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19 janvier 2015 1 19 /01 /janvier /2015 22:10

http://www.lesinrocks.com/2015/01/17/actualite/podemos-la-machine-de-guerre-electorale-fete-son-annee-dexistence-11548104

La « machine de guerre électorale » fête son année d’existence

Samedi 17 Janvier 2015

Le programme revendicatif et égalitaire de la jeune formation politique espagnole pourrait lui permettre de remporter les élections législatives de novembre 2015. Mais sa direction s’écarte des idéaux démocratiques des débuts pour transformer le parti en machine de guerre politique.

« Je vais vous dire un secret, cela y est, nous sommes sortis de la crise ». La grosse centaine de personnes réunies dans la salle Caracol à Madrid explose de rire. Sur scène, Miguel Urbán se délecte des déclarations optimistes du gouvernement. « Vous le savez, les hommes politiques ne mentent jamais ». Les rires redoublent.

Les raisons de cette hilarité ne manquent pas. Plus de la moitié des jeunes est au chômage et l’émigration est en hausse, cinq cent quatre-vingt mille personnes en 2013, surtout des étrangers qui retournent au pays. En 2014, les expulsions locatives ont augmenté de dix-sept pour cent malgré la nouvelle loi supposée protéger les plus pauvres. Pire, ceux qui entravent leur bon déroulement risquent des amendes de trente mille euros, en vertu d’une « loi pour la sécurité citoyenne » passée en force début décembre 2014. A cela, il faut ajouter la privatisation croissante des services publics.

« Ils pensent être sortis de la crise, mais la caste n’a jamais connu la crise », lâche Miguel Urbán, trente-cinq ans, accents de showman, cofondateur de Podemos. Le public se régale.

« Ils ne savent pas qui nous sommes. Ils nous traitent de communistes, de hippies, de monstres et de castristes. Nous sommes un peuple normal qui veut récupérer le futur qu’on lui a volé ».

Podemos en tête des intentions de vote pour les élections législatives

Podemos soufflera sa première bougie le 17 janvier 2015. Au bout de quatre mois d’existence, ce mouvement citoyen devenu parti politique a envoyé cinq députés européens, sur cinquante-quatre, à Strasbourg, en obtenant un million deux cent mille voix. Aujourd’hui, il se place en tête des intentions de vote pour les élections législatives prévues en novembre 2015, 27,7 % contre 26,7 % au Parti Socialiste Ouvrier Espagnol (PSOE) et 20,7 % au Parti Populaire.

Mené par le charismatique Pablo Iglesias Turrión et ses lieutenants, tous issus de la faculté de sciences politiques de la Complutense à Madrid, Podemos tient d’abord de « l’hypothèse scientifique », comme ses fondateurs le disaient au départ. Puisque la corruption touche l’ensemble des partis de droite et de gauche jusqu’à la famille royale, puisque l’extrême gauche, pas plus immune aux scandales financiers, est verrouillée et se complaît dans son rôle de minorité de l’opposition, et puisque la politique d’austérité imposée par Bruxelles est appliquée quel que soit le parti aux commandes, de toute façon inféodé aux banques, le changement social doit venir du dehors de l’échiquier politique traditionnel espagnol, soit le bipartisme socialistes et populaires depuis la fin du franquisme.

Pablo Iglesias Turrión, professeur de sciences politiques issu des jeunesses communistes et petit-fils d’un républicain condamné à mort par les franquistes, a unifié le mouvement des indignés de 2011 et ses formations citoyennes sans étiquette. « Défendre l’accès universel à la santé, ce n’est ni de droite, ni de gauche, quatre-vingt pour cent des espagnols l’approuvent », explique Jorge Lago, trente-huit ans, l’un des responsables du parti. « Il faut casser le discours idéologique qui empêche de voir la réalité et bâtir une majorité sociale ». Pourtant formée à l’extrême gauche option Hugo Chávez, la bande de Pablo Iglesias veut occuper la « centralité de l’échiquier », exit l’opposition entre la gauche et la droite, place à l’opposition entre ceux d’en haut et ceux d’en bas, entre la caste et le peuple.

Au programme, RMI pour tous, banque publique et annulation de la dette extérieure

Le parti écolo-communiste Izquierda unida, auquel le leader à la queue de cheval est pourtant très lié, sa compagne est députée d’Izquierda Unida, lui- même a été consultant pour les élections législatives de 2011, a décliné l’invitation de Pablo Iglesias. C’est le parti Izquierda Anticapitalista, très impliqué lors du mouvement des indignés, qui participe à la création de Podemos.

Ce sont eux qui imposent un programme radical, RMI pour tous, banque publique et annulation de la dette extérieure, finalement allégé, RMI sous conditions, banque « non spéculative » et restructuration de la dette. Et tant pis si les dents des plus gauchistes grincent lorsque sont évacués les marqueurs de la gauche espagnole, féminisme, immigration et république, au profit de la patrie ou de la souveraineté économique. L’enjeu est ailleurs.

« Je suis un républicain de gauche. Mais en quoi est-ce que me revendiquer de gauche va aider les gens », martèle Jorge Lago. « Si tu veux un grand changement, il te faut un consensus », affirme Alicia Muñoz, vingt-six ans, membre du « cercle » de Tetuán, un quartier populaire de Madrid. « L’extrême gauche n’a jamais rien gagné. A force de défendre une idéologie pure, tu ne crées pas d’ancrage dans la société, tu ne peux pas aller lire Karl Marx sur la place publique et penser que cela va marcher ».

La victoire aux élections européennes en mai 2014, où Podemos est devenu la quatrième force du pays, donne raison à cette stratégie, non seulement ils ont récupéré des voix du PSOE, mais aussi du Parti Populaire en séduisant la classe moyenne paupérisée par la crise et les mesures d’austérité. « Que tout le monde ait accès à un logement, à l’éducation et à la santé, ce n’est pas une politique de gauche, c’est une politique de sens commun », insiste Alicia Muñoz.

Une organisation horizontale

Populiste, Podemos, certainement, mais à la manière du penseur argentin Ernesto Laclau, pour qui le populisme constituait la chose politique en soi. Podemos prend ainsi ses décisions à travers les « cercles », soit plus d’un millier d’assemblées locales et sectorielles, culture, énergie et sports. Les sympathisants votent les documents politiques par internet via l’application Appgree, discutent sur le forum Plaza Podemos sur Reddit, communiquent aussi sur Twitter, quatre cent quatre-vingt-quatre mille abonnés, et facebook, neuf cent vingt mille fans, soit presque dix fois plus que le PSOE et le Parti Populaire.

Fidèle à ses déclarations contre le pouvoir bancaire, le courant s’auto finance via le merchandising et les donations. « La démocratie ne se consomme pas, elle se construit, c’est par le bas que nous gagnerons », sourit la députée européenne Teresa Rodríguez. Le phénomène politique devient rapidement culturel. Pablo Iglesias, qui animait déjà sa propre émission sur le web, la Tuerka, l’idéologue du parti Juan Carlos Monedero, ou encore le stratège de la campagne pour les européennes, Iñigo Errejón, trustent les médias, du journal télévisé aux émissions satiriques comme el Intermedio.

L’Espagne se convertit au discours du peuple contre la caste, auquel la gauche et la droite sont obligés de s’adapter. A chaque meeting, les leaders sont accueillis en rock-stars. A tel point que Juan Carlos Monedero n’hésite pas à dire que Podemos est une « usine de l’amour ».

Mais bientôt le succès laisse place aux accusations. D’abord celles des adversaires traditionnels, le Parti Populaire et le PSOE qui se moquent « d’el Coletas, la queue-de-cheval », sorte de hippie extravagant mi-chaviste, mi-nazillon.

Les critiques internes

Les médias débusquent des cadavres dans les placards d’Iñigo Errejón, un contrat non honoré avec l’université de Malaga, et de Pablo Iglesias, les salaires des techniciens de la Tuerka peut-être payés au noir. Blessés, ils décrètent le silence médiatique. « Face à leur haine, nous offrons notre sourire », scande Juan Carlos Monedero. Puis viennent les critiques internes. Izquierda Anticapitalista, représentée par les députés européens Teresa Rodríguez et Miguel Urbán, digère mal le congrès d’octobre 2014, la structure d’organisation verticale de Pablo Iglesias l’emporte.

Son projet entérine la création d’un poste de secrétaire général, doublé d’un conseil de coordination de douze personnes qu’il nommera lui-même. La voix des cercles, jadis au cœur de Podemos, sera exprimée par un conseil citoyen de soixante-deux personnes. Il sera toutefois possible de révoquer un membre par référendum en rassemblant vingt-cinq pour cent des cercles ou vingt pour cent des inscrits.

« Le plus important pour Pablo Iglesias et ses compagnons, c’est de gagner », analyse le politologue espagnol Víctor Alonzo Rocafort. « Ils ne souhaitent aucune dissension interne qui puisse les distraire de leur objectif. A partir du congrès, Podemos devient une machine de guerre électorale ».

L’attitude va-t-en-guerre des responsables du parti interroge

Conscients de leur faible influence au sein du groupe de la Gauche Unitaire Européenne à Strasbourg, cinquante-deux députés sur sept cent soixante-six, c’est d’abord en Espagne qu’ils veulent jouer un rôle. Inspirés par le réalisme politique de Carl Schmitt, de Machiavel et d’Antonio, Gramsci, Pablo Iglesias et ses lieutenants verrouillent l’appareil.

Premier coup, Pablo Iglesias, leader médiatique incontesté et député européen, annonce qu’il se retirera des instances de décision de Podemos si son projet n’est pas choisi. Deuxième gifle, il change les conditions de vote le dernier soir du congrès, empêchant de voter pour le projet plus horizontal de l’équipe des députés européens Pablo Echenique et Teresa Rodríguez, qui accorde une plus large place aux cercles et au tirage au sort.

Plus fort, dans le document éthique qui a été voté au congrès, Pablo Iglesias interdit aux candidats encartés à un autre parti de se présenter à un poste de responsable. Un message clair adressé à Izquierda Anticapitalista, contrainte de se transformer en association. L’attitude va-t-en-guerre des responsables du parti interroge. Et si, comme le dit le politologue Jaime Pastor, Podemos devenait un nouveau « parti de notables médiatiques ». Jorge Lago reconnaît des erreurs de communication. « Mais c’est une chimère de croire que Podemos est une structure horizontale », se défend-il. « On ne peut pas fonctionner comme on le voudrait parce que nous sommes dans un système politique hiérarchique. Il faut jongler entre le désir d’une autre société et la réalité ».

En se structurant comme un parti politique plus classique, Podemos effraie la classe politique.

« Ils ont raison d’avoir peur, mais nous n’avons pas encore gagné », conclut Miguel Urbán.

« Les gouvernements vertueux n’existent pas. Il n’y a que des peuples courageux qui peuvent contraindre les gouvernements à tenir leurs engagements. C’est ce que nous serons ».

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19 janvier 2015 1 19 /01 /janvier /2015 21:27

http://reintegrationyann.sudptt.org/index.php?petition=3

Pétition pour la réintégration de Yann Le Merrer

Yann Le Merrer, secrétaire départemental adjoint de SUD PTT des Hauts-de-Seine vient de recevoir sa notification de révocation. Les faits qui lui sont reprochés sont exclusivement en lien avec son activité syndicale, participation active à un conflit du travail, information aux collègues non-grévistes et interpellation des directions. Il faut remonter à 1951 pour retrouver une sanction du même type, la plus lourde pour un fonctionnaire. Elle concernait deux responsables de la CGT.

Cette décision exceptionnelle n'a pas été prise à la légère et ne tombe pas au hasard. Elle émane de la direction d'une entreprise contrôlée à cent pour cent par l’état où la liberté syndicale est bafouée au quotidien, où son président et sa Direction des Ressources Humaines nous vendent un pacte social dans la poursuite des quatre-vingt mille suppressions d’emplois depuis une décennie. Aucun texte d’ailleurs ne régit l’exercice du droit syndical depuis 2009, c’est le fait du prince. Vouloir rentrer dans un établissement peut être considéré comme délictueux.

La liberté d’expression mise en avant par la Poste pour soutenir Charlie Hebdo n’aurait donc pas lieu d’être dans l’entreprise pour la défense des personnels.

La fédération SUD PTT est mobilisée pour la réintégration de Yann Le Merrer, elle appelle à la solidarité avec cette pétition. Elle demande à l’ensemble des organisations syndicales, associatives et politiques de soutenir la campagne pour exiger la réintégration de Yann Le Merrer. Il s'agit d'une véritable attaque contre la liberté syndicale et contre les libertés fondamentales.

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19 janvier 2015 1 19 /01 /janvier /2015 21:00

http://www.newstatesman.com/world-affairs/2015/01/slavoj-i-ek-charlie-hebdo-massacre-are-worst-really-full-passionate-intensity

Slavoj Žižek sur le massacre de Charlie Hebdo

Les fondamentalistes sont-ils vraiment pleins de passion ?

La croyance d'un islamiste est faible s’il se sent menacé par une caricature stupide dans un journal hebdomadaire satirique, dit le philosophe slovène.

Samedi 10 Janvier 2015

Maintenant, alors que nous sommes tous dans un état de choc après la tuerie dans les bureaux de Charlie Hebdo, c’est le bon moment pour avoir le courage de penser. Nous devons, bien sûr, condamner sans ambiguïté les meurtres comme une attaque contre la substance même de nos libertés, et à les condamner sans réserves cachées, dans le style de « Charlie Hebdo a trop provoqué et humilié les musulmans ». Mais une telle solidarité universelle n’est pas suffisante, nous devons penser plus loin.

Une telle pensée n'a rien à voir avec la relativisation du crime, le mantra de « qui sommes-nous, en occident, les auteurs de terribles massacres dans le tiers monde, pour condamner de tels actes ». Il a encore moins à voir avec la peur pathologique de nombreux gauchistes libéraux occidentaux d’être accusés d’islamophobie. Pour ces faux gauchistes, toute critique de l'islam est dénoncée comme une expression de l'islamophobie occidentale, Salman Rushdie a été dénoncé pour provoquer inutilement les musulmans et donc, partiellement, au moins, responsable de la fatwa le condamnant à mort. Le résultat de cette attitude est ce que l'on peut s’attendre dans ces cas, plus les gauchistes libéraux occidentaux plongent profondément dans leur culpabilité, plus ils sont accusés par les fondamentalistes musulmans d'être des hypocrites qui essaient de cacher leur haine de l'islam. Cette constellation reproduit parfaitement le paradoxe du sur moi, plus vous obéissez à ce que les autres vous demandent, plus vous êtes coupable. Plus vous tolérez l'islam, plus il exercera de pression sur vous.

C’est pourquoi je trouve que les appels à la modération de Simon Jenkins, dans le Guardian du Mercredi 7 Janvier 2015, sont insuffisants, que notre tâche n’est pas de « ne pas réagir de façon excessive, ne pas connaître la suite et traiter chaque événement comme un accident horrible », l'attaque de Charlie Hebdo n’est pas un simple « accident horrible ». Il suit un programme religieux et politique précis et en tant que tel il fait clairement partie d'un modèle beaucoup plus grand. Bien sûr, nous ne devons pas réagir de manière excessive, si on entend par là succomber à l’aveuglement de l'islamophobie, mais nous devrions analyser impitoyablement ce modèle.

La démystification de ce mythe démoniaque est beaucoup plus nécessaire que la diabolisation des terroristes dans des fanatiques suicidaires héroïques. Il y a longtemps que Friedrich Nietzsche percevait que la civilisation occidentale se déplaçait dans le sens de Last Man, une créature apathique sans grande passion ni engagement. Incapable de rêver, fatigué de la vie, il ne prend aucun risque, ne cherchant que le confort et la sécurité, l’expression de la tolérance avec les autres, un peu de poison maintenant pour faire ensuite des rêves agréables, et un peu de poison à la fin, pour une mort agréable. Ils ont leurs petits plaisirs pour la journée, et leurs petits plaisirs pour la nuit, mais ils ont un respect de la santé. « Nous avons découvert le bonheur », disent les Derniers Hommes, et ils ferment les yeux.

Il peut apparaître que la scission entre le premier monde permissif et la réaction fondamentaliste courre de plus en plus le long des lignes de l'opposition entre une longue vie satisfaisante pleine de richesse matérielle et culturelle et l’engagement de sa vie pour une cause transcendante. Cet antagonisme n’est-il pas celui entre ce que Friedrich Nietzsche appelait le nihilisme « passif » et « actif » ? En occident, nous sommes les Derniers Hommes Nietzschéens, plongés dans les plaisirs quotidiens stupides, tandis que les radicaux musulmans sont prêts à tout, engagés dans la lutte pour leur auto destruction. « Second Coming » de William Butler Yeats décrit parfaitement notre situation actuelle, « les meilleurs manquent de toute conviction, alors que les pires sont pleins de passion ». C’est une excellente description de la division actuelle entre les libéraux anémiques et les fondamentalistes passionnés. « Les meilleurs » ne sont plus en mesure de s’engager pleinement, tandis que « les pires » s’engagent dans le fanatisme raciste, religieux et sexuel.

Cependant, les fondamentalistes terroristes correspondent-ils vraiment à cette description ? Ce qui leur manque est évidemment une caractéristique qui est facile à discerner chez tous les fondamentalistes authentiques, des bouddhistes tibétains aux amish américains, l'absence de ressentiment et l'envie, l'indifférence profonde envers le mode de vie des non-croyants. Si les soi-disant fondamentalistes d'aujourd'hui croient vraiment qu'ils ont trouvé leur chemin vers la vérité, pourquoi devraient-ils se sentir menacés par les non-croyants, pourquoi devraient-ils les envier ? Lorsqu’un bouddhiste rencontre un hédoniste occidental, il le condamne à peine. Il note simplement avec bienveillance que la recherche du bonheur de l'hédoniste est vouée à l'échec. Contrairement aux vrais fondamentalistes, les pseudo-fondamentalistes terroristes sont profondément dérangés, intrigués et fascinés par la vie de péché des non-croyants. On peut penser que, dans la lutte contre le péché de l'autre, ils se battent contre leur propre tentation.

C’est ici que le diagnostic de William Butler Yeats est en deçà de la présente situation, l'intensité passionnée des terroristes témoigne d'un manque de réelle conviction. La croyance d'un musulman doit-elle se sentir menacée par une caricature stupide dans un journal hebdomadaire satirique ? La terreur islamique fondamentaliste n’est pas fondée sur la conviction de la supériorité des terroristes et de leur désir de préserver leur identité culturelle et religieuse de l'assaut de la civilisation consumériste mondiale. Le problème avec les fondamentalistes n’est pas que nous les considérons comme inférieurs à nous mais, plutôt, qu'ils se considèrent eux-mêmes secrètement inférieurs. C’est pourquoi nos assurances condescendantes politiquement correctes que nous ne sentons aucune supériorité à leur égard les rend plus furieux et nourrit leur ressentiment. Le problème n’est pas la différence culturelle, leur effort pour préserver leur identité, mais le contraire, les fondamentalistes sont déjà comme nous et, secrètement, ils ont déjà internalisé nos normes et notre opinion d’eux-mêmes. Paradoxalement, ce que les fondamentalistes n’ont pas vraiment, c’est précisément une dose de la vraie conviction « raciste » de leur propre supériorité.

Les récentes vicissitudes de l'intégrisme musulman confirment la vieille connaissance de Walter Benjamin que « chaque montée du fascisme témoigne d'une révolution manquée », la montée du fascisme est l'échec de la gauche, mais en même temps une preuve qu'il y avait un potentiel révolutionnaire, l'insatisfaction, que la gauche n’était pas en mesure de mobiliser. Et cela n’est-il pas également valable aujourd'hui pour le soi-disant « islamo-fascisme » ? La montée de l'islamisme radical n’est-elle pas exactement corrélative à la disparition de la gauche laïque dans les pays musulmans ? Lorsque, au printemps de 2009, les talibans ont pris la vallée de Swat au Pakistan, le New York Times a rapporté qu’ils font « une révolte de classe qui exploite les fissures profondes entre un petit groupe de riches propriétaires et leurs locataires sans terre ». Toutefois, en « profitant » de la situation difficile des agriculteurs, les talibans n’ont-ils pas « jeté l’alarme sur les risques du Pakistan, qui reste largement féodal », ce qui empêche les libéraux-démocrates au Pakistan ainsi qu’aux États-Unis de « profiter » de cette situation et d’essayer d'aider les paysans sans terre ? La triste conséquence de ce fait est que les forces féodales au Pakistan sont les « alliés naturels » de la démocratie libérale.

Alors ou en sont les valeurs fondamentales du libéralisme, la liberté et l'égalité ? Le paradoxe est que le libéralisme n’est pas assez fort pour les sauver contre les assauts fondamentalistes. Le fondamentalisme est une réaction, une réaction fausse et mystificatrice, bien sûr, contre une véritable faille du libéralisme, et c’est pourquoi il est encore et encore généré par le libéralisme. Abandonné à lui-même, le libéralisme s’affaiblit lentement lui-même, la seule chose qui peut sauver ses valeurs fondamentales est une gauche renouvelée. En accord avec cette question centrale pour survivre, le libéralisme a besoin de l'aide fraternelle de la gauche radicale. C’est la seule façon de vaincre le fondamentalisme, de balayer le sol sous ses pieds.

Penser en réponse aux massacres Paris signifie abandonner l'auto satisfaction béate du libéralisme permissif et accepter que le conflit entre la permissivité libérale et l'intégrisme est finalement un faux conflit, un cercle vicieux de deux pôles se générant et s’opposant l’un à l’autre. Ce que Max Horkheimer avait déjà dit à propos du fascisme et du capitalisme dans les années 1930, ceux qui ne veulent pas parler de façon critique sur le capitalisme devraient également garder le silence sur le fascisme, devrait également être appliqué au fondamentalisme actuel, ceux qui ne veulent pas parler de manière critique de la démocratie libérale devraient également garder le silence sur le fondamentalisme religieux.

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18 janvier 2015 7 18 /01 /janvier /2015 18:48

http://www.alencontre.org/europe/espagne/etat-espagnol-izquierda-anticapitalista-debats-et-relances-anticapitalistes.html

http://blogs.publico.es/otrasmiradas/3604/debates-y-reinicios-anticapitalistas

Débats et relances anticapitalistes

Par Brais Fernandez et Raul Camargo

Le week-end du Samedi 17 Janvier et du Dimanche 18 janvier 2015, Izquierda Anticapitalista, qui est partie intégrante de Podemos, tiendra son deuxième congrès confédéral. Celui-ci doit avoir lieu non seulement d’un point de vue statutaire mais aussi parce qu’au cours de la dernière période le panorama politique a connu de nombreux changements. Tout d’abord notre propre rôle en tant qu’organisation, nous sommes passés d’une organisation activiste, animant de nombreux mouvements sociaux et des mobilisations, à une organisation qui, après avoir participé à la fondation de Podemos, s’est située au centre de la carte politique, avec tout ce que cela comporte.

Cela ne nous conduit absolument pas à l’amertume, qu’une organisation révolutionnaire, dont l’objectif réside dans une démocratie socialiste où ceux d’en bas possèdent et décident de tout, se soit montrée en capacité de se lier au changement politique, d’apparaître comme un instrument utile, fait que nous arrivons à ce congrès plein d’énergie et d’envies, tout comme face à des défis.

Quels sont-ils à brève échéance ? Karl Marx et Friedrich Engels affirmaient, dans le « manifeste du parti communiste », que les révolutionnaires n’ont pas d’autres intérêts que ceux des opprimés et des exploités. Nous devons toutes et tous œuvrer pour mettre un terme aux politiques d’austérité, faire en sorte que ceux qui pillent les classes populaires dégagent, occuper à nouveau le commun, appuyer toutes les aspirations démocratiques, y compris celles qui se révèlent souvent désagréables pour la gauche espagnole, au rang desquelles le droit à décider des différents peuples de l’état espagnol, appuyer les processus de transformation en d’autres lieux du globe, nous ne pouvons pas nous empêcher de jeter des regards pleins d’espoir en direction de la Grèce, et contribuer à tirer un frein aux attaques contre les droits des femmes ainsi qu’à la destruction de la planète en raison d’une logique accumulatrice destructrice.

Nous avons toujours été convaincus que la gauche politique devait se lier aux gens, participer et apprendre des processus populaires, sans craindre le métissage et d’être « contaminée ». Le mouvement du 15 mai 2011 et Podemos ont été des écoles formidables, des événements où les paroles se transformaient en actes, ou, comme le dirait notre regretté Daniel Bensaïd, une « profanation de la politique ». Les formes renouvelées d’auto-organisation qui ont été expérimentées sur les places, la démocratie de consensus entre égaux et l’usage de nouveaux instruments de communication, les mouvements qui se sont déroulés ces dernières années nous ont appris beaucoup. Ainsi que ce qu’il nous reste à apprendre.

Nous sommes convaincus aujourd’hui que Podemos est le meilleur outil électoral pour rejeter les partis du régime mais nous misons sur un au-delà de l’électoral. Vaincre dans les rues, modifier les rapports de force sur les lieux de travail, édifier un mouvement populaire capable de remporter les élections, soutenir le gouvernement et gouverner en transformant la société constitue l’horizon que nous souhaitons contribuer à bâtir. Nous ne le nions pas, nos objectifs sont ambitieux. Face à la doctrine de la défaite qui affirme que pour aboutir à presque rien, il faut renoncer à presque tout, nous ne renonçons à rien, ni aux petites choses qui améliorent le quotidien des gens ni à la transformation sociale qui ne peut être réalisée qu’à partir d’en bas et par ceux d’en bas, notre devise pour cette époque serait un « oui, nous le pouvons » en majuscules, sans renoncements, à partir d’une ouverture et d’une innovation permanentes.

Nous sommes également convaincus que des changements sont nécessaires au sein d’Izquierda Anticapitalista. C’est pourquoi nous avons proposé aux militants d’Izquierda Anticapitalista de nous transformer en un mouvement, un espace d’assemblées qui cherche à impulser des approches anticapitalistes dans tous les aspects de la société et qui nous permette de contribuer mieux à cette vague de changements et d’espoir que représente Podemos. Il est manifeste que nous n’aspirons pas, à la différence des anciens partis staliniens totalitaires, à nous auto proclamer les « seuls représentants légitimes des aspirations populaires ». Notre pari est celui de l’unité populaire et du pluralisme. C’est-à-dire la recherche de liens entre les différents sujets que l’on rencontre dans le champ de ceux qui veulent changer le monde à la base.

Ce congrès aura également une dimension triste puisque Miguel Romero, le « Moro », éditeur de Viento Sur et militant d’Izquierda Anticapitalista, décédé il y a une année, ne sera pas présent. Nous le regretterons, mais nous voulons souligner ce point en raison de sa dimension symbolique. Walter Benjamin disait que les défaites du passé sont une source d’énergie pour les vivants, nous ne nous sentons pas les héritiers d’une histoire de défaites, mais nous revendiquons l’héritage de toutes les personnes qui luttèrent pour une société égalitaire et libertaire et grâce auxquelles nous détenons les droits que les élites nous arrachent pour engrosser leurs bénéfices. Pour tout cela, notre congrès est un point de départ sans renoncements ni hypothèques, il s’agit d’un « continuons », tout en apprenant, en organisant et en débattant.

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18 janvier 2015 7 18 /01 /janvier /2015 18:31

http://www.saphirnews.com/La-manifestation-islamophobe-du-18-janvier-a-Paris-interdite_a20290.html

La manifestation islamophobe du Dimanche 18 Janvier 2015 à Paris interdite

La préfecture de police a finalement interdit la manifestation islamophobe prévue Dimanche 18 Janvier 2015 à Paris à l’appel des mouvements Riposte laïque et Résistance républicaine, a-t-on appris Vendredi 16 Janvier 2015 dans la soirée.

« Nous avons reçu à 18 heures un appel de la préfecture nous informant de l'interdiction de la manifestation, nous attendons maintenant une notification officielle », a déclaré à l'AFP Pierre Cassen, responsable de Riposte laïque, qui veut s'inspirer du mouvement Pegida en Allemagne.

L'organisateur en 2010 de l’apéritif « saucisson pinard » a annoncé une action en référé devant la justice pour tenter d'obtenir l'autorisation du rassemblement.

Jacques Boutaut, le maire du deuxième arrondissement de Paris, où devait se dérouler la manifestation, a salué la décision préfectorale. « La liberté d'expression s'arrête là où commence l'attaque violente envers les personnes ou un groupe de personnes. Le racisme n'est pas une opinion », a-t-il déclaré.

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18 janvier 2015 7 18 /01 /janvier /2015 18:12

http://www.collectif-krasnyi.be/avec-le-peuple-grec-et-pour-en-finir-avec-lausterite

Avec le peuple grec et pour en finir avec l’austérité

Des centaines de manifestants battaient le pavé Samedi 17 Janvier à Bruxelles en soutien au peuple grec et contre la politique d’austérité imposée par la troïka.

Cette manifestation prenait place également pour dénoncer la situation sociale désastreuse dans le pays et la campagne d'intimidation orchestrée par les forces politiques, économiques et médiatiques dominantes en Europe contre le peuple grec, notamment contre Syriza, la formation de gauche anti-austérité actuellement en tête dans les sondages.

Les associations, mouvements de jeunesse et organisations de gauche à l’initiative de ce rassemblement souhaitaient également mettre en avant le fait que des alternatives à l’austérité, basées sur la solidarité, peuvent et doivent être mises en place.

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18 janvier 2015 7 18 /01 /janvier /2015 17:46

Premiers combats importants entre kurdes et pro Assad en Syrie (Reuters)

De violents combats ont éclaté Samedi 17 Janvier 2015 entre des miliciens kurdes syriens et les forces de Bachar al Assad dans une ville du nord-est de la Syrie, une première depuis le début de la guerre civile il y a bientôt quatre ans, a-t-on appris de sources kurdes et auprès de l'OSDH.

Les forces gouvernementales et les miliciens kurdes, principalement les unités de protection du peuple (YPG) qui défendent la ville de Kobani contre les djihadistes de l'Etat Islamique, ont jusqu'à présent cohabité dans le nord-est de la Syrie, luttant en priorité contre les différents groupes rebelles.

Mais, samedi, la situation a dégénéré à Hassakeh après que des soldats syriens et des miliciens pro-Assad ont investi des bâtiments dans une zone que les deux camps avaient convenu de démilitariser, rapporte l'Observatoire Syrien des Droits de l'Homme (OSDH), proche de l'opposition.

« Il y a des combats dans de nombreux quartiers d'Hassakeh », a déclaré Rami Abdelrahman, le directeur de l'OSDH.

L'armée syrienne a bombardé trois zones majoritairement kurdes de la périphérie d'Hassakeh pendant que les miliciens kurdes affrontaient les forces loyalistes dans le centre de la ville, ont rapporté les YPG sur leur site internet.

Des militants kurdes ont mis en ligne des photographies montrant ce qu'ils présentent comme des combattants YPG en train de hisser le drapeau du Kurdistan syrien sur des bâtiments qu'ils auraient pris aux forces gouvernementales.

Damas a affirmé à plusieurs reprises soutenir militairement les forces kurdes qui combattent les djihadistes mais les YPG ont toujours démenti toute coopération avec le régime de Bachar al Assad.

Hassakeh est la grande ville de l'extrémité nord-est de la Syrie, au nord-est de Rakka et à l'ouest de la ville irakienne de Mossoul, deux bastions de l'Etat Islamique.

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17 janvier 2015 6 17 /01 /janvier /2015 20:13

http://www.europapress.es/catalunya/noticia-icv-euia-reune-izquierda-sur-europa-vispera-elecciones-griegas-20150104100213.html


ICV EUiA rassemble la gauche du sud de l'Europe à Barcelone

Manifeste de personnalités catalanes pour soutenir Alexis Tsipras

Dimanche 4 Janvier 2015.

Les représentants des partis de gauche d’Europe du Sud se réuniront Samedi 24 Janvier 2015 à Barcelone lors d'un événement organisé par ICV EUiA.

L'événement viendra la veille des élections législatives en Grèce, une élection dans laquelle Syriza, qui appelle à la restructuration de la dette, est le favori des sondages.

Dans une interview à Europa Press, le coordinateur national d’ICV, Joan Herrera, a expliqué qu’avec le coordinateur général d'Izquierda Unida, Cayo Lara, et le leader de Syriza, Alexis Tsipras, il a organisé cet événement, et qu’il a invité des formations du Portugal, d’Italie et de France et les représentants de la Gauche Unitaire Européenne et des Verts Européens.

Dans un premier temps, il était prévu la présence d’Alexis Tsipras dans la capitale catalane, mais la campagne électorale en Grèce et le fait que les élections législatives se déroulent le lendemain, Dimanche 25 Janvier 2015, a empêché cette possibilité, même si d’autres représentants du parti participeront à l’évènement.

Joan Herrera a expliqué que, malgré l'absence de l'un de ses organisateurs, il a décidé de maintenir l'événement après une discussion avec Syriza parce que « nous avons besoin aujourd'hui plus que jamais de la coordination » des fronts européens de gauche et de l’articulation de plusieurs partis qui peuvent lever de nouveaux horizons.

Le co-leader d’ICV a misé sur une victoire d’Alexis Tsipras dans les élections législatives grecques, car il comprend qu’une victoire de Syriza est très importante « parce que c’est ce qui peut déverrouiller la restructuration de la dette » et ériger la Grèce comme le premier état qui change les règles.

« Il est clair qu'il n'y a pas de démocratie sans la restructuration », a poursuivi Joan Herrera, qui a salué la formation grecque comme une force qui ne cache pas l’opposition entre la droite et la gauche, une allusion à Podemos, et qui présente la gauche comme une alternative de gouvernement, en opposition à la social-démocratie.

Participer à la campagne électorale grecque

ICV, qui prévoit de participer à une manifestation de Syriza pendant la campagne électorale grecque, travaille également sur le développement d'un manifeste de la Catalogne en soutien à Alexis Tsipras, à l’initiative du député européen éco socialiste Ernest Urtasun et qui a déjà été signé par une trentaine de personnalités.

Le manifeste, dont le titre est « la Catalogne avec Alexis Tsipras, soutient que la meilleure chose qui puisse arriver à la Grèce et à l'ensemble de l'Europe est une victoire retentissante de Syriza qui peut « engager la nécessaire rébellion des peuples du sud de l'Europe pour exiger un changement radical » des politiques économiques.

Les premiers signataires du manifeste sont le dirigeant de l'UGT en Catalogne Josep Maria Alvarez, le dirigeant des CCOO en Catalogne Joan Carles Galego, le philosophe Josep Ramoneda, l’acteur Eduard Fernández, le directeur de théâtre Oriol Broggi, les professeurs d’université Joan Subirats, Gerardo Pisarello, Andreu Mayayo et Dolors Comas, l’économiste Arcadi Oliveras, l’écrivain Gemma Lienas, l’actrice Vicky Peña, les dessinateurs « Fer » et Carlos Azagra, le conseiller municipal Lluís Rabell et plusieurs membres des directions d’ICV et d’EUiA.

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17 janvier 2015 6 17 /01 /janvier /2015 19:37

http://blog.mondediplo.net/2015-01-13-Charlie-a-tout-prix

Charlie à tout prix

Par Frédéric Lordon

Mardi 13 Janvier 2015

Ce texte est tiré d’une intervention à la soirée « la dissidence, pas le silence », organisée par le journal Fakir à la bourse du travail à Paris, Lundi 12 Janvier 2015.

Lorsque le pouvoir de transfiguration de la mort, ce rituel social qui commande l’éloge des disparus, se joint à la puissance d’une émotion commune à l’échelle de la société tout entière, il est à craindre que ce soit la clarté des idées qui passe un mauvais moment. Il faut sans doute en prendre son parti, car il y a un temps social pour chaque chose, et chaque chose a son heure sociale sous le ciel, un temps pour se recueillir et un temps pour tout dire à nouveau.

Mais qu’on se doive d’abord à la mémoire de ceux qui sont morts n’implique pas, même au plus fort du traumatisme, que toute parole nous soit interdite. Et notamment pour tenter de mettre quelque clarification dans l’inextricable confusion intellectuelle et politique qu’un événement si extrême ne pouvait manquer, en soi, de produire, à plus forte raison sous la direction éclairée de médias qui ne louperont pas une occasion de se refaire la cerise sur le dos de la « liberté d’expression », et de politiques experts en l’art de la récupération.

Disons tout de suite que l’essentiel de cette confusion se sera concentré en une seule phrase, « je suis Charlie », qui semble avoir tout d’une limpide évidence, quand tant d’implicites à problème s’y trouvent repliés.

« Je suis Charlie ». Que peut bien vouloir dire une phrase pareille, même si elle est en apparence d’une parfaite simplicité ? On appelle métonymie la figure de rhétorique qui consiste à donner une chose pour une autre, avec laquelle elle est dans un certain rapport, l’effet pour la cause, le contenu pour le contenant ou la partie pour le tout. Dans « je suis Charlie », le problème du mot « Charlie » vient du fait qu’il renvoie à une multitude de choses différentes, mais liées entre elles sous un rapport de métonymie. Or ces choses différentes appellent de notre part des devoirs différents là où, précisément, leurs rapports de métonymie tendent à les confondre et à tout plonger dans l’indistinction.

Charlie, ce sont d’abord des personnes humaines, privées, par bonheur, on s’est aperçu rapidement que dire simplement « Charlie » pour les rassembler faisait bon marché de deux policiers, un agent de maintenance, un malheureux visiteur de ce jour-là et puis aussi de cinq autres personnes, dont quatre juives, tuées les deux jours d’après. Sauf à avoir rompu avec toute humanité en soi, on ne pouvait qu’être frappé de stupeur et d’effroi à la nouvelle de ces assassinats.

Mais l’émotion n’a été si considérable que parce qu’il était perceptible à tous que ce qui venait d’être attaqué excédait évidemment les personnes privées. Et voici donc le deuxième sens possible de « Charlie », Charlie comme métonymie des principes de liberté d’expression et des droits à exprimer sans craindre pour sa sécurité, tels qu’ils sont au cœur de notre forme de vie.

On pouvait donc sans doute se sentir Charlie pour l’hommage aux personnes tuées, à la condition toutefois de se souvenir que, des personnes tuées, il y en a régulièrement, Zied et Bouna il y a quelque temps, Rémi Fraisse il y a peu, et que la compassion publique se distribue parfois d’une manière étrange, je veux dire étrangement inégale.

On pouvait aussi se sentir Charlie au nom de l’idée générale, sinon d’une certaine manière de vivre en société, du moins d’y organiser la parole, c’est-à-dire au nom du désir de ne pas s’en laisser conter par les agressions qui entreprennent de la nier radicalement. Et l’on pouvait trouver qu’une communauté, qui sait retourner ainsi à l’un de ses dénominateurs communs les plus puissants, fait une démonstration de sa vitalité.

Mais les choses deviennent moins simples quand « Charlie » désigne, et c’est bien sûr cette lecture immédiate qui avait tout chance d’imposer sa force d’évidence, quand « Charlie », donc, désigne non plus des personnes privées, ni des principes généraux, mais des personnes publiques rassemblées dans un journal. On peut sans la moindre contradiction avoir été accablé par la tragédie humaine, et n’avoir pas varié quant à l’avis que ce journal nous inspirait, pour ma part, il était un objet de violent désaccord politique. Si, comme il était assez logique de l’entendre, « je suis Charlie » était une injonction à s’assimiler au journal Charlie, cette injonction-là m’était impossible. Je ne suis pas Charlie, et je ne pouvais pas l’être, à aucun moment.

Je le pouvais d’autant moins que cette formule a aussi fonctionné comme une sommation. Et nous avons en quelques heures basculés dans un régime de commandement inséparablement émotionnel et politique. Dès ses premiers moments, la diffusion comme traînée de poudre du « je suis Charlie » a fait irrésistiblement penser au « nous sommes tous américains » du journal le Monde du 12 septembre 2001. Il n’a pas fallu une demi-journée pour que cette réminiscence se confirme, et c’est Libération qui s’est chargé de faire passer le mot d’ordre à la première personne du pluriel, « nous sommes tous Charlie », bienvenue dans le monde de l’unanimité décrétée, et malheur aux réfractaires. Et puis surtout célébrons la liberté de penser sous l’écrasement de tout dissensus, en mélangeant subrepticement l’émotion de la tragédie et l’adhésion politique implicite à une ligne éditoriale. Ceci d’ailleurs au point de faire à la presse anglo-saxonne le procès de se montrer hypocrite et insuffisamment solidaire et obéissante quand elle refuse de republier les caricatures. Il fallait donc traverser au moins une mer pour avoir quelque chance de retrouver des têtes froides, et entendre cet argument normalement élémentaire que défendre la liberté d’expression n’implique pas d’endosser les expressions de ceux dont on défend la liberté.

Mais cette unanimité sous injonction était surtout bien faite pour que s’y engouffrent toutes sortes de récupérateurs. Les médias d’abord, dont on pouvait être sûr que, dans un réflexe opportuniste somme toute très semblable à celui des pouvoirs politiques dont ils partagent le discrédit, ils ne manqueraient pas pareille occasion de s’envelopper dans la « liberté de la presse », cet asile de leur turpitude. A l’image par exemple de Libération, qui organise avec une publicité aussi ostentatoire que possible l’hébergement de Charlie Hebdo. Libération, ce rafiot, vendu à tous les pouvoirs temporels, auto-institué dernière demeure de la liberté d’expression, peut-être en tous les sens du terme d’ailleurs. Et combien de la même farine derrière Libération pour faire de la surenchère dans le charlisme ?

« Si cet homme qui, dit-on, riait de tout revenait en ce siècle, il mourrait de rire assurément », écrit Baruch Spinoza dans une de ses lettres. Et c’est vrai qu’il y a de quoi rire longtemps à voir ainsi les organes de la soumission à l’ordre social entonner avec autant de sincérité l’air de l’anti conformisme et de la subversion radicale. Rire longtemps, enfin pas trop quand même, car il faudra bien songer un jour à sortir de cette imposture.

Ce sera sans l’aide du pouvoir politique, qui n’a jamais intérêt au dessillement, et à qui l’union nationale a toujours été la plus fidèle des ressources. Union nationale, et même internationale en l’occurrence, dont une version carabinée nous aura été administrée. Fallait-il qu’elle soit incoercible la pulsion récupératrice de François Hollande de se faire reluire à la tête de Paris « capitale du monde » pour convier, de proche en proche, jusqu’à Viktor Orban, Petro Porochenko, Benjamin Netanyahu et Avigdor Lieberman, de hautes figures morales, connues pour se partager entre défenseurs de la liberté de la presse et amis du dialogue inter confessionnel.

Par bonheur, il s’est déjà trouvé suffisamment de voix pour s’inquiéter des usages, ou plutôt des mésusages, que ce pouvoir ne manquera pas de faire d’une mobilisation de masse qu’il s’empressera de considérer comme un mandat.

Espérons qu’il s’en trouvera également pour recommander à quelques éditorialistes un court séjour en cellule de dégrisement, et pour leur apporter le café salé. Dans la concurrence pour être à la hauteur de l’histoire, et même, pente aussi fatale que grotesque de l’information en continu, pour être les premiers à « annoncer » l’histoire, il était logique que tous criassent à l’histoire et à l’historique à propos de la manifestation d’hier. S’il est permis d’en rire, on dira que, historique, elle l’a sans doute été sous quelque rapport, au moins pour être la première du genre où le comptage de la police avait une chance d’être supérieur à celui des organisateurs.

On ne sache pas cependant qu’il soit resté grand-chose des manifestations monstres de Carpentras et du premier mai 2002, effusions collectives qui avaient déjà hystérisé le commentariat, mais dont on doit bien reconnaître que la productivité politique aura été rigoureusement nulle.

On aimerait beaucoup qu’il en aille autrement cette fois-ci, mais on ne peut pas s’empêcher de poser en toute généralité la question de savoir s’il n’y a pas un effet de substitution entre le degré de l’unanimité et sa teneur politique possible.

Par construction, arasant toute la conflictualité qui est la matière même de la politique, la masse unie est tendanciellement apolitique. Ou alors, c’est que c’est la révolution, mais il n’est pas certain que nous soyons dans ce cas de figure.

Il y aurait enfin matière à questionner la réalité de « l’union nationale » qu’on célèbre en tous sens. Le cortège parisien, si immense qu’il ait été, s’est montré d’une remarquable homogénéité sociologique, blanc, urbain et éduqué. C’est que le nombre brut n’est pas en soi un indicateur de représentativité, il suffit que soit exceptionnellement élevé le taux de mobilisation d’un certain sous-ensemble de la population pour produire un résultat pareil.

Alors, « union nationale, peuple en marche et France debout », il s’agirait peut-être d’y regarder à deux fois, et notamment pour savoir si cette manière de clamer la résolution du problème par la levée en masse n’est pas une manière spécialement insidieuse de reconduire le problème, ou d’en faire la dénégation.

A l’image des dominants, toujours portés à prendre leur particularité pour de l’universel, et à croire que leur être au monde social épuise tout ce qu’il y a à dire sur le monde social, il se pourrait que les cortèges d’hier aient surtout vu la bourgeoisie éduquée contempler ses propres puissances et s’abandonner au ravissement d’elle-même. Il n’est pas certain cependant que ceci fasse un « pays, ou même un peuple », comme nous pourrions avoir bientôt l’occasion de nous en ressouvenir.

Il y a une façon aveuglée de s’extasier de l’histoire imaginaire qui est le plus sûr moyen de laisser échapper l’histoire réelle, celle qui s’accomplit hors de toute fantasmagorie, et le plus souvent dans notre dos. Or, l’histoire réelle qui s’annonce a vraiment une sale gueule. Si nous voulons avoir quelque chance de nous la réapproprier, passé le temps du deuil, il faudra songer à sortir de l’hébétude et à refaire de la politique, mais pour de bon.

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17 janvier 2015 6 17 /01 /janvier /2015 19:14

Des militaires déployés en protection en Belgique (Reuters)

Des soldats ont été déployés dans les rues de Belgique pour assurer la protection de cibles potentielles d'attaques terroristes, dont des sites communautaires juifs et des missions diplomatiques.

Le ministre belge de la défense, Steven Vandeput, a précisé, Samedi 17 Janvier 2015, que jusqu'à trois cent militaires viendront renforcer le dispositif de vigilance et de sécurité. Ils seront notamment affectés à la protection des ambassades des Etats-Unis et d'Israël à Bruxelles de même que le siège de l'OTAN et des institutions de l'Union Européenne.

Ce dispositif d'alerte renforcée restera en place au moins jusqu'à jeudi prochain.

« Il est très important de dire que cela n'a pas été une décision simple. Mais il était nécessaire, au moment où la police est sur mobilisée, que l'armée assume un rôle d'assistance », a-t-il expliqué à la presse.

Le niveau de la menace en Belgique a été porté au troisième niveau sur une échelle de quatre à la suite de l'intervention des forces de sécurité, jeudi à Verviers, dans l'est du pays, contre un groupe islamiste suspecté de projeter des attaques.

Deux hommes armés, soupçonnés d'avoir séjourné en Syrie, ont été tués lors de ce raid antiterroriste tandis que treize personnes ont été arrêtées, l’une à Verviers, les douze autres à Bruxelles, et placées en garde à vue. Deux autres suspects sont détenus en France à la demande de la Belgique.

Au total, douze perquisitions ont été menées à travers la Belgique.

Les premiers soldats déployés samedi, des troupes d'infanterie des chasseurs ardennais, ont notamment pris position devant le musée juif de Bruxelles, où quatre personnes ont été tuées en mai dernier. L'auteur présumé de la tuerie, Mehdi Nemmouche, a été arrêté quelques jours plus tard en France et remis à la justice belge.

Le ministre de la défense a ajouté que des soldats seraient également mobilisés à Anvers, la deuxième ville du pays où vit une importante communauté juive.

« La menace principale est à Anvers », a dit Steven Vandeput. « C'est aussi là que la population est la plus inquiète ».

C'est aussi à Anvers que s'est ouvert fin septembre 2014 le procès de quarante-six membres du groupe salafiste Sharia Quatre Belgium, poursuivis pour appartenance à une organisation terroriste et recrutement de jeunes belges pour aller se battre en Syrie. Le verdict qui était attendu la semaine dernière a été repoussé d'un mois. Seuls huit accusés ont comparu lors des audiences, les autres seraient en Syrie.

LA MENACE ÉTAIT IMMINENTE

Des armes de poing, des fusils d'assaut AK 47, des explosifs et des uniformes de la police ont été retrouvés dans l'appartement de Verviers qu'occupaient les deux islamistes tués, tous deux de nationalité belge, a dit le substitut du procureur Eric Van Der Sypt.

Le groupe était sur le point de passer à l'acte, ont précisé les autorités belges. Leur objectif était visiblement de s'en prendre à des policiers.

D'après Gilles de Kerchove, coordinateur européen pour la lutte contre le terrorisme cité samedi par le quotidien le Soir, « les attentats devaient avoir lieu vendredi contre les policiers, ils sont intervenus le jour avant. La menace n'était pas abstraite, elle était très concrète. Il fallait agir ».

Rapporté à sa population, la Belgique compte la proportion la plus élevée en Europe de ressortissants ayant quitté le pays pour aller combattre en Syrie. Les autorités belges estiment qu'une centaine de ces djihadistes sont revenus dans le pays, qu'une quarantaine d'entre eux ont été tués sur le terrain et que cent soixante-dix environ seraient toujours en Syrie ou en Irak.

Pour l'instant, aucun lien n'a été établi avec les attaques menées la semaine dernière à Paris et Montrouge mais des enquêtes sont en cours pour déterminer si Amedy Coulibaly, l'auteur de la fusillade de Montrouge et de la prise d'otages dans une supérette juive de la porte de Vincennes, et les frères Saïd et Chérif Kouachi, auteurs de la tuerie au siège de Charlie Hebdo, se sont procuré leurs armes en Belgique.

Interrogé vendredi par la RTBF, l'ancien patron de l'anti terrorisme belge André Jacob a estimé que la cellule de Verviers était déjà sous surveillance mais que l'attaque contre Charlie Hebdo avait pu accélérer l'intervention des forces de sécurité.

« Certaines informations qui étaient peut-être à la limite d'être mûres ont été effectivement exploitées plus vite que prévu. Et si elles ont été exploitées, c'est que la menace était réelle », a-t-il ajouté.

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