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10 août 2015 1 10 /08 /août /2015 18:45

http://www.communiste-frontdegauche-paris.org/Reaction-des-elu-es-et-militant-es

Réaction des élus et des militants communistes de Paris contre l’organisation de la journée Tel Aviv sur Seine

Communiqué de presse du Lundi 10 Aout 2015

Les élus du groupe communiste et du Front De Gauche du conseil de Paris et les communistes parisiens ont découvert, avec consternation et sans jamais avoir été associé ou informé, la tenue d’une journée Tel Aviv sur Seine organisée par la ville de Paris.

Alors que Tel-Aviv est la capitale économique d’un pays dont le gouvernement d’extrême droite méprise quotidiennement le droit international et mène une politique brutale de colonisation des territoires palestiniens, comment penser que cette initiative puisse être dissociée du conflit israélo-palestinien ?

Nous pensons qu’il n’est pas du rôle de la ville de Paris d’organiser une telle opération de communication alors que nous gardons tous en mémoire les massacres survenus à Gaza lors de l’été 2014 et que les tensions restent extrêmement vives comme en atteste les attentats commis ces derniers jours par des terroristes israéliens.

La ville de Paris, jumelée avec la ville israélienne de Tel Aviv et la ville palestinienne de Ramallah, aurait pu saisir l’occasion de Paris Plage pour prendre une initiative pour une paix juste et durable, réunissant israéliens et palestiniens, marquée par des moments artistiques et culturels. Il aurait été tout à l’honneur de la ville de Paris d’œuvrer à faire avancer les idées de paix et de tolérance comme essaient de le faire des artistes des deux pays dans des conditions difficiles. Nul doute que les dizaines de milliers de parisiens, les progressistes palestiniens et israéliens, qui ont manifesté l’été dernier contre la guerre de Gaza qui a fait plus de deux mille morts, majoritairement des civils, se seraient saisis d’une telle initiative de paix.

Nous demandons aujourd’hui l’annulation de la journée Tel Aviv sur Seine au profit d’une initiative de la ville de Paris qui contribue à une paix juste et durable entre palestiniens et israéliens.

Les élus communistes et du Front De Gauche du conseil de Paris

Fédération de Paris du Parti Communiste Français (PCF)

Signez la pétition demandant l’annulation de l’évènement Tel Aviv sur Seine

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9 août 2015 7 09 /08 /août /2015 15:59

http://www.revistaanfibia.com/cronica/laclau-le-provocateur

Ernesto Laclau, le provocateur

Par Ivan Schuliaquer

L’œuvre d’Ernesto Laclau, considérée classique, s’est approprié un mot dénigré par le sens commun et une grande partie de l’académie. Irrévérencieux, le penseur a organisé sa théorie autour du concept de populisme. Son travail a été cité en référence par Syriza, en Grèce, et par Podemos, en Espagne, tandis qu’il dialogue avec les gouvernements post néo libéraux d’Amérique du Sud. Peu de philosophes sont parvenus à atteindre son influence sur le plan théorique ou politique. À quelques jours de l’hommage qui lui sera rendu à Paris, une analyse de sa trajectoire et des débats en cours autour de ses idées.

Pour réussir, tout projet de changement politique doit triompher sur deux terrains, celui de l’autonomie et celui de l’hégémonie, dans l’horizontalité des mobilisations sociales et dans la verticalité d’une transformation de l’état. C’est là, selon Ernesto Laclau, la base d’une démocratie radicale durable.

Pour réussir, un philosophe préoccupé par le changement social doit être influent sur deux terrains, le théorique et le politique. Sur le premier, à partir de la rigueur et de la perméabilité avec lesquels il élargit l’horizon pour penser, comprendre et débattre des sociétés. Sur le second, à partir de la façon dont cette théorie explique le monde et les manières possibles de le changer. C’est-à-dire de sa capacité à devenir une boussole pour interpréter l’histoire et les chemins qu’offre le présent pour infléchir les futurs possibles.

Depuis trois décennies, l’œuvre d’Ernesto Laclau s’est vue accorder le statut de classique. A cette époque, avec Chantal Mouffe, sa compagne de pensée et de vie, ils publiaient « Hégémonie et stratégie socialiste ». Inspirés par Antonio Gramsci, ils partaient d’un constat.

Malgré ce qu’avait proposé Karl Marx, la structure sociale n’était pas plus homogène qu’auparavant. Au contraire, l’histoire, au lieu de conduire, à travers la lutte des classes, à une confrontation finale entre bourgeois et prolétaires, montrait une structure sociale toujours plus pluraliste et diverse.

Dans ce nouveau cadre, ils redéfinirent le socialisme et proposèrent une radicalisation de la démocratie. À cette fin, l’articulation politique était centrale, entre des groupes différents qui, à partir d’une frontière entre un « nous » et un « eux », allaient se lever contre les différentes formes de subordination, contre ces formes de classe, mais également contre le sexisme, le racisme et la discrimination sexuelle. Pour y parvenir, ces mouvements devaient conjuguer leurs propositions avec la transformation de l’état.

« Il était impossible de faire comme si toute la vérité avait été révélée à Karl Marx au dix-neuvième siècle. Il fallait adapter la théorie aux transformations du capitalisme », dit, au téléphone, la coauteure du livre devenu un classique de la pensée politique. Chantal Mouffe se rappelle que deux des piliers de la théorie dérangèrent les marxistes traditionnels. D’une part, la centralité de la création d’une volonté collective, et non de la classe ouvrière, qui n’était plus l’avant-garde. De l’autre, le fait d’avoir accusé le marxisme d’essentialisme de classe.

De ne voir l’ensemble des antagonismes qu’en termes économiques. Au contraire, dirent-ils, les relations de production ne déterminent pas les idées politiques.

« À partir de cela, ils nous ont qualifiés de post marxistes. Nous l’acceptons, en nous fondant sur le post mais également sur le marxiste », complète Chantal Mouffe depuis Paris, où elle attend la rencontre « hégémonie, populisme et émancipation, perspectives sur la philosophie d’Ernesto Laclau », qui aura lieu les 26 et 27 mai 2015, organisée par le Collège International de Philosophie, l’université Paris VIII, la fondation de la Maison des Sciences de l’Homme, la Maison de l’Amérique Latine et le Collège d’Etudes Mondiales, avec le soutien de l’ambassade d’Argentine en France. Au menu, plusieurs poids lourds de la pensée politique, avec lesquels Ernesto Laclau a débattu tout au long de sa carrière, parmi eux, Judith Butler, Etienne Balibar, Nancy Fraser et Jacques Rancière. Toni Negri, avec lequel Ernesto Laclau et Chantal Mouffe ont débattu à de nombreuses reprises, depuis des écoles théoriques adverses, sera également présent. Pour Chantal Mouffe, « ils n’ont insisté que sur la question du mouvement social, alors que nous avons toujours défendu la position gramscienne, selon laquelle il faut prendre en compte les institutions et transformer l’état ».

En octobre 2015, alors qu’Ernesto Laclau aurait eu quatre-vingts ans, les hommages se poursuivront à Londres et à Buenos Aires.

Un théoricien social peut considérer que le monde contemporain n’est rien d’autre qu’un objet d’étude. Ernesto Laclau s’est attaqué à toute intention de cet ordre. Il disait que, chez lui, le militant et le chercheur cohabitaient et se complémentaient. Cependant, ceci ne voulait pas dire qu’il faille conduire la théorie dans les tranchées ou la modifier à la convenance du moment historique.

Il était animé par la poursuite d’une pensée de la possibilité du changement social et par la revendication de l’expérience nationale et populaire qui, à la différence de ce qui se produisit en Europe, fût, dans la majorité des cas d’Amérique Latine, de gauche.

Ernesto Laclau est né à Buenos Aires en 1935 et il commence à militer à la fin des années cinquante. Sa formation politique, comme celle d’une grande partie de sa génération, s’est déroulée à l’ombre d’un péronisme proscrit qui se verra interdire, entre 1955 et 1973, l’accès aux élections. Sa trajectoire commence au sein du Parti Socialiste Argentin. Lorsque le parti se divisât, il suivit la faction la plus radicale d’orientation marxiste-léniniste. Il l’abandonnera, formulant le diagnostic d’une carence d’objectifs politiques concrets de cette gauche.

En 1963, il atterri au Parti Socialiste de la Gauche Nationale, de Jorge Abelardo Ramos. Il en intègrera la direction et dirigera le journal Lutte Ouvrière. En accord avec ce qui se produisait dans un large secteur des classes moyennes, Ernesto Laclau a pensé le péronisme différemment de la façon dont la gauche l’avait fait jusqu’alors. Une grande partie des questions qu’il développera toute sa vie sont apparues dans ce magma de l’expérience historique.

Après s’être diplômé en histoire, Ernesto Laclau obtient un poste à l’université nationale de Tucuman. Ce travail ne durera pas longtemps, il est l’un des nombreux enseignants expulsés par la dictature de Juan Carlos Onganía. De retour à Buenos Aires, il passe par l’Institut Di Tella et y partage un projet universitaire avec Eric Hobsbawm. L’historien est séduit par ses travaux et lui propose une bourse pour réaliser un doctorat à Oxford. En 1969, Ernesto Laclau part en Grande Bretagne.

Une fois sa formation achevée, il obtient un poste à l’université d’Essex où il développe la plus grande partie de ses recherches. Dans les années 1980, il fonde l’École d’Idéologie et d’Analyse du Discours qui jusqu’aujourd’hui a formé, aux niveaux du master et du doctorat, des centaines d’étudiants originaires du monde entier, se constituant en un point de référence de la pensée radicale en Europe.

« Le populisme n’est pas une idéologie. C’est une forme de construction du politique qui interpelle ceux d’en bas face au pouvoir, en passant outre tous les canaux établis de véhiculisation des demandes collectives ». Ernesto Laclau expliquait ainsi le phénomène politique maudit auquel il dédiât, en 2005, une œuvre clé de la pensée contemporaine, « La Raison Populiste ». Pourquoi revendiquer un concept qui, si souvent, opère comme une insulte au sens commun, mais également dans le milieu de la recherche ? Pourquoi créer une théorie sur un terme dont tout politique contemporain se gardera de faire usage s’il veut, justement, être soutenu par la majorité ? Ernesto Laclau a été irrévérencieux et provocateur et il proposa, plutôt que de disqualifier le populisme, qui peut être de droite comme de gauche, d’en expliquer les raisons.

Éric Maigret, professeur à la Sorbonne Nouvelle, et l’un des expositeurs de l’hommage à Paris, souligne, dans la théorie d’Ernesto Laclau, la précarité de toute construction politique, « il y a toujours des différences. Rien n’est subordonné, rien ne s’intègre à un principe supérieur. Ce qui signifie que dans le champ politique, il y a toujours crise de la représentation, elle est consubstantielle à la vie politique, notamment à la démocratie. Seules les logiques d’équivalence, ce que l’on nomme visées hégémoniques, produisent de la régularité. Celle-ci est, cependant, minée par les différences et l’hétérogénéité sociale ».

Pour Ernesto Laclau, il est impossible d’abandonner les particularités, ainsi que de penser un « nous » qui inclue tout le monde. Dans ce cadre, l’hégémonie est la forme centrale de la politique, « parce que la politique consiste en ce que les affirmations d’un certain groupe, à un certain moment, se totalisent à l’ensemble de la société ». C’est en raison de cela qu’un projet de changement doit assumer qu’il y ait toujours des conflits et des divisions. Ce n’est qu’ainsi qu’une politique pluraliste et démocratique sera possible.

Alors, le pouvoir n’est jamais absolu et le problème, plus que le lieu où réside le pouvoir, est la façon dont on le négocie entre groupes opposés. Le populisme s’oppose à l’institutionnalisme et, selon Ernesto Laclau, les institutions ne sont jamais neutres, elles représentent la cristallisation de relations de force entre différents groupes.

Dans cette ligne, propose-t-il, un changement populiste passe par la délimitation d’un « nous » qui articule des demandes de groupes sociaux hétérogènes autour d’un nom.

Différents groupes voient différentes choses en ce leader, de sorte que des chaines d’équivalences se créent et qu’il se forme une identité collective cherchant un changement dans le système à partir de l’arrivée à l’état. Toutefois, le leader est populiste tant qu’il répond aux bases. Quand il cesse de le faire, il y a autoritarisme.

En 2008, en Argentine, une résolution qui modifiait le système d’imposition pour les exportateurs de grains provoquât des manifestations massives et inattendues dans tout le pays.

Dirigées par les confédérations du secteur agro exportateur, elles donnèrent lieu à des blocages de routes prolongés et à un lock out. Dès lors, les manifestations contre et en soutien au gouvernement, qui ne parvînt pas à soutenir cette mesure, se multiplièrent dans tout le pays.

Ernesto Laclau se joignît aux manifestants qui se rendaient à la Plaza de Mayo, pour soutenir Cristina Kirchner. Exception faite de quelques intellectuels, presque personne ne le connaissait. A cette époque, il n’avait aucun contact avec le gouvernement.

Peu après, Ernesto Laclau prît une décision personnelle, il allait soutenir les présidents d’Argentine, d’Équateur, de Bolivie et du Venezuela. Il disait qu’ils lui paraissaient populistes. Ce « paraissait » séparait sa décision personnelle, à un moment historique, de sa théorie. Paula Biglieri, chercheuse au Conicet et bras droit du philosophe dans ses projets en Argentine, rappelle qu’Ernesto Laclau ne connaissait aucun d’eux, mais « qu’une fois que ceci a été rendu public et qu’on expliquât aux président de qui il s’agissait, plusieurs prirent contact avec lui ».

C’est ainsi qu’il rencontrât quelques-uns d’entre eux, le président équatorien Rafael Correa et le vice-président bolivien Alvaro García Linera. Au Venezuela, il avait rendez-vous avec Hugo Chávez, mais la rencontre fût annulée en raison d’une urgence.

En Argentine, cela ne fût pas très différent. Paula Biglieri rappelle « qu’il s’est créé une légende urbaine, que Cristina Kirchner l’appelait pour lui demander conseil ». Au-delà de l’affinité politique avec le kirchnérisme, et du fait que certains médias l’aient qualifié de théoricien de l’Argentine divisée, Ernesto Laclau rencontrera trois fois la présidente et une seule fois Nestor Kirchner, en 2010, après la remise par le président du doctorat honoris causa de l’université nationale de San Juan au philosophe.

La convergence entre la théorie d’Ernesto Laclau et les expériences des gouvernements argentin, équatorien, bolivien et vénézuélien sont claires. De toute façon, la rencontre fût tardive, les développements ont été parallèles dans le temps. Depuis une perspective laclausienne, après les crises du début du siècle, ces leaders sont parvenus à articuler, à leur suite, des mouvements dispersés dont les demandes insatisfaites s’étaient accumulées pendant des années. À partir de là, ils créèrent de nouvelles identités politiques, le chavisme, le kirchnérisme, l’évisme et le corréisme. Dans tous les cas, la centralité du leader s’est donnée avant l’affaiblissement des identités partidaires des époques antérieures. Ernesto Laclau les soutenait, mais il rappelait toujours que le populisme dépendait du maintien du dialogue entre les bases et le leader.

En Amérique du Sud, la théorie d’Ernesto Laclau a constitué un outil pour expliquer ce qui se produisait. En Europe également, bien que de manière différente, elle a paru contribuer à la constitution même des mouvements politiques pouvant atteindre l’état. Dans cette lignée, des articles scientifiques et journalistiques, dans le Guardian et l’Independant, entre autres, ont affirmé que, pour comprendre ce qui se passe en Grèce et en Espagne, il faut lire les travaux d’Ernesto Laclau.

Dans les deux pays, les demandes insatisfaites de ceux qui vivent la crise et descendent protester dans l’espace public, pour leurs logements, le travail et la santé, ne trouvent pas de voies institutionnelles qui puissent apporter une réponse à leurs revendications. Podemos autant que Syriza cherchent à s’articuler avec ces mouvements pour changer, à partir de la société civile et de l’état, le régime institutionnel en vigueur. L’adversaire est l’austérité.

En Grèce, cependant, certains virent un élément supplémentaire, plusieurs des figures les plus importantes de Syriza ont étudié en Essex. Parmi elles, le ministre des finances, Yanis Varoufakis et la maire d’Athènes, Atenas Rena Dourou, qui s’est formée en analyse du discours d’Ernesto Laclau.

Chantal Mouffe n’est pas d’accord avec cela, « le cas de la Grèce a été exagéré. Yanis Varoufakis a bien été dans cette université, mais en économie ». Cependant, on considère qu’il y a de claires convergences entre le livre d’Ernesto Laclau, « Hégémonie et stratégie socialiste », et Syriza. Ces contacts débutèrent dans les années 1980, quand les uns et les autres, par leur propre chemin, s’approchèrent de l’euro communisme. La base qui les a unis, selon Chantal Mouffe, a été l’influence d’Antonio Gramsci pour penser l’importance de l’état pour le changement politique.

Le 15 mai 2011, en Espagne, des groupes aux demandes diverses descendirent dans la rue pour demander que tout change. Trois ans après, Podemos, héritier de ces indignés, se présentait aux élections et s’installait comme une option face au bipartisme. Dans ce contexte, Pablo Iglesias et Iñigo Errejon, respectivement leader et numéro deux de Podemos, ont reconnu que le livre d’Ernesto Laclau, « Hégémonie et stratégie socialiste », avait constitué l’inspiration centrale des idées qu’ils tentent de mettre en pratique.

À partir de là, ils choisissent un adversaire et tracent une frontière entre les uns et les autres. Le « nous » du discours de Podemos articule différents groupes sociaux au sein « des gens » contre « la caste ». De cette manière, ils opposent à un vaste ensemble de citoyens, qui convoque quiconque le voudrait à participer, les élites du bipartisme gouvernant l’Espagne depuis la chute du franquisme. En raison de cela, ils évitent de répondre à la question de savoir s’ils sont de gauche ou de droite.

Selon Chantal Mouffe, qui vient d’achever un livre avec Inigo Errejon, encore inédit, l’une des clés de Podemos est qu’ils acceptent que les identités politiques n’existent pas à priori, mais qu’elles sont construites par le discours politique. « La politique consiste à construire des volontés collectives. Par conséquent, elle n’est pas une lutte entre des camps prédéfinis ». Il s’agit alors de créer un nouveau sens commun et de penser autrement le quotidien.

Ainsi, Podemos propose un nouveau cycle collectif, avec une identité se constituant au moment même de la représentation. Pour Inigo Errejon, la ligne théorique par eux empruntée a été fondamentale, « Podemos a été possible parce que nous n’avons fait aucun cas des dogmes religieux de la gauche ». Ils proposent alors une articulation politique de rupture.

Cependant, il leur coûte de dire que leur source d’inspiration inclut Ernesto Laclau. Leurs détracteurs identifient, sans l’avoir lu, Ernesto Laclau au populisme, le populisme au chavisme et le chavisme à la démagogie renforcée par l’autoritarisme. Au cours d’un hommage ayant eu lieu à l’université d’Essex, en janvier 2015, Inigo Errejon assurait que « pour évacuer Podemos, un vieux fantôme est apparu, le fantôme du populisme. Personne n’ose définir ce qu’est cette espèce d’animal mythologique, mais son usage médiatique renvoie aux passions basses d’un peuple qui, se trouvant dans une situation désespérée, peut voter de façon irresponsable ».

Dans le dernier entretien accordé au journal argentin la Nación, Ernesto Laclau disait que c’est une folie qu’on l’appelle « le théoricien du projet actuel de l’Argentine ». Lorsque le journaliste lui demande si cela ne blesse pas sa vanité, Ernesto Laclau répond que « je travaille pour l’éternité et mes vanités sont d’un autre niveau ».

Ernesto Laclau est mort le 13 avril 2014. En Argentine, la majorité des titres des médias a souligné sa proximité avec le kirchnérisme. Ils ne parvinrent pas à se défaire de la dichotomie pour ou contre le kirchnérisme traversant la société argentine. Ces médias traitèrent l’événement selon la place qu’ils occupent autour de la frontière politique. Les uns, pour stigmatiser le « populisme » et son influence sur le gouvernement. Les autres, pour saluer le grand intellectuel qui était de leur côté dans la bataille. Bien peu se défirent d’une vision centrée sur l’Argentine et le moment historique. Bien peu détectèrent que l’importance d’un théoricien politique ne se mesure pas par la quantité de gens en accord avec lui, mais par la puissance des discussions et des débats qu’il génère pour penser les sociétés.

Presque comme un paradoxe du destin, Ernesto Laclau est resté prisonnier de discours politiques construisant des identités. Ainsi, dans les informations du jour de sa mort, il fût signalé comme « un kirchnériste ».

Il est impossible de le savoir, mais il est probable qu’Ernesto Laclau n’en aurait pas été affecté. Peut-être parce qu’il savait qu’ils parlaient alors plus du militant que du théoricien.

Peut-être parce qu’il connaissait la précarité de toute construction historique. Peut-être parce qu’il savait que sa philosophie aurait d’autres interprétations, dans d’autres pays et à d’autres époques. Peut-être parce qu’il savait que sa mort physique ne ferait rien d’autre que certifier l’évidence et que, comme cela se produit pour les classiques, son œuvre lui survivrait.

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9 août 2015 7 09 /08 /août /2015 14:30

SYRIZA ET LA QUESTION STRATEGIQUE

Il y avait Mercredi 25 Février 2015 à Londres une discussion entre, d’une part, Stathis Kouvelakis et, d’autre part, Alex Callinicos, le principal leader du Socialist Workers Party (SWP) de Grande Bretagne.

Il y a des dizaines de pages de messages relatifs à cette discussion et à d’autres discussions entre les deux mêmes militants. Ces messages sont généralement disponibles en anglais.

Un site québécois faisait et publiait en juin 2015 une traduction en français des quatre principales interventions de cette discussion, les deux introductions et les deux conclusions des deux orateurs.

Vous trouverez ci-dessous la deuxième et dernière partie de l’introduction de Stathis Kouvelakis.

Le message est disponible en totalité en français à l’adresse ci-dessous.

Bernard Fischer

http://www.quefaire.lautre.net/Syriza-et-la-question-strategique

La troisième initiative stratégique de Syriza concerne le programme.

Comme je l’ai déjà dit, cette proposition d’un gouvernement unitaire de la gauche anti-austérité ne concernait pas simplement un gouvernement de Syriza, ou du moins pas au début.

Il s’adressait aux autres forces de la gauche anticapitaliste, en particulier au parti communiste grec (KKE) et à Antarsya. Il a été rejeté par les deux, pas de la même manière et pas pour les mêmes raisons, mais tous les deux ont payé un prix très élevé pour ce refus. Le parti communiste a perdu entre mai et juin 2012 près de la moitié de son électorat et Antarsya a perdu trois quarts de son électorat en un seul mois.

Cette division de la gauche radicale, mais en particulier l’attitude très sectaire du KKE, qui jusqu’au début de cette période a été la force principale et dominante et est encore peut-être la force mieux organisée dans le mouvement social et dans le mouvement syndical en Grèce, a eu des conséquences désastreuses pour le rapport de forces, mais aussi pour le type de projet politique et de perspective que Syriza a essayé de construire.

Je ne pense pas être le genre de personne qui tente de rejeter la responsabilité sur les autres. Mais je pense que ce qui se passe en Grèce avec Syriza est quelque chose qui relève de la responsabilité collective de toutes les forces de la gauche radicale, pas seulement de Syriza, sans pour autant diminuer les responsabilités de Syriza, de sa direction et de ses membres.

Le programme sur lequel cette proposition a été construite était une version de ce qui, dans notre tradition est appelé « programme de transition », c’est-à-dire est un ensemble de revendications transitoires. En apparence, c’est un programme « modéré ». Mais ce programme apparemment modéré est en fait, dans la conjoncture spécifique, un programme qui trace la ligne pertinente de démarcation avec la stratégie des classes dominantes, autour des idées principales de rupture avec les mémorandums, sortir la troïka, rupture avec la politique d’austérité et libération du pays du fardeau de la dette en rétablissant la souveraineté démocratique et populaire.

Je crois que les grands changements dans l’histoire, les grandes ruptures, ne se produisent au nom d’objectifs à long terme, de grandes idées. Ils se produisent lorsque des revendications en apparence modestes, mais correspondant à des besoins absolument vitaux de la société à ce moment particulier, ne peuvent être satisfaites sans changer toute la structure sociale.

La révolution russe ne s’est pas faite pour le socialisme. Elle a été faite pour la paix immédiate et pour la terre. Et Vladimir Lénine était absolument clair sur le fait que, lorsqu’il parlait de contrôle ouvrier en 1917, il ne parlait pas de la socialisation des moyens de production. Il parlait en fait de plus de droits pour les travailleurs sur le lieu de travail. La révolution russe n’a pas été faite au nom du socialisme, cependant, elle a déclenché la plus importante expérience de révolution socialiste de l’histoire humaine.

Avoir la bonne « ligne de masse », pour utiliser un jargon peu désuet, a permis à Syriza de construire le type d’alliance large qui était absolument nécessaire pour canaliser d’une certaine manière la libération des forces sociales en raison de la crise politique en Grèce et pour construire une nouvelle alternative pour le pouvoir.

Et maintenant j’en viens à la quatrième initiative, à la question du pouvoir, le centre de toute réflexion stratégique. Alex Callinicos a résumé certains aspects de cette stratégie. Nous pouvons l’appeler gramscienne ou poulantzienne, quoiqu’il en soit, nous aurons le temps je pense lors de la discussion de revenir à cet ensemble de problèmes. Mais ce que je tiens à souligner est que le point de départ de cette stratégie, c’est Antonio Gramsci, mais aussi le Lénine tardif. Elle correspond au moment où le mouvement communiste commence une stratégie révolutionnaire spécifique à l’occident où, à la suite de la période de la première guerre mondiale, la révolution, ou la révolution sur le modèle russe, n’a pas eu lieu. Et c’est le point de départ de l’ensemble de la stratégie d’Antonio Gramsci de « guerre de position ». Pourquoi cette voie russe n’est-elle pas disponible à l’ouest ?

Au centre de cette stratégie est, comme vous le savez, la relation entre ce qu’Antonio Gramsci appelle la « société civile », ce par quoi il désigne le large réseau d’organisations qui structure la vie collective dans les sociétés avancées de son époque. C’est ce qu’il entend par l’occident et bien sûr cette notion a complètement changé maintenant. L’Amérique Latine fait aujourd’hui complètement partie de l’occident au sens où l’entend Antonio Gramsci, donc ce n’est pas une dénomination géographique, ni une dénomination euro centrique, elle a une signification sociale et politique.

Donc, il s’agit de repenser la relation entre « société civile » ainsi comprise et « société politique », c’est-à-dire l’état au sens strict du terme, la « superstructure », en voyant que les masses sont présentes dans les deux termes, bien que de façon inégale. Toute leur vie collective est structurée par les institutions et les organisations de la société civile et leurs formes de représentation et d’action politiques sont structurées par les institutions de l’état.

Au cœur de l’état bien sûr, il y a « l’état profond » et la question de l’appareil répressif de l’état. Cependant, la stratégie de la guerre de position, reformulée par Nicos Poulantzas et par la tradition eurocommuniste comme « voie démocratique vers le socialisme », place en son centre la notion que, pour rompre leur subalternité, la classe ouvrière et les classes populaires doivent apparaître comme une force dirigeante dans la société. Et cela signifie qu’elles doivent apparaître comme une force dirigeante dans la « société civile » et qu’elles doivent contester la « société politique ». Parce qu’elles sont présentes dans les deux dans les réseaux d’organisations et d’institutions divers et variés qui matérialisent en quelque sorte leur autonomie, leur capacité politique, leur capacité à diriger la société et à s’emparer du pouvoir.

C’est une stratégie de démocratisation, pas au sens instrumental de considérer la démocratie bourgeoise comme le terrain le plus favorable pour le socialisme, mais d’une manière beaucoup plus profonde, par la compréhension que ce qui est démocratique au sein de la démocratie bourgeoise a été le résultat des luttes populaires. En comprenant que le sens profond de la démocratie implique de stimuler et d’élargir la participation de la classe ouvrière et des classes populaires dans la vie collective, en construisant un nouveau bloc historique en mesure de conquérir et d’exercer le pouvoir politique.

La question du « double pouvoir » est de ce fait transformée. Ce n’est pas une stratégie insurrectionnelle, parce que les élections jouent un rôle crucial dans le processus menant à la conquête du pouvoir. Elles sont une étape nécessaire mais aucunement suffisante. La voie démocratique n’est pas une voie électorale, c’est une route, et ceci est bien sûr une grande différence avec par exemple Karl Kautsky et le caractère gradualiste de cette stratégie, elle ne s’en tient pas au type de division entre « l’économique » et le « politique », en réduisant ce dernier au parlementarisme et aux luttes électorales. C’est une combinaison de mobilisations sociales et de luttes avec la bataille pour gagner des majorités électorales et l’expérience grecque effectivement a en fait fourni le terrain approprié pour tester ce genre d’hypothèse stratégique, et à cet égard de manière réussie je pense.

Mais bien sûr, cette stratégie comporte aussi des risques. Et ces risques sont assez bien connus.

Les problèmes auxquels Antonio Gramsci s’est confronté sont une reformulation des problèmes qui ont été examinés par Karl Marx et Friedrich Engels eux-mêmes à la suite de la Commune de Paris et, par la suite, à la lumière de l’expérience de la deuxième internationale.

Karl Marx et Friedrich Engels ont tous deux défendu la possibilité de victoires électorales comme un moyen d’accès au pouvoir et ils ont immédiatement ajouté que « nous ne devons avoir aucune illusion, les classes dominantes vont bien sûr réagir aux progrès des partis socialistes, ils peuvent même utiliser la violence contre-révolutionnaire, mais il faut d’une certaine manière leur laisser l’initiative de la rupture avec la légalité et l’ordre constitutionnel ».

Karl Marx a utilisé la métaphore des « guerres des nouveaux esclavagistes », en référence à la sécession des états confédérés du sud des Etats Unis, pour caractériser cette violence contre-révolutionnaire visant à renverser un gouvernement socialiste élu et c’est ce que nous avons vu depuis, par exemple au Chili en 1973.

Et c’est bien sûr le premier risque. Et c’est bien sûr la leçon du Chili dont nous pouvons nous souvenir. Et vous savez, les grecs n’ont pas besoin de se rappeler du Chili et de tirer ces leçons, ils ont leurs propres expériences et Alex Callinicos a parlé de cette expérience d’une manière très explicite.

Toute révolution, et même tout processus sérieux de changement social, qui ne se défend pas de façon conséquente, et par tous les moyens nécessaires, ne devrait pas être prise au sérieux.

Mais c’est une chose d’utiliser des moyens violents, y compris, si besoin est, des milices populaires armés, pour défendre un gouvernement de gauche élu contre les tentatives de renversement contre-révolutionnaire et une autre de penser que vous allez prendre le pouvoir sur le modèle de 1917. C’est le premier point.

Le deuxième point concerne le parti lui-même. Il ne faut pas se raconter d’histoires. Syriza, et toute l’expérience grecque, ont évolué jusqu’à présent dans le cadre des institutions représentatives et de la démocratie parlementaire.

Le risque dans ces conditions pour le parti, c’est que s’il ne transforme pas l’état, il sera transformé par l’état. Et l’état n’est pas quelque chose de neutre, c’est un état bourgeois qui reproduit des relations très spécifiques de domination et un type très spécifique de séparations au sein de la vie sociale.

Nous savons par expérience que ce processus de transformation par « étatisation » des partis politiques des classes dominées peut commencer avant même la conquête du pouvoir. Et je ne prétends pas que Syriza y est restée insensible. Mais je pense que Syriza en tant que parti, en tant que force organisée au sein de la société grecque, comprend encore en son sein de nombreux militants, adhérents et cadres de valeur qui peuvent jouer un rôle crucial dans les luttes populaires.

En conclusion, je dois à présent dire quelque chose sur le grand « mais ». Ces quatre initiatives stratégiques ont été, je pense, absolument indispensables pour que la gauche rompe avec sa position de subalternité héritée de la défaite historique du vingtième siècle et apparaisse comme un candidat sérieux pour la réorganisation de la vie d’une société, ouvrant ainsi une perspective d’importance internationale.

Mais il est un domaine stratégique dans lequel Syriza elle-même était et demeure subalterne, c’est la question la question de la stratégie vis-à-vis de l’Union Européenne et des institutions européennes. Le point de départ est que le récit de l’intégration européenne a été le pilier de l’hégémonie idéologique des classes dirigeantes en Europe ces dernières décennies.

Et je pense que la croyance de Syriza, comme pour le reste des partis de la gauche radicale en Europe, en une sorte de bonne version de l’Union Européenne, dans la possibilité de transformer ces institutions de l’intérieur est une illusion. Et c’est une façon de reproduire en fait la subalternité dans le discours de la gauche radicale.

Syriza et plus généralement la gauche radicale doivent élaborer plus que ce qui est généralement appelé un « plan B » afin de contrer ceci. Le Plan B est bien sûr est un objectif très ambitieux en soi, car il inclut une préparation technique, mais aussi, et surtout peut-être, une préparation politique. Il implique un large débat dans la société et cela doit être fait immédiatement, car si ce n’est pas fait maintenant, il est certain que dans quatre mois, lorsque seront finis ces quatre mois de « répit » supposé dus à l’accord du 20 février 2015, une nouvelle défaite viendra et je pense que cette fois ce sera d’une manière ou d’une autre une défaite finale. Mais pour proposer une alternative il faut plus largement préparer un contre-récit par rapport à celui qui domine actuellement.

Et il doit avoir une puissance symbolique. Nous devons avoir en Europe le type de contre-discours que les forces progressistes et révolutionnaires en Amérique Latine ont pour leur propre continent, un projet qui est à la fois national et qui valorise la souveraineté populaire démocratique au sein des nations, mais va aussi au-delà pour construire des formes d’intégration régionale et des formes authentiques d’internationalisme. Parce que cela va sans dire, sans internationalisme il ne peut y avoir aucune perspective viable pour un projet de transformation sociale.

Quelle est la condition pour faire cela ? Je pense que la condition pour le faire c’est d’abord d’être sincère, et de ne pas avoir peur de dire la vérité.

Ce qui m’inquiète encore plus que le recul qui s’est passé dans l’Euro-groupe, c’est le fait que le gouvernement grec et la direction de Syriza ou au moins sa majorité l’ont presque présenté comme un succès. C’est très grave. D’une certaine manière c’est plus grave que le recul lui-même parce que cela prépare le terrain pour une autre défaite, plus grave. Pensez à ce qui aurait pu arriver à la révolution russe si Brest-Litovsk avait été présenté comme une victoire. Nous devons être honnêtes sur le fait que cela a été une retraite, un recul.

Nous devons aussi être honnêtes sur le fait que ce recul n’est pas une « trahison ». Ce n’est pas le fameux scénario « ils ont retourné leur veste ».

Nous avons vu qu’il y avait une véritable confrontation. Nous avons vu la quantité de pression, le chantage de la Banque Centrale Européenne (BCE).

Nous avons vu qu’ils veulent mettre le gouvernement Syriza à genoux. Et ils ont besoin de le faire parce qu’il représente une menace réelle, pas une illusion de type réformiste. La réalité est que les représentants du gouvernement grec ont fait du mieux qu’ils pouvaient. Mais ils l’ont fait dans le mauvais cadre et avec la mauvaise stratégie et, de ce point de vue, le résultat n’aurait pas pu être différent.

Afin de dépasser cela, nous devons être sincères, nous devons dire la vérité. Et cela est vrai non seulement pour Syriza, c’est vrai pour toute la gauche radicale.

La vérité n’est pas une sorte d’autorité. La vérité n’est pas quelque chose de transcendant. La vérité est une lutte. La vérité est un combat. La vérité est partisane. Et dans cette lutte, je pense que nous sommes tous ensemble.

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9 août 2015 7 09 /08 /août /2015 13:46

Ferguson a toujours peur de sa police malgré les réformes (Reuters)

La scène qui se déroule Vendredi 7 Août 2015 devant le commissariat de Ferguson, dans le Missouri, peut sembler familière, trois cent manifestants, protestant contre la mort du jeune adolescent noir Michael Brown il y a un an, se retrouvent nez à nez avec un cordon de policiers, leur criant des grossièretés.

Mais contrairement à l'été 2014, quand les forces de l'ordre répondaient aux manifestants, même pacifiques, à coups de matraques, de gaz lacrymogènes et de balles en caoutchouc, les agents ont pour consigne de ne pas bouger.

« Notre boulot maintenant, c'est d'écouter », explique Dominica Fuller, récemment promue au rang de sergent. Elle est l'un des cinq policiers noirs de la force de police de Ferguson, qui compte cinquante agents pour une ville de vingt et un mille habitants.

Outre plusieurs jours d'émeutes dans la ville, la mort de Michael Brown sous les balles du policier blanc Darren Wilson, le 9 août 2014, a provoqué un vif débat aux Etats-Unis sur les violences policières à l'encontre des minorités.

Les mêmes scènes de colère et de protestation se sont reproduites les mois suivants dans des villes comme New York et Baltimore à la suite d'autres bavures policières, pour dénoncer un « racisme institutionnalisé ».

La municipalité de Ferguson elle-même a été la cible des critiques. Dans un rapport sévère rendu public en mars 2015, le département de la justice a réclamé de profondes réformes au sein de la police et du système judiciaire local, dénoncés pour leurs préjugés raciaux systématiques qui, selon le ministre de la justice Eric Holder, ont créé un « environnement toxique » dans cette commune de la banlieue de Saint Louis.

« TOUS LES NOIRS QUE JE CONNAIS ONT PEUR DE LA POLICE »

La réponse mesurée des policiers aux manifestants illustre les efforts entrepris par la mairie pour améliorer les relations entre une police encore très majoritairement blanche et une population à forte majorité noire.

Anthony Gray, avocat de la famille de Michael Brown, relève avec satisfaction un certain nombre de changements au sein de la police locale, en particulier la nomination d'un chef de police afro-américain, même si c'est un chef par intérim.

« Ils ont pris des mesures positives qui vont dans la bonne direction », dit-il.

Les policiers doivent apprendre à apaiser les tensions, être formés contre les préjugés et se montrer « professionnels à tout moment », comme leur rappellent des « superviseurs ». Les réformes portent également sur le recrutement accru d'agents issus des minorités et sur l'amélioration des relations publiques.

Cela ne suffit pourtant pas à rassurer une partie des habitants noirs de Ferguson.

Andrea Walker, une mère de famille âgée de vingt-cinq ans, conseille à son beau-fils de treize ans d'éviter tout comportement troublant devant un policier, par crainte de ses réactions.

Elle est encore étonnée d'avoir récemment été contrôlée pour un excès de vitesse par un policier qui l'a laissée partir avec un simple avertissement.

« Toutes les personnes noires que je connais ont peur de la police », dit-elle. Une vingtaine d'autres habitants interrogés partagent son avis.

DIFFICULTÉS DE RECRUTEMENT

Dominica Fuller, qui travaille depuis dix-sept ans au sein de la police de Ferguson, admet qu'il faudra du temps pour panser les blessures de la ville.

« Beaucoup de choses ont changé. Mais il reste des gens blessés et en colère. On ne va pas soigner ça en une nuit. Il faudra du temps. Mais on y travaille », déclare-t-elle.

Elle admet cependant que le recrutement de policiers non-blancs, l'une des réformes clés du système, n'est pas un succès.

Au moins un policier noir a démissionné de ses fonctions après la mort de Michael Brown et les autres ont fait profil bas. La ville a lancé un programme pour payer la formation de candidats noirs à l'école de police sans parvenir à attirer de postulants, explique le sergent.

« Il n'y a pas beaucoup de gens issus des minorités qui veulent être policiers, encore moins à Ferguson », dit-elle.

Samedi 8 Août 2015, lorsqu'un cortège a défilé sur plusieurs kilomètres afin de commémorer la mort de Michael Brown, les policiers ont distribué bouteilles d'eau et glaces à l'eau aux manifestants.

Mary Chandler, une habitante noire de Ferguson âgée de trente-sept ans, se félicite de cette nouvelle attitude de la police « diamétralement opposée » à ce qui se faisait par le passé.

« C'était l'agression, zéro tolérance », déclare-t-elle. « Ils sont plus tolérants aujourd'hui, ils nous écoutent ».

Angelique Kidd, habitante blanche de quarante-deux ans, dit avoir vu les noirs de Ferguson se faire maltraiter pendant des années et se dit encouragée par les changements qu'elle observe.

« C'est un début », dit-elle.

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9 août 2015 7 09 /08 /août /2015 13:18

Le Haut-Commissariat pour les Réfugiés (HCR) de l’Organisation des Nations Unies (ONU) appelle Paris à résoudre la crise des migrants à Calais (Reuters)

Le HCR a réclamé Vendredi 7 Août 2015 à la France une « réponse exceptionnelle d'urgence » à la crise des migrants dans le secteur de Calais.

« Le HCR réitère un appel lancé depuis l'été 2014 pour une réponse globale, en premier lieu de la part des autorités françaises, face à la dégradation des conditions d'accueil des réfugiés et des migrants à Calais », a déclaré la porte-parole du HCR, Melissa Fleming, lors d'un point de presse.

« Il est peu probable que les mesures de sécurité seules, même si elles sont compréhensibles, soient efficaces en elles-mêmes », a-t-elle ajouté.

D'après l'agence de l’ONU, quelque trois mille réfugiés et migrants se trouvent actuellement à Calais et dans le Pas-de-Calais, soit quasiment le même nombre qu'en novembre 2014. Cette situation, a souligné la porte-parole du HCR, n'est « ni nouvelle, ni ingérable. En revanche, le nombre croissant de morts parmi les réfugiés et les migrants, au moins dix depuis le début du mois de juin 2015, en tentant de traverser la Manche depuis la ville portuaire de Calais vers le Royaume-Uni constitue un développement inquiétant ».

Notant que nombre des migrants du Calaisis sont des réfugiés ayant fui des conflits ou des persécutions en Syrie, en Afghanistan, ou bien encore en Erythrée, au Soudan et en Somalie, le HCR souligne qu'ils ont besoin d'une protection internationale.

« IL Y A UN GRAND NOMBRE DE CASERNES VIDES EN FRANCE »

Treize ans après la fermeture, en 2002, du centre d'accueil et d'hébergement d'urgence géré par le Comité International de la Croix-Rouge (CICR) à Sangatte, le HCR s'inquiète des « conditions déplorables » dans lesquelles vivent ces migrants.

Les gouvernements français et britanniques, a rappelé Vincent Cochetel, directeur du HCR pour l'Europe, « n'étaient pas favorables à la présence d'un centre d'accueil massif comme à Sangatte parce qu'ils pensaient qu'il aimanterait et attirerait davantage de personnes mais alors, quelle est la solution ? Ce n'est une solution ni pour les habitants de Calais ni pour les personnes affectées par ces conditions de vie déplorables. Nous sommes en 2015, il y a un grand nombre de casernes militaires vides en France. Traitons cela comme une urgence civile qui ne concerne que très peu de gens, trois mille personnes », a-t-il poursuivi. « Nous devons dépolitiser la discussion parce que cela n'est pas sain ».

Le HCR encourage les autorités françaises à reloger progressivement les clandestins de Calais et « à leur fournir, comme c'est le cas dans la plupart des pays européens, des conditions d'accueil adéquates ». Il juge « également essentiel » de raccourcir les délais d'examen des demandes d'asile déposées en France.

« Une réponse exceptionnelle est réclamée d'urgence », a souligné l'agence de l’ONU, appelant la Grande-Bretagne et d'autres états membres de l'Union Européenne à coopérer avec les autorités françaises.

Vincent Cochetel a souligné que Londres avait rejeté au moins dix requêtes de la France lui demandant de prendre en charge des personnes ayant des liens étroits avec des migrants installés en Grande-Bretagne.

« Quand je parle de liens, je n'utilise pas une expression floue, je me réfère aux critères prévus par les règlements européens de Dublin qui pourraient être au final pris en considération par les autorités britanniques », a-t-il dit.

« Si votre mari ou votre épouse vit au Royaume-Uni et que vous êtes coincé à Calais, vous vous déplacerez. Le droit européen rend ce mouvement possible ».

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8 août 2015 6 08 /08 /août /2015 18:08

UNITE POPULAIRE CONTRE BIPARTISME

Vous trouverez ci-dessous un paragraphe d’un message de David Rey et d’Arturo Rodriguez relatif aux résultats des élections régionales et municipales espagnoles du Dimanche 24 Mai 2015.

C’est, à ma connaissance, le meilleur message en français relatif à la question des relations entre Podemos et Izquierda Unida.

C’est un message du Lundi Premier Juin 2015. Il est disponible en totalité à l’adresse ci-dessous.

Bernard Fischer

http://www.marxiste.org/international/europe/espagne/1122-elections-locales-en-espagne-la-droite-mord-la-poussiere

Izquierda Unida est longtemps demeurée la principale alternative de gauche au Parti Socialiste Ouvrier Espagnol (PSOE). Ces dernières années, elle avait enregistré des progrès importants, tirant profit de la radicalisation engendrée par la crise. Cependant, son audience a été limitée par une direction modérée et bureaucratique, plus encline à conclure des accords avec le PSOE qu’à fournir une direction révolutionnaire. Elle a sabordé ses acquis et a ouvert la voie à la montée de Podemos, un parti qui est considéré comme plus à gauche qu’Izquierda Unida, dans les sondages, y compris chez les électeurs d’Izquierda Unida. Ses résultats électoraux reflètent l’effondrement du parti, qui n’a été capable de maintenir son influence que dans des petites villes et des villages, c’est-à-dire là où il a un enracinement profond et où Podemos ne dispose pas de cadres.

Au sein d’Izquierda Unida, on entend dire que ce n’est pas la première fois que l’organisation obtient entre quatre et cinq pour cent des voix. La conviction que le parti sera de nouveau en mesure de remonter prévaut. Et il est vrai que cela s’est déjà produit par le passé. La différence est qu’à l’époque Izquierda Unida n’avait pas de rival à la gauche du PSOE. Or désormais il y a Podemos.

En réalité, les 4,73 % des voix d’Izquierda Unida, Dimanche 24 Mai 2015, sont le pire résultat de son histoire aux élections municipales, où il avait toujours obtenu de meilleurs résultats que lors des élections générales. Il a maintenu sa présence locale dans les zones rurales, mais il s’est effondré dans les grandes villes, en plein mouvement de fond de la société vers la gauche.

Avec ces élections, Izquierda Unida avait l’occasion de reconstruire une partie de sa base dans les grandes villes, mais les petits intérêts matériels de son appareil bureaucratique régional l’ont conduit à boycotter la grande majorité des listes d’unité populaire, prétextant ne pas vouloir cacher leur bannière. Izquierda Unida aurait pu se renforcer à Madrid, s’il avait soutenu la candidate Manuela Carmena, parrainée par Podemos, et sa campagne dynamique contre le gouvernement de droite corrompu d’Esperanza Aguirre. Au lieu de cela, la direction régionale d’Izquierda Unida a refusé de soutenir Manuela Carmena et a investi ses propres candidats.

Aujourd’hui, à Madrid, Izquierda Unida est faible et divisée et ses appareils locaux et régionaux sont regardés avec mépris dans les milieux militants, à juste titre.

Pour la première fois de son histoire, Izquierda Unida n’a pas de représentants dans les villes de Madrid et de Valence. La probable victoire du parti à Zamora est une exception liée à des conditions très spécifiques. En revanche, dans les régions telles qu’Alicante, Barcelone et la Galice, où les leaders locaux d’Izquierda Unida ont mis les intérêts du mouvement avant ceux des apparatchiks et ont participé aux listes d’unité populaire, Izquierda Unida a bénéficié de l’enthousiasme et de la radicalisation ambiante et a contribué aux résultats extraordinaires des candidats de gauche.

En Andalousie, l’appareil régional d’Izquierda Unida a joué un rôle honteux en boycottant Podemos et les listes d’unité populaire. Les sections locales d’Izquierda Unida qui ont soutenu les listes d’unité populaire à Jaén, Dos Hermanas et ailleurs ont été exclues et liquidées. Cette politique insensée a conduit à la fragmentation et à la division des candidats à la gauche du PSOE, ce qui a aidé le Parti Populaire, avec l’aide de Ciudadanos, à se maintenir au pouvoir à Jaén, Málaga et Grenade.

A l’échelle régionale, Izquierda Unida n’a pas fait mieux. Elle a perdu tous ses sièges dans les parlements régionaux de Madrid et de Valence. En Estrémadure, elle a payé cher son opportunisme sans principes de soutien à l’ancien gouvernement du Parti Populaire et a été maintenue hors du parlement régional.

Izquierda Unida fait face au plus grand défi de son histoire. Son déclin semble organique. A l’intérieur de l’organisation, une excellente tradition de lutte et une multitude de cadres locaux de valeur coexistent avec un appareil conservateur qui aspire seulement à vivre des miettes des gouvernements bourgeois, agissant comme partenaire subalterne du PSOE. La coalition catastrophique avec les « socialistes » en Andalousie, après les élections de 2012, en est une illustration.

Joignant une coalition sans principes avec le PSOE, avec peu à gagner politiquement, mais beaucoup de postes à temps plein pour ses dirigeants, elle a appliqué des politiques d’austérité et a toléré la corruption des dirigeants socialistes. L’appareil du parti et la faction de droite de Gaspar Llamazares représentent l’exemple classique de ces bureaucrates réformistes. Toute potentielle percée d’Izquierda Unida est systématiquement empêchée par cette couche de carriéristes.

Seule une lutte à outrance, menée par Alberto Garzón et Julio Anguita, qui représentent les meilleures traditions du parti et la voix de sa gauche, contre la bureaucratie sera capable de sauver Izquierda Unida. Il leur faut faire appel aux militants de base et aux cadres du parti honnêtes et convoquer pour cela des assemblées fédérales et locales extraordinaires. Par le passé, Alberto Garzón a été trop prudent avec l’appareil en refusant, par exemple, de condamner ouvertement la ligne de division de la direction madrilène dans la campagne électorale. Aujourd’hui, l’appareil à Madrid et la faction dirigée par le réformiste Gaspar Llamazares ont lancé un défi ouvert à Alberto Garzón et Julio Anguita, leur reprochant le désastre électoral du 24 mai 2015. Ne pas relever le gant ne ferait qu’aggraver le déclin de l’organisation dans la course pour les élections de novembre 2015, en isolant et en détruisant tout ce qui demeure de vivant et dynamique dans ce parti.

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8 août 2015 6 08 /08 /août /2015 17:37

http://www.publico.es/politica/catalunya-pot-tiende-mano-erc.html

Interview de Lluis Rabell

Samedi 8 Août 2015

Lluis Rabell, le candidat de la liste « Catalogne oui nous pouvons », une liste unitaire composée d’Initiative pour la Catalogne Verte (ICV), de la gauche unitaire et alternative (EUA), de Podemos et d’Equo, a tendu la main à la gauche républicaine de Catalogne (ERC) et à la Candidature Unitaire et Populaire (CUP) pour former une majorité à gauche après les élections régionales du Dimanche 27 Septembre 2015.

Il a dit que les deux formations « doivent choisir » entre donner la présidence à Artur Mas ou permettre une « majorité sociale de gauche » dirigée par sa candidature.

Dans une interview à EFE, Lluis Rabell a considéré que l’ERC et que le candidat de la liste « Ensemble pour le oui », l’ancien député européen d’ICV, Raül Romeva, ont fait un « mauvais pari » en faisant une liste unitaire conçue, à son avis, pour « cacher la force usée » de la Convergence Démocratique de Catalogne (CDC) et du président catalan Artur Mas.

Pour Lluis Rabell, la CDC a utilisé la « bonne volonté de beaucoup de gens » pour éviter de se présenter sous son vrai visage et a utilisé une « aspiration légitime pour essayer de récupérer le gouvernement, sans faire le bilan de sa politique ni expliquer son programme », se cachant derrière des personnalités de la société civile, qui « n’ont pas de pouvoir ».

C’est pour cette raison qu’il a déploré « l’erreur » de Raul Romeva qui pensait que cette proposition « pouvait débloquer la situation actuelle car, sinon, elle pouvait aboutir à un blocage pour mettre en cause le droit de décider et perdre la possibilité de faire bouger une grande partie de la société catalane », a déclaré Lluis Rabell.

Mais il a aussi déploré que l’ERC « soit tombée prisonnière de l’idée de la possibilité d’accéder à l'indépendance par un chemin droit et facile et a fini par être une victime de son propre discours de surestimation de cette liste. Ces discussions sur les gouvernements transitoires sont très positives. Mais Lundi 28 Septembre 2015 », a-t-il prévenu, « l’ERC et la CUP devront finalement choisir qui présidera le gouvernement, ou bien une majorité sociale qui devra nécessairement être vertébrée et dirigée par Catalogne oui nous pouvons, ou bien redonner la présidence à Artur Mas ».

Et Lluis Rabell a averti que « le temps met tout le monde devant ses propres responsabilités » et qu’à un moment « il faut choisir », mais il est convaincu que l'engagement de l'ERC « n’est pas définitif » et, en ce sens, il travaillera « pour ouvrir un autre chemin possible ».

Ainsi, le militant de quartier a « tendu la main. A partir de maintenant, l’ERC et la CUP ont le choix d’une majorité pour faire basculer le parlement à gauche, ouvrir une nouvelle perspective de justice sociale et ouvrir aussi un processus d’auto détermination basé sur la remobilisation de la société catalane autour d'une grande majorité qui rende possible le droit de décider. Vous pouvez difficilement imaginer une majorité de gauche sociale en Catalogne qui n’intègre pas les représentants légitimes des classes populaires et des propositions progressistes comme l'ERC et la CUP. Ils sont des acteurs légitimes et nécessaires d’une majorité sociale progressiste », a dit Lluis Rabell, qui n’a pas non plus fermé la porte au Parti Socialiste Catalan (PSC) s’il rejoint la revendication de la consultation.

L'ancien président de la fédération des associations de quartier de Barcelone (FAVB) a contesté d'autre part que l'indépendance soit décidée par une majorité de soixante-huit députés, cinquante et un pour cent des sièges, le chiffre minimum nécessaire pour déclarer l'indépendance après les élections régionales du Dimanche 27 Septembre 2015, même sans un vote majoritaire.

Une possibilité qu’il a qualifiée « d’erreur et de piège ». Il a dit que « presqu’aucune personne de la région métropolitaine ne pouvait comprendre que dans une question aussi importante une voix compte la moitié d’une autre ».

Lluis Rabell a dit que ce ne serait pas sérieux. « Comment un gouvernement peut-il faire une négociation sérieuse avec un tel soutien ? C’est tout simplement impensable », a-t-il dit.

Au-delà de cette question, Lluis Rabell a dit que le caractère plébiscitaire des élections régionales du Dimanche 27 Septembre 2015 est une « erreur et une manœuvre, car il est destiné à effacer toute couleur politique. Les élections sont le contraire d'un plébiscite, car c’est un terrain pour présenter des programmes, des propositions, des alternatives et des bilans, alors qu’un plébiscite, c’est noir ou blanc, oui ou non. Des élections dans lesquelles il y a beaucoup de candidats peuvent difficilement être plébiscitaires », a-t-il dit.

Lluis Rabell a insisté pour dire que sa formation ira aux élections avec un projet basé sur « un programme de sauvetage social et des mesures urgentes pour contenir la pauvreté et les inégalités », un engagement pour la régénération démocratique et, avant l’épuisement du modèle régional, la revendication du droit de décider comme idée « largement partagée par les catalans ».

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8 août 2015 6 08 /08 /août /2015 15:20

http://www.lemonde.fr/europe/article/2015/08/08/la-grece-depassee-par-un-afflux-de-refugies_4716950_3214.html

La Grèce dépassée par un afflux de réfugiés

Athènes a promis des mesures pour améliorer l’accueil des migrants, tout en appelant à la solidarité européenne

Par Adéa Guillot, correspondante permanente du Monde à Athènes

Samedi 8 Août 2015

Narges Hassanzada est belle, très belle, même. Du haut de ses dix-huit ans, elle revendique fièrement son jean moulant, ses lèvres flamboyantes et ses yeux fardés de khôl. « A Kaboul, il n’y a aucune sécurité pour les filles, alors tu dois porter des habits plus longs et plus larges et il est interdit de se maquiller. Dans la société afghane, la femme n’a pas beaucoup de valeur. Ici, je me sens libre de porter ce que je veux. Je me sens, pour la première fois de ma vie, à ma place », affirme la jeune fille, qui rêve depuis l’enfance de devenir actrice.

L’ici de Narges est pourtant un véritable enfer. Un camp de fortune situé dans le parc municipal Pedio tou Areos, en plein cœur d’Athènes, où s’entassent dans une promiscuité infernale près de six cent afghans, quelques tentes de campeur, pas de douche, pas de quoi cuisiner, juste un tuyau d’arrosage pour se laver et quelques toilettes d’appoint surchauffées, à l’atmosphère irrespirable.

Beaucoup de femmes et d’enfants attendent là tout au long de la journée, sous quarante degrés, que les hommes rentrent de leur tournée dans la capitale grecque pour trouver soit un autre lieu où s’installer, soit un passeur qui leur permettra de continuer leur long voyage vers des pays du nord de l’Europe plus hospitaliers, pensent-ils, envers les réfugiés.

« Un endroit pareil, je n'avais jamais vu cela », se désole Leïla Iskandari. « On nous disait que l'Europe respecte les droits de l'homme. Moi, je ne vois rien de tout cela. Ici, il n'y a même pas d'eau, pas de douche. On nous donne à manger une fois par jour une barquette de pâtes ».

Enceinte de sept mois, Leïla Iskandari, trente et un ans, essaie tant bien que mal de protéger ses cinq enfants du soleil cuisant grec.

Avec son mari, Ali Iskandari, ils sont partis il y a deux mois de la région de Kunduz, dans le nord de l'Afghanistan. Ils racontent les bombardements, « cette guerre afghane éclipsée par la crise syrienne plus récente », et puis les jours de marche à travers le Pakistan puis la Turquie.

« Nous avons dépensé tout ce qui nous restait pour payer le passage en bateau entre la Turquie et la Grèce, mille dollars, neuf cent douze euros, par personne et, depuis, nous sommes bloqués ici à Athènes depuis deux semaines, explique Ali Iskandari. « J'ai bien essayé de trouver un petit travail, mais il n'y a rien alors j'ai demandé à notre village de nous envoyer de l'argent pour continuer le voyage ».

Ali Iskandari aura ensuite un peu de mal à obtenir la somme en liquide pour payer le passeur, qui lui demande trois mille euros pour lui faire traverser la Macédoine et la Serbie en voiture, car la Grèce est toujours sous un régime de contrôle des capitaux. « Au bureau de change où le mandat doit arriver d'Afghanistan, on m'a dit que l'on me donnerait quatre cent euros par semaine et pas plus, ce qui fait que je dois encore attendre plusieurs semaines pour réunir la somme. Comment rester ici dans ce parc où des drogués viennent tous les soirs pour tenter de nous voler », s'inquiète le jeune homme.

Aide de bénévoles

Depuis un petit mois que ce camp existe, l’état grec est totalement absent. Ces réfugiés ne survivent que grâce à l'aide de bénévoles qui ont organisé la livraison quotidienne de rations de repas chauds, des pâtes ou du riz pour éviter la dysenterie, ou encore une permanence de médecins chaque matin.

La grande majorité de ces migrants ne souhaite pas demander l'asile politique en Grèce.

« Nous savons que la Grèce n'a rien à offrir, car elle est en crise », concède sans détour Leïla Iskandari. Ils sont donc simplement de passage. Et, à ce titre, l’état grec n'est pas tenu de les aider. Mais, devant cette situation sanitaire insoutenable, le gouvernement a promis de les reloger.

Les six cent afghans du parc Pedio tou Areos devraient être transférés dans un lieu plus adapté dans les prochains jours, mais que vont devenir les milliers de migrants syriens, irakiens, afghans, soudanais ou yéménites qui débarquent chaque jour sur les îles grecques ?

Selon le Haut-Commissariat aux Réfugiés (HCR) de l’ONU, près de cent vingt-quatre mille réfugiés et migrants sont arrivés depuis janvier 2015. Soit une hausse de sept cent cinquante pour cent par rapport à la même période en 2014. « La Grèce doit se réveiller face à cette urgence », a déclaré Vincent Cochetel, responsable de la division Europe du HCR, en visite Jeudi 6 Août 2015 dans les îles grecques. Le HCR demande au gouvernement grec de « désigner d'urgence une seule autorité pour coordonner la réponse et mettre en place un mécanisme d'assistance humanitaire ».

La réponse du premier ministre grec, Alexis Tsipras, n'a pas tardé. Il en a appelé à la solidarité européenne. « Ce problème nous dépasse. La Grèce est un pays qui subit une crise économique et fait face à une crise humanitaire dans la crise », a-t-il déclaré Vendredi 7 Août 2015, à l'issue d'une réunion interministérielle sur cette question. Il a chargé l'un de ses proches, le ministre d’état Alekos Flambouraris, de diriger une instance de « coordination » de toutes les actions sur les questions migratoires, en lien avec le ministère de l'immigration. L'un des enjeux est notamment de mieux gérer les fonds européens que reçoit la Grèce pour la surveillance de ses frontières et la prise en charge des migrants et ne pas les perdre faute d'action, a reconnu le premier ministre.

Selon Natasha Bertaud, porte-parole de l'Union Européenne pour les questions migratoires, la Grèce bénéficie pour la période de 2014 à 2020 d'un budget de deux cent soixante millions d'euros du fonds pour la migration, l'intégration et l'asile et de cent soixante-six millions du fonds de sécurité interne pour faire face à cet afflux. Une première enveloppe pourrait être versée dès la semaine prochaine. « C'est un début, mais il nous faudrait trois fois plus car les besoins sont énormes », s'inquiète une source au ministère grec de l'immigration. « Les précédents gouvernements avaient dépensé tout l'argent européen à construire un mur à la frontière terrestre avec la Turquie ou à construire des camps de rétention. Nous, nous voulons pouvoir certes surveiller les frontières mais aussi accueillir décemment les réfugiés ».

La nuit tombe sur Pedio tou Areos. Loin de ce débat, pourtant nécessaire, sur la solidarité européenne, Narges Hassanzada chante une berceuse pour calmer une dizaine de petites filles assises en cercle autour d'elle. Entre deux chants mélodieux, elle glisse quelques mots sur cette Europe tant fantasmée et cet avenir radieux qui les attend. « Vous pourrez aller à l'école, choisir votre mari et vous maquiller comme moi ». La force, la détermination et la soif de liberté de cette toute jeune femme étonnent en ce lieu si peu humain.

Et pourtant le message porte. Les petites se poussent du coude, malicieuses, et murmurent, « elle est si belle, je veux devenir comme elle ». L'espoir a parfois la couleur d'un rouge à lèvres.

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8 août 2015 6 08 /08 /août /2015 14:48

Un leader pro kurde appelle à un arrêt des violences en Turquie (Reuters)

Le chef de file du parti démocratique des peuples (HDP) a appelé Samedi 8 Août 2015 les militants du parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) et le gouvernement turc à mettre fin aux actuelles violences et à engager des négociations.

Le coprésident du HDP, Selahattin Demirtas, s'exprimait au lendemain de la mort de six personnes dans des affrontements entre les forces de sécurité et des combattants dans le sud-est de la Turquie à majorité kurde.

Le PKK a annoncé le mois dernier qu'il reprenait ses opérations en raison de ce qu'il a qualifié de violations du cessez-le-feu conclu en 2013 par les forces turques.

L'armée turque a notamment mené des raids aériens contre des camps du PKK dans le nord de l'Irak depuis Vendredi 24 Juillet 2015.

« J'en appelle aujourd'hui aux deux camps », a déclaré Selahattin Demirtas devant la presse dans la ville de Van. « Le PKK doit immédiatement retirer son doigt de la détente du pistolet et déclarer qu'il respecte le cessez-le-feu ».

Le gouvernement turc, a-t-il poursuivi, doit pour sa part cesser ses opérations de sécurité et se déclarer prêt au dialogue.

Le HDP de Selahattin Demirtas a remporté treize pour cent des voix lors des élections législatives du Dimanche 7 Juin 2015 et a accru de manière considérable son influence parmi la population kurde qui était jusqu'alors favorable au PKK.

Cette flambée de violence intervient à un moment d'incertitude politique en Turquie où le parti de la justice et du développement (AKP) du premier ministre Ahmet Davutoglu ne dispose plus de la majorité absolue au parlement et doit trouver des alliés pour constituer une coalition de gouvernement.

« Une coalition sera formée ou non mais l'urgence est la paix. Ahmet Davutoglu, ce n'est pas une demande que nous vous adressons. Vous avez le devoir de faire cela », a estimé Selahattin Demirtas.

Les autorités d'Ankara avaient entamé un processus de paix avec le PKK en 2012 et la trêve déclarée l'année suivante avait été jusqu'à présent largement respectée.

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7 août 2015 5 07 /08 /août /2015 19:28

http://catalanindependance.blog.lemonde.fr/2015/07/23/resume-de-laccord-de-la-candidature-junts-pel-si-en-vue-des-elections-du-27-septembre

Résumé de l’accord de la candidature « Ensemble pour le Oui » d’Artur Mas et d’Oriol Junqueras pour les élections régionales du Dimanche 27 Septembre 2015 en Catalogne

Jeudi 23 Juillet 2015

L’accord, publié cette semaine, est composé de trois parties. La première est intitulée « accord pour créer un état indépendant catalan et établir un gouvernement de concentration nationale ».

Les catalans n’ont pas pu exercer le droit d’auto détermination dans des conditions normales.

La consultation du 9 novembre 2014 a toutefois montré leur volonté de s’exprimer sur l’avenir politique de la Catalogne. Les élections du Dimanche 27 Septembre 2015 seront donc des élections plébiscitaires et l’objectif de la candidature est de représenter ceux qui veulent que la Catalogne devienne un état indépendant. Cet accord est ouvert à toute autre formation politique ou associative qui partage cet objectif.

La seconde partie décrit le processus de création d’un état indépendant. Si les catalans élisent une majorité de députés en faveur de l’indépendance, le parlement catalan approuvera une déclaration solennelle initiant le processus d’indépendance. L’état espagnol, l’Union Européenne et la communauté internationale en seront informés. Une première version de la constitution du nouvel état sera élaborée à travers la participation citoyenne. Les institutions de gouvernement se centreront sur le fonctionnement du nouvel état. Après cette première étape, l’indépendance sera proclamée, ce qui supposera la déconnexion par rapport au cadre juridique espagnol.

Le parlement approuvera la loi de transition juridique destinée à réguler la phase parlementaire et référendaire du processus d’élaboration et d’approbation de la constitution, suite à la phase participative. Des élections parlementaires constituantes seront convoquées dans une période maximum de dix-huit mois dès la célébration des élections plébiscitaires du Dimanche 27 Septembre 2015. La création du nouvel état indépendant culminera avec l’approbation de la constitution par référendum.

Si l’état espagnol, par des moyens politiques et/ou juridiques, suspend l’autonomie catalane, le gouvernement et le parlement catalan procéderont à la proclamation de l’indépendance et à l’approbation de la loi de transition juridique.

La troisième partie de l’accord décrit « un compromis public, construire un nouveau pays ». L'objectif est de construire un pays meilleur, au service de tous les citoyens, dans un projet partagé de changement et d’amélioration sociale, économique et culturelle.

La liberté collective et le progrès social étant inextricables, le programme électoral et le plan de gouvernement seront basés sur les axes suivants, la justice sociale, l’égalité d'opportunité, la création d'emploi et le développement économique au service des personnes. Il s’agira de garantir un financement suffisant et durable de l’état social, avec l’aspiration d’aligner le niveau de dépense publique avec celui des pays avec un produit intérieur brut par habitant similaire, une fois atteinte la pleine souveraineté fiscale.

Voici une douzaine de priorités sociales :

Prise en compte des besoins urgents en matière de logement, de pauvreté énergétique et de vulnérabilité des familles et/ou des individus à travers la création de nouveaux cadres juridiques, d’allocations et d’autres mesures adaptées.

Provision de places dans les crèches gérées par des institutions publiques et subventionnées, pour couvrir la demande non satisfaite.

Répondre à la pauvreté des enfants, notamment par des programmes visant à garantir leur nutrition.

Réformer le revenu minimum d'insertion en faveur d’un revenu garanti qui couvre les besoins vitaux de citoyens vivant dans la pauvreté.

Création de nouvelles structures d’état pour sécuriser et élargir l'avenir des retraites et pour améliorer l'autonomie des personnes en situation de dépendance.

Stimuler l'emploi, favoriser la recherche et l'innovation, promouvoir l'économie sociale et générer un nouveau modèle de relations de travail fondé sur la coparticipation et la concertation, qui favorise l'égalité des sexes, la création d’emplois décents et les entreprises de qualité.

Promouvoir un nouveau salaire minimum européen, comprenant l'augmentation du salaire minimum en conformité avec les normes définies par la charte sociale européenne.

Renforcer les politiques soutenant l'emploi des jeunes, ainsi que la reprise des études de ceux qui les ont abandonnées trop tôt.

Renforcer le système de santé publique notamment par l’accélération de l’intégration des services et par l’augmentation de l’aide aux personnes en situation de dépendance.

Développer une école catalane inclusive, centrée sur la qualité. Investir prioritairement dans les établissements situés dans des secteurs défavorisés.

Promouvoir un pays accueillant, socialement avancé, ouvert et divers.

Développer la culture, quatrième pilier de l’état social, en tant que moteur du développement de citoyens critiques et libres.

Autres questions complémentaires :

La candidature sera transversale et plurielle en termes d’indépendantisme et de représentation sociale et politique. Les candidats en tête des quatre circonscriptions catalanes seront représentatifs de la société civile et des associations qui ont conduit le processus vers l’indépendance de la Catalogne. D’autres candidats seront proposés par les partis qui soutiennent la candidature.

Les élus de cette candidature formeront un groupe parlementaire qui aura comme objectif de promouvoir les initiatives politiques et législatives nécessaires à la création d’un état indépendant et aux priorités sociales détaillées plus haut.

Un gouvernement de concentration nationale sera constitué avec l’objectif d’entreprendre les mesures et les initiatives promues par le parlement.

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