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1 mai 2015 5 01 /05 /mai /2015 20:22

http://www.cadtm.org/Les-derives-du-Forum-social

Les dérives du Forum Social Mondial (FSM)

Vers la fin du processus

Par Mimoun Rahmani, secrétaire général adjoint d’ATTAC Maroc

Lundi 20 Avril 2015

Genèse du FSM

Le FSM est né suite à l’émergence du mouvement anti-mondialisation pendant les années 1990, notamment le soulèvement des zapatistes contre l’ALENA en 1994, la campagne contre l’Accord Multilatéral sur l’Investissement (AMI) en 1998 et la grande mobilisation en 1999 à Seattle contre le sommet de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC), avec près de cinquante mille participants venus du monde entier.

C’était un contexte politique et idéologique marqué par le démantèlement du mur de Berlin et la fin de la guerre froide ayant entraîné l’hégémonie des États-Unis et de l’idéologie libérale, mais aussi par l’émergence des mouvements sociaux en lutte contre les politiques ultralibérales dictées par les institutions économiques internationales, le Fonds Monétaire International (FMI), la Banque Mondiale et l’OMC, dans le cadre du consensus de Washington.

Les ennemis du FSM étaient donc bien identifiés, le forum économique mondial de Davos, le FMI, la Banque Mondiale, l’OMC, les multinationales et les États-Unis en tant qu’empire.

La charte de principes de Porto Alegre définit le FSM comme étant « un espace ouvert de réflexion, de débat d’idées démocratiques, de formulation de propositions, d’échange d’expériences et d’articulation en vue d’actions efficaces entre les mouvements sociaux et organisations de la société civile qui s’opposent au néo libéralisme et à la domination du monde par le capital et toute forme d’impérialisme ».

Le FSM n’est donc pas un simple événement de débat d’idées et de proposition d’alternatives au néo libéralisme. Il est aussi un processus continu qui vise la construction d’actions communes à l’échelle planétaire. En d’autres termes, le FSM devra jouer le rôle de catalyseur des luttes sociales, rendre les luttes plus visibles, dans l’objectif global de renforcer la lutte commune contre le néolibéralisme et, d’une manière générale, contre la globalisation capitaliste, afin de contribuer à inverser les rapports de force au niveau mondial.

Cependant, le FSM connaît des dérives de plus en plus graves qui l’ont « réduit à l’insignifiance », faisant de cet espace une simple foire internationale des associations et Organisations Non Gouvernementales (ONG) de développement. Commercialisation à outrance au sein de l’espace du FSM, sous-traitance de certains aspects de l’organisation à des sociétés privées, frais d’inscription élevés, présence de délégations officielles et des intégristes islamistes, financement du FSM par des gouvernements antidémocratiques et d’autres sources de financement incertaines, enregistrement d’activités en totale contradiction avec la charte de principe du FSM.

S’ajoute à cela la crise interne que connaît le conseil international du FSM dont les commissions ne sont plus opérationnelles, ni d’ailleurs le groupe de liaison qui jouait le rôle de coordination entre les commissions et préparait les réunions dudit conseil. Les décisions sont le plus souvent préparées à l’avance par une minorité qui contrôle le conseil international, essentiellement des membres des grandes ONG dont la présence et l’influence sont de plus en plus importantes devant la faiblesse des mouvements sociaux et des mouvements de lutte.

L’espoir de Tunis 2013 évaporé après Tunis 2015

Le FSM de Tunis 2013 a donné un nouveau souffle au processus, ou du moins une bouffée d’espoir. Le processus révolutionnaire et les soulèvements populaires, en Tunisie et un peu partout dans le monde arabe, ont permis de réaliser un FSM plus ou moins réussi en comparaison avec les éditions précédentes, notamment celles tenues en terre africaine, à Nairobi en 2007 et à Dakar en 2011. C’est d’ailleurs le bilan positif tiré par le conseil international qui a poussé ses membres à prendre la décision d’organiser une deuxième édition consécutive à Tunis en 2015. On s’attendait alors à une évolution par rapport à 2013, aussi bien en termes de mobilisation et d’organisation qu’en ce qui concerne l’implication des mouvements sociaux de lutte et l’articulation entre les mouvements en vue d’actions communes concrètes. Malheureusement le résultat obtenu a été décevant, malgré les très bons débats dans certains ateliers et les conclusions intéressantes de certaines assemblées de convergence ayant proposé des dates d’actions communes.

Les dérives du FSM 2015

La treizième édition du FSM avait comme défis d’assurer une participation importante, autant que celle de 2013, de faire converger les luttes des mouvements sociaux, en particulier au niveau de la région qui connaît une ébullition de mouvements de contestation, mobilisations contre l’exploitation de gaz de schiste en Algérie, mouvement des enseignants en grève en Algérie et en Tunisie et lutte des diplômés chômeurs pour leur droit au travail. Et les soulèvements populaires en Afrique, au Burkina Faso, au Togo et au Congo, en Europe, en particulier en Grèce et en Espagne, et en Amérique Latine. Le troisième défi était celui de faciliter la construction des agendas communs contre les institutions financières internationales et le système de la dette, contre l’exploitation des ressources naturelles par les multinationales, contre les traités néo-libéraux de libre-échange, contre la régression des droits humains les plus élémentaires, contre la violence envers les femmes, pour la justice climatique et la souveraineté alimentaire, pour la justice sociale et pour la paix. Le quatrième défi était d’ordre organisationnel et de sécurité, c’est-à-dire assurer une qualité requise d’organisation et d’interprétariat et éviter les violences et les perturbations que peuvent causer les affrontements d’ordre politique comme cela s’est passé lors des éditions précédentes.

À l’approche du FSM les craintes grandissaient et une partie d’entre elles se sont confirmées.

D’abord sur la question de la mobilisation, malgré l’inscription d’un grand nombre d’organisations, plus de quatre mille, et pas moins de mille deux cent activités enregistrées, la participation a été plus faible qu’en 2013. Les estimations du comité d’organisation sont de l’ordre de quarante-cinq mille participants mais c’est un chiffre assez surprenant et certainement « gonflé ». Il n’a été basé ni sur le nombre de badges distribués ni sur les inscriptions confirmées.

Un autre aspect mérite d’être souligné, à savoir la quasi-incapacité des mouvements réellement en lutte de participer à ce FSM. Certes, il y a eu des débats sur la Grèce, sur l’Espagne et sur les mouvements de protestation actuellement en Afrique, au Burkina Faso, au Togo et au Congo, mais ces mouvements de lutte, et d’une manière générale ceux qu’on appelle « les nouveaux mouvements », n’étaient pas présents.

Le 27 et le 28 mars 2015 une trentaine d’assemblées de convergences étaient programmées.

Cependant des ateliers autogérés ont été organisés en parallèle. C’est ce qui justifie la faible participation dans les assemblées. Cette méthodologie n’a pas facilité les convergences.

Il est par ailleurs important de souligner que certains contenus de quelques activités étaient en contradiction totale avec la charte de principes du FSM, des organisations qui défendent les agendas de la Banque Mondiale, la tenue d’activités qui défendent les accords de partenariats entre l’Union Européenne et les pays de la rive sud de la Méditerranée et d’autres qui parlent entrepreneuriat en économie solidaire. Le programme du FSM a été lui aussi sponsorisé par des entreprises tunisiennes, Tunisie Télécom, Tunisair et Transtu. S’ajoute à cela la forte présence des religieux islamistes qui distribuaient des livres de propagande religieuse gratuitement. Ainsi que des partis islamistes dont le parti marocain « justice et bienfaisance » qui tenait même son stand à la faculté de droit.

La présence d’une forte délégation pro-régime algérien, environ mille deux cent participants pris en charge par le gouvernement, et d’une délégation officielle marocaine ont paniqué le FSM et perturbé la tenue de certaines activités. Le comité d’organisation devait faire une conférence de presse le 27 mars 2015 au matin pour dénoncer les violences causées par la délégation algérienne, sans toutefois citer la délégation officielle marocaine, mais ladite conférence a été perturbée par cette même délégation.

Un autre très gros problème est le problème de l’interprétation. Le comité d’organisation tunisien a préféré former un groupe de volontaires locaux, notamment des étudiants de langues et des enseignants de traduction sans toutefois faire appel à l’expérience et l’expertise du réseau Babels reconnu par son expérience, sa compétence et son implication politique dans le processus du FSM et qui a jusqu’ici assuré l’interprétation des différentes éditions du FSM. Le comité local, ayant jugé que les interprètes de Babels sont « coûteux et exigeants », s’est contenté des volontaires qui ont très peu d’expérience et dont le nombre était très insuffisant. Cette démarche a amené le réseau Babels à prendre la décision de boycotter le FSM Tunis 2015. Par ailleurs les conditions de travail pour les interprètes étaient très difficiles, pas de matériel adapté, pas de per diem et pas de nourriture, ce qui les a poussés à observer une grève l’après-midi du 27 mars 2015 au moment même où se tenaient certaines assemblées de convergence.

FSM Tunis 2015, un forum anti-terroriste

Après l’attaque du musée de Bardo de Tunis le 18 mars 2015 ayant fait vingt-deux morts, le comité d’organisation du FSM s’est réuni en urgence et a fait un communiqué dans lequel il annonçait le maintien de la tenue du FSM, et sa décision de changer l’itinéraire de la marche d’ouverture du FSM qui partira désormais de la place Bab Saadoun en direction du musée du Bardo sous le mot d’ordre « les peuples du monde contre le terrorisme ». Le communiqué parlait également de la création d’une commission au sein du conseil international pour la rédaction de « la charte internationale altermondialiste du Bardo de lutte contre le terrorisme ».

Dès lors, le FSM s’affichait en événement antiterroriste et les médias tunisiens ne parlaient que des altermondialistes qui viennent en Tunisie pour « dénoncer le terrorisme ».

Heureusement, plusieurs membres du comité international du FSM et d’autres activistes internationaux ont réagi rapidement et exprimé leurs inquiétudes. Une réunion des mouvements sociaux internationaux avec le comité d’organisation, tenue le 22 mars 2015, a permis de clarifier les choses et de se mettre d’accord sur le slogan de la marche d’ouverture, « les peuples du monde unis pour la liberté, l’égalité, la justice sociale et la paix, en solidarité avec le peuple tunisien et toutes les victimes du terrorisme et toutes les formes d’oppression ».

Les mouvements sociaux ont refusé que le FSM soit considéré comme un événement contre le terrorisme et ont précisé qu’il y a en fait plusieurs formes de terrorisme et que le terrorisme est nourri par l’impérialisme international.

Malgré ces clarifications, la marche d’ouverture était en globalité une manifestation contre le terrorisme, tel que rapporté d’ailleurs par la presse et les médias tunisiens qui annonçaient que les organisations de la société civile internationale manifestent à Tunis contre le terrorisme.

La question du terrorisme qui s’est invité dans le débat, y compris à la réunion du comité international du FSM, montre bien qu’au sein du FSM lui-même il y a ceux qui se mettent dans le sillage de l’impérialisme et ceux qui le combattent.

L’avenir du FSM

Il est clair que le FSM est en crise actuellement, de même que son conseil international. Il a été récupéré par les défenseurs d’un « libéralisme à visage humain », ceux qui considèrent le FSM comme un simple événement. La lutte contre le système capitaliste n’est pas à l’ordre du jour et ne constitue pas un agenda commun des différentes composantes de la dynamique du FSM. L’avenir du processus est donc incertain.

En d’autres termes, le FSM est replié sur lui-même et ne vise plus à faire contrepoids au forum économique mondial de Davos ou quelque autre instance du néo libéralisme. Il n’a plus d’objectifs en termes d’ennemis à combattre. Et pire encore, il se met sous le giron de l’empire, comme par exemple la lutte contre le terrorisme. En fait, il n’a plus de boussole politique.

En outre, le FSM n’est jamais parvenu à être réellement un forum où s’expriment les mouvements de lutte. Seules les organisations structurées parviennent à financer le déplacement de quelques militants. C’est très rare qu’on pense à ceux qui sont sur le terrain.

L’Assemblée des Mouvements Sociaux (AMS) qui était le dernier moment du FSM pendant les premières années, et qui appelle à chaque édition à des journées d’actions et de mobilisations à l’échelle mondiale, a été vidée de son sens par la stratégie et la méthodologie mise en place par le comité international.

Elle est désormais marginalisée et placée au même niveau que les autres assemblées de convergence. L’idée était justement de casser la dynamique de l’AMS qui se positionne concrètement dans le champ des alternatives à la globalisation capitaliste. Et les mouvements sociaux eux même ont contribué à cela par leur repli et leur désintérêt, notamment certains grands mouvements internationaux ayant initié cette dynamique.

Les mouvements sociaux, en particulier ceux qui composent l’AMS, ainsi que les différents mouvements qui luttent à l’échelle planétaire pour la justice sociale, sont appelés à plus de coordination et de concertation en vue de la lutte commune, au-delà même du FSM, pour renforcer la lutte contre la globalisation capitaliste en vue d’un autre monde plus juste et plus équitable.

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1 mai 2015 5 01 /05 /mai /2015 17:50

http://www.revue-ballast.fr/assassiner-lespoir-par-slavoj-zizek

Assassiner l’espoir

Par Slavoj Zizek

« Je proclame mon respect profond pour Syriza et son combat. Sa persévérance même nous rend libres, tant que Syriza existe, nous savons tous qu’il nous reste encore une chance », écrivait récemment le philosophe slovène. Il revient, dans ce texte que nous avons traduit, paru en anglais Vendredi 24 Avril 2015, sur l’espoir que soulèvent les pourtant très modérés Syriza et Podemos et les coups de force de l’Union Européenne, qu’il compare aux manœuvres des Etats Unis contre l’Amérique Latine, pour tenter d’y mettre au plus vite un terme.

Un entretien que j’ai accordé il y a peu, d’abord publié au Mexique puis repris dans la presse latino-américaine, ainsi que dans El Pais, aurait donné lieu à une idée complètement erronée de mes positions par rapport à la récente tendance populiste des politiques radicales. S’il est évident que la révolution bolivarienne au Venezuela mérite de nombreuses critiques, nous ne devrions pas oublier qu’elle fut victime d’une campagne contre-révolutionnaire très bien orchestrée et, plus particulièrement, d’une longue guerre économique. La tactique n'est toutefois pas inédite. Quelques années auparavant, au début des années 1970, le conseiller américain à la sécurité nationale de l’époque, Henry Kissinger, conseilla la CIA quant à la meilleure manière de déstabiliser le gouvernement démocratique du président Salvador Allende, au Chili. Après une réunion avec Henry Kissinger et le président Richard Nixon, le 15 septembre 1970, le directeur de la CIA de l’époque, Richard Helms, écrivit dans ses notes la succincte instruction suivante, « faites crier l’économie chilienne ». Les pontes du gouvernement américain ont reconnu que la même procédure a actuellement cours au Venezuela.

Il y a seulement quelques années de cela, l’ancien secrétaire d’état des États-Unis, Lawrence Eagleburger, avait déclaré sur la chaîne Fox News que la relation entre le président Hugo Chavez et le peuple vénézuélien « ne fonctionnera que si le peuple du Venezuela continue de voir dans son gouvernement la capacité d’améliorer ses conditions de vie. Si, à un moment donné, l’économie commence à aller mal, la popularité d’Hugo Chavez commencera à décroître. Ce sont les armes que nous avons contre lui et que nous devrions utiliser. C’est-à-dire les outils économiques pour faire que l’économie vénézuélienne empire, de façon à ce que l’influence du chavisme dans le pays et la région s’effondre. Tout ce que nous pouvons faire pour que l’économie vénézuélienne se trouve dans une situation difficile est une bonne chose, mais il s’agit de le faire, si cela est évitable, sans entrer en confrontation directe avec le Venezuela ».

Le moins que l’on puisse dire de ce type d’affirmations, c'est qu’elles confèrent de la crédibilité à l’argument selon lequel les difficultés économiques qu’affronte le gouvernement bolivarien ne sont pas seulement le résultat de son incompétence en matière de politique économique.

C’est le point clé, politiquement parlant, que les libéraux ne peuvent encaisser, ici, nous ne sommes clairement pas face aux mécanismes et aux réactions de quelque marché aveugle, par exemple les propriétaires de magasins qui essaient de faire des profits en retirant leurs produits de leurs rayons, mais bien, au contraire, face à des stratégies planifiées et pour le moins sophistiquées. Dans de telles conditions, cette sorte de terreur, c'est-à-dire de contre-mesures défensives, descentes de la police dans les entrepôts ou arrestations des spéculateurs et des fomentateurs des pénuries, n'est-elle pas pleinement justifiée ? Et, lorsque le 9 mars 2015, le président Barack Obama a expédié un ordre exécutif pour faire du Venezuela une « menace contre la sécurité nationale » des États-Unis, cela ne donne-t-il pas le feu vert à ceux qui cherchent à abréger le mandat du président Nicolas Maduro ou à mener à bien un coup d’état ?

Dans un registre plus « civilisé », il se déroule exactement la même chose en Grèce.

Nous sommes aujourd’hui sous la pression énorme de ce qui devrait s’appeler, sans gêne aucune, la « propagande ennemie ». Selon Alain Badiou, « l’objet de la propagande ennemie n’est pas d’annihiler une force existante, fonction qui incombe en principe aux forces de police, mais bien d'annihiler une possibilité méconnue de la situation ». Dit autrement, ils essaient d’assassiner l’espoir, cette propagande s'échine à faire passer l'idée, des plus résignées, que si le monde dans lequel nous vivons n’est pas le meilleur qui soit, il est en tout cas le moins pire, toute tentative de changement radical ne ferait qu'empirer les choses, en somme. C’est pour cela que toutes les formes de résistance, de Syriza en Grèce à Podemos en Espagne, en passant par les « populismes » latino-américains, doivent compter sur notre soutien le plus ferme. Cela ne signifie pas qu'il faille nous abstenir d’une sévère critique, entre nous, lorsque cela s'avère nécessaire, mais elle doit strictement se limiter à une critiquer interne, une critique entre alliés. Comme l'aurait dit Mao Tse Toung, cette critique tient des « contradictions à l’intérieur du peuple », et non des contradictions entre le peuple et ses ennemis.

Pas à pas, un idéal émerge de la réaction de l’establishment européen à la victoire de Syriza. Le titre d'une tribune écrite par Gideon Rachman, et parue dans le Financial Times en décembre 2014, l'incarne parfaitement, « le maillon faible de l’Europe, ce sont les électeurs ». Par conséquent, dans un monde idéal, l’Europe devrait se débarrasser de son « maillon faible » et laisser les experts s'emparer du pouvoir afin qu'ils puissent imposer, le plus directement possible, les politiques économiques nécessaires. Et si les élections devaient se maintenir, par le plus grand des hasards, elles auraient vocation à confirmer le consensus des experts. La perspective d’un résultat électoral « erroné » provoque la panique des membres de l’establishment, dès que cette possibilité pointe à l’horizon, ils s'empressent de nous peindre une image apocalyptique de chaos social, de pauvreté et de violence. Et, comme toujours dans pareils cas, la prosopopée idéologique en fait son jus, les marchés commencent à parler comme s’ils étaient des personnes, exprimant leurs préoccupations à propos de ce qui pourrait se passer si les élections n’accouchaient pas d’un gouvernement à même, par son mandat, de poursuivre les programmes d’austérité fiscale et de réformes structurelles.

Récemment, les médias allemands ont traité le ministre grec des finances, Yanis Varoufakis, de psychotique qui vivrait dans un monde différent du nôtre. Est-il pourtant si radical ? Ce qui suscite leur panique n'est pas tant la radicalité de Yanis Varoufakis que sa modestie pragmatique et raisonnable, ce n’est guère étonnant que quelques franges radicales de Syriza l'aient déjà accusé d’avoir capitulé face à l’Union Européenne. Mais si l'on observe avec soin les propositions de Yanis Varoufakis, il est impossible de nier qu’il s’agit là des mesures que n'importe quel programme social-démocrate portait il y a quarante ans, le programme du gouvernement suédois, dans les années 1960, était bien plus radical. C’est un des signes de pauvreté de notre temps qu’il faille appartenir à la gauche radicale pour plaider des mesures similaires. C’est un symptôme de la sombre époque dans laquelle nous vivons, mais aussi une opportunité, que la gauche puisse occuper la place que la gauche modérée et centriste occupait lors des décennies antérieures.

Qu’arrivera-t-il si un gouvernement comme celui de Syriza échoue ? Les conséquences seront catastrophiques, non seulement pour la Grèce, mais pour l’Europe tout entière, cette éventuelle défaite donnerait encore plus de poids au point de vue pessimiste selon lequel le travail patient des réformes est condamné à échouer et que le réformisme, bien plus que la révolution, constitue aujourd’hui la plus profonde des utopies. En définitive, cela confirmerait que nous nous rapprochons d’une ère de lutte bien plus radicale et violente.

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1 mai 2015 5 01 /05 /mai /2015 17:23

La police soupçonne des liens entre Sid Ahmed Ghlam et les frères Kouachi (Reuters)

La police enquête sur de possibles liens entre Sid Ahmed Ghlam, l'étudiant soupçonné d'avoir projeté des attentats à Villejuif, et les frères Kouachi, auteurs de l'attaque contre Charlie Hebdo en janvier 2015, écrit le Canard Enchaîné à paraître Mercredi 29 Avril 2015.

Sollicité par Reuters, le parquet de Paris n'a pas souhaité commenter cette information.

Selon l'hebdomadaire satirique, les enquêteurs ont établi que Sid Ahmed Ghlam fréquentait la filière parisienne dite des « Buttes Chaumont » qui proposait des départs en 2004 et en 2005 pour l'Irak et dont certains membres sont aujourd'hui en Syrie.

Le suspect mis en examen et placé en détention vendredi dernier était en contact avec une personne pouvant se trouver en Syrie, avait précisé le procureur de la république de Paris, François Molins.

Ils ont également découvert que Sid Ahmed Ghlam avait séjourné en 2013 et en 2014 dans le quartier de la Croix-Rouge, à Reims, à quelques dizaines de mètres du domicile des frères Kouachi.

Sid Ahmed Glam, qui est algérien, avait mentionné cette adresse dans sa demande de naturalisation adressée il y a quelques semaines à la préfecture de police de Paris, souligne le Canard Enchaîné.

Pour l'hebdomadaire, Bernard Cazeneuve est « allé un peu vite en besogne » en déclarant après l'arrestation de Sid Ahmed Ghlam que la Direction Générale de la Sécurité Intérieure (DGSI) avait « fait tout ce qu'elle devait faire ».

Trois personnes ont été placées en garde à vue le week-end dernier dans le cadre de l'enquête sur le projet d'attentat déjoué contre au moins une des églises de Villejuif, dans le Val-de-Marne.

L'une des personnes interpellées, originaire d'Argenteuil, dans la banlieue parisienne, a été remise en liberté mardi et les deux autres gardes à vue ont été prolongées, a-t-on précisé de source judiciaire.

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1 mai 2015 5 01 /05 /mai /2015 17:05

http://bibliobs.nouvelobs.com/actualites/20150428.OBS8114/emmanuel-todd-le-11-janvier-a-ete-une-imposture.html

« Le onze janvier a été une imposture »

Par Aude Lancelin

Mercredi 29 Avril 2015

Quatre mois après les manifestations après les attentats, l’historien et démographe Emmanuel Todd publie un livre réquisitoire contre une France pétrie de bonne conscience, qui a fait sécession de son monde populaire, entretien coup de poing.

Le 7 mai 2015, l’historien et démographe Emmanuel Todd publiera « qui est Charlie », aux éditions du Seuil, charge terrible contre la France de François Hollande. Un texte écrit dans la fièvre, au sujet duquel il a accordé au Nouvel Observateur un entretien exclusif. Son angle d’attaque, particulièrement original, consiste à observer l’origine régionale et socio-politique des manifestants du 11 janvier 2015.

Sous les bons sentiments brandis, Emmanuel Todd fait parler les cartes et les statistiques pour comprendre la signification profonde de ce qui restera comme le plus important rassemblement de l’histoire moderne du pays. Et ce qu’il voit n’est pas destiné à plaire. Ce qu’il voit c’est un épisode de « fausse conscience », comme disait Karl Marx, d’une ampleur inouïe. Ce qu’il voit ce sont des millions de somnambules se précipiter derrière un président escorté par tous les représentants de l’oligarchie mondiale, pour la défense du droit inconditionnel à piétiner Mahomet, « personnage central d’un groupe faible et discriminé ».

Ce qu’il voit c’est un mensonge d’unanimisme aussi, car ce jour-là, les milieux populaires n’étaient pas Charlie, les jeunes de banlieue, qu’ils fussent musulmans ou non, n’étaient pas Charlie, les ouvriers de province n’étaient pas Charlie.

Le grand entretien avec Emmanuel Todd est à retrouver en son intégralité dans le Nouvel Observateur du Jeudi 30 Avril 2015, ou dès aujourd'hui dans la zone abonnés, vous trouverez ci-dessous des extraits.

« Lorsqu’on se réunit à quatre millions pour dire que caricaturer la religion des autres est un droit absolu, et même un devoir, et lorsque ces autres sont les gens les plus faibles de la société, on est parfaitement libre de penser qu’on est dans le bien et dans le droit, qu’on est un grand pays formidable. Mais ce n’est pas le cas. Un simple coup d’œil à de tels niveaux de mobilisation évoque une pure et simple imposture.

Ce sont les régions les moins républicaines par le passé qui ont le plus manifesté pour la laïcité, avouez qu’il y a là quelque chose d’étrange.

La néo république est cet objet socio politique étrange qui continue à agiter les hochets grandioses de la liberté, de l’égalité et de la fraternité qui ont rendu la France célèbre dans le monde, alors qu’en fait notre pays est devenu inégalitaire, ultra conservateur et fermé.

Il y a eu une subversion de ce qu’était la gauche française. Cette dernière, aujourd’hui dominée par le Parti Socialiste, est en vérité tout à fait autre chose que ce qu’elle prétend être.

C’est une gauche qui n’adhère pas aux valeurs égalitaires. L’agent le plus actif et le plus stable des politiques économiques qui nous ont mené au chômage de masse actuel, c’est tout de même le Parti Socialiste. Le franc fort et la marche forcée à l’euro, toute cette création idéologique extrêmement originale s’est faite sous François Mitterrand, traînant Valéry Giscard d’Estaing derrière lui comme un bateleur.

François Hollande aura eu un rôle historique, celui de révéler que la gauche pouvait se concilier avec les structures les plus inégalitaires, prouvant par là même que le système politique français est totalement détraqué.

Ce qui m’inquiète n’est pas tant la poignée de déséquilibrés mentaux qui se réclament de l’islam pour commettre des crimes, que les raisons pour lesquelles, en janvier 2015, une société est devenue totalement hystérique jusqu’à aller convoquer des gamins de huit ans dans des commissariats de police.

Je ne fais pas dans l’angélisme, l’antisémitisme des banlieues doit être accepté comme un fait nouveau et indiscutable. Ce que je ne peux pas accepter cependant, c’est l’idée qui est en train de s’installer selon laquelle l’islam, par nature, serait particulièrement dangereux pour les juifs. Il n’existe qu’un continent où les juifs aient été massacrés en masse, c’est l’Europe.

Qu’on les laisse tranquilles, les musulmans de France. Qu’on ne leur fasse pas le coup qu’on a fait aux juifs dans les années 1930 en les mettant tous dans le même sac, quel que soit leur degré d’assimilation, quel que soit ce qu’ils étaient vraiment en tant qu’êtres humains. Qu’on arrête de forcer les musulmans à se penser musulmans ».

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30 avril 2015 4 30 /04 /avril /2015 19:44

https://france.attac.org/actus-et-medias/le-flux/article/non-a-la-surveillance-generalisee?pk_campaign=Infolettre-293&pk_kwd=non-a-la-surveillance-generalisee

http://paris.demosphere.eu/rv/39570

Non à la surveillance généralisée

Rassemblement contre le projet de loi renseignement

Lundi 4 Mai 2015 à partir de 18 heures 30

Esplanade des Invalides à Paris

Mardi 5 Mai 2015, les députés sont appelés à voter le projet de loi renseignement. Les débats ont eu lieu du 13 au 16 avril 2015 dans le cadre de la procédure d’urgence. A l’issue de cet examen, le texte soumis au vote consacre un dispositif liberticide, qui expose tous les citoyens à la surveillance des services de renseignement, quasiment sans contrôle, et qui met en danger toutes les mobilisations sociales et politiques.

C’est la légalisation massive des pratiques illégales des services de renseignement, permettant une surveillance large et très intrusive pour la vie privée des citoyens.

C’est l’extension du champ d’action du renseignement intérieur et extérieur, y compris dans des objectifs sans aucun lien avec le terrorisme.

C’est la collecte généralisée des données sur internet, traitées par des algorithmes.

C’est la surveillance sans aucun contrôle des communications qui passent par l’étranger, alors que de très nombreux serveurs utilisés par des français sont installés à l’étranger.

C’est la conservation très longue des données collectées.

C’est le contrôle des services de renseignement aux seules mains du pouvoir politique, au niveau du premier ministre, avec avis consultatif d’une commission

La communication gouvernementale ne doit pas nous tromper, en fait d’encadrement, ce projet entérine les pratiques illégales des services et met en place, dans de vastes domaines de la vie sociale, des méthodes de surveillance lourdement intrusives. Le texte donne aux services de renseignement des moyens de surveillance généralisée comparables à ceux de la NSA dénoncés par Edward Snowden, sans garantie pour les libertés individuelles et le respect de la vie privée.

Tous les citoyens sont concernés, ce projet qui assoit encore davantage la criminalisation de l’action syndicale ou sociale est une menace pour les libertés politiques et les mobilisations à venir. La liberté et la sûreté, droits naturels et imprescriptibles reconnus par la déclaration des droits de l’Homme et du citoyen sont en péril.

Citoyens et parlementaires doivent refuser ce simulacre de débat et exiger une discussion démocratique protégeant chacun contre les dérives d’une société de surveillance et assurant un contrôle strict et indépendant de l’activité des services de renseignement.

L’Observatoire des Libertés et du Numérique (OLN) vous appelle à amplifier le mouvement de contestation actuel contre ce projet de loi, en nous rassemblant nombreux Lundi 4 Mai 2015 à 18 heures 30, Esplanade des Invalides à Paris.

Premiers signataires

OLN, LDH, la Quadrature du Net, Syndicat de la Magistrature, Syndicat des Avocats de France, ATTAC, Amnesty International, MRAP, CGT, DAL, Fondation Copernic, Union Syndicale Solidaire

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30 avril 2015 4 30 /04 /avril /2015 19:24

http://www.collectifvan.org/article.php?r=5&id=88128

Grand meeting du parti démocratique des peuples (HDP) à Paris

Discours de Selahattin Demirtas, co-président du HDP

Concert de musique kurde

Samedi 2 Mai 2015 à 14 heures Place de la République à Paris

Le 7 juin 2015, auront lieu les élections législatives en Turquie, un scrutin crucial pour l’avenir de ce pays.

Pour la première fois dans l’histoire de la république turque, une alliance réunissant des forces démocratiques et pro-kurdes, le HDP, est en position de déjouer le seuil électoral de dix pour cent qui constitue une entrave au pluralisme et à la représentation des peuples.

Ces élections représentent donc un enjeu extrêmement important pour le progrès de la démocratie en Turquie, pour les droits des peuples et pour la résolution politique de la question kurde.

Pour marquer notre soutien au HDP, à la démocratie et aux droits des peuples en Turquie, soyons nombreux à Paris sur la Place de la République, Samedi 2 Mai 2015, à partir de 14 heures.

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30 avril 2015 4 30 /04 /avril /2015 19:10

http://www.humanite.fr/carmen-castillo-la-gauche-cest-etre-du-cote-des-opprimes-572610?IdTis=XTC-FT08-ATHT4J-DD-DLH85-D3UE

« La gauche, c’est être du côté des opprimés »

Interview de Carmen Castillo par Dominique Widemann

Mercredi 29 Avril 2015

Carmen Castillo nous entraîne dans un voyage sensible au travers des luttes du monde en compagnie de la mémoire vive de son ami disparu, le philosophe et militant trotskiste Daniel Bensaïd.

« On est vivants », un film de Carmen Castillo.

Dominique Widemann. Votre film nous emmène des quartiers de Paris et Marseille à différents pays d’Amérique du Sud, partout où des êtres humains combattent pour leurs droits. On a le sentiment que vous êtes partie en quête de lumières, de flammes à ranimer.

Carmen Castillo. Je suis partie chercher des lumières dans les nuits. J’ai bien sûr pensé aux lucioles dont Pier Paolo Pasolini déplorait la disparition, mais également au très beau texte du philosophe et historien de l’art Georges Didi-Huberman, « survivance des lucioles ». Il s’agit de retrouver la force de l’humain au milieu de l’obscurité, tout en tenant compte de ce paradoxe, la nuit est aussi le moment des rêves. Tout cela a inspiré la « voix off », la mienne. L’autre socle de ce point de vue, ce sont les mots de mon ami Daniel Bensaïd, disparu en 2010, et ceux que m’a inspirés un autre grand critique d’art, John Berger.

Dominique Widemann. La mort de Daniel Bensaïd devient un point de départ, une nécessité de poursuivre ?

Carmen Castillo. C’est un moment de cristallisation. Comme lui, je ne peux pas et je ne veux pas renoncer. Je pense qu’il faut remettre le mot « luttes » en avant. C’est un mot multiple, parfois galvaudé, un mot qui, comme celui de « communisme », a pu être sali et qu’il faut remettre au jour au nom des valeurs que portent ces mots. Nous ne sommes pas seuls au monde. J’ai choisi pour ce faire une forme cinématographique dans laquelle prennent place la beauté de l’image et la lumière portée sur des « anonymes » en résistances. Même dans des conditions financières très limitées, j’ai voulu prendre le temps de saisir les gens, les lieux et les paysages, le temps de filmer avec soin, avec une préoccupation de délicatesse à l’endroit de ceux qui sont filmés.

Dominique Widemann. Au début du film, votre voix de narratrice annonce que le temps des certitudes est révolu. Qu’en est-il alors ?

Carmen Castillo. Daniel Bensaïd et moi, bien que n’ayant jamais fait partie des mêmes organisations, nous sommes d’une génération de militants portée dans notre jeunesse par la certitude qu’une révolution adviendrait à l’échelle de nos vies. Malgré la dictature chilienne pour ce qui me concerne. Je pars donc de là mais au terme de quelques minutes du film, on peut voir que notre propre religion de l’histoire est terminée. Lorsqu’on est militant, la lucidité est une arme de combat. Des gens de cette époque se sont laissé avoir par l’image d’une « globalisation heureuse ». Daniel Bensaïd et moi n’en avons pas été dupes. Si l’on se repose la question de ce que signifie la gauche, c’est selon moi se situer du côté des opprimés, même dans les défaites, face à cette domination planétaire. Le film va donc rapidement interroger l’engagement politique.

Dominique Widemann. Cet engagement serait « le pari incertain » qu’évoquent les textes de Daniel Bensaïd, dits par Cyril Artaud ?

Carmen Castillo. Un pari incertain, en effet, et il y ajoute la mélancolie. Cette mélancolie, plutôt qu’une tristesse, est une prise de conscience des difficultés. Il faut tout mener de front dans le quotidien, les enfants, les amours, les joies, les deuils et les abandons. Surtout, il ne faut pas avoir peur. C’est le plus frappant au travers des propos des gens que je questionne dans le film comme ce syndicaliste en Bolivie. Il dénonce la « culture de la peur » qui est plus menaçante encore que les multinationales. Les gens l’on intégrée et c’est dans le rassemblement qu’elle se perd parce que se créent des espaces de confiance, confiance en soi et dans les autres. C’est pour cette raison que j’ai voulu filmer des luttes déjà engagées plutôt que leur éclosion. Ce n’est ni un film compassionnel, ni un film sur le pouvoir. C’est un film politique. Je n’ai jamais accordé de priorité à l’organisation politique et aux partis. Sans être spontanéiste, je me sens davantage liée aux mouvements sociaux et associatifs. Le film est donc thématique selon les luttes et ceux qui les mènent. Il a donné lieu à toutes sortes de rencontres. Ainsi des séquences chez Total à Saint-Nazaire qui montrent la fin d’une lutte sans victoire, et pourtant les mots qu’un syndicaliste sort de ses entrailles, de son vécu, sont des mots de poète. Il faut recréer un imaginaire. Croire que le marché peut créer un univers, c’est idiot. Dans des périodes de reflux, nous avons tendance à nous faire du mal entre nous. C’est l’une des raisons d’aller vers l’affect, le partage et la poésie. Nous devons trouver des moyens de nous parler et de nous toucher. Le système produit du vide. Face au vide de la consommation et au trop-plein des vitrines, j’ai essayé de repeupler.

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29 avril 2015 3 29 /04 /avril /2015 20:21

http://www.syriza-fr.org/2015/04/27/yannis-dragasakis-sils-insistent-a-nous-etrangler-la-priorite-sera-donnee-au-peuple-grec

S’ils insistent à nous étrangler, la priorité sera donnée au peuple grec

Une interview de Yannis Dragasakis, vice-premier ministre, donnée à Stavros Kapakos et Fivos Klavdianos dans le quotidien « Avgi » du Dimanche 26 Avril 2015

Question. Vous soutenez que l’objectif du gouvernement est le « scénario positif », soit l’accord avec les créanciers. Quelles sont les revendications des partenaires qui rendent difficile de parvenir à un accord et quelles sont les « lignes rouges » du gouvernement ?

Réponse. Ce que le premier ministre a dit reste en vigueur. Les « lignes rouges » existent et il y a un progrès qui a été réalisé par les débats sur les réformes et les politiques applicables. Mais le problème essentiel de la période actuelle est le découplage entre les négociations jusqu’ à présent et les mesures afin de faire face au problème de liquidité et assurer la stabilité financière du pays.

Question. En quoi consiste et comment ce problème s’est posé, une fois qu’on a affiché un excédent primaire ?

Réponse. Ce problème n’a pas été créé par le gouvernement actuel. Il est le résultat de dispositions passées. Le fait que les derniers versements du Fonds Monétaire International (FMI) et du Mécanisme Européen de Stabilité (MES) étaient décaissés en avril 2014, peu de temps avant les élections européennes, est indicatif. On a décaissé neuf milliards d’euros à l’époque. Puis un milliard d’euros a été décaissé pour chaque mois de juillet et août 2014. Depuis on rembourse des prêteurs sans aucun décaissement. Cela a créé un problème de liquidité qui s’intensifie par les mesures de restriction de la Banque Centrale Européenne (BCE) et l’insécurité importée.

Question. Que s’est-il passé selon vous ? Que cherchent-ils ?

Réponse. Nous avons l’impression que, malgré de fréquentes références aux « règles », ils ne sont pas réellement impartiaux et ils utilisent deux poids et deux mesures. En avril 2014, ils ont effectué des décaissements peu de temps avant les élections européennes pour aider le gouvernement mémorandaire d’Antonis Samaras et maintenant ils appliquent intentionnellement une tactique d’étranglement économique, parce que les résultats des élections et les choix du peuple grec ont dérangé les intérêts intérieurs et extérieurs.

Question. Officiellement, ils ne l’acceptent pas. En effet, Angela Merkel, après la rencontre avec le premier ministre grec a dit qu’on devrait faire tout son possible pour éviter une pénurie de liquidités en Grèce.

Réponse. C’est une reconnaissance positive du problème par Angela Merkel. Mais le fait est que la demande du gouvernement grec d’une coopération parmi les institutions afin de résoudre le problème de liquidité actuelle, soulevé dès le début par le ministre des finances Yanis Varoufakis, n’est pas entendue jusqu’à présent et elle reste en effet hors de question. Même si tout le monde savait que le gouvernement actuel a reçu un déficit de trésorerie et non un excédent, comme soutenait faussement le gouvernement précédent. Notre demande essentielle est donc de reconnaître le problème de liquidité actuel comme une responsabilité partagée qui doit être traitée de manière conjointe avec les institutions. Sinon le service sans heurts des obligations extérieures du pays sera de plus en plus opposé aux besoins de survie et aux possibilités de satisfaire les besoins fondamentaux du peuple grec.

Question. Quel était le déficit de trésorerie et comment a-t-il été traité jusqu’à présent ?

Réponse. Le premier rapport que nous avons reçu par le bureau général de la comptabilité le 28 janvier 2015, soit un jour après la prestation de serment du nouveau gouvernement, prévoyait un déficit de trésorerie de cinq cent cinquante-deux millions d’euros le 24 février 2015. C’est-à-dire que depuis la fin du mois de février 2015 et après cinq ans de politique mémorandaire « réussie », comme certains le prétendent, l’état grec s’est trouvé dans l’impossibilité de payer régulièrement les salaires. Maintenant, certains en Grèce et en Europe essaient d’accuser le nouveau gouvernement pour le « paradis perdu » des mémorandums. Ces allégations ne tiennent pas compte de la réalité et elles provoquent la logique commune. L’impasse de trésorerie s’est réglée par le renforcement des recettes en février et en mars 2015 et le déplacement de paiements. Mais cette situation ne peut pas continuer, car elle crée des conditions de récession et la société ne supporte plus de récession, de chômage et d’austérité. Parce que si cela se produit, il se peut que nous soyons obligés par nous-mêmes de prendre des mesures que nous essayons jusqu’à présent d’éviter. Et c’est peut-être ce que certains souhaiteraient. C’est pourquoi le problème de liquidité doit faire partie de la négociation et de la solution. Pour le moment, ce risque est réversible, pourvu qu’il y ait une coopération parmi les institutions européennes et une accélération encore plus grande, une intensification et une coordination de l’action gouvernementale.

Question. Comment évaluez-vous les réactions à l’ordonnance ?

Réponse. Les réactions sont expliquées. Je dirais qu’elles sont justifiées dans une certaine mesure, parce que nous n’avons pas informé à temps sur les causes et les dimensions du problème. De plus, les expériences amères et les souvenirs d’haircut sur les réserves avec le PSI sont encore présents. Enfin, ces réactions et la logique que chacun sauve son « propre » problème, indépendamment du total et de l’intérêt public, est une manifestation de la crise chronique des institutions et des valeurs auxquels nous sommes confrontés en tant que société. Mais maintenant que les faits sont connus, nous sommes tous, soit le gouvernement, les partis politiques, les institutions et les citoyens, face à nos responsabilités.

Question. Vous voyez qu’il y a des possibilités d’une convergence jusqu’à la fin du mois ou les dix premiers jours de mai 2015, pour disposer du temps nécessaire à la négociation de première importance de juin 2015 ou on va intégrer les deux procédures ?

Réponse. Il existe une possibilité claire mais aussi un besoin impérieux afin qu’un accord transitoire soit conclu dans les premiers jours de mai 2015, voire en avril 2015. La prolongation de l’insécurité n’est dans l’intérêt de personne et il faut travailler en vue d’un accord sur la base de l’esprit de l’accord du 20 février 2015. La question essentielle n’est pas d’effacer ou de cacher les différences existantes, mais de chercher un « espace commun » des réformes et des changements communément acceptés. Et les discussions ont jusqu’à présent montré qu’il y en a cet espace et il est assez vaste. Nous allons poursuivre exactement cette « ligne rouge ». Après l’échec de deux Euro-groupes, nous ne pouvons pas retourner avant l’accord du 20 février 2015 et à la cinquième évaluation du mémorandum. L’évaluation des mémorandums dans la conscience de tout le monde, même pour ceux qui l’ont écrite, s’est déjà réalisée. Parlons de l’avenir plutôt que de rester bloqués sur le passé.

Question. En ce qui concerne la négociation de juin 2015, tout le monde parle d’un paquet. Le gouvernement l’appelle un accord de développement avec un aménagement de la dette, alors que certains prêteurs, par exemple Wolfgang Schäuble et Mariano Rajoy, l’estiment comme un nouveau prêt en liaison avec un nouveau mémorandum. Lequel des deux est vrai ?

Réponse. Il n’y a aucune question de nouveaux mémorandums. Après cinq ans de récession et de dévaluation interne, il n’y a ni sens politique ni sens économique de parler de nouveaux mémorandums. Les demandes de la nouvelle saison sont le règlement de la dette afin qu’elle soit viable et que son service puisse être assuré. Aussi la conception d’une politique budgétaire sans excédents irréalistes, les réformes qui vont réduire des inégalités et vont libérer des capacités et un programme ambitieux d’investissements et leurs sources de financement afin de passer définitivement vers un nouveau modèle de production. Et ces priorités constituent non seulement les choix de notre gouvernement mais aussi les points de vue de grands économistes et d’organisations internationales.

Question. Etes-vous optimiste que vous parviendrez à un accord en juin prochain et en général sur les évolutions ?

Réponse. Le progrès qui a été accompli rend l’optimisme réaliste. Nous avons fait des concessions et nous avons déjà réalisé beaucoup de choses. Nous avons repoussé la première surprise. Nous avons dépassé des préjugés qui entravent le dialogue. Maintenant, nous avons une meilleure idée des réelles différences et les convergences possibles. En fait, le régime de la troïka et ses pratiques appartient au passé. Nous avons obtenu le droit de recommander nous-mêmes les politiques nécessaires, aussi que d’écrire nous-mêmes les lois, au lieu qu’elles soient arrivées prêtes par la troïka et les bureaux juridiques de son choix. L’engagement d’un excédent primaire de trois pour cent en 2015 et ensuite de 4,5% n’existe plus sur la table. Le bradage des biens publics donne sa place à une nouvelle utilisation de la perception de biens publics par le biais d’opérations conjointes qui possèdent la conception et la logique de développement. Sur la scène internationale, le pays obtient sa propre voix et la politique multi dimensionnelle devient une réalité. Les demandes de solidarité et de justice sociale commencent désormais à constituer le contenu des politiques publiques. Les fameuses élites et les divers intérêts financés par l’état se rendent compte que l’égalité devant la loi et l’état de droit commencent enfin à s’appliquer partout et pour tous, sans exception. L’avenir recommence à gagner une visibilité. À la suite de ces changements, le contraste dominant jusqu’à présent entre le mémorandum et l’anti-mémorandum est progressivement remplacé par de nouveaux conflits basés sur le problème social, institutionnel et productif du pays. Ces changements soulignent déjà un nouveau modèle en cours d’élaboration.

Question. Mais il y a encore des résistances.

Réponse. Au contraire, nous sommes le fer de lance dans une « bataille de modèles alternatifs » qui commence à peine et concerne l’Europe entière. Les réactions les plus dures proviennent probablement de l’intérieur et des élites intérieures, les « enfants gâtés de l’histoire », pour utiliser la phrase d’un historien. Et le vrai problème de la période actuelle est que d’une part ces changements sont encore fragmentaires, incomplets et incertains pour inspirer et assurer une base sociale populaire stable. D’autre part, ils ont activé les réflexes des représentants de l’ancien régime, tous ceux qui conçoivent la politique publique comme une menace. Ce conflit entre les nouveaux et les anciens modèles et les corrélations autour de nouveau dipôle commencent à déterminer la dynamique d’évolutions.

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29 avril 2015 3 29 /04 /avril /2015 19:50

https://www.facebook.com/stathis.kouvelakis/posts/10153189192680470?pnref=story

Critique, lucidité et vigilance

Par Stathis Kouvelakis

Je prie instamment tous ceux qui voient l'expérience de Syriza avec un minimum de bonne foi, ce qui est non seulement compatible mais ce qui nécessite effectivement critique, lucidité et vigilance, de ne pas porter des jugements trop hâtifs concernant le remaniement de l'équipe de négociation grecque.

Le fait que le rôle d'Euclide Tsakalotos est devenu plus important ne doit pas être interprété comme un assouplissement de la position du gouvernement. En fait, le « discret » Euclide Tsakalotos est un ardent, pas un « erratique », marxiste, et a toujours été positionné dans la gauche du bloc majoritaire de Syriza, qui est maintenant devenue « l’initiative des cinquante-trois ». Il n’est pas en faveur de la sortie de l'euro, mais a toujours défendu une ligne de rupture ferme avec l’austérité et considéré le défaut sur la dette comme une option sérieuse.

Même dans ses plus récentes déclarations, il a dit qu'une « faille » est une option si les négociations échouent et a admis qu'une erreur fondamentale a été faite dans l'accord du 20 février 2015, qui ne prévoit pas de garantie concernant la fourniture de liquidités à la Grèce, un point également soulevé par Alexis Tsipras dans son interview de la télévision en direct hier. Dans la même interview, Alexis Tsipras n'a pas exclu la possibilité d'un référendum en cas de « blocage » des négociations et, comme chacun le sait, la mention même du mot « référendum » est considérée comme une déclaration de guerre par l'Union Européenne.

En tout cas, les personnes doivent être jugées selon leurs actes.

Les jours et les semaines, tout au plus, qui sont devant nous sont cruciaux, et des actes il y aura beaucoup.

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29 avril 2015 3 29 /04 /avril /2015 17:47

http://www.mediapart.fr/article/offert/4b0d552314e7c3a21e407088c3278a3e

« Nous présentons nos arguments, on nous répond par des règles »

Lundi 27 Avril 2015

L’Euro-groupe réuni à Riga, en Lettonie, Vendredi 24 Avril 2015, n'a abouti à aucun accord sur la Grèce. L'absence de résultat était déjà dans l'air à Athènes pendant les jours qui précédaient, et d'aucuns prédisent que les négociations se poursuivront ainsi jusqu'au début de l'été. En attendant, les finances de la péninsule hellène se contractent, l’état grec n'a pas touché le dernier versement des prêts de l’Union Européenne et du Fonds Monétaire International, pour un montant de sept milliards deux cent millions d’euros, et les échéances d'autres prêts à rembourser vont crescendo dans les mois qui viennent. Officiellement, les discussions reprendront lors de la prochaine réunion de l'Euro-groupe, le 11 mai 2015, tandis que le lendemain, Athènes doit rembourser sept cent cinquante millions d'euros auprès du Fonds Monétaire International (FMI).

Sortir du blocage est-il possible ?

Interview d’Euclide Tsakalotos, ministre délégué aux relations économiques internationales au sein du ministère des affaires étrangères du gouvernement d’Alexis Tsipras, par Amélie Poinssot, envoyée spéciale de Mediapart à Athènes.

Lundi 27 Avril 2015, Euclide Tsakalotos a en outre été nommé coordinateur de l'équipe des négociateurs grecs, au cours d'un léger remaniement qui laisse à penser que son rôle va gagner en importance, sur fond de vives critiques à Bruxelles à l'égard du ministre des finances Yanis Varoufakis. D'autres personnes viennent étoffer les rangs des négociateurs grecs, notamment Nikos Theocharakis, jusque-là secrétaire général de Yanis Varoufakis, désormais chargé d'élaborer un programme de croissance économique qui servira de base à un nouvel accord avec les créanciers en juin 2015, et Yorgos Chouliarakis, considéré comme un proche du vice-premier ministre Yannis Dragasakis, désigné responsable des discussions avec le « groupe de Bruxelles ».

Amélie Poinssot. La Grèce et ses partenaires de la zone euro ne parviennent pas à se mettre d'accord. L'accord final est sans cesse repoussé, pourquoi ?

Euclide Tsakalotos. Ce n'est pas le gouvernement grec qui est responsable de cette situation, j'en suis convaincu. Nous sommes parfaitement fidèles à l'accord du 20 février 2015, nous avons cru à cet accord et nous avons envoyé le 24 février 2015 une première liste de réformes. L'Euro-groupe l'avait alors acceptée, disant que c'était un bon début. Puis nous avons envoyé d'autres listes, nous n'avons cessé de travailler sur le programme de réformes.

Amélie Poinssot. Combien de listes avez-vous envoyées ?

Euclide Tsakalotos. Beaucoup plus que nécessaire selon moi. Il y en a eu trois. Le problème vient du fait que nos partenaires nous avaient parlé d'un ensemble composé pour partie des anciennes mesures, convenues avec le gouvernement précédent, et pour partie de nouvelles mesures que nous devions, nous, mettre sur la table. Or si ces mesures sont nouvelles, c'est bien parce que les recettes précédentes ont échoué, qu'une nouvelle analyse de la situation est faite. Par exemple, au sujet du marché du travail, faut-il le réguler ou le déréguler ? En tant que gouvernement de gauche, nous pensons qu'un marché du travail régulé est plus juste car cela permet de corriger ses déséquilibres au profit des travailleurs. Mais c'est aussi plus efficace d'un point de vue économique, car un marché du travail hyper libéralisé favorise les employeurs non productifs, c'est-à-dire ceux qui sont incapables de faire du profit sans imposer des conditions de travail inhumaines et des salaires extrêmement bas, ces gens-là doivent quitter le marché. Nous apportons donc une nouvelle analyse, et l'accord du 20 février 2014 stipulait que nos mesures allaient être décidées en concertation avec les institutions. Maintenant si les institutions, en particulier au premier niveau, c'est-à-dire les experts techniques européens qui viennent à Athènes dans les ministères, n'acceptent pas nos propositions et opposent systématiquement un refus, cela va à l'encontre de l'esprit de l'accord. L'esprit de l'accord repose certes sur la concertation, mais il est aussi censé nous laisser mettre en œuvre certaines de nos mesures. C'est cela qui retarde aujourd'hui les négociations. D'autre part, les institutions et nos partenaires prétendent vouloir nous soutenir dans la lutte contre la corruption et la fraude fiscale, des problèmes qui existent depuis des années en Grèce. Quand nous avons fait notre premier voyage à Paris, Londres, Rome et Francfort début février 2015, avec Yanis Varoufakis, tous nos homologues nous ont dit que les précédents gouvernements grecs n'avaient pas pris très au sérieux la question de la lutte contre l'oligarchie et la corruption et que l'arrivée de Syriza au pouvoir fournissait l'occasion, enfin, d'affronter ces problèmes. Mais ce soutien ne s'est pas du tout traduit dans les faits. Par ailleurs, parmi toutes les réformes à mettre en place, il faut fixer des priorités. Combien de choses un gouvernement peut-il réaliser en quatre mois, six, sept ou huit projets de loi ? Il ne peut pas faire cent cinquante projets de loi d'ici le mois de juin 2015. C'est pourquoi nous disons à nos partenaires que puisqu’ils sont d'accord sur le fait que ces réformes n'ont pas eu lieu avant et puisque nous avons, nous, la volonté politique de les mettre en place, nous devrions échelonner tout cela. Mais je commence à avoir des doutes sur le fait que les institutions et les pays membres nous soutiennent réellement sur les réformes de fond. Sous les gouvernements précédents, le versement des tranches des prêts de l’Union Européenne et du FMI n'était jamais conditionné à la lutte contre la fraude fiscale. C'était conditionné à la baisse des salaires, à celle des pensions de retraite. Et les réformes de fond concernant le système fiscal et la corruption n'ont jamais été mises en œuvre.

Amélie Poinssot. Ne se joue-t-il pas autre chose derrière ces discussions sans fin ?

Euclide Tsakalotos. D'après moi, il s'agit de nous conduire, avec l'épuisement des liquidités dont dispose l’état grec, à un point où nous serons obligés de faire encore davantage de compromis. Mais c'est une tactique qui ne fait qu'empirer les choses. Car cela saborde l'économie, bloque les investissements et fait de la chute du gouvernement une prophétie auto réalisatrice. Et à la fin les institutions nous diront, pourquoi n'avez-vous pas d'excédent budgétaire ? Mais comment pouvons-nous dégager un excédent budgétaire si l'économie ne redémarre pas, si les gens ne sont pas en mesure de payer leurs impôts ? Nous avons dû demander ces derniers jours les liquidités des collectivités locales et de différents organismes publics. Cela provoque un certain nombre de réactions. Cette mesure a un coût politique. Nous prenons toutefois ce risque pour montrer que nous croyons à la sortie de crise. Il n'y aurait aucune raison, sinon, d'aller piocher dans les réserves des administrations locales.

Amélie Poinssot. Le gouvernement grec est-il prêt, comme le dit la presse, à aller jusqu'à un référendum pour faire passer les nouvelles mesures ?

Euclide Tsakalotos. Différentes choses ont été dites par les membres du gouvernement. Comme je fais partie de l'équipe des négociateurs, ce n'est pas mon rôle de me prononcer sur la tenue d'un référendum. Ce que nous disons c'est que, à la différence du précédent gouvernement, nous avons des lignes rouges. Si donc nous arrivons à une situation de crise avec les partenaires européens, si eux aussi maintiennent des lignes rouges, alors il nous faudra bien l'expliquer au peuple grec et trouver une solution, compte tenu du vaste soutien dont nous bénéficions auprès de la population. Nous examinerons alors toutes les possibilités. Cela dit, je ne crois pas que nous en arriverons là, car nos partenaires ont bien compris notre popularité et ils voient bien que nous n'avons rien à voir avec le pouvoir précédent. Antonis Samaras, ou encore Nikos Anastasiadis à Chypre, ont appliqué les programmes qu'on leur avait dictés non seulement parce qu'ils étaient sous pression, mais aussi parce qu'ils croyaient eux-mêmes aux thèses néo libérales. Ce n'est pas notre cas. Je crois donc qu'une solution va être trouvée. Jusqu'à quel point nous sera-t-elle favorable, dans quelle mesure nous sera-t-elle livrée goutte par goutte jusqu'en juin 2015, la question reste ouverte.

Amélie Poinssot. Quels sont les points non négociables pour le gouvernement d’Alexis Tsipras et sur quoi les discussions butent-elles actuellement ?

Euclide Tsakalotos. Le rétablissement des négociations collectives, qui avaient été supprimées du droit du travail grec sous l'effet des cures d'austérité, n'est pas quelque chose de négociable. Les autres lignes rouges, ce sont les retraites, que nous refusons de baisser davantage, et les impôts. Les îles grecques, par exemple, bénéficient d'un taux réduit de TVA à treize pour cent, contre vingt-trois pour cent pour le reste du pays. Nous excluons de l'augmenter, c'est inenvisageable étant donné les coûts de desserte pour ces îles qui sont pour certaines très pauvres et très éloignées du continent. Si l'on augmente la TVA sur les îles, il faudra ensuite trouver d'autres moyens pour les soutenir. Nous discutons actuellement d'une taxe sur l'hôtellerie de luxe, c'est la seule chose que nous sommes prêts à mettre en place.

Amélie Poinssot. Qu'en est-il de l'impôt sur la propriété immobilière, dont la suppression faisait partie du programme électoral de Syriza ?

Euclide Tsakalotos. Ce sujet est en cours de discussion.

Amélie Poinssot. Quels sont les autres points d'achoppement ?

Euclide Tsakalotos. Nous voulons rétablir le salaire minimum d'avant la crise. Mais je tiens à préciser ceci, nous n'avons jamais dit que nous ne voulions pas de l'argent des européens, comme il a été dit à la suite de propos mal compris tenus par Yanis Varoufakis. Ce que nous avons dit, c'est que nous ne voulons pas de cet argent en échange du maintien d'un mauvais régime politique qui n'est en aucun cas une solution et n'a fait qu'aggraver la situation. Aucune économie ne peut fonctionner sans financement. Nous avons déjà donné, pour 2015, plus de sept milliards d'euros en remboursements et en versements d'intérêts. Il faut pouvoir se financer, que ce soit de manière institutionnelle ou sur les marchés. Or actuellement nous ne faisons ni l'un ni l'autre. L’état grec n'a pas touché un centime depuis le mois d'août 2014.

Amélie Poinssot. Quelles conclusions tirez-vous de ces premiers mois en tant que membre du gouvernement d’Alexis Tsipras ?

Euclide Tsakalotos. Ma profession est d'enseigner l'économie à l'université Athènes. Je dois avouer que j'ai été très déçu quand j'ai découvert le niveau de cette négociation avec Bruxelles. En tant qu'universitaire en effet, quand je présente un argument dans une discussion, j'attends que l'autre en face de moi me présente un contre-argument. Or ce que l'on nous a opposé, c'étaient des règles. Lorsque nous évoquions les particularités de la Grèce, son caractère insulaire par exemple, on nous répondait, peu importe, il y a des règles et il faut les respecter. Une véritable discussion s'est avérée impossible. Il est très difficile pour un universitaire d'accepter un compromis dans ces conditions. Mais je dois dire aussi que cette expérience de pouvoir est une occasion extraordinaire pour mettre en œuvre ce que, comme personne de gauche, j'ai pu dire pendant des années. Il faut bien avouer que tant que nous n'étions pas au pouvoir, c'étaient un peu des mots dans le vent. Maintenant, il s'agit de mettre en pratique ce que nous avons enseigné, c'est un défi immense.

Amélie Poinssot. Le gouvernement d’Alexis Tsipras a-t-il réussi à mettre en œuvre une politique de gauche malgré le blocage dans les négociations ?

Euclide Tsakalotos. Oui, il a fait passer un projet de loi pour remédier à la crise humanitaire qui touche le pays, avec un certain nombre de mesures sociales. Il a aussi mis en place un système de rééchelonnement des dettes fiscales afin de faire rentrer de l'argent dans les caisses de l’état. Et il a fait passer une réforme du système pénitentiaire pour le rendre plus humain, plus respectueux des droits de l'homme. Ces trois réformes correspondent aux trois piliers de notre politique, la question humanitaire, la question fiscale et la question des valeurs. Nous allons bientôt poursuivre ce troisième axe avec un projet de loi d’octroi de la nationalité grecque aux immigrés de deuxième génération. Le grand défi qui viendra ensuite, ce sera la réforme de l'administration publique. Comment la rendre moins corrompue, plus efficace, plus contrôlable et comment améliorer le service aux citoyens, ce sera le plus gros challenge après la stabilisation de la dette.

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