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14 mai 2015 4 14 /05 /mai /2015 18:22

La Grèce débloque le processus de vente du port du Pirée (Reuters)

La Grèce a débloqué la procédure de cession du port du Pirée, le plus grand port du pays, et demandé à trois candidats de présenter des offres contraignantes d'ici septembre 2015 pour le rachat d'une participation majoritaire dans son capital, a indiqué Jeudi 14 Mai 2015 à Reuters un responsable des privatisations.

Athènes avait retenu l'an dernier le chinois Cosco Group et quatre autres candidats pour une participation de soixante-sept pour cent mais la vente avait été suspendue par le gouvernement de la gauche radicale du premier ministre Alexis Tsipras à son arrivée au pouvoir cette année.

La reprise de cette cession devrait être l'une des grandes concessions faites par Alexis Tsipras à l'Union Européenne et au Fonds Monétaire International (FMI) dans le cadre des négociations en cours pour obtenir une nouvelle aide financière.

Athènes propose désormais aux candidats, dans une lettre envoyée Mercredi 13 Mai 2015, de prendre une participation de cinquante et un pour cent dans le capital du port, au lieu des soixante-sept pour cent proposés initialement, rapporte le responsable.

Seuls trois des cinq candidats initiaux, Cosco, l'exploitant de terminaux de conteneurs néerlandais APM Terminals et le groupe basé aux Philippines International Container Terminal Services, sont toujours intéressés, précise-t-il.

« Ce sera pour cinquante et un pour cent avec une option pour atteindre soixante-sept pour cent dans cinq ans s'ils ont investi trois cent millions d'euros », a-t-il dit. « Nous souhaitons annoncer le gagnant fin septembre ou début octobre 2015 ».

Le gouvernement grec tente de renégocier sa dette et d'obtenir une nouvelle tranche d'aide en échange de réformes structurelles. Le gouvernement a fait savoir qu'il étudierait des ventes d'actifs mais qu'il souhaitait que l’état reste impliqué dans les sociétés susceptibles d'être privatisées.

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13 mai 2015 3 13 /05 /mai /2015 18:51

Plus de trois cent djihadistes, en Syrie ou sur le retour, recherchés (Reuters)

Les autorités françaises recherchent trois cent six djihadistes, en Syrie ou « sur le retour », selon le procureur de la république de Paris, François Molins.

Dans un entretien à paraître Mardi 12 Mai 2015 dans Le Figaro, il cite trois types de personnes, « il y a les aguerris d'autant plus dangereux qu'ils reviennent endurcis par les combats. Puis il y a les déçus. Enfin, la dernière catégorie est le profil du déséquilibré psychiatrique ou psychique qui peut avoir prêté la main à des actions abominables et qu'il faut à la fois punir et traiter. Nous voulons juger le plus rapidement possible les dossiers syriens », poursuit François Molins. « A ce jour, seuls onze individus l'ont été. Le plus lourd est à venir puisque nous traitons actuellement des dizaines de dossiers avec cent soixante-neuf personnes mises en examen, dont cent six personnes en détention provisoire ».

Il ajoute que Sid Ahmed Ghlam, arrêté le mois dernier et soupçonné d'avoir préparé un attentat contre au moins une église de Villejuif, « a été téléguidé depuis la zone irako-syrienne ».

Quant à Amedy Coulibaly, un des auteurs des attentats qui ont fait dix-sept morts en France en janvier 2015, « selon toutes hypothèses en cours de vérification, Amedy Coulibaly a lui aussi reçu des instructions depuis l'étranger ».

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13 mai 2015 3 13 /05 /mai /2015 18:40

http://www.lorientlejour.com/article/924425/ali-mamlouk-serait-en-residence-surveillee-pour-tentative-de-coup-detat.html

Ali Mamlouk serait en résidence surveillée pour tentative de coup d’état

Le chef du bureau de sécurité nationale syrien est accusé d'avoir engagé des pourparlers secrets avec la Turquie et avec Rifaat al Assad, rapporte le Telegraph.

Soupçonné d'avoir fomenté un coup d’état pour mettre fin à l'influence grandissante de l'Iran sur le régime du président syrien Bachar al Assad, le général Ali Mamlouk aurait été placé en résidence surveillée, révèle Lundi 11 Mai 2015 le quotidien britannique Telegraph.

Le chef du bureau de sécurité nationale du parti Baas syrien et conseiller du président Bachar al Assad en matière de sécurité aurait engagé des discussions secrètes avec les services de renseignement turcs, explique le quotidien citant « une source interne au régime ». Toujours selon le quotidien, le général Ali Mamlouk aurait également pris contact avec Rifaat al Assad, l'oncle du président syrien, qui vit en exil depuis qu'il a été accusé, lui aussi, de monter un coup d’état en Syrie dans les années 1980. Ces contacts auraient été pris après la défaite des troupes syriennes à Idlib et Jisr al-Choughour.

Le Telegraph explique que la place prise par l'Iran au sein du régime est sévèrement contestée par des membres du « cercle intime » de Bachar al Assad.

« La plupart des conseillers du palais présidentiel sont maintenant iraniens. Ali Mamlouk détestait que la Syrie offre sa souveraineté à l'Iran. Il pensait qu'un changement était nécessaire », déclare au quotidien « une source proche du palais » présidentiel.

Ces informations interviennent quelques jours après l’annonce de la mort de l'ancien chef des services de renseignements syriens au Liban, Rostom Ghazalé, plus d'un mois après son hospitalisation à Damas. Les causes précises de l'hospitalisation de Rostom Ghazalé, qui souffrait d'hypertension artérielle, n'ont jamais été éclaircies. Une source de sécurité haut placée à Damas avait annoncé un mois plus tôt son limogeage et celle du chef du renseignement militaire, Rafic Chéhadé, après une violente querelle entre les deux hommes.

Au Liban, le général Ali Mamlouk est suspecté d'avoir planifié, avec l'ancien ministre Michel Samaha, des attentats dans ce pays et l'assassinat de personnalités politiques et religieuses libanaises hostiles à Damas. Lundi 20 avril 2015, Michel Samaha a reconnu lors de son procès avoir ramené de Syrie des explosifs destinés à être utilisés pour des attentats au Liban.

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13 mai 2015 3 13 /05 /mai /2015 18:29

Jean Marie Le Pen va créer une formation politique (Reuters)

Jean-Marie Le Pen, suspendu Lundi 4 Mai 2015 de ses fonctions de président d'honneur du Front National, a annoncé Lundi 11 Mai 2015 son intention de créer une formation, « un parachute contre le désastre » qui, assure-t-il, ne sera pas concurrent du Front National.

« Je ne vais pas créer un autre parti. Je vais créer une formation qui ne sera pas concurrente du Front National », a-t-il déclaré sur Radio Courtoisie.

Il s'agira, a-t-il poursuivi, « d’un parachute contre le désastre, de façon à recueillir tous ceux qui sont actuellement indignés de la ligne politique suivie » par le parti qu'il a cofondé en 1972 et que sa fille Marine Le Pen, désormais en rupture totale avec son père, dirige depuis 2011.

Les opposants à la ligne actuelle de « dédiabolisation », dont Jean-Marie Le Pen impute la responsabilité au vice-président Florian Philippot, « sont nombreux, ils n'ont pas toujours le moyen de se faire entendre mais ils sont très nombreux ».

L'objectif, a poursuivi le fondateur du parti, qui aura quatre-vingt-sept ans le 20 juin 2015, est de « peser pour rétablir la ligne politique qui a été suivie depuis des décennies ».

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13 mai 2015 3 13 /05 /mai /2015 18:07

http://www.syriza-fr.org/2015/05/08/grece-la-reouverture-de-la-radio-television-publique-grecque-ert-le-11-mai-2015

Il faut que la nouvelle ERT restaure un climat de confiance avec le peuple grec

Le gouvernement, ayant comme objectif la réouverture de l’ERT, Lundi 11 Mai 2015, et la fin de la période « d’écran noir et gris », accélère les processus d’application de la loi adoptée par le parlement la semaine dernière.

Comme a souligné le ministre d’état Nikos Pappas, « notre préoccupation est de rétablir la confiance du peuple envers le radio diffuseur public ». Dans ce contexte, le processus de formation du nouveau conseil d’administration a déjà commencé. A partir du Jeudi 7 Mai 2015, nous avons publié un appel ouvert à manifestation d’intérêt pour les postes de président du conseil d’administration, de Président Directeur Général et de trois autres membres du conseil d’administration de l’ERT. Le processus sera terminé demain, afin que le conseil d’administration se constitue et sélectionne immédiatement les personnes qui vont encadrer la nouvelle organisation.

Le profil d’information de l’ERT est son grand défi, tandis que le nom ERT est son meilleur atout. Par conséquent, selon les rapports, le nom ERT sera utilisé partout. Dans les trois chaînes de télévision, ERT 1, ERT 2 et ERT 3, dans la chaîne satellitaire, dans les quatre radios et les dizaines de stations de radio régionales, il y en avait dix-neuf quand la Nouvelle Démocratie et le Pasok les ont fermées. Selon les rapports, il y aura un secteur de radio diffusion unique pour les expatriés avec la chaîne de télévision ERT World et les radios Amitié et la Voix de la Grèce.

La nouvelle administration doit trouver immédiatement les personnes et les voix qui vont exprimer la nouvelle ERT, en laissant derrière elle la période des mémorandums et des perceptions dépassées. Certes, ses travaux doivent se faire avec des moyens financiers limités, comme elle continue à payer une partie de son budget vers l’état en contribuant à la dette publique, en ajoutant l’élément qu’elle était profitable, ce que les défenseurs de « l’écran noir » avaient « oublié ».

La prochaine étape sera la restructuration de son organisation et de son travail par la rationalisation des structures et la répartition du personnel, mais aussi l’intégration des fonctionnalités de la période d’auto-organisation qui se sont révélées efficaces dans la pratique.

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12 mai 2015 2 12 /05 /mai /2015 19:47

http://www.versobooks.com/blogs/1578-ernesto-laclau-theorist-of-hegemony

http://www.publico.es/actualidad/muere-ernesto-laclau-teorico-hegemonia.html

La mort d’Ernesto Laclau a causé un grand émoi dans la gauche internationale. Elle a perdu l'un de ses penseurs politiques les plus perspicaces. Nous publions ici l'hommage d’Íñigo Errejón à Ernesto Laclau, un rappel très rapide de l'actualité urgente des réflexions d’Ernesto Laclau tout au long de sa vie sur l'hégémonie, les stratégies de la gauche et la question épineuse du populisme.

Mort d’Ernesto Laclau, théoricien de l’hégémonie

Par Inigo Errejon, médecin, chercheur en sciences politiques à l’université Complutense de Madrid et directeur de la stratégie et de la communication de Podemos.

Lundi 14 Avril 2014

Bien que j’ai eu un peu de ses livres sur les étagères de ma maison d'enfance, il a fallu attendre la dernière année de mon diplôme pour que je lise Ernesto Laclau, avec sa compagne personnelle et intellectuelle Chantal Mouffe, pour un séminaire du professeur Javier Franzé pendant l’année universitaire en 2005 et 2006. Je me souviens comment la densité et la complexité du fragment de « l'hégémonie et la stratégie socialiste » m'a frappé, et comment je le relisais plus tard le crayon à la main. Mais il avait certainement déjà secoué certaines de mes certitudes et ouvert un champ de curiosité intellectuelle à laquelle j’allais ensuite me consacrer.

Quelque temps plus tard, en passant par Buenos Aires, après une année de vie et de recherche en Bolivie, j’ai acheté « la raison populiste », comme j’étais déjà obsédé par la compréhension du national-populisme en Amérique Latine et passionné de travailler à travers certaines de ses ambivalences. C’était en 2009. En mai 2011, trois jours après les manifestations du 15 mai 2011, j’ai défendu ma thèse de doctorat à l’université Complutense, son titre étant « la lutte du MAS pour l'hégémonie en Bolivie, de 2006 à 2009, une analyse discursive ». Le travail d'Ernesto Laclau, je répète, et aussi de Chantal Mouffe, et leur école de pensée néo-gramscienne a joué un rôle théorique central dans ma thèse.

Il y a quelques jours, dans l'introduction d'un événement avec le vice-président bolivien Alvaro García Linera, sans doute l'autre grand esprit de l'époque de l'Amérique latine du changement, je pensais que ce n’est pas facile de présenter un auteur dont j’ai lu autant de travaux.

Maintenant, je me rends compte qu'il est encore moins facile d'écrire la nécrologie d’un auteur que j’ai tellement étudié, mais sans l'avoir connu.

Dimanche 13 Avril 2014, le théoricien politique argentin Ernesto Laclau, né en 1935, est mort à Séville. Il avait présenté son doctorat à Oxford devant Eric Hobsbawm et était dernièrement professeur émérite de sciences politiques à l’université d'Essex, où il a fondé une école théorique dédiée à l'analyse du discours, de l’idéologie et des pratiques qui ont contribué à la formation des sujets. Ernesto Laclau nous laisse une œuvre qui est peut-être la plus importante parmi tous les développements théoriques du concept d’hégémonie d’Antonio Gramsci.

La trajectoire intellectuelle d’Ernesto Laclau a constamment traversé les frontières disciplinaires, histoire, philosophie et sciences politiques, et a rejeté le préjugé conservateur selon lequel il y aurait une incompatibilité entre la rigueur scientifique et l’engagement politique, à chaque étape de sa carrière, son sérieux en tant qu'universitaire était inséparable de sa curiosité et de sa participation intellectuelle dans les conflits de son temps et de leurs possibles conséquences émancipatrices. Le style d'écriture d’Ernesto Laclau était méticuleux et systématique, mais aussi animé, polémique et convaincant.

Passant dans sa jeunesse de la jeunesse du Parti Socialiste à la Gauche Nationale dirigée par Abelardo Ramos, sur la base d’un dialogue entre le marxisme et le phénomène populaire du péronisme, comme il le dit, « le péronisme m'a fait comprendre Antonio Gramsci », le noyau central des travaux d’Ernesto Laclau a été orienté vers la pensée à travers le concept d'hégémonie. Il l'a fait à travers une discussion ouverte avec Antonio Gramsci sur la base d’un original, non orthodoxe et presque hérétique développement de ses concepts et les chemins incomplets indiqués dans ses œuvres. Au centre de la pensée d’Ernesto Laclau, il y avait la question de la capacité de créer le consentement, du fonctionnement de la légitimité et, en particulier, comment et dans quelles conditions les gens d’en bas pourraient renverser leur subordination, former un bloc dirigeant historique et organiser la communauté politique.

« L’hégémonie et la stratégie socialiste », en 1985, était le travail principal d’Ernesto Laclau et de Chantal Mouffe, un livre qui a fondé toute une perspective théorique. Dans ce livre, ils ont proposé une compréhension de la politique comme une bataille pour le sens, dans lequel le discours n’est pas ce qui est dit, vrai ou faux, révélateur ou dissimulateur, sur les positions qui existent déjà et ont été constituées dans un autre domaine, social ou économique, mais plutôt une pratique d'articulation qui construit une autre position, dans un sens ou dans un autre, sur la base de « faits » qui peuvent prendre une signification très différente selon la façon dont ils sont sélectionnés, regroupés et, surtout, opposés.

Ce sens n’est pas donné, mais il dépend plutôt des affrontements et des équilibres, il est la base de la démocratie et non une menace, comme le prétend la pensée conservatrice qui réduit la politique à la gestion de ce qui a déjà été décidé ailleurs. Dans cette perspective, la politique n’est pas apparentée à un match de boxe, un simple affrontement ou un arbitrage entre les acteurs existants, ni à un jeu d'échecs, des alliances, des mouvements et des tactiques utilisées par des pièces déjà données, mais à une « guerre de position » continue, avec des épisodes de mouvements, mais aussi, bien sûr, des équilibres entre des forces gelées dans les institutions, afin de constituer des côtés, des identités, des modalités, et finalement le champ de bataille lui-même. Parler de la fragmentation des identités possibles et de leur contingence n’est pas célébrer les particularismes ni le mythe conservateur de la fin des antagonismes, cela signifie plutôt la conscience de la nécessité irremplaçable pour la politique d'articuler et de générer des imaginaires qui peuvent unir et mobiliser le peuple.

Ce pouvoir est l'hégémonie, la capacité d'un groupe de présenter son ordre du jour notamment en incarnant l'intérêt général, un particulier qui construit un universel autour de lui, une relation contingente qui est toujours incomplète, attaquée et temporaire. Ce n’est non seulement une question de leadership, ni même une simple alliance des forces, mais plutôt la construction d'un nouveau sens qui est plus que la somme de ses parties. La force hégémonique produit un ordre moral, culturel et symbolique à l’intérieur duquel les couches subalternes et même ses adversaires doivent fonctionner, cet ordre étant devenu le sens commun qui ne peut être remis en cause que d'une position d'extériorité absolue condamnée à l'insignifiance.

Les « signifiants flottants » jouent un rôle important dans ce modèle, similaire à ceux des hautes crêtes à partir desquelles on peut dominer un champ de bataille.

Ce sont des symboles ou des noms qui portent légitimité, mais ne sont pas ancrés dans un sens déterminé, et en tant que tels peuvent servir de catalyseurs ou de standards pour la solidarisation des groupes fragmentés et des demandes négligées qui deviennent un « nous » politique avec une volonté de puissance, ce qui nécessite toujours la définition d'un « eux » qui sont responsables pour tous les problèmes qui existent. Ce n’est pas une opération descriptive, mais plutôt la génération de sens.

Cependant, il n’y a pas de doute que c’est par la notion « maligne » du populisme qu’Ernesto Laclau a acquis son plus grand impact médiatique et politique. Dans « la raison populiste », il a analysé les prémisses élitistes et sensiblement anti-démocratiques qui se tenaient derrière l'identification du « peuple » avec « les passions de base » qui peuvent être « excitées par des démagogues », et a postulé que la menace pour la démocratie contemporaine ne vient pas de sa plébéienne sur utilisation, mais plutôt de sa restriction oligarchique par les minorités qui sont libres de tout contrôle populaire.

Poursuivant dans cette veine, il a proposé une conceptualisation du populisme radicalement différente de sa vague et péjorative utilisation médiatique. Il a compris ce mot non comme un contenu idéologique spécifique, mais plutôt comme une forme d'articulation des identités populaires, typique dans les moments de crise, la perte de capacité des institutions à absorber la pression, et le mécontentement et la dislocation des loyautés précédemment existantes, par l'intermédiaire de la dichotomisation de l'espace politique définissant une « plèbe » qui s’affirme comme le seul « populus » légitime dans l'opposition aux élites symboliquement regroupées. Une nouvelle frontière est ainsi dressée à travers le champ de bataille politique, illustrant un nouveau « eux » en opposition duquel une identité populaire est produite qui jette de côté les métaphores qui auparavant divisaient le peuple. Dans chaque cas, la signification idéologique du populisme dépend de la nature et de la gestion de cette frontière.

Cette conceptualisation du populisme fait des catégories d’Ernesto Laclau un point de référence essentiel pour comprendre les expériences de changement politique, la formation de gouvernements nationaux-populaires et les réformes de l’état en Amérique Latine au début du vingt et unième siècle. Mais dans le même temps, il a également été la cause de cette « fin d’Ernesto Laclau » ignoré ou faisant face à l'hostilité en Espagne, en dépit de son influence intellectuelle et de sa reconnaissance académique en Amérique Latine et ailleurs en Europe. Il convient de rappeler que les expériences latino-américaines en expansion de la démocratie et de l'inclusion sociale font face à la fois à l'hostilité de la pensée conservatrice et à l'incompréhension parmi la majorité de la gauche, pour qui le populisme est une falsification, ou une distraction plus ou moins nocive, de certitudes déjà établies.

Comme Marco d'Eramo nous le rappelait aussi dans son article « le populisme et la nouvelle oligarchie », dans la New Left Review en1982, en Europe nous traversons un moment important où l'offensive oligarchique est sur le marché, avec l'appauvrissement de la population et le dédain de l’élite pour elle comme une instance de légitimation, de sorte qu’elle augmente les accusations de « populisme » contre toute manifestation de mécontentement ou toute demande que le peuple devrait jouer un rôle dans les affaires publiques. La latino-américanisation de la politique du sud de l'Europe, se rapprochant de ces discussions et pour la première fois réglant sa boussole sur le sud, pas pour copier, mais pour traduire son expérience, peut reformuler et tirer parti de l'arsenal des concepts et des exemples de ce continent. Autrement dit, c’est une latino-américanisation par en haut, mais aussi par en bas. Ce n’est un secret pour personne qu’aucune initiative politique récente en Espagne ne serait possible sans la pollinisation intellectuelle croisée, l'apprentissage des processus vivants de changement en Amérique Latine, et une compréhension du rôle du discours, du sens commun et de l'hégémonie, qui vient clairement des travaux d’Ernesto Laclau, entre autres.

Ernesto Laclau est mort quand on en avait le plus besoin, à un moment d'incertitude et de l'ouverture des fissures permettant des possibilités sans précédent. Il est nécessaire afin de réfléchir aux défis de la sédimentation de l'irruption plébéienne et démocratique dans les états de l'Amérique Latine, et, en Europe du sud, pour faire face au défi de la façon de convertir le mécontentement et la souffrance de la majorité en de nouvelles hégémonies populaires. Il nous laisse faire face à cette tâche nous-mêmes, pas seuls, cependant, mais avec les catégories vivantes et une pensée radicale ouverte, riche et audacieuse que nous devons étudier, traduire et prendre au-delà de ses frontières, tout comme il l'a fait avec les idées d’Antonio Gramsci, trouver des alliés insoupçonnés, des lacunes inconnues et des potentiels imprévus. Ernesto Laclau, avec beaucoup d'autres, a semé les graines enrichissantes de la richesse intellectuelle et politique d'une Amérique Latine qui a élargi l'horizon du possible et nous a montré que la politique peut signifier la création, la tension et l'ouverture, et aussi une forme d'art plébéienne quotidienne. Une Amérique Latine qui montre que parfois, avec plus d'audace et de création de vérités essentielles, avec plus de recherches que les dogmes, avec plus d'insolence que des garanties et des manuels, oui, nous pouvons.

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12 mai 2015 2 12 /05 /mai /2015 18:06

Visite à Cuba remplie de symboles pour François Hollande (Reuters)

Discours à l'université de la Havane, cérémonies officielles, rencontre avec Fidel Castro, François Hollande a déroulé Lundi 11 Mai 2015 une visite remplie de symboles dans une Cuba castriste dont l’histoire, dit-il, « parle au monde ».

Le rapprochement de la Havane avec Washington était en toile de fond de ce voyage, le premier d'un chef de l’état français, durant laquelle François Hollande a prôné un accompagnement respectueux de l'ouverture en cours entre l'île communiste et le reste du monde.

L'heure passée avec Fidel Castro, héros de la révolution cubaine de 1959, rencontré chez lui, en famille, a constitué le moment fort de cette journée.

« C'est l’histoire de Cuba, l’histoire du monde. J'avais devant moi un homme qui a fait l’histoire. Il y a un débat sur ce qu'a pu être sa place et ses responsabilités, mais venant à Cuba, je voulais rencontrer Fidel Castro », a déclaré juste après François Hollande devant la communauté française.

Lors d'un point avec la presse à son hôtel dans la soirée, il a dit avoir trouvé son hôte plutôt en verve, « très alerte » et bien informé, notamment sur les questions environnementales abordées dans la perspective de la conférence sur le climat de décembre 2015 à Paris.

Au terme d'une journée qui restera l'un des moments forts de son quinquennat, François Hollande a dit considérer sa venue à Cuba comme une nécessité. « Ne pas le faire aurait été un oubli, et sûrement une erreur et une faute », a-t-il dit.

« Cela parle au monde d'aller à Cuba, cela ne parle pas seulement à ceux qui ont collé une affiche de Che Guevara », a encore estimé le dirigeant socialiste. « Il y avait un risque, le voyage aurait pu mal se passer. Mais il s'est bien passé ».

DROITS DE l'HOMME

Avec Raul Castro, qui a pris les rênes de Cuba après le retrait de son frère Fidel Castro pour des raisons de santé en 2008, François Hollande a plus spécifiquement abordé les conséquences du rapprochement avec les Etats-Unis, annoncé en décembre 2014 et scellé en avril avec Barack Obama.

A l'université de la Havane, François Hollande a réaffirmé la demande française d'une levée totale de l'embargo américain.

« Tout ce que la France pourra faire pour que l’ouverture soit confirmée, pour que les mesures qui ont tant nui au développement de Cuba puissent être enfin annulées et supprimées, pour que néanmoins chaque pays soit respecté dans son identité, voilà ce que avons à faire », a-t-il dit.

Raul Castro doit participer en juin 2015 à Bruxelles au sommet entre l'Union Européenne et la Communauté des Etats Latino-Américains et des Caraïbes (CELAC).

Dans cette perspective, François Hollande a prôné un renforcement des liens entre Cuba et l’Union Européenne, se disant certain que d'autres dirigeants viendraient à Cuba dans son sillage.

Le président français a entamé sa visite à la Havane par un entretien à la résidence de France avec l'archevêque de la Havane, Jaime Ortega, qui a souvent joué un rôle de médiateur dans un pays critiqué pour son manque de respect des libertés individuelles, où il n'existe pas d'opposition véritable.

Interrogé par la presse sur la question des droits de l’homme, l'entourage de François Hollande a fait savoir que le président n'avait pas été saisi de dossiers ou de cas particuliers de personnes en délicatesse avec le régime. « Ce qui ne veut pas dire qu'il ne se passe rien », a-t-on ajouté.

En 2003, François Hollande avait écrit dans le Nouvel Observateur une tribune intitulée « la belle révolution a tourné au cauchemar. Il faut dire la vérité », dans laquelle il dénonçait « l’inhumanité » du régime cubain.

« Il n'y a pas aujourd'hui de situation personnelle qui justifierait une telle prise de position », a-t-il dit à ce sujet Lundi 11 Mai 2015 à la Havane.

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12 mai 2015 2 12 /05 /mai /2015 17:47


La Grèce paie le Fonds Monétaire International (FMI) mais l’Euro-groupe reste prudent (Reuters)

La Grèce a annoncé Lundi 11 Mai 2015 avoir remboursé sept cent cinquante millions d'euros au FMI, une échéance un temps jugée à haut risque, mais les ministres des finances de la zone euro, tout en reconnaissant les progrès réalisés, ont maintenu la pression sur Athènes pour tenter d'accélérer les discussions sur les réformes.

Rassemblés à Bruxelles pour la réunion mensuelle de l'Euro-groupe, les ministres des dix-neuf ont publié un bref communiqué pour saluer les efforts de la Grèce tout en soulignant la nécessité de progrès supplémentaires afin de surmonter les désaccords qui persistent.

« Nous avons salué les progrès qui ont été réalisés jusqu'ici », disent les ministres en évoquant des mesures qui ont contribué à rendre possible « une discussion plus substantielle ».

Mais ils reconnaissent qu'il faut encore « du temps et des efforts » pour rapprocher les positions sur les questions encore en suspens afin d'éviter un défaut de la Grèce.

L'Euro-groupe salue la volonté affichée par les autorités grecques d'accélérer le travail avec les institutions et rappelle que le communiqué du 20 février 2015 reste le cadre des discussions en cours.

Le ministre des finances grec Yanis Varoufakis a dit que les divergences avec les créanciers s'amenuisaient pour ce qui concernait la réforme de la TVA, les privatisations et les créances douteuses mais a ajouté que la réforme du marché du travail restait une question délicate.

Le président de l'Euro-groupe, le néerlandais Jeroen Dijsselbloem, a évoqué la possibilité de versements partiels au bénéfice de la Grèce en échange de l'application par le pays des réformes là aussi par étapes.

« Il se pourrait que nous morcelions la procédure de mise en œuvre des réformes et que les déboursements suivent eux aussi sous forme morcelée », a-t-il dit, lors d'une conférence de presse, prévenant toutefois qu'un référendum pourrait retarder les versements.

« Il est évidemment primordial que non seulement nous concluions un accord sur le papier mais aussi que sa mise en oeuvre commence. On peut penser qu'en cas de référendum, la mise en oeuvre ne commencerait pas avant qu'il ait été organisé et il semble alors que cela ne collerait pas ».

PAS DE REFERENDUM EN VUE

Yanis Varoufakis a observé qu'un référendum n'était pas à l'ordre du jour, estimant que la situation de trésorerie du pays était une question plus pressante.

« C'est un outil à la disposition du gouvernement grec mais, pour ce qui nous concerne, il n'est pas en vue », a-t-il dit.

L'Allemagne, l'un des pays les plus réticents à des concessions envers Athènes, a quant à elle infléchi sa position à ce sujet. Le ministre des finances Wolfgang Schäuble a estimé qu'un référendum en Grèce sur les réformes économiques pourrait favoriser la conclusion d'un accord.

« Si le gouvernement grec pense qu'il doit organiser un référendum, alors qu'il organise un référendum », a-t-il dit. « Cela pourrait même être une bonne chose que le peuple grec décide s'il est prêt à accepter ce qui est nécessaire ou s'il veut autre chose ».

Les partenaires d'Athènes se sont jusqu'à présent opposés à une telle hypothèse, estimant que soumettre l'issue du plan d'aide au choix des électeurs risquerait de déstabiliser les marchés financiers et de précipiter un effondrement du système bancaire grec.

Aujourd'hui, certains observateurs estiment qu'un tel scrutin pourrait permettre à Alexis Tsipras de revenir sur certaines de ses promesses électorales, facilitant ainsi un compromis.

Des sources proches des discussions au sein de la Banque Centrale Européenne (BCE) ont déclaré pour leur part que les avancées réalisées sur les sujets clés étaient trop limitées et les incertitudes encore trop importantes pour autoriser Athènes à augmenter ses émissions de bons du trésor, sa principale source de liquidité.

A Athènes, des responsables du ministère grec des finances ont annoncé qu'un paiement d'environ sept cent cinquante millions d'euros au FMI au titre de l'échéance d'un prêt Mardi 12 Mai 2015 avait été effectué. « L’ordre de paiement au FMI a été exécuté », a dit l'un d'eux.

La Grèce a dû recourir ces dernières semaines à des mesures exceptionnelles pour remplir ses caisses et éviter de compromettre le paiement des traitements et des pensions de retraite à la fin du mois.

« La Grèce tiendra toujours ses engagements envers ses créanciers et c'est évidemment ce que nous ferons une fois de plus demain », a dit le ministre des finances, Yanis Varoufakis, à son arrivée à Bruxelles.

UN GREXIT JUGÉ DE MOINS EN MOINS PROBABLE

Wolfgang Schäuble et Yanis Varoufakis se sont entretenus en aparté avant l'Euro-groupe mais rien n'a filtré sur la teneur de leur discussion.

Dans l'immédiat, des responsables de la zone euro estiment que la Grèce pourra faire face à ses obligations jusqu'à la fin du mois de mai 2015 puisqu'elle a obligé les entreprises publiques, les administrations et les collectivités locales à transférer leur trésorerie à la banque centrale.

Mais ils ajoutent que les discussions doivent aboutir au plus tard à la fin du mois de mai 2015 pour permettre qu'un accord soit soumis au parlement de chacun des pays où cette procédure est indispensable, afin que les sept milliards deux cent millions d'euros d'aide en suspens puissent être versés avant la fin du plan d'assistance en cours, le 30 juin 2015.

Selon un sondage Marc publié lundi par le quotidien Ton Syntakton, 76,9% des grecs veulent que leur pays reste dans la zone euro, 19,2% seulement d'entre eux préférant un retour à la drachme.

Aux yeux des investisseurs, la probabilité d'une sortie de la Grèce de la zone euro a diminué ces derniers jours, elle n'est plus estimée qu'à vingt-trois pour cent selon la médiane des réponses recueillies auprès de traders obligataires, contre quarante pour cent il y a deux semaines.

« Le défaut et le Grexit sont deux choses très différentes », dit l'un des professionnels interrogés. « Ils peuvent faire défaut, faire partiellement défaut, mais ils ne quitteront pas la zone euro ».

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12 mai 2015 2 12 /05 /mai /2015 17:21

http://www.lemonde.fr/europe/article/2015/05/12/le-rapport-posthume-de-boris-nemtsov-accuse-poutine-de-mener-une-guerre-en-ukraine_4632410_3214.html#xtor=AL-32280515

Un rapport posthume de Boris Nemtsov accuse Vladimir Poutine de mener une guerre en Ukraine

Par Isabelle Mandraud, correspondante du Monde à Moscou

Deux mois et demi après l’assassinat de l’opposant Boris Nemtsov, tué par balles au pied du Kremlin le 27 février 2015, le rapport qu’il préparait sur l’implication du pouvoir russe dans le conflit en Ukraine a été publié à titre posthume, sous le titre « Poutine la guerre ». Bien que le matériel informatique de l’ancien vice-premier ministre de Boris Elstine ait été saisi par les enquêteurs au lendemain de sa mort, une poignée de ses fidèles est parvenue, sur la base de notes écrites et de témoignages de familles, à reconstituer son travail. Présentant le document, Mardi 12 Mai 2015, au siège du parti de la liberté populaire RPR Parnasse, l’un de ces proches, Ilia Iachine, a dénoncé « une aventure géo politique, une guerre non déclarée et cynique, un crime contre la Russie ».

Le rapport s’appuie sur les témoignages de familles de soldats russes envoyés en Ukraine après avoir été forcés de démissionner et qui y ont péri. Parmi eux, soixante-dix parachutistes, dont dix-sept provenant de la région d’Ivanovo, auraient ainsi trouvé la mort en février 2015 dans la bataille de Debalstevo, une ville de l’est ukrainien conquise par les séparatistes au lendemain même des accords de Minsk signés dans la capitale biélorusse pour tenter d’imposer une trêve, sous le parrainage des dirigeants russe, ukrainien, français et allemand.

« Tous les succès des séparatistes ont été menés avec le soutien militaire russe », affirme Ilia Iachine. « Cela a été le cas en août 2014, lorsque l’offensive ukrainienne stoppée nette a obligé le président ukrainien Petro Porochenko à s’asseoir une première fois à la table de Minsk, puis à nouveau en février 2015, lorsque l’armée ukrainienne a été arrêtée à Debalstevo ». Ces témoignages restent cependant anonymes. « Les familles ont peur ».

Deux cent vingt militaires russes décédés

Parmi les confessions recensées, certaines avaient été déjà rendues publiques sur les réseaux sociaux ou dans des médias indépendants. En septembre 2014, l’histoire de Nicolas Kozlov, vingt et un ans, envoyé d’abord en Crimée puis dans le Donbass où il a perdu une jambe, avait ainsi été relatée par son oncle, Serguei Kozlov. Ces soldats, obligés de démissionner de l’armée, auraient reçu contre l’engagement de tenir secrète leur mission, l’assurance d’une indemnité financière pour leurs familles en cas de blessure ou de décès.

Ces indemnités, évaluées à trois millions de roubles, cinquante-trois mille euros, selon les sources de Boris Nemtsov, n’auraient cependant plus été versées à partir de septembre 2014.

Le rapport, qui ne prétend pas être exhaustif, recense quelque deux cent vingt militaires russes décédés dans les combats, ce qu’a toujours nié Moscou. « Nous avons tout vérifié », assure Ilia Iachine, « et tout ce que nous n’avons pas pu vérifier, nous l’avons enlevé. Il y a aussi ceux que la propagande appelle des volontaires mais que nous appelons, nous, des mercenaires car ils correspondent bien à cette qualification et ils reçoivent entre soixante mille et quatre-vingt-dix mille roubles par mois », ajoute-t-il. Les combattants tchétchènes, recensés dans le bataillon de la mort, en feraient partie. « Ils sont apparus en mai 2014, d’abord dans le bataillon séparatiste Vostock qui a participé à la prise de l’aéroport de Donetsk, puis à nouveau en août 2014. Ce sont d’anciens combattants des guerres de Tchétchénie amnistiés par Ramzan Kadyrov, le chef de la république autonome de Tchétchénie, qui sont aujourd’hui considérés comme sa garde personnelle », affirme Ilia Iachine.

« Catastrophe humanitaire »

Soldats, mercenaires, matériel de guerre et blindés, l’aide financière de Moscou aux séparatistes pro-russes du Donbass est ici évaluée à cinquante-trois milliards de roubles, environ neuf cent trente millions d’euros, en dix mois, auxquels il faut ajouter quatre-vingt milliards de roubles d’aide aux réfugiés de cette « catastrophe humanitaire ».

Selon le rapport, tout a commencé avec la Crimée lorsque Vladimir Poutine se serait rendu compte du bénéfice qu’il pouvait tirer sur le plan personnel de l’annexion de la péninsule ukrainienne, alors que sa côte de popularité stagnait entre quarante et quarante-cinq pour cent malgré sa réélection, en 2012, à la tête de l’état. « L’envergure du scénario du retour de la Crimée en Russie est aujourd’hui évidente », écrivent les auteurs. Mais, ajoutent-ils, « l'histoire ne s’est pas arrêtée là et une vraie guerre a commencé dans les territoires de Donetsk et de Louhansk où les séparatistes ont été soutenus politiquement, économiquement et militairement ».

« Vladimir Poutine », insiste Ilia Iachine, « veut diriger comme Joseph Staline et vivre comme Roman Abramovitch, un milliardaire russe. Il ment au peuple russe et au monde entier. C’est pour les russes », a-t-il insisté que ce rapport a été rédigé, « pas pour les occidentaux qui n’ont pas besoin d’être convaincus ». Au lendemain du soixante-dixième anniversaire de la victoire sur le régime nazi célébré Samedi 9 mai 2015 par le Kremlin avec faste, l’opposition prend soin de ne pas laisser le terrain du patriotisme au pouvoir, « cette guerre que Vladimir Poutine a commencée avec un pays proche menace les intérêts de la Russie ».

Une collecte va être lancée dans le pays pour financer la sortie du rapport posthume de Boris Nemtsov tiré seulement à deux mille exemplaires dans un premier temps et qui doit faire face, selon ses promoteurs, aux réticences des imprimeurs.

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11 mai 2015 1 11 /05 /mai /2015 21:38

http://www.laviedesidees.fr/Vous-avez-dit-populisme.html

Vous avez dit « populisme »

Par Evelyne Grossman

Lundi 19 Mai 2008

Et si le rejet du populisme n’était qu’une forme de rejet de la politique tout court ? C’est l’hypothèse que défend Ernesto Laclau, dans « la raison populiste », convaincu que le populisme, loin d’être un phénomène irrationnel qui menace la vie politique, révèle ce qu’exige la construction de l’identité sociale.

On commence enfin à rendre justice en France aux travaux d’Ernesto Laclau. Né en 1935 à Buenos Aires, professeur émérite à l’université d’Essex, il est en effet considéré en Amérique Latine et aux États-Unis comme l’un des représentants majeurs de la philosophie politique contemporaine. Le seul ouvrage de lui jusqu’ici traduit en français, « la guerre des identités, grammaire de l’émancipation », aux éditions de la Découverte, en 2000, est pour l’heure épuisé.

La parution au Seuil de son dernier livre, « la raison populiste », remarquablement traduit par Jean-Pierre Ricard, vient donc réparer un fâcheux retard. C’est d’ailleurs le prélude à une meilleure diffusion en France de ses théories puisque d’autres traductions sont annoncées.

À l’heure où l’on entend resurgir un peu partout l’étiquette de « populiste » rapidement accolée aux noms de Silvio Berlusconi ou de Nicolas Sarkozy, pour ne citer que ces deux exemples, ce livre a le mérite de proposer une véritable théorie du concept de « populisme ».

Ernesto Laclau l’indique clairement dans la préface inédite qu’il donne à l’édition française, le rejet méprisant du populisme est « un rejet de la politique tout court », idée apparemment provocatrice qu’il s’emploie à défendre et développer, arguments à l’appui, tout au long de son livre. Le peuple, souligne-t-il, n’est pas un donné de la structure sociale, c’est une catégorie politique. Autrement dit encore, « le populisme est, tout simplement, une manière de construire le politique ».

Le lecteur français qui découvre l’œuvre d’Ernesto Laclau n’aura aucun mal à retrouver au fil des pages la logique d’une réflexion patiemment construite au cours des années et qui le conduit aujourd’hui à proposer cette somme que constitue « la raison populiste ». L’un des grands mérites de cet ouvrage est en effet de récapituler méthodiquement et avec une notable clarté pédagogique l’ensemble de ses réflexions antérieures sur des questions aussi essentielles que la construction du lien social, l’émancipation des opprimés, la formation des identités collectives et le rapport entre particulier et universel.

De la « foule » au « peuple »

À l’origine de ce livre, une conviction reprise de Sigmund Freud, le lien social est un lien libidinal. D’où la peur, voire le rejet sous forme de « dénigrement des masses », qu’a toujours engendrés l’émergence des identités populaires. Depuis Platon, le « populisme » renvoie à un excès dangereux « qui met en question les cases bien définies de la communauté rationnelle ».

La relégation morale du populisme a ainsi fait partie de la construction discursive d’une certaine normalité, « d’un univers politique ascétique d’où sa logique dangereuse devait être exclue ». C’est à l’intérieur de ce débat qui rappelle à bien des égards la constitution historique d’une frontière sociale entre le normal et le pathologique, qu’Ernesto Laclau analyse l’une des grandes peurs des sciences sociales du dix-neuvième siècle, celle de la « foule ». Il rend compte ainsi fort opportunément des diverses tentatives qui furent menées pour cerner une « psychologie des foules », depuis les travaux fondateurs de Gustave le Bon, Hyppolite Taine ou Gabriel Tarde, jusqu’aux théorisations du début du vingtième siècle avec William Mac Dougall ou Sigmund Freud, dans « psychologie des foules et analyse du moi », en 1921. Or le populisme n’est pas le comportement des foules, Ernesto Laclau va s’attacher à le montrer.

Il faut d’abord rappeler, comme Ernesto Laclau lui-même y invite, un certain nombre de postulats théoriques qui fondent son approche critique des faits sociaux. Il l’affirmait déjà dans « la guerre des identités », l’espace social doit être considéré comme un espace discursif.

Soulignons immédiatement qu’il faut entendre le « discours » non seulement au sens strictement linguistique du terme mais au sens performatif d’un lien des mots aux actions permettant de constituer des « totalités significatives », comme dans les « jeux de langage » de Ludwig Wittgenstein. Héritier du structuralisme saussurien, Ernesto Laclau lui emprunte l’idée qu’il n’y a pas de termes positifs dans le langage mais uniquement des différences, une chose n’est ce qu’elle est que dans les relations qui la distinguent d’une autre. Cette théorie linguistique, il l’étend à l’analyse des faits sociaux afin de privilégier une approche politique du jeu et de l’articulation des différences. D’où une démonstration qu’il développe au fil d’une argumentation serrée pour mettre finalement en évidence cette idée-clé, la nécessaire tension dans toute société entre deux logiques, celle de la différence, des particularismes et de la fragmentation du social, et celle de l’équivalence, de la communauté et du bien commun.

Toute identité sociale, « c’est-à-dire discursive », affirme-t-il, « est constituée au point de rencontre de la différence et de l’équivalence, exactement comme les identités linguistiques sont le siège des relations syntagmatiques de combinaison et des relations paradigmatiques de substitution ».

Il ne s’agit donc pas de prôner un quelconque multi culturalisme, une logique de la différence exclusive qui s’affranchirait de tout principe universel. Toute politique de la pure différence, répète-t-il, est vouée à l’échec. Il faut au contraire accepter intégralement le caractère pluriel et fragmenté des sociétés contemporaines à condition toutefois d’inscrire cette pluralité dans une logique d’équivalence qui permette la construction de sphères publiques plurielles.

Corrélativement, si l’on se donne pour tâche de penser les identités sociales comme pures différences fondées sur l’antagonisme, il faut déterminer le tout à l’intérieur duquel ces identités se constituent. Or cette totalité dans le domaine social ne peut exister que comme totalité manquée, horizon et non fondement, « lieu d’une plénitude impossible à atteindre ».

Pourtant, si la totalité est à jamais manquée, son besoin continue de se manifester par la présence insistante de son absence.

La logique de l’hégémonie, du particulier à l’universel

De la même façon, toute identité sociale est divisée entre « la particularité qu’elle est encore et la signification plus universelle dont elle est porteuse ». D’où cette notion essentielle, longuement évoquée déjà dans « la guerre des identités » d’un universel comme « lieu » vide mais impossible à éradiquer. On notera au passage que l’articulation entre la totalité comme horizon à jamais manqué et l’universel comme « signifiant vide », principe transcendant les particularités, n’est pas absolument claire dans la démonstration d’Ernesto Laclau et qu’il passe parfois insensiblement de l’un à l’autre. On pourrait aussi s’interroger sur son extrapolation parfois aventureuse des concepts freudiens à la logique du corps social. Ainsi, par exemple, peut-on légitimement comparer l’horizon toujours manquant d’une supposée « plénitude sociale », celle d’une « société pleinement réconciliée », à cette autre réconciliation mythique que nous chercherions tous en vain, celle de la dyade entre la mère et l’enfant, la « plénitude de la mère primordiale » ?

Toujours est-il que la notion de peuple joue chez Ernesto Laclau un rôle majeur dans la mise en évidence du fonctionnement de l’émancipation politique et sociale et ceci en particulier grâce à la réinterprétation qu’il opère de la notion d’hégémonie chez Antonio Gramsci, repensée à l’aune de la théorie lacanienne de l’objet partiel. On ne tentera pas ici de rendre compte de l’ensemble de la démonstration qu’il effectue, renvoyant le lecteur aux pages où il développe sa propre conception de l’hégémonie comme « cette opération par laquelle une particularité prend une signification universelle incommensurable avec elle-même ».

À certains moments de l’histoire, souligne-t-il, le « peuple » a ainsi pu incarner cette particularité, assumant le rôle d’une universalité impossible à atteindre. Il est vain, par conséquent, de mépriser les aspects affectifs du populisme au nom d’une rationalité à l’abri de toute contamination, les logiques qu’il met en œuvre sont inscrites dans le fonctionnement réel de tout espace communautaire. Le populisme n’est donc pas un certain type de mouvement identifiable à une base sociale particulière, la paysannerie ou les petits propriétaires par exemple, il est une logique politique qui tente de constituer le « peuple » comme acteur historique à partir d’une pluralité de situations antagoniques. Ce qu’il vise ? Restaurer une société pleinement réconciliée, horizon politique, voire mythique, qui marque selon Ernesto Laclau la logique universaliste de la notion même de « peuple ».

Une pensée magique ?

Dans quelle mesure cette pensée performative du nom de « peuple » ressortit-elle d’une certaine pensée magique, c’est une question qu’on est finalement en droit de se poser en analysant l’usage qu’Ernesto Laclau fait de la notion de « signifiant vide ». Les identités populaires sont en effet pour lui le produit de « signifiants vides » qu’elles investissent. Ainsi par exemple, lorsque les révolutionnaires russes condensaient tous les antagonismes de la société autour des demandes du pain, de la paix et de la terre, le moment du vide était décisif.

Sans des termes vides comme « justice, égalité et liberté », souligne-t-il, investis dans les trois demandes, ces dernières seraient restées enfermées dans leur particularisme, « mais en raison du caractère radical de cet investissement, quelque chose du vide de la justice et de la liberté se transmit à ces demandes, qui devinrent ainsi les noms d’une universalité qui transcendait leur contenu particulier ». La nomination, conclut-il logiquement, « est le moment clé dans la constitution d’un peuple ».

Si Ernesto Laclau cite, une seule fois, dans son livre le nom de Claude Lévi-Strauss, c’est pour le renvoyer à une « perspective structuraliste classique ». Il n’en reste pas moins qu’on ne peut s’empêcher d’établir un lien plus que de circonstance entre la puissance des noms dans sa théorie du populisme et la force mystérieuse du mana dans les sociétés indigènes telle que l’analysait Lévi-Strauss dans sa célèbre « introduction à l’œuvre de Marcel Mauss » en 1950. Le mana, écrivait-il, c’est une valeur symbolique zéro, « c’est-à-dire un signe marquant la nécessité d’un contenu symbolique supplémentaire à celui qui charge déjà le signifié ». Les notions de type mana, soulignait-il, représentent précisément ce signifiant flottant « qui est la servitude de toute pensée finie, mais aussi le gage de tout art, de toute poésie et de toute invention mythique et esthétique ». Ernesto Laclau qui parle tantôt de « signifiant vide », tantôt de « signifiant flottant », ajouterait peut-être, de toute vie sociale. Les « jeux de langage » wittgensteiniens auxquels se livre Ernesto Laclau l’ont sans doute conduit à s’approcher des rivages mythiques dont parle Claude Lévi-Strauss, il n’est pas exclu en effet que ses théories politiques recèlent elles aussi un vieux fonds de pensée magique, qu’elles ne soient pas étrangères, via l’invocation quasi poétique de la force de nomination du verbe, à une mystérieuse croyance dans la puissance magique du « peuple ».

« Le peuple n’est pas une classe »

Il reste que les riches analyses qu’Ernesto Laclau propose d’un certain nombre de mouvements politiques, comme le péronisme des années 1960 et 1970 en Argentine ou le populisme américain au dix-neuvième siècle, sont particulièrement convaincantes. Il en va de même pour la longue exploration qu’il mène des divers « populismes » italiens, depuis l’échec du Parti Communiste Italien dans les années 1940 à constituer une conscience nationale, en passant par l’émergence de la Ligue lombarde dans les années 1980, jusqu’à l’évolution politique récente de Silvio Berlusconi qui témoigne justement, contrairement à un certain nombre d’idées reçues, d’un mouvement l’éloignant du populisme. Les commentaires du réveil du populisme de droite en Europe occidentale comme du rôle que joua en France le Front National sont tout aussi intéressants. Ainsi, il relève lui aussi comment le vote de la gauche protestataire en France, autrefois capté par le Parti Communiste Français, incarnant la voix des exclus du système, a pu être un temps récupéré par l’extrême-droite. Après l’effondrement du communisme, la formation d’un establishment au centre, dans lequel le Parti Socialiste et ses alliés n’étaient guère différents des gaullistes, la division entre la gauche et la droite devint de plus en plus floue, note-t-il. Le besoin d’un vote protestataire demeura néanmoins et comme les signifiants de gauche avaient abandonné le camp de la division sociale, ce dernier fut occupé par les signifiants de droite.

Les dernières pages du livre sont nourries d’un passionnant dialogue avec d’autres théories de l’émancipation politique comme celles de Slavoj Žižek ou encore Michael Hardt et Antonio Negri. Très sévèrement critique de leurs approches, il souligne en revanche sa proximité avec les analyses politiques de Jacques Rancière à qui il rend hommage en conclusion, citant sa belle phrase, « le peuple n’est pas une classe parmi d’autres. Il est la classe du tort qui fait tort à la communauté et qui institue la communauté comme « communauté » du juste et de l’injuste ».

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