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14 mai 2015 4 14 /05 /mai /2015 19:56

http://www.liberation.fr/monde/2015/05/12/les-retraites-grecques-au-regime_1308233

Les retraites grecques au régime

Par Maria Malagardis, envoyée spéciale de Libération à Athènes

Bruxelles et le Fonds Monétaire International (FMI) font pression sur Athènes pour baisser les pensions, alors que quarante-cinq pour cent des retraités vivent déjà sous le seuil de pauvreté.

Ioánnis Varvákis, aventurier grec du dix-neuvième siècle, a sa statue dans le jardin national d’Athènes. Sous le regard impétueux de cet « homme d’affaires et pirate », se réunit chaque jour une assemblée improvisée d’élégants vieillards, presque aussi connue que le Parthénon, dans la capitale grecque. Ces impassibles octogénaires et nonagénaires se retrouvent pour jouer aux cartes ou au backgammon. Mais, en période électorale, ils se livrent également à des joutes oratoires épiques, qui ont contribué à leur célébrité. Savent-ils qu’ils sont au cœur des difficiles négociations entre la Grèce et ses créanciers ? Le dernier Euro-groupe, Lundi 11 Mai 2015 à Bruxelles, a donné lieu Mardi 12 Mai 2015 à une déclaration jugée plus « optimiste » que lors des précédents sommets. Et Athènes a, une fois de plus, honoré les échéances de sa dette en remboursant sept cent cinquante millions d’euros au FMI, Mardi 12 Mai 2015. Mais les blocages persistent. Les interlocuteurs du gouvernement grec n’ayant pas renoncé à le faire plier sur les réformes qu’ils entendent lui imposer. Parmi ces « réformes », exigées par les créanciers, mais dont le contenu est rarement précisé publiquement, figureraient une nouvelle dérégulation du marché du travail, dans un pays où il n’y a déjà pratiquement plus de conventions collectives, ainsi qu’une nouvelle baisse des retraites.

Flegme. Assis en rang d’oignon, les vieillards du jardin ont tous déjà vu leurs pensions diminuer d’un tiers depuis cinq ans. « Je ne touche plus que six cent quatre-vingt euros par mois », précise ainsi Dimitri, quatre-vingt-trois ans, qui fut tailleur de chemises pour hommes avant de prendre sa retraite à soixante-cinq ans. « Moi, je suis veuf, et je peux me contenter de peu. Mais les familles, comment peuvent-elles survivre, si on les appauvrit sans cesse », s’interroge l’octogénaire, dont les enfants ont émigré en Suède. Le vieux Dimitri n’a pas voté pour Syriza, la coalition de la gauche radicale arrivée au pouvoir fin janvier. Et il s’offusquerait presque de la nouvelle mode du « sans cravate » adoptée par certains nouveaux ministres. « Le costume, ce n’est jamais anodin. La cravate impose l’autorité et le respect », affirme-t-il, en connaisseur. Pourtant, ce grand-père tiré à quatre épingles soutient désormais le combat de son gouvernement face à Bruxelles et au FMI. « On lui tord le bras pour imposer des mesures impopulaires. Mais pour l’instant, il tient bon », constate-t-il, avec un flegme oriental.

« Les retraites, c’est une véritable bombe à retardement », admet un universitaire recruté par le nouveau gouvernement pour plancher sur la réforme de la sécurité sociale. « L’équation est simple », explique-t-il. « En Grèce, il y a désormais trois millions cinq cent mille actifs, un million cinq cent mille chômeurs et deux millions six cent mille retraités. Il va donc bien falloir trouver un moyen pour continuer à financer le système, alors que les inactifs sont potentiellement plus nombreux que les actifs, et que l’économie est essoufflée par cinq ans d’austérité ».

Mais comment faire face au « péril vieux », dans un pays où le vieillissement de la population, amorcé dès le début du vingtième siècle, s’est accentué avec l’exil de trois cent mille jeunes diplômés depuis deux ans ? Les créanciers ont leur idée. « Ils veulent supprimer la prime de l’état accordée aux retraites les plus modestes, celles à quatre cent quatre-vingt euros, qui seraient alors réduites à trois cent vingt euros », croit savoir l’universitaire. « Mais qui peut vivre avec si peu », s’inquiète-t-il.

Démunis. Or cette pension modeste à quatre cent quatre-vingt euros concernerait un tiers des retraités. Lesquels, bien sûr, sont aussi des électeurs. Comme l’ensemble des deux millions six cent mille retraités, qui n’ont peut-être pas voté pour Syriza mais qui, comme Dimitri, se retrouvent parfois en première ligne pour soutenir la résistance du gouvernement contre des créanciers plus inflexibles qu’ils ne l’ont jamais été face aux précédents gouvernements grecs, malgré l’échec patent de l’austérité imposée au pays.

« Aujourd’hui, la Grèce est en guerre. On nous étrangle, car nous sommes devenus l’exemple à abattre. Pour dissuader les autres pays européens de voter eux aussi contre l’austérité », martèle ainsi Voula Arnaoutaki, cinquante-six ans.

Retraitée de la fonction publique depuis quatre ans, Voula Arnaoutaki est l’exemple repoussoir pour les créanciers. « Mais ils feignent d’ignorer que j’ai bénéficié d’une retraite anticipée, justement parce qu’on m’a poussée vers la sortie, au nom de l’austérité. Et, avant de faire croire que les retraités grecs se la coulent douce à un âge précoce, il faudrait aussi rappeler qu’en Grèce, il faut attendre en moyenne deux ans avant de toucher toute sa retraite, en raison de retards chroniques dans les administrations. Quatre cent mille candidats à la retraite attendent aujourd’hui le versement de leurs pensions », souligne cette femme énergique.

Elle travaille désormais comme bénévole dans l’un des centres qui distribuent des médicaments aux plus démunis. Parmi eux, beaucoup de retraités. « Ces vieux qui mendient leurs médicaments », poursuit Voula Arnaoutaki, « ils n’ont même plus peur d’une sortie de l’euro. Car euro ou drachme, ils n’ont plus rien dans la poche ». Quarante-cinq pour cent des retraités grecs vivent aujourd’hui sous le seuil de pauvreté, et dix-sept pour cent sont dans une « misère absolue », selon une estimation récente du ministre délégué à la sécurité sociale.

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14 mai 2015 4 14 /05 /mai /2015 19:18

http://tempsreel.nouvelobs.com/loi-renseignement/20150511.OBS8735/exclusif-julien-coupat-le-cynisme-de-nos-gouvernants-est-inoxydable.html

Le cynisme de nos gouvernants est inoxydable

Interview de Julien Coupat par Aude Lancelin

Lundi 11 Mai 2015

Alors que son affaire redémarre, le principal inculpé dans l’affaire de Tarnac, Julien Coupat, répond aux questions du Nouvel Observateur sur son avenir judiciaire, la loi sur le renseignement et la France de l’après Charlie.

Il ne s’était pas exprimé dans la presse depuis 2009. Après avoir été incarcéré six mois pour des accusations de terrorisme, Julien Coupat était devenu à gauche un des plus puissants symboles d’une dérive autoritaire du pouvoir sarkozyste, accusé de monter en épingle une affaire de sabotage de caténaires SNCF pour créer un « ennemi intérieur ». Leader intellectuel du groupe de gauche radicale dit de Tarnac, il n’avait eu de cesse depuis de dénoncer une manipulation policière, menant une rude bataille judiciaire aux côtés des autres inculpés.

On le sait désormais, le quinquennat socialiste n’aura pas inversé la tendance. Deux jours après le vote par l’assemblée nationale de la loi sur le renseignement, Julien Coupat, quarante ans, s’est donc vu signifier, Jeudi 7 Mai 2015, une demande de renvoi en correctionnelle pour « association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste », aux côtés de deux autres jeunes femmes, parmi lesquelles sa compagne Yildune Lévy. Un certain François Hollande, alors président du conseil général de Corrèze, territoire sur lequel se trouve Tarnac, avait pourtant pris la plume au printemps 2009 pour ironiser sur la qualification des faits en « terrorisme » et dénoncer une « affaire politique ». Aujourd’hui Julien Coupat reprend la parole.

L'interview exclusive de Julien Coupat est à retrouver intégralement dans le Nouvel Observateur en kiosques Mercredi 13 Mai 2015, ou dès aujourd'hui en zone abonnée. En voici des extraits.

« Dans n'importe quel autre pays d'Europe, un dossier comme celui-ci aurait depuis longtemps donné lieu à relaxe avec de discrètes excuses des autorités.

Depuis le jour de nos arrestations, nous avons toujours trouvé hilarantes les charges qui pèsent contre nous. Et nous trouvons toujours aussi hilarant que le parquet s'appuie dans son réquisitoire, pour étayer l'accusation de terrorisme, sur un livre en vente à la FNAC, « l’insurrection qui vient », et le témoignage sous X d'un mythomane qui a reconnu au 20 heures de TF1 avoir été manipulé par la police antiterroriste. Les procureurs sont des écrivains de polars ratés.

Nous ne nous sommes pas battus, et nous ne nous battons pas, pour faire reconnaître on ne sait quelle innocence, ni pour que la justice, dans sa grande mansuétude, daigne abandonner ses poursuites infondées. Nous nous battons parce que l'on a tenté et que l'on tente encore de nous détruire, de rayer définitivement de la carte la possibilité politique dont l’état a fait de nous un exemple.

Que l'on en soit, quinze ans après le Patriot Act, après le rapport du sénat américain sur la torture, après les révélations d’Edward Snowden, à adopter des mesures aussi exorbitantes que la loi sur le renseignement adoptée Mardi 5 Mai 2015, dit à la fois le cynisme inoxydable et le pathétique mimétisme des gouvernants français. Ils croient vraiment qu'ils vont pouvoir refaire avec quinze ans de retard le coup du néo conservatisme martial, et que nous sommes tous trop bêtes, trop lâches et trop passifs pour nous en insurger.

Le régime social-démocrate actuel, chacun le constate, est en passe de réussir ce que Nicolas Sarkozy n'a pas réussi à faire, en matière d’austérité comme d'antiterrorisme, de droit du travail comme de répression de tout ce qui se trouve à sa gauche.

La ligne de Charlie Hebdo était depuis longtemps devenue si droitière que c'est, je crois, le seul organe de presse qui ait vu ses locaux dévastés lors d'une manifestation contre le Contrat Premier Emploi. D’un autre côté, si Cabu, pour la génération de 1968, c'est l’Enragé et Hara Kiri, pour la mienne, c'est Récré A2. Faut-il que la sagesse de ce monde soit devenue complètement folle pour être contemporain d'un attentat à l'arme lourde contre le club Dorothée ?

Un temps, l'internet et les réseaux sociaux ont servi de soupape de sécurité, mais ils sont à présent en voie de flicage avancé. L'incrimination d’apologie du terrorisme est là, désormais, pour produire sur toute expression téméraire la terreur requise. Pour ce qui est d’Edward Snowden et de Julien Assange, que nous sommes allés rencontrer à Londres, le fait que l'un en soit réduit à se réfugier dans la Russie de Vladimir Poutine et que l'autre n'ait aucun espoir de sortir un jour de l'ambassade minuscule où il est reclus, en dit long sur ce qu'il faut entendre par le mot démocratie.

Nous vivons des temps radicaux. L'état de chose ne pouvant durer, l'alternative entre révolution et réaction se durcit. Si la décomposition en cours profite essentiellement aux forces fascisantes, ce n'est pas parce que les gens inclineraient spontanément vers elles, c'est qu'elles donnent de la voix, font des paris et prennent le risque de perdre. Nous autres, révolutionnaires, sommes comme retenus par les fils invisibles d'une tradition que nous craignons continuellement de trahir. Mais y a-t-il de plus grand risque, dans la situation actuelle, que de ne pas prendre de risque ? »

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14 mai 2015 4 14 /05 /mai /2015 18:53

http://www.cadtm.org/Ils-n-imaginaient-pas-qu-un

Ils n’imaginaient pas qu’un gouvernement anti austérité ferait un audit

Interview d’Eric Toussaint

Lundi 11 Mai 2015

Éric Toussaint est passé mi-avril par Euskal Herria avec sa dernière œuvre sous le bras, Bancocratie, publié en castillan par Icaria Editorial, et chargé de réflexions à propos d’un domaine sur lequel il travaille depuis des dizaines d’années. Porte-parole du Comité pour l’Annulation de la Dette du Tiers Monde (CADTM), sa trajectoire a commencé dans une perspective européenne, auditant, dans les années 1980, l’explosion de la dette des pays du nord, comme celle de la Belgique ou de l’Italie, coïncidant avec le début des politiques néo libérales, et qui est maintenant dans l’œil du cyclone de ce que certains appellent « la crise de la dette de la zone euro » et autre « crises humanitaires en Grèce ». GARA a partagé avec lui une entrevue lors d’une conférence de presse à Bilbao. Cet article reprend des extraits de ces deux comparutions.

Question. En quoi consiste le mandat que vous a donné le parlement grec ?

Réponse. La décision prise par la Grèce de constituer une commission d’audit de la dette, qui a été appelée la « commission de la vérité sur la dette », est inédite au niveau européen. Aucun parlement, aucune institution d’un état de l’Union Européenne ou de l’ensemble de l’Europe, n’a jamais pris ce type d’initiative. Et elle l’a fait avec un mandat très clair, celui d’identifier la part illégitime, illégale, odieuse et/ou insoutenable de la dette réclamée à la Grèce aujourd’hui. Ce mandat est très important parce qu’il y a une large conscience parmi la population grecque au sujet de l’illégitimité et de l’illégalité d’une partie de la dette mais il manque des arguments solides, basés sur le droit international, avec un audit des comptes publics et de leurs relations avec les finances privées. Jusqu’à présent, il y a un manque d’argumentation sur laquelle baser des décisions souveraines en relation avec l’identification de ce type d’illégitimité et d’illégalité. Nous n’allons pas faire des recommandations au gouvernement sur la stratégie à suivre avec l’Union Européenne, cela ne fait pas partie de notre mission. Mais sur base de nos conclusions, les autorités pourront prendre de manière souveraine des décisions fondées sur des arguments de droit interne et international pour pouvoir faire face à leurs créanciers.

Question. Éclaircissons ces concepts sur la dette, illégitime, illégale, odieuse et insoutenable.

Réponse. Une dette illégitime est celle contractée en défaveur de l’intérêt général de la population. Par exemple, la dette contractée comme conséquence de cadeaux fiscaux à une minorité privilégiée, à travers l’exonération d’impôts. On peut aussi considérer illégitime la dette contractée pour favoriser les banquiers privés responsables de la crise, celle contractée pour sauver les banquiers. Une dette illégale est celle qui a été contractée sans respecter les normes juridiques en vigueur dans un état ou dans une région économique ou politique comme la zone euro ou l’Union Européenne. Dans le cas de la Grèce, nous allons analyser si la constitution a été respectée au moment de signer le mémorandum de 2010 et le programme de sauvetage, ou au moment de la restructuration de la dette de 2012, si les règles en vigueur dans l’Union Européenne ont été respectées et si le Fonds Monétaire International (FMI), quand il a octroyé le crédit à la Grèce, a respecté ses propres statuts. Il faut également analyser la légalité du point de vue des traités internationaux qui garantissent l’exercice des droits humains. C’est-à-dire que, si des conventions garantissant aux citoyens l’exercice de leurs droits humains fondamentaux n’ont pas été respectées ou si elles ont été abrogées, comme celui d’avoir accès à un haut niveau d’éducation, de santé publique, à un emploi décent et à une pension digne. Si tel fût le cas, alors on parlera d’illégalité et de caractère odieux de la dette. Et j’arrive à l’insoutenabilité. Nous ne parlons pas de soutenabilité en termes financiers, la possibilité pour un état de continuer à rembourser une dette parce qu’il a les moyens de payer, mais en relation au droit, où une dette insoutenable est celle dont le remboursement empêche à un gouvernement de garantir à ses citoyens l’exercice de leurs droits humains fondamentaux.

Question. Qui appellerez-vous à comparaitre devant la Commission ?

Réponse. Nous allons convoquer Jean-Claude Trichet, président de la Banque Centrale Européenne (BCE) à l’époque, Dominique Strauss Kahn, alors directeur général du FMI, et le groupe Goldman Sachs, qui a participé au « maquillage » des comptes de la Grèce. Entre autres, nous inviterons à comparaitre le représentant brésilien du FMI, Paulo Noguera Batista, qui a déclaré que la décision du FMI d’octroyer un crédit à la Grèce a été prise sous la pression d’Angela Merkel, de Nicolas Sarkozy et des banques françaises et allemandes, qui ont exigé un sauvetage public. Il existe des témoignages d’une discussion à la direction du FMI lors de laquelle plusieurs directeurs exécutifs ont dit « qu’il faut accorder une remise de dette à la Grèce, il faut restructurer cette dette maintenant », c’était en 2010, « car accorder un crédit va créer une situation dans laquelle la Grèce sera incapable de rembourser ». D’autant que le FMI ne peut accorder un crédit à un pays membre seulement s’il rend soutenable, et de manière structurelle, le remboursement de la dette.

Question. Et que s’est-il passé ?

Réponse. Les représentants de la France et de l’Allemagne, appuyés par le reste des pays de la zone euro, ont dit qu’une remise n’était pas possible parce que cela impliquait un coût pour les banques françaises, allemandes et italiennes. Ensuite, une fois que ces créanciers privés ont touché le quota des bons grecs, ils ont vendu ces titres sur le marché secondaire à d’autres banques et fonds spéculatifs. Et ainsi, les grandes banques privées sont sorties du marché de la dette grecque. Donc, en 2012, ils ont opéré une restructuration de la dette avec une remise, mais ceux qui ont été affectés n’étaient plus les mêmes banquiers, c’était à ce moment, par exemple, les banques chypriotes, qui avaient acheté aux banques allemandes et françaises les titres grecs pensant que c’était une bonne affaire. Et cela a provoqué la crise de Chypre.

Question. Cet audit de la dette est-il compatible avec la négociation en cours entre le gouvernement d’Alexis Tsipras et l’Union Européenne ?

Réponse. Évidemment qu’il est compatible. Il y a ici une sorte d’ironie de l’histoire, en mai 2013, le parlement européen, sous la pression de la commission européenne, a adopté un règlement très dur pour les pays soumis à un plan d’ajustement structurel, à cette époque, la Grèce, le Portugal, Chypre et l’Irlande. Il s’appelle le règlement quatre cent soixante-douze et est extrêmement dur à propos de la tutelle des économies des pays sous assistance financière. Dans l’article sept alinéa neuf, il est dit qu’un pays sous ajustement structurel devra réaliser un audit intégral de sa dette pour expliquer comment celle-ci a augmenté jusqu’à un niveau insoutenable, ainsi que pour identifier les possibles irrégularités.

Question. Que fait la Grèce en créant une commission d’audit ?

Réponse. Elle est en train de mettre en œuvre ce règlement, qui pour moi est injuste, mais qui existe. Quand il a été adopté, il est clair qu’ils n’imaginaient pas que ce serait un gouvernement anti-austérité qui élaborerait l’audit de la dette, ils pensaient à un autre type de scénario. Mais, parfois, ce type de situation imprévue permet à un gouvernement de baser un acte important sur le droit, et dans ce cas-ci, un acte démocratique et élémentaire.

Question. Jusqu’à présent, aucun autre gouvernement européen ne l’a réalisé ?

Réponse. Je pense qu’il est important de demander à la commission européenne, responsable de l’application de ce règlement, pourquoi elle n’a pas exigé l’audit au gouvernement d’Antonis Samaras, pourquoi elle ne l’a pas exigé à Pedro Passos Coelho au Portugal et pourquoi elle ne l’a pas exigé à Chypre. En fait, ils ne voulaient pas que ces audits de la dette se réalisent.

Question. La socialisation de la dette privée pourrait-elle être inversée ? Est-il possible d’obliger les banques à assumer la remise ?

Réponse. Elles pourraient payer la facture de l’annulation de la dette, peut-être avec une contribution à un fond spécifique. Qui sont les propriétaires de la dette des états ? Ce sont les banques qui sont les principales créancières. Dans le cas espagnol, ce sont les banques privées nationales et étrangères, les détenteurs de la dette publique. Dans le cas de la Grèce, les créanciers sont publics, c’est un cas que je qualifierais d’exceptionnel, avec celui du Portugal et de Chypre.

Question. Est-il possible de se documenter clairement pour connaître la destination des crédits accordés à la Grèce ?

Réponse. Absolument, il y a des déclarations très claires à ce sujet, la Grèce a été obligée d’utiliser l’argent reçu pour rembourser les banques. L’argent qui est resté en Grèce a été extrêmement minoritaire. Et c’est ce que nous allons montrer avec l’audit, même si c’est déjà assez bien documenté, autant pour la partie qui est sortie de Grèce immédiatement en tant que remboursement des banques, que la partie qui est arrivée en 2010 et 2012 aux banques grecques, qui étaient en grande partie des filiales des banques françaises et allemandes.

Question. Et quelles répercussions cela peut-il avoir en dehors de la Grèce ?

Réponse. Cela peut être un exemple pour les autres peuples. Il y a beaucoup d’espoir au sein de l’opinion publique européenne à propos de ce qui peut se passer en Grèce. Si le gouvernement élu démocratiquement avec un programme de rupture avec l’austérité arrive à garantir à ses citoyens le rétablissement des droits humains fondamentaux, se confrontant aux autorités européennes et aux créanciers, ce serait un exemple extraordinaire pour l’Union Européenne et pour les autres peuples d’Europe. C’est pour cette même raison qu’un gouvernement comme celui de Mariano Rajoy est aussi rigoureux que celui d’Angela Merkel quand il y a un dialogue avec les autorités grecques. Parce que Mariano Rajoy, peut-être plus que d’autres, souhaite l’échec de l’expérience du gouvernement de Syriza afin de convaincre le peuple d’Espagne qu’il n’y a pas d’issue à l’austérité et qu’un gouvernement du type de Syriza est impossible, inconcevable en Espagne. D’où l’importance d’offrir notre soutien au peuple grec pour permettre que cette expérience soit une réussite.

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14 mai 2015 4 14 /05 /mai /2015 18:22

La Grèce débloque le processus de vente du port du Pirée (Reuters)

La Grèce a débloqué la procédure de cession du port du Pirée, le plus grand port du pays, et demandé à trois candidats de présenter des offres contraignantes d'ici septembre 2015 pour le rachat d'une participation majoritaire dans son capital, a indiqué Jeudi 14 Mai 2015 à Reuters un responsable des privatisations.

Athènes avait retenu l'an dernier le chinois Cosco Group et quatre autres candidats pour une participation de soixante-sept pour cent mais la vente avait été suspendue par le gouvernement de la gauche radicale du premier ministre Alexis Tsipras à son arrivée au pouvoir cette année.

La reprise de cette cession devrait être l'une des grandes concessions faites par Alexis Tsipras à l'Union Européenne et au Fonds Monétaire International (FMI) dans le cadre des négociations en cours pour obtenir une nouvelle aide financière.

Athènes propose désormais aux candidats, dans une lettre envoyée Mercredi 13 Mai 2015, de prendre une participation de cinquante et un pour cent dans le capital du port, au lieu des soixante-sept pour cent proposés initialement, rapporte le responsable.

Seuls trois des cinq candidats initiaux, Cosco, l'exploitant de terminaux de conteneurs néerlandais APM Terminals et le groupe basé aux Philippines International Container Terminal Services, sont toujours intéressés, précise-t-il.

« Ce sera pour cinquante et un pour cent avec une option pour atteindre soixante-sept pour cent dans cinq ans s'ils ont investi trois cent millions d'euros », a-t-il dit. « Nous souhaitons annoncer le gagnant fin septembre ou début octobre 2015 ».

Le gouvernement grec tente de renégocier sa dette et d'obtenir une nouvelle tranche d'aide en échange de réformes structurelles. Le gouvernement a fait savoir qu'il étudierait des ventes d'actifs mais qu'il souhaitait que l’état reste impliqué dans les sociétés susceptibles d'être privatisées.

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13 mai 2015 3 13 /05 /mai /2015 18:51

Plus de trois cent djihadistes, en Syrie ou sur le retour, recherchés (Reuters)

Les autorités françaises recherchent trois cent six djihadistes, en Syrie ou « sur le retour », selon le procureur de la république de Paris, François Molins.

Dans un entretien à paraître Mardi 12 Mai 2015 dans Le Figaro, il cite trois types de personnes, « il y a les aguerris d'autant plus dangereux qu'ils reviennent endurcis par les combats. Puis il y a les déçus. Enfin, la dernière catégorie est le profil du déséquilibré psychiatrique ou psychique qui peut avoir prêté la main à des actions abominables et qu'il faut à la fois punir et traiter. Nous voulons juger le plus rapidement possible les dossiers syriens », poursuit François Molins. « A ce jour, seuls onze individus l'ont été. Le plus lourd est à venir puisque nous traitons actuellement des dizaines de dossiers avec cent soixante-neuf personnes mises en examen, dont cent six personnes en détention provisoire ».

Il ajoute que Sid Ahmed Ghlam, arrêté le mois dernier et soupçonné d'avoir préparé un attentat contre au moins une église de Villejuif, « a été téléguidé depuis la zone irako-syrienne ».

Quant à Amedy Coulibaly, un des auteurs des attentats qui ont fait dix-sept morts en France en janvier 2015, « selon toutes hypothèses en cours de vérification, Amedy Coulibaly a lui aussi reçu des instructions depuis l'étranger ».

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13 mai 2015 3 13 /05 /mai /2015 18:40

http://www.lorientlejour.com/article/924425/ali-mamlouk-serait-en-residence-surveillee-pour-tentative-de-coup-detat.html

Ali Mamlouk serait en résidence surveillée pour tentative de coup d’état

Le chef du bureau de sécurité nationale syrien est accusé d'avoir engagé des pourparlers secrets avec la Turquie et avec Rifaat al Assad, rapporte le Telegraph.

Soupçonné d'avoir fomenté un coup d’état pour mettre fin à l'influence grandissante de l'Iran sur le régime du président syrien Bachar al Assad, le général Ali Mamlouk aurait été placé en résidence surveillée, révèle Lundi 11 Mai 2015 le quotidien britannique Telegraph.

Le chef du bureau de sécurité nationale du parti Baas syrien et conseiller du président Bachar al Assad en matière de sécurité aurait engagé des discussions secrètes avec les services de renseignement turcs, explique le quotidien citant « une source interne au régime ». Toujours selon le quotidien, le général Ali Mamlouk aurait également pris contact avec Rifaat al Assad, l'oncle du président syrien, qui vit en exil depuis qu'il a été accusé, lui aussi, de monter un coup d’état en Syrie dans les années 1980. Ces contacts auraient été pris après la défaite des troupes syriennes à Idlib et Jisr al-Choughour.

Le Telegraph explique que la place prise par l'Iran au sein du régime est sévèrement contestée par des membres du « cercle intime » de Bachar al Assad.

« La plupart des conseillers du palais présidentiel sont maintenant iraniens. Ali Mamlouk détestait que la Syrie offre sa souveraineté à l'Iran. Il pensait qu'un changement était nécessaire », déclare au quotidien « une source proche du palais » présidentiel.

Ces informations interviennent quelques jours après l’annonce de la mort de l'ancien chef des services de renseignements syriens au Liban, Rostom Ghazalé, plus d'un mois après son hospitalisation à Damas. Les causes précises de l'hospitalisation de Rostom Ghazalé, qui souffrait d'hypertension artérielle, n'ont jamais été éclaircies. Une source de sécurité haut placée à Damas avait annoncé un mois plus tôt son limogeage et celle du chef du renseignement militaire, Rafic Chéhadé, après une violente querelle entre les deux hommes.

Au Liban, le général Ali Mamlouk est suspecté d'avoir planifié, avec l'ancien ministre Michel Samaha, des attentats dans ce pays et l'assassinat de personnalités politiques et religieuses libanaises hostiles à Damas. Lundi 20 avril 2015, Michel Samaha a reconnu lors de son procès avoir ramené de Syrie des explosifs destinés à être utilisés pour des attentats au Liban.

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13 mai 2015 3 13 /05 /mai /2015 18:29

Jean Marie Le Pen va créer une formation politique (Reuters)

Jean-Marie Le Pen, suspendu Lundi 4 Mai 2015 de ses fonctions de président d'honneur du Front National, a annoncé Lundi 11 Mai 2015 son intention de créer une formation, « un parachute contre le désastre » qui, assure-t-il, ne sera pas concurrent du Front National.

« Je ne vais pas créer un autre parti. Je vais créer une formation qui ne sera pas concurrente du Front National », a-t-il déclaré sur Radio Courtoisie.

Il s'agira, a-t-il poursuivi, « d’un parachute contre le désastre, de façon à recueillir tous ceux qui sont actuellement indignés de la ligne politique suivie » par le parti qu'il a cofondé en 1972 et que sa fille Marine Le Pen, désormais en rupture totale avec son père, dirige depuis 2011.

Les opposants à la ligne actuelle de « dédiabolisation », dont Jean-Marie Le Pen impute la responsabilité au vice-président Florian Philippot, « sont nombreux, ils n'ont pas toujours le moyen de se faire entendre mais ils sont très nombreux ».

L'objectif, a poursuivi le fondateur du parti, qui aura quatre-vingt-sept ans le 20 juin 2015, est de « peser pour rétablir la ligne politique qui a été suivie depuis des décennies ».

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13 mai 2015 3 13 /05 /mai /2015 18:07

http://www.syriza-fr.org/2015/05/08/grece-la-reouverture-de-la-radio-television-publique-grecque-ert-le-11-mai-2015

Il faut que la nouvelle ERT restaure un climat de confiance avec le peuple grec

Le gouvernement, ayant comme objectif la réouverture de l’ERT, Lundi 11 Mai 2015, et la fin de la période « d’écran noir et gris », accélère les processus d’application de la loi adoptée par le parlement la semaine dernière.

Comme a souligné le ministre d’état Nikos Pappas, « notre préoccupation est de rétablir la confiance du peuple envers le radio diffuseur public ». Dans ce contexte, le processus de formation du nouveau conseil d’administration a déjà commencé. A partir du Jeudi 7 Mai 2015, nous avons publié un appel ouvert à manifestation d’intérêt pour les postes de président du conseil d’administration, de Président Directeur Général et de trois autres membres du conseil d’administration de l’ERT. Le processus sera terminé demain, afin que le conseil d’administration se constitue et sélectionne immédiatement les personnes qui vont encadrer la nouvelle organisation.

Le profil d’information de l’ERT est son grand défi, tandis que le nom ERT est son meilleur atout. Par conséquent, selon les rapports, le nom ERT sera utilisé partout. Dans les trois chaînes de télévision, ERT 1, ERT 2 et ERT 3, dans la chaîne satellitaire, dans les quatre radios et les dizaines de stations de radio régionales, il y en avait dix-neuf quand la Nouvelle Démocratie et le Pasok les ont fermées. Selon les rapports, il y aura un secteur de radio diffusion unique pour les expatriés avec la chaîne de télévision ERT World et les radios Amitié et la Voix de la Grèce.

La nouvelle administration doit trouver immédiatement les personnes et les voix qui vont exprimer la nouvelle ERT, en laissant derrière elle la période des mémorandums et des perceptions dépassées. Certes, ses travaux doivent se faire avec des moyens financiers limités, comme elle continue à payer une partie de son budget vers l’état en contribuant à la dette publique, en ajoutant l’élément qu’elle était profitable, ce que les défenseurs de « l’écran noir » avaient « oublié ».

La prochaine étape sera la restructuration de son organisation et de son travail par la rationalisation des structures et la répartition du personnel, mais aussi l’intégration des fonctionnalités de la période d’auto-organisation qui se sont révélées efficaces dans la pratique.

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12 mai 2015 2 12 /05 /mai /2015 19:47

http://www.versobooks.com/blogs/1578-ernesto-laclau-theorist-of-hegemony

http://www.publico.es/actualidad/muere-ernesto-laclau-teorico-hegemonia.html

La mort d’Ernesto Laclau a causé un grand émoi dans la gauche internationale. Elle a perdu l'un de ses penseurs politiques les plus perspicaces. Nous publions ici l'hommage d’Íñigo Errejón à Ernesto Laclau, un rappel très rapide de l'actualité urgente des réflexions d’Ernesto Laclau tout au long de sa vie sur l'hégémonie, les stratégies de la gauche et la question épineuse du populisme.

Mort d’Ernesto Laclau, théoricien de l’hégémonie

Par Inigo Errejon, médecin, chercheur en sciences politiques à l’université Complutense de Madrid et directeur de la stratégie et de la communication de Podemos.

Lundi 14 Avril 2014

Bien que j’ai eu un peu de ses livres sur les étagères de ma maison d'enfance, il a fallu attendre la dernière année de mon diplôme pour que je lise Ernesto Laclau, avec sa compagne personnelle et intellectuelle Chantal Mouffe, pour un séminaire du professeur Javier Franzé pendant l’année universitaire en 2005 et 2006. Je me souviens comment la densité et la complexité du fragment de « l'hégémonie et la stratégie socialiste » m'a frappé, et comment je le relisais plus tard le crayon à la main. Mais il avait certainement déjà secoué certaines de mes certitudes et ouvert un champ de curiosité intellectuelle à laquelle j’allais ensuite me consacrer.

Quelque temps plus tard, en passant par Buenos Aires, après une année de vie et de recherche en Bolivie, j’ai acheté « la raison populiste », comme j’étais déjà obsédé par la compréhension du national-populisme en Amérique Latine et passionné de travailler à travers certaines de ses ambivalences. C’était en 2009. En mai 2011, trois jours après les manifestations du 15 mai 2011, j’ai défendu ma thèse de doctorat à l’université Complutense, son titre étant « la lutte du MAS pour l'hégémonie en Bolivie, de 2006 à 2009, une analyse discursive ». Le travail d'Ernesto Laclau, je répète, et aussi de Chantal Mouffe, et leur école de pensée néo-gramscienne a joué un rôle théorique central dans ma thèse.

Il y a quelques jours, dans l'introduction d'un événement avec le vice-président bolivien Alvaro García Linera, sans doute l'autre grand esprit de l'époque de l'Amérique latine du changement, je pensais que ce n’est pas facile de présenter un auteur dont j’ai lu autant de travaux.

Maintenant, je me rends compte qu'il est encore moins facile d'écrire la nécrologie d’un auteur que j’ai tellement étudié, mais sans l'avoir connu.

Dimanche 13 Avril 2014, le théoricien politique argentin Ernesto Laclau, né en 1935, est mort à Séville. Il avait présenté son doctorat à Oxford devant Eric Hobsbawm et était dernièrement professeur émérite de sciences politiques à l’université d'Essex, où il a fondé une école théorique dédiée à l'analyse du discours, de l’idéologie et des pratiques qui ont contribué à la formation des sujets. Ernesto Laclau nous laisse une œuvre qui est peut-être la plus importante parmi tous les développements théoriques du concept d’hégémonie d’Antonio Gramsci.

La trajectoire intellectuelle d’Ernesto Laclau a constamment traversé les frontières disciplinaires, histoire, philosophie et sciences politiques, et a rejeté le préjugé conservateur selon lequel il y aurait une incompatibilité entre la rigueur scientifique et l’engagement politique, à chaque étape de sa carrière, son sérieux en tant qu'universitaire était inséparable de sa curiosité et de sa participation intellectuelle dans les conflits de son temps et de leurs possibles conséquences émancipatrices. Le style d'écriture d’Ernesto Laclau était méticuleux et systématique, mais aussi animé, polémique et convaincant.

Passant dans sa jeunesse de la jeunesse du Parti Socialiste à la Gauche Nationale dirigée par Abelardo Ramos, sur la base d’un dialogue entre le marxisme et le phénomène populaire du péronisme, comme il le dit, « le péronisme m'a fait comprendre Antonio Gramsci », le noyau central des travaux d’Ernesto Laclau a été orienté vers la pensée à travers le concept d'hégémonie. Il l'a fait à travers une discussion ouverte avec Antonio Gramsci sur la base d’un original, non orthodoxe et presque hérétique développement de ses concepts et les chemins incomplets indiqués dans ses œuvres. Au centre de la pensée d’Ernesto Laclau, il y avait la question de la capacité de créer le consentement, du fonctionnement de la légitimité et, en particulier, comment et dans quelles conditions les gens d’en bas pourraient renverser leur subordination, former un bloc dirigeant historique et organiser la communauté politique.

« L’hégémonie et la stratégie socialiste », en 1985, était le travail principal d’Ernesto Laclau et de Chantal Mouffe, un livre qui a fondé toute une perspective théorique. Dans ce livre, ils ont proposé une compréhension de la politique comme une bataille pour le sens, dans lequel le discours n’est pas ce qui est dit, vrai ou faux, révélateur ou dissimulateur, sur les positions qui existent déjà et ont été constituées dans un autre domaine, social ou économique, mais plutôt une pratique d'articulation qui construit une autre position, dans un sens ou dans un autre, sur la base de « faits » qui peuvent prendre une signification très différente selon la façon dont ils sont sélectionnés, regroupés et, surtout, opposés.

Ce sens n’est pas donné, mais il dépend plutôt des affrontements et des équilibres, il est la base de la démocratie et non une menace, comme le prétend la pensée conservatrice qui réduit la politique à la gestion de ce qui a déjà été décidé ailleurs. Dans cette perspective, la politique n’est pas apparentée à un match de boxe, un simple affrontement ou un arbitrage entre les acteurs existants, ni à un jeu d'échecs, des alliances, des mouvements et des tactiques utilisées par des pièces déjà données, mais à une « guerre de position » continue, avec des épisodes de mouvements, mais aussi, bien sûr, des équilibres entre des forces gelées dans les institutions, afin de constituer des côtés, des identités, des modalités, et finalement le champ de bataille lui-même. Parler de la fragmentation des identités possibles et de leur contingence n’est pas célébrer les particularismes ni le mythe conservateur de la fin des antagonismes, cela signifie plutôt la conscience de la nécessité irremplaçable pour la politique d'articuler et de générer des imaginaires qui peuvent unir et mobiliser le peuple.

Ce pouvoir est l'hégémonie, la capacité d'un groupe de présenter son ordre du jour notamment en incarnant l'intérêt général, un particulier qui construit un universel autour de lui, une relation contingente qui est toujours incomplète, attaquée et temporaire. Ce n’est non seulement une question de leadership, ni même une simple alliance des forces, mais plutôt la construction d'un nouveau sens qui est plus que la somme de ses parties. La force hégémonique produit un ordre moral, culturel et symbolique à l’intérieur duquel les couches subalternes et même ses adversaires doivent fonctionner, cet ordre étant devenu le sens commun qui ne peut être remis en cause que d'une position d'extériorité absolue condamnée à l'insignifiance.

Les « signifiants flottants » jouent un rôle important dans ce modèle, similaire à ceux des hautes crêtes à partir desquelles on peut dominer un champ de bataille.

Ce sont des symboles ou des noms qui portent légitimité, mais ne sont pas ancrés dans un sens déterminé, et en tant que tels peuvent servir de catalyseurs ou de standards pour la solidarisation des groupes fragmentés et des demandes négligées qui deviennent un « nous » politique avec une volonté de puissance, ce qui nécessite toujours la définition d'un « eux » qui sont responsables pour tous les problèmes qui existent. Ce n’est pas une opération descriptive, mais plutôt la génération de sens.

Cependant, il n’y a pas de doute que c’est par la notion « maligne » du populisme qu’Ernesto Laclau a acquis son plus grand impact médiatique et politique. Dans « la raison populiste », il a analysé les prémisses élitistes et sensiblement anti-démocratiques qui se tenaient derrière l'identification du « peuple » avec « les passions de base » qui peuvent être « excitées par des démagogues », et a postulé que la menace pour la démocratie contemporaine ne vient pas de sa plébéienne sur utilisation, mais plutôt de sa restriction oligarchique par les minorités qui sont libres de tout contrôle populaire.

Poursuivant dans cette veine, il a proposé une conceptualisation du populisme radicalement différente de sa vague et péjorative utilisation médiatique. Il a compris ce mot non comme un contenu idéologique spécifique, mais plutôt comme une forme d'articulation des identités populaires, typique dans les moments de crise, la perte de capacité des institutions à absorber la pression, et le mécontentement et la dislocation des loyautés précédemment existantes, par l'intermédiaire de la dichotomisation de l'espace politique définissant une « plèbe » qui s’affirme comme le seul « populus » légitime dans l'opposition aux élites symboliquement regroupées. Une nouvelle frontière est ainsi dressée à travers le champ de bataille politique, illustrant un nouveau « eux » en opposition duquel une identité populaire est produite qui jette de côté les métaphores qui auparavant divisaient le peuple. Dans chaque cas, la signification idéologique du populisme dépend de la nature et de la gestion de cette frontière.

Cette conceptualisation du populisme fait des catégories d’Ernesto Laclau un point de référence essentiel pour comprendre les expériences de changement politique, la formation de gouvernements nationaux-populaires et les réformes de l’état en Amérique Latine au début du vingt et unième siècle. Mais dans le même temps, il a également été la cause de cette « fin d’Ernesto Laclau » ignoré ou faisant face à l'hostilité en Espagne, en dépit de son influence intellectuelle et de sa reconnaissance académique en Amérique Latine et ailleurs en Europe. Il convient de rappeler que les expériences latino-américaines en expansion de la démocratie et de l'inclusion sociale font face à la fois à l'hostilité de la pensée conservatrice et à l'incompréhension parmi la majorité de la gauche, pour qui le populisme est une falsification, ou une distraction plus ou moins nocive, de certitudes déjà établies.

Comme Marco d'Eramo nous le rappelait aussi dans son article « le populisme et la nouvelle oligarchie », dans la New Left Review en1982, en Europe nous traversons un moment important où l'offensive oligarchique est sur le marché, avec l'appauvrissement de la population et le dédain de l’élite pour elle comme une instance de légitimation, de sorte qu’elle augmente les accusations de « populisme » contre toute manifestation de mécontentement ou toute demande que le peuple devrait jouer un rôle dans les affaires publiques. La latino-américanisation de la politique du sud de l'Europe, se rapprochant de ces discussions et pour la première fois réglant sa boussole sur le sud, pas pour copier, mais pour traduire son expérience, peut reformuler et tirer parti de l'arsenal des concepts et des exemples de ce continent. Autrement dit, c’est une latino-américanisation par en haut, mais aussi par en bas. Ce n’est un secret pour personne qu’aucune initiative politique récente en Espagne ne serait possible sans la pollinisation intellectuelle croisée, l'apprentissage des processus vivants de changement en Amérique Latine, et une compréhension du rôle du discours, du sens commun et de l'hégémonie, qui vient clairement des travaux d’Ernesto Laclau, entre autres.

Ernesto Laclau est mort quand on en avait le plus besoin, à un moment d'incertitude et de l'ouverture des fissures permettant des possibilités sans précédent. Il est nécessaire afin de réfléchir aux défis de la sédimentation de l'irruption plébéienne et démocratique dans les états de l'Amérique Latine, et, en Europe du sud, pour faire face au défi de la façon de convertir le mécontentement et la souffrance de la majorité en de nouvelles hégémonies populaires. Il nous laisse faire face à cette tâche nous-mêmes, pas seuls, cependant, mais avec les catégories vivantes et une pensée radicale ouverte, riche et audacieuse que nous devons étudier, traduire et prendre au-delà de ses frontières, tout comme il l'a fait avec les idées d’Antonio Gramsci, trouver des alliés insoupçonnés, des lacunes inconnues et des potentiels imprévus. Ernesto Laclau, avec beaucoup d'autres, a semé les graines enrichissantes de la richesse intellectuelle et politique d'une Amérique Latine qui a élargi l'horizon du possible et nous a montré que la politique peut signifier la création, la tension et l'ouverture, et aussi une forme d'art plébéienne quotidienne. Une Amérique Latine qui montre que parfois, avec plus d'audace et de création de vérités essentielles, avec plus de recherches que les dogmes, avec plus d'insolence que des garanties et des manuels, oui, nous pouvons.

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12 mai 2015 2 12 /05 /mai /2015 18:06

Visite à Cuba remplie de symboles pour François Hollande (Reuters)

Discours à l'université de la Havane, cérémonies officielles, rencontre avec Fidel Castro, François Hollande a déroulé Lundi 11 Mai 2015 une visite remplie de symboles dans une Cuba castriste dont l’histoire, dit-il, « parle au monde ».

Le rapprochement de la Havane avec Washington était en toile de fond de ce voyage, le premier d'un chef de l’état français, durant laquelle François Hollande a prôné un accompagnement respectueux de l'ouverture en cours entre l'île communiste et le reste du monde.

L'heure passée avec Fidel Castro, héros de la révolution cubaine de 1959, rencontré chez lui, en famille, a constitué le moment fort de cette journée.

« C'est l’histoire de Cuba, l’histoire du monde. J'avais devant moi un homme qui a fait l’histoire. Il y a un débat sur ce qu'a pu être sa place et ses responsabilités, mais venant à Cuba, je voulais rencontrer Fidel Castro », a déclaré juste après François Hollande devant la communauté française.

Lors d'un point avec la presse à son hôtel dans la soirée, il a dit avoir trouvé son hôte plutôt en verve, « très alerte » et bien informé, notamment sur les questions environnementales abordées dans la perspective de la conférence sur le climat de décembre 2015 à Paris.

Au terme d'une journée qui restera l'un des moments forts de son quinquennat, François Hollande a dit considérer sa venue à Cuba comme une nécessité. « Ne pas le faire aurait été un oubli, et sûrement une erreur et une faute », a-t-il dit.

« Cela parle au monde d'aller à Cuba, cela ne parle pas seulement à ceux qui ont collé une affiche de Che Guevara », a encore estimé le dirigeant socialiste. « Il y avait un risque, le voyage aurait pu mal se passer. Mais il s'est bien passé ».

DROITS DE l'HOMME

Avec Raul Castro, qui a pris les rênes de Cuba après le retrait de son frère Fidel Castro pour des raisons de santé en 2008, François Hollande a plus spécifiquement abordé les conséquences du rapprochement avec les Etats-Unis, annoncé en décembre 2014 et scellé en avril avec Barack Obama.

A l'université de la Havane, François Hollande a réaffirmé la demande française d'une levée totale de l'embargo américain.

« Tout ce que la France pourra faire pour que l’ouverture soit confirmée, pour que les mesures qui ont tant nui au développement de Cuba puissent être enfin annulées et supprimées, pour que néanmoins chaque pays soit respecté dans son identité, voilà ce que avons à faire », a-t-il dit.

Raul Castro doit participer en juin 2015 à Bruxelles au sommet entre l'Union Européenne et la Communauté des Etats Latino-Américains et des Caraïbes (CELAC).

Dans cette perspective, François Hollande a prôné un renforcement des liens entre Cuba et l’Union Européenne, se disant certain que d'autres dirigeants viendraient à Cuba dans son sillage.

Le président français a entamé sa visite à la Havane par un entretien à la résidence de France avec l'archevêque de la Havane, Jaime Ortega, qui a souvent joué un rôle de médiateur dans un pays critiqué pour son manque de respect des libertés individuelles, où il n'existe pas d'opposition véritable.

Interrogé par la presse sur la question des droits de l’homme, l'entourage de François Hollande a fait savoir que le président n'avait pas été saisi de dossiers ou de cas particuliers de personnes en délicatesse avec le régime. « Ce qui ne veut pas dire qu'il ne se passe rien », a-t-on ajouté.

En 2003, François Hollande avait écrit dans le Nouvel Observateur une tribune intitulée « la belle révolution a tourné au cauchemar. Il faut dire la vérité », dans laquelle il dénonçait « l’inhumanité » du régime cubain.

« Il n'y a pas aujourd'hui de situation personnelle qui justifierait une telle prise de position », a-t-il dit à ce sujet Lundi 11 Mai 2015 à la Havane.

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