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11 mai 2014 7 11 /05 /mai /2014 17:22

http://www.regards.fr/web/pcf-avec-ou-sans-le-front-de,7691

PCF, avec ou sans le Front De Gauche ?

Par Roger Martelli

Lundi 28 Avril 2014

À une poignée de semaines des élections européennes, l’Humanité publie une double page de points de vue sur le Front De Gauche. Si l’on se fie à ces propos, l’espérance de vie dudit Front de Gauche est bien courte.

Le premier texte (« pour une bataille efficace du PCF ») est signé par le noyau des économistes du PCF et par Nicolas Marchand. Ces responsables ont toujours affirmé leur méfiance à l’égard de l’alliance avec Jean-Luc Mélenchon et considéré que la question de la place primordiale du PCF est la seule qui vaille considération. Leur point de vue peut être résumé en un syllogisme, la construction d’une perspective bien à gauche suppose que l’on ne soit pas seulement « contre » (l’état des choses existant) mais « pour » (un état alternatif), or Mélenchon (et le Front De Gauche avec lui) est uniquement contre, donc le rassemblement ne peut être efficace que s’il a en son centre le PCF qui est le seul à être franchement pour.

Le second texte (« ouvrir le débat sur notre rassemblement et ses objectifs ») est le fruit d’une rencontre entre des militants classés proches du secrétaire national (Éliane Assassi), des dirigeants qui furent naguère classés « huistes » (Lydie Benoît), Didier le Reste (ancien responsable des cheminots CGT), André Chassaigne (qui fut candidat à la candidature en 2011 contre Mélenchon), le secrétaire fédéral du Pas-de-Calais (dont l’amour pour le Front De Gauche fut toujours très relatif) et des secrétaires fédéraux qui militèrent en 2014 pour des formules d’union de la gauche aux élections municipales (dont ceux de Paris et de la Loire-Atlantique).

Leur raisonnement recoupe celui des précédents, à partir d’une considération initiale, le Front De Gauche doit sortir d’une illisible querelle de leadership. Là encore, on peut les résumer par un syllogisme, une perspective de gauche ne peut vivre que par des rassemblements très larges, à portée majoritaire, or Mélenchon rend impossible ces rassemblements par son obsession de l’autonomie, la solution est donc de s’adresser directement aux citoyens, sans limite de départ et sans nécessairement la médiation d’un Front De Gauche. Le PCF n’a-t-il pas en lui-même les ressources pour stimuler politiquement le rassemblement venu du bas ?

Significativement, les signataires se réclament du congrès communiste de 2008, quand le PCF avait rompu avec la démarche du courant « anti libéral », avant que ne s’amorce la démarche du Front De Gauche.

Le troisième texte (« dans sa forme actuelle, le Front De Gauche ne fait pas envie ») est signé du responsable à la culture du PCF, le sociologue Alain Hayot. Il n’est pas de même nature que les précédents, ne met pas le PCF stricto sensu au centre de la réflexion. Mais s’il invite à s’ouvrir « à ce qui bouge dans le mouvement social et culturel », il reste discret sur les formes politiques du rassemblement.

Bifurcation à hauts risques

La simultanéité des prises de position critiques et le profil de leurs signataires en disent l’importance. Les leçons que les communistes tireront de la séquence électorale de 2014 vont être déterminantes pour l’évolution du Front De Gauche. Il conviendra alors, pour eux, de ne pas oublier ce que furent les expériences électorales difficiles que le PCF a précédemment vécues. Un échec ne doit pas en cacher un autre.

Au milieu des années 1990, alors que le soviétisme s’était effondré et que la critique du libéralisme dominant reprenait du poil de la bête, le PCF pouvait choisir la refondation et un pôle de radicalité, dans les faits, il se cantonna à la mutation et à la gauche plurielle. Il eut droit à la déconvenue de 2002. Au milieu des années 2000, quand la critique anti libérale pouvait ambitionner d’être majoritaire à gauche après la victoire du non au référendum constitutionnel européen, le PCF fit formellement le choix des « collectifs anti libéraux ». Mais il l’accompagna d’un autre choix, celui-là téméraire, de la candidature de sa secrétaire nationale à la présidentielle. On en sait le résultat.

Si l’on suit les deux premiers textes, c’est une nouvelle bifurcation qui se dessine. Elle serait à hauts risques pour le communisme et pour la gauche de transformation tout entière. Où en est-on en effet aujourd’hui ? Le Front De Gauche s’est affirmé dans la précédente consultation européenne. Il a gagné ses galons avec panache à l’élection présidentielle de 2012. Mais il a été déçu par la consultation législative de la même année.

Quant à l’étape des élections municipales, il l’a globalement manquée, à peine moins que le Parti Socialiste, à quelques exceptions près. Pourquoi ce ratage ? Pas excès de présence ? Au contraire, l’échéance a été manquée parce que, globalement le Front De Gauche a péché par carence de visibilité (une présence lacunaire sur le plan national) et par défaut de lisibilité (une stratégie éparpillée de ses composantes). Une bataille pas franchement menée ne peut pas être une bataille gagnée.

L’autonomie ne vaut rien si elle tourne à la solitude

« Querelle de leadership » entre Pierre Laurent et Jean-Luc Mélenchon, disent certains, peut-être, mais qu’est-ce que le Front De Gauche au départ ? Il est le résultat d’une entente entre deux composantes, le PCF et le tout récent Parti de Gauche. Est-il devenu autre chose depuis ?

Oui et non, potentiellement, il est devenu mouvement. Structurellement, il est au mieux un cartel, en pratique, il reste un binôme. Est-ce à cela que ces responsables communistes veulent remédier ? Certainement pas, « l’adhésion directe à une nouvelle force politique n’est pas une réponse efficace », affirme le deuxième texte. Pas efficace, en tout cas, pas essayée, entre le cartel et la force politique unifiée, il y a sans doute de la marge, pour l’instant, elle n’a jamais été explorée.

Le Front De Gauche est à la fois une réalité installée (qui a bien subi l’épreuve du feu à l’élection présidentielle « reine »), une grande espérance (un début de convergence dynamique après un long éparpillement meurtrier) et un objet hybride. Il s’est fait sa place, de façon autonome. L’autonomie a été sa force. À condition, bien sûr, de ne pas oublier que l’autonomie ne vaut rien, si elle tourne à la solitude. L’autonomie n’est pas une fin, il n’en reste pas moins qu’elle est un moyen, une médiation incontournable. Le but est le rassemblement le plus large, il passe par la conquête de l’hégémonie au sein de la gauche, il suppose donc, de façon continûment visible, l’autonomie à l’égard du Parti Socialiste.

Pour le reste, tout est à penser, à affiner, à améliorer, s’il le faut à refonder. Pour l’instant, il est par exemple évident que le Front De Gauche n’est pas associé à de la novation démocratique et populaire. Il ne se confond pas avec la gauche du renoncement, il ne tranche pas avec la façon ancienne de faire de la politique. En cela, il est loin de couvrir la totalité de la demande « critique ». Mais ce n’est pas en retournant en arrière, ni vers le solo partisan, ni vers l’union de la gauche d’hier, que l’on ira vers des jours heureux.

Le Front De Gauche a besoin de vivre, et donc de bouger. Du côté « plus et mieux », pas du côté « moins ».

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11 mai 2014 7 11 /05 /mai /2014 15:54

http://www.avanti4.be/analyses/article/ukraine-la-gauche-face-au-nouveau-pouvoir-et-a

http://www.rs21.org.uk/2014/04/24/the-left-and-maidan-interview-with-ukrainian-socialist-denis-pilas

https://www.ensemble-fdg.org/content/la-gauche-et-maidan-entretien-avec-le-socialiste-ukrainien-denis-pilas

http://www.lcr-lagauche.org/la-gauche-et-maidan-entretien-avec-le-revolutionnaire-ukrainien-denis-pilas-rs-21

La gauche et Maïdan

Entretien avec le socialiste ukrainien Denis Pilas

Environ cent cinquante personnes se sont récemment réunies à Kiev pour assister à une conférence organisée par des organisations de gauche ukrainiennes, dont l’opposition de gauche, avec le soutien de la « Fondation Rosa Luxemburg ». La conférence, intitulée « la gauche et Maïdan », a discuté des perspectives pour la gauche en Ukraine. Il y avait également des participants en provenance de Russie, de France, d’Allemagne, de Pologne et de Biélorussie, ainsi des élus de gauche du bundestag allemand et de la douma russe. Ben Neal, militant de l’organisation anticapitaliste britannique « revolutionary socialism in the twenty-first century » (RS21), a interviewé Denis Pilas, l’un des organisateurs de l’événement.

Ben Neal. Pourriez-vous expliquer quels étaient les objectifs de la conférence ?

Denis Pilas. Elle a été organisée pour les militants de gauche qui ont participé aux manifestations de Maïdan afin de partager leurs expériences et leurs analyses dans le but d’élaborer un plan et une vision claire de la stratégie à venir pour la gauche en Ukraine. Et, bien entendu, je vois cette conférence comme un outil important pour promouvoir la solidarité internationale. J’étais vraiment heureux de la participation de militants syndicaux indépendants de Dniepropetrovsk et de Kryvoï Rog (dans le sud-est de l’Ukraine), de dirigeants ouvriers vétérans (qui ont pris part aux grèves des mineurs de 1989 à la fin de l’union soviétique) et de jeunes mineurs qui ont participé à leurs « Maïdan » locaux et à la poursuite des manifestations pour des causes sociales.

Ben Neal. Quels sont les principaux résultats de la conférence ?

Denis Pilas. L’un des principaux résultats a été la consolidation des initiatives de gauche dans Maïdan pour la préparation des futures manifestations sociales, aujourd’hui contre le nouveau gouvernement. Il y a eu aussi le lancement de l’ « assemblée pour la révolution sociale », la première liste de gauche radicale à Kiev aux élections du conseil de la ville, basée sur le concept de « démocratie délégative ». Il a été convenu de participer sous l’égide du parti « Ukraine Socialiste ».

Ben Neal. L’un des principaux sujets de discussion, et qui un intérêt particulier pour les socialistes révolutionnaires en Grande-Bretagne, est de savoir comment la gauche internationale doit aborder la situation en Ukraine, en particulier en ce qui concerne la gauche dans ce pays. Que pouvez-vous dire à ce sujet ?

Denis Pilas. La gauche internationale ne doit succomber à aucun type de « géo politique » ou de soutien à l’impérialisme du « moindre mal ». A la place, il convient de faire campagne contre la politique militariste et aventurière tant des États-Unis que de la Russie. Il faudrait un authentique mouvement anti-guerre contre le risque d’une éventuelle guerre civile en Ukraine. Il faut s’opposer au régime conservateur, autoritaire et oligarchique de Poutine en Russie et se solidariser avec les militants de gauche persécutés par ce régime. Dans le cas de l’Ukraine, il faut appeler les travailleurs de l’ouest et de l’est de l’Ukraine à s’unir dans la lutte contre les oligarques. Il convient également de protester contre les exigences du FMI et inclure l’Ukraine dans toutes les luttes européennes contre l’austérité.

Ben Neal. Que doit exiger la gauche des gouvernements occidentaux ?

Denis Pilas. Les revendications vis à vis des gouvernements occidentaux devraient être les suivantes, annulation de la dette ukrainienne, suppression des visas pour les déplacements des citoyens ukrainiens, annulation des exigences d’austérité et des sanctions efficaces contre les oligarques ukrainiens, la confiscation de leurs biens à l’ouest afin de les restituer à la population.

Ben Neal. Que peut faire la gauche internationale pour construire la solidarité avec les militants d’Ukraine ?

Denis Pilas. Elle peut y contribuer en créant des liens avec les syndicats ukrainiens et les mouvements populaires progressistes et en menant des campagnes sur des causes communes. Des militants peuvent se rendre en Ukraine, voir les choses de leurs propres yeux et partager leur expérience avec les autres militants à leur retour.

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10 mai 2014 6 10 /05 /mai /2014 15:55

http://www.innovation-democratique.org/Yermolenko-Le-regime-Poutine-c-est.html

« Le régime Poutine, c’est le fascisme paré des atours de l’antifascisme »

Par Amélie Poinssot

Jeudi 8 mai 2014

Dans l’est de l’Ukraine, les milices pro-russes ne cessent de renforcer leurs positions. Les observateurs de l’OSCE sont toujours retenus en otage et les séparatistes qui tiennent Slaviansk se sont emparés mardi de la préfecture régionale. Décryptage de la politique russe et des enjeux ukrainiens avec un jeune chercheur ukrainien, Volodymyr Yermolenko.

La situation dans l’est de l’Ukraine est loin de s’arranger, au contraire. Mardi, les séparatistes qui tiennent la ville de Slaviansk se sont emparés de la préfecture régionale. Ce mercredi, le président ukrainien par intérim Oleksandr Tourtchynov a avoué que les forces de sécurité étaient incapables de reprendre rapidement le contrôle des régions de Donetsk et Lougansk. En début de semaine pourtant, les États-Unis avaient décidé de renforcer les sanctions vis-à-vis de la Russie, en visant sept nouvelles personnalités et dix sept sociétés proches du président russe). L’Union Européenne, quant à elle, a allongé sa liste, le gel des avoirs touche désormais un ensemble de quarante huit personnalités.

Décryptage de la politique russe et des enjeux ukrainiens avec Volodymyr Yermolenko. Ce jeune chercheur qui a soutenu sa thèse en philosophie politique à l’EHESS, à Paris, enseigne à l’université de Kiev Mohyla et dirige le département des projets européens de l’ONG Internews Ukraine. Il était de passage à Paris ces jours-ci. Entretien.

Question. La tension est à son comble dans les régions de l’est de l’Ukraine. Après l’annexion de la Crimée, Vladimir Poutine ne semble pas près de s’arrêter. Jusqu’où va-t-il aller d’après vous ?

Réponse. Je ne suis pas dans la tête de Vladimir Poutine, mais il y a une chose évidente, c’est que depuis la campagne présidentielle de 2012, il affiche cette idée de la création d’une union eurasiatique, une union qui prendrait d’abord une forme économique avant de rentrer dans un cadre politique. De quoi s’agit-il, sinon de la résurgence de l’union soviétique ou de l’empire russe, sous un nouveau visage ?

Dans ce projet, l’Ukraine est absolument nécessaire, sinon il ne s’agit que d’une union asiatique. Dès lors, on imagine mal comment le président russe pourrait s’arrêter en chemin. En 2007 et en 2008, il manifestait surtout son opposition à l’intégration de l’Ukraine dans l’OTAN, il n’était pas contre son adhésion à l’Union Européenne, il était alors uniquement préoccupé par les questions de sécurité. Depuis, la rhétorique du Kremlin a changé, car les buts de Poutine ont changé, il s’agit désormais de bâtir cette union eurasiatique.

Plusieurs scénarios me semblent possibles, soit Poutine cherche à annexer l’est, voire le sud de l’Ukraine, et laisse l’ouest et le centre tranquilles, autrement dit, il provoque la division du pays. Soit il ambitionne de déstabiliser l’Ukraine et de faire revenir Viktor Ianoukovitch comme seul président légitime, mais cela me semble peu probable. Soit il vise à véritablement déstabiliser l’Ukraine sur le plan économique, afin de couper court aux velléités américaines et européennes d’investir et d’empêcher le pays de se développer. Dans ce scénario, il attendrait un an ou un an et demi, le temps que le pouvoir actuel tombe et qu’un nouveau pouvoir le remplace, plus favorable à Moscou.

Mais à mon avis, il faut s’attendre à un conflit armé, le président russe veut provoquer une guerre civile afin de pouvoir présenter la situation comme un conflit interne à l’Ukraine et de montrer ainsi à l’ouest que ce pays est incapable de se gouverner, d’engager les réformes, de garantir son unité.

Question. D’où vient cette idée d’union eurasiatique ?

Réponse. La théorie de l’Eurasie, réactivée aujourd’hui par Vladimir Poutine, est née dans les années 1920, notamment autour de figures de l’émigration russe comme le linguiste Nikolaï Troubetzkoï. Ce mouvement plutôt spirituel, qui n’avait rien à voir avec le marxisme, a très vite été marginalisé. Mais il disait en substance que la Russie doit accepter l’union soviétique car c’est un moyen pour elle d’étendre son empire et de construire une autre civilisation, non pas européenne, mais eurasiatique.

À la fin des années 1990, Alexandre Douguine reprend cette idée, à laquelle il ajoute la doctrine du colonialisme continental, doctrine développée par des allemands proches du nazisme comme Carl Schmitt. C’est une théorie qui distingue deux formes de colonialisme, la colonisation dite maritime, pratiquée par exemple par les puissances française et britannique, qui visait des terres lointaines et ne cherchait pas l’assimilation mais poursuivait d’autres objectifs, l’esclavage par exemple, et la colonisation continentale. Il s’agit alors de coloniser des peuples très proches et de nier leurs particularismes, l’objectif est l’assimilation. La politique de la Russie vis-à-vis de l’Ukraine s’inscrit dans cette seconde perspective. Cette idéologie est cruciale pour comprendre le système Poutine.

Question. Les médias russes parlent systématiquement d’un pouvoir « néo nazi » à Kiev, pointant notamment le rôle des partis Svoboda (« Liberté », trente huit députés, quatre ministres dans le gouvernement de transition) et Pravyie Sektor (« Aile Droite », aucun élu). Qu’en est-il précisément ?

Réponse. Ces deux partis d’extrême droite pèsent à eux deux moins de trois pour cent dans les sondages actuellement. Le candidat de Svoboda, Oleg Tyagnybok, recueillerait 1,8 % des voix, et Dmytro Yarosh, le leader de Pravyie Sektor, 0,9 %. Autrement dit, c’est une très très faible minorité si l’on compare, par exemple, avec les scores du Front National ! Par ailleurs, le mouvement populaire qui s’est déroulé sur le Maïdan depuis novembre n’avait rien à voir avec de l’antisémitisme, on ne peut pas dire la même chose des Berkouts, ces forces spéciales du régime Ianoukovitch, dont les sites internet véhiculaient des stéréotypes antisémites.

Pour moi, en tant qu’historien des idées, cette façon de stigmatiser le changement de régime à Kiev est absurde. Car le néo nazisme comme le fascisme, ce sont des idéologies de nations dominantes, qui ont un passé impérial et se réfèrent à celui-ci. Franco, Hitler, ce sont des hommes qui avaient une nostalgie de l’empire, le troisième Reich, le nom parle de lui-même, même chose avec l’idée de la troisième Rome pour les fascistes. C’est bien cela qui distingue le fascisme du simple nationalisme, les nationalistes ukrainiens n’ont pas de prétention impériale ni expansionniste, c’est plutôt une idéologie de défense des opprimés, des faibles contre les forts. Le nazisme, à l’inverse, était une idéologie des forts contre les faibles.

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10 mai 2014 6 10 /05 /mai /2014 15:33

http://unioneuropeenne.blog.lemonde.fr/2014/05/09/beppe-grillo-courtise-par-jose-bove-et-nigel-farage

Beppe Grillo courtisé par José Bové et Nigel Farage

Par Philippe Ricard

Vendredi 9 Mai 2014

Ils devraient être une vingtaine et suscitent bien des convoitises. Les futurs députés européens du Mouvement Cinq Etoiles de l'italien Beppe Grillo peuvent constituer un renfort de choix pour des groupes en mal d’influence. Sans attendre le résultat des élections européennes, le 25 mai, deux formations que tout oppose se disputent leurs faveurs, à droite, le United Kingdom Independence Party (UKIP) du britannique europhobe Nigel Farage et, à gauche, les écologistes européistes de José Bové.

Tandis que les sondages promettent aux « grillini » entre vingt pour cent et vingt trois pour cent des voix, derrière le parti démocrate (centre gauche) de Matteo Renzi mais devant Forza Italia (droite) de Silvio Berlusconi, des contacts informels sont en cours entre l’entourage de l’ancien comique et chacune de ces deux formations.

« Un petit côté anarchiste »

Un éventuel rapprochement avec les troupes de Beppe Grillo suscite d’ailleurs un débat discret parmi les écologistes. Sur le départ, Daniel Cohn-Bendit y serait très opposé. Il a déjà traité l’ancien comique de « fou » et n’entend pas salir la réputation des verts en les associant à une formation anti-européenne. D’autres écologistes ne voient pas les choses sous cet angle. Pour eux, il faut faire la distinction entre le fondateur du Mouvement Cinq Etoiles, inéligible, et ses futurs représentants à Strasbourg, surtout si ces derniers devaient prendre leurs distances avec leur mentor une fois élus. Cette hypothèse s’est déjà réalisée à Rome où une dizaine de parlementaires du Mouvement Cinq Etoiles ont quitté le groupe.

« Nos positions sur l’Europe s’opposent mais des points communs peuvent être trouvés dans le domaine de l’environnement, au cœur du Mouvement Cinq Etoiles », remarque un permanent du parti.

« Il y a chez Grillo un petit côté anarchiste qui peut expliquer un rapprochement », commente un des responsables du parlement européen.

Changer la donne

Interrogé sur la question, José Bové, le co-chef de file des verts pour la campagne, n’entend pas se précipiter. « Le préalable avant toute discussion est de voir si les projets sont compatibles », a-t-il indiqué au Monde sans vouloir « ni infirmer ni confirmer » l’hypothèse d’une alliance, ni le moindre contact. « Il n’y pas de négociations », dit-il, sans cacher qu’il devait aborder la question avec les verts italiens vendredi 9 mai, à Florence, puis samedi, à Rome.

Tandis que les écologistes devraient passer derrière la gauche radicale du grec Alexis Tsipras, avec une petite quarantaine d’élus dans le prochain parlement, un tel renfort permettrait au groupe de limiter la casse électorale. « Cela changerait la donne politique pour les verts », veut croire l'un de ceux qui plaident pour un rapprochement.

C’est aussi le calcul que peut faire Nigel Farage, le chef de l’UKIP. Ce dernier ne veut pas s’allier à Marine Le Pen et au Front National, dont il souligne « l’antisémitisme », mais il a fort à faire pour maintenir l’unité de son propre groupe, EFD (Europe of Freedom and Democracy).

Certains de ses alliés, comme les vrais finlandais, sont tentés de rejoindre les conservateurs britanniques, eux-mêmes obligés de diversifier leurs alliances pour préserver leur groupe.

Contrairement aux verts, Nigel Farage apprécie beaucoup le combat engagé par Beppe Grillo contre l’Europe et sa monnaie unique.

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10 mai 2014 6 10 /05 /mai /2014 15:14

http://www.courrierinternational.com/article/2014/03/24/un-nouveau-beppe-grillo

« Un nouveau Beppe Grillo ? »

A deux mois des élections européennes et locales, le célèbre journaliste Stavros Theodorakis lance une nouvelle formation (a)politique, To Potami (Le Fleuve). La presse grecque s'interroge sur un mouvement qui n'a pas de programme.

Par Alexandros Kottis

Lundi 24 Mars 2014

« Une dynamique qui pourrait atteindre un résultat à deux chiffres » aux prochaines élections. Le journal de droite I Kathimerini se fait l’écho de plusieurs sondages qui présentent le mouvement To Potami (Le Fleuve) comme la troisième force politique du pays. Si ces enquêtes d'opinion sont contestées, l'apparition de cette formation et sa présence médiatique sont bien réelles.

Alors que le gouvernement d'Antonios Samaras (Nouvelle Démocratie, droite) et la troïka (Union Européenne, Banque Centrale Européenne et FMI) ont trouvé un accord le 18 mars pour le versement d'une nouvelle tranche d'aide après plusieurs mois de négociations, une nouvelle formation est née à l'initiative du célèbre journaliste Stavros Theodorakis, que l’on compare parfois à l’italien Beppe Grillo pour leur style et leur parcours semblables. To Potami se veut apolitique, constitué de personnalités diverses, et empruntant des idées à la droite comme à la gauche.

Si le journaliste star quitte les deux médias pour lesquels il travaillait (la chaîne de télévision Mega et le journal Ta Nea) pour s'engager pleinement en politique, il continue d'écrire sur le site Protagon, qu'il a lancé. Un média qui est à l'image de Potami, un regroupement de « personnes inquiètes » qui viennent d'horizons divers et qui veulent prendre en main une situation qui ne leur convient pas, ici dans le domaine journalistique, là en politique. Le webzine admet que la nouvelle formation suscite des attentes, mais il interroge les capacités de Potami à mobiliser les masses, jugeant la seule personnalité de Stavros Theodorakis insuffisante pour insuffler une nouvelle dynamique politique. « Un coucou n'apporte pas le printemps » peut-on lire dans un article intitulé « emporté par la rivière ».


Le fleuve capable de tout laver

Les critiques à l'encontre de Potami se font plus acerbes dans Avgi, qui dénonce l'absence de positionnement et de propositions. « Il ne dit rien pour ne pas exclure », note le journal proche de SYRIZA (coalition de partis de gauche présidée par Alexis Tsipras), lequel relate l'exaspération d'un homme face à l'absence des thèmes majeurs, chômage et crise économique, lors d'une conférence de presse tenue en Crète. Sans profondeur, Stavros Theodorakis « suit les codes télévisuels qui l'ont servi depuis des années » pour séduire, souligne le quotidien de gauche en titrant « sans programme, ni montage ».


Pour le magazine progressiste Unfollow, l'émergence d'un tel mouvement « n'a rien d'inhabituel dans la Grèce actuelle, où le paysage politique s'effrite ». S'interrogeant sur l'électorat de Potami, le mensuel évoque la possibilité pour la formation de s'imposer sur la scène politique, par sa nouveauté et sa volonté de rompre avec les partis et figures traditionnelles. Mais si Stavros Theodorakis n'a pas de programme établi, le magazine n'oublie pas son soutien aux mesures d'austérité et le traitement médiatique qu'il accordait aux nazis d'Aube Dorée. « Il semble que le fleuve soit capable de tout laver » résume amèrement Unfollow. Héraclite, poète grec du cinquième siècle avant Jésus Christ, disait « panta rei » (« tout coule »).

L'apparition de ce nouveau mouvement est plutôt bien accueillie par le journal de droite Ta Nea, car « les cartes sont redistribuées, ce qui ne peut pas faire de mal ». Le quotidien explique que Potami s'est fondé sur les ruines du PASOK (parti socialiste), et conseille à la formation de faire les efforts nécessaires au rassemblement du centre gauche, si elle veut « sauver le tableau des populismes de droite et de gauche ». La stabilité ou le recul des formations politiques existantes favorisent l'émergence de nouveaux mouvements tels que To Potami. Pour I Kathimerini, la formation de Stavros Theodorakis répond à une véritable demande, et la création de Potami a des conséquences, « le paysage politique change ».

En arrêtant « les protagonistes », l'émission télévisée qu'il animait jusqu'à présent, Stavros Theodorakis prend le devant de la scène politique.

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10 mai 2014 6 10 /05 /mai /2014 14:53

http://www.liberation.fr/monde/2014/05/08/syriza-de-l-espoir-pour-les-grecs-mais-aussi-pour-l-avenir-de-l-europe_1013318

SYRIZA, de l’espoir pour les grecs mais aussi pour l’avenir de l’Europe

Par Christos Chryssopoulos, écrivain

Jeudi 8 Mai 2014

Réfléchir aux prochaines élections européennes impose de les envisager autant sous l’angle national que sous un angle plus large, européen. Pour la Grèce tout particulièrement, le suffrage du 25 mai intervient à un moment particulièrement critique, ce même jour auront lieu, dans notre pays, les élections municipales. Par conséquent, dans l’esprit de l’électeur, il serait bien difficile de séparer les deux scrutins.

En Grèce, le contexte socio politique est le suivant, l’actuelle coalition au pouvoir (faite de deux partis) est incapable de préconiser une politique qui fasse fi des injonctions de la troïka (Union Européenne, Banque Centrale Européenne et FMI). Pour être franc, il est difficile de qualifier la Grèce de démocratie réelle, étant donné son fonctionnement. Les projets de loi sont souvent le résultat de « décrets présidentiels », au mépris de toute procédure législative normale, tandis que les lois visant à une politique d’austérité, qui comptent souvent des centaines de pages, ne sont jamais discutées en détail par le parlement et que les députés ne disposent littéralement que de quelques heures pour les lire et procéder au vote.

La branche conservatrice de la coalition au pouvoir, Nea Démocratia (Nouvelle Démocratie), se sert de la troïka comme prétexte idéal pour faire passer les mesures néo libérales qu’elle a toujours préconisées. La branche sociale-démocrate (ELIA, l’ancien PASOK) n’est plus que l’ombre d’elle-même, tandis que la société grecque s’est gravement paupérisée et que les classes moyennes progressistes ont énormément souffert. La confiance en la politique actuelle est au plus bas. Hommes et femmes politiques sont sévèrement discrédités. Pour maintenir l’ordre social, la coalition au pouvoir procède à des mesures drastiques tant physiques (restriction du droit de réunion, contrôles de police) que judiciaro légales (contrôle des médias, atteinte à la vie associative et aux luttes sociales, attaques contre les droits des travailleurs et contre la sécurité sociale), tout en se rapprochant de l’aile droite et des néo nazis, comme un scandale récemment mis au jour l’a prouvé. D’après les sondages, le parti politique le plus à gauche (SYRIZA) concentre le vote protestataire, même si l’on peine à croire que la société grecque s’est franchement radicalisée à gauche ces dernières années. S’il faut parler de radicalisation populaire, c’est plus probablement du côté de l’extrême droite, qui maintient sa poussée malgré l’arrestation de plusieurs des dirigeants d’Aube Dorée (parti néo nazi grec dont six dirigeants ont été mis en examen pour le meurtre d’un militant antifasciste en septembre).

Dans un tel contexte, la politique en Grèce semble se définir comme une illusion de longue durée. Avec une nuance, autrefois, la politique était nécessaire pour maintenir l’illusion que la Grèce était une société prospère, alors qu’aujourd’hui, la politique est l’illusion même que la Grèce est en train de sortir de la crise et qu’elle réintègre sa place au sein des marchés). Ainsi, le discours politique est à la fois bel et bien concret, répression en matière de politique économique, répression physique, paupérisation, autoritarisme, néolibéralisme et virtuel, « la Grèce gagne en crédibilité, la Grèce, une success-story parmi les pays européens en crise ».

D’un point de vue symbolique, cela fait longtemps que les mouvements d’opposition à la politique d’austérité pourraient prétendre à une victoire des urnes.

En sorte qu’un pourcentage élevé de votes en faveur de SYRIZA sera important, voire nécessaire, pour donner un socle solide aux arguments anti-austérité de ce parti, ainsi que pour maintenir le moral du peuple grec mis à rude épreuve. En même temps, ce vote aura un effet réel en ce qu’il sera un signe précurseur du prochain suffrage national. Plus encore, les élections du 25 mai seront déterminantes dans la mesure où les candidats soutenus par SYRIZA sont élus à la fois aux conseils municipaux et au parlement européen. Bref, il est d’une importance capitale pour notre pays que SYRIZA se montre capable d’obtenir la majorité.

Dans le même temps, l’avenir de SYRIZA est fondamental pour l’Europe. Autant pour des raisons pratiques que symboliques, il est urgent et indispensable que s’élève dans l’Union Européenne une voix de gauche qui sache se faire entendre. A ce titre, la candidature d’Alexis Tsipras à la présidence de la commission européenne est significative. L’Europe est à la croisée des chemins.

L’essentiel des valeurs que nous associons depuis longtemps au paradigme européen pour ce qui touche au contrat social (liberté, démocratie, solidarité, sécurité sociale et égalité) est depuis un bon moment déjà remis en question sous le coup d’attaques néolibérales et populistes qui ont eu pour effet d’appauvrir la majeure partie des sociétés européennes. L’idée forte de l’Europe, sa raison d’être, une « Europe unie pour les peuples d’Europe », s’efface devant une crise des idéaux de plus en plus profonde.

Si la Gauche Européenne (GE) renforce son pouvoir et si SYRIZA parvient à capitaliser sur l’élan qui semble se faire jour en sa faveur, il sera alors permis d’espérer que le débat au sein de l’Europe prendra la forme d’une opposition forte contre le violent courant néolibéral et les politiques de droite en cours qui, par essence, mettent à mal l’idée européenne même. Cela est d’une importance capitale pour tous les habitants de ce continent, et même au-delà de ses frontières.

Les élections, d’un point de vue général, donnent le sentiment de toujours poser la question « nous suivrez-vous ». A quoi, si l’on regarde les politiques en vigueur, les électeurs répondent toujours « d’accord ». Pour ces élections européennes, la gauche, que ce soit en Grèce ou dans le reste de l’Union Européenne, devrait répondre par « nous pouvons le faire ».

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9 mai 2014 5 09 /05 /mai /2014 16:49

http://www.liberation.fr/politiques/2014/04/28/et-la-laicite-monsieur-valls_1006539

Et la laïcité, Monsieur Valls ?

Par Henri Pena Ruiz, philosophe, écrivain, ancien membre de la commission Stasi

Lundi 28 Avril 2014

Nous savons tous les deux ce que peut être la stigmatisation par un régime dictatorial de ceux qui ne partagent pas la croyance imposée ou privilégiée par le pouvoir. Dans l’Espagne de Franco, que nos deux familles ont fui, le national catholicisme régnait.

La coalition des trois fascismes (Hitler, Mussolini, Franco) avait brisé la république espagnole, livrant le peuple à des décennies de violence sourde ou avouée, après avoir écrasé les républicains sous des bombes, qui, bientôt, ensanglanteraient le monde entier.

Lors de la Retirada, pendant l’hiver de 1939, l’armée républicaine a franchi la frontière de nos deux pays. Antonio Machado mourut aussitôt. Il repose à Collioure, sa stèle recouverte du drapeau républicain, violet, jaune, rouge. Parqués à Gurs comme à Argelès, les soldats, qui, pourtant, venaient de livrer le premier combat antifasciste furent très mal accueillis. Cela n’empêcha pas nombre de combattants républicains espagnols de reprendre les armes, en France, contre les occupants. Celestino Alfonso, comme bien d’autres, mourut sous les balles nazies, et l’on voit son portrait défiguré dans l’affiche rouge.

Vint alors le temps des émigrations politiques ou économiques. En France, nos familles, comme celle d’Anne Hidalgo, goûtèrent l’air de la liberté, et de la laïcité. Sans perdre la mémoire de nos origines, nous nous découvrîmes enfants de la république française, si bien incarnée par Marianne, qui porte le bonnet phrygien de l’esclave affranchi. La patrie, redéfinie par la révolution française, c’est la communauté de droit qui tisse entre tous une fraternité construite sur la liberté et l’égalité. Merci à la France qui ne nous demanda pas de faire allégeance à un quelconque particularisme religieux pour nous « intégrer », comme on dit. Valls, Hidalgo, Pena Ruiz, nos patronymes allaient se fondre dans ce beau creuset français qui s’ouvre à l’universel en une terre particulière.

Certes, tout n’était pas idyllique, et l’injustice sociale semblait souvent démentir les idéaux politiques. Nous aimions la république, mais nous la voulions sociale en même temps que laïque.

Nous fîmes le choix de nous engager en ce sens. Toute victoire serait alors non celle d’un peuple, mais d’une justice sociale sans frontières. Laïcité, justice sociale, Jean Jaurès avait déjà défini les deux fondements d’une république où il fait bon vivre. Et son patriotisme internationaliste, qui lui coûta la vie, avait laissé un sillage de lumière dans les consciences. Laïque, la république confère les mêmes droits aux athées et aux divers croyants. Sociale, elle rend crédible sa superbe devise.

Vous voilà premier ministre de cette république. Pour ma part, j’ai consacré ma vie à l’instruction publique et laïque, vecteur d’émancipation pour ceux qui n’ont que l’école pour devenir tout ce qu’ils peuvent être. Nous nous accordons, n’est-ce pas, sur un tel idéal.

D’ailleurs, nous étions ensemble pour défendre la crèche Baby-Loup, qui s’est voulue laïque afin d’accueillir les enfants de cinquante nationalités sans faire violence à aucune famille.

Alors, sans polémique, j’entends vous dire mon incompréhension devant votre décision de représenter la France, ès qualités, dans l’exercice de vos fonctions, pour la canonisation de deux papes. Il n’y aurait évidemment aucun problème si vous vous rendiez à Rome à titre privé, en ne représentant que vous-même. En république laïque, les croyants sont pleinement libres, mais leur foi ne doit engager qu’eux seuls. De même pour l’athéisme.

L’égalité des droits est ici en jeu, et la déontologie qu’elle inspire se fonde sur un souci d’universalité. Tout privilège public de la religion est blessant pour les athées. Or, en France, il y a des athées et des agnostiques en grand nombre, et tout acte officiel de la puissance publique se doit de les représenter à égalité avec les divers croyants.

D’où la neutralité, qui n’a rien d’antireligieux, mais qui tient bon sur la distinction entre le privé et le public. Vous admirez Clemenceau. Je l’admire aussi, comme grand républicain laïque et anticolonialiste. Or, en 1918, votre homologue prit une décision laïque exemplaire. La voici. Le 11 novembre 1918, l’archevêque de Paris invite Clemenceau, alors président du Conseil, au Te Deum prévu à Notre-Dame de Paris, en hommage à tous les morts de la guerre qui vient de s’achever. Clemenceau dissuade le président de la république, Raymond Poincaré, de s’y rendre, et il répond par un communiqué officiel qui fera date, « suite à la loi sur la séparation de l’église et de l’état, le gouvernement n’assistera pas au Te Deum donné à Notre-Dame. Henriette Poincaré (femme du président de la république) et Germaine Deschanel (femme du président de la chambre des députés) n’étant pas membres du gouvernement pourront par contre y assister ».

Voilà une jurisprudence laïque à laquelle Benito Juárez, futur président de la république mexicaine, avait donné ses lettres de noblesse en 1855, lors de son entrée en fonction en tant que gouverneur de l’état d’Oaxaca. Tout nouveau gouverneur avait alors coutume d’assister à un Te Deum qui conférait à l’autorité religieuse le privilège d’introniser l’autorité civile. Il mit un terme à cette pratique en des termes limpides, « j’ai pris la décision de ne pas assister au Te Deum, en raison de ma conviction, selon laquelle, les autorités politiques de la société civile ne doivent assister en tant que telles à aucune cérémonie religieuse, alors qu’en tant qu’individus ils peuvent se rendre aux lieux de culte pour y pratiquer les actes de dévotion que leur dicte leur religion ».

Certes, les circonstances humaines les plus bouleversantes ont besoin de cérémonial. Mais en république, ce besoin symbolique essentiel doit être tel que tous les citoyens et citoyennes puissent s’y reconnaître. Le précédent mexicain montre que la laïcité ne se limite pas à la France.

Un dernier mot, professeur de philosophie dans l’enseignement public, j’ai toujours trouvé normal de ne jamais laisser paraître mon type de conviction personnelle dans l’exercice de mes fonctions. La république me confiait ses enfants afin que j’en fasse des élèves, et je me devais de promouvoir leur seule autonomie de jugement, sans prosélytisme aucun.

Qu’auraient dit les familles si j’en avais usé autrement ? Quand Nicolas Sarkozy a eu l’audace, dans le discours de Latran, de placer le prêtre au-dessus de l’instituteur, j’ai rédigé un article pour lui rappeler l’ineptie d’une telle hiérarchisation. Car l’instituteur ne vise que la liberté de l’élève, telle que la fonde la culture, et refuse toute inculcation. C’est cela la grandeur de l’école laïque, ce lieu où l’élève apprend ce qu’il ignore pour pouvoir un jour se passer de maître. Ne pensez-vous pas, monsieur le ministre, qu’un si bel idéal requiert une défense et illustration exemplaires de la part des responsables politiques ?

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9 mai 2014 5 09 /05 /mai /2014 16:08

http://www.passeursdhospitalites.wordpress.com/2014/05/07/mengs-medahne-mort-parce-quil-coutait-trop-cher

Mort parce qu’il coûtait trop cher

Mercredi 7 Mai 2014

Mengs Medahne est un de ces mineurs érythréens arrivés récemment à Calais qui habitaient le campement du bassin de la Batellerie. Il est mort en essayant de passer en Angleterre.

S’apercevant que le camion dans lequel il était monté avec deux de ses camarades allait dans la mauvaise direction, il a sauté en marché et a été percuté par les deux véhicules qui suivaient. Il avait seize ans.

À seize ans, il n’aurait pas dû être à la rue. Comme tout mineur en danger, il aurait dû faire l’objet d’une mesure de protection. Il aurait dû être hébergé, accueilli dignement, informé de ses droits. Il aurait dû faire le point avec des professionnels sur ses projets d’avenir. Parce que c’est la loi, et que la loi s’applique à tout mineur en danger, quelle que soit sa nationalité. Il aurait peut-être alors fait le choix de rester en France. Ou, s’il avait persisté dans son projet de partir au Royaume Uni, il l’aurait fait dans de meilleures conditions physiques et psychologiques, et de manière moins risquée.

Mais, sous prétexte qu’ils n’ont pas de projet en France, le conseil général refuse de prendre des mesures de protection en faveur des mineurs qui veulent aller au Royaume Uni, et s’oppose à la création d’un lieu d’accueil pour eux à Calais. Le conseil général viole la loi. Il dit qu’il fait déjà beaucoup, et que ça coûterait trop cher. Alors Mengs a dormi dehors sous un bâche plastique, comme d’autre, parce qu’il n’y a pas assez de tentes, ou serré dans l’une d’elle s’il a trouvé de la place. Il a peut-être attrapé la gale, comme certains de ses voisins. Il a été harcelé par la police. Alors comme d’autres il a pris des risques inconsidérés pour échapper vie, jusqu’au geste inconsidéré de sauter d’un camion en marche. Et Mengs est mort, comme sont morts cinq de ses camarades de campement ces derniers mois.

Le conseil général du Pas-de-Calais, c’est un budget d’un milliard sept cent millions d’euros en 2014. Qui annonce que « les jeunes de seize à trente ans sont la priorité du département ».

Qui consacre deux cent quarante deux millions d’euros en 2013 au pacte jeunesse. Mengs, lui, coûtait trop cher, alors on l’a laissé à la rue.

Le conseil général du Pas-de-Calais, c’est aussi trois mille sept cent enfants accueillis en 2013.

Les trente à soixante mineurs qui peuvent se trouver dans les différents campements représentent moins de deux pour cent de ce chiffre. Et ce seraient eux qui mettraient les finances publiques en péril. Et ce sont eux qu’on laisse à la rue.

Cela fait plus de dix ans qu’associations et militants de terrain alertent les pouvoirs publics sur la situation de ces jeunes et la nécessité de lieux d’accueil pour eux près des lieux de passage.

Depuis l’automne les associations constatent que les exilés prennent de plus en plus de risques, que les accidents et les décès se multiplient, et tirent la sonnette d’alarme. L’apparition de mineurs en nombre croissant au campement du bassin de la Batellerie, dans des conditions matérielles et sanitaires dégradées, a elle aussi fait l’objet d’une alerte.

Mengs est mort comme il est venu, anonyme, un article de faits divers, entre un feu de cheminée et une querelle bruyante de consommateurs éméchés au sortir d’un bar.

Monsieur le président du conseil général, mesdames et messieurs les conseillères et conseillers, quand sortirez-vous de votre passivité ? Quand cesserez-vous de considérer que ces jeunes coûtent trop cher, ou ne sont pas assez payants pour votre popularité ?

Quand prendrez-vous les mesures que commande le bon sens et que la loi prescrit ?

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9 mai 2014 5 09 /05 /mai /2014 15:54

Une vingtaine de séparatistes tués à Marioupol, selon Kiev (Reuters)

Une vingtaine de séparatistes pro-russes ont été tués Vendredi 9 Mai 2014 par les forces ukrainiennes alors qu'ils tentaient de prendre le siège de la police à Marioupol, a déclaré le ministre ukrainien de l'intérieur Arsen Avakov.

« Un groupe terroriste d'une soixantaine d'hommes munis d'armes automatiques a attaqué le siège de la police. Une vingtaine de terroristes ont été anéantis et quatre ont été capturés », a dit le ministre sur sa page facebook.

« Face à ceux qui viennent armés, qui tirent, prennent des otages, les torturent, les dépouillent en s'abritant derrière divers slogans, face à eux, il ne peut y avoir qu'une réponse de la part de l'état ukrainien, l'anéantissement », a-t-il ajouté.

Les précédents bilans faisaient état de trois à huit morts. D'autres sources indiquent par ailleurs que ce sont les forces ukrainiennes qui ont attaqué le bâtiment pour tenter d'en déloger les militants pro-russes.

Selon la version d'Arsen Avakov, l'assaut « terroriste » s'est transformé en bataille rangée à l'intérieur de l'immeuble. Certains rebelles ont pris la fuite et cherché refuge ailleurs dans la ville portuaire de cinq cent mille habitants, située dans le sud-est de l'Ukraine.

Le ministre a insisté sur le fait que plusieurs unités des forces de sécurité, forces spéciales, garde nationale et armée, avaient agi de concert lors de cette opération.

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9 mai 2014 5 09 /05 /mai /2014 15:40

L EUROPE COMMENCE A KIEV

La campagne pour les élections européennes du Dimanche 25 Mai 2014 commençait en France immédiatement après les résultats des deux tours des élections municipales, la défaite historique du Parti Socialiste et ses conséquences gouvernementales.

Il y a et il y aura très peu de campagne pour les élections européennes en France. C’est une occasion irremplaçable de publicité et de manifestation de solidarité pour le combat des peuples de Grèce, d’Espagne, d’Italie et du Portugal contre la troïka européenne et pour le combat du peuple d’Ukraine contre l’impérialisme russe. Les médias français et la partitocratie française de droite comme de gauche, d’extrême droite comme d’extrême gauche, n’utilisera pas cette formidable opportunité, précisément en raison de leur profonde dégénérescence nationaliste franco française.

Les médias font de la publicité pour deux et seulement deux positions radicales minoritaires. Les citoyens français seraient forcément pour ou contre l’Europe. Si on est pour l’Europe, on serait forcément pour l’Europe libérale. Si on est contre l’Europe, on serait forcément pour le Front National. Il y a une opposition et une contradiction totale entre l’Europe médiatique et l’Europe réelle. Les médias présentent ces deux positions comme des positions majoritaires et toutes les autres comme des positions minoritaires.

Je profiterais de ce message pour un peu d’histoire contemporaine des élections européennes, pour la présentation de trois expériences récentes d’utilisation des élections européennes pour de véritables campagnes internationalistes.

Les lecteurs de ce message comprendront facilement l’extraordinaire actualité de ces trois expériences et en même temps l’extraordinaire régression politique et intellectuelle de la gauche et de l’extrême gauche française par rapport à ces trois expériences.

En 1979, des jeunes militants révolutionnaires français participaient à la première liste et campagne unitaire de la LCR et de Lutte Ouvrière aux élections européennes.

En 1994, en pleine guerre de Bosnie, l’Europe des travailleurs et des peuples commençait à Sarajevo. Bernard Henri Lévy et Léon Schwartzenberg présentaient le projet de cette liste aux élections européennes. Bernard Henri Lévy n’avait bien évidemment aucune intention de véritable réalisation de cette liste, il quittait le navire en pleine campagne, Léon Schwartzenberg maintenait la liste dans les urnes mais ses résultats subissaient bien évidemment les conséquences de la désertion de Bernard Henri Lévy.

En 2004, une nouvelle expérience présentait bien des points communs par rapport à l’expérience de 1994, la Palestine à la place de la Bosnie et Dieudonné à la place de Bernard Henri Lévy. Le Dieudonné de 2004 était alors encore le Dieudonné de 1997, quand il présentait une liste antiraciste contre Le Pen aux élections municipales à Dreux.

En 2004, la Coordination des Appels pour une Paix Juste au Proche Orient (CAPJPO) présentait la liste Europalestine aux élections européennes. Le comité de soutien à Dieudonné et Dieudonné lui-même participaient à la liste et à la campagne, il y avait des divergences entre CAPJPO et Dieudonné pendant la campagne et, deux ou trois semaines après les élections, le Front National débarquait au Théâtre de la Main d’Or.

Dimanche 25 Mai 2014, il y aura les élections européennes en France et dans la majorité des vingt huit pays de l’Union Européenne. Il y aura le même jour les premières élections présidentielles de la nouvelle Ukraine libre et indépendante mais personne ne présentera nulle part une liste dont le titre serait « l’Europe commence à Kiev ».

Le 6 juin 1994, des milliers de militants des collectifs contre la purification ethnique dans l’ancienne Yougoslavie manifestaient à Caen à l’occasion des cérémonies du cinquantième anniversaire du débarquement de Normandie.

Le 6 juin 2014, Poutine participera aux cérémonies du soixante-dixième anniversaire du débarquement de Normandie à l’invitation du gouvernement français. Qui manifestera contre la venue de Poutine en France ?

Bernard Fischer

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