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15 novembre 2016 2 15 /11 /novembre /2016 20:53

 

http://www.liberation.fr/debats/2016/11/13/etats-unis-la-democratie-minee-par-la-discrimination_1528105

 

Etats-Unis, la démocratie minée par la discrimination

Par Didier Fassin, professeur à l'Institute for Advanced Study de Princeton, et Anne-Claire Defossez, chercheure à l’Institute for Advanced Study de Princeton

Dimanche 13 Novembre 2016

De nombreux citoyens noirs ou pauvres, ou souvent les deux, n’ont pas accès aux urnes. Donald Trump ne croyait pas si bien dire en prétendant que le système électoral américain était faussé. Il l’est, mais pas dans le sens où l’entendait le nouveau président américain.

Quelques jours après des élections décrites et vécues comme un coup de tonnerre, la normalisation est en cours aux Etats-Unis. Alors que le pays vient d’élire pour président un homme d’affaires agressif et versatile qui a tenu des propos sexistes, racistes et xénophobes, veut déporter les onze millions d’étrangers en situation irrégulière et les trois millions de musulmans vivant sur le territoire, entend réhabiliter la torture et criminaliser l’avortement, bénéficie du soutien du Ku Klux Klan et de Vladimir Poutine et a déclaré vouloir faire incarcérer sa rivale Hillary Clinton s’il est élu, journalistes, experts et politiques des deux camps appellent désormais à l’unité derrière le futur chef de l'état.

Chacun se réjouit du langage de réconciliation utilisé par le vainqueur lors de son premier discours et assure qu’une passation de pouvoir apaisée représente la marque distinctive ultime de la tradition démocratique qui fait la grandeur des Etats-Unis. «Tout le monde est triste quand son camp perd les élections, mais le jour suivant, nous devons nous rappeler que nous sommes tous dans la même équipe », a affirmé Barack Obama juste après l’annonce du résultat du scrutin. Invitant Donald Trump, qu’il avait qualifié quelques jours auparavant d’homme dangereux pour la sécurité du pays, à lui rendre visite à la Maison Blanche, l’actuel président a ajouté que « la présomption de bonne foi est essentielle pour une démocratie dynamique fonctionnant bien ». Mais la démocratie fonctionne-t-elle bien aux Etats-Unis ? Et d’abord, les élections y sont-elles justes, comme on l’entend souvent ? De nombreux éléments permettent d’en douter.

Nous savons qu’un président peut être élu sans obtenir la majorité des voix des votants en raison du système complexe de collège électoral qui, sauf dans deux cas, donne tous les grands électeurs d’un état au candidat qui en obtient la majorité des suffrages. C’est ce qui vient de se passer pour la cinquième fois dans l’histoire du pays. Comme Al Gore, battu il y a seize ans par George Bush malgré cinq cent mille voix d’avance, Hillary Clinton a cette fois perdu l’élection en recueillant six cent mille suffrages de plus que son concurrent. L’essentiel n’est pourtant pas là.

Bien que le quinzième amendement de la constitution des Etats-Unis garantisse que « le droit de vote des citoyens ne peut être refusé ou limité en raison de la race, de la couleur ou d’une condition antérieure de servitude », les états ont le pouvoir de légiférer pour restreindre, voire supprimer le droit de vote « en raison d’une inculpation criminelle ou d’une incapacité mentale ». Ce type de handicap concerne six pour cent de la population en âge de voter, mais nous ignorons le nombre de personnes affectées par cette mesure qui fait l’objet d’une législation spécifique dans trente neuf états. Nous savons, en revanche, que le disenfranchisement touche six millions cent mille personnes condamnées, soit un adulte sur quarante. Les Etats-Unis ont les pratiques punitives les plus sévères au monde, plus de deux millions d’individus y sont en prison, le taux d’incarcération étant sept fois plus élevé pour les noirs. Mais, comme le rappelle le Sentencing Project, les procédures de déchéance du droit de vote diffèrent selon les états. Seuls deux états n’en ont pas. Dans quatorze autres états, la restriction ne s’applique qu’aux prisonniers. Dans vingt deux états, elle inclut aussi les personnes poursuivies. Enfin douze états, presque tous dans le sud, étendent la déchéance au-delà de la peine, pour une durée allant de deux ans à la vie entière.

Cette « mort civique » affecte de manière disproportionnée les noirs, qui représentent le tiers des personnes déchues de ce droit. Un adulte noir sur treize est privé du droit de vote. Dans cinq états, c’est même un adulte noir sur cinq. Tel est le cas de la Floride qui, souvent, décide du résultat final de la présidentielle et où un million cinq cent mille personnes sont interdites de vote, le candidat républicain l’ayant cette fois emporté de cent vingt mille voix. La plupart de ces législations datent de la période qui a suivi la guerre civile. Elles étaient conçues pour écarter les noirs pauvres de l’électorat, la liste des délits et crimes justifiant la déchéance étant établie en ciblant cette catégorie. Avec le durcissement des politiques pénales, le nombre de citoyens ayant perdu le droit de vote a été multiplié par cinq en quarante ans. Le disenfranchisement est devenu un instrument de régulation du périmètre de l’électorat et, si l’on considère que neuf noirs sur dix votent pour le parti démocrate, c’est un élément déterminant du résultat des élections tant présidentielles que législatives.

La déchéance du droit de vote ne représente toutefois qu’une partie des restrictions apportées au suffrage des minorités et des pauvres.

Une logique complémentaire, appelée voter suppression, consiste à mettre en place des mesures réglementaires ou administratives pour décourager ou empêcher le vote en ciblant de manière indirecte ces populations. Il s’agit d’une stratégie développée par la droite radicale dans le prolongement des lois Jim Crow promulguées dans les états du sud pendant la période de ségrégation raciale. Dans les suites du mouvement pour les droits civiques, porté par Martin Luther King, le Voting Rights Act de 1965 avait rendu ces législations illégales et avait donné à l'état fédéral un droit de regard sur ces pratiques. Cependant, en 2013, une décision de la cour suprême, dont la majorité des juges est conservatrice, a annulé ce droit, autorisant ainsi la multiplication d’initiatives visant à limiter l’expression du suffrage des minorités et des pauvres.

Depuis 2010, selon le Brennan Center for Justice, vingt états ont introduit de telles lois, c’est le cas de sept des onze états qui avaient le plus haut taux de participation des afro américains lors de la première élection de Barack Obama en 2008. C'est aussi le cas de huit des douze états qui ont connu la plus forte progression de leur population hispanique considérée comme décisive lors de l’élection de 2012. La mesure la plus employée consiste à prétendre lutter contre la fraude en obligeant les électeurs à présenter une pièce d’identité avec photographie. Ce document étant payant et facultatif aux Etats-Unis, on estime que onze pour cent des citoyens n’en ont pas, principalement des jeunes, des personnes âgées, des noirs de milieu modeste et des hispaniques en peine d’obtenir un extrait d’acte de naissance de leur pays. Au Texas, où un permis de port d’armes périmé est considéré valable mais non une carte d’étudiant d’une université publique, six cent mille personnes n’ont pas pu voter. Parmi les autres procédés utilisés, la réduction de la période de vote avant la date officielle du scrutin, car nous savons que les électeurs démocrates sont plus nombreux à utiliser cette option, et la diminution du nombre de bureaux de vote dans les quartiers populaires, conduisant à des files d’attente qui ont été mesurées deux fois plus longues pour les votants noirs que pour les votants blancs. C’est lors de l’élection de 2016 que l’ensemble de ces dispositions racialement discriminatoires a pour la première fois été appliqué.

La seule parole vraie qu’aura prononcée, lors de la campagne, Donald Trump, « président démocratiquement élu » comme chacun s’emploie à le répéter, est que le système électoral états-unien est faussé. Son affirmation était dirigée contre ses adversaires démocrates. En réalité, tout le dispositif est conçu pour restreindre légalement les suffrages des minorités et des pauvres. Héritée du long passé d’esclavage et de ségrégation, cette politique, qu’on avait crue disparue avec le mouvement pour les droits civiques et que la plupart continuent d’ignorer, n’a cessé de se renforcer au cours de la période récente, comme contrecoup de la première élection d’un président noir.

 

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15 novembre 2016 2 15 /11 /novembre /2016 20:33

 

Ziad Takieddine dit avoir remis de l'argent libyen à Nicolas Sarkozy (Reuters)

 

L'homme d'affaires Ziad Takieddine affirme avoir remis trois mallettes d'argent libyen à Claude Guéant et à Nicolas Sarkozy avant le premier tour des élections présidentielles de 2007, ce que l'ancien chef de l’état et son ancien directeur de campagne démentent formellement.

Dénonçant une manipulation, les avocats des deux hommes ont annoncé des poursuites contre l'intermédiaire franco-libanais.

Dans un entretien filmé accordé au site d'information Mediapart, diffusé Mardi 15 Novembre 2016, Ziad Takieddine, mis en examen dans d'autres dossiers, précise que le montant total de ces remises d'argent s'élevait à cinq millions d'euros.

Il s'en prend violemment à l'ancien chef de l’état aujourd'hui candidat aux élections primaires de la droite pour les élections présidentielles de 2017, dont le premier tour aura lieu Dimanche 20 Novembre 2016, auquel il reproche de vouloir briguer un nouveau mandat.

« Pourquoi et comment se fait-il qu'un type comme celui-là puisse prétendre encore une fois à la présidence de la république ? Le peuple français doit réagir, cela va exploser », dit-il dans cet entretien réalisé le Samedi 12 Novembre 2016.

Ziad Takieddine déclare avoir remis de l'argent à deux reprises en 2006 à Claude Guéant, lorsque ce dernier était directeur de cabinet du ministre de l’intérieur qu'était Nicolas Sarkozy, dans son bureau de la place Beauvau, puis une troisième fois, au mois de janvier 2007, au candidat à la présidence en personne, dans l'appartement privé du ministre.

« Nicolas Sarkozy oppose un démenti formel à ces nouvelles allégations », déclare son avocat, Thierry Herzog, dans un communiqué. « Des poursuites judiciaires seront donc engagées en réponse à cette manipulation grossière », ajoute-t-il.

Plainte en diffamation

Le défenseur joint à son communiqué deux extraits d'un procès-verbal d'audition de Ziad Takieddine après une précédente plainte en diffamation de Nicolas Sarkozy dans laquelle l'intermédiaire déclarait n'avoir rencontré l'ancien chef de l’état qu'à deux reprises, en 2002 et en 2003.

Interrogé par Reuters, Philippe Bouchez el Ghozi, avocat de Claude Guéant, a lui aussi démenti les propos de l'homme d'affaires et annoncé le dépôt d'une plainte en diffamation.

« Claude Guéant a toujours été très clair. Il n'a jamais de près ou de loin perçu ou entendu parler du moindre centime d'argent libyen en soutien de la campagne de Nicolas Sarkozy », a-t-il dit. « Il l'a maintes fois répété devant la justice ».

Une information judiciaire contre X a été ouverte le 19 avril 2013 par le parquet de Paris sur un possible financement libyen de la campagne de Nicolas Sarkozy en 2007. Elle porte sur les chefs de « corruption active et passive, trafic d'influence, faux et usage de faux, abus de biens sociaux, blanchiment, complicité et recel de ces délits ».

Ziad Takieddine avait déjà accusé Nicolas Sarkozy devant la justice ou la presse d'avoir bénéficié de largesses de Tripoli mais il n'avait jamais indiqué avoir lui-même livré de l'argent.

L'un de ses avocats, Jean-Claude Guidecelli, juge ses déclarations à Mediapart crédibles.

« Cela ne s'invente pas. Il se met lui-même dans de sales draps en avouant avoir transporté l'argent et on peut considérer qu'il a pesé le pour et le contre », a-t-il dit à Reuters.

Ziad Takieddine été mis à plusieurs reprises en examen en France, notamment dans le volet financier de l'affaire Karachi pour laquelle le parquet général de Lyon a requis le 5 novembre 2016 son renvoi en correctionnelle avec cinq autres personnes.

Dans son entretien à Mediapart, où il livre un luxe de détails, l'intermédiaire dit avoir « découvert des choses qui ne méritent plus d'être cachées » et avoir remis un mémoire à la justice, raison pour laquelle il se sent « libre de parole ».

Prié de dire si Nicolas Sarkozy savait ce que contenait la mallette d'argent qu'il avait déposée dans son bureau, il répond « bien sûr » et il ajoute qu'ils avaient parlé de l'affaire des infirmières bulgares détenues en Libye et libérées au tout début du mandat de l'ancien président.

Les faits allégués par Ziad Takieddine ont déjà été évoqués en 2012 par l'ancien chef des services de renseignement et beau-frère de feu le dirigeant libyen Mouammar Kadhafi, Abdallah Senoussi, lors de son audition par le procureur général libyen à la demande de la Cour Pénale Internationale (CPI), dit Mediapart.

L'ancien dignitaire libyen y aurait affirmé avoir « personnellement supervisé le transfert » d'une somme de cinq millions d'euros « pour la campagne du président français Nicolas Sarkozy en 2006 et en 2007 », écrit le site d'information.

Il précisait que ce transfert avait été réalisé « via un intermédiaire français, en la personne du directeur de cabinet du ministre de l’intérieur », donc Claude Guéant, et « un second intermédiaire, le nommé Ziad Takieddine, un français d'origine libanaise installé en France ».

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15 novembre 2016 2 15 /11 /novembre /2016 20:17

 

http://www.lemonde.fr/syrie/article/2016/11/15/l-ong-sherpa-porte-plainte-contre-lafarge-pour-financement-du-terrorisme_5031474_1618247.html

 

L’Organisation Non Gouvernementale (ONG) Sherpa porte plainte contre Lafarge pour financement du terrorisme

Le cimentier est accusé d’avoir indirectement payé des taxes et des droits de passage à l’organisation Etat Islamique.

Par Christophe Ayad, rédacteur en chef international du Monde

L’ONG française Sherpa de défense des victimes de crimes économiques a déposé plainte, Mardi 15 Novembre 2016, auprès du doyen des juges d’instruction de Paris contre le cimentier franco-suisse Lafarge Holcim pour « financement du terrorisme, complicité de crimes contre l’humanité, complicité de crimes de guerre, mise en danger d’autrui » et d’autres infractions connexes. La plainte, nourrie par un volumineux dossier basé sur des documents de sources diverses et des témoignages d’anciens salariés de la filiale syrienne du groupe, Lafarge Cement Syria, vise des faits qui se sont produits en Syrie en 2013 et en 2014. A cette époque, Lafarge, qui n’avait pas encore fusionné avec le suisse Holcim, avait une cimenterie à Jalabiya, dans le nord de la Syrie, située près de Manbij, Rakka et Kobané, en plein dans une zone où opérait notamment l’organisation Etat Islamique.

Comme l’ont montré plusieurs enquêtes publiées par le Monde, Lafarge a indirectement financé pendant cette période les djihadistes de l’Etat Islamique, mais aussi avant eux ceux du Front al Nosra, la branche syrienne d'al Qaida, qui avaient instauré un système de droit de passage pour les ouvriers travaillant à la cimenterie, ainsi que pour les marchands de ciment venant s’y approvisionner. Par ailleurs, la cimenterie de Lafarge, pour pouvoir continuer à opérer, s’est fournie en pétrole lourd et en pouzzolane, une roche utile dans la confection du ciment, auprès d’intermédiaires locaux qui achetaient directement à l’Etat Islamique ou payaient des taxes au groupe djihadiste.

Pour l’avocat William Bourdon, fondateur de Sherpa, la question de la compétence des juridictions françaises ne se pose pas, bien que les faits se soient produits hors de France, de par la nature, terrorisme et crimes contre l’humanité, des faits visés ainsi que « dès lors que les personnes visées sont françaises ».

Faits « sans précédent »

La plainte, déposée conjointement avec le centre européen pour les droits constitutionnels et les droits de l’homme de Berlin, et les faits reprochés sont « sans précédent », selon William Bourdon, qui souligne « la très grande gravité, mais aussi la complexité des faits, outre qu’ils se sont déroulés dans une zone de guerre ». Elle vise également « les conditions de travail exécrables » dans lesquels ont été amenés à évoluer les employés de Lafarge Syrie, dont certains ont fait l’objet de kidnappings.

Selon l’avocat, « il ne s’agit pas d’imputer à qui que ce soit la responsabilité de la guerre en Syrie et de l’irruption de l'Etat Islamique mais de demander que soient tirées les conséquences d’une politique cynique faite d’aveuglement et de surdité. Il nous apparaît impensable que les dirigeants de Lafarge puissent nous opposer leur ignorance des crimes commis par l'Etat Islamique pendant cette période », ajoute-t-il, insistant sur « l’obsession d’une entreprise de pérenniser une activité profitable au risque de devoir rendre compte de liaisons pour le moins dangereuses avec ceux qui sont perçus comme les pires ennemis de l’humanité ».

Interrogée par Le Monde, une porte-parole du groupe franco-suisse a mis en avant les engagements éthiques de Lafarge contenus dans son code de conduite des affaires, bien qu’il ne mentionne pas explicitement les questions de terrorisme.

Une proposition de loi renforçant la responsabilité des maisons mères vis-à-vis de leurs filiales et fournisseurs est en discussion au parlement français depuis deux ans. « L’issue reste incertaine car les résistances du lobby patronal sont fortes », souligne William Bourdon. « Il s’agissait pourtant d’une promesse de François Hollande ».

 

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14 novembre 2016 1 14 /11 /novembre /2016 18:57

 

http://www.lemonde.fr/elections-americaines/article/2016/11/14/trump-la-resistance-s-organise-aux-etats-unis_5030687_829254.html

 

La résistance s’organise aux Etats-Unis contre Donald Trump

Manifestations, pétitions et démonstrations de soutien aux minorités, les manifestants contre Donald Trump poursuivent leur mobilisation.

Par Corine Lesnes, correspondante du Monde à San Francisco

Cinq jours après l’élection de Donald Trump, à quoi sert de continuer à protester ? « Nous cherchons à montrer que nous ne sommes pas seuls », dit un ingénieur d’origine indienne venu de la Silicon Valley avec ses deux filles, participer Dimanche 13 Novembre 2016 à l’un des rassemblements organisés à San Francisco.

La résistance, selon le terme revendiqué par les intéressés, n’a pas faibli.

Tout le week-end, les manifestations contre Donald Trump se sont poursuivies aux Etats-Unis. Dans les grands centres, comme à New York, avec vingt cinq mille personnes, et Los Angeles, où près de deux cent manifestants ont été arrêtés. Et aussi dans des villes moyennes comme Erie ou Dayton. A Oakland, quelque six mille personnes ont entouré Dimanche 13 Novembre 2016 le lac Merritt en se tenant par la main, en signe de fraternité. On a même manifesté sur la plage d’Ocean Beach, à San Francisco, avec chiens et enfants, aux cris de « pas mon président ».

Les manifestants ne réclament rien et rien, surtout, que Donald Trump semble prêt à leur accorder, désavouer ses propos racistes de campagne. Ils sont surtout là pour se rassurer, se réconforter sur leurs valeurs inchangées. A un moment de « stress national », se faire entendre est une thérapie et un remède à l’anxiété qui s’est emparée d’une partie du pays depuis le Mardi 8 Novembre 2016. Beaucoup portent une épingle à nourrice sur la poitrine, symbole de la protection qu’ils s’engagent à fournir aux plus vulnérables. « Si vous êtes musulman, femme, homosexuel, personne de couleur, latino, transsexuel, immigrant ou handicapé, je suis avec vous », proclame un homme derrière une pancarte rédigée à la main.

La solidarité est une nécessité. Depuis l’élection de Donald Trump, des dizaines d’incidents xénophobes ont été signalés. Entre le Mardi 8 Novembre et le Vendredi 11 Novembre 2016, le Southern Poverty Law Center (SPLC), l’organisme de référence en matière de surveillance des extrémistes, a reçu plus de deux cent plaintes pour des faits racistes ou antisémites. Une église du Maryland, qui célèbre des offices en espagnol, a été barrée d’une inscription, « Trump Nation, Whites Only ». Des svastikas accompagnés du nom « Trump » ont été peintes sur les murs dans plusieurs universités. Des étudiants noirs ont reçu des menaces signées « Daddy Trump ».

« Les suprémacistes blancs pensent que leur homme a gagné la Maison Blanche », analyse le SPLC. Pour fêter la victoire, un groupe du Ku Klux Klan de Caroline du Nord a d’ailleurs annoncé un défilé le 3 décembre 2016 dans un lieu non encore révélé.

Pour les enfants d’immigrés, « l’élection de Donald Trump, c’est une sorte de 11 septembre 2001 », explique le journal Westword de Denver.

A San Francisco, une jeune américaine d’origine assyrienne a posté sur Facebook la vidéo d’une passagère du métro qui, l’entendant parler une langue inconnue, lui assure que Donald Trump va l’expulser. A Los Angeles, les deux vedettes de la série télévisée de HBO Silicon Valley, Thomas Middleditch et Kumail Nanjiani, ont été pris à partie dans un bar par des fans du président élu. « Je ne peux pas imaginer ce que cela doit être d’être quelqu’un qui a mon physique dans d’autres endroits », s’est alarmé le jeune comédien d’origine pakistanaise.

Pétition auprès des grands électeurs

Parmi les manifestants contre Donald Trump, certains ne désespèrent pas de revenir en arrière, sur le résultat de l’élection. Une pétition sur www.change.org , intitulée « faites d’Hillary Clinton la présidente le 19 décembre  2016 », a conquis les campus. Elle appelle les grands électeurs à porter leur voix non pas sur Donald Trump lorsqu’ils décideront formellement du vainqueur de l’élection, selon le rituel prévu par la constitution, mais sur celle qui a remporté le vote populaire, avec six cent trente huit mille sept cent cinquante voix d’avance, selon un décompte non définitif. Un scénario hautement improbable, mais réclamé par plus de quatre millions deux cent mille signataires.

D’autres mettent l’accent sur la vigilance. Dans une pleine page du New York Times, l’union américaine pour les libertés civiles (ACLU), a demandé Vendredi 11 Novembre 2016 à Donald Trump de désavouer ses promesses de candidat sur l’expulsion de onze millions de sans-papiers, la réautorisation du waterboarding, le simulacre de noyade, comme technique d’interrogatoire et toute une liste de celles qui violent le premier, le quatrième, le cinquième, le huitième et le quatorzième amendement à la constitution. « Si vous essayez de faire entrer ces promesses dans la réalité, vous vous trouverez à chaque pas confronté à la puissance de feu de l’ACLU », menace l’association, en rappelant qu’elle compte des millions de partisans et des juristes dans tous les états.

Les associations de soutien aux immigrés ont commencé à tenir des réunions pour rassurer les « dreamers », les jeunes clandestins arrivés avec leurs parents, qui ne doivent qu’à un décret de Barack Obama, facilement réversible, leur statut légal aux Etats-Unis. « S’organiser et protester contre l’administration de Donald Trump va être extrêmement différent », écrit Cesar Vargas, avocat au barreau de New York et proche de Bernie Sanders, dans l’hebdomadaire The Nation. « Mais nous allons montrer pendant les quatre prochaines années que nous sommes certes sans-papiers, mais aussi sans peur ».

Des manifestations sont déjà en préparation pour l’investiture du 20 janvier 2017 à Washington. Une marche « d’un million de femmes » est prévue le 21 janvier 2017. Une autre est organisée par la coalition contre la guerre Answer. Les afro américains prévoient, eux, de manifester le 16 janvier 2017 à l’occasion du Martin Luther King Day, le jour férié marquant l’anniversaire de la naissance du pasteur.

Maintenant que Donald Trump a, de fait, mis fin à la dynastie Clinton, l’aile progressiste a l’intention de prendre les rênes du parti démocrate.

 

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13 novembre 2016 7 13 /11 /novembre /2016 19:37

 

http://www.lemonde.fr/election-presidentielle-2017/article/2016/11/11/securite-melenchon-en-quete-de-credibilite_5029308_4854003.html

 

Jean Luc Mélenchon en quête de crédibilité sur les questions de sécurité

Le candidat de la France Insoumise cherche des soutiens dans la justice et dans la police

Par Raphaëlle Besse Desmoulières

Sécurité et terrorisme, à trois jours de la date anniversaire des attentats du Vendredi 13 Novembre 2015, Jean-Luc Mélenchon a voulu montrer, Jeudi 10 Novembre 2016, que ces thématiques n’étaient pas taboues pour lui.

Le candidat, qui se présente à la tête de son nouveau mouvement, la France Insoumise, avait réuni à son quartier général parisien plusieurs intervenants comme Laurence Blisson, secrétaire nationale du Syndicat de la Magistrature, ou Vincent Drezet, ancien dirigeant de la fédération des finances publiques de l'Union Syndicale Solidaire (USS). Tous, avait-il été stipulé, ne sont pas engagés dans sa campagne mais leur présence et leurs prises de parole avaient clairement pour but de crédibiliser sa démarche contre « l’affolement sécuritaire ».

A la fin du mois d'octobre 2016, le fondateur du Parti de Gauche avait dit « entendre la colère » des forces de l’ordre. Jean Luc Mélenchon veut le croire, « il existe parmi les policiers, les militaires et les juges, des gens qui ont fait le choix de rejoindre » son combat. « Je suis votre point d’appui », leur a-t-il lancé. « Nombre d’entre vous ont compris que les pareils au même et les pire en pire que sont les siamois du Parti Socialiste et des Républicains ont amené l’état à ce point de décomposition, ils ont gesticulé et ils ont utilisé si irresponsablement votre autorité, au point que la majorité d’entre vous n’a plus confiance en eux ».

Jeudi 10 Novembre 2016, il a dit récuser « l’idée qu’il n’y ait qu’un recours possible, on peut choisir d’opter pour la solution d’extrême droite dans la police et dans l’armée, mais je veux qu’on sache qu’on peut aussi choisir l’extrême république que j’incarne ». Dans son programme, le chapitre intitulé « sécurité, retour à la raison » comprend la mise en place du récipissé de contrôle d’identité ou encore la création d’une « garde républicaine citoyenne afin de mutualiser les différentes missions de la police dans un même corps ».

Le candidat, qui veut « mettre fin à la politique du chiffre », souhaite aussi recruter dix mille personnels supplémentaires, sortir de l’état d’urgence et revenir sur la fusion entre la Direction de la Surveillance du Territoire (DST) et les Renseignements Généraux de 2008. Pour l’heure, aucun financement n’est précisé. Dans son discours, Jean Luc Mélenchon a assuré avoir « trop souffert qu’on laisse croire que nous serions ceux qui sont les désinvoltes sur ces questions. Ce n’est pas vrai, c’est le contraire, c’est nous les plus sérieux », a-t-il martelé.

Comme le montrait la liste de ses invités, le candidat peine à s’entourer sur ces sujets-là. Réunir ces personnalités n’a pas dû être facile et il aurait convenu de remettre à certains des étiquettes que l’équipe du candidat avait omis de préciser. Parmi les intervenants « extérieurs », Alexandre Langlois est bien « gardien de la paix au renseignement territorial », mais aussi secrétaire général du syndicat de la police ultra-minoritaire de la Confédération Générale du Travail (CGT). Il aurait sans doute été plus délicat de mentionner que Georges Knecht, secrétaire général du Syndicat National Indépendant des Personnels Administratifs, Techniques (SNIPAT) et scientifiques de la police nationale, est mis en examen pour subornation de témoin dans l’affaire des fuites d’informations et de corruption présumées qui a ébranlé la police juidiciaire parisienne en 2015.

Le public sera également resté sur sa faim en regardant la vidéo de François Pirenne, un spécialiste du renseignement qui, encore en activité, a témoigné de façon anonyme. Quant à l’analyste géopolitique Djordje Kuzmanovic, à aucun moment il n’a été fait mention de ses fonctions au Parti de Gauche comme secrétaire national à l’international et à la défense.

Un oubli, explique celui qui a notamment été mis en cause en début d’année par le journaliste Nicolas Hénin dans son livre « la France russe », aux éditions Fayard. Présenté comme la « muse de Jean Luc Mélenchon sur la question russe », ce dernier était situé sur « un axe rouge-brun ». Des « allégations complètement fausses » que l’intéressé dément formellement.

 

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13 novembre 2016 7 13 /11 /novembre /2016 19:03

 

https://www.entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2016/11/07/alep-leur-dignite-notre-honte-contretemps

 

Leur dignité, notre honte

Lundi 7 Novembre 2016

Editorial du dernier numéro de la revue Contretemps consacré à la crise de la démocratie.

Par Francis Sitel

Une question décisive donc mais que nous abordons avec quelque honte à l’heure où Alep, écrasée sous le bombes, irradie une sombre lumière quant à ce qu’il en est en ces temps-ci de la démocratie.

De quel crime le peuple syrien, la jeunesse de ce pays et la population d’Alep-Est se sont-ils rendus coupables pour subir un tel châtiment ?

Des centaines de milliers de morts, des dizaines de milliers emprisonnés et mutilés, des millions d’exilés condamnés au déracinement et à l’errance et des villes de haute civilisation, comme Alep, assiégées, affamées et rasées.

Quel est-il ce régime qui pour préserver son pouvoir mène une guerre à outrance contre son peuple ? Une guerre qu’il s’acharne à gagner à tout prix, grâce à l’appui massif que lui apporte la Russie de Vladimir Poutine, avec son aviation et ses armes de terreur, et le régime iranien, avec ses régiments d’élite et ses milices du Hezbollah, au prix de la destruction du pays et de la multiplication des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité.

Le peuple syrien s’est soulevé au nom de son droit à la justice, à la liberté et à la démocratie. À l’exemple d’autres peuples du monde arabe, il a voulu se débarrasser de la féroce dictature qui l’étouffe et qui le parasite depuis des décennies. Mais ce régime s’est révélé plus féroce que tous ses confrères du Moyen-Orient et aussi plus pervers.

Maître en manipulation, il a su se présenter hier comme anti-impérialiste et aujourd’hui en rempart face à une menace djihadiste qu’il alimente, frappant ainsi de sidération les opinions occidentales.

Depuis cinq ans, le peuple syrien résiste aux bombardements de toutes sortes. À Alep, il est victime de la destruction systématique par l’aviation russe des hôpitaux, des écoles, des boulangeries et des ressources en eau et il subit un siège de l’armée de Bachar al Assad visant à l’asphyxier et à l’affamer, pour l’obliger à capituler et à livrer les combattants qui s’opposent à Bachar al-Assad et à l'Etat Islamique.

Pourquoi les gouvernements qui se disent amis du peuple syrien et attachés à la démocratie s’autorisent-ils à l’abandonner à cet épouvantable destin ?

Par obsession du danger que représente l'Etat Islamique ? C’est ne pas voir que la tragédie qu’on laisse se dérouler est grosse de nouvelles pulsions de mort encore plus violentes.

Par refus de s’affronter à Vladimir Poutine ? Lequel, pour leur prouver que la Russie sous sa coupe est redevenue une grande puissance sans laquelle aucun problème international ne saurait trouver de solution, fait la démonstration de la puissance destructrice de son arsenal militaire.

Et aussi, sans doute, parce que, à leurs yeux, l’aspiration d’un peuple à la démocratie est suspecte lorsqu’elle est portée par une mobilisation révolutionnaire.

Toutes choses qui font que, malgré quelques belles paroles et de grandes indignations devant tant de sauvagerie et d’inquiétude quant à l’arrivée de vagues de réfugiés en Europe, on préfère détourner les yeux. Et regarder du côté de la prochaine élection présidentielle américaine, qui va se jouer entre Hillary Clinton qui, à la suite de Barack Obama, considère qu’il ne faut rien faire et un Donald Trump qui proclame son admiration pour Vladimir Poutine.

L’avenir de la démocratie se joue moins dans les élections américaines et européennes que dans les combats qui déchirent Alep.

 

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13 novembre 2016 7 13 /11 /novembre /2016 18:33

 

http://www.lemonde.fr/elections-americaines/article/2016/10/27/avec-our-revolution-bernie-sanders-poursuit-la-lutte_5021591_829254.html

 

Avec son mouvement Our Revolution, Bernie Sanders continue le combat

Par Nicolas Bourcier

Jeudi 27 Octobre 2016

Bernie Sanders n’a pas remporté les élections primaires du parti démocrate face à Hillary Clinton, mais il a bouleversé l’échiquier politique. Au terme d’un âpre combat de plus de treize mois, l’indéboulonnable sénateur du Vermont « socialiste démocratique », comme il le revendique, a refaçonné la plate-forme du parti démocrate, laissant une marque indélébile sur le programme de gouvernement de l'ancienne secrétaire d'état.

Surtout, il s’est imposé, à soixante quinze ans, comme le porte-voix d’une nouvelle ­génération d’électeurs, libérant une parole de gauche que l’on croyait enterrée depuis la révolution reaganienne des années 1980.

Celui que les médias qualifiaient il y a encore peu de « populiste idéaliste » a obtenu soixante seize pour cent du vote des jeunes de moins de trente ans. Un score qui en fait probablement le candidat le plus populaire parmi cette frange de la population de l’histoire ­moderne des Etats-Unis.

La campagne de Bernie Sanders a été à l’origine des moments parmi les plus mémorables des élections primaires. Il a rassemblé les plus grandes foules de supporteurs au nom de sa « révolution ». Au mois de juillet 2015, quelque cent mille personnes l’ont suivi en direct par webcast.

Une dynamique qui s’est confirmée auprès des jeunes par le soutien du réseau as­sociatif ultra démocrate ­www.moveon.org, ­celui-là même qui avait joué un rôle important dans l’élection de ­Barack Obama. Sans Bernie Sanders, souligne Ted Devine, directeur de campagne du candidat, ces jeunes n’auraient très certainement pas participé à la course présidentielle.

Ce sont les fameux millenials, nés entre 1982 et 2000 et qui forment au­jourd’hui, avec plus de quatre vingt millions d’individus, une base électorale aussi vaste que celle des baby boomers, longtemps considérés comme les faiseurs de rois de la politique américaine.

Au cours de la convention du parti démocrate du mois de juillet 2016 à Philadelphie, le sénateur a soutenu sans état d’âme Hillary Clinton, s’imposant comme symbole d’unité. Il a ensuite repris son bâton de pèlerin, lançant son mouvement Our Revolution pour préparer l’avenir, comme il le dit. Déjà au mois de juin 2016, près de trois mille militants sanderistes s’étaient retrouvés à Chicago afin de créer les fondations de ce mouvement progressiste.

Plusieurs groupes ont été rassemblés. Ils se sont densifiés cet été. Vingt cinq mille personnes se sont enregistrées pour devenir candidat à un poste électif local.

Certes, à la fin du mois d'août 2016, au moment du lancement du collectif chargé de porter Our Revolution sur les fonds baptismaux, une partie de l'équipe dirigeante démissionna pour protester contre le management et les modes de financement du mouvement. Mais cette querelle interne n'a pas ému outre mesure le sénateur du Vermont.

« Le vrai changement ne vient jamais d'en haut vers le bas. Il survient lorsque les gens se rassemblent et demandent un changement fondamental dans ce pays ».

 

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13 novembre 2016 7 13 /11 /novembre /2016 18:10

 

http://www.lemonde.fr/elections-americaines/article/2016/11/13/a-berlin-un-millier-de-personnes-manifestent-contre-donald-trump_5030236_829254.html

 

A Berlin, un millier de personnes manifestent contre Donald Trump

Deux rassemblements ont eu lieu Samedi 12 Novembre 2016 dans la capitale allemande, dans le quartier cosmopolite de Neukölln et au pied de la porte de Brandebourg.

Par Thomas Wieder, correspondant du Monde à Berlin

Les uns ont fait simple, « non à Donald Trump ». D’autres ont donné dans le conceptuel, « à bas l’hétéro normativité et le patriarcat ».

Certains ont apporté de grands drapeaux américains, sur lesquels ils ont écrit au feutre noir « nous disons non ». Mais la plupart avaient choisi de détailler les raisons de leur colère, « non à Donald Trump, au racisme, au sexisme, à l’homophobie et à la xénophobie ».

Deux rassemblements se sont tenus à Berlin Samedi 12 Novembre 2016 pour protester contre l’élection du candidat républicain à la Maison Blanche. Le premier sur Hermannplatz, dans le quartier populaire et cosmopolite de Neukölln, à l’initiative d’une irlando américaine de vingt quatre ans habitant à quelques rues de là et qui, « vingt minutes après l’annonce du résultat », a lancé sur Facebook un appel à manifester « par solidarité avec toutes les personnes queers, transgenres et de couleur, avec les musulmans, les mexicains, les femmes, les réfugiés et tous les opprimés de la planète ».

Le second, organisé par de jeunes américains un peu plus tard dans l’après-midi au pied de la porte de Brandebourg et de l’ambassade des Etats-Unis, pour dénoncer « l’injustice, l’intolérance, la haine et l’inégalité dont Donald Trump est l’incarnation ». Plus d’un millier de personnes y ont pris part, parmi lesquels beaucoup d'américains, ils sont environ seize mille dans la capitale allemande, la plupart âgés de vingt à quarante ans.

C’est le cas de Katya Salisbury. Etudiante en arts graphiques, cette californienne de vingt trois ans s’est installée à Berlin cet été pour quelques mois. Emmitouflée dans une grosse doudoune pour supporter le froid glacial qui s’est abattu sur la ville ce week-end, elle est venue avec une grande pancarte en carton, sur laquelle elle a résumé ce qu’elle ressent depuis trois jours, « j'ai peur de Donald Trump ». Peur en tant que « femme noire », dit-elle.

Peur de « la parole raciste et violente qui va se libérer aux Etats-Unis et ailleurs après cette élection », ajoute-t-elle. Peur, enfin, de « devoir rentrer à Los Angeles dans quelques semaines » et de retrouver un pays dans lequel elle « ne se reconnaît plus », confie cette partisane de Bernie Sanders, qui dit avoir voté pour Hillary Clinton parce qu’elle « n’avait pas le choix ».

Daniel Hundermark, lui, est allemand. Agé de trente huit ans, ce designer installé depuis quinze ans à Berlin n’est pas un grand habitué des manifestations. « Je n’ai jamais fait de politique, mais là j’ai ressenti un tel choc avec cette élection que je me dis que cela ne peut plus continuer ainsi et qu’il faut que les gens comme moi fassent quelque chose », raconte-il. Car pour lui « la victoire de Donald Trump est un enjeu mondial et pas seulement américain. Il y a cinq mois, nous avons eu le Brexit, maintenant nous avons Donald Trump, l’année prochaine nous risquons d’avoir Marine Le Pen en France et de voir le parti d’extrême droite Alternative pour l’Allemagne entrer au Bundestag. Quand nous voyons que la plus vieille démocratie du monde est capable d’élire un tel individu, nous nous disons que tout est possible », explique ce père de trois petites filles, qui a fabriqué pour l’occasion un gros cœur rouge sur lequel il a écrit « untrump the world ».

De la peur, de la colère, du dégoût et de la sidération, Lene Timochenko en ressent elle aussi depuis qu’elle a appris en allumant sa télévision Mercredi 9 Novembre 2016 que « le peuple américain a pris cette décision terrible d’élire à la Maison Blanche un homme raciste, lunatique, populiste et plein de haine ». Mais si cette danoise d’origine ukrainienne installée depuis vingt-quatre ans à Berlin est venue manifester devant la porte de Brandebourg, Samedi 12 Novembre 2016, c’est aussi pour le symbole que ce lieu représente.

« La porte de Brandebourg, pour le monde entier, ce sont les images de la chute du mur. A l’époque, les Etats-Unis symbolisaient la liberté. Vous n’imaginez pas l’émotion que c’est pour moi de venir ici aujourd’hui pour protester contre un président américain qui lui, justement, veut ériger un mur à la frontière avec le Mexique. Et dire que nous avons appris sa victoire Mercredi 9 Novembre 2016, le jour même de la chute du mur de Berlin, vraiment c’est incroyable », ajoute cette femme, pour qui « cela a un sens très fort que l’Allemagne se mobilise contre un individu comme Donald Trump, compte tenu de l’histoire du pays, qui a l’expérience des dictatures et sait ce qu’est la liberté ».

Si certains se disent « rassurés de voir les consciences s’éveiller », d’autres reconnaissent qu’ils sont « un peu déçus » de constater que seul un millier de personnes soient venues protester Samedi 12 Novembre 2016 à Berlin contre la victoire de Donald Trump. « Je me demande pourquoi nous ne sommes pas plus nombreux. Normalement, dans une ville comme Berlin, si progressiste et si cosmopolite, nous aurions dû être dix fois plus. J’espère que c’est seulement parce qu’il fait froid et que les gens ont préféré rester chez eux bien au chaud », estime ainsi Tobias Schreiber, un infirmier de trente et un ans.

Mais la météo n’explique pas tout. Agé de vingt cinq ans, Shqiprim Balazoski fait partie de ceux qui auraient très bien pu descendre dans la rue. Etudiant en sociologie à l'université libre de Berlin, cet américain originaire de l’Illinois, qui a « toujours voté pour des démocrates ou des écologistes », reconnaît volontiers que « Donald Trump incarne tout ce qu’il déteste ». Informé par les réseaux sociaux des deux manifestations organisées Samedi 12 Novembre 2016, il a cependant préféré passer la journée chez des amis. « Protester pour protester, je ne vois pas l’intérêt à part pour se donner bonne conscience. Donald Trump a été élu démocratiquement, aujourd’hui c’est trop tard. Et dire sa haine pour quelqu’un qui est lui-même plein de haine, je trouve cela contradictoire. Ce qu’il faut maintenant, ce sont des solutions, ce n'est pas de l’indignation ».

 

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12 novembre 2016 6 12 /11 /novembre /2016 18:36

 

DE QUOI TRUMP EST IL LE NOM

 

Par Bernard Fischer

Samedi 12 Novembre 2016

L’élection de Donald Trump à la présidence des Etats Unis est une importante défaite du mouvement populaire et progressiste aux Etats Unis.

C’est aussi une importante défaite de la superstructure des médias et des instituts de sondage des Etats Unis et de leur incapacité totale de prévision de cette élection.

Cette élection vient de très loin.

Elle vient de la révolution conservatrice de Ronald Reagan au début des années 1980. Elle vient du projet pour un nouveau siècle américain des néo conservateurs en 1997 et de l’élection de George Bush Junior en 2000.

C’est la dernière conséquence de la longue crise du bipartisme aux Etats Unis et de l’alternance entre le parti républicain et le parti démocrate.

Depuis plusieurs années, nous assistons à l’infiltration, à la colonisation et à la domination du parti républicain par le Tea Party Movement, par l’Alternative Right et par des sectes millénaristes d’extrême droite. La candidature de Donald Trump était une candidature d’extrême droite. Il n’y a pas d’erreur quand les deux premiers messages de félicitations au nouveau président des Etats Unis viennent de Marine Le Pen et de Vladimir Poutine.

Le programme réactionnaire, protectionniste et isolationniste de Donald Trump est totalement contradictoire par rapport au célèbre mot d’ordre de sa campagne, Make America Great Again.

Le programme de Donald Trump, c’est l’expulsion de onze millions de migrants, la construction d’un mur à la frontière entre le Mexique et les Etats Unis, la taxation des échanges commerciaux entre la Chine et les Etats Unis et la dénonciation par les Etats Unis de l’accord nucléaire entre la communauté internationale et l’Iran.

Dans une situation de déclin de l’impérialisme américain, l’application de ce programme ne donnera pas une nouvelle grandeur à l’impérialisme américain, elle précipitera sa décadence.

De la même manière, la rupture de l’accord relatif au nucléaire iranien n’entraînera aucune amélioration des relations entre la Russie et les Etats Unis en raison de l’alliance entre la Russie et l’Iran.

Mais Donald Trump appliquera-t-il son propre programme ? Personne n’en sait rien.

La crise du bipartisme aux Etats Unis, c’est aussi la crise du parti démocrate.

Bernie Sanders était sénateur indépendant du Vermont pendant sept ans entre 2007 et 2015. Il faisait le choix de son adhésion au parti démocrate et de sa participation aux élections primaires du parti démocrate. Sa campagne rencontrait un succès populaire important.

Après sa défaite face à Hillary Clinton, Il faisait ensuite le choix de sa participation à la campagne d’Hillary Clinton et de la fondation d’un nouveau mouvement à l’extérieur du parti démocrate, Our Revolution.

La campagne de Bernie Sanders était manifestement la suite du mouvement Occupy Wall Street. A chaque étape de son action, Bernie Sanders avait-il raison ou bien avait-il tort ? Personne n’en sait rien.      

La dernière question est la question raciale aux Etats Unis. L’élection de Barack Obama en 2008, du premier président noir de l’histoire des Etats Unis, suscitait un immense espoir. La communauté noire y voyait la lointaine conséquence du mouvement des droits civiques de Martin Luther King, de Malcolm X, d’Angela Davis et des Blacks Panthers dans les années 1960.

Les dernières années de la présidence de Barack Obama voyaient la multiplication des assassinats de citoyens noirs américains par des policiers blancs et la création du mouvement Black Lives Matter.

C’est bien le sens de l’élection de Donald Trump, une nouvelle actualité de la question raciale et la plus importante polarisation raciale aux Etats Unis depuis les années 1960.

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12 novembre 2016 6 12 /11 /novembre /2016 17:54

 

http://www.lemonde.fr/economie/article/2016/11/12/eutelsat-accuse-de-bloquer-des-televisions-kurdes_5030059_3234.html

 

Eutelsat accusé de bloquer des chaînes de télévision kurdes

L'opérateur privé, dont l'état français est actionnaire, a agi à la demande de la Turquie, suscitant la polémique

Par Dominique Gallois

Samedi 12 Novembre 2016

Depuis plus d’un mois, la France se trouve mêlée à l’offensive sans précédent de la Turquie de Recep Tayyip Erdogan contre les médias. A la demande d’Ankara, l’opérateur français de satellites Eutelsat a fait suspendre la diffusion de deux chaînes de télévision Med Nuçe Télévision et Newroz Télévision. Ces chaînes kurdes ont alors saisi en référé le tribunal de commerce de Paris. Les audiences se sont déroulées le 27 octobre 2016 et le 2 novembre 2016.

L’ordonnance est attendue Lundi 14 Novembre 2016. Mais, ce n’est que le début d’un long processus. Avec cette affaire, la liberté d’expression en Turquie se retrouve empêtrée dans un invraisemblable imbroglio juridique européen.

Tout commence le 22 septembre 2016 quand Eutelsat reçoit une lettre du RTÜK. L’autorité administrative indépendante chargée de réglementer la radio et la télévision en Turquie lui demande une suspension immédiate de Med Nuçe Télévision. Le motif avancé est que cette chaîne d’information serait soutenue par le parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), un mouvement inscrit sur la liste des organisations terroristes de l’Union Européenne. Quelques jours plus tard, le 5 octobre 2016, un autre courrier intime, pour les mêmes motifs, la suspension de trois autres télévisions, Newroz Télévision à destination des kurdes d’Iran, Ronahi Télévision et Sterk Télévision.

En tant que membre du Conseil de l’Europe et adhérent à la Convention Européenne sur la Télévision Transfrontière (CETT), la Turquie demande l’application du dixième article de la Convention Européenne des Droits de l'Homme (CEDH) et du septième article de la CETT. Il est stipulé que « tous les éléments des services de programmes doivent respecter la dignité de la personne humaine et les droits fondamentaux d’autrui », en particulier « ils ne doivent pas mettre en valeur la violence ni être susceptibles d’inciter à la haine raciale ».

Sans se prononcer, ni connaître le contenu des programmes, ce qui n’est pas dans ses attributions, Eutelsat a demandé aux sociétés diffusant ces chaînes de les suspendre provisoirement, le temps qu’un régulateur européen examine leur nature et se prononce. En prenant cette mesure de précaution, l’opérateur ne veut pas risquer d’être accusé, éventuellement, de complicité avec une organisation terroriste.

Il s’appuie sur un jugement de la cour d’appel de Paris de 2012, lui donnant raison d’avoir suspendu la chaîne kurde Roj Télévision diffusée depuis le Danemark.

Le 3 octobre 2016, le distributeur belge Belgium Satellite Service (BSS) a obtempéré et coupé la diffusion de Med Nuçe Télévision et de Newroz Télévision. En revanche, le slovène STN, qui diffuse Ronahi Télévision et Sterk Télévision, ne l’a pas toujours pas fait. Eutelsat n’a aucun moyen d’intervenir, car les sociétés diffusent de nombreuses chaînes sur un même canal à partir de son satellite Hot Bird. En bloquant l’un d’entre eux, il empêcherait la diffusion de nombreuses autres télévisions.

Reste à attendre la décision du régulateur européen. Et c’est là que le bât blesse. Selon la CETT, l’instance compétente est celle du pays dans lequel la chaîne opère.

Med Nuçe Télévision, dont le siège est en Italie et ses locaux à Denderleeuw, une commune située en Belgique, dépend du régulateur de ce pays. Or Bruxelles n’a pas signé la CETT. C’est donc au bon vouloir du régulateur flamand, le Vlaamse Regulator voor de Media (VRM). Dans un courrier en date du 24 octobre 2016 avec copie au régulateur wallon, le directeur général d’Eutelsat, Rodolphe Belmer, lui demande de se prononcer sur ce dossier.

En cas de réponse négative, il faudra trouver une autre autorité. La CETT prévoit que ce sera celle du pays où est installé l’opérateur de satellites.

Dans ce cas, Eutelsat ayant son siège en France, le dossier serait confié au Conseil Supérieur de l'Audiovisuel (CSA).

Depuis un mois, la décision d’Eutelsat est vivement critiquée et l’attitude de la France aussi, l'état français détenant vingt six pour cent du capital de cette société privée par le biais de la Banque Publique d’Investissement France.

« C’est un des nombreux épisodes de Recep Tayyip Erdogan pour museler les voix kurdes à l’étranger et lui laisser les mains libres pour les exterminer », s’indigne l’écrivain Patrice Franceschi, engagé de longue date aux côtés des kurdes syriens, tout en insistant sur la concomitance de cette demande avec l’invasion de la Syrie par les turcs. « A la fin, il ne restera que des chaînes islamiques pour la Turquie ou pour l’Etat Islamique ».

Pour lui, « l’enjeu, c’est la liberté d’information face à un tyran. D’ailleurs, un pays n’a pas à céder au diktat d’un autre », d’autant que cette position est en contradiction avec la politique française. « La main gauche ignore ce que fait la main droite », ajoute-t-il, rappelant que le président François Hollande a reçu les kurdes au mois de février 2015 pour leur apporter son soutien. Nul doute, « des lobbys industriels et commerciaux turcs ont pesé sur la décision car, si ces télévisions étaient financées par le PKK, elles auraient été suspendues depuis longtemps ».

Kendal Nezan, président de l’institut kurde de Paris, dénonce « la logique commerciale à court terme d’Eutelsat » pour conserver la diffusion de chaînes turques. « C’est inexcusable dans le contexte actuel où, depuis le mois de juillet 2016, cent trente et un organes de presse ont été interdits, deux mille journalistes ont été mis au chômage et cent trente trois journalistes ont été incarcérés ». Cette stratégie est d’autant plus risquée « que les turcs possèdent leur propre satellite Turksat. Ils peuvent s’ils le souhaitent se retirer à tout moment ». De son point de vue, l’interdiction de Med Nuçe Télévision est incompréhensible. Les informations, les reportages et la parole donnée aux intellectuels contribuaient à la diversité. Le ton y était bien plus modéré que certaines autres dans la région. « Dans ce cas, il faut interdire toutes les télévisions dans le golfe », dit-il.

Surtout Kendal Nezan y voit « un mauvais message » envoyé par la France dans cette partie du Moyen-Orient où il ne reste que deux pays francophiles partageant ses valeurs de liberté et de démocratie, une partie du Liban et le Kurdistan. « Si nous ne pouvons pas favoriser l’expression démocratique, il faut au moins ne pas contribuer à la censurer », insiste-t-il « Quelles que soient les justifications d’Eutelsat, la France risque d’être perçue localement par une partie de la population comme étant l’auxiliaire du pouvoir turc pour censurer les médias kurdes », regrette-t-il. Le mal est fait et « c’est dévastateur en termes d’image ».

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