Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
18 mars 2015 3 18 /03 /mars /2015 18:46

http://www.lemonde.fr/economie/article/2015/03/18/a-francfort-la-bce-inaugure-son-siege-les-anti-austerite-manifestent_4595638_3234.html

A Francfort, la Banque Centrale Européenne (BCE) inaugure son siège, les « anti-austérité » manifestent

Au moins quatorze policiers ont été blessés Mercredi 18 Mars 2015 à Francfort lors de heurts en marge de l'inauguration du nouveau siège de la BCE au cours desquels seize personnes ont été arrêtées.

Les manifestants font état de vingt et un blessés dans leurs rangs.

La manifestation est organisée à l’appel de Blockupy, alliance des mouvements de protestation, syndicats et partis politiques qui tirent leur nom du mouvement Occupy Wall Street de 2011. Les organisateurs du rassemblement attendent au moins dix mille personnes.

Soixante bus en provenance de trente-neuf villes européennes ont également fait route vers Francfort.

Parmi les intervenants, des représentants d’ATTAC, des syndicats, un représentant du parti de gauche radicale grec Syriza, ou encore Miguel Urban, du mouvement espagnol Podemos, autant de mouvements et courants qui voient dans la BCE un des artisans majeurs des politiques d’austérité imposées à certains pays européens, Grèce en tête.

Un périmètre de sécurité a été organisé autour du nouveau bâtiment de la BCE, deux tours de verre entrelacées situées dans le quartier d’Ostend, dans l’est de Francfort, à l’emplacement de l’ancien marché de gros pour les fruits et légumes de la ville.

Les incidents entre manifestants et forces de l’ordre ont entraîné environ trois cent cinquante interpellations, a informé la police de Francfort.

Certains sont parvenus à escalader la façade d’un bâtiment pour accrocher une banderole sur laquelle est écrit « le capitalisme tue ». Sven Giegold, représentant des Verts au parlement européen, juge que la manifestation contre les politiques d’austérité est légitime, mais déplore les débordements. Huit policiers ont été blessés par des jets de pierres, et quatre-vingt ont été aspergés de gaz irritants, a fait savoir une porte-parole de la police, sans préciser la gravité des blessures.

Une tour qui a coûté un milliard deux cent millions d’euros

Occupé depuis la fin de novembre 2014 par les équipes de la BCE, deux mille six cent personnes, ce siège, dont le début des travaux remonte à 2008, était inauguré officiellement Mercredi 18 Mars 2015, en présence du président de la BCE, Mario Draghi, et d’une vingtaine d’invités triés sur le volet, dont le maire de Francfort.

Selon un porte-parole de l’institution, cette cérémonie était « sobre », contexte de crise oblige.

La construction de ce siège a, lui, été tout sauf sobre. Lancé en 2002, quand l’institution a acheté le site du Grossmarkthalle à la ville, ce chantier devait initialement coûter huit cent cinquante millions d’euros. Mais, finalement, la note a atteint un milliard deux cent millions d’euros.

La BCE n’a pas su éviter le dérapage des coûts. Elle a incriminé l’envolée des prix des matériaux de construction ainsi que la complexité bien plus forte que prévue de la rénovation de l’ancien marché, et donc plus chère aussi.

Repost 0
Published by FISCHER
commenter cet article
17 mars 2015 2 17 /03 /mars /2015 21:07

http://www.npa2009.org/content/il-y-40-ans-letat-franquiste-assassinait-salvador-puig-antich

Il y a quarante ans, l’état franquiste assassinait Salvador Puig Antich

Par Alain Pojolat

Dimanche 9 Mars 2014

Le 2 Mars 1974, dans la prison de Modelo à Madrid, un jeune militant anarchiste catalan de vingt-six ans mourait de la façon la plus épouvantable que l’on puisse imaginer, la strangulation par garrottage. Cette exécution barbare par strangulation sera la dernière de la dictature franquiste, qui allait l’année suivante disparaître avec la mort du caudillo.

Activiste du Mouvement Ibérique de Libération (MIL), recherché par la police, Salvador Puig Antich tomba dans un guet-apens, le 25 septembre 1973. Une fusillade éclate et grièvement blessé, Salvador Puig Antich est arrêté et condamné à mort par strangulation quatre mois plus tard.

Manifestations et grèves de protestation

Son exécution provoquera une série de protestations dans le monde entier, notamment en France, où des manifestations à l’initiative du mouvement libertaire et de l’extrême gauche dégénèrent en affrontements avec la police. La gauche institutionnelle quant à elle s’en tiendra à des protestations de circonstance, totalement hostile aux actions armées, qu’elles soient commises en France ou sous la dictature franquiste.

En Espagne, le terrorisme d’état et le souvenir encore frais de la terrible répression contre les militants anarchistes et républicains après la prise du pouvoir par Franco le premier avril 1939, étaient là pour dissuader efficacement toute riposte de rue. La guerre civile elle-même fit plus de quatre cent mille victimes et autant de personnes ayant dû fuir l’Espagne et se réfugier, le plus souvent en France. On estime à trente mille le nombre d’exécutions sommaires imputées au régime dans les mois qui suivirent la prise du pouvoir.

En dépit du niveau de férocité de la répression, des grèves « d’indignation politique » se déroulèrent dans plusieurs villes, notamment à Madrid, Barcelone et Valladolid. Cette réaction ouvrière n’est pas étrangère à l’histoire même du MIL dont l’activité essentielle était, outre l’édition de brochures politiques, le financement des caisses de grève au moyen d’opérations « d’expropriation », des braquages de banques.

Les militants du MIL, comme ils et elles se dénommaient par auto-dérision, se revendiquaient de l’anarchisme, du conseillisme ou encore du situationnisme, et entretenaient des liens fraternels avec leurs camarades français, nombreux à l’époque dans la région toulousaine.

Dans le foisonnement idéologique de l’après mai 68, et de la sensibilisation à l’internationalisme de toute une génération militante, la survivance d’une dictature sanglante à nos frontières devenait insupportable.

L’extrême droite française, fidèle soutien de la dictature

Fervents défenseurs de l’Espagne fasciste, l’extrême droite française et le tout récent Front National applaudirent l’assassinat de Salvador Puig Antich, comme un an plus tard pour l’exécution de cinq militants du FRAP, comme encore quelques années plus tard en se réjouissant des assassinats commis au pays basque nord, par le Groupe Anti­terroriste de Libération (GAL). Ses liens avec le régime franquiste étaient très anciens, et Jean-Marie Le Pen ne les a jamais reniés.

N’oublions pas que c’est à Madrid même que le 11 février 1961 s’était constituée l’OAS qui allait semer la terreur en Algérie et sur le territoire français. Une solide amitié unissait le fondateur du Front National au fondateur de la Phalange, puis de Fuerza Nueva, Blas Pinar, jusqu’à la mort de ce dernier il y a quelques mois.

Ces liens politiques continuent aujourd’hui. Ainsi, Manuel Andrino, actuel chef de la Phalange déclarait le 17 avril 2009 que « nous sommes unis par des liens fraternels avec le Front National français ». Les faits sont têtus, et la tentative de dédiabolisation du Front National se heurtera toujours à la réalité historique, entre autres ses liens politiques historiques avec le fascisme international.

Les antifascistes ne manqueront jamais une occasion de mettre sur la place publique ces éléments du passé, qui nous éclairent sur le présent et sur l’avenir enchanteur que nous promettent les fascistes, fussent-ils drapés dans les habits neufs de la démocratie.

Repost 0
Published by FISCHER
commenter cet article
17 mars 2015 2 17 /03 /mars /2015 20:41

http://www.syriza-fr.org/2015/03/15/la-bataille-de-la-gauche-atteint-deja-un-seuil-limite-un-pas-en-arriere-serait-desastreux

La bataille de la gauche atteint déjà un seuil limite, un pas en arrière serait désastreux

Dimanche 15 Mars 2015

Interview avec le ministre de la restructuration de la production, de l’environnement et de l’énergie, Panagiotis Lafazanis, dans le journal du dimanche « La Presse Libre » donnée à Dimitri Gatsios.

Dimitri Gatsios. En octobre 2014, vous avez déclaré que le gouvernement Syriza « va supprimer le mémorandum et ses lois en vigueur dans une nuit et par un acte législatif, avec la même façon qu’on nous les a brutalement imposés ». Qu’est-ce qui s’est passé pour qu’on ait oublié cette déclaration ? Vous pensez que la dure réalité était plus forte que la volonté du parti avant les élections ou que le gouvernement a reculé devant les prêteurs en ce qui concerne plusieurs de ses engagements ?

Panagiotis Lafazanis. Je n’ai jamais déclaré que nous allions supprimer le mémorandum dans une nuit, sauf dans les cas où on a mal interprété ce que j’ai parfois dit. Personnellement, j’avais toujours souligné que les mémorandums et ses lois en vigueur devraient être abrogées par un gouvernement de Syriza et non avec « un coup de force » en l’espace d’une nuit, comme les lois votées et adoptées par les gouvernements mémorandaires, mais avec des procédures parlementaires normales, avec respect des règlements de l’assemblée nationale et de la constitution. Le premier acte de notre nouveau gouvernement était d’arrêter immédiatement la mise en œuvre du mémorandum, qui était déjà en cours. Les mesures d’austérité et les taxes qui étaient prêtes à mettre en œuvre par l’ancien gouvernement de la Nouvelle Démocratie et du Pasok ont été jetées à la poubelle après les élections. Notre engagement sur l’abolition totale des mémorandums et leurs lois reste entièrement valable, malgré les grandes difficultés post électorales et les chantages brutaux de l’extérieur, et il sera totalement mis en œuvre très prochainement. L’abolition complète des mémorandums consiste un lieu d’identité pour Syriza et une condition indispensable pour une voie cohérente et progressive dans une perspective de croissance à long terme du pays.

Dimitri Gatsios. Est-ce qu’il y a pour le gouvernement un scénario d’élections anticipées ou d’un référendum pour que la Grèce reste dans la zone euro, si les négociations aboutissent à une impasse ?

Panagiotis Lafazanis. Le seul scénario pour le gouvernement, c’est de faire tout son possible pour affronter l’intransigeance allemande cynique, qui est suivie par les cercles les plus réactionnaires de l’Union Européenne, afin de mettre pleinement en œuvre, et avec la plus grande cohérence et stabilité, son programme radical. Notre véritable objectif est que les négociations parviennent à un accord positif. Nous n’accepterons pas aucun accord avec les dits partenaires qui annulerait dans la pratique notre orientation anti-néo-libérale et progressive. En tout cas, nos engagements programmatiques seront mis en œuvre jusqu’à la fin et tout le monde dans l’Union Européenne devrait en être informé.

Dimitri Gatsios. Combien d’eau va mettre dans son vin l’aile gauche de Syriza, étant donné le renversement des annonces électorales du parti et l’acceptation des conditions, qui pourraient être caractérisées comme mémorandaires?

Panagiotis Lafazanis. Vous devez savoir que l’aile gauche n’est pas un parti informel dans le parti de Syriza. Au contraire, l’aile gauche représente une tendance dans Syriza, qui est basée sur certains paramètres idéologiques en respectant pleinement les principes statutaires du parti. Comme vous le savez très bien, l’aile gauche a présenté ses propres opinions particulières sur les décisions de l’Euro-groupe lors du récent comité central du parti et qui, d’une manière très succincte, ont été soumises au vote. Par conséquent, je vous assure que l’aile gauche, ne mettra pas d’eau dans son vin. En ce qui concerne Syriza, il donne un grand combat pour débloquer le pays de toutes les formes de tutelle néocoloniale et il n’a pas l’intention de mettre en œuvre des mémorandums et des termes mémorandaires. La bataille de la gauche dans notre pays et pour notre pays est inégale et nous avons atteint un point crucial. Dans cette phase cruciale, nous devons montrer la plus grande détermination et audace, en coupant tous les ponts d’un recul qui serait désastreux. L’audace et les pas en avant sont les seules options qui existent non seulement pour le gouvernement mais aussi pour le pays.

Dimitri Gatsios. Comment évaluez-vous la performance du ministre des finances, Yanis Varoufakis, dans les négociations ?

Panagiotis Lafazanis. Les négociations ne sont pas une affaire personnelle de Yanis Varoufakis et sont souvent très mal comprises par de nombreux médias. Les négociations avec l’Union Européenne ne sont pas une pièce personnelle en un acte, bien que Yanis Varoufakis donne fortement sa couleur personnelle, mais elles évoluent dans un contexte où le premier ministre lui-même et les organismes gouvernementaux ont la responsabilité principale. Ces négociations sont en cours. Leurs premiers résultats ont été discutés dans le groupe parlementaire et le comité central du parti, où j’ai eu l’occasion de présenter et d’exprimer mon point de vue particulier. Mais les négociations sont en cours et elles ont pris la forme d’un thriller, avec le côté allemand appliquant des tactiques qui nous rappellent des mauvais moments. En ces heures nous devons tous soutenir le gouvernement pour qu’il soit capable de rester debout et inamovible pour défendre et mettre en œuvre la volonté exprimée par le peuple grec aux dernières élections, il n’y a pas d’autre option pour le gouvernement.

Dimitri Gatsios. Vous avez dit que pour parvenir à un accord on doit mettre sur la table le scenario de sortie de la zone euro. Mais cela n’est pas arrivé. Un tel plan aurait-il dû être mis en place ?

Panagiotis Lafazanis. Pour parvenir à un accord, nous avons besoin de beaucoup de choses. Cette phase que nous vivons actuellement est très délicate et cruciale et, en tout cas, ce n’est pas le bon moment pour exprimer mes opinions en public, relativement à la zone euro. Ce que je voudrais vivement souligner est que les négociations ne se sont jamais effectuées dans des pièces hermétiquement fermées ou autour de tables luxueuses. Les négociations s’effectuent avec les peuples au premier plan et sur la base de liens formés en dehors des réunions à huis clos. En ces heures et en ce qui concerne l’issue de cette tentative, la présence des facteurs populaires, le développement de grandes luttes populaires dans notre pays et la présence d’un grand mouvement de solidarité entre les peuples européens sont très importantes pour aider la formation d’un large front uni. Un front qui revendiquera la défaite des politiques d’austérité et du pillage néo-libéral en Grèce et en Europe.

Dimitri Gatsios. A votre avis, les six euros supplémentaires par jour, donnés comme pension alimentaire, aux travailleurs de la société public d’électricité (DEH), comme prévu dans la nouvelle convention collective, sont-ils corrects ?

Panagiotis Lafazanis. Personnellement, je n’avais absolument aucune implication dans la discussion et la négociation de la nouvelle convention collective signée par la direction de DEH et la fédération générale du personnel (GENOP). La convention collective était prête avant que je n’occupe le poste ministériel et ainsi je ne pouvais pas avoir d’autre rôle que de respecter le résultat final, dans nos principes non-négociables pour les libres négociations collectives, sans ingérences gouvernementales. Tout autre choix serait extrêmement nuisible et plutôt anti démocratique tout en posant davantage de problèmes que ceux qu’il voudrait prétendument résoudre. Au-delà, tout ce que nous devons comprendre, c’est que le syndicalisme libre et sans aucune tutelle, avec la pleine liberté sur les négociations collectives, sont les pierres angulaires de la démocratie, de la liberté et de la protection des droits des travailleurs, avec lesquelles nous pouvons construire une nouvelle perspective dans notre pays. Les décrets gouvernementaux sont toujours faciles. La partie la plus difficile est d’agir comme une société démocratique.

Dimitri Gatsios. Est-ce que c’est possible qu’on puisse couvrir le vide économique qui a été créé par l’augmentation des dettes échues à plus de deux milliards d’euros vers la société public d’électricité (DEH), et de quelle manière ?

Panagiotis Lafazanis. DEH, comme une entreprise publique qui est le principal secteur stratégique de l’économie grecque, a beaucoup souffert des politiques mémorandaires et elle est mise à rude épreuve par les doctrines néo libérales dures dans le secteur de l’énergie et les options de sa privatisation qui, heureusement, sont définitivement annulées. Malgré les difficultés et les autres problèmes, l’entreprise reste debout et lucrative. Nous croyons que la reconstruction de DEH, à laquelle nous allons rapidement procéder, lui permettra de jouer beaucoup plus efficacement son rôle stratégique de développement dans l’économie pour une solution progressiste afin de sortir de la crise.

Dimitri Gatsios. Si la commission européenne donne le feu vert pour vendre le gestionnaire de réseau de distribution de gaz naturel (DESFA) à la société azerbaïdjanaise Socar, vous serez d’accord ?

Panagiotis Lafazanis. Je vais répéter encore une fois que nous attendons la décision finale de la commission européenne de la concurrence, formelle ou informelle, afin que notre gouvernement détermine sa position finale sur le sujet de DESFA. En tout cas, nous allons procéder dans les meilleurs intérêts nationaux et populaires et bien sûr avec les principes par lesquels nous dirigeons le secteur de l’énergie.

Repost 0
Published by FISCHER
commenter cet article
17 mars 2015 2 17 /03 /mars /2015 20:10

http://www.humanite.fr/plus-de-50-de-la-dette-grecque-est-illegitime-568201

Plus de cinquante pour cent de la dette grecque est illégitime

Par Stéphane Aubouard

Jeudi 12 Mars 2015

D’après le Collectif pour un Audit Citoyen (CAC), la dette publique grecque d’avant la crise est le fruit du mariage de deux maux nés l’un après l’autre. Les taux d’intérêt exorbitants contractés par l’État dans les années 1980 et la baisse des recettes publiques au début des années 2000.

Il y a dix jours, le parlement grec annonçait la création d’une commission d’audit de la dette du pays pour distinguer la part légitime de l’illégitime. « Cet outil permettra ainsi de rétablir une injustice majeure commise à l’encontre du peuple grec et de savoir comment le pays en est arrivé là », espérait alors la présidente de la Vouli, Zoé Konstantopoulou. Moins de deux semaines plus tard, les premières réponses à cette question cruciale arrivent. Le Collectif pour un Audit Citoyen de la dette publique publie aujourd’hui la version finale de sa « contribution à l’audit de la dette grecque ». Et force est de constater que les conclusions détaillées de la note fournie par le collectif français ne vont pas dans le sens des prêtres de l’ultra libéralisme.

« L’envolée de la dette grecque avant la crise est largement imputable à des taux d’intérêt extravagants, entre 1988 et 2000, et à une baisse des recettes publiques provoquée par des cadeaux et des amnisties fiscales à partir de 2000 », affirme ainsi le rapport du collectif.

« Sans ces dérapages, elle n’aurait représenté que quarante-cinq pour cent du PIB en 2007 au lieu de cent trois pour cent. On peut en conclure que cinquante-six pour cent de la dette grecque acquise avant la crise était illégitime ». C’est net et sans bavure.

Les demandes du gouvernement grec d’un audit de la dette ont déjà reçu leur première réponse en forme de pavé dans la mare pour les tenants de l’orthodoxie libérale. Il faut dire que le Collectif pour un Audit Citoyen (CAC) de la dette publique, composé de membres des économistes atterrés, d’ATTAC et d’autres penseurs critiques de la doxa libérale, n’en est pas à son coup d’essai. L’an dernier déjà, le même collectif français avait produit un travail sur la dette de la France en utilisant les mêmes méthodes que pour la présente note. À l’époque déjà, nous apprenions que cinquante-neuf pour cent de la dette publique française n’était pas légitime.

Quelles sont les raisons de ce bond de la dette grecque ?

Pour le problème grec, l’idée était simple, remonter concrètement aux sources de la dette. Car s’il est admis que l’explosion de la dette publique hellène, aujourd’hui de cent soixante-quinze pour cent du Produit Intérieur Brut (PIB), est principalement liée aux politiques d’austérité menées à marche forcée par la troïka du Fonds Monétaire International (FMI), de la Banque Centrale Européenne (BCE) et de la commission européenne, il ne faut pas oublier que cette même dette culminait déjà à cent trois pour cent du PIB en 2007, à l’aube de la crise financière.

« Selon la vulgate économique et médiatique ordinaire, les déficits publics proviendraient d’une administration pléthorique, sept pour cent du PIB contre trois pour cent en Europe, et d’une difficulté à lever l’impôt et à maîtriser les dépenses », rappelle ainsi l’économiste Michel Husson, l’un des principaux contributeurs de cette note qui se plaît à prendre le contre-pied de ce chant funèbre. Basé sur l’étude approfondie des comptes nationaux de la Grèce et révisé par Eurostat, le rapport du CAC offre de nouveaux arguments et pose de nouvelles questions. Comment, en effet, la dette d’un pays peut-elle passer de vingt pour cent du PIB en 1980 à cent trois pour cent du PIB au début des années 2000, soit huit ans avant la crise financière ?

La réponse du collectif est limpide, « malgré une forte hausse de la fiscalité dans les années 1990, l’envolée de la dette grecque avant la crise est largement imputable à des taux d’intérêt extravagants, entre 1988 et 2000, et à une baisse des recettes publiques provoquée par des cadeaux et des amnisties fiscales à partir de 2000 », affirme ainsi le rapport du CAC, concluant dans la foulée que cinquante-six pour cent de la dette grecque était illégitime. Et pour cause, les taux d’intérêt, en moyenne douze à treize pour cent dans une période située entre 1980 et 1993, ont fait bondir de soixante-dix points la dette du pays. Dans cette même période, l’étude du CAC fait observer que les intérêts contribuaient pour cinquante-sept pour cent à l’accroissement de la dette, une proportion qui atteint même soixante-cinq pour cent entre 1988 et 1993. « Ce poids des intérêts correspond en grande partie à l’effet boule de neige qui se déclenche quand le taux d’intérêt est plus élevé que le taux de croissance du PIB », précise Michel Husson.

Mais alors quelles sont les raisons de ce bond de la dette grecque dans les années 1980 et 1990 ? Thomas Coutrot, membre des économistes atterrés et coprésident d’ATTAC, met en avant le rôle néfaste des marchés financiers et des banques. « La crise monétaire du début des années 1990, beaucoup de pays se préparaient alors à entrer dans l’euro, est la cause principale de ce bond de la dette grecque », explique l’économiste à l’Humanité. « La spéculation sur les monnaies européennes a eu un effet désastreux. Et trente ans plus tard on continue de payer cher cette crise spéculative qui représente environ trente pour cent de la dette actuelle de la Grèce. Ce qui est d’ailleurs aussi valable pour la France ». Pour bien cerner l’ampleur des dégâts, le texte montre quel devrait être le montant « normal » de la dette grecque, en prenant pour référence un taux d’intérêt réel ne dépassant pas trois pour cent. Les chiffres parlent d’eux-mêmes, « si le taux d’intérêt de la dette n’avait pas dérapé entre 1988 et 2000, le ratio entre la dette et le PIB aurait été, en 2007, de soixante-quatre pour cent au lieu de cent trois pour cent, soit un différentiel de trente-neuf pour cent de PIB. » Autrement dit, une moyenne de quatre points de moins par an.

Mais ce n’est pas tout, outre l’effet boule de neige provoqué par des taux d’intérêt iniques, la Grèce est aussi victime d’un manque cruel de recettes depuis l’entrée du pays dans la zone euro. « Les recettes publiques, toujours en proportion du PIB, ont commencé à baisser aussi vite qu’elles avaient monté. Puis, à partir de 2005, la remontée des dépenses a été accompagnée d’une progression concomitante », constate Michel Husson. Si les recettes publiques n’avaient pas baissé à partir de 2000, la dette publique grecque aurait représenté quatre-vingt-six pour cent du PIB au lieu de cent trois pour cent, soit un écart de dix-sept pour cent du PIB.

Les chiffres ne mentent pas, n’en déplaise à Angela Merkel

Conclusion, si les taux d’intérêt imposés à la Grèce étaient restés raisonnables, autour de trois pour cent, et que le maintien des recettes avait été assuré par les politiques, alors la dette grecque n’aurait représenté que quarante-cinq pour cent du PIB au lieu de cent trois pour cent du PIB, soit un écart de cinquante-huit pour cent du PIB. Les chiffres ne mentent pas. Et n’en déplaise à Angela Merkel, la fainéantise prêtée par les populistes aux grecs n’a décidément rien à voir avec la dette qu’on leur demande de payer aujourd’hui.

Alexis Tsipras veut faire payer Berlin. Le bras de fer se poursuit. Mardi 10 Mars 2015, devant le parlement grec, le premier ministre Alexis Tsipras annonçait sa volonté de mettre sur pied une commission sur les réparations allemandes dues en raison de l’occupation.

« L’Allemagne, malgré les crimes du Troisième Reich, a bénéficié, avec raison, d’une série de soutiens. La plus importante d’entre elles a été la restructuration des dettes de la seconde guerre mondiale avec le traité de Londres de 1953 », a-t-il asséné. Le ministre de la justice, Nikos Paraskevopoulos, s’est, quant à lui, dit prêt à saisir des biens immobiliers allemands afin de garantir le remboursement.

Repost 0
Published by FISCHER
commenter cet article
16 mars 2015 1 16 /03 /mars /2015 21:59

http://www.lemonde.fr/europe/article/2015/03/14/l-europe-s-inquiete-d-un-grexit-par-accident_4593538_3214.html

L’Europe s’inquiète d’un « Grexit » par accident

Par Cécile Ducourtieux, correspondante du Monde à Bruxelles, et Frédéric Lemaître, correspondant du Monde à Berlin

Lundi 16 Mars 2015

Et si la Grèce sortait de la zone euro « par accident », à la suite d’une faillite incontrôlée ?

L’hypothèse d’un « Grexident », échafaudée dès la mi-février par les experts de l’Institut Notre Europe-Jacques Delors, gagne chaque jour un peu plus de crédibilité, en raison du blocage persistant entre le gouvernement grec et ses créanciers de la zone euro. Jeudi 12 Mars 2015, en déplacement en Autriche, Wolfgang Schäuble, le ministre allemand des finances, ne l’a pas écartée. « Dans la mesure où la Grèce, seule, a la responsabilité et la possibilité de décider ce qui se passe, et comme nous ne savons pas exactement ce que les responsables grecs font, nous ne pouvons pas l’exclure », a-t-il déclaré dans un entretien télévisé.

Manifestement, le ministre des finances n’avait aucune envie de montrer la moindre empathie avec les dirigeants grecs. Avant de répondre à cette question, il en avait éludé trois autres qui sont pourtant essentielles. Il a refusé de dire s’il faisait partie des quatre-vingt-deux pour cent d’allemands qui pensent que le gouvernement grec ne va pas réaliser les réformes annoncées pour faire des économies, ou des quatorze pour cent qui pensent le contraire. Il n’a pas non plus voulu dire « s’il y a une autre possibilité qu’une faillite de la Grèce fin avril 2015 ».

Enfin, il n’a pas voulu commenter les propos d’un dirigeant de l’union chrétienne sociale bavaroise (CSU) selon lesquels le retour de la drachme serait la meilleure des solutions pour Athènes.

Que Wolfgang Schäuble n’ait à aucun moment indiqué qu’il faisait confiance au gouvernement grec pour résoudre la crise actuelle en dit long sur son exaspération, la tension étant à son comble entre Berlin et Athènes. Le premier ministre Alexis Tsipras a insisté cette semaine sur les réparations de guerre que l’Allemagne devrait payer, selon lui, à la Grèce.

Quant à l’ambassadeur grec à Berlin, il s’est plaint officiellement que Wolfgang Schäuble ait pu qualifier son homologue grec, Yanis Varoufakis, de « naïf ».

Désormais, nombre d’allemands ont l’impression d’être devenus les boucs émissaires de la gauche radicale au pouvoir à Athènes et pensent qu’il vaut mieux laisser la Grèce sortir de l’euro. Selon un sondage réalisé du 10 au 12 mars 2015 pour la chaîne de télévision ZDF, quarante-sept pour cent des allemands pensent que cela n’affecterait pas beaucoup l’économie allemande et onze pour cent sont même d’avis que cela n’aurait aucun impact. Du coup, quatre-vingt pour cent des allemands estiment que la Grèce ne doit pas recevoir d’aide supplémentaire si elle ne fait pas les efforts annoncés.

Photographie précise

Si le scénario du « Grexident » monte à nouveau, c’est parce que l’accord obtenu lors de l’Euro-groupe du 24 février 2015 n’a en réalité rien réglé. Il a juste été acté, par les dix-neuf ministres des finances concernés, qu’Athènes s’engageait à respecter les termes du deuxième plan d’aide au pays. Le gouvernement d’Alexis Tsipras a affirmé qu’il allait négocier une liste de réformes, attendues par ses créanciers. Ce n’est qu’une fois que cette liste aura été agréée que la dernière tranche de prêts du deuxième plan d’aide, sept milliards deux cent millions d’euros, sera déboursée.

Pour boucler la négociation de ces réformes, les créanciers du pays, la Banque Centrale Européenne (BCE), le Fonds Monétaire International (FMI) et l’Union Européenne, veulent une photographie précise des finances grecques. Et aussi, que le gouvernement d’Alexis Tsipras chiffre précisément ses propositions de réformes. Or, ce travail concret n’a vraiment commencé, sur le terrain, que Jeudi 12 Mars 2015. Et il va prendre plusieurs semaines.

La Grèce pourra-t-elle, dans l’intervalle, faire face à toutes ses échéances de remboursement ?

La question inquiète de plus en plus. Athènes doit régler environ six milliards d’euros de remboursements de prêts en mars 2015, dont un milliard cinq cent millions au FMI. Or, elle a dégagé en janvier 2015 un excédent primaire, hors charge de la dette, d’un milliard deux cent quarante-trois millions d’euros, contre deux milliards soixante-trois millions d’euros sur la même période un an plus tôt.

Un « Grexident » ne serait pas pour déplaire, selon plusieurs sources bruxelloises haut placées, à certains conservateurs européens, qui disent n’avoir plus confiance dans le gouvernement d’Alexis Tsipras, à peine deux mois après son arrivée au pouvoir. Confronté à ce risque, le président de l’Euro-groupe, le social-démocrate néerlandais Jeroen Dijsselbloem, a une position jusqu’à présent très claire, « la place de la Grèce est dans la zone euro ». D’où ces propos tenus sur une chaîne de télévision néerlandaise, Vendredi 13 Mars 2015, « nous devons maintenant tous avoir une attitude constructive et essayer d’achever le programme avec la Grèce ».

Conséquences considérables

Le président de la commission européenne, Jean Claude Juncker, défend lui aussi sans ambiguïté le maintien de la Grèce dans la zone euro. Il veut tout faire pour éviter une sortie qui aurait des conséquences négatives considérables pour l’union monétaire. C’est bien pour éviter cette issue que Jean Claude Juncker a demandé à Alexis Tsipras, lors de leur entretien à Bruxelles Vendredi 13 Mars 2015, que les pourparlers sortent enfin de l’impasse.

Si Athènes donnait un signal sans ambiguïté de sa volonté d’avancer, alors peut-être, comme l’a laissé entendre Jeroen Dijsselbloem il y a quelques jours, la possibilité d’un versement par anticipation des prêts restants pour la Grèce pourrait être discutée. A condition, cependant, que Berlin se persuade enfin de l’engagement réel des grecs, ce qui est loin d’être gagné.

Repost 0
Published by FISCHER
commenter cet article
16 mars 2015 1 16 /03 /mars /2015 21:00

http://www.npa2009.org/idees/essai-la-guerre-despagne-revolution-et-contre-revolution-1934-1939-burnett-bolloten

« Révolution et contre révolution en Espagne, de 1934 à 1939 »

Par Burnett Bolloten

Samedi 28 Février 2015

Somme sur la révolution espagnole, l’ouvrage de Burnett Bolloten ne raconte pas à proprement parler ce que fut la guerre, mais ce que furent les enjeux de la révolution dans cette guerre.

Comme dans les coulisses des forces qui misaient sur une révolution sociale sans commune mesure, tant elle sapait les fondements de la société bourgeoise, ce monument est fort bien organisé à partir de milliers de documents provenant de la presse. Son auteur oblige les documents, qui proviennent des multiples camps engagés, à parler, « deux cent titres différents » nous dit celui qui s’est trouvé plongé dans l’Espagne en guerre durant ses vacances de 1936.

Ce qu’il soulève avec force preuves est cette formidable duplicité des forces communistes inféodées au Kominterm. L’ouvrage y revient fréquemment, montrant les errements et le refus de prendre le pouvoir par une des forces les plus importantes du pays, les anarchistes. Le conflit ibérique fut la seule expérience où pourtant l’on vit des ministres anarchistes à leur tour contestés par leur base.

Le récit des événements de mai 1937 à Barcelone, qui précipitent le coup de main stalinien sur le conflit, comporte des passages savoureux. Les journaux rouges sont à la manœuvre pour débusquer les traîtres, « l’Humanité parle de putsch hitlérien et la Pravda toujours aussi éloignée de son propre nom présente le conflit comme un putsch trotsko-fasciste ». Ailleurs on évoqua une révolution anarchiste authentique et la presse nationaliste décrit, elle, une révolte anarchiste contre le gouvernement.

Accumulation de preuves

Ces journées racontées par Georges Orwell, qui fut alors compagnon du Poum (trotskiste), sont au centre de nombreuses interprétations. « La construction de ses barricades fut un spectacle étrange et admirable » écrit-il. Même chez les anarchistes, on ne se rend pas compte du complot qui se trame contre le Poum. D’après Léon Trotski, c’est à ce moment-là que tout se joue en Espagne. D’après le stratège poursuivi par Joseph Staline, « si le prolétariat s’était emparé du pouvoir en mai 1937, il aurait trouvé un soutien dans l’Espagne entière ». Oui, mais voilà les anarchistes, millénaristes, n’ont jamais voulu prendre ce pouvoir qu’ils tenaient au bout de leur fusil. Sauf quand ils sont pris en otage dans le gouvernement de Largo Caballero et servent à la fuite du gouvernement de Madrid à Valence. D’après le leader de l’UGT, Largo Caballero, « le Lénine espagnol », les anarchistes espéraient qu’il devienne président d’un état anarcho-syndicaliste.

Burnett Bolloten lui-même raconte comment il avait adopté dès le début le point de vue communiste, en tant que correspondant de l’agence United Press. L’avantage qu’il prend contre ses détracteurs réside dans l’accumulation de preuves venues du camp communiste. Le temps a passé et les langues se sont déliées.

Longtemps il fut difficile pour les « camarades communistes » de participer activement et sincèrement à la guerre d’Espagne, tout en étant le jouet d’une puissance qui ne voulait que leur perte, l’URSS. Des militants communistes détruisaient les fermes collectives et abattaient des compagnons de la CNT comme de l’UGT, désignés comme traîtres par le NKVD.

Enrique Lister qui expliqua que « les anarchistes avaient institué une véritable dictature du prolétariat » fut l’un de ceux-là. Un comble pour un prosélyte du pouvoir stalinien. Ralph Bates pensait ingénument que la politique du parti communiste était erronée. Un autre militant communiste avouait que dans la province de Tolède, quatre-vingt-trois pour cent des paysans avaient choisi de cultiver collectivement les terres.

« La défaite n’est pas toujours un échec. L’avenir n’appartient pas toujours au vainqueur. Nous ne jouons jamais notre dernière carte », écrivait l’anarchiste Issac Puente.

Repost 0
Published by FISCHER
commenter cet article
16 mars 2015 1 16 /03 /mars /2015 20:42

http://www.liberonsgeorges.over-blog.com/2015/02/jusqu-a-quand.html

Jusqu’à quand ?

Jeudi 26 Février 2015, la chambre d'application des peines de la cour d'appel de Paris a rejeté l’appel formé par Georges Ibrahim Abdallah après le refus, le 5 novembre 2014, de sa dernière demande de libération par le tribunal d’application des peines.

Celui-ci avait déclaré « irrecevable » la demande de Georges Ibrahim Abdallah, au motif qu’il n'avait pas fait préalablement l'objet d'un arrêté d'expulsion. Le tribunal avait également rejeté la demande d’effectuer une année probatoire, préalable à une libération, dans un établissement pénitentiaire plutôt qu'en régime de semi-liberté ou sous surveillance électronique, sous prétexte que Georges Abdallah n'avait pas présenté de « projet » à l'appui de sa demande.

La cour d’appel ne s’est pas contentée de déclarer une nouvelle fois la demande irrecevable en raison de l’absence d’une mesure d’éloignement du territoire français, elle a ajouté cette fois que Georges Abdallah « ne regrettait pas les actes pour lesquels il avait été condamné ».

Georges Abdallah a immédiatement formé un pourvoi en cassation.

Ce simulacre de justice confirme une fois de plus le régime d’exception appliqué à Georges Ibrahim Abdallah depuis trente ans. Mais la décision de la cour d’appel se révèle aujourd’hui, comme l’a expliqué son avocat, Jean-Louis Chalanset, « très régressive », puisqu’à deux reprises, en 2003 et lors de sa précédente demande en 2012, la justice avait décidé en première instance la libération de Georges Ibrahim Abdallah.

« L’atteinte à la séparation des pouvoirs » dénoncée par son avocat est maintenant flagrante et confirme que le maintien en prison de Georges Abdallah est une décision politique de l’état français. Enfin, cet esprit de vengeance continue traduit de nouveau la complicité de l’impérialisme français avec l’état sioniste et les États-Unis.

Georges Ibrahim Abdallah reste un militant communiste, anti impérialiste et anti sioniste, il demeure un résistant qui n’a ni regrets ni remords à exprimer pour le combat qu’il a toujours mené et continuera de mener pour la justice et la liberté, aux côtés des peuples opprimés, particulièrement le peuple palestinien.

En France, au Liban, son pays, à Tunis ou à Athènes, et jusqu’en Argentine, de plus en plus de voix s’élèvent dans le monde pour condamner la France et soutenir la cause de Georges Ibrahim Abdallah. Tous ensemble, nous resterons mobilisés pour lui exprimer notre solidarité, jusqu’à sa libération et son retour au Liban.

Collectif pour la Libération de Georges Ibrahim Abdallah (CLGIA)

Repost 0
Published by FISCHER
commenter cet article
16 mars 2015 1 16 /03 /mars /2015 20:22

http://www.slate.fr/story/98605/grece-aristidis-baltas-ministre-philosophe

En Grèce, les premiers pas d’Aristidis Baltas, le ministre philosophe

Par Marina Rafenberg

Mercredi 4 Mars 2015

Le philosophe grec Aristídis Baltás est ministre de l’éducation et de la culture du gouvernement d’Alexis Tsipras. Pendant une journée, nous avons suivi cet intellectuel désormais confronté à la réalité du pouvoir.

A soixante-douze ans, Aristidis Baltas est un jeune ministre de l’éducation, de la culture, de la religion et du sport. A la tête d’un « super ministère » dont dépendent trois secrétaires d’état, le professeur de philosophie des sciences s’est retrouvé du jour au lendemain à ce poste, sans expérience gouvernementale. Comme lui, douze autres universitaires composent le gouvernement d’Alexis Tsipras, du jamais vu en Grèce, et même en Europe. Comment s’adapte-t-on au pouvoir quand on est un philosophe de gauche ?

De l’amphithéâtre au bureau de ministre, certaines habitudes ne changent pas, un verre d’espresso freddo, une cigarette à la main, Aristídis Baltás revient d’une rencontre matinale avec les recteurs des universités techniques. Depuis son entrée en fonction fin janvier 2015, son quotidien a pourtant été « bouleversé, les nuits sont courtes, je ne vois plus mes proches et mes amis, je ne suis plus monsieur le professeur mais monsieur le ministre », résume-t-il avant d’ajouter en plaisantant, « j’ai même perdu six kilos. Mais ce n’est pas plus mal ».

Après avoir traversé les dédales du ministère de l’éducation, un bâtiment de trois étages blotti entre un centre commercial et un stade olympique, l’ancien professeur s’installe à son nouveau pupitre. Il étudie les dossiers de la journée avec ses conseillers.

« Je dois jongler avec des sujets très différents, m’informer sur toutes les problématiques que regroupent mon grand ministère et m’adapter très vite à mes nouvelles responsabilités ».

Heureusement à son arrivée au ministère, il a bénéficié de l’expertise d’anciens employés qui connaissent les rouages politiques. « Mes collaborateurs les plus proches sont par contre des gens du parti. C’est une question de confiance », précise-t-il tout en signant une série de papiers administratifs. « Mais cela ne veut pas dire que nous plaçons nos amis », renchérit-il.

Dès sa prise de fonction, le nouveau ministre a découvert des documents sur des procès en cours, des gabegies dans le ministère, des pistons et des mécanismes clientélistes mis en place par les précédents gouvernements. Lors de son discours inaugural au parlement, il avait même dénoncé, « certaines personnes ont voulu nous approcher pour mettre en place des réseaux de recrutements et faire fonctionner des pistons. Notre réponse est que quand nous deviendrons le Pasok, nous vous tiendrons au courant ».

De l’opposition au gouvernement

La majorité des ministres choisis par le premier ministre Alexis Tsipras n’ont pas d’expérience de gouvernement. Pendant la campagne électorale, cette critique a souvent été avancée par leurs adversaires politiques qui taxaient le parti de la gauche radicale d’amateurisme. Est-ce un problème, un gouvernement de novices ? « Non. Nous apprenons très vite, nous avons une grande conviction politique et pas de casseroles derrière nous contrairement aux autres partis politiques », rétorque le ministre tout en lisant ses emails sur son smartphone.

Aristídis Baltás a jusqu’à maintenant toujours été dans l’opposition. En 1967, le jeune homme, alors à la tête d’un syndicat étudiant à l’école polytechnique d’Athènes, est emprisonné par le régime des colonels pour ses activités de « gauchiste ». Peu après mai 1968, il étudie la physique théorique à Paris et revient en 1973 en Grèce au moment du soulèvement étudiant contre la dictature des colonels. Alors que ses amis de la révolte étudiante ont été nombreux à rejoindre les rangs du Pasok, lui est toujours resté sur la même ligne idéologique. Militant avec le parti communiste, puis membre actif au Synaspismos, un petit parti de gauche qui donnera naissance à Syriza, il est le président de l’institut Nicos Poulantzas, un think thank de la gauche radicale. En somme, il a attendu toute sa vie une victoire de la gauche radicale.

« A soixante-douze ans, pourquoi devenir ministre ? C’est un challenge et la preuve qu’il ne faut pas renoncer à ses idéaux. Tu ne fais pas ce métier pour toi, mais pour ton pays. C’est ce qui me donne la force d’assumer ce poste dans un contexte très difficile ».

Car il l’admet qu'être au gouvernement ou dans l’opposition ne présente pas les mêmes enjeux, « alors que tes idées restent les mêmes, une fois au pouvoir, tu réalises qu’elles ne sont pas toutes réalisables immédiatement. Des tas de problèmes que tu n’avais pas envisagés arrivent à toute vitesse et entravent la mise en place de tes projets », explique-t-il avant de s’entretenir avec le représentant syndical des documentalistes grecs.

Une priorité, la lutte contre la crise humanitaire

La première difficulté pour Aristídis Baltás est de relever le défi de la contrainte budgétaire.

Tant que les caisses de l’état grec ne seront pas renflouées, ses ambitions ne pourront qu’être limitées.

« Nous avons réduit de cinquante pour cent le budget de fonctionnement du ministère, en supprimant notamment les voitures de fonction et en réduisant le nombre de conseillers, pour allouer cette somme non utilisée à des mesures urgentes ».

Sa priorité, comme celle de tout le gouvernement d’Alexis Tsipras, est la lutte contre la crise humanitaire. Une de ses trois secrétaires reçoit en permanence des coups de fils à ce sujet.

« C’est un parent d’élève qui me racontait que la maîtresse de sa fille est absente depuis six semaines et qu’il n’y a aucun remplacement de prévu », soupire la secrétaire. « Nous ne pouvons pas répondre à toutes les demandes ».

Au parlement, il y a quelques jours, Aristídis Baltás affirmait que « le système éducatif est le grand malade dans notre pays. La politique pour l’éducation doit commencer par faire face à la catastrophe humanitaire ».

D’après ses déclarations, les fonctionnaires mis en disponibilité pendant la crise vont être affectés à des écoles manquant de personnel, les concierges des écoles licenciés vont être réembauchés, l’électricité et le chauffage seront rétablis dans toutes les structures scolaires et les problèmes de salubrité dans certaines universités vont être rapidement réglés.

14 heures passées, le ministre n’a toujours pas déjeuné, il file à une réunion sur la question de l’université populaire. Autre projet qui le tient à cœur, celui des écoles et des universités ouvertes. Selon lui, elles doivent être des lieux de vie pour les quartiers où la culture, l’échange et le débat s’invitent à tous les étages. Les mouvements citoyens nés avec la crise doivent continuer leurs actions et dialoguer avec le nouveau gouvernement pour mettre en place des projets novateurs.

Le ministre enfile une veste noire sur sa chemise rose pâle, sans cravate bien entendu. La chaîne de télévision allemande ARD vient l’interviewer dans son grand bureau, le parquet y est recouvert de tapis orientaux et les murs de tableaux de maîtres. La journaliste s’intéresse particulièrement à la question de la séparation de l’église et de l’état, une promesse de campagne de Syriza. « La religion orthodoxe est omniprésente dans le quotidien des grecs. La relation entre l’église et l’état est très complexe. Notre but est d’arriver à une séparation, mais ce n’est pas réalisable dans l’immédiat », répond le ministre. Les mots sont utilisés avec précaution, il ne faut aucun dérapage et son conseiller en communication observe la scène avec attention.

Quelques jours auparavant, Aristídis Baltás a été l’objet de nombreuses attaques pour une petite phrase lancée un peu rapidement. « L’excellence est une stigmatisation », avait-il déclaré en suggérant la suppression des examens à l’entrée de certaines écoles dites « d’excellence ». Pour lui, c’est à l’école de rendre un élève excellent et il ne faut pas faire des écoles élitistes constituées que d’élèves excellents. Mais après l’émoi suscité par ces propos, rétropédalage, les examens seront maintenus. « Quelques fois, je parle trop à la presse, d’autres fois pas assez, mais je commence à comprendre tout doucement son fonctionnement », avoue l’apprenti en communication politique.

Et la philosophie, monsieur le ministre ?

Enfin, le ministre avale un toast à toute vitesse, avec un énième café. Il s’apprête à partir pour le congrès des syndicats du personnel enseignant, en taxi et sans garde du corps. « Les agents de sécurité sont un peu perdus avec les nouveaux ministres. Ils n’ont plus autant de travail, nous ne ressentons pas le besoin d’être protégés », sourit-il tout en se dirigeant vers l’ascenseur.

A 19 heures 30, l’attend ensuite le conseil des ministres à l’autre bout d’Athènes.

Et la philosophie dans tout ça, lecteur assidu de Gaston Bachelard, de Louis Althusser, de Karl Popper ou encore de Paul Feyerabend, Aristídis Baltás assure « qu’être confronté à la philosophie quotidiennement m’a préparé au plus profond de moi aux exigences du pouvoir. Elle me permet de comprendre, d’individualiser et de hiérarchiser les problèmes, mais aussi d’avoir des idées claires, de développer mes arguments, de me préparer à l’inattendu ou encore de prendre du recul sur certains événements ».

Le professeur d’épistémologie, récompensé par de nombreux prix, a même été faire un cours à l’école polytechnique après avoir été nommé ministre.

« Je ne veux pas perdre le contact avec le monde universitaire. Le pari est bien de ne pas être emporté par la quotidienneté et les obligations et de ne pas se couper de la société ».

Vendredi soir, après le conseil des ministres, Aristídis Baltás songeait déjà au message à adresser, lors du congrès du parti le week-end, aux frondeurs qui dénoncent l’accord trouvé avec l’Euro-groupe.

« Laissons au gouvernement la chance d’écrire une nouvelle page de l’histoire. Il serait dommage qu’elle soit gâchée par Syriza lui-même. Les plus grandes victoires sont toujours accompagnées de compromis », a-t-il finalement clamé à la tribune. « La phrase la plus sage du week-end », dira un commentateur radio, logique pour un philosophe.

Repost 0
Published by FISCHER
commenter cet article
15 mars 2015 7 15 /03 /mars /2015 18:58

http://www.humanite.fr/stavros-stavrides-de-syntagma-syriza-la-grece-est-devenue-une-societe-en-mouvement-567631?IdTis=XTC-FT08-APE5TR-DD-DLH85-DVKN

De Syntagma à Syriza, la Grèce est devenue une société en mouvement

Interview de Stavros Stavrides par Thomas Lemahieu

Vendredi 6 Mars 2015

Selon Stavros Stavrides, « ce qui se passe en Grèce est une chance pour les peuples européens de réclamer plus de démocratie ».

Pilier en 2011 du mouvement d’occupation de la place Syntagma, le professeur d’architecture à l’université d’Athènes décrit le terreau de mouvements sociaux et d’initiatives de solidarité qui a conduit à la victoire électorale de la gauche anti-austéritaire en Grèce, le 25 janvier 2015. C’est l’occasion aussi pour lui de lancer un appel aux intellectuels français.

Thomas Lemahieu. Vous avez participé très activement à la longue occupation de la place Syntagma devant le parlement, à Athènes, à l’été 2011. En quoi ce mouvement, en écho aux indignados à la Puerta del Sol à Madrid et aux printemps arabes, a-t-il pu jouer dans la victoire électorale de Syriza, le 25 janvier 2015 ?

Stavros Stavrides. Il faut d’abord se rappeler la surprise qu’a été l’occupation de Syntagma. Personne ne s’y attendait. Je me souviens toujours de cette affiche sur la Puerta del Sol, « personne n’avait prévu la révolution espagnole ». C’était inattendu, pas parce que c’était impossible, mais parce que ce n’était pas dans l’horizon de la gauche et des mouvements sociaux, qui demeurent très obnubilés par l’imaginaire de l’avant-garde, « si nous ne planifions pas le mouvement, il ne peut pas survenir », considère-t-on d’habitude. Là, cela a été l’initiative de gens, disons, ordinaires qui, à travers les réseaux sociaux, avaient décidé de se retrouver sur la place pour exprimer leur indignation. En reprenant la terminologie classique de la gauche, on dira que c’était un mouvement spontané. Mais qu’est-ce qu’être spontané, en fait ? Rien n’est spontané. Nous sommes traversés d’expériences, nous avons une histoire. Cela n’avait pas été organisé par un parti ou un syndicat, mais c’était un tissu de sentiments et d’émotions populaires. Donc, c’était peut-être spontané, mais c’était surtout nécessaire. L’occupation de Syntagma a été la première occasion pour les citoyens, pour le peuple, de réussir à rester sur place, de tenir bon, de créer leurs propres formes de participation et de reparler de la démocratie. Et ainsi, de dépasser la peur. C’est l’une des raisons qui a conduit au vote de janvier 2015, ensuite.

Thomas Lemahieu. Dans cet élan, derrière les protestations contre l’étau austéritaire, il y avait aussi une volonté affirmative.

Stavros Stavrides. Une dimension décisive de cette mobilisation, c’est la dignité. Les gens ne se mobilisent pas simplement quand ils ont faim. Le sentiment d’humiliation a été déterminant en Grèce, et il le demeure aujourd’hui. À l’époque de Syntagma, et cela demeure toujours, ce sentiment a rassemblé des gens très différents. Si quelqu’un porte un drapeau grec et dit « s’il vous plaît, ne vendez pas mon pays », je le respecte. Il n’est pas nationaliste, il peut le devenir si nous laissons la droite et l’extrême droite le travailler au corps et le transformer en fasciste. Évidemment, nous sommes plutôt réservés sur les nations et sur les identités. Mais on doit partir du peuple réellement existant, et pas d’un peuple imaginaire. Si quelqu’un se rebelle pour dénoncer le fait que l’on vend son pays, essayons de comprendre cette colère et de l’orienter vers une aspiration au changement social. Tous les électeurs de Syriza, le 25 janvier, ne sont pas de gauche. Syriza le sait. Pour le moment, les citoyens ont confiance dans sa capacité à dire, « non, trop, c’est trop ».

Thomas Lemahieu. Quel rôle a joué Syriza, justement, dans le mouvement ?

Stavros Stavrides. En tant que parti, Syriza n’a pas pris part à l’initiative au début. Ils éprouvaient une certaine gêne face aux slogans antiparlementaires. C’était pourtant justifié à mes yeux à l’époque, comment respecter un parlement qui, en fait, ne représentait plus personne en appliquant docilement les consignes de la troïka ? Dans Syriza, ils étaient un peu sceptiques, mais il faut être juste, ils ont été les seuls impliqués sur la place Syntagma. Ce n’était pas le parti en tant que tel, mais des militants et même des députés ont rejoint le mouvement. Manolis Glezos, par exemple, a pris part à l’occupation.

Thomas Lemahieu. Entre 2011 et 2015, l’esprit de Syntagma a-t-il perduré ?

Stavros Stavrides. L’esprit demeure complètement. Il s’est déplacé vers des initiatives dans les quartiers et dans les villes, des cuisines collectives, des centres de santé ouverts à tous, des réseaux de vente directe et des coopératives. Cela ne s’est pas limité qu’à Athènes, cela s’est répandu dans beaucoup d’endroits du pays. C’est devenu très emblématique de formes alternatives et solidaires de vie. Ces changements n’ont pas fait la une des journaux, mais ils ont joué en profondeur. Pendant l’expérience de Syntagma, mais aussi après, beaucoup d’entre nous ont été capables d’inventer et d’expérimenter des conditions d’existence diverses et des relations différentes. Ils ne les ont pas forcément imaginées à partir d’une idéologie, mais à partir des besoins, tout le monde essaie de survivre et, dans ce cadre-là, la solidarité est décisive, pas simplement parce qu’elle est bonne et généreuse, mais d’abord parce que c’est quelque chose qui peut nous sauver, nous et les autres. Cette « société en mouvement », je reprends cette expression d’un intellectuel latino-américain, Raúl Zibechi, ne s’exprime pas forcément en « mouvements » ou en « luttes » au sens où nous l’entendons traditionnellement, mais dans des initiatives, dans des votes et dans des actions de solidarité. Quelques étudiants de mon université, par exemple, ont décidé de créer une équipe pour aider tous les candidats qui voudraient entrer à l’école d’architecture mais qui ne peuvent pas payer les leçons pour apprendre le dessin. Or, c’est indispensable de savoir dessiner avant d’y entrer car, durant les études, vous ne pouvez pas acquérir cette compétence. Nos étudiants leur apprennent bénévolement. Cela peut paraître dérisoire, mais cela montre un changement de mentalité, alors qu’ils arrivent dans la vie active sans protection, ni droits, qu’on leur apprend un métier pour lequel il n’y a plus de débouchés, la crise a stoppé net la construction, ces jeunes, membres d’une génération sacrifiée, sortent de l’individualisme et de l’hédonisme.

Thomas Lemahieu. Vous parliez de « l’humiliation » comme un des ressorts de la mobilisation de 2011, puis du vote pour la formation Syriza en 2015. Comment ce sentiment, qui peut également être destructeur, a-t-il été canalisé ?

Stavros Stavrides. Quand les zapatistes ont commencé leur insurrection, ils n’avaient qu’un mot à la bouche, la dignité. Ils avaient été humiliés par le pouvoir colonial au début, puis par les élites locales qui ne considéraient pas les indigènes comme faisant partie du peuple. Le sentiment d’humiliation, ce déni de dignité, a été un élément clé dans l’insurrection zapatiste. Bien sûr qu’il vaut mieux que ce sentiment soit transformé en désir de se libérer, de créer son propre monde, ses propres valeurs et son propre sens. Attention, bien sûr car, si nous connaissons les zapatistes, nous connaissons aussi ce qui est arrivé en Allemagne pendant la république de Weimar, le peuple avait été très humilié par les accords après la première guerre mondiale et cela a servi de ressort à la propagande nazie. Si vous humiliez un peuple et s’il n’existe pas de forces positives pour transformer ce sentiment en acte de résistance et de prise de pouvoir, vous risquez de tomber dans le fascisme. Or, je suis à peu près sûr que les élites européennes s’en fichent. Elles pourraient même s’en satisfaire.

Thomas Lemahieu. Ce qui se joue ces jours-ci à Bruxelles est décisif.

Stavros Stavrides. Après les discussions à l’Euro-groupe, on ne peut pas parler d’un accord, certains termes ont été acceptés, mais l’essentiel, tout ce qui pourrait changer la donne, a été renvoyé à plus tard. Il y a des éléments qui font espérer. Les négociateurs de Syriza n’ont pas dit, « OK, faites ce que vous voulez ». Ils ont la volonté de se battre, c’est sûr. Après, j’apprécie moins qu’ils essaient de présenter la chose pour ce qu’elle n’est pas, eux aussi. Ils ne devraient pas dire que « c’est la fin de l’austérité ». C’est faux. Ils pourraient dire plutôt ? « OK, les gars, on était à dix-huit contre un, voici ce qu’on a réussi à sauver, le combat continue. À bas la troïka, à bas le mémorandum, allons-y ». Tout le monde sait qu’en cas d’échec, les prochains, ce sont les néonazis d’Aube Dorée, c’est très malheureux, mais c’est presque sûr. J’ai voté pour Syriza, je n’en suis pas membre, mais nous devons, et je m’inclus dedans, maintenir l’espoir chez les citoyens. Tout ce qui peut être dit dans la période a un impact énorme. Nous avons tous une responsabilité. On ne peut pas clamer, « je vous l’avais bien dit, ils trahissent, ils vont négocier ». Tant qu’on attend le grand soir, personne ne risque de trahir. Mais qu’est-ce qu’on attend, au fond, la dévastation totale ? Mais, messieurs les prophètes des avant-gardes, vous pensez sérieusement que la dévastation totale peut produire des mouvements ? A-t-on des exemples ? Les intouchables en Inde, ceux qui n’ont rien du tout, qui ont toutes les raisons de tout renverser, sont-ils jamais devenus une force révolutionnaire ? Non, mais qui peut changer les choses aujourd’hui, sinon Syriza ? Beaucoup de mes amis, à l’extrême gauche ou dans la mouvance anarchiste, disent aujourd’hui que rien ne peut arriver car on n’a pas affirmé qu’on voulait sortir de l’Union Européenne. Mais qui va dire qu’il faut sortir de l’Union Européenne, aujourd’hui, avec quelle autorité, avec quel soutien populaire et dans quelles conditions ? Je suis totalement contre l’Union Européenne telle qu’elle est car je suis totalement contre le capitalisme. Attention, ne confondons pas les termes, bien sûr, je suis pour l’Europe, je suis pour son héritage et pour sa culture, comme je suis attaché à l’héritage et à la culture, par exemple, de l’Amérique Latine. Nous sommes inspirés par tant de choses qui se réalisent dans le monde entier. Mais qui va dire à qui « la Grèce sort de l’Europe » ? Est-ce qu’on a les moyens de prendre le risque, de rassembler tout le peuple, de créer des réseaux de solidarité, au moment où on choisit d’affronter l’une des plus grandes puissances capitalistes au monde ? Si on n’a pas de telles conditions, c’est du pur opportunisme, cette rhétorique. S’il s’agit juste de dire ça pour critiquer des choix qui ont été entérinés par le vote, personne n’a voté Syriza pour que la Grèce sorte de l’Union Européenne, cela ne mènera à rien.

Thomas Lemahieu. Dans ce contexte, qu’attendez-vous des européens aujourd’hui ?

Stavros Stavrides. Il faut une rupture. François Hollande a salué la victoire de Syriza, mais derrière, il n’a absolument rien fait pour soutenir le gouvernement grec dans les négociations. L’Italie lui semblait un peu plus favorable, mais rien non plus de ce côté-là. Nous espérons bien pouvoir compter sur l’Espagne de Podemos très bientôt, mais aussi sur le Portugal, où une expérience du même type que Syriza est en train de se monter. Beaucoup de citoyens nous comprennent et nous soutiennent à travers l’Union Européenne, mais nous avons besoin de bien plus que cela. Ce qui se passe en Grèce est en fait une chance pour les peuples européens de se réveiller et de réclamer plus de démocratie. Je ne vois pas de grandes mobilisations, hélas, dans cette direction, alors que, partout, l’état social et les droits sont attaqués. Cela dit, je dois dire que j’ai toujours pensé que l’essentiel, en termes d’histoire politique et d’expérience des mouvements sociaux, provenait de l’Italie et de la France. Or, en Italie et en France, les gens ont vraiment l’air très éloignés de tout cela. Nous, dans la gauche grecque, nous avons toujours eu l’habitude de scruter les grands débats politiques français, les controverses intellectuelles et les mouvements. Les courants critiques en philosophie et en sociologie, venus de France, nous les avons beaucoup lus, ils nous ont toujours inspirés. Mais là, que se passe-t-il en France ? Où sont les intellectuels français qui, d’habitude, électrisent les débats politiques et les mouvements sociaux ?

Repost 0
Published by FISCHER
commenter cet article
15 mars 2015 7 15 /03 /mars /2015 18:11

INTERVIEW DE COSTAS LAPAVITSAS PAR SEBASTIAN BUDGEN

Vous trouverez ci-dessous la première partie d’une interview de Costas Lapavitsas par Sebastian Budgen relatif à la question des relations entre l’Europe et la Grèce. L’interview est disponible en totalité si vous consultez les liens ci-dessous.

Bernard Fischer

http://www.alencontre.org/europe/grece-la-deuxieme-phase-et-les-defis-de-la-sortie-de-leuro-i.html

http://blogs.mediapart.fr/blog/xipetotec/150315/apres-lechec-de-la-strategie-du-gouvernement-syriza-que-faire

https://www.jacobinmag.com/2015/03/lapavitsas-varoufakis-grexit-syriza

La deuxième phase et les défis de la sortie de l’euro

Samedi 14 Mars 2015

Sebastian Budgen. Etant donné votre expérience, comment s’est passé la transition, le fait de vous trouver tout à coup élu au parlement au milieu d’une tempête politique ? Le contraste avec les réunions du SOAS doit être assez violent ?

Costas Lapavitsas. En effet, tout d’abord en ce qui concerne la période de la campagne électorale à proprement parler, cela a été pour moi un processus incroyable, c’était vraiment la première fois de ma vie politique où je suis entré en contact avec ce que l’on pourrait véritablement appeler le peuple, et le peuple d’une région particulière, la Grèce. J’ai eu l’occasion de m’adresser à des groupes petits ou plus grands dans des villages, dans des villes et individuellement. Et j’ai trouvé que mes opinions, et moi personnellement, entraient en résonance avec ces gens. Pour moi cela a été une expérience nouvelle, car mon engagement politique a toujours été dans une gauche qui avait un rayonnement limité. Depuis mon élection au parlement, l’expérience a été, comment dire, j’hésite à utiliser le terme excitant, parce que ce n’est souvent pas cela, mais palpitante et pleine de nouveautés. On se trouve tout à coup au cœur d’événements et de processus politiques qui font qu’on accumule des expériences, on entre en contact avec des positions établies, on voit comment fonctionne la vie politique au niveau le plus élevé. Pour quelqu’un ayant mon expérience politique, ce sont des expériences nouvelles et étonnantes.

Sebastian Budgen. Juste pour clarifier, avez-vous été élu dans la région de Grèce d’où vient votre famille ?

Costas Lapavitsas. Oui, j’ai été élu dans la région d’Imathia, au centre de la Macédoine, d’où est originaire ma famille.

Sebastian Budgen. Et cela reste un aspect important de la politique grecque ?

Costas Lapavitsas. Oui, tout à fait. Le fait que mon nom soit reconnu localement a joué un rôle significatif dans mon élection.

Sebastian Budgen. Commençons par les évènements qui se sont déroulés depuis l’élection, et plus spécifiquement sur le plan économique, ensuite nous passerons à l’aspect politique. Je pense que la première chose que nous devrions évoquer est la question de la constitution du gouvernement, en particulier l’alliance avec les grecs indépendants (ANEL) et les ministres qui ont été désignés par le gouvernement, Yanis Varoufakis, Giorgios Stathakis et Panagiotis Lafazanis. Maintenant, avec un peu de recul, comment décririez-vous le processus de composition de l’alliance gouvernementale et du gouvernement ?

Costas Lapavitsas. A plusieurs égards il s’agit d’un processus assez traditionnel. C’est un exercice d’équilibrisme, non seulement par rapport à l’ensemble de la société, mais également par rapport à la dynamique interne de Syriza. D’abord le gouvernement a été formé avec ANEL. Contrairement à ce qui a été écrit dans la presse à l’époque, il ne s’agissait pas d’une « alliance rouge-brune ». Cette interprétation est tout à fait incorrecte. ANEL n’est pas une version soft d’Aube Dorée, ce ne sont pas des fascistes. ANEL représente fondamentalement ce que nous appelons en Grèce la droite populaire, c’est une organisation traditionnellement favorable à l’état, sceptique par rapport aux grandes entreprises, nationaliste et conservatrice avec un « c » minuscule. Habituellement cette formation n’avait évidemment pas vocation de s’associer avec un gouvernement de la gauche radicale. Mais dans le contexte du moment le choix était clair, soit renoncer à former un gouvernement, ce qui aurait entraîné de nouvelles élections et un chaos, soit former un gouvernement avec cette organisation, qui a au moins toujours été contre les accords de sauvetage financier, les mémorandums, et en faveur des travailleurs et des petites et moyennes entreprises.

Sebastian Budgen. Donc vous rejetez l’argument de ceux qui disaient qu’un gouvernement de minorité était possible ?

Costas Lapavitsas. Cet argument ne tenait pas debout. Dans le contexte, cette alliance était la seule solution. Mais le parti communiste porte évidemment une réelle responsabilité. Une fois de plus ce parti n’a pas été à la hauteur de la nécessité historique et a choisi une ligne d’opposition et d’hostilité complète à l’égard de Syriza et de ce qu’il représente, ce qui a obligé Syriza à former un gouvernement avec ANEL. En fait cette alliance a eu des effets positifs dans la mesure où elle a renforcé le soutien pour Syriza dans les secteurs les plus pauvres de la société qui donnent maintenant à un gouvernement de la gauche radicale des voix qu’ils donnaient traditionnellement à la droite conservatrice. Mais en ce qui concerne la composition même du gouvernement, c’est vraiment un exercice d’équilibrisme. La chose la plus importante, le signal qu’envoie le gouvernement lui-même, est que Syriza a choisi de gérer les négociations de ces dernières semaines et d’affronter la période à venir sur la ligne politique qu’il a défendue pendant des années et sur la base de laquelle il a gagné les élections. Autrement dit, Syriza va tenter d’alléger ou de supprimer l’austérité, de réduire la dette, de la restructurer ou de faire une croix dessus, et de changer le rapport de forces social, économique et politique en Grèce, et plus généralement en Europe, sans sortir de l’union monétaire et sans entrer dans un conflit généralisé avec l’Union Européenne.

Sebastian Budgen. Et c’est un exercice d’équilibrisme en ce sens qu’il y a dans Syriza aussi bien des représentants à droite, comme Giorgios Stathakis, par exemple, que de gauche, comme Panagiotis Lafazanis, ainsi qu’une série de personnages tels que Yanis Varoufakis qui n’ont pas de lien organique avec Syriza (de fait, il vient politiquement du Pasok) ?

Costas Lapavitsas. Oui, c’est un exercice d’équilibrisme en ce sens que toutes les ailes du parti sont représentées. Yanis Varoufakis pense que l’on peut atteindre les buts mentionnés dans le cadre de l’euro. C’est sa position publique et la ligne qu’il personnifie en ce moment.

Sebastian Budgen. Parlez-nous un peu plus de Yanis Varoufakis. Il y a beaucoup de bavardage médiatique autour de sa personnalité et de son style. Et il y a également eu quelques articles plus sérieux, par exemple celui intitulé « more erratic than marxist » par Michael Roberts. Tout d’abord, quel rôle a joué Yanis Varoufakis dans la gauche grecque avant l’élection de Syriza ?

Costas Lapavitsas. Je sais qu’il y a eu beaucoup d’articles sur Yanis Varoufakis, sur son style de vie et sur ce qu’il représente. Pour le moment je ne vais pas m’occuper de cela. Sur la question de savoir s’il est marxiste ou radical, je pense qu’il faudrait utiliser le terme marxiste de manière plus réfléchie, surtout de la part de personnes qui se disent marxistes simplement parce qu’elles utilisent une certaine terminologie et parlent beaucoup de marxisme alors que le fond de leur analyse est des plus banales. Il faudrait utiliser ce terme avec plus de retenue, car nous ne sommes plus dans des discours d’amphithéâtre universitaire mais dans la politique réelle. Je connais Yanis Varoufakis depuis longtemps en tant qu’économiste. Je ne pense pas qu’on puisse dire de lui qu’il est de la gauche radicale et il n’est en tout cas pas de la gauche révolutionnaire dans le sens qu’on donne à ce terme dans ce pays. Il appartient plutôt au centre gauche. Il a toujours été hétérodoxe et critique en matière d’économie, il a toujours rejeté l’économie néoclassique dans son travail et il a toujours été prêt à sortir des chemins battus. Ce sont là des traits que je trouve positifs. Mais si on examine son parcours on constate qu’il a également été un conseiller de George Papandréou, dont le gouvernement a été le premier à introduire les politiques de sauvetage en Grèce. Et il est resté associé à ce camp pendant pas mal de temps. Dans ce sens, je ne pense pas qu’on puisse dire de lui qu’il est systématiquement un homme de gauche.

Sebastian Budgen. Et Yanis Varoufakis lui-même s’est explicitement situé dans une sorte de cadre keynésien, et il est lié à des personnes ouvertement keynésiennes comme James Galbraith.

Costas Lapavitsas. J’aimerais clarifier ce point. John Maynard Keynes et le keynésianisme restent malheureusement les outils les plus puissants que nous ayons à notre disposition, même en tant que marxistes, pour gérer les questions politiques immédiates. La tradition marxiste est très puissante lorsqu’il s’agit de gérer les questions à moyen et à long terme et pour comprendre les dimensions de classe et sociales de l’économie et de la société en général. Il n’y a pas de commune mesure entre les deux approches. Mais, en réalité, lorsqu’il s’agit de gérer ce qui se passe ici et maintenant, John Maynard Keynes et le keynésianisme restent des outils idéologiques et des concepts très importants, même pour les marxistes. Cela dit il y en a qui aiment utiliser ces idées sans les reconnaître comme étant keynésiennes. Je ne peux donc pas accuser Yanis Varoufakis d’être lié avec des keynésiens, moi aussi j’ai ouvertement et explicitement fréquenté des keynésiens. Si vous pouviez m’indiquer un autre chemin, je serais ravi. Mais je vous assure qu’après avoir travaillé durant plusieurs décennies sur la théorie économique marxiste je n’en vois pas d’autre pour le moment. Donc, oui, Yanis Varoufakis a travaillé avec des keynésiens, mais ce n’est pas condamnable en soi.

Sebastian Budgen. Vous faites évidemment une distinction entre le marxisme en tant qu’outil d’analyse et le keynésianisme en tant qu’outil politique. Mais ces deux approches ont également des objectifs différents. Yanis Varoufakis a dit explicitement que son objectif était de sauver le capitalisme de lui-même. Cela ne représente-t-il pas une distinction importante ?

Costas Lapavitsas. Oui, bien sûr, John Maynard Keynes n’est pas Karl Marx et le keynésianisme n’est pas du marxisme. Il y a un gouffre entre les deux approches. Le marxisme vise le renversement du capitalisme et une voie vers le socialisme. Le keynésianisme par contre vise à améliorer le capitalisme, et même à le sauver de lui-même. Néanmoins lorsqu’il s’agit de questions politiques telles que la politique budgétaire, le taux de change et la politique bancaire, ces questions sur lesquelles la gauche marxiste doit absolument prendre position si elle veut vraiment faire de la politique sérieuse au-delà de la simple dénonciation en chambre, elle découvrira rapidement que, qu’elle le veuille ou non, les concepts utilisés par John Maynard Keynes jouent un rôle indispensable pour élaborer une stratégie qui reste marxiste. Malheureusement, il n’y a pas d’autre voie, et plus vite les marxistes s’en rendront compte, plus leurs positions deviendront pertinentes et réalistes.

Repost 0
Published by FISCHER
commenter cet article

Présentation

  • : fischer02003
  • fischer02003
  • : actualité politique nationale et internationale
  • Contact

Recherche

Pages

Liens