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4 mai 2015 1 04 /05 /mai /2015 19:45

Près de six mille huit cent migrants secourus ce week-end en Méditerranée (Reuters)

Le nombre de migrants secourus ce week-end au large des côtes libyennes a été révisé à la hausse par les autorités italiennes, qui évoquent, Lundi 4 Mai 2015, quelque six mille huit cent personnes dont une femme qui a accouché d'une fille à bord d'un navire de la marine italienne.

« La mère et l'enfant se portent bien », a déclaré la marine italienne dans un communiqué.

Au total, trente-quatre embarcations ont été interceptées au cours du week-end.

Une mer calme et des températures printanières favorisent les départs de réfugiés et de candidats à l'émigration vers les côtes européennes.

L'Italie estime que deux cent mille migrants pourraient arriver sur son sol cette année, soit trente mille de plus que l'an dernier, selon des projections du ministère de l’intérieur.

Les réseaux de passeurs ont profité de l'anarchie et de l'absence de structures étatiques en Libye pour en faire une plaque-tournante de leur trafic d'êtres humains. Selon une enquête de la justice italienne, ils percevraient en moyenne quatre-vingt mille euros par bateau.

Peu d'éléments ont été fournis sur les nationalités des milliers de personnes secourues au cours du week-end.

Depuis le début de l'année, quelque mille huit cent candidats à la traversée de la Méditerranée ont péri en mer, selon le Haut-Commissariat pour les Réfugiés (HCR) de l’ONU. Dans le même temps, cinquante et un mille ont réussi à atteindre les rivages européens, dont trente mille cinq cent en Italie.

Sous l'émotion et le choc suscités par le naufrage du 18 avril 2015, dans lequel jusqu'à neuf cent personnes ont péri, l’Union Européenne a décidé de tripler le budget et les moyens mis à disposition de sa mission de surveillance Triton.

Les secours de ce week-end ont été coordonnés par la marine et les gardes côtes italiens. Un patrouilleur de haute mer de la marine française, le Commandant Birot, de même que des navires marchands et un bateau de l'organisation privée Migrant Offshore Aid Station y ont participé.

Les corps sans vie de dix personnes ont également été retrouvés, dont sept à bord de deux canots pneumatiques. Les trois autres victimes se sont noyées en se jetant à la mer pour tenter de rejoindre un navire marchand qui venait à leur secours.

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4 mai 2015 1 04 /05 /mai /2015 19:30

http://www.reuters.com/article/2015/05/04/us-eurozone-greece-talks-idUSKBN0NP0BA20150504

La Grèce veut un accord avec ses créanciers, le Fonds Monétaire International (FMI) est inflexible sur les réformes (Reuters)

La Grèce a l'intention de rencontrer ses créanciers ce mois et de parvenir à un accord avec les bailleurs de fonds internationaux pour débloquer la dernière tranche du plan de sauvetage, mais le FMI insiste sur les réformes du travail difficiles, a déclaré le ministre du travail du pays, Lundi 4 Mai 2015.

Luttant au milieu d'une crise de liquidités, Athènes fait face au remboursement de la dette envers le FMI totalisant près d’un milliard d'euros ce mois. Il a emprunté aux municipalités et aux collectivités locales pour répondre à ces obligations.

Interrogé pour savoir s’il sera en mesure d'effectuer le paiement du FMI, le ministre du travail Panos Skourletis a dit à Mega TV que « le pays a choisi de payer ses obligations et de parvenir à un accord avec les créanciers. Nous essayons d'avoir de l'argent ».

Depuis trois mois, le gouvernement du premier ministre Alexis Tsipras est sous la pression croissante en Grèce et à l'étranger pour trouver un accord avec les créanciers européens et du FMI sur les réformes pour éviter une faillite nationale.

Panos Skourletis a déclaré que le FMI était inflexible sur ses demandes de réformes du travail, y compris les baisses des pensions et des licenciements massifs, contre le plan du gouvernement de gauche pour l’augmentation du salaire minimum.

« Le FMI nous demande de ne pas toucher aux mesures d'austérité qui ont ruiné la vie du peuple grec dans les cinq dernières années », a-t-il dit.

Elu sur les engagements visant à faire reculer l'austérité, le gouvernement a résisté à de nouvelles coupes dans les retraites et à la législation qui permettrait des licenciements massifs. Le chômage demeure près de son niveau record.

Les négociations avec les créanciers ont fait des progrès ces derniers jours et un accord pourrait être plus proche ce mois, a déclaré dimanche un fonctionnaire du gouvernement grec, bien que les points de friction demeurent.

« Le FMI est le côté le plus inflexible, la voix la plus extrême du groupe de Bruxelles », a dit le ministre. « Mais il y a aussi des voix plus calmes ».

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4 mai 2015 1 04 /05 /mai /2015 19:03

http://www.mediapart.fr/journal/international/030515/laudit-de-la-dette-grecque-une-idee-qui-fini-par-percer

L’audit de la dette grecque, une idée qui a fini par percer

Par Amélie Poinssot, envoyée spéciale de Mediapart à Athènes

Dimanche 3 Mai 2015

L'idée a mis du temps à faire son chemin au sein de Syriza. Elle a finalement été portée par la présidente du parlement, Zoé Konstantopoulou, pour négocier une restructuration de la dette grecque avec les créanciers, il faut d'abord déterminer dans quelles proportions elle est légale, légitime, et soutenable. Début avril 2015, une « commission pour la vérité sur la dette grecque » a été mise sur pied, elle commence ses travaux au début du mois de mai 2015.

Quand il rencontre pour la première fois les responsables économiques de Syriza en 2010, pour leur parler audit de la dette, l'accueil est plutôt froid. Yorgos Mitralias, militant depuis toujours, membre grec du Comité pour l’Annulation de la Dette du Tiers Monde (CADTM) se trouve alors à Berlin, pour la préparation du forum social européen. Cet ancien journaliste économique en est convaincu, la totalité de la dette grecque n'est pas légitime, et elle est insoutenable à long terme. Yannis Dragasakis, aujourd'hui numéro deux du gouvernement, et Gabriel Sakellaridis, porte-parole de l'exécutif, l'écoutent poliment. Sa proposition ne sera pas retenue par le parti, qui siège alors à Athènes sur les bancs de l'opposition.

« À ce moment-là, je découvre l'ampleur de la dette grecque et le problème que cela pose à l'économie du pays », se souvient Yorgos Mitralias. « Alors que le CADTM se concentrait par définition sur les dettes du tiers-monde, pour la première fois il s'agissait de restructurer la dette d'un pays de l'hémisphère nord. Pour moi, l'instrument de l'audit s'avérait en outre pédagogique, il pouvait conduire, s'il était bien géré, à la question de la décision politique ».

À cette époque-là, la dette pèse cent vingt-cinq pour cent du Produit Intérieur Brut (PIB) grec.

Il n'y a pas encore eu les deux opérations d'effacement partiel, le « haircut » de février 2012, et le « buying-back » de novembre 2012, dans chaque cas, une décote déguisée sous la forme d'un vaste échange d'obligations de moindre valeur réalisé avec la bonne volonté des créanciers, alors en majorité privés.

Depuis, la dette grecque est passée dans les mains des états européens, qui se sont révélés beaucoup plus frileux devant l'idée d'une nouvelle restructuration.

Comble de l'histoire, la dette grecque n'a cessé depuis de poursuivre une pente ascendante, elle frôle aujourd'hui les cent quatre-vingt pour cent du PIB.

Pendant longtemps, l'idée d'un audit de la dette publique reste confinée à des cercles assez restreints de l'extrême gauche grecque. En 2010, Yorgos Mitralias monte son site « contre la dette ». L'année suivante, il participe avec d'autres à la création d'un collectif citoyen, afin de mobiliser l'opinion publique sur la question de l'audit. Un séminaire est organisé avec de nombreux invités du monde entier, l'amphithéâtre de la fac de droit d'Athènes qui accueille l'événement ne désemplit pas pendant deux jours et un mois plus tard, pendant le mouvement des « indignés », le stand du collectif installé au pied du parlement d'Athènes est assailli par les curieux de tous bords. Mais le souffle retombe assez vite et, côté politique, très peu de responsables osent se frotter au sujet. Une seule députée s'empare réellement du dossier, Sofia Sakorafa, une ancienne socialiste qui a pris ses distances avec le Pasok un an auparavant, quand le parti a fait voter le premier mémorandum d'austérité, et qui rejoindra plus tard Syriza, sous l'étiquette duquel elle se fait élire au parlement européen en mai 2014.

« À l'époque, personne ne voulait parler de la dette en tant que telle », confirme l'intéressée, qui ne cache pas sa joie de voir enfin son thème de prédilection sur le devant de la scène.

« Faire l'audit de la dette, comprendre comment elle s'est créée, c'est nous permettre de ne pas reproduire les erreurs qui nous ont conduits jusqu'ici ».

C'est à la fin de l'année 2013 que le parti d’Alexis Tsipras se convertit à l'idée d'un audit. La direction de Syriza reçoit alors Yorgos Mitralias, puis le président du CADTM, Éric Toussaint. « L'idée avait enfin pénétré les cercles proches d’Alexis Tsipras. Je pense que jusque-là ils étaient tout simplement ignorants sur la question de la dette », lâche Yorgos Mitralias. De fait, à partir de ce moment-là, le parti de la gauche radicale construit sa stratégie de conquête de pouvoir. Le discours devient plus précis, le programme plus concret et la présence dans les médias plus offensive. La question d'une restructuration de la dette et surtout l'organisation d'une conférence internationale à ce sujet, à l'image de la conférence de Londres de 1953 qui avait permis d'effacer une grande partie des dettes allemandes, deviennent l'axe central des discours d'Alexis Tsipras. C'est précisément ce qu'il défend, dans l’entretien qu’il accorde à Mediapart en avril 2014.

Arrivé au pouvoir, en janvier 2015, Syriza tente tant bien que mal d'appliquer une partie de son programme. Il est surtout embarqué dans des négociations interminables avec les partenaires de la Grèce pour boucler les programmes d'austérité décidés sous les gouvernements précédents et la question de la renégociation de la dette est repoussée à plus tard. C'est finalement la conviction et l'obstination de la présidente de l'assemblée, Zoé Konstantopoulou, qui permet de ne pas enterrer le sujet. Début avril 2015, elle annonce, au cours d’une conférence de presse, la création de la « commission pour la vérité sur la dette grecque ».

Composée d'une trentaine d'experts bénévoles, grecs et étrangers, cette commission va s'atteler dans un premier temps à décrypter les dettes contractées par le pays depuis 2010, qui représentent aujourd'hui environ quatre-vingt pour cent du poids total de la dette publique grecque. Elle rendra ses premiers résultats fin juin 2015, avant de poursuivre l'audit sur le reste de la dette, d'ici à la fin de l'année.

La plupart des membres de la commission sont des juristes, spécialistes en droit commercial, en droit constitutionnel et en droit des traités ou encore des experts sur les questions relatives aux droits de l'homme. La commission compte aussi des spécialistes des finances publiques et de l'endettement. Côté français, on y trouve Patrick Saurin, spécialiste des dettes locales et syndicaliste SUD des employés de banque, le juriste Renaud Vivien, ou encore l'économiste Michel Husson de l’Institut Français pour la Recherche Economique et Sociale (IFRES).

D'autres experts viennent de Belgique, d'Espagne ou de Grande-Bretagne, sont passés par la prestigieuse London School of Economics ou par des postes à l’ONU et au conseil de l'Europe.

L’exemple équatorien

L'ensemble de la commission est placée sous la houlette d'Éric Toussaint, le porte-parole du CADTM. Cet analyste économique, auteur de nombreux ouvrages sur la problématique de la dette, ne veut pas conclure avant l'heure, d'autant que « différentes expertises doivent pouvoir s'exprimer au cours de ce travail », mais il rappelle que déjà en 2011, avec le collectif citoyen formé à Athènes, il avait conclu à « une très large illégitimité de la dette réclamée à la Grèce par la troïka ». Le porte-parole du CADTM voit loin, le rapport de la commission est destiné tout autant aux grecs qu'aux autorités européennes, lesquelles seront conviées à la présentation des travaux. « Nous inviterons les responsables qui ont été à la tête de la troïka, comme Dominique Strauss-Kahn, Jean-Claude Trichet et Christine Lagarde », prévoit-il.

« Les banques françaises et allemandes, en 2010, ont cherché à limiter au maximum leurs pertes. Nous allons montrer comment la troïka a privilégié les intérêts des banques au détriment de la viabilité de la dette grecque en décidant des mémorandums d'austérité ». Pour ce faire, la « commission de vérité sur la dette grecque » va s'appuyer sur l'article quatre cent soixante-douze du règlement du parlement européen, lequel stipule que les autorités d'un pays sous ajustement structurel doivent réaliser un audit intégral de leurs dettes. « Cet article nous permettra d'exiger des autorités européennes des réponses à nos questions », précise Éric Toussaint.

La commission, toutefois, n'a aucune fonction décisionnaire. Son mandat est de fournir une analyse objective de la dette publique. Libre à l'exécutif, ensuite, de s'en servir comme d'un argument massue pour négocier un effacement.

C'est précisément ce qu'a fait l'Équateur, en 2009. Une commission, dont faisait partie, déjà, le porte-parole du CADTM, avait planché pendant quinze mois sur la dette publique du pays, travaux dont s'était saisi le pouvoir équatorien pour négocier ensuite avec ses créanciers.

Opération réussie, après sept mois de discussions, quelque quarante pour cent de l'ardoise équatorienne avaient été effacés. Diego Borja était alors ministre de l'économie à Quito et se trouvait en première ligne des discussions. Aujourd'hui membre de la « commission pour la vérité sur la dette publique », il voit deux points communs importants entre son pays d'Amérique Latine et la péninsule hellène. « Le premier, c'est que tous deux fonctionnent avec une monnaie émise hors du pays, le dollar dans le cas de l'Équateur, l'euro dans le cas de la Grèce, ce qui a un impact sur l'économie réelle et les marges de manœuvre politiques. Le deuxième, c'est le ratio entre la dette et la capacité économique du pays. Pour l’Équateur, le poids de la dette, avant l'effacement, s'élevait à trente-cinq pour cent du PIB. Certes, ce chiffre est largement inférieur à celui de la Grèce. Mais si l'on tient compte de la puissance économique équatorienne, beaucoup plus modeste, cela revient au même, la dette était si lourde qu'elle était insoutenable pour le pays ».

L'opération d'effacement a pris la forme d'un échange d'obligations auprès des créanciers privés, moyennant une baisse de soixante-dix pour cent de leur valeur. Cela a représenté une économie de huit milliards d'euros pour le gouvernement équatorien, et une baisse de quinze points de PIB. « Une opération parfaitement légale et légitime, réalisée avec les instruments que permet le marché », souligne l'ancien négociateur, joint par téléphone. « Le pays s'était acquitté au préalable de ses dettes auprès du Fonds Monétaire International (FMI), d'un montant de quatre-vingt millions de dollars, ce qui lui a permis de rester irréprochable au regard des institutions internationales ».

L'exemple équatorien est assez parlant pour le cas grec, l'effacement partiel de sa dette avait permis à Quito de dégager de l'argent public pour lancer une politique de grands investissements, dans les secteurs de l'éducation, des transports et de la santé notamment.

Mais l'opération financière n'avait pas complètement résolu la question de l'endettement public, et les dettes sont revenues à la hausse ces dernières années en raison de la conjoncture économique et de la baisse du prix du pétrole, principale ressource du pays. De plus, les sommes en jeu à l'époque dans le cas de l'endettement équatorien n'ont rien à voir avec les sommes que l’état grec doit rembourser aujourd'hui. Les mois de juillet et août 2015 à eux seuls attendent Athènes au tournant, la péninsule hellène devra alors rembourser six milliards sept cent millions d'euros à la Banque Centrale Européenne (BCE). D'ici là, plusieurs échéances se présentent vis-à-vis du FMI, dont une le 12 mai 2015 qui s'annonce déjà problématique, d'après une source gouvernementale à Athènes, l’état n'a pas la trésorerie nécessaire pour régler les sept cent cinquante millions d'euros dus à cette date à l'institution de Washington. Au total, la Grèce cumule actuellement une ardoise de plus de trois cent vingt milliards d'euros.

Pour Sofia Sakorafa, porteuse du projet d'audit depuis 2011 et désormais responsable des relations de la « commission vérité » avec le parlement européen et les parlements nationaux, l'intérêt de ce travail n'est pas seulement de fournir des arguments à une future restructuration du fardeau de la dette. Il est aussi de modifier le rapport des grecs à leur administration, « poser la question de la dette, c'est faire œuvre de transparence sur la gestion de l'argent public », estime la députée européenne qui rappelle combien les Jeux Olympiques, en 2004, avaient déjà sacrément alourdi les dépenses de l’état. « Le budget des Jeux Olympiques annoncé au départ était de deux milliards cinq cent millions d'euros. Il a été de dix milliards cinq cent millions d’euros au final ».

Décortiquer la dette, explique-t-elle, va permettre de mettre en évidence les nombreux dessous-de-table partis à l'occasion de ces Jeux Olympiques, ou encore les juteux contrats signés avec l'entreprise allemande Siemens dans les années 2000. Il va aussi permettre de déterminer la part du budget militaire dans l'envolée des dépenses publiques. En 2010, rappelle l'élue de Syriza, lorsque le gouvernement grec signe le premier mémorandum d'austérité, deux pays s'assurent que leurs contrats seront bien honorés malgré le tournant de la rigueur, la France, qui vend des hélicoptères à la Grèce, et l'Allemagne, qui vend des sous-marins à la Grèce.

Autant d'éléments qui, s'ils ressortent clairement des travaux de la commission d'audit, permettront de regarder d'un autre œil l'histoire de ces cinq dernières années. « Il ne s'agit pas seulement de se dire la vérité à nous, les grecs. Il s'agit de dire la vérité aussi aux européens sur la réalité de ce qui s'est passé. Sous quelles conditions avons-nous signé les mémorandums d'austérité, que demandaient alors précisément les institutions européennes et le FMI quand ils nous prêtaient de l'argent ? Personne ne nous a prêté des millions par altruisme. Tous les créanciers en ont tiré profit ». L'Allemagne a ainsi déjà tiré des sommes colossales de l'argent prêté à la Grèce. Les estimations varient, mais d’après le Rheinische Post qui reprenait en mars 2015 une déclaration du ministre allemand des finances à ce sujet, Berlin aurait déjà touché trois cent soixante millions d'euros en taux d'intérêt depuis 2010.

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3 mai 2015 7 03 /05 /mai /2015 18:40

Marche à Baltimore, où la colère a fait place à l’espoir (Reuters)

Plusieurs milliers de personnes sont descendues, Samedi 2 Mai 2015, dans les rues de Baltimore, ville de la côte est des Etats Unis où la colère suscitée par la mort du jeune noir Freddie Gray s'est transformée en espoir de changement après l'inculpation de six policiers.

Six policiers de Baltimore ont été inculpés vendredi, dont l'un pour meurtre, dans le cadre de l'enquête sur la mort de Freddie Gray, un noir de vingt-cinq ans décédé des suites de blessures subies après son interpellation. Le jeune homme, mort le 19 avril 2015 soit une semaine après son arrestation, avait été victime d'une grave blessure au cou après avoir été menotté mains dans le dos dans un fourgon de police.

Les six policiers inculpés, trois blancs et trois noirs, ont été arrêtés puis remis en liberté sous caution vendredi. Aucune date n'a encore été fixée pour l'ouverture de leur procès.

L'atmosphère était à l'espoir lors la marche de samedi à Baltimore, qui est partie du quartier où Freddie Gray avait été arrêté le 12 avril 2015, et s'est dirigée vers la place de l'hôtel de ville où la procureure Marilyn Mosby a annoncé vendredi les inculpations.

La maire de Baltimore, Stephanie Rawlings-Blake, qui a été la plupart du temps absente des manifestations consécutives à la mort de Freddie Gray, s'est mêlée à la foule samedi près du carrefour de Baltimore Ouest où les émeutes ont été les plus violentes, lundi, après les obsèques du jeune noir.

MANIFESTATION À SEATTLE

Mais si les inculpations annoncées ont apporté un certain soulagement dans cette ville de six cent vingt mille habitants, les manifestants déclaraient qu'il fallait maintenant que la justice passe, non seulement à Baltimore mais partout où, aux Etats-Unis, ils jugent les minorités excessivement prises pour cibles et maltraitées par la police.

« Nous nous réunirons pacifiquement, nous marcherons pacifiquement et nous le ferons jusqu'à ce que les brutalités policières prennent fin aux Etats-Unis », a déclaré Malik Shabazz, président de l'organisation « black lawyers for justice », « avocats noirs pour la justice », qui avait organisé le rassemblement de samedi.

« Nous sommes ici aujourd'hui parce que j'ai deux fils noirs et j'espère qu'ils grandiront dans un monde différent, où les policiers respectent la communauté et où la communauté respecte la police », déclarait devant la mairie de Baltimore un manifestant de quarante-trois ans, Jeff Wilson.

La police a procédé à une dizaine d'arrestations pour violation du couvre-feu nocturne, en vigueur depuis les émeutes du début de semaine.

Des rassemblements analogues ont eu lieu samedi dans d'autres villes américaines. A Seattle, quelques dizaines de personnes ont défilé et bloqué la circulation, mais la situation est restée bien plus calme que le jour du premier mai, où les défilés avaient dégénéré en affrontements avec la police sur la côte ouest à Seattle, Portland et Oakland.

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3 mai 2015 7 03 /05 /mai /2015 18:26

http://blogs.mediapart.fr/blog/nestor-romero/030515/podemos-el-che-monedero

El Che Monedero

Par Nestor Romero

La nouvelle, en ce Vendredi Premier Mai 2015, fait la une de tous les médias du monde hispanique, Juan Carlos Monedero, fondateur avec Pablo Iglesias de Podemos, quitte la direction du parti.

Ici même, Ludovic Lamant nous conte en détail les tenants sinon les aboutissants, personne ne peut prédire ce qui va se passer maintenant, de ce geste, de cette geste, spectaculaire.

Il est vrai qu’un véritable malaise s’est propagé à l’occasion de la révélation des ennuis fiscaux de Juan Carlos Monedero alors même que l’administration fiscale n’a relevé aucune irrégularité et s’est donc abstenue de toute sanction, mais enfin le mal est fait, il n’y a pas de fumée sans feu.

Il est sans doute vrai qu’il y avait des désaccords quant à la stratégie à observer entre Inigo Errejón et Juan Carlos Monedero et que Pablo Iglesias a tranché en faveur du premier.

Il est peut-être même vrai que, comme le dit Pablo Iglesias, Juan Carlos Monedero n’est pas « un homme de parti » et qu’il sera plus utile à la base qu’au sommet.

C’est en tout cas ce que semble penser Teresa Rodriguez, ancienne députée européenne et leader de Podemos en Andalousie, et même Pablo Echenique, lui aussi ancien député européen et leader du parti en Aragon.

Pourtant on sent bien que tout cela n’est pas très convaincant et il convient alors de lire attentivement la lettre adressée, Vendredi Premier Mai 2015, par Juan Carlos Monedero à « mon ami Pablo Iglesas », car il apparaît immédiatement, mais peut-être seulement aux plus anciens d’entre nous, que ce texte sonne comme une musiquette déjà entendue il y a bien longtemps certes et sous d’autres cieux.

Ecoutons, « il s’agissait de transformer cette indignation sociale, celle du 15 mai 2011, en indignation politique. Nous avions avec nous la puissance d’un type authentique portant une « coleta », une « queue de cheval », et dont la voix avait le timbre des gens d’en bas et qui avait surtout beaucoup d’idées. Quand Pablo Iglesias me demanda si « on se lance », je lui répondis « qu’avec toi Pablo Iglesias, je me lance ».

Poursuivons, « aujourd’hui je quitte les responsabilités à la direction de Podemos avec une seule intention, impulser avec encore plus de force ce projet ».

Je suis sûr que certains ont déjà reconnu le ton d’une autre lettre elle aussi adressée à « un type authentique ».

Puis encore, « Pablo Iglesias est une partie superbe de ma biographie. En politique, je ne me suis jamais senti plus en sécurité que quand il était près de moi. Qui ne comprend pas cela, ne comprendra pas pourquoi Pablo Iglesias a le mandat de gouverner ce pays. Je suis fier d’être ton ami. Merci pour tout ce que tu fais et pour la résistance que tu opposes à tant de mensonges ».

Il ne restait plus qu’à conclure, « hasta la victoria siempre, patria o muerte », « jusqu’à la victoire toujours, la patrie ou la mort ».

Car, on l’a deviné, la lettre à laquelle je faisais allusion est celle adressée par Ernesto Che Guevara à Fidel Castro en 1965 alors qu’il vient de quitter Cuba et son poste de ministre pour « d’autres terres du monde qui réclament le concours de mes modestes efforts ».

Et ce n’est pas par hasard, bien sûr. On sait maintenant combien ces trois professeurs sont fascinés par les processus politiques d’Amérique Latine, fascinés par la personnalité de ces « caudillos », de Fidel Castro à Rafael Correa en passant par Hugo Chavez et Evo Morales au point de théoriser le charisme et la nécessité d’un personnage charismatique autour duquel se rassemblent et se mobilisent les gens pour se constituer en peuple.

On sait en outre combien leur fascination pour le spectacle et la « communication » les a conduits à se saisir d’Antonio Gramsci et de sa théorie de l’hégémonie culturelle pour faire irruption sur tous les écrans et sur toutes les ondes.

Et tout cela fonctionne à l’émotion comme le dit Juan Carlos Monedero lui-même dans sa lettre, mais l’émotion ne dure qu’un temps, et tout cela suscite des réactions, diverses, ces deux commentaires par exemple, dans les commentaires de www.publico.es à la suite de la lettre.

De Noelia, « merci professeur, tu es notre comandante, hasta la victoria siempre ».

Mais aussi de Francisco José Martinez, « cher Juan Carlos Monedero, en toute amitié quelques observations, le chant au leader qui protège, le « avec toi, je me lance » dénote une conception du leadership qui pour ceux qui n’avons jamais été ni péronistes ni même léninistes est particulièrement troublante. Enfin, ce n’est pas Pablo Iglesias qui a le mandat de gouverner notre pays mais le peuple qui n’est pas seulement les gens mais quelque chose de plus structuré idéologiquement et politiquement ».

Ne semble-t-il pas alors que s’éclaire le sens de la lettre de Juan Carlos Monedero à Pablo Iglesias d’une lueur quelque peu sinistre, celle du culte de la personnalité. Car par ce dithyrambe et par son « retour à la base » Juan Carlos Monedero pose définitivement et de manière spectaculaire son ami en tant que « caudillo ».

Ce faisant n’affirme-t-il pas, n’applique-t-il pas la stratégie qu’ensemble ils concoctèrent dans leur université, le leader, les gens, le spectacle et le pouvoir ?

Seulement comme dit fort justement Teresa Rodriguez, « Podemos n’est pas une expérience universitaire ».

Est-ce à dire que tout cela serait un montage spectaculaire donné au moment où les sondages sont médiocres ? Le proche avenir ne va pas tarder à nous le dire.

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3 mai 2015 7 03 /05 /mai /2015 16:04

http://www.ensemble-finistere.eklablog.com/en-espagne-podemos-se-dechire-sur-sa-strategie-a117516352

http://www.mediapart.fr/journal/international/020515/en-espagne-podemos-se-dechire-sur-sa-strategie

En Espagne, Podemos se déchire sur sa stratégie

Par Ludovic Lamant

Samedi 2 Mai 2015

La démission du numéro trois de l'organisation intervient à trois semaines des élections régionales. Elle révèle des désaccords de fond entre les partisans d'un Podemos transversal, qui s'adresserait à l'ensemble des électeurs, de droite comme de gauche, et ceux d'un Podemos plus combatif contre la « caste », qui assumerait son ancrage à gauche.

Sa démission était attendue, mais personne ne pensait qu'elle interviendrait si tôt. À trois semaines des élections régionales du 24 mai 2015, le premier grand test électoral pour Podemos après son succès aux élections européennes de mai 2014, le signal n'est évidemment pas bon. Juan Carlos Monedero, cofondateur et numéro trois du mouvement, a quitté ses fonctions Jeudi 30 Avril 2015.

L'annonce a été faite par Pablo Iglesias jeudi en fin de journée, après la diffusion d'un entretien de Juan Carlos Monedero à une émission de Radiocable, où il apparaît très remonté contre les orientations actuelles du mouvement.

Juan Carlos Monedero, professeur de sciences politiques à l’université Complutense de Madrid, l'un des théoriciens les plus médiatisés de la crise du régime espagnol, a dit tout haut les réserves qu'il gardait pour lui depuis des mois, sur les orientations du mouvement.

Podemos « a cessé de trouver le temps » de se réunir avec ses bases, les « cercles » de citoyens réunis aux quatre coins du pays et considérés comme le poumon du mouvement, a dit Juan Carlos Monedero. Et de regretter « qu’une minute de télévision soit devenue plus importante que les cercles. Je préfère Eduardo Galeano, auteur uruguayen décédé en avril 2015, à Game of Thrones », a-t-il résumé, en référence à la série télé américaine dont Pablo Iglesias est un grand fan, il y a consacré un ouvrage collectif, et récemment offert au roi un coffret DVD de la série. Pour les membres de Podemos, le message est limpide, trop de stratégie électoraliste, pas assez de contenu, en particulier pour des réformes de gauche. Le mouvement doit « retrouver sa fraîcheur » des débuts, a insisté celui qui a rédigé le programme de Podemos pour les élections régionales.

« Juan Carlos Monedero n’est peut-être pas un homme de parti, mais un intellectuel qui a besoin de voler », a commenté Pablo Iglesias, précisant qu'il ne partageait pas « certaines des réflexions » de Juan Carlos Monedero.

« L’aiguillon critique qu’est Juan Carlos Monedero est indispensable, pour moi comme pour nous tous, en tant qu’organisation politique. Nous avons besoin de cet aiguillon, et de Juan Carlos Monedero prenant son envol, avec davantage de liberté pour faire ce qu’il fait de mieux, et porter le doigt dans la plaie. Juan Carlos Monedero quitte la direction, il ne quitte pas Podemos », a-t-il insisté.

Au sein de Podemos, Juan Carlos Monedero était déjà très affaibli. Celui que Pablo Iglesias avait choisi pour le remplacer, fin 2013, pour animer les débats de son émission télévisée culte la Tuerka, s'était trouvé en janvier au cœur d'une tempête médiatique. Il était accusé d'avoir sous-déclaré au fisc espagnol quelque quatre cent vingt-cinq mille euros versés par le Venezuela, l’Équateur, la Bolivie et le Nicaragua. Cette somme correspond à des services de conseil, réalisés notamment auprès du régime d’Hugo Chavez au cours des dernières années.

Juan Carlos Monedero avait été contraint en février de verser deux cent mille euros au fisc pour éviter une sanction, et de diffuser des extraits de ses comptes bancaires lors d'une conférence de presse. L'affaire avait aussi déstabilisé dans les rangs de Podemos, alors que la direction se démenait, depuis des mois, pour faire oublier le passé chaviste, trop clivant à ses yeux, de certains de ses dirigeants.

Depuis, Juan Carlos Monedero tentait de rester discret. Il a peu participé à la campagne des élections régionales anticipées en Andalousie, en mars 2015. Il s'était tout de même fait remarquer, lors d'un meeting de campagne, pour une sortie musclée contre Christine Lagarde, la directrice du FMI, « qui disait que le problème, c’est que nous vivions trop longtemps, et bien meurs, toi, si tu penses que c’est la solution ». La petite phrase avait provoqué un tollé à Madrid. En tant que numéro trois du parti, Juan Carlos Monedero venait tout de même de boucler le programme de Podemos pour les élections régionales de fin mai 2015.

Dans un billet qui se veut apaisant, publié sur son blog peu après sa démission, Juan Carlos Monedero assure qu'il est toujours aux côtés de Podemos et que Pablo Iglesias reste un ami proche, « je vais reprendre mes dîners avec Pablo Iglesias où l’on parlera d’autres choses que des exigences de la bureaucratie ».

Mais personne n'est dupe, la démission de Juan Carlos Monedero, au-delà de sa seule personne, met en lumière des débats violents qui secouent la direction de Podemos depuis des semaines sur la stratégie à tenir. Ces débats auraient dû éclater au grand jour après les élections du 24 mai 2015. Le départ de Juan Carlos Monedero vient d'accélérer le calendrier.

Le premier désaccord, sur le modèle d'organisation, n'est pas nouveau. Il concerne la place faite aux « cercles », et plus généralement à la base des militants de Podemos, dans la construction du mouvement. « Parfois nous ressemblons à ceux que nous prétendons remplacer », a déclaré Juan Carlos Monedero, Jeudi 30 Avril 2015. En octobre 2014, lors du congrès de Vistalegre, à Madrid, auquel a assisté Mediapart, la ligne de Pablo Iglesias, pour une organisation très classique et verticale, avait fini par l'emporter sur celle des partisans d'un mouvement plus participatif. À l'époque, l'argument avancé était celui de l'efficacité, il fallait faire preuve de réalisme politique, si l'on voulait remporter les élections générales à la fin de l’année 2015. Pablo Iglesias avait alors convaincu plus de quatre-vingt pour cent des votants mais le débat, au sein des cercles, avait été très tendu.

« Ce que l’on voit aujourd’hui, c’est que le modèle qui a triomphé à Vistalegre doit être révisé. En reprenant au moins quelques idées forces de l’autre groupe, concurrent à Pablo Iglesias lors du congrès. Il faut en priorité trouver un remède à la marginalisation des cercles », estime Jaime Pastor, un membre du « conseil citoyen » de Podemos pour la communauté autonome de Madrid, interrogé par www.infolibre.es. « Il y a des personnes et des opinions qui ont pu se sentir exclues », reconnaît Jaime Pastor, considéré comme un proche de Pablo Iglesias.

L'autre désaccord, plus lourd, porte sur le « recentrage » politique de Podemos.

Lors du congrès de Madrid, Pablo Iglesias avait dit vouloir « occuper la centralité de l’échiquier politique ». En clair, l'universitaire voulait tout autant séduire les déçus du parti socialiste, le PSOE, que ceux du parti populaire, à droite.

Podemos, expliquait-il, n'est ni de droite, ni de gauche, il s'oppose à la « caste » des partis en place. Ce positionnement tactique lui interdisait de définir de manière trop précise son programme, de peur de faire fuir les uns, ou les autres.

Quel degré de radicalité ?

Comme Mediapart l’a déjà raconté, ce positionnement doit beaucoup aux convictions d'Íñigo Errejón, le numéro deux du parti. Cet autre universitaire de l’université de la Complutense, qui a consacré sa thèse à Ernesto Laclau, théoricien argentin d'un populisme qui pourrait être mobilisé au service de théories progressistes, défend le recours à des concepts larges et volontairement flous pour mobiliser les citoyens, par exemple, la patrie. Certains, chez Podemos, notamment ceux venus d'Izquierda Anticapitalista, un équivalent espagnol du NPA, ont toujours tiqué sur cette ligne. Mais ceux-là, depuis le congrès de Madrid, sont devenus minoritaires.

Seulement, depuis le début d'année, le paysage politique a changé. Un nouveau parti a surgi, Ciudadanos, qui s'est construit lui aussi sur un discours anti- corruption très musclé, mais depuis le centre-droit. Et depuis, l'ascension de Podemos, en tout cas telle que la documentent les sondages, ce qui reste très fragile, est stoppée net. Si l'on en croit les graphiques établis par Lluis Orriols, un politologue espagnol, le surgissement de Ciudadanos, qui mord aussi sur l'électorat modéré du PSOE, oblige Podemos à se radicaliser à nouveau, sur la gauche. En clair, l'irruption de Ciudadanos aurait rendu caduc le discours de Podemos sur sa « transversalité » entre la droite et la gauche.

« Tout cela fonctionnait tant que l'on opposait le neuf au vieux, et qu'aucune autre alternative n'existait en ce qui concerne le neuf. Mais Ciudadanos peut prétendre représenter le neuf, même s'ils sont depuis longtemps impliqués en politique, en Catalogne », reconnaît Raul Camargo, un autre membre de Podemos, interrogé par www.infolibre.es, partenaire de Mediapart en Espagne.

De tout cela, Podemos est en train de débattre. Pablo Iglesias avait d'ailleurs lancé lui-même les hostilités avec un texte publié le 20 avril 2015 sur son blog, « la centralité n'est pas le centre », dans lequel il se démarque en douceur des positions d’Inigo Errejón. « Occuper la centralité de l'échiquier et fixer les termes du débat national selon un récit qui devient inévitable pour le reste des acteurs politiques, qui se trouvent alors contraints de se positionner par rapport à cela, c'est bien l'objectif de n'importe quelle option politique qui souhaite remporter des élections. Mais cette centralité ne doit pas coïncider avec ce que l'on a appelé, par le passé, le centre idéologique, et qui ne pourrait se comprendre que dans un contexte où les sociaux-démocrates et les conservateurs seraient les seuls à pouvoir différencier leurs propositions », écrit Pablo Iglesias.

Le texte a provoqué, déjà, de nombreuses contributions en réponse, de la part de différentes « ailes » de Podemos. Le débat est souvent passionnant, sur le degré de radicalité de Podemos et le niveau de précision des propositions que le mouvement formulera en vue des élections générales de la fin de l'année. Il va se poursuivre dans les mois à venir. Il n'est pas exclu qu'il tourne à l'affrontement entre Pablo Iglesias et Inigo Errejón qui continue, lui, de plaider pour un discours « populiste » au sens d’Ernesto Laclau, c'est-à-dire d'un discours plutôt vague, pour parler à l'ensemble du spectre politique, quand Pablo Iglesias semble défendre des propositions plus précises, ancrées à gauche, par exemple sur les questions fiscales.

De ce point de vue, la démission de Juan Carlos Monedero, qui fut au début des années 2000 conseiller du patron des écolo-communistes, Izquierda Unida, s'explique bien par des désaccords de fond, pas tant avec Pablo Iglesias qu’avec Inigo Errejon, responsable de la stratégie politique du mouvement. Jeudi 30 Avril 2015, ce dernier a d'ailleurs fait le service minimum, sur twitter, après l'annonce de la démission de Juan Carlos Monedero.

Pour Teresa Rodriguez, ancienne chef de file de Podemos en Andalousie pour les élections régionales du 22 mars 2015, et représentante d'une aile plus mouvementiste au sein de l'organisation, le départ de Juan Carlos Monedero est une « bonne nouvelle ». De l'extérieur, il pourrait devenir un « allié pour nous interpeller et éviter que nous ne nous convertissions en ce contre quoi nous avons tant lutté. Les institutions sont très puissantes, lorsqu'il s'agit d'absorber l'esprit de rébellion et la volonté de changement », a-t-elle reconnu. Celle qui a été élue au parlement d'Andalousie a dû discuter ces derniers jours avec les socialistes, pour évoquer un improbable gouvernement de coalition entre le PSOE et Podemos dans cette région.

« Depuis les origines de Podemos, il y a deux pôles en discussion, l'un en lien avec la mobilisation sociale, les places et les espaces du mouvement du 15 mai, le mouvement des indignés, et l'autre en lien avec la volonté de construire un outil électoral pour trouver des solutions législatives, depuis les assemblées élues, à la situation », résume Teresa Rodriguez.

Pour le journaliste Ramon Lobo, qui vient de publier un livre d’entretien avec Juan Carlos Monedero, « la principale erreur de Podemos, c'est d'avoir cru dans les sondages, qui les donnaient, fin 2014, premier parti d'Espagne, et de vouloir gouverner, quand leur véritable rôle sera sans doute, plutôt, de régénérer la vie politique de ce pays. Ils sont déjà parvenus à profondément renouveler l'atmosphère politique, sans même avoir un seul représentant au sein des institutions espagnoles. S'ils obtiennent en novembre quarante, cinquante ou quatre-vingt sièges, ils seront quoi qu'il en soit une force décisive ». Et Ramon Lobo, qui ne va pas se faire que des amis, de pronostiquer, « sans Juan Carlos Monedero en première ligne, il sera plus facile pour eux de se positionner comme sociaux-démocrates. Et cela représente aussi un défi, du coup, pour les adversaires de Podemos, que vont-ils faire désormais ? Les temps sont passionnants. Et l'époque est au changement ».

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3 mai 2015 7 03 /05 /mai /2015 14:42

http://www.lavoixdunord.fr/region/trafic-d-armes-presume-de-claude-hermant-la-piste-ia0b0n2806501

Trafic d’armes présumé de Claude Hermant

La piste d’Amedy Coulibaly se confirme

Dimanche 3 Mai 2015

L’enquête sur cette figure de la mouvance identitaire du Nord Pas De Calais contient des éléments très sensibles.

Un lien avec les armes utilisées par le terroriste de l’Hyper Cacher de Paris est sérieusement envisagé. De plus, Claude Hermant était un informateur de la gendarmerie.

L’ombre des attentats de Paris plane sur le trafic d’armes présumé de Claude Hermant, figure de la mouvance identitaire régionale. C’est sans doute ce qui explique le mutisme de la police et de la justice. Car la volumineuse enquête de la police judiciaire de Lille, pilotée par le juge lillois Stanislas Sandraps, contient de multiples informations explosives.

L’affaire a éclaté fin janvier 2015, peu après les attaques terroristes. Après huit mois d’investigations, Claude Hermant, sa compagne et un autre homme, sont mis en examen et écroués. Depuis, seul le premier reste en détention provisoire, les deux autres ayant été libérés. Selon deux sources différentes proches du dossier, « des éléments lourds » pèsent sur lui.

Depuis plusieurs années, il aurait remilitarisé « beaucoup » d’armes de guerre neutralisées provenant de pays de l’est. « Elles ont ensuite été écoulées dans le milieu du grand banditisme, pas uniquement lillois ». Lors des perquisitions, de « nombreuses armes et munitions » ont été saisies.

Ce trafic présumé n’aurait pas servi qu’à alimenter des voyous. Dès fin janvier 2015, nous évoquions l’hypothèse que certaines armes auraient été utilisées par Amedy Coulibaly, le terroriste de l’attentat du Vendredi 9 Janvier 2015 contre l’Hyper Cacher de la Porte de Vincennes à Paris. « C’est une piste très sérieuse, en bonne voie de confirmation ». Elle mène en Belgique, où « Claude Hermant avait des relations » dans le cadre de son réseau présumé. Rappelons qu’Amedy Coulibaly se serait procuré ses armes à Charleroi.

Si le lien se vérifie, il ne serait pas nécessairement direct. « Dans ce genre de trafic, il y a toujours un ou des intermédiaires. Claude Hermant ne connaissait pas forcément la destination finale des armes. Cela montrerait en tout cas la porosité entre certains milieux islamistes et du banditisme ». Un autre aspect s’ajoute à ce dossier. Claude Hermant était un informateur de la gendarmerie. Mais il aurait trafiqué les armes, « pour son propre compte », tempèrent nos deux sources, « pas celui de la gendarmerie. Il la mouille pour s’en sortir ».

Claude Hermant, du Front National à la maison flamande de Lambersart

Âgé de cinquante et un ans, Claude Hermant a un passé bien rempli dans les milieux « barbouzards » et d’extrême droite. Ancien membre de la sécurité du Front National dans les années 1990, il a aussi été mercenaire, en Angola, au Congo et en Croatie. Au cours des dernières années, il s’est fait connaître dans la région en étant un leader de l’ancienne maison flamande de Lambersart. Ces derniers temps, il travaillait dans une friterie à Lille.

Ces mails qui jettent le trouble

« Salut Claude, nous avons vu avec notre hiérarchie. Nous sommes partants pour les deux dossiers que tu nous as présentés ». Imaginons que vous tombiez sur ce type de message, parmi une dizaine, qui aurait été envoyé par un gendarme à Claude Hermant, le 21 novembre 2014 à 8 heures 47. Que ce mail soit en possession du juge d’instruction en compagnie d’autres pièces transmises par un homme sourcilleux. Qu’un proche du prévenu certifie que « Claude Hermant a assuré ses arrières », voilà qui ajouterait au trouble. Poursuivi pour trafic d’armes en bande organisée, Claude Hermant, cinquante et un ans, placé à l’isolement au centre pénitentiaire de Lille-Annœullin, entend « laver son honneur ». « Mon client est un combattant, il n’aurait jamais travaillé contre les intérêts de son pays », poursuit Maxime Moulin.

La question est de savoir si le prévenu, via ces mails, était missionné, instrumentalisé, par quelques services de renseignements de la métropole lilloise. Si ces missions ont bien conduit l’ancien barbouze près de Charleroi pour y surveiller un hypothétique trafiquant. Si cette affaire croise le travail de la justice belge qui cherche à déterminer la solidité des liens entre Amédy Coulibaly et un trafiquant d’armes présumé qui était domicilié à Charleroi. Si le lillois a joué le jeu des services ou double jeu.

« Le prochain Marc Fievet »

Selon nos informations, l’ex-mercenaire aurait acheté des armes « neutralisées » via une entreprise slovène (AFG) ayant pignon sur rue. « Il se servait de ces armes pour infiltrer le grand banditisme », affirme un familier. Le renvoi à un message daté du 24 mai 2014 délivré à l’un de ses correspondants gendarmes se montre plus précis, « AFG livre des armes qui ensuite suivent un circuit de remilitarisation et finissent dans les quartiers lillois ». Les enquêteurs restent convaincus que Claude Hermant, présumé innocent, serait la tête pensante d’un important trafic au minimum régional. La nature des armes saisies, leur nombre et les factures doivent permettre de clarifier une situation complexe.

Une affaire de vengeance et de balance plane également sur ce dossier dont chaque tiroir possède ses secrets. Joint ce jeudi, l’état-major de la gendarmerie de Villeneuve-d’Ascq renvoie à « la commission rogatoire internationale, aux services de police concernés et au procureur ».

Dans les couloirs du palais de justice, Claude Hermant s’était fait plus loquace. Il ne serait pas « le prochain Marc Fievet ». Allusion directe à cet ancien inspecteur des douanes français arrêté par les autorités canadiennes et lâché par sa hiérarchie. Qui, après avoir purgé onze ans de prison, se bat pour obtenir sa réhabilitation. Que le chemin s’annonce long.

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2 mai 2015 6 02 /05 /mai /2015 17:37

http://www.liberation.fr/monde/2015/04/29/le-jour-ou-saigon-a-vu-rouge_1277001

Le jour où Saigon a vu rouge

Par Alain Wasmes

Mercredi 29 Avril 2015

Posté à Hanoi il y a quarante ans, un reporter de l’Humanité raconte pour Libération la subite fin de la guerre du Vietnam

« Thang loi », « victoire », du ministère de l’intérieur à Hanoi, en face de l’hôtel Thong Nhat, aujourd’hui le Métropole, où j’ai mon bureau, un fonctionnaire surgit, se précipite dans la rue en hurlant et en faisant éclater des grappes de pétards qu’il tient à bout de bras. Mercredi 30 Avril 1975, il est près de 11 heures. Il vient d’entendre la radio de Saigon annoncer la reddition sans condition du régime pro-américain du Sud-Vietnam aux forces communistes et révolutionnaires.

De ma fenêtre, je regarde cet homme, vite rejoint par une foule hurlant de joie, et j’ai du mal à réaliser que je vis la fin de la guerre du Vietnam. C’est pourtant le cas. Des douze jours et nuits de bombardement de Hanoi par les B52 en décembre 1972 aux accords de Paris signés fin janvier 1973, entraînant le retrait américain du Vietnam, et jusqu’à la chute de Saigon, j’ai vécu toute la fin de cette guerre en tant qu’envoyé spécial permanent de l’Humanité à Hanoi.

De cette époque, je garde des carnets de notes et des souvenirs jaunis par le temps, qui ne sont plus que des poussières d’histoire. Ce jour-là, il y a quarante ans, j’ignore encore tout ce qui se passe à Saigon. Comment l’entrée des « bo doi », les soldats nord-vietnamiens, y est-elle accueillie ? Mais, à Hanoi, c’est une explosion de joie. On fête la libération, de Saigon, certes, et surtout la fin de la guerre. Dans les rues du vieil Hanoi, autour du petit lac, au centre, je me laisse porter par cette liesse d’autant plus grande que, quelques mois auparavant encore, cette population n’y croyait plus. A bout de forces, elle avait accueilli les accords de Paris avec l’illusion d’une paix enfin survenue. Mais au Sud-Vietnam, la guerre continuait contre le « fantoche » Nguyen Van Thiêu et son régime. Au Nord, les deux années suivant ces accords avaient été parmi les plus dures. Au sein de la population, le mécontentement grondait. Des émeutes de la faim éclataient parfois dans les provinces, « notre peuple est épuisé. Il exige de nous de pouvoir mieux vivre », avait confié le premier ministre de l’époque, Pham Van Dong, à María Maluenda, alors ambassadrice du Chili d’Allende et grande figure dans son pays. Il était clair que la situation ne pouvait durer ainsi et qu’au Sud-Vietnam, les nord vietnamiens devaient faire un pas décisif. Quand ils lancent leur offensive, début mars, pensent-ils prendre Saigon ?

Une improvisation totale

L’histoire brusquement chausse ses bottes de sept lieues. En mars, d’une heure à l’autre, les ministères de Hanoi se vident de leurs fonctionnaires envoyés, sans préparation et de toute urgence, au sud par bus, camions et même avions, pour prendre en charge les villes « libérées » à une vitesse, à l’évidence, imprévue.

Dans l’improvisation la plus totale, tout ce qui peut aller au sud, hommes, véhicules et matériel, est mobilisé. Lorsque les nord vietnamiens entrent dans Saigon, j’ai le sentiment que l’histoire a pris un raccourci auquel même les vainqueurs n’étaient pas préparés. Parmi mes contacts à Hanoi, il y avait deux personnages clés. Avec le correspondant de l’AFP, après 1954, l’agence avait pu garder ouvert son bureau de Hanoi, et mon alter ego de l’Unita, le journal du Parti Communiste Italien, nous les avions surnommés « plic et ploc ». Ils s’étaient présentés comme « journalistes », leurs pouvoirs indiquaient bien d’autres rôles. A l’occasion d’une parade militaire en 1973, ils me saluèrent, amusés, de la tribune officielle, en grand uniforme d’officiers supérieurs du KGB vietnamien.

En privé, leurs propos étaient éclairants. En février 1973, en service après-vente des accords de Paris, Henry Kissinger, le négociateur américain, fit le voyage à Hanoi. L’accueil y fut glacial. D’après plic et ploc, Henry Kissinger n’avait aucune illusion sur l’avenir de Nguyen Van Thiêu et du régime de Saigon. Il aurait souhaité toutefois que le Nord-Vietnam observe « un délai décent » avant de les renverser. Pour mes visiteurs du soir, la situation au sud n’était pas mûre, il faudrait encore « quelques années » pour cela. Avec plus d’un million d’hommes, l’armée de Saigon était encore très forte et, disaient-ils, le régime disposait d’un certain appui dans la population du sud. Or, bien qu’elle ait permis l’ouverture des négociations avec les américains, l’offensive du Têt, en 1968, avait été un échec sanglant pour les révolutionnaires, qui brûlait encore, « nous comptions sur un soulèvement populaire, mais nous nous sommes trompés, notre travail politique dans les villes a été insuffisant ».

Depuis ces confidences, je continue de penser que l’objectif de l’offensive, lorsqu’elle fut lancée, début mars, sur les hauts plateaux dominant le centre du Sud-Vietnam, était limité, couper le sud en deux afin de rendre viable la zone contrôlée sous l’égide du Gouvernement Révolutionnaire Provisoire (GRP) qui, après les accords de Paris, n’était qu’une « peau de léopard » sans continuité territoriale, faire de Hué une véritable capitale du GRP avec des ambassades et miner de l’intérieur le régime de Nguyen Van Thiêu à l’aide d’une « troisième force » amie, tout en augmentant la pression militaire. C’est vraisemblablement à ce plan limité que les soviétiques acceptèrent d’accorder une aide logistique massive. La débandade totale et imprévue de l’armée de Saigon sous le déferlement de celles du Nord Vietnam bouleversa tous ces plans.

Début avril, lors d’une soirée officielle au cercle international de Hanoi, haut lieu austère des mondanités non moins austères de la capitale nord-vietnamienne, un journaliste de l’agence Tass, l’agence de presse soviétique, m’attira à l’écart, « ils sont devenus fous. Ont-ils pensé aux risques pour la paix mondiale ? Nous faisons tout pour les arrêter ».

Hué, puis Danang, verrou vers Saigon, étaient tombés. Toutes les chancelleries du monde s’interrogeaient, les nord vietnamiens voulaient-ils prendre Saigon ? Avec mon ami de l’Unita, nous n’avions aucun doute depuis le briefing exclusif et confidentiel que nous avait accordé Ngo Dien, directeur du ministère des affaires étrangères et surtout éminence grise de la diplomatie de Hanoi, « nous remportons des victoires impensables il y a un mois et nous aurons bientôt une supériorité écrasante. Nous avons une occasion qui ne se représentera pas. Ce serait un crime de la manquer. Certes, notre victoire ne cadrera pas avec beaucoup de calculs. Elle ne devra rien à la politique de détente. Accepter l’existence de deux Berlin, était-ce la solution juste, et de deux Corées, et de deux Chine ? »

Des choses étranges à Phnom Penh

Saigon devint Hô Chi Minh-Ville. Mais déjà s’annonçaient les conflits ultérieurs, avec la Chine, avec les Khmers rouges. Deux semaines après la chute de Saigon, associé à une troupe de télévision hongroise, alors pays « frère », je fus le premier occidental depuis 1954 à gagner cette ville par la route numéro un, l’ancienne voie mandarine. Je longeais les rizières du nord dévastées par les bombes, et un sud partout barbelé et bordé de bases militaires abandonnées à la hâte et de squelettes de forêts rendus gris par les défoliants. Mais nulle part je ne vis trace des bains de sang prédits par l’administration américaine et ses épigones.

A Hué et Danang, je me promenais en toute liberté. Sauf que je me retrouvai les poches bourrées de lettres confiées par des inconnus à l’adresse de leurs familles en France ou aux Etats-Unis. Comme partout sur cette route, la vie semblait avoir retrouvé une certaine normalité. Ce que confirmait, soutane au vent, le père Charmot, des missions étrangères de Paris, ancien des Forces Françaises de l’Intérieur et « ancien d’Indochine », plutôt anticommuniste, « il n’y a pas eu de représailles, contrairement à l’armée de Saigon qui pillait et violait, les soldats de la libération forcent l’admiration ».

Ngo Dien m’avait annoncé la politique qui serait suivie au sud, « nous briserons implacablement toute tentative d’opposition. Mais l’armée de Saigon comptait un million et demi d’hommes, chacun avec une famille d’au moins quatre personnes. Cela fait six à sept millions qu’il faut éviter de dresser contre la révolution. Pour beaucoup, leur tête pourrait être avec nous, mais malheureusement pas leur ventre ».

Sur la route, nous croisions des camions chargés visiblement de troupes d’élite remontant vers le nord, à la frontière chinoise où, depuis un an, des escarmouches opposaient déjà les deux pays.

A Saigon, je retrouvai plic et ploc. Leur souci prioritaire n’était pas de donner la chasse aux anciens cadres du régime abattu, mais de contrôler Cholon, la ville chinoise, et d’y détecter les réseaux clandestins du Parti Communiste Chinois, « pendant que les nôtres se faisaient massacrer, ils sont restés en veilleuse pendant toute la guerre ».

Je retrouvai également Siem An, l’élégant représentant à Hanoi de la résistance cambodgienne. Début avril, je l’y avais vu furieux, « les vietnamiens nous ont coupé toutes les aides. Ils ne veulent pas que nous libérions Phnom Penh avant Saigon ». Nous promenant dans le fameux « marché aux voleurs », les puces de Saigon, il plastronna, « nous, nous avons mis fin à toute cette corruption. Nous avons vidé les villes et envoyé tout le monde aux champs et supprimé la monnaie ». Par courrier, confié à une délégation de passage, je rapportai ces propos et informai la direction du PCF qu’il se passait des choses étranges à Phnom Penh, sans cependant avoir idée de l’immense tragédie qui y avait cours. Siem An lui-même finit par en être victime, décapité à la hache.

Un soir, je rencontrai un plic seul et déprimé. Après trente ans de séparation, il avait retrouvé sa famille à Saigon. L’hostilité des plus jeunes l’avait surpris et blessé, « dire que nous avons appelé Hô Chi Minh cette ville corrompue. Il n’y a aucune raison qu’ils continuent de vivre mieux quand, au nord, notre population s’est sacrifiée pendant trente ans ». Un an plus tard, officiellement réunifié, le pays devenait la « république socialiste du Vietnam ».

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2 mai 2015 6 02 /05 /mai /2015 17:06

Le président allemand n’exclut pas des réparations pour la Grèce (Reuters)

Le président allemand, Joachim Gauck, a exprimé, Vendredi Premier Mai 2015, son soutien aux demandes de réparations formulées par Athènes au titre de l'occupation de la Grèce par les nazis pendant la seconde guerre mondiale, demandes pourtant rejetées à plusieurs reprises par le gouvernement d'Angela Merkel.

Joachim Gauck, dont les fonctions sont essentiellement honorifiques et qui est connu pour ses prises de position parfois provocatrices, a déclaré dans un entretien à paraître samedi dans la Süddeutsche Zeitung que l'Allemagne devait assumer sa responsabilité historique envers la Grèce.

« Nous ne sommes pas seulement des gens qui vivent aujourd'hui, à cette époque, nous sommes aussi les descendants de ceux qui ont laissé derrière eux un sillage de destruction en Europe pendant la seconde guerre mondiale, en Grèce entre autres », a-t-il dit.

« Pour un pays conscient de son histoire comme le nôtre, il est juste d'envisager la possibilité qu'il puisse y avoir des réparations ».

La Grèce réclame deux cent soixante-dix-huit milliards sept cent millions d'euros de réparations à Berlin et certains juristes estiment que cette demande n'est pas dénuée de fondement. Le mois dernier, le ministre de l’économie et vice-chancelier allemand Sigmar Gabriel l'a néanmoins jugée « stupide ».

Des responsables allemands expliquent que leur pays a déjà honoré ses obligations envers la Grèce, en lui versant cent quinze millions de marks en 1960.

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2 mai 2015 6 02 /05 /mai /2015 16:56

Six policiers de Baltimore inculpés pour la mort de Freddie Gray (Reuters)

Six policiers de Baltimore ont été inculpés, Vendredi Premier Mai 2015, dont l'un pour meurtre, dans le cadre de l'enquête sur la mort de Freddie Gray, un noir de vingt-cinq ans décédé des suites de blessures subies après son interpellation, a annoncé la procureure de la ville.

Marilyn Mosby a précisé que le jeune homme mort le 19 avril 2015, une semaine après son arrestation, avait été victime d'une grave blessure au cou après avoir été menotté mains dans le dos dans un fourgon de police.

Les six agents, trois blancs et trois noirs d'après les photographies, qui avaient déjà été suspendus, ont été arrêtés. Un peu plus tard, ils ont tous versé des cautions et ont été remis en liberté.

Leur syndicat s'est porté à leur défense, « nous sommes déçus face à l'empressement à juger, étant donné que l'enquête n'a pas été bouclée », a déclaré Gene Ryan, président du Baltimore Fraternal Order of Police.

L'inculpation pour meurtre a été prononcée à l'encontre de Caesar R. Goodson Junior, policier noir qui se trouvait au volant du fourgon. Il est également poursuivi pour homicide involontaire, tout comme trois de ses collègues. Ils devront également répondre de violences volontaires, d'agression et d'incarcération sans motif valable, a précisé la juge lors d'une conférence de presse.

Le médecin légiste chargé du dossier a conclu à un homicide et juge que les blessures à la colonne vertébrale sont dues aux chutes que la victime, privée de ceinture de sécurité, n'a pas pu éviter pendant le trajet dans le fourgon de police à cause de ses menottes et d'entraves au pied, a-t-elle poursuivi, soulignant que les policiers avaient traité avec « une indifférence cruelle » l'aide médicale qu'il a réclamée à deux reprises au moins.

Freddie Gray ne respirait plus lorsqu'il a été extrait du fourgon, a ajouté Marilyn Mosby, qui est issue d'une famille dont de nombreux membres ont fait partie de la police. La foule rassemblée pour l'écouter l'a applaudie à la fin de son intervention.

Le décès de Freddie Gray est à l'origine des émeutes de lundi après lesquelles un couvre-feu a été instauré.

Il est venu s'ajouter à une série de dossiers mettant en cause l'attitude des forces de l'ordre à l'égard des afro-américains et d'autres minorités aux Etats-Unis.

Plusieurs manifestations ont eu lieu ces derniers jours dans plusieurs grandes villes du pays, comme l'an dernier après la mort d'hommes noirs tués par des policiers à Ferguson, dans le Missouri, à New York et ailleurs.

SCÈNES DE JOIE À BALTIMORE

« Que la population de Baltimore et les manifestants de toute l'Amérique sachent que j'ai entendu leur mot d'ordre, pas de paix sans justice. Votre calme est vraiment nécessaire pour que je rende justice à ce jeune homme », a déclaré la juge Marilyn Mosby, une afro-américaine de trente-cinq ans qui a pris ses fonctions en janvier 2015.

Elle a par ailleurs rejeté la demande du syndicat des agents mis en cause, qui souhaitait la désignation d'un procureur spécial. L'organisation, qui conteste les inculpations, affirme en outre qu'ils n'ont fait que leur devoir.

Leur inculpation et la rapidité de la magistrate, qui l'a annoncée dès le lendemain de la remise du rapport de police, ont créé la surprise à Baltimore.

Des cris de joie et des concerts de klaxons ont retenti dans le quartier de l'ouest où les émeutes ont éclaté lundi soir.

« Je suis fier pour Baltimore », déclarait un habitant de quarante-huit ans, qui brandissait un grand drapeau américain. « Je me sens si heureux, heureux que l'affaire ne soit pas passée à la trappe et que quelqu'un ait pu faire quelque chose ».

Dans l'ouest de la ville, où Freddie Gray avait été arrêté le 12 avril 2015, une foule en liesse a scandé le prénom du défunt.

« On a eu ce qu'on voulait », déclarait une jeune de vingt-cinq ans, parmi une foule de plusieurs milliers de personnes fêtant la nouvelle.

A Ferguson comme à New York, aucun des policiers impliqués dans les affaires de l'an dernier n'a été inculpé.

Barack Obama, qui s'abstient d'ordinaire de commenter les affaires judiciaires en cours, a jugé vendredi « absolument crucial que la lumière soit faite sur ce qui est arrivé à Freddie Gray. Je crois que la population de Baltimore ne souhaite rien tant que la vérité. C'est ce que les gens de notre pays attendent », a-t-il déclaré.

Richard Shipley, beau-père de Freddie Gray, s'est dit satisfait de l'inculpation des six agents et a lancé un appel au calme.

A la Nouvelle-Orléans, deux cent manifestants ont convergé vendredi devant le tribunal fédéral, brandissant des pancartes où l'on pouvait lire les noms de soixante-quatre habitants, pour l'essentiel des noirs, qui ont selon eux été tués par la police depuis les années 1970.

A New York, une foule de manifestants a déployé des banderoles à la mémoire de Freddie Gray, dans le cadre d'une marche à l'occasion du premier mai.

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