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7 décembre 2015 1 07 /12 /décembre /2015 20:18

DE GUY MOLLET A FRANCOIS HOLLANDE

Siné Mensuel publiait au mois d’octobre 2015 une interview de Philippe Corcuff dont le titre était « la gauche radicale en pleine confusion ».

Après les résultats du premier tour des élections régionales, Philippe Corcuff écrivait un post scriptum à cette interview.

Vous trouverez ci-dessous le post scriptum de Philippe Corcuff et son interview du mois d’octobre 2015 est disponible en intégralité si vous consultez son blog Mediapart à l’adresse ci-dessous.

Bernard Fischer

https://blogs.mediapart.fr/philippe-corcuff/blog/071215/extreme-droitisation-et-crises-des-gauches

Extrême droitisation et crises des gauches

Par Philippe Corcuff

Le premier tour des élections régionales du Dimanche 6 Décembre 2015 a vu une nouvelle avancée du Front National. Ce qui était analysé en octobre 2015 dans un entretien à Siné Mensuel s’est prolongé avec des aggravations dans le contexte d’après les attentats du Vendredi 13 Novembre 2015. Á cette occasion, l’aimantation par des thèmes portés au départ par l’extrême droite a encore plus nettement affecté la gauche sociale-libérale au gouvernement, recul des libertés individuelles et collectives avec l’état d’urgence, en voie de constitutionnalisation, et augmentation des possibilités de déchéance de nationalité, affaiblissant les logiques les plus républicaines en matière de nationalité française. Au-delà, la concurrence autour d’un sécuritaire ethnicisé fait de plus en plus rage entre extrême droite, droite sarkozyste et gauche hollando vallsienne. Le Parti Socialiste n’avait pas atteint un tel niveau de décomposition morale, de dérive politique et de léthargie intellectuelle depuis l’époque où Guy Mollet présidait le conseil au cours de la guerre coloniale en Algérie. La gauche radicale de 2015, presque paralysée et en voie d’auto-marginalisation, apparaît de moins en moins comme une alternative possible, écartelée entre ceux qui n’ont pas combattu l’état d’urgence à l’assemblée nationale et au sénat, en votant pour ou en s’abstenant dans le cas de tous les élus du Front De Gauche (FDG) et ceux dont les langues de bois gauchistes ripent de plus en plus sur les secteurs de la population auxquels elles s’adressent, en particulier ceux qui mettent en avant des valeurs multiculturelles et qui se sont particulièrement exprimés dans le mouvement « je suis Charlie » et dans ce qui a été appelé « la génération Bataclan ». Dans ce contexte d’après les attentats, la suspicion vis-à-vis de ceux qui sont identifiés comme « musulmans » s’est accrue, autorisant davantage d’agressions islamophobes isolées comme plus largement des votes aux justifications xénophobes. Par contre, la logique ultra-sécuritaire privilégiée par les sommets de l’état a rendu difficile le nécessaire développement d’une auto-organisation démocratique contre les menaces réelles venant de fondamentalismes islamistes. Dans une conjoncture si périlleuse, des mobilisations et des expérimentations citoyennes, sociales, multiculturelles, antiracistes, libertaires, internationalistes, pragmatiques et convergentes sont plus que jamais à l’ordre du jour.

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7 décembre 2015 1 07 /12 /décembre /2015 19:48

La Turquie justifie l’envoi de troupes dans le nord de l’Irak (Reuters)

Ankara a justifié Lundi 7 Décembre 2015 l'envoi de troupes turques près de Mossoul, dans le nord de l’Irak, par la nécessité de protéger ses soldats présents pour y entraîner l'armée irakienne après que Bagdad eut exigé leur départ.

Plusieurs centaines de soldats turcs ont été envoyés Jeudi 3 Décembre 2015 dans un camp de la région de Bachika, au nord-est de Mossoul, dans le cadre d'une rotation de routine, assure le gouvernement turc. Ce déploiement est, selon Ankara, justifié par la nécessité de protéger les instructeurs turcs.

Mais l'Irak a dénoncé une violation de sa souveraineté et le premier ministre Haïdar al Abadi a déclaré qu'il saisirait le conseil de sécurité de l’Organisation des Nations Unies (ONU) si les troupes turques n'étaient pas retirées dans les quarante huit heures.

Le ministre turc des affaires étrangères, Mevlut Cavusoglu, a toutefois assuré qu'Haïdar al Abadi avait demandé à plusieurs reprises à Ankara d'amplifier son soutien et, selon lui, plusieurs pays ont incité Bagdad à réagir aussi vigoureusement, sans donner davantage de précisions.

« Nous devons offrir une sécurité à nos soldats qui dispensent des formations là-bas », a dit Mevlut Cavusoglu, dans un entretien accordé à la chaîne de télévision turque Kanal Vingt Quatre.

« Leur rôle est clair. Des entraînements sont dispensés et des équipements sont fournis. Notre présence là-bas n'est un secret pour personne », a-t-il encore déclaré, prévenant au passage, qu'à son avis, les frappes aériennes ne suffiront pas pour déloger les combattants de l'Etat Islamique des positions qu'ils occupent en Syrie.

Un responsable turc a expliqué qu'Ankara avait été surpris par la réaction de Bagdad. « Rien dans ce qui a eu lieu ne s'est produit sans que le gouvernement central en ait été informé », a-t-il dit.

« Les militaires présents pour des entraînements resteront. Pas parce que nous y tenons particulièrement mais parce que cela correspond à une demande du gouvernement irakien. Les discussions avec le gouvernement central se poursuivent ».

Le nombre de soldats turcs présents en Irak est bien inférieur à un millier, a-t-il précisé.

Brett Mac Gurk, représentant de la Maison Blanche au sein de la coalition montée contre l'Etat Islamique, a déclaré sur twitter que Washington n'approuvait pas les missions menées sur le territoire irakien qui n'auraient pas au préalable recueilli l'assentiment de Bagdad, ce qui est selon lui valable aussi pour les missions menées par l'armée américaine.

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7 décembre 2015 1 07 /12 /décembre /2015 19:35

Première victoire de l’opposition au Venezuela depuis 1999 (Reuters)

La Mesa de la Unidad Democratica (MUD) vise une majorité des deux tiers à l’assemblée nationale

Le camp chaviste était majoritaire depuis seize ans

L'opposition annonce une amnistie et prône la réconciliation

L'opposition vénézuélienne a décroché Dimanche 6 Décembre 2015 la majorité absolue au parlement, remportant sa première victoire électorale depuis 1999 face au Parti Socialiste Unifié du Venezuela (PSUV) de Nicolas Maduro, l'héritier d'Hugo Chavez.

Alors que vingt deux des cent soixante sept sièges de l’assemblée nationale restent à pourvoir, la coalition MUD de Jesus Torrealba est d'ores et déjà assurée de contrôler quatre vingt dix neuf sièges, contre quarante six pour le PSUV.

L'opposition devrait donc disposer d'une majorité qualifiée des trois cinquièmes, seuil permettant en théorie de renvoyer un ministre après vote d'une motion de censure.

La majorité qualifiée des deux tiers, soit cent douze députés, permettant de modifier les institutions, notamment la composition du Tribunal Suprême de Justice (TSJ), n'est pas certaine. Les dirigeants de la MUD affirmaient Lundi 7 Décembre 2015 avoir atteint ce seuil, mais cela n'a pas été confirmé par le Conseil National Electoral (CNE).

Quoi qu'il en soit, l'opposition prive pour la première fois depuis seize ans le mouvement chaviste de sa majorité à l’assemblée nationale. Et après la victoire en Argentine du libéral Mauricio Macri à l'élection présidentielle du Dimanche 22 Novembre 2015, les élections législatives du Dimanche 6 Décembre 2015 au Venezuela marquent un nouveau basculement à droite sur l'échiquier politique sud-américain.

Loi d’amnistie pour les « prisonniers politiques »

Le président Nicolas Maduro n'a pas tardé à reconnaître la défaite de son camp. « Nous sommes ici pour reconnaître ces résultats négatifs », a-t-il déclaré dans la nuit lors d'une allocution télévisée à la nation, écartant le spectre de tensions post électorales. Il a cependant ajouté que ce n'était pas l'opposition, mais une contre-révolution, qui l'avait emporté.

Prenant la parole Lundi 7 Décembre 2015 aux premières heures devant ses partisans, Jesus Torrealba a annoncé lui que la nouvelle majorité voterait en priorité l'amnistie des opposants emprisonnés, parmi lesquels Leopoldo Lopez, arrêté pendant les manifestations anti gouvernementales de 2014. Au total, l'opposition recense plus de soixante dix détenus qu'elle considère comme des prisonniers politiques.

Mais le dirigeant de la MUD a aussi lancé un appel à la réconciliation nationale. Car l'opposition a conscience qu'elle doit plus sa victoire à la dure récession économique que traverse le pays, frappé par des pénuries à répétition de produits de base et l'inflation la plus élevée de la planète, qu'à un vote d'adhésion.

« Nous avons été divisés pendant des années et notre pays n'a rien gagné de cette erreur historique. La MUD n'est pas là pour maltraiter qui que ce soit », a-t-il dit.

Il s'est également engagé, contrairement à ce qu'affirmait Nicolas Maduro durant la campagne, à ne pas tenter de démanteler les programmes sociaux qui ont largement assuré l'ancrage du chavisme.

Réforme de la banque centrale

Dans la période de cohabitation qui débutera officiellement le 5 janvier 2016, la nouvelle majorité parlementaire pourra également ouvrir des enquêtes parlementaires sur des organismes d’état ou réclamer la publication d'indicateurs économiques tenus secrets depuis que l'économie nationale traverse de grosses difficultés.

Elle a annoncé son intention de réformer le cadre juridique de la banque centrale. « La réforme de la loi sur la banque centrale est urgente parce qu'elle a été transformée en planche à billets », a dit Jesus Torrealba.

Alors que le mandat de Nicolas Maduro court jusqu'en 2019, l'alternance parlementaire pourrait aussi inciter la MUD à tenter d'obtenir l'organisation d'un « référendum de révocation ». Il lui faudrait pour cela réunir près de quatre millions de signatures. Et si la majorité des électeurs l'approuvent, Nicolas Maduro sera contraint d'écourter son mandat et d'organiser une élection présidentielle anticipée.

« Je ne vois pas ce gouvernement aller à son terme parce qu'il est trop faible », a dit l'opposant Henry Ramos, qui pourrait briguer la présidence de l’assemblée nationale.

Aux Etats-Unis, qui ont entretenu des relations orageuses avec Hugo Chavez puis Nicolas Maduro, le secrétaire d’état John Kerry a estimé que l'issue du scrutin illustrait le « désir débordant » de changement des vénézuéliens et a prôné le dialogue entre les forces politiques pour résoudre les problèmes du pays.

A l'inverse, l'allié cubain de Nicolas Maduro lui a renouvelé son soutien.

« Je suis certain que de nouvelles victoires de la révolution bolivarienne et chaviste adviendront sous ta conduite », lui a écrit Raul Castro.

Le président bolivien Evo Morales a appelé pour sa part les gouvernements « progressistes » d'Amérique Latine à une « réflexion profonde ».

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7 décembre 2015 1 07 /12 /décembre /2015 19:16

Gauche et droite tentent d’empêcher le Front National de gagner des régions (Reuters)

La nouvelle percée électorale du Front National a obligé Lundi 7 Décembre 2015 gauche et droite à mettre les bouchées doubles pour empêcher la formation d'extrême droite de prendre le pouvoir dans plusieurs régions Dimanche 13 Décembre 2015, avec peu de chances d'y parvenir.

La formation de Marine Le Pen a conforté son statut de premier parti de France au premier tour des élections régionales Dimanche 6 Décembre 2015 en remportant 27,73% des voix et en virant en tête dans six régions métropolitaines, devant le bloc formé par les Républicains, le Mouvement Démocrate et l’Union des Démocrates et des Indépendants (UDI), qui obtient 26,65% des voix, ainsi que le Parti Socialiste et ses alliés, qui obtiennent 23,12% des voix.

Au second tour, le Front National paraît en mesure de l'emporter dans le Nord Pas De Calais Picardie (NPDCP) et en Provence-Alpes-Côte d'Azur (PACA), où Marine Le Pen et sa nièce Marion Maréchal-Le Pen, avec un score supérieur à quarante pour cent des voix, ont respectivement l'avantage.

Dans ces deux régions, la situation leur est tellement favorable que le Parti Socialiste a décidé de retirer ses candidats dans l'espoir de faire élire un représentant des Républicains, les anciens ministres Xavier Bertrand dans le Nord et Christian Estrosi dans le Sud Est.

« Ce retrait peut être le début de la disparition du Parti Socialiste », a déclaré lundi Marine Le Pen lors d'une conférence de presse, parlant de « suicide collectif » pour une formation qui disparaîtra effectivement du conseil régional. « Toutes les compromissions sont bonnes pour se maintenir en place ».

Mais la manoeuvre a pour l'instant échoué en Alsace-Champagne-Ardenne-Lorraine, où le socialiste Jean-Pierre Masseret refuse d'obéir aux instances nationales du Parti Socialiste qui le pressent de se retirer pour faire barrage au bras droit de Marine Le Pen, Florian Philippot, largement en tête.

Le premier secrétaire du Parti Socialiste, Jean-Christophe Cambadélis, a estimé lundi qu'il pourrait le « convaincre. Un socialiste ne peut pas être mêlé de près ou de loin à l’élection d’un responsable du Front National », a-t-il prévenu.

La droite républicaine mal en point

La droite républicaine est, elle, mal en point en vue du second tour du Dimanche 13 Décembre 2015.

La victoire ne lui semble véritablement promise que dans les Pays de la Loire si elle ne parvient pas à battre le Front National dans le Nord, en PACA et dans le Grand Est.

La gauche, elle, devrait l'emporter facilement en Bretagne, en Aquitaine-Limousin-Poitou-Charentes, et pourrait bénéficier d'un report de voix suffisant au second tour pour gagner en Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées, Centre-Val de Loire, Bourgogne-Franche-Comté et Ile de France.

Les nouvelles régions Auvergne-Rhône-Alpes et Normandie pourraient basculer à droite comme à gauche mais le total des voix de gauche est potentiellement supérieur et la Corse se jouera entre la gauche et les autonomistes.

L'exécutif pourrait donc sortir du piège des régionales par le haut avec, dans l'hypothèse la plus favorable, une petite dizaine de régions gouvernées par la gauche sur treize.

En retirant ses candidats pour faire barrage au Front National, le camp de Fran9ois Hollande et de Manuel Valls parle en outre à sa gauche en érigeant un « rempart » contre l'extrême droite, comme en 2002.

Quant à Nicolas Sarkozy, déstabilisé par la contre-performance de la droite, il voit sa stratégie pour la primaire de 2016 fragilisée par la percée du Front National, qui repose avec acuité la question de la ligne des Républicains.

Le Front National, première force d’opposition

Lors d'un bureau politique des Républicains tendu, Lundi 7 Décembre 2015, certains participants ont estimé que ce n'était pas la gauche qui était seule responsable de la performance du Front National, désormais première force d'opposition devant les Républicains, une critique implicite du chef du parti.

Mais quoi qu'il arrive Dimanche 13 Décembre 2015, le Front National est sorti grand gagnant et a amplifié son statut de première force politique et son enracinement, une dynamique dont Marine Le Pen veut faire un tremplin pour la présidentielle de 2017.

Le parti d'extrême droite a certes profité du climat sécuritaire provoqué par les attentats, seize pour cent des ses électeurs disant s'être tourné vers le Front National après le Vendredi 13 Novembre 2015, selon une étude de l’Institut Français d’Opinion Publique (IFOP).

Mais soixante huit pour cent des sympathisants frontistes ont également voulu sanctionner la politique du gouvernement et de François Hollande, précise cette enquête.

Des politologues insistent surtout sur la progression du Front National scrutin après scrutin et sur le « siphonnage » de l'électorat de Nicolas Sarkozy, le président des Républicains, dans la continuité des élections européennes et départementales.

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6 décembre 2015 7 06 /12 /décembre /2015 19:27

https://blogs.mediapart.fr/olympe-goujat/blog/041215/vous-etes-dextreme-gauche

Vous êtes d’extrême gauche ?

Par Olympe Goujat

Vendredi 4 Décembre 2015

Nous sommes quelques étudiants. Ce qu'on étudie concerne nos vies, et nous essayons d'y penser aussi en dehors de l'université. Nous sommes donc quand même venus place de la République Dimanche 29 Novembre 2015. En partie parce que nous avons du mal à croire que« résister » à la peur, entre autres choses auxquelles il faut résister, réside seulement dans le fait de continuer à boire des coups en terrasse.

Nous ne sommes pas très nombreux. Les pancartes « même pas peur » brandies autour de la statue tentent de nous encourager.

Dimanche 29 Novembre 2015, vers 14 heures, nous tournons autour de la place, faute de pouvoir faire la marche. En effet, ceux qui se sont le plus approchés des Compagnies Républicaines de Sécurité (CRS) se sont entendus dire, « si vous ne renoncez pas, on va appliquer l’état d'urgence », ou encore « si vous ne restez pas calmes, vous verrez ce que c'est l’état d'urgence ». « À Notre Dame des Landes ils ont raison, la conférence climatique c'est du bidon », ce que nous voulions finalement, tout au plus, c'était participer à ces grandes négociations, proposer nous aussi des alternatives et des solutions pour le climat. Cela faisait plusieurs mois que cela se préparait et qui plus est de manière officielle. Suite aux terribles événements du Vendredi 13 Novembre 2015, ils nous interdisent de le faire, mais maintiennent leurs négociations à eux et en grandes pompes.

Vers 15 heures, cela dégénère d'un coté de la place, nous nous en éloignons, mais nous sommes encore là. Lorsque la confrontation devient très violente et frontale, n'oublions tout de même pas que le rapport de force dans ces situations est largement inégal, nous nous retirons, mais toujours dans les limites de la place.

Il est 15 heures 15 environ, nous nous dispersons de plus en plus, mais nous ne savons pas vraiment où aller, les rangées de CRS se rapprochent de partout. Nous ne sommes pas tous habitués à ce genre de situations. Nous en venons à suivre les militants du Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA), c'est un parti légal, officiel et reconnu sur la scène politique. Nous considérons donc qu'ils sauront mieux que nous comment se défendre et sortir pacifiquement de « l’attroupement ».

Vers 15 heures 30, pour la première fois, je me vois encerclée par plusieurs lignes de CRS. Les gens autour de moi me rassurent. En réalité, ils ne comprennent pas non plus ce qui est en train de se passer.

Pendant plusieurs heures, des personnes sont arrachées une par une, deux par deux, à notre groupe, nous ne nous connaissons pas pour la plupart. Heureusement que les personnes du NPA ont gardé le mégaphone pour détendre un peu l'atmosphère anxiogène, « soyez sympathiques, nous passions juste par là ». Chacun notre tour, nous nous retrouvons face à face avec plusieurs hommes et femmes que nous distinguons à peine derrière leur attirail. Leurs regards fuient les nôtres. Ils nous avaient prévenus, n'est ce pas ? Ils baillent parfois, eux aussi, parce que tout cela est très long, il n'y a pas assez de cars pour embarquer tout le monde en même temps.

Démotivée par ce que je les avais vu faire aux autres, qu'ils furent jeunes ou vieux, je renonce à me défendre lorsqu'ils me chopent le bras. Je suis fouillée, comme tous les autres, puis obligée de mettre mes gants, écharpe, bonnet et téléphone dans mon sac à dos, qu'ils gardent.

Vers 20 heures, et jusqu'à 0 heure 50 environ, une petite cinquantaine de personnes se retrouvent attroupées, cette fois c'était vraiment de cela qu'il s'agissait, dans le parking d’un commissariat. À partir de maintenant, je n'entrerai pas dans le détail de toutes les blagues sournoises ou machistes qui nous furent adressées et je m'appliquerais à ne rien exagérer du tout, ce n'est peut être pas si terrible, mais c'est déjà beaucoup trop.

Nous n'avons toujours pas nos affaires et il semble impossible d'obtenir des informations sur ce qu'il va se passer. Des policiers nous tournent autour, fument des cigarettes, mangent et boivent des cafés, ce que nous n'avons pas le droit de faire. J'expérimente pour la première fois une situation autoritaire. Certains nous prennent en photo avec leur téléphone, d'autres font la conversation. « Tu penses quoi toi du gouvernement ? Tu sais, nous non plus, nous ne sommes pas contents d'être là, même si nous sommes payés pour les heures supplémentaires maintenant ». J'entends qu'un jeune homme essaie d'entamer un débat avec eux, naïvement.

Quelques minutes plus tard, l'un des policiers prévient ses collègues de bien le surveiller, « celui là ». Nous y avons tous eu droit. Puis c'est le début du défilé, un par un, nous sont exhibés, les autres interpellés, menottés et amenés dans des voitures, ou dans d'autres cars. On ne nous dit toujours rien. « Pression psychologique, nous ne nous laisserons pas faire », crie une jeune femme et les applaudissements retentiront chaque fois que d'autres jeunes seront embarqués.

C'est la modeste contenance que nous essayons de nous donner, parce que justement nous ne savons pas où nous allons. La rumeur commence à se répandre, il ne s'agit pas seulement d'un contrôle d'identité, nous irons très certainement tous en garde à vue.

Minuit, lorsque c'est mon tour, je tombe sur le « good cop » par excellence. Il me parle des ordres qui lui viennent de « très haut, si je vois ce qu’il veut dire », il me dit que, s'il pouvait, il m'aurait bien donné une cigarette, mais que « son supérieur ne lui pardonnerait pas ».

D'ailleurs, si j'ai quelque chose, « des stupéfiants par exemple », mieux vaudrait lui donner tout de suite, lui, il s’en fout, mais pas ses collègues. Tout est mis en place pour me rassurer et me détendre, tout ce que nous faisons est caduc, on nous fait « signer de la merde, en gros ». Je pourrais donc tout leur donner, mon adresse, mon numéro de téléphone et quelques détails sur mes études et mes origines, le tout sera apprécié sur un certain ton blagueur. Lorsque finalement, dehors, on me met les menottes, il révèle son petit jeu en me regardant, « alors, la crise de nerfs ? ». Très naïvement, je lui réponds en baillant, « non, seulement fatiguée ». Il n'apprécie pas du tout, mais c'était vrai, nous étions tous épuisés.

Il est plus d’une heure du matin. Nous sommes amenés en bus dans différents commissariats de la banlieue parisienne. Dernière partie du trajet en voiture, écrasée par deux grands corps de policiers, ils roulent à toute vitesse, ce qui ajoute la peur d'une mort bête à la liste de toutes celles de cette grave nuit. Arrivée, je suis menottée pendant un long moment au banc de l'entrée du commissariat. Une femme décide enfin de m'accorder son attention après avoir bien discuté et rit avec ses collègues. « Et cela, c’est quoi ? ». Cela, c’est moi. Elle demande à un collègue de me décrocher mais c'est elle qui me prend par le bras et m'emmène dans une petite cellule. Elle m'interroge, à la deuxième personne évidemment, sur ma « mentalité de merde », qui selon elle a consisté à saccager les hommages faits aux victimes des attentats. À ce stade, j'ignorais encore que les médias avaient mis l'accent sur ce sinistre détail, je ne vois donc vraiment pas de quoi elle veut parler. Elle insiste et continue de m'insulter indirectement, s'en prenant à mes supposés pensées, comportements, projets et amis. Elle me demande de lui remettre mon soutien-gorge, « et tout le reste d'ailleurs », après avoir hésité. Nue, je m'accroupis alors même que je vois qu'elle ne me regarde même pas. Je tousse en écartant les fesses. Je peux me rhabiller et la suivre jusqu'à la cellule que je partagerai avec d'autres interpellées. Il y a de la nourriture moisie, des scelles et du sang sur les murs. Cet espace, notamment les tags qui figurent sur les parois, pourrait constituer un terrain sociologique affreusement riche, de même qu'un décor pour un film d'horreur.

Le lendemain matin, à partir de 8 heures, les jeux pervers reprennent. Un homme me demande si j'accepte de donner mes empreintes digitales, sachant que « sinon c'est un an ferme et quinze mille euros d'amende ». Il tient à assister son collègue en charge de le faire. Il laisse planer le doute d'une fiche S qui m'attendrait à la sortie de cette garde à vue, insistant bien sur le fait qu'avec le métier que je veux faire, « je suis dans la merde », et « qu'il faudra réfléchir aux conséquences de mes conneries la prochaine fois ». Il essaie par divers moyens rhétoriques de me faire donner des raisons politiques à mon acte et des noms. Il veut savoir ce que pensent mes « collègues » de cellule, pour qui « cela se passera surement pas comme pour moi ». Il est déçu que je ne réponde pas et m'assure que ses collègues aussi me demanderont. Je ne paie rien pour attendre, en somme.

L'avocate commise d'office, elle, m'affirme « franchement » que je risque une assignation à résidence, étant donnée toutes celles qui étaient tombées cette semaine. Après tout cela ne consiste qu'à pointer trois fois par jour au poste pendant plusieurs semaines, ce qui ne saurait être un problème si je n'ai rien à me reprocher, n'est ce pas ? Je lui demande combien de temps cela peut il durer. Elle me répond, « le temps que les choses s'arrangent ». Qu'entend-elle par là, je l'ignore. Le temps que se déroule la conférence climatique, dans ce cas là, c'est bien d'une censure politique qu'il s'agit, ou le temps que la menace terroriste se tasse, pas pour bientôt donc.

Vers 10 heures, c'est la menace d'une perquisition chez moi qu'on me fait miroiter, annoncée avec la plus grande distance, comme si après tout, il fallait bien que je m'y attende.

Vers 11 heures 30, une enquêtrice maternelle vient me chercher et décrète à partir de mon apparence que « je n'ai vraiment rien à faire là », contrairement aux autres. Elle me propose même de boire et manger à son bureau, en s'excusant pour toutes ces heures perdues, dans le froid et dans l'incertitude. Le questionnaire commence, « rien de bien méchant ». En effet, des questions assez sommaires, auxquelles il m'est d'ailleurs assez aisé de répondre par la négative, « avez vous lancé des projectiles sur les forces de l'ordre, reconnaissez-vous avoir eu un comportement violent à l'égard des CRS, avez vous vu des gens virulents à l'égard des forces de l'ordre dans votre entourage », j’en oubliais presque que j'étais accusée « d’attroupement sans arme », et non d'agression à l'égard d'un ou plusieurs agents, « avez vous piétiné les hommages aux victimes des attentats ».

Il me semble qu'une question devrait nous alerter, « êtes-vous d'extrême gauche ». Je réponds que je n'en sais rien. Elle me rappelle, non sans cynisme, « qu'après tout, ce n'est pas crime ». Je la remercie intérieurement de me le rappeler si gentiment, comme une mise en garde que cela ne saurait tarder d'en devenir un, un crime, d'être d'extrême gauche. Surtout si c'est l'autre extrême qui finit par nous gouverner, celui qui prolongera indéfiniment l'état d'urgence. Je ne sais pas si c'est à cause de ma fréquentation régulière de jeunes chiliens ou argentins, mais cette question m'obsède. Elle n'a d'ailleurs pas été retranscrite dans le rapport que je signe, sans doute parce qu'on n'a, en réalité, pas le droit de me la poser. Mais j'ignore quels sont mes droits à ce moment là, d'autant plus que tous les gens rencontrés cette nuit, quand je demandais des précisions, m'ont expliqué qu'en état d'urgence, ce sont eux qui « ont tous les droits ».

Je ne sais pas à quelle génération j'appartiens, ni si de génération il convient de parler. Ce qui est certain, c'est qu'il faudra trouver une autre catégorie incantatoire que celle de génération Bataclan par rapport à ce qu'il s'est passé Dimanche 29 Novembre 2015. Espérons qu'elle soit d'un autre registre et qu'elle fasse effectivement hommage aux victimes des attentats, en sortant tous ceux qui ont survécu de la catégorie de victimes, pour les faire entrer dans celle de citoyens. Il est peut-être temps de se dévictimiser, y compris pour résister aux djihadistes, au moins sur un plan théorique et médiatique. Mais alors même que cette journée du Dimanche 29 Novembre 2015 aurait pu être pleine d'espoir parce que des personnes ont récupéré la rue qu'on veut leur interdire, si ce n'est pour faire les courses de Noël dans les grands magasins, notons à ce propos que dans la FNAC et les galeries la Fayette beaucoup plus de victimes potentielles étaient attroupées ce jour là, les médias décident de mettre sous le feu des projecteurs les quelques actes isolés des dénommés profanateurs. Je ne pense pas avoir plus perturbé le deuil de ces familles que l'a fait nôtre gouvernement en balançant effrontément des bombes quelques heures après les événements.

Bien entendu, et malheureusement, certaines franges de la population française sont confrontées à ce genre d’expérience policière de manière fréquente. Comme on me l'a rappelé plusieurs fois cette nuit là, n'étant pas de couleur », je n'aurai pas trop de problèmes bien que je n'eus pas mes papiers sur moi. Il faut donc continuer à s'insurger contre ces pratiques discriminantes dans un état de droit comme le nôtre. Mais il faudra désormais aussi se demander si l’état d’urgence n'est pas finalement un état policier, nombreux slogans les associaient dimanche dernier, et dans ce cas, si nous sommes tous prêts à accepter de vivre ces expériences au quotidien, dès que nous nous manifestons comme citoyens conscients et concernés. Penser et se manifester politiquement ne doit pas devenir un crime.

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6 décembre 2015 7 06 /12 /décembre /2015 16:57

http://www.lemonde.fr/idees/article/2015/12/03/en-1955-la-fronde-des-socialistes-contre-l-etat-d-urgence_4823549_3232.html

En 1955, la fronde des socialistes contre l’état d’urgence

Par Thomas Wieder

Jeudi 3 Décembre 2015

Mars 1955, la France s'enfonce dans une guerre qui ne dit pas son nom.

Depuis les attentats qui ont frappé l'Algérie le premier novembre 1954, signant l'acte de naissance du Front de Libération Nationale (FLN), le terrorisme fait de plus en plus souvent les titres des journaux. « La moitié des terroristes de Kabylie ont été tués ou arrêtés », écrit ainsi le Monde du 9 mars 1955. Désormais, plus une semaine ne passe sans que la presse ne se fasse l'écho d'un nouvel attentat commis par ceux qui ont choisi de prendre les armes pour s'affranchir du joug colonial.

Face à cette escalade de la violence, le gouvernement pourrait proclamer l'état de siège. Mais cette solution lui paraît peut souhaitable. Car l'état de siège, défini par la loi du 9 août 1849, a de lourdes conséquences, en plus de transférer à l'armée des pouvoirs très étendus, ce que redoutent les autorités civiles, il impliquerait de facto la reconnaissance du statut militaire aux nationalistes algériens, ce dont le gouvernement ne veut absolument pas.

« Les hommes qui commettent ces attentats contre les personnes et les biens ne sauraient être considérés comme ayant un caractère militaire », écrit ainsi François Mitterrand, alors ministre de l'intérieur, dans une lettre à son collègue garde des sceaux, Jean Michel Guérin du Boscq de Beaumont, le 13 novembre 1954.

Parce que proclamer l'état de siège conduirait à traiter comme soldats des individus que les autorités tiennent pour des criminels et parce que cela reviendrait à admettre que l'Algérie a basculé dans la guerre, le gouvernement imagine d'inscrire dans le droit français un nouvel état d'exception, ce sera l'état d'urgence. La paternité en revient au ministère de l'intérieur, à la tête duquel le radical Maurice Bourgès Maunoury a succédé à François Mitterrand, le 23 février 1955, après la chute du gouvernement de Pierre Mendès France et la nomination d'Edgar Faure à la présidence du conseil.

La question préalable est posée

C'est le 19 mars 1955 que le nouveau ministre de l'intérieur résume la philosophie du projet, « le dispositif administratif et juridique actuellement en vigueur n'est pas adapté aux conditions dans lesquelles se développent depuis novembre 1954 les actions criminelles des bandes de hors la loi, jusqu'ici peu nombreuses, qui sévissent dans certaines régions difficiles de l'Algérie, et ne permet pas pratiquement au gouvernement d'assurer la sécurité de la masse des populations contre les exactions des rebelles. Aussi, il est apparu nécessaire de créer un dispositif juridique qui, tout en laissant aux autorités civiles l'exercice des pouvoirs traditionnels, renforce et concentre ceux-ci de façon à les rendre plus adaptés à des évènements ayant un caractère de calamité publique, susceptibles de mettre en danger l'ordre public ou de porter atteinte à la souveraineté nationale. Ce dispositif porte le nom d'état d'urgence ».

Compte tenu de la gravité de la situation en Algérie, le gouvernement veut agir vite. Moins d’une semaine après l’annonce du nouveau dispositif, deux projets de loi sont déposés à l’assemblée nationale. Le premier fixe le cadre général de l’état d’urgence. Le ­second prévoit que celui-ci soit institué en Algérie pour six mois.

L'examen des deux textes en séance publique commence au soir du 30 mars 1955. Et l’affrontement entre partisans et contempteurs de l’état d’urgence est d’emblée très tendu.

Parmi ces derniers, beaucoup souhaitent d'ailleurs que le débat n'ait même pas lieu. C'est dans ce but que, dès l'ouverture de la séance, Mohamed Salah Bendjelloul, député de Constantine, pose la question préalable, une procédure qui a pour objet de faire décider qu'il n'y a pas lieu de délibérer sur un projet de texte présenté. Quelle est la raison de ce choix ? « Eviter un débat qui serait certainement pénible et dont les effets seraient ressentis particulièrement chez les musulmans », explique-t-il. Car l'état d'urgence, il en est persuadé, « s'appliquerait principalement, en Algérie, à la partie invisible de la population », c'est à dire aux musulmans. Or ceux ci, assure-t-il, n'ont dans leur immense majorité rien de commun avec ceux qui militent pour l'indépendance de l'Algérie. « Chez la grande majorité d'entre eux, sauf rares exceptions, il n'y a pas de sentiments anti français, c'est à dire de sentiment de séparatisme. Les musulmans réprouvent tous les crimes qui se commettent en Algérie. Nous n'approuvons pas la violence, d'abord parce qu'elle nous est interdite par notre religion, ensuite parce que nous savons qu'elle engendre la violence ».

Le malaise de la population musulmane

Mohamed Salah Bendjelloul en est par ailleurs convaincu, s’il permet temporairement le retour à l’ordre, non seulement l’état d’urgence ne résoudra aucun des problèmes structurels de l’Algérie mais, plus grave, il risque d’accentuer le malaise de la population musulmane et en particulier de sa jeunesse.

« Il règne principalement dans les villes un autre malaise, celui de la jeunesse musulmane, qui ne trouve pas à s’employer à la sortie de l’école. Pour l’accès aux petits grades de la fonction publique, dans la police, les postes et les chemins de fer, elle est concurrencée par une jeunesse non musulmane qui est certainement plus instruite et mieux apte à remplir ces tâches. Ne pourrait-on accorder une place à ces jeunes musulmans ? Avant de songer à décréter l’état d’urgence en Algérie pour y rétablir l’ordre, il convient d’établir d’autres états d’urgence. Il faut d’abord lutter contre la misère, le chômage et l’analphabétisme qui atteint près d’un million et demi d’enfants musulmans ». Et le député de conclure par cet avertissement, « je vous demande d’envisager les répercussions de ce projet que ne manqueront pas d’interpréter fâcheusement les musulmans d’Algérie et les musulmans du monde entier ».

Soumise au vote quelques minutes plus tard, la question préalable est rejetée par trois cent quatre vingt quatorze voix contre deux cent douze.

C’est alors au tour du communiste Raymond Guyot, député de la Seine, membre du bureau politique du Parti Communiste Français (PCF) et beau-frère de l’ancien vice-ministre tchéco­slovaque Artur London, de poser une nouvelle fois la question préalable.

Son attaque est encore plus frontale. « Nous sommes en présence d'une loi de guerre qui vise à l'étouffement démocratique en France et à un déchaînement de violence en Algérie. Ce projet de loi s'inspire des décrets promulgués à l'ombre des baïonnettes nazies par Joseph Darnand et par Philippe Pétain au nom de l'état français. Vichy a eu besoin des lois d'exception. Votre gouvernement a besoin d'une loi scélérate pour les mêmes raisons ».

Très applaudie à l'extrême gauche, l'intervention de Raymond Guyot ne convainc toutefois pas davantage que celle de Mohamed Salah Bendjelloul.

La question préalable est de nouveau rejetée, cette fois par quatre cent voix contre cent deux, celles des seuls députés communistes. Le débat proprement dit peut commencer.

S'étonner et s'indigner

C'est là que les autres opposants à l'état d'urgence entrent en scène. les socialistes de la Section Française de l'Internationale Ouvrière (SFIO).

Parmi eux, celui qui est choisi pour porter l’estocade est un ancien champion de rugby, devenu en 1944 l’un des principaux acteurs de la libération de Narbonne avant d’être élu, en 1951, député de l’Aude. Son nom est Francis Vals.

Ce que reprochent les socialistes au gouvernement ? D'abord, sa méthode, « vous permettrez au groupe socialiste de s'étonner et de s'indigner de la hâte, je dirais même de la précipitation, avec laquelle le gouvernement entend faire voter le projet de loi permettant d'instituer l'état d'urgence », déclare d'emblée Francis Vals, en faisant référence aux quarante huit heures qui se sont écoulées entre le dépôt du texte et son inscription à l'ordre du jour de l'assemblée nationale. Et le député d'ajouter, « combien nous serions heureux de voir une telle ardeur déployée par le gouvernement et sa majorité lorsqu'il s'agit de mesures qui nous tiennent à coeur et qui sont favorables à la classe ouvrière ».

Sur le fond, Francis Vals reprend les arguments des orateurs qui l’ont précédé à la tribune pour poser la question préalable et ­couper court au débat. Mais il en ajoute un autre, le risque de voir la loi détournée à d’autres fins que le rétablissement de l’ordre en ­Algérie. « L'histoire nous montre que toutes les lois d'exception, telles que les lois scélérates, votées en 1893 et en 1894 au lendemain d'une série d'attentats anarchistes, ou la loi sur l'état de siège, prévue pour défendre la république et qui fût utilisée en 1852 pour permettre le coup d'état napoléonien et, en 1871, pour écraser la Commune de Paris, sont par la suite détournées de leur but primitif. J'espère qu'avant le vote tous les républicains de cette assemblée s'en souviendront ».

Au cours de la discussion, d’autres voix ­s’élèveront, sinon contre le principe de l’état d’urgence, du moins contre certaines dispositions du texte. C’est le cas de François Mitterrand. Encore ministre de l’intérieur un mois plus tôt, le député de la Nièvre critique en particulier les articles sept, douze et treize du projet de loi. Ils autorisent « les assignations à résidence, les perquisitions à domicile de jour et de nuit et le contrôle de la presse », mais malgré ces réserves, il vote pour le texte. Celui-ci est adopté le premier avril 1955 à 4 heures 20 du matin, par une majorité de trois cent soixante dix neuf voix contre deux cent dix neuf voix, celles des communistes, des socialistes et de quelques députés du Parti Radical, du Mouvement Républicain Populaire (MRP) et de l'Union Démocratique et Socialiste de la Résistance (UDSR). « En dépit de l'importance du sujet, l'hémicycle était vide plus qu'aux trois quarts », note le Monde dans son édition du lendemain. « A la fin, vingt cinq députés restaient en séance et les huissiers votaient pour certains groupes ».

Un an et demi plus tard, le quotidien consacre à la situation en Algérie une série de grands reportages signés de l’une de ses ­plumes vedettes, Eugène Mannoni. Dans l’un des épisodes de ce que le journaliste qualifie lui-même de « voyage à travers l’Algérie en état d’urgence », on peut lire ceci, « rendus plus difficiles, les attentats n’ont pourtant pas cessé. Au siège de la division militaire, au bout de ce couloir mauresque où s’étouffent les pas des ­officiers, le général Noiret, dans son bureau, nous avait prévenus que, si on ne peut éliminer ­totalement le terrorisme, on peut du moins, et c’est l’essentiel, annihiler ses effets et empêcher la terreur de s’emparer des populations ­civiles ».

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6 décembre 2015 7 06 /12 /décembre /2015 16:15

http://www.unitepopulaire-fr.org/2015/12/03/declaration-de-protestation-et-de-solidarite

Déclaration de protestation et de solidarité de plusieurs organisations grecques de gauche

Jeudi 3 Décembre 2015

Nous, partis, organisations et fronts de la gauche grecque, signataires de ce texte, nous exprimons une vigoureuse protestation et dénonçons la décision du gouvernement et du parlement français de suspendre les libertés démocratiques.

Nous dénonçons la répression des mobilisations de masse, les emprisonnements et les assignations à domicile de centaines de militants de gauche, des syndicats et des mouvements écologiques en France. L’image des manifestations interdites et des violentes attaques répressives vis-à-vis de manifestants pacifiques, ainsi que la suppression de droits démocratiques fondamentaux provoque en nous colère et indignation.

La colère et la tristesse pour les victimes des attaques criminelles du Vendredi 13 Novembre 2015 ne peuvent en aucun cas justifier la suppression de droits démocratiques fondamentaux et l’instauration d’un « état d’urgence » antidémocratique et autoritaire. Elles ne peuvent légitimer la poursuite et la banalisation des interventions impérialistes et des bombardements qui dans la réalité alimentent au lieu de l’interrompre le cercle vicieux de la violence et dont les attaques criminelles de Paris sont un aspect. Elles ne doivent pas amener une aggravation supplémentaire de la situation des réfugiés et des migrants ni des entraves à leur droit à des voies d’accès sûres et au droit d’asile. Elles ne doivent pas servir de prétexte aux gouvernements européens et à l’Union Européenne pour la mise en place de la logique autoritaire de « l’Europe citadelle ».

Nous joignons notre voix à celle de nos camarades français en lutte pour exiger que soit levé « l’état d’urgence » autoritaire et antidémocratique, que soient remis en vigueur les droits démocratiques fondamentaux et que s’arrêtent les poursuites inacceptables contre les militants. Nous affirmons notre résolution pour une lutte internationale coordonnée contre la guerre, l’impérialisme et « l’hystérie antiterroriste », et en faveur d’une solution des problèmes internationaux sur la base des droits des peuples de la région et de leur coexistence pacifique.

Organisations signataires

Unité Populaire (LAE), Coopération Anticapitaliste de Gauche pour le Renversement (ANTARSYA), Parti Révolutionnaire des Travailleurs (EEK), Parti Communiste Grec Marxiste Léniniste (KKE ML), Organisation des Communistes Internationalistes Grecs (OKDE)

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6 décembre 2015 7 06 /12 /décembre /2015 15:41

https://www.npa2009.org/agir/vie-interne/tribune-elections-regionales-une-consigne-de-vote-regrettable

Une consigne de vote regrettable

Par l’équipe d’animation de la P1

Samedi 5 Décembre 2015

Le Conseil Politique National (CPN) du Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA) a décidé d’appeler à voter pour les listes de Lutte Ouvrière aux élections régionales.

La motion majoritaire explique que le vote pour les listes de Lutte Ouvrière permettra de faire entendre nos revendications pour « la répartition du travail entre toutes et tous, une forte revalorisation des salaires, des pensions et des minimas sociaux, la défense des services publics, l'annulation de la dette et le contrôle des travailleurs et de la population sur l'économie, les banques et la marche de la société ». En revanche, le texte majoritaire ne dit rien sur les questions écologiques, le nucléaire, le productivisme et les grands projets inutiles, ni sur les luttes féministes ou antiracistes qui font pourtant partie de l'ADN politique du NPA.

Cette restriction de notre programme aux seules luttes économiques permet à la motion majoritaire de minimiser nos divergences avec Lutte Ouvrière et de conclure que « quels que soient les désaccords que nous avons avec ces camarades, le NPA appelle à voter pour les listes de Lutte Ouvrière, clairement dans le camp du monde du travail et en totale indépendance vis à vis des partis au pouvoir nationalement ou localement ». Pour notre part, si nous sommes d'accord pour appeler à ne voter que pour les listes qui se situent « clairement dans le camp du monde du travail et en totale indépendance vis à vis des partis au pouvoir nationalement ou localement », nous considérons que nos divergences programmatiques avec Lutte Ouvrière ne se limitent pas à quelques désaccords suffisamment flous pour ne pas être explicités.

Plus que jamais, une force anticapitaliste large

Ainsi, nous estimons que la rupture avec le productivisme est un horizon essentiel de notre projet d’émancipation politique et que les luttes féministes ou antiracistes constituent une composante majeure de notre projet de transformation révolutionnaire de la société. Par ailleurs, nous considérons que la situation politique est par trop dégradée pour que nous puissions nous satisfaire de voter pour une organisation qui n’a d’autre projet à offrir au monde du travail qu’un simple ralliement à son propre programme, sans ouvrir la moindre perspective de construction d’un mouvement d’ensemble. La montée en puissance du Front National exige une toute autre réponse.

C'est pourquoi nous avons voté contre cette motion, en proposant une autre formulation qui appelait « à se mobiliser durant la campagne contre le Front National, à rejeter dans les urnes les politiques libérales portées par le Parti Socialiste et la droite et à ne voter que pour les listes qui s'opposent clairement aux politiques d'austérité et au gouvernement, tant au niveau national que régional ». Si elle avait trouvé une majorité, cette formulation aurait permis de rappeler qu'aucune force nationale, pas plus Lutte Ouvrière que le Front De Gauche (FDG), n'est aujourd'hui en mesure de proposer aux opprimés un projet global d'émancipation et qu'il est plus que jamais nécessaire de construire une force anticapitaliste large, à la fois unitaire et radicalement indépendante du Parti Socialiste.

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5 décembre 2015 6 05 /12 /décembre /2015 17:03

http://www.liberation.fr/planete/2015/12/03/migrants-la-grece-laissee-pour-compte_1418137

La Grèce laissée pour compte

Par Maria Malagardis et Fabien Perrier, envoyés spéciaux de Libération à Lesbos

Jeudi 3 Décembre 2015

Depuis les attentats du Vendredi 13 Novembre 2015 à Paris, ce pays déjà bien seul pour gérer l’arrivée des réfugiés est accusé par certains pays européens de ne pas maîtriser ses frontières.

« Avant, je manquais d’hommes. La police grecque a envoyé des renforts. Maintenant, je n’ai pas assez d’ordinateurs. Et bientôt, je n’aurai ni assez d’hommes ni assez d’ordinateurs », se lamente l’officier de police grec devant le hotspot de Moria, chargé d’enregistrer les migrants sur l’île de Lesbos. Cette grande terre verdoyante de mille six cent trente deux mètres carrés est désormais aussi célèbre que Lampedusa, en Italie, pour avoir accueilli quatre cent six mille deux cent réfugiés depuis le début de l’année. Au rythme, parfois, de cinq mille nouvelles arrivées par jour. Ces naufragés ont fait la traversée depuis la rive turque et sont prêts à affronter tous les risques pour cet aller simple vers une Europe qui, après avoir semblé les accueillir cet été, procède désormais à un rétropédalage total.

Elle est finie l’époque où Angela Merkel accueillait les réfugiés syriens à bras ouverts. Le camp des frondeurs au sein de l’Union Européenne, la Hongrie, la Slovaquie et la Pologne, hostile aux quotas de migrants, hausse même le ton désormais et se retourne contre la Grèce qui pourrait figurer au ban des accusés, Vendredi 4 Décembre 2015 à Bruxelles, pour ne pas réussir à contenir cette déferlante aux portes de l’Europe. La Grèce serait même menacée d’être exclue de l’espace Schengen. Les accusations ont scandalisé Athènes, où l’on estime avoir pour l’instant supporté l’essentiel du poids de la gestion de ce tsunami humain. Depuis le début de l’année, ce sont en effet plus de sept cent trente mille migrants qui ont débarqué sur les îles grecques. Accueillis avec les moyens disponibles et la mobilisation de la population locale comme de bénévoles, bien plus qu’avec l’aide de l’Europe. Ce sont ainsi les pêcheurs et gardes-côtes grecs qui assurent le plus souvent le sauvetage des naufragés, alors que la police des frontières de l’Union Européenne, Frontex, patrouille dans cette zone maritime.

Mais même Frontex n’est pas toujours entendue, depuis le 2 octobre 2015, ses responsables réclament à l’Union Européenne sept cent soixante quinze gardes-côtes supplémentaires. Une demande qui malgré l’urgence n’aurait pour l’instant abouti qu’à l’envoi de deux cent quatre vingt onze hommes. De la même façon, la Grèce attend toujours plus de la moitié des ordinateurs promis par l’Union Européenne pour enregistrer et contrôler, dans la base de données Eurodac, les migrants arrivés sur son sol. Dans un pays où le nombre de fonctionnaires a été réduit d’un tiers en cinq ans, suite à une politique d’austérité imposée par Bruxelles, la Grèce peut-elle faire plus ?

Sur le hotspot inauguré le 16 octobre 2015 à Moria, à quelques kilomètres de Mytilène, la capitale de Lesbos, le processus est pourtant bien rodé mais se déroule dans une tension de constante urgence. Au programme pour les nouveaux arrivants, contrôle méticuleux des pièces d’identité, prise d’empreintes digitales et enregistrement dans la base Eurodac, après des entretiens personnalisés pour tenter de repérer les « vrais » syriens. Les seuls à obtenir une autorisation de présence sur le territoire d’une durée de six mois, contre trente jours pour tous les autres migrants. Ce qui évidemment incite certains à « prétendre avoir perdu leurs papiers pour se faire passer pour des syriens », affirme un policier.

La Grèce n’aurait pas dépensé les trente millions d’euros versés par Bruxelles pour gérer les migrants ? « Mais ce n’est que la moitié de la somme annuelle promise », estime-t-on au ministère grec de l’Immigration, où l’on a sorti les calculettes, cela fait en réalité trois ans que la Grèce fait face à des arrivées de migrants, même si, les années précédentes, les chiffres étaient moins impressionnants. Au total, Athènes aurait déjà déboursé un milliard cinq cent millions d’euros, dans un contexte de crise économique sans précédent.

Alors qu’elle n’a guère bénéficié de la compassion de ses partenaires européens, la Grèce a même vu l’étau se resserrer depuis les attentats du Vendredi 13 Novembre 2015 à Paris. Deux des trois kamikazes du Stade de France seraient en effet passés par la Grèce. Le passeport d’un syrien enregistré le 3 octobre 2015 sur l’île de Leros a été retrouvé sur les lieux de l’attentat.On ne sait toujours pas si ce document, probablement un faux, est vraiment le sien, d’autant que quatre personnes au moins, dont un militaire syrien mort au combat, ont été enregistrées avec la même identité, celle d’Ahmad al-Mohammad.

Côté grec, on rappelle que « le seul moyen d’identifier un jihadiste potentiel, c’est qu’il soit identifié dans le système Eurodac ». Le nom d’Ahmad al-Mohammad n’y figurait pas et l’homme porteur de ce document a réussi à franchir toutes les frontières après être arrivé sur l’île de Leros avec un groupe de soixante dix naufragés. Aujourd’hui, non seulement la police française soupçonne un deuxième kamikaze d’être passé par la Grèce, mais elle traquerait, en collaboration avec les services grecs, plusieurs autres suspects qui seraient passés par la Grèce.

Exclure ce pays de l’espace Schengen, permettrait-il de mieux endiguer le péril djihadiste ? Les effets sont incertains alors que la Grèce n’a de toute façon aucune frontière terrestre avec cette zone. Ce qui rend d’ailleurs incompréhensible la revendication de certains états européens qui voudraient placer des équipes de Frontex à la frontière avec la Macédoine, ce que refuse la Grèce. La Macédoine n’appartient ni à Schengen ni à l’Union Européenne et Frontex est en principe chargée de contrôler les « entrées illégales » et non les sorties.

Par ailleurs, les jihadistes potentiels, soupçonnés d’utiliser la Grèce comme base arrière ou corridor de passage, ne sont pas forcément des migrants. Jeudi 3 Décembre 2015, RTL affirmait que Salah Abdeslam, le principal suspect encore en fuite suite aux attentats du Vendredi 13 Novembre 2015, était passé par la Grèce cet été, en compagnie d’Ahmed Dahmani, un belgo marocain soupçonné, lui, d’avoir aidé à repérer les lieux de l’attaque. Mais, de toute façon, tous deux avaient des passeports belges. Et ont franchi sans plus de problèmes les frontières italiennes, hongroises et autrichiennes.

D’autres « touristes » ont pu, en toute légalité, effectuer des allers et des retours similaires. La semaine dernière, le quotidien grec Kathimerini révélait ainsi que les policiers grecs auraient découvert, dès le mois de mars, qu’Amedy Coulibaly était passé par Athènes. Le tueur de l’Hyper Cacher de Vincennes y aurait acheté, au nom de sa compagne, Hayet Boumeddienne, une voiture décapotable, estimée à six mille euros, qu’il aurait rapidement échangée contre des kalachnikovs et des explosifs, obtenus toujours à Athènes, auprès d’un trafiquant kurde. Lequel sera ensuite arrêté et aurait identifié Ahmedy Coulibaly sur une vidéo.

Les passages de Salah Abdeslam et d'Ahmedy Coulibaly par la Grèce auraient-ils été plus difficiles si le pays était hors de la zone Schengen ? Rien n’est moins certain, d’autant que la collaboration entre la police grecque et d’autres services européens a déjà produit quelques résultats.

Ainsi il semblerait que c’est grâce aux écoutes entre un détenu d’une prison près de Liège et un certain Omar à Athènes que les policiers belges ont en partie identifié, en Belgique, la cellule jihadiste de Verviers démantelée après un assaut violent le 16 janvier 2015. Dès le lendemain, la police grecque était intervenue au rez-de-chaussée d’un immeuble du paisible quartier de Pangráti à Athènes. D’où sont partis les appels vers la Belgique. Deux hommes sont interpellés. A l’époque, les flics grecs espéraient alors avoir mis la main sur le fameux Abdelhamid Abaaoud, considéré depuis comme le cerveau des attentats du Vendredi 13 Novembre 2015 et tué finalement lors de l’attaque du raid à Saint-Denis.

En janvier 2015, la police grecque est déjà sur la trace de celui qui répond au nom de code d'Omar. Elle pense même l’avoir raté de peu près de la place Omónia au centre d’Athènes. Mais l’homme arrêté à Pangráti n’est pas cet Omar là, c’est Omar Damas, un algérien installé en Grèce depuis 2011, qui sera finalement extradé en Belgique. La fermeture des frontières préoccupe pourtant les autorités grecques. Ses conséquences sont même évoquées dans un document émanant des services de renseignements intérieurs, dont l’hebdomadaire To Víma a obtenu une copie.

Le document publié par le journal Dimanche 22 Novembre 2015 évoque ainsi le risque d’une « crise politique » si des milliers de réfugiés se trouvaient bloqués aux frontières du nord de la Grèce. Les services grecs redoutant visiblement que cette pression migratoire inédite ne favorise les néo nazis d’Aube Dorée, pour l’instant bien discrets, mais qui restent la troisième force au parlement.

La Grèce déjà économiquement exsangue, va-t-elle devenir le paria de l’Europe, au moment où cette dernière tend la main à la Turquie ? Dimanche 29 Novembre 2015, les européens ont promis trois milliards d’euros et la reprise des discussions en vue de l’adhésion turque à l’Union Européenne, contre la promesse d’aider à endiguer le flot de réfugiés. Le lendemain, près de mille cinq cent migrants débarquaient à Lesbos et, Mardi Premier Décembre 2015, six F-16 turcs violaient l’espace aérien grec. Sans susciter de réaction de la part des partenaires européens d’une Grèce décidément bien seule aux frontières orientales de l’Europe.

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5 décembre 2015 6 05 /12 /décembre /2015 16:14

http://www.humanite.fr/moi-joel-domenjoud-militant-assigne-residence-591565

Moi, Joël Domenjoud, militant assigné à résidence

Jeudi 3 Décembre 2015

Membre de l’équipe juridique de la coalition climat vingt et un, ce trentenaire raconte son quotidien de « banni de la république ». Edifiant.

Même dans ses pires cauchemars, Joël Domenjoud, trente trois ans, aurait eu bien du mal à imaginer ce qui lui arrive depuis une semaine. Membre de la coalition climat vingt et un, ce militant écologiste, sans aucun casier judiciaire, avait participé, l’été dernier, au campement installé pendant dix jours à Bure, dans la Meuse, pour protester contre un projet d’enfouissement de déchets nucléaires. Cette action lui aurait-elle valu un fichage de la part des services de renseignement ? Depuis Jeudi 26 Novembre 2015 en tout cas, il fait aussi partie des vingt-quatre militants assignés à résidence pour éviter toute vague lors de la conférence climatique. Il témoigne.

Des dizaines de policiers à ma porte

Tout a commencé il y a une semaine. Je venais d’entendre parler de perquisitions, notamment dans un squat à Ivry, où se trouvaient des militants écologistes. Cela m’a mis la puce à l’oreille, je me suis dit qu’il est en train de se passer quelque chose autour de la conférence climatique, l’état d’urgence est en train de dériver. Jeudi 26 Novembre 2015, je sors de chez moi, à Malakoff, et je m’aperçois que je suis suivi. Même quand j’étais en vélo, les policiers ne me lâchaient pas. A un moment, je réussis quand même à leur fausser compagnie. J’en profite pour appeler des amis et leur dire que je crains d’être interpellé. Et à 15 heures, c’est une voisine qui m’appelle, un peu affolée, pour me dire que des dizaines de policiers sont dans mon immeuble et qu’ils me cherchent. Ils étaient déployés du rez-de-chaussée au troisième étage, vous imaginez combien cela devait être impressionnant.

Quand ils s’aperçoivent que je ne suis pas là, une partie d’entre eux, j’imagine que c’était les forces spéciales d’intervention, fait demi tour. Et un peu plus tard, deuxième coup de fil, c’était un autre service, la direction du renseignement, qui avait été missionnée pour me ramener au commissariat. Visiblement, ils n’étaient pas au courant de la première intervention de leurs collègues. A 16 heures 30, je finis par me rendre au commissariat, où on m’emmène direct dans le bureau du commissaire.

J’ai bien senti que c’était important. Il m’a donné tout de suite un papier m’indiquant que j’étais assigné à résidence. « Vous me signez cela en quatre exemplaires », me dit-il. Le document, lui, émanait du ministre de l’intérieur. Dedans, toute une littérature fleurie pointant mon éventuel rôle d’organisateur dans les préparatifs d’événements autour de la conférence climatique, événements susceptibles de produire des « troubles graves à l’ordre public ». Il n’était pas dit que moi, j’allais causer ces troubles, mais que l’ensemble des manifestations prévues à cette occasion pouvaient le faire. Il m’est reproché aussi d’avoir animé le camp installé à Bure en août 2015. Ce que j’assume, même si animé est un peu fort. Oui, j’y étais, comme mille cinq cent autres personnes. J’ai participé à la logistique. Mais qu’on me reproche cela, cela me paraît fou.

Pour la conférence climatique, j’avais participé depuis plusieurs mois à l’organisation de marches qui devaient converger à Paris le week-end dernier depuis plusieurs endroits en lutte en France, le Morvan, Bure, Notre-Dame-des-Landes, Roybon, Forcalquier et Agen. Nous avions fait toutes les démarches pour que le projet soit parfaitement encadré et sécurisé. Au final, quatre cent personnes sont bien arrivées en Ile-de-France, mais elles n’ont pu aller plus loin que Versailles. Le grand banquet prévu à Paris, place Denfert-Rochereau, est tombé sous le coup de l’interdiction de manifester.

Au commissariat, trois fois par jour

Concrètement, depuis Jeudi 26 Novembre 2015, je dois pointer au commissariat de Malakoff trois fois par jour, à 9 heures, 13 heures et 19 heures 30. C’est très précis. J’ai vite remarqué que cela ne servait à rien de venir en avance, on me faisait attendre pour signer le document.

Par ailleurs, je n’ai pas le droit de sortir de chez moi de 20 heures à 6 heures du matin. Et dans la journée, je n’ai pas le droit non plus de sortir de Malakoff. J’ai posé la question, « que se passerait-il si je ratais un pointage ? On m’a dit qu’on viendra tout de suite me chercher et je serais poursuivi pour violation de l’état d’urgence. Six mois de prison et sept mille cinq cent euros d’amende, d’après ce que j’ai vu, une personne à Marseille en a fait les frais. Pendant quatre jours aussi, j’ai été suivi, un agent devant, un derrière, un qui croise en face et un qui revient. A chaque fois que je changeais de direction, les policiers prévenaient leurs collègues par portable. Ils étaient en voiture aussi. Au début, je me disais qu’il ne fallait pas que je sois paranoïaque. Mais quand on croise dix fois la même personne dans la même journée. Tout cela a du mobiliser facilement une dizaine de fonctionnaires chaque jour.

La conférence climatique vue de loin

Ce qui est difficile à vivre, c’est que je n’ai jamais pu me défendre. Au fond, on ne me reproche rien de précis. Il n’y a pas de délit. On sanctionne juste un délit d’intention, qui est totalement extra-judiciaire. Je n’ai jamais été devant un tribunal, mais j’ai quand même une peine. J’ai déposé un référé liberté qui mettait en avant le fait que mes droits fondamentaux étaient bafoués, notamment celui de circuler. Mais j’ai été débouté, au motif que j’étais en disponibilité de mon employeur, en l’occurrence l’éducation nationale, donc ils ont estimé que je pouvais très bien pointer trois fois par jour au commissariat. Cela n’entravait pas ma vie. Ce temps, je l’avais pris pour un projet privé, mais aussi pour pouvoir participer pleinement à la conférence climatique autour de laquelle beaucoup de choses s’organisaient. Je voulais vraiment m’investir là dedans. Mais aujourd’hui, avec cette assignation, c’est plus que compromis. La seule chose que j’arrive à faire, c’est d’organiser des cafés climatiques à la bibliothèque de Malakoff, chaque après-midi, qui sont un moment d’échanges entre militants. D’habitude, dans ce genre d’événements internationaux, il existe beaucoup de lieux de convergence de ce type, mais là, avec la conférence climatique, les autorités ont fait preuve d’une mauvaise volonté évidente sur le sujet.

Le cabinet de son avocate part en fumée

A la coalition climat vingt et un, j’ai un rôle un peu satellite. Je participe à l’équipe juridique mais, comme beaucoup d’autres, sans responsabilité directe. Je ne pense pas que c’est à ce titre que j’ai été visé. En revanche, je fais partie des signataires du référé liberté déposé contre l’interdiction de manifester le week-end dernier. Cette démarche attaquait l’état d’urgence dans ses fondements, c’est sans doute cela qu’on me reproche. La chronologie est intéressante d’ailleurs, Mardi 24 Novembre 2015, j’ai essayé de trouver des co-signataires pour ce référé et j’ai appelé aussi l’avocate qui travaillait sur le sujet. Et dans la nuit du Mardi 24 Novembre au Mercredi 25 Novembre 2015, son cabinet a brûlé, à la suite d’un incendie dans le commerce situé juste en dessous.

C’était la semaine infernale. Nous essayons de ne pas tirer de conclusions hâtives, mais l’enchaînement des événements laisse planer un doute. Quoi qu’il en soit, notre référé liberté a été rejeté par ordonnance, Jeudi 26 Novembre 2015, sous prétexte que dans le cadre de l’état d’urgence, interdire de manifester ne contrevenait pas aux libertés fondamentales.

Toujours un œil sur sa montre

Pointer au commissariat, on n’en prend jamais l’habitude je crois. J’ai en permanence un stress autour des horaires, je regarde ma montre sans cesse, pour me dire que j’ai encore trente minutes ou un quart d’heure. La panne de réveil, je sais aussi que je n’y ai pas droit. Ce n’est pas une option. Il y a la distance aussi, je mets une demi-heure aller-retour en vélo pour le commissariat, cinquante minutes si je le fais à pied. En général, on ne me fait pas trop attendre, mais le plus stressant, c’est le soir, parce que je dois pointer à 19 heures 30 au commissariat et après être revenu sans faute chez moi à 20 heures. Lundi 30 Novembre 2015, les policiers ne retrouvaient plus le classeur que je devais signer et cela devenait un peu angoissant. Même si elle est plutôt pragmatique, ma copine ne trouve pas la situation très amusante. On ne peut plus sortir du tout. Mes amis voient bien que je suis stressé. Et déconnecté de tout ce qui se passe dehors. Mardi Premier Décembre 2015, un ami m’a prévenu qu’il venait me voir en me disant qu’il avait une surprise pour moi, des spéculos en l’occurrence.

J’espère que je ne vais pas me faire contrôler, a-t-il dit en blaguant. Résultat, il s’est effectivement fait fouiller dans le métro en sortant de chez moi. La situation est un peu surnaturelle, j’ai l’impression d’avoir été plongé dans un film policier ou un film d’espionnage. Je suis écouté, surveillé. On a fait le test, Dimanche 29 Novembre 2015, avec ma copine, nous avons mis nos manteaux en disant que nous allions au marché. Nous avons attendu et nous avons bien vu les policiers se déployer de part et d’autre de l’immeuble. Ils savaient que j’allais sortir avant que je descende de chez moi. Tout cela pèse sur la vie quotidienne. Si j’invite des gens le soir chez moi, je suis un peu obligé de leur dire qu’au fait, je suis sur écoute, donc faites attention à ce que vous dites. Le fait d’être devenu en quatre jours un personnage public est aussi perturbant. Des anciens collègues, des amis de lycée m’ont envoyé des messages, la famille aussi est touchée. Et tout cela, sur la base d’une simple présomption. C’est fou. Des gens ont décidé que ma vie allait changer comme cela, sur la base d’un fichier.

Fiché S, je n’en sais rien

Je ne sais même pas si je suis fiché S. Tout cela est totalement opaque. Sur les dix mille personnes fichées qui ne sont pas dans la sphère jihadiste, combien de militants ? On n’en sait rien. Je crois toutefois que j’ai droit à un régime de faveur, puisque j’ai entendu que certains de ces « jihadistes présumés » étaient eux obligés de pointer quatre fois par jour et ce à une heure de chez eux. Je me méfiais depuis longtemps des mesures prises comme cela sous le coup de l’émotion. Tout cela m’incite un peu à savoir qui sont les trois cent autres assignés à résidence.

Plus généralement, les témoignages affluent sur les dérives de l’état d’urgence. Cela interroge sur ce qui se passe depuis Vendredi 13 Novembre 2015. Mon assignation est censée se terminer Samedi 12 Décembre 2015, après la fin de la conférence climatique. Mais du coup, je me demande ce qu’il va se passer pour les autres. Parce que quand même, une mesure comme cela, cela détruit une vie. Quel est son but ? Combien de temps peut-on l’imposer ?

Rangé dans une case, ultra gauche, zadiste

« Au fond, on a l’impression que les mêmes raccourcis qui étaient faits au moment de l’affaire Tarnac, quand Michèle Alliot-Marie pointait « l’ultra gauche », se répètent aujourd’hui avec ceux qu’on appelle les zadistes. A Bure, par exemple, cet été, certains ont crié au loup en disant que nous allions faire une Zone A Défendre (ZAD).

Mais cela n’avait rien à voir. On sent bien qu’il y a une volonté de ranger les militants dans des cases et d’éteindre toute forme de contestation. De confisquer un mouvement social qui pourtant régénère la société.

C’est aussi pour cela que je refuse d’être rangé dans une case, luttes écologistes, luttes sociales et luttes migratoires, tout cela m’intéresse et me semble lié. Et cela, c’est une idée très difficile à faire passer. Enfin, pour quelqu’un qui ne voulait pas être enfermé dans une case, aujourd’hui, je suis servi. Mais heureusement, je ne me sens pas enfermé au niveau de l’esprit.

C’est aussi pour cela que je parle à la presse, pour que les gens puissent juger en retour cette sanction qui m’est infligée.

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