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25 décembre 2015 5 25 /12 /décembre /2015 14:38

CESSER DE REGARDER DANS LE RETROVISEUR

Vous trouverez ci-dessous les trois derniers paragraphes d’un très long message d’Yvan Lemaitre relatif à l’actuelle situation politique française.

Le message est disponible en totalité à l’adresse ci-dessous.

Bernard Fischer

http://www.npa2009.org/idees/strategie/tournant-politique-apres-les-attentats-nouvelle-periode-et-strategie

Prendre en compte les nouveaux rapports sociaux et politiques implique de ne pas avoir le cerveau dominé par le passé. Dans leur article dont le titre est « la situation en France après les élections régionales, dernier avertissement », François Sabado et Pierre Rousset écrivent que « plus important encore, le Parti Socialiste connaît un changement profond de nature. Il y a ce qu’on pourrait appeler une accélération dans la transformation bourgeoise de la sociale démocratie. Un processus qui vient de loin et qui se traduit par une intégration sans précédent des appareils sociaux-démocrates dans les sommets de l'état, les institutions mondiales et dans l’économie globalisée. Les partis socialistes sont devenus de moins en moins ouvriers et de plus en plus bourgeois. La brutalité des politiques néolibérales sape leurs bases sociales et politiques. Sous des formes différentes, les partis socialistes se transforment en partis bourgeois. Deviennent-ils pour autant des partis bourgeois comme les autres ? Pas tout à fait, le fonctionnement de l’alternance exige des partis socialistes qu’ils marquent leur différence avec les autres partis bourgeois. Ils restent liés, par leur origine historique, au mouvement ouvrier, mais ce ne sont plus que des traces qui s’effacent dans la mémoire des militants. Cela crée néanmoins des contradictions et des oppositions au sein de ces partis. Ils peuvent garder un certain rapport au peuple de gauche, même s’il est de plus en plus distendu. Cette mutation qualitative, si elle allait jusqu’au bout, transformerait ces partis en partis démocrates à l’américaine ».

On retrouve dans ce raisonnement la schizophrénie d'une partie du mouvement trotskyste qui a pu conduire certains militants à militer au sein du Parti Socialiste tout en croyant militer dans un parti ouvrier. Les mots n'ont alors plus de sens. Certes le Parti Socialiste n'est pas un parti bourgeois comme les autres, mais les autres eux-mêmes ne sont pas identiques, il n'y a pas plus de modèle de parti bourgeois que de parti ouvrier. Les Républicains et le Front National sont deux partis bourgeois mais ils sont différents, ce qui n'empêche pas les vases communicants. Le Parti Socialiste est déjà un parti démocrate à la française.

Comment peut-on dire aujourd'hui du Parti Socialiste qui fait corps avec le gouvernement qui dirige l'état de la bourgeoisie qu'il reste un peu un parti ouvrier ? Qu'est ce que cela peut vouloir dire et pourquoi de tels raisonnements ? Même pour expliquer qu’il faut voter pour le Parti Socialiste, nul besoin d'avoir recours à une telle construction. Les mêmes camarades ont voté pour Jacques Chirac, ou nous sommes très nombreux à avoir dans le passé voté pour François Mitterrand, prototype même de l'homme politique bourgeois.

Ce type de raisonnement alambiqué et mécanique sur la dite double nature du Parti Socialiste renvoie à une longue tradition d'une partie du mouvement trotskiste qui s'est toujours pensé comme une opposition au Parti Socialiste et au Parti Communiste Français plutôt que l'ébauche d'un parti élaborant une politique pour l'ensemble de la classe ouvrière en toute indépendance des partis dits de gauche intégrés au jeu parlementaire. Ces raisonnements ne reposent plus sur la moindre base objective.

Du grand basculement du monde aux bouleversements révolutionnaires ?

Comment contribuer à l'émergence d'un mouvement révolutionnaire au niveau national, européen et international, la question nous est reposée en des termes nouveaux à travers une situation instable où bien des possibilités restent ouvertes malgré la montée des forces réactionnaires.

Les forces qui sont nées des mutations ou de l'effondrement des vieux partis staliniens s’intègrent au système ou aspirent à s’y intégrer, gèrent l'austérité comme Syriza en Grèce. Podemos en Espagne sert à canaliser le mécontentement populaire dans le cadre institutionnel, le Bloco de Esquerda au Portugal s'enferme en s'alliant au Parti Socialiste Portugais dans le carcan politique imposé par la bourgeoisie et la troïka.

Il s'agit de porter aujourd'hui une stratégie de regroupement des anticapitalistes et des révolutionnaires sur la base d'un programme de transformation révolutionnaire de la société partant des exigences élémentaires des exploités, la garantie d'un salaire et de pensions décentes, la liquidation du chômage par la répartition du travail entre toutes et tous et la défense des services publics pour poser la question de la conquête du pouvoir pour annuler la dette, créer un monopole public bancaire et socialiser les grands groupes industriels et commerciaux.

Cette stratégie et ce programme se déclinent de façon différenciée selon les pays et les situations mais ils s'organisent autour d'une démarche transitoire posant la question du pouvoir des travailleurs et de la population, les quatre vingt dix neuf pour cent, afin d'en finir avec la dette et mettre les banques et les multinationales hors d’état de nuire.

Alors qu'en réponse aux ravages de la mondialisation, les forces réactionnaires jouent du désespoir et des peurs des classes populaires pour développer leur propagande xénophobe et nationaliste, nous devons œuvrer au regroupement, au pôle opposé, du camp des travailleurs en rupture avec le capitalisme et ses institutions.

Nous œuvrons à l'unité des classes exploitées et de leurs organisations sur la base de cette indépendance de classe.

Répondre à l’urgence et aux besoins de la situation c’est engager le dialogue et des collaborations politiques avec les autres forces anticapitalistes et révolutionnaires dans le monde dans la perspective de la constitution d'une nouvelle internationale. Il n'y a pas d'autre voie que d'œuvrer au rassemblement des forces révolutionnaires dans un même mouvement en rompant avec les pratiques sectaires et antidémocratiques du passé qui ont fait éclater le mouvement révolutionnaire.

Tirer les leçons des échecs et occasions manquées

« Depuis 1995, il y a eu trois importantes expériences politico-électorales, en insistant sur la forme électorale de ces expériences. En 1995 avec Arlette Laguiller et Lutte Ouvrière, en 2002 et en 2007 avec la Ligue Communiste Révolutionnaire (LCR), puis le Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA), et Olivier Besancenot, et en 2010 et en 2012, avec le Front De Gauche (FDG) et Jean Luc Mélenchon, qui ont obtenu en 2012 plus de quatre millions cinq cent mille voix. Trois expériences qui ont montré les potentialités de réorganisation politique à la gauche de la gauche, mais aussi leurs limites et leur échec. Cela explique aussi l’espace laissé libre pour le Front National. Dans tous les cas, il n’y a pas eu, au-delà des différences politiques et historiques de chaque expérience, émergence de formations politiques du type Syriza, Podemos ou Bloco de Esquerda », écrivent François Sabado et Pierre Rousset dans l'article déjà cité. Le raisonnement me semble concentrer plusieurs erreurs ou au moins un manque de point de vue critique vis à vis de ces expériences qui permettent d'en dégager des enseignements. Il appelle plusieurs remarques.

Mettre sur le même plan 1995, 2002, 2007, 2010 et 2012 avec le FDG me semble créer la confusion plus que cela n'éclaire la discussion.

Il y a bien eu une période qui va de 1995 à 2007 à travers laquelle ni Lutte Ouvrière ni la LCR n'ont été capables de jeter les bases d'une ébauche de parti ouvrier ou de parti des travailleurs. C'est cet échec qui a laissé la place à la tentative du FDG. L'expérience de Syriza, sa capitulation, celle de Podemos ou du Bloco de Esquerda aujourd'hui soutien du Parti Socialiste Portugais se situent plus dans le cadre de l'expérience du FDG que dans celle de Lutte Ouvrière, de la LCR ou du NPA. Pour clarifier le débat, il est nécessaire de dissocier les questions.

Pour nous, la discussion porte sur les voies et moyens de construire un parti pour la transformation révolutionnaire de la société.

De ce point de vue, nous devons discuter pour dégager des leçons de l’expérience de 1995 à 2007, la décennie des occasions manquées, l'échec de l'extrême-gauche à faire un saut qualitatif pour aller ne serait-ce que vers l'ébauche d'un parti. Après 1995, le refus de Lutte Ouvrière d'assumer les responsabilités du succès d'Arlette Laguiller. En 1999, le commun refus de la LCR et de Lutte Ouvrière de faire de leur accord électoral pour les élections européennes un pas vers un dépassement des deux organisations, puis les rivalités de 2002, où l'ensemble de l'extrême-gauche dépasse les dix pour cent, et de 2007, où Olivier Besancenot prend le relais d'Arlette Laguiller. La tentative de dépasser les limites de Lutte Ouvrière avec la fondation du NPA a été mis en échec, le noyau dirigeant issu de la LCR n'arrivant pas à se dégager de la conception dite des « partis larges » jusqu’à l'explosion du NPA et la scission.

C'est bien de cette séquence qu'il faut discuter, des causes politiques de nos limites et de nos échecs pour préparer la suite car la crise chronique du NPA n'est pas une simple crise de croissance. Elle pose la question de la refondation du NPA.

Une autre politique aurait été possible durant cette décennie, militer pour que l'appel à un parti des travailleurs d'Arlette Laguiller soit une démarche ouverte de rassemblement, lutter pour « le parti d'Arlette Laguiller et d'Alain Krivine » comme nous disions à Démocratie Révolutionnaire, pour l'unité des révolutionnaires et pour faire de la fondation du NPA, non un coup politique vers un « parti large », mais la mise en œuvre d'une politique de rassemblement des anticapitalistes et des révolutionnaires.

Cette voie demeure la bonne, la seule adaptée à la période que nous traversons, au recul et à la nécessité de reformuler le projet révolutionnaire, tout en faisant face à l’éclatement et la division des forces. Mais elle ne peut être féconde que si elle s'inscrit dans une volonté commune de mettre en œuvre une stratégie pour la construction d'un parti révolutionnaire.

Une politique pour construire et pour rassembler

Notre tâche collective est de formuler une politique pour la classe ouvrière et ses luttes en combinant revendications immédiates, questions démocratiques et question du pouvoir. Cette politique s'écrit chaque jour en fonction du niveau de conscience, de notre propre niveau de conscience collectif, c'est à dire de nos liens réels avec les masses, et de notre capacité à exprimer leurs aspirations et d'aider aux évolutions.

Nous approprier aujourd'hui la démarche de la révolution permanente nous invite à sortir des formalismes, des conceptions toutes faites, des recettes et des modèles de parti qui sont autant de motifs de querelles et de divisions qui paralysent le mouvement révolutionnaire. La référence au trotskysme devient elle aussi une formule creuse et un mythe.

Personne n'a de réponse clé en main sur les voies et moyens de construire un véritable parti de masse. Cela ne peut être qu'un processus à travers lequel nous devons combiner une politique de regroupement des forces révolutionnaires et anticapitalistes avec la formulation d'une stratégie pour implanter nos idées au sein du monde du travail.

Un tel processus suppose que nous soyons capables de faire vivre une démocratie révolutionnaire et dynamique tant au niveau du mouvement anticapitaliste qu'au sein même du mouvement ouvrier.

Pour être à même de gagner du crédit auprès d'une fraction minime de la classe ouvrière et de la jeunesse, faudrait-il que le mouvement révolutionnaire travaille, réussisse à dépasser ses propres limites et soit capable d’unir ses forces et de construire un cadre collectif pour l’élaboration comme l’action sans craindre aucun débat ni aucune confrontation.

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24 décembre 2015 4 24 /12 /décembre /2015 20:34

http://www.patrick-le-hyaric.fr/un-attentat-contre-la-republique

http://www.humanite.fr/un-attentat-contre-la-republique-593949?IdTis=XTC-FT08-ABW3QR-DD-DLH85-FP2Y

Un attentat contre la république

Par Patrick le Hyaric, directeur de l'Humanité et député européen du Front De Gauche (FDG)

Mercredi 23 Décembre 2015

En s’attaquant au droit du sol et à la nationalité, le pouvoir exécutif vient de basculer dans le déshonneur. C’est tout l’inverse du programme présenté aux français par le candidat François Hollande.

Aux choix sécuritaires extrêmement inquiétants pour les libertés individuelles et collectives symbolisés par l’inscription de l’état d’urgence dans la constitution s’ajoute donc l’infamie d’une mesure racialiste et identitaire qui balafre le visage de la république laïque et universelle.

En inscrivant dans la constitution la possibilité de déchoir de leur nationalité les binationaux, le président de la république et son premier ministre viennent de créer deux catégories de citoyens. Au-delà du caractère ridiculement inefficace de la mesure pour lutter contre le terrorisme, le symbole envoyé effraie.

Qui peut croire qu’un terroriste puisse craindre d’être déchu de la nationalité française ? C’est avoir peu confiance en notre république, sa police et sa justice, que d’envoyer dans un pays tiers un terroriste ou présumé tel au lieu de l’incarcérer dans notre pays.

Le gouvernement a donc décidé de placer les idées et propositions de la droite extrême et de l’extrême droite au cœur du débat public et de leur donner corps dans les principes constitutionnels. Ils accélèrent ainsi leur ascension à quelques encablures des élections législatives et présidentielles. Il s’agit soit d’une minable manœuvre politicienne sur le dos des principes républicains pour conserver le pouvoir, soit d’un choix idéologique profond.

La situation est très inquiétante. La république, ses principes et ses valeurs, ne sont aujourd’hui plus défendus.

François Hollande adresse une gifle à toutes celles et ceux qui l’ont porté à la tête de l'état. Nous pensons à cette France diverse et colorée aujourd’hui pointée du doigt par un gouvernement qui se dit de gauche.

Nous devons et devrons redoubler de solidarité avec les millions de français ainsi stigmatisés en raison de leurs origines. C’est à la résistance morale et politique qu’il va désormais falloir s’atteler pour préserver la république des démons identitaires qui la consume à grand feu.

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24 décembre 2015 4 24 /12 /décembre /2015 20:18

http://www.alencontre.org/europe/espagne/etat-espagnol-podemos-sattribue-la-deroute-du-bipartisme.html

http://www.publico.es/politica/atribuye-derrota-del-bipartidismo-y.html

Podemos s’attribue la déroute du bipartisme et présente trois conditions pour un accord

Par Alejandro López de Miguel

Podemos obtient plus de cinq millions de suffrages, quatre cent mille voix de moins que le Parti Socialiste Ouvrier Espagnol (PSOE). « A chaque nouvelle élection, les forces du changement progressent », affirme Pablo Iglesias qui promet que ses soixante neuf députés « tendront la main à toutes les forces » afin de réformer la constitution, introduisant dans le texte un « blindage » des droits sociaux, la réforme de la loi électorale et la révocabilité du président du gouvernement à mi-mandat.

« Aujourd’hui une nouvelle Espagne est née, celle qui met un terme au système de l’alternance entre le Parti Populaire et le PSOE ». Pablo Iglesias, dirigeant de Podemos, a échangé ses sourcils froncés par le sourire afin d’évaluer les résultats des élections générales du Dimanche 20 Décembre 2015, dans lesquelles sa formation et ses « marques » territoriales, alliances de diverses forces dans lesquelles s’insèrent Podemos, comme Marea en Galice ou Podem en Comú en Catalogne, ont reçu cinq millions cent quarante deux mille soixante quinze suffrages et soixante neuf sièges au congrès des députés, ce qui fait de Podemos la troisième force politique, avec quatre cent mille voix de moins que le PSOE.

Podemos s’attribue le coup de hache porté au bipartisme. Suite à ce coup, la formation fixe trois conditions « urgentes et impératives » afin de réaliser un accord d’investiture du candidat du PSOE à la présidence du conseil, Pedro Sánchez, ainsi que pour examiner tout autre scénario. « Il n’est pas question de discuter d’accords avec des partis, mais plutôt de réformes constitutionnelles », affirme Pablo Iglesias, entouré de ses plus étroits collaborateurs ainsi que de plusieurs députés élus resplendissants, formulant ainsi les lignes rouges autour desquelles ils travailleront dans les jours à venir.

Celles-ci s’établissent autour d’une réforme constitutionnelle qui « blinde » les droits sociaux et qui établit un mécanisme de révocabilité du président du gouvernement à mi-mandat ainsi qu’une garantie d’une nouvelle loi électorale plus proportionnelle. « Nos soixante neuf députés tendront la main à toutes les forces politiques à cette fin, avant même de discuter de toute autre chose », promet Pablo Iglesias.

Le candidat du parti violet bombait ainsi le torse car sa formation est devenue la « première force en termes de suffrages » en Catalogne, Podem en Comu, liste à laquelle participe le regroupement Barcelona en Comú qui a porté Ada Colau à la mairie de Barcelone en mai 2015, avec 24,7% des voix et douze sièges ainsi qu’au Pays Basque, avec 26% des voix et cinq députés.

Ils sont également parvenus à atteindre la deuxième position à Madrid, avec 20,9% des voix et huit députés, au sein de la communauté valencienne, la liste d'alliance entre Compromís et Podem es el moment, avec 25% des suffrages et neuf députés, en Navarre, avec 23% des votes et deux sièges, aux îles Baléares, avec 23% des voix et deux députés au congrès, ainsi qu’en Galice, la liste En Marea, avec 25% des voix et six députés.

De fait, les bons résultats du parti en Catalogne, à Valence et en Galice sont des composantes essentielles du résultat, ils totalisent vingt sept sièges. Ils confirment pour Pablo Iglesias que ce pays « est un pays plurinational » et que sa formation est « la seule force politique à l’échelle de l'état qui est à même de guider la réalisation d’un nouvel accord territorial qui respecte la plurinationalité », ce qui se traduit par un processus de redéfinition des rapports entre la Catalogne et l'état.

Pablo Iglesias n’a pas établi clairement si le référendum catalan serait une ligne rouge supplémentaire mise en avant avant de s’asseoir à la table des négociations. Il a, en revanche, insisté sur le fait qu’ils mettraient sur la table la condition de la « plurinationalité » de l’Espagne dont son parti s’est fait le porte-drapeau. Il n’a pas fourni de détails supplémentaires, mais il tiendra une conférence de presse, Lundi 21 Décembre 2015, après la réunion de l’exécutif du parti qui évaluera les résultats de ces élections ainsi que les options qui s’ouvrent suite à celles-ci.

Le pire résultat de l’histoire du PSOE

« Le PSOE de Pedro Sánchez a réalisé son pire résultat électoral depuis 1977 », a affirmé Dimanche 20 Décembre 2015 Pablo Iglesias, rappelant que c’est, pour le Parti Populaire, « le pire depuis 1989. Le système d’alternance en Espagne est terminé », tranche-t-il.

Podemos est également parvenu largement à dépasser Ciudadanos, qui ne dépasse pas les quarante sièges, bien loin des résultats que lui donnait la majorité des sondages, il y a à peine deux semaines. Par communautés, l'état espagnol est divisé en dix sept communautés autonomes, le parti de Pablo Iglesias a obtenu dix sièges en Andalousie, le double de ce que lui donnait le CIS, l'institut d’enquête et de sondage rattaché au gouvernement, deux députés supplémentaires dans les Asturies, un en Cantabrique, un à la Rioja, un en Estrémadure tout comme à Murcie, l’une des rares régions où Ciudadanos a remporté plus de suffrages, tout comme en Castille la Manche, où Podemos ne remporte qu’un siège face aux trois remportés par Ciudadanos, ainsi qu’en Castille et Léon, où il est distancié de moins d’un demi-point par le parti d’Albert Rivera, avec cinq sièges pour le congrès des députés. Les seuls endroits où Podemos n’obtient aucun parlementaire sont les villes de Ceuta et Melilla, circonscriptions comptant un unique siège chacune.

Julio Rodríguez, ancien chef d'état-major de la défense, numéro deux à Saragosse, n’entrera pas non plus à la chambre basse, alors que ce sera le cas de Pedro Arrojo, tête de liste dans la province de Saragosse, professeur spécialiste des questions liées à l’eau. Julio Rodríguez et Javier Wert sont les deux seules personnalités à ne pas avoir remporté un siège. Javier Wert, professeur d’histoire de l’art en Castille-la Manche, tête de liste pour Ciudad Real, est le frère du célèbre ancien ministre de l’éducation du Parti Populaire, José Ignacio Wert, responsable d’importantes contre-réformes ainsi que de licenciements massifs dans l’éducation, contre lesquels les mareas verdes se sont constituées. José Ignacio Wert est aujourd’hui le représentant de l’Espagne auprès de l’Organisation pour la Coopération et le Développement Economique (OCDE). Alors que cela a été le cas des juges en disponibilité Juan Pedro Yllanes, deux sièges dans les îles Baléares, et de Victoria Rosell, aux îles Canaries, avec trois sièges et 23% des suffrages, devant les 22% du PSOE qui, pourtant, a obtenu un plus grand nombre de sièges.

Les premiers sondages à la sortie des urnes leur donnaient jusqu’à quatre vingt sièges, dépassant en nombre de suffrages le PSOE et plaçant Podemos en deuxième position. Mais le fait d’avoir obtenu soixante neuf députés alors que Podemos se présentait pour la première fois à des élections générales est plus que suffisant pour susciter l’allégresse au sein du parti violet.

L’alternance politique est terminée, le bipartisme est fini

Entre les cris euphoriques et les applaudissements, la direction de Podemos a suivi les résultats au théâtre Goya, à Madrid. Près de trois cent employés de cent cinquante médias étaient présents. « L’aube qui se lèvera demain sera celle d’une autre Espagne. L'alternance politique est terminée, le bipartisme est fini », affirmait Íñigo Errejón, lors de sa première apparition, peu après 21 heures 30, afin d’apprécier la participation aux élections, elle est de 73,2%.

Il réclamait également la prudence, conscient que le résultat final pouvait dépendre d’un faible nombre de suffrages.

Cette prudence contrastait avec la joie et la nervosité de dirigeants nationaux, des communautés autonomes, des eurodéputés ainsi que des cent cinquante permanents du parti, placés à quelques mètres à peine et séparés par une vitre et un rideau noir qui n’empêchaient pas d’entendre les cris de jubilation.

Le scénario qui s’ouvre aujourd’hui est compliqué, numériquement, une hypothétique alliance entre le PSOE, Podemos et Esquerra Republicana de Catalunya (ERC), pourrait ouvrir la porte à un gouvernement dit progressiste, le PSOE a obtenu quatre vingt dix sièges, Podemos a obtenu soixante neuf sièges et l'ERC a obtenu neuf sièges, ce qui ne suffit pas à atteindre la majorité de cent soixante seize sièges. Mais le PSOE pourrait également offrir la présidence au Parti Populaire, en échange de certaines concessions, dès lors que le Parti Populaire ne parvienne pas à totaliser une majorité avec le soutien du parti d’Albert Rivera, avec cent vingt trois sièges pour le Parti Populaire et quarante sièges pour Ciudadanos.

Podemos est né avec pour objectif de « prendre d’assaut les cieux », soit la Moncloa, le siège du gouvernement, la formule est de Karl Marx dans une lettre à Ludwig Kugelman datant d’avril 1871 à propos de la Commune de Paris, on peut mesurer la distance. Mais il y a deux mois, le discours de Podemos s’est modifié, introduisant une nuance, ce qui se joue lors de ces élections, ce sont les dix prochaines années, raison pour laquelle Podemos est passé du court au moyen terme dans sa stratégie pour arriver à gouverner. « Nous constatons qu’à chaque nouvelle élection, les forces du changement progressent », affirmait Pablo Iglesias lors de son intervention.

Podemos emporte l’émotion vers « sa » place

Suite à l’annonce des résultats, Pablo Iglesias, accompagné de certains des plus importants dirigeants du parti, dans leur majorité des députés déjà élus, ainsi que du co-fondateur de Podemos, Juan Carlos Monedero, ont célébré leurs soixante neuf députés sur la place du Musée Reina Sofia, au centre de Madrid, au même endroit où ils ont célébré les élections européennes du mois de mai 2014, lors desquelles ils ont surgi dans le panorama politique, de même que lors des élections municipales et régionales qui ont conduit Manuela Carmena à la mairie de Madrid et Ada Colau à la mairie de Barcelone.

Entourées par près de mille cinq cent sympathisants, les figures visibles de Podemos ont improvisé de brefs discours et Juan Carlos Monedero s’est même risqué, pour la seconde fois, à interpréter sur scène sa propre version de la chanson Puente de los Franceses, le chant républicain qui célèbre la défense, en novembre 1936, de ce pont proche de Madrid. L’un des moments les plus émouvants a été lorsque le dirigeant de Podemos a embrassé sa mère Luisa Turrión, sur les planches, quelques minutes après avoir quitté la scène.

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24 décembre 2015 4 24 /12 /décembre /2015 19:32

http://www.lemonde.fr/politique/article/2015/12/24/la-decheance-de-nationalite-provoque-un-malaise-a-gauche_4837458_823448.html

La déchéance de nationalité heurte la gauche

Dans la majorité, la mesure crée un profond malaise, au delà de ceux qui critiquent d'habitude le gouvernement

Par Nicolas Chapuis et Raphaëlle Besse Desmoulières

Christiane Taubira n’est pas la seule à être tombée de sa chaise en découvrant que l’extension de la déchéance de nationalité aux binationaux nés en France et condamnés pour terrorisme figurait bien dans le projet de révision constitutionnelle préparé par François Hollande et Manuel Valls. Dans la majorité, beaucoup de responsables socialistes croyaient cette mesure définitivement enterrée. Ils ont découvert avec stupéfaction à la sortie du conseil des ministres, Mercredi 23 Décembre 2015, qu’ils allaient devoir en débattre après les fêtes. La discussion promet d’être houleuse.

Le cercle des mécontents dépasse cette fois largement l’habituel groupe des frondeurs du Parti Socialiste. Pour l’ancien ministre de la ville François Lamy, il est hors de question de voter un tel texte. « C’est une mesure inefficace contre le terrorisme, cela n’a donc qu’une valeur symbolique et le symbole qui est derrière, c’est la remise en cause du droit du sol », estime le député de l’Essonne et conseiller de Martine Aubry.

Grand écart idéologique

Devant son entourage, la maire de Lille a exprimé sa vive opposition à cette réforme. « C’est tout simplement inacceptable comme réforme », renchérit Olivier Faure, député de Seine-et-Marne et porte-parole du Parti Socialiste. « C’est une mesure inefficace qui a un effet symbolique dévastateur pour une partie de la population qui va se sentir citoyenne de seconde zone ». La maire de Paris, Anne Hidalgo, a également indiqué sur twitter être « fermement opposée » à la déchéance de nationalité.

Signe du malaise ambiant, peu de dirigeants de la majorité se sont pressés pour soutenir la décision de l'exécutif.

Jeudi 24 Décembre 2015, seul Jean Marie Le Guen, secrétaire d'état aux relations avec le parlement, avait été dépêché pour faire le service après vente sur BFM TV. Il se voulait « confiant » sur le vote de la mesure, « cette réforme de la constitution ne heurte en rien nos valeurs essentielles ». Et de balayer les hésitations, « on va avoir tous les indignés habituels ».

Mercredi 23 Décembre 2015, plusieurs responsables joints par le Monde arguaient de leur départ en vacances de Noël pour justifier leur absence de réaction. Difficile de se renier quand, sur les réseaux sociaux, tournent des vidéos datant de 2010 et dans lesquelles François Hollande, Ségolène Royal ou Manuel Valls éreintent l’extension de la déchéance de nationalité alors proposée par Nicolas Sarkozy.

Jean Christophe Cambadélis, le premier secrétaire du Parti Socialiste, s’est quant à lui contenté d’un communiqué ésotérique qui renvoie au débat parlementaire. « Malgré les multiples injonctions de l’extrême droite et de la droite dite républicaine, le président de la république a choisi de respecter les paroles qu’il avait prononcées devant le congrès et décidé de suivre strictement l’avis et les réserves du conseil d’état », écrit-il. C’est un grand écart idéologique pour celui qui expliquait, au début du mois de décembre 2015, que la déchéance de nationalité n’était « pas une idée de gauche ».

« Je n’ai pas compris ce communiqué », lâchait un dirigeant du Parti Socialiste déboussolé. « Il faut proposer le poste de premier secrétaire du Parti Socialiste au vice président du conseil d’état puisque maintenant, quand celui-ci dit quelque chose, le Parti Socialiste s’aligne », rajoutait Karine Berger. La députée des Hautes Alpes propose pour sa part une solution intermédiaire, « dans la lutte contre le terrorisme, il faut trouver une mesure symbolique qui toucherait tous les français, comme la peine d’indignité nationale », une voie explorée en début de semaine par Bruno Le Roux, le président du groupe socialiste à l’assemblée nationale. Mais les socialistes ont déjà réfléchi à pareille mesure. Un rapport de Jean Jacques Urvoas, le président de la commission des lois de l’assemblée nationale, au mois de mars 2015, avait conclu à son inefficacité.

Pour faire voter sa réforme par une majorité des trois cinquièmes du parlement, François Hollande va devoir faire les comptes et espérer la collaboration de la droite. Car le chef de l’état risque de perdre le soutien d’une bonne partie de sa majorité et il n’a pas grand-chose à attendre de ses partenaires de gauche. Si le coprésident du groupe écologiste au sénat, Jean Vincent Placé, approuve cette mesure, sa position ne devrait pas être majoritaire. « Je trouve positif que le président de la république applique son discours de Versailles », note le sénateur de l’Essonne, désormais membre d’un petit parti écologiste. S’il reconnaît que ce n’est pas « une mesure fondamentale », il loue sa « symbolique. Nous sommes dans un pays où, pour être français, on ne peut pas être un ennemi de la France », estime-t-il.

Avant même la présentation du projet de loi en conseil des ministres, Mercredi 23 Décembre 2015, la coprésidente du groupe écologiste à l’assemblée nationale, Barbara Pompili, représentante des députés écologistes qui soutiennent le gouvernement, indiquait ne pas être favorable à cette disposition car elle n’en voyait pas « l’utilité ». L’autre coprésidente du groupe écologiste à l’assemblée nationale, Cécile Duflot, a annoncé, Jeudi 24 Décembre 2015, dans Libération, qu’elle s’opposerait à cette mesure, refusant de mêler sa voix « à celles des parlementaires du Front National sur cette question. Voter contre s’impose », indique l’ancienne ministre. « J’appelle toutes les consciences républicaines à se réveiller et à refuser cette pente glissante ». Elle ajoute « qu’à force de vouloir couper l’herbe sous le pied du Front National, on risque d’appliquer son programme ».

Danielle Auroi, députée d’Europe Ecologie Les Verts (EELV) du Puy de Dôme, fera le même choix, elle qui critique « une manœuvre politicienne » de la part de l’exécutif pour « mettre la droite en difficulté. Le président de la république joue plus sa prochaine candidature aux élections présidentielles que l’intérêt de la France », dénonce-t-elle.

Le Front De Gauche (FDG) devrait aussi être sur cette position. « Une fois de plus, le gouvernement souhaite donner des gages à la droite, bafouant ses propres valeurs et ignorant ceux qui l’ont mené au pouvoir », critique André Chassaigne, président communiste du groupe de la Gauche Démocrate et Républicaine à l’assemblée nationale. Pour le député du Puy de Dôme, ce sera « contre, sans hésiter ».

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23 décembre 2015 3 23 /12 /décembre /2015 21:13

Salah Abdeslam aurait échappé à la police belge (Reuters)

Salah Abdeslam, l'un des suspects des attaques djihadistes du Vendredi 13 Novembre 2015 à Paris et Saint-Denis, a peut-être échappé à la police belge deux jours seulement après les attentats et son retour en Belgique, selon la Radio Télévision Belge Francophone (RTBF).

Le parquet belge a cependant affirmé qu'aucune preuve ne venait étayer cette affirmation et a également démenti que les policiers n'avaient pu capturer le suspect en raison de la législation belge qui interdit les perquisitions en pleine nuit.

La RTBF, citant des sources proches de l'enquête, affirme pour sa part que Salah Abdeslam, un français de vingt six ans né en Belgique, se trouvait alors dans une maison surveillée par la police à Molenbeek, dans l'agglomération de Bruxelles. Lorsque les policiers sont intervenus dans cette maison, Lundi 16 Novembre 2015, Salah Abdeslam n'y était plus, ajoute la RTBF.

L'homme a peut-être pu prendre la fuite caché dans une voiture ou dans un meuble car un déménagement avait lieu à ce moment-là, selon la télévision publique.

Le ministre belge de la justice, Koen Geens, a déclaré que rien ne prouvait que Salah Abdeslam était dans la maison, placée sous surveillance à la suite d'un « tuyau », Dimanche 15 Novembre 2015.

Il a cependant reconnu qu'une loi de 1969 interdisait aux policiers belges d'intervenir dans une maison entre neuf heures du soir et cinq heures du matin, un texte que le gouvernement entend abroger.

« Nos agents nous ont dit qu'on ne pouvait pas totalement exclure qu'il était là et les heures durant lesquelles on ne pouvait pas mener de perquisitions ne nous ont pas vraiment aidés à trouver Salah Abdeslam », a admis Koen Geens. « Comme nous ne l'avons pas trouvé, je ne peux pas vous garantir qu'il était là », a-t-il cependant ajouté.

Un porte-parole du parquet fédéral, lui, a « catégoriquement démenti » que Salah Abdeslam soit parvenu à s'enfuir parce que la police avait dû attendre l'aube pour intervenir.

Il a ajouté que les enquêteurs n'avaient trouvé dans la maison de Molenbeek aucune preuve de la présence de Salah Abdeslam, contrairement à ce que dit la RTBF. « Il n'y avait rien », a-t-il assuré.

Salah Abdeslam est considéré comme le logisticien du commando djihadiste de Paris et de Saint-Denis.

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23 décembre 2015 3 23 /12 /décembre /2015 20:56

La déchéance de nationalité des terroristes maintenue (Reuters)

Le gouvernement français a proposé Mercredi 23 Décembre 2015 d'inscrire l'état d'urgence dans la constitution et de déchoir de leur nationalité les binationaux nés français reconnus coupables d'actes de terrorisme, une mesure saluée à droite mais critiquée à gauche.

Manuel Valls a confirmé à l'issue du conseil des ministres que ces deux mesures annoncées par François Hollande devant le congrès Lundi 16 Novembre 2015, trois jours après les attentats de Paris, figureraient bien dans le « projet de loi constitutionnelle sur la protection de la nation ».

Contrairement à ce qu'avait cru pouvoir annoncer Mardi 22 Décembre 2015 la ministre de la justice Christiane Taubira lors d'un déplacement à Alger, le président de la république et son premier ministre ont maintenu l'extension à tous les binationaux la déchéance de nationalité limitée jusqu'ici aux français qui le sont devenus.

Selon le ministre de l’intérieur, Bernard Cazeneuve, elle a concerné sept personnes depuis 2007, dont six depuis 2012.

« En aucun cas cette déchéance ne permettra d'échapper à la justice, ils seront poursuivis et condamnés en France », a dit Manuel Valls lors d'une conférence de presse, ajoutant que ces personnes pourront être expulsées une fois leur peine purgée.

« L'efficacité n'est pas l'enjeu premier », a reconnu Manuel Valls à propos de cette « mesure symbolique ».

Soutenue par la droite et l'extrême droite mais contestée à gauche, l'idée a déjà commencé à faire débat au parlement et, ces derniers jours, beaucoup laissaient entendre que François Hollande et Manuel Valls allaient y renoncer.

Confusion

A cette impression de confusion, le premier ministre a opposé la parole « première et dernière » du président de la république et annoncé que Christiane Taubira, qui a maintenu ses doutes, défendrait avec lui le texte devant le parlement.

« Je suis convaincu que nous aurons une large majorité à l’assemblée nationale et au sénat », a déclaré Manuel Valls Mercredi 23 Décembre 2015 sur TF1, dont il était l'invité du journal de 20 heures.

L'opposition de droite, qui exigeait le maintien de la déchéance de nationalité pour prix de son indispensable soutien à la réforme de la constitution, a réclamé la démission de la ministre de la justice.

Mais si le gouvernement a probablement gagné des voix à droite, il voit sa majorité ruer dans les brancards.

La déchéance de nationalité « déshonore la gauche et la France », écrit le socialiste François Kalfon sur twitter.

Un autre « frondeur » du Parti Socialiste, Pouria Amirshahi, annonce qu'il votera contre cette « idée d'extrême droite. Un gouvernement socialiste légitime ainsi les thèses du Front National, offrant par là même une victoire culturelle et symbolique supplémentaire au bloc réactionnaire », écrit-il.

La présidente du Front National, Marine Le Pen, a mis de l'huile sur le feu en écrivant sur son compte twitter que la « déchéance de nationalité est le premier effet des six millions huit cent mille voix pour le Front National aux élections régionales ».

Les écologistes, qui en avaient fait une « ligne rouge », ont jugé Mercredi 23 Décembre 2015 par la voix du porte-parole d'Europe Ecologie Les Verts (EELV) Julien Bayou que la déchéance de nationalité était une mesure « honteuse ».

L'autre mesure phare du projet, l'inscription dans la constitution de l'état d'urgence prononcé pour trois mois en France après les attentats du Vendredi 13 Novembre 2015, est plus consensuelle mais promet elle aussi des débats ardus.

Mille français partis faire le djihad

Pour Manuel Valls, inscrire dans la constitution les critères de déclenchement et les procédures de prolongation de l'état d'urgence permettra de le mettre « à l'abri de toute dérive partisane » lors d'un changement de majorité.

Mais pour de nombreux députés, de gauche comme de droite, le fait que le conseil constitutionnel ait validé Mardi 22 Décembre 2015 les assignations à résidence prévues dans ce cadre montre que sa constitutionnalisation est inutile.

Le gouvernement n'a pas retenu son idée initiale d'une sortie progressive de l'état d'urgence, dont les mesures, perquisitions administratives de nuit et assignations à résidence, prendront fin dès qu'il aura expiré.

Pour être adoptée, la réforme constitutionnelle doit être votée dans les mêmes termes par les deux assemblées puis soumise, la voie référendaire, trop risquée, est exclue, au parlement réuni en congrès à Versailles où la majorité requise est des trois cinquièmes des suffrages exprimés.

Le premier ministre a présenté en outre les grandes lignes d'un « projet de loi renforçant la lutte contre le crime organisé et le terrorisme ».

A titre d'exemple de mesures « fortes », il a cité des investigations renforcées en matière de communication électronique, la transposition des directives européennes en matière de lutte contre le blanchiment ou encore le renforcement des dispositions relatives aux contrôles d'identité.

A la veille des fêtes de fin d'année, Manuel Valls a dit que la menace terroriste « est particulièrement importante » au lendemain de la révélation qu'un projet d'attentat visant les forces de l'ordre avait été déjoué à Orléans.

Manuel Valls a annoncé le franchissement du seuil des mille français ayant rejoint les groupes djihadistes en Syrie et en Irak. Environ six cent d'entre eux y sont toujours et cent quarante huit d’entre eux y ont trouvé la mort. Environ deux cent cinquante d’entre eux sont revenus en France.

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22 décembre 2015 2 22 /12 /décembre /2015 21:10

Accord préliminaire de gouvernement entre séparatistes catalans (Reuters)

Les partis séparatistes catalans sont parvenus Mardi 22 Décembre 2015 à un accord sur la formation d'un gouvernement régional susceptible de relancer un processus d'indépendance de la Catalogne, au moment même où l'Espagne a basculé dans une période d'incertitude politique sur le plan national à la suite des élections législatives du Dimanche 20 Décembre 2015.

Les partis favorables à l'indépendance de la Catalogne ont remporté une majorité de sièges au parlement régional lors des élections régionales de septembre 2015 mais les divisions entre ces différents mouvements les ont empêchés de progresser vers leur objectif.

Initialement hostile à Artur Mas, la direction de la Candidature d'Unité Populaire (CUP) a finalement accepté de le soutenir et de lui permettre de rester à la tête de l'exécutif régional.

L'accord annoncé Mardi 22 Décembre 2015, qui comprend aussi des mesures économiques et un calendrier de dix huit mois vers l'indépendance, doit néanmoins encore être approuvé par les militants de la CUP qui se réuniront en assemblée générale Dimanche 27 Décembre 2015. Si les adhérents de la CUP rejettent l'accord, de nouvelles élections devront être organisées d'ici le mois de mars 2016 en Catalogne.

Les résultats des élections nationales du Dimanche 20 Décembre 2015 ne modifient pas notre feuille de route qui demeure valable », a déclaré Raul Romeva, de la principale coalition de formations séparatistes Ensemble pour le oui.

Le Parti Populaire conservateur, qui s'efforce de bloquer toute tentative d'indépendance de la Catalogne, est arrivé en tête des élections législatives organisées Dimanche 20 Décembre 2015 dans l'ensemble de l'Espagne. Il a néanmoins perdu sa majorité absolue et ne paraît pas en mesure de former une coalition majoritaire.

Son principal opposant, le Parti Socialiste Ouvrier Espagnol (PSOE), pourrait tenter de son côté de former une alliance alternative pour revenir au pouvoir. Il lui faudra pour cela unir ses forces à celles de partis de gauche catalans favorables à l'indépendance mais aussi et surtout à Podemos, mouvement qui prône la tenue d'un référendum d'auto détermination en Catalogne même s'il appellerait à voter contre l'indépendance.

La cour constitutionnelle espagnole a révoqué le 2 décembre 2015 une résolution adoptée le 9 novembre 2015 par le parlement de Catalogne, censée déboucher sur la proclamation d'une république indépendante dans un délai de dix huit mois.

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22 décembre 2015 2 22 /12 /décembre /2015 20:57

http://www.humanite.fr/une-nouvelle-ere-politique-souvre-en-espagne-593745?IdTis=XTC-FT08-ABJ9JI-DD-DLH85-FOTX

Oui, ils le pouvaient, Podemos secoue le vieux système espagnol

Par Cathy Ceïbe, envoyée spéciale de l’Humanité à Madrid

Le bipartisme est à bout de souffle, comme en témoignent les scores obtenus par Podemos et Ciudadanos, qui deviennent respectivement les troisième et quatrième forces nationales. La droite comme les socialistes ne sont pas en mesure de gouverner seuls, ouvrant ainsi le chapitre d’intenses négociations.

«Oui, c’est possible ». Vers minuit, Dimanche 20 Décembre 2015, une foule de plusieurs milliers de personnes a scandé l’un des célèbres slogans du mouvement citoyen des indignés de 2011 et de résistance à l’austérité et acclamé les dirigeants de Podemos réunis sur le parvis du musée Reina Sofia à Madrid. La jeune formation de Pablo Iglesias a connu une ascension fulgurante, moins de deux ans après sa fondation, au point de venir bousculer le paysage politique espagnol.

Podemos est l’un des phénomènes des élections générales qui se déroulaient Dimanche 20 Décembre 2015, à l’image du score obtenu par Ciudadanos, parti de la droite conservatrice, désormais quatrième force politique alors que cette formation régionale n’existait qu’en Catalogne il y a encore quatre ans. « Nous sommes la première force en Catalogne et en Euzkadi. Nous sommes la seconde force à Madrid, en Galice, aux Canaries et aux Baléares. Nous sommes parvenus à mettre un terme à la politique d’alternance et à ouvrir une nouvelle ère. Nous avons dit que nous ne faisions pas une campagne électorale mais que nous construisions une patrie pour gagner la prochaine décennie. Ce soir, l’Espagne est autre et elle le sera demain. C’est un acquis. Il y a un futur pour notre patrie populaire et plurinationale », s’est exclamé depuis la tribune Iñigo Errejon, le numéro deux de Podemos.

La mutation politique bat son plein. Au terme des élections générales du Dimanche 20 Décembre 2015, soixante treize pour cent des électeurs ont profondément transformé le parlement espagnol. Les résultats démontrent, après les scrutins municipaux et régionaux de mai 2015, que le bipartisme est à bout de souffle. Si le Parti Populaire au pouvoir reste la première force du pays avec 28,72 % des suffrages et cent vingt trois députés, il essuie un vote sanction des plus sévères puisqu’il perd la majorité absolue, établie à cent soixante seize sièges, et près de trois millions cinq cent mille voix. Il avait en effet totalisé 44,62 % des suffrages, soit cent quatre vingt six députés, en 2011. Ses politiques d’austérité et de « recortes », de coupes budgétaires dans les dépenses publiques, singulièrement dans les secteurs de la santé et de l’éducation, ou encore les scandales de corruption qui éclaboussent les dirigeants de cette formation sont autant de facteurs qui expliquent sa nette dégringolade.

Hier encore, cette punition électorale aurait bénéficié au Parti Socialiste Ouvrier Espagnol (PSOE), selon la règle de l’alternance, quasi institutionnalisée depuis la fin du franquisme en raison d’une législation électorale injuste.

Mais là encore, l’échiquier a été modifié. La formation emmenée par Pedro Sanchez est certes arrivée en deuxième position, avec vingt deux pour cent des voix. Mais le PSOE perd un million quatre cent mille voix et vingt parlementaires, il en obtient quatre vingt dix contre cent dix en 2011. De ce fait, les deux grands partis qui ont structuré la vie parlementaire se retrouvent en minorité, à la merci des autres formations, sur lesquelles il faudra désormais compter. Podemos, qui s’est présenté pour la première fois à des élections lors des élections européennes de juin 2014, fait une entrée fracassante aux Cortes, le Congrès des députés. Il a totalisé pas moins de cinq millions cent quatre vingt mille voix et soixante neuf députés. Ce score vient confirmer la capacité de ce parti à capter le mécontentement d’une société lessivée au terme de quatre ans de crise économique qui a ruiné des millions de familles. On reconnaît à ses dirigeants le flair d’avoir senti le moment de basculement historique dans lequel se trouve l’Espagne. Leur discours en faveur du « changement » a trouvé un écho dans l’électorat de gauche mais également du centre et auprès d’une classe moyenne frustrée qui ne l’a jamais vraiment été en raison même de la crise. Ce résultat est également à mettre au compte des listes de confluence, dont Podemos ne peut seul revendiquer la paternité puisqu’il englobe les scores enregistrés avec les nationalistes de Compromis dans la région de Valence, qui obtiennent neuf députés, avec Marea en Galice, qui comprend des nationalistes, la variante galicienne d’Izquierda Unida et des indépendants, qui obtient six députés. En Catalogne, la coalition, qui a raflé douze sièges, compte, outre Podemos, les partis écologistes Equo et Initiative pour une Catalogne Verte (ICV), Esquerra Unida i Alternativa, ainsi qu’une majorité de représentants de la plate forme unitaire d’Ada Colau, la maire de Barcelone. Durant la campagne, ces trois listes régionales ont plaidé pour la création de groupes parlementaires propres. Quoi qu’il advienne, Podemos détient l’une des clés de la future majorité gouvernementale.

Tout comme Ciudadanos, une nouvelle formation néo conservatrice et ultra libérale, son leader, Albert Rivera, a annoncé que ses quarante parlementaires ne s’opposeraient pas à l’investiture du premier ministre sortant, Mariano Rajoy, sans toutefois voter en sa faveur de crainte d’entamer son influence grandissante en s’adossant à un parti critiqué et en perte de vitesse. Pablo Iglesias a lui été beaucoup plus clair, en déclarant que « Podemos ne permettra pas la formation d’un gouvernement du Parti Populaire, ni avec des votes en faveur ni avec l’abstention ». Il a également mis en garde le chef de file du PSOE, « il semblerait que ces messieurs n’ont pas compris que l’Espagne est un pays divers et pluriel », a-t-il rappelé. Dès Dimanche 20 Décembre 2015, le secrétaire général de Podemos a réfuté toute idée de pacte et conditionné son vote à un changement de constitution afin de blinder les droits sociaux des citoyens mais également d’ouvrir la voie à des référendums d’auto détermination comme en Catalogne aujourd’hui interdits par la loi fondamentale. Un point sur lequel le PSOE a peu de chances de donner son feu vert.

Tous les scénarios sont possibles pour une possible coalition

Comme jamais donc, tous les scénarios sont possibles même si l’idée d’une grande coalition entre le Parti Populaire et le PSOE n’est envisagée par personne, du moins à l’heure où ces lignes sont écrites. D’aucuns aimeraient se passer de l’influence des deux nouveaux partis mais cela est impossible au vu du reste de la composition du parlement.

Les forces nationalistes d’Euzkadi et de la Catalogne, qui ont respectivement obtenu un total de huit et dix sept députés, ne sont bien évidemment pas insensibles à la posture référendaire de Podemos.

Quant à Izquierda Unida, avec ses deux députés, si l’on excepte les trois autres obtenus en Catalogne et en Galice, elle n’est pas en mesure de constituer un groupe parlementaire autonome à même de faire entendre son discours de « défense sociale », selon l’expression de son candidat Alberto Garzon, qui a, une nouvelle fois, regretté l’impossible unité avec Podemos et critiqué la loi électorale à géométrie territoriale variable qui l’a contraint à rassembler quatre cent soixante et un mille voix pour élire un parlementaire, contre cinquante huit mille six cent pour le Parti Populaire. Une page de la vie politique s’est bel et bien tournée. Et le nouveau chapitre qui s’ouvre promet d’être intense au point de ne pouvoir écarter l’idée d’élections anticipées faute d’un accord au sein des Cortes.

Un parlement un peu plus féminisé.

Pour la première fois dans l’histoire politique espagnole, cent quarante femmes siégeront au parlement à l’issue des élections législatives du Dimanche 20 Décembre 2015, contre cent vingt cinq dans le Congrès sortant et cent vingt six dans le précédent. Cependant, la parité pleine et entière est encore loin d’être atteinte avec deux cent dix élus masculins au total. Toutes listes confondues, deux mille deux cent soixante trois candidats titulaires de sexe masculin, soit cinquante deux pour cent, et deux mille quatre vingt dix femmes, soit quarante huit pour cent, ont présenté leur candidature.

Dans la nouvelle législature, quarante six pour cent des quatre vingt dix sièges obtenus par le PSOE seront occupés par des femmes contre seulement 36,5 % des cent vingt trois sièges du Parti Populaire.

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22 décembre 2015 2 22 /12 /décembre /2015 20:21

http://www.campvolant.com/2015/12/12/jacques-ranciere-le-fn-est-un-pur-produit-de-la-ve-republique

http://bibliobs.nouvelobs.com/idees/20151210.OBS1156/jacques-ranciere-le-fn-est-un-pur-produit-de-la-ve-republique.html

Le Front National est un pur produit de la cinquième république

Interview de Jacques Rancière par Eric Aeschimann

Jeudi 10 Décembre 2015

Eric Aeschimann. Avez-vous été surpris par l’ampleur de la progression du Front National ?

Jacques Rancière. Je n’aime pas bien jouer les prophètes, mais il se trouve que j’avais écrit en 1997 un texte satirique intitulé « sept règles pour aider à la diffusion des idées racistes en France ». J’y mettais à nu le double jeu des politiciens, journalistes et intellectuels qui stigmatisaient le Front National et ses électeurs tout en diffusant ses idées et notamment en relayant l’obsession du « problème » des immigrés. Depuis lors, on a fait encore mieux. Des intellectuels dits « de gauche » ont aidé à rénover l’idéologie du Front National en enrôlant la république, la laïcité, l’universalisme et l’égalité des sexes au service de la stigmatisation des « barbares ». Et les partis de gouvernement qui ont permis la destruction du tissu industriel et des solidarités sociales ont pris le relais avec leurs campagnes « républicaines ». Quand tous ces gens viennent dire que « nous sommes le seul rempart contre le Front National », je ne m’étonne pas du nombre de ceux qui pensent que, somme toute, les assaillants sont peut-être préférables à ces remparts.

Eric Aeschimann. Face à ce désastre, peut-on reconstruire la gauche ?

Jacques Rancière. Si on appelle « gauche » ce qui gravite autour du Parti Socialiste et de ses parasites institutionnels et culturels, je ne vois pas comment elle remédierait, plus que la droite qui lui fait pendant, à la situation qu’elle a créée. On n’a jamais vu une classe gouvernante se suicider. L’espoir ne peut venir, à long terme, que de forces populaires neuves qui se développent de façon autonome avec des propositions et des formes de discussion et d’action à l’écart des agendas politiques fixés par les partis étatiques et relayés par les médias.

Eric Aeschimann. Les expériences de mobilisation à l’étranger, Syriza, Podemos et Occupy Wall Street, ne vous apparaissent pas comme des sources d’espoir ?

Jacques Rancière. Le « mouvement des places » a posé l’exigence de cette radicale autonomie par rapport aux agendas étatiques et médiatiques. Il n’a pas trouvé les moyens de s’inscrire dans le temps ou alors il a été récupéré par la logique parasitaire de la « gauche de la gauche ».

Eric Aeschimann. Vous ne croyez pas à la possibilité de reconstruire la gauche dans le cadre actuel ?

Jacques Rancière. Je ne vois pas comment ce cadre pourrait annuler les effets qu’il a produits. Le Front National est un pur produit du système de la cinquième république qui permet à un parti minoritaire de gouverner sans entraves, quitte à laisser périodiquement la place au parti concurrent. Le Front National a su occuper la place que le système dit « majoritaire » et la professionnalisation de la politique dessinent en creux, celle de l’exclu du système. La règle du jeu, conçue pour permettre à la classe politique de gouverner tranquillement, n’a pas seulement produit l’effet électoral inverse de celui recherché. Elle a aussi tué la vie politique démocratique et les énergies militantes susceptibles de résister. Est-ce que la gauche de gouvernement, les médias et la classe intellectuelle sont prêts à se demander quel monde sommes-nous en train de construire ? Seule une vie politique où le tirage au sort aurait sa part et où les gouvernants seraient là pour un temps limité interdirait des situations comme celle que nous connaissons.

Eric Aeschimann. Mais n’y a-t-il pas urgence à agir ? Le Front National n’est-il pas une menace pour la démocratie ?

Jacques Rancière. N’inversons pas les causes et les effets. Le succès du Front National est un effet de la destruction effective de la vie démocratique par la logique consensuelle. On voudrait identifier le Front National aux bandes paramilitaires d’hier recrutées dans les bas-fonds pour mettre à bas le système parlementaire au nom d’un idéal de révolution nationale. Mais c’est un parti parlementaire qui doit son succès au contre-effet du système électoral en vigueur et à la gestion médiatique de l’opinion par la méthode du sondage et du commentaire permanents. Je ne vois pas ce qu’il gagnerait dans des aventures antiparlementaires et paramilitaires imitées des mouvements fascistes des années 1930. Ses concurrents électoraux espèrent tirer profit de cette assimilation. Mais ceux qui veulent « constitutionnaliser » l’état d’urgence sont-ils les protecteurs de la démocratie menacée ? La lutte contre le Front National est la lutte contre le système qui l’a produit.

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21 décembre 2015 1 21 /12 /décembre /2015 21:11

http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article36727

Le Front National, ni Vichy, ni antisystème, « capitalo présidentialiste »

Par Hugo Melchior

Mardi 15 Décembre 2015

Les spécialistes du Front National que sont Nomma Meyer, Sylvain Crépon et Alexandre Dezé, dans la conclusion de leur excellent ouvrage collectif « les faux semblants du Front National », écrivent que « le Front National est le cas typique d’un parti antisystème, un parti qui évolue dans un système dont il ne partage pas les principes et les valeurs ». Ils rajoutent que celui-ci, malgré la succession de 2011 à la tête du parti, demeure un parti « hors normes et extrémiste ». De cette lecture, il nous est venu la question suivante, quelles sont ces fameuses normes du système que le Front National mariniste récuserait encore aujourd’hui ? De plus, que désigne cette notion de système ? Désigne-t-elle le mode de production capitaliste, productiviste et consumériste, le caractère républicain du régime politique français, les partis politiques traditionnels ou bien le triptyque républicain ?

Le Front National pro capitaliste

Pourtant, loin d’être un parti à l’idéologie révolutionnaire, contrairement à un Parti Socialiste défendant encore au congrès de Metz de 1979, une « stratégie de rupture avec le capitalisme », le Front National a toujours défendu, et défend encore à l’instar des deux autres grands partis du système français, la propriété privée de tous les moyens de production. Depuis ses débuts, il n’a eu de cesse de se poser en défenseur de la libre entreprise, du capitalisme concurrentiel et de la maximisation du profit. Le Front National a toujours défendu, y compris depuis que Marine Le Pen est devenue sa présidente, le maintien d’un secteur productif privé fort et compétitif. Et si le secteur public pouvait connaître une extension, elle serait modeste et l’on demeurait toujours dans une économie mixte avec une prééminence incontestable du secteur privé.

À côté de cela, il continue à récuser des propositions qui relèvent, selon ses propres mots, de « l’économie administrée ou soviétique », comme peut l’être l’interdiction des licenciements de salariés dans les entreprises pourtant bénéficiaires. De plus, contrairement à ce qui pouvait être défendu par l’ensemble des gauches dans les années 1970, le Front National ne compte nullement faire pénétrer la citoyenneté dans le monde du travail en remettant en cause l’unité de direction et commandement au sein des unités productives. Aussi, est-il improbable que les salariés français et étrangers puissent jouir de nouveaux droits qui leur permettraient d’avoir une meilleure maîtrise du procès de production. Le capitalisme, en tant que cadre fondamental de la vie des salariés français, ne risque donc pas d’être mis en accusation par le parti de Marine Le Pen.

Enfin, il ne cherche nullement à rompre avec le modèle fondé sur la croissance du Produit Intérieur Brut (PIB). Le productivisme et le consumérisme, en un mot le « capitalocène », le capitalisme destructeur de l’environnement, ne font pas partie de son champ de réflexion. Au regard de ces faits, le Front National s’inscrit pleinement, à l’instar des autres partis politiques dominants, au sein du « consensus pro-capitaliste », pour reprendre une expression d’Alain Badiou.

Ainsi, par-delà les mesures « protectionnistes » qu’il prône pour protéger les travailleurs et les produits français, ce « souverainisme intégral », comme le nomme Nicolas Lebourg, le Front National fait preuve en dernière instance d’un conformisme idéologique patent en matière économique, ce qui le classe de ce point de vue non pas à gauche, mais bien à droite du champ politique, si l’on considère avec l’anthropologue Emmanuel Terray que « le fondement de la pensée de droite reste la défense de l’ordre établi ».

En effet, faut-il rappeler qu’une fois la question du régime politique républicain réglée au début des années 1880, c’est bien le rapport au mode de production capitaliste et la question sociale qui ont structuré la dichotomie entre la gauche et la droite en France. Le Front National depuis 1972, en dépit des évolutions depuis le début des années 1990, s’est toujours situé à droite au regard des réponses qu’il apporte à cette question centrale. Le Front National ne se présente en définitive que comme le défenseur d’un nouveau compromis social au sein de l’ordre capitaliste national dans lequel le salarié serait censé être mieux traité qu’il ne l’est dans l’ordre productif néolibéral et transnational, toujours en crise.

Le Front National pour la cinquième république

Le Front National ne compte nullement rétablir la monarchie dans sa forme la plus autoritaire, anti parlementaire, contre-révolutionnaire et catholique en France, a contrario de certains groupuscules d’inspiration maurassienne, comme le Renouveau Français ou l’Action Française. De plus, le Front National mariniste, contrairement aux derniers nostalgiques du régime de Vichy et autres néo fascistes du Parti Nationaliste Français, n’entend nullement dans son programme porter atteinte aux principes démocratiques structurants le système partisan en France, que ce soit les libertés publiques fondamentales, le droit de réunion, de presse, de manifestation et de grève, le suffrage universel intégral, le principe de l’alternance ou encore le pluripartisme.

Si Marine Le Pen dit vouloir changer certaines mauvaises habitudes dans la cinquième république, ce n’est pas pour sortir du régime présidentiel, cette « monarchie républicaine ». Elle ne dénonce jamais dans ses discours le « pouvoir personnel » découlant de la constitution gaullienne de 1958. Elle ne milite pas non plus en faveur d’un rééquilibrage réel entre le pouvoir exécutif et le pouvoir législatif au profit de ce dernier et encore moins pour que soit mit fin à l’irresponsabilité permanente du président de la république. Mieux, le Front National de Marine Le Pen souhaite avant tout instituer un rapport direct entre le président et le peuple dans la tradition bonapartiste en court-circuitant les corps intermédiaires, jugés insuffisamment représentatifs des opinions, par l’usage répété du référendum sur le modèle suisse. Les électeurs du Front National, considérant être bien mal représentés dans les différents centres de décisions, ne peuvent qu’approuver le recours intensif à ce mode de délibération permettant aux citoyens et aux électeurs d’avoir le dernier mot dans le procès de fabrication des lois.

Avec elle au pouvoir, ce ne sera sans doute pas « le retour de Vichy », contrairement aux fantasmes du premier secrétaire du Parti Socialiste Jean-Christophe Cambadélis se noyant dans un antifascisme de mauvaise foi aux formules éculées, mais bien la survivance de cette « monarchie quinquennale ou septennale », si Marine Le Pen décide d’imposer, comme elle le préconise, un septennat non renouvelable.

Le Front National électoraliste et légaliste

Le Front National ne compte pas prendre le pouvoir autrement que par la médiation de la règle majoritaire. Les dirigeants du Front National n’ont jamais dit qu’ils considéraient la « marche de Rome » de 1922 ou la tentative de coup d’état raté d’Adolf Hitler à Munich en 1923, comme des modèles stratégiques à suivre dans la France de 2015 pour les « nationalistes et les patriotes » français.

Le Front National est une organisation exclusivement légaliste et électoraliste, une orientation qui lui est d’ailleurs vivement reprochée par d’autres organisations nationalistes. Il subordonne depuis le début sa stratégie de conquête du pouvoir au respect des règles du jeu structurant le champ politique en France. Les élections sont considérées non pas comme une simple tribune qui permettrait de conférer aux idées une large publicité, mais bien comme l’unique mode d’accès au pouvoir central.

Ainsi, il nous paraît que le terme « d’antisystème » pour caractériser le Front National en 2015 est un abus de langage qui ne correspond pas à la réalité. Son programme discriminatoire et xénophobe, immigration zéro et priorité nationale, ne peut pas être un élément suffisant pour faire de lui un parti « antisystème ». Sinon, il faudrait dire, pour ne prendre que cet exemple, que le Rassemblement Pour la République (RPR) et l’Union pour la Démocratie Française (UDF), au regard de leurs propositions développées lors des « états généraux de l’opposition » consacrés à l’immigration, des 31 mars et premier avril 1990 à Villepinte, furent aussi des organisations « antisystèmes ».

Rappelons-nous le temps où le RPR et l’UDF dénonçaient, à l’instar du Front National d’hier et d’aujourd’hui, que « la France ne doit pas être considérée comme un simple espace géographique sur lequel plusieurs civilisations pourraient coexister » et en appelaient alors clairement à « la fermeture des frontières et à la suspension de l’immigration ». Flirtant avec la « préférence nationale » toujours prônée sous un autre vocable par le Front National, la droite soi-disant républicaine allait jusqu’à s’interroger « s’il ne convient pas de réserver certaines prestations sociales aux nationaux ».

De notre point de vue, bien que le Front National puisse faire de cette posture antisystème une marque attractive sur le marché électoral, lui permettant de singulariser son offre politique, et qu’il soit perçu ainsi par des millions de français prêts à voter pour lui, il n’en demeure pas moins, qu’au regard du contenu de son programme, de son rapport à la légalité et de sa stratégie d’accès au pouvoir, le Front National ne nous paraît pas avoir les caractéristiques d’un « parti antisystème ». Le Front National a été diabolisé pendant des décennies par l’ensemble de la classe politique, cela ne l’a pas empêché de progresser spectaculairement.

Il nous semble urgent d’opérer un changement de stratégie dans la lutte menée contre lui, en le ramenant à ce qu’il est vraiment, c’est-à-dire un parti pro-capitaliste et pro-productiviste qui ne cherche nullement à refonder l’ordre institutionnel. En ce sens, il partage l’essentiel avec les deux grands autres partis vis-à-vis desquels il cherche continuellement à se situer. Ces trois partis ne sont évidemment pas interchangeables, il existe des différences incontestables entre eux. La question européenne constitue en cela une différence majeure. Elles rendent d’ailleurs impossible toute alliance à droite entre les Républicains et le Front National de Marine Le Pen.

Au lieu de l’ériger en mal absolu, de le faire passer pour un parti « pétainiste », ce qu’il n’est pas, et de l’exclure systématiquement du « cercle républicain », ce qui lui permet d’assumer opportunément une posture victimaire, il faut au contraire s’efforcer de le « banaliser ». Mais banaliser le Front National, ce n’est nullement se reconnaître dans ses valeurs réactionnaires, ni opter pour la stratégie de la triangulation en essayant d’apparaître comme une copie qui puisse être préférée à l’original. Bien au contraire, il s’agirait de s’en distinguer radicalement, en le renvoyant au conformisme de sa pensée et de son programme.

Il faudrait expliquer pourquoi le Front National doit être considéré comme une partie intégrante du fameux « système » qu’il prétend combattre, ce « système » jamais vraiment défini, mais qui n’est en fait rien d’autre que le « capitalo-présidentialisme » dont le Front National demeure toujours l’un des fervents partisans.

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