquiète du placement en détention administrative du journaliste palestinien Mohammed al Qiq. Ce dernier a été arrêté le 21 novembre 2015 par les autorités israéliennes et a entrepris une grève de la faim. Mardi 12 Janvier 2016, il a été traité de force par intraveineuse. Comme d’autres prisonniers avant lui, Mohammed al Qiq risque à son tour d’être nourri de force, une pratique considérée comme un traitement inhumain et dégradant et légalisée par les autorités israéliennes depuis le 30 juillet 2015.

Le correspondant de la chaîne saoudienne islamique al Majd, Mohammed al-Qiq, trente trois ans, a été arrêté par des forces de sécurité israéliennes le 21 novembre 2015 à son domicile à Ramallah et mis en détention administrative le 20 décembre 2015 pour une durée de six mois.

Accusé, sans, pour l’heure, qu’aucun chef d’inculpation officiel n’ait été délivré, d'incitation à la violence, les autorités israéliennes ont attaqué son domicile, l’ont brutalement questionné avant de l’arrêter et de confisquer son matériel électronique. Le journaliste, qui proteste contre son arrestation, est en grève de la faim depuis plus de cinquante jours. Dans un état de santé jugé critique, il a été transféré vers l’hôpital d’Afula.

RSF s’inquiète non seulement des conditions de détention du journaliste Mohammed al Qiq, mais également des circonstances obscures de son arrestation. Bien que l’organisation ne soit pas en mesure de vérifier les motifs qui ont conduit à son interpellation, l’absence de charges officielles et l’opacité de la procédure conduisent RSF à demander aux autorités israéliennes de relâcher le journaliste ainsi qu’une enquête transparente et impartiale.

La détention administrative, prévue par le droit israélien, autorise l’incarcération d’un individu sans passer par un juge.

Seul entre en ligne de compte le supposé risque pour la sécurité d’Israël.

La femme de Mohammed al Qiq, Fayha Chalach, a expliqué à RSF que son mari avait été largement interrogé sur son métier de journaliste lors de son arrestation par les forces de sécurité. Elle affirme qu’il a subi de mauvais traitements en détention, sans pouvoir accéder pleinement à un avocat.

Le frère du reporter, Islam al Qiq, en contact avec RSF, a déclaré que ce dernier a été interpellé sans raison valable, sinon celle d’exercer son métier. « Il s’intéressait à la situation politique en Cisjordanie, il couvrait les affrontements entre soldats israéliens et palestiniens et il livrait des analyses de l’actualité ».

Mohammed al Qiq travaille depuis six ans pour la chaîne saoudienne. Il a déjà été arrêté par les autorités israéliennes en 2003 et en 2004. Il a par ailleurs été condamné à seize mois de prison en 2008 pour son militantisme au sein d’un conseil étudiant de son université, soupçonné d’avoir des liens avec le Hamas.

Dans les rues de Ramallah, mais aussi sur les réseaux sociaux, une campagne de soutien a été organisée par le média al Majd et des confrères du reporter, membre du syndicat des journalistes palestiniens.

Cet incident intervient dans un climat particulièrement tendu entre palestiniens et israéliens.

Depuis le début des violences, en septembre 2015, RSF a dénombré trois fermetures de médias palestiniens et au moins cinquante cas de journalistes agressés, dont certains volontairement visés par l’armée israélienne.

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30 janvier 2016 6 30 /01 /janvier /2016 20:24

Ankara accuse Moscou d’avoir encore violé son espace aérien (Reuters)

Un chasseur russe Soukhoï Su-34 est entré illégalement dans l'espace aérien turc Vendredi 29 Janvier 2016 malgré plusieurs avertissements, a annoncé Samedi 30 Janvier 2016 le ministère turc des affaires étrangères qui a convoqué l'ambassadeur de Russie à Ankara.

A la suite de ce nouvel incident, le président turc Recep Tayyip Erdogan a déclaré qu'il voulait rencontrer son homologue russe Vladimir Poutine.

Le secrétaire général de l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN), Jens Stoltenberg, a pour sa part demandé à Moscou de « prendre toutes les mesures nécessaires » pour que l'espace aérien de l’OTAN soit respecté.

« Un appareil de combat russe a violé Vendredi 29 Janvier 2016 l'espace aérien turc malgré les avertissements répétés des autorités turques. De précédents incidents de ce type ont montré combien ce comportement était dangereux », a-t-il déclaré dans un communiqué.

« Je demande à la Russie d'agir avec responsabilité et de respecter totalement l'espace aérien de l’OTAN. La Russie doit prendre toutes les mesures nécessaires pour assurer que de telles violations ne se reproduisent pas ».

Dans un communiqué, le ministère turc des affaires étrangères affirme que cette nouvelle violation démontre que Moscou veut envenimer les relations entre les deux pays, qui s'opposent notamment dans le conflit syrien.

La Turquie a abattu au mois de novembre 2015 un bombardier Soukhoï Su-24 en l'accusant d'avoir empiété sur son espace aérien pendant une opération en Syrie, provoquant une grave crise diplomatique et des sanctions commerciales russes en représailles.

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30 janvier 2016 6 30 /01 /janvier /2016 17:00

http://www.lemonde.fr/idees/article/2016/01/29/assigne-a-residence-injustement-j-ai-peur-que-de-telles-sentences-ne-sement-le-ressentiment_4855716_3232.html

Assigné à résidence injustement, j’ai peur que de telles sentences ne sèment le ressentiment

Pour la première fois depuis la mise en place de l’état d’urgence, Samedi 14 Novembre 2015, le conseil d'état a suspendu, Vendredi 22 Janvier 2016, un arrêté d’assignation à résidence. Il visait Halim Abdelmalek, assigné depuis Dimanche 15 Novembre 2015 à Vitry-sur-Seine, dans le Val de Marne, soupçonné par le ministère de l’intérieur d’avoir fait des repérages autour du domicile d’un membre de l’équipe de Charlie Hebdo, d’appartenir « à la mouvance islamiste radicale » et d’avoir été « mis en cause » dans une affaire de trafic de véhicules. Trois motifs pour lesquels le conseil d'état a considéré que le ministère de l’intérieur n’a pas pu prouver les faits reprochés.

Moi, Halim Abdelmalek, j’ai été assigné à résidence pendant deux mois, accusé à tort d’avoir fait des repérages autour du domicile d’un journaliste de Charlie Hebdo le 13 mai 2015, d’appartenir à la « mouvance islamiste radicale » et d’avoir été mis en cause dans une affaire de trafic de véhicules. Vendredi 22 Janvier 2016, le conseil d'état a suspendu cette assignation, une première depuis la mise en place de l’état d’urgence. Je suis fier de l’incarner, elle m’oblige à m’exprimer.

Lorsque l’on m’a injustement privé de ma liberté de me déplacer et regardé comme un danger pour mon pays, j’ai éprouvé un sentiment mêlé d’amertume et d’impuissance que je veux aujourd’hui chasser.

D’amertume, parce que j’ai toujours adhéré aux valeurs de mon pays, la France, que mes enfants y sont nés et que j’y exerce ma profession de gérant de société avec fierté. Je n’ai jamais cherché à encourager autre chose que des valeurs humanistes, en réservant ma pratique de la religion à ce qu’elle doit être, intime et tolérante. Je fais simplement partie de cette majorité de musulmans en paix avec sa religion et avec son pays. Me voir reprocher d’appartenir à la « mouvance islamiste radicale » m’a été plus insupportable encore que de perdre ma liberté de mouvement.

J’ai eu le tort, le 13 mai 2015, d’attendre mon épouse sur mon scooter et de l’appeler pour savoir où elle se trouvait.

J’ignorais que je me trouvais à proximité du domicile d’un des responsables de Charlie Hebdo, dont j’ai partagé, comme tous les français, je me sens obligé de le dire, la douloureuse peine.

Français au même titre que les autres mais accusé injustement d’être une menace, j’ai dû faire face aux pires soupçons. Jamais je ne pourrai oublier certains regards suspicieux. Moi aussi je condamne le terrorisme, bien sûr, mais je rêve du jour où les français musulmans seront dispensés de le faire.

Des échanges violents

Devant le conseil d'état, les deux audiences se sont déroulées de façon surréaliste. Ma liberté dépendait exclusivement des notes blanches produites par les services de renseignement, c’est-à-dire anonymes et non sourcées, sans aucun autre élément, si ce n’est des photographies sur lesquelles j’apparaissais en train d’attendre mon épouse à deux pas de l’appartement de ma mère. Les échanges ont été violents. Nous devions, avec mes avocats, renverser le soupçon qui faisait de moi une « menace à l’ordre public », contre une représentante du ministère de l’intérieur qui campait sur ses positions en se réfugiant derrière les notes blanches.

D’impuissance ensuite, parce que l’assignation à résidence est une décision qui tombe de très haut sans prévenir. Il faut trouver l’énergie de la contester en ayant le sentiment de s’attaquer à Goliath, à l'état. C’est aussi préparer sa défense en ne pouvant pas quitter son domicile, en devant pointer au commissariat trois fois par jour, parmi les délinquants et les criminels, et en expliquant à ses enfants pourquoi papa est maintenant « tout le temps-là », c’est passer plusieurs nuits en garde à vue parce que vous êtes arrivé en retard de quinze minutes après avoir pourtant prévenu le commissariat.

J’ai supporté en silence, en pensant à ma famille et en tirant ma force de mes valeurs. J’ai fait confiance à mes avocats, William Bourdon et Vincent Brengarth, auxquels je tiens à rendre hommage.

Sans que je me l’explique, la suspension de mon assignation m’a réconcilié avec moi-même. Mon attachement aux valeurs de la France est encore plus fort qu’avant. Je n’en veux à personne, mais j’ai peur. Peur car cette décision aurait pu remettre en cause mes convictions, car le ressentiment aurait pu l’emporter et car de telles sentences peuvent nous monter les uns contre les autres. Tout le monde n’a pas la force de résister. J’ai peur pour ces milliers de jeunes que de telles décisions ont pour effet de stigmatiser. J’ai peur pour les autres assignés à résidence. L'état doit veiller à ne pas se faire des ennemis dans son propre camp et à ne pas faire de l’immigré et du musulman, un bouc émissaire.

Je ne cherche pas à revendiquer le fait d’être musulman, mais il m’est difficile de croire que cette assignation est sans lien avec ma religion. Une démocratie telle que la France ne peut discriminer de façon arbitraire au prétexte qu’elle lutte contre le terrorisme et que les terroristes prétendent agir au nom du coran. De telles décisions favorisent l’amalgame entre musulmans et terroristes. Les millions de musulmans français condamnent le terrorisme. Ils ne devraient pas avoir à le faire. Les terroristes ne sont les représentants que d’eux-mêmes.

Des décisions arbitraires

C’est pour ces raisons que j’écris aujourd’hui, non seulement parce que j’en ai besoin, mais aussi parce que je veux à tout prix que de telles injustices cessent.

Demain, je retournerai à ma vie d’avant en espérant avoir, à ma modeste échelle, contribué à l’échange pour permettre le vivre-ensemble. Je ne demande pas plus. Aujourd’hui, je lance un cri citoyen. Que mon cas nous alerte sur les conséquences de décisions arbitraires, qu’il nous rappelle ce que nous voulons être et ceux contre lesquels nous devons vraiment nous battre. Montrons au reste du monde que nous sommes toujours debout et plus que jamais unis.

J’ai toujours cru que la France était le pays des libertés et que la diversité en faisait la force. Pensons aux blessures que de telles décisions infligent, à l’après état d’urgence et à tout ce que nous devrons reconstruire. Lutter contre le terrorisme n’est pas tout, évitons de nous déshumaniser. Le terrorisme ne doit pas nous diviser, sauf à lui accorder la plus belle des victoires.

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