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4 novembre 2013 1 04 /11 /novembre /2013 19:29

 

Morsi défie les juges en Egypte, procès ajourné au 8 janvier

 

LE CAIRE (Reuters) - Le président déchu Mohamed Morsi a défié les juges au premier jour de son procès pour incitation à la violence lundi au Caire, scandant « à bas le régime militaire » et se présentant comme le seul chef « légitime » de l'état égyptien.

 

Le dirigeant islamiste, écarté par l'armée le 3 juillet après de grandes manifestations de rue, a manifesté sa colère et interrompu l'audience à plusieurs reprises, conduisant le tribunal à suspendre les débats avant d'ajourner le procès jusqu'au 8 janvier.

 

Mohamed Morsi, qui était détenu au secret depuis son renversement, risque, comme quatorze autres dirigeants des frères musulmans qui comparaissaient avec lui, la peine de mort ou la réclusion à perpétuité s'il est reconnu coupable.

 

Tous sont poursuivis pour incitation au meurtre et à la torture de manifestants devant le palais présidentiel en décembre 2012. L'acte d'accusation se réfère à la mort de dizaines de personnes lors d'affrontements entre frères musulmans et opposants qui protestaient contre un décret étendant les pouvoirs de Mohamed Morsi, élu six mois plus tôt.

 

Les partisans des frères musulmans dénoncent un simulacre de procès visant à effacer du paysage politique la confrérie, déjà décimée par une violente répression depuis juillet, et à renforcer la mainmise d'un état policier.

 

Les journalistes avaient interdiction d'utiliser leur téléphone portable dans la salle d'audience installée dans une école de police, où l'ancien président a été transféré par hélicoptère. Mais la télévision publique a diffusé de brèves images de Mohamed Morsi, les premières depuis sa destitution le 3 juillet.

 

Vêtu d'un costume bleu sombre, Mohamed Morsi est d'abord filmé en train de sortir d'une fourgonnette blanche et de reboutonner sa veste, puis derrière les barreaux d'une cage où il a comparu aux côtés des autres prévenus, qui portent l'uniforme blanc des prisonniers.

 

LA PLACE TAHRIR BOUCLÉE

 

Les co-prévenus applaudissent à l'arrivée de Morsi, font de la main le geste de ralliement de la confrérie, quatre doigts levés et le pouce replié, et tournent parfois le dos à la cour.

 

« Ce procès est illégitime », lance le président déchu, qui aurait refusé de porter l'uniforme des détenus selon les médias officiels égyptiens. « C'est un coup d'état militaire criminel », dit-il avant l'interruption des débats. « Je suis Mohamed Morsi. Je suis président de la république », dit-il aussi.

 

« Nous sommes dans un état, pas dans un camp militaire. A bas le régime militaire », lance-t-il. « Je témoigne que ce qui se passe découle d'un putsch militaire. Je demande à la justice égyptienne de ne pas se faire le complice du coup de force militaire ».

 

Certains des co-prévenus ont profité de la présence de journalistes dans la salle d'audience pour leur dire qu'ils avaient été maltraités durant leur détention. « J'ai été maintenu pendant soixante jours dans ma cellule », a ainsi déclaré à Reuters le dirigeant de la confrérie, Mohamed el Beltagui, à l'intérieur de la cage où il était enfermé.

 

Un autre islamiste, Alaa Hamza, a dit avoir été torturé et a retiré sa chemise pour montrer aux journalistes ce qu'il a présenté comme des marques de mauvais traitements.

 

Oussama Morsi, fils de l'ancien président, a dit par téléphone à Reuters que son père avait refusé d'être représenté par un avocat de la défense et que sa famille n'assisterait pas au procès. « Nous ne reconnaissons pas ce procès. Nous sommes fiers de mon père et nous nous sentons confortés par sa position ».

 

L'audience a eu lieu là même où Hosni Moubarak, renversé en février 2011, est jugé pour complicité dans le meurtre de manifestants lors de la « révolution du Nil ».

 

Mohamed Morsi a ensuite été transféré dans la prison de Borg al-Arab, à Alexandrie, et non dans celle de Torah, au Caire, comme l'avait dit une source des services de sécurité.

 

Des centaines de partisans de Mohamed Morsi s'étaient réunis pour l'ouverture du procès devant l'école de police afin de lui exprimer leur soutien et dénoncer une nouvelle fois son éviction par le chef d'état-major des forces armées, le général Abdel Fattah al Sissi. « La volonté du peuple a été violée », pouvait-on lire sur une des banderoles déployées par les manifestants.

 

Dans le centre du Caire, la place Tahrir, épicentre des manifestations de l'hiver 2011 et des mouvements de contestation qui ont suivi, a été bouclée par les forces de l'ordre.

 

Le trafic était fluide, signe que de nombreux pro-Morsi ont préféré rester chez eux par peur de la répression.

 

RISQUE D'ESCALADE

 

Au cours du week-end, un haut responsable des frères musulmans a jugé que « si Morsi était condamné, il y aurait une escalade majeure par le biais de manifestations pacifiques et sans l'usage de la force ». Il n'a pas exclu que d'autres islamistes puissent prendre les armes contre l'état.

 

Depuis la chute du premier président démocratiquement élu de l'histoire de l'Egypte, le gouvernement intérimaire appuyé par les militaires a lancé une implacable répression contre la confrérie islamiste, tuant des centaines de ses partisans et arrêtant presque tous ses dirigeants.

 

Parallèlement s'est déclenchée une vague de violences sans précédent depuis l'insurrection islamiste des années 1990, qui a fait une centaine de morts dans les rangs des forces de sécurité.

 

L'armée accuse les frères musulmans d'encourager le terrorisme mais la confrérie rejette tout lien avec des activités violentes.

 

« Ce procès est un test pour les autorités égyptiennes », estime Hassiba Hadj Sahraoui, directrice adjointe du programme Moyen-Orient et Afrique du Nord d'Amnesty International.

 

« Elles devraient lui accorder un procès équitable, avec la possibilité de remettre en question les preuves présentées contre lui. Sinon, elles ne feront qu'accentuer les interrogations sur les raisons véritables de ce procès ».

 

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4 novembre 2013 1 04 /11 /novembre /2013 19:16

 

Des bonnets rouges occupent la sous préfecture de Morlaix

 

PARIS (Reuters) - Environ deux cent salariés de l'entreprise agro alimentaire en difficulté Tilly-Sabco, deuxième exportateur de poulets français, ont occupé lundi la sous-préfecture de Morlaix (Finistère) pour réclamer des aides.

 

Les manifestants, portant des bonnets rouges mais dont l'action n'est pas directement liée à l'écotaxe, ont détruit la grille d'entrée du bâtiment pour pénétrer dans la cour où ils ont allumé des feux.

 

Le préfet du Finistère, Jean-Luc Videlaine, a prévenu que cette occupation ne serait pas tolérée longtemps.

 

« On va continuer la discussion avec ceux qui sont sur place et l'appel à la raison. Mais une situation de blocus prolongée ne serait pas tolérable », a-t-il dit sur BFMTV.

 

Présent sur les lieux, Daniel Sauvaget, le PDG de Tilly-Sabco, a expliqué faire partie intégrante des manifestants, sans être l'initiateur de l'opération, pour exprimer « le ras-le-bol » de la profession.

 

« Il y a cinq mille emplois en jeu dans notre filière », a-t-il dit sur la même chaîne.

 

Les salariés de la société en difficulté financière ont dit vouloir camper sur place « jusqu'à l'arrivée de Stéphane Le Foll », le ministre de l'agriculture, attendu vendredi en Bretagne.

 

Tilly-Sabco a annoncé la semaine dernière qu'à partir de janvier, l'entreprise cesserait son activité de poulet export, qui représente quatre vingt dix pour cent de son chiffre d'affaires.

 

Cette décision menace un millier d'emplois, selon elle.

 

Les salariés réclament surtout la réinstauration des subventions européennes à l'exportation supprimées en juillet dernier par la commission de Bruxelles.

 

La France se taillait la part du lion dans ces aides puisqu'elle a absorbé 93,7% du budget européen de cinquante cinq millions d'euros qui y était consacré pour la campagne 2012-2013.

 

Leur suppression n'a suscité aucune protestation dans les autres pays de l'Union Européenne.

 

La commission a justifié la mesure par la baisse des cours des aliments pour les volailles et les bonnes perspectives d'exportation vers les pays tiers à l'Union Européenne.

 

Le gouvernement français a demandé à l'exécutif européen de revenir sur sa position, au moins temporairement, le temps de trouver une solution à la crise de l'élevage en Bretagne.

 

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3 novembre 2013 7 03 /11 /novembre /2013 16:41

 

Morsi à la barre

 

Une mascarade

 

Par Chérif Boudelal

 

Dimanche 3 Novembre 2013

 

Le procès mascarade du président égyptien, Mohamed Morsi, se déroulera Lundi 4 Novembre 2013 au Caire. Un jour auparavant le secrétaire d’État US, John Kerry, arrive dans la capitale égyptienne. Doit-on croire que l’arrivée de ce dernier au Caire est une simple coïncidence ? Certains « politologues » US pensent que ce dernier va au Caire pour demander aux autorités à ce que le procès du président kidnappé soit « équitable ». Comme si on nous disait que le loup visite la bergerie pour s’enquérir de la sécurité des moutons.

 

Après la révélation d’Edward Snowden montrant que les USA sont le premier état voyou dans le monde, n’ayant plus confiance en leurs compatriotes qui manipulent les secrets de l’état, Obama a dépêché Kerry pour faire ce voyage en urgence. Sa mission ultra secrète consisterait à donner en main propre des directives écrites aux putschistes. Sa visite en Égypte va durer à peine une heure avant de s’envoler pour les pays des monarchies pétro dollars pour les féliciter de leur soutien au coup d’état militaire, en étant très généreux avec les putschistes. Il va certainement leur recommander de réprimer toute tentative de protestation des peuples contre les régimes établis, afin de sauver la « démocratie » dans ces pays modèles, vénérés par la « démocratie occidentale ». Comme dit l’adage « l’argent n’a pas d’odeur », et surtout ceux qui en sont les esclaves n’ont aucun honneur.

 

Quel serait le secret que Kerry apporte aux putschistes égyptiens ? Certainement celui de leur dire de ne pas lâcher le morceau, de faire durer le procès de Morsi et de ses coreligionnaires le plus longtemps possible dans le but de laisser se fatiguer les manifestants qui le soutiennent en essayant de limiter leurs assassinats. Ainsi, ils montreront au monde que la « démocratie dictatoriale » est dans la bonne voie. Car la démocratie pour les USA et leurs complices se limite à la répression de tous ceux qui se réclament de l’islam

 

De quelle démocratie parle-t-on ? On soutient un coup d’État contre un président élu par le peuple, et dans le même temps on soutien les coupeurs de mains et de têtes, les violeurs de femmes et de petites filles, les geôliers et assassins des opposants en Arabie Saoudite et dans les « états » du golfe. Les USA font des éloges à ces régimes dictatoriaux en prétendant donner de leçons de démocratie et des droits de l’homme aux peuples du tiers monde. Le but de cette mascarade serait pour les USA de créer un Israël bis en Égypte pour étrangler davantage la bande de Gaza.

 

Ces impérialistes n’ont pas tiré de leçons de leurs expériences en Afghanistan et en Irak. Ils n’ont pas compris qu’ils peuvent occuper, voire détruire un pays entier, mais ils ne pourront jamais entamer la volonté de son peuple de se libérer. Quant aux régimes arabes de la honte, ils ne savent pas, ou font semblant de ne pas le savoir, que « l’amitié » que leur manifestent les USA et leurs complices c’est de s’accaparer de leurs richesses, mais dans le fond, ils les méprisent allègrement. Quand ces marionnettes arabes qui gouvernent leurs peuples avec une main de fer se réveilleront et comprendront que les USA les regardent avec mépris, que seules leurs richesses les intéressent ?

 

L’image de Nasser exploitée par al Sissi

 

Le général al-Sissi exploite la mémoire de Nasser en faisant accrocher son portrait à côté de celui du raïs dans tous les lieux et toutes les circonstances, dans le but de se donner une popularité auprès du peuple égyptien. La comparaison est grotesque.

 

Al Sissi qui se vend avec une poignée de dollars aux USA veut se comparer à Nasser qui a démontré le contraire. Nasser a fait construire « Borj al Kahira », la tour touristique du Caire (équivalant de la tour Effel à Paris), à Zamalek, avec les dollars US qui lui étaient destinés pour le corrompre. « Fait construire une tour aux touristes afin qu’elle soit témoin de la stupidité des américains », aurait dit à son ministre du tourisme (information donné par la revue « Rozal Youssef » en 1976). Le peuple égyptien n’est pas dupe. Comparer Sissi à Nasser c’est comme si on compare l’hyène au lion.

 

Que le peuple égyptien continue de descende dans les rues par millions jusqu’à ce qu’il se réapproprie sa révolution. Que les manifestations ne s’arrêtent pas jusqu’à ce que les putschistes prennent la fuite ou un « messie », car ils commencent déjà à comprendre que leur place n’est pas parmi le grand peuple égyptien dont la détermination est inéluctable. Et que les peuples arabes fassent la même chose là où c’est nécessaire, car leur destin, comme leurs ennemis, est le même.

 

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3 novembre 2013 7 03 /11 /novembre /2013 16:20

 

http://www.francoisdelapierre.fr/route-clermont-somonte-marinaleda

 

Sur la route de Clermont, par Somonte et Marinaleda

 

Par François Delapierre

 

Jeudi 10 Octobre 2013

 

Cela fait du bien ! Je pouvais craindre qu’une plongée de trois jours en Espagne, pays martyrisé par la troïka austéritaire, me mettrait le moral à zéro. Au contraire, j’en suis revenu avant-hier avec une bonne provision d’énergie.

 

Il faut dire que le voyage a commencé par la visite de deux foyers de résistance particulièrement inspirants, Somonte et Marinaleda, en Andalousie. J’y suis allé les élections municipales en tête. Eh oui, la route des municipales, qui me conduira ce week-end à Clermont Ferrand, pour la convention du Parti de Gauche consacrée à l’adoption de notre programme, passe parfois assez loin de ma ville de Sainte-Geneviève-des-Bois. Mais ce n’est qu’en apparence un détour. Car on rencontre surtout au niveau local des problèmes généraux. Il y a donc beaucoup à apprendre de la manière dont ceux-ci ont été traités ailleurs, surtout lorsque cela a été fait par les méthodes efficaces et concrètes de la révolution citoyenne.

 

L’Andalousie et ses immenses terres brûlées par le soleil. Des terres qui sont le plus souvent aux mains d’une poignée de latifundiaires, dont de nombreux « grands d’Espagne » qu’aucune révolution, depuis l’écrasement par Franco de la république espagnole, n’est venue contraindre à partager. Une immense population de travailleurs agricoles, ceux qui n’ont pas émigré, tente d’y subsister. L’exploitation latifundiaire est économe en bras, qu’elle traite et paie fort mal. Le travail est dur et manque donc sans cesse. Ces dernières années, beaucoup de travailleurs agricoles se sont embauchés dans le secteur de la construction, qui explosa dans tout le pays et plus encore sur la côte, bulle gonflée par un afflux gigantesque d’investissements étrangers. Mais la bulle éclata après 2008, frappant d’un même coup les travailleurs du bâtiment et les propriétaires endettés. D’un côté, des milliers de familles ont été expulsées de leurs logements par une loi qui va jusqu’à rendre les parents solidaires sur leur propre maison des crédits hypothécaires souscrits par leurs enfants. De l’autre, des milliers de logements sont vides, des chantiers sont arrêtés et trente pour cent de la population est au chômage et condamnée dès lors à ne plus pouvoir payer ses traites.

 

Ouvriers agricoles au chômage ou propriétaires expulsés se heurtent à un même obstacle, l’accaparement de la propriété par quelques oligarques et par les banques.

 

Nulle part on ne voit leurs visages, partout on voit leurs dégâts. A Séville, ce sont les banques qui expulsent à tour de bras et c’est aussi une banque qui possède la « Corrala Utopia », cet immeuble de standing investi par trente six familles jetées à la rue. Il y sept « corralas » comme celle-ci dans la ville. Lorsque j’y suis passé, une réunion régionale de collectifs de lutte pour le logement battait d’ailleurs son plein. Les habitants de la Corrala Utopia sont aussi bien d’anciens locataires que d’anciens propriétaires. Après des mois voire des années à attendre auprès de diverses permanences sociales ou juridiques une solution permettant de les loger, ils ont décidé d’occuper cet immeuble vide. Les autorités ont immédiatement coupé l’eau et l’électricité, pensant que cela suffirait à les faire partir. Peine perdue. Cela n’entame en rien le moral de cette dame qui part devant moi se laver les cheveux à la fontaine. Ses voisins ont installé un générateur solaire pour alimenter leur appartement. De toute façon, les admonestations officielles sont impuissantes car les importants sont infichus de répondre à une question simple, partir pour aller où ? Ici aucun Valls n’a encore osé dire que les mal logés sont culturellement inintégrables !

 

Enfin logées, les familles retrouvent une dignité. Elles survivent le plus souvent grâce à des petits boulots. Mais surtout grâce à la solidarité que beaucoup découvrent comme une chose nouvelle. Certains habitants laissent leur porte d’appartement ouverte et tous s’efforcent de dépanner le voisin en cas de besoin. J’ai souvent rencontré dans nos quartiers populaires cette conscience concrète de la nécessité vitale de la solidarité.

 

Mais il s’agit d’une découverte pour beaucoup de ces familles qui vivaient il y peu selon les normes égoïstes des classes moyennes satisfaites d’elles-mêmes et indifférentes aux malheurs des « perdants ».

 

A Séville, les militants qui viennent soutenir l’occupation sont souvent issus du Mouvement du 15 Mai. Beaucoup de leurs membres se proclament farouchement apolitiques. A Somonte, à une heure de route de la ville, ce sont les travailleurs agricoles du syndicat SOC-SAT qui occupent une terre depuis le 4 mars 2012 avec le soutien actif et officiel des militants d’Izquierda Unida, le parti de l’autre gauche espagnol. Le syndicat SOC-SAT est connu pour avoir organisé l’occupation de quelques-uns des gigantesques domaines qui sont restés là-bas aux mains de « marques » ou « duques » de quelque chose y quelque chose. Mais cette fois, la terre appartient à la région, la Junta de Andalucía. Elle l’utilisait jusqu’alors pour produire des bio carburants, une activité permettant de salarier deux personnes à temps plein mais assurant surtout le versement de subventions européennes de la PAC. Puis la Junta décida de vendre son exploitation pour faire rentrer de l’argent. Assez classique par ces temps austéritaires, le SAT-SOC décida alors de l’occuper, refusant qu’elle aille rejoindre la masse des terres accaparées tout autour de Somonte par des oligarques.

 

La première tâche des paysans qui s’y installèrent fut de transformer la production de la finca Somonte. Six familles y vivent désormais grâce aux cultures non irriguées dites « en secano » (blé, tournesol, avoine, orge et pois chiches) mais surtout grâce aux cultures irriguées « en regadío » (tomates, salades, artichauts, courgettes, blettes et poivrons), qui nécessitent beaucoup plus de main d’œuvre. Lors de sa dernière visite avec Martine Billard, mon camarade François Ralle Andreoli, l’infatigable animateur du comité du Parti de Gauche des français de l’étrangers qui couvre non seulement l’Espagne mais aussi toute la Méditerranée depuis le Portugal jusqu’à la Turquie et Israël, avait trouvé l’équipe de Somonte fatiguée.

 

N’ayant pas de titre légal sur cette terre, il faut dire qu’ils ne peuvent ni emprunter pour investir ni bénéficier de subventions. Depuis, l’ambiance a complètement changé. Des responsables du SOC-SAT sont venus tenir une grande réunion qui a donné à l’exploitation une nouvelle impulsion. Ils ont notamment prévu pour les prochains jours une grande opération de labourage de grandes étendues de terre qui n’avaient jamais été mises en culture et qui seront prochainement plantées (les récoltes étant ensuite achetées par les coopératives agricoles proches du SOC-SAT). Ce dimanche, nous vîmes même arriver à Somonte un petit troupeau de chèvres et moutons donné par un agriculteur partant en retraite. Bref, en forgeant des projets ambitieux, les animateurs du lieu ont redonné à tous le moral. Et je pressens la fierté qu’ils ressentiront après avoir mis en culture des terres que la Junta avait toujours laissées en jachère.

 

En les voyant faire, je me prends à imaginer ce que produirait une politique systématique de mise en culture des terres que détient la Junta de Andalucía (on me dit qu’elle en possèderait plus d’un million). Il y aurait des dizaines de milliers d’emplois à la clé, avec un modèle écologiquement soutenable puisque tourné vers la consommation de proximité et non vers l’exportation. Je me prends même à imaginer la transformation du paysage andalou que produirait le développement de cultures irriguées voire la reconstitution d’une partie des forêts qui couvraient cette région avant que l’homme ne les détruisent il y a plus de mille ans. Au lieu d’encourager une telle transition sociale et écologique, la PAC bruxelloise gave les gros propriétaires et encourage les exploitations qui font du volume au détriment de l’emploi et de l’environnement. Quand elle ne va pas dans la poche d’exploitations qui ne cultivent guère que les subventions.

 

L’aventure de Marinaleda, une commune de deux mille six cent habitants, commença elle aussi avec l’occupation de terres agricoles par le SOC-SAT auquel appartenait son maire Juan Manuel Sánchez Gordillo. Après plusieurs tentatives acharnées, les habitants de Marinaleda obtinrent que l’état rachète mille deux cent hectares de terres qui appartenaient au duc de l’Infantado pour les mettre à la disposition de la commune. La coopérative agricole de l’Humoso était née. Pour améliorer la valeur ajoutée de sa production, une conserverie a été créée depuis cette date, là encore sous la forme d’une coopérative. Chaque salarié perçoit le même salaire horaire (presque le double du salaire minimum) et le travail est réparti entre tous ceux qui se présentent à l’assemblée générale où s’effectuent régulièrement les embauches.

 

C’est une ouvrière de la coopérative, par ailleurs conseillère municipale, Dolores Tejada, qui m’explique son fonctionnement. Jusqu’à la crise, la coopérative embauchait au-delà de la commune mais depuis il a fallu réserver les embauches aux habitants de la ville. D’autant que la coopérative a perdu un gros marché avec une chaîne de supermarchés. La marque Humar résiste globalement bien grâce à l’économie réalisée sur le coût du capital (ici on ne paie aucun dividende) mais elle souffre néanmoins de la concurrence des productions délocalisées.

 

Une autre réalisation que nous avons visitée à Marinaleda est un quartier de maisons en auto construction. Le principe est simple. La ville fournit un architecte, quelques chefs de travaux, les matériaux de construction et le terrain à un groupe d’habitants qui construit ensuite lui-même un ensemble de maisons.

 

A l’issue des travaux, qui représentent de deux cent à quatre cent jours de travail, les participants se répartissent les maisons. Les personnes ayant eu le moins de journées d’absences choisissent en priorité (même si dans le quartier les maisons sont toutes d’une surface identique de quatre vingt dix mètres carrés, avec un patio de cent mètres carrés, certaines sont par exemple plus près de la route ou se trouvent à un angle). Les habitants doivent ensuite verser une participation de quinze euros par mois pour rembourser les matériaux de construction. Les maisons sont de fait réservées à l’usage des constructeurs ou de leurs enfants, puisqu’en cas de revente, la mairie les acquiert au prix des journées de travail passées par l’habitant. Sur le parking en bordure du quartier, un habitant venu de Madrid, me dit « avant je ne connaissais pas le communisme ». Je crois que c’est la seule fois que j’ai entendu cela de ma vie ! C’est en tout cas la preuve que l’on peut faire vivre des idéaux très larges à travers des réalisations locales pour peu que celles-ci s’appuient pour de bon sur l’implication populaire, à travers des expériences qui transforment ceux qui y participent.

 

Ce week-end à Clermont-Ferrand, nous accueillerons un jeune adjoint de Marinaleda, Sergio Gómez Reyes, qui représentera le maire malheureusement victime d’un problème de santé. La première adjointe qui nous reçut à Marinaleda, Esperanza Saavedra, est aussi une jeune femme. La relève a l’air bien assurée ! Je l’espère car cette commune apporte la preuve que l’on peut vivre dignement et en paix pour peu que l’on partage et pour peu que l’on résiste à la tyrannie du profit privé. Ce sera notre feuille de route aux municipales. C’est autre chose que les comptes d’apothicaires que je découvre chez certains responsables communistes parisiens. Dur retour!

 

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3 novembre 2013 7 03 /11 /novembre /2013 15:52

 

http://www.legrandsoir.info/marinaleda-le-village-modele-communiste-d-espagne-the-observer.html

 

Marinaleda, le village modèle communiste d’Espagne

Par Dan Hancox, The Observer, Dimanche 20 Octobre 2013

Il fut un temps où, dans une Andalousie déshéritée, Marinaleda devait traverser de terribles épreuves. Sous la direction d’un maire charismatique, le village s’est auto proclamé utopie communiste et s’est emparé de terres arables afin de subvenir aux besoins de chacun. Pourrait-il apporter la réponse à la faillite du capitalisme moderne ?

En 2004, en feuilletant un guide de voyage sur l’Andalousie, alors que je passais mes vacances à Séville, je tombai sur une brève allusion à un petit village perdu, appelé Marinaleda, une « utopie communiste » d’ouvriers agricoles révolutionnaires, tels étaient les termes employés. Ma fascination fut immédiate, mais je ne pus trouver quasiment aucun détail pour l’alimenter. En dehors de ce bref résumé, les renseignements disponibles sur ce village étaient trop peu nombreux, que ce soit dans le guide, sur internet, ou encore dans la bouche des étrangers que je croisai à Séville. Quelques-uns d’entre eux me dirent « ah, oui, le petit village communiste bizarre, l’utopie ». Mais aucun d’entre eux ne l’avait visité, ni ne connaissait quelqu’un l’ayant visité, et personne ne sut me dire s’il s’agissait véritablement d’une utopie. Le mieux que l’on put faire, fut de me fournir ce renseignement supplémentaire, il possédait un maire excentrique, charismatique, à la barbe de prophète et dont la présence valait celle d’un démagogue, du nom de Juan Manuel Sánchez Gordillo.

Je finis par en apprendre davantage. La première partie du miracle de Marinaleda tient à ce qu’aux débuts de sa lutte pour créer une utopie, à la fin des années 1970, il partit d’une situation de pauvreté extrême. Le village souffrait d’un taux de chômage supérieur à soixante pour cent, il s’agissait d’une communauté de paysans sans terres, dont les membres devaient fréquemment se passer de nourriture pendant des jours entiers, à une période rongée par le doute de l’histoire de l‘Espagne, celle qui suivit la mort du dictateur fasciste, le général Franco. La deuxième partie du miracle de Marinaleda tient à ce que, en l’espace de trois décennies extraordinaires, il remporta la victoire. En 1985, alors que ce voyage remarquable de luttes, de sacrifices, était déjà bien entamé, Sanchez Gordillo confia au journal El Pais que « nous avons appris qu’il ne suffit pas de définir l’utopie, pas plus qu’il ne suffit de combattre les forces réactionnaires. On se doit de construire ici et maintenant, brique après brique, avec patience mais sans interruption, jusqu’au jour où nous pourrons faire de nos vieux rêves une réalité, quand il y aura du pain pour tous, que la liberté règnera parmi les citoyens et que nous pourrons lire le mot paix avec respect. Nous croyons sincèrement qu’il n’est pas d’avenir qui ne soit construit dans le présent. »

Comme il sied à un rebelle, Sánchez Gordillo aime beaucoup citer Che Guevara, plus précisément cette maxime du Che qui nous dit que « seuls les rêveurs verront un jour leur rêves devenir réalité ». Dans un petit village du sud de l’Espagne, il ne s’agit pas seulement d’un slogan sur un t shirt.

Au printemps 2013, l’Andalousie compte trente six pour cent de chômeurs, un taux ahurissant, pour ceux qui ont entre seize et vingt quatre ans, le chiffre est supérieur à cinquante cinq pour cent, des chiffres qui sont encore pires que la moyenne nationale, elle-même astronomique. Dans les années 2000, l’essor de l’industrie du bâtiment se traduisit par un amoncellement de grues le long de la côte, en même temps qu’il encourageait une génération à ne pas finir ses études, pour accepter les emplois à quarante mille euros par an, que proposaient les chantiers de construction. Ces emplois se sont envolés, et rien ne va les remplacer. Alors que la silhouette menaçante de la Banque Centrale Européenne se dessine par-dessus son épaule, le premier ministre Mariano Rajoy a introduit des réformes du marché du travail qui facilitent les procédures de licenciement des employés par les entreprises, les accélèrent tout en diminuant le montant des indemnités, et ce sont ces nouvelles lois qui tracent aujourd’hui des andains dans la main d’œuvre espagnole, dans le privé comme dans le public.

Entre 1996 et 2008, le marché espagnol de l’immobilier connut un essor foudroyant. Au cours de ces douze années, le prix du mètre carré de terrain tripla, sa crise renvoie aujourd’hui le reflet tragique de l’ampleur de son augmentation. Sur le plan national, depuis 2008, ce sont près de quatre cent mille familles qui ont été expulsées. Là encore, la situation est particulièrement grave dans le sud, chaque jour, les banques y flanquent quarante familles par jour à la porte de chez elles. Pire, selon la législation espagnole en matière de logement, une fois que votre prêteur vous a expulsé, vous n’en avez pas fini, il vous faut continuer à rembourser l’emprunt. Derniers gestes d’impuissance, les suicides de propriétaires à deux doigts de la saisie, sont devenus d’une effroyable banalité, plus d’une fois, ceux qu’on venait expulser se précipitèrent par leur fenêtre, pendant que l’huissier montait l’escalier.

En Espagne, quand les gens mentionnent la crise, c’est à la crise de l’euro-zone qu’ils font référence, une crise économique, mais ce terme veut dire bien plus. C’est une crise systémique, celle d’une écologie politique fissurée d’un bord à l’autre, une crise dont tout semble dire qu’elle résulte de la propagation d’une corruption endémique parmi les élites du pays, qu’il s’agisse des politiciens, des banquiers, des membres de la famille royale, ou encore de bureaucrates, elle est également une crise de foi en l’accord démocratique instauré après la mort du général Franco en 1975. En Décembre 2012, un sondage réalisé par le centre pour la recherche sociologique (un organisme public) révéla que 67,5% des espagnols n’étaient pas satisfaits du fonctionnement de leur démocratie. C’est ce mépris pour l’état espagnol en général, plus que les simples effets de la crise économique, qui fit descendre dans la rue huit millions d’indignados, au printemps et à l’été 2011, et qui inspira leur cri de ralliement « Democratia Real Ya » (une vraie démocratie, maintenant).

Pourtant, dans un village du cœur sauvage de l’Andalousie, l’ordre et la stabilité règnent. Comme le village d’Astérix, qui accomplit la tâche impossible consistant à résister encore et toujours aux romains, un grand empire a trouvé à qui parler avec ce minuscule peuple, et son armée en guenilles de parvenus turbulents, qui aspirent à la liberté. Le combat semble déséquilibré au point d’en être risible, la population de Marinaleda compte deux mille sept cent personnes, l’Espagne quarante sept millions, cependant, à maintes et maintes reprises, l’empire a connu la défaite.

En 1979, à l’âge de trente ans, Sánchez Gordillo devint le premier maire élu de Marinaleda, un poste qu’il occupe depuis, sans interruption, il est réélu, scrutin après scrutin, à une écrasante majorité. Cependant, occuper des places officielles de pouvoir, reconnues par l’état, ne servit qu’à le divertir de son travail sérieux,  la lutte. Dans la chaleur intense de l’été 1980, le village lança « une grève de la faim contre la faim », qui les fit connaître de toute la nation, et leur valu même une reconnaissance mondiale. Tout ce qu’ils ont accompli depuis l’été de cette année-là, n’a fait qu’accroître la notoriété de Sánchez Gordillo et de son village, ainsi qu’augmenter le nombre de leurs admirateurs, comme de leurs ennemis, dans toute l’Espagne.

La philosophie de Sánchez Gordillo, dont il traça les grandes lignes dans son livre paru en 1980, « Andaluces, Levantaos », puis dans d’innombrables discours et entretiens, lui est tout à fait propre, même si elle s’appuie sur les fondations solides des luttes historiques, ainsi que des soulèvements, des pueblos paysans de l’Andalousie, et de leur tendance, dont les racines atteignent une profondeur remarquable, à l’anarchisme. Ces communautés impressionnent par leur opposition à toute forme d’autorité. Au cours d’un entretien, réalisé en 2011, Sánchez Gordillo déclara que « je n’ai jamais appartenu au Parti Communiste, celui de la faucille et du marteau, mais je suis communiste, ou communautariste », avant d’ajouter qu’il tirait ses croyances politiques de celles de Jésus Christ, Gandhi, Marx, Lénine et le Che.

En Août 2012, il accéda à un niveau supérieur de notoriété, à la suite d’une kyrielle d’actions qui commença, sous une température de quarante degrés centigrades, par l’occupation d’un terrain militaire, la saisie du palais d’un aristocrate, ainsi que par une traversée du sud à pied, au cours de laquelle il tenta de convaincre ses collègues maires de ne pas rembourser leurs dettes. L’apogée fut atteinte lorsque Sánchez Gordillo mena une série d’expropriations de supermarchés, en compagnie des autres membres du syndicat de la gauche communiste SOC-SAT. Ils défilèrent dans des supermarchés où ils s’emparèrent de pain, de riz, d’huile d’olive, et d’autres aliments de base, afin d’en faire don à des banques alimentaires destinées aux Andalous n’ayant pas les moyens de se nourrir. Ceci fit de lui une immense vedette, et lui valut d’apparaître non seulement sur les couvertures des journaux espagnols, mais aussi dans les grands médias internationaux, sous les titres de « maire Robin des Bois », « Don Quichotte de la crise espagnole », ou encore du « William Wallace d’Espagne », selon le journal que vous lisiez.

Dans la pénombre d’un matin d’hiver, entre six et sept heures du matin, les travailleurs de Marinaleda sont regroupés autour du comptoir de la pâtisserie Horno el Cedazo, peinte en orange. Ils sont là, occupés à engloutir du café noir, fort, accompagné de jus d’orange, pâtisseries, et de pan con tomate, incontestablement l’un des meilleurs petits déjeuners au monde, constitué d’une énorme tartine que l’on sert avec une bouteille d’huile d’olive ainsi qu’une carafe de pulpe de tomate rose, douce et salée. Versez la première, puis la seconde, saupoudrez d’une mince couche de sel et de poivre, et vous voilà prêts pour une journée aux champs. Ceux dont l’estomac est mieux accroché, peuvent également descendre une rasade de l’une des liqueurs blafardes rangées sur une étagère située derrière le comptoir, l’anis sirupeux, âcre, est la plus populaire de ces boissons destinées à faire descendre le café. Tous font les quarts à la coopérative de Marinaleda, en fonction de ce qu’il est nécessaire de récolter, et de la quantité à récolter. S’il y a suffisamment de travail pour votre équipe, on vous prévient à l’avance, grâce au mégaphone placé sur le toit de la camionnette qui fait le tour du village, le soir. C’est une expérience étrange, quasi-soviétique, que d’être assis chez soi, et d’entendre la camionnette qui passe en annonçant « demain, travail aux champs pour le groupe B ». Le volume des annonces, que l’électricité statique étouffe, augmente puis diminue à mesure que la camionnette sillonne le village, comme si quelqu’un s’était égaré dans un labyrinthe en portant un transistor.

En 1991, après que le village eut, enfin, obtenu les mille deux cent hectares de la ferme El Humoso, que le gouvernement régional lui accorda au bout d’une décennie d’occupation, de grèves et d’appels incessants, son exploitation débuta. La nouvelle coopérative de Marinaleda sélectionna des cultures qui nécessiteraient la quantité maximale de travail humain, afin de créer autant d’emplois que possible. En plus des olives, omniprésentes, et de la création d’une huilerie, ils plantèrent toutes sortes de poivrons, des artichauts, des fèves, des haricots verts, des brocoli, des produits que l’on pouvait transformer, mettre en conserves, ou en bocaux, afin de justifier la création d’une usine de transformation qui, en retour, munirait le village d’une industrie sous-traitante, synonyme d’emplois supplémentaires. Sánchez Gordillo m’expliqua que, « notre but n’était pas de faire des profits, mais de créer des emplois ». Cette philosophie s’oppose de manière frontale à la toute dernière obsession capitaliste pour « l’efficience », un mot auquel le jargon néo-libéral a conféré un statut quasi-sacré, mais qui est devenu, en réalité, un euphémisme honteux pour le sacrifice de la dignité humaine, sur l’autel de la valeur des actions.

Sánchez Gordillo me suggéra une fois que la famille aristocratique de la maison d’Albe pourrait investir son immense fortune (qui provient aussi bien d’actions dans les banques et les entreprises de distribution d’énergie, que de l’étendue de ses terres, qui lui rapportent des millions sous la forme de subventions agricoles) pour créer des emplois, mais qu’elle n’a jamais éprouvé le moindre intérêt pour cela. « Nous croyons que la terre devrait échapper à la mainmise de la noblesse, pour appartenir à la communauté qui l’exploite ». Il m’expliqua que telle était la raison pour laquelle les grands propriétaires terriens plantaient du blé, qu’une machine peut moissonner, sous la surveillance de quelques ouvriers. A Marinaleda, des produits comme les artichauts, les tomates, furent choisis précisément parce qu’ils nécessitaient énormément de main d’œuvre. Ceci, en vertu d’une logique, pourquoi « l’efficience » devrait-elle être la valeur la plus importante de la société, au détriment même de la vie humaine ?

La coopérative municipale ne distribue pas de bénéfices, tout excédent est réinvesti pour créer de nouveaux emplois. Chacun de ses membres gagne le même salaire journalier, quarante sept euros pour six heures et demie de travail, ce qui ne semble peut-être pas beaucoup, mais représente en fait plus du double du salaire minimum espagnol. La participation aux décisions relatives au choix, des produits à cultiver, et du moment où ils le seront, est encouragée, et constitue souvent le point le plus important des assemblées générales du village, à cet égard, être un coopérateur signifie devenir un rouage essentiel du pueblo dans son ensemble. Là où, autrefois, l’absence d’intérêt économique marginalisait les journaliers andalous, sur le plan politique comme sur le plan social, il leur revient maintenant, à Marinaleda, tout au moins, de montrer le chemin. Les non-coopérateurs ne sont en aucun cas exclus de la participation à la vie culturelle, sociale, et politique de la municipalité, c’est plutôt que, si vous êtes membre de la coopérative, il n’y pas moyen d’éviter d’être aspiré par le tourbillon des activités locales, qui sortent des limites de la journée de travail.

Le village autorise l’entreprise privée, plus important peut-être, il y est toujours admis que celle-ci fait partie de la vie. À l’image des sept bars et cafés du village, qui sont autant de propriétés privées (le syndicat est propriétaire du bar Sindicato), s’il vous prenait l’envie d’y ouvrir une pizzeria, ou n’importe quel type d’entreprise familiale, personne ne vous en empêcherait. Par contre, dans l’hypothèse ou des responsables du développement et des franchises de, disons, Carrefour ou Starbucks, dotés d’un sens pervers de l’humour et de tendances masochistes, décideraient que ce petit village pourrait constituer l’emplacement idéal pour étendre leurs activités, ils n’iraient pas bien loin. Sánchez Gordillo me confia, de manière on ne peut plus directe, « nous ne le permettrions pas, tout simplement ».

Cela fait des décennies que le chantier alternatif de Marinaleda est ouvert, mais d’autres alternatives anticapitalistes ont germé dans les fissures de la crise espagnole, sous la forme d’innombrables actes quotidiens de résistance, pas seulement de manifestations, de grèves, mais dans les comportements de tous les jours, l’occupation de constructions nouvelles par ceux que leurs banques ont jetés à la rue, des pompiers qui refusent d’expulser des familles sans ressources, des médecins qui refusent de congédier des immigrants sans papiers. À Somonte, il y a également cette nouvelle coopérative agricole dans le style de Marinaleda, une ferme collective établie en 2012 sur une terre gouvernementale occupée, et qui se trouve à un peu plus d’une heure du village. En début d‘année, lorsque j’ai visité Somonte, j’y ai rencontré des marinaleños qui était partis de chez eux pour porter le message de Sánchez Gordillo, « la terre appartient à ceux qui l’exploitent », en territoire nouveau.

En février de cette année, lorsque je leur rendis visite, un jeune homme prénommé Román traversa, torse nu, les champs qui s’étendent à perte de vue, pour venir à notre rencontre, on sentait sa force, mais il semblait fatigué, ils travaillent de l’aube au crépuscule, ne s’arrêtant que pour se servir dans d’indispensables chaudrons de soupes de pâtes, riz, et haricots, les excédents de légumes sont vendus dans les villages environnants, les jours de marché. À l’époque de ma visite, ils cultivaient haricots, piments, haricots et choux, plantaient des arbres et tentaient de ressusciter quatre cent hectares de terres laissées à l’abandon, du mieux qu’ils le pouvaient, à seulement deux douzaines de paires de mains. À la lumière des statistiques effarantes du chômage en Espagne, il est paradoxal que leurs besoins en individus susceptibles de se joindre à leur coopérative continuent d’augmenter, et qu’ils possèdent plus de terres arables qu’ils ne peuvent en cultiver. L’une des fresques peintes sur le mur de la grange de Somonte affichait un slogan éloquent, aux côtés des portraits de Malcolm X, Geronimo, et Zapata, « andalous, n’émigrez pas, luttez ! Cette terre est à vous, récupérez la ! ». Ce cri est un message adressé au vide, en quelque sorte, à un moment où des milliers de jeunes espagnols détalent, se laissant entraîner par le mouvement de fuite des cerveaux, qui les emmène en Grande-Bretagne, en Allemagne, en France, ou vers des destinations plus lointaines encore.

Mais Somonte n’est pas dépourvue de soutien. Des centaines de personnes y font une visite, le week-end, ou pour des séjours de courte durée, certains viennent de Madrid, de Séville, mais nombreux sont ceux qui, venus d’outre-mer, amènent force de travail et autres ressources, afin de contribuer à l’exploitation de la terre, à la construction d’infrastructures, et à la réalisation de peintures murales, ou encore pour faire don de matériel agricole d’occasion, de meubles et d’ustensiles de cuisine. Tandis que nous déambulions le long d’un groupe de poules et de chèvres, Florence, une française qui vivait à Marinaleda avant de se joindre à la « nouvelle lutte » à Somonte, m’expliqua que la terre était l’une des plus fertiles d’Espagne, mais que le gouvernement l’utilisait depuis des années pour y faire pousser du blé, afin d’engranger les subventions européennes, en ne créant quasiment aucun emploi, et pour un rendement nul, on laissait pourrir le blé. Le gouvernement s’apprêtait à vendre aux enchères ces quatre cent hectares de terre désolée lorsque, en mars 2012, le Syndicat des Travailleurs Andalous se présenta, ils l’occupèrent, furent expulsés par deux cent CRS, avant de revenir, le jour suivant, dans le plus pur style de Marinaleda, et de recommencer. La vente n’eut jamais lieu. Somonte a maintenant dix-huit mois, sa croissance est lente mais régulière, et constitue un exemple d’effet domino de type Marinaleda, dont la crise pourrait bien produire un plus grand nombre encore.

Personne n’oublie cette « expérience émouvante et bizarre » qui consiste à croire en une révolution, ainsi que George Orwell en fit la réflexion, après son arrivée à Barcelone, alors au bord d’une guerre civile, au contact d’une société à l’énergie bouillonnante, qui faisait alors l’expérience fugitive d’un communisme vivant. Marinaleda n’est pas complètement communiste, ni complètement une utopie, mais faites un pas en dehors du pueblo, pour entrer dans l’Espagne contemporaine, vous y découvrirez une société rouée de coups, appauvrie, atomisée, qu’un système économique, et une classe politique, qui semblent ne se soucier, ni de la survie ni de la mort des pauvres, entraînent à la mort. Ce que Sánchez Gordillo a accompli ne se résume pas à des acquis concrets, culturels, alimentaires, ou fonciers, aussi phénoménaux soient-ils, se trouver là constitue une expérience émouvante, bizarre et, ainsi qu’Orwell l’avait suggéré, inoubliable.

Cela fait un peu plus de huit ans que je connais l’existence de Marinaleda, au cours desquelles il m’a fallu parfois me rappeler à moi-même le fossé qui sépare les revendications grandiloquentes au sujet du village, que portent aussi bien la gauche que la droite, de la taille modeste, et de l’intimité, de l’endroit lui-même. C’est un village d’une si grande signification, pour tant d’individus dans le monde entier, mais sa population ne compte que deux mille sept cent habitants, et des heures entières peuvent passer, pendant lesquelles l’unique bruit provient d’une moto qui descend l’Avenida de la Libertad à pleine vitesse, ou des vocalises d’un coq très affaibli.

D’une manière à la fois poignante, et appropriée, Sánchez Gordillo semble ne voir nulle contradiction, nul pathos, dans le fait de consacrer autant d’attention aux spécificités locales du pueblo, le besoin de commencer ce mois-ci la plante des artichauts, plutôt que celle des pimentos, qu’au plan large, dans lequel il persuade le monde que seule la fin du capitalisme rendra leur dignité aux existences de milliards d’individus.

Le mouvement des indignados a fait savoir, non seulement à l’Espagne, mais aussi au monde, que des millions d’espagnols n’étaient pas prêts à supporter le poids de la crise. Ils essayaient désespérément de trouver une alternative au système actuel, alors que, en leur sein même, l’une d’entre elles était déjà opérationnelle. Alors qu’ils étaient confrontés aux rangées de manifestants qui s’amassaient à Madrid sur la place Puerta del Sol, à New York sur Wall Street, ou devant la cathédrale Saint-Paul à Londres, les mêmes questions accablantes résonnaient, dans la bouche des conservateurs comme dans celle des libéraux, « Quelle est votre alternative ? Quel est votre programme ? En pratique, comment cela fonctionnerait-il ? »

Peut-être ne savaient-ils rien du village auparavant, ou peut-être rejetaient-ils en gloussant cette curiosité rurale qu’un barbu excentrique gouvernait, mais ils ne le peuvent plus. Les chiens du réalisme capitaliste aboient, « Quelle est votre alternative ? ». De plus en plus souvent, les indignados peuvent désormais leur répondre : « Que dites-vous de Marinaleda ? ». 

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3 novembre 2013 7 03 /11 /novembre /2013 15:16

 

Victoire des kurdes syriens contre des djihadistes à la frontière

 

BEYROUTH (Reuters) - Des kurdes syriens ont pris le contrôle d'un poste situé à la frontière avec l'Irak, après trois jours de combats contre le groupe djihadiste de l'Etat Islamique d'Irak et du Levant (EIIL), lié au réseau al Qaïda, ont annoncé Samedi 26 Octobre 2013 des combattants et des observateurs.

 

L'Observatoire Syrien des Droits de l'Homme (OSDH), proche de l'opposition au président Bachar al Assad, a précisé qu'il s'agissait du poste-frontière de Yaroubiya, contrôlé depuis mars par l'EIIL qui l'avait pris à l'armée fidèle à Damas.

 

Les miliciens kurdes des unités de défense populaire (YPG) ont précisé que les combats continuaient dimanche matin et que le poste-frontière donnait une ouverture sur le Kurdistan irakien aux combattants, pris entre les groupes djihadistes d'un côté et des forces turques de l'autre.

 

Il est « trop tôt pour envisager d'utiliser le passage », a cependant prévenu Redur Xelil, porte-parole des YPG.

 

La Turquie et l'Irak, préoccupés par la montée en puissance d'al Qaïda en Syrie, se sont promis vendredi d'améliorer leurs relations, tendues par le rapprochement entre Ankara et le Kurdistan irakien, et de coopérer davantage pour limiter les retombées de la guerre civile syrienne.

 

L'OSDH a par ailleurs fait état samedi de la mort de quarante personnes lors d'un attentat à la voiture piégée, mené la veille contre une mosquée de Ouadi Barada, dans la province de Damas.

 

L'agence officielle Sana a confirmé l'attaque, et a annoncé la mort de nombreux « terroristes », selon la terminologie officielle pour désigner les insurgés.

 

La télévision officielle a elle annoncé vendredi le décès d'Abou Mohammad al Golani, meneur des djihadistes du Front al Nosra, mais l'OSDH s'est fait l'écho d'un démenti de deux cadres du groupe rebelles.

 

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2 novembre 2013 6 02 /11 /novembre /2013 16:39

 

http://www.trtfrancais.com/fr/informations/detail/monde/14/portugal-5me-grve-de-lanne-au-mtro-de-lisbon/10807

Cinquième grève de l’année au métro de Lisbonne

Vendredi Premier Novembre 2013

La vie est paralysée à Lisbonne en raison de l'annulation des voyages de métro qui intéressent deux cent cinquante mille personnes chaque jour. 

Les portugais qui ont eu hier des difficultés à se rendre au travail et à l'école, ont fait de longues files d'attente dans les arrêts de bus. 

Cette grève est la cinquième de cette année, organisée par les employés de métro au Portugal. 

Les employés protestent contre les plans de privatisation du transport en commun et la baisse des salaires par le gouvernement. 

Le gouvernement portugais qui souhaite surmonter la crise financière qui frappe le pays, avait réduit certaines dépenses publiques et s'était engagé à adopter des mesures d'austérité pour bénéficier d'une aide de soixante dix huit milliards d'euros de l'Union Européenne, de la Banque Centrale Européenne et du Fonds Monétaire International. 

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2 novembre 2013 6 02 /11 /novembre /2013 16:17

 

 

http://www.b92.net/eng/news/politics.php?yyyy=2013&mm=10&dd=28&nav_id=88133  

 

Le ministre turc des affaires étrangères a dit que la déclaration d'Erdogan a été « mal interprétée ».



ANKARA, BELGRADE – Le ministre turc des affaires étrangères Ahmet Davutoglu a déclaré Dimanche 27 Octobre 2013 que la déclaration faite par le premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan au sujet du Kosovo a été « mal interprétée et sortie de son contexte ».

« Les mots ont été extraits du contexte de tout un discours et un sens a été attaché à eux que nous n'avons pas l'intention de transmettre », a déclaré Davutoglu à la Turkish Radio and Television corporate (TRT).

Les médias albanais rapportaient une déclaration de Recep Tayyip Erdogan selon laquelle « la Turquie est le Kosovo et le Kosovo est la Turquie » lors de sa visite à Prizren, dans le sud de la province de Kosovo Metohija, le 23 Octobre qui a provoqué de vives critiques du gouvernement serbe.

 

Le 26 Octobre, le président serbe Tomislav Nikolic a demandé des excuses sur le scandale et a annoncé qu'il allait se retirer des pourparlers trilatéraux entre la Serbie, la Bosnie Herzégovine et la Turquie sur la stabilité dans les Balkans.


Davutoglu a déclaré qu'il avait discuté de la situation provoquée par la déclaration du premier ministre turc lors d'une « longue consultation téléphonique avec le ministre serbe des affaires étrangères Ivan Mrkic ».

« Nous visons à maintenir de bonnes relations entre la Serbie et la Turquie et nous avons la même attitude envers tous les pays des Balkans », a déclaré Davutoglu.

« Erdogan a évoqué le sort commun de toutes les nations des Balkans, et a noté que tous les pays des Balkans devraient progresser ensemble vers la paix et la stabilité », a dit le ministre turc des affaires étrangères.

Davutoglu a noté, dans ses entretiens avec Mrkic, qu’Erdogan a également soutenu le dialogue entre Belgrade et Pristina.

Mrkic a confirmé pour la radio B92 que Davutoglu était à l’origine de la conversation téléphonique, mais que les autorités de Belgrade attendaient de recevoir le discours controversé sous forme écrite.

Les fonctionnaires ont déclaré que les autres réactions de la Serbie seraient connues « seulement après cela ». 

 

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2 novembre 2013 6 02 /11 /novembre /2013 14:53

 

DE PONTARLIER A LAMPEDUSA

 

L’expulsion d’une lycéenne de quinze ans, Léonarda Dibrani, et de toute sa famille Mardi 15 Octobre 2013 provoquait une affaire d’état.

 

Après des centaines et des milliers de messages dans les médias, une présentation et une analyse de cette affaire en deux ou trois pages est difficile.

 

Les dizaines de milliers d’expulsions par an par tous les gouvernements successifs de droite comme de gauche depuis des années dans toute l’Europe ne provoquent malheureusement plus aucune mobilisation.

 

Au point de départ de cette affaire d’état, il y a d’abord l’incommensurable incompréhension de son exceptionnalité.

 

Il y a d’abord les circonstances de l’arrestation de Léonarda Dibrani dans un bus scolaire le jour de son expulsion. Il y a avait apparemment de bonnes relations entre les responsables locaux et départementaux du Réseau Education Sans Frontières, les professeurs du collège et du lycée André Malraux de Pontarlier et les fonctionnaires de la Police Aux Frontières. Les fonctionnaires de la PAF avaient le numéro de téléphone portable du responsable du comité de soutien des sans papiers de Pontarlier et du professeur du lycée chef de bord du bus scolaire, les communications téléphoniques n’étaient apparemment pas conflictuelles, ils demandaient et obtenaient l’arrêt du bus et la lycéenne quittait le bus sans l’intervention d’aucune compagnie de CRS ni de gendarmes mobiles.

 

Ni Léonarda Dibrani ni aucun membre de sa famille n’étaient en France depuis deux ou trois jours, elle est la deuxième fille d’une famille de sept personnes, deux parents et cinq enfants. La préfecture du Doubs décidait l’expulsion de toute la famille en application d’une Obligation de Quitter le Territoire Français, après l’expiration et le refus de tous les recours juridiques de la famille. La préfecture du Doubs décidait son expulsion au Kosovo, dans une situation dans laquelle seul le père de famille est originaire du Kosovo. Le Kosovo présente un avantage considérable dans cette affaire du point de vue du gouvernement français, le Kosovo n’est pas un pays de l’Union Européenne. 

 

La famille arrivait en France en 2009. Elle venait d’Italie. Seule la dernière fille naissait en France, aucun enfant ne naissait jamais au Kosovo, ni n’y mettait jamais les pieds. Les quatre premiers enfants naissaient en Italie. La première fille a dix sept ans, elle vivait donc les treize premières années de sa vie en Italie.

 

Léonarda Dibrani a quinze ans, elle vivait donc les onze premières années de sa vie en Italie. Depuis quatre ans, la famille multipliait les dossiers de demande de droit d’asile. Elle déposait d’abord un dossier à l’Office Français de Protection des Réfugiés et Apatrides, elle faisait ensuite un recours devant la Cour Nationale du Droit d’Asile, il y avait un rapport de l’Inspection Générale de l’Administration selon lequel il n’y avait aucune erreur ni aucune illégalité dans le traitement du dossier. Une dizaine de fonctionnaires passait certainement une centaine d’heures de travail dans le dossier de la famille Dibrani. Personne ne posait jamais l’une des questions les plus élémentaires de tout dossier de demande d’asile, la question du pays de naissance des enfants.

 

Les enfants ne naissaient ni en France ni au Kosovo, ils naissaient en Italie et cette question du lieu de naissance des enfants pose, comme Lampedusa, la question politique centrale de la forteresse Europe et de l’espace Schengen.

 

Cette situation est une conséquence de nombreuses années de défaites politiques du mouvement anti raciste et de la disparition de toute mobilisation pour la régularisation de tous les sans papiers.

 

Le parti socialiste participait à la fondation de RESF en 2004 comme il participait à la fondation de SOS Racisme en 1984. La stratégie de RESF est une stratégie de mobilisation réformiste pour une régularisation des sans papiers au cas par cas en lieu et place d’une mobilisation révolutionnaire pour la régularisation de tous les sans papiers.

 

En 2006, un ministre de l’intérieur extrêmement progressiste, un certain Sarkozy, signait une circulaire dont la principale disposition était l’interdiction de l’expulsion des jeunes lycéens et étudiants pendant leur temps de scolarisation avant la fin de l’année scolaire et universitaire. On mesure la régression xénophobe des gouvernements successifs.

 

Tous les fusibles sautaient donc les uns après les autres en l’espace de cinq jours entre la date de l’expulsion de Léonarda Dibrani, Mardi 15 Octobre, et la date de l’intervention de François Hollande, Samedi 19 Octobre. Il y avait pourtant beaucoup de fusibles, OFPRA, CNDA, préfecture du Doubs, ministère de l’intérieur, ministère de l’éducation nationale. Ils sautaient dans le sens où il n’y avait aucune volonté politique pour leur utilisation.

 

Après deux jours de manifestations lycéennes, les deux derniers jours d’ouverture des collèges et des lycées avant les vacances scolaires de la Toussaint, nous étions à nouveau en pleine hyper présidence de la cinquième république, une situation dans laquelle le président de la république décide de tout.

 

Nous en arrivions au jugement de Salomon d’Hollande, une décision intermédiaire entre une synthèse socialiste, une grâce royale ou présidentielle et un conseil pédagogique pour une inscription au Centre National d’Enseignement à Distance.

 

Cette affaire d’état a et aura forcément de graves conséquences dans les sondages, dans la rue et dans les urnes.

 

La question d’une véritable mobilisation populaire contre le front républicain, contre l’extrême droite en France et dans toute l’Europe et contre la lepénisation des esprits grandit et grandira tous les jours.

 

Bernard Fischer

 

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2 novembre 2013 6 02 /11 /novembre /2013 14:42

 

Deux membres d’Aube Dorée abattus devant leur Quartier Général à Athènes

 

ATHENES (Reuters) - Deux membres du parti grec Aube Dorée ont été abattus devant le siège social de la formation d'extrême droite vendredi à Athènes laissant craindre une reprise des violences politiques en Grèce.

 

Les victimes, deux hommes âgés d'une vingtaine d'années ont été tués par des agresseurs circulant en voiture qui ont réussi à prendre la fuite. Un troisième homme a été blessé dans la fusillade qui s'est produite dans une rue fréquentée de la capitale grecque à l'heure de pointe, a précisé la police.

 

La formation est dans la ligne de mire du gouvernement depuis l'assassinat, le 17 septembre, du rappeur d'extrême-gauche Pavlos Fissas par un sympathisant du parti.

 

« Ce crime est imputable au gouvernement anti grec d’Antonis Samaras, qui a laissé des terroristes incontrôlables assassiner des jeunes gens de sang froid », affirme Aube Dorée dans un communiqué.

 

« Les assassins, quels qu'ils soient, seront traités sans ménagement par notre démocratie. Qu'on se le dise », a quant à lui averti Simos Kedikoglou, porte-parole du gouvernement, s'adressant à la presse devant la résidence du premier ministre.

 

Jusqu'au meurtre de Pavlos Fissas, le mouvement d'extrême droite est monté en puissance à la faveur du mécontentement populaire suscité par les mesures d'austérité mises en œuvre ces dernières années.

 

Devenu le troisième parti de Grèce, la formation dont l'emblème évoque la croix gammée nazie a fait son entrée au parlement en l'an dernier avec dix huit élus.

 

Nikolaos Mihaloliakos, son chef de file, et deux députés du parti ont été placés en détention le mois dernier avant leur procès pour appartenance à une organisation criminelle.

 

Dimitris Papadimoulis, député de l'opposition de gauche SYRIZA qui s'est souvent opposé de manière ferme à Aube Dorée, a jugé que ces assassinats constituaient une « atteinte à la démocratie. Cela nourrit le fascisme. Cela ne l'abat pas », a-t-il écrit sur son compte twitter.

 

L'attaque n'a pas été revendiquée.

 

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