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22 février 2014 6 22 /02 /février /2014 18:53

 

Ianoukovitch en fuite, le pouvoir bascule en Ukraine

 

KIEV (Reuters) - Les députés ukrainiens ont destitué Samedi 22 Février 2014 le président Viktor Ianoukovitch qui aurait tenté de fuir son pays pour gagner la Russie dans un nouveau basculement politique salué par l'opposante Ioulia Timochenko, libérée dans la journée, comme « la chute d'une dictature ».

 

La rada, dans laquelle siègent quatre cent cinquante députés, a voté par trois cent vingt huit voix l'incapacité constitutionnelle de Viktor Ianoukovitch d'exercer ses fonctions de chef de l'état.

 

L'accord de transition conclu vendredi entre le président et les chefs de file de l'opposition, sous l'égide de la troïka européenne (France, Pologne et Allemagne) et avec l'aide de la Russie, n'aura pas tenu plus d'une journée.

 

Les manifestants, présents sur la place de l'indépendance, estimaient que les concessions faites par Ianoukovitch n'étaient pas suffisantes et continuaient d'exiger la démission du dirigeant élu en 2010.

 

Dans une situation qui évoluait d'heure en heure, les députés ont adopté en milieu de journée une motion constatant que le président « avait renoncé à ses responsabilités de manière non constitutionnelle et qu'il était dans l'incapacité d'exercer ces fonctions ».

 

Viktor Ianoukovitch avait auparavant quitté la capitale pour se réfugier dans l'est de l'Ukraine, à majorité russophone, où il pouvait compter sur le soutien des dirigeants des régions.

 

Le nouveau président du parlement, Oleksander Tourchinov, proche de l'opposante Ioulia Timochenko cité par l'agence interfax, a annoncé dans l'après-midi qu’Ianoukovitch avait voulu quitter le pays à bord d'un avion pour gagner la Russie.

 

Il en a été empêché par des responsables locaux et il se trouverait à Donetsk, la région de l'est où il a entamé sa carrière politique dans les années 1990. L'information n'a pas été confirmée et aucune indication n'a été fournie sur l'endroit exact où se trouvait Ianoukovitch.

 

« VOIR LE SOLEIL ET LE CIEL »

 

Pour Ioulia Timochenko, libérée samedi de la prison dans laquelle elle était détenue depuis trente mois à Kharkiv, le peuple ukrainien a fait tomber une dictature.

 

« Notre patrie va de nouveau pouvoir voir le soleil et le ciel à présent que la dictature est tombée », a-t-elle dit dans sa première déclaration après sa libération.

 

Elle a ajouté que tout devait être fait pour que « pas une seule goutte de sang n'ait été versée en vain » en référence aux soixante dix sept tués lors des trois jours d'affrontements dans la capitale.

 

La libération de l'ancienne premère ministre a été rendue possible par le retrait par les députés d'un article du code pénal qui avait précipité sa condamnation en 2011 à sept ans de prison pour abus de pouvoir.

 

Son parti Batkivchtchina (Mère Patrie) a annoncé que Timochenko allait se rendre sur la place de l'indépendance à Kiev dont la ville de Kharkiv est distante de quatre cent kilomètres.

 

Dans une situation qui demeurait relativement confuse samedi, Ianoukovitch a fait savoir qu'il excluait l'idée de démissionner et a qualifié les événements en cours de « coup d'état. Les événements auxquels assistent notre pays et le monde entier sont un exemple de coup d'état », a-t-il dit dans une interview accordée à la chaîne de télévision ukrainienne UBR. « Nous assistons au retour des nazis, à l'époque où ils ont pris le pouvoir dans les années 1930 en Allemagne et en Autriche. Je ferai tout ce que je peux pour éviter que notre pays se divise et pour éviter des effusions de sang », a ajouté Ianoukovitch.

 

SOUTIEN À L'EST

 

Le président déchu peut pour l'instant compter sur le soutien des régions orientales du pays dont les dirigeants ont dénoncé la légitimité du parlement national et ont annoncé qu'ils entendaient conserver le seul contrôle de leurs territoires.

 

« Nous ne nous préparons pas à disloquer le pays, nous voulons le préserver », a déclaré Mikhaïlo Dobkine, gouverneur de la région de Kharkiv, lors d'une réunion des dirigeants de l'est à laquelle participait un parlementaire russe, proche de Vladimir Poutine.

 

Mais la résolution adoptée lors de cette réunion à Kharkiv précise que « les décisions prises par le parlement ukrainien dans de telles circonstances font douter de leur légitimité et de leur légalité. Les organes de l'état central sont paralysés », poursuit le texte. « Tant que l'ordre constitutionnel et la légalité ne seront pas restaurés, nous avons décidé d'assumer la responsabilité de protéger l'ordre constitutionnel, la légalité, les droits des citoyens et leur sécurité sur nos territoires ».

 

L'autre soutien sur lequel peut compter Ianoukovitch est évidemment la Russie qui a jugé par la voix de son ministre des affaires étrangères, Sergueï Lavrov, que l'Ukraine était aux mains « d'extrémistes armés et d'adeptes des pogroms » dont les actes menacent la souveraineté nationale et l'ordre constitutionnel.

 

Moscou, pris de vitesse par les européens dans les négociations entre pouvoir et opposition, reproche à la troïka de ne pas avoir respecté les termes de l'accord conclu vendredi par lequel Ianoukovitch s'engageait à une série de réformes.

 

Pour la Pologne, très impliquée dans la gestion de cette crise, les événements qui se sont déroulés vendredi et samedi ne constituent pas un coup d'état contrairement aux affirmations d’Ianoukovitch.

 

Sur son compte twitter, le ministre polonais des affaires étrangères Radoslaw Sikorski souligne que les lieux du pouvoir ont été abandonnés et que le nouveau président du parlement a été légalement élu après la démission de son prédécesseur.

 

Elément essentiel qui a pesé dans la balance et dans le basculement du pouvoir, les forces armées ont annoncé dans un communiqué qu'elles respecteraient leurs « obligations constitutionnelles » et se tiendraient à l'écart de la crise politique actuelle.

 

Le ministère de l'intérieur, après le limogeage de Vitaly Zakhartchenko vendredi, a pour sa part exprimé son soutien à un « changement rapide » et demandé aux citoyens de s'unir pour protéger la sécurité et établir « un pays européen indépendant, démocratique et juste ».

 

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22 février 2014 6 22 /02 /février /2014 16:10

 

LETTRE A LA DIASPORA ESPAGNOLE

 

L’Europe connaît depuis six ans maintenant sa plus grave crise économique de toute son histoire, cette crise est plus grave par rapport à la crise de 1929.

 

Cette crise est particulièrement importante dans les pays d’Europe du sud et son épicentre est en Espagne. La crise est plus grave en Grèce mais, malheureusement pour le peuple grec, la Grèce est un petit pays, le PIB de la Grèce pèse seulement de trois pour cent dans le PIB de l’Union Européenne.

 

Les principales formes d’expression de cette crise sont le chômage et l’émigration économique massive de la jeunesse espagnole, la plus importante depuis la guerre d’Espagne et la retirada. C’est aussi une crise politique, la question de la république, la question de l’abolition de la monarchie post franquiste et la question nationale basque et catalane.

 

C’est aussi une crise médiatique, le boycott presque total depuis des années par les médias français des manifestations quotidiennes des peuples d’Espagne contre la crise.

 

Il y avait une époque, il y a un an, il y a deux ans, ou je demandais systématiquement à mes amis espagnols la consultation et la traduction des messages des sites espagnols. Je le fais toujours et je fais aussi des traductions moi-même.

 

Les deux questions les plus importantes sont les suivantes.

 

C’est premièrement le silence presque total de la gauche et de l’extrême gauche française par rapport à l’Espagne, c’est d’autre part la faible voix, les très faibles moyens d’expression de la diaspora espagnole en France.

 

Il n’y a pas de solution miracle à ces problèmes, ils ont bien évidemment une dimension économique et professionnelle, il faudrait par exemple une aide économique et financière européenne à l’émigration à l’intérieur des frontières de l’Europe, une sorte de programme Erasmus économique et social pour tous les citoyens d’Europe de sept à soixante dix sept ans.

 

L’Europe est dans une situation de guerre économique. Elle a besoin d’un nouveau plan Marshall.

 

L’émigration à l’intérieur et à l’extérieur des frontières de l’Europe n’est pas la misère de l’Europe et du monde, c’est la richesse de l’Europe et du monde.

 

Bernard Fischer 

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22 février 2014 6 22 /02 /février /2014 15:36

 

http://www.lemonde.fr/europe/article/2014/02/22/pour-madrid-le-desarmement-de-l-eta-n-est-qu-une-theatralisation_4371606_3214.html

 

Pour Madrid, le désarmement de l’ETA n’est qu’une « théâtralisation »

 

Par Sandrine Morel, correspondante permanente du Monde à Madrid

 

Samedi 22 Février 2014

 

Sur la table, un fusil, deux grenades, du matériel d’explosifs, un pistolet, deux revolvers, quelques dizaines de munitions. Derrière, deux membres présumés du groupe séparatiste basque ETA, le visage recouvert d’une capuche, remettent une liste à Ram Manikkalingam, ancien conseiller du président du Sri Lanka lors des négociations avec les tigres de libération de l’Eelam tamoul, et Ronnis Kasrils, ancien ministre de l’intelligence d’Afrique du Sud. Ces deux hommes sont membres de la Commission Internationale de Vérification (CIV) chargée par des associations basques de vérifier le processus de désarmement de l’ETA.

 

Cette vidéo, datée du mois de janvier et diffusée par la BBC vendredi 21 février à l'issue d'une conférence de presse de la CIV à Bilbao, témoignerait de la décision de l'ETA d’avancer vers sa dissolution. « Depuis notre expérience, un inventaire et une remise partielle des armes est une étape nécessaire avant un désarmement complet », a dit Ram Manikkalingam, qualifiant le pas de l'ETA de « crédible et significatif ». Une opinion que ne partage cependant pas le gouvernement espagnol, qui a parlé de « théâtralisation ». Ni même le gouvernement basque, qui l'a qualifié de « petit pas insuffisant ».

 

« Normalisation politique »

 

Selon les services anti terroristes, ETA aurait en sa possession au moins deux cinquante armes et une tonne de matériel de fabrication d'explosifs. Or seules quelques armes et seize kilogrammes d'explosifs ont été mis hors d'usage devant la CIV.

 

Cela fait plus de deux ans que l'ETA a annoncé la fin des activités armées et quatre ans que le groupe terroriste n'a pas tué. En 2011, la gauche abertzale (« patriote »), héritière de Batasuna, son ancienne vitrine politique interdite en 2003, a pu revenir dans les institutions après avoir condamné dans ses statuts l'usage de la violence. Mais malgré cette « normalisation politique », l’Espagne peine à enterrer ETA.

 

L'organisation armée annonce ponctuellement, par le biais de communiqués, des pas plus ou moins importants vers une dissolution qui semble inéluctable. Mais elle continue d’exiger, avant de rendre complètement les armes, l'ouverture de négociations avec Madrid et Paris sur « les conséquences du conflit », c'est-à-dire le sort des étarras prisonniers ou en fuite.

 

Le gouvernement espagnol, échaudé par les précédentes trêves rompues dans le sang, s'y refuse. Il poursuit les arrestations dans les rangs de l'ETA et de sa mouvance, quatre vingt dix neuf personnes ces deux dernières années, a rappelé le ministre de l'intérieur, Jorge Fernandez Diaz. « L'état de droit n'est pas en trêve », a-t-il ajouté. « Tant que l'ETA ne se dissout pas, cela demeure une organisation terroriste ».

 

Pas question non plus de rapprocher les prisonniers. Madrid maintient la politique de dispersion des étarras loin du Pays basque et leur refuse les bénéfices pénitentiaires auxquels ont droit les autres prisonniers, malgré la forte mobilisation de leurs familles et proches.

 

Cet immobilisme de Madrid ne risque-t-il pas de remettre en cause la décision de l'ETA d’abandonner la violence ? Non, assurent des sources du ministère de l'intérieur, qui estiment que le groupe armé ne compte pas plus d'une trentaine de membres actifs et n'a plus les capacités de commettre d'attentats. Non, affirme aussi la gauche abertzale, qui rappelle que sa décision a été unilatérale.

 

Mais ce statu quo retarde sans doute la dissolution du groupe terroriste. Vendredi, les vérificateurs de la CIV ont affirmé que Madrid doit s’impliquer dans le processus de paix.

 

Ce qui semble d'autant plus improbable pour le moment que ses marges de manoeuvre sont limitées par l'aile droite du Parti Populaire (PP, conservateur) et la pression des associations de victimes. Remontées contre le gouvernement depuis la légalisation des partis issus de la gauche abertzale, elles sont sorties dans la rue quand, après le verdict de la cour européenne de justice de Strasbourg sur la « doctrine Parot », Madrid a libéré des prisonniers de l'ETA dont la peine avait été prolongée de manière irrégulière.

 

« Le mot paix est trompeur »

 

C'est dans ce contexte de crainte que se produisent des négociations et des amnisties qu'est né, en janvier, à la droite du PP, le parti Vox, autour de la figure de l'ancien fonctionnaire des prisons José Antonio Ortega Lara, séquestré par l'ETA durant cinq cent trente-deux jours entre 1996 et 1997. Et que l'association de victimes Covite a décidé de porter plainte, le 17 février devant la cour internationale de justice de La Haye contre les anciens dirigeants de l'ETA pour crime contre l'humanité.

 

« Le mot paix est trompeur quand il est prononcé par des criminels », lâche Ruben Mujica, membre du Covite. « Ce que nous voulons, c'est que la police trouve les armes, arrête ceux qui les détiennent et que les prisonniers purgent l’intégralité de leur peine », explique cet homme dont le père, le conseiller municipal socialiste Fernando Mujica, fut tué en pleine rue en 1996 d'une balle dans la nuque.

 

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21 février 2014 5 21 /02 /février /2014 18:21

 

http://www.ccr4.org/Explication-de-vote-des-camarades-du-CCR-au-CPN-de-fevrier

 

Le premier et le 2 février s’est réuni à Paris le Conseil Politique National du NPA. Vous trouverez ci-dessous l’explication de vote des membres du Courant Communiste Révolutionnaire élus à cette instance. Consultez également à ce sujet le projet de résolution présenté en commun par le Courant Communiste Révolutionnaire et le Courant Anticapitalisme et Révolution.

 

Décomposition de la majorité et recomposition à la gauche du parti

 

Lundi 10 Février 2014

 

Le dernier congrès a eu lieu il y a un an et on serait presque tenté de dire que, depuis, la politique de la majorité a relevé de la monomanie, opposition de gauche, opposition de gauche, opposition de gauche et ce souvent sous peine de se couper des quarante neuf pour cent de l’organisation ne partageant pas cette orientation. Mais voilà que l’interpellation permanente trouve un écho chez Mélenchon qui reprend à son compte cette « formule fétiche ». Le NPA l’aurait convaincu ? Mélenchon serait en train d’opérer un virage stratégique à gauche ? Ce serait un signe du fait que cette orientation était finalement juste ?

 

La preuve du contraire est apportée par la majorité elle-même qui dans son projet de résolution se voit obligée de rajouter une série de délimitations sorties du chapeau et qui délimiteraient les conditions d’une « vraie opposition de gauche » (problème des accords électoraux avec Europe Ecologie Les Verts et du soutien à la guerre en Centrafrique). Car pour continuer à justifier l’existence du NPA et éviter de nouveaux départs vers le Front De Gauche, il faut bien donner quelques pistes de ce qui nous divise au-delà de la seule question d’être ou non « dans l’opposition ».

 

Comme nous l’avons dit et répété, le discrédit inévitable subi par le Parti Socialiste au gouvernement dans le contexte de la crise allait conduire tôt ou tard au moins une partie du Front De Gauche à se différencier, sans pour autant changer d’un iota sa stratégie réformiste. Voilà pourquoi nous nous sommes toujours opposés à l’idée d’un bloc politique et au fait de constituer des listes électorales avec le Front De Gauche.

 

Néanmoins, cette reconnaissance implicite des limites de sa politique de la part de la majorité ne trouve pas de relais dans l’orientation concrète qu’elle mène, notamment pour les élections municipales. Nulle part la majorité n’avance ces « conditions » pour constituer des listes communes. Elle en arrive même à se présenter derrière une tête de liste EELV à Poitiers, alors que c’est précisément ce qu’elle reproche au Parti de Gauche !

 

Cette impasse politique se combine à divers symptômes de crise au sein de la majorité, les divergences exprimées puis cachées sous le tapis lors du CPN précédent, l’annonce de la création d’un nouveau courant par des camarades issus de la W et du courant Socialisme Par En Bas (SPEB). D’un point de vue strictement comptable, ces départs font qu’on ne pourra peut-être même plus parler de majorité. Le vote de la résolution lors de ce CPN a donné un signe de plus en ce sens, puisqu’elle a été adoptée par seulement quarante deux voix contre trente.

 

Cette situation accorde encore plus d’importance à la tâche d’avancer vers une recomposition au sein de la gauche du parti, en vue de se constituer en alternative de direction. Le projet de résolution présenté par les camarades d’Anticapitalisme et Révolution et par nous constitue un pas supplémentaire en ce sens. Il est évident que même si la constitution du courant Anticapitalisme et Révolution représente une avancée par rapport à ce qui était la position Y, ses frontières actuelles ne correspondent pas aux batailles réelles menées au sein du parti.

 

D’une part car les initiateurs du texte « à contre-courant » développent de fait une autre politique, consistant à amender celle de la majorité et, d’autre part, car il y a, à l’évidence, des convergences croissantes entre nous.

 

Il ne s’agit pas de chercher une fusion rapide et artificielle, mais bien d’approfondir les discussions et le travail en commun, non seulement au sein de la direction, mais aussi dans la construction du parti et dans l’intervention dans la lutte de classes. C’est à cela que, sans cacher les divergences qui peuvent subsister, nous nous attèlerons dans les semaines et mois à venir.

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21 février 2014 5 21 /02 /février /2014 18:02

 

http://www.liberation.fr/monde/2014/02/17/je-n-ai-pas-pris-les-armes-pour-cette-bosnie-la_980752

 

« Je n’ai pas pris les armes pour cette Bosnie là »

 

Par Hélène Despic Popovic, envoyée spéciale de Libération à Sarajevo

 

Lundi 17 Février 2014

 

A Sarajevo, un « plénum des citoyens » se tient quotidiennement pour organiser la contestation contre la corruption et les bas salaires. « Libération » a suivi les débats.

 

La jeune femme aux cheveux courts s’époumone dans son micro, « je rappelle aux participants qu’ils s’inscrivent en leur nom propre dans les groupes de travail et qu’ils ne représentent qu’eux-mêmes. Nous ne sommes pas là pour qu’on nous manipule ».

 

Sous les applaudissements, chacun s’efforce de regagner le groupe qui l’intéresse. Les six groupes désignés brandissent des affichettes, groupe pour les médias, groupe pour la formulation des revendications, les autres parleront de coopération et de logistique.

 

« La formation des revendications, c’est sérieux », reprend la jeune fille. « Il nous faut des juristes. Quant à ceux qui ne veulent pas entrer dans un groupe, rendez-vous demain ici à 17 heures 30. D’ici là, qu’ils profitent de leur dimanche et du beau temps ». Il faut dire que le temps s’est mis à l’unisson de ce printemps bosniaque, en cette mi-février, il fait presque vingt degrés et le soleil réchauffe les cœurs et les corps.

 

Les sarajéviens qui protestent depuis onze jours contre la corruption, les bas salaires, et l’aggravation de leurs conditions de vie redécouvrent la pratique de la démocratie directe. A l’instar de ce qui s’est passé à Tuzla, la vieille ville industrielle en capilotade d’où est parti le mouvement social, un « plénum des citoyens » se tient depuis mercredi dans la capitale de la Bosnie-Herzégovine. Ses réunions sont quotidiennes et ouvertes à tous.

 

Ce dimanche, quelque cinquante personnes se sont inscrites dans le groupe pour la formulation des revendications, une vingtaine dans celui pour les médias. C’est ce dernier qui aura désormais affaire aux journalistes, un rude travail après toutes les horreurs balancées contre « les vandales et les hooligans » qui ont incendié le 7 février la présidence de la fédération par des médias peu scrupuleux et souvent aux ordres. « Bien sûr que ce n’est pas bien de mettre le feu aux immeubles, mais sans cela, personne n’aurait fait attention à nous. Maintenant on en parle dans le monde entier », explique Djenita, une vétérinaire au chômage, qui ne manque pas une seule manifestation.

 

Limitation des salaires des responsables politiques

 

Le mouvement se veut sans leader, sans porte-parole. « L’idée qui est partie de Tuzla est de permettre que s’expriment des gens qui n’ont jamais eu la parole, et qui n’ont jamais été entendus », explique Valentina, une féministe italienne mariée à un bosniaque qui s’est beaucoup investie dans le démarrage du plénum. Chaque soir, des dizaines de personnes s’inscrivent pour parler devant le millier de personnes que rassemble chaque réunion du plénum. « J’ai pris les armes adolescent, mais je ne me suis pas battu pour cet état-là », dit l’un des participants qui appelle les vétérans des guerres ex-yougoslaves des années 1990 à se raccrocher au mouvement.

 

« Je travaille au tribunal et je peux vous dire que c’est une entreprise familiale », dit une autre en soulignant que le procureur a placé une de ses sœurs au parquet et une autre en tant que juge. « Je propose que chaque politicien en fonction verse deux pour cent de son salaire pour soigner les enfants démunis », lance un autre.

 

En quatre jours, le plénum a déjà reçu plus de mille propositions et revendications qu’il fera suivre aux responsables du canton de Sarajevo. La Bosnie d’après guerre est divisée en deux entités, la republika serpska qui est un état centralisé, et la fédération divisée elle en dix cantons croates et bosniaques musulmans. Ce système, issu des accords de paix de Dayton de 1995, fait de la Bosnie-Herzégovine un état particulièrement coûteux. « Mais ce n’est pas cela qui est remis en question. Ce n’est pas Dayton qui est responsable des privilèges que s’octroient les politiciens, ou des privatisations entre amis », dit Valentina. Pour ne pas être accusés de faire le jeu d’un groupe ethnique ou d’un autre, le plénum a donc décidé de s’adresser aux autorités locales, celles du canton. Dix autres villes ont déjà créé les leurs, dont Mostar, où croates et bosniaques se sont réunis autour d’objectifs communs.

 

A Tuzla, le plénum a demandé et obtenu que le parlement local supprime le droit des anciens élus à toucher leur salaire pendant une année suivant la fin de leur mandat. La même revendication est avancée par le plénum de Sarajevo. Parmi les demandes les plus fréquentes, et qui ont déjà été soumise au vote des présents, figurent la nomination d’un gouvernement non-partisan d’experts et la limitation des salaires des responsables politiques à deux salaires moyens. « Un politicien ne peut pas gagner six mille marks convertibles (trois mille euros) quand des retraités touchent cent vingt marks convertibles (soixante euros). Sans compter qu’ils ne payent souvent ni leur essence, ni leur électricité », souligne un participant.

 

Déjà le besoin de faire des sous-groupes se fait sentir. Les uns parleront de la santé, d’autres de l’éducation, ou des transports, bref de tout ce qui fait la vie quotidienne et qui fout le camp. « Je sens que nous sommes en train d’écrire l’histoire », dit Valentina. Avec un grand h, naturellement.

 

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21 février 2014 5 21 /02 /février /2014 17:33

 

Pékin exhorte Obama à renoncer à rencontrer le dalaï lama

 

PEKIN/WASHINGTON (Reuters) - Le gouvernement chinois a exhorté Vendredi 21 Février 2014 Barack Obama à renoncer à sa rencontre avec le dalaï-lama, chef spirituel tibétain en exil, programmée dans la journée à la Maison Blanche, prévenant qu'elle nuirait « gravement » aux relations bilatérales.

 

« Les dispositions prises aux Etats-Unis pour que son dirigeant rencontre le dalaï-lama constitueraient une violation grossière des normes régissant les relations internationales », a déclaré la porte-parole du ministère chinois des affaires étrangères.

 

« Elle portera gravement atteinte aux relations sino-américaines », a ajouté Hua Chunying, appelant « les Etats-Unis à prendre sérieusement en considération les inquiétudes de la Chine » et à annuler immédiatement la rencontre.

 

Pékin assure que cette rencontre offrira une « tribune aux menées séparatistes anti chinoises du dalaï-lama ».

 

A Washington, Caitlin Hayden, porte-parole du conseil national de sécurité de la Maison Blanche, a déclaré que les Etats-Unis étaient « préoccupés par la poursuite des tensions et de la détérioration des droits de l'homme dans les régions tibétaines de Chine. Nous continuerons de demander au gouvernement de renouer le dialogue avec le dalaï-lama et ses représentants, sans condition préalable, afin de réduire les tensions », a-t-elle ajouté, en précisant que la rencontre aurait lieu à 10 heures locales (15 heures GMT) vendredi à la Maison Blanche.

 

Signe probable d'une légère concession faite à la Chine, Barack Obama ne recevra pas le chef spirituel des tibétains dans le bureau ovale mais dans une pièce de la Maison Blanche d'une importance symbolique moindre, la « salle des cartes ».

 

« IL NE PEUT PAS RENCONTRER LE DALAÏ-LAMA »

 

La Maison Blanche indique qu'elle considère le dalaï-lama comme « un dirigeant religieux et culturel respecté par la communauté internationale » et rappelle que Barack Obama l'a déjà rencontré à deux reprises, en février 2010 puis en juillet 2011.

 

En 2011, la Chine avait répliqué en termes véhéments sans aller toutefois jusqu'à menacer de répercussions.

 

Les Etats-Unis reconnaissent le fait que le Tibet fait partie de la Chine et ne soutiennent pas l'idée d'une indépendance tibétaine, mais appuient la démarche du dalaï-lama en faveur d'une plus large autonomie, a précisé Caitlin Hayden.

 

A Pékin, des diplomates indiquent que Barack Obama doit rencontrer le mois prochain son homologue chinois Xi Jinping lors d'un sommet sur la sécurité nucléaire organisé aux Pays-Bas.

 

Prié de dire si la Chine pourrait annuler cette rencontre en représailles de la réception du dalaï-lama, la porte-parole du ministère des affaires étrangères a déclaré que « si un pays tient délibérément à nuire aux intérêts de la Chine, au final, il nuira aussi à ses propres intérêts et ses relations bilatérales avec la Chine. Si le président des Etats-Unis souhaite rencontrer quelqu'un, c'est son affaire, mais il ne peut pas rencontrer le dalaï-lama », a-t-elle insisté.

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21 février 2014 5 21 /02 /février /2014 17:15

 

L’Ukraine entrevoit une sortie de crise

KIEV (Reuters) - Le président Viktor Ianoukovitch et les trois chefs de file politiques de l'opposition ont signé Vendredi 21 Février 2014 un accord de sortie de crise en Ukraine après trois jours de violences meurtrières comme le pays n'en avait pas connu depuis son indépendance de l'Union soviétique en 1991.

Fruit d'une médiation européenne, cet accord prévoit une élection présidentielle anticipée, une révision de la constitution afin de revenir à un régime plus parlementaire et la formation d'un gouvernement d'union nationale.

Ces points constituent autant de concessions de la part du chef de l'état mais la viabilité de l'accord dépend aussi de l'adhésion des occupants de la place de l'indépendance à Kiev, troisième acteur de cette crise réputé nettement plus intransigeant que l'opposition politique.

Les affrontements entre manifestants et forces de l'ordre ont fait soixante dix sept morts depuis mardi, a annoncé le ministère de la santé, ce qui signifie qu'il y a eu au moins quarante sept morts lors de la seule journée de jeudi.

Le comité de Maïdan, le surnom de la place de l'indépendance, a néanmoins approuvé l'accord avant sa signature par le chef de l'état et les trois leaders de l'opposition, Arseni Iatseniouk, Vitali Klitschko et Oleh Tiahnibok.

Le ministre allemand des affaires étrangères, Frank-Walter Steinmeier, qui a conduit la médiation européenne avec ses homologues français Laurent Fabius et polonais Radoslaw Sikorski, a précisé que l'élection présidentielle, initialement prévue en mars 2015, aurait lieu dès cette année. Aucune date n'a été arrêtée cependant.

« BON COMPROMIS »

Le premier ministre polonais, Donald Tusk, a pour sa part déclaré que le projet d'accord prévoyait la rédaction d'une nouvelle constitution d'ici la fin de l'été.

Son ministre des affaires étrangères a parlé « d’un bon compromis pour l'Ukraine ouvrant la voie à des réformes et à l'Europe ».

Le président français François Hollande a quant à lui réclamé « la mise en oeuvre dans son intégralité et dans les meilleurs délais de l'accord qui vient d'être signé ».

Un journaliste de Reuters ayant assisté à la signature de l'accord a rapporté que Viktor Ianoukovitch n'avait pas effectué le moindre sourire durant cette cérémonie de plusieurs minutes.

En début de journée, le président avait énuméré les concessions qu'il était disposé à accepter pour mettre fin au mouvement de contestation, né en novembre de sa volte-face diplomatique l'ayant soudainement amené à tourner le dos à l'Union Européenne pour se rapprocher de la Russie, l'ancienne puissance tutélaire.

« Il n'existe pas de mesures que nous ne devrions pas prendre pour rétablir la paix en Ukraine », a-t-il alors déclaré dans un communiqué. « J'annonce que j'amorce des élections anticipées. Je lance aussi le processus d'un retour à la constitution de 2004 avec un rééquilibrage des pouvoirs vers une république parlementaire. J'appelle au lancement des procédures pour former un gouvernement d'unité nationale ».

BAGARRES ENTRE DÉPUTÉS

Dans l'après-midi, les députés ukrainiens ont adopté à une forte majorité une résolution appuyant un retour à la constitution de 2004, qui limite les prérogatives du chef de l'état au profit du parlement.

La rada, le parlement mono caméral dominé par le parti des régions de Viktor Ianoukovitch, a aussi voté une amnistie inconditionnelle pour toutes les personnes arrêtées ou susceptibles d'être poursuivies en raison de leur implication dans le mouvement de contestation actuel contre le président.

Dans la matinée, des députés en étaient venus aux mains lorsque le président de la rada, Volodimir Ribak, avait tenté d'ajourner cette session extraordinaire du parlement.

La police était alors brièvement entrée dans le bâtiment avant d'en être rapidement expulsée, a déclaré Arseni Iatseniouk.

Le président russe Vladimir Poutine avait envoyé son propre médiateur à Kiev à la demande de Viktor Ianoukovitch mais on ignore quel rôle a joué la délégation russe dans le processus ayant abouti à l'accord signé en début d'après-midi.

La Russie continue de différer le déblocage de la deuxième tranche du programme d'assistance financière d'un montant total de quinze milliards de dollars (onze milliards d'euros) consenti mi-décembre par Vladimir Poutine.

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20 février 2014 4 20 /02 /février /2014 20:15

 

Serge Dassault ressort libre de sa garde à vue (Reuters)

 

Le sénateur UMP Serge Dassault est ressorti libre Jeudi 20 Février 2014 de sa garde à vue dans l'enquête sur des achats présumés de votes à Corbeil Essonne mais sera convoqué ultérieurement par les juges en charge du dossier, a-t-on appris de source judiciaire.

 

L'actionnaire majoritaire de Dassault Aviation a été entendu mercredi et jeudi par des policiers à Nanterre (Hauts-de-Seine), une semaine après la levée de son immunité parlementaire.

 

Deux autres personnes, dont l'ancien adjoint de Serge Dassault, Jacques Lebigre, ont été déférées jeudi soir devant les juges chargés de cette affaire, en vue de leur mise en examen, a-t-on appris de source judiciaire.

 

L'immunité parlementaire de Serge Dassault a été levée le 12 février par le bureau du sénat après un premier rejet très critiqué de cette demande des juges, le 8 janvier, lors d'un vote à bulletins secrets.

 

Sans levée de son immunité, les juges chargés de l'enquête pouvaient mener des perquisitions chez lui mais pas le placer en garde à vue.

 

L'avionneur français, âgé de quatre vingt huit ans, qui fut maire UMP de Corbeil Essonne de juin 1995 à juin 2009, avait demandé lui-même la levée de cette immunité afin de « démontrer sa totale innocence » dans cette affaire.

 

Dans cette instruction pour achat de votes, corruption, blanchiment et abus de biens sociaux, les magistrats s'intéressent aux élections municipales organisées en 2008, 2009 et 2010 à Corbeil Essonne, remportées par Serge Dassault, puis par son bras droit, Jean-Pierre Bechter.

 

Le conseil d'état, qui a annulé le scrutin de 2008, avait tenu pour « établis » des dons d'argent à des électeurs.

 

L'actuel maire UMP de Corbeil Essonne Jean-Pierre Bechter, soupçonné de recel du produit d'achat de vote, financement illicite de campagnes électorales et dépassement du plafond des dépenses électorales, a été mis en examen le 17 janvier dernier.

 

Deux autres personnes ont été mises en examen dans cette affaire, dont Younès Bounouara, présenté comme un intermédiaire de Serge Dassault dans les cités de Corbeil Essonne.

 

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20 février 2014 4 20 /02 /février /2014 20:03

 

http://www.liberation.fr/monde/2014/02/17/marinaleda-le-cuba-andalou_980841

 

Marinaleda, le Cuba andalou

 

Par François Musseau, envoyé spécial de Libération à Marinaleda

 

Lundi 17 Février 2014

 

Gérés depuis 1979 par le « lider maximo » Juan Manuel Sanchez Gordillo, le bourg agricole et son modèle anarcho collectiviste font des émules en ces temps de crise.

 

Le leader révolutionnaire n’a pas d’heure. Ce vendredi soir de bourrasques glacées, il n’est pas loin de minuit lorsque Juan Manuel Sánchez Gordillo, soixante quatre ans, reçoit à son domicile, une de ces maisons basses d’un morne lotissement. A la porte d’un mini-salon sans fioritures, le petit homme apparaît dans son attirail habituel, barbe fleurie de prophète, chemise rouge à carreaux et keffieh palestinien. Il a les traits tirés, la gorge irritée, le souffle difficile, effets secondaires de son sacerdoce social. Pourtant, comme encouragé par le portrait de Che Guevara accroché au mur, Sánchez Gordillo élève sa voix aiguë et nasillarde, son regard est intense, ses petits yeux noirs lancent des flammes. « L’actualité me donne raison », souffle t il. « Le capitalisme, cette hydre à mille têtes, dévore nos existences de façon sournoise, c’est un véritable système nécrophile. Il lui faut des résistances. C’est le sens de ma lutte ».

 

Trente ans après son irruption fracassante au cœur de l’Andalousie rurale et pauvre, on avait presque oublié la rebelle et anarchiste Marinaleda, deux mille sept cent quatre vingt six habitants, dont Sánchez Gordillo est l’indéboulonnable et charismatique maire (quand il a été élu pour la première fois, en 1979, il avait déjà derrière lui douze ans de lutte pour la terre).

 

Dans cette bourgade d’ouvriers agricoles scandant des slogans révolutionnaires et vivant grâce à l’occupation de terres appartenant à des aristocrates, la plupart reçoivent le même salaire, habitent des logements de propriété collective et participent, lors des « dimanches rouges », à des travaux communautaires. Une sorte de Cuba miniature coincé entre Séville et Cordoue, dont Sánchez Gordillo serait le lider maximo et qui, après tant d’années, a fini par avoir une image folklorique, attirant écrivains, intellectuels, journalistes et communistes du monde entier.

 

Alors qu’elle aurait pu tomber dans les oubliettes, Marinaleda a été remise en selle par la violente crise économique, plus le flair politique de Sánchez Gordillo. Dans une Andalousie où le chômage atteint trente six pour cent (soixante deux pour cent parmi les jeunes) et où quarante pour cent des habitants vivent à la limite de la grande pauvreté (trois millions cinq cent mille personnes), l’agitation révoltée de son maire a conquis une nouvelle légitimité auprès des populations paupérisées. En 2007, en plein krach immobilier, voyant le vent tourner dans son sens, cet admirateur de Lénine a rebaptisé son historique syndicat, de SOC (qui se limitait aux campagnes), il est devenu SAT, Syndicat Andalou des Travailleurs, qui fédère aussi dans les villes.

 

Supermarchés dévalisés, terrains occupés

 

Depuis lors, les initiatives chocs du barbu hyperactif se sont multipliées. En mai 2012, des militants du SAT dévalisent un super marché d’Ecija (une petite ville à trente minutes en voiture) et répartissent le butin entre des familles nécessiteuses, trois mois plus tard, à Arcos (une autre petite ville), ils s’attaquent à un Carrefour d’où ils emportent aussi plusieurs chariots de produits alimentaires de base. La même année, accompagné d’un demi-millier de ses sympathisants, le líder máximo de Marinaleda occupe quatre cent soixante dix hectares de terrain public sur le point d’être mis aux enchères par le gouvernement d’Andalousie, à Somonte, dans la province de Cordoue.

 

Plus audacieux encore, près d’Osuna, non loin de Séville, les ouvriers agricoles du SAT s’emparent, à l’été 2012, pendant une quinzaine de jours, d’une propriété militaire, appartenant à l’état, de mille deux cent hectares, dont seuls vingt sont utilisés, par des haras.

 

Cette occupation leur vaut une action en justice pour « délit contre la propriété, dommages matériels et désobéissance ». En novembre 2013, quatre leaders syndicalistes, dont Juan Manuel Sánchez Gordillo, ont écopé de deux cent soixante quinze mille euros d’amende et de sept mois de prison, condamnation contre laquelle les accusés ont déposé un recours.

 

L’intéressé réagit aujourd’hui au quart de tour, « cette propriété, nous l’avions occupée une quinzaine de fois par le passé, quant aux amendes, on est habitués, en trente ans, on a accumulé une dette d’environ un million d’euros. Mais la peine de prison, c’est nouveau. Cela traduit une répression plus forte du pouvoir, il a peur car il sent bien que nos actions sont comprises par une population précarisée à cause de la politique ultralibérale imposée par Bruxelles et les marchés ». Ses yeux se font encore plus noirs, « comment ne pas trouver juste l’occupation de propriétés non cultivées, délaissées par leurs propriétaires, afin de donner du travail aux milliers de jornaleros (ouvriers agricoles) qui survivent tant bien que mal ? N’est-ce pas justice dans une région latifundiste où trois pour cent de la population possède cinquante pour cent des terres ».

 

Dans la propriété de Somonte, une trentaine de jeunes ont bien entendu le message.

 

Près de deux ans après la ocupacion de mars 2012, ces jeunes ouvriers agricoles désœuvrés, issus des bourgades voisines, se sont installés, illégalement, sur ces terres à l’abandon, ensemençant quatre cent hectares d’avoine, d’orge, de haricots et de tournesol. Juan Manuel Borrego, trente huit ans, celui qui conduit le tracteur, y voit un projet à long terme, « avec la crise, des milliers de gens venant du BTP sont rentrés au village, sans formation, sans ressources, et ne demandent qu’à travailler la terre. Comme leurs pères et grands pères. La terre, on s’y accroche quand on n’a plus rien d’autre. C’est une question de survie. Et cela, on le doit au SAT et à Sánchez Gordillo ».

 

A Marinaleda, bastion anarcho-syndicaliste admiré par les jornaleros andalous, le leader au keffieh et ses troupes proclament qu’ici, grâce aux mesures collectivistes, la crise est moins rude qu’ailleurs. Le chômage n’y serait que de cinq pour cent. « En réalité, tout dépend des récoltes. Actuellement, entre celle des olives et des artichauts, on tourne à plein régime, mais à partir de mai et de juin, il y a beaucoup moins de travail », précise Esperanza Saavedra, adjointe au maire, dans une salle municipale où les comptes se font encore en pesetas.

 

C’est une curieuse bourgade. A l’entrée, on peut lire, sous le dessin d’une colombe, « Marinaleda, une utopie vers la paix ». Le long de la rue principale bordée de maisons basses, s’enchaînent d’innombrables graffitis revendicatifs, tels que « la terre aux paysans », « souveraineté socialiste » ou encore « la constance est révolutionnaire ».

 

Des indignés ont aussi récemment laissé leur sceau pictural sur les murs de la commune.

 

La première grande victoire de Sánchez Gordillo remonte à deux décennies. En 1991, après douze ans de lutte acharnée, les jornaleros obtiennent l’expropriation puis le rachat (par le gouvernement andalou) de vastes terres du duc de l’infantado, à une dizaine de kilomètres au nord du village. Résultat, la coopérative de Marinaleda, el Humoso, s’étend désormais sur mille deux cent hectares et donne du travail à la moitié des habitants, dans les champs ou dans l’usine municipale, Humar, où les récoltes sont mises en bocaux puis exportées. Olives, haricots, artichauts, poivrons, bientôt des poireaux et des bettes, des cultures qui nécessitent le plus possible de main-d’œuvre. La majorité perçoit aussi un subside agricole, le PER (issu de fonds européens), fixé à quatre cent vingt six euros, qui permet aux campagnes andalouses de ne pas se dépeupler.

 

Manolo, la soixantaine, en charge des moulins à huile d’olive, fait partie des nombreux inconditionnels de Sánchez Gordillo. Avant l’expropriation de 1991, lorsqu’il n’y avait pas l’ombre d’un travail sur place, ce jornalero devait s’échiner à Jaén (olive), à Valladolid (betterave) ou dans le sud de la France (raisin). « Marinaleda était alors un des villages les plus miséreux de l’Espagne méridionale, il fallait se tuer à la tâche ailleurs, ou émigrer », se souvient il. « Dans tous les cas, on avait un patron sur le dos pour nous traiter comme des chiens. Le maire nous a rendu à tous notre dignité ».

 

Comme lui, trois cent dix sept familles bénéficient d’un logement gratuit, la municipalité en demeure propriétaire, et d’un salaire garanti et unique (mille deux cent euros). A l’heure actuelle, vingt trois maisons d’« auto construction » sont en chantier, le futur occupant participe à son édification en tant que maçon. « Moi, sans le maire, je ne sais pas ce que je serais devenu », marmonne José Muñoz, cinquante huit ans, éleveur de six cent chèvres. « Je lui doit tout ». Rien d’étonnant à ce que le líder máximo ait emporté à la majorité absolue tous les scrutins locaux depuis 1979. En 2011, alors que la crise oblige de nombreux ouvriers de la construction à revenir à Marinaleda, son parti (le CUP, candidature unifiée des travailleurs) rafle soixante treize pour cent des voix, contre vingt et un pour cent pour les socialistes, soit sept élus contre deux de l’opposition. Plus que jamais, Sánchez Gordillo règne en maître.

 

« Méthodes autoritaires et culte de la personnalité »

 

Dans son fief, les louanges sont omni présentes. Mariano Pradas, élu socialiste, est l’un des rares à critiquer publiquement le leader. Pas une séance municipale, dit-il, où lui et son collègue Hipolito ne sont pas traités de « fascistes, avec ses méthodes autoritaires et son culte de la personnalité, les gens ont peur. Il a mis au point un système clientéliste dont il a le contrôle absolu. Si on le suit, tout va bien, sinon, les pressions sont terribles. A mes yeux, il se conduit comme un cacique andalou traditionnel. Nous, on approuve ses idées, mais pas ses méthodes. Comme, par exemple, les occupations de terres faites dans l'illégalité la plus totale ».

 

Juan Manuel Sánchez Gordillo se moque de ces voix discordantes, « quantité négligeable ».

 

Au seuil de son automne, son principal souci est de perpétuer le modèle instauré à Marinaleda et de le léguer aux générations futures. « Les prix agricoles sont très bas, et le placement de nos produits sur un marché sans foi ni loi se complique chaque jour. On a bien des projets, notamment une banque de terres pour les jornaleros sans emploi, mais nous manquons de moyens financiers. Au moins, on a réussi à maintenir nos acquis ». Marinaleda tient le choc, même ses (nombreux) ennemis le reconnaissent. On se demande pourquoi d’autres bourgades andalouses n’ont pas adopté le même modèle. A cette question, il sourit. Devant la mairie, un de ses « lieutenants » a la réponse, « vous savez, des Sánchez Gordillo, il n’y en a qu’un ». 

 

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20 février 2014 4 20 /02 /février /2014 19:33

 

La trêve n’a tenu que quelques heures à Kiev, l’Union Européenne mobilisée

 

KIEV (Reuters) - La trêve n'a tenu que quelques heures à Kiev, qui a de nouveau basculé jeudi dans la violence avec trente neuf morts au moins dans les affrontements entre manifestants et forces de l'ordre, désormais autorisées à utiliser des armes de combat.

 

Sur le plan diplomatique, Laurent Fabius et ses homologues allemands Frank-Walter Steinmeier et polonais Radoslaw Sikorski ont prolongé leur mission dans la capitale ukrainienne. Après avoir rencontré pendant quatre heures le président Viktor Ianoukovitch, ils revoyaient en fin d'après-midi les chefs de file de la contestation.

 

Vladimir Poutine, qui a suspendu pour l'heure son aide financière à Kiev, a dépêché pour sa part un médiateur, son conseiller en matière de droits de l'homme Vladimir Loukine, chargé de faire la navette entre le pouvoir et l'opposition.

 

Depuis la reprise des affrontements mardi matin entre manifestants et forces de l'ordre, soixante sept personnes au moins ont été tuées et des centaines d'autres blessées dans ce qui constitue les pires violences qu'ait connues l'Ukraine depuis son indépendance, en 1991.

 

Mercredi soir pourtant, Ianoukovitch annonçait une « trêve » négociée avec les chefs de file de la contestation.

 

Mais de nouveaux affrontements ont éclaté en début de matinée dans le centre de la capitale, où des manifestants radicaux ont repris le contrôle de la place de l'indépendance.

 

TIRS À L'ARME AUTOMATIQUE

 

Lançant des pierres et des bombes incendiaires, ils ont chargé en direction de secteurs de la place proches de la présidence et du parlement que les forces de l'ordre avaient repris dans l'assaut donné mardi soir.

 

Des éléments de la « berkout », la police anti émeutes, ont tiré à l'arme automatique pour couvrir le repli de leurs collègues. D'autres ont été vus tirant sur la foule depuis un toit dominant la place. Un opposant casqué a été filmé en train de tirer à l'abri derrière un arbre.

 

La télévision ukrainienne a retransmis pour sa part des images où l'on voit des policiers emmenés de force par des hommes en tenue de combat. Soixante-sept policiers ont été pris en otage, a affirmé le ministère de l'intérieur, qui a autorisé la « berkout » à faire usage d'armes de combat.

 

« J'ai signé un décret et la police a reçu des armes de combat qui seront employées conformément à la loi », a dit le ministre de l'intérieur, Vitali Zakharchenko.

 

D'après un bilan communiqué en fin d'après-midi par les services de santé de Kiev, on recensait trente neuf morts depuis 6 heures du matin, ce qui fait, et de loin, de la journée de jeudi la plus sanglante depuis le début de la contestation, fin novembre.

 

MÉDIATION EUROPÉENNE

 

Le parlement aurait été un temps évacué, rapportent des médias ukrainiens, tandis que l'entretien prévu entre le président Viktor Ianoukovitch et les trois ministres européens dépêchés à Kiev n'a pu se tenir en temps voulu et comme prévu à la présidence.

 

« Fumée noire, détonations et coups de feu autour du palais présidentiel, rencontre déplacée à un autre endroit, responsables pris de panique », a twitté Radoslaw Sikorski, le ministre polonais des affaires étrangères, arrivé à Kiev avec ses homologues français Laurent Fabius et allemand Frank-Walter Steinmeier.

 

Les trois ministres des affaires étrangères se sont entretenus pendant plus de quatre heures avec Viktor Ianoukovitch.

 

En fin d'après-midi, ils revoyaient les trois chefs de file historiques de la contestation, l'ancien ministre de l'économie Arseni Iatseniouk, l'ancien boxeur Vitali Klitschko qui dirige le parti libéral Oudar et le nationaliste Oleh Tiahnibok, qui ont paru débordé ces derniers temps par l'émergence de Praviy Sektor (Secteur Droite), organisation d'extrême droite qui a appelé aux armes.

 

Sikorski a indiqué que cette nouvelle rencontre devait permettre de « tester l'accord proposé » sur une sortie de crise. Une source diplomatique indique pour sa part que le projet d'accord en cours de discussion inclut un gouvernement provisoire.

 

A Paris, une source diplomatique française s'est faite plus prudente, « pour le moment on ne peut pas parler de projet d'accord sur le contenu, on discute des demandes des deux côtés, dont le gouvernement, les élections, la constitution et la manière d'arrêter les violences ».

 

De l'issue de la médiation du trio européen devait dépendre la décision de leurs collègues européens réunis à Bruxelles pour évoquer d'éventuelles sanctions contre des responsables ukrainiens jugés responsables des violences.

 

SANCTIONS EUROPÉENNES ET PRESSIONS RUSSES

 

Le projet de communiqué que Reuters s'est procuré évoque des « mesures ciblées contre les responsables de ces violences et de l'usage de la force excessive » et indique que « des états membres ont décidé d'appliquer un embargo sur les armes et une interdiction sur les équipements utilisés pour la répression intérieure ».

 

Les responsables européens faisaient valoir qu'il ne s'agissait que d'une version de travail et que la décision reviendrait aux ministres du conseil des affaires étrangères sur la base des informations relayées par le trio Fabius Steinmeier Sikorski.

 

D'après la ministre italienne Emma Bonino, les européens ont décidé en fin d'après-midi d'imposer des privations de visas et le gel des avoirs d'un certain nombre de responsables ukrainiens.

 

Les Etats-Unis, qui ont d'ores et déjà imposé des interdictions de visas à l'encontre de vingt personnalités ukrainiennes, ont exigé pour leur part le retrait immédiat des forces de sécurité déployées dans le centre de Kiev.

 

« Nous sommes scandalisés par les images des forces de sécurité ukrainiennes utilisant des armes automatiques sur leur propre peuple », a commenté Jay Carney, porte-parole de la présidence américaine.

 

La Russie n'est pas restée inactive, accentuant la pression sur Ianoukovitch.

 

Vladimir Poutine s'était engagé à la mi-décembre à fournir une aide de quinze milliards de dollars (onze milliards d'euros) et à réduire les tarifs du gaz vendu à l'Ukraine après la décision de Viktor Ianoukovitch de ne pas signer un accord d'association avec l'Union Européenne.

 

Une première tranche a été débloquée à la veille de noël. Mais selon une source connaissant le dossier, la décision du déblocage de l'aide a pris une dimension politique et ne relève plus du ministère russe de l'économie.

 

Le premier ministre russe Dmitri Medvedev a expliqué que Moscou ne pourrait traiter qu'avec « des autorités légitimes et compétentes, un gouvernement sur lequel le peuple ne s'essuie pas les pieds comme sur un paillasson ».

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