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27 janvier 2015 2 27 /01 /janvier /2015 20:46

Alexis Tsipras dévoile son gouvernement, Yanis Varoufakis aux finances (Reuters)

Le nouveau premier ministre grec Alexis Tsipras a dévoilé Mardi 27 Janvier 2015 un gouvernement resserré essentiellement composé d'adversaires de longue date des mesures d'austérité imposées à la Grèce par ses créanciers internationaux qui témoigne de sa volonté de ne pas revenir sur ses promesses de campagne.

Le ministère des finances, qui sera en première ligne des négociations qu'Athènes entend rouvrir sur la question de sa dette, a été confiée à l'économiste Yanis Varoufakis, qui fut le conseiller de l'ancien premier ministre George Papandréou entre 2009 et 2010.

Alexis Tsipras a confié le portefeuille de la défense à Panos Kammenos, le chef de file des grecs indépendants, la formation de droite souverainiste alliée au parti de gauche radicale Syriza.

Le poste de vice premier ministre revient à un autre économiste, Yannis Dragasakis, membre de longue date de Syriza.

« Nous avons une route abrupte à gravir », a prévenu le nouveau premier ministre, qui a prêté serment lundi au lendemain de la victoire de Syriza aux élections législatives.

« TRANSFERT CYNIQUE »

Le nouveau ministre des finances Yanis Varoufakis combat depuis longtemps la gestion de la crise économique par l'Europe qui, dit-il, risque de saper les fondements démocratiques du continent et de faire éclater la zone euro.

A ses yeux, répondre à la crise par la rigueur budgétaire et des réformes de compétitivité équivaut à un « transfert cynique des pertes bancaires sur les épaules des contribuables les plus faibles ».

Mais il dit ne pas vouloir aller à l'affrontement avec les partenaires européens d'Athènes. « Ne vous y trompez pas, ce qui commence aujourd'hui, c'est un processus de délibération avec nos partenaires européens », a-t-il dit mardi matin à une radio irlandaise. « Je ne vais pas me présenter devant l’euro groupe pour trouver une solution qui soit bonne pour les contribuables grecs mais mauvaise pour les contribuables irlandais, slovaques, allemands, français ou italiens ».

« TRIANGLE DE CORRUPTION »

Dans plusieurs interviews récentes, Yanis Varoufakis a également martelé sa détermination à mettre fin au règne des oligarques grecs. Il annonce dans les colonnes du quotidien Ta Nea que le premier objectif du gouvernement sera de combattre le « triangle de la corruption » entre les médias, les banques ainsi que les firmes du BTP et les fournisseurs de l’état.

Alexis Tsipras entend également rouvrir le dossier des mesures d'austérité, à commencer par celui des privatisations imposées à Athènes par ses créanciers, et de revenir sur l'imposition de nouvelles taxes posant la question du financement de ses promesses électorales et risquant d'envenimer ses relations avec l'Union Européenne et la zone euro.

L'agence de notation Standard and Poor's a d'ailleurs prévenu lundi qu'elle pourrait abaisser la note souveraine de la Grèce sans attendre la date de son prochain examen prévu, mi-mars, si la situation financière d'Athènes se dégrade.

Syriza, qui a manqué à deux sièges près la majorité absolue, a conclu un accord avec le mouvement des grecs indépendants, droite souverainiste, donnant naissance à une alliance entre la gauche et la droite inhabituelle mais soudée par l'opposition aux conditions dont dépend l'aide financière de la troïka de l’Union Européenne, de la Banque Centrale Européenne et du Fonds Monétaire International.

C'est au nom de cette alliance que Panos Kammenos accède au poste de ministre de la défense.

Créé en février 2012 à la suite d'une scission au sein de la Nouvelle Démocratie, le parti de la droite conservatrice du premier ministre sortant Antonis Samaras, son parti a obtenu treize députés dans la nouvelle assemblée.

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27 janvier 2015 2 27 /01 /janvier /2015 20:34

Les kurdes ont repris le contrôle total de Kobani (Reuters)

Les combattants kurdes ont repris la totalité de la ville kurde syrienne de Kobani, après avoir chassé les derniers groupes de djihadistes de l'Etat Islamique, ont rapporté, Lundi 26 Janvier 2015, l’Observatoire Syrien des Droits de l’Homme (OSDH) et les médias officiels syriens.

Plus prudents, les Etats-Unis ont estimé par la voix du porte-parole du Pentagone que la bataille de Kobani « n'était pas terminée », tandis que des partisans de l'Etat Islamique écrivaient sur leurs comptes twitter que les combats faisaient encore rage.

Selon l'OSDH, les combattants kurdes de l'organisation YPG, soutenus par des peshmergas irakiens et par les frappes de la coalition internationale, ont repris toute la ville mais progressent avec prudence dans les faubourgs de l’est de la ville car les djihadistes ont miné le terrain avant de prendre la fuite.

« Je peux voir le drapeau de l’YPG flotter sur Kobani. On entend des avions voler au-dessus de la ville », a témoigné Tevlik Kanat, un kurde de Turquie qui s'est précipité à la frontière, comme des centaines de personnes, à l'annonce de la prise de la ville.

« Les gens dansent et chantent. Il y a des feux d'artifice. Tout le monde se sent soulagé », a-t-il dit au téléphone.

L'agence officielle syrienne Sana a également annoncé la « libération » de Kobani, en citant des sources locales.

Alors que les combattants de l'Etat Islamique contrôlent encore des centaines de villages dans la région, le Pentagone s'est en revanche montré plus prudent.

« Je ne dirais pas que la bataille est gagnée. La bataille continue. Mais pour le moment, les forces amies ont l'avantage », a déclaré son porte-parole, le colonel Steve Warren.

Adossée à la frontière turque, dans le nord de la Syrie, la ville assiégée est au centre de combats depuis le mois de juillet 2014. Appelée aussi Aïn al Arab, Kobani est devenu un symbole de la résistance contre les djihadistes sunnites, qui se sont emparés de vastes territoires en Irak et en Syrie l'année dernière.

Idris Hassan, un responsable de la ville, a déclaré à Reuters que moitié de la ville était totalement en ruines et qu'une bonne partie du reste a subi des dommages. La ville manque d'eau, d'électricité, de vivres mais aussi de soins médicaux, a-t-il ajouté.

Les avions de la coalition internationale bombardent les positions de l'Etat Islamique presque quotidiennement depuis le début du mois dans le secteur de Kobani.

L'armée américaine a annoncé lundi que ses avions et ceux des autres partenaires de la coalition avaient mené vingt et un raids aériens en Syrie et treize autres en Irak au cours des dernières vingt-quatre heures. En Syrie, dix-sept des vingt et un raids ont concerné le secteur de Kobani.

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26 janvier 2015 1 26 /01 /janvier /2015 20:09

https://www.ensemble-fdg.org/content/lespoir-gagn

L’espoir a gagné

Par Myriam Martin

Dimanche 25 Janvier 2015

Ca y est. La victoire est historique. Les résultats définitifs donnent une avance de 8,5 points à Syriza sur Nouvelle Démocratie, droite au pouvoir avec le PASOK, avec un score de 36,4 % des voix, en progression de 9,4 points depuis juin 2012, et cent quarante-neuf sièges à la Vouli, la majorité absolue est à cent cinquante et un sièges.

Depuis des semaines, tous les yeux étaient braqués sur la Grèce, ceux qui espéraient la victoire de la gauche radicale Syriza mais ceux aussi qui la craignaient. Ces derniers, dans les jours qui ont précédé le vote, se sont même faits à l'idée de Syriza gagnante, à tel point que les dirigeants de l'Europe libérale et les grands médias dominants expliquent, sans rire, que Syriza « a mis de l'eau dans son vin », essayant d'insinuer que de toute façon, les nouveaux vainqueurs du scrutin de ce Dimanche 25 Janvier 2015 ont édulcoré leur programme.

Aucun de ces commentaires ne peut cacher l'inquiétude et l'agacement qui ont saisi les tenants de l'austérité en Europe. Le vote massif en faveur d'un parti de la gauche radicale dans un pays de l'Union Européenne, et porteur d'un projet alternatif aux logiques austéritaires, est historique.

Oui, ce vote résolument à gauche exprime le refus massif et catégorique des politiques qui ont cherché à mettre à genoux le peuple grec. Au nom de la résorption de la dette, les grecs ont tout subi, la baisse des salaires et des retraites, le chômage qui a explosé et qui est aujourd'hui de vingt-cinq pour cent et les privatisations à tout va, conduisant à une explosion de la misère.

Ces politiques criminelles n'ont en rien amélioré l'économie du pays, la dette publique passant de cent vingt-neuf pour cent du Produit Intérieur Brut en 2009 à cent soixante-quinze pour cent à l'heure actuelle.

Les grecs ont toujours résisté, allant de grève générale en grève générale, de mobilisations en mobilisations qui ont irrigué tous les champs de la société. Ces résistances sociales ne sont pas étrangères au large succès de Syriza. Ce dernier a su se faire l'écho de ces luttes par des mesures proposées qui refusent l'austérité et répondent à l'urgence sociale, extension de l’assurance chômage, restauration du salaire minimum et du droit du travail, politiques en faveur des foyers les plus démunis, subventions alimentaires et électricité gratuite, et, entre autres mesures, restructuration de la dette publique grecque. Pour gagner, Syriza s'est clairement situé sur une ligne d'opposition aux partis porteurs de l'austérité imposée par la troïka, notamment le Pasok, et de refus de toute collaboration avec eux.

Cette question va rapidement se situer au cœur des discussions au sein de l'Union Européenne, elle signifie en effet, qu'un pays peut désormais négocier la suspension du paiement de la dette, le rééchelonnement de cette dernière, voire l'annulation d'une partie.

Et même si, pour les créanciers, la restructuration de la dette grecque pouvait paraître inévitable tant celle-ci est élevée, un message clair a été envoyé à la troïka, un pays, la Grèce va pouvoir s'opposer à ses diktats. Situation inédite qui peut donner des idées à d'autres peuples et pays européens comme l'Espagne, le Portugal et l'Irlande. Bien sûr, plus que jamais, pour mener à bien les politiques annoncées, Syriza devra s'appuyer sur la mobilisation du peuple grec.

De la Grèce au reste de l’Europe

Avant le scrutin, vendredi, Alexis Tsipras, leader de Syriza, a expliqué mener bataille « pour tous les peuples d’Europe, pour mettre fin à l’austérité et pour ainsi éviter la fin de la démocratie ».

La victoire absolue de Syriza aujourd'hui permet enfin de tracer une ligne d'espoir en Europe, pour tous les peuples qui souffrent de l'austérité et qui la refusent.

L'arrivée au pouvoir de Syriza en Grèce, c'est un gros caillou dans les rouages du rouleau compresseur libéral européen. Cela rend crédible à une large échelle pour tous les peuples d'Europe qu'une alternative politique et économique au libéralisme est possible.

Il va nous falloir construire un mouvement de solidarité qui exige des dirigeants de l'Union Européenne, notamment Angela Merkel et François Hollande, le respect des choix du peuple grec.

Plus que jamais doivent s'exprimer, dès ce soir, cette solidarité avec les grecs, mais aussi la coopération de toutes les forces politiques de la gauche radicale et de transformation sociale.

Aujourd'hui s'ouvre une nouvelle page de l'histoire européenne.

Aujourd'hui nous sommes tous grecs, nous sommes tous Syriza.

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26 janvier 2015 1 26 /01 /janvier /2015 19:52

http://en.firatajans.com/news/news/victory-celebrated-in-kobane.htm

Célébration de la victoire à Kobanê (Firat News Agency)

Lundi 26 Janvier 2015

Les célébrations ont suivi l'annonce de la victoire à Kobanê.

Les travailleurs médicaux, le personnel d’Heyva Sor au Kurdistan, ceux qui participent à des travaux logistiques derrière le front et les civils de la ville célèbrent la victoire, dansent la halay, une danse folklorique traditionnelle, autour des feux qu'ils ont allumés et scandent des slogans, « vive la résistance de Kobanê », « vive le leader Apo » et « vive les YPG ».

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26 janvier 2015 1 26 /01 /janvier /2015 19:37

Anniversaire du soulèvement en Egypte, des heurts font dix-sept morts (Reuters)

Dix-sept personnes au moins ont été tuées Dimanche 25 Janvier 2015 en Egypte où des rassemblements étaient organisés pour le quatrième anniversaire du déclenchement du soulèvement qui a chassé du pouvoir Hosni Moubarak début 2011.

L'an dernier, des dizaines de personnes avaient péri lors des manifestations marquant cet anniversaire.

Des coups de feu et le bruit des sirènes résonnaient au Caire alors que des véhicules blindés prenaient la direction du centre-ville. Selon un porte-parole du ministère de la santé, dix-sept personnes ont été tuées dans la journée de dimanche.

Des hommes armés ont ouvert le feu à un barrage situé à proximité des Pyramides, tuant deux policiers, mais le bilan le plus lourd a été enregistré dimanche à Matariya, bastion des frères musulmans dans la banlieue du Caire, où il y a eu huit morts dont un policier, selon le ministère de la santé.

Les forces de l'ordre ont ouvert le feu pour disperser des centaines de personnes qui s'étaient rassemblées en scandant « à bas le régime militaire » et en réclamant « une nouvelle révolution ». Des cocktails Molotov ont été lancés sur les policiers.

Six autres personnes ont été tuées notamment à Alexandrie, la deuxième ville du pays, dans le gouvernorat de Gizeh, près du Caire, et dans la province de Baheira, dans le delta du Nil, a-t-on appris auprès des forces de sécurité.

Dans la région de Baheira, à cent soixante-dix kilomètres du Caire, deux activistes ont été tués par l'explosion prématurée de bombes qu'ils étaient en train de poser, a rapporté la télévision nationale.

A la nuit tombée, des coups de feu ont été entendus dans le centre de la capitale, où patrouillaient des véhicules blindés.

Un bâtiment public a été incendié près des Pyramides, selon les médias.

Une explosion a blessé par ailleurs des policiers en faction devant un club de sport du quartier d'Héliopolis, au Caire.

Des partisans du président déchu Mohamed Morsi, issu des frères musulmans, se sont rassemblés dimanche matin près de la place Tahrir, haut lieu de la contestation qui précipita la chute du régime d’Hosni Moubarak en février 2011.

Les manifestants ont brandi des photos de Mohamed Morsi mais les forces de sécurité sont rapidement intervenues et les ont interpellés.

MANIFESTANTE TUÉE SAMEDI PRÈS DE LA PLACE TAHRIR

Samedi, une manifestante, Chaimaa Sabbagh, a été abattue près de la place Tahrir. Vingt-deux véhicules blindés de l'armée ont pris position au niveau de cette place et les voies y menant ont été bouclées.

Le porte-parole du ministère égyptien de la Santé, Hossam Abdel Ghaffar, a précisé dimanche que la militante tuée la veille avait été touchée au visage et dans le dos.

Selon son parti, l’alliance socialiste populaire, Chaimaa Sabbagh a été tuée « de sang-froid » par les forces de sécurité. Un millier de personnes ont assisté dimanche à ses funérailles.

Le porte-parole du ministère de l’intérieur, Hany Abdel Latif, a déclaré qu'une enquête avait été ouverte. « Personne n'est au-dessus des lois », a-t-il souligné.

Les forces anti-émeutes se sont également déployées dimanche sur la place Rabaa, dans le nord-est de la capitale égyptienne.

C'est à cet endroit que la police, intervenant pour mettre fin à un sit-in, avait tué des centaines de partisans de Mohamed Morsi en août 2013, un mois après le renversement de celui-ci par l'armée à la suite de manifestations de masse.

Le cheikh Youssef al Qaradaoui, dignitaire religieux d'origine égyptienne installé au Qatar et partisan des frères musulmans, a soutenu les manifestants et affirmé que Mohamed Morsi restait le « dirigeant légitime » de l'Egypte.

Youssef al Qaradaoui est le président de l’union internationale des savants musulmans.

Si les mesures de sécurité prises en Egypte ont pratiquement porté un coup d'arrêt ces derniers mois aux manifestations de l'opposition, plusieurs rassemblements ont eu lieu cette semaine au Caire ainsi qu'à Alexandrie.

Dans une allocution télévisée samedi soir, le président Abdel Fattah al Sissi a salué le désir de changement manifesté par les égyptiens voici quatre ans mais a appelé à la patience pour atteindre l'ensemble des « objectifs de la révolution ».

Sissi fut à la tête des services de renseignement militaires sous Hosni Moubarak, et les ONG de défense des droits de l'homme l'accusent de rétablir l'autoritarisme de mise sous l'ancien raïs.

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26 janvier 2015 1 26 /01 /janvier /2015 19:24

Alexis Tsipras mandaté par les grecs pour combattre l’austérité (Reuters)

Alexis Tsipras a prêté serment Lundi 26 Janvier 2015 en Grèce comme nouveau premier ministre d'un gouvernement déterminé à négocier pied à pied avec les créanciers internationaux et à tourner la page de cinq années d'austérité.

Quelques heures seulement après sa très nette victoire aux législatives, le jeune chef du parti de gauche Syriza, âgé de quarante ans, a conclu dans la matinée un accord de gouvernement avec le mouvement des grecs indépendants, droite souverainiste, ce qui lui permettra d'entamer rapidement les négociations avec les bailleurs de fonds d'Athènes.

« Nous avons une route abrupte à gravir », a déclaré Alexis Tsipras au président Karolos Papoulias juste avant de prêter serment, sans cravate comme à son habitude, ni la bénédiction orthodoxe qui accompagne traditionnellement cette cérémonie, il en avait fait la demande à l'archevêque Ieronymos.

Syriza a frôlé dimanche la majorité absolue, avec plus de trente-six pour cent des voix et cent quarante-neuf députés sur un total de trois cent à la Vouli. Avec le renfort des grecs indépendants, qui disposent de treize élus au parlement, le nouveau gouvernement disposera d'une majorité de cent soixante-deux sièges.

L'accord conclu avec le petit parti de Panos Kammenos donne naissance à une alliance entre la gauche et la droite inhabituelle mais soudée par l'opposition aux conditions dont dépend l'aide financière de la troïka, Union Européenne, Banque Centrale Européenne et Fonds Monétaire International.

« La Grèce laisse derrière elle une austérité catastrophique, elle laisse derrière elle la peur et l'autoritarisme, elle laisse derrière elle cinq années d'humiliation et d'angoisse », a affirmé dimanche soir Alexis Tsipras, le poing levé, devant plusieurs milliers de ses supporters réunis à Athènes.

Les marchés financiers ont réagi plutôt calmement à la victoire de Syriza, la bourse d'Athènes a cédé plus de trois pour cent mais l'euro, tombé dans la nuit à 1,11 dollar, est remonté à 1,126. Le rendement des obligations d’état grecques à dix ans, lui, se tendait légèrement mais restait sous la barre de neuf pour cent.

UN NOUVEAU GOUVERNEMENT DÉVOILÉ MARDI

Le gouvernement que s'apprête à former Alexis Tsipras sera le premier, dans la zone euro, élu sur un programme d'opposition aux politiques de rigueur budgétaire et d'austérité économique prônées par l'Union Européenne depuis le début de la crise et toujours défendu par plusieurs pays membres, Allemagne en tête.

La composition du cabinet devrait être dévoilée mardi. Yanis Varoufakis, un économiste farouchement hostile aux politiques d'austérité, devrait obtenir le portefeuille des finances.

« Le peuple de Grèce a offert un vote d'espoir. Il s'est servi des urnes, dans une splendide célébration de la démocratie, pour mettre un terme à une crise qui s'auto alimente, nourrit l'indignité et les forces les plus sombres en Europe », a-t-il écrit sur son blog.

Pour la première fois depuis quarante ans et la fin de la dictature du régime des colonels en 1974, ni les socialistes du Pasok, ni les conservateurs aujourd'hui regroupés dans Nouvelle Démocratie, le parti du premier ministre sortant Antonis Samaras, ne seront au pouvoir à Athènes.

Nouvelle Démocratie a pris la deuxième place du scrutin avec vingt-sept pour cent des voix devant le parti d'extrême droite Aube Dorée (6,3%) et le parti centriste To Potami (6%), le Pasok terminant à la septième place (4,7%).

Le mouvement des grecs indépendants, né en 2012 d'une scission de la Nouvelle Démocratie, diffère de Syriza sur nombre de sujets de société, comme l'immigration illégale, qu'il veut réprimer, ou les liens entre l’état et l’église orthodoxe, qu'il défend.

Mais les deux partis se retrouvent sur la même ligne dans leur rejet des contreparties liées aux deux cent quarante milliards d'euros des plans d'aide accordés à la Grèce.

Le parti de droite a notamment bataillé pendant la campagne des législatives contre la levée d'un moratoire sur les saisies de biens immobiliers réclamée par les créanciers internationaux.

« Pas de maisons aux mains de banquiers, le chantage est terminé », a lancé Panos Kammenos.

LA GRÈCE « DOIT PAYER, CE SONT LES RÈGLES DU JEU »

Les ministres des finances de la zone euro devaient débattre de l'issue du scrutin grec lors de leur réunion mensuelle en fin de journée à Bruxelles.

Les européens se sont dits prêts à accorder plus de temps à Athènes pour rembourser son passif mais ne semblent guère disposés à négocier une réduction de la dette.

Le ministre italien de l’économie Pier Carlo Padoan a toutefois relevé que le message envoyé par la Grèce était le besoin de croissance et d'emploi, qu'il fallait concilier avec la rigueur budgétaire, ce que ne cesse de répéter le président du conseil italien Matteo Renzi.

« La France sera aux côtés de la Grèce » pour préparer son avenir, a de son côté déclaré François Hollande au nouveau premier ministre grec, Alexis Tsipras, lors d'un entretien téléphonique.

Du côté de la Banque Centrale Européenne, Benoît Coeuré, l'un des six membres du directoire de l'institution, a d'ores et déjà exclu tout effacement, même partiel, de la dette grecque, sans pour autant non plus fermer la porte à un rééchelonnement.

Alexis Tsipras « doit payer, ce sont les règles du jeu européen, il n'y a pas de place pour un comportement unilatéral en Europe, cela n'exclut pas une discussion par exemple sur le rééchelonnement de cette dette », a-t-il dit.

La Grèce, dont la dette, à trois cent vingt et un milliards d'euros, représente cent soixante-quinze pour cent du produit intérieur brut, est incapable de se financer seule sur les marchés alors qu'elle devra faire face à environ dix milliards d'euros d'échéances cet été.

Elle doit donc trouver un compromis avec la troïka pour débloquer le paiement des sept milliards d'euros d'aide en suspens, alors que le plan de financement en cours expire le 28 février 2015. Une suspension de six mois des échéances prévues pourrait être le premier sujet à l'ordre du jour des négociations.

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25 janvier 2015 7 25 /01 /janvier /2015 18:54

Syriza largement en tête aux élections législatives en Grèce (Reuters)

Le parti de la gauche radicale Syriza, qui s'est engagé à renégocier la dette publique avec les créanciers internationaux, arrive largement en tête des élections législatives anticipées Dimanche 25 Janvier 2015 en Grèce, avec entre 35,5 et 39,5% des voix, selon les premiers sondages à la fermeture des bureaux de vote.

Le parti anti-austérité d'Alexis Tsipras devance les conservateurs de Nouvelle Démocratie, crédités de 23 à 27% des suffrages, selon les instituts Metron Analysis, GPO, Alco, MRB et Marc.

Selon les estimations, Syriza obtiendrait entre cent quarante-six et cent cinquante-huit sièges à la Vouli, le Parlement grec, où la majorité absolue est de cent cinquante et un sièges.

Les centristes de To Potami et l'Aube dorée d'extrême droite se disputent la troisième place, avec entre 6,4 et 8% des voix.

Les premières projections officielles devraient être disponibles vers 21 heures 30 (19 heures 30 GMT). Les résultats seront affinés au cours de la soirée.

« C'est une victoire historique, reste à savoir si c'est une grande victoire historique », a déclaré Panos Skourletis, porte-parole de Syriza à la télévision grecque Mega TV. « Elle envoie un message contre l'austérité et en faveur de la dignité et de la démocratie ».

L'incertitude demeure sur le nombre d'élus que rassemblera la formation d'Alexis Tsipras et donc sur la possibilité pour Syriza de gouverner seul ou d'être contraint à des négociations pour conduire une coalition avec un ou plusieurs petits partis comme To Potami (centre), les socialistes du Pasok ou encore les indépendants grecs (anti-austérité).

Une victoire de Syriza, en tête des sondages depuis plusieurs mois, constitue une première dans la zone euro avec la possible constitution d'un gouvernement ouvertement opposé aux contreparties exigées par l'Union Européenne et le Fonds Monétaire International pour sauver le pays de la faillite.

Cela constitue également un changement de cap significatif après les mesures annoncées par la Banque Centrale Européenne (BCE) visant à injecter de très importantes liquidités dans les économies ayant adopté la monnaie unique.

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25 janvier 2015 7 25 /01 /janvier /2015 18:11

http://www.frontsyndical-classe.org/2015/01/reflexions-de-jean-pierre-page-apres-le-ccn-du-13-janvier.html

Après le Comité Confédéral National (CCN) de la CGT du Mardi 13 Janvier 2015, poursuivre et amplifier notre action

Par Jean Pierre Page, ancien membre de la commission exécutive confédérale de la CGT

Samedi 24 Janvier 2015

Ou en sommes-nous ?

Pour faire la clarté sur les pratiques pourtant avérées de certains dirigeants confédéraux et avant que les intéressés ne prennent la décision de se démettre il aura fallu presque trois mois de bataille dans la CGT.

Tout cela a été vécu comme quelque chose d’indigne et totalement étranger à ce que sont les valeurs défendues par nombre d’adhérents de la CGT.

Indifférents au préjudice qu’ils ont causé à toute la CGT, comme aux intérêts des travailleurs, aucun d’entre eux ne sauraient être exonérés de la responsabilité qu’ils portent.

Si certains dirigeants de la CGT ont perdu toute crédibilité, il faut savoir en tirer les conséquences. Dans les choix qui seront fait pour élire un secrétaire général, un administrateur et un bureau confédéral il convient d’en tenir compte. Cela concerne entre autre ceux qui ont soutenu jusqu’au bout la faillite du secrétaire général démissionnaire. Il ne saurait y avoir de cooptation, de népotisme et d’arrangements de sommet entre quelques-uns. Il faut dorénavant une transparence qui écarte toute démarche de sommet qui exclut les syndicats.

A l’égard de ceux qui prétendent aux responsabilités il faut généraliser la consultation des commissions exécutive des fédérations, des unions départementales, des unions régionales et des unions locales des syndicats. Toutes n’ont pas été réunies avant le CCN du Mardi 13 Janvier 2015. Pour surmonter cette épreuve, ce qui va compter, c’est la capacité de la CGT à impliquer le plus grand nombre.

Voilà entre autre pourquoi il faut un congrès confédéral en 2015. Un congrès qui se prépare de façon extraordinaire dans la transparence. Un congrès qui soit démocratiquement l’affaire des syndicats. Une tribune de discussion peut contribuer dès à présent.

Nous n’en sommes pas là. Il en est ainsi parce que cela touche aux orientations, aux positionnements et aux axes revendicatifs actuelles de la CGT autant qu’à ses méthodes de direction. Or, tout est fait pour qu’on ne discute ni de l’un ni de l’autre car les deux sont devenus depuis de nombreuses années les domaines réservés d’une « coterie ».

Voilà pourquoi toute la CGT doit être invité à réfléchir sur les causes véritables qui ont conduit à cette situation. Il faut impérativement l’assainir et faire un véritable état des lieux.

Il s’agit de rétablir la confiance dans toute la CGT. On le doit à l’ensemble des syndiqués et aux militants, tout particulièrement ceux des entreprises, on le doit ensuite aux travailleurs qui légitimement se posent des questions sur la CGT. Les groupes de travail mis en place le permettront-ils ? Nous le verrons bien.

Ce qui n’est plus possible dans la CGT

Or, cette « coterie », par des manœuvres grossières, des menaces, du chantage, des calomnies et même le détournement des mandats confiés à des membres du CCN, cherche à confisquer de fait la direction de la confédération au mépris des organes démocratiquement élus. Ils le font dans l’ignorance des militants et des syndiqués. Les membres de ce « cabinet de l’ombre » poursuivent leur travail en faveur d’un recentrage de la CGT. A leurs yeux, « la fin justifie les moyens ».

Aujourd’hui, après s’être résignés, ils abandonnent un secrétaire général, pour se servir d’un autre demain. Il est impératif que la nouvelle direction qui sera élu prenne conscience de cette situation et décide des mesures qui s’imposent afin d’opérer une rupture avec des pratiques qui déshonorent la CGT.

En fait toute la CGT doit relever ce défi

Ces quinze dernières années, elle a connu une dégradation continue de sa vie interne également illustrée à travers le carriérisme, la professionnalisation, la délégation de pouvoir et l’institutionnalisation, traits que l’on retrouve dans la conception et la vision du modèle syndical européen.

Ces comportements tournent le dos au dévouement qui caractérise une pratique militante. Ils ont pour but de se servir de la CGT afin de protéger des intérêts personnels comme ceux de forces étrangères au syndicalisme. C’est inacceptable. Ne rien dire serait s’accommoder au fond de cette façon d’être et de cette façon de faire. Si cela devait se poursuivre, on peut deviner ce qu’en seraient les conséquences. « Le poisson pourrit toujours par la tête », comme le souligne le proverbe chinois.

Il faut rétablir une conception militante

Voilà pourquoi nous devons contribuer à la mise en œuvre d’une conception de militants auteurs, acteurs et décideurs, encourager à tous les niveaux la prise de responsabilité, l’esprit d’initiative et faire vivre démocratie syndicale et ouvrière.

Cela suppose de bannir toutes formes de « déresponsabilisation », comme le refus de s’exprimer et de décider qui constituent des comportements qui, avec le temps, sont devenus une règle pour certains dirigeants. Soyons franc avec nous-mêmes, n’avons-nous pas assisté à cela dans certains votes et débats de la commission exécutive confédérale comme du CCN ?

N’ont-ils pas été le reflet d’une certaine peur du vide qui touche à la recherche d’un homme providentiel. Pourtant nous sommes et avons toujours été à la CGT contre la délégation de pouvoir, toutes les formes de présidentialisation d’une fonction comme aux clans qu’elle suscite.

En fait, si la CGT a besoin d’un secrétaire général, ce dernier doit être moins général et beaucoup plus secrétaire, être un véritable animateur du travail collectif avec tous et toutes en tenant compte des sensibilités et des expériences.

C’est urgent et ne saurait être différé car la CGT s’est réfugiée dans une sorte de formalisme et d’unanimisme qui, au fond, n’est rien d’autre que ce qu’hier certains reprochaient à d’autres.

Ainsi, par exemple, la « politique des cadres » de la confédération a été confiée à un « groupe » qui, par sa vision, a fini par encourager les clivages, les clans et les courtisans, en écartant ceux qui ne défendent pas le point de vue de la direction. On y privilégie les courbes de carrière et il existe maintenant des Directeurs des Ressources Humaines à la CGT, des chefs de cabinet et même un directeur de l’administration. On croit rêver.

Les voix différentes sont depuis des années systématiquement écartées, pourtant il s’agit de militants d’expérience. La CGT en a un grand besoin d’autant qu’elle est justement confrontée à un problème d’unité et de cohésion. Ne pas en tenir compte dans le choix des futurs dirigeants de la CGT, pire le nier ou l’ignorer serait catastrophique pour son avenir. Les syndicats, qui sont à la base de la structuration de la CGT, doivent exiger d’autres règles et critères pour construire la future direction confédérale.

La CGT a non seulement vu régresser ses programmes de formation syndicale en quantité mais par-dessus tout en qualité à travers ce qui concerne leurs contenus pour s’aligner sur les normes du syndicalisme d’accompagnement et une vision du monde sans contradiction. Son expression et sa presse ne sont plus que l’ombre de ce qu’elles étaient. La recherche dans le domaine de la collaboration entre syndicalistes et universitaires dont elle était si fière a été progressivement abandonnée. A quelques exceptions près la CGT a cédé à l’imagerie et aux idées qui sont dans l’air du temps.

Cela d’autant qu’aux cadres syndicaux d’origine ouvrière ayant fait l’expérience de la lutte de classes à l’entreprise, puis dans d’autres structures syndicales professionnelles et inter professionnelles, ont succédé des responsables dont la trajectoire est bien différente. L’origine scolaire et professionnelle et une expérience militante assez récente pour ne pas dire pire pour des candidatures envisagées est étroitement associée à une vision qui privilégie le dialogue social en France et en Europe, partage, répartition des richesses, environnement et une vision du monde droit de l’hommiste des relations entre le nord et le sud curieusement jamais solidaire en Europe. On voyage plus facilement à Bruxelles qu’à Athènes.

Pour faire bonne mesure et trouver les inspirations nécessaires, on a vu ces dernières années fleurir les « think tank » comme le « forum syndical européen », « laser », « dialogues » et « confrontations ». Aux côtés de militants et d’anciens dirigeants de la CGT et de la CFDT, on y dialogue avec des chefs d’entreprise « sur les risques de radicalisation du mouvement social ». En toute « indépendance », les entreprises et les institutions européennes participent au financement de ces « clubs de réflexions ».

Voilà ce qu’il faut changer, prendre la parole, « mettre les pieds dans le plat » et décider de manière indépendante à partir de ce qu’est la CGT et non pas de ce que l’on veut qu’elle soit, de surcroit à marche forcée.

Ayant délaissé la réflexion sur les rapports de classe et sur l’organisation de la lutte par ceux-là mêmes qui subissent la domination du capital, la CGT a ainsi et de ce fait progressivement subordonnée son action aux positions dominantes du syndicalisme européen. Une vision du syndicalisme qui est celui de l’échec et qui se range du côté de l'idéologie dominante, et l'idéologie dominante, « c'est l'idéologie de la classe dominante ».

Il est pour le moins étonnant que de nombreux medias ont évoqué une prétendue radicalité de la direction de la CGT et de son ancien secrétaire général quand le conformisme dont ils ont fait preuve est aujourd’hui justement critiqué par de nombreuses organisations et militants.

Il faut plutôt entendre les forces vives de la CGT, celles qui démocratiquement se sont réunies dans des centaines d’assemblées générales et qui ont fait monter une série d’exigences que l’on peut résumer de la manière suivante, « la CGT doit changer, changer vraiment ».

Cette action engagée et soutenue avec succès à travers l’appel « défendons la CGT », doit impérativement se poursuivre et s’amplifier sur les objectifs qu’il s’est fixé, notamment s’agissant d’un congrès confédéral avant la fin 2015 préparé dans des conditions exceptionnelles avec les syndiqués.

La CGT est à la croisée des chemins, elle doit faire des choix, « il n’y a que les batailles que l’on ne mène pas que l’on ne gagne pas ». Voilà pourquoi et en priorité il faut prendre le chemin de la lutte contre les politiques malfaisantes du capital en France, en Europe et dans le monde, se doter d’une démocratie vivante impliquant tous et toutes, revenir à des principes et à ce pourquoi la CGT existe depuis cent vingt ans. Autant d’objectifs dont elle n’aurait jamais dû s’écarter.

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25 janvier 2015 7 25 /01 /janvier /2015 17:14

Vous trouverez ci-dessous la deuxième et dernière partie d’un long message de Gilbert Remond relatif à l’actuelle situation politique française et à certaines comparaisons historiques.

Comme d’habitude, et pour des raisons de déontologie médiatique élémentaire, vous trouverez également un lien vers la lecture du message dans sa totalité.

La publication de ce message n’est en aucun cas une forme de soutien aux idées politiques générales ni du rédacteur du message ni des gestionnaires du site www.lepcf.fr

Bernard Fischer

http://www.lepcf.fr/spip.php?page=article&id_article=2691

Charlie et les luttes de classe en France

A la recherche de l’objet qui n’est pas Charlie

Par Gilbert Remond

Lundi 19 Janvier 2015

Je suis Charlie, le nouveau paradigme de la mythologie républicaine

La pancarte « je suis Charlie » est devenu une profession de foi, une forme duplicable à l’infini de ce savoir qu’il convient de montrer comme une nouvelle carte d’identité, un mot de passe exigé pour entrer dans la communauté nationale. En l’espace d’une semaine, elle est devenue, suite à une promotion politico-médiatique sans précédent sur une période aussi courte, le signe du ralliement « à une loi, à un ordre », qui est devenu la forme d’une nouvelle « universalité » proposée pour nous intégrer dans « le tout » d’une société capitaliste arrivée à son stade suprême, une société que nous nommons impérialisme depuis l’opuscule que Lénine a consacré à la question, d’où viennent les guerres ?

Cette société qui se donne comme réalisation de la Jérusalem céleste sur terre est pour les riches, mais elle construit un enfer pour les pauvres. Qu’importe, ce nouveau paradigme, nous l’avons entendu presque à saturation ces derniers jours. Il se décline depuis, à longueur de journaux, pour s’articuler à « la liberté de la presse », redevenue pour la circonstance la garante nécessaire de la démocratie, alors qu’elle suffoquait depuis des années dans le carcan des multinationales qui l’on concentrée dans quelques mains odieusement mercantiles.

Devenue métonymiquement le signifiant de laïcité, il recouvre de fait cet autre paradigme devenu inavouable qui est celui de la pensée libérale articulée au libre marché sans contrainte, de la constitution européenne, refusée par la majorité de notre peuple en 2005. Avec « je suis Charlie », une laïcité restreinte et l’idéologie libérale libertaire viennent brutalement prendre la place du triptyque « liberté, égalité, fraternité » devenu ringard à l’oreille de nos modernes.

Telle est en tout cas le scénario que nous récitent depuis dimanche radios, télévisions et politiques. Il doit remplir la tête de ceux qui ont entrepris les marches républicaines. Nul doute qu’ils s’y sont soumis. Leur choix ne peut avoir exprimé autre chose. Par contre, ceux qui n’ont pas marché seront repérés et mis au pas. Problème, ils forment la plus grande part des classes populaires.

De ce point de vue, le métro offrait un indicateur hors pair pour établir un comptage sociologique. Au retour de la manifestation lyonnaise, les rames bourrées à craquer se sont vidées dans les quartiers bourgeois. Arrivées en banlieue, elles étaient vides depuis deux stations, à l’exception de quelques militants communistes qui rentraient chez eux, dont j’étais.

Faire confiance aux masses

Une amie m’écrivait ces jours, « entre je suis celui qui suit et je suis celui qui est, la différence est grande. Je pense que dans le cas de Charlie il y a confusion. La question est « qui sommes-nous ». Et la réponse est « dessine-moi un mouton ». Cela m’a fait penser au dialogue qu’il y avait eu entre le petit prince et l’auteur au sujet du mouton. Le pilote avait beau s’appliquer, les esquisses qu’il proposait ne satisfaisaient jamais l’enfant. Finalement à bout de patience, l’auteur dessinait une caisse avec des trous, puis lui tendant sa feuille, il lui disait, « voilà, cela c’est la caisse, ton mouton est dedans ». A son grand étonnement, l’enfant lui répondit, « c’est tout à fait comme cela que je le voulais ». Leur dialogue se terminait magistralement sur une image qui permettait la réalisation de la subjectivité en expliquant le mécanisme de son intériorisation. Chacun pouvait ainsi se représenter le mouton qu’il portait en interne. Cette histoire nous amène malheureusement à comprendre qu’il se passe exactement le contraire dans le débat qu’engage la classe dominante.

Celle-ci, nous impose la forme d’un mouton, une forme forcément impropre à la vision de chacun, une forme indiscutable qui prend le ton regrettable d’une sommation. Être ou ne pas être et tant pis pour la folie d’Hamlet. Son esprit n’y tiendra pas, ce n’est pas le sujet. Et tant pis pour notre scepticisme existentiel.

Nous marcherons au même pas. Notre caisse n’a pas de trou, elle ne laisse rien deviner d’autre que son apparence extérieur. Tout doit rester en surface. Nul ne saura jamais s’il y avait un mouton à l’intérieur, et moins encore s’il était endormi ou éveillé.

Je trouve qu’il y a dans l’atmosphère de ces jours quelque chose du « matin brun », la nouvelle de Franck Pavloff, quelque chose qu’il résume dans ce passage, « faut pas pousser disait Charlie, tu comprends, la nation n’a rien à y gagner à accepter qu’on détourne la loi, et à jouer au chat et à la souris. Brune, il avait rajouté en regardant autour de lui, souris brune, au cas où on aurait surpris notre conversation. Par mesure de précaution, on avait pris l’habitude de rajouter brun ou brune, à la fin des phrases ou après les mots. Au début demander un pastis brun, ça nous avait fait drôle, puis après tout, le langage, c’est fait pour évoluer et ce n’était pas plus étrange de donner dans le brun que de rajouter putain, con, à tout bout de champ, comme on le fait par chez nous. Au moins, on était tranquille ».

Pour un tas de raisons qui d’ailleurs les rapproche, je ne suis pas plus Edwy Plenel que je ne suis Charlie, mais je partage son jugement quand il dit que « les terroristes font toujours la politique du pire. Les terroristes sont les pourvoyeurs des politiques de la peur, des politiques que nous combattons », comme lui je crains « que l’on se serve de ces crimes pour nous engager dans une guerre sans fin pour désigner en bloc une partie de notre peuple ». Il est urgent de cesser cette escalade de la diabolisation. Il est urgent de cesser de remplacer des groupes et des secteurs de la population par des monstres dont on finit par avoir peur au point qu’ils justifient des mesures y compris militaires.

D’autres alternatives existent à cette tendance qui pousse au repli et à la stigmatisation de l’autre comme réponses à l’irrationnel de ces peurs. Danielle Bleitrach a publié le témoignage d’une enseignante de la région parisienne dont l’expérience l’avait amenée à dire que « quand il faut lutter pied à pied contre des thèses fallacieuses, des idées dangereuses, il faut laisser les adolescents s’exprimer librement plutôt que de se protéger en réduisant immédiatement leur lecture à la liberté d’expression, à la liberté de la presse et à la laïcité. Les grands concepts viendront après, peut-être selon ce qu’ils diront ». En gros son témoignage prouve qu’il faut faire confiance aux masses et à leur intelligence.

Or cela passe en premier lieu par l’ouverture d’espace de parole et de temps d’écoute pour leur mise en place, c’est-à-dire de circonstances concrètes et physiques pour permettre le déploiement de ce qui pourra devenir la mise en cohérence de toutes sortes de pensées qui souvent s’expriment dans un premier temps dans le bruit et la fureur. « Nous ne devons ni pleurer, ni rire, mais comprendre » disait Baruch Spinoza, le rescapé de l’inquisition à qui l’on avait demandé d’abjurer sa foi. L’ennemi, ce n’est pas celui qui s’oppose pour pouvoir se construire, c’est tout ce qui nous divise.

Quarante-huitards d’hier, quarante-huitards d’aujourd’hui, le dix-huit brumaire en embuscade

Dans un autre article, Danielle Bleitrach nous disait que « cela me fait songer à l’analyse de Karl Marx sur la lutte des classes en France. Il raconte comment en 1848 tandis que le peuple était épris d’une ivresse de liberté et inventait un autre monde avec des commissions rassemblées au jardin du Luxembourg, le capital installait les conditions de la répression et de la guerre. Karl Marx dit que « tandis qu’au jardin du Luxembourg on cherchait la pierre philosophale, à l’Hôtel de Ville on battait déjà la monnaie ». Tandis que Manuel Valls nous parlait d’unité nationale, Emmanuel Macron et les marchands d’armes, de surcroît patrons de presse, installaient les conditions réelles de l’aggravation de la situation. Et chacun déjà cherchait dans l’autre le bouc émissaire. Je rajouterai à cette remarque un autre passage où Karl Marx demande de prendre garde à ce que l’assemblée nationale ne soit plus « qu’un comité de salut public du parti de l’ordre », car expliquait-il, « chaque fois que, pendant ses vacances, le bruit confus du parlement s’éteignait et que son corps se dissolvait dans la nation, il apparaissait clairement qu’il ne manquait qu’une chose pour parachever le visage véritable de cette république, rendre ses vacances permanentes et remplacer sa devise, liberté, égalité et fraternité par les termes sans ambiguïté, infanterie, cavalerie et artillerie ». Et en effet, depuis la journée du Dimanche 11 Janvier 2015, nous voyons les effectifs du plan Vigipirate en augmentation, le porte avion Charles de Gaulle promu super star et dix mille soldats de l’armée française appelés à déambuler sur la voirie de notre douce France ».

Suite aux mises en garde que je faisais à l’occasion d’un comité de section du parti, devant un excès d’optimisme après l’immense mobilisation de ces derniers jours, un camarade, sans doute animé par l’esprit Charlie avait cru spirituel de me faire remarquer que si la révolution se présentait comme en 1848, je ne m’en rendrais pas compte. Pourquoi pensait-il précisément à celle-là ? Le besoin de référence est parfois étrange. L’inconscient, toujours lui décidément, vient souvent se mêler des conversations pour à l’improviste dire ce qui refuse de se penser clairement. En tout cas je lui répondais en lui faisant remarquer qu’au lieu de faire le finaud, il ferait mieux de se rappeler que celle-ci n’avait pas été conclue en faveur des forces populaires faute d’une organisation qui les représentât et leur donnât programme et perspective. Il est utile de rappeler que de ce fait un troisième larron était venu, ramasser la mise, après avoir su habilement récupérer le mouvement.

Karl Marx nous faisait justement remarquer dans ces même « luttes de classe en France » que « derrière l’empereur se cachait la jacquerie. La république qu’ils balayaient par leur vote, c’était la république des riches ». L’absence d’un parti du prolétariat avait permis aux démagogues de faire illusion sur ces bases. Cela rappelle quelqu’une. Mais Karl Marx nous disait aussi dans « le dix-huit brumaire de Louis Napoléon Bonaparte », que « tout peuple qui croit avoir accru son puissant mouvement, se trouve soudain ramené à une époque défunte, et pour empêcher toute confusion quant à la rechute, on fait revire les anciennes dates, l’ancienne chronologie, les anciens noms, les anciens édits qui semblaient appartenir depuis longtemps à l’érudition savante et les sbires d’antan que l’on croyait depuis longtemps tombés en putréfaction ». Des références au passé et des comparaisons avec d’autres événements, nous en avons entendu, ces jours, en particulier au sujet de cette journée d’août où la foule avait ovationnée le grand Charlie, promu symbole en marche de la France résistante.

Pour comprendre l’événement qui venait d’avoir lieu en 1848, Karl Marx poursuivait ses comparaisons en nous livrant ce constat, « les français tant qu’ils furent révolutionnaires, ne purent se défaire des souvenirs napoléoniens, comme l’a prouvé l’élection du 10 décembre, celle de Louis Napoléon à la présidence. Pour échapper aux dangers de la révolution, ils rêvèrent de retrouver les marmites d’Égypte, et la réponse fût le 2 décembre 1851, date du coup d’état. Ils ont caricaturé le vieux Napoléon lui-même, tel qu’il doit se profiler au milieu du dix-neuvième siècle. La révolution sociale du dix-neuvième siècle ne peut puiser sa poésie dans le temps passé, mais seulement dans l’avenir. Elle ne peut commencer avec elle-même avant d’être dépouillée de toute superstition à l’égard du passé. Les révolutions antérieures eurent besoin des réminiscences empruntées à l’histoire universelle que pour s’aveugler elles-mêmes sur leur propre objet. La révolution du dix-neuvième siècle doit enterrer leurs morts, pour atteindre son propre contenu. Dans les premières, la rhétorique dépassa le contenu, dans celle-ci, le contenu dépasse la rhétorique ».

Ne nous en laissons pas compter, par les professionnels de l‘idéologie bourgeoise, et les communicants de l’Élysée, ne nous laissons pas imposer une rhétorique, fusse-t-elle celle de l’humour caricaturiste. Ne nous laissons pas impressionner par les embaumeurs de cadavre et gardons notre distance critique, retrouvons nos combats pour la libération humaine par nos luttes dans l’esprit de la classe dont nous sommes le produit. La conscience sociale dont nous sommes les tributaires, n’en déplaise, est toujours en dernière instance déterminée par les moyens de production. Elle ne saurait se réduire au nom d’un journal et des valeurs qu’il est censé représenter. Les patrons d’ailleurs ne s’y trompent pas quand ils espèrent que nous saurons continuer dans les négociations à venir, l’union nationale construite ces derniers jours derrière le président, entouré de ses cinquante confrères et du parlement unanime.

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25 janvier 2015 7 25 /01 /janvier /2015 16:06

http://www.telerama.fr/medias/les-francais-doivent-se-battre-contre-le-projet-d-une-enieme-loi-contre-le-terrorisme-giorgio-agamben,121729.php

« Les français doivent se battre contre le projet d’une énième loi antiterroriste »

Interview de Giorgio Agamben par Olivier Tesquet

Mardi 20 Janvier 2015

Un « Patriot Act à la française » est-il souhaitable ? Pas pour le philosophe italien Giorgio Agamben, qui considère que, dans un état sécuritaire, la vie politique est impossible et la démocratie en danger.

Alors que Bernard Cazeneuve doit présenter de nouvelles mesures pour lutter contre le terrorisme demain en conseil des ministres, le philosophe Giorgio Agamben, pendant italien de Michel Foucault, a accepté d'évoquer avec nous les séquelles politiques de l'attaque contre Charlie Hebdo. Vilipendeur de l'état d'exception, qu'il a disséqué dans sa trilogie « Homo Sacer », il a consacré une bonne partie de sa vie à pointer les dérives du bio pouvoir, ce pouvoir qui s'exerce sur les corps et gouverne les hommes.

Tandis que certaines voix parlementaires réclament déjà un « Patriot Act à la française », du nom de ce texte américain voté sept semaines après le 11 septembre 2001, il dresse le portrait sévère d'une société où le droit à la sécurité, à la sûreté préempte tous les autres, qu'il s'agisse de la vie privée ou de la liberté d'expression. La conséquence des politiques ultra-sécuritaires est un système qui abandonne toute volonté de gouverner les causes pour n'agir que sur les conséquences.

Olivier Tesquet. Après le choc de Charlie Hebdo, la classe politique nous parle beaucoup du « droit à la sécurité ». Faut-il s'en méfier ?

Giorgio Agamben. Au lieu de parler de la liberté de la presse, on devrait plutôt s’inquiéter des répercussions que les réactions aux actes terroristes ont sur la vie quotidienne et sur les libertés politiques des citoyens, sur lesquelles pèsent des dispositifs de contrôle toujours plus intrusifs. Peu de gens savent que la législation en vigueur en matière de sécurité dans les démocraties occidentales, par exemple en France et en Italie, est sensiblement plus restrictive que celle en vigueur dans l’Italie fasciste. Comme on a pu le voir en France avec l’affaire Tarnac, le risque est que tout dissentiment politique radical soit classé comme terrorisme. Une conséquence négative des lois spéciales sur le terrorisme est aussi l’incertitude qu'elles introduisent en matière de droit. Puisque l’enquête sur les crimes terroristes a été soustraite, en France comme aux Etats-Unis, à la magistrature ordinaire, il est extrêmement difficile de pouvoir jamais parvenir à la vérité en ce domaine. Ce qui prend la place de la certitude juridique est un amalgame haineux de notice médiatique et de communiqués de police, qui habitue les citoyens à ne plus se soucier de la vérité.

Olivier Tesquet. On va vous accuser de faire le lit du conspirationnisme.

Giorgio Agamben. Non, dans notre système de droit, la responsabilité d'un crime doit être certifiée par une enquête judiciaire. Si celle-ci devient impossible, on ne pourra jamais assurer comme certaine la responsabilité d'un délit. On fait comme si tout était clair et le principe juridique selon lequel personne n’est coupable avant le jugement est effacé. Les théories conspirationnistes qui accompagnent invariablement ce type d'événement se nourrissent de la dérive sécuritaire de nos sociétés occidentales, qui jette un voile de suspicion sur le travail politico-judiciaire. A cet égard, la responsabilité des médias est flagrante. L’indifférence et la confusion qu’ils produisent nous font ainsi oublier que notre solidarité avec Charlie Hebdo ne devrait pas nous empêcher de voir que le fait de représenter de façon caricaturale l’arabe comme un type physique parfaitement reconnaissable rappelle ce que faisait la presse antisémite sous le nazisme, où on avait forgé dans le même sens un type physique du juif. Si aujourd’hui on appliquait ce traitement aux juifs, cela ferait scandale.

Olivier Tesquet. Avant les attentats, les spécialistes du renseignement répétaient tous que « la question n'est pas de savoir si la France sera touchée par un attentat, mais quand elle le sera ». Présenter l'acte terroriste comme inéluctable est-il un premier moyen de conditionnement du citoyen ?

Giorgio Agamben. Le terrorisme est aujourd’hui un élément stable de la politique gouvernementale des états, dont on ne saurait se passer. Il ne faut donc pas s’étonner qu’il soit présenté comme inéluctable. Peut-on imaginer la politique étrangère des Etats-Unis sans le 11 septembre 2001 ? Cela est tellement vrai qu’en Italie, qui a été dans les années dites « de plomb », le laboratoire pour les stratégies d’utilisation du terrorisme, on a eu des attentats, comme celui de la Piazza Fontana à Milan, dont on ne sait toujours pas s’ils ont été commis par les services secrets ou par les terroristes. Et je crois que le terrorisme est par définition un système où services et fanatisme travaillent ensemble, parfois sans le savoir. Je partage entièrement la conviction de Marie José Mondzain, une philosophe française spécialiste de l'image, il n’est pas vrai que nous sommes tous égaux face aux événements terroristes. Une majorité les vit uniquement sur le plan affectif, mais il y a aussi ceux qui veulent en tirer parti politiquement, on les voit déjà à l’œuvre. Il y a, enfin, une minorité qui essaie de comprendre et de réfléchir aux causes véritables. Il faut travailler à ce que cette minorité devienne une majorité.

Olivier Tesquet. On a l’impression que les lois antiterroristes sont largement consensuelles à gauche comme à droite, mais que les citoyens ont déserté le débat public autour d’elles.

Giorgio Agamben. Pour comprendre l’unité systémique qui s’est établie entre état et terrorisme, il ne faut pas oublier que les démocraties occidentales se trouvent aujourd’hui au seuil d’un changement historique par rapport à leur statut politique. Nous savons que la démocratie est née en Grèce au cinquième siècle avant Jésus Christ par un processus de politisation de la citoyenneté. Tandis que jusque-là l’appartenance à la cité était définie avant tout par des conditions et des statuts de différentes espèces, communauté cultuelle, noblesse et richesse, la citoyenneté, conçue comme participation active à la vie publique, devient désormais le critère de l’identité sociale. Nous assistons aujourd’hui à un processus inverse de dépolitisation de la citoyenneté, qui se réduit de plus en plus à une condition purement passive, dans un contexte où les sondages et les élections majoritaires, devenus d’ailleurs indiscernables, vont de pair avec le fait que les décisions essentielles sont prises par un nombre de plus en plus réduit de personnes. Dans ce processus de dépolitisation, les dispositifs de sécurité et l’extension au citoyen des techniques de contrôle autrefois réservées aux criminels récidivistes ont joué un rôle important.

Olivier Tesquet. Quelle est la place du citoyen dans ce processus ?

Giorgio Agamben. Le citoyen en tant que tel devient en même temps un terroriste en puissance et un individu en demande permanente de sécurité contre le terrorisme, habitué à être fouillé et vidéo surveillé partout dans sa ville. Or il est évident qu’un espace vidéo surveillé n’est plus une agora, n’est plus un espace public, c’est-à-dire politique. Malheureusement, dans le paradigme sécuritaire, les stratégies politiques coïncident avec des intérêts proprement économiques. On ne dit pas que les industries européennes de la sécurité, qui connaissent aujourd’hui un développement frénétique, sont les grands producteurs d’armements qui se sont convertis au business sécuritaire, qu’il s’agisse de Thales, Finmeccanica, EADS ou BAE Systems.

Olivier Tesquet. La France a voté quinze lois antiterroristes depuis 1986, certains appellent déjà de leurs voeux un Patriot Act à la française et, pourtant, nous n'aavons pas pu empêcher ni Merah, ni les frères Kouachi, ni Coulibaly. Comment expliquer vous la faillibilité de ces dispositifs ?

Giorgio Agamben. Les dispositifs de sécurité ont d’abord été inventés pour identifier les criminels récidivistes, comme on a pu le voir ces jours-ci et comme il devrait être évident, ils servent pour empêcher le deuxième coup, mais pas le premier. Or le terrorisme est par définition une série de premiers coups, qui peuvent frapper n’importe quoi et n’importe où. Cela, les pouvoirs politiques le savent parfaitement. S’ils persistent à intensifier les mesures de sécurité et les lois restrictives des libertés, c’est donc qu’ils visent autre chose. Ce qu’ils visent, peut-être sans en avoir conscience, car il s’agit là de transformations profondes qui touchent l’existence politique des hommes, c’est le passage des démocraties de masse modernes à ce que les politologues américains appellent le « security state », c’est-à-dire à une societé où la vie politique devient de fait impossible et où il ne s’agit que de gérer l’économie de la vie reproductive. Le paradoxe est ici qu’on voit un libéralisme économique sans bornes cohabiter parfaitement avec un étatisme sécuritaire tout aussi illimité. Le moins qu’on puisse dire, c’est que cet état, dont le nom renvoie étymologiquement à une absence de souci, ne peut au contraire que nous rendre plus soucieux des dangers qu’il entraîne pour la démocratie. Une vie politique y est devenue impossible, et une démocratie sans vie politique n’a pas de sens. C’est pour cela qu’il est important que les français se battent contre le projet annoncé par le gouvernement d’une énième loi contre le terrorisme. Je pense aussi qu’il faut situer le prétendu affrontement entre le terrorisme et l’état dans le cadre de la globalisation économique et technologique qui a bouleversé la vie des sociétés contemporaines. Il s’agit de ce que Hannah Arendt appelait déjà en 1964 la « guerre civile mondiale », qui a remplacé les guerres traditionnelles entre états. Or ce qui caractérise cette situation, c’est justement qu’on ne peut pas distinguer clairement les adversaires et que l’étranger est toujours à l’intérieur. Dans un espace globalisé, toute guerre est une guerre civile et, dans une guerre civile, chacun se bat pour ainsi dire contre lui-même. Si les pouvoirs publics étaient plus responsables, ils se mesureraient à ce phénomène nouveau et essayeraient d’apaiser cette guerre civile mondiale au lieu de l’alimenter par une politique étrangère démentielle qui agit au même titre qu’une politique intérieure.

Olivier Tesquet. Comment résister à cette tentation sécuritaire ? Existe-t-il des garde-fous ?

Giorgio Agamben. Il est clair que, face à une telle situation, il nous faut repenser de fond en comble les stratégies traditionnelles du conflit politique. Il est implicite dans le paradigme sécuritaire que chaque conflit et chaque tentative plus ou moins violente pour le renverser n’est pour lui que l’occasion d’en gouverner les effets au profit des intérêts qui lui sont propres. C’est ce qui montre la dialectique qui lie étroitement terrorisme et réponse étatique dans une spirale vicieuse et virtuellement infinie. La tradition politique de la modernité a pensé les changements politiques radicaux sous la forme d’une révolution plus ou moins violente qui agit comme le pouvoir constituant d’un nouvel ordre constitué. Je crois qu’il faut abandonner ce paradigme et penser quelque chose comme une puissance purement destituante, qui ne saurait être capturée dans le dispositif sécuritaire et dans la spirale vicieuse de la violence. Jusqu’à la modernité, la tradition politique de l’occident était fondée sur la dialectique entre deux pouvoirs hétérogènes qui se limitaient l’un l’autre, la dualité entre l’auctoritas du Sénat et la potestas du consul à Rome, la dualité entre le pouvoir spirituel et le pouvoir temporel au Moyen-Age et la dualité entre le droit naturel et le droit positif jusqu’au dix-huitième siècle. Les démocraties modernes et les états totalitaires du vingtième siècle se fondent, par contre, sur un principe unique du pouvoir politique, qui devient ainsi illimité. Ce qui fait la monstruosité des crimes commis par les états modernes, c’est qu’ils sont parfaitement légaux. Pour penser une puissance destituante, il faudrait imaginer un élément, qui, tout en restant hétérogène au système politique, aurait la capacité d’en destituer et suspendre les décisions.

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