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15 avril 2017 6 15 /04 /avril /2017 17:55

 

http://partidegauche80.canalblog.com/archives/2017/04/15/35174047.html

 

http://www.democratie-socialisme.org/spip.php?article4040

 

Les proches de Gérard Filoche appellent à voter pour Jean Luc Mélenchon au premier tour des élections présidentielles

 

Samedi 15 Avril 2017

 

Nous relayons ici l’appel de Jean-Jacques Chavigné, militant socialiste picard bien connu à Amiens, paru dans la revue Démocratie et Socialisme qu’il anime avec Gérard Filoche, ancien inspecteur du travail et membre du bureau national du Parti Socialiste, avec qui il a notamment écrit le remarquable ouvrage « SOS Sécurité Sociale ».

 

Pour permettre à la gauche d’être au second tour des élections présidentielles, Benoît Hamon devrait se désister en faveur de Jean-Luc Mélenchon

 

Par Jean-Jacques Chavigné

 

J’ai milité pour des élections primaires de toute la gauche et des écologistes, allant du président de la république à Jean-Luc Mélenchon.

J’ai persévéré dans cette voie après que François Hollande ait jeté l’éponge.

Bien que mon candidat, Gérard Filoche, ait été éliminé de l’élection primaire de la gauche, sous le prétexte de règles de parrainage à géométrie très variable, je suis allé voter à l’élection primaire. Au premier tour, j’ai glissé un bulletin Arnaud Montebourg dans l’urne, après avoir appelé à voter pour ce candidat. Au second tour, j’ai appelé à battre Manuel Valls et j’ai glissé un bulletin Benoît Hamon dans l’urne après avoir appelé à voter pour ce dernier.

Fort de la victoire de Benoît Hamon et de sa promesse de proposer l’unité à Jean-Luc-Mélenchon, j’ai milité pour une candidature unitaire de la gauche sur un programme commun, déjà en grande partie écrit par les deux candidats, tant leurs convergences étaient grandes.

J’estimais, alors, que le candidat à la présidence de la république devait être Benoît Hamon et que Jean-Luc Mélenchon devrait être premier ministre. Parce que Benoît Hamon l’avait emporté dans une élection primaire à laquelle avait participé plus de deux millions d’électeurs de gauche et que sa position, plus centrale au sein de la gauche, me paraissait faire de lui le plus apte à unifier la gauche et à incarner le vote utile.

J’ai, en même temps, écrit de nombreux articles pour décortiquer les programmes de François Fillon et de Marine Le Pen. Pour montrer, aussi, en quoi le soi disant candidat « de droite et de gauche », Emmanuel Macron, était un candidat de droite et un néo libéral de la plus belle eau cherchant, à grand peine, à le dissimuler sous une peau d’agneau, pourtant taillée à sa mesure par les médias dominants.

Deux faits m’ont amené à changer d’avis, concernant la forme que prenait l’unité de la gauche.

Le premier est le peu de succès des lettres, des pétitions et des rassemblements en faveur de l’unité des deux candidats de gauche, alors que soixante quinze à soixante dix huit pour cent des électeurs de gauche souhaitent un candidat commun.

Le second est la montée en puissance de Jean-Luc Mélenchon dans des sondages de plus en plus fiables au fur et à mesure que s’approche le scrutin du premier tour. En une semaine, Jean-Luc Mélenchon atteint dix neuf pour cent des intentions de vote, fait jeu égal puis dépasse François Fillon, alors que Benoît Hamon se retrouve à neuf pour cent des voix.

J’ai alors compris que les électeurs de gauche avaient parfaitement conscience des enjeux du scrutin et qu’ils ne voulaient pas subir pendant cinq ans les attaques de l’extrême droite ou de la droite, que cette dernière porte le visage de François Fillon ou celui d’Emmanuel Macron.

J’ai compris, également, que ces électeurs avaient parfaitement conscience qu’avec deux candidats à douze ou à treize pour cent des voix au premier tour des élections présidentielles, la gauche n’avait pas la moindre chance d’être présente au second tour. Le nombre d’électeurs socialistes déplaçant leur intention de vote de Benoît Hamon vers Jean Luc Mélenchon progresse. Les électeurs de gauche sont donc en train d’imposer, à leur façon, dans les faits, avec une rare intelligence et avec le seul moyen dont ils disposent, leur bulletin de vote, un candidat unique de la gauche qui n’était pas le mien, Jean-Luc Mélenchon.

Ce qui m’importe, au total, dans cette élection décisive, est qu’un candidat de gauche soit présent au second tour, batte Marine Le Pen et emporte les élections présidentielles.

Je suis donc bien obligé de constater que les neuf pour cent de voix dont Benoît Hamon est crédité dans les sondages ne serviront à rien. Jean-Luc Mélenchon est devenu le vote utile à gauche. Il suffirait que la moitié des électeurs de Benoît Hamon votent pour Jean-Luc Mélenchon et ce dernier serait présent au second tour, en passe d’emporter les élections présidentielles.

Je suis donc obligé de tirer la seule conclusion qui s’impose. Benoît Hamon devrait se désister en faveur de Jean-Luc Mélenchon. Et il devrait le faire de tout urgence pour créer une dynamique de rassemblement de la gauche, ramener à gauche tous ceux qui, en désespoir de cause, voulaient voter pour Emmanuel Macron pour faire barrage à Marine Le Pen et encourager à retrouver le chemin du vote tous les électeurs de gauche qui s’abstiennent depuis 2013.

 

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14 avril 2017 5 14 /04 /avril /2017 19:23

 

http://www.lemonde.fr/europe/article/2017/04/13/il-fallait-le-faire-taire-au-moins-le-temps-du-referendum-en-turquie_5110714_3214.html

 

« Il fallait le faire taire, au moins le temps du référendum » en Turquie

 

Par Marie Jégo, correspondante permanente du Monde à Istanbul

 

Minez Ogreten, trente ans, n’aurait jamais pu imaginer qu’elle se marierait un jour dans une prison. C’est ce qui s’est passé, le premier mars 2017, lorsqu’un officier de l’état civil l’a unie à son compagnon, Tunca Ögreten, trente cinq ans, incarcéré depuis près de quatre mois à la centrale de Silivri, à quatre vingt dix kilomètres d’Istanbul. « Ce fut le mariage le plus rapide au monde, huit minutes », s’esclaffe Minez Ogreten depuis la terrasse d’un café de Kadikoy, sur la rive asiatique du Bosphore.

Journaliste au site d’opposition Diken, à Istanbul, Tunca Ögreten est soupçonné d’appartenir à une organisation terroriste. Malgré quatre mois passés en prison, il n’a toujours pas été mis en examen. Grâce à leur mariage, Minez a obtenu le droit de voir Tunca Ogreten autrement que derrière une vitre, à raison d’une heure tous les deux mois. Pour le reste, ils ont droit au parloir, trente-cinq minutes chaque semaine.

Régulièrement, elle lui apporte du linge, « le minimum ». Les lettres sont interdites. Lui se morfond dans sa cellule glaciale. Heureusement, il a le droit de lire, trois quotidiens par jour et sept livres qu’il est possible d’emprunter chaque semaine à la bibliothèque de la prison.

Ces séances de lecture le sauvent, mais il doit régler à l’administration pénitentiaire la facture d’électricité de la cellule qu’il partage avec deux collègues détenus.

Le quotidien du couple a basculé dans la nuit du 25 décembre 2016, quand dix policiers, dont quatre membres des forces spéciales armés et masqués, ont fait irruption à leur domicile.

« Ils nous ont plaqués au sol, puis ils ont donné des coups de pied à Tunca Ogreten et ils ont retourné la maison pendant quatre heures. Ils sont partis avec les ordinateurs et les portables. J’ai pu conserver mon téléphone, le reste est toujours au commissariat », raconte Minez Ogreten.

Selon elle, le journaliste « était dans la ligne de mire des autorités depuis près de deux ans. Il écrivait sur les sujets qui dérangent, le problème kurde, le népotisme et le trafic de pétrole. Il a fini par ne plus avoir la carte de presse. Il fallait le faire taire, au moins le temps du référendum ».

Dimanche 16 Avril 2017, plus de cinquante huit millions de turcs devront se prononcer pour ou contre l’élargissement des pouvoirs du président Recep Tayyip Erdogan. Minez Ogreten votera contre, Tunca Ogreten votera aussi contre.

Ses droits civiques ne lui ont pas été retirés, aussi mettra-t-il son bulletin dans l’urne apportée à la prison. Minez Ogreten veut croire que « le règlement de comptes se terminera après le référendum ». Elle se prend à rêver tout haut, « les journalistes pourraient être libérés ». Une victoire du oui lui fait peur, car le président Recep Tayyip Erdogan, assure-t-elle, « deviendra beaucoup plus dur et les intellectuels quitteront le pays en masse ».

Sevinc Kart se rend elle aussi à Silivri chaque semaine pour voir son mari, Musa Kart, le caricaturiste du quotidien d’opposition Cumhuriyet, écroué depuis six mois. Avec dix neuf autres journalistes et employés de Cumhuriyet, Musa Kart a été mis en examen le Mardi 4 Avril 2017, après cinq mois d’incarcération. Tous risquent de sept ans et demi à quarante-trois ans de prison pour « collusion avec des organisations terroristes », en l’occurrence le parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) et le mouvement du prédicateur en exil Fethullah Gülen, « sans en être membres ».

Cumhuriyet mène une « guerre asymétrique » contre le président Recep Tayyip Erdogan, affirme l’acte d’accusation rédigé par le ministère public. Le plus vieux quotidien de Turquie serait même « passé sous le contrôle » du réseau du prédicateur Fethullah Gülen, décrit par les autorités comme le cerveau du coup d'état raté du 15 juillet 2016. « S’affirmer en tant qu’intellectuel indépendant a toujours été problématique en Turquie, mais cette fois la situation dépasse l’entendement », s’insurge Sevinc Kart, des accents de colère dans la voix.

Le régime carcéral de son mari et de ses compagnons est bien plus sévère que celui des détenus de droit commun. Il ne peut rien remettre à ses avocats, ni lettres ni dessins. Les conversations sont écoutées.

Elle dénonce, « Musa Kart n’a jamais rien fait d’autre que dessiner pour dénoncer l’injustice, la corruption et l’oppression. Depuis quand est-ce un crime ».

Les visites à Silivri la désespèrent, « chaque fois, c’est lui qui me remonte le moral ». Lorsque sa petite-fille Deniz, deux ans et demi, l’interroge, « où est papy », elle lui répond qu’il est « parti défendre la démocratie ».

Au début, Nazire Gursel n’a pas su quoi dire à son fils Erdem Gursel, dix ans, lorsqu’il est rentré de l’école en réclamant son père, arrêté le 31 octobre 2016. « Je lui ai dit qu’il était en voyage, mais il a vite compris ». Ecrivain et éditorialiste à Cumhuriyet, Kadri Gürsel est incarcéré à Silivri dans la même cellule que Musa Kart.

Lui aussi risque jusqu’à quarante-trois ans de prison pour complicité avec des organisations terroristes, une accusation plutôt risible quand on connaît l’indépendance farouche de cet intellectuel raffiné et polyglotte. « Et dire que le juge qui a instruit le dossier de nos maris est lui-même accusé d’appartenir à la confrérie de Fethullah Gülen », confie Nazire Gursel dans un éclat de rire.

Elle tient le coup grâce à la solidarité avec les autres femmes de journalistes et grâce aux marques de sympathie qu’elle reçoit « quotidiennement, de partout en Turquie ». Sa voix se brise à l’évocation du jeune Erdem Gursel, « qui a vu son père deux fois en cinq mois » parce qu’il ne supporte pas les visites au parloir. « Les escrocs, les violeurs et les pédophiles ont droit à des visites normales, ils sont les aristocrates de Silivri. Pour les journalistes, c’est plus dur ».

 

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14 avril 2017 5 14 /04 /avril /2017 19:00

 

http://www.lesinrocks.com/2017/04/12/actualite/revolution-comment-bernie-sanders-prepare-deja-lapres-trump-11932711

 

Our Revolution, comment Bernie Sanders prépare déjà l’après Donald Trump

 

Par Juliette Redivo

 

Mercredi 12 Avril 2017

 

Alors qu’il a échoué aux portes de l’élection primaire du parti démocrate, Bernie Sanders enchaîne les meetings dans tous les États-Unis. Avec son nouveau mouvement Our Revolution, il appelle à une révolution politique.

Son objectif est de transformer le parti démocrate et, pourquoi pas, de se faire une place lors des élections de mi-mandat en 2018. Même si, lui, « ne sera plus candidat à rien ».

La plupart des guichets affichent complets au Kansas, dans le Massachusetts et en Virginie. Depuis plusieurs semaines, Bernie Sanders organise des meetings devant des centaines de personnes.

Pour la plupart, ce sont des déçus d’Hillary Clinton ou des démocrates qui avaient voté pour Donald Trump. Tout en finesse, le social-démocrate, comme il se revendique lui-même, y prône les valeurs de son mouvement Our Revolution, créé peu après la victoire de Donald Trump, des idées progressistes, comme la justice sociale, l’accès pour tous à la santé ou la lutte contre les inégalités économiques. Il n’hésite pas à attaquer directement l’actuel président sur ses dernières mesures polémiques.

Bernie Sanders est toujours en campagne. Il a même lancé une révolution politique, comme il le dit. Si les démocrates ont échoué à l’élection présidentielle, l’ancien candidat n’a, lui, jamais quitté le ring.

Le sénateur du Vermont a un objectif, dans deux ans, ce seront les élections de mi-mandat.

Le 6 novembre 2018, les quatre cent trente cinq sièges de la chambre des représentants seront renouvelés. Avant les élections présidentielles de 2020, c’est le prochain vote à l’échelle nationale. Et le mouvement entend bien remporter des sièges et reprendre la majorité à la chambre des représentants. « Je ne pense pas qu’il vise déjà les prochaines élections présidentielles. Le mouvement a un but précis, qui est de ne pas laisser retomber l’enthousiasme né autour de lui dans les élections primaires. Il prévoit davantage les élections de mi-mandat pour influer sur les programmes politiques actuels », décrit Anne Deysine, spécialiste des questions politiques et juridiques aux États-Unis, et auteur de « la cour suprême des États-Unis », aux éditions Dalloz.

Cette analyse est confirmée par Lauric Henneton, maître de conférences à l’université de Versailles et spécialiste de la politique américaine, « le mouvement met en place une stratégie qui part du bas vers le haut. Il s’intéresse d’abord à l’échelle locale pour ensuite, à priori, s’élargir à des élections nationales comme les élections présidentielles ».

Au début du mois de mars 2017, Bernie Sanders se rendait dans le comté de Mac Dowell, en Virginie-Occidentale, l’un des territoires les plus pauvres de tout le pays. Ici, Donald Trump a remporté les deux tiers des suffrages.

Ces enclaves seront déterminantes pour l’avenir du parti démocrate, selon le sénateur. « Ce n’est pas Donald Trump qui a gagné cette élection, c’est le parti démocrate qui a perdu », dénonçait-il lors d’un meeting du 31 mars 2017, imputant ainsi la défaite à Hillary Clinton.

Pour reconquérir l’électorat, Our Revolution mène une tactique en deux temps, parallèlement aux réunions, les membres du groupe apportent leur soutien à des candidats pour des élections locales, comme pour des postes de gouverneurs. Sur leur site, ils affichent déjà soutenir une vingtaine de candidats officiels. « Cet ancrage local leur permet d’être déjà sur le terrain, c’est pratique pour mobiliser l’électorat au moment des élections plus nationales », indique Lauric Henneton. Au mois de juin 2017, Bernie Sanders présentera ainsi le People’s Summit, un événement qui vise à encourager les activistes à se présenter aux élections.

Si Bernie Sanders s’y prend en avance, c’est qu’il a conscience de la difficulté de cette course.

« Il faudrait un raz-de-marée pour que les démocrates reprennent la majorité, et Bernie Sanders est en train de le susciter. Il risque de faire bouger le parti démocrate de l’intérieur, comme de l’extérieur », pressent Anne Deysine.

Pour Lauric Henneton, « la stratégie est encore balbutiante, mais elle peut porter ses fruits dans deux ans. C’est probable qu’ils puissent s’imposer dans de futures élections, mais rien n’est sûr depuis la victoire de Donald Trump ».

Et l’ancien candidat, âgé de soixante quinze ans, compte toujours gagner des points en ressortant son image de « porte-parole de la nouvelle génération d’électeurs », comme le définit le spécialiste de la politique américaine. S’il était le candidat le plus vieux en 2016, il avait obtenu soixante seize pour cent du vote des moins de trente ans. « Ils sont a priori encore tous mobilisés », précise Anne Deysine.

Pourtant, le sénateur du Vermont pourrait ne pas être le candidat à la présidentielle d’Our Revolution. Dans une récente interview à Cable News Network (CNN), Bernie Sanders disait qu’il était encore trop tôt pour parler de sa candidature en 2020.

En 2020, lors des élections présidentielles, Bernie Sanders aura alors soixante dix neuf ans. C’est un âge qui pourrait être un handicap, d’après Lauric Henneton, « à priori, Bernie Sanders ne sera plus candidat à rien. Il faut voir le mouvement indépendamment de son leader, en envisageant quelqu’un d’autre pour prendre la tête de la campagne ».

Pour reprendre le flambeau, un nom est déjà mis en avant, celui d’Elizabeth Warren, la sénatrice démocrate du Massachusetts. Comme Bernie Sanders, elle est une fervente opposante à Donald Trump. Elle était aussi à ses côtés le 31 mars 2017 pour réaffirmer que la révolution n’était pas morte. « C’est la seule qui soit associée au mouvement et qui puisse éventuellement le remplacer. C’est l’incarnation la plus évidente, après Bernie Sanders », confirme Lauric Henneton. En 2015, elle avait même été plébiscitée par de nombreux électeurs de gauche pour succéder à Barack Obama à la place d’Hillary Clinton.

« Elle est très populaire dans la gauche urbaine, intellectuelle et universitaire. En revanche, elle est considérée comme un peu élitiste et elle aura sans doute plus de mal à parler à l’électorat populaire ».

Reste à savoir si Elizabeth Warren accepterait de prendre la succession de Bernie Sanders alors qu’elle n’a pour le moment jamais aspiré à un mandat national.

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14 avril 2017 5 14 /04 /avril /2017 18:34

 

https://gazettedebout.fr/2017/02/20/preparons-premier-tour-social-1/

 

Préparons le premier tour social

 

Par Mathieu Brichard

 

Le premier tour ne sera pas politique, il sera social. Alors que l’on parle souvent d’un troisième tour social pour désigner les mobilisations après les élections, mobilisations censées contraindre les nouveaux élus, et en particulier le président de la république, à tenir leurs promesses électorales, Jeudi 16 Février 2017, c’était une inversion du calendrier que proposaient les militants réunis à Saint-Denis en appelant à un premier tour social la veille du premier tour des élections présidentielles, Samedi 22 Avril 2017.

Convaincus que quel que soit le candidat élu, Benoît Hamon, Emmanuel Macron, François Fillon ou Marine Le Pen, Jean Luc Mélenchon n'est pas cité, il sera de toute façon l’adversaire des travailleurs lassés d’attendre leur salut d’un bulletin de vote qui légitime cinq ans de silence et déçus par l’écart entre les promesses et les réalités, les nombreux orateurs ont tous appelé à une mobilisation qui revienne à la lutte des classes et tranche avec le réformisme supposé des gouvernements, qui ne réforment au fond qu’en faveur des intérêts financiers.

Nous étions cent cinquante au moins au théâtre de la Belle Étoile à Saint-Denis, accueillis par la Compagnie Jolie Môme. Certains, n’ayant pu rentrer faute de place, ont dû écouter les intervenants depuis le bar où ils se restauraient. Pour cette soirée organisée par le syndicat de l'information et de la communication de la Confédération Générale du Travail (CGT), quinze orateurs étaient annoncés, qui représentaient des secteurs d’activité différents, mais aussi des associations et des comités qui dépassent le monde syndical.

Les quinze orateurs annoncés étaient Isabelle Bosselant de la section syndicale de la CGT du Centre Hospitalier Régional Universitaire (CHRU) de Lille, Laurent Degousée du syndicat du commerce de l'Union Syndicale Solidaire (USS), Jean-Baptiste Eyraud du Droit Au Logement (DAL), Roberto Ferrario du collectif Bellaciao, Rey Kubecki de l'union locale de la CGT du Havre, Mathias Dupuis de l'union locale de la CGT de Dieppe, Amal Bentounsi du collectif Urgence Notre Police Assassine (UNPA), David Pijoan du collectif Touche pas à ma Zone d'Education Populaire (ZEP), Sylvie Filipe da Silva du collectif de soutien aux huit de Goodyear de Limoges, Gaël Quirante du Syndicat Unitaire et Démocratique (SUD) de la poste des Hauts-de-Seine, Faustine Goget du collectif des salariés de la Fédération Nationale d'Achat des Cadres (FNAC) des Champs-Élysées, Loïc Canitrot de la Compagnie Jolie Môme, Cédric Liechti du syndicat de la CGT d'Electricité De France (EDF) de Paris, Françoise Ruch du comité de soutien aux huit de Goodyear de Mulhouse et Romain Altmann du syndicat de l'information et de la communication de la CGT. Ils ont été rejoints en cours de route par d’autres, qui ont apporté une perspective différente ou complété le propos.

Mickaël Wamen, de la section syndicale CGT de Goodyear, donne le ton. Dans un discours virulent, il assène des chiffres qui donnent froid dans le dos, cent soixante seize conflits du travail par jour en France.

La plupart cependant sont invisibles dans les médias et pour cause, ceux-ci sont aux mains de grands patrons de la finance. Il rappelle que, même si les médias n’en disent rien, les salariés obtiennent parfois satisfaction. C’est sur ce terrain-là, et non dans un débat électoral vain, que Mickaël Wamen appelle à poursuivre la lutte, « le premier tour ne sera pas politique, il sera social ». On sent même dans ses propos une défiance à l’égard des centrales syndicales qui ne seraient pas toujours solidaires des travailleurs en grève. L’accusation, approuvée par plusieurs voix dans la salle, ne sera pas davantage explicitée.

Un air de guitare retentit, marquant les quatre minutes et trente secondes réglementaires. En effet, perché au sommet d’un décor, au-dessus d’une immense pancarte « pas de justice, pas de paix », un musicien est chargé de faire respecter les temps de parole afin que chacun puisse s’exprimer. Les interventions sont donc brèves et d’autant plus percutantes. Il n’est plus temps de se lamenter, il est temps d’agir.

Les interventions sont donc à peu près toutes sur le même modèle, pourquoi lutter, quelles victoires, quelles défaites et surtout quelles suites.

Les comités de soutien aux huit de Goodyear formés à Mulhouse et à Limoges, qui s’étaient engagés à se mobiliser jusqu’à la relaxe des prévenus, évoquent l’évolution de leur engagement vers un soutien plus général contre la répression des mouvements sociaux et la criminalisation des luttes, notamment en rendant publics les licenciements de syndicalistes en lutte.

Une femme vient annoncer de son côté la création d’une section du nettoyage de la Confédération Nationale du Travail (CNT) il y a un an à cause des contrats de travail de femmes de ménage de quatre heures par jour, entre 9 heures et 13 heures, alors que les tâches à effectuer nécessitent bien souvent de rester jusqu’à 17 heures. Autrement dit, les salariées de cet hôtel Ibis de la région parisienne sont payées pour la moitié de leur temps de travail. Elles prévoient de se mettre en grève Samedi 22 Avril 2017 face au refus de leur patron de les rémunérer pour les heures effectuées et elles exigent aussi un suivi par la médecine du travail.

Isabelle Bosselant du CHRU de Lille explique que les statuts de 1946 et de 1947 qui ont établi les fondements de la sécurité sociale ont été attaqués dès 1947. C’est toutefois dans les années 1980 que la logique de pensée s’inverse. Au lieu de planifier les enveloppes budgétaires en fonction des besoins des patients, on planifie les besoins en fonction des enveloppes budgétaires. Et selon elle, assez ironiquement, le seul à parler de la sécurité sociale, c’est François Fillon pour dire qu’il va la détruire, nous avons envie de rajouter que c’est sans doute pour faire plaisir à ses amis d’AXA Assurances qui auraient beaucoup à gagner à la privatisation de la santé. Dans ce CHRU comptant seize mille salariés, cinquante préavis de grève ont été déposés en 2016 selon Isabelle Brosselant, qui rappelle qu’en 2012 cet hôpital a connu une vague de suicides. La liste des dysfonctionnements est longue car il faudrait aussi parler des maisons de retraite, propriété de grands groupes financiers qui reçoivent des subventions publiques et qui font des profits au détriment de la qualité des soins prodigués aux personnes âgées. Comme les intervenants précédents, elle invite à une mobilisation le 16 mars 2017 place Denfert-Rochereau à Paris.

DAL et l'ATTAC reprennent quant à eux le slogan « pour nos droits, contre leurs privilèges », mettant en avant quatre thèmes de mobilisation, le partage des richesses, la lutte contre les discriminations, l'opposition à l’état d’urgence et le respect des droits fondamentaux. Ils lancent un appel à une mobilisation unitaire le Samedi Premier Avril 2017.

Faustine Goget, de la FNAC des Champs-Élysées, résume rapidement les motifs de la grève qui aura duré soixante jours. Les salariés ont constaté des irrégularités dans leur paie et des disparités avec les autres FNAC parisiennes. Parallèlement au recours devant les conseils des prud’hommes, ils se sont mis en grève, sans soutien des syndicats ou presque. L’aide est venue de l’extérieur, lorsque des personnes non salariées de la FNAC sont venues rejoindre le piquet de grève. Des négociations ont ensuite eu lieu directement avec les grévistes et non avec les syndicats. « Tout le monde peut se soulever », conclut-elle sous les applaudissements nourris qui, d’ailleurs, jalonneront toute la soirée.

David Pijoan du collectif Touche pas à ma ZEP attire l’attention sur la lutte contre le démantèlement de l’éducation prioritaire dans les lycées qui entraînerait une augmentation immédiate des effectifs par classe dans les établissements de zones défavorisées ainsi qu’une perte de moyens en général. Cent dix lycées mobilisés dans seize académies ont organisé une nuit des ZEP le 31 janvier 2017. Certains menacent même de ne pas faire la rentrée scolaire s’ils ne sont pas entendus.

L’intervention d’Amal Bentounsi, du collectif UNPA, est particulièrement émouvante. Elle représente des familles de victimes des violences policières et son discours résonne particulièrement dans le contexte des mobilisations consécutives au viol présumé de Théo Luhaka et après la mort d’Adama Traoré. Pis encore, elle rappelle que le 17 février 2017, dans la plus grande discrétion, trente députés, nous ne savons pas où étaient les cinq cent quarante deux autres députés, ont voté la loi modifiant le cadre de la légitime défense au sein de la police pour l’aligner plus ou moins sur celui de la gendarmerie, loi que beaucoup de juristes taxent de « permis de tuer ». Beaucoup de personnes présentes dans la salle étaient au courant, mais celles qui l’apprennent expriment leur indignation face à cette énième attaque contre les droits fondamentaux. Une fois de plus, le gouvernement a cédé avec complaisance aux pressions d’une fraction raciste de la police, celle qui vote Front National et qui a défilé, cagoulée et armée, l’automne dernier. Un appel à mobilisation est lancé cette fois pour le 19 mars 2017.

C’est ensuite le sujet du travail dominical qui est abordé par le syndicat du commerce de l'USS. Grâce à la loi d'Emmanuel Macron pour qui « beaucoup de français aimeraient pouvoir travailler le dimanche pour pouvoir se payer le cinéma », mais pas la séance du dimanche, et grâce à une astuce de la loi travail sur la représentativité des syndicats, le travail dominical est en passe de se généraliser. Des contrats spécifiques Vendredi Samedi Dimanche (VSD) sont même établis, rendant impossible toute modification des jours de travail en cas de changement de situation familiale, par exemple. Ce que veut le patronat, c’est la généralisation du travail dominical et, à travers lui, du travail de nuit que l’on appelle de soirée, comme par exemple à Séphora et à Monoprix. Ce n’est que le début. Car, comme l’a dit Pierre Gattaz, « ce qu’il y a de bien avec le travail de nuit, c’est qu’on a son après-midi ».

Aucun candidat à la présidentielle ne peut être le sauveur du monde du travail. Face à ces attaques en règle contre le code du travail et la dignité des salariés, contre l’éducation et contre le service public en général, « la seule candidature, c’est la lutte ». Pour faire interdire le temps partiel imposé, pour nationaliser à nouveau le secteur de l’énergie, rappelons que la privatisation, en 2004, a engendré une augmentation de trente pour cent du prix de l’électricité et a causé la précarisation énergétique de nombreux français, il faut s’unir, concluent les syndicalistes de Gaz De France (GDF) dont les camarades ont rallumé l’électricité dans des foyers qui en étaient privés et en ont basculé d’autres en heures creuses. Il faut s’unir, car les rivières qui convergent forment un fleuve que rien ne peut arrêter. Si les violences policières atteignent un paroxysme contre les manifestants et les jeunes des quartiers et si les patrons attaquent les salariés en justice, c’est qu’ils tremblent, qu’ils sont faibles et qu’ils ont peur. Or, pas besoin des politiques et pas besoin d’attendre les élections des oligarques qui se reproduisent entre eux. Le syndicat SUD de la poste des Hauts de Seine appelle à la grève générale, « en 2017, il faut que cela pète ».

Le premier tour social c’est cela, arrêter de déléguer aux politiques le changement que nous voulons. Sans les grèves de 1936, le gouvernement, pourtant socialiste, aurait-il accompli toutes les réformes que l’on connaît ?

Samedi 22 Avril 2017, il ne s’agit pas d’y croire ou pas, résume Mickael Wamen, revenu au micro, il ne s’agit pas d’y croire ou pas, nous n'avons pas le choix, c’est tout. Mais il ne se fera pas tout seul. Dès maintenant, il faut que chacun soutienne la lutte des autres. Entre la convergence et la défaite, la responsabilité est celle de tous.

 

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14 avril 2017 5 14 /04 /avril /2017 17:47

 

La Russie oppose son veto au conseil de sécurité de l’Organisation des Nations Unies (ONU) à une résolution sur la Syrie (Reuters)

 

La Russie a bloqué Mercredi 12 Avril 2017 une résolution présentée au conseil de sécurité de l’ONU, qui condamnait l'attaque chimique du Mardi 4 Avril 2017 en Syrie et qui poussait le président syrien Bachar al Assad à coopérer à l'enquête internationale sur cette affaire.

C'est la huitième fois depuis le début de la guerre en Syrie au mois de mars 2011 que Moscou oppose son veto à un projet de résolution du conseil de sécurité pour protéger le gouvernement de Bachar al Assad.

La Chine, qui a opposé son veto à six résolutions sur la Syrie depuis le début du conflit, s'est abstenue, comme l'Ethiopie et le Kazakhstan.

Un responsable de l'administration de Donald Trump a expliqué que la relation positive développée entre le président américain Donald Trump et son homologue chinois Xi Jinping la semaine dernière lors de leur rencontre en Floride avait contribué à l'abstention de la Chine.

Ce responsable, qui s'exprimait sous le sceau de l'anonymat, n'a pas voulu dire si Donald Trump avait personnellement demandé à Xi Jinping de faire en sorte que la Chine n'oppose pas son veto.

Le projet de résolution, présenté par les Etats-Unis, le Royaume-Uni et la France, dénonçait l'attaque du Mardi 4 Avril 2017, qui a fait quatre vingt sept morts, dont de nombreux enfants, dans le village de Khan Cheikhoune situé dans la province d'Idlib, et demandait au gouvernement syrien de donner aux enquêteurs accès au site et à un certain nombre d'informations telles que les plans de vol.

Trois jours après cette attaque, les Etats-Unis, qui considèrent le gouvernement syrien comme responsable, ont bombardé une base aérienne au nord de Damas. Le gouvernement syrien a démenti être responsable de cette attaque.

La France a déploré le veto russe. « La Russie prend une lourde responsabilité en s'opposant systématiquement, pour protéger son allié Bachar al Assad, à un traitement multilatéral du dossier syrien », indique un communiqué de l'Elysée.

« Seul le rassemblement de la communauté internationale en faveur d'une transition politique en Syrie permettra à ce pays martyr de retrouver la paix, la stabilité et la souveraineté. La France continuera à se mobiliser en ce sens ».

L'ambassadrice des Etats-Unis à l’ONU, Nikki Haley, a appelé Moscou à cesser de protéger Bachar al Assad et elle a indiqué que les Etats-Unis voulaient travailler avec la Russie à une solution politique en Syrie.

« La Russie une fois encore a choisi de se tenir du côté de la Syrie, même si le reste du monde, y compris le monde arabe, est uni massivement pour condamner ce crime odieux », a déclaré Nikki Haley aux quinze membres du conseil de sécurité.

« Si le régime est innocent, comme la Russie l'affirme, l'information requise dans cette résolution l'aurait disculpé », a-t-elle ajouté.

L'ambassadeur adjoint de la Russie auprès de l’ONU, Vladimir Safronkov, a fait valoir que le projet de résolution désignait les coupables avant que l'enquête soit menée.

« Je suis stupéfait par cette conclusion. Personne ne s'est encore rendu sur le lieu du crime. Comment savez-vous cela », a-t-il déclaré en ajoutant que l'attaque américaine sur la base aérienne syrienne de Chayrat, dans la nuit du Jeudi 6 Avril au Vendredi 7 Avril 2017, avait été « menée en violation des normes internationales ».

L'Organisation pour l’Interdiction des Armes Chimiques (OIAC) a été chargée d'établir les faits. Si elle conclut que des armes chimiques ont été utilisées, une mission conjointe de l’ONU et de l’OIAC examinera l'affaire pour déterminer qui en est responsable.

Cette équipe a déjà découvert que les forces du gouvernement syrien étaient responsables de trois attaques au chlore en 2014 et en 2015 et que l'Etat Islamique avait pour sa part utilisé du gaz moutarde.

L'ambassadeur du Royaume-Uni à l’ONU, Matthew Rycroft, a déclaré au conseil de sécurité que des échantillons prélevés sur le site de l'attaque chimique avaient été analysés par des scientifiques britanniques et qu'ils avaient réagi positivement au test du gaz sarin.

Outre la Russie, la Bolivie a voté contre le projet de résolution. Dix pays ont voté pour le projet de résolution.

Selon des diplomates, la Russie a présenté une résolution concurrente qui exprime sa préoccupation à propos de l'attaque chimique du Mardi 4 Avril 2017 et qui condamne la frappe américaine qui a suivi. On ne sait pas si Moscou prévoyait de présenter le texte au vote.

 

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13 avril 2017 4 13 /04 /avril /2017 19:57

 

http://www.lemonde.fr/europe/article/2017/04/13/referendum-en-turquie-les-partisans-du-non-ont-du-mal-a-se-faire-entendre_5110677_3214.html

 

Référendum en Turquie, les partisans du non ont du mal à se faire entendre

 

Les opposants à l’élargissement des pouvoirs présidentiels n’ont pas pu mener campagne et faire entendre leur voix avant le référendum du Dimanche 16 Avril 2017.

 

Par Marie Jégo, correspondante permanente du Monde à Istanbul

 

Stigmatisés par les dirigeants qui les associent à des terroristes, absents des grands affichages publicitaires et bannis du petit écran, les partisans du non à l’élargissement des pouvoirs du président Recep Tayyip Erdogan font campagne avec des bouts de ficelle en vue du référendum du Dimanche 16 Avril 2017.

Selim, la cinquantaine, n’a rien raté des réunions pour le non qui ont eu lieu, de façon quasi confidentielle, dans son quartier de Sisli, sur la rive européenne d’Istanbul. Mais il se sent lésé.

« Il n’y en a que pour le oui. Rien qu’à la télévision, leur temps de parole est infiniment supérieur au nôtre, c’est une injustice totale », dit cet électeur fidèle du parti républicain du peuple (CHP), qui mène campagne en faveur du non.

Kemal Kilicdaroglu, le président général du CHP, était ainsi invité Vendredi 7 Avril 2017 à 19 heures pour un direct sur la chaîne publique TRT. Il a dû patienter trente minutes dans les studios, le temps que s’achève le meeting de campagne du président Recep Tayyip Erdogan, retransmis en direct par presque toutes les chaînes nationales et régionales.

Dès l’ouverture de la campagne, le parti de la justice et du développement (AKP) a promulgué un décret par lequel, état d’urgence oblige, les règles habituellement suivies en période d’élections par les médias, à savoir l’octroi d’un temps de parole égal pour tous les candidats, n’étaient plus en vigueur.

« Le décret-loi est venu après des plaintes émanant des chaînes de télévision pro gouvernementales, dominantes dans le paysage médiatique, disant ne pas vouloir se transformer en instruments de propagande en faveur du non », a écrit Murat Yetkin, l’éditorialiste du quotidien Hürriyet, Mercredi 12 Avril 2017.

Dans les rues, le déséquilibre est encore plus flagrant. A Istanbul, pour voir le oui, il suffit de lever le nez vers les affiches géantes de Recep Tayyip Erdogan et de son premier ministre, Binali Yildirim, qui s’affichent à l’envi sur les murs, y compris ceux de la vieille muraille classée au patrimoine mondial par l'UNESCO, et au milieu des places.

L’omniprésence du oui est telle « qu’un visiteur étranger venu en Turquie pour la première fois pourrait penser que le pays s’appelle oui », a écrit, avec ironie, Özgür Mumcu dans Cumhuriyet, Mercredi 12 Avril 2017.

En revanche, pour entrevoir le non, il faut baisser la tête et regarder par terre, où des autocollants ont été mis sur les trottoirs. Il n'y a pas de non sur les grands espaces publicitaires, seules quelques affiches modestes, représentant une fillette et un soleil crayonnés avec le slogan « voter non pour notre avenir ».

On ne compte plus les rassemblements pour le non qui ont tourné court. Le 22 mars 2017, Meral Aksener, une dissidente du parti d’action nationaliste (MHP), a dû interrompre un meeting dans la province de Nigde après l’attaque d’une foule en colère contre ses partisans.

Le 11 février 2017, alors qu’elle entamait un discours à l’Hôtel Kolin de Canakkale, l’électricité a été coupée, une décision prise par la direction de l’hôtel qui s’est fait tirer les oreilles pour lui avoir loué la salle. Le meeting s’est poursuivi à la lueur des portables. Faire campagne en faveur du non s’est aussi révélé impossible pour le parti démocratique des peuples (HDP), dont treize députés et des centaines de cadres sont en prison.

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13 avril 2017 4 13 /04 /avril /2017 19:24

 

http://www.slate.fr/story/143267/victor-barthelemy-rafle-vel-hiv-le-pen

 

Parmi les auxiliaires de la rafle du Vélodrome d'Hiver, un futur numéro deux du Front National

 

Par Nicolas Lebourg

 

Lundi 10 Avril 2017

 

Pour Pessah, la Pâque juive, Marine Le Pen a décidé d'ouvrir une polémique sur la rafle du Vélodrome d'Hiver, dont elle a estimé que la France n'était pas responsable. Ce thème lui permet de s'adresser à l'électorat conservateur sur un segment qui lui convient, la grandeur de la France contre la repentance, alors que cet électorat s'avère rétif à son programme économique et européen. Le débat des onze candidats avait vu la présidente du Front National perdre son rôle de candidate contre le système. Les sondages placent désormais quatre candidats dans la marge d'erreur donnant un ticket pour le second tour. Nicolas Sarkozy, Jean-François Copé et Manuel Valls n'étant pas là, le débat porte sur l'économique et le social et non sur les burkinis. Marine Le Pen avait donc besoin d'une polémique a minima. Il lui fallait se resituer comme candidate seule contre tous et ses soutiens dépensent leur énergie sur les réseaux sociaux à essayer de faire prendre la polémique.

Cette dernière est quelque peu vintage car, aujourd'hui, ce n'est plus Vichy mais la guerre d'Algérie qui sert de base au régime mémoriel. Mais les lepénistes, voulant peut-être maladroitement préempter le souvenir gaulliste pour l'entre deux tours, rappellent ainsi à notre souvenir un homme clef de cette période, Victor Barthélémy. Car la rafle du Vélodrome d'Hiver ne fut pas faite que par la police française, cette dernière était aidée, les 16 et 17 juillet 1942, par plusieurs centaines d'hommes du Parti Populaire Français (PPF) de Jacques Doriot, PPF dont Victor Barthélémy était alors le numéro deux, avant de devenir, trente ans plus tard, le numéro deux du Front National. Son trajet est celui d'un siècle.

Né en 1906, Victor Barthélémy provient d’une famille de gauche. Républicain varois, son grand-père est déporté en Algérie après le coup d'état de Louis-Napoléon Bonaparte le 2 décembre 1851. Pacifiste et socialiste, son père s’enthousiasme pour la révolution russe de 1917. Le jeune Victor Barthélémy partage sa foi enthousiaste quoiqu’il ne dédaigne pas, en plus de l'Humanité, la lecture de l'Action Française de Charles Maurras. Il adhère à la Section Française de l’Internationale Communiste (SFIC), ancêtre du Parti Communiste Français (PCF). Après avoir eu pour mission de mener une agitation antimilitariste et anticolonialiste à Marseille, il est envoyé suivre à Bruxelles un stage de formation de l'internationale communiste. Il poursuit ensuite, en 1928, sa formation à Moscou.

En 1935, la signature du pacte d’assistance mutuelle franco-soviétique entre Joseph Staline et le ministre des affaires étrangères Pierre Laval est suivie de déclarations de foi patriotique et de soutien à l’armée de la part du PCF. Pour Victor Barthélémy, pareils légalisme et soumission à l’ordre induisent que l’horizon révolutionnaire n’est plus qu’un leurre. Que faire ? Il cherche la révolution ailleurs et il songe que, somme toute, « le fascisme était un socialisme qui se réalisait ».

Quand, en 1936, Jacques Doriot fonde le PPF, Victor Barthélémy participe à l'aventure et devient son bras droit. Dans les débats du conseil national du PPF, il synthétise ce que doit être l'action, « les moyens doivent être simples, catégoriques et violents ».

Le basculement a lieu quand l'Allemagne rentre en guerre contre l'Union des Républiques Socialistes Soviétiques (URSS) à l'été 1941.

Jacques Doriot pousse à la constitution de la Légion des Volontaires Français contre le bolchevisme (LVF) et il s'y engage. Il charge Victor Barthélémy de porter à l'ambassade d'Allemagne une lettre de remerciements à Adolf Hitler, ainsi que de faire fonctionner le parti pendant son absence. Victor Barthélémy synthétise en quelques mots les nouveaux objectifs, « pour une politique intérieure antiparlementaire, antidémocratique, antijuive, antimaçonnique et hardiment socialiste dans le cadre d’un état totalitaire et pour une politique extérieure de reconstruction européenne par la réconciliation franco-allemande et la collaboration avec tous les états d’Europe ».

À la fin de la guerre, il se réfugie en Allemagne, puis en Italie. Il tente de mettre en place des commandos à introduire en France. Arrêté le 2 mai 1945, il est renvoyé dans son pays. Il obtient d’être traduit devant un tribunal militaire, lui qui fut toujours un civil, et il n’est condamné qu’à quelques mois d’emprisonnement.

Très lié aux néofascistes italiens, Victor Barthélémy est de toutes les tentatives de reconstruction de l'extrême droite radicale à l'échelle européenne. En France, la guerre d'Algérie paraît pouvoir redonner des perspectives. Victor Barthélémy entre donc au comité directeur du Front National pour l'Algérie Française fondé par Jean-Marie Le Pen en 1960. Ce dernier anime la campagne de Jean-Louis Txier-Vignancour au premier tour des élections présidentielles de 1965 et, là encore, l'ancien du PPF participe à la direction. Face à l'insuccès, Victor Barthélémy s'efface et il ne réapparaît que lorsque le mouvement néo-fasciste Ordre Nouveau décide de lancer le Front National au mois d'octobre 1972.

Entre les jeunes radicaux et le président du parti, le courant passe mal. Victor Barthélémy est l'homme qui arrange la situation, faisant des allers et des retours de conciliation. Au mois d'avril 1973, une convocation interne à Ordre Nouveau invite ainsi les militants à une conférence sur le PPF présidée par lui et qu’il anime avec André Dufraisse, un ancien de la LVF. Il n'y a rien de nostalgique, mais une perspective fonctionnelle, « il ne s’agit pas pour les nationalistes en 1973 d’évoquer les expériences passées, mais d’analyser les causes de l’échec de notre famille politique, afin d’en tirer un enseignement indispensable à tout engagement politique ». Le mois suivant, Jean-Marie Le Pen tente d'éviter l'explosion de l'alliage entre le Front National et Ordre Nouveau en déclarant lors d'un meeting que « vous maurassiens, vous intégristes, vous anciens fascistes, laissez de côté vos querelles, venez sous la bannière du Front National défendre la droite nationale, sociale et populaire ».

Rien n'y fait. Après la dissolution par l'état d'Ordre Nouveau au mois de juin 1973, le conflit entre le président du Front National et l'ancienne équipe d'Ordre Nouveau finit devant les tribunaux pour savoir à qui appartient le nom du mouvement. Victor Barthélémy choisit de soutenir le président plutôt que les jeunes néo-fascistes. Secrétaire administratif du Front National depuis 1973, il occupait en fait des fonctions de secrétaire général qu'il obtient officiellement au congrès de 1975. Pour Jean-Marie Le Pen, c'était là un choix logique, « dans mon esprit, le Front National visait à rassembler les patriotes, qu’elles qu’aient été leurs options personnelles, politiques ou historiques précédentes, à condition qu’ils n’aient pas agi par esprit de lucre, ni qu’ils aient servi d’autres pays que le leur », m'expliquait-il en 2012, ainsi qu'à Joseph Beauregard, pour notre livre « dans l'ombre des Le Pen, une histoire des numéros deux du Front National ». « Victor Barthélémy est disponible, à la retraite et il a une connaissance technique de la marche d’un mouvement, modéré et efficace, se faisant accepter de gens plus jeunes que lui. C’était un bon organisateur et un bon technicien qui avait une expérience politique et révolutionnaire d’abord, qui avait exercé des responsabilités nationales dans un grand parti politique et qui n’essayait pas de faire prévaloir son passé politique mais qui se mettait à la disposition des initiatives nouvelles ».

Il est vrai que Victor Barthélémy n'est pas enfermé dans le passé. Alors que l’immigration n'est pas la préoccupation essentielle du Front National à sa naissance en 1972, il tenait déjà, quant à lui, à expliquer qu’il s’y opposait par solidarité avec les immigrés. En effet, il affirmait alors qu'elle les transformerait « en sous-hommes victimes de l’exploitation des négriers, coupés la plupart du temps de leurs familles et isolés dans des ghettos, ils n’ont pas la possibilité de s’épanouir, tout en constituant une menace pour la sécurité dans de nombreux quartiers ». Défense des identités, lien entre immigration et insécurité urbaine, le discours dépréciant la promiscuité inter ethnique se réinventait et cet homme qui n'était plus jeune était à l'avant-garde de ces discours-là.

Victor Barthélémy reprend donc les structures du PPF pour réorganiser le Front National. Il crée des fédérations départementales et des inspections régionales et il met en place en 1975 une série de commissions. Il dote le parti d’institutions, un comité central et un bureau politique, dont les dénominations sont évocatrices du mouvement ouvrier. Il met en place avec André Dufraisse des associations destinées à servir de courroies de transmission au Front National, sur le modèle de l’action du PCF. Il élimine toute trace de collégialité pour faire remonter toutes les structures au président.

L’homogénéité interne va de pair avec une unification externe. C’en est fini des affiches où le nom de Le Pen se mêle à celui d’autres orateurs. Toute la propagande est personnalisée autour du tribun, le Front National doit être identifié comme le parti de Jean-Marie Le Pen. À l’intérieur il faut un chef, aux masses il faut présenter un sauveur.

En 1976, Victor Barthélémy se retire dans le midi de la France. Il rédige son autobiographie publiée en 1978, y faisant montre d’une plume élégante et de fortes amnésies, sur la question de l’antisémitisme tout particulièrement.

Il meurt en 1985. S’il est trop sulfureux pour que le Front National puisse évoquer son souvenir, il ne disparaît pas pour autant totalement des esprits.

Jean-Marie Le Pen n’est pas homme à abandonner la mémoire de ses amis. Quand, en 1994, il prononce l’hommage funèbre d’André Dufraisse, il déclare, « tu marches avec les anges et avec tes copains disparus. Ceux de ta jeunesse et de ton âge mûr, Jacques Doriot, Victor Barthélémy, Pierre Bousquet et puis d’autres, encore plus près, François Duprat et Jean-Pierre Stirbois ». Jacques Doriot, Victor Barthélémy, le premier trésorier du Front National Pierre Bousquet, François Duprat et Jean-Pierre Stirbois, nous ne sommes pas certains qu'aucun de ceux-là auraient défendu une position gaulliste sur la responsabilité de Vichy et du PPF dans la rafle du Vélodrome d’Hiver, autres temps, autres moeurs.

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13 avril 2017 4 13 /04 /avril /2017 18:49

 

http://www.sudeducation.org/Soutien-a-Nuriye-Gulmen-et-Semih.html

 

http://www.kedistan.net/2017/04/12/soutien-intersyndical-enseignants-turquie

 

Soutien à Nuriye Gülmen et Semih Özakça, enseignants en grève de la faim contre la dictature turque

 

Communiqué intersyndical de la fédération de l'éducation de l'Union Syndicale Solidaire (USS), de la fédération de l'éducation de la Confédération Générale du Travail (CGT) et de la fédération des travailleurs de l'éducation de la Confédération Nationale du Travail (CNT)

 

Mercredi 12 Avril 2017

 

Nuriye Gulmen et Semih Ozakça sont en grève de la faim depuis le 11 mars 2017 à Ankara. Ils sont entrés en résistance dès le mois de novembre 2016, après leur licenciement en novembre 2016.

Comme des milliers de fonctionnaires, enseignants du primaire à l’université, ou appartenant à d’autres services publics, syndiqués ou non, Nuriye Gulmen et Semih Ozakça ont été licenciés dans le cadre des purges politiques menées par Recep Tayyip Erdogan.

Nombre d’entre eux ont refusé de se taire et de se soumettre. Ils se sont révoltés contre les licenciements massifs, contre l'état d’urgence et plus largement contre la répression.

Tabassés, arrêtés et placés en garde a vue de multiples fois, ils n’ont pas renoncés.

Dans une déclaration lue le 9 mars 2017, deux d’entre eux, Nuriye Gülmen et Semih Özakça ont annoncé qu'ils entamaient une grève de la faim.

Immédiatement placés en garde à vue puis libérés, depuis Nuriye Gulmen et Semih Ozakça ne s’alimentent plus et leur santé se dégrade de jour en jour.

Leur résistance est emblématique de la situation des opposants en Turquie. Des milliers de personnes, syndicalistes, féministes, kurdes ou simplement révoltés, sont enfermées dans les geôles turques. Le 7 février 2017, un nouveau décret a encore ordonné le limogeage de deux mille cinq cent quatre vingt cinq employés du ministère de l'éducation.

La réalité de la répression pourrait encore s’aggraver si le référendum sur la réforme constitutionnelle prévu dans quelques jours donne les pleins pouvoirs à Recep Tayyip Erdogan, ce qui lui permettra de gouverner par décret, le parlement n’étant alors plus qu’une simple chambre d’enregistrement.

C’est pourquoi les fédérations de l'éducation de l'USS, de la CGT et de la CNT, soutiennent l’ensemble des militants de l’éducation particulièrement frappés par la répression mais aussi toutes celles et ceux en Turquie et au Kurdistan qui s’opposent à l’autocrate Recep Tayyip Erdogan.

Les fédérations de l'éducation de l'USS, de la CGT et de la CNT, affirment leur entière solidarité à Nuriye Gulmen et à Semih Ozakça au trente et unième jour de leur grève de la faim.

Avec Nuriye Gulmen et Semih Ozakça, revendiquons la levée de l’état d’urgence, la réintégration de tous les fonctionnaires révolutionnaires et démocrates licenciés et limogés, l’arrêt des licenciements illégaux et arbitraires, la réintégration des droits sociaux des treize mille chercheurs d’ÖYP et le droit d’enseigner librement sans pression politique.

Nuriye Gulmen et Semih Ozakça ont besoin de votre soutien.

 

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12 avril 2017 3 12 /04 /avril /2017 20:04

 

http://www.lemonde.fr/immigration-et-diversite/article/2017/04/12/a-grande-synthe-un-maire-combattif-des-associations-inquietes-et-des-migrants-desempares_5109746_1654200.html

 

A Grande-Synthe, un maire combatif, des associations inquiètes et des migrants désemparés

 

Par Geoffroy Deffrennes, correspondant du Monde à Lille

 

En l’espace de quelques heures, le camp de la Linière, ouvert au mois de mars 2016 par le maire d'Europe Ecologie Les Verts (EELV) de Grande-Synthe, Damien Carême, où intervient l'Organisation Non Gouvernementale (ONG) Médecins Sans Frontières (MSF), s’est consumé à quatre vingt pour cent. Dans la nuit du Lundi 10 Avril au Mardi 11 Avril 2017, des feux manifestement volontaires sont partis, après une série de rixes entre kurdes irakiens, historiquement majoritaires dans le camp, et afghans, arrivés lors de la fermeture de la jungle de Calais.

« Il n’y aura pas de reconstruction de nouveau campement ici », a déclaré le ministre de l’intérieur, Matthias Fekl, en déplacement à Grande-Synthe, Mardi 11 Avril 2017. Le maire de la ville, Damien Carême, de son côté, n’excluait pas de recréer un camp. Alors que l'état, qui a affirmé Mercredi 12 Avril 2017 avoir mis à l’abri mille deux cent personnes, envisage d’héberger les migrants dans des Centres d'Accueil et d'Orientation (CAO) répartis dans toute la France, rien ne garantit qu’ils accepteront de s’éloigner des points de passage vers la Grande Bretagne. Le risque est grand de voir se reconstituer des campements sauvages dans le Calaisis, ce que les autorités veulent à tout prix éviter.

Il sera difficile pour les enquêteurs de trouver des coupables. « On parle d’une attaque des cuisines, où vivent sommairement les afghans, qui n’ont pas droit aux cabanons, réservés aux kurdes, avec des représailles afghanes contre les chalets », croit savoir Christian Salomé, président de l’Auberge des Migrants.

Mardi, les rares kurdes qui desserraient les lèvres, allongés sur les pelouses ou sur des lits de camp dans les trois gymnases où ils ont été accueillis, sur les mille cinq cent personnes que le camp comptait, mille personnes ont été mises à l’abri, restaient évasifs. Quant aux afghans, impossible d’en trouver. « Ils ont peur des kurdes qui peuvent être violents. Ils se sentent indésirables », lâche un bénévole.

« J’ai entendu différentes versions. Je suis incapable de dire comment cela a commencé », affirme Damien Carême. « Mais nous avions monté ce camp pour sept cent personnes, au-delà les conflits devenaient inévitables. Je suis pour le maintien de ce camp, mais à condition de revenir à sa norme initiale ».

Dans son bureau, Mardi 11 Avril 2017, le maire de Grande-Synthe consulte ses messages sur sa tablette. « Je suis ragaillardi par les propositions d’aides que je reçois. Regardez, on m’envoie une photo des images de l’incendie diffusées sur l’écran géant d’une gare britannique ». Lundi 10 Avril 2017, Damien Carême participait au quatre vingt cinquième anniversaire de l’Union Nationale des Etudiants de France (UNEF) à Paris, « pour intervenir précisément sur les migrants », lorsqu’on l’a averti. « Plus de train, je suis resté au téléphone jusqu’à 3 heures du matin avec mon directeur de cabinet, Olivier Caremelle, puis levé à 5 heures du matin pour filer à la gare ».

Depuis quelques semaines, l’élu a pris son bâton de pèlerin. « La surpopulation du camp de Grande-Synthe est due au nombre insuffisant de CAO ». Le site du ministère de l’intérieur en dénombre près de quatre cent. Ils devaient recevoir les sept mille migrants expulsés de la jungle de Calais à l’automne 2016.

Le ministre de l’intérieur d’alors, Bruno Le Roux, avait émis l’idée de fermer la Linière, mais la ministre du logement, Emmanuelle Cosse, avait aussitôt donné un avis contraire. « La ministre a signé le 17 mars 2017 une prolongation de la convention de gestion du camp entre l’état, la commune et l’Association des Flandres pour l’Education, la formation des Jeunes et l’Insertion sociale (AFEJI) », rappelle Damien Carême. « Nous avions décidé de diminuer la taille du camp, démonté des tentes et retiré cent chalets. Mais depuis la fermeture de Calais, l’élan de création des CAO n’a pas été suffisant. Il manque quatre mille places ».

Le maire est donc parti sur les routes. « Je parcours les mairies. Je suis allé à La Rochelle, Niort, Grenoble, Montpellier, Bourg-la-Reine et Arras, je vais à Angers dans quelques jours, partout je vois des maires contents de leur CAO, pas un ne m’a dit que cela se passait mal. J’encourage à en créer ». Son voisin, le maire de Saint-Pol-sur-Mer, Christian Hutin, estimait Mardi 11 Avril 2017 dans la presse locale que quatre vingt dix pour cent des migrants ne voulaient pas aller dans les CAO. « C’est absurde », réplique Damien Carême. « La grande majorité accepte. Les exceptions sont dans des CAO où le lien est moins efficace ».

Mardi 11 Avril 2017, devant la salle de sport Victor-Hugo, quelques centaines de réfugiés prennent leur repas du jour, tardivement. Les membres de l’AFEJI refusent de répondre aux questions, tout comme les fonctionnaires de l’Office Français de l’Immigration et de l’Intégration (OFII).

« On nous a interdit de répondre à la presse », explique poliment une jeune fille au blouson rouge de l’OFII. Même refus d’Hervé Desvergnes, le responsable des cinquante deux salariés de l’AFEJI recrutés pour le camp, dont certains se retrouveront peut-être au chômage, « la parole aux ministres ce soir ».

A l’intérieur du gymnase, des couples se reposent, essayant d’occuper les enfants. Un bébé de quelques semaines est pris en charge par le Comité International de la Croix-Rouge (CICR). La directrice de l’école élémentaire Francisco-Ferrer, où sont scolarisés les enfants du camp, et deux institutrices s’affairent. Ces enseignantes ont pris l’habitude de continuer à s’occuper de ces enfants durant les vacances scolaires, bénévolement.

Devant la halle du Basroch, les membres de l’association britannique Dunkirk Legal Support Team (DLST), créée au mois d’avril 2016, sont, eux, plus loquaces. Evelyn Mac Gregor, quinquagénaire écossaise, et Niamh Quille, jeune anglaise, mettent leurs connaissances en droit au service des mineurs.

Lucille Agins est la seule française de l’association. Après son master en droits de l’homme à Grenoble, elle s’est engagée en service civique au Comité Inter Mouvements Auprès Des Evacués (CIMADE) et auprès de DLST. « A l’origine, il s’agissait d’information et d’orientation, puis l’association s’est développée au sein de Citizens United Kingdom. Car le problème des mineurs isolés de leur famille en Grande-Bretagne devient aigu ».

Alors qu’on ignorait, Mardi 11 Avril 2017, où étaient passés les cinq cent migrants non abrités dans les gymnases, Corinne Torre, coordinatrice des programmes de MSF, imagine un avenir sombre.

« Cela donne l’impression qu’ils sont violents, mais les tensions viennent du manque de management, pour accompagner ces réfugiés, il faut du personnel. Nous le voyons aussi à Paris, entre afghans et soudanais, à la Chapelle. J’ai entendu parler de transferts vers les CAO, c’est une utopie, il n’y a pas mille cinq cent places libres. Ils vont se disperser et certains iront sans doute aussi à Paris ».

 

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12 avril 2017 3 12 /04 /avril /2017 19:29

 

http://www.arte.tv/guide/fr/047435-001-A/ni-dieu-ni-maitre-une-histoire-de-l-anarchisme-1-2

 

Ni dieu ni maitre, une histoire de l'anarchisme

 

Du manifeste fondateur de Pierre Joseph Proudhon en 1840 à la chute de Barcelone en 1939, cette fresque documentaire fait revivre la richesse foisonnante d'un mouvement multiforme, montrant combien l'anarchisme continue d'irriguer tout le champ des luttes sociales et politiques.

 

Pourquoi l'anarchisme est-il perçu aujourd'hui comme marginal ? Comment expliquer que, alors que ses combats et ses mots d'ordre libertaires et égalitaires ont largement contribué à écrire l'histoire des luttes sociales et des révolutions et qu'ils résonnent aujourd'hui avec une force nouvelle, ses origines aient été à ce point oubliées ? Cette passionnante fresque documentaire, qui retrace pour la première fois les débats et les événements clés de l'histoire de l'anarchisme sur un siècle, de 1840 à la seconde guerre mondiale, élucide en partie le paradoxe. D'une part, les pouvoirs que les anarchistes ont toujours défiés, parfois la bombe à la main, sont largement parvenus, par la répression et la propagande, à museler ou discréditer leur pensée.

 

D'autre part, la diversité étonnante d'un mouvement d'envergure mondiale, mais qui a refusé avec constance tout embrigadement derrière un chef ou une doctrine, a contribué à occulter, dans la mémoire collective, son rôle pionnier dans les conquêtes sociales, de la journée de huit heures à l'émancipation des femmes. De Paris à Chicago, de Tokyo à Mexico, de Saint-Pétersbourg à Barcelone, Tancrède Ramonet redonne vie à cette richesse foisonnante à travers l'évocation de ses principales figures, le récit d'une dizaine de spécialistes et de très belles archives.

 

Qu'est-ce que la propriété ? C'est avec ce manifeste fondateur qu'en 1840 l'ouvrier typographe Pierre-Joseph Proudhon jette les bases d'une solution anarchiste à la misère terrible qui se développe depuis le début du siècle dans les grands bassins industriels. En 1864, lors du congrès de la première internationale des travailleurs à Londres, les anarchistes sont largement majoritaires. Mikhaïl Bakounine voit dans la dictature du prolétariat proposée par Karl Marx « la menace d'une effrayante bureaucratie rouge ». De la Commune de Paris, en 1871, à la grève générale de 1906, de l'émergence des bourses du travail à celle des grandes organisations syndicales, des premiers votes féminins aux communautés de vie alternative, de l'éducation populaire à la mise en place d'écoles libertaires, le mouvement anarchiste suscite des expériences révolutionnaires inédites et se révèle l'un des principaux promoteurs des grandes avancées sociales. De Ravachol à Jules Bonnot, de l'assassinat de Sadi Carnot en 1894 à celui d'Umberto Premier en Italie en 1900, ce premier épisode rappelle aussi que la propagande par le fait que choisissent certains anarchistes inaugure un terrorisme international qui cible avec succès les sommets de l’état, mais qui contribue à forger sa légende noire.

 

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