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17 janvier 2015 6 17 /01 /janvier /2015 18:58

Le monde musulman manifeste contre Charlie Hebdo (Reuters)

De l'Algérie au Niger, du Pakistan à la Mauritanie, le monde musulman a manifesté Vendredi 16 Janvier 2015, parfois violemment, contre la publication d'une nouvelle caricature du prophète Mahomet dans le dernier numéro de l'hebdomadaire français Charlie Hebdo.

Au Niger, les violences ont fait quatre morts, trois civils et un gendarme, à Zinder, deuxième ville du pays.

La une du dernier numéro de Charlie Hebdo paru mercredi, une semaine après l'attentat contre le journal qui a fait douze morts, montre, sous la phrase « tout est pardonné », une caricature du prophète la larme à l'oeil. Mahomet tient une pancarte « je suis Charlie », dessin considéré par certains comme une nouvelle provocation.

A Ankara, le président turc Recep Tayyip Erdogan a mis en garde contre l'islamophobie en train selon lui de se développer en occident et évoqué la menace d'un « choc des civilisations ».

FLÈCHES ET GOURDINS

Des manifestations pacifiques ont eu lieu après la prière du vendredi dans les capitales d'anciennes colonies françaises au Mali, au Sénégal et en Mauritanie. « Charlie Hebdo dans les toilettes », lisait-on sur une pancarte brandie par un manifestant dans la capitale mauritanienne, Nouakchott.

Mais au Niger, la manifestation a dégénéré à Zinder, dans le sud, où des manifestants ont attaqué le centre culturel français, incendié des églises et saccagé des commerces tenus par des chrétiens, ont rapporté des habitants.

« Il y a un gendarme et trois civils qui ont trouvé la mort », a dit un policier. « Il faut dire que certains manifestants avaient des arcs et flèches, des gourdins, et ils en ont fait usage. A certains endroits, les affrontements ont été vraiment très violents ».

Les manifestants criaient, en langue haoussa « Charlie est le diable », a rapporté Aboubacar Mamane, un commerçant joint par téléphone.

Les présidents du Niger, du Mali et du Sénégal ont défilé dimanche dernier à Paris avec de nombreux autres chefs d’état et de gouvernement aux côtés de François Hollande en solidarité avec les victimes des trois attentats qui ont touché la France la semaine dernière.

Mais, signe d'un changement d'atmosphère, Macky Sall, le président du Sénégal, a déclaré jeudi soir que « la liberté de la presse ne doit pas, à notre avis, aller dans le sens d'une provocation inutile ».

A Alger, le défilé qui s'était déroulé dans le calme a également dégénéré mais sans faire de morts. A la fin du défilé, des manifestants ont lancé des pierres et des bouteilles contre les forces de l'ordre dans le quartier du front de mer de la capitale algérienne. Des policiers ont été blessés et plusieurs dizaines de personnes ont été arrêtées dont deux dirigeants islamistes, Ali Belhadj et Hamadache Zeraoui.

L'attaque contre Charlie Hebdo, qui a fait douze morts, a été perpétrée par deux frères Français d'origine algérienne, Chérif et Saïd Kouachi.

« LA THÈSE DU CHOC DES CIVILISATIONS PREND VIE »

Au Pakistan, environ deux cents personnes, pour la plupart des étudiants, ont manifesté en criant des slogans devant le consulat de France à Karachi.

Selon un journaliste de Reuters, certains manifestants semblaient armés. Il les a vus tirer des coups de feu quand la police a commencé à utiliser des gaz lacrymogènes et des canons à eau pour empêcher la foule de s'approcher du consulat. Un photographe travaillant pour l'AFP, Asif Hasan, a été blessé par les tirs des manifestants, a indiqué la police.

S'adressant à des hommes d'affaires dans la capitale turque Ankara, le président turc Recep Tayyip Erdogan a rappelé que Charlie Hebdo était connu pour ses dessins provocants, mais a mis en garde contre l'islamophobie qui se développe dans les pays occidentaux.

« Nous suivons avec une grande inquiétude les attaques contre l'islam dissimulées derrière l'attentat contre la publication satirique en France », a déclaré le chef de l’état, pieux musulman sunnite. « Malgré nos efforts pour l'empêcher, la thèse du choc des civilisations est en train de prendre vie ».

Il a estimé que la décision d'imprimer le nouveau numéro de Charlie Hebdo à plusieurs millions d'exemplaires n'avait rien à voir avec la liberté d'expression mais que cela, au contraire, « terrorisait la liberté des autres ».

En Arabie Saoudite, le conseil des théologiens, seule institution saoudienne autorisée à donner des avis religieux et à émettre des fatwas, a condamné de son côté la publication des « dessins irrespectueux » du prophète Mahomet.

« Cela profite aux extrémistes qui cherchent une justification au meurtre et au terrorisme », a déclaré un de ses membres, Fahad bin Saad al Madjid.

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16 janvier 2015 5 16 /01 /janvier /2015 21:22

http://www.syriza-fr.org/2015/01/13/changer-la-grece-changer-leurope-changer-pour-toutes-et-tous

« Changer la Grèce, changer l’Europe, changer pour toutes et tous »

La possible victoire de Syriza aux prochaines élections en Grèce constitue un enjeu considérable pour toutes celles et tous ceux qui souhaitent que l’Europe change de chemin.

Une telle victoire serait l’expression de l’exigence de dignité, de justice et d’espoir. Les pressions et menaces exercées par les dirigeants de l’Union Européenne, la troika et les milieux financiers cherchant à peser sur le mouvement social et le choix des électeurs grecs sont inadmissibles.

Partout en Europe, nous allons défendre le droit du peuple grec de choisir librement, de rompre avec l’austérité, de dire non à la crise humanitaire qui sévit dans le pays, d’ouvrir la voie à une méthode radicalement différente, à une réorientation sociale et démocratique et à une perspective nouvelle pour la Grèce.

Alors que la plupart des forces politiques grecques ont choisi de courber l’échine devant la troïka, Alexis Tsipras et Syriza en ayant décidé de suivre la voie inverse ont su créer, en étroite coopération avec les nombreux mouvements sociaux, un large rassemblement, une dynamique qui pourrait devenir majoritaire. Ainsi est-il proposé d’affronter immédiatement la crise humanitaire, de restaurer les conventions collective et la législation du travail, d’instaurer un système fiscal juste, de démocratiser le système politique. Un futur gouvernement Syriza veut faire de la Grèce un interlocuteur crédible qui ouvrira les négociations en posant comme condition préalable la survie du pays et du peuple. Il veut engager le pays sur une voie nouvelle, loin de la corruption et du clientélisme, en faveur d’un nouveau type de développement dans l’intérêt général. Il proposera une conférence européenne sur la dette afin que l’annulation d’une partie de la dette et les modalités du remboursement de ce qui reste puissent permettre de relancer l’économie via un grand programme d’investissement public, qui ne devrait pas être comptabilisé par le pacte de stabilité et de croissance, et la réponse aux besoins sociaux urgents. Il proposera un New Deal européen pour le développement humain et la transition écologique. Partout en Europe, nous avons besoin de rompre avec la logique qui détruit le commun en Europe et favorise une influence dangereuse au nationalisme et populisme de droite, nous avons besoin d’un projet nouveau nommé développement solidaire, coopération et démocratie.

Partout en Europe, nous considérons qu’avec un tel changement en Grèce ne se jouera pas seulement l’avenir du peuple grec. Une victoire de Syriza permettra de sortir la Grèce de la situation catastrophique actuelle, mais constituera aussi le début du changement en Europe.

La rupture avec les politiques d’austérité menées par les institutions européennes et les gouvernements serait un signal, un espoir pour les peuples qui cherchent à redresser la tête.

En même temps, si les urnes accordent à Syriza les responsabilités du pouvoir, le futur gouvernement grec aura besoin d’un soutien massif des peuples européens, contre toutes les pressions des marchés financiers et des forces politiques qui redoutent une rupture avec les cadres désuets de la mondialisation capitaliste.

Acteurs politiques et sociaux, syndicaux et associatifs, intellectuels, chercheurs, artistes, femmes et hommes de culture, nous n’acceptons pas les pressions qui veulent empêcher le peuple grec de choisir librement. Ceux qui exercent cette pression aujourd’hui sont co-responsables de l’action de la troïka et des choix du gouvernement en place, de la pérennisation des structures de pouvoir à juste titre critiquées et souhaitent à tout prix poursuivre la néfaste « thérapie de choc ».

C’est partout en Europe que nous nous allons prendre nos responsabilités, soutenir les forces qui luttent, modifier les rapports de force, mener la bataille des idées, rassembler toutes celles et tous ceux qui veulent bâtir, avec le peuple grec, une Europe sociale, écologique et démocratique. Nous nous placerons aux côtés du peuple grec parce que son combat est le nôtre.

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16 janvier 2015 5 16 /01 /janvier /2015 21:00

http://www.syriza-fr.org/2015/01/13/meeting-de-solidarite-avec-le-peuple-grec-en-presence-de-syriza-19-janvier

Soutenons le droit du peuple grec à prendre en main son destin

Meeting de solidarité avec le peuple grec en présence de Syriza

Lundi 19 Janvier 2015 19 heures 30

Gymnase Japy 2 Rue Japy 75 011 Paris Métro Charonne

Nous, organisations politiques et syndicales, associations citoyennes françaises, souhaitons alerter l’opinion publique au sujet de la situation politique et sociale en Grèce aujourd’hui.

Nous sommes unis par le souci de voir la démocratie et la transformation sociale progresser à nouveau en Europe.

A l’issue de près de cinq années d’austérité imposée par la troïka de la commission européenne, de la BCE et du FMI, qui ont conduit le pays dans un désastre économique et social sans précédent, les grecs sont appelés à exprimer leur volonté dans les urnes. Tout laisse présager le désaveu des politiques austéritaires qui ont été appliquées et la montée électorale des forces qui les contestent.

La victoire de Syriza peut ouvrir la voie à la fin de la politique néo libérale d’austérité mise en œuvre par les gouvernements grecs et à la tutelle de la troïka, au rétablissement de la souveraineté populaire et du cadre démocratique, à la sauvegarde des services publics et du patrimoine public et à la redistribution des richesses en faveur de la population. Comme le montrent les manifestations massives au Portugal, en Espagne et plus récemment en Italie, ou la grève générale en Belgique, l’injonction de rembourser aux détenteurs de capitaux des dettes illégitimes au prix de la destruction d’un modèle social ne passe plus.

Une telle rupture avec les recettes néo libérales est aujourd’hui nécessaire dans l’ensemble des pays européens et notamment en France. Les mémoranda, la mise sous tutelle des pays les plus fragiles par la troïka doivent cesser immédiatement. Aujourd’hui, le poids de la dette publique sert de justification aux politiques austéritaires. C’est pour cela que nous considérons qu’il faut soutenir l’exigence portée par Syriza d’annulation de la plus grande partie de la dette publique et conditionner le remboursement de l’autre partie à la satisfaction effective des besoins de la population en matière d’alimentation, d’habillement, de santé, de logement, d’éducation, d’emploi, d’environnement et de sécurité publique qui représentent autant de droits fondamentaux. Ces mesures, qui sont une nécessité urgente pour les grecs, sont un exemple à diffuser et à débattre. Elles doivent s’accompagner d’un audit citoyen de l’ensemble des dettes souveraines en France comme en Grèce et dans le reste de l’Europe, audit que sommes nombreux à avoir porté depuis 2011.

C’est au peuple grec de prendre en main son destin. Nous nous opposons fermement à toutes les tentatives actuelles d’ingérence dans la vie politique grecque de certains dirigeants européens que ce soit par des déclarations publiques ou par des mesures visant à créer un climat de peur et d’intimidation.

Nous dénonçons également toute tentative de désinformation concernant l’état réel de la Grèce et les positions soutenues par les forces qui rejettent les mémoranda. Nous nous opposerons demain avec la même fermeté à toute tentative de chantage et d’isolement à l’encontre d’un gouvernement grec qui prendrait le contrepied des choix actuels.

Nous vivons un moment historique. Les mouvements sociaux massifs dans le pays ont construit une solidarité contre la crise. L’arrivée au gouvernement d’une force de rupture avec l’austérité en Grèce peut ouvrir la voie à un bouleversement politique à l’échelle européenne.

Cela contribuerait à donner un souffle nouveau aux mobilisations sociales et citoyennes, à faire reculer l’abstention et à donner un coup d’arrêt à la montée de l’extrême droite. C’est pour cela que dans les semaines et les mois qui viennent nous manifesterons partout en France notre solidarité avec le peuple grec, avec l’espoir qui émerge en Grèce et qui est aussi le nôtre.

Premiers signataires : Altra Europa con Tsipras France, Bloco de Esquerda France, Club des Socialistes Affligés, Ensemble, Gauche Unitaire, Isquierda Unida France, Jeunes Ecologistes, Mouvement des Jeunes Communistes de France, Nouvelle Donne, Parti Communiste Français, Parti Communiste des Ouvriers de France, Parti de la Gauche Européenne, Parti de Gauche, Parti Démocratique des Peuples de Turquie (HDP) France, République et Socialisme, Rifondazione Comunista France, Fédération Nationale des Industries Chimiques CGT, Sud BPCE, Sud Santé Sociaux, Union Syndicale de la Psychiatrie, ATTAC, Collectif Roosevelt, Collectif Solidarité France ,Grèce pour la Santé, Comité pour l’Annulation de la Dette du Tiers Monde, Compagnie Errina, Femmes Egalité, Fondation Copernic, Respublica, Les Désobéissants, Les Effrontés, Marches Européennes contre le Chômage, Mouvement du Christianisme Social, Réseau Education Populaire, Transform Europe

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16 janvier 2015 5 16 /01 /janvier /2015 18:40

http://www.essonneinfo.fr/91-essonne-info/72304/edwy-plenel-tariq-ramadan-bretigny

« A force d’agiter des épouvantails, vous êtes en train de participer à la production de monstres »

Le fondateur de Mediapart, Edwy Plenel, est l’invité d’une conférence à Brétigny, Samedi 17 Janvier 2015. Il débattra avec Tariq Ramadan de la situation des jeunes musulmans de France.

Avant cette rencontre et dans un contexte singulier lié aux attentats de Charlie Hebdo, il a donné un entretien à www.essonneinfo.fr

Action Pour un Monde sans Frontières (APMSF) est une association de Corbeil Essonne, qui s’est donnée comme objectif de lutter contre les inégalités et d’aider dans leurs difficultés les jeunes musulmans, en travaillant particulièrement sur l’insertion. Elle organise Samedi 17 Janvier 2015 une journée de débats et de présentation de ses actions, avec ses partenaires à Brétigny-sur-Orge. Le moment fort de cette rencontre sera la « conférence débat éducation, le droit à l’insertion pour tous et les difficultés de la jeunesse musulmane en France », en présence notamment de Tariq Ramadan, intellectuel et universitaire, et d’Edwy Plenel, journaliste et créateur de Mediapart.

C’est dans un moment singulier que se déroule cet événement prévu de longue date, que les organisateurs ont souhaité maintenir. Alors qu’à la suite des attentats perpétrés à Charlie Hebdo, Montrouge et Vincennes, la place des musulmans revient dans le débat public, le président de l’APMSF juge que « l’on ne parle pas assez des vrais problèmes, l’emploi, l’éducation et les moyens pour nos jeunes ». Il souhaite ainsi par le biais de cette rencontre susciter le débat, « car l’ignorance, cela donne ces extrémismes, et cela participe à stigmatiser ».

La présence d’Edwy Plenel fait suite à la parution de son ouvrage « pour les musulmans », dans lequel il invite les français de confession musulmane à prendre toute leur place dans la république. Le président et fondateur du journal numérique Mediapart s’est entretenu avec www.essonneinfo.fr sur la nature de sa présence à Brétigny sur Orge. Dans cette interview fleuve, il donne aussi sa vision des événements de Charlie Hebdo et du contexte singulier que nous connaissons

Entretien réalisé par téléphone Vendredi 16 Janvier 2015.

Un « attentat aux libertés »

Julien Monier. Quelle a été votre réaction, à la rédaction de Mediapart, aux attaques du mercredi 7 janvier 2015 ?

Edwy Plenel. Nous avons à Mediapart eu deux réactions. Une réaction simplement humaine, qui est je crois celle de tout le monde, celle d’être bouleversé par ce que nous avons qualifié tout de suite, « d’attentat aux libertés », à nos libertés, pas seulement à la presse. A la liberté de penser, d’expression, d’opinions et à ce symbole du massacre d’une rédaction, et au fait de tuer des gens parce que l’on ne partage pas leurs idées. Et cette réaction s’est évidement prolongée car on a tué des gens parce qu’ils ont une identité, celle d’être juif. Ce sont donc des actes antisémites.

Nous avons eu d’abord cette première réaction qui nous paraît naturelle et qui s’est traduite par cette veillée faite le soir de l’attentat à Charlie Hebdo. Nous avons veillé ceux qui avaient été blessés, c’est à dire la France, la France dans ses idéaux, et la France, aussi, dans la diversité de son peuple. Car l’étonnement que tout le monde a pu voir et qui va jusqu’au héros de l’Hyper Casher, ce malien de vingt-neuf ans, qui va finalement avoir la nationalité française, est qu’on a vu cette France faite de gens de toutes sortes d’origines, de toutes sortes d’apparences, de toutes sortes de croyances, de non croyance, c’est cela la réalité de la France.

C’est notre première réaction humaine, normale et évidente.

La deuxième réaction est celle de journaliste et nous, nous sommes comme journal, de ceux qui pensons que notre fonction n’est pas d’ajouter de l’émotion à la passion, mais de donner à comprendre. Ce n’est pas excuser l’injustifiable, mais cela veut dire, mieux comprendre ce qui s’est passé pour pouvoir mieux agir. Donc notre rôle à Mediapart a été à la fois de mettre en évidence cette vérité dérangeante qu’est ce fiasco sécuritaire, le fait que cet attentat ait pu avoir lieu sur une cible si évidente, alors que les terroristes, c’est-à-dire les frères Kouachi puis Coulibaly étaient dans les radars des services de renseignement. Quel problème cela pose ? Pourquoi malgré toutes les dispositions anti-terroristes votées cela a été possible ? Et c’est pour cela que nous soutenons la demande d’une commission d’enquête parlementaire qui fasse la lumière sur tout cela de façon indépendante.

« Ces jeunes sont des enfants de notre pays, ils sont français »

Le deuxième enjeu de compréhension qui ne fait que commencer et qui concerne aussi bien les acteurs politiques, les acteurs médiatiques, l’ensemble des acteurs éducatifs et les acteurs de la société toute entière, c’est au fond de regarder en face le fait que ces trois jeunes qui ont rencontré une idéologie criminelle, une idéologie délirante qui les a amené à commettre ces crimes abominables, ces jeunes sont des enfants de notre pays, ils sont français. Ils ont grandi en France, ils ont traversé une réalité que connaît toute une partie de notre jeunesse, aussi bien au niveau de l’école, des services sociaux, des éducateurs, de la police et de la prison. Et donc comment cela a été possible ?

Qu’est-ce que cela dit sur notre société, sur ce que notre république a déserté comme enjeux ? Sur la question d’une république qui soit vraiment pour tous, qui ne soit pas excluante, qui soit vraiment intégrante. Et dans cette réflexion, il y a évidemment notre souci, et tout le monde connaît la position de Mediapart là-dessus, de combattre tous ceux qui voudraient se saisir de cet événement pour continuer à agiter des épouvantails qui peuvent produire des monstres nés du ressentiment et de la victimisation, c’est à dire ceux qui sont du côté de la bouquémisserisation, de l’essentialisation et de la désignation à la vindicte de nos compatriotes d’origine, de croyance ou de culture musulmane.

Julien Monier. Comment percevez-vous la manière dont les représentants du monde politique et médiatique se saisissent de ces événements ?

Edwy Plenel. La société des journalistes de Mediapart a signé avec d’autres sociétés de journalistes une déclaration commune qui s’intitule « même pas peur ». Nous n’avons pas peur. La peur ne passera pas par nous. Et dans un moment comme celui-là, il faut surtout ne pas céder à cette fascination morbide où nous regardons l’horreur comme des lapins pris dans des phares. Il faut être spinoziste, ni rire, ni pleurer mais comprendre. Même si nous pleurons ceux qui, pour certains, nous faisaient plus ou moins rire. Il y a évidemment vis-à-vis de l’humour des goûts et des couleurs différentes. Mais il nous faut néanmoins comprendre, ce qui ne veut pas dire justifier, ce qui ne veut pas dire cautionner, mais comprendre. Et donc cela veut dire deux choses.

« Ce mot guerre pourrait nous mettre en guerre contre nous-mêmes »

Premièrement, car notre expérience internationale nous permet de le dire depuis le 11 septembre 2001, ne pas reconduire et ne pas répéter l’erreur immense commise par les États-Unis d’Amérique. Qui, loin de faire reculer la terreur, ont ajouté au désordre du monde, en se précipitant dans le Patriot Act qui a produit Guantanamo et la torture, mais aussi l’invasion d’un pays souverain, l’Irak, et qui a augmenté les déséquilibres du monde. D’où est sorti aujourd’hui l’État Islamique. Même si il y a évidemment une idéologie, qui est évidement notre ennemie et notre adversaire, une idéologie totalitaire. Mais cette idéologie totalitaire a pu grandir et trouver de nouvelles recrues sur fond de ces désordres, accrus par une riposte qui n’était pas la bonne. Donc le premier combat qui traverse la classe politique est évidemment de ne pas répéter cette erreur, de ne pas se précipiter dans cette « guerre », c’est pour cela que nous n’employons pas le mot guerre, que seul le premier ministre et une partie de la droite ont employé, mais qu’en effet et nous lui en donnons acte, François Hollande lui n’emploie pas, que le ministre de l’intérieur n’emploie pas. Car ce mot guerre pourrait nous mettre en guerre contre nous-mêmes, contre une partie de notre peuple, ce qui est évidement un piège très dangereux.

Le deuxième point, c’est évidement de résister, de manière tout ce qu’il a de plus cohérente et collective, à toutes les tentations d’amalgame. Et, au fond, de mobiliser la société autour des causes communes. C’était ça l’image de la foule du 11 janvier 2015. Nous avons des causes communes, et nous avons un besoin politique de réinventer des causes communes, conformément à la promesse républicaine qui est celle d’une république démocratique et sociale qui ne fait pas, c’est la formulation de notre constitution, de distinction selon l’origine, selon l’apparence et selon la croyance. C’est l’enjeu essentiel aujourd’hui. Tenir les deux mots. Nous protéger évidement de l’impact sur nos sociétés, des désordres du monde, qui rencontre des jeunes égarés et épousant des idées idéologies meurtrières et délirantes. Et en même temps, construire la meilleure barrière qui est celle d’une société qui retrouve des dynamiques collectives et qui n’est pas dans la guerre des uns contre les autres, mon identité contre ton identité, ma religion contre ta religion.

« La démocratie, c’est le souci de notre pluralité et de notre diversité »

Pour moi l’évènement de la semaine dernière, c’est de se rendre compte dans les morts policiers par exemple, dans ce héros de l’Hyper Casher, dans le correcteur de Charlie Hebdo, qu’évidemment que les musulmans de culture, de croyance ou d’origine font partie de la France. Evidement qu’ils sont tous horrifiés autant que nous. Ils sont de par le monde, par ailleurs, les premières victimes de ce terrorisme totalitaire. Et donc c’est cette dynamique englobante qui mettra fin à ce « eux et nous », à ce « vous et nous » et à cette assignation à une partie de notre peuple à faire ce chemin comme s’ils nous étaient extérieurs. Nous avons devant nous encore une fois, l’affirmation, la construction et la défense d’un nous contre toutes les idéologies d’exclusion qui se donnent la main.

L’antisémitisme nourrit évidement les islamophobes quand il vient de jeunes qui sont de culture ou de croyance musulmane.

L’islamophobie est l’habitude des discriminations et des inégalités qui va de pair, et nous l’avons vu ces derniers temps dans l’espace public, avec la haine des femmes, avec la haine des homosexuels, avec la discrimination contre les roms et avec la négrophobie contre nos compatriotes venus d’Afrique ou des Caraïbes. L’ensemble de ces questions de solidarité autour des minorités est essentielle. La démocratie, ce n’est pas la norme imposée par une majorité, la démocratie, c’est le souci de notre pluralité, de notre diversité et donc de nos minorités.

Julien Monier. Quelle est la nature de votre présence au débat ce samedi avec Tariq Ramadan à Brétigny sur Orge ?

Edwy Plenel. Le rendez-vous où je vais demain, convié par cette association communautaire de Corbeil-Essonnes, qui ne cache pas qu’elle a un engagement religieux, a été pris dans le cadre, bien avant les événements, de mon livre « pour les musulmans ». Ce livre était une alarme pour dire « attention ».

Attention vous les médias, attention vous les politiques, à force d’agiter des épouvantails, vous êtes en train de participer à la production de monstres. Et ces monstres nous les avons vus la semaine passée, et ils ont tué. Ce sont les monstres nés du ressentiment et de la victimisation. Ce n’est pas les excuser que de dire cela, loin de là, ils sont comptables de leurs actes et ils les ont payés de leur vie. Mais c’est de dire qu’il est de notre responsabilité de ne pas nourrir cette nécrose qui est l’envers même d’une politique commune.

« Sortir de la victimisation, de la plainte et du repli »

Mon livre, cette main tendue à nos compatriotes musulmans, était aussi un appel pour qu’ils sortent de la victimisation, de la plainte et du repli sur eux-mêmes.

Qu’ils soient des citoyens à part entière et qu’ils contribuent à inventer cette république démocratique et sociale. Dans le cadre de ce livre, j’ai accepté toutes les invitations. J’ai été aussi bien invité par des assemblées d’autres croyances, notamment chrétiennes, je suis allé par exemple parler dans un temple protestant il y a peu de temps, j’ai été invité par des francs-maçons, j’ai répondu à leur invitation, donc des gens qui pour certains sont agnostiques, athées, non-croyants et donc que leur conviction, leur croyance est de ne pas croire. J’ai été invité par des universités populaires, cela sera le cas encore à Gennevilliers le 2 février, la ville où ont grandi les Kouachi. Et cela a été le cas à Toulouse. J’ai été invité par des associations issues de toute la diversité de notre peuple. Et c’est dans ce contexte que j’ai accepté cette invitation, qui sera aussi une façon de dire les choses, car si on ne se parle pas, on maintient une partie de la population à l’écart. Ce sera aussi l’occasion de montrer qu’il n’y a pas d’exclusive, et quelqu’un comme Tariq Ramadan est un intellectuel d’Europe, des musulmans d’Europe, qui dit aux musulmans européens qu’ils doivent être citoyens européens, qu’il doivent s’engager dans la cité. Et bien nous pouvons dialoguer ensemble, comme l’a fait Edgar Morin qui a fait un livre de dialogue avec lui.

Même si par ailleurs nous pouvons avoir des divergences politiques, des divergences de là où nous parlons. Moi-même, je suis areligieux, je n’ai pas de croyance mais je n’ai aucun mépris pour ceux qui ont besoin d’une croyance. Et donc ma présence demain, dans un cadre qui est à la fois communautaire et religieux, de gens qui affichent le fait d’avoir une identité religieuse, correspond à la démarche de mon livre. Si chacun reste chez soi, si on n’est pas capable de faire ce pas vers l’autre et bien notre pays continuera à se déliter.

Oui je l’assume, je suis résolument du parti de l’autre, de l’autre qu’il soit catholique, protestant, juif, musulman, athée, créolisé, métissé de tout ordre, c’est notre peuple. Je me définis toujours comme un breton d’outre-mer, et cette diversité-là, je pense que c’est l’imaginaire dont nous avons besoin.

L’imaginaire d’une France multiculturelle, multiconfessionnelle et dont la laïcité n’est pas un interdit, pas une injonction autoritaire, dont la laïcité c’est d’abord le respect de toutes nos libertés de conviction, de toutes nos libertés de croyance, parmi lesquelles la liberté de ne pas croire.

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16 janvier 2015 5 16 /01 /janvier /2015 18:00

http://www.ujfp.org/spip.php?article3773

http://www.lemonde.fr/idees/article/2015/01/15/plus-que-jamais-il-faut-combattre-l-islamophobie_4557269_3232.html

Plus que jamais, il faut combattre l’islamophobie

Par Saïd Bouamama, porte-parole du Front Uni des Immigrations et des Quartiers Populaires ; Houria Bouteldja, membre du Parti des Indigènes de la République ; Ismahane Chouder, coprésidente du Collectif Féministe pour l’Egalité ; Alain Gresh, journaliste ; Michèle Sibony, porte-parole de l’Union Juive Française pour la Paix ; Denis Sieffert, directeur de Politis.

Jeudi 15 Janvier 2015

L’attaque contre Charlie Hebdo a suscité une émotion légitime dans tout le pays. Rien ne justifie un tel crime, rien ne justifie que l’on s’en prenne à une rédaction, rien ne justifie que l’on assassine des journalistes, des policiers et de simples citoyens, certains parce qu’ils sont juifs. Nous ne savons pas s’il y aura un « avant » et un « après » Mercredi 7 Janvier 2015, mais il est vital que s’ouvre un débat sur l’avenir commun que nous voulons.

Celui-ci a commencé, mais il s’engage dans une voie dangereuse, celle d’accuser les critiques de Charlie Hebdo d’être, plus ou moins directement, responsables des morts du Mercredi 7 Janvier 2015. Ecoutons Jeannette Bougrab, ancienne secrétaire d’état sous la présidence de Nicolas Sarkozy, « à force de les pointer du doigt, de dire qu’à Charlie Hebdo ils sont des islamophobes, qu’ils détestent l’islam, je pense aux y’a bon awards et aux indigènes de la république, bien sûr qu’ils sont coupables. Je le dis et j’assume mes propos ».

Ce type d’argument est régulièrement développé par l’essayiste Caroline Fourest. Il a été repris dans une tribune de Christophe Ramaux dans le Monde du Vendredi 9 Janvier 2015, qui insiste sur la responsabilité des organisateurs et des participants, du Parti des Indigènes de la République à Politis, en passant par Edwy Plenel et ATTAC, à un colloque, le 13 décembre 2014, contre l’islamophobie, auquel Christophe Ramaux n’a visiblement pas assisté.

Ces attaques cherchent à nous enfermer tous dans des choix binaires, pour Charlie Hebdo ou pour les terroristes, à criminaliser ceux qui se mobilisent contre l’islamophobie et ceux qui ont critiqué l’hebdomadaire satirique, en le traitant de complice des assassins. Elles reviennent à refuser le droit à la critique, ce qui est pour le moins paradoxal venant de ceux qui s’érigent en défenseurs de la liberté d’expression, sans limites ni frontières. Ainsi nous serions responsables des morts de ce mois de janvier ? Que faut-il dire alors des intellectuels et des journaux qui ont soutenu l’intervention américaine de 2003 en Irak, qui a provoqué des dizaines de milliers de morts ?

Au-delà de ces polémiques s’ouvrent deux types de questions qui méritent une discussion approfondie. D’abord, existe-t-il un rapport entre la politique que mènent les pays occidentaux et la montée de groupes extrémistes et fanatiques ? Ensuite, quelle est la réalité de l’islamophobie en France et pourquoi faut-il la combattre ?

Aucun programme politique uni

Rappelons un fait simple. En 2003, quand les Etats-Unis envahissaient l’Irak, al Qaïda n’existait pas dans ce pays et était en recul partout, elle ne disposait d’aucune base territoriale.

Vingt ans après le déclenchement de « la guerre contre le terrorisme », l’organisation de l’Etat Islamique contrôle désormais un large territoire en Irak et en Syrie.

La coalition mise en place contre l’Etat Islamique à l’été 2014 ne présente aucun programme politique uni, mais multiplie les bombardements. Plusieurs recherches ont confirmé que l’utilisation sur une large échelle de drones au Pakistan, au Yémen et en Somalie créait de nouvelles générations de combattants extrémistes. Enfin, il y a la Palestine, point besoin d’être un extrémiste pour penser, comme le secrétaire d’état américain John Kerry ou le général David Petraeus, que la poursuite du drame palestinien nourrit l’idéologie des groupes les plus extrémistes. Et, pourtant, on laisse faire l’occupant israélien et Benyamin Nétanyahou défile à Paris pour Charlie Hebdo.

L’autre débat porte sur l’existence et l’ampleur de l’islamophobie en France, et plus largement en Europe. Avant même l’attaque contre Charlie Hebdo, on assistait à la multiplication d’actes islamophobes, ceux-ci se sont accrus depuis. C’était le sens de la réunion internationale du 13 décembre 2014 à Paris, et simultanément à Londres, à Amsterdam et à Bruxelles.

Elle se tenait à un moment où le concept d’islamophobie a fini par s’imposer, comme le soulignait le dernier rapport du Commission Nationale Consultative des Droits de l’Homme (CNCDH). Que signifie-t-il ? L’accusation d’islamophobie ne vise par ceux qui critiquent la religion, mais ceux qui attribuent aux musulmans une « identité » qui découlerait du coran, qui en font un groupe homogène et porteur d’un projet cohérent visant nos institutions et nos valeurs.

Héritage de la laïcité

Au rebours de cette analyse, nous nous inscrivons dans l’héritage de la laïcité telle qu’elle a été définie par les députés qui ont voté la loi de 1905, une séparation des églises et de l’état, une neutralité de l’état, et non pas des citoyens, et le droit de chacun d’affirmer sa religion dans l’espace privé ou public. Ce dont nous avons discuté en décembre, c’est du droit des mères à accompagner leurs enfants lors des sorties scolaires, des réponses féministes à l’islamophobie, du droit de jeunes filles pratiquantes et voilées à fréquenter l’école publique, des droits des musulmans à exister comme sujets politiques et à manifester, y compris pour la Palestine, de leur « droit au travail et leurs droits au travail », des contrôles au faciès et du rôle de la police.

Pourquoi combattre l’islamophobie ? Parce que cet engagement offre une analyse rationnelle à une jeunesse qui ne comprend pas pourquoi on la déteste et qui finit par raisonner en termes de « choc des civilisations ». Cette lutte ne met pas le peuple français aux prises avec les musulmans, mais des forces politiques progressistes avec des forces réactionnaires.

Plus nombreux seront les antiracistes qui se joignent à ces mobilisations, plus il sera clair que nous ne sommes pas engagés dans un conflit identitaire, religieux ou culturel mais politique.

Nous produisons un espoir face à tous les fabricants de désespoir. Nous mettons en garde, avec l’Union Juive Française pour la Paix, contre l’essentialisation des juifs et insistons sur le caractère politique, colonial et non confessionnel du conflit israélo-palestinien.

Nous ne défendons pas les musulmans, mais l’avenir de la société française dans sa diversité.

Nous représentons un espoir que nos détracteurs risquent de détruire. L’essentiel est d’assurer l’égalité entre tous. « L’égalité ou rien », proclamait l’intellectuel américano-palestinien Edward Said.

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15 janvier 2015 4 15 /01 /janvier /2015 20:53

Le successeur pressenti de Thierry Lepaon veut une CGT combative (Reuters)

Le patron de la fédération CGT de la métallurgie, Philippe Martinez, n'a laissé aucun doute, Mercredi 14 Janvier 2015, quant à sa volonté de succéder à Thierry Lepaon à la tête de la première centrale syndicale française et d'y imprimer sa marque, malgré un désaveu infligé la veille par le « parlement » de l'organisation.

Exit le secrétaire général sortant, contraint le 7 janvier à la démission, avec l'ensemble du bureau confédéral, par la crise ouverte par les révélations sur la rénovation de son domicile de fonction et de son bureau et sur une indemnité perçue lorsqu'il a quitté ses précédentes responsabilités.

Thierry Lepaon « a besoin de repos » et quittera la commission exécutive confédérale, gouvernement de la CGT, « comme tous les anciens secrétaires généraux », a déclaré Philippe Martinez lors de sa première conférence de presse de candidat au poste de numéro un.

Le Comité Confédéral National (CCN), « parlement » de la CGT, a mis en échec mardi la tentative du secrétaire général sortant de garder la main sur la composition d'une nouvelle direction, le nouveau bureau proposé par Thierry Lepaon, qui a fait de Philippe Martinez son favori pour sa succession, n'a pas obtenu les deux tiers des voix requis.

Le numéro un de la fédération de la métallurgie a dit en revanche avoir été chargé, lors d'un deuxième vote et à la quasi-unanimité, de former une nouvelle équipe dirigeante d'ici le prochain CCN.

Ce deuxième vote « ne prête à aucune ambiguïté », a-t-il souligné. Il a précisé qu'il soumettrait mardi prochain à la commission exécutive confédérale le « collectif » dont il entend s'entourer pour réfléchir à la composition de ce nouveau bureau confédéral.

Les critères pour celui-ci seront la parité entre les hommes et les femmes, l’équilibre entre professions et territoires, la capacité à tenir jusqu'au congrès de 2016 et la prise en compte de la « diversité de pensée » sur les orientations de la CGT, a-t-il ajouté.

Il a aussi confirmé que la future équipe ne comprendrait ni membre du bureau sortant, ni ancien prétendant à la succession de Bernard Thibault, le prédécesseur de Thierry Lepaon.

SYNDICALISME DE LUTTE

Sans attendre d'être officiellement investi à la tête de la CGT, ce qui lui reste à obtenir du CCN, il a dit défendre un syndicalisme de lutte, pour s'opposer au patronat et rompre avec les « politiques d'austérité et libérales » du gouvernement.

Il a ainsi déclaré que la CGT serait « inflexible » dans les négociations avec les organisations patronales sur la refonte du dialogue social, qui reprennent jeudi.

« On ne peut pas se laisser imposer un type de syndicalisme que le patronat rêverait d'avoir en face de lui et je dirais même plutôt à côté de lui », a-t-il expliqué. « On veut forcer la main à la CGT pour qu'elle change son mode de fonctionnement et son type de syndicalisme ».

Il a également dit que la CGT ferait obstacle à la « nouvelle régression sociale » que représente selon lui le projet de loi sur la croissance et l'activité du ministre de l’économie, Emmanuel Macron, en cours d'examen au parlement.

« La lutte, cela compte. Le rapport de forces, cela veut dire quelque chose », a insisté Philippe Martinez. « Il faut une CGT combative, qui propose aux salariés d'agir et de combattre et qui soit une force de proposition ».

Il a récusé l'idée, pourtant partagée par de nombreux militants et cadres de la CGT, que cette organisation traverse une crise majeure, « il n’y a pas de crise majeure de la CGT, il y a une crise de la société », a-t-il dit.

Jusqu'ici inconnu du public, bien qu'il dirige depuis six ans une des fédérations les plus importantes de la CGT, cet homme de taille moyenne à la moustache épaisse à la gauloise a livré du bout des lèvres quelques éléments biographiques.

Il a ainsi dit être né un premier avril dans « l'ouest parisien », avoir cinquante-trois ans et avoir été embauché en tant que technicien en 1982 dans le groupe automobile Renault, aux effectifs duquel il appartient toujours officiellement.

Il a travaillé à l'usine de Boulogne-Billancourt, fermée depuis lors, et dit avoir vécu comme un temps particulièrement fort, quand il était délégué central de la CGT chez Renault, la lutte des ouvriers du constructeur français contre la fermeture de l'usine de Vilvoorde, en Belgique, en 1997.

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15 janvier 2015 4 15 /01 /janvier /2015 20:40

http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article34100

Charlie Hebdo, et maintenant, l’évènement, sa portée et ses enjeux

Par Pierre Rousset et François Sabado

Jeudi 15 Janvier 2015

« Vous ne voulez plus des classes ni de leur lutte ? Vous aurez les plèbes et les multitudes anomiques. Vous ne voulez plus des peuples ? Vous aurez les meutes et les tribus. Vous ne voulez plus des partis ? Vous aurez le despotisme de l’opinion », écrivait Daniel Bensaïd dans « éloge de la politique profane ».

Il est trop tôt pour tirer toutes les conséquences des événements de ces derniers jours mais il faut prendre la mesure de ce qui s’est passé. Nous avons vécu un évènement historique, d’abord par la force et massivité des manifestations du Samedi 10 Janvier et du Dimanche 11 Janvier 2015. Près de cinq millions de personnes manifestant les mêmes jours sur tout le territoire, c’est du jamais vu.

Au-delà de toutes les confusions, ces manifestations ont été un grand moment de fraternité humaine comme en témoignent les réactions et le comportement des gens. Ils se parlaient, s’entraidaient pour avancer sous la pression de la multitude rassemblée. Des scènes, de courte durée, dans ces après-midis de samedi et de dimanche, rappelaient certains moments des manifestations de 1995 ou de 1968, dominés par la solidarité.

Approchant les cinq millions, ce sont des cortèges largement composés de salariés, beaucoup de jeunes aussi. Ce sont des manifestations populaires, dans les centres villes, mais aussi dans une très grande partie des banlieues. Sans être « sociales syndicales ou sociales de lutte », elles indiquaient que la société se mobilisait. On peut discuter le jugement suivant, mais ces rassemblements ont réuni avant tout le « peuple de gauche ». Dans cette fraternité contre la barbarie de la terreur, pour les libertés démocratiques et pour la liberté d’expression, notons la présence de pancartes ou de signes contre tous les racismes, le racisme antisémite comme anti musulman. De même, il ne faut pas faire de contre-sens sur « nous sommes tous Charlie » répété à l’infini. En reprenant, ce mot d’ordre, des millions de personnes n’exprimaient pas un soutien à la ligne éditoriale du journal, la grande majorité de ceux qui scandaient « nous sommes tous Charlie » connaissait plus ou moins le journal, mais ne lisaient pas.

« Nous sommes tous Charlie » a explosé comme un cri de solidarité humaine contre les assassinats. Il a pu être décliné de différentes façons. L’idée d’un « Charlie ouvrier », à savoir lier la solidarité avec les journalistes assassinés à la nécessité d’une mobilisation pour les droits sociaux, a été même évoquée. On peut discuter la formule mais, au-delà, il y a une idée juste, celle de creuser un sillon, donner des contenus démocratiques et sociaux à l’indignation et à l’émotion.

C’est ce profond mouvement de la société qui s’est exprimé depuis le 7 janvier 2015 et les anticapitalistes doivent en être, dialoguer avec ces millions de citoyens qui y participent. Ce n’étaient pas des manifestations réactionnaires, elles n’étaient pas avant tout dominées par l’union nationale et les politiques sécuritaires ou anti sociales annoncées par le gouvernement. La société a bougé, spontanément, avec plein de confusion, mais dans un sens progressiste. C’est le point de départ de notre réflexion et c’est dans ce cadre qu’il faut examiner les problèmes qui se posent à nous.

Premier problème, l’union nationale, nous avons eu raison de dénoncer les opérations d’union nationale tant avec Nicolas Sarkozy que les manœuvres avec Marine Le Pen.

Nous avons encore eu plus raison de dénoncer « les satrapes internationaux » qui ont accompagné François Hollande dans son opération de promotion de l’impérialisme français et des diverses coalitions impérialistes.

Quel scandale que Benjamin Netanyahou, Ali Bongo, Viktor Orban et autres assassins des libertés aient été invités à ce défilé. Pas d’appel avec François Hollande, avec le Parti Socialiste ou l’UMP, ni de tête de manifestation ou d’organisation commune, pas de rendez-vous « présidentiel ». De ce point de vue, il faut remarquer que Jean-Luc Mélenchon et le Front De Gauche ont dans un premier temps couvert l’opération, mais qu’ils s’en sont dégagés le samedi après-midi, l’affaire devenant vraiment trop compromettante. Pour notre part nous devions certes exprimer ces critiques, mais nous aurions dû donner de façon plus soutenue la priorité à la solidarité avec les millions de manifestants.

Car les gens n’ont pas été dupes, ils sont descendus dans la rue, mais pas pour soutenir les opérations politiques. Ce qu’ils retiennent de ces journées de manifestations, ce sont les millions de participantes et participants, pas le carré de saigneurs de ce monde.

Deuxième problème, la présence mobilisée de la jeunesse arabo-musulmane.

Des dizaines de milliers de personnes franco-algériennes, marocaines ou tunisiennes étaient présentes, avec un grand nombre de drapeaux de pays du Maghreb, par exemple.

Mais la majorité n’était pas là.

La ligne éditoriale de Charlie Hebdo a joué ici un rôle de repoussoir, ainsi que le sentiment de deux poids et de deux mesures dans la répression, Dieudonné condamné, mais pas Eric Zemmour. La faible mobilisation à Marseille est une indication de cette inégalité dans la mobilisation. Le risque de césure est réel. Il faut, et c’est l’une de nos tâches prioritaires, combattre ce danger de fracture. D’abord en luttant contre les politiques d’austérité et leurs conséquences sur les plus pauvres, les plus défavorisés qui vivent dans nos banlieues. En luttant pour l’égalité des droits, en particulier pour le vote pour les étrangers aux élections.

Les révolutionnaires doivent être en pointe contre l’islamophobie, tous les actes racistes doivent être dénoncés. Il faut défendre le droit des musulmans à pratiquer leur religion, défendre les mosquées lorsqu’elles sont attaquées. Il faut que le mouvement ouvrier et démocratique apparaisse à leurs côtés. Cela commence par des manifestations tangibles de solidarité, d’aide aux plus jeunes dans les écoles. La population arabo-musulmane doit être défendue contre toutes les agressions quand elle est attaquée parce qu’arabe, parce que musulmane.

Cet antiracisme, nous l’opposons de même à l’antisémitisme. Plus que jamais, et c’est difficile, il faut faire la différence entre la politique sioniste de l’état d’Israël et la population juive que nous devons, elle aussi, défendre contre toutes les agressions, quand elle est attaquée parce que juive.

Troisième problème, la volonté du gouvernement d’utiliser ces événements pour accroitre l’arsenal juridique de « l’anti terrorisme » à coup de lois liberticides, à l’instar du Patriot Act imposé par Washington après le 11 Septembre 2001.

C’est un enjeu capital, on ne combattra pas le terrorisme en s’attaquant aux droits et libertés fondamentales. Les organisations ouvrières et démocrates doivent se dresser contre toute mesure gouvernementale allant dans ce sens.

Elles doivent donc refuser de participer de près ou de loin aux réunions qui vont commencer autour d’un « pacte de sécurité » proposé par le Parti Socialiste.

Quatrième problème, comment éviter le « choc des barbaries », la barbarie impérialiste et celle d’organisations comme l’Etat Islamique et al Qaeda. La barbarie impérialiste et ses soutiens dictatoriaux oppriment tous les jours des millions d’êtres humains dans le monde.

C’est sur ce terreau que les organisations fondamentalistes et terroristes prospèrent. Elles se nourrissent des interventions internationales, comme celles engagées par Etats-Unis et autres puissances occidentales en Afghanistan, au Moyen-Orient et en Irak, ou régionales comme avec le Qatar, l’Arabie saoudite et la Turquie. Le développement de ces organisations fondamentalistes a souvent été initialement encouragé par Washington ou des états tels que le Pakistan. Mais elles mettent maintenant en œuvre leur propre politique et leur propre stratégie de confrontation.

Il faut sans cesse rappeler une évidence, la violence terroriste de ces mouvements fondamentalistes est avant tout tournée contre les populations de pays musulmans. Elles s’attaquent à toutes les libertés, aux droits fondamentaux et jouent un rôle contre-révolutionnaire majeur, à l’encontre des aspirations progressistes du « printemps arabe » par exemple. Elles imposent un degré de terreur qui évoque celui des mouvements fascistes dans les années 1930. Elles sont ennemies du genre humain. Nos camarades du Pakistan caractérisent certaines d’entre elles comme des fascismes religieux, une caractérisation qui peut faire débat. Mais elles doivent être combattues alors que de Paris au nord du Nigéria, elles multiplient les actes barbares. Combattues dans nos pays, mais aussi par la solidarité internationale, en luttant contre les guerres impérialistes, en aidant les mouvements progressistes qui résistent aux assauts fondamentalistes à Kobanê, à Alep et au Pakistan et en défendant partout les victimes de leur intolérance.

Cinquième problème, notre faiblesse et l’affaiblissement général du mouvement ouvrier dans ses centres historiques, en particulier l’Europe. La mondialisation capitaliste plonge nos sociétés dans une spirale sans fin de crises sociales. La précarisation s’étend et prend des formes dramatiques. Ni la « gauche de la gauche » ni les syndicats ne sont à même d’offrir une réponse radicale à ces attaques radicales du capital mondialisé. Dans ces conditions, les fondamentalismes de toutes religions et les nouvelles extrêmes droites xénophobes et racistes peuvent prétendre occuper le terrain idéologique de la radicalité. Nous avons besoin d’un front international de résistance anti fasciste et anti fondamentaliste large, mais aussi d’une gauche militante capable d’offrir une alternative radicale au capitalisme. Pour se faire, cette gauche doit être enracinée au sein des populations frappées par la précarité. Ce n’est aujourd’hui pas le cas et c’est l’un de nos talons d’Achille.

Enfin, d’autres dimensions à prendre en compte concernent la situation politique française. François Hollande arrivera-t-il à utiliser cette crise pour se hisser peu ou prou de manière bonapartiste au-dessus des partis et du Parti Socialiste pour assurer sa mise sur orbite pour 2017 ? Arrivera-t-il, dans la continuité de son opération d’union nationale à poursuivre sa politique d’austérité en aggravant la situation sociale de millions de travailleurs ? Arrivera-t-il à contenir la droite et l’extrême droite qui ont été ces derniers jours été marginalisées ?

La dynamique de mobilisation de la société, ces derniers jours, ouvre aussi une autre possibilité, l’indignation et l’aspiration démocratique peuvent prendre un contenu social, au travers de luttes et de mobilisation pour les droits à la dignité, contre l’injustice sociale, contre toutes les oppressions et pour l’égalité de droits. Il faut mener ensemble ces combats communs pour surmonter les divisions dont les pouvoirs dominants tirent leur force.

Les anticapitalistes doivent tout faire pour que ce rebond démocratique s’approfondisse.

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15 janvier 2015 4 15 /01 /janvier /2015 19:57

Le ton continue de monter entre la Turquie et Israël (Reuters)

Le premier ministre turc Ahmet Davutoglu a comparé Jeudi 15 Janvier 2015 son homologue israélien Benjamin Netanyahu aux terroristes islamistes qui ont tué dix-sept personnes la semaine dernière à Paris.

Benjamin Netanyahu, s'exprimant à Jérusalem, a répliqué en demandant à la communauté internationale de condamner les propos tenus aussi bien par Ahmet Davutoglu que par le président turc Recep Tayyip Erdogan.

« Je n'ai pas entendu la communauté internationale condamner ces propos inacceptables. Je tiens à dire clairement que si la communauté internationale ne condamne pas ceux qui soutiennent la terreur et ne se dresse pas avec force et clairement contre ceux qui la répandent, la vague de terreur qui parcourt le monde ne fera que s'accentuer », a dit Benjamin Netanyahu.

Lors d'une conférence de presse, Ahmet Davutoglu a déclaré que « tout comme le massacre qui a été commis à Paris par des terroristes est un crime contre l'humanité, Benjamin Netanyahu, en tant que chef d'un gouvernement qui tue des enfants en train de jouer sur une plage à Gaza, qui détruit des milliers de maisons et qui a massacré nos compatriotes à bord d'un navire d'aide dans les eaux internationales, a commis des crimes contre l'humanité ».

Il faisait notamment référence à l'opération « bordure protectrice » menée cet été à Gaza par l'armée israélienne et qui a coûté la vie à plus de deux mille cent palestiniens, dont environ cinq cent enfants, selon l'UNICEF.

En 2010, l'armée israélienne a donné l'assaut au navire turc Mavi Marmara, qui faisait partie d'une « flottille pour Gaza » voulant briser le blocus naval israélien autour de l'enclave palestinienne. Neuf turcs ont péri dans cette opération.

Les relations entre Israël et la Turquie n'ont cessé de se dégrader depuis lors.

« PROVOCATION »

Le porte-parole du président turc Recep Tayyip Erdogan juge quant à lui « inacceptable et islamophobe » de la part de Benjamin Netanyahu de lier les attaques de Paris à l'islam.

« Le gouvernement israélien doit mettre fin à sa politique agressive et raciste et cesser d'attaquer les autres en les traitant d'antisémites », écrit Ibrahim Kalin sur le site internet de la présidence.

Lundi, Recep Tayyip Erdogan s'en est pris à Benjamin Netanyahu qui a participé à la marche organisée la veille à Paris pour condamner les attentats.

« Comment un homme qui a tué deux mille cinq cent personnes à Gaza en recourant au terrorisme d’état peut-il aller agiter la main à Paris ? Comment ose-t-il faire une chose pareille », a-t-il dit.

« Vous devriez commencer par annoncer combien de femmes et d'enfants vous avez tués », s'est indigné Recep Tayyip Erdogan à l'adresse du premier ministre israélien.

Le président turc n'a pas défilé dimanche à Paris, où il avait dépêché Ahmet Davutoglu.

Mercredi, le ministre israélien des affaires étrangères, Avigdor Liebermann, a traité Recep Tayyip Erdogan de « petit caïd antisémite », lors d'une réunion avec les ambassadeurs de l’état hébreu en Europe et en Asie.

« Le silence poli et politiquement correct de l'Europe à propos d'un petit caïd de quartier antisémite comme Recep Tayyip Erdogan, lui et sa bande, tout cela nous ramène aux années 1930 », a dit le chef du parti d'extrême droite Yisrael Beitenu.

« Si l’état Israël cherche un petit caïd, il n'a qu'à se regarder dans un miroir », a répliqué jeudi Ahmet Davutoglu.

Le premier ministre turc a par ailleurs critiqué la publication par le journal de l'opposition laïque Cumhuriyet d'extraits du dernier numéro de Charlie Hebdo, l'hebdomadaire satirique attaqué il y a huit jours par les islamistes.

Pour lui, la liberté de la presse ne signifie pas qu'on peut impunément insulter la religion, ce qui est d'ailleurs passible de prison en Turquie.

« La liberté de la presse, cela ne veut pas dire pouvoir insulter le prophète », a dit Ahmet Davutoglu. « Si les gens peuvent admettre qu'on insulte un individu, ils réagiront évidemment à un autre degré s'il s'agit du prophète. Puisque la Turquie a une telle sensibilité, publier un dessin qui vise à insulter le prophète, c'est de la provocation ».

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14 janvier 2015 3 14 /01 /janvier /2015 21:18

http://www.regards.fr/web/article/se-sortir-de-la-guerre-et-non-pas

Sortir de la guerre et non pas chercher à la gagner

Par Roger Martelli

Mercredi 14 Janvier 2015

« Un peuple prêt à sacrifier un peu de liberté pour un peu de sécurité ne mérite ni l’une ni l’autre et finit par perdre les deux », selon Benjamin Franklin.

S’enfoncer dans la quête sécuritaire, c’est assurément s’y perdre, et se tromper de combat.

Il n’y aura pas de Patriot Act à la française, promet Manuel Valls. Mais face à la « menace qui est aussi intérieure, il faut des mesures exceptionnelles ».

L’immigration n’est pas liée au terrorisme, affirme Nicolas Sarkozy, mais « elle complique les choses, car elle crée la difficulté de l’intégration, qui crée le communautarisme ». Valse habituelle des faux-semblants et litanie des dénégations qui sont autant d’affirmations déguisées.

Le peuple du week-end disait « tolérance », les grands de ce monde pensent « guerre ». « La guerre a été déclarée à la France, à ses institutions », selon Nicolas Sarkozy. « Nous avons une guerre à mener », selon Manuel Valls. Ce n’est pas qu’ils sont méchants, ils ne peuvent pas penser autrement, et cela depuis bien avant les tueries de la semaine passée, avant même le 11 septembre 2001.

La guerre, en sommes-nous sortis depuis août 1914 ? Guerres mondiales, guerre froide, guerre des civilisations, la guerre a changé de forme, mais c’est toujours la guerre, pas de paix envisageable, seulement des suspensions de guerre, de-ci de-là.

Voilà une poignée de décennies, en tout cas, que la guerre n’est plus la guerre classique, la guerre européenne qui concerne les états. Les guerres d’aujourd’hui ne sont plus interétatiques mais intra-étatiques. Guerres sans champ de bataille, où les victimes sont à quatre-vingt-dix pour cent des civils, guerres diffuses, dans des territoires flous, sans frontières.

Le substrat commun à Manuel Valls et à Nicolas Sarkozy

Pas de champ de bataille, l’ennemi est partout, la menace est permanente. On ne se défend plus, on prévient et on se protège, par tous les moyens. Dès lors, on ne sait plus très bien ce qui relève de la défense nationale ou de l’ordre intérieur, de l’armée ou de la police, du public et du privé. On ne sait plus où passe la frontière du légal et de l’illégal, de l’ordinaire et de l’exceptionnel. « L’ennemi combattant illégal » est partout et nulle part. Il ne se « voit » pas, il n’est plus en uniforme, il est plongé dans la vie ordinaire. Le tueur de demain, c’est le voisin, le petit gars d’à côté, éventuellement serviable avec les personnes âgées.

L’imprévisible nourrit la peur et le fantasme de la prévisibilité. Si l’ennemi ne se voit pas, il faut anticiper, définir le profil des individus ou des groupes que l’on juge potentiellement dangereux. En matière de police et de droit, on est passé en un siècle du « criminel responsable » au « criminel né », puis aujourd’hui au « criminel potentiel ». Individus à risques, populations à risques, le profilage s’étend à des groupes de plus en plus larges que l’on fiche, dont on organise la « traçabilité », comme la viande de bœuf, que l’on écoute, que l’on contrôle, voire que l’on parque et que l’on isole. Alors, ce qui relève de « l’exceptionnel » éventuellement nécessaire, toute situation exceptionnelle oblige de fait à des actes exceptionnels, se transforme en « état d’exception ». Et quand le second tend à dominer, en France, le processus législatif est engagé depuis 1986, comment empêcher, quelles que soient les volontés affichées, que « l’exceptionnel » de la mesure particulière ne nourrisse « l’exception » de la juridiction elle-même ?

Tel est, malgré leurs différences, le substrat commun à Manuel Valls et à Nicolas Sarkozy, l’équivalent sur le plan de la société de l’acceptation de la norme financière sur le plan de l’économie. Or ce substrat met toutes nos sociétés dans l’impasse. Au nom de l’ordre, il produit le chaos, à toutes les échelles de territoire. Toute « solution » sur ces bases nous enfonce un peu plus dans la guerre, un peu plus dans la peur et un peu plus dans l’abaissement de la liberté.

Armées de riches, guerres de pauvres

Réfléchissons un instant à ce qui se passe dans l’arène planétaire. La fin de la guerre froide devait nous faire entrer dans une nouvelle ère, sous l’égide de l’ONU. Souvenons-nous, la première guerre spectaculaire censée illustrer la nouvelle donne voulait restaurer l’indépendance du Koweït. Elle s’est officiellement menée sous drapeau onusien. Quelques années plus tard, autour de la question du Kosovo, la guerre s’est faite sous l’égide de l’OTAN. Un peu plus tard encore, la seconde guerre contre l’Irak a été décidée et conduite par les seuls États-Unis.

Il n’y a là rien d’étonnant. Si le paradigme dominant est celui de la guerre, son corrélat est celui de la puissance, et d’abord la puissance matérielle. Avec six cent vingt milliards de dollars, les États-Unis engagent trente-sept pour cent des dépenses militaires cumulées de la planète. Entre une Amérique surarmée, avec son prolongement atlantique, l’OTAN, et une ONU peu à peu délégitimée, qui peut piloter la guerre universelle contre le mal ?

Or, force est de constater que la débauche de moyens techniques déployés s’avère d’une efficacité relative, dans des guerres qui ont changé de visage. La concentration d’armements de haute technologie ne peut pas grand-chose face à la dissémination et à la croissance exponentielle des armes légères. Or, chaque année, huit millions d’armes légères sont produites et vendues dans le monde, alors que seulement huit cent mille environ sont détruites. Armées de riches, guerres de pauvres, dit-on parfois. Mais si la guerre, guerre des pauvres arbitrées par les riches, devient peu à peu une guerre des riches contre les pauvres, rien ne dit qu’elle peut trouver une issue.

Guerre contre le mal, pas contre les maux

Éliminer les pauvres, où éliminer la pauvreté ? Qu’on le veuille ou non, c’est toujours la même question qui revient. Voilà des années que, au sein de l’ONU, des organismes comme le programme de l’ONU pour le développement rappellent que les carences gigantesques en matière de développement humain, que la polarisation persistante des avoirs, des savoirs et des pouvoirs sont les bases de l’insécurité. Qu’en a-t-on fait ? Rien, au début du vingt et unième siècle, on a défini en grande pompe de grands objectifs pour le millénaire. Pour l’essentiel, ils ne seront pas atteints.

La guerre contre la malnutrition et la faim, contre les maladies de masse, contre la face noire de la métropolisation, contre les discriminations, contre le gouffre des inégalités, contre la dégradation environnementale qui affecte avant tout les pauvres, contre toutes les fractures technologiques, contre les trafics d’armes entretenus par les pays riches et contre les paradis fiscaux qui distraient des sommes colossales dont le développement humain aurait besoin, non, la guerre contre le terrorisme.

L’occident enfante et arme Oussama ben Laden, pour en faire ensuite le symbole du mal. Et pour faire oublier que le terreau dudit mal n’est rien d’autre que cet écheveau de maux bien concrets qui nous tissent un monde invivable.

On attribue à Goethe une phrase, datée de 1793, qui a fait l’objet de bien des dissertations, « j’aime mieux commettre une injustice que tolérer un désordre ».

Phrase désormais sans objet, nous avons à la fois l’injustice et le désordre.

Il y a donc, dans le consensus sécuritaire qui se dessine, quelque chose d’irréel et d’inquiétant. Sans doute finira-t-on par trouver, en France comme aux États-Unis, des différences entre républicains et démocrates, entre gauche raisonnable et droite dure. Mais choisir entre les uns et les autres ce ne sera pas vraiment choisir. Parce qu’il n’y a pas de solution réelle à la violence par la spirale sans fin de la contre-violence. Si notre société s’accoutumait durablement à l’idée qu’elle est en guerre, toute faille dans l’état de droit conduirait immanquablement à la déraison d’état. Auquel cas, comme par une ironie de l’histoire, on pourrait se dire qu’Oussama ben Laden et les tueurs de Paris ont gagné leur guerre.

« Société de la peur ou communauté de destin »

En fait, notre problème actuel n’est pas de gagner la guerre mais de sortir de la guerre. Pour ce faire, je ne vois pas d’autre manière que de suivre simultanément, j’insiste sur le « simultanément », deux grandes pistes de réflexion et d’action.

Il n’y a pas d’issue qui soit seulement française. La tragédie récente n’est qu’un moment d’un drame qui se joue à l’échelle planétaire. Pour agir à cette échelle, il ne faut pas continuer dans la logique des solutions militaires, dans la kyrielle sans fin des interventions extérieures des puissances installées. S’il y a des dimensions militaires à assumer, elles doivent l’être dans un cadre onusien relégitimé. Or il ne se relégitimera qu’à la double condition qu’il se réforme profondément dans ses structures et qu’il se réoriente dans ses missions. Remettre l’économie au service du développement sobre des capacités humaines, réinsérer les organismes économiques dans le giron onusien et donner la priorité aux institutions centrés sur le développement, en bref, remettre à l’endroit ce que la concurrence et la gouvernance ont mis à l’envers.

Il n’y aura pas d’avancée française sans globalité du projet que l’on porte.

« Société de la peur ou communauté de destin », écrit la juriste Mireille-Delmas-Marty. Elle a raison d’expliciter ainsi le dilemme. L’issue n’est ni dans l’ordre sécuritaire ni dans la seule réaffirmation de principes, fussent-ils aussi fondamentaux que la laïcité. Ce qui est en jeu, c’est la manière générale dont on entend faire la société. Le primat de la finance et de la marchandise, la concentration des pouvoirs, la dynamique de la peur, l’enfermement des communautés et la spirale de la violence forment un tout inextricable. C’est ce tout qu’il convient aujourd’hui de dénouer.

Dans cette activité de déconstruction et surtout de reconstruction, on peut, moins que jamais, se polariser sur une dimension particulière, quelle que soit son importance par ailleurs. Économique, social, politique, culturel et éthique sont désormais inséparables. Liberté, égalité et fraternité, dit la belle devise révolutionnaire, devenue celle de la république. Les trois doivent être pensées ensemble. La liberté de penser, mais aussi de décider ensemble, cela s’appelle la démocratie et se décline sous des formes nouvelles et plus simplement représentative, cela suppose de penser une république d’un nouveau type.

L’égalité, cela implique une égalité qui ne soit pas seulement celle « des chances », mais celle du partage réel, dans un esprit qui n’est pas celui de l’égalitarisme et de l’uniformité, mais de la mise en commun de tous dans le respect de la dignité et de la spécificité de chacun. La fraternité, c’est plus que le respect de l’autre, c’est la volonté de refuser les clôtures qui séparent « soi » et « autrui », c’est la solidarité rendue possible par le partage, c’est le goût du public contre la frénésie de l’accumulation privée.

En bref, le seul horizon rationnel, affectif et tout simplement humain n’est en aucun cas la guerre. C’est la justice.

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14 janvier 2015 3 14 /01 /janvier /2015 20:38

http://www.plateforme-palestine.org/Suite-a-la-manifestation-du-11,4205

Suite à la manifestation du Dimanche 11 Janvier 2015

Déclaration de la plateforme des ONG françaises pour la Palestine

Mercredi 14 Janvier 2015

Partout en France, des millions de citoyens ont répondu avec une légitime colère et une grande dignité à la vague de tuerie de la semaine dernière.

L’équipe de Charlie Hebdo a été très fortement frappée, mais la folie meurtrière a fait d’autres victimes parmi les clients juifs d’un super marché kasher et les policiers.

Ces millions de citoyens ont voulu affirmer l’indispensable protection du droit d’expression, fût-il satirique, et, en opposition aux idéologies racistes, leur adhésion aux valeurs de la république, liberté, égalité et fraternité, c’est-à-dire de respect de l’autre et de solidarité qui sont la base d’une démocratie. Ils et elles se sont élevés contre la violence obscurantiste qui a frappé la France.

La plateforme des ONG françaises pour la Palestine adhère à cette protestation citoyenne mais elle s’indigne de la présence à la manifestation parisienne de dirigeants étrangers, en particulier d’Israël, comme Benyamin Netanyahou, Avigdor Lieberman et Naftali Bennett, mais aussi d’ailleurs, qui exercent, à l’égard de leur propre population ou celle des territoires qu’ils occupent, une violence et une répression se situant à l’exact opposé des valeurs portées par cette marche.

Cette appropriation politicienne d’un élan populaire intense, à la mesure du crime, est porteuse d’amalgames mortifères, haine de l’autre, racisme, islamophobie ou « guerre de civilisations », qui s’opposent à la volonté de vivre ensemble et de tolérance exprimée par les foules de manifestants.

La plateforme des ONG françaises pour la Palestine réitère sa condamnation absolue des crimes commis, adresse ses condoléances aux proches de toutes les victimes mais s’élève fermement contre toute instrumentalisation qui en est faite.

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