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26 novembre 2015 4 26 /11 /novembre /2015 20:23

http://www.alencontre.org/europe/france/la-france-renoue-avec-letat-dexception.html

La France renoue avec l’état d’exception

Par Gilbert Achcar

Mercredi 25 Novembre 2015

C’est en proclamant la « guerre » que François Hollande a réagi à l’abjection du terrorisme qui a derechef frappé en plein cœur de Paris, comme fit naguère George Bush face à « la mère de tous les attentats terroristes » en plein cœur de New York. Ce faisant, le président français a choisi d’ignorer les nombreuses critiques du choix fait par l’administration de George Bush, bien qu’elles constituèrent en leur temps l’opinion dominante à cet égard en France même, une opinion partagée par Hubert Védrine, ministre des Affaires étrangères de juin 1997 à mai 2002, et Dominique de Villepin, ministre des affaires étrangères de mai 2002 à mars 2004. Et cela en dépit du fait que le bilan désastreux de la « guerre contre le terrorisme » menée par l’administration de George Bush a donné pleinement raison à ses critiques. Sigmar Gabriel, vice-chancelier de l’Allemagne voisine et président du parti social démocrate allemand (SPD), parti frère du Parti Socialiste français, a lui-même déclaré que parler de guerre, c’est faire le jeu de l'Etat Islamique.

De prime abord, le discours de guerre peut cependant sembler relever du défoulement verbal, une façon de répondre à l’émotion légitime suscitée par un attentat horrible qui a fait cent trente morts, jusqu’à présent. Il ne faut pas perdre de vue néanmoins qu’il ne s’agit pas d’un duel entre l'Etat Islamique et la France, mais bien d’un attentat qui, au même titre que les cent deux victimes de l’attentat d’Ankara du 10 octobre 2015, ou les deux cent vingt quatre victimes de l’avion russe qui a explosé au-dessus du Sinaï le 31 octobre 2015, ou encore les quarante trois victimes, dernier chiffre connu, de l’attentat perpétré dans la banlieue sud de Beyrouth la veille même de l’hécatombe parisienne, pour ne citer que les événements les plus récents, constitue au premier chef une retombée fatale du conflit que les puissances mondiales ont laissé dégénérer en Syrie.

Le bilan de l’ensemble des violences de ces dernières années semble bien limité en comparaison de la catastrophe humaine syrienne. Le hic avec les rives sud et est de la Méditerranée, c’est toutefois que, contrairement au « cœur des ténèbres » qu’est encore l’Afrique centrale, les tragédies qui s’y développent ont une fâcheuse tendance à déborder sur le territoire de l’Europe, voire celui des Etats-Unis. L’indifférence à la souffrance des autres, au sens fort de l’altérité, qui contraste fortement avec ce que j’ai appelé la « compassion narcissique », pour les semblables, au lendemain des attentats de New York, n’est pas sans coût pour l'occident lorsqu’il s’agit de l'orient proche. Elle peut même s’avérer très coûteuse.

Mais le discours de guerre n’est pas seulement une question d’ordre sémantique, tant s’en faut. Il vise à faire de l’état d’exception la norme, contrairement à ce qu’indique son appellation. C’est d’autant plus le cas que la guerre est plus longue. Et la « guerre » est d’autant plus longue qu’elle vise non pas un état susceptible de conclure armistice et paix, ou de capituler, sinon d’être occupé et subjugué, mais une hydre terroriste capable de se régénérer en gagnant même en puissance, comme en témoigne la trajectoire qui a mené d'al Qaïda à l'Etat Islamique en passant par « l'état islamique d’Irak » donné pour largement battu entre 2008 et 2010. Tant que guerre il y a, l’hydre terroriste a tendance à renaître de ses cendres parce qu’elle se nourrit de la guerre elle-même. C’est bien la nature même de l’ennemi qui a fait prédire à de nombreux commentateurs critiques ou approbateurs, au lendemain du 11 septembre 2001, que la « guerre contre le terrorisme » allait durer plusieurs décennies. La suite leur a donné raison.

Le corollaire du discours de guerre est déjà là, François Hollande a fait adopter une loi prorogeant de trois mois l’état d’urgence qu’il a proclamé et qui est limité à douze jours par la loi en vigueur. Il souhaite faire réviser la constitution française pour accroître le registre des exceptions aux règles démocratiques qu’elle énonce, alors qu’il s’agit d’une constitution née en 1958 en situation d’exception et qui codifie déjà copieusement l’exceptionnalité à coup de pouvoirs exceptionnels, dans son article seize, et d’état de siège, dans son article trente six. Dès maintenant, de graves violations des droits humains sont allégrement envisagées par le gouvernement français, déchéance de la nationalité visant les personnes détentrices d’une autre nationalité, suivez mon regard, enfermement sans inculpation et autres cartes blanches données à l’appareil répressif.

Mais il y a plus grave encore, contrairement aux auteurs des attentats de New York, ceux de janvier 2015 et de novembre 2015 à Paris sont en grande majorité le fait de citoyens français, d’où la menace relative à la nationalité.

Tandis que l’état de guerre est dans son essence même un état d’exception, c’est-à-dire un état de suspension des droits de la personne humaine, il y a une différence qualitative entre les conséquences qu’il entraîne selon que la guerre est portée en dehors du territoire national ou que l’ennemi potentiel se trouve sur ce même territoire. Les Etats-Unis ont pu rétablir fondamentalement l’exercice des droits civiques, quoique rognés, une fois leur territoire sécurisé dans son insularité, tandis qu’ils pratiquaient et continuent à pratiquer l’état d’exception à l’étranger. C’est toute l’hypocrisie du maintien de ce lieu de non-droit qu’est le camp de Guantánamo à courte distance de leurs côtes et en violation de la souveraineté de l'état cubain, comme de la pratique des exécutions extra-judiciaires à coup de drones qui font du Pentagone le plus meurtrier des tueurs en série.

Mais en France, la question du « djihadisme » n’est pas extérieure à son histoire. Elle l’est si peu que sa première rencontre avec le djihad remonte à la sanglante conquête de l’Algérie par son armée, il y a bientôt deux siècles, même si le djihad d’aujourd’hui est qualitativement différent de celui d’antan par son caractère totalitaire. Le djihad, l’appareil militaro-sécuritaire français y a été confronté ensuite avec le Front de Libération Nationale (FLN) algérien, dont le journal même s’appelait al Moudjahid, le pratiquant du djihad. C’est en s’engageant dans cette sale guerre coloniale, en 1955, que la France a promulgué la loi relative à l’état d’urgence. Et c’est dans des circonstances créées par la guerre d’Algérie que, pour la dernière fois avant le 14 novembre 2015, l’état d’urgence a été proclamé sur l’ensemble du territoire métropolitain de 1961 à 1963.

Dans le cadre de cet état d’urgence, de terribles exactions furent pratiquées sur le sol français, outre les exactions devenues courantes en Algérie.

L’état d’urgence a été de nouveau proclamé sur une partie du territoire français métropolitain le 8 novembre 2005, il y a dix ans presque jour pour jour. Le rapport avec ce qu’a représenté la guerre d’Algérie n’a échappé à personne, une grande partie des jeunes impliqués dans les « émeutes des banlieues » étaient des produits de la longue histoire coloniale de la France en Afrique. Tout comme la majeure partie de la frange djihadiste française de ces dernières années, née de l’exacerbation des rancœurs qui explosèrent en 2005 et des espoirs déçus à coup de promesses non tenues. Ce sont ceux qui pâtissent de ce que nul autre que Manuel Valls, dans un moment fugace de lucidité politique le 20 janvier 2015, a appelé « un apartheid territorial, social et ethnique ».

La conséquence logique de cet aveu, c’est que le désenclavement territorial, social et ethnique des populations « d’origine immigrée » et la fin de toutes les discriminations qu’elles subissent doivent constituer la réponse prioritaire au danger terroriste. Cela doit se combiner avec une politique extérieure qui remplace la vente des canons et la fanfaronnade militaire d’un état qui tient à jouer à la puissance impériale, contrairement à son voisin allemand pourtant bien plus riche, par une politique de paix, de droits humains et de développement conforme à la charte de l'Organisation des Nations Unies (ONU) dont il est coauteur. La ministre suédoise social-démocrate des affaires étrangères qui a décidé d’interdire la vente d’armements au royaume saoudien par les marchands de canons de son pays a montré la voie.

La réponse adéquate au danger terroriste, c’est aussi un soutien résolu, mais non intrusif, à celles et ceux qui se battent pour la démocratie et l’émancipation au Moyen-Orient et en Afrique du Nord contre l’ensemble des états despotiques de la région, qu’il s’agisse des monarchies pétrolières ou des dictatures militaires et policières. Le « printemps arabe » de 2011 a marginalisé pour un temps le terrorisme djihadiste.

C’est sa défaite, avec la collusion des grandes puissances, qui a fait rebondir ce dernier plus vigoureusement, fort de la frustration des espoirs créés.

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26 novembre 2015 4 26 /11 /novembre /2015 20:03

Le gouvernement d’Antonio Costa prête serment au Portugal (Reuters)

Le gouvernement du socialiste Antonio Costa, soutenu par l'extrême gauche, a prêté serment Jeudi 26 Novembre 2015 au Portugal, promettant de mettre fin à des années d'austérité.

Le nouveau chef du gouvernement, ancien maire de Lisbonne, a promis de respecter les règles budgétaires européennes et a assuré que la consolidation des comptes publics se ferait de manière « plus saine. Le programme du gouvernement veut tourner la page de l'austérité », a-t-il dit dans son discours inaugural.

Le président de la république, le conservateur Anibal Cavaco Silva, n'a pas caché qu'il voyait d'un mauvais oeil le soutien apporté par le Parti Communiste Portugais (PCP) et le Bloco de Esquerda (BE) au nouveau gouvernement, en raison de leur attitude passée à l'égard des engagements budgétaires du pays envers l'Union Européenne.

« Je n'abdique aucun des pouvoirs dont le président est investi », a-t-il dit Jeudi 26 Novembre 2015. Le chef de l’état ne peut pas dissoudre le parlement mais a le pouvoir de chasser le gouvernement, d'opposer son veto à certaines lois ou de retarder leur entrée en application. Son mandat s'achève au mois de mars 2016.

« Je ferai tout pour que le pays reste sur la voie de la croissance économique et des créations d'emplois et qu'il préserve sa crédibilité au plan international », a-t-il ajouté.

Antonio Costa a notamment désigné au poste de ministre des finances l'économiste de la banque du Portugal Mario Centeno, qui le conseille de longue date.

Agé de quarante huit ans et diplômé de Harvard, Mario Centeno est un spécialiste des questions liées au marché du travail. Il a coordonné la mise au point du programme économique du Parti Socialiste Portugais (PSP) pendant la campagne des élections législatives du 4 octobre 2015.

La coalition sortante de centre droit avait remporté ce scrutin mais perdu la majorité absolue au parlement, ouvrant la voie à la constitution d'un gouvernement socialiste s'appuyant sur des formations plus à gauche pour se maintenir au pouvoir.

Le gouvernement compte dix sept ministres dont quatre femmes. Il comprend des personnalités expérimentées comme le ministre des affaires étrangères, Augusto Santos Silva, mais également de nombreuses nouvelles têtes, comme le chercheur en biochimie Tiago Brandao, propulsé à trente huit ans au poste de ministre de l’éducation.

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25 novembre 2015 3 25 /11 /novembre /2015 21:02

https://www.ensemble-fdg.org/content/declaration-de-clementine-autain-letat-doit-reloger-les-71-de-saint-denis

Déclaration de Clémentine Autain

L'état doit reloger les soixante et onze de Saint-Denis.

Mardi 24 Novembre 2015

Elles sont soixante et onze personnes à être les victimes de l'intervention de la BRI et du RAID à Saint-Denis dans la nuit du Mardi 17 Novembre au Mercredi 18 Novembre 2015.

Soixante et onze personnes délogées de leur logement et contraintes de le quitter sans rien pouvoir emporter suite à l'intervention contre un appartement situé au 48 rue de la République à Saint-Denis qui abritait, entre autre, Abdelhamid Abaaoud, coordonnateur supposé des terribles attentats du Vendredi 13 Novembre 2015 à Paris.

Depuis, elles ont été prises en charge par la municipalité et hébergées dans un gymnase.

La solidarité des habitants s'est spontanément manifestée. C'est un précieux réconfort dans une situation qui génère beaucoup de stress et de traumatisme, notamment pour les vingt six enfants concernés.

Leur immeuble, déjà fragile, est aujourd'hui inhabitable.

Leur relogement immédiat est vital pour leur permettre de redémarrer une vie normale.

Le gouvernement, qui a fait voter l'état d'urgence, doit assumer ses responsabilités quant aux victimes collatérales de l'intervention des brigades spécialisées de la police.

De plus, un sans-papier égyptien de soixante trois ans, en France depuis de nombreuses années, blessé lors de l'intervention, s'est vu notifié une invitation à quitter le territoire. La chasse aux terroristes débouche sur la chasse aux sans-papiers.

Cette situation est inacceptable.

Je suis solidaire des soixante et onze personnes de Saint-Denis qui demandent un relogement pérenne et du sans-papier en instance d'expulsion.

J'exige du premier ministre, Manuel Valls, et du gouvernement qu'ils assument leurs responsabilités et qu'ils répondent positivement aux demandes de ces familles.

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25 novembre 2015 3 25 /11 /novembre /2015 20:47

L’Etat Islamique revendique l’attentat à Tunis, treize morts dont le kamikaze (Reuters)

L'attentat de Mardi 24 Novembre 2015 à Tunis contre un bus de la garde présidentielle a fait treize morts dont le kamikaze, ont annoncé Mercredi 25 Novembre 2015 les autorités tunisiennes qui ont rétabli l'état d'urgence, levé au mois d’octobre 2015, et renforcé la sécurité dans la capitale.

L'attaque a été revendiquée Mercredi 25 Novembre 2015 par le groupe djihadiste Etat Islamique, dans un communiqué sur internet.

La Tunisie, présentée comme un modèle d'évolution démocratique dans la foulée du « printemps arabe » en 2011, est de plus en plus fréquemment la cible d'islamistes.

« C'est une évolution dans le comportement des terroristes. Cette fois-ci, ils s'en sont pris à un symbole de l’état, au coeur de la capitale », a dit le premier ministre, Habib Essid, à la presse à l'issue d'une réunion sur la sécurité.

Dans un communiqué publié sur sa page facebook, le ministère de l’intérieur tunisien a annoncé que les analyses de la police scientifique avaient permis d'identifier les victimes appartenant à la sécurité présidentielle à partir de leurs empreintes.

« Le treizième corps est soupçonné être celui du terroriste qui a provoqué l'explosion », dit le ministère qui explique que l'état du corps du kamikaze présumé ne permet pas de relever ses empreintes digitales et qu'une identification par analyse d'ADN est en cours.

« Un sac à dos ou bien une ceinture explosive contenant dix kilogrammes d'explosifs militaires a été utilisé dans cet attentat », ajoute-t-il.

Selon le ministère, l'explosif, du Semtex, provenait de Libye.

L'Etat Islamique accompagne son communiqué de la photographie d'un homme identifié sous le nom d'Abou Abdillah Tounsi, ce qui suggère qu'il est de nationalité tunisienne.

Il s'agit du premier attentat suicide dans la capitale tunisienne. En octobre 2013, un kamikaze s'était fait exploser sur une plage de Sousse et, le 11 avril 2002, un attentat suicide revendiqué par al Qaïda avait visé la synagogue de Djerba, faisant vingt et un morts.

Arrestations il y a une semaine

Le meurtrier a actionné ses explosifs au moment où les gardes montaient à bord du bus sur l'avenue Mohamed V, pour se rendre au palais présidentiel.

Un témoin a déclaré qu'il portait un sac à dos.

Des militaires et des policiers en armes patrouillaient Mercredi 25 Novembre 2015 dans les rues de la capitale, où ils ont déployé des barrages afin de fouiller véhicules et passants. A l'aéroport international de Tunis, les forces de sécurité ne laissaient entrer que les passagers devant prendre un vol.

Le gouvernement tunisien a entrepris de construire un mur de sécurité le long de sa frontière avec la Libye, à l'est, pour tenter d'empêcher des activistes de pénétrer sur son territoire. Des djihadistes sont également actifs dans l'ouest de la Tunisie, à la frontière avec l'Algérie.

L'attentat de Mardi 24 Novembre 2015 dans Tunis est la troisième attaque d'envergure qu'ait connue la Tunisie cette année, après celle contre un hôtel de Sousse, qui a fait trente huit morts à la fin du mois de juin 2015, et celle contre le musée national du Bardo, au mois de mars 2015, lors de laquelle vingt et un touristes avaient été tués. Ces deux attaques, qui ont visé le secteur du tourisme, un pilier de l'économie tunisienne, ont déjà été revendiquées par l'Etat Islamique.

La Tunisie fait figure d'exemple en matière de transition démocratique pour d'autres pays ayant vécu le « printemps arabe », tels que la Libye voisine.

Trois mille de ses ressortissants auraient toutefois rejoint les groupes islamistes armés en Syrie depuis 2011, ce qui en fait l'un des principaux pourvoyeurs de djihadistes étrangers engagés dans les combats. Plusieurs centaines d'entre eux sont rentrés.

Au mois de septembre 2015, sur la foi de renseignements, le gouvernement avait évoqué un risque d'attentat à la voiture piégée dans la capitale, dont une partie avait été fermée à la circulation. Il y a une semaine, Tunis avait en outre annoncé l'arrestation de dix sept djihadistes qui s'apprêtaient à commettre un attentat d'envergure contre des hôtels et des commissariats.

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25 novembre 2015 3 25 /11 /novembre /2015 20:27

http://www.liberation.fr/debats/2015/11/24/bravons-l-etat-d-urgence-manifestons-le-29-novembre_1415769

https://www.change.org/p/la-rue-bravons-l-etat-d-urgence-retrouvons-nous-le-29-novembre-place-de-la-republique

Bravons l’état d’urgence, retrouvons nous Dimanche 29 Novembre 2015 à 14 heures place de la République à Paris

Il n’aura pas fallu attendre longtemps pour comprendre que l’état d’urgence décrété pour trois mois n’allait pas se limiter à protéger la population française contre de nouveaux attentats.

Ce week-end, une grande partie de la ville de Sens, dans l’Yonne, a été soumise à un couvre-feu, sans rapport clair avec les attentats. C’est la perquisition d’un appartement, dont les locataires n’auraient finalement pas été inquiétés, qui a justifié cette punition collective. Parmi les mille soixante douze perquisitions nocturnes diligentées hors de tout cadre judiciaire par les préfets, moins d'une sur dix a abouti à une garde-à-vue. À Nice, c'est une fillette de six ans qui a été blessée lors d'une opération de police, les policiers intervenus en pleine nuit avaient enfoncé la mauvaise porte.

Dimanche 22 Novembre 2015 en Loire-Atlantique, c'est une caravane de deux cent vélos accompagnée de cinq tracteurs qui a été bloquée par les forces de l'ordre, il s'agissait de dissuader les cyclistes de rejoindre Paris pour la conférence climatique.

Pendant ce temps, le gouvernement reprend sans scrupules des mesures promues hier encore par l’extrême droite. Les journaux nous l’assurent, les sondages confirment l’adhésion massive des français à cet état d’exception sans precedent depuis cinquante ans.

C'est une victoire pour l’Etat Islamique que d'être parvenu, avec moins d'une dizaine d'hommes, à faire sombrer l’état dans ses pires réflexes réactionnaires. C'est une victoire pour l’Etat Islamique que d'avoir provoqué la mise sous tutelle sécuritaire de la population tout entière.

Dimanche 29 Novembre 2015, une gigantesque manifestation était prévue dans les rues de Paris pour faire pression sur les gouvernants mondiaux, à qui personne ne faisait confiance pour trouver une solution au réchauffement climatique. Des centaines de milliers de personnes étaient attendues de toute l'Europe. Manuel Valls, certainement lucide sur le caractère dérisoire des accords qui sortiront de la conférence climatique, craignait beaucoup cette manifestation, il a donc décidé de l’interdire. Le prétexte est que la foule risquerait d’être la cible d'un attentat, Manuel Valls jouerait-il avec le feu en laissant les français risquer leur vie en faisant leurs courses de Noël ? Les moyens sont les suivants. Ceux qui voudraient manifester encourent six mois de prison.

Manuel Valls va-t-il nous mettre en prison pour nous protéger des attentats ?

La proposition que nous faisons, nous savons que dans les circonstances actuelles nous aurons du mal à la faire entendre. Depuis dix jours, les écrans ressassent la gloire des « valeurs » françaises.

Nous prenons cela au pied de la lettre. S’il existe quelque chose comme une valeur française, c’est d’avoir refusé depuis au moins deux siècles de laisser la rue à l’armée ou à la police. La mobilisation à l'occasion de la conférence climatique est un enjeu primordial et nous n'acceptons pas que le gouvernement manipule la peur pour nous interdire de manifester.

Dimanche 29 Novembre 2015, nous appelons à braver l'état d'urgence et à nous retrouver à 14 heures sur la place de la République à Paris.

Premiers signataires

Frédéric Lordon, Eric Hazan, Julien Salingue, Serge Quadruppani, Laurent Lévy, François Gèze, Yannis Youlountas, Willy Pelletier

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24 novembre 2015 2 24 /11 /novembre /2015 21:05

Le logeur d’Abdelhamid Abaaoud à Saint Denis mis en examen (Reuters)

L'homme soupçonné d'avoir fourni un « appartement conspiratif » à Saint-Denis au chef opérationnel présumé des attentats de Paris a été mis en examen Mardi 24 Novembre 2015 pour sa participation à une entreprise terroriste, a annoncé le parquet de la capitale.

Le procureur de la république de Paris, François Molins, a affirmé que Jawad Bendaoud ne pouvait pas douter « qu'il prenait part en connaissance de cause à une organisation terroriste ».

Après l'assaut mené Mercredi 18 Novembre 2015 par la police sur l'appartement de la rue Corbillon, à Saint-Denis, huit personnes avaient été placées en garde à vue et sept d'entre elles avaient été remises en liberté. Jawad Bendaoud est le seul mis en examen.

Il a fourni « contre rémunération » le logement de Saint-Denis où Abdelhamid Abaaoud, le chef opérationnel présumé des attaques de Paris, et un homme non encore identifié avaient trouvé refuge, a dit François Molins lors d'une conférence de presse.

Il avait eu auparavant des échanges téléphoniques avec Hasna Ait Boulahcen, la cousine d’Abdelhamid Abaaoud, dont la mise sous écoute et la filature a permis aux enquêteurs de remonter jusqu'aux djihadistes.

Tous trois ont été tués lors de l'assaut des forces de l'ordre, Mercredi 18 Novembre 2015.

Jawad Bendaoud « s'était approprié en toute illégalité ce logement qui lui servait de manière habituelle à des activités de marchand de sommeil », a précisé François Molins.

Le logeur était également en contact avec Hasna Ait Boulahcen « par une connaissance commune qui est elle aussi actuellement recherchée », a-t-il ajouté.

« C'est donc lui-même qui a accueilli les terroristes Mardi 17 Novembre 2015 vers 22 heures 45 », a-t-il dit.

Le procureur a souligné que les investigations se poursuivaient pour déterminer le rôle exact de Jawad Bendaoud qui, juste avant d'être interpellé, avait déclaré à une chaîne de télévision avoir voulu rendre service, sans se douter de l'identité de deux personnes venues de Belgique.

« Il apparaît d'ores et déjà en lien, avant et après les attentats, avec une ligne téléphonique belge, elle-même en contact avec une ligne utilisée par les terroristes », a-t-il expliqué.

Jawad Bendaoud a été condamné à cinq reprises, notamment par la cour d'assises de Seine Saint Denis à huit ans de prison le 5 novembre 2008 pour une affaire de coups mortels.

Jawad Bendaoud a été mis en examen pour « participation à une association de malfaiteurs terroriste criminelle, transport et détention en bande organisée de substances explosives et infraction à la législation sur les armes en bande organisée » le tout en relation avec une entreprise terroriste.

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24 novembre 2015 2 24 /11 /novembre /2015 20:56

http://tempsreel.nouvelobs.com/en-direct/a-chaud/12771-attaquesparis-urgence-police-denonce-parquet-personnes.html

La police dénonce au parquet cinquante huit personnes ayant bravé l’interdiction de manifester

La préfecture de police de Paris a transmis au procureur de la république les identités de cinquante huit personnes ayant bravé Dimanche 22 Novembre 2015 l'interdiction de manifester à Paris, en défilant en soutien aux migrants et contre l'état d'urgence, annonce un communiqué, Lundi 23 Novembre 2015.

Dans le cadre de l'état d'urgence décrété depuis Vendredi 13 Novembre 2015 à la suite des attentats à Paris et à Saint-Denis, le préfet de police de Paris a pris un arrêté d'interdiction de manifester sur la voie publique qui a été prorogé jusqu'au Lundi 30 Novembre 2015 à minuit.

Mais Dimanche 22 Novembre 2015, plusieurs centaines de personnes se sont rassemblées sur la place de la Bastille et ont défilé jusqu'à la place de la République, mobilisant « un important dispositif de sécurisation » de la part des forces de l'ordre, ce qui les a « détournées de leur mission prioritaire de sécurisation générale », explique la préfecture de police.

La police a procédé à « cinquante huit identifications de personnes n'ayant pas respecté l'interdiction de manifester », qui ont été transmises au procureur de la république de Paris « pour application des suites judiciaires prévues par la loi ». Les contrevenants « s'exposent à une peine pouvant aller jusqu'à six mois d'emprisonnement et à une amende de sept mille cinq cent euros », rappelle la préfecture de police.

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24 novembre 2015 2 24 /11 /novembre /2015 18:36

L’armée turque abat un avion russe à la frontière syrienne (Reuters)

L'armée de l'air turque a abattu Mardi 24 Novembre 2015 un chasseur-bombardier russe à proximité de la frontière syrienne après lui avoir adressé, affirme Ankara, une série d'avertissements pour violation de l'espace aérien. Moscou conteste cette version et prévient que cet incident aura de « graves conséquences ».

C'est le premier événement de ce type depuis que deux coalitions distinctes opèrent dans le ciel syrien, celle mise en place à l'été 2014 par les Etats-Unis et celle que la Russie a déclenché Mercredi 30 Septembre 2015 en soutien au régime de son allié Bachar al Assad.

Jamais depuis les années 1950 les forces armées d'un pays de l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN), dont la Turquie occupe le flanc sud-est, n'avaient abattu un avion russe ou soviétique.

Versions contradictoires

D'après la version d'Ankara, le Soukhoï SU-24 a été détruit en vol par deux chasseurs F-16 de l'armée de l'air turque après dix avertissements lancés en l'espace de cinq minutes pour violation de l'espace aérien.

« Nos données montrent sans ambiguïté que l'espace aérien turc a été violé à de multiples reprises. Et ils l'ont violé en connaissance de cause », a dit à Reuters un haut responsable turc.

La chaîne de télévision turque Haberturk TV a montré le Soukhoï en flammes, chutant et s'écrasant dans une zone boisée du nord-est de la Syrie, en dégageant une colonne de fumée. Sur une vidéo de l'agence de presse turque Anatolie, on peut voir deux pilotes sautant en parachute.

Le président turc, Recep Tayyip Erdogan, a été informé de l'incident par le chef d'état-major de l'armée et le premier ministre, Ahmet Davutoglu, a ordonné des consultations avec l’OTAN ainsi qu'avec l’Organisation des Nations Unies (ONU) et les pays concernés, indiquent leurs services.

Selon la version russe, l'avion n'a jamais violé l'espace aérien turc.

Vladimir Poutine, cité par l'agence de presse RIA, a affirmé que le Soukhoï se trouvait au-dessus de la Syrie, à un kilomètre de la frontière turque, lorsqu'il a été abattu. Toujours selon le président russe, l'avion s'est écrasé à quatre kilomètres à l'intérieur du territoire syrien.

A Washington, le porte-parole de la coalition américaine, le colonel Steve Warren, a indiqué que les Etats-Unis n'avaient pas encore de certitudes sur l'ensemble des événements ayant conduit à la destruction de l'avion russe, à commencer par la localisation exacte de l'appareil au moment du déclenchement du tir. Il a dit que les turcs avaient bien adressé dix avertissements aux pilotes russes.

Une autre source américaine a indiqué qu'il y avait eu une incursion de « quelques secondes » dans l'espace aérien turc.

Incertitude sur le sort des pilotes

Les deux pilotes ont réussi à s'éjecter de leur avion mais leur sort est incertain.

D'après un responsable gouvernemental turc, les deux pilotes sont considérés comme étant en vie et aux mains de rebelles de l'opposition syrienne. Les autorités travaillent à leur libération, ajoute-t-on de même source.

Une brigade de rebelles turkmènes opérant en Syrie a pourtant affirmé un peu plus tôt qu'elle les avait abattus après qu'ils se soient éjectés.

« Nos camarades ont ouvert le feu et les ont abattus en l'air », a déclaré Alpaslan Celik, commandant adjoint de cette brigade opérant près de la localité frontalière de Yamadi, dans le nord-est syrien.

Plus tôt dans la journée, le porte-parole d'un groupe rebelle syrien avait annoncé, vidéo à l'appui, que l'un d'eux était mort après le crash.

La chaîne CNN Türk, citant des sources locales, a rapporté que l'un des pilotes était aux mains de combattants rebelles turkmènes du nord de la Syrie.

Des hélicoptères de l'armée russe ont décollé pour tenter de localiser et récupérer les pilotes, écrit l'agence de presse turque Dogan.

A Moscou, le ministère russe de la défense n'a pas fourni d'informations définitives sur le sort des deux pilotes. « L'avion volait à une altitude de six mille mètres. Le sort des pilotes n'est pas encore déterminé avec certitude. Selon les premières informations, ils ont été en mesure de s'éjecter », a dit le ministère

Quelles conséquences ?

Ce grave incident, quelle qu'en soit la version correcte, intervient alors que les puissances impliquées dans la recherche d'une solution politique à la crise en Syrie s'activent depuis plusieurs semaines, avec la tenue notamment à la fin du mois d’octobre 2015 et il y a dix jours de deux réunions à Vienne.

Dans l'immédiat, le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, qui était attendu Mercredi 25 Novembre 2015 en visite en Turquie pour discuter précisément du conflit syrien, a décidé d'annuler son déplacement. On ignore en revanche si le déplacement du président Recep Tayyip Erdogan, qui doit se rendre à la fin du mois de décembre 2015 en Russie pour des entretiens avec Vladimir Poutine, sera maintenu.

Le président russe, qui a dénoncé un « coup de poignard dans le dos de la Russie », a prévenu que « nous analyserons naturellement tout ce qui s'est passé et les événements tragiques de la journée auront de graves conséquences pour les relations entre la Russie et la Turquie ».

Vladimir Poutine a aussi évoqué au passage l'attitude de la Turquie face à la menace posée par l'organisation djihadiste Etat Islamique. « Nous avons établi depuis longtemps que d'importantes quantités de pétrole et de produits pétroliers en provenance de territoires capturés par l'Etat Islamique arrivent sur le territoire turc », a-t-il dit au sujet d'une des principales sources de financement du « califat » proclamé par Abou Bakr al Baghdadi.

Les ambassadeurs des deux pays ont chacun été convoqués. L’OTAN a organisé dans l'urgence une réunion de ses ambassadeurs, Mardi 24 Novembre 2015. « L'objectif de la Turquie est d'informer les alliés des événements de la matinée », a dit une porte-parole de l’OTAN.

L'incident turco-syrien survient aussi alors qu'un enchaînement d'attentats revendiqués par l'Etat Islamique, contre un avion charter russe, Samedi 31 Octobre 2015, au-dessus du Sinaï puis à Paris et Saint-Denis, Vendredi 13 Novembre 2015, semblait esquisser une évolution des positions respectives dans la crise.

François Hollande, qui se trouvait Mardi 24 Novembre 2015 à Washington avec Barack Obama pour tenter de mettre sur pied une coalition unique contre l'Etat Islamique, est attendu, Jeudi 26 Novembre 2015, à Moscou dans le cadre de cette initiative. De source diplomatique française, on indique que l'incident russo-turc n'aura pas de répercussion sur cet agenda.

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23 novembre 2015 1 23 /11 /novembre /2015 20:56

FRONT UNIQUE POUR LA DEFENSE DES LIBERTES

Vous trouverez ci-dessous le dernier paragraphe d’un très long message de Pierre Rousset et de François Sabado relatif à la situation politique nationale et internationale suite aux attentats du Vendredi 13 Novembre 2015 à Paris.

Le message est disponible en totalité à l’adresse ci-dessous.

Bernard Fischer

http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article36454

Les attentats du Vendredi 13 Novembre 2015 à Paris, la terreur de l’Etat Islamique, l’état d’urgence en France et nos responsabilités

Par Pierre Rousset et François Sabado

Dimanche 22 Novembre 2015

Un tournant de la situation nationale

Comme en janvier 2015 après le massacre des journalistes de Charlie Hebdo, la mort du personnel de police et l’attaque de l’Hyper Cacher de la porte de Vincennes, l’émotion a submergé le pays, ce qui est évidemment parfaitement normal. Les actes islamophobes se sont multipliés, mais ils sont le fait d’une frange seulement de la population. Les actes de solidarité et de convivialité se sont aussi multipliés, grand sourire dans le métro quand on croise un magrébin, galanterie ostentatoire, même si désuète, quand on s’efface pour laisser passer une femme voilée, réoccupation des lieux de fêtes et de mixité et rejet des amalgames. Malheureusement, tous ces gestes-là ne sont pas recensés et n’entrent pas dans les statistiques.

Comme en janvier 2015, aussi, les politiques sécuritaires sont plébiscitées et les forces de l’ordre sont applaudies. Or, plus encore qu’en janvier 2015, le gouvernement saisit l’occasion pour prendre des mesures liberticides. Ce fut hier le cas de la loi sur le renseignement qui donne des pouvoirs exorbitants aux services secrets. C’est maintenant le cas avec l’instauration de l’état d’urgence, son durcissement par le parlement, l’appel du gouvernement français à ce que l’Union Européenne suive avec, notamment, le fichage des passagers prenant l’avion, et l’annonce par François Hollande d’une réforme constitutionnelle.

La France est déjà dotée de deux régimes d’exception, forgés notamment à l’occasion de la guerre d’Algérie, l’état d’urgence, une demi-loi martiale qui libère les forces de l’ordre du contrôle judiciaire et limite les libertés, et l’état de siège, une loi martiale intégrale donnant les pleins pouvoirs à l’armée.

Pourquoi cela ne suffit-il pas à nos gouvernants ? Parce que le recours à l’état d’urgence, par exemple, est limité dans le temps et demande un vote parlementaire, qui en l’occurrence fut presque unanimement favorable, elle a été soutenue par la grande majorité des socialistes, des verts et des députés communistes. La réforme constitutionnelle permettrait au gouvernement, ou au président, de prendre plus librement des mesures d’exception et de faire finalement de l’exception la règle, intervention de l’armée en matière de police, perquisitions arbitraires, détentions « préventives », interdiction des manifestations ou grèves et censure de la presse. Le texte de loi que rédigera François Hollande n’est pas encore connu, mais ses intentions sont claires. Le régime deviendra de plus en plus autoritaire et la militarisation de société fera un bond en avant.

Bon nombre de personnes s’inquiètent de ce qui se passerait si Marine Le Pen et le Front National emportaient les élections, un scénario qui ne relève pas de la politique fiction, mais ne se demandent pas ce que François Hollande, Manuel Valls, Nicolas Sarkozy ou autres en feront. Il est donc très important de rappeler ce que les gouvernements républicains ont fait par le passé, dont la torture en Algérie et l’adoption d’une loi d’amnistie qui interdit de mettre en accusation ses auteurs, on ne peut que les accuser d’apologie de la torture si, après-coup, il en défendent l’usage, l’oubli médiatique du massacre des algériens de Paris le 17 octobre 1961, terrorisme d’état s’il en est, le putsch des généraux à Alger, de multiples coups fourrés des services secrets, l’attentat contre le Rainbow Warrior de Greenpeace, un mort, terrorisme d’état à nouveau, et l’assassinat de dirigeants kanaks. En fait, l’ensemble des lois sécuritaires adoptées ces dernières années et les dispositifs de surveillance mis en place permettront au pouvoir quel qu’il soit de mener une guerre civile rampante quand il le désirera.

Enfin, au-delà de la marche au tout sécuritaire, il y a un calcul politique. François Hollande et Manuel Valls comptent sur l’état d’exception pour utiliser une nouvelle fois l’arsenal bonapartiste et se hisser, d’une certaine façon, au-dessus des partis et des institutions. Opération qui vise à neutraliser le bilan catastrophique des gouvernements depuis 2012 et à promettre au Parti Socialiste de meilleurs résultats électoraux. C’est un pari des plus hasardeux. François Hollande et Manuel Valls peuvent jouer la carte sécuritaire, appuyée sur les institutions de la cinquième république, mais dans la situation politique actuelle où les vents mauvais vont à droite et à l’extrême droite, ce sont ces forces qui risquent de profiter de cette manœuvre.

Les résistances à la prolongation de l’état d’urgence ont été très faibles dans la gauche parlementaire, mais plus importante à la base, au sein du Parti Communiste Français (PCF) par exemple, contre le vote de ses représentants, ou dans le mouvement social et syndical , l’Union Syndicale Solidaire, mais aussi la Confédération Générale du Travail (CGT).

Le moment politique présent est lourd de très grands dangers. La démocratie politique a déjà été vidée de son contenu et les assemblées élues n’ayant plus prise sur les principales décisions qui relèvent de l’Union Européenne, de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) et des traités intergouvernementaux. Ce sont maintenant les libertés civiques, déjà sous contraintes, qui risquent de devenir une coque vide. Le gouvernement veut pouvoir assigner la société à résidence. Or la population n’en a pas conscience.

L’important est de lier entre eux les terrains de résistance, de manifester notre solidarité avec les victimes du terrorisme, de donner les moyens matériels, politiques et militaires de survivre et de vaincre aux peuples qui luttent pour leur liberté, et d’aider les forces progressistes et non confessionnelles qui luttent sur le terrain tout à la fois contre l’obscurantisme sanguinaire et terroriste de l’Etat Islamique et celui du régime de Bachar al Assad qui l’a tant favorisé. C’est arrêter d’engager des guerres et des bombardements, arrêter de soutenir des régimes absolutistes et promouvoir les injustices sociales et politiques au Moyen-Orient comme ailleurs.

L’état des forces progressistes en France est assez désastreux mais, en ce moment clé, des points d’appui pour résister existent, dans les sentiments de solidarité partagés au sein de la population, dans la réaction de la jeunesse et dans le refus par bon nombre d’associations et syndicats d’accepter des mesures liberticides, un régime permanent d’exception. De quoi construire un front uni en défense des libertés ici et ailleurs, du vivre ensemble et de la solidarité.

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23 novembre 2015 1 23 /11 /novembre /2015 20:16

http://www.lemonde.fr/immigration-et-diversite/article/2015/11/23/l-etat-devra-ameliorer-les-conditions-de-vie-dans-les-campements-de-fortune_4815883_1654200.html#xtor=AL-32280515

L’Etat devra améliorer les conditions de vie dans les campements de fortune

Fini l’insalubrité dans tous les camps de fortune ? L’Etat, qui a été condamné Lundi 23 Novembre 2015 par le conseil d'état à rendre les conditions de vie plus dignes dans la jungle de Calais, devra aussi rendre salubres tous les campements que compte le pays. « En tout cas si les conditions de vie y sont telles que les personnes peuvent être soumises à des traitements inhumains ou dégradants », rappelle Patrice Spinosi, avocat des associations et des migrants requérants.

En décidant que la jungle de Calais doit avoir plus de points d’eau et de toilettes, qu’un dispositif de collectes d’ordures doit être mis en place et que des voies carrossables doivent être aménagées, permettant l’accès des services d’urgence, le jugement en référé du conseil d'état améliorera certes la vie des quatre mille cinq cent à six mille migrants qui campent là.

Mais sa décision changera aussi le quotidien de gens du voyage ou de roms qui sont soumis à la même incurie que les réfugiés calaisiens. Lundi 23 Novembre 2015, les magistrats du conseil d'état ont rendu définitive la condamnation de l'état prononcée par le tribunal administratif de Lille, Lundi 2 Novembre 2015. L'état, qui avait fait appel de cette décision, se voit donc définitivement condamné et obligé de commencer les travaux dans les huit jours.

Saisine d’Organisations Non Gouvernementales (ONG) et de migrants

A l’origine, Médecins Du Monde (MDM) et le Secours Catholique, tous deux très présents sur le site, ainsi que quatre des migrants qui vivent là, avaient saisi le juge des référés du tribunal administratif de Lille d’un référé-liberté. Ils demandaient qu’il soit ordonné à l'état, à la commune de Calais et à l’agence régionale de santé de Nord–Pas-De-Calais de mettre en œuvre un certain nombre de mesures pour « faire cesser les atteintes graves portées aux libertés fondamentales des migrants se trouvant sur le site, notamment le droit au respect de la vie et le droit de ne pas être soumis à des traitements inhumains ou dégradants ».

Le tribunal leur avait donné partiellement raison. Le conseil d'état a bien relevé que « les autorités publiques font actuellement et continueront à faire dans les prochains mois de nombreux efforts pour l’hébergement ainsi que pour la prise en charge sociale, médicale et psychologique des personnes les plus vulnérables vivant sur le site ». Il a aussi estimé, que « le juge des référés du tribunal administratif avait eu raison de juger que des mesures de sauvegarde n’étaient pas nécessaires sur ce point ».

Ce jugement est une première. Pour Patrice Spinosi, « c’est une défaite pour le ministère de l’intérieur qui a fait appel. Pour la première fois, nous avons la condamnation de l'état à propos d’un camp de réfugiés. La plus haute juridiction administrative rappelle dans une ordonnance, qu’elle a choisi de rendre publique, que l'état ne peut manifester un désintérêt total à propos de ce qui se passe sur son territoire au point de soumettre les migrants qui vivent là à des traitements humains et dégradants », analyse l’avocat.

Une condamnation qui tombe mal

Une approche que partage le Secours Catholique, pour qui il est important que « les pouvoirs publics soient mis face à leur obligation d’assurer un accès effectif aux droits fondamentaux des gens qui vivent dans des campements », rappelle Laurent Giovannoni, le responsable du département accueil et droits des étrangers de l'association. Du côté de MDM, Jean-François Corty insiste, lui, sur le fait que « cette décision fera jurisprudence. En cela, c’est une décision historique », ajoute le médecin, responsable des missions en France de MDM.

Si l'état est condamné sur les points cités, le conseil d'état a confirmé, après le tribunal administratif, « qu’aucune carence caractérisée ne pouvait être reprochée aux autorités publiques en ce qui concerne la nutrition des personnes présentes sur le site, le centre Jules-Ferry distribue des repas, et de nombreux migrants pourvoient à leurs besoins alimentaires soit grâce aux associations présentes sur le site, soit par leurs propres moyens ». Il a confirmé aussi « qu'aucune carence caractérisée ne pouvait être reprochée à l'état en matière d’asile dans la mesure où il était déjà suffisamment fait pour la prise en charge des migrants présents sur le site au titre de l’asile, information, accompagnement des demandeurs et places en centre d’accueil ».

Pour l’heure, le ministère de l’intérieur n’a pas réagi. Mais cette condamnation tombe assez mal, alors que Bernard Cazeneuve a lancé une opération de « desserrement de Calais ». D’une part il propose aux volontaires qui veulent s’éloigner de cette frontière avec la Grande-Bretagne de bénéficier d’un hébergement, d’autre part, il répartit dans des Centres de Rétention Administrative (CRA) à travers le pays des migrants arrêtés arbitrairement, qui sont dans quatre vingt dix sept pour cent des cas libérés par des juges et qui regagnent Calais.

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