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13 juin 2017 2 13 /06 /juin /2017 19:57

 

Manifestation contre Vladimir Poutine à Moscou, l'opposant Alexeï Navalny condamné (Reuters)

 

Plusieurs milliers de personnes ont manifesté Lundi 12 Juin 2017 à Moscou et dans d'autres villes de Russie pour dénoncer la corruption du régime de Vladimir Poutine dont le plus farouche opposant, Alexeï Navalny, a été arrêté au moment où il s'apprêtait à se rendre au rassemblement organisé dans la capitale.

Aux cris de « la Russie sans Vladimir Poutine » et « la Russie sera libre », les manifestants rassemblés dans Moscou entendaient remonter la rue Tverskaïa qui mène à la place Rouge et au Kremlin.

Des mouvements de contestation similaires ont été signalés dans quelque cent quatre vingt villes du pays.

D'après l'Organisation Non Gouvernementale (ONG) OVD-Info, au moins sept cent trente manifestants ont été interpellés à Moscou. A Saint-Pétersbourg, le ministère de l’intérieur a fait état de cinq cent arrestations.

Alexeï Navalny, qui tente de mobiliser l'opinion publique russe à un an des élections présidentielles qui devraient voir Vladimir Poutine briguer un nouveau mandat de six ans, avait appelé Dimanche 11 Juin 2017 ses partisans à manifester.

L'opposant n'a pas pu, lui-même, se mêler au rassemblement moscovite. La police l'a interpellé devant chez lui. « Alexeï Navalny a été arrêté dans le hall d'entrée de notre immeuble », a dit sa femme Ioulia Navalny sur Twitter. « Il m'a demandé de vous dire que les projets de manifestations sont inchangés », a-t-elle ajouté.

Un journaliste de Reuters a vu une voiture de police quitter à grande vitesse les abords de l'immeuble où réside Alexeï Navalny, suivie quelques minutes plus tard par un minibus transportant une dizaine de policiers.

Lundi 12 Juin 2017 dans la soirée, un tribunal moscovite l'a condamné à trente jours de prison pour infractions répétées à la législation encadrant les manifestations publiques.

Dans un premier temps, les autorités russes avaient autorisé un défilé à l'écart du centre ville mais des pressions ont été exercées par le pouvoir sur des sociétés locales, qui ont refusé de fournir aux organisateurs micros et équipements vidéo.

Face à ces restrictions, Alexeï Navalny a choisi de modifier le lieu de la manifestation et il a appelé à un rassemblement rue Tverskaïa en dépit des mises en garde du ministère public qui a prévenu que toutes les mesures nécessaires seraient prises pour prévenir des désordres.

Plusieurs centaines de policiers anti-émeutes et des conscrits de l'armée ont été mobilisés. La rue Tverskaïa, artère reliant les deux célèbres places du centre de la capitale russe, était bordée de barrières en cette journée de fête nationale.

Ces barrières avaient été mises en place pour encadrer une parade historique présentant des costumes et des véhicules, notamment des jeeps et des pièces d'artillerie de la seconde guerre mondiale. L'accès à la rue n'était possible qu'après le passage entre des portiques détecteurs de métaux.

Cet appel à la mobilisation de rue constitue un test pour l'opposant qui dénonce depuis des années la corruption du régime et qui espère contrarier les plans du président russe qui devrait, selon toute vraisemblance, se présenter à sa succession en 2018.

L'ampleur des manifestations, que la presse officielle a fait mine d'ignorer, devait dire si Alexeï Navalny peut prolonger le succès des rassemblements du 26 mars 2017, organisés pour réclamer la démission du premier ministre, Dmitri Medvedev.

Des milliers de personnes, dont de nombreux jeunes, s'étaient alors rassemblées dans des manifestations d'une ampleur inédite depuis la vague de contestation de 2011 et de 2012. Les autorités avaient interpellé plus de mille manifestants.

La mobilisation observée Lundi 12 Juin 2017 entretient la dynamique qu’Alexeï Navalny veut nourrir jusqu’aux élections présidentielles de 2018.

Déjà incarcéré pendant quinze jours à la suite des manifestations du mois de mars 2017, l'avocat de quarante et un ans n'apparaît pas pour l'heure en mesure de détrôner Vladimir Poutine dans les sondages. Et on ignore même si le Kremlin le laissera se porter candidat.

L'opposant dénonce la collusion entre les responsables de l’état et les hommes d'affaires, qui profitent selon lui du système pour amasser de considérables fortunes personnelles.

Ne pouvant pas se faire entendre dans la rue, l'opposant a récemment posté une vidéo dans laquelle il accuse Dmitri Medvedev de vivre très au-dessus de ses moyens. Cette vidéo a été vue vingt deux millions de fois.

Le premier ministre a démenti les allégations de l'opposant, affirmant qu'elles n'avaient aucun sens et qu'il était un charlatan.

« Je veux vivre dans un état démocratique moderne et je veux que nos impôts soient convertis en routes, en écoles et en hôpitaux, pas en yachts, en palais et en vignobles », écrivait Alexeï Navalny sur son blog la semaine passée.

 

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13 juin 2017 2 13 /06 /juin /2017 19:25

 

LE CIMETIERE DES ELEPHANTS

 

Par Bernard Fischer

 

Mardi 13 Juin 2017

 

La rédaction d’un message relatif à l’analyse de la situation politique intérieure française entre les deux tours des élections législatives est toujours un exercice difficile.

La recherche de signes de vie au milieu des ruines d’un premier tremblement de terre est toujours difficile quand la date d’un deuxième tremblement de terre d’une magnitude encore plus forte exactement au même endroit est une certitude une semaine jour pour jour après le premier tremblement de terre.

Il en va des deux tours des élections législatives comme il en va des deux tours des élections présidentielles. Les résultats des élections législatives de cette année ne sont pas des résultats normaux, exactement comme les résultats des élections présidentielles de cette année n’étaient pas des résultats normaux. En même temps, comme dirait Emmanuel Macron, les médias présentent ces résultats comme une surprise divine et comme une opération du Saint Esprit, surnaturelle et jupitérienne, comme s’ils n’étaient pas tout simplement un phénomène politique et social.

La chambre bleue Macron de cette année sera une chambre introuvable. En même temps, ce ne sera pas la première chambre introuvable de toute l’histoire des institutions de la cinquième république. La chambre bleue CRS du mois de juin 1968 était aussi une chambre introuvable.

Depuis la proclamation des résultats du premier tour des élections législatives, il y a déjà des milliers de messages et des centaines de milliers de pages relatives à la signification et à l’analyse de ces résultats.

Il faudrait certainement au moins un message de plusieurs dizaines de pages relatif à l’identité des anciens et des nouveaux députés et aux résultats en pourcentage et en nombre de voix.

Pour une présentation synthétique des résultats, j’écrirais seulement un certain nombre de considérations relatives au nombre des candidats du premier et du deuxième tour des élections législatives.

J’écrirais d’abord des considérations générales relatives au nombre des candidats du premier tour des élections législatives. Il y avait environ huit mille candidats dans cinq cent soixante dix sept circonscriptions, soit une moyenne d’environ quinze candidats par circonscription. Dans une situation dans laquelle il y avait environ six mille candidats au premier tour des élections législatives de 2012, il y avait donc cette année environ deux mille candidats supplémentaires par rapport à 2012. Dans une situation dans laquelle le taux d’abstention cette année était de cinquante et un pour cent, soit environ huit pour cent de plus par rapport à 2012, nous aboutissons à une moyenne d’environ quatre mille voix par candidat en 2012 et de trois mille voix par candidat en 2017. En douze mots, plus il y a de candidats, moins il y a de voix.

J’écrirais ensuite des considérations particulières relatives au nombre des candidats au deuxième tour des élections législatives de trois petites organisations de gauche, le Parti Socialiste, le Parti Communiste Français (PCF) et le Mouvement de la France Insoumise (MFI).

Le Parti Socialiste de Benoît Hamon n’est déjà plus le Parti Socialiste d’Epinay. La sociale démocratie française est aujourd’hui dans l’état dans lequel était la Section Française de l’Internationale Ouvrière (SFIO) de Guy Mollet il y a cinquante ans dans les années 1960. La longue agonie de la SFIO commençait en 1958 par le coup d’état du général Charles de Gaulle, la dissolution de la quatrième république et la fondation de la cinquième république et elle finissait précisément par la fondation du nouveau Parti Socialiste au congrès d’Epinay sur Seine en 1971. Cette période de treize ans voyait la multiplication des clubs et des petites organisations de gauche, dont les principales d’entre elles étaient le Parti Socialiste Unifié (PSU), la Fédération de la Gauche Démocratique et Socialiste (FGDS) et la Convention des Institutions Républicaines (CIR). La sociale démocratie française est aujourd’hui exactement dans la même situation. C’est à nouveau le temps des clubs et des petites organisations de gauche.

Le PCF franchissait cette année une nouvelle étape de son interminable agonie. Quant au MFI, nous ne savons toujours pas si Jean Luc Mélenchon en fera tout simplement une véritable organisation politique.

Je prendrais dans ce message l’exemple d’une seule région, la région de l’Ile de France, pour des raisons de temps et de longueur du message.

J’écrirais normalement en fin de semaine un ou plusieurs autres messages relatifs à d’autres régions.

Dans la région de l’Ile de France, il y a huit départements et quatre vingt dix sept circonscriptions législatives.

Dans le département de Paris, il y a dix huit circonscriptions législatives et il y a au deuxième tour des élections législatives quatre candidats du Parti Socialiste et six candidats du MFI, dont un duel entre une candidate du Parti Socialiste et un candidat du MFI dans la quinzième circonscription.

Dans le département de la Seine et Marne, il y a onze circonscriptions et il y a un candidat du Parti Socialiste et un candidat du MFI au deuxième tour. Dans le département des Yvelines, il y a douze circonscriptions et il n’y a déjà plus aucun candidat de gauche au deuxième tour. Dans le département de l’Essonne, il y a dix circonscriptions et il y a trois candidats du MFI au deuxième tour. Dans le département des Hauts de Seine, il y a treize circonscriptions et il y a un candidat du PCF et un candidat du MFI au deuxième tour. Dans le département de la Seine Saint Denis, il y a douze circonscriptions et il y a trois candidats du PCF et cinq candidats du MFI au deuxième tour.

Dans le département du Val de Marne, il y a onze circonscriptions et il y a un candidat du Parti Socialiste et trois candidats du MFI au deuxième tour. Enfin, dans le département du Val d’Oise, il y a dix circonscriptions et il y a deux candidats du Parti Socialiste et un candidat du MFI au deuxième tour.

Faisons les additions ensemble, il n’y a pas de candidat du Parti Socialiste au deuxième tour dans quatre vingt neuf des quatre vingt dix sept circonscriptions franciliennes, il n’y a pas de candidat du PCF dans quatre vingt treize d’entre elles et il n’y a pas de candidat du MFI dans soixante dix sept d’entre elles.

Ces candidats sont extrêmement éphémères et volatiles. L’existence d’un certain nombre de candidats du Parti Socialiste au deuxième tour vient tout simplement de l’absence volontaire de candidats de la République En Marche (REM) contre eux.

La majorité de tous les candidats des trois petites organisations de gauche au deuxième tour des élections législatives affronteront des candidats de la REM, dans une situation dans laquelle les candidats de la REM obtenaient en moyenne quarante pour cent des voix au premier tour, dans laquelle les candidats des petites organisations de gauche obtenaient en moyenne dix pour cent des voix au premier tour et dans laquelle les candidats des petites organisations de gauche seront donc les prochaines et les dernières victimes du tsunami de la REM au deuxième et dernier tour des élections législatives.

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12 juin 2017 1 12 /06 /juin /2017 20:07

 

Enquête ouverte sur les soupçons d'emplois fictifs du Mouvement Démocrate (Reuters)

 

Le parquet de Paris a ouvert Vendredi 9 Juin 2017 une enquête préliminaire afin de faire la lumière sur les soupçons d'emplois fictifs du Mouvement Démocrate (MODEM) au parlement européen, potentiellement nocifs pour le gouvernement à deux jours du premier tour des élections législatives.

Cette enquête pour abus de confiance et recel a été lancée à la suite, notamment, du signalement Mercredi 7 Juin 2017 d'un ancien salarié du parti centriste, qui dit avoir été en partie payé en 2010 et en 2011 par des fonds normalement alloués au travail parlementaire, précise le parquet dans un communiqué.

Ces soupçons visent une formation alliée au chef de l’état, Emmanuel Macron, et représentée au gouvernement par le ministre de la justice François Bayrou et par la ministre des affaires européennes Marielle de Sarnez.

Une troisième ministre, la ministre de la défense Sylvie Goulard, avait été élue au parlement européen sous la bannière du MODEM en 2009 et réélue sous l'étiquette de l’Union des Démocrates et des Indépendants (UDI) et du MODEM en 2014.

Le premier ministre, Edouard Philippe, a estimé que la position de François Bayrou, qui s'est érigé en avocat de la moralisation de la vie politique et prépare une loi en ce sens, n'était pas fragilisée.

Le MODEM s'est pour sa part défendu en affirmant dans un communiqué publié jeudi avoir « respecté toutes les règles et toutes les obligations d'un employeur ».

Son porte-parole, Yann Wehrling, qui accuse un membre de l'équipe municipale de Paris d'être l'auteur du signalement du Mercredi 7 Juin 2017 au parquet de Paris, y voit pour sa part une manoeuvre cousue de fil blanc, au moment où des candidats du MODEM aux élections législatives menacent des députés sortants socialistes.

Le MODEM assure que les salariés qui ont travaillé à temps partiel à son service ont été rémunérés de manière parfaitement transparente qu’ils ont pu honorer parallèlement, et en toute légalité, d'autres contrats auprès d'élus européens.

L'affaire a démarré par une dénonciation, au mois de mars 2017, de Sophie Montel, députée européenne du Front National, parti lui-même soupçonné d'avoir mis sur pied un système de rémunération frauduleuse de ses salariés avec de l'argent du parlement européen.

Le parquet a alors ouvert une première enquête préliminaire portant sur une vingtaine de députés européens, dont Marielle de Sarnez et un autre parlementaire du MODEM.

Sophie Montel a été entendue Vendredi 9 Juin 2017 comme témoin par des agents de l'Office Central de Lutte contre la Corruption et les Infractions Financières et Fiscales (OCLCIFF) dans le cadre de cette première enquête, dit-on de source judiciaire.

Mercredi 7 Juin 2017, l'ancien salarié du MODEM auteur du signalement était venu dire au parquet, documents à l'appui, qu'il avait été partiellement rémunéré pendant un an en qualité de collaborateur parlementaire de Jean-Luc Bennahmias, alors même qu'il n'aurait jamais travaillé pour lui en particulier.

Selon ce signalement, l’ancien employé travaillait en réalité au siège du MODEM, où il était salarié à temps partiel comme responsable du web et des réseaux sociaux.

Jean-Luc Bennahamias a pour sa part assuré à Reuters qu'il l'employait lui aussi à temps partiel, pour effectuer un travail dans le cadre de ses fonctions de député européen.

Joint par Reuters, le responsable de la communication du parti sur internet à l'époque n'a pas voulu faire de commentaire pour ne pas interférer dans le travail des enquêteurs.

Une dizaine de salariés du siège, entre 2009 et 2014, pourraient être concernés par les soupçons d'emplois fictifs.

A la lumière de l'ensemble de ces éléments, le parquet a ouvert une enquête pour abus de confiance et recel d'abus de confiance, confiée à l'OCLCIFF.

« Les cas des deux députés du MODEM objet de l’enquête préliminaire du 22 mars 2017 sont joints à l’enquête ouverte ce jour », précise le parquet dans son communiqué.

Déjà embarrassé par l'affaire Richard Ferrand, au coeur d'une enquête préliminaire sur un montage immobilier remontant à l'époque où l'actuel ministre de la cohésion des territoires dirigeait les Mutuelles de Bretagne, l'exécutif voit là s'ouvrir un nouveau dossier judiciaire aux résonances politiques.

Le député George Fenech, secrétaire national à la justice des Républicains, a jugé Vendredi 9 Juin 2017 dans un communiqué que ces soupçons plaçaient François Bayrou dans une situation flagrante de conflit d'intérêts.

Le ministre « se retrouve destinataire de tous les éléments synthétiques d'enquête qui le visent personnellement et par voie de conséquence en mesure d'allumer des contre-feux pour échapper à sa responsabilité personnelle et politique », a-t-il dit.

 

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12 juin 2017 1 12 /06 /juin /2017 19:01

 

http://www.liberation.fr/france/2017/06/09/madame-penicaud-l-obligation-d-informer-n-est-pas-un-delit_1575685

 

Muriel Pénicaud, l’obligation d’informer n’est pas un délit

 

Par Laurent Joffrin, directeur de la publication de Libération

 

En portant plainte au sujet du document que nous avons publié sur ses projets de réforme, la ministre du travail a fait le choix du secret et de la répression judiciaire, au détriment de la transparence que les citoyens sont en droit d’attendre de leurs responsables.

 

La ministre du travail travaille-t-elle du chapeau ? Mercredi 7 Juin 2017, Libération publiait un document montrant que son ministère étudiait des options de réforme du code du travail plus radicales, ou plus libérales, que les projets publiquement agités. Fuite désagréable pour l’autorité, mais fuite utile au débat public, il est toujours intéressant pour le citoyen de savoir ce qu’on envisage en haut lieu, au-delà de la langue de bois officielle. Jamais nous n’avons écrit que ces mesures seraient forcément mises en œuvre. Nous avons seulement indiqué que si et seulement si ces projets étaient suivis d’effet, nous aurions affaire à un changement considérable dans la réglementation du travail en France.

Dans un premier temps, la ministre a minimisé la révélation en déclarant qu’elle ignorait le contenu de ces études initiées par un fonctionnaire qui n’engageaient en rien le gouvernement.

Pourtant, il était inscrit noir sur blanc sur le document que cette exploration juridique avait été demandée par son propre cabinet. A l’entendre, elle ignorait donc ce que faisaient ses plus proches collaborateurs. Deux jours plus tard, Muriel Pénicaud change d’avis. Le document est suffisamment important pour entraîner une poursuite judiciaire. Elle vient donc d’annoncer qu’elle porterait plainte pour vol de document et recel, ce qui vise à la fois notre journal pour recel et ses sources pour vol. Nous nous en remettrons à la justice pour apprécier le degré de pertinence de cette plainte. Ce n’est pas la première fois, loin de là, qu’un ou qu’une puissante attaque Libération.

Mais nous pouvons d’emblée faire un commentaire. Muriel Pénicaud est sans doute habituée aux us et coutumes du secteur privé, qui cherche à réprimer par tout moyen juridique ou moral ceux qui rendent publiques ses menées diverses et variées, y compris s’il s’agit d’un lanceur d’alerte. Nous comprenons certes qu’un gouvernement souhaite étudier les différentes hypothèses qui s’offrent à lui sans encourir à l’avance la réprobation publique. Mais l’obligation d’informer qui incombe à la presse veut aussi que le citoyen soit mis au courant des projets agités, le cas échéant pour les combattre. Dans cet entre-deux, nous devons choisir entre la transparence du débat public et le secret dont tout pouvoir cherche à s’entourer. La ministre a choisi. Elle exige le secret.

Quitte, pour l’obtenir, à recourir immédiatement à l’arme ultime, la répression judiciaire. Si nous la suivons, les ministères français seront transformés en autant de boîtes noires, inaccessibles au commun des mortels, protégées par les juges et les policiers. Ainsi les détenteurs du pouvoir travailleront à l’abri de la dérangeante curiosité de l’opinion, comme le veut, dans le privé, l’establishment managérial. Par exemple chez Danone, où la ministre a longtemps officié. De toute évidence, Muriel Pénicaud confond Danone et la république.

Nous continuerons donc, quitte à encourir des sanctions, à rendre publiques les informations que nous mettrons au jour. Le nouveau gouvernement proclame qu’il veut rénover la vie politique. S’agit-il d’une rénovation ou d’une restauration ? La rénovation de la démocratie ou la restauration d’une république impérieuse où le pouvoir décide en secret et où l’on répond au citoyen trop curieux « circulez, il n’y a rien à voir ».

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12 juin 2017 1 12 /06 /juin /2017 18:49

 

https://www.editionsducerf.fr/librairie/livre/17946/construire-un-peuple

 

Construire un peuple

 

Par Chantal Mouffe et Inigo Errejon

 

Quel avenir prépare la crise de la mondialisation et de son idéologie néo libérale ? Face aux convulsions qui s’emparent de nos sociétés, où en sont les peuples ? Comment peuvent-ils reconquérir la démocratie confisquée par les oligarchies ? Dans ce livre d’entretiens, la philosophe Chantal Mouffe et le cofondateur de Podemos Inigo Errejon livrent leurs réponses.

 

Partant des expériences nationales populaires en Amérique Latine, de la victoire de Syriza en Grèce et des évolutions européennes, ils dessinent les perspectives théoriques et stratégiques nécessaires à la refondation de la gauche sur le vieux continent, dont le retour des nations, le rôle du leader en politique, le consensus au centre, le populisme de droite et de gauche et les batailles culturelles. Ce dialogue identifie les opportunités et les dangers qui se présentent aux gauches de la transformation et il décrypte les nouveaux rapports de force continentaux. Un livre indispensable pour comprendre la nouvelle ère qui s’ouvre.

 

Chantal Mouffe est une des philosophes les plus influentes de la scène internationale. Inspiratrice de Podemos, elle enseigne la théorie politique à l'université de Westminster à Londres et elle est une des principales représentantes du post-marxisme. Elle a publié, notamment, « l'illusion du consensus ».

 

Cofondateur et stratège de Podemos, Inigo Errejon est docteur en sciences politiques de l’université Compluntense de Madrid. Il est un des intellectuels et des dirigeants politiques les plus brillants de sa génération.

 

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12 juin 2017 1 12 /06 /juin /2017 18:37

 

http://fr.reuters.com/article/topNews/idFRKBN19212I-OFRTP?sp=true

 

Le Parti Socialiste balayé au premier tour des élections législatives (Reuters)

 

Le Parti Socialiste a été laminé au premier tour des élections législatives, avec un peu plus de sept pour cent des voix et il avance vers sa défaite la plus importante, Dimanche 18 Juin 2017, quarante six ans jour pour jour après la refondation du parti en 1971 au congrès d'Epinay.

« Le premier tour des élections législatives est marqué par le recul sans précédent de la gauche dans son ensemble et notamment du Parti Socialiste », a déclaré Jean-Christophe Cambadélis, premier secrétaire fragilisé avant le scrutin et disqualifié à l'issue du premier tour.

Déjà sonné après les élections présidentielles, le Parti Socialiste « est très clairement mort », a estimé sur La Chaîne Info (LCI) Jean-Marie Le Guen, ancien secrétaire d’état de François Hollande.

Le Parti Socialiste n'a pas réussi à se relever après le faible score de son candidat, Benoît Hamon, au premier tour des élections présidentielles et il devient la deuxième force de gauche en nombre de voix, derrière le Mouvement de la France Insoumise (MFI).

La campagne socialiste, qui a pâti d'un manque de lisibilité et de leadership, risque d'aboutir au plus bas nombre de députés élus, inférieur à celui de la débâcle de 1993, quand le Parti Socialiste n'avait remporté que cinquante sept sièges.

D'après les statuts du parti, un congrès doit se tenir d'ici à la fin de l'année et le Parti Socialiste est contraint de se réinventer s'il entend survivre.

Bernard Cazeneuve a appelé, dans un communiqué, à « rebâtir la gauche de gouvernement sur des bases saines et rénovées ».

Parmi les figures qui doivent symboliser cette réinvention, plusieurs n'ont pas passé le premier tour des élections législatives. C'est le cas de Benoît Hamon ou de Matthias Fekl, ancien ministre de l’intérieur, contrairement à Najat Vallaud-Belkacem, néanmoins en ballottage très défavorable. Seule Delphine Batho semble en mesure de l'emporter dans sa circonscription.

Les socialistes n'ont pas attendu cette défaite pour se déchirer, entre l’aile gauche en faveur de l'opposition au nouveau chef de l’état et l’aile droite du parti, Manuel Valls en tête, qui a fait campagne en faveur de la majorité présidentielle.

Les résultats donnent raison à ces derniers, face à qui la République En Marche (REM) n'avait pas toujours présenté de candidat. Stéphane le Foll arrive ainsi en tête dans la quatrième circonscription de la Sarthe, avec trente pour cent des voix, tout comme Marisol Touraine en Indre-et-Loire. Manuel Valls, qui n'est plus au Parti Socialiste, arrive lui aussi en première position.

Myriam el Khomri arrive, de son côté, derrière Jean-Yves Bournazel, candidat des Républicains se revendiquant comme elle du nouveau chef de l’état.

L'implantation locale des socialistes n'a pas permis d'éviter la défaite. Plusieurs figures du parti, élus depuis plusieurs décennies, sont disqualifiées dès le premier tour, comme Elisabeth Guigou en Seine-Saint-Denis, Patrick Mennucci à Marseille, ou encore Jean Glavany dans les Hautes-Pyrénées.

D'autres anciens ministres n'ont pas fait mieux, comme Aurélie Filippetti, ou les alliées écologistes Cécile Duflot et Emmanuelle Cosse.

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11 juin 2017 7 11 /06 /juin /2017 18:42

 

https://socialistworker.co.uk/art/44773/Protests+defy+the+Tories+and+the+bigoted+DUP

 

Manifestations contre le parti conservateur et le Democratic Unionist Party (DUP)

 

Des centaines de personnes ont manifesté sur la place du Parlement à Londres, Samedi 10 Juin 2017, pour demander la démission de Theresa May. La manifestation était organisée par Stand Up To Racism (SUTR), l'Assemblée Populaire et la Stop the War Coalition.

La majorité des participants étaient des jeunes et ils étaient heureux que Jeremy Corbyn ait fait perdre au parti conservateur sa majorité au parlement, face aux attaques de l’aile droite du parti travailliste. Tania a déclaré à Socialist Worker que « le New Labour est mort, je soutiens Jeremy Corbyn à cause de ses valeurs socialistes. Le résultat a été génial, mais ils sont encore au pouvoir, alors nous devons faire ce que nous faisons maintenant ».

Il y avait un concert du groupe de musique Love Music Hate Racism.

Mais l'ambiance était également défiante et combative. Une partie importante des participants ont quitté le rassemblement pour marcher vers Whitehall et Downing Street.

Ils ont ignoré la police et ils ont marché vers Trafalgar Square, avant d’arriver à Whitehall en chantant « ce n’est pas notre gouvernement » et « Corbyn in, Tories out ».

Cette manifestation est arrivée après une manifestation devant Downing Street, Vendredi 9 Juin 2017. Des centaines de personnes ont participé à cette manifestation appelée par un message sur Facebook.

Il y avait des manifestations dans d'autres villes, à Brighton, Cardiff, Birmingham, Bristol et Portsmouth.

Les personnes qui ont participé aux deux manifestations de Londres ont été scandalisées par les tentatives du parti conservateur de s'appuyer sur les meurtriers racistes et fanatiques du DUP d'Irlande du Nord. Beaucoup d'entre eux portaient des affiches contre le DUP qu’ils avaient faites eux mêmes.

Comme le disait Stephanie à Socialist Worker, « les militants du DUP sont des gens horribles, ils sont contre le droit à l’avortement et ils veulent enseigner le créationnisme aux enfants à l'école ».

La manifestation est arrivée alors que les conservateurs sont plongés dans des luttes intestines, avec la démission des deux principales collaboratrices de Theresa May. Charlotte a déclaré à Socialist Worker que « Theresa May n'est ni solide ni stable. Beaucoup de conservateurs n'aiment pas Theresa May, la manière dont elle tente de rester est honteuse ».

Au début de la campagne, Theresa May paraissait puissante et imbattable.

Maintenant, c’est clair que le parti conservateur et le DUP peuvent être battus.

Il y avait un autre signe du chaos du parti conservateur après la manifestation. Une déclaration de Downing Street, Samedi 10 Juin 2017, a dit qu'un accord avait été conclu avec le DUP et qu’il y aurait un nouveau gouvernement, Lundi 12 Juin 2017. Mais le DUP a alors déclaré que les négociations se poursuivaient et qu'elles n’étaient pas terminés.

Melinda, une militante du parti travailliste, a déclaré que « les conservateurs sont en train de tomber, ils ne peuvent pas rester. Theresa May doit démissionner, il doit y avoir une autre élection ou un gouvernement minoritaire de Jeremy Corbyn. Maintenant, nous devons maintenir la pression contre Theresa May et la forcer à partir du gouvernement. Nous devons continuer à faire des manifestations comme celle-ci jusqu'à ce que Theresa May démissionne ».

Weyman Bennett de SUTR a déclaré à la foule que « Jeremy Corbyn a mis le socialisme à l'ordre du jour. Quand ils font des coupes budgétaires dans nos écoles et dans nos hôpitaux, nous devons nous battre et protester. Theresa May n'a aucun mandat pour cela. Nous devons manifester dans les rues contre le parti conservateur ».

Les autres orateurs étaient le militant de Stop the War Lindsey German, le militant de l'Assemblée Populaire John Rees et la militante de l’aile gauche du parti travailliste Amal Bider.

 

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11 juin 2017 7 11 /06 /juin /2017 17:39

 

http://www.elmundo.es/cataluna/2017/06/11/593c334846163f38668b463b.html

 

Pep Guardiola demande l'aide de la communauté internationale contre les abus d'un état autoritaire

 

Démonstration de force indépendantiste à Barcelone pour soutenir le référendum du Dimanche Premier Octobre 2017

 

Le souverainisme met le poids de la consultation sur les municipalités

 

Des milliers de personnes se sont rassemblées Dimanche 11 Juin 2017 à Montjuïc dans une démonstration de force indépendantiste pour donner une impulsion au référendum que le gouvernement catalan veut organiser Dimanche Premier Octobre 2017. L’entraîneur Pep Guardiola a été chargé de lui donner la plus grande force politique en lisant un manifeste accusant le gouvernement de Mariano Rajoy de « lancer une persécution politique indigne d’une démocratie en Europe au vingt et unième siècle ». L'ancien entraîneur du Football Club de Barcelone a également appelé à l'aide de la communauté internationale pour faire face aux abus d’un état autoritaire. Pep Guardiola, le plus applaudi de tous les orateurs, a lu un manifeste en catalan, en castillan et en anglais, dans lequel le souverainisme charge durement le gouvernement de Mariano Rajoy. Le manifeste dénonce une conspiration de l’ancien ministre de l’intérieur Jorge Fernandez Diaz pour détruire la santé ou produire de fausses preuves contre le gouvernement catalan. Le manifeste met également en garde contre la persécution contre tous les niveaux politiques catalans. C’est la raison pour laquelle il appelle la communauté internationale et tous les démocrates de l'Europe et du monde à collaborer pour la défense des droits maintenant menacés en Catalogne.

Le discours de Pep Guardiola est le point central d’un meeting soutenu par le gouvernement catalan, Carles Puigdemont et Oriol Junqueras occupaient les premières places, pour lequel les organisations souverainistes, qui ont annoncé la participation de quarante mille personnes, trente mille personnes selon la Guardia Urbana, avaient affrété une centaine d’autobus. La participation a été un succès malgré des températures élevées et elle inaugure la campagne sociale pour le référendum. Des personnalités liées au souverainisme ont également participé, comme l’ancien député de la Candidature d’Unité Populaire (CUP) David Fernàndez, le cuisinier Fermí Puig et le militant pacifiste Arcadi Oliveras.

Les interventions après celle de Pep Guardiola ont montré qu'une partie de la stratégie souverainiste consiste à faire peser le poids du vote sur les conseils locaux et sur le courant municipaliste, conduit par Ada Colau, pour qu’il soutienne le référendum. Le président de l’Assemblée Nationale Catalane (ANC), Jordi Sànchez, a envoyé un message à peine voilé à la maire de Barcelone pour assurer que la capitale catalane puisse également voter. Sans citer le nom d’Ada Colau à aucun moment, Jordi Sanchez a dit que le Dimanche Premier Octobre 2017 concerne tous les démocrates.

Jordi Cuixart, le président de l’Omnium, est intervenu dans le même sens et a fait valoir que le référendum « nous concerne tous » sans distinction entre indépendantistes, fédéralistes ou unionistes, et il a averti le gouvernement de Mariano Rajoy « qu’il n’y a pas assez de prisons pour mettre tout le peuple de Catalogne ». Neus Lloveras, le leader de l'Association des Municipalités pour l’Indépendance (AMI), a dit pour sa part que « les maires assumeront la responsabilité de l'organisation du référendum », c’est l’alternative du souverainisme pour éviter que d'autres fonctionnaires organisent la consultation.

Le meeting a été organisé au pied de la montagne de Montjuïc, un site d'une énorme signification symbolique pour le nationalisme historique. La scène principale se trouvait au pied de la réplique des quatre colonnes de Puig i Cadafalch représentant les quatre bandes du drapeau catalan et qui avaient été détruites par ordre de Miguel Primo de Rivera en 1929. A côté d’elles, les organisateurs avaient installé une immense banderole avec une urne géante et le slogan « l'amour de la démocratie », un message par lequel les souverainistes essaient de gagner le soutien de la communauté internationale.

La position de la tribune, tournée vers le palais qui abrite le Musée National d’Art de la Catalogne (MNAC), n’était pas non plus gratuite. Selon les organisateurs, l'objectif était de répéter l'une des premières manifestations, celle du mouvement anarchiste en 1977, tenue à Barcelone après la mort de Francisco Franco. Ce choix a fait que les milliers de personnes qui enduraient le soleil brûlant sont repartis par les escaliers menant à Montjuïc. Ceux qui ne pouvaient pas accéder à la zone ont suivi le meeting par un écran géant installé à côté de la fontaine magique.

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11 juin 2017 7 11 /06 /juin /2017 12:38

 

https://www.paris-luttes.info/lettre-ouverte-au-prefet-de-police-8311

 

Lettre ouverte au préfet de police de Paris

 

Samedi 10 Juin 2017

 

Contre les interdictions de séjours et de manifestations, les fouilles, les nasses et plus généralement les pratiques liberticides de la préfecture de police de Paris sous couvert de lutte contre le terrorisme, la coordination contre la répression et les violences policières écrit une lettre ouverte au préfet de Paris.

 

À l’occasion de la manifestation appelée le 8 mai 2017 par le Front Social et de la commémoration officielle du 8 mai 1945 sur les Champs-Elysées, vous avez, une nouvelle fois depuis la promulgation de l’état d’urgence, pris un arrêté portant interdiction de séjour, c’est-à-dire de manifester, à l’encontre de soixante neuf d’entre nous, militants syndicalistes, antifascistes, anticapitalistes, antiracistes et associatifs.

Vous invoquez une nouvelle fois « le niveau élevé de la menace terroriste » pour abuser des dispositions scandaleuses contenues dans l’état d’urgence et les nouvelles dispositions contre le terrorisme.

Vous amalgamez sciemment la « lutte contre le terrorisme » avec un large spectre militant que vous qualifiez de « mouvance contestataire radicale ».

Dans votre arrêté, vous prêtez arbitrairement à ces militants l’intention de se livrer à des violences, « il y a tout lieu de penser que X répondra à l’appel de la mouvance radicale pour participer aux actions violentes annoncées ». La manifestation du Front Social n’annonçait aucune violence et elle avait été déclarée et autorisée. Pour tenter d’argumenter vos interdictions, vous mentionnez que les personnes visées « militants actifs de l’ultra gauche ont participé à de nombreuses reprises aux manifestations, contre notamment les violences policières et le projet de réforme du code du travail ».

Comme le souligne Amnesty International dans un rapport publié le Vendredi 26 Mai 2017, le gouvernement français et votre administration en matière de répression, ont excellé en matière de « restrictions disproportionnées au droit de manifester ». Cent cinquante cinq arrêtés d’interdiction de manifestation ou de rassemblements et six cent quatre vingt trois mesures individuelles d’interdiction de manifester ont été prises depuis le début de l’état d’urgence, entre le mois de novembre 2015 et le mois de mai 2017. De nombreuses manifestations se sont tenues dans des conditions intolérables, fouilles, nasses, sectionnements des cortèges et violences policières.

Nous n’entendons plus nous conformer à vos dispositifs liberticides et nous exercerons dorénavant pleinement notre droit constitutionnel à manifester librement, sans accepter les fouilles et les nasses, humiliantes et dangereuses par nature. Nous manifesterons malgré les arrêtés d’interdictions que vous prendrez envers un ou plusieurs d’entre nous.

 

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11 juin 2017 7 11 /06 /juin /2017 12:11

 

http://www.lemonde.fr/enquetes/article/2017/06/01/francois-ruffin-somme-toute_5136899_1653553.html

 

François Ruffin, toujours entre le ridicule et le formidable

 

Il a cogné sur la presse, mais il est devenu journaliste. Le réalisateur de Merci Patron qui a étrillé les politiques se lance pour le premier tour des élections législatives dans la première circonscription de la Somme

 

Par Florence Aubenas

 

Vendredi 2 Juin 2017

 

Ceux qui connaissent François Ruffin et surtout ceux qui l’aiment auraient pu lui donner ce conseil, « ne fais pas de politique ».

Journaliste et activiste, François Ruffin, quarante et un ans, s’est fait une spécialité de démolir les élus, cognant sur tout ce qui y ressemble et revendiquant de les rééduquer.

Et voilà qu’il se présente au premier tour des élections législatives dans la première circonscription de la Somme, sa région, sous la quadruple étiquette du Parti Communiste Français (PCF), du Mouvement de la France Insoumise (MFI), d’Europe Ecologie-Les Verts (EELV) et d’Ensemble, le mouvement de Clémentine Autain.

En France, cette saison électorale a quelque chose de particulier et de jubilatoire, les bizarres et les improbables, ceux qui n’ont aucune chance, vous, moi ou François Ruffin, n’importe qui se sent le droit de concourir. Et en plus, tout paraît possible. Y compris le pire, être élu.

« Mais qui est François Ruffin », s’étonne une cycliste prise dans une nuée de jeunes gens distribuant ses tracts devant la gare d’Amiens.

Outrés, comment peut-on ne pas connaître François Ruffin ? François Ruffin, donc, journaliste, réalisateur de Merci Patron, un documentaire social en forme de farce, ou l’inverse, sur une famille emportée par les délocalisations et qui finit par piéger son ancien patron, le milliardaire Bernard Arnault, cinq cent mille spectateurs et un César au mois de janvier 2017.

François Ruffin aurait pu en décrocher un second pour son discours à la cérémonie, « pourquoi personne n’en a rien à faire des fermetures d’usines depuis trente ans ? Parce que ce sont des ouvriers qui sont touchés. Dans ce pays, il y a peut-être des sans-dents, il y a surtout des dirigeants sans cran ».

Un dimanche de mai 2017, au parc de la Hotoie à Amiens, c’est le François Ruffin des bons jours. Profitons-en. Lui-même a prévenu, « je suis toujours entre le ridicule et le formidable ». Son équipe de campagne a organisé une fête de l’Humanité en miniature, merguez, discours électoral et concert du groupe Tryo. Plus de deux mille personnes s’enthousiasment devant le candidat posté sur l’estrade comme un bonhomme de bande dessinée, houppe de cheveux, mains sur les hanches et tee-shirt d’auto promotion par-dessus sa chemise à carreaux.

Enfant de la bourgeoisie, François Ruffin a fait vœu de pauvreté. Le terme de moine soldat revient souvent pour qui évoque ses rares sorties et ses vacances en Ardèche. Derrière la scène, quelques uns râlent, comme Cédric Maisse, lui aussi candidat du MFI dans la Somme, mais dans la deuxième circonscription. Il voulait intervenir au micro. « François Ruffin m’a répondu, pas de politiques, que des syndicalistes et moi ». Deux délégations ouvrières d’Amiens encadrent donc François Ruffin, l’une d’Automotive, dans laquelle il y a cinquante sept licenciements, et l’autre de Whirlpool, sous le coup d’une délocalisation en Pologne.

Whirlpool, c'est un gros moment médiatique des élections présidentielles, devant l’usine en grève, passage obligé des candidats au deuxième tour des élections présidentielles, Marine Le Pen et Emmanuel Macron.

Jean Luc Mélenchon, leader du MFI et soutien de François Ruffin au premier tour des élections législatives, vient d’exploser une règle sacrée de la gauche, il n’a pas appelé à voter pour Emmanuel Macron pour faire barrage contre le Front National. François Ruffin, lui, laisse entendre qu’il choisira Emmanuel Macron. Et là, cela ne traîne pas. Une visite de Jean Luc Mélenchon à Whirlpool est annulée. Un ouvrier lance à François Ruffin qu’il devrait avoir honte. Et François Ruffin a honte.

« Pour lui, parole d’ouvrier vaut parole d’Evangile », plaisante Mathieu, soutien de sa campagne. François Ruffin en est malade. Quelques jours plus tard, il sabre Emmanuel Macron, « futur président déjà haï », dans une tribune au Monde, assénant quatorze fois le mot « haï ». Certains de ses fans en restent estomaqués. Cette fois, c’était le François Ruffin des mauvais jours.

Emmanuel de Crouy Chanel, professeur de droit, a connu François Ruffin à l’université d’Amiens. Il y étudiait les lettres, un grand garçon pâle, droit comme un cierge, beaucoup de talent, mais solitaire, l’air de juger la terre entière avec parfois l’intime conviction que le pire d’entre tous, c’est lui. En 1999, pour un projet universitaire, l’étudiant fonde Fakir, moitié fanzine, moitié Canard Enchaîné local. Il le fait seul, un tour de force, trois bénévoles et cinq parutions par an. François Ruffin a vingt quatre ans et il n’a pas de projet professionnel.

« Avec ma femme, nous lui avons dit, pourquoi pas la presse », se souvient Emmanuel de Crouy Chanel. Il admire « sa capacité d’indignation et ses saintes colères » partout où il se frotte, écoles de journalisme, institutions et patrons.

Sa première obsession s’appelle le Journal d’Amiens. Un hebdomadaire gratuit qui est, dit-il, « exclusivement celui du maire », ancien ministre de l’Union des Démocrates et des Indépendants (UDI), Gilles de Robien.

Fakir se donne pour but de détruire ce gros bulletin municipal. Les procès s’enchaînent. Une chance, François Ruffin fait de chaque audience judiciaire une caisse de résonance et un lieu de manifestation.

Dans le milieu associatif local, un peu catholique et un peu gauchiste, Fakir devient une référence, orchestrant ses propres mobilisations.

« Le journal se voulait comique. Mais tout le monde disait qu’il donne envie de se jeter dans la Somme », raconte le professeur. Après dix neuf ans à la mairie, Gilles de Robien se souvient de sa défaite en 2008, « j’ai contribué moi-même à mon échec, mais Fakir y a eu sa part ». François Ruffin veut désormais faire un grand journal populaire, tourné vers le national. « J’étais jeune et naïf », dit-il aujourd’hui.

Dans le quartier de Saint Leu, le local de Fakir est resté modeste, bien que les ventes du journal aient doublé grâce à Merci Patron, dix sept mille ventes au numéro et dix sept mille abonnements. On y cuisine, on y travaille et on y dort parfois.

François Ruffin n’a pas de mouvance, juste une garde rapprochée formée pour l’essentiel des six salariés du titre. Ils ont moins de trente ans et ils sont payés au ras du Salaire Minimum Interprofessionnel de Croissance (SMIC) avec toutes les ficelles des aides à l’emploi. Eux-mêmes se sont baptisés les exploités. « Si Bernard Arnault faisait cela, bien sûr, nous protesterions. Mais, ici, personne ne touche de pactole », dit Johanna, qui travaille à la logistique.

Longtemps, une photographie de Joseph Staline indiquait le bureau de François Ruffin. « Il y a un chef et une ligne, François Ruffin écoute, nous débattons et il décide », raconte Sylvain, un des trois journalistes, « nous marchons en mode guérilla et nous faisons des coups ». C’est ce fonctionnement qui éloignera le créateur de Fakir du mouvement Nuit Debout, dont il fut un des créateurs, au mois d’avril 2016, à Paris.

Les assemblées participatives et l’organisation horizontale sans direction ni feuille de route, tout l’impatiente. Une fois ou deux, il tente de prendre la main pour réaliser « la convergence des luttes entre les classes populaires et intermédiaires », seule capable selon lui de déclencher le changement « grâce au levier de la rue », en vain, retour à Amiens.

François Ruffin a fait le deuil d’un journal lu dans les usines. « En fait, nous nous adressons à la petite bourgeoisie, mais pas pour la conforter, pour l’interpeller sur les classes populaires et leurs préoccupations. Nous sommes populistes, en un sens, à défaut d’être populaires », dit-il dans Fakir. Depuis le succès de son film, il se sent une autre stature. Il serait légitime, pense-t-il, qu’une télévision ou une radio lui offre une grosse émission. Rien ne vient. A François Ruffin, il faut de l’aventure, sinon la déprime le rattrape. « Faut-il rentrer dans l’ombre avec une fausse humilité », dit-il.

Dolores Esteban, conseillère départementale du Front De Gauche (FDG) à Amiens, évoque la première sa candidature au premier tour des élections législatives. Chez François Ruffin, elle admire « sa capacité à organiser et à rassembler ». Au début, elle le sent très hostile, « un argument a pesé, regagner la classe ouvrière dans les fiefs du Front National ». Dans le département de la Somme, le candidat François Ruffin est le seul à réaliser l’union de la gauche, à l’exception du Parti Socialiste. L’accord prévoit qu’il fera campagne pour Jean Luc Mélenchon, mais qu’il versera ses indemnités au Parti Communiste Français (PCF).

Nous voilà dans la vallée de la Nièvre, trente kilomètres entre Amiens et Abbeville, l’épine dorsale de cette première circonscription historiquement à gauche. Ici, chaque bourg avait son usine, jusqu’à treize en tout, totalisant sept mille sept cent onze ouvriers, l’empire des filatures Saint Frères. La première a fermé en 1978. Les autres ont suivi.

Quelques anciens parlent encore du jour où les machines se sont arrêtées. Le brusque silence, les rues sans le flot des ouvriers, les fanfares qui se taisent, les associations sportives qui cessent de jouer et la vie qui se fige dans les villages, où chaque centimètre carré de terre devient potager pour pouvoir manger, une vallée en dépression collective.

Si le passé est partout le même, le présent change d’un bourg à l’autre. Flixecourt, par exemple, trois mille trois cent habitants, qui s’est battu pour sa bretelle d’autoroute, sa zone industrielle avec plusieurs grosses boîtes, son cabinet médical et sa patinoire. Le chômage fait ici douze pour cent, c’est trop mais bien moins que les vingt cinq pour cent à Saint Ouen et à l’Etoile, deux kilomètres plus loin, où les panneaux à vendre se balancent sur les façades de brique. Une telle disparité, pense-t-on, pèsera sur les résultats électoraux. Pas du tout, Flixecourt a voté pour le Front National, comme les autres, à plus de cinquante pour cent au deuxième tour des élections présidentielles et Franck de Lapersonne, acteur et candidat du Front National dans la première circonscription de la Somme, semble monter sans coup férir.

Dans la grande rue de Flixecourt, l’équipe de François Ruffin s’attaque à un mur barbouillé d’affiches du Front National. Cela rigole fort. Ils sont quatre cent cinquante à labourer la Picardie pour lui, militants locaux ou venus de partout par les réseaux de Fakir. Merci Patron s’est aussi révéler un puissant outil de recrutement. « Le film a déclenché un truc alors que j’étais totalement démobilisée », explique Brigitte, aide soignante à Amiens, cinquante ans, « je me suis demandé ce que je peux faire. Je me suis retrouvée dans une réunion. C’est une aventure de découvrir le militantisme. Nous nous faisons des amis, il se passe toujours quelque chose, c’est addictif ».

Contre le Front National, François Ruffin en est sûr, il faut utiliser les mêmes armes que lui, mais de gauche. Ainsi, il revendique un populisme, mais de gauche, un protectionnisme, mais de gauche, et un Donald Trump, mais de gauche. La fédération départementale de la Somme du Parti Communiste Français (PCF) a soutenu sa candidature à quatre vingt douze pour cent.

Jean Claude Renaux, maire du PCF de Camon, n’a pas voulu suivre. « C’est un cas de conscience », raconte-t-il, « soyons clair, François Ruffin n’est pas raciste, il n’a rien à voir avec Marine Le Pen, mais il y a un parallélisme des formes. Les discours contre le système et contre tous les pourris se nourrissent et entraînent les gens derrière le Front National. Nous avons vu la dynamique de Jean Luc Mélenchon au premier tour des élections présidentielles, il a fait monter Marine Le Pen au deuxième tour des élections présidentielles. Oui, j’ai peur d’avoir un député du Front National ». Il a rejoint Pascale Boistard, député sortante du Parti Socialiste, ancienne secrétaire d’état aux personnes âgées.

« François Ruffin n’est pas contre le système, on le voit sur toutes les télévisions », affirme de son côté Valérie Devaux, de l’Union des Démocrates et des Indépendants (UDI). Et Nicolas Dumont, maire d’Abbeville et candidat de la République En Marche (REM), demande si « le boulot d’un élu est de monter sur un camion et d’amplifier la colère ou bien de trouver des solutions ».

A Flixecourt, François Ruffin entame son meeting, « si je suis élu, je serais député journaliste et, à la fin, je ferai un film que j’appellerai Merci Macron ». Ses tracts revendiquent les remboursements de la sécurité sociale à cent pour cent et le SMIC à mille cinq cent euros. Dehors, ses militants placardent encore de nouvelles affiches, toutes finissent par se chevaucher sur des murs gluants de colle. « Le peuple d’abord » et « non à l’islamisation de la France », proclament les affiches du Front National. Juste à côté, il y a le slogan de François Ruffin, « une Picardie debout pour leur botter le cul ».

« C’est le cul des puissants », s’écrie une commerçante. Sa fille s’étonne. Elle, elle croît comprendre autre chose, « pour moi, c’est le cul des étrangers ».

 

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