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6 juin 2014 5 06 /06 /juin /2014 16:00

Un membre des forces spéciales ukrainiennes tué à Slaviansk (Reuters)

Un membre des forces spéciales du ministère ukrainien de l'intérieur a été tué et deux autres ont été grièvement blessés Vendredi 6 Juin 2014 dans une attaque au mortier à Slaviansk, dans l'est de l'Ukraine, a annoncé le gouvernement de Kiev.

Cette attaque a eu lieu à la veille de la cérémonie d'investiture du nouveau président ukrainien Petro Porochenko, qui était en France vendredi pour les cérémonies du soixante-dixième anniversaire du débarquement allié de 1944.

Petro Porochenko a eu un bref entretien à cette occasion avec le président russe Vladimir Poutine et les deux hommes ont lancé un appel à la cessation rapide des hostilités et des activités militaires dans l'est de l'Ukraine.

Jeudi soir, les forces ukrainiennes ont repoussé une attaque des séparatistes contre un poste frontière à Marinivka, à quatre vingt quinze kilomètres à l'est de Donetsk.

Cinq militaires ukrainiens ont été blessés dans cette attaque et les assaillants, qui étaient entre cent et cent cinquante, ont eu quinze morts, a annoncé la garde-frontière.

Les séparatistes ont laissé sur place deux véhicules blindés et un véhicule de transport, a précisé un militaire ukrainien.

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6 juin 2014 5 06 /06 /juin /2014 14:58

Le dossier BNP pourrait avoir un impact sur le traité entre les Etats Unis et l’Union Européenne (Reuters)

Le contentieux entre BNP Paribas et l'administration américaine risque d'avoir des conséquences « négatives » sur le traité de libre échange entre les Etats Unis et l'Union Européenne, a déclaré Vendredi 6 Juin 2014 le ministre français des affaires étrangères.

Le ministre français des finances, Michel Sapin, avait déjà lancé cet avertissement jeudi, à quelques heures d'un dîner entre François Hollande et Barack Obama à Paris durant lequel le sujet a été évoqué.

« Ce traité transatlantique ne peut exister que sur une base de réciprocité », a déclaré vendredi Laurent Fabius sur RTL.

« Évidemment, si dans le cas d'une banque européenne, c'était de l'unilatéralisme qu'il s'agissait, et non pas de réciprocité, cela risque d'avoir des conséquences négatives », a-t-il ajouté.

Le premier groupe bancaire français est accusé par la justice américaine d'avoir financé des opérations en dollars avec des pays sous embargo américain, tels que l'Iran.

Selon des sources proches du dossier, la pénalité pourrait atteindre dix milliards de dollars (sept milliards trois cent millions d'euros). La banque pourrait aussi se voir interdire temporairement de régler des transactions en dollars, dit-on de mêmes sources.

Laurent Fabius, qui estime que les chiffres évoqués jusque-là ne sont pas « proportionnés », a indiqué que les détails de l'amende devraient être connus « d'ici quelques jours ».

« AFFAIRE TRÈS IMPORTANTE »

Les autorités américaines ont suggéré à un moment donné que la banque règle une pénalité pouvant atteindre seize milliards de dollars (onze milliards sept cent millions d'euros), un montant avancé comme tactique de négociation, selon des sources proches du dossier.

Le régulateur bancaire de New York demande également le départ du directeur général délégué de BNP Paribas, selon une source.

Laurent Fabius a indiqué vendredi que lors du dîner de jeudi, le président français avait expliqué à son homologue américain que l'affaire était « très importante pour la France et pour l'Europe. BNP Paribas, c'est la première banque d'Europe, et si elle est mise dans une situation très difficile, cela a évidemment une interférence très négative pour l'Europe et pour son économie », a insisté le ministre sur RTL.

Barack Obama a indiqué jeudi qu'il refusait de se mêler à une affaire judiciaire en cours.

BNP Paribas a déclaré être en discussions avec les autorités américaines au sujet de « certains paiements en dollars américains impliquant des états ou des personnes morales ou physiques qui pouvaient être soumises à des sanctions économiques édictées par les lois des Etats-Unis ».

La banque a déclaré que la pénalité qu'elle pourrait devoir payer pourrait « excéder très significativement » la provision d’un milliard cent millions de dollars déjà constituée dans ses comptes fin 2013.

Elle a également précisé avoir fait évoluer son dispositif de contrôle afin de s'assurer qu'une telle situation ne se reproduise pas.

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6 juin 2014 5 06 /06 /juin /2014 14:45

Khodorkovski minimise l’efficacité des sanctions sur Poutine

PARIS (Reuters) - L'opposant russe Mikhaïl Khodorkovski minimise dans un entretien au Monde publié Vendredi 6 Juin 2014 l'efficacité des sanctions adoptées contre l'entourage de Vladimir Poutine visant à faire pression sur le Kremlin dans le cadre de la crise ukrainienne.

« Poutine, lui, se fout des sanctions. Il se moque de son entourage », estime Mikhaïl Khodorkovski, réfugié en Suisse depuis sa libération en décembre après dix ans de prison.

L'Union Européenne et les Etats Unis ont imposé des sanctions à la Russie depuis l'annexion de la Crimée par Moscou en mars, l'accusant de chercher à déstabiliser le gouvernement constitué à Kiev après la chute de Viktor Ianoukovitch fin février.

Washington a ainsi sanctionné fin avril dix sept sociétés russes et gelé les avoirs de sept proches du président russe, dont le patron du géant pétrolier Rosneft, Igor Setchine.

L'Union Européenne a de son côté étendu mi-mai ses sanctions contre la Russie aux entreprises, visant notamment un proche de Vladimir Poutine, Viatcheslav Volodine, déjà sur la liste des personnalités sanctionnées par les Etats-Unis.

« Vous, vous vivez dans une société démocratique où l'entourage participe aux prises de décision », déclare Mikhaïl Khodorkovski. « Dans une société totalitaire, le dictateur n'a que faire des intérêts de son entourage, surtout des personnes n'appartenant pas à l'appareil sécuritaire ».

Fin mai, Vladimir Poutine avait estimé que les sanctions occidentales avaient des conséquences sur l'activité des entreprises russes et avait accusé à demi-mot les Etats-Unis de vouloir en tirer un « avantage concurrentiel ».

Concernant les deux navires porte-hélicoptères français Mistral, dont la livraison à la Russie fait débat, l'ex-patron du groupe pétrolier Ioukos estime que tout dépend de la façon dont ces navires sont considérés par la France.

« S'il s'agit de navires de guerre armés, capables de créer une menace par exemple au large de la Géorgie et de l'Ukraine c'est une chose », estime l'ancien oligarque. « S'il s'agit d'offrir des breloques à des barbares idiots, c'en est une autre ».

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6 juin 2014 5 06 /06 /juin /2014 14:28

http://www.petitions24.net/soutien_a_erri_de_luca

Non à la Ligne à Grande Vitesse Lyon-Turin

Soutien à l’écrivain Erri De Luca

Parce que l’écrivain Erri De Luca a réagi quand les autorités ont qualifié de « terroristes » les populations qui se battent depuis des années contre le projet franco-italien de la Ligne à Grande Vitesse entre Lyon et Turin de plus de trente milliards d’euros qui nécessite le percement d’un tunnel de cinquante sept kilomètres qui provoquera de manière irréversible le tarissement des sources (équivalent à deux cent cinquante millions de mètres cubes d’eau par an), alors que la ligne ferroviaire existante est exploitée à dix sept pour cent de ses capacités.

Parce que l’écrivain Erri De Luca a dit que « je suis convaincu que la Ligne à Grande Vitesse Lyon-Turin est un projet inutile. Il ne s’agit pas d’une décision politique, mais d’une décision prise par les banques et par ceux qui veulent réaliser des profits aux dépens de la vie et de la santé d’une vallée entière. La politique a simplement et servilement donné son aval. Maintenant toute la vallée est militarisée, l’armée occupe les chantiers et les habitants doivent présenter leurs cartes d’identité s’ils veulent aller travailler dans leurs vignes ».

Parce que l’écrivain Erri De Luca, à la question « donc sabotage et vandalisme sont licites », a répondu lors d’une interview à l’Huffington Post « qu’ils sont nécessaires pour faire comprendre que la TAV est une œuvre nocive et inutile », la LTF, société en charge du projet, a annoncé aux médias qu’elle envisageait une action pénale contre l’écrivain.

Parce que nous partageons les déclarations de l’écrivain Erri De Luca, nous lui exprimons notre soutien inconditionnel et nous réaffirmons avec force l’inutilité, l’aberration, la dangerosité du projet de la ligne à grande vitesse Lyon-Turin.


Premières signatures : Patricia Dao (écrivain), Serge Quadruppani (écrivain), Valerio Evangelisti (écrivain), Sergio Bianchi (éditeur Derive Approdi), François Gèze (éditeur La Découverte), Maria Teresa d'Agostino (journaliste)

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5 juin 2014 4 05 /06 /juin /2014 19:57

http://www.liberation.fr/chroniques/2014/05/29/la-politique-du-cri-d-orfraie-dans-le-vide_1029716

La politique du cri d’orfraie dans le vide

Par Pierre Marcelle

Jeudi 29 Mai 2014

Après « peur sur les villes » qu’inspirèrent des sondages prometteurs de bonne fortune frontiste aux municipales, après l’effarée « France Front National » enregistrant Lundi 26 Mai 2014 la performance lepéniste européenne, et avec, le lendemain, une allégorie en colère et bonnet phrygien incitant à « réagir », les manchettes de Libération disent et redisent la même incantation, infiniment déclinée depuis le « non » quasi programmatique du 22 avril 2002. Un cri du cœur, juste un cri et seulement du cœur, nous sommes des démocrates, pas des partisans. Nous sommes un journal, et nous sommes impuissants.

A bien y regarder, cette impuissance est médiatique, structurellement. Débordé de toutes parts par la rumeur webmatique, son mode est schizophrénique et paranoïaque, qui consista plusieurs semaines durant à annoncer à hauts cris la potentielle installation du front d’extrême droite en « premier parti de France », dans une arithmétique perception du politique, puis, au soir du scrutin, à surjouer la surprise dans la litanie de métaphores évoquant une catastrophe naturelle.

Comme si celle-ci n’avait été prévisible, comme si le « séisme » second de l’implosion de l’UMP n’était pas le jumeau du scrutin.

Peu de commentateurs, cependant, s’étonnèrent que Patrick Maisonneuve, l’avocat de Bygmalion, puisse benoîtement déclarer que son client avait émis les fausses factures que l’UMP lui avait imposées, ce qui constitue un délit, et peu demandèrent au pleurnichant Jérôme Lavrilleux, directeur de cabinet de Jean François Copé, s’il n’avait pas songé à confirmer le même délit avant de se constituer la veille une immunité parlementaire européenne, ce qui constitue aussi une faute morale. Laquelle, après l’affaire Cahuzac qui ouvrit le quinquennat en lui donnant un ton, entretient l’hypothèse d’un paresseux « tous pourris », plus consensuelle que celle du « tous incapables » (de réduire le chômage, par exemple).

De même qu’il est de bon ton de préciser qu’un sondage, n’est jamais que la photographie d’une opinion à un instant T, de même les médias sont-ils confrontés, avec le Front National et depuis un tiers de siècle qu’il prospère, non pas à un parti, mais à diverses formes de remplissage d’un vide politique. Tantôt antisémite, tantôt islamophobe, et plus souvent les deux à la fois, le même fonds de commerce anti démocratique et anti républicain fit du F Haine du père et du Rassemblement Bleu Marine de la fille l’expression majoritaire de ce qui reste de la vie publique, quand on a laissé se déliter l’essence de la république et de la démocratie.

A n’avoir pas pris au sérieux la question de l’interdiction du Front National quand il en était encore temps, à lui passer ses mots immondes, à l’utiliser comme supplétif électoral comme on fit à gauche et à le draguer éhontément comme on fit à droite, on l’installa dans toutes ses composantes. Longtemps, à l’instar de Tapie, on se demanda s’il fallait regarder ses électeurs comme des cons ou des salauds.

La mode est aujourd’hui à les regarder comme des victimes, sinon à légitimer tout à fait leur vote, fût-ce en se bouchant le nez et les oreilles.

Ainsi, contribua-t-on à banaliser, au prétexte de sa sociologie « ouvrière » (les 33,61% de l’héritière dans le nord est), ses racines historiques, racistes et factieuses (les 28,18% du vieux dans le sud est). Force est de constater que, le temps passant, cet abandon fut théorisé, notamment par le think tank Terra Nova, incitant le Parti Socialiste à changer de socle électoral. Et qu’importe le risque que le choix des classes moyennes contre la classe ouvrière jette cette dernière dans les bras de « Marine ». L’avait-on oublié, ou voulait-on seulement ne pas le voir, que dans l’intitulé du parti nazi (NSDAP, National Sozialistische Deutsche Arbeiter Partei, Parti National Socialiste Ouvrier Allemand), il y avait socialiste et ouvrier ?

Certes, on ne voit pas de colonnes brunes défiler en chantant le Horst Wessel Lied.

Pourtant, comme en témoignait cette réaction amie commentant, à 20 heures 01, le score frontiste, « il n’y a pas que la misère ».

Libéral comme le Parti Socialiste et réactionnaire comme l’UMP, le Front National a idéologiquement rempli le vide que la gauche institutionnelle lui abandonna, et a tout raflé.

Si la crise économique demeure, dans les urnes et dans la rue, le curseur premier du devenir du Front National, celui-ci ne semble pas émouvoir le chef de l’état, dont la sortie, dimanche, eut quelque chose de pathétique.

Quant à son premier ministre, pas mieux, l’initiative de Valls nous refaisant mardi le Sangatte de Sarkozy contre le migrant (« ce pelé, ce galeux d’où venait tout le mal »), elle ne faisait que rappeler qu’entre lui et la droite, la haine du rom est une valeur sûre.

Mortifère plus que symboliquement, elle conforte l’hypothèse d’un pire à venir.

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5 juin 2014 4 05 /06 /juin /2014 19:37

http://paris.demosphere.eu/rv/33483

Manifestation anti fasciste

Samedi 7 Juin 2014 à 14 heures Place de la Bastille à Paris

Un an après la mort de Clément Méric, assassiné par des fascistes, plus que jamais, combattons l'extrême droite !

Le 5 juin 2013, Clément Méric était tué par des militants d'extrême droite.

Son cas devenu emblématique n'est pourtant pas isolé. Nombreuses sont celles et ceux qui doivent affronter les oppressions.

Elles prennent des formes multiples, violences policières, expulsions, stigmatisations, islamophobie, lois racistes et remise en cause du droit à l'IVG. Les récents scores électoraux du Front National ne sont pas là pour nous rassurer.

C'est pour cela que nous croyons que la mémoire de Clément Méric n'appartient à personne, mais vit dans le combat de toutes celles et ceux qui s'opposent, à hauteur de leurs moyens, à ces oppressions.

Nous appelons donc à continuer la lutte, en mémoire de Clément Méric et pour toutes les victimes du fascisme, des racismes, du sexisme, de l'homophobie, en participant à la manifestation qui se tiendra un an après sa mort Samedi 7 Juin 2014 à 14 heures Place de la Bastille à Paris.

Premiers signataires

Act Up Paris, Action Anti fasciste Paris Banlieue, Action Radicale Féministe, Alternative Libertaire, CADAC, CNDF, Collectif anti fasciste du dix huitième arrondissement de Paris, Collectif Anti fasciste Paris Banlieue, Collectif CIVG de l’hôpital Tenon, Collectif d'habitants d'Arcueil contre le Front National, Comité pour Clément, DAL, Ensemble, FASTI, ICAD, Génération Palestine Paris, la Horde, MJCF, NPA, Parti de Gauche, Parti Pirate, Quartiers Libres, Réseau No Pasarán, RLF Banlieue Est, Union Syndicale Solidaires

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5 juin 2014 4 05 /06 /juin /2014 19:12

http://www.lemonde.fr/societe/article/2014/06/05/la-campagne-sarkozy-ou-la-folie-des-grandeurs_4432400_3224.html

La campagne Sarkozy ou la folie des grandeurs

Par Gérard Davet et Fabrice Lhomme

Jeudi 5 Juin 2014

Lundi 26 mai 2014, les enquêteurs de l’Office Central de Lutte contre la Corruption et les Infractions Financières et Fiscales (OCLCIFF) s’apprêtent à quitter le siège d’Event et Compagnie, la filiale du groupe Bygmalion, avec des caisses entières de factures.

Franck Attal, le patron opérationnel d’Event et Compagnie, qui a organisé les quarante deux meetings de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy en 2012, est présent. Il interroge son avocat, Patrick Maisonneuve. Doit-il se confier immédiatement aux policiers ? Son conseil donne le feu vert. Alors, pendant la perquisition, il se lâche, à mots choisis, quand même. Et il confirme. La campagne 2012 de Nicolas Sarkozy a bien été entachée d'irrégularités financières.

Les fausses factures, oui, bien sûr, le plafond officiel des dépenses de campagne, fixé à vingt deux millions cinq cent mille euros, a explosé. Alors, Franck Attal décrit les demandes pressantes de l'UMP. Sa propre angoisse de ne pas être payé pour des prestations que sa société a pourtant bien effectuées.

Guillaume Lambert, l’homme de confiance de Nicolas Sarkozy

L'obligation, économique, il faut bien rétribuer ses sous traitants, d'accepter un artifice comptable parfaitement illicite, faire passer le surplus des sommes extravagantes dépensées pendant la campagne, soit plus de onze millions d'euros, sur les comptes de l'UMP, au prétexte de fausses conventions.

Il décrit les réunions, donne les noms des participants. Il cite Guillaume Lambert, l'homme de confiance de Nicolas Sarkozy, qui l'a nommé directeur de sa campagne. Eric Cesari, l'ami du candidat, directeur général du parti. Et la bonne âme chargée de l'administration, Fabienne Liadzé.

Et enfin, bien sûr, Jérôme Lavrilleux, fidèle copéiste, organisateur hors pair, devenu directeur adjoint de la campagne. Aux policiers, Franck Attal décrit un système, un emballement, que Le Monde a tenté de reconstituer, en examinant les comptes et autres factures, en rencontrant les principaux protagonistes de ce dossier. Aucun n'a accepté de s'exprimer publiquement.

C'est fou comme les langues se libèrent à l'abri derrière l'anonymat ! Mais devant la justice, c'est à visage découvert qu'ils devront s'expliquer.

« On ne peut pas faire autrement »

L'un d'eux s'annonce particulièrement loquace, l'euro député Jérôme Lavrilleux. Il n'a pas l'intention de jouer les fusibles plus longtemps. Il compte dire aux enquêteurs sa vérité, oui, il a accepté de faire des fausses factures. Non, il n'a volé l'argent de personne. Sur BFM TV, il a déjà décrit le 26 mai « l'engrenage irrésistible d'un train qui file à grande vitesse et où les personnes qui devaient tirer sur le signal d'alarme ne l'ont pas fait ». Sans livrer de noms. Devant les enquêteurs, il devrait confirmer les déclarations de Franck Attal.

C'est que Jérôme Lavrilleux, fils de garagiste de l'Aisne, en a assez. Il estime avoir assumé sa part de responsabilité. Il pourrait raconter ce jour d'avril 2012 où il assure avoir été prévenu par Eric Cesari et Fabienne Liadzé d'une décision prise en haut lieu, plus possible de continuer la campagne sur les comptes officiels, il faut maquiller les dépenses. « On ne peut pas faire autrement », lui disent ses interlocuteurs.

Qui a pris la décision initiale ? Les regards convergent en direction de Guillaume Lambert. Et, plus haut, vers la garde rapprochée de Nicolas Sarkozy. C'est à l'Elysée, chaque soir, en ce printemps 2012 de furie électorale, que se décident les meetings, les stratégies, que s'affinent les propos, autour du candidat. A Jérôme Lavrilleux, ensuite, de mettre tout cela en musique.

A l’UMP, des frais de voyage de neuf millions sept cent cinquante deux mille trois cent quatre vingt neuf euros

Franck Attal a les mêmes souvenirs. Il situe à début avril 2012 la réunion où le dilemme lui est proposé, accepter les fausses factures, ou ne pas être payé. Pas de traces écrites, tout est oral. C'est avec Jérôme Lavrilleux qu'il travaille au quotidien. Il est bon, Jérôme Lavrilleux, sans état d'âme. On lui demande l'impossible ? Il y parvient.

Il suffit de comparer les comptes 2012 de campagne du Parti Socialiste et de l'UMP, publiés au Journal Officiel. Les socialistes déclarent cinq millions cinq cent mille euros de dépenses de « propagande et de communication », quand l'UMP annonce plus de trente trois millions d'euros déboursés au même chapitre. Tout est à l'avenant. A l'UMP, les frais de voyage se montent à neuf millions sept cent cinquante deux mille trois cent quatre vingt neuf euros, un Train à Grande Vitesse loué pour amener des militants coûte par exemple deux cent mille euros. Le Parti Socialiste, lui, déclare trois millions cent treize mille six cent quarante six euros.

Prenez le dernier grand meeting de Nicolas Sarkozy, le 15 avril 2012, Place de la Concorde, à Paris.

François Hollande, depuis l'esplanade du château de Vincennes dans le Val de Marne, découvre avec stupéfaction le déploiement de moyens de son rival.

« Envoyez la musique, merde »

Rien n'est trop beau. La scène est mal située, sans perspective en arrière plan ? Pas de souci, une gigantesque photo très haute définition est commandée et déployée derrière le pupitre.

Elle ne plaît pas au candidat ? On en réalise une seconde, dans la nuit, qui finira à la poubelle, le lendemain. Découpée en fines bandelettes. Jérôme Lavrilleux ira la récupérer, au cas où.

Il est à la manoeuvre, en permanence, par exemple ce fameux 15 avril. Au même moment à Vincennes, François Hollande s'apprête à voler la vedette à Nicolas Sarkozy. L'enjeu est d'importance, le premier qui parle sera retransmis en direct par les chaînes d'information. Enervement maximal dans l'entourage du président candidat. D'autant que sur scène, François Fillon s'adresse toujours à la foule. « Fillon, on s'en fout », tranche Nicolas Sarkozy. Et Jérôme Lavrilleux hurle, « envoyez la musique, merde ».

Des portiques de sécurité à foison

François Fillon est interrompu brutalement, le candidat fait son entrée, fracassante. Les barrières métalliques sont recouvertes d'un coton gratté bleu, du meilleur effet, un vrai réalisateur de télévision est aux commandes, un signal vidéo est réservé.

Jusqu'aux dizaines de milliers de drapeaux qui s'agitent. Cela coûte cher, un drapeau, deux euros si on s'y prend à l'avance, jusqu'à huit euros si on presse au dernier moment les fournisseurs.

Rien n'est trop beau, trop cher. Il faut fournir chocolats fins et chouquettes, dont le candidat se gave. Il exige une loge cinq étoiles, un appartement, en fait. Il réclame des pièces insonorisées pour se préparer en toute quiétude ? Attal fait bâtir des doubles cloisons en bois épais bourrées de papier de verre.

L'entourage du candidat, prompt à devancer les désirs de Nicolas Sarkozy, veut toujours plus de tout, des portiques de sécurité à foison, les bancs des gradins qu'il faut gainer de bois.

Sans compter les cantines pour ravitailler bénévoles et services de sécurité, soit plusieurs centaines de personnes par meeting. Et les réunions publiques s'accumulent. Facturées deux cent cinquante mille à trois cent mille euros pour une salle moyenne, et souvent programmées au dernier moment, ce qui entraîne une hausse faramineuse des coûts.

« Maintenant, je veux faire un meeting par jour »

Au départ, c'était pourtant simple, une campagne éclair, quatre ou cinq meetings, façon François Mitterrand en 1988. Mais le candidat est largement devancé par François Hollande dans les sondages. Et puis, les premiers meetings le grisent.

« Maintenant, je veux en faire un par jour », lâche-t-il un soir d'euphorie. Les responsables d'Event ont cru qu'il blaguait.

Cette frénésie, un homme clé l'orchestre, un sous-préfet, fidèle, précieux, qu'il faut protéger à tout prix, comme ce 15 mai 2012. Ambiance glaciale à l'Elysée, dans le bureau présidentiel, jour de passation de pouvoirs, Nicolas Sarkozy et François Hollande se toisent. L'ancien chef de l'état demande à son successeur une seule faveur, prendre grand soin de son homme de confiance, qu'il a bombardé préfet, six jours plus tôt, un certain Guillaume Lambert.

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5 juin 2014 4 05 /06 /juin /2014 18:35

http://rue89.nouvelobs.com/2014/06/05/sest-passe-quelque-chose-dimportant-semaine-derniere-a-barcelone-252725

Il s’est passé quelque chose d’important la semaine dernière à Barcelone

Par Lucie, étudiante

Jeudi 5 Juin 2014

La semaine dernière, le maire de Barcelone a décidé d’entamer la destruction d’un squat dans le quartier de Sants, au centre de la capitale catalane.

Ce squat, Can Vies, est implanté dans un bâtiment du dix neuvième siècle qui appartient aux TMB, l’entreprise de transports publics de la ville.

C’est un lieu qui porte une forte histoire sociale, puisqu’il a été pendant plusieurs dizaines d’années le refuge syndical des travailleurs de la TMB. Au début des années 1990, après un incendie, le bâtiment a été laissé à l’abandon.

C’est en 1997 qu’un collectif décide de s’y installer et de le réhabiliter. Dix-sept ans plus tard, le centre social Can Vies est parfaitement intégré à la vie de son quartier et n’a jamais souffert de plaintes des riverains.

Il propose entre autres des ateliers de formation, de musique, de théâtre, des cours de langues, et organise des concerts et des projections de films. Lieu de débats, il héberge aussi les locaux d’associations et d’un journal indépendant.

Voilà plusieurs années que la mairie souhaitait la démolition de ce lieu pour réaménager l’espace urbain. Après des négociations avec les occupants qui n’ont pas abouties, le maire de Barcelone a décidé d’agir par la force Lundi 26 Mai 2014, en expulsant les personnes qui vivaient et travaillaient dans le centre. La destruction du bâtiment a commencé directement après.

Gare à la matraque des Mossos

Cette destruction a tout de suite provoqué la colère des occupants et des habitants du quartier.

Ils sont venus soutenir le centre, rejoints par des centaines, puis des milliers d’autres habitants de Barcelone. Et, le soir venu, ont organisé des « caceroladas » (rassemblements pacifiques au cours desquels les participants cognent des casseroles pour faire du bruit) sur la Plaza de Sants.

En retour, la mairie a ordonné un déploiement policier exceptionnel. Gare à celui qui n’aura pas couru assez vite pour fuir le rassemblement quand les « Mossos » (forces de l’ordre) arrivent.

Une femme d’une cinquantaine d’années raconte s’être fait matraquer alors qu’elle quittait la manifestation en marchant. Deux jeunes qui s’éloignaient aussi disent être entrés dans une cage d’immeuble, poursuivis par des Mossos qui les ont passés à tabac. Un homme d’une soixantaine d’années affirme lui s’être fait ruer de coups alors qu’il discutait tranquillement avec un ami, dans une rue calme, résultat, bras et doigts cassés.

Un autre jeune homme, qui traversait la rue à vélo pour aller chercher son amie à une station de métro, a été arrêté et matraqué à la tête, il a failli perdre son oreille.

La pelleteuse incendiée

Et la liste de ces violences policières est encore longue, comme le dénonce l’Observatoire du Système Pénal et des Droits de l’Homme (Observatori del Sistema Penal i els Drets Humans).

Les interventions agressives des forces de l’ordre ont déclenché la riposte de certains manifestants. Lundi soir, la pelleteuse qui avait entamé la destruction du bâtiment a été incendiée et des poubelles brûlées.

Les incidents se sont multipliés pendant plusieurs jours. Les rues de Sants ont été militarisées, donnant l’impression d’un climat de guerre.

Des manifestations de soutient à Can Vies ont par ailleurs été organisées dans d’autres quartiers de Barcelone, et dans d’autres villes d’Espagne.

Il a fallu attendre vendredi pour que cessent les incidents, probablement après la déclaration du maire de rouvrir le dialogue et de stopper la destruction du centre.

Réunis pour la reconstruction

Samedi matin, des centaines de personnes s’y sont réunies. Objectif, reconstruire par eux-mêmes le bâtiment et reprendre tranquillement leurs activités.

Bien sûr, ce n’est pas le centre social Can Vies en tant que tel qui a provoqué tant de mobilisations, mais bien plus le symbole qu’il portait, la preuve qu’une vie alternative durable est possible.

Quelle urgence y avait-il à détruire le centre ? Aucune apparemment, si ce n’est la volonté de la mairie de Barcelone d’en finir avec les initiatives autogérées qui échappent au contrôle des institutions.

Pour les barcelonais, cette expulsion a été celle de trop, dans une ville où ils ont l’impression que tout est de plus en plus pensé pour les touristes plus que pour eux-mêmes.

Cette semaine, Sants a retrouvé un peu de sérénité. Les habitants du quartier récoltent des signatures pour soutenir un manifeste dans lequel sont dénoncées la militarisation de leur quartier et les violences policières de la semaine dernière.

Les occupants du squat, aidés par les habitants, des pompiers et des architectes, travaillent quant à eux à la reconstruction du centre.

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4 juin 2014 3 04 /06 /juin /2014 19:17

Kiev parle de trois cent morts chez les rebelles ukrainiens (Reuters)

Les forces gouvernementales ukrainiennes ont poursuivi Mercredi 4 Juin 2014 leur opération militaire contre les séparatistes pro-russes dans le sud-est du pays et ont affirmé leur avoir infligé de lourdes pertes, ce que les rebelles ont démenti.

Selon un porte-parole de « l’opération anti terroriste » lancée par les autorités de Kiev, plus de trois cent combattants rebelles sont morts dans des combats acharnés ces dernières vingt quatre heures dans la ville de Slaviansk et dans ses environs. Quelque cinq cent rebelles auraient par ailleurs été blessés.

Les forces gouvernementales ont utilisé mardi des avions, des hélicoptères et de l'artillerie lourde pour tenter de déloger les séparatistes qui contrôlent Slaviansk depuis le début du mois d'avril.

Les rebelles pro-russes ont nié mercredi avoir subi de lourdes pertes. « Le chiffre de trois cent morts est faux. Il y a eu davantage de pertes du côté ukrainien que du nôtre », a déclaré à l'agence russe interfax le chef du gouvernement auto proclamé de la république populaire de Donetsk, Aleksander Borodaï.

Selon le porte-parole de l'armée ukrainienne, Vladislav Zelezniov, les combats ont fait deux morts et quarante cinq blessés dans les rangs des forces gouvernementales.

Les combats se poursuivaient mercredi à Slaviansk tandis que l'armée ukrainienne ratissait la ville voisine de Krasni Liman, dont elle a repris le contrôle mardi.

Le président élu ukrainien, Petro Porochenko, a ordonné la reprise des opérations armées contre les séparatistes pro-russes au lendemain de sa victoire lors de l'élection du 25 mai.

LONDRES ET BERLIN MENACENT

Kiev accuse Moscou d'attiser les violences dans l'est du pays et de permettre à des combattants russes de rejoindre les rangs des rebelles séparatistes.

La Grande-Bretagne a repris à son compte ces accusations mercredi à la veille d'un entretien entre le premier ministre David Cameron et le président russe Vladimir Poutine en marge des célébrations du soixante dixième anniversaire du débarquement en Normandie.

« Nous avons entendu un tombereau de désinformation et de déclarations incendiaires venant de Russie qui alimentent l'agitation et provoquent des peurs infondées », a dit le Foreign Office dans un communiqué.

« Nous avons constaté un renforcement du dispositif militaire russe et des manoeuvres à la frontière destinées à intimider », a-t-il ajouté en rappelant que Moscou s'est refusé à condamner les agissements des rebelles.

Le commandant en chef des forces de l'OTAN, le général Philip Breedlove, a lui aussi appelé la Russie à mettre fin à ses ingérences en Ukraine en soulignant que le retrait d'une partie des forces russes massées à la frontière entre les deux pays n'était pas suffisante.

« La Russie continue à déstabiliser l'Ukraine par d'autres moyens. Il y a des forces irrégulières russes, des forces appuyées par la Russie et des financements russes très importants dans l'est de l'Ukraine », a-t-il déclaré à la presse en marge d'une réunion des ministres de la défense de l'OTAN à Bruxelles.

BASE ÉVACUÉE À LOUHANSK

Moscou continue de son côté à nier toute responsabilité et à appeler à l'arrêt des opérations militaires ukrainiennes et à l'ouverture d'un dialogue politique entre Kiev et les séparatistes.

La chancelière allemande Angela Merkel a toutefois prévenu Vladimir Poutine que l'Union Européenne n'hésiterait pas à imposer de nouvelles sanctions à la Russie si la situation devait se dégrader encore davantage en Ukraine.

« Il est essentiel que le président Poutine use de son influence pour convaincre les séparatistes de renoncer à la violence et aux intimidations, de déposer leurs armes et de mettre fin à l'occupation des bâtiments officiels », a-t-elle déclaré devant le parlement.

« Si cela ne se produit pas, nous ne reculerons pas devant de nouvelles sanctions », a-t-elle mis en garde.

La situation dans l'est de l'Ukraine reste extrêmement confuse et il est difficile de mesurer si les forces gouvernementales ont réalisé de réels progrès.

Outre Slaviansk, les séparatistes contrôlent toujours un autre de leurs bastions, Louhansk, où les autorités ukrainiennes ont reconnu mercredi avoir dû évacuer une base des gardes frontières attaquée lundi par les rebelles.

Selon Kiev, les soldats se sont retirés avec leurs armes. Les séparatistes parlent à l'inverse de reddition et des témoins ont dit avoir vu les miliciens s'emparer d'armes et de munitions dans la base abandonnée.

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4 juin 2014 3 04 /06 /juin /2014 18:56

http://www.huffingtonpost.fr/jeanpierre-filiu/jihadisme-les-vraies-lecons-de-laffaire-nemmouche_b_5432248.html

http://www.souriahouria.com/jihadisme-les-vraies-lecons-de-laffaire-nemmouche-par-jean-pierre-filiu

Djihadisme, les vraies leçons de l’affaire Nemmouche

Par Jean Pierre Filiu, professeur des universités, en charge du Moyen Orient à Sciences Politiques Paris

Mercredi 4 Juin 2014

Le choc de l’arrestation de l’auteur présumé de la tuerie du musée juif de Bruxelles a suscité les habituelles interrogations sur le parcours de l’intéressé. On a questionné son environnement familial, sa scolarité heurtée, ses démêlés avec la justice, dans l’espoir de déceler la faille conduisant à son embrigadement terroriste. La vérité est pourtant que Mehdi Nemmouche, comme Mohammed Merah avant lui, ne nous apprennent rien sur le pays où ils sont nés et la société où ils ont grandi. En revanche, il est essentiel de tirer d’un tel itinéraire djihadiste les leçons qui s’imposent pour prévenir une menace grandissante.

Plus de vingt années à suivre du moins loin possible la mouvance djihadiste m’ont amené à la plus grande prudence sur les concepts de « radicalisation » et de « loup solitaire ». Là où d’aucuns voudraient identifier des trajectoires vers l’extrémisme, je ne vois souvent que basculement après un choc individuel ou collectif.

L’épouvante syrienne déstabiliserait à cet égard les personnalités les plus solidement charpentées. Quant au mythique « loup solitaire », je ne l’ai jamais rencontré. Et je suis prêt à parier que Mehdi Nemmouche, qui a effectué un complexe détour par l’Extrême Orient avant de rejoindre la Belgique depuis la Syrie, avait derrière lui un réseau d’appui, voire des donneurs d’ordre.

Les trois leçons de l’attentat de Bruxelles et de cette cavale interrompue me semblent plutôt les suivantes, la non-intervention en Syrie a aggravé la menace djihadiste qu’elle prétendait justement endiguer, EIIL (Etat Islamique en Irak et au Levant) prépare de nouveaux attentats en Europe et ce défi de sécurité collective ne peut être relevé à l’échelle de la France, mais bien de l’Europe, et si possible de l’ONU.

La non-intervention en Syrie a aggravé la menace djihadiste

Cela fait plus de trois ans que le dictateur Bachar al Assad a eu les mains libres pour massacrer une population qui avait osé lui résister. Cette révolution syrienne s’en est tenue durant de longs mois à une stratégie non-violente, qui a laissé de marbre les puissances occidentales, tandis que la Russie et l’Iran assuraient le despote de leur soutien inconditionnel. L’opposition syrienne a finalement opté pour la voie armée par défaut et sans plan d’ensemble, ce qui a favorisé l’autonomisation des groupes combattants. Cette segmentation ne peut surprendre que ceux qui ont oublié le rôle des parachutages anglo-saxons dans l’unification opérationnelle de la résistance française.

Plus grave, le refus occidental de permettre à la résistance syrienne de contester le monopole aérien du régime Assad a laissé les zones, même libérées de la dictature, toujours vulnérables aux bombardements réguliers par avions et par hélicoptères, en toute impunité. On ne reviendra pas ici sur l’utilisation massive de gaz de combat par Assad contre les habitants de sa propre capitale, en août 2013.

Ces crimes contre l’humanité perpétrés au vu et au su du monde entier ont ouvert la Syrie aux djihadistes venus de l’Irak voisin, où ils avaient établi dès 2006 leur « état islamique ».

Ils ont été ménagés par Bachar al Assad qui voyait en eux l’instrument d’une division durable du camp révolutionnaire. Ils étaient aguerris par des années d’insurrection en Irak et disposaient d’un armement lourd qui faisait cruellement défaut à la résistance syrienne.

En avril 2013, Abou Bakr al Baghdadi, leur chef, a proclamé l’Etat Islamique en Irak et au Levant (EIIL), connu aussi sous ses acronymes (anglais) d’ISIS et (arabe) de Daech.

Depuis janvier 2014, la coalition révolutionnaire se bat sur deux fronts, contre le régime syrien et contre les djihadistes de l’EILL, qu’elle a expulsé après de terribles combats hors d’Alep et du reste des zones « libérées » du nord du pays. Très concrètement, les résistants syriens luttent avec acharnement, et dans un rapport de forces écrasant en leur défaveur, contre deux types d’intervention étrangère, celle des milices pro-iraniennes du Liban et de l’Irak aux côtés du régime, d’une part, celle des djihadistes de Baghdadi, d’autre part. Ceux-ci ont constitué un « Jihadistan » aux confins de la Syrie et de l’Irak, où ils ont rassemblé des milliers de « volontaires » de toutes nationalités.

EIIL prépare de nouveaux attentats en Europe

Mehdi Nemmouche, loin d’être un « loup solitaire », n’est sans doute que l’éclaireur d’une nouvelle vague de terroristes encadrés par EIIL. Baghdadi a l’ambition de son mentor Zarqaoui, tué en 2006 en Irak, il œuvre à consolider une « base » (en arabe Qaida) géographique avant de mobiliser la « base » de données de réseaux cosmopolites, capables de projeter la terreur au-delà des frontières régionales de la « base » physique. Zarqaoui avait ainsi frappé sa Jordanie natale en 2005, jetant dans les rues d”Amman une marée humaine de protestation contre al Qaida (même l’Espagne n’a pas connu de tels rassemblements après le carnage du 11 mars 2004). Baghdadi n’a rien à craindre de Bachar al Assad, qui concentre ses pilonnages contre les révolutionnaires syriens (au moins deux mille civils ont péri dans la seule ville d’Alep depuis le début de 2014 dans des lâchages de « barils », en fait des containers bourrés de TNT et de grenaille pour en maximiser l’impact destructeur et incendiaire). EIIL a donc toute latitude pour animer les fameuses « filières djihadistes » vers la Syrie.

Peu importe la motivation initiale des « montées » au djihad, une fois sur place, l’individu, le groupe d’amis ou la famille déracinée sont totalement à la merci de la structure ultra-violente de l’EIIL. L’aliénation linguistique aggrave l’isolement pour ces égarés qui maîtrisent très mal l’arabe (et qui de surcroît sont mandatés par leurs commissaires politiques pour imposer le « vrai islam », en fait la doctrine totalitaire de l’EIIL, aux musulmans syriens). J’ai pu constater à Alep durant l’été 2013 la rancœur, voire la haine des syriens à l’encontre de ces « martiens » (sic) intolérants et brutaux. L’utilité militaire des « volontaires » étrangers étant pour le moins discutable, ils sont assignés au recrutement par facebook d’un « quota » de compatriotes, d’où la progression exponentielle des départs en Syrie, le « djihad » proclamé n’étant souvent qu’un prétexte à une évasion orientale. Le réveil est brutal et EIIL est alors en mesure, par des pressions diverses, de renvoyer un terroriste actif ou un militant « dormant » en Europe.

Car c’est bien l’Europe qui est visée, et non un pays en particulier. Al Qaida a toujours frappé les occidentaux pour ce qu’ils sont, non pour ce qu’ils font. La rhétorique homicide d’al Qaida contre « les juifs et les croisés » peut justifier aussi bien un attentat antisémite, tel celui de Bruxelles, que des frappes aveugles dans des lieux publics, comme à Madrid en 2004 ou Londres en 2005.

C’est ce type de carnage que Baghdadi rêve de perpétrer à son tour avec deux objectifs, évincer une fois pour toutes le successeur de Ben Laden, Ayman Zawahiri, sur lequel il a déjà pris un ascendant décisif, déclencher, à la faveur du climat populiste et xénophobe en Europe, un cycle de représailles racistes et de violence intercommunautaire, qui lui fournira de nouvelles recrues et confortera a posteriori son discours de haine.

Ce défi de sécurité collective ne peut être relevé à l’échelle de la seule France

Les gouvernements Ayrault et Valls ont pris la mesure du danger bien avant la plupart de leurs partenaires européens, à l’exception notable de la Belgique. Mais les plans les plus cohérents à l’échelle nationale ne peuvent endiguer ce qu’un professionnel de la lutte anti terroriste appelait devant moi le « tsunami » qui s’annonce depuis la Syrie. La France de François Hollande a eu le courage d’intervenir au Mali en janvier 2013 alors qu’Al Qaida au Maghreb Islamique, certes capable de frapper les intérêts français dans la zone, n’était pas en mesure de viser le territoire national. Il en va tout autrement pour EIIL, la France ne saurait rester seule à s’engager quand la menace s’étend potentiellement au continent tout entier. Car plus un pays européen n’est épargné et même la paisible Finlande compte aujourd’hui une trentaine de djihadistes en Syrie.

Il n’est plus désormais question du sort de la malheureuse Syrie, des cent soixante mille morts d’un conflit barbare, du million de blessés, de l’exode forcé hors de leurs foyers d’au moins un tiers des vingt deux millions de syriennes et de syriens.

Il s’agit bel et bien d’une menace pour la sécurité internationale, à la différence de Ben Laden dans l’Afghanistan taliban, de 1996 à 2001, Baghdadi n’a aucun mollah Omar à ménager et il est le maître absolu de son « état islamique ».

Baghdadi dispose de sans doute dix fois plus de « volontaires » étrangers à renvoyer dans leur pays d’origine que Ben Laden n’en contrôlait à la veille du 11septembre 2001. Autant l’Afghanistan était enclavé et difficile d’accès, autant la Syrie est via la Turquie en continuité territoriale avec l’Europe. Le compte à rebours a probablement déjà commencé en vue d’un attentat majeur sur notre continent.

La question est dès lors d’une tragique simplicité, soit Bachar al Assad est un rempart contre le terrorisme et le djihadisme, comme le prétendent à l’unisson Marine Le Pen et Vladimir Poutine, une fois de plus en harmonie, soit la révolution syrienne est la seule voie pour terrasser l’hydre djihadiste et prévenir sa projection bien au-delà du Moyen Orient.

Trois ans à prêcher ceci en faisant cela ont fait le lit de Baghdadi et de ses séides. On ne pourra décidément pas dire que l’on ne savait pas.

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