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13 mars 2017 1 13 /03 /mars /2017 21:14

 

https://paris.demosphere.eu/rv/52007

 

Marche pour la justice et la dignité

 

Dimanche 19 Mars 2017 à 14 heures à Paris de la place de la Nation à la place de la République

 

Un par mois, c'est, en moyenne, le nombre de pères, de frères et de fils que nous perdons à cause de la brutalité des forces de l'ordre. Une brutalité qui prend plusieurs formes, des techniques de pliage qui conduisent à l'asphyxie des victimes aux coups de poings, de balles ou de taser qui, dans les pires des cas, s'avèrent mortels.

Régulièrement depuis plus de quarante ans, les nôtres sont ainsi tués par l'état français, aux mains de ceux que l'on appelle ironiquement les gardiens de la paix. Régulièrement depuis plus de quarante ans, c'est l'impunité la plus abjecte et les campagnes de criminalisation qui répondent aux mobilisations de celles et ceux qui réclament vérité et justice pour leurs morts. L'acharnement policier, judiciaire et politique contre la famille d'Adama Traoré, à qui nous exprimons toute notre solidarité, en est la preuve. À chaque fois, c'est la même histoire.

La répression qui nous vise, nous familles de victimes, s'est accentuée sous le régime de l'état d'urgence. Tous les abus sont devenus possibles avec leurs lots de conséquences tragiques. Ce n'est plus la police qui s'adapte à la loi, c'est la loi qui s'adapte à la police. Et nous sommes loin d'être les seuls à avoir été visés par le renforcement des dispositifs sécuritaires et des violences d'état. En 2015, le gouvernement a déclaré une véritable guerre intérieure. Il a traqué les migrants et ceux qui les défendent. Il a poursuivi la traditionnelle répression des noirs, des arabes, des roms et plus généralement des quartiers populaires. Il a ciblé les musulmans notamment via des perquisitions, des assignations à résidence et des fermetures de mosquées totalement arbitraires.

À cela s'ajoute la guerre sociale qu'ont menée Manuel Valls et consors, notamment dans le cadre de la mobilisation contre la loi travail. Face aux résistances des quartiers populaires et du mouvement social, nous avons vu les violences se déchaîner en touchant des catégories jusqu'ici protégées.

Les attentats terribles que nous avons connus en 2015 et en 2016 sont venus renforcer l'arsenal sécuritaire alors qu'ils sont la conséquence directe de la politique guerrière que la France et ses alliés mènent à l'étranger. L'état français, qui pèse toujours de tout son poids sur les peuples qu'il domine comme en Afrique, prolonge cette politique au Proche-Orient tout comme il entérine l'occupation de la Palestine. Sa lutte contre le terrorisme ressemble surtout à une agression permanente contre des peuples innocents. C'est, entre autres, ce qui nourrit la crise humanitaire des réfugiés, traités cyniquement comme une menace potentiellement terroriste. C'est le serpent qui se mord la queue. Le climat de guerre intérieure permet de justifier le contrôle toujours plus brutal de la population et délivre un permis de violence aux forces de l'ordre qui répriment toutes les gueules qui ne lui reviennent pas et tous ceux qui, des familles de victimes aux manifestants contre la loi travail en passant par les militants des quartiers populaires et des Zones A Défendre (ZAD), osent s'organiser contre l'état, réclamer justice et affirmer leur dignité.

Nous sommes tous concernés.

La campagne présidentielle ne va rien arranger. Au contraire, presque chaque nouvelle déclaration est une insulte faite à nos combats, à nos préoccupations et à nos urgences.

Parce que nous ne nous soumettrons pas à l'arbitraire du pouvoir,

Parce que les mots justice et dignité ont encore un sens pour nous,

Parce que nous pensons qu'il est primordial de nous organiser, ensemble, pour lutter contre la guerre faite aux pauvres, aux migrants et aux descendants de colonisés,

Nous appelons toutes celles et tous ceux qui se sentent concernés par ces sujets à nous rejoindre dans toutes les initiatives à venir et à participer très largement à la marche pour la justice et la dignité qui aura lieu le Dimanche 19 Mars 2017 à 14 heures place de la Nation à Paris.

Contre la hogra, l'humiliation, le racisme, les violences policières et les guerres lâches faites en notre nom contre des peuples qui ne nous ont rien fait.

Retrouvons espoir, force et unité pour faire bloc ensemble au nom de la justice et de la dignité.

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13 mars 2017 1 13 /03 /mars /2017 18:47

 

https://www.marxiste.org/theorie/histoire-materialisme-historique/2122-la-revolution-russe-de-fevrier-1917

 

La révolution russe du mois de février 1917

 

Par Jules Legendre

 

Mercredi 8 Mars 2017

 

Jusqu’en 1918, la Russie utilisait le calendrier julien, qui avait treize jours de retard sur le calendrier grégorien. Ici, nous utiliserons les dates du calendrier julien, le 23 février du calendrier julien correspond par exemple au 8 mars du calendrier grégorien.

 

Il y a un siècle commençait la révolution russe de 1917. Entamée au mois de février 1917 par une manifestation contre la guerre, elle s’achevait au mois d'octobre 1917 avec la prise du pouvoir par la classe ouvrière russe. A l’occasion de ce centenaire, nous allons revenir sur les principales étapes de la révolution de 1917.

La Russie du début du vingtième siècle était un pays traversé par de profondes contradictions. Des pans entiers de la société y étaient soumis à des structures encore largement féodales, que ce soit dans l’organisation de l’appareil d'état ou dans l’économie rurale, qui restait dominée par les propriétaires nobles et où l’immense majorité de la paysannerie ne possédait pas même un carré de terre. Au milieu de cette arriération existaient des îlots de capitalisme avancé.

L’impérialisme des puissances occidentales, la France, la Grande-Bretagne et l'Allemagne, avait importé en Russie les techniques les plus modernes et fortement stimulé le développement du capitalisme. Des villes-usines géantes étaient peuplées par une classe ouvrière très concentrée, quoique très minoritaire à l’échelle du pays. La population russe comptait quatre vingt pour cent de paysans.

Ces particularités du développement de la Russie étaient au cœur des débats internes au mouvement révolutionnaire. Avant le mois de février 1917, les mencheviks s’appuyaient sur l’idée que la révolution russe serait bourgeoise, dans le sens où elle aurait pour tâche de renverser l'état féodal, de réaliser une réforme agraire et d’arracher l’économie russe à la domination impérialiste. Ils en concluaient que le rôle du mouvement ouvrier était de soutenir la lutte de la bourgeoisie contre le féodalisme.

Les bolcheviks, que dirigeait Vladimir Lénine, rejetaient cette dernière idée et soulignaient que la bourgeoisie russe, dépendante de l'état tsariste et de l’impérialisme, ne voulait pas sérieusement lutter contre le régime. Vladimir Lénine insistait sur l’indépendance de classe des travailleurs, qui devaient chercher une alliance avec la paysannerie pauvre. Enfin, Léon Trotsky défendait la perspective dite de la révolution permanente, qui était proche de celle des bolcheviks, mais plus conséquente. Puisque la bourgeoisie russe n’accomplirait pas sa propre révolution, cette tâche revenait aux travailleurs russes, à la tête des paysans pauvres. Mais une fois au pouvoir, expliquait Léon Trotsky, les travailleurs seraient obligés de mettre à l’ordre du jour les tâches de la révolution socialiste.

Le régime était en bout de course. Le tsarisme n’avait jamais réussi à se doter d’une base sociale solide, faute principalement d’avoir réussi à mettre en place une réforme agraire viable. Les sommets du pouvoir étaient gangrenés par la corruption et les superstitions. Pour soigner son fils, le tsar avait recours à toutes sortes de charlatans. L’un d’entre eux, le moine Grigori Raspoutine, était au centre d’une clique de protégés et symbolisait l’incurie du régime aux yeux de la population.

La première guerre mondiale ne fit que démontrer le pourrissement du régime et de son organisation sociale. Au début de l'année 1917, la Russie était vaincue sur le plan militaire et au bord de l’effondrement économique. La famine menaçait dans les villes. Les campagnes étaient isolées par la désagrégation du système ferroviaire.

Dans la capitale, Petrograd, les grèves et la manifestation du 23 février 1917, à l’occasion de la journée internationale des femmes et réclamant la fin de la guerre, prirent une ampleur inattendue. Le mouvement s’intensifia les jours suivants. Le 26 février 1917, l’armée ouvrit le feu pour la première fois sur les manifestants. Mais la garnison était traversée par les mêmes contradictions que le reste de la société.

La nouvelle de cette fusillade eut un impact immense sur la conscience des soldats, pour la plupart des paysans en uniformes. Ils étaient conscients de l’absurdité de la guerre et méprisaient le régime. Dans la nuit du 26 au 27 février 1917, la plupart des régiments de Petrograd se mutinèrent et rallièrent les manifestants. Le tsar abdiqua sous la pression de ses propres généraux, qui craignaient d’être emportés avec lui.

Immédiatement, à Petrograd, les ouvriers s’organisèrent et ressuscitèrent les soviets, qui avaient surgi pour la première fois en 1905. Les soviets rassemblaient les travailleurs d’une usine ou d’un quartier et élisaient des délégués au conseil de la ville, qui comprenait aussi des délégués de soldats. A Petrograd, un comité exécutif du soviet se forma, composé de dirigeants mencheviks, bolcheviks et socialistes-révolutionnaires. Dans les jours et les semaines qui suivirent l’insurrection du mois de février 1917, des soviets se formèrent dans toute la Russie.

Au début de la révolution, les soviets furent dominés par les courants réformistes, les mencheviks et les socialistes révolutionnaires. Cela s’explique par plusieurs facteurs. Pour la masse des travailleurs et des soldats-paysans, qui venaient à peine de s’éveiller à la vie politique, la principale différenciation se faisait entre partis socialistes et partis bourgeois. Les différences de programme entre socialistes semblaient confuses et secondaires. Le programme amorphe des dirigeants mencheviks et socialistes révolutionnaires correspondait au niveau de conscience des masses à ce stade initial de la révolution. Ce n’est qu’avec l’expérience de plusieurs mois de révolution que les travailleurs et les soldats purent juger en pratique des différences qu’impliquaient le programme et la tactique des différents partis socialistes.

Parallèlement à la constitution des soviets se mettait en place un autre organe de pouvoir. Des représentants du parti bourgeois constitutionnel démocrate se constituèrent en un « gouvernement provisoire » dès le début du mois de mars 1917. Les dirigeants réformistes du soviet de Petrograd acceptèrent alors immédiatement de reconnaître la légitimité de ce gouvernement et se soumirent à son autorité, en échange de la promesse creuse de la liberté politique et de la convocation d’une assemblée constituante.

Malgré cette soumission des dirigeants mencheviks et socialistes révolutionnaires au gouvernement provisoire bourgeois, le seul pouvoir légitime aux yeux des masses était le soviet. C’est à lui qu’étaient venus les représentants des régiments et des usines et que venaient s’adresser les délégués envoyés par les conseils de province. Le gouvernement provisoire avait beau nommer des commissaires dans les régions, ceux-ci se retrouvaient confrontés à une dure réalité. Le véritable pouvoir reposait, pour les masses, dans leurs propres conseils.

Les représentants du gouvernement provisoire devaient même s’adresser au soviet sur la question de leur transport, car les trains étaient sous le contrôle des conseils de cheminots. Cela aboutit à une situation paradoxale, dans laquelle l’exécutif des soviets servait d’intermédiaire entre le gouvernement et les masses.

Deux pouvoirs distincts et socialement opposés existaient donc en Russie. L'un composé des représentants de la bourgeoisie, fermement conseillés par les puissances impérialistes de l'entente, et l’autre, représentant les ouvriers et les paysans de toute la Russie. Le paradoxe de la révolution du mois de février 1917 est que les dirigeants du second pouvoir acceptèrent de se soumettre au premier.

Comment l’expliquer ? Pour les mencheviks, la révolution qui venait de se dérouler était une révolution bourgeoise qui devait donc déboucher sur un pouvoir bourgeois. Dès que celui-ci apparut sous la forme hésitante du gouvernement provisoire, les dirigeants mencheviks et socialistes révolutionnaires s’empressèrent donc de lui céder tout le pouvoir que venaient de leur apporter les ouvriers et les paysans.

Comme le résumait Léon Trotsky dans son histoire de la révolution russe, « dès ces premières heures de victoire, alors que le nouveau pouvoir révolutionnaire se constituait avec une rapidité fabuleuse et une force irrésistible, les socialistes qui se trouvèrent à la tête du soviet jetaient autour d’eux des regards inquiets, cherchant un véritable patron. Ils estimaient chose toute naturelle que le pouvoir passât à la bourgeoisie. Ici se forme le nœud politique principal du nouveau régime, d’une part, le fil conduit à la salle de l’exécutif des ouvriers et des soldats et, par l’autre bout, il mène au centre des partis bourgeois ».

La situation de double pouvoir issu de la révolution du mois de février 1917 ne pouvait durer éternellement. A un moment ou un autre, l’un des deux pouvoirs devait prendre le dessus sur l’autre. Dans cette mesure, la révolution d'octobre était déjà en germe dans la révolution de février.

 

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13 mars 2017 1 13 /03 /mars /2017 18:23

 

http://www.liberation.fr/elections-presidentielle-legislatives-2017/2017/03/12/francois-ruffin-etre-depute-ca-va-me-permettre-de-coincer-les-ministres_1555175

 

François Ruffin, « être député, cela va me permettre de coincer les ministres »

 

Par Ismaël Halissat, envoyé spécial de Libération dans la Somme.

 

Dimanche 12 Mars 2017

 

Le réalisateur de Merci Patron et figure du mouvement des Nuits Debout s’est lancé le nouveau défi de représenter les ouvriers à l'assemblée nationale. Libération l’a suivi en campagne.

François Ruffin a le sens du contre-pied. Quand, au début du mois de mars 2017, il fête le césar du meilleur documentaire pour son film Merci Patron et ses cinq cent mille entrées devant une salle bondée de trois cent personnes à Longueau, dans la Somme, le réalisateur commence par le récit de ses déprimes et de ses doutes. Il explique qu’il s’est un peu lassé de son bimestriel Fakir, créé en 1999, avant même d’intégrer une prestigieuse école de journalisme à Paris. Avec la statuette du césar posée devant lui, le journaliste revient sur la genèse de son documentaire et assure qu’il s’est lancé pour trouver « une autre raison d’être ». Soutenu par plusieurs partis à la gauche du Parti Socialiste, François Ruffin, quarante et un ans, a désormais un autre défi. Il est candidat aux élections législatives du mois de juin 2017. Sur son tee-shirt blanc, porté par-dessus une chemise à carreaux, il y a le slogan de sa campagne, Picardie Debout.

Le ton du soir tranche avec ses habituels coups de gueule médiatiques. Le dernier coup de gueule date de la cérémonie des césars à la fin du mois de février 2017. Devant le petit monde du cinéma français, salle Pleyel à Paris, François Ruffin éclate les codes du discours de remerciement. « Mon film parle de personnes licenciées car leur entreprise a été délocalisée en Pologne. Au moment où je vous parle, c’est une usine d’Amiens, l’usine Whirlpool, qui subit la même histoire. Cela dure comme cela depuis trente ans, parce que ce sont des ouvriers qui sont touchés et donc on n’en a rien à foutre ». François Ruffin propulse le sort de cette usine à l’antenne et termine son discours en invitant François Hollande à se « bouger le cul ». Une grande partie de la salle applaudit. Dans l’auditoire, le ministre de l'intérieur, Bruno Le Roux, affiche un sourire de façade.

Aujourd’hui, François Ruffin revient sur ses intentions. « Ma première action de campagne, c’était d’aller rencontrer les salariés de Whirlpool, parce que, avant cela, il n’y avait que le Front National qui tractait devant l'usine. Je suis arrivé là-bas avec une proposition de stratégie, mais il faut qu’il y ait de l’envie ».

« L’objectif pour moi est de réussir à faire de la politique pas seulement place de la République à Paris mais aussi en Picardie », récite le candidat François Ruffin. Il y a près d’un an, il était l’une des figures du mouvement des Nuits Debout. Ce mouvement, dont l’idée est née au détour d’une réunion sur son documentaire, débute sur la place de la République à Paris le 31 mars 2016. En se greffant à la mobilisation sociale contre la loi travail, les participants mettent en place une organisation horizontale, sans chef, ni représentant officiel. Chaque soir et pendant des heures, des prises de parole de deux minutes s’enchaînent.

Très vite, François Ruffin estime que ces interminables débats ne permettront pas de faire « émerger des propositions concrètes ». Au bout de trois semaines, il échafaude un improbable scénario pour reprendre la main. Dans une soirée à la bourse du travail de Paris, intitulée « l'étape d’après », il essaye d’obtenir un mandat pour convaincre la Confédération Générale du Travail (CGT) de faire déboucher sur la place de la République le cortège syndical du premier mai 2016. Ce qui devait être un pas vers la fameuse « convergence des luttes ».

Mais sa méthode fâche et plusieurs personnes présentes lui reprochent de se retrancher à l’écart de la place de la République pour tenter de court-circuiter le fonctionnement du mouvement des Nuits Debout. Les gens quittent la salle et la soirée se termine dans le brouhaha. François Ruffin arrache alors un serment et des images qui feront le buzz à ceux qui restent. Lever le poing en l’air et répéter que « je ne voterai plus jamais pour le Parti Socialiste », prémisse du lancement de sa campagne. « Je suis toujours entre le ridicule et le formidable. Enfin, formidable, c’est peut-être un peu trop fort », juge aujourd’hui François Ruffin.

Le journaliste François Ruffin détaille ce que pourrait représenter son élection. « Etre député, cela va me permettre de coincer les ministres dans les couloirs de l'assemblée nationale, les interpeller dans l’hémicycle, bosser des dossiers et en rendre compte dans Fakir ».

Dans la première circonscription de la Somme, qui va d’Amiens à Abbeville, François Ruffin va affronter la sortante à ce poste, la socialiste Pascale Boistard. Elue en 2012, cette vallsiste a laissé son siège à l'assemblée nationale à son suppléant en 2014 lors de sa nomination comme secrétaire d'état en charge des droits des femmes, depuis un an, elle est chargée des personnes âgées et de l'autonomie. Dans un article de Fakir, bien avant d’être candidat, François Ruffin avait étrillé sa députée.

« Après deux heures d’échanges, deux heures quand même, j’étais troublé, rarement j’avais réalisé un entretien aussi vide », écrivait-il au mois de février 2015. Contactée, Pascale Boistard nous fait savoir qu’elle ne souhaite pas « commenter la campagne de ses adversaires ».

A droite, Stéphane Decayeux, vice-président du conseil départemental de la Somme, est investi par les Républicains. Le Front National, lui, choisit de lancer sa dernière recrue, le comédien Franck de Lapersonne.

Quelques jours après son meeting à Longueau, François Ruffin passe une tête dans l’émission des Grandes Gueules de Radio Monte Carlo (RMC).

Le candidat attend son tour, assis seul sur un canapé dans un couloir, presque penaud. En plateau, il est accueilli par un reproche. « Vous donnez de faux espoirs à ces gens. Il y a des manifestations tous les jours, cela sert à rien ». François Ruffin rétorque que « mon adversaire, c’est l’indifférence ». Pendant la publicité, alors que tout le monde continue de s’engueuler, François Ruffin grattouille sur un bout de papier. A la reprise, la discussion tourne rapidement autour du protectionnisme. Le candidat a du mal à dérouler ses idées et ressort lessivé. A peine le temps de dire au revoir, un chauffeur l’attend, direction la gare, pour un retour en Picardie.

La Somme a été un bastion du communisme et de ses innombrables divisions. Lors de précédentes élections, plusieurs listes étaient en concurrence. Pour réussir son pari, François Ruffin, non encarté, a rassemblé autour de sa candidature les sections locales du Parti Communiste Français (PCF), du Mouvement de la France Insoumise (MFI) et d’Europe Ecologie Les Verts (EELV). « C’est un département où il y a eu la guerre entre les communistes et ce n’est jamais bon. Il y a encore du travail à accomplir mais objectivement les choses bougent », commente le responsable de la fédération du PCF, Jacky Hénin.

« En interne, cela commence à aller mieux depuis un an et demi », estime Zoé Desbureaux, vingt cinq ans, membre du PCF et suppléante de François Ruffin. Michel, qui habite Abbeville et affiche quarante années de lutte au compteur, est du même avis.

Pour financer sa campagne, François Ruffin a mis de sa poche « trente mille euros à peu près ». Ce qui correspond aux dépenses remboursées par l'état pour les candidats qui dépassent le seuil de cinq pour cent des suffrages. Il doit trouver environ la même somme pour le financement du reste de sa campagne. « Si je n’arrive pas à dépasser ce score, c’est que je suis vraiment un gland. C'est sûr, je vais le faire ».

Dans son local de campagne, à Abbeville, vingt cinq mille habitants environ, François Ruffin fait connaissance Jeudi 9 Mars 2017 avec des militants locaux. Un porte-à-porte avec cinquante personnes avait été organisé au lancement de sa campagne. « A ce moment-là, nous avons eu peur que ce soit seulement un truc de bobos, parce qu’il y a eu beaucoup de parisiens qui sont venus pour filer un coup de main », explique Mathilde, originaire de la Somme et engagée auprès de François Ruffin.

Sur les murs du local, des plans des quartiers sont accrochés. Un code couleur indique les zones à démarcher en priorité. « Ma notoriété n’est pas immense au niveau de la circonscription, je ne me fais pas d’illusion à ce niveau-là. Il y a encore des noms de villages que je découvre alors que j’ai fait du journalisme local pendant dix ans dans le coin. J’ai l’impression que nous n'arriverons jamais à tout couvrir ». Et même à Amiens, ville que François Ruffin connaît très bien, la tâche pourrait s’annoncer plus compliquée que prévu. Dix-huit ans à la tête de Fakir, « journal fâché avec tout le monde, ou presque », cela ne facilite rien. Les vieilles embrouilles refont vite surface. Dans un livre sur les quartiers du nord de la ville publié en 2006, François Ruffin décrivait le fonctionnement d’une société de sécurité, fondée par des habitants, comme le bras armé de la mairie dans le quartier. Un travail que lui reprochent encore certains riverains. Rapidement repéré lors d’une visite sur un marché du quartier nord, au début du mois de mars 2017, il a été expulsé manu militari.

 

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12 mars 2017 7 12 /03 /mars /2017 18:03

 

Premières batailles judiciaires pour le décret contre l'immigration (Reuters)

 

Le juge fédéral de Seattle qui a suspendu au début du mois de février 2017 le premier décret contre l'immigration de Donald Trump a refusé d'étendre Vendredi 10 Mars 2017 cette mesure au nouveau texte signé par le président américain en demandant aux plaignants de lui fournir des documents supplémentaires.

 

Un juge fédéral du Wisconsin a en revanche ordonné dans le même temps la suspension du décret, mais seulement pour la famille d'un réfugié syrien qui avait déposé un recours.

 

Les états de Washington et du Minnesota, qui avaient obtenu le blocage du premier décret limitant l'entrée sur le territoire américain des ressortissants de sept pays à majorité musulmane, espéraient que la suspension pourrait s'appliquer sur le champ au nouveau décret, limité à six pays et aux seules nouvelles demandes de visas.

 

Mais le juge James Robart a refusé d'étendre mécaniquement son ordre de suspension temporaire et a demandé aux avocats des deux états de lui fournir tous les documents judiciaires requis pour une telle procédure.

 

Le nouveau décret de Donald Trump ne s'appliquera qu'à partir du Jeudi 16 Mars 2017. Plusieurs états et associations de défense des droits civiques ont fait part de leur intention de contester le texte devant la justice.

 

A Madison, dans le Wisconsin, c'est sur le recours d'un réfugié syrien dont la femme et la fille sont encore à Alep, mais qui ont vu leur demande d'asile acceptée par les Etats-Unis, qu'un tribunal fédéral était appelé à se prononcer.

 

Le juge William Conley a donné raison au plaignant, dont l'anonymat a été préservé pour protéger sa famille, en arguant notamment des risques auxquels celle-ci serait exposée si elle devait rester en Syrie.

 

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12 mars 2017 7 12 /03 /mars /2017 17:50

 

HISTOIRE DU MCE

 

Vous trouverez ci-dessous la deuxième et dernière partie d’un long message du Monde relative à l’histoire du Mouvement Cinq Etoiles (MCE).

 

Bernard Fischer

 

http://www.lemonde.fr/international/article/2017/03/10/en-italie-l-irresistible-ascension-d-un-ovni-politique_5092569_3210.html

 

HISTOIRE DU MCE

 

Le 4 octobre 2009, jour de la Saint-François d’Assise, un symbole très fort en Italie, naît un non parti, le MCE. Cinq étoiles pour rappeler le chiffre romain cinq et donc le mouvement du Vaffanculo Day, mais aussi pour énoncer cinq priorités, retour au public de la gestion de l’eau, zéro déchet, transports publics, énergies renouvelables et Wi-Fi gratuit. Il remporte ses cinq premières mairies en 2012 et il entre en force au parlement en 2013, puis au parlement européen en 2014. A la fin du mois de juin 2016, il gagne les élections municipales dans deux des plus grandes villes du pays, Rome et Turin. Si l’entrée de Virginia Raggi à la mairie de Rome était tout sauf une surprise, la victoire de Chiara Appendino dans la capitale du Piémont fit, en revanche, l’effet d’un coup de tonnerre.

La principale victime en fut le maire sortant, unanimement respecté, un certain Piero Fassino.

Ainsi donc, en moins de dix ans, un non parti campant sur une ligne ni droite ni gauche, créé par un informaticien et un comique à succès, est devenu l’une des formations politiques les plus puissantes d’Italie.

Comment cela peut-il être possible ? « Il y a de nombreuses explications historiques », avance le professeur de sciences politiques Massimiliano Panarari, coauteur, avec Marco Laudonio, d’un dictionnaire critique consacré au MCE dont le titre est Alfabeto Grillo, aux éditions Mimesis en 2014, non traduit. « Il y a d’abord le vieil antiparlementarisme, qui subsiste depuis l’unification du pays, sur fond de construction nationale inachevée. Et puis, il y a la faiblesse des autres partis, après la crise du début des années 1990 ». En quelques mois explosent alors, coup sur coup, le Parti Communiste Italien (PCI), victime de l’écroulement de l’Union des Républiques Socialistes Soviétiques (URSS), et la toute-puissante Démocratie Chrétienne, balayée par l’opération Mani Pulite.

C’est sur ce champ de ruines qu’a commencé à prospérer Silvio Berlusconi. Sans lui, nous ne pouvons pas comprendre le succès du MCE, estime Massimiliano Panarari. En 1994, il est entré en scène en disant que « l’état est la source de nos problèmes, je veux vous en protéger et je suis comme vous ». Fort de cette promesse, qu’on a appelée antipolitique, portée par un parti créé de toutes pièces à sa complète dévotion, Silvio Berlusconi a dominé la vie politique italienne pendant deux décennies. Au fond, Beppe Grillo dit exactement la même chose.

Partisan de la fin de l’austérité budgétaire, d’un référendum sur l’euro, de l’instauration d’un revenu universel et d’une lutte sans merci contre la corruption, le MCE se caractérise également par sa grande capacité à agréger les luttes sociales. « C’est ce que les anglo-saxons appelleraient un marketing oriented party », poursuit l’universitaire. « Un mouvement attrape-tout, qui s’encombre peu de contradictions. Il peut très bien se dire favorable à la révolution numérique et, le lendemain, se prononcer pour les taxis contre Uber, ou se prévaloir de l’expertise scientifique, tout en donnant du crédit à l’inquiétant mouvement contre les vaccins qui se développe actuellement en Italie ». Beppe Grillo en avait fait l’aveu désarmant en lançant à ses partisans réunis à Turin, une semaine avant le référendum constitutionnel du 4 décembre 2016, que « vous devez décider avec le ventre et vous ne devez pas décider avec votre tête. Faites confiance à votre ventre et ne faites pas confiance à votre esprit, qui a été conditionné ».

Dans le même ordre d’idées, le MCE s’est lancé, au début du mois de janvier 2017, dans un étrange pas de deux au parlement européen, affichant sa volonté de quitter le groupe eurosceptique et très à droite réuni autour des britanniques de l’United Kingdom Independant Party (UKIP), pour rejoindre la très centriste et europhile Alliance des Démocrates et des Libéraux pour l’Europe (ADLE), avant de faire piteusement marche arrière, à la suite d’un vote hostile des députés de l’ADLE, tout en affirmant n’avoir jamais changé d’avis.

« Vu de l’étranger, c’est déconcertant. Mais, pour les électeurs du MCE, ces revirements ne sont pas si graves. Leur adhésion est fondée sur autre chose. Ce qui les motive, c’est la colère contre la classe dirigeante italienne et leur envie de balayer ce système politique », explique Massimiliano Panarari. Alors que la crise économique a produit des effets dévastateurs dans le pays, que le chômage des jeunes atteint les quarante pour cent et que la mobilité sociale est au point mort, le sujet du coût de la politique est devenu une préoccupation centrale des italiens. Et sur ce thème, les élus du MCE sont sans rivaux. C’est volontairement que les parlementaires grillistes reversent une partie de leur salaire à un fonds de soutien aux Petites et Moyennes Entreprises (PME). Tous se sont aussi engagés à ne pas accomplir plus de deux mandats.

Dans son fonctionnement, le MCE, tel qu’imaginé par Gianroberto Casaleggio, possède une structure révolutionnaire. Celle d’un parti qui n’en serait pas un et dématérialisé à l’extrême, où les investitures et grandes orientations se décident par vote électronique, sans hiérarchie ni lieu de commandement. Lorsqu’il est de passage à Rome, Beppe Grillo ne reçoit pas au siège du MCE, puisqu’il n’y en a pas. Le plus souvent, les rendez-vous ont lieu à l’hôtel Forum, où l’humoriste a ses habitudes.

La plate-forme informatique sur laquelle les militants sont appelés à voter a été nommée Rousseau, en hommage au philosophe français, chantre de la démocratie directe. Mais c’est aussi un clin d’œil au mythe du bon sauvage, cher à l’auteur de la Nouvelle Héloïse, et au fond c’est en bons sauvages que les élus grillistes cherchent à évoluer dans les allées du pouvoir, forcément perverties.

Leur méfiance s’étend également aux médias de presse écrite et audiovisuels italiens, accusés d’adopter un parti pris négatif envers le MCE pour mieux protéger la caste responsable des malheurs du pays. Ils privilégient la communication directe par les réseaux sociaux, domaine dans lequel ils sont passés maîtres. Les apparitions télévisées de leurs ténors, même les plus aguerris, se passent en général en tête à tête avec un journaliste, sans contradicteur.

La transparence, autre vertu cardinale du MCE, s’arrête quant à elle aux portes de la Casaleggio Associates, cette entreprise informatique dirigée par Davide Casaleggio, le fils de Gianroberto Casaleggio, qui constitue la véritable boîte noire du MCE. Si ses activités ne constituent officiellement qu’un support technique aux diverses actions informatiques de la galaxie grilliste, de nombreux observateurs assurent que c’est au siège milanais de cette entreprise particulièrement opaque que se dessinent les grandes orientations du MCE.

Malgré les critiques sur la nature peu démocratique de la direction, les très nombreuses défections comme celle du maire de Parme, Federico Pizzarotti, et les débuts calamiteux de la maire de Rome, Virginia Raggi, la popularité du MCE ne diminue pas et c’est dans la peau du favori qu’il aborde la prochaine élection municipale de Palerme, qui doit se tenir au printemps 2017 et qui pourrait bien être le prélude à une conquête du conseil régional de Sicile, à l’automne 2017. Au-delà de ces enjeux locaux, l’éclatement du centre droit et la récente scission du Parti Démocrate placent le mouvement de Beppe Grillo en position idéale, alors que se profilent les élections générales, prévues avant le mois de février 2018.

En cas de victoire, quelles seraient les premières mesures prises par le MCE ? « Il y aura d’abord le revenu de citoyenneté », répond du tac au tac Roberta Lombardi. « Et ensuite, il y aura une véritable loi contre la corruption. Quand nous aurons fait cela, les gens de Bruxelles verront que nous sommes sérieux. Et nous pourrons commencer à négocier avec l’Europe ».

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12 mars 2017 7 12 /03 /mars /2017 17:14

 

La Turquie promet des représailles aux Pays-Bas (Reuters)

 

La Turquie a promis Dimanche 12 Mars 2017 de mener des représailles sévères contre les Pays-Bas qui ont refoulé Samedi 11 Mars 2017 deux ministres turcs venus faire campagne auprès de la diaspora turque sur le référendum constitutionnel, une décision dénoncée par le président Recep Tayyip Erdogan comme le signe de « vestiges du nazisme ».

Le différend entre les deux pays qui n'a cessé de s'envenimer au cours des derniers jours s'est mué en crise diplomatique Samedi 11 Mars 2017 dans la soirée lorsque la ministre de la famille s'est vue empêcher d'entrer dans le consulat de Turquie à Rotterdam, qu'elle avait gagné par la route depuis l'Allemagne.

La police néerlandaise a utilisé des chiens et des canons à eau pour les disperser et plusieurs manifestants ont été frappés à coups de matraque par les forces de l'ordre, rapporte un journaliste de Reuters.

Les autorités néerlandaises avaient refusé Samedi 11 Mars 2017 dans la matinée au ministre turc des affaires étrangères, Mevlut Cavusoglu, d'atterrir dans la même ville, où il devait s'exprimer en faveur du oui au référendum sur la réforme constitutionnelle. « Le monde doit prendre position contre cet acte fasciste au nom de la démocratie. Ce comportement contre une ministre femme est inacceptable », a déclaré sur Twitter la ministre turque chargée de la famille, Fatma Betul Sayan Kaya, en annonçant son expulsion. La ministre a pris un avion privé à Cologne pour rentrer à Istanbul, a précisé le quotidien Hurriyet, Dimanche 12 Mars 2017.

Le premier ministre turc, Binali Yildirim, a promis que son pays allait répondre en conséquence à ce qu'il a qualifié de comportement inacceptable. « Il a été signifié aux autorités néerlandaises qu'il y aurait des représailles de la manière la plus sévère », a-t-il dit. A Ankara, le président Recep Tayyip Erdogan a qualifié la décision des autorités néerlandaises, de « vestiges du nazisme », une remarque jugée « insensée » par le premier ministre néerlandais, Mark Rutte.

Dimanche 5 Mars 2017, le dirigeant turc avait fustigé dans les mêmes termes les autorités allemandes à la suite d'annulations similaires, s'attirant les critiques d'Angela Merkel. Les autorités turques ont fait fermer Samedi 11 Mars 2017 dans la soirée l'ambassade des Pays Bas à Ankara et le consulat des Pays-Bas à Istanbul devant lesquelles des centaines de manifestants se sont également réunis.

Les résidences de l'ambassadeur néerlandais, absent de Turquie en ce moment, du chargé d'affaires de l'ambassade et du consul général ont également été bouclées. Le ministère des affaires étrangères turc a dit ne pas souhaiter le retour de l'ambassadeur néerlandais avant un certain temps. Les ministres turcs sont en campagne en Europe pour convaincre les membres de la diaspora de voter oui au référendum du 16 avril 2017 sur la réforme constitutionnelle. Le projet prévoit de renforcer les prérogatives du président. Le chef de la diplomatie turque, Mevlut Cavusoglu, avait maintenu son déplacement à Rotterdam en dépit du refus des autorités de l'autoriser à y faire campagne qui lui avait été notifié la veille.

Contraint de rentrer à Istanbul avant d'arriver en début de soirée en France, où il participera Dimanche 12 Mars 2017 à un rassemblement politique à Metz, Mevlut Cavusoglu a affirmé que la décision des autorités néerlandaises constituait un scandale inacceptable et qu'elle aurait des conséquences. Un membre de l’union européenne des démocrates turcs a annoncé Samedi 11 Mars 2017 sur Facebook que le chef de la diplomatie avait annulé sa venue en Suisse, prévue Dimanche 12 Mars 2017, faute d'avoir trouvé un endroit adéquat pour un meeting.

Le premier ministre néerlandais Mark Rutte, qui remettra son mandat en jeu lors des élections législatives du Mercredi 15 Mars 2017, a justifié cette interdiction en invoquant un risque pour l'ordre public. Il a ajouté que la menace de sanctions économiques invoquées Samedi 11 Mars 2017 par Mevlut Cavusoglu avait empêché de trouver une solution négociée. Le gouvernement a estimé en outre que la campagne risquait d'importer des divisions au sein de la minorité turque des Pays-Bas, partagée entre partisans et opposants à Recep Tayyip Erdogan.

Geert Wilders, chef de file du parti pour la liberté (PVV), qui entend désislamiser les Pays-Bas, a lui aussi commenté la crise, publiant sur son compte Twitter un message destiné « à tous les turcs des Pays-Bas qui sont d'accord avec Recep Tayyip Erdogan, allez en Turquie et ne revenez jamais ». L'immigration a été l'un des sujets clés de la campagne pour les élections législatives et les autorités redoutent une menace à l'ordre public avec ces meetings de ministres turcs.

 

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12 mars 2017 7 12 /03 /mars /2017 16:12

 

IL Y A UN SIECLE A PETROGRAD

 

Il y a un siècle à Pétrograd, c’était la révolution russe dite de février 1917, la révolution russe renversait le régime des tsars.

 

Vous trouverez ci-dessous une longue citation de l’histoire de la révolution russe de Léon Trotsky.

 

Le message est disponible en totalité si vous consultez les liens ci-dessous.

 

Bernard Fischer

 

https://www.contretemps.eu/russie-revolution-fevrier-trotsky

 

https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/hrrusse/hrr07.htm

 

IL Y A UN SIECLE A PETROGRAD

 

Aux premières heures de la journée du 27 février 1917, les ouvriers imaginaient la solution du problème de l'insurrection comme infiniment plus lointaine qu'elle ne l'était en réalité. Plus exactement, ils croyaient encore avoir tout à faire alors que leur tâche, pour les neuf dixièmes, était déjà accomplie. La poussée révolutionnaire des ouvriers du côté des casernes coïncida avec le mouvement révolutionnaire des soldats qui déjà sortaient dans la rue. Dans le courant de la journée, ces deux torrents impétueux vont se mêler pour dévaler et emporter d'abord la toiture du vieil édifice, puis les murs et plus tard les fondations.

Tchougourine fut un des premiers à se présenter dans le local des bolcheviks, le fusil à la main, en bandoulière un ruban de cartouches, tout souillé, mais rayonnant et triomphant. Comment ne point rayonner.

Les soldats passent à nous, les armes à la main. Çà et là, des ouvriers ont déjà réussi à s'unir avec la troupe, à pénétrer dans les casernes et à obtenir des fusils et des cartouches. Le groupe de Vyborg, en collaboration avec les soldats les plus résolus, a esquissé un plan d'action, s'emparer des commissariats de police, où se sont retranchés les sergents de ville, désarmer tous les agents, délivrer les ouvriers incarcérés dans les commissariats, ainsi que les détenus politiques dans les prisons, écraser les troupes gouvernementales en ville et rallier les troupes non encore insurgées et les ouvriers des autres quartiers.

Le régiment moscovite adhéra au soulèvement non sans lutte intérieure. Ce qui est frappant, c'est qu'il y ait si peu de ces sortes de lutte dans l'armée. Le mince sommet de la monarchie, impuissant, tombait, ayant perdu l'appui de la masse des soldats, et se terrait dans des fissures, ou bien se hâtait de revêtir de nouvelles couleurs. Vers 14 heures, raconte Korolev, un ouvrier de l'usine Arsenal, comme le régiment moscovite sortait, nous prîmes les armes. Chacun avait un revolver et un fusil. Nous entraînâmes un groupe de soldats qui s'était approché, certains d'entre eux nous prièrent de les commander et de leur indiquer ce qu'il fallait faire, et nous nous dirigeâmes vers la rue Tikhvinskaia pour ouvrir le feu sur le commissariat de police. C'est ainsi que les ouvriers ne furent pas une minute embarrassés pour montrer aux soldats ce qu'il y avait à faire.

Les joyeuses nouvelles de victoire venaient coup sur coup, on disposa d'autos blindées. Parées de drapeaux rouges, elles répandaient l'épouvante dans tous les quartiers non encore soumis. Il n'était plus besoin de ramper sous le poitrail du cheval cosaque. La révolution se dresse de toute sa taille.

Vers 12 heures, Pétrograd est redevenu un champ de bataille, les coups de fusil et le tacotement des mitrailleuses retentissent de tous côtés. Il n'est pas toujours facile de savoir qui tire et d'où l'on tire. Ce qui est clair, c'est qu'on se fusille entre le passé et l'avenir. Il y a pas mal de coups de feu inutiles. Des adolescents tirent avec des revolvers qu'ils se sont procurés par occasion. L'arsenal est pillé. A ce qu'on dit, si l'on ne compte que les brownings, il s'en est distribué plusieurs dizaines de milliers. Du palais de justice et des commissariats de police qui brûlaient, la fumée montait en colonnes vers le ciel. Sur certains points, les escarmouches et les échanges de coups de feu s'aggravaient jusqu'à devenir de véritables combats. Sur la perspective Sampsonovsky, devant des baraquements occupés par les soldats des autos de guerre, dont certains s'attroupent aux portes, des ouvriers s'approchent. Qu'est-ce que vous attendez, camarades ? Les soldats ont le sourire, mais un mauvais sourire, et ils se taisent, rapporte un témoin. Les officiers ordonnent brutalement aux travailleurs de passer leur chemin.

Les automobilistes de l'armée, de même que la cavalerie, se montrèrent, en février comme en octobre 1917, les forces les plus conservatrices.

Bientôt, devant une palissade, se groupent des ouvriers et des soldats révolutionnaires. Il faut obliger à sortir le bataillon douteux. Quelqu'un vient dire qu'on a envoyé chercher des autos blindées. Autrement, on n'aurait probablement pas les autos de l'armée, dont l'équipe s'est fortifiée avec des mitrailleuses. Mais la masse trouve difficile d'attendre, elle s'impatiente, s'alarme et, dans son impatience, elle a raison. Les premiers coups de feu partent des deux côtés. Cependant, la palissade est un obstacle entre les soldats et la révolution. Les assaillants décident de démolir cette barrière. On l'abat partiellement et on incendie une autre partie. Les baraquements sont mis à nu, il y en a une vingtaine. Les automobilistes se sont retranchés dans deux ou trois. Les baraques évacuées sont immédiatement brûlées. Six ans plus tard, Kaïourov écrira dans ses souvenirs que les baraquements en feu, la palissade abattue, le tir des mitrailleuses et des fusils, l'animation visible des assaillants et l'arrivée à toute vitesse d'un camion automobile amenant des révolutionnaires armés et, enfin, d'une auto blindée dont les pièces d'artillerie étincelaient, formaient un tableau splendide et inoubliable.

C'était la vieille Russie des tsars, du servage, des popes et de la police qui brûlait avec ses baraques et ses palissades, crachant feu et fumée et crevant dans les hoquets du tir des mitrailleuses. Comment les Kaïourov, des dizaines, des centaines, des milliers de Kaïourov n'auraient-ils pas été enthousiasmés ? L'auto blindée qui survint tira quelques coups de canon sur le baraquement où s'étaient enfermés les officiers et les soldats automobilistes. Le commandant de la défense fut tué. Les officiers, s'étant dépouillés de leurs galons et décorations, s'enfuirent à travers les potagers du voisinage. Les autres se rendirent. Ce fut peut-être la plus grosse des collisions de la journée.

Le soulèvement dans l'armée prenait entre-temps un caractère d'épidémie. Ce jour-là les effectifs qui ne se soulevèrent pas furent seulement ceux qui n'avaient pas trouvé le moment de se soulever.

Vers le soir se joignirent au mouvement les soldats du régiment Séménovsky, bien connu pour avoir férocement écrasé l'insurrection moscovite en 1905. Onze ans écoulés avaient laissé leur marque.

Avec les chasseurs, les soldats du régiment Séménovtsy vinrent, à la nuit, enlever les soldats du régiment Ismaïlovsky que leurs chefs tenaient enfermés dans leurs casernes. Ce régiment qui, le 3 décembre 1905, avait cerné et arrêté les membres du premier soviet de Pétrograd, était encore considéré comme un des plus arriérés. La garnison du tsar, dans la capitale, au nombre de cent cinquante mille hommes, se désagrégeait, fondait et s'éclipsait. Vers la nuit, elle n'existait déjà plus.

Informé dans la matinée du soulèvement des régiments, Khabalov tente d'opposer encore quelque résistance, en envoyant contre les insurgés un détachement sélectionné d'environ mille hommes, nanti des plus draconiennes instructions. Mais le sort de ce détachement s'enveloppe de mystère. Il commence à se passer, ce jour-là, des choses invraisemblables, raconte, après la révolution, l'incomparable Khabalov.

Le détachement se met en route, il part sous le commandement d'un officier brave et résolu, il s'agit du colonel Koutiépov, mais il n’y a pas de résultats. Des compagnies envoyées à la suite du détachement disparurent également sans laisser de traces. Le général commença à former des réserves sur la place du Palais, mais les cartouches manquaient et l'on ne savait où s'en procurer. Tout cela est consigné authentiquement dans les dépositions de Khabalov devant la commission d'enquête du gouvernement provisoire. Où donc avaient filé les détachements destinés à la répression ? Il n'est pas difficile de le deviner. Dès qu'ils se trouvèrent dehors, ils se confondirent avec l'insurrection. Ouvriers, femmes, adolescents et soldats mutinés s'accrochaient de tous côtés aux troupes de Khabalov, les prenant pour de nouvelles recrues, s'efforçant de les convertir et ne leur donnaient pas la possibilité de se mouvoir autrement qu'avec l'incommensurable multitude. Livrer bataille à cette masse agglutinante, qui ne craignait plus rien, qui se pressait inépuisable et qui pénétrait partout, c'eût été comme faire un assaut d'escrime dans un pétrin.

En même temps qu'affluaient les rapports sur l'extension de la révolte dans les régiments, Khabalov réclamait des troupes sûres pour la répression et pour la protection du central téléphonique, du château Litovsky, du palais Marie et d'autres lieux plus sacrés encore. Le général téléphona à la forteresse de Cronstadt, exigeant des renforts, mais le commandant répondit que lui-même avait des craintes au sujet de la place. Khabalov ne savait pas encore que l'insurrection avait gagné les garnisons voisines. Il essaya, ou fit semblant, de transformer le palais d'Hiver en redoute, mais ce plan fut aussitôt abandonné comme irréalisable et la dernière poignée de troupes fidèles se transporta à l'Amirauté. Là, le dictateur se préoccupa enfin de prendre les mesures les plus importantes et urgentes. Il fit imprimer deux avis à la population qui constituent les derniers actes officiels du régime, l'un sur la démission de Protopopov pour cause de maladie et l'autre décrétant l'état de siège à Pétrograd. Il était effectivement urgent de prendre cette dernière mesure car, quelques heures plus tard, l'armée de Khabalov levait le siège et, s'esquivant de l'Amirauté, se dispersait, chacun gagnant son chez-soi. C'est seulement par inadvertance que la révolution ne mit pas en état d'arrestation dès le soir du 27 février 1917 le général, dont les pouvoirs étaient formidables, mais qui lui même n'était pas du tout à redouter. L'arrestation eut lieu le lendemain sans complications.

 

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11 mars 2017 6 11 /03 /mars /2017 20:29

 

VAFFANCULO DAY

 

Vous trouverez ci-dessous la première partie d’un long message du Monde relatif à l’histoire du Mouvement Cinq Etoiles.

Je diffuserais prochainement la deuxième et dernière partie.

 

Bernard Fischer

 

http://www.lemonde.fr/international/article/2017/03/10/en-italie-l-irresistible-ascension-d-un-ovni-politique_5092569_3210.html

 

VAFFANCULO DAY

 

En Italie, l’irrésistible ascension d’un Objet Volant Non Identifié (OVNI) politique

 

Malgré les critiques sur la nature peu démocratique de sa direction, le Mouvement Cinq Etoiles (MCE) est donné favori aux élections générales prévues avant le mois de février 2018.

 

Retour sur la genèse d’un parti atypique créé en 2009 par Beppe Grillo, un Coluche italien.

 

Par Jérôme Gautheret, correspondant du Monde à Rome

 

Vendredi 10 Mars 2017

 

Roberta Lombardi se souvient du 4 mars 2013 comme si c’était hier. Les Italiens venaient d’accorder, aux élections générales, vingt cinq pour cent de leurs suffrages à l’inclassable MCE, fondé en 2009 autour de l’humoriste Beppe Grillo. Ce jour-là, cent neuf militants totalement inexpérimentés allaient faire leur entrée à la chambre des députés et cinquante quatre autres au sénat. Cette juriste, encore salariée d’une agence immobilière quelques jours plus tôt, était l’une d’entre eux. Mieux, à trente neuf ans, elle venait d’être désignée comme chef du groupe des députés du MCE. Sa vie a basculé. Elle n’y était pas préparée.

Elle se remémore ses premiers pas entre deux éclats de rire. « Dix minutes après mon élection, le téléphone est devenu fou. Les journalistes du monde entier voulaient me parler. J’ai même reçu un message de Renato Brunetta, le président du groupe Forza Italia au parlement, fidèle entre les fidèles de Silvio Berlusconi. J’ai cru que c’était une blague d’un imitateur, alors je ne lui ai pas répondu pendant des jours ». Passé l’euphorie, retour à la politique, « lors de la première réunion des chefs de groupe, il y a eu un tour de table pendant lequel chacun devait indiquer ses priorités. Très vite, les autres se sont mis à parler entre eux », raconte-t-elle. « Quand la parole m’a été donnée, j’ai dit bonjour, je m’appelle Roberta Lombardi et, entre personnes de bonne éducation, je crois qu’il est normal de se présenter. Il y a eu un grand silence. Evidemment, j’étais la seule nouvelle. Eux, ils se connaissaient tous ».

Seuls contre les autres et contre l’establishment, refusant les alliances de circonstance et les tractations de coulisse. Ainsi voulaient apparaître, dès le premier jour, les élus du MCE. Ainsi veulent-ils encore être perçus, même si Roberta Lombardi, qui a cédé son poste de chef de groupe au bout de trois mois selon les statuts du MCE, est devenue une familière des couloirs de Montecitorio, le siège de la chambre des députés, en même temps qu’une figure de la vie politique italienne.

Les premiers pas du MCE dans les allées du pouvoir ont été observés dans le camp d’en face avec une certaine perplexité. « Quand j’ai été chargé de former le gouvernement, à la fin du mois d’avril 2013, il y a eu le moment rituel des consultations des groupes parlementaires », se souvient Enrico Letta, du Parti Démocrate. « Le MCE voulait que la sienne soit diffusée en live streaming, au nom de la transparence. C’était plutôt amusant ». La vidéo de cette rencontre est toujours disponible sur YouTube et elle n’est pas vraiment à l’avantage des membres du MCE, qui y apparaissent comme des novices, un peu dépassés par les événements. « A l’époque », poursuit-il, « du fait de leur inexpérience, ils n’avaient pas obtenu grand-chose. A part la vice-présidence de la chambre, qui leur était garantie ».

Aujourd’hui retiré du jeu politique, l’ancien président du conseil, chassé du pouvoir par Matteo Renzi au mois de février 2014, concède volontiers quelques mérites à l’irruption du MCE dans le jeu parlementaire. « Cela nous a réveillés », dit-il. « Et c’est en grande partie grâce à eux que nous avons choisi des figures nouvelles pour diriger les assemblées, un ancien magistrat contre la mafia au sénat, Pietro Grasso, et une ancienne du Haut Commissariat pour les Réfugiés (HCR) à la chambre, Laura Boldrini ». Mais voilà, l’expérience n’était pas censée durer. Une fois démontrée l’incompétence de ses élus, le MCE aurait dû rentrer dans le rang. Or, il n’en a rien été.

Le MCE continue à progresser dans le cœur des italiens. En cas d’élections générales, les sondages le créditent d’environ trente pour cent des voix. Si bien qu’il ne paraît plus impossible de voir bientôt cette formation, campant sur une ligne ni droite ni gauche contre les élites, les médias et l’euro, prendre les commandes de la troisième économie de la zone euro.

Comprendre la séduction qu’opère le MCE dans de larges franges de la société italienne implique de faire un retour en arrière. Au commencement de cette aventure politique, il y a deux hommes que tout devrait opposer. Beppe Grillo, qui a vu le jour en 1948 à Gênes, humoriste et provocateur-né, enfant terrible de la télévision italienne, est le leader charismatique.

Ancien dirigeant du groupe Canal Plus, aujourd’hui installé dans la lagune de Venise, le journaliste et homme de télévision français Michel Thoulouze s’est lié d’amitié avec lui dans les années 1990. « A l’époque, il ne passait plus à la télévision publique. Je l’avais fait inviter sur notre chaîne Telepiu. Il donnait des spectacles dans des salles immenses pleines à craquer, il gagnait beaucoup d’argent et il en était très content ».

Souvent qualifié de Coluche italien, il a partagé l’affiche avec le comique français dans un film de Dino Risi sorti en 1985, Beppe Grillo avait une audience comparable auprès du public et le même talent inné pour tenir une salle, mais il pratiquait un humour d’une tonalité différente, dans lequel apparut très tôt, outre la dénonciation de la corruption des politiques, un sujet qui ferait presque figure de passage obligé en Italie, une sensibilité particulière aux enjeux économiques, ainsi qu’aux droits des consommateurs. « Il a toujours eu la passion de décortiquer les sujets techniques, d’aller au bout des choses », affirme Michel Thoulouze. « Il se faisait aider d’universitaires suisses pour concevoir ses spectacles. Beppe Grillo est allé jusqu’à acheter des actions de Telecom Italia pour pouvoir aller à l’assemblée générale annuelle et y dénoncer, très brillamment d’ailleurs, les conditions dans lesquelles l’entreprise avait été privatisée ».

En 2004, cet homme qu’on avait vu sur scène détruire un ordinateur à coups de maillet, éructant contre le faux progrès que représentent les nouvelles technologies, rencontre l’informaticien Gianroberto Casaleggio, né en 1954 et mort en 2016. Ce sera lui, le cerveau politique du MCE.

Ensemble, ils créent un blog. « Gianroberto Casaleggio était un homme très réservé, qui voulait rester dans l’ombre », se souvient le journaliste Alberto Di Majo qui lui a consacré plusieurs ouvrages. « Il avait une intuition très forte selon laquelle internet allait tout changer à la façon de faire de la politique ».

Fondateur d’une entreprise internet, Casaleggio Associates, le futur gourou du MCE a été, jusqu’en 2010, le responsable de la communication numérique de l’Italie des Valeurs, le petit parti centriste créé par le juge Antonio di Pietro, ancienne figure de l’opération Mani Pulite. Fortement influencé par le New Age, cet intellectuel atypique avait développé un curieux penchant pour les prophéties apocalyptiques. Dans ses écrits, il annonçait notamment pour 2050 l’avènement de Gaïa, un monde dans lequel l’intelligence sociale collective permettra de résoudre les problèmes de l’humanité. Non sans mal, car avant cela, l’espèce humaine devra subir une guerre mondiale faisant six milliards de morts.

A côté de ces théories hasardeuses, Gianroberto Casaleggio était attaché à des thèmes plus concrets tels qu’une écologie fondée sur le concept de décroissance heureuse, ainsi qu’à une certaine forme d’austérité, qui continuent d’irriguer le MCE. Il est également le père d’une stratégie fondée sur internet, lieu d’une possible démocratie directe en ligne, et dans laquelle l’enjeu central est la conquête des réseaux sociaux, jugés plus importants que la télévision vieillissante. Sans lui, jamais le MCE n’aurait pu décoller.

Retour à la chambre des députés de Rome, Roberto Fico, quarante deux ans, grand sourire et allure décontractée, reçoit non loin de Montecitorio, dans les locaux de la commission de surveillance de la RAI, dont il est un membre important. C’est un des premiers convertis et il a été de toutes les étapes de la spectaculaire ascension du mouvement grilliste. « Quand je suis arrivé, en 2005, il n’était pas encore question de se lancer dans la course électorale. Mais il y avait ce blog passionnant qui publiait un post par jour depuis le mois de janvier 2005. Le 16 juillet 2005, Beppe Grillo lançait l’idée de se rencontrer, pour essayer de transformer en action citoyenne l’énergie des spectacles, par le biais de Meetup, une plate-forme informatique. Quelques heures après, je créais le groupe Meetup de Naples ».

La première réunion nationale des groupes d’amis de Beppe Grillo a lieu dans les environs de Naples au mois de septembre 2005. « Notre cheval de bataille principal était alors la lutte contre la privatisation de l’eau », se souvient Roberto Fico. « Mais il y avait d’autres sujets. Quelques semaines plus tard, nous nous sommes retrouvés à Turin et, après une demi-journée de réunion, nous sommes tous allés manifester contre le projet de tunnel de la future ligne du Train à Grande Vitesse (TGV) entre Lyon et Turin, avec les associations locales ».

Les groupes grandissent parallèlement au blog, bientôt lu par des millions de fidèles. Il accueille des contributions d’artistes, de chercheurs ou de simples citoyens, conquis par la volonté de Beppe Grillo de renouveler le système politique italien. Le premier point d’orgue sera le Vaffanculo Day, les 8 et 9 septembre 2007, avec des rassemblements organisés dans toute l’Italie au cours desquels plus de trois cent mille signatures sont recueillies en faveur d’une initiative appelée Parlamento Pulito lancée en 2005, qui veut interdire d’entrée au parlement les personnes condamnées par la justice et qui veut limiter à deux mandats successifs les carrières parlementaires.

Gagnés à l’idée d’entrer de plain-pied dans le jeu politique, les amis de Beppe Grillo lancent leurs premières candidatures lors de scrutins locaux, pour des résultats très modestes, deux pour cent des voix aux élections municipales de Rome, en 2008. L’humoriste envisage même de se présenter en personne aux élections primaires du Parti Démocrate, en 2009. Les amis de Beppe Grillo se situent alors clairement dans la dissidence de gauche. Leurs provocations répétées hérissent l’appareil du Parti Démocrate. Réagissant à l’annonce de cette candidature lors d’un entretien télévisé, l’ancien ministre Piero Fassino déclare, non sans condescendance que « si Beppe Grillo veut faire de la politique, qu’il mette sur pied une organisation et qu’il se présente, nous verrons combien de voix il remportera ». Il sera entendu.

 

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11 mars 2017 6 11 /03 /mars /2017 19:37

 

http://www.liberation.fr/debats/2017/03/09/turquie-de-la-repression-au-suicide_1554581

 

De la répression au suicide

 

Jeudi 9 Mars 2017

 

Un jeune assistant chercheur s’est jeté du septième étage. Sa signature au bas d’une simple pétition pour la paix lui avait ôté tout avenir dans son pays. Les universitaires ne sont pas les seuls ciblés. Les purges en cours signifient souvent une mort sociale.

Mehmet Fatih Tras, jeune assistant chercheur de trente quatre ans à la faculté des sciences économiques et administratives de l’université Cukurova d’Adana, a décidé, le Samedi 25 Février 2017, de mettre fin à ses jours en se jetant du septième étage d’un immeuble de Mersin.

Ce geste s’entoure de circonstances qui jettent une lumière glaçante sur ce qui se déroule aujourd’hui en Turquie. Les faits entourant son suicide peuvent être établis sur la base de sources convergentes. Mehmet Fatih Tras avait soutenu sa thèse d’économétrie le 23 juin 2016. Depuis le mois de septembre 2010, dans le cadre de la préparation de son doctorat, il bénéficiait d’un poste temporaire. A l’obtention de son doctorat, son emploi ne fut pas renouvelé. Quelques vacations d’enseignement lui furent octroyées. Après l’attentat du 10 décembre 2016 à Istanbul, revendiqué par un groupe proche du parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), il fut dénoncé par l’un de ses collègues comme terroriste du fait de ses liens avec le parti démocratique des peuples (HDP) légal et représenté au parlement et de sa signature avec les universitaires pour la paix (BAK) du 10 janvier 2016 s’opposant aux opérations de guerre de l’armée turque contre les populations civiles kurdes. Ses cours furent alors suspendus sine die, sans qu’une enquête contradictoire ait eu lieu et sans qu’il lui soit donné la possibilité de s’expliquer. Dans des notes remises par sa famille au journal Evrensel, Mehmet Fatih Tras soulignait que, en dépit du lynchage qu’il subissait avec ses deux collègues signataires de la pétition des BAK, il persistait à considérer sa signature comme la continuité de ses activités universitaires et de sa liberté académique.

Mehmet Fatih Tras s’employa alors à postuler à d’autres universités, d’abord celle de Mardin où il reçut un accueil favorable qui bascula en un refus brutal compte tenu de sa signature comme universitaire pour la paix, puis celle d’Istanbul-Aydin qui lui offrit, au mois de janvier 2017, un contrat de deux ans et demi au département d’économie et de finance. Il s’apprêtait à déménager pour rejoindre son nouveau poste quand on lui annonça que l’embauche était annulée. On lui fit savoir que des raisons indépendantes de la volonté de l’université expliquaient cette décision.

Constatant qu’aucun avenir universitaire n’existait désormais pour lui en Turquie « tant que je ne fais pas de concessions sur les valeurs humaines qui font partie de mon identité », il choisit de mourir.

Le suicide de Mehmet Fatih Tras est le premier qui touche les rangs de l’université. Mais il est le vingt et unième connu parmi les personnes qui se sont suicidées car arrêtées sans preuves réelles d’être complices des putschistes du 15 juillet 2016 ou limogées pour cette même raison, ou bien complices de terrorisme pour s’être rapprochées du HDP ou avoir signé des pétitions appelant à la paix dans les régions kurdes.

Dans la Turquie d’aujourd’hui soumise à l’état d’urgence et à la perspective d’un renforcement accru des pouvoirs présidentiels, ces morts volontaires témoignent d’une volonté d’anéantissement. Les cent trente mille fonctionnaires révoqués par une série de décrets, dont trente mille enseignants du primaire et du secondaire et quatre mille huit cent onze universitaires, sont placés en situation de mort économique puisque perdant tout traitement et tout droit au chômage, à la retraite ou à l’épargne, de mort sociale puisque bannis du marché de l’emploi et de mort civique puisque criminalisés aux yeux de leur voisinage, de leur entourage et de leur famille. Pour la plupart également privés de passeport, ils ne peuvent s’exiler.

Aucun être humain ne peut résister longtemps à cet anéantissement. La stigmatisation politique, l’arrachement à toute vie professionnelle normale, la terreur pour soi et les siens décuplés par l’anticipation d’un manque dramatique de ressources et d’une désaffiliation sociale produites par le stigmate du renvoi, dont il existe de nombreux témoignages, et la projection interdite dans le temps et l’avenir, tout ce contexte effrayant précède un acte comme le suicide de notre collègue. Sans cette persécution, Mehmet Fatih Tras serait encore en vie quelles que soient les données personnelles de sa biographie. La vie de ces personnes n’a désormais plus aucune importance pour le régime. Ce sont des vies nues au sens que leur donne le philosophe italien Giorgio Agamben dans son essai Homo Sacer, retrouvant ce qu'Hannah Arendt avait souligné pour les réfugiés apatrides d'entre les deux guerres mondiales, perdant le droit même d’avoir des droits. Privés des attributs élémentaires de l’humanité, ces hommes et ces femmes sont renvoyés à leur seule existence biologique qui peut alors s’achever dans l’indifférence complète de la société et de l'état puisqu’ils sont tenus pour des sauvages.

Le suicide est l’aboutissement de la politique de répression telle que nous l'analysons en Turquie. Et celle-ci ne concerne pas seulement les fonctionnaires révoqués et les prisonniers d’opinion. L’histoire de Mehmet Fatih Tras souligne l’immensité des zones grises de la persécution depuis le 16 juillet 2016, personnels temporaires, étudiants et lycéens. Avoir signé la pétition des universitaires pour la paix équivaut à une trahison de la communauté ethnico-religieuse que Recep Tayyip Erdogan veut ériger en principe absolu de la nation. Si les universitaires, les chercheurs, les professeurs et les étudiants sont particulièrement visés, c’est en raison de la faculté de leurs savoirs, lorsqu’ils sont critiques, à dire et donc à contrer ces processus de déshumanisation des personnes jugées déviantes et asociales, et à communiquer un espoir d’avenir à la jeunesse, à l’instar de la création et de sa transmission.

Le monde doit comprendre ce qui se joue en Turquie. L’Europe a un rôle à jouer pour empêcher l’irréparable, en raison de ses expériences de déshumanisation de populations aux fins de les détruire et de sa conscience des ancrages démocratiques indispensables à sa survie.

Nous appelons donc ses dirigeants à considérer comme une priorité l’accueil des chercheurs en exil et, plus globalement, la protection des droits humains fondamentaux dont celui d’avoir toujours des droits.

Nous leur demandons de créer une institution universitaire européenne permettant à tous les enseignants chercheurs limogés dans le monde pour délit d’opinion ou appartenance à une minorité d’y être affiliés et donc de conserver une identité professionnelle en attendant peut-être le versement d’un salaire pour les plus anéantis. Nous encourageons toutes et tous à la solidarité avec les enseignants de Turquie, y compris en contribuant financièrement à l’aide qu’apporte le syndicat Egitim Sen aux victimes des purges.

L’avenir de l’Europe se joue à Adana, à Istanbul, à Moscou, à Damas, au Caire, à Téhéran, à Pékin et à Washington. Il est nécessaire de regarder l’histoire bien en face, de très près et de toute urgence.

 

Premiers signataires

 

Etienne Balibar, Eric Fassin, Véronique Nahoum-Grappe, Alain Bertho, Amandine Regamey, Michael Lowy

 

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11 mars 2017 6 11 /03 /mars /2017 19:10

 

Jeff Sessions veut la tête des derniers procureurs nommés par l'administration de Barack Obama (Reuters)

 

Le ministre américain de la justice, Jeff Sessions, a réclamé Vendredi 10 Mars 2017 la démission des quarante six derniers procureurs fédéraux nommés par l'administration de Barack Obama encore en poste, dont celui de Manhattan, Preet Bharara, auquel Donald Trump avait demandé en personne de conserver ses fonctions au mois de novembre 2016.

 

Bien que les procureurs fédéraux occupent des postes politiques et que leur remplacement soit classique en cas d'alternance, il est rare qu'une administration fasse ainsi table rase du passé.

 

Une porte-parole du département de la justice a confirmé que la demande de Jeff Sessions concernait également Preet Bharara, qui supervise quelques unes des affaires criminelles et financières les plus sensibles du pays.

 

Donald Trump avait reçu le procureur fédéral de Manhattan le 30 novembre 2016 à la Trump Tower, à New York, et ce dernier avait déclaré après leur entretien qu'il avait accepté de rester en poste.

 

Nommé en 2009 par Barack Obama, Preet Bharara a traqué la corruption au sein de la municipalité et de l'état de New York et il a supervisé à ce titre l'enquête fédérale sur les soupçons de corruption dans le financement de la campagne électorale victorieuse du maire de New York, Bill de Blasio, en 2013.

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