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12 mai 2015 2 12 /05 /mai /2015 17:47


La Grèce paie le Fonds Monétaire International (FMI) mais l’Euro-groupe reste prudent (Reuters)

La Grèce a annoncé Lundi 11 Mai 2015 avoir remboursé sept cent cinquante millions d'euros au FMI, une échéance un temps jugée à haut risque, mais les ministres des finances de la zone euro, tout en reconnaissant les progrès réalisés, ont maintenu la pression sur Athènes pour tenter d'accélérer les discussions sur les réformes.

Rassemblés à Bruxelles pour la réunion mensuelle de l'Euro-groupe, les ministres des dix-neuf ont publié un bref communiqué pour saluer les efforts de la Grèce tout en soulignant la nécessité de progrès supplémentaires afin de surmonter les désaccords qui persistent.

« Nous avons salué les progrès qui ont été réalisés jusqu'ici », disent les ministres en évoquant des mesures qui ont contribué à rendre possible « une discussion plus substantielle ».

Mais ils reconnaissent qu'il faut encore « du temps et des efforts » pour rapprocher les positions sur les questions encore en suspens afin d'éviter un défaut de la Grèce.

L'Euro-groupe salue la volonté affichée par les autorités grecques d'accélérer le travail avec les institutions et rappelle que le communiqué du 20 février 2015 reste le cadre des discussions en cours.

Le ministre des finances grec Yanis Varoufakis a dit que les divergences avec les créanciers s'amenuisaient pour ce qui concernait la réforme de la TVA, les privatisations et les créances douteuses mais a ajouté que la réforme du marché du travail restait une question délicate.

Le président de l'Euro-groupe, le néerlandais Jeroen Dijsselbloem, a évoqué la possibilité de versements partiels au bénéfice de la Grèce en échange de l'application par le pays des réformes là aussi par étapes.

« Il se pourrait que nous morcelions la procédure de mise en œuvre des réformes et que les déboursements suivent eux aussi sous forme morcelée », a-t-il dit, lors d'une conférence de presse, prévenant toutefois qu'un référendum pourrait retarder les versements.

« Il est évidemment primordial que non seulement nous concluions un accord sur le papier mais aussi que sa mise en oeuvre commence. On peut penser qu'en cas de référendum, la mise en oeuvre ne commencerait pas avant qu'il ait été organisé et il semble alors que cela ne collerait pas ».

PAS DE REFERENDUM EN VUE

Yanis Varoufakis a observé qu'un référendum n'était pas à l'ordre du jour, estimant que la situation de trésorerie du pays était une question plus pressante.

« C'est un outil à la disposition du gouvernement grec mais, pour ce qui nous concerne, il n'est pas en vue », a-t-il dit.

L'Allemagne, l'un des pays les plus réticents à des concessions envers Athènes, a quant à elle infléchi sa position à ce sujet. Le ministre des finances Wolfgang Schäuble a estimé qu'un référendum en Grèce sur les réformes économiques pourrait favoriser la conclusion d'un accord.

« Si le gouvernement grec pense qu'il doit organiser un référendum, alors qu'il organise un référendum », a-t-il dit. « Cela pourrait même être une bonne chose que le peuple grec décide s'il est prêt à accepter ce qui est nécessaire ou s'il veut autre chose ».

Les partenaires d'Athènes se sont jusqu'à présent opposés à une telle hypothèse, estimant que soumettre l'issue du plan d'aide au choix des électeurs risquerait de déstabiliser les marchés financiers et de précipiter un effondrement du système bancaire grec.

Aujourd'hui, certains observateurs estiment qu'un tel scrutin pourrait permettre à Alexis Tsipras de revenir sur certaines de ses promesses électorales, facilitant ainsi un compromis.

Des sources proches des discussions au sein de la Banque Centrale Européenne (BCE) ont déclaré pour leur part que les avancées réalisées sur les sujets clés étaient trop limitées et les incertitudes encore trop importantes pour autoriser Athènes à augmenter ses émissions de bons du trésor, sa principale source de liquidité.

A Athènes, des responsables du ministère grec des finances ont annoncé qu'un paiement d'environ sept cent cinquante millions d'euros au FMI au titre de l'échéance d'un prêt Mardi 12 Mai 2015 avait été effectué. « L’ordre de paiement au FMI a été exécuté », a dit l'un d'eux.

La Grèce a dû recourir ces dernières semaines à des mesures exceptionnelles pour remplir ses caisses et éviter de compromettre le paiement des traitements et des pensions de retraite à la fin du mois.

« La Grèce tiendra toujours ses engagements envers ses créanciers et c'est évidemment ce que nous ferons une fois de plus demain », a dit le ministre des finances, Yanis Varoufakis, à son arrivée à Bruxelles.

UN GREXIT JUGÉ DE MOINS EN MOINS PROBABLE

Wolfgang Schäuble et Yanis Varoufakis se sont entretenus en aparté avant l'Euro-groupe mais rien n'a filtré sur la teneur de leur discussion.

Dans l'immédiat, des responsables de la zone euro estiment que la Grèce pourra faire face à ses obligations jusqu'à la fin du mois de mai 2015 puisqu'elle a obligé les entreprises publiques, les administrations et les collectivités locales à transférer leur trésorerie à la banque centrale.

Mais ils ajoutent que les discussions doivent aboutir au plus tard à la fin du mois de mai 2015 pour permettre qu'un accord soit soumis au parlement de chacun des pays où cette procédure est indispensable, afin que les sept milliards deux cent millions d'euros d'aide en suspens puissent être versés avant la fin du plan d'assistance en cours, le 30 juin 2015.

Selon un sondage Marc publié lundi par le quotidien Ton Syntakton, 76,9% des grecs veulent que leur pays reste dans la zone euro, 19,2% seulement d'entre eux préférant un retour à la drachme.

Aux yeux des investisseurs, la probabilité d'une sortie de la Grèce de la zone euro a diminué ces derniers jours, elle n'est plus estimée qu'à vingt-trois pour cent selon la médiane des réponses recueillies auprès de traders obligataires, contre quarante pour cent il y a deux semaines.

« Le défaut et le Grexit sont deux choses très différentes », dit l'un des professionnels interrogés. « Ils peuvent faire défaut, faire partiellement défaut, mais ils ne quitteront pas la zone euro ».

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12 mai 2015 2 12 /05 /mai /2015 17:21

http://www.lemonde.fr/europe/article/2015/05/12/le-rapport-posthume-de-boris-nemtsov-accuse-poutine-de-mener-une-guerre-en-ukraine_4632410_3214.html#xtor=AL-32280515

Un rapport posthume de Boris Nemtsov accuse Vladimir Poutine de mener une guerre en Ukraine

Par Isabelle Mandraud, correspondante du Monde à Moscou

Deux mois et demi après l’assassinat de l’opposant Boris Nemtsov, tué par balles au pied du Kremlin le 27 février 2015, le rapport qu’il préparait sur l’implication du pouvoir russe dans le conflit en Ukraine a été publié à titre posthume, sous le titre « Poutine la guerre ». Bien que le matériel informatique de l’ancien vice-premier ministre de Boris Elstine ait été saisi par les enquêteurs au lendemain de sa mort, une poignée de ses fidèles est parvenue, sur la base de notes écrites et de témoignages de familles, à reconstituer son travail. Présentant le document, Mardi 12 Mai 2015, au siège du parti de la liberté populaire RPR Parnasse, l’un de ces proches, Ilia Iachine, a dénoncé « une aventure géo politique, une guerre non déclarée et cynique, un crime contre la Russie ».

Le rapport s’appuie sur les témoignages de familles de soldats russes envoyés en Ukraine après avoir été forcés de démissionner et qui y ont péri. Parmi eux, soixante-dix parachutistes, dont dix-sept provenant de la région d’Ivanovo, auraient ainsi trouvé la mort en février 2015 dans la bataille de Debalstevo, une ville de l’est ukrainien conquise par les séparatistes au lendemain même des accords de Minsk signés dans la capitale biélorusse pour tenter d’imposer une trêve, sous le parrainage des dirigeants russe, ukrainien, français et allemand.

« Tous les succès des séparatistes ont été menés avec le soutien militaire russe », affirme Ilia Iachine. « Cela a été le cas en août 2014, lorsque l’offensive ukrainienne stoppée nette a obligé le président ukrainien Petro Porochenko à s’asseoir une première fois à la table de Minsk, puis à nouveau en février 2015, lorsque l’armée ukrainienne a été arrêtée à Debalstevo ». Ces témoignages restent cependant anonymes. « Les familles ont peur ».

Deux cent vingt militaires russes décédés

Parmi les confessions recensées, certaines avaient été déjà rendues publiques sur les réseaux sociaux ou dans des médias indépendants. En septembre 2014, l’histoire de Nicolas Kozlov, vingt et un ans, envoyé d’abord en Crimée puis dans le Donbass où il a perdu une jambe, avait ainsi été relatée par son oncle, Serguei Kozlov. Ces soldats, obligés de démissionner de l’armée, auraient reçu contre l’engagement de tenir secrète leur mission, l’assurance d’une indemnité financière pour leurs familles en cas de blessure ou de décès.

Ces indemnités, évaluées à trois millions de roubles, cinquante-trois mille euros, selon les sources de Boris Nemtsov, n’auraient cependant plus été versées à partir de septembre 2014.

Le rapport, qui ne prétend pas être exhaustif, recense quelque deux cent vingt militaires russes décédés dans les combats, ce qu’a toujours nié Moscou. « Nous avons tout vérifié », assure Ilia Iachine, « et tout ce que nous n’avons pas pu vérifier, nous l’avons enlevé. Il y a aussi ceux que la propagande appelle des volontaires mais que nous appelons, nous, des mercenaires car ils correspondent bien à cette qualification et ils reçoivent entre soixante mille et quatre-vingt-dix mille roubles par mois », ajoute-t-il. Les combattants tchétchènes, recensés dans le bataillon de la mort, en feraient partie. « Ils sont apparus en mai 2014, d’abord dans le bataillon séparatiste Vostock qui a participé à la prise de l’aéroport de Donetsk, puis à nouveau en août 2014. Ce sont d’anciens combattants des guerres de Tchétchénie amnistiés par Ramzan Kadyrov, le chef de la république autonome de Tchétchénie, qui sont aujourd’hui considérés comme sa garde personnelle », affirme Ilia Iachine.

« Catastrophe humanitaire »

Soldats, mercenaires, matériel de guerre et blindés, l’aide financière de Moscou aux séparatistes pro-russes du Donbass est ici évaluée à cinquante-trois milliards de roubles, environ neuf cent trente millions d’euros, en dix mois, auxquels il faut ajouter quatre-vingt milliards de roubles d’aide aux réfugiés de cette « catastrophe humanitaire ».

Selon le rapport, tout a commencé avec la Crimée lorsque Vladimir Poutine se serait rendu compte du bénéfice qu’il pouvait tirer sur le plan personnel de l’annexion de la péninsule ukrainienne, alors que sa côte de popularité stagnait entre quarante et quarante-cinq pour cent malgré sa réélection, en 2012, à la tête de l’état. « L’envergure du scénario du retour de la Crimée en Russie est aujourd’hui évidente », écrivent les auteurs. Mais, ajoutent-ils, « l'histoire ne s’est pas arrêtée là et une vraie guerre a commencé dans les territoires de Donetsk et de Louhansk où les séparatistes ont été soutenus politiquement, économiquement et militairement ».

« Vladimir Poutine », insiste Ilia Iachine, « veut diriger comme Joseph Staline et vivre comme Roman Abramovitch, un milliardaire russe. Il ment au peuple russe et au monde entier. C’est pour les russes », a-t-il insisté que ce rapport a été rédigé, « pas pour les occidentaux qui n’ont pas besoin d’être convaincus ». Au lendemain du soixante-dixième anniversaire de la victoire sur le régime nazi célébré Samedi 9 mai 2015 par le Kremlin avec faste, l’opposition prend soin de ne pas laisser le terrain du patriotisme au pouvoir, « cette guerre que Vladimir Poutine a commencée avec un pays proche menace les intérêts de la Russie ».

Une collecte va être lancée dans le pays pour financer la sortie du rapport posthume de Boris Nemtsov tiré seulement à deux mille exemplaires dans un premier temps et qui doit faire face, selon ses promoteurs, aux réticences des imprimeurs.

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11 mai 2015 1 11 /05 /mai /2015 21:38

http://www.laviedesidees.fr/Vous-avez-dit-populisme.html

Vous avez dit « populisme »

Par Evelyne Grossman

Lundi 19 Mai 2008

Et si le rejet du populisme n’était qu’une forme de rejet de la politique tout court ? C’est l’hypothèse que défend Ernesto Laclau, dans « la raison populiste », convaincu que le populisme, loin d’être un phénomène irrationnel qui menace la vie politique, révèle ce qu’exige la construction de l’identité sociale.

On commence enfin à rendre justice en France aux travaux d’Ernesto Laclau. Né en 1935 à Buenos Aires, professeur émérite à l’université d’Essex, il est en effet considéré en Amérique Latine et aux États-Unis comme l’un des représentants majeurs de la philosophie politique contemporaine. Le seul ouvrage de lui jusqu’ici traduit en français, « la guerre des identités, grammaire de l’émancipation », aux éditions de la Découverte, en 2000, est pour l’heure épuisé.

La parution au Seuil de son dernier livre, « la raison populiste », remarquablement traduit par Jean-Pierre Ricard, vient donc réparer un fâcheux retard. C’est d’ailleurs le prélude à une meilleure diffusion en France de ses théories puisque d’autres traductions sont annoncées.

À l’heure où l’on entend resurgir un peu partout l’étiquette de « populiste » rapidement accolée aux noms de Silvio Berlusconi ou de Nicolas Sarkozy, pour ne citer que ces deux exemples, ce livre a le mérite de proposer une véritable théorie du concept de « populisme ».

Ernesto Laclau l’indique clairement dans la préface inédite qu’il donne à l’édition française, le rejet méprisant du populisme est « un rejet de la politique tout court », idée apparemment provocatrice qu’il s’emploie à défendre et développer, arguments à l’appui, tout au long de son livre. Le peuple, souligne-t-il, n’est pas un donné de la structure sociale, c’est une catégorie politique. Autrement dit encore, « le populisme est, tout simplement, une manière de construire le politique ».

Le lecteur français qui découvre l’œuvre d’Ernesto Laclau n’aura aucun mal à retrouver au fil des pages la logique d’une réflexion patiemment construite au cours des années et qui le conduit aujourd’hui à proposer cette somme que constitue « la raison populiste ». L’un des grands mérites de cet ouvrage est en effet de récapituler méthodiquement et avec une notable clarté pédagogique l’ensemble de ses réflexions antérieures sur des questions aussi essentielles que la construction du lien social, l’émancipation des opprimés, la formation des identités collectives et le rapport entre particulier et universel.

De la « foule » au « peuple »

À l’origine de ce livre, une conviction reprise de Sigmund Freud, le lien social est un lien libidinal. D’où la peur, voire le rejet sous forme de « dénigrement des masses », qu’a toujours engendrés l’émergence des identités populaires. Depuis Platon, le « populisme » renvoie à un excès dangereux « qui met en question les cases bien définies de la communauté rationnelle ».

La relégation morale du populisme a ainsi fait partie de la construction discursive d’une certaine normalité, « d’un univers politique ascétique d’où sa logique dangereuse devait être exclue ». C’est à l’intérieur de ce débat qui rappelle à bien des égards la constitution historique d’une frontière sociale entre le normal et le pathologique, qu’Ernesto Laclau analyse l’une des grandes peurs des sciences sociales du dix-neuvième siècle, celle de la « foule ». Il rend compte ainsi fort opportunément des diverses tentatives qui furent menées pour cerner une « psychologie des foules », depuis les travaux fondateurs de Gustave le Bon, Hyppolite Taine ou Gabriel Tarde, jusqu’aux théorisations du début du vingtième siècle avec William Mac Dougall ou Sigmund Freud, dans « psychologie des foules et analyse du moi », en 1921. Or le populisme n’est pas le comportement des foules, Ernesto Laclau va s’attacher à le montrer.

Il faut d’abord rappeler, comme Ernesto Laclau lui-même y invite, un certain nombre de postulats théoriques qui fondent son approche critique des faits sociaux. Il l’affirmait déjà dans « la guerre des identités », l’espace social doit être considéré comme un espace discursif.

Soulignons immédiatement qu’il faut entendre le « discours » non seulement au sens strictement linguistique du terme mais au sens performatif d’un lien des mots aux actions permettant de constituer des « totalités significatives », comme dans les « jeux de langage » de Ludwig Wittgenstein. Héritier du structuralisme saussurien, Ernesto Laclau lui emprunte l’idée qu’il n’y a pas de termes positifs dans le langage mais uniquement des différences, une chose n’est ce qu’elle est que dans les relations qui la distinguent d’une autre. Cette théorie linguistique, il l’étend à l’analyse des faits sociaux afin de privilégier une approche politique du jeu et de l’articulation des différences. D’où une démonstration qu’il développe au fil d’une argumentation serrée pour mettre finalement en évidence cette idée-clé, la nécessaire tension dans toute société entre deux logiques, celle de la différence, des particularismes et de la fragmentation du social, et celle de l’équivalence, de la communauté et du bien commun.

Toute identité sociale, « c’est-à-dire discursive », affirme-t-il, « est constituée au point de rencontre de la différence et de l’équivalence, exactement comme les identités linguistiques sont le siège des relations syntagmatiques de combinaison et des relations paradigmatiques de substitution ».

Il ne s’agit donc pas de prôner un quelconque multi culturalisme, une logique de la différence exclusive qui s’affranchirait de tout principe universel. Toute politique de la pure différence, répète-t-il, est vouée à l’échec. Il faut au contraire accepter intégralement le caractère pluriel et fragmenté des sociétés contemporaines à condition toutefois d’inscrire cette pluralité dans une logique d’équivalence qui permette la construction de sphères publiques plurielles.

Corrélativement, si l’on se donne pour tâche de penser les identités sociales comme pures différences fondées sur l’antagonisme, il faut déterminer le tout à l’intérieur duquel ces identités se constituent. Or cette totalité dans le domaine social ne peut exister que comme totalité manquée, horizon et non fondement, « lieu d’une plénitude impossible à atteindre ».

Pourtant, si la totalité est à jamais manquée, son besoin continue de se manifester par la présence insistante de son absence.

La logique de l’hégémonie, du particulier à l’universel

De la même façon, toute identité sociale est divisée entre « la particularité qu’elle est encore et la signification plus universelle dont elle est porteuse ». D’où cette notion essentielle, longuement évoquée déjà dans « la guerre des identités » d’un universel comme « lieu » vide mais impossible à éradiquer. On notera au passage que l’articulation entre la totalité comme horizon à jamais manqué et l’universel comme « signifiant vide », principe transcendant les particularités, n’est pas absolument claire dans la démonstration d’Ernesto Laclau et qu’il passe parfois insensiblement de l’un à l’autre. On pourrait aussi s’interroger sur son extrapolation parfois aventureuse des concepts freudiens à la logique du corps social. Ainsi, par exemple, peut-on légitimement comparer l’horizon toujours manquant d’une supposée « plénitude sociale », celle d’une « société pleinement réconciliée », à cette autre réconciliation mythique que nous chercherions tous en vain, celle de la dyade entre la mère et l’enfant, la « plénitude de la mère primordiale » ?

Toujours est-il que la notion de peuple joue chez Ernesto Laclau un rôle majeur dans la mise en évidence du fonctionnement de l’émancipation politique et sociale et ceci en particulier grâce à la réinterprétation qu’il opère de la notion d’hégémonie chez Antonio Gramsci, repensée à l’aune de la théorie lacanienne de l’objet partiel. On ne tentera pas ici de rendre compte de l’ensemble de la démonstration qu’il effectue, renvoyant le lecteur aux pages où il développe sa propre conception de l’hégémonie comme « cette opération par laquelle une particularité prend une signification universelle incommensurable avec elle-même ».

À certains moments de l’histoire, souligne-t-il, le « peuple » a ainsi pu incarner cette particularité, assumant le rôle d’une universalité impossible à atteindre. Il est vain, par conséquent, de mépriser les aspects affectifs du populisme au nom d’une rationalité à l’abri de toute contamination, les logiques qu’il met en œuvre sont inscrites dans le fonctionnement réel de tout espace communautaire. Le populisme n’est donc pas un certain type de mouvement identifiable à une base sociale particulière, la paysannerie ou les petits propriétaires par exemple, il est une logique politique qui tente de constituer le « peuple » comme acteur historique à partir d’une pluralité de situations antagoniques. Ce qu’il vise ? Restaurer une société pleinement réconciliée, horizon politique, voire mythique, qui marque selon Ernesto Laclau la logique universaliste de la notion même de « peuple ».

Une pensée magique ?

Dans quelle mesure cette pensée performative du nom de « peuple » ressortit-elle d’une certaine pensée magique, c’est une question qu’on est finalement en droit de se poser en analysant l’usage qu’Ernesto Laclau fait de la notion de « signifiant vide ». Les identités populaires sont en effet pour lui le produit de « signifiants vides » qu’elles investissent. Ainsi par exemple, lorsque les révolutionnaires russes condensaient tous les antagonismes de la société autour des demandes du pain, de la paix et de la terre, le moment du vide était décisif.

Sans des termes vides comme « justice, égalité et liberté », souligne-t-il, investis dans les trois demandes, ces dernières seraient restées enfermées dans leur particularisme, « mais en raison du caractère radical de cet investissement, quelque chose du vide de la justice et de la liberté se transmit à ces demandes, qui devinrent ainsi les noms d’une universalité qui transcendait leur contenu particulier ». La nomination, conclut-il logiquement, « est le moment clé dans la constitution d’un peuple ».

Si Ernesto Laclau cite, une seule fois, dans son livre le nom de Claude Lévi-Strauss, c’est pour le renvoyer à une « perspective structuraliste classique ». Il n’en reste pas moins qu’on ne peut s’empêcher d’établir un lien plus que de circonstance entre la puissance des noms dans sa théorie du populisme et la force mystérieuse du mana dans les sociétés indigènes telle que l’analysait Lévi-Strauss dans sa célèbre « introduction à l’œuvre de Marcel Mauss » en 1950. Le mana, écrivait-il, c’est une valeur symbolique zéro, « c’est-à-dire un signe marquant la nécessité d’un contenu symbolique supplémentaire à celui qui charge déjà le signifié ». Les notions de type mana, soulignait-il, représentent précisément ce signifiant flottant « qui est la servitude de toute pensée finie, mais aussi le gage de tout art, de toute poésie et de toute invention mythique et esthétique ». Ernesto Laclau qui parle tantôt de « signifiant vide », tantôt de « signifiant flottant », ajouterait peut-être, de toute vie sociale. Les « jeux de langage » wittgensteiniens auxquels se livre Ernesto Laclau l’ont sans doute conduit à s’approcher des rivages mythiques dont parle Claude Lévi-Strauss, il n’est pas exclu en effet que ses théories politiques recèlent elles aussi un vieux fonds de pensée magique, qu’elles ne soient pas étrangères, via l’invocation quasi poétique de la force de nomination du verbe, à une mystérieuse croyance dans la puissance magique du « peuple ».

« Le peuple n’est pas une classe »

Il reste que les riches analyses qu’Ernesto Laclau propose d’un certain nombre de mouvements politiques, comme le péronisme des années 1960 et 1970 en Argentine ou le populisme américain au dix-neuvième siècle, sont particulièrement convaincantes. Il en va de même pour la longue exploration qu’il mène des divers « populismes » italiens, depuis l’échec du Parti Communiste Italien dans les années 1940 à constituer une conscience nationale, en passant par l’émergence de la Ligue lombarde dans les années 1980, jusqu’à l’évolution politique récente de Silvio Berlusconi qui témoigne justement, contrairement à un certain nombre d’idées reçues, d’un mouvement l’éloignant du populisme. Les commentaires du réveil du populisme de droite en Europe occidentale comme du rôle que joua en France le Front National sont tout aussi intéressants. Ainsi, il relève lui aussi comment le vote de la gauche protestataire en France, autrefois capté par le Parti Communiste Français, incarnant la voix des exclus du système, a pu être un temps récupéré par l’extrême-droite. Après l’effondrement du communisme, la formation d’un establishment au centre, dans lequel le Parti Socialiste et ses alliés n’étaient guère différents des gaullistes, la division entre la gauche et la droite devint de plus en plus floue, note-t-il. Le besoin d’un vote protestataire demeura néanmoins et comme les signifiants de gauche avaient abandonné le camp de la division sociale, ce dernier fut occupé par les signifiants de droite.

Les dernières pages du livre sont nourries d’un passionnant dialogue avec d’autres théories de l’émancipation politique comme celles de Slavoj Žižek ou encore Michael Hardt et Antonio Negri. Très sévèrement critique de leurs approches, il souligne en revanche sa proximité avec les analyses politiques de Jacques Rancière à qui il rend hommage en conclusion, citant sa belle phrase, « le peuple n’est pas une classe parmi d’autres. Il est la classe du tort qui fait tort à la communauté et qui institue la communauté comme « communauté » du juste et de l’injuste ».

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11 mai 2015 1 11 /05 /mai /2015 20:31

http://www.ephemeron.eu/1671

Quel bilan pour les cent premiers jours du nouveau gouvernement

Par Nikos Smyrnaios

Lundi 11 Mai 2015

Le nouveau gouvernement grec vient de passer le cap de cent jours au pouvoir. Il est donc possible de faire un bilan provisoire de son action. Dans ce texte je tenterai de recenser les principales difficultés rencontrées ainsi que les critiques qui lui sont adressées avant de décrire les aspects qui laissent entrevoir malgré tout un changement positif de la société grecque.

Le « compromis honorable » introuvable

Le premier constat qu’on fait à Athènes est que le temps semble suspendu. Rien n’a changé en apparence depuis trois mois. Tout le monde attend le résultat des négociations avec les créanciers qui s’éternisent. Le gouvernement d’Alexis Tsipras paie aujourd’hui le prix de son inexpérience et de son impréparation, l’accord du 20 février 2015 n’ayant pas assuré le versement de la dernière tranche du précédent programme de financement, ni la liquidité nécessaire en provenance de la Banque Centrale Européenne, l’état grec se trouve constamment au bord de la cessation de paiements.

Or, de son côté, le gouvernement a honoré l’ensemble de ses obligations envers les créanciers, plusieurs milliards d’euros déjà prélevés sur le budget de l’état qui du coup n’ont pas été utilisés pour relancer l’activité ou réparer les services publics. En effet, l’économie du pays stagne dans ce climat d’incertitude. Les prévisions de croissance pour l’année 2015 ont été revues fortement à la baisse de 1,4 % à 0,8 %. Le chômage reste extrêmement élevé. Et la Grèce n’a pas touché un euro de la part du mécanisme de soutien financier européen depuis bientôt un an. Pourtant le gouvernement grec a fait de nombreuses concessions face à la pression des institutions et le risque d’une faillite imminente.

Alexis Tsipras pris en tenaille à l’intérieur

Sur le front de la politique intérieure le premier ministre est coincé, d’un côté l’opposition et les médias dominants le pressent de « signer » avec les créanciers, quelques soient les conditions de l’accord. Pour ce faire ils brandissent des sondages douteux, supposés montrer que les grecs sont « prêts à tous les sacrifices pour garder l’euro » et reproduits largement par les médias européens. Le but étant de contraindre le gouvernement à un compromis humiliant et montrer ainsi que la rhétorique anti-austéritaire de Syriza était bien du « populisme utopique ».

De l’autre côté, l’aile gauche du parti et les millions d’électeurs de classes populaires et moyennes souffrant de la crise qui ont élu ce gouvernement attendent que celui-ci respecte a minima ses promesses électorales, pas de diminution des pensions et des salaires, réforme de l’impôt pour plus de justice sociale, régulation du marché de travail, lutte contre la corruption, la fraude fiscale et les oligarques, augmentation du salaire minimum.

Alexis Tsipras et son gouvernement doivent donc à tout prix obtenir des créanciers un accord « défendable » en interne, faute de quoi la popularité dont ils jouissent toujours risque de s’envoler et la majorité parlementaire qui les soutient imploser. Ceci d’autant plus que de nombreuses voix à gauche s’élèvent désormais pour critiquer leur gestion du pouvoir. En effet, des signes inquiétants se font jour, manque de transparence dans les processus de prise décision, concentration du pouvoir entre les mains du premier cercle d’Alexis Tsipras, marginalisation de nombreuses personnalités du parti, inactivité des instances et difficulté à s’ouvrir à la société civile.

Le cas emblématique d’ERT

Récemment, les critiques se sont cristallisées autour de la désignation de la direction d’ERT, la radio-télévision publique ressuscitée après la fermeture décidée de manière autoritaire par le précédent gouvernement à l’été 2013. En effet, la loi définissant les nouveaux statuts d’ERT ne comporte que peu de progrès au niveau de son indépendance face au pouvoir politique, du contrôle par les citoyens et de l’autogestion. De plus, la désignation du nouveau président et du nouveau directeur exécutif s’est faite de manière opaque, sans qu’un projet soit présenté formellement par les différents candidats. Selon des sources journalistiques, le choix final a eu lieu dans le bureau du premier ministre, en présence de son bras droit, ce qui ne laisse pas de doute sur la nature politique de cette désignation. Mais les critiques ont été plus fortes encore en raison des personnalités choisies.

Le président choisi pour la nouvelle ERT est Dionissis Tsaknis, un chanteur et compositeur populaire, proche des mouvements sociaux, dont les convictions exprimées publiquement sont très ancrées à gauche. Mais en même temps il n’a aucune expérience dans l’audiovisuel et c’est aussi l’un des artistes qui a le plus profité de la bulle des industries culturelles grecques dans les années 1990 et 2000. Son directeur exécutif, Lambis Tagmatarhis, est quant à lui un cadre expérimenté de l’audiovisuel en provenance du privé, proche de l’establishment médiatico-financier et qui symbolise l’ère des excès.

Ces choix controversés ont conduit des nombreuses personnalités respectées comme le professeur Yorgos Pleios, le journaliste Yorgos Avgeropoulos ou l’ancien directeur technique d’ERT Nikos Mihalitsis à refuser d’intégrer le conseil d’administration de la radio-télévision publique. Un autre problème pour la nouvelle ERT sera la cohabitation en son sein de deux groupes d’anciens salariés, ceux, les plus nombreux, qui se sont battus pendant deux ans pour sa réouverture et ceux qui n’ont pas hésité à intégrer NERIT, la structure fantomatique mise en place par le gouvernement précédent. Les tensions entre les deux seront donc inévitables.

Les tâches herculéennes

Ce recours à des dirigeants de l’ancien « régime » illustre également la difficulté que connaît ce gouvernement pour s’entourer des cadres aux compétences nécessaires à la gestion du pays. Ceci est dû au manque des professionnels affirmés dans de nombreux secteurs au sein de Syriza mais aussi à l’état lamentable des finances qui ne permet pas au gouvernement de proposer à ses collaborateurs des salaires décents.

Ces cadres gouvernementaux se trouvent en première ligne. Disposant de budgets anémiques, voire inexistants, ils sont obligés de composer avec une administration peu efficace, lente et bureaucratique. Ils sont systématiquement confrontés à la corruption de certains agents et aux intérêts privés qui ont profité pendant des années des deniers publics.

Ainsi, à titre d’exemple, selon le témoignage d’une députée lors d’une visite de l’une de plus grandes prisons du pays à Domokos, aucune archive sur les marchés lucratifs de fournitures n’a été trouvée. Toutes les traces des pratiques douteuses du passé avaient tout simplement disparu. Autre exemple, on a découvert que la capacité d’accueil affichée des prisons grecques était largement surestimée par l’administration pénitentiaire. La surpopulation, déjà dramatique, est donc pire que ce qu’on croyait. Le ministère a été obligé d’entreprendre un nouveau comptage de la réelle capacité d’accueil des prisons du pays, calculée cette fois-ci en fonction des standards internationaux.

La bataille pour assainir les médias

Même situation au secrétariat général de la communication où Lefteris Kretsos, le nouveau responsable qui a quitté une carrière d’universitaire en Grande Bretagne pour assumer la fonction, a découvert des situations ubuesques, des journalistes payés par l’agence de presse publique APE qui n’ont jamais mis les pieds dans les locaux, ni produit la moindre information, des locaux à l’étranger inexploités voir abandonnés et des archives audiovisuelles publiques dans un piteux état.

Lefteris Kretsos, un proche de Nikos Pappas, lui-même collaborateur direct d’Alexis Tsipras, est en première ligne dans la bataille que le gouvernement tente de mener contre les oligarques qui contrôlent les médias. Il a ainsi récemment exigé le paiement des sommes dues par les chaînes privées pour l’utilisation des fréquences. Les chaines ont justifié leur manquement en évoquant la mise à disposition gratuite du temps d’antenne aux partis politiques, censée compenser le prix de l’utilisation des fréquences. Une excuse qui sonne comme un aveu.

L’autre tâche urgente pour le secrétaire général à la communication est l’examen des conditions dans lesquelles les chaînes privées en quasi-faillite ont obtenu des prêts avantageux des banques, qui elles-mêmes avaient été précédemment recapitalisées avec de l’argent public. Une disposition de la loi de refondation d’ERT prévoit que le gouvernement peut révoquer les licences des stations de télévision qui ne peuvent pas payer leurs dettes. Une série d’hommes d’affaires grecs mais aussi étrangers sont en attente dans cette éventualité pour récupérer les fréquences. Faute d’une régulation suffisante et strictement appliquée, le risque de créer une nouvelle oligarchie médiatique est existant.

Le projet de réagencement du système médiatique grec inclut également l’assainissement du paysage de l’information en ligne. Pour ce faire le gouvernement entend favoriser les sites d’information qui assurent un journalisme de qualité et se fonde sur des modèles économiques transparents, au détriment de ceux qui dépendent des financements douteux et qui pullulent sur l’internet grec, diffusant rumeurs et fausses informations. Si l’idée est louable sa mise en oeuvre risque d’être compliquée.

La Grèce qui change malgré tout

Au final, pour s’apercevoir que la Grèce est réellement en train de changer lentement il faut s’éloigner du triste spectacle qu’offre la négociation avec les créanciers et s’intéresser à la politique de basse intensité qui vise à changer des pratiques et des mentalités fortement ancrées depuis longtemps. La reforme pénitentiaire en cours qui vise à désengorger les prisons et améliorer les conditions de vie des détenus, même si c’est à moyens quasiment constants, est à ce titre emblématique. Il s’agit d’insuffler une nouvelle mentalité dans un système inhumain qui pendant longtemps a fonctionné à l’écart de la société.

Le même effort, très difficile, est déployé en direction de la police. Samedi 9 Mai 2015, a ainsi eu lieu sur la place Syntagma, devant le parlement, le premier festival de cannabis au centre d’Athènes. Pas un seul policier en uniforme n’est venu perturber cette fête de la jeunesse athénienne qui a repris possession des lieux après des années de répression féroce instaurant un climat de terreur policière au cœur de la ville. Cependant, le ministre de la police Ioannis Panoussis est une bête noire pour des nombreux militants et électeurs de Syriza à cause de ses déclarations droitières.

Autre front de ce type, le ministère de la culture, longtemps mis au service d’une conception nationaliste et étroite de l’art et de l’histoire. Ainsi le secrétaire général à l’archéologie a par exemple découvert des services désorganisés et des locaux délabrés. Il a également révélé des multiples manipulations politiques des fouilles en cours dans le nord de la Grèce visant à gonfler la « fierté nationale » et faire diversion des politiques austéritaires mises en œuvre par le précédent gouvernement.

Enfin, le procès en cours des principaux dirigeants d’Aube Dorée pour participation à une organisation criminelle est aussi un signal fort pour les populations d’origine étrangère qui peuvent de nouveau circuler sans peur dans les rues d’Athènes.

La libération des centaines de migrants des centres de détention immondes mis en place avec des fonds européens, la couverture maladie universelle, y compris pour les étrangers, le droit du sol remplaçant le droit du sang pour les enfants d’immigrés, le retrait des circulaires stigmatisant séropositifs et toxicomanes et la remise sur pied du système de soin pour les malades mentaux qui est en cours clôturent une période qui restera tristement célèbre dans l’histoire du pays, celle d’un racisme d’état violent et qui pour l’instant reste impuni.

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11 mai 2015 1 11 /05 /mai /2015 20:03

https://www.diagonalperiodico.net/movimientos/26465-cadena-humana-dos-kilometros-rodea-parlamento-cataluna.html

Une chaîne humaine de deux kilomètres autour du parlement de Catalogne

La manifestation était organisée par l’assemblée de soutien aux inculpés de l’action Aturem el Parlament et par l’Assemblée des Familles pour la Liberté des inculpés pour les faits du parlement en 2011, nouvellement créée.

Lundi 20 Avril 2015

Une chaîne humaine de deux kilomètres a entouré cet après-midi le parc de la Ciutadella de Barcelone, où se trouve le siège du parlement de Catalogne, pour dénoncer l'arrêt de la cour suprême contre huit manifestants accusés de l'action Aturem el Parlament. La mobilisation a commencé au milieu de la matinée avec des colonnes des quartiers de Sants, Raval et Vallcarca. Elles se sont réunies devant les portes latérales du parc de la Ciutadella, à côté de la station de France. De là, en utilisant des porte-voix et des pancartes, les gens se sont divisés en quatre groupes.

Un des blocs a été chargé de couvrir le tronçon de la rue Pujades, deux autres groupes ont tiré la chaîne sur la rue Wellington et le passage Picasso, et le dernier bloc s’est déplacé le long du passage de Circumval-lacio. Il y avait des gens de tous les âges, de nombreuses créations et de nombreuses revendications avec la prédominance de la couleur jaune. La chemise contre les coupes budgétaires dans l'éducation, jaune elle aussi, a également eu beaucoup de présence comme celles qui ont été faites spécialement pour l'action de la chaîne humaine.

Le gouvernement voulait que la présence policière soit très discrète. Il y avait un petit détachement d’ARRO Barcelone, groupe anti-émeute, devant le parlement de Catalogne, une unité de la Brigade Mobile sur le passage de Lluís Companys, et toutes les entrées du parc de la Ciutadella étaient ouvertes sans restrictions. Bien sûr, il y avait une équipe d’agents en civil du groupe d’obtention et d’analyse (GOAPI) de la Brigade Mobile parmi les manifestants, pour prendre des photos et des vidéos.

Deux mille cinq cent personnes pour compléter la chaîne

A 13 heures, un pétard de feux d'artifice a explosé rue Wellington, le signal convenu par tout le monde pour se prendre la main et pour prendre la preuve photographique de la protestation.

Deux mille cinq cent personnes ont été nécessaires pour compléter le périmètre. Le slogan « je suis aussi au parlement » a été entendu à maintes reprises et il y a eu des grands moments comme quand elles ont chanté l’hymne de la révolution portugaise des œillets, Grândola Vila Morena, ou lorsqu’elles ont fait une ola à une bicyclette qui faisait un enregistrement de l'événement en vidéo.

Avant et après la chaîne humaine, des discours ont été faits à partir d'une chaîne de sonorisation installée au bord du passage Picasso. Rubén Molina, l'un des condamnés, a dit que le jugement était un jugement politique et a remercié la présence de tant de gens. « Quand nous sommes ensemble nous sommes plus forts, quand nous sommes ensemble nous pouvons tout », a-t-il dit. Ruben Molina a souligné que si les manifestations sont maintenues, « ils ne pourront pas nous emprisonner ». Le père de l'une des condamnées à trois ans de prison a exprimé son respect et sa fierté pour ce qu’a fait sa fille, « elle a dit aux politiciens ce que beaucoup de gens pensent et n’osent pas dire ».

Pour l'avocat Hibai Arbide des faits du parlement, la réaction des institutions catalanes et le jugement de condamnation répondent à la logique « du parti du capitalisme contre le parti de la démocratie, la compréhension que le parti du capitalisme peut parfois lever un drapeau espagnol, ou un drapeau catalan, mais que le parti de la démocratie ne doit pas prendre la forme d’un parti, que ce sont les gens qui, à partir du bas, se battent pour une juste répartition de la richesse ».

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10 mai 2015 7 10 /05 /mai /2015 17:47

http://www.socialistworker.co.uk/art/40492/Organise+for+a+united+left+alternative+in+Scotland+after+Labour+defeat

Organiser une alternative de gauche unie en Ecosse après la défaite du parti travailliste

Vendredi 8 Mai 2015

Le parti travailliste en Ecosse a été anéanti. Le Scottish National Party (SNP) a pris cinquante-six des cinquante-neuf sièges et le parti travailliste, les conservateurs et les libéraux-démocrates se partagent les trois autres.

Le leader du parti travailliste écossais, le blairiste Jim Murphy, a perdu son siège, trente pour cent de ses électeurs sont passés du parti travailliste au SNP.

Le taux de participation dans sa circonscription de Renfrewshire East était de plus de quatre-vingt pour cent. Le leader des libéraux-démocrates Danny Alexander a subi le même sort.

Les soutiens traditionnels du parti travailliste, des bastions de classe tels que Glasgow, où les sept députés de la ville sont allés au SNP, sont sérieusement diminués. Le résultat est comme un enterrement pour le parti travailliste.

À travers l'Ecosse, le parti travailliste fait trois cent mille voix de moins que le million de voix obtenu en 2010.

Jim Murphy a échoué à récupérer les partisans de l'indépendance qui avaient voté pour le parti travailliste aux dernières élections générales.

Le SNP a pris la moitié de tous les suffrages exprimés en Ecosse, près d’un million cinq cent mille voix.

C’est un million de plus qu’en 2010, dont la moitié provient du parti travailliste et des libéraux-démocrates.

Humeur

Le SNP a exploité avec succès l’humeur anti-austérité parmi la classe ouvrière.

Ceci a été inspiré par les débats autour du référendum de l'année dernière et alimenté par un désir de punir le parti travailliste pour son alliance avec les conservateurs. Le vote de la gauche s’est effondré mais son message pour lutter contre l'austérité était très populaire.

La tâche cruciale pour toute la gauche en Ecosse est de discuter et d’organiser rapidement une alternative de gauche unie aux élections du parlement écossais de l'année prochaine.

Le secrétaire général des syndicats écossais Grahame Smith a décrit le résultat comme « un monumental mouvement pour le changement, un mouvement qui, à ce moment, a investi ses espoirs et sa confiance dans le SNP ».

Les conservateurs n’ont pas de mandat pour gouverner en Ecosse. Il y a maintenant des énormes attentes pour que le SNP suive son message central de la campagne de « mettre fin à l’austérité ».

Nous devons lui demander des comptes et exiger qu'il arrête immédiatement la mise en œuvre des coupes budgétaires des conservateurs. Il faut refuser de coopérer sur Trident.

Nous ne pouvons pas rester les bras croisés et attendre que les promesses soient appliquées. Il est temps de transformer les paroles en action.


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10 mai 2015 7 10 /05 /mai /2015 17:11

PREMIER MAI A ATHENES

Vous trouverez ci-dessous la première partie d’un long message de Jean François Cabral relatif à la situation politique en Grèce.

Le message est disponible en totalité à l’adresse ci-dessous.

Bernard Fischer

http://tendanceclaire.npa.free.fr/breve.php?id=12889

La voie étroite de l’anticapitalisme en Grèce

Par Jean François Cabral

Dimanche 10 Mai 2015

Les échéances se rapprochent. D’une certaine manière, l’épreuve de vérité a déjà eu lieu, avant même son arrivée au pouvoir, la majorité de Syriza avait déjà renoncé à toute épreuve de force réelle autour de l’annulation même partielle de la dette, condition nécessaire pour commencer à mettre en œuvre une politique susceptible de modifier les conditions de vie de la majorité de la population, et donner, au moins temporairement, un peu d’oxygène à une économie déjà exsangue. Le compromis adopté le 20 février 2015 a été un pas de plus, sous prétexte de gagner du temps, c’est la logique même d’un nouveau mémorandum qui s’est mise en place. Car c’est bien une liste de « réformes » que le gouvernement grec est en train de négocier pour ne pas être asphyxié financièrement, ce qu’Alexis Tsipras appelle lui-même un « compromis honorable » en essayant d’adoucir les mesures exigées par la troïka.

La troisième étape approche, celle où il faudra passer à la vitesse supérieure, et prendre l’initiative de nouvelles mesures d’austérité. Il est difficile en effet d’imaginer au vu du rapport de force actuel que le nouveau pouvoir, confronté à l’hostilité systématique des gouvernements européens, puisse encore obtenir un délai supplémentaire au-delà du mois de juin 2015.

Mais dans le même temps, rien ne va être simple non plus pour personne. Alexis Tsipras lui-même, et bien plus encore son parti, continuent à laisser entendre qu’ils feront tout pour essayer d’engager la Grèce sur une nouvelle voie politique anti-austéritaire. Le réveil risque donc d’être brutal, même si bien des travailleurs grecs n’ont peut-être pas non plus tant d’illusion que cela sur ce que l’on peut attendre de ce gouvernement, peut-être même moins que certains militants chevronnés. Simplement, pour qu’une réaction puisse avoir lieu sur le terrain des luttes, une perspective politique est indispensable. Mais sans luttes, même la meilleure des formulations politiques reste inévitablement suspendue en l’air, et c’est un peu tout le problème dans la situation actuelle marquée par une certaine atonie.

De ce point de vue, le sempiternel débat qu’on a pu avoir jusqu’ici, aussi bien en France qu’en Grèce, sur le fait de savoir s’il était juste et utile pour des révolutionnaires d’être ou non dans Syriza n’a guère d’utilité. C’est de toute façon un choix qui a été tranché d’une manière ou d’une autre par les camarades en Grèce depuis un certain temps déjà. Mais on peut militer dans des cadres différents et penser malgré tout qu’à une certaine étape, faire converger ses efforts dans une même direction devient absolument vital.

Or la vraie difficulté à cette étape devient chaque jour un peu plus évidente, comment arriver à convaincre ceux d’en bas qu’ils peuvent encore être, après des années de combats souvent très difficiles, la solution grâce à leur intervention directement sur le terrain de la lutte de classe, ce qui est loin d’être acquis pour le moment.

C’est en tout cas le propos de cette contribution d’essayer d’y réfléchir, avec naturellement toutes sortes de limites inévitables qui sont celles de l’observateur extérieur, sur les rapport de force et leurs dynamiques, comme sur les points d’appui qui pourraient permettre à l’extrême-gauche de représenter malgré tout une alternative à la politique d’Alexis Tsipras. La solidarité implique aussi d’essayer d’anticiper sur ce qui pourrait advenir dans les mois qui viennent.

Pour un premier aperçu des forces en présence, le premier mai 2015 à Athènes

Le premier mai est depuis longtemps un événement ambigu, en étant tout à la fois une fête nationale récupérée par l’état et à sa façon quand même une sorte de thermomètre de la combativité et du moral, sinon de la population à grande échelle, du moins de ses militants.

L’événement peut parfois être trompeur, c’est ainsi qu’au Caire le premier mai 2013, le maigre défilé d’alors ne pouvait guère laisser entrevoir la formidable réaction de la population qui s’est finalement produite quelques semaines plus tard, chassant le président Morsi du pouvoir par une mobilisation exceptionnelle. La campagne de signatures venait à peine de démarrer et ce qui préoccupait les militants était plutôt la difficulté à résister à la répression. Il y a de cette manière parfois des coups d’accélérateur bien réel, de véritables surprises, et c’est tant mieux.

Cela étant, il faut bien le dire, ce premier mai 2015 à Athènes était quand même, un peu trop, ordinaire. On peut toujours invoquer le week-end de trois jours, le soleil et la plage pas loin, le fait est que la population était la grande absente des pavés.

Prendre le temps d’examiner malgré tout un peu en détail le défilé n’est pourtant pas sans intérêt pour comprendre la politique des différentes organisations et les rapports de force militants. Ou plutôt les défilés, car ce qui domine en premier lieu est encore et toujours l’extrême division du mouvement ouvrier, en dehors du Pasok dont il ne reste pratiquement plus rien.

Dans l’ordre chronologique de ces défilés, il y a bien sûr au premier rang le KKE, le parti communiste de tradition stalinienne, ou plus exactement son front syndical PAME, dans un pays où il n’existe certes qu’une confédération pour le privé et pour le public, mais avec de nombreuses fractions syndicales liées aux différents partis politiques, y compris de droite. A 10 heures, ils sont les premiers et les seuls en face du parlement, avant tout le monde, peut-être trois mille ou quatre mille, pas davantage, loin des dix mille ou des quinze mille qu’on a pu observer durant la période précédente à la même occasion. La dénonciation du gouvernement d’Alexis Tsipras est virulente, le sectarisme et l’isolement malheureusement un peu au même niveau.

A quelques encablures de là, le rassemblement prévu par Syriza et son front syndical META peine à se mettre en place. Un peu en retrait, la tribune officielle, des discours et le vide autour. Impression étrange, même si les premières banderoles ne sont pas loin sur le boulevard. En même temps, rien ne presse, le cortège ne partira que lorsque tout le monde sera sûr que le KKE aura quitté la place Syntagma, point d’aboutissement d’un trajet assez court. Moment surréaliste aussi, lorsqu’au milieu de l’espace déserté devant la tribune surgit une nuée de journalistes et au centre le ministre de l’économie Yanis Varoufakis en blouson de cuir, jeans et baskets. Il longe sans s’y arrêter le cortège en cours d’assemblage puis disparait deux rues plus loin. Apparition furtive qui ressemble presque à un évitement, mais la photo dans les quotidiens le lendemain est assurée.

Le radicalisme des slogans ne laisse pas de surprendre. Gouvernement « ami » ou pas, on peut lire quelques revendications sur l’estrade, « la lutte des syndicats continue, revalorisation du salaire minimum, conventions collectives, croissance, droits à la protection sociale, droits démocratiques dans l’entreprise ». Tandis que l’affiche officielle de Syriza appelant au premier mai proclame fièrement, « premier mai 2015, nous refusons le chantage, pas un pas en arrière ». Quelques comités locaux venus de la banlieue d’Athènes, sans que l’on connaisse leurs animateurs réels, semblent faire écho à cet appel. Le comité de Glyphada de Syriza dit « premier mai, nous ne reculons pas ». Le comité de Peristeri de Syriza dit « nous refusons le chantage, pas un pas en arrière, vive le premier mai ouvrier ». De son côté, la jeunesse de Syriza, quelques dizaines de personnes tout de même derrière la banderole, voire une bonne centaine en cours de route, met la pression encore un cran au-dessus, « premier mai 2015, nous voulons tout récupérer ».

Magie du verbe donc, mais faiblesse de la démonstration malgré tout, lorsqu’on observe la politique réellement suivie et soutenue jusqu’ici.

La gauche de Syriza en tant que telle est peu visible. La une du journal de DEA est certes collée sur les murs, « eux ou nous, pour le renversement des mémorandum et de l’austérité, pour un gouvernement de gauche ». Quelques pancartes du regroupement R-projet disent à peu près la même chose, « cent pour cent pour le renversement du mémorandum, casser l’austérité, abolition du fond pour les privatisations, annulation de la dette ». Mais le courant principal de la gauche de Syriza, autour de Panagiotis Lafazanis, le ministre de la reconstruction productive qui devrait sous peu assumer une possible nouvelle tranche de privatisation du Pirée, préfère lui centrer sa dénonciation sur l’euro et l’Union Européenne. DEA est surtout présent au travers de son comité de lutte organisant les travailleurs immigrés.

Le cortège finit par s’étoffer, des enseignants, des postiers et des hospitaliers en défense du service public, à chaque fois entre vingt et cinquante personnes derrière la banderole du syndicat. On trouve même des retraités des entreprises aéroportuaires qui n’en ont pas fini avec la lutte de classe, « nos luttes continuerons toujours ». Egalement des travailleurs de l’ERT, la télévision publique, qui peuvent être fiers de leur victoire puisque, deux jours auparavant, le gouvernement a finalement décidé de rouvrir la chaine après un an et demi de lutte. Quand le cortège s’ébranle, les quelques centaines sont devenus quelques milliers, mais on reconnait aussi de nombreuses sections syndicales d’Antarsya, souvent organisées directement par le SEK, la principale organisation trotskyste liée au SWP anglais. Le tout mélangé à divers collectifs antifascistes et à de nombreuses banderoles de travailleurs immigrés organisés par communauté, on remarque même un drapeau du Biafra côtoyant un drapeau rouge. Le SEK fait incontestablement une démonstration de force, une partie de ses militants étant également présents dans le cortège d’Antarsya.

Entre temps, le troisième cortège, celui de l’extrême-gauche, a fini par se mettre en mouvement. Parti de l’école polytechnique, haut lieu de la lutte contre la dictature en 1973, à quelques encablures de là, l’objectif est de rejoindre et coller au deuxième cortège. Mais la maigreur relative des deux premiers, ceux du KKE et de Syriza, et leur départ plus précoce que prévu a rendu la tâche disons légèrement sportive. La distance est néanmoins comblée et ce qui frappe est la puissance de cette extrême-gauche militante et organisée en Grèce qui regroupe tout à la fois des communistes et des trotskystes d’Antarsya, des libertaires, des anarchistes, qui ont toujours « leur » quartier à Exarchia tout près, et des maoïstes. Au final, c’est incontestablement parmi les trois, le cortège le plus étoffé observé au cours de cette journée.

La banderole de tête d’Antarsya proclame fièrement, « pour la victoire des luttes et le renversement du capitalisme ». La jeunesse du NAR, dissidence du KKE, aujourd’hui membre d’Antarsya, dénonce sans fard le « compromis honnête » qu’essaye de vendre désormais Alexis Tsipras. L’OKDE, section de la quatrième internationale, rappelle l’un de ses slogans favoris, « ouvrier, tu peux sans patron ». De son côté, le plan B d’Alékos Alavanos, avec son « front de la gauche unie » incluant également ARAN-ARAS, préfère, comme Panagiotis Lafazanis de la gauche de Syriza, se concentrer sur la dénonciation de la troïka, « aucune patience, aucune illusion, rupture maintenant avec l’euro et l’Union Européenne ».

Des syndicats de base sont présents ici et là, notamment dans la santé, ou dans l’agro-alimentaire. Les travailleurs de Coca-Cola prônent le boycottage de leur entreprise. Ceux de la savonnerie VIOM, reprise en autogestion, font l’éloge des « usines entre les mains de travailleurs ». Un « réseau de soldats libres » dénonce quant à lui la politique de l’impérialisme, « les manœuvres militaires entre la Grèce, les Etats Unis et Israël signifient guerre, intervention et réfugiés. Les soldats ne cautionnent pas, ne participent pas ». Comme à d’autres époques, quelques soldats défilent en uniforme. Rescapée des luttes de 2010, une « assemblée populaire ouverte » de Peristeri gagne possiblement le concours du slogan le plus radical, « l’esclavage salarié est un terrorisme, aucune paix avec les patrons ».

Puissance et radicalité de l’extrême-gauche donc, mais aussi difficulté de la période.

L’ensemble des trois cortèges, si on additionne le tout, est sensiblement moins fourni que les années précédentes, aucun cortège syndical de grande envergure, tandis que la population en dehors des milieux militants est la grande absente.

L’heure est encore à l’expectative et à l’attentisme, entre espoir, illusion, résignation et tentative laborieuse d’élucidation, dans une situation qui n’est claire pour personne, et cela d’autant moins que le gouvernement d’Alexis Tsipras continue à promettre aux uns, la troïka, et aux autres, la population, des choses parfaitement contradictoires.

Mais depuis quelques jours, une étape sans doute significative vient d’être franchie avec le nouveau décret obligeant les collectivités locales, mais aussi les administrations et les hôpitaux, à confier à la Banque Centrale de Grèce toutes leurs liquidités, dans la limite de quinze jours de fonctionnement. La manière de faire, plutôt brutale, n’a pas plu. Et surtout le sens de cette mesure a commencé à se préciser, il faudra payer jusqu’à l’os, puisque l’usurier moderne veut bien plus que sa livre de chair. Pour la première fois depuis quelques mois, les discussions dans les boites ont repris, d’une façon ou d’une autre commence à émerger l’idée qu’il faudra bien réagir et faire, à nouveau, quelque chose.

Une manifestation, et quelques appels à la grève, sont prévus le 11 mai 2015 au moment où Alexis Tsipras devrait rencontrer à nouveau l’Euro-groupe, essentiellement à l’initiative de l’extrême-gauche et de la gauche de Syriza. De son côté, la commission pour la vérité sur la dette grecque animé par Eric Toussaint devrait rendre ses premières conclusions autour du 15 juin 2015.

Tandis que la troïka fait pression pour qu’on en finisse le plus vite possible. Du coup les spéculations vont bon train à partir de quelques déclarations semi-officielles, référendum pour faire avaler un troisième mémorandum, ou ce qui y ressemblera fort, avec quelques nuances et différences d’emballage ? Formation d’un gouvernement d’union nationale à l’issue de cette séquence ? L’heure de vérité approche. De nombreux travailleurs qui se sont bien battus durant la période précédente, et qui auraient aimé croire dans la solution électorale après la victoire d’Alexis Tsipras, vont sans doute avoir un réveil difficile.

Mais après un premier round d’observation, dans un pays hautement politisé et organisé, le champ des possibles reste sans doute encore ouvert à cette étape.

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10 mai 2015 7 10 /05 /mai /2015 16:05

https://www.partipirate.org/Le-Parti-Pirate-appelle-a-la

Le Parti Pirate appelle à la résistance

C’est sans surprise mais avec une profonde angoisse que le Parti Pirate prend acte du vote des députés, par une large majorité l’assemblée nationale a voté la loi sur le renseignement.

On croyait le quinquennat de François Hollande condamné à l’insignifiance.

Mais, Mardi 5 Mai 2015, avec le vote de la loi sur le renseignement, il devient historique. Il est le mandat de la défaite de la liberté des français.

En instrumentalisant le terrorisme à des fins démagogiques et en mettant en place une société de contrôle aux accents orwelliens, le gouvernement socialiste termine de clouer le cercueil de la démocratie représentative. Peu importe que les électeurs qui, en 2012, ont voté contre Nicolas Sarkozy ne l’aient pas fait pour que François Hollande empire la politique liberticide de son prédécesseur. Peu importe que les associations et les professionnels, de la Quadrature du Net à la CGT Police, dénoncent l’inefficacité annoncée de la loi sur le renseignement.

Peu importe enfin que l’amputation des libertés des français soit une victoire incontestable pour les terroristes, eux qui sont les ennemis déclarés des droits de l’homme.

La cinquième république est privée de légitimité et embourbée dans les affaires. Pour assurer sa survie, le système se défait de ses derniers atours démocratiques et mute vers le totalitarisme. Que la dictature ne soit pas encore une réalité est un fait mais c’est un fait aussi que tous les outils de la dictature se mettent en place. Et quand on pense que l’extrême droite n’a jamais été aussi proche du pouvoir, alors nous viennent de véritables visions de cauchemars.

Bien sûr il y aura un vote au sénat mais il faudrait être naïf pour en espérer grand-chose.

Aujourd’hui, le Parti Pirate appelle les citoyens à entrer en résistance. Il appartient aux collectifs du logiciel libre de concevoir et de créer les outils qui permettront d’échapper à la surveillance du gouvernement. Il appartient aux associations de diffuser ces outils et de former les citoyens à leur utilisation. Il appartient aux médias, officiels et amateurs, de relayer l’information sur tous les canaux. Il appartient aux partis politiques alternatifs de proposer un autre projet de société que celui de la société de surveillance.

Mardi 5 Mai 2015, à l’assemblée nationale, les défenseurs de la liberté ont perdu une bataille.

Mais tant que nous resterons mobilisés, nous n’aurons pas perdu la guerre.

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10 mai 2015 7 10 /05 /mai /2015 15:48

https://www.ensemble-fdg.org/content/grece-lheure-de-la-rupture

https://www.jacobinmag.com/2015/05/kouvelakis-syriza-ecb-grexit

L’heure de la rupture

Par Stathis Kouvelakis

Traduit de l’anglais par Mathieu Dargel

Mardi 5 Mai 2015

La peur du Grexit ne doit plus nous paralyser.

La décision du gouvernement de Syriza de transférer la totalité des réserves disponibles du secteur public à la Banque De Grèce marque un tournant politique. Ce mouvement à haut risque démontre le plus clairement possible la nature de la situation telle qu’elle a évolué en deux mois et demi, depuis l’accord du 20 février 2015.

L’argument qui avait été avancé en faveur de cet accord était qu’il permettait « de gagner du temps », malgré son prix élevé, en vue de préparer le terrain pour les négociations clés de l’été. On nous affirmait que, pour une période de quatre mois, la Banque Centrale Européenne (BCE) allait mettre un terme à la torture qu’elle imposait à l’économie grecque depuis le 5 février 2015, quand elle avait décidé de mettre fin au principal mécanisme d’approvisionnement en liquidités des banques grecques. Comme on le reconnaît généralement aujourd’hui, le gouvernement grec avait été contraint de signer cet accord inéquitable sous la pression d’un retrait accéléré des dépôts des banques et la menace de leur effondrement.

Et maintenant, avec l’épuisement des fonds publics, désormais insuffisants pour assurer à la fois le service de la dette et les obligations incompressibles de l’état, il est évident que le seul temps gagné a été à l’avantage des institutions européennes et que la partie grecque est exposée à l’intensification du chantage tant ses positions se détériorent.

Le climat belliqueux, sans précédent, de la réunion de l’Euro-groupe de Riga, au cours de laquelle le ministre grec des finances, Yanis Varoufakis, a été cloué au pilori par ses homologues, y compris ceux de pays pesant d’un aussi faible poids que la Slovaquie et la Slovénie, montre suffisamment clairement de combien d’humiliations le gouvernement grec a eu à souffrir au cours des deux derniers mois.

Au-delà de l’erreur

Dans une déclaration remarquable, le 23 avril 2015, Euclide Tsakalotos, vice-ministre responsable des relations économiques internationales, qui a maintenant succédé à Yanis Varoufakis à la tête de l’équipe des négociateurs, soulignait, de manière significative que « quand nous avons apposé notre signature au bas de l’accord du 20 février 2015, nous avons commis l’erreur de ne pas nous assurer du fait que cet accord serait un signal pour la BCE pour commencer le compte-à-rebours des liquidités ». Cette « erreur » ne concerne pourtant pas quelques aspects secondaires, mais bien le point central de l’accord. Elle a une raison spécifique, qui est de caractère politique et non pas technique.

La partie grecque n’a pas pris en compte ce qui était évident, dès le début, à savoir que la BCE et l’Union Européenne n’allaient pas rester à se tourner les pouces face à un gouvernement de la gauche radicale. Dans leur arsenal, l’arme au plus gros calibre est le contrôle des liquidités, et il était totalement prévisible et logique qu’ils s’en servent immédiatement. Et, naturellement, les créanciers ont toutes les raisons de continuer à « serrer le nœud », l’expression est d’Alexis Tsipras, jusqu’à ce qu’ils aient contraint la Grèce à une capitulation totale.

Pour le dire autrement, si les créanciers, avec l’accord du 20 février 2015, avaient accepté « d’assurer l’approvisionnement en liquidités », s’ils avaient dissocié cette provision des plans d’austérité qu’ils tentent d’imposer, ils se seraient tout simplement privés eux-mêmes du plus significatif des moyens de pression qu’ils avaient à leur disposition. Qu’Euclide Tsakalotos puisse penser qu’ils auraient pu le faire est le signe d’une extrême naïveté politique, sinon d’un aveuglement volontaire, en particulier quand une grande partie de son propre parti l’avait averti d’entrée de jeu de l’inévitabilité de ce développement.

Ainsi, « l’erreur » provient d’une hypothèse de travail fondamentalement fausse, sur laquelle la stratégie du gouvernement a été basée dès les premiers moments, « nous aboutirons finalement à un accord avec les créanciers, permettant à Syriza de mettre en œuvre son programme tout en demeurant dans la zone euro ». C’est, on le voit clairement, à présent, la logique vouée à l’échec de « l’européanisme de gauche ».

Et maintenant ?

Bien que l’on ait usé et abusé de cette formulation, on ne peut trouver de meilleure pour décrire la situation actuelle du pays, que de dire qu’elle est suspendue à un fil. Avec la méthode et le contenu de la décision sur le transfert des fonds, par décret ministériel, le gouvernement se retrouve dans une situation très difficile, non seulement sur le plan économique, mais aussi politiquement. Il pourrait bien avoir créé les conditions, pour des « cacerolazos » à la grecque, ces formes de protestations utilisées par les forces réactionnaires et les oppositions soutenues de l’étranger dans les pays d’Amérique Latine qui tentent de renverser les gouvernements de gauche.

La seule issue face au risque d’enfermement dans la cage de fer des memoranda et de déraillement du projet de Syriza réside dans la relance des mobilisations populaires, pour retrouver le climat d’espoir et la combativité qui prévalaient avant l’accord du 20 février 2015. Il n’est pas trop tard. C’est le moment précis de tenir un discours clair, le seul qui peut avoir un impact et mobiliser le peuple, précisément parce qu’il le traite avec respect, en adulte, agent de son propre destin.

Ce qui est en jeu aujourd’hui en Grèce, c’est la possibilité d’un changement radical, l’ouverture d’une voie vers un bouleversement politique et l’émancipation de son peuple, de sa classe travailleuse, mais aussi de celle de toute l’Europe.

La peur du Grexit ne doit plus nous paralyser. Il est temps d’affirmer clairement, pour commencer, que quels que soient les fonds transférés par la nouvelle législation dans les coffres publics, ils doivent être consacrés à la couverture des besoins publics et sociaux et non aux paiements des créanciers.

L’heure est également venue de mettre un terme au radotage soporifique à propos des « négociations qui avancent » et des « accords en vue ».

Il est temps de mettre immédiatement un terme aux références surréalistes aux « solutions mutuellement profitables » et aux « partenaires » avec lesquels nous sommes supposés être les « copropriétaires de l’Europe ».

Il est temps de révéler au public grec et à l’opinion publique internationale les faits qui mettent en évidence la guerre sans merci qui est menée contre ce gouvernement.

Et le temps est venu, par-dessus tout, de se préparer finalement, politiquement, techniquement et culturellement à cette solution honorable que serait la séparation d’avec cette implacable bande de djihadistes du néo-libéralisme.

Le temps est venu d’expliciter le contenu et d’expliquer la viabilité de la stratégie alternative, qui commence avec la double initiative de la suspension des remboursements de la dette et de la nationalisation des banques et qui se poursuit, si nécessaire, avec le choix d’une monnaie nationale approuvée par le public au cours d’un référendum populaire.

Le temps est venu pour la réflexion sérieuse mais aussi pour les actes décisifs.

C’est le moment dans lequel le désastre et la rédemption se retrouvent côte-à-côte.

C’est le moment de riposter.

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9 mai 2015 6 09 /05 /mai /2015 18:55

http://www.monde-diplomatique.fr/2005/05/HARBI/12191

La guerre d’Algérie a commencé à Sétif

Le 8 mai 1945, tandis que la France fêtait la victoire, son armée massacrait des milliers d’Algériens à Sétif et à Guelma. Ce traumatisme radicalisera irréversiblement le mouvement national.

Par Mohammed Harbi, mai 2005

Désignés par euphémisme sous l’appellation « d’événements » ou de « troubles du nord constantinois », les massacres du 8 mai 1945 dans les régions de Sétif et de Guelma sont considérés rétrospectivement comme le début de la guerre algérienne d’indépendance. Cet épisode appartient aux lignes de clivage liées à la conquête coloniale.

La vie politique de l’Algérie, plus distincte de celle de la France au fur et à mesure que s’affirme un mouvement national, a été dominée par les déchirements résultant de cette situation. Chaque fois que Paris s’est trouvé engagé dans une guerre, en 1871, en 1914 et en 1940, l’espoir de mettre à profit la conjoncture pour réformer le système colonial ou libérer l’Algérie s’est emparé des militants. Si, en 1871 en Kabylie et dans l’est algérien et en 1916 dans les Aurès, l’insurrection était au programme, il n’en allait pas de même en mai 1945.

Cette idée a sans doute agité les esprits, mais aucune preuve n’a pu en être avancée, malgré certaines allégations.

La défaite de la France en juin 1940 a modifié les données du conflit entre la colonisation et les nationalistes algériens. Le monde colonial, qui s’était senti menacé par le Front Populaire, lequel avait pourtant, sous sa pression, renoncé à ses projets sur l’Algérie, accueille avec enthousiasme le pétainisme et, avec lui, le sort fait aux juifs, aux francs-maçons et aux communistes.

Avec le débarquement américain, le climat se modifie. Les nationalistes prennent au mot l’idéologie anticolonialiste de la charte de l’Atlantique, 12 août 1942, et s’efforcent de dépasser leurs divergences. Le courant assimilationniste se désagrège. Aux partisans d’un soutien inconditionnel à l’effort de guerre allié, rassemblés autour du parti communiste algérien et des « amis de la démocratie », s’opposent tous ceux qui, tel le chef charismatique du Parti du Peuple Algérien (PPA), Messali Hadj, ne sont pas prêts à sacrifier les intérêts de l’Algérie colonisée sur l’autel de la lutte antifasciste.

Vient se joindre à eux un des représentants les plus prestigieux de la scène politique, Ferhat Abbas. L’homme qui, en 1936, considérait la patrie algérienne comme un mythe se prononce pour « une république autonome fédérée à une république française rénovée, anti coloniale et anti-impérialiste », tout en affirmant ne rien renier de sa culture française et occidentale.

Avant d’en arriver là, Ferhat Abbas avait envoyé aux autorités françaises, depuis l’accession au pouvoir de Philippe Pétain, des mémorandums qui restèrent sans réponse. En désespoir de cause, il transmet aux américains un texte signé par vingt-huit élus et conseillers financiers. Ce texte devient, le 10 février 1943, avec le soutien du PPA et des oulémas, le « manifeste du peuple algérien ».

Alors, l’histoire s’accélère. Les gouvernants français continuent à se méprendre sur leur capacité à maîtriser l’évolution. De Gaulle n’a pas compris l’authenticité des poussées nationalistes dans les colonies. Contrairement à ce qui a été dit, son discours de Brazzaville, le 30 janvier 1944, n’annonce aucune politique d’émancipation et d’autonomie, même interne.

« Cette incompréhension se manifeste au grand jour avec l’ordonnance du 7 mars 1944 qui, reprenant le projet Blum-Violette de 1936, accorde la citoyenneté française à soixante-cinq mille personnes environ et porte à deux cinquièmes la proportion des algériens dans les assemblées locales », écrit Pierre Mendès France à André Nouschi. Trop peu et trop tard, ces mini réformes ne touchent ni à la domination française ni à la prépondérance des colons et l’on reste toujours dans une logique où c’est la France qui accorde des droits.

L’ouverture de vraies discussions avec les nationalistes s’imposait. Mais Paris ne les considère pas comme des interlocuteurs. Leur riposte à l’ordonnance du 7 mars 1945 intervient le 14 mars 1945, à la suite d’échanges de vues entre Messali Hadj pour les indépendantistes du PPA, Cheikh Bachir al Ibrahimi pour les oulémas et Ferhat Abbas pour les autonomistes, l’unité des nationalistes se réalise au sein d’un nouveau mouvement, les Amis du Manifeste et de la Liberté (AML). Le PPA s’y intègre en gardant son autonomie. Plus rompus aux techniques de la politique moderne et à l’instrumentalisation de l’imaginaire islamique, ses militants orientent leur action vers une délégitimation du pouvoir colonial. La jeunesse urbaine leur emboîte le pas. Partout, les signes de désobéissance se multiplient. Les antagonismes se durcissent. La colonie européenne et les juifs autochtones prennent peur et s’agitent.

Au mois de mai 1945, lors du congrès des AML, les élites plébéiennes du PPA affirmeront leur suprématie. Le programme initial convenu entre les chefs de file du nationalisme, la revendication d’un état autonome fédéré à la France, sera rangé au magasin des accessoires.

La majorité optera pour un état séparé de la France et uni aux autres pays du Maghreb et proclamera Messali Hadj « leader incontesté du peuple algérien ». L’administration s’affolera et fera pression sur Ferhat Abbas pour qu’il se dissocie de ses partenaires.

Cette confrontation s’était préparée dès avril. Les dirigeants du PPA, et plus précisément les activistes, avec à leur tête Mohamed Lamine Debaghine, sont séduits par la perspective d’une insurrection, espérant que le réveil du millénarisme et l’appel au djihad favoriseront le succès de leur entreprise. Mais leur projet irréaliste avorte. Dans le camp colonial, où l’on craint de voir les algériens rejeter les « européens » à la mer, le complot mis au point par la haute administration, à l’instigation de Pierre-René Gazagne, haut fonctionnaire du gouvernement général, pour décapiter les AML et le PPA prend jour après jour de la consistance.

L’enlèvement de Messali Hadj et sa déportation à Brazzaville, le 25 avril 1945, après les incidents de Reibell, où il est assigné à résidence, préparent l’incendie. La crainte d’une intervention américaine à la faveur de démonstrations de force nationalistes hantait certains, dont l’islamologue Augustin Berque. Exaspéré par le coup de force contre son leader, le PPA fait de la libération de Messali Hadj un objectif majeur et décide de défiler à part le premier mai, avec ses propres mots d’ordre, ceux de la CGT et des PC français et algérien restant muets sur la question nationale. A Oran et à Alger, la police et des européens tirent sur le cortège nationaliste. Il y a des morts, des blessés, de nombreuses arrestations, mais la mobilisation continue.

Le 8 mai 1945, le nord constantinois, délimité par les villes de Bougie, Sétif, Bône et Souk-Ahras et quadrillé par l’armée, s’apprête, à l’appel des AML et du PPA, à célébrer la victoire des alliés. Les consignes sont claires, rappeler à la France et à ses alliés les revendications nationalistes, et ce par des manifestations pacifiques. Aucun ordre n’avait été donné en vue d’une insurrection. On ne comprendrait pas sans cela la limitation des événements aux régions de Sétif et de Guelma, dès lors, pourquoi les émeutes et pourquoi les massacres ?

La guerre a indéniablement suscité des espoirs dans le renversement de l’ordre colonial.

L’évolution internationale les conforte. Les nationalistes, PPA en tête, cherchent à précipiter les événements. De la dénonciation de la misère et de la corruption à la défense de l’islam, tout est mis en œuvre pour mobiliser. « Le seul môle commun à toutes les couches sociales reste le djihad, compris comme arme de guerre civile plus que religieuse. Ce cri provoque une terreur sacrée qui se mue en énergie guerrière », écrit l’historienne Annie Rey-Goldzeiguer. La maturité politique n’était pas au rendez-vous chez les ruraux, qui ne suivaient que leurs impulsions.

Chez les européens, une peur réelle succède à l’angoisse diffuse. Malgré les changements, l’égalité avec les algériens leur reste insupportable. Il leur faut coûte que coûte écarter cette alternative. Même la pâle menace de l’ordonnance du 7 mars 1944 les effraie. Leur seule réponse, c’est l’appel à la constitution de milices et à la répression. Ils trouvent une écoute chez Pierre-René Gazagne, chez le préfet de Constantine Lestrade Carbonnel et le sous-préfet de Guelma André Achiary, qui s’assignent pour but de « crever l’abcès ».

A Sétif, la violence commence lorsque les policiers veulent se saisir du drapeau du PPA, devenu depuis le drapeau algérien, et des banderoles réclamant la libération de Messali Hadj et l’indépendance. Elle s’étend au monde rural, où l’on assiste à une levée en masse des tribus. A Guelma, les arrestations et l’action des milices déclenchent les événements, incitant à la vengeance contre les colons des environs. Les civils européens et la police se livrent à des exécutions massives et à des représailles collectives. Pour empêcher toute enquête, ils rouvrent les charniers et incinèrent les cadavres dans les fours à chaux d’Héliopolis. Quant à l’armée, son action a fait dire à un spécialiste, Jean-Charles Jauffret, que son intervention « se rapproche plus des opérations de guerre en Europe que des guerres coloniales traditionnelles ». Dans la région de Bougie, quinze mille femmes et enfants doivent s’agenouiller avant d’assister à une prise d’armes.

Le bilan des « événements » prête d’autant plus à contestation que le gouvernement français a mis un terme à la commission d’enquête présidée par le général Tubert et accordé l’impunité aux tueurs. Si on connaît le chiffre des victimes européennes, celui des victimes algériennes recèle bien des zones d’ombre. Les historiens algériens continuent légitimement à polémiquer sur leur nombre. Les données fournies par les autorités françaises n’entraînent pas l’adhésion. En attendant des recherches impartiales, convenons avec Annie Rey-Goldzeiguer que, pour les cent deux morts européens, il y eut des milliers de morts algériens.

Les conséquences du séisme sont multiples. Le compromis tant recherché entre le peuple algérien et la colonie européenne apparaît désormais comme un vœu pieux.

En France, les forces politiques issues de la résistance se laissent investir par le parti colonial.

« Je vous ai donné la paix pour dix ans, si la France ne fait rien, tout recommencera en pire et probablement de façon irrémédiable », avait averti le général Duval, maître d’œuvre de la répression. Le PCF, qui a qualifié les chefs nationalistes de « provocateurs à gages hitlériens » et demandé que « les meneurs soient passés par les armes », sera, malgré son revirement ultérieur et sa lutte pour l’amnistie, considéré comme favorable à la colonisation. En Algérie, après la dissolution des AML le 14 mai 1945, les autonomistes et les oulémas accusent le PPA d’avoir joué les apprentis sorciers et mettent fin à l’union du camp nationaliste. Les activistes du PPA imposent à leurs dirigeants la création d’une organisation paramilitaire à l’échelle nationale. Le premier novembre 1954, on les retrouvera à la tête d’un Front de Libération Nationale. La guerre d’Algérie a bel et bien commencé à Sétif le 8 mai 1945.

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