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3 septembre 2013 2 03 /09 /septembre /2013 19:58

 

http://www.liberation.fr/monde/2013/08/30/a-ierissos-le-bon-or-des-uns-fait-le-malheur-des-autres_928389

 

A Iérissos, le bon or des uns fait le malheur des autres

Vendredi 30 Août 2013

Depuis plus d’un an, les habitants de la petite station balnéaire grecque manifestent contre la construction d’une mine à ciel ouvert. Une mobilisation environnementale violemment réprimée par les forces de l’ordre.

Par Maria Malagardis

A Iérissos, le bar de la plage est un endroit stratégique. Pas forcément pour flirter avec les touristes serbes ou bulgares, nombreux à fréquenter cette petite station balnéaire du nord de la Grèce, mais, plus concrètement, pour y rencontrer les témoins des violences qui, depuis plus d’un an, ont bouleversé la vie de ce petit village de trois mille âmes.

« Bienvenue en Chalcidique ! Dans cette région, vous devez oublier tout ce que vous savez sur la démocratie et les droits de l’homme », lance, avec une emphase presque rageuse, Vassilis Tsimourdos. Il ne faut pas se fier à sa tenue ce jour-là, c’est un dimanche du mois d’août et, au bar de la plage, maître Tsimourdos affiche un maillot de bain plutôt seyant pour son corps musclé. Le jeune avocat sait aller au-delà des apparences. Si le temps d’un été, Iérissos peut bien offrir l’image d’une douceur de vivre nonchalante, la carte postale est en réalité trompeuse.

« Sous ces parasols », indique l’avocat en balayant d’un geste la grande plage d’Iérissos, « on peut aussi croiser des adolescents mineurs qui ont été retenus par la police dans le plus grand secret, des femmes battues par les forces de l’ordre alors qu’elles protestaient pacifiquement, ou encore leurs maris et frères forcés de donner leur ADN, la mâchoire solidement tenue par les flics, alors qu’aucune charge n’a été retenue contre eux. Ce qui est illégal », énumère-t-il, indifférent à la faune en tongs et paréo qui déambule autour de lui.

Astérix et Obélix contre les romains

D’autres souvenirs le hantent. Au printemps, les rues d’Iérissos étaient noyées sous les gaz lacrymogènes. Les forces antiémeutes ont même jeté une grenade dans une école. Un bébé de dix mois, asphyxié, a dû être hospitalisé en urgence. Depuis, plus aucun policier n’ose se montrer en ville. D’ailleurs, le commissariat n’existe plus, il a brûlé en mars. A chaque entrée d’Iérissos, des habitants surveillent jour et nuit les allers et venues, installés sous des guérites de fortune. « Si les flics se pointent, on donne l’alarme. Toutes les cloches des églises se mettront alors à sonner et on sortira tous dans la rue, pour empêcher les forces de l’ordre d’entrer dans Iérissos », explique Panagiotis, un quinquagénaire en tricot de peau qui assume ce jour-là son tour de garde à l’entrée du village. Son fils de vingt six ans est emprisonné depuis début juillet, « sans aucune charge retenue contre lui », souligne Panagiotis en tirant sur son mégot, avant de rappeler que « près de deux cent personnes ont, un jour, ou l’autre été interpellées depuis plus d’un an ».

Juste en face de la guérite où se tient Panagiotis, un immense panneau a été installé en avril, Astérix et Obélix y souhaitent la bienvenue aux visiteurs « dans le dernier village gaulois ». Dans le rôle des romains, il y a bien sûr les forces de l’ordre et l’Etat grec. Mais le véritable adversaire des irréductibles « gaulois » d’Iérissos s’appelle Eldorado Gold. Cette multinationale canadienne, basée à Vancouver, a acquis les droits d’exploitation de trois cent dix sept kilomètres carrés du sous-sol de la région, lequel recèle un trésor, de l’or. Plusieurs milliers de tonnes, selon certaines études. Le magot est enfoui sous cette montagne qui plonge vers la mer juste au-dessus d’Iérissos.

A neuf kilomètres seulement de la station balnéaire, Eldorado Gold veut construire une mine à ciel ouvert de sept cent mètres de diamètre, avec des galeries qui s’enfonceront parfois sous le niveau de la mer et un tunnel qui traversera la fameuse faille sismique qui avait provoqué la destruction complète du village en 1932. Ce n’est pas le seul des dangers pointés par plusieurs scientifiques, qui soutiennent les habitants en lutte. Problème numéro un, la mine à ciel ouvert rejettera trois mille tonnes de poussière toxique par heure. Problème numéro deux, les nombreux cours d’eau de la forêt de Skouries risquent d’être pollués par les déchets rejetés par l’usine de retraitement du précieux métal. Or, les sources d’eau de cette enclave boisée alimentent toute la région de la Chalcidique.

Des soupçons sur le processus d’acquisition

Certes, les experts d’Eldorado Gold ont produit des études, bien plus rassurantes, insistant sur les effets limités pour l’environnement et mettant en avant une nouvelle méthode d’extraction, « qui n’a cependant jamais été testée à ciel ouver t», affirme Vassilis Tsimourdos. « Ils prétendent que les poussières toxiques seront localisées, alors qu’ici nous sentons les effets de vents venus du Sahara » s’exclame Irene Markou, qui tient un petit hôtel à Iérissos. « La vérité, c’est que cette région, qui vit du tourisme et de l’agriculture, sera ruinée. L’eau ne sera plus potable, nos sols seront empoisonnés, tout comme le lait de nos cheptels. Tant que je respire, je me battrai pour les empêcher de nous détruire », ajoute cette dame élégante, qu’on imagine plus facilement jouer au bridge que monter sur une barricade.

«Nous ne sommes pas des anarchistes belliqueux, comme on en voit dans les manifestations à Athènes. Nous sommes des gens tranquilles, qui jusqu’à présent ne s’étaient jamais opposés aux autorités. Pour nous, tout ça, c’est nouveau, l’idée de résister, mais aussi de s’en prendre plein la gueule de manière totalement arbitraire », souligne de son côté Iossif, un épicier qui, depuis le début de la contestation, s’est improvisé blogueur militant, filmant tous les excès des forces de l’ordre, avant de les poster sur son site. « Jamais les gens d’Eldorado Gold n’ont voulu discuter avec nous. On manifeste et on se fait tabasser, arrêter, intimider. Un gosse de dix neuf ans est resté toute une nuit aux mains des forces de l’ordre qui ont joué avec lui au ping-pong, ils l’ont balancé comme une balle entre eux, à tour de rôle », s’insurge ce quadragénaire qui avoue ne jamais avoir eu d’affinités politiques avec l’écologie.

Au-delà du débat d’experts sur les conséquences réelles du projet minier, c’est la violence policière qui a choqué même les plus tièdes. Et le processus d’acquisition des droits sur le sous-sol renforce les soupçons sur un jeu d’ombres qui sacrifierait les habitants à des intérêts bien plus puissants. En 2002, une autre société canadienne, TVX, qui possédait à l’époque les droits miniers dans la région, fait soudain faillite. Un an plus tard, l’Etat grec rachète les permis de l’entreprise ruinée pour onze millions d’euros, un montant notoirement sous-évalué. Puis les revend au même prix, sans rien gagner de la transaction, à une société, Hellas Gold, créée quelques jours auparavant par un célèbre magnat de l’industrie grecque, Fotis Bobolas, sans appel d’offres public. La transaction sera condamnée en 2008 par l’Union européenne. Mais, entre-temps, Hellas Gold a été absorbée par Eldorado Gold, qui possède désormais quatre vingt quinze pour cent du capital. Le reste étant toujours détenu par l’industriel Bobolas, également maître d’œuvre des travaux d’infrastructures.

« La Grèce ne gagnera pas un centime de l’exploitation de cette mine à ciel ouvert, sauf quelques emplois et des taxes, dont la collecte est une faiblesse nationale notoire », s’indigne Vassilis Tsimourdos. « Mais, au fond, quel modèle de développement souhaitons-nous pour notre pays ? Satisfaire les intérêts à court terme des multinationales qui, comme TVX, peuvent plier bagage du jour au lendemain en laissant sur le carreau leurs employés impayés et un environnement détruit » ?

Pour s’en convaincre, il suffit de se rendre dans le village voisin, à Stratoni, également en bord de mer, où TVX réalisait l’essentiel de sa production et où règne désormais Eldorado Gold. Certes, la compagnie subventionne des maisons pour ses employés, tous acquis à sa cause. Mais, après plusieurs années d’exploitation, la plage n’est qu’une bande de sable sale désertée et le village affiche une désolation fanée qui contraste avec l’éclat joyeux d’Iérissos.

« Ils veulent nous faire taire par la peur »

A partir d’octobre 2012, les opposants au nouveau projet ont donc commencé à protester par des marches dans la montagne, lesquelles ont été violemment réprimées, transformant la forêt en champ de bataille. Très vite, les manifestants ont réagi. « A mains nues ou avec des pierres, contre des forces de sécurité souvent masquées et qui nous arrosaient de gaz lacrymogènes avant de nous taper dessus », souligne Iossif.

Puis, le 17 février, des inconnus eux aussi cagoulés ont investi les installations d’Eldorado Gold et ont brûlé les équipements. En réaction, les forces antiémeutes ont envahi Iérissos, procédant à des arrestations en pleine nuit sous le regard de familles traumatisées. La plupart des personnes interpellées ont été relâchées, mais quatre habitants d’Iérissos sont toujours emprisonnés depuis avril.

« Ils veulent nous faire taire par la peur. Mais leurs intimidations ont produit l’effet inverse, nous sommes plus soudés que jamais. Des gens qui ne s’étaient jamais adressé la parole ont découvert une nouvelle forme de solidarité », rappelle Lola, une jolie brunette de trente sept ans qui a elle-même été molestée par les forces de l’ordre lors d’une marche des femmes dans la montagne le 12 mai.

Lola travaille à la fromagerie Stathoris juste à la sortie du village. Le fondateur de cette petite entreprise florissante, Giannis Stathoris, est une personnalité à Iérissos. Fin 2010, il est entré au Guiness des records en produisant le plus gros fromage de chèvre frais de tous les temps, neuf cent trente sept kilogrammes. Le « diplôme » figure en bonne place, non loin d’une série d’icônes religieuses éclairées par un cierge, sur le mur de son bureau, au premier étage de la fromagerie, à en juger par la grande photo qui le montre au côté de sa femme Eleni, Giannis a la tête d’un bon gars au sourire franc. Depuis le 10 juillet, il est en prison.

« On l’accuse d’avoir participé à l’attaque contre les installations d’Eldorado Gold en février », soupire sa femme. « Bien sûr, c’est un opposant au projet, mais le seul motif qu’ils ont trouvé, ce sont les appels sans réponse reçus par Giannis sur son portable ce jour-là. Nous étions à la messe et c’est notre fille cadette, restée à la maison, qui essayait de le joindre. C’est facile à démontrer, et notre pope est venu témoigner de notre présence à l’église. Mais ils refusent de le libérer, même sous caution. Comme s’il allait s’enfuir, avec son entreprise, et une famille de trois enfants », se désespère Eleni qui semble tendue, épuisée de « gérer toute seule la fromagerie, ses vingt employés et ses cent cinquante producteurs de lait».

Assis dans le même bureau, le père de Giannis montre volontiers le creux laissé sur son thorax par la matraque d’un policier, « le 10 juillet, mon fils avait été convoqué au tribunal, raconte-t-il. Quand ils ont annoncé soudain qu’ils le gardaient et qu’ils allaient l’emprisonner, je me suis mis en colère. Alors les policiers ont foncé sur moi et m’ont battu. J’ai reçu trois coups dans le thorax, je ne pouvais plus respirer. Mon petit-fils de dix sept ans a protesté lui aussi et ils l’ont embarqué. Il a été libéré en fin de journée, mais le petit reste sous le coup de poursuites judiciaires. Dans quelle démocratie vit-on ? On tabasse des vieillards et on poursuit des enfants », s’insurge le vieux Dimitri, qui a soudain du mal à retenir ses larmes. « La première fois que j’ai rendu visite à Giannis en prison, je m’étais préparé. J’avais durci mon cœur comme une pierre. Mais quand je l’ai vu au parloir entouré de vrais délinquants, quand j’ai appris qu’il partageait une cellule avec dix inculpés de droit commun, j’ai craqué. Il ne mérite pas un tel traitement », murmure le vieil homme, qui rappelle que le jour de l’emprisonnement de son fils, le tribunal a, dans la foulée, libéré sous caution un homme soupçonné d’avoir violé une fillette de quatre ans.

« Un climat d’injustice institutionnalisé »

Son petit-fils, également prénommé Dimitri, est un adolescent taciturne. Avec un père en prison et un dossier judiciaire planant comme une menace sur ses frêles épaules, difficile d’être totalement insouciant. « C’est un bon petit, il étudie dans le seul lycée professionnel de Grèce spécialisé dans la fromagerie. Mais l’établissement risque de fermer depuis que l’Etat a coupé toutes les subventions, au nom des mesures d’austérité imposées par l’Europe. En Grèce, nos dirigeants ont un curieux sens des priorités », soupire Eleni, qui s’affirme plus déterminée que jamais « à se battre contre ce climat d’injustice institutionnalisé ».

Mais dans un pays en faillite, il est parfois difficile de résister à l’appât du gain. A Megali Panagia, juste au-dessus d’Iérissos, les opposants à la mine d’or à ciel ouvert se rassemblent au café style, perché le long d’une des rues en pente de ce village de montagne. Est-ce à cause des nuages, bloqués par les sommets qui voilent le soleil ?

L’ambiance y semble d’emblée plus sombre. Elli est une jeune femme toute mince qui parle d’une voix sourde. « Ici, Eldorado Gold a réussi à diviser le village. Ils ont offert une centaine d’emplois et beaucoup de promesses. Certains se sont laissés corrompre », murmure-t-elle. Elli, trente trois ans, ne peut oublier ce soir d’été où plusieurs employés d’Eldorado Gold ont débarqué chez elle. « Ils avaient bu, ils m’ont jetée par terre et m’ont rouée de coups à l’estomac, à la tête. Ils m’insultaient, et parmi eux, il y avait des proches, des gens de ma propre famille. Quand on se croise désormais, on change de trottoir », explique la jeune femme, dont la plainte est pour l’instant restée sans suite, malgré le certificat médical établi après son agression. « Et c’est nous qui sommes des terroristes, selon la télévision grecque » s’emporte soudain un homme dans le café. « Les médias nous traitent de casseurs, mais qui est actionnaire de Mega TV, la principale chaîne de télé grecque ? Fotis Bobolas ! Il possède également un journal, Ethnos, il a des appuis partout ». Theodore Karavassilikos l’écoute en hochant la tête, « c’’est le retour des temps obscurs. Moi, j’ai bien connu la guerre civile, juste après l’occupation », soupire le vieil homme. « Je suis né en 1940. Mon père fut un résistant communiste. Ils l’ont tué, puis ils ont tué ma mère et mon frère aîné. J’avais sept ans quand ils m’ont emprisonné. Je ne pensais pas revivre de tels moments », explique-t-il.

Le vieux Theodore a passé dix jours à l’hôpital début juillet. « A la suite d’une manifestation contre la mine, les policiers m’ont jeté à terre et m’ont écrasé les mains et les chevilles, en sautant sur moi avec leurs bottes. Ils m’ont menotté et emmené au poste, d’où je suis allé direct à l’hôpital », raconte-t-il d’un ton neutre. C’est un beau vieillard, encore svelte, au regard pétillant. « Cette forêt », s’exclame-t-il soudain, « j’en connais tous les recoins, tous les arbres. Elle recèle une biodiversité unique. Moi, je n’ai jamais eu besoin d’aller chez le médecin, je trouve tout ce qu’il faut pour me soigner là-haut. Dès que j’entre dans les bois, je me sens revivre ».

La forêt de Skouries est le trésor caché de la région. Des cascades jaillissent au milieu d’une végétation luxuriante, des ruisseaux glissent parmi des fleurs et des nénuphars. Un décor féerique dont il faut désormais parcourir les sentiers en cachette. En chuchotant, pour éviter d’attirer l’attention des hommes d’Eldorado Gold qui guettent les intrus sur «leur» territoire. Ils sont également omniprésents sur les routes municipales qui traversent la forêt : pas vraiment aimables, ils ne saluent jamais les visiteurs, mais les suivent de près, en voiture, tout en les filmant ostensiblement.

« Je n’en ai rien à foutre » enrage Iossif, l’épicier-blogueur. Il vient tout juste d’arrêter son pick-up rouge devant une vaste clairière lunaire qui forme comme une plaie béante au milieu de la forêt. « Ils ont coupé tous les arbres ! Pourtant, ils n’ont pas encore le permis pour déboiser cet endroit. Il y a eu une action en justice, ils sont censés attendre la décision du tribunal », s’étrangle-t-il de rage, indifférent aux silhouettes vêtues de noir qui continuent de le filmer juste derrière lui.

En quittant la zone forestière, il faut encore subir un dernier contrôle. Policier, cette fois. Les forces de l’ordre veulent non seulement voir les papiers, mais les confisquent aussi pour les enregistrer. « Totalement illégal quand il n’y a pas de soupçon d’infraction », selon les avocats des opposants, qui rappellent que Naomi Klein s’est vu retirer ses papiers d’identité « pendant quarante minutes » lors de sa visite en juin. La célèbre activiste canadienne, auteure de « no logo » et de « la stratégie du choc », prépare un documentaire sur les insoumis en lutte contre Eldorado Gold. Des députés canadiens se sont également mobilisés et Amnesty International devrait publier en novembre un rapport sur les violations des droits de l’homme liés au conflit minier.

Début juillet, coup de théâtre, Eldorado Gold annonce soudain vouloir marquer une pause et ralentir ses activités dans les mines, officiellement à cause de la baisse du prix de l’or. « Cette annonce n’est qu’un répit. Si c’est réellement à cause de la baisse du prix de l’or, alors nous avons la preuve que cette entreprise n’a aucun projet de développement à long terme dans notre région. Si c’est aussi en raison de notre mobilisation, de l’écho qu’elle commence à recevoir, alors on va continuer d’éveiller les consciences. De toute façon, nous n’avons pas le choix pour nous, c’est une question de survie »,assure Vassilis Tsimourdos en esquissant un sourire timide.

Le vœu du roi Midas à Dyonisos

L’or de la forêt de Skouries (qui signifie « rouille » en grec) était déjà connu à l’époque d’Alexandre le Grand. Mais en ces temps anciens, on croyait aussi aux légendes. Comme celle du roi Midas, qui avait obtenu les faveurs de Dyonisos. Le dieu du vin avait proposé au roi de Phrygie d’exaucer son vœu le plus cher. « Que tout ce que je touche devienne de l’or », avait alors demandé Midas. Mais, d’abord ébloui de voir tous les objets se transformer en métal précieux, il a vite déchanté, il ne pouvait plus ni boire ni manger. Et s’est retrouvé affamé, avant de supplier le dieu de revenir sur ce don maudit qui l’enrichissait, mais menaçait aussi de le tuer.

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3 septembre 2013 2 03 /09 /septembre /2013 19:20

 

http://www.alencontre.org/moyenorient/syrie/dix-remarques-pour-les-progressistes-qui-discutent-de-la-syrie.html

 

 

Dix remarques pour les progressistes qui discutent de la Syrie

 

Par Ramah Kudaimi

 

Alors que la Syrie est de retour sur la scène médiatique en raison des horribles attaques à l’arme chimique de la semaine dernière (Mercredi 21 Août 2013) qui tuèrent des centaines de personnes ainsi qu’en raison des menaces des Etats-Unis d’opérer des frappes militaires, voici quelques remarques pour les militants et organisations progressistes et radicales aux Etats-Unis alors qu’elles envisagent une réponse adéquate.

 

Ne dites pas ou ne laissez pas entendre, en aucune manière, que les deux côtés ont tort et qu’il n’est pas clair qui devrait être soutenu si nous sommes impliqués militairement. C’est une insulte à tous les syriens qui sont sortis et continuent à sortir dans les rues et qui protestent autant contre le régime que contre les forces qui cherchent à utiliser cette période de guerre pour affirmer leur propre pouvoir sur d’autres. C’est une honte de voir combien de groupes progressistes aux Etats-Unis sautent dans le wagon « les deux côtés sont mauvais », affirmant que nous ne devrions pas être impliqués. Un million d’enfants sont des réfugiés et c’est de la faute du régime. C’est le régime qui bombarde les villes avec des avions de combat. C’est le régime qui a dirigé le pays par la force brutale pendant des décennies. Toute déclaration qui ne reconnaît pas cela est, une fois de plus, une insulte envers ceux et celles qui ont tant sacrifié.

 

Ne confondez pas l’Irak avec la Syrie. C’est aussi grotesque que ceux qui regardent le Kosovo comme un exemple d’intervention militaire pour en soutenir une en Syrie. C’est assez pathétique lorsque tant de progressistes et d’activistes de gauche sont obsédés par les affirmations prétendument fausses d’utilisation d’armes chimiques. Plus de cent mille syriennes et syriens ont été tués, la majorité par des armes conventionnelles. Il y a donc mille et une excuses pour que les Etats-Unis interviennent. Des armes chimiques truquées ne sont donc pas nécessaires. Il n’y a aussi aucun élément qui me convainc selon lequel al Qaida a accès et utilise de telles armes. Al Qaida a combattu les Etats-Unis en Irak pendant une décennie et n’a jamais fait usage de telles armes. Mais, subitement, Al Qaida les utiliserait en Syrie? Et si les rebelles possédaient de telles armes, le régime se serait effondré, il y a déjà longtemps.

 

Ne soyez pas obsédés par Al-Qaida, les extrémistes islamistes et les djihadistes. Depuis le 11 septembre 2001, les progressistes ont justement esquivé l’utilisation de toutes ces étiquettes lorsqu’il était question de la guerre des Etats-Unis contre le « terrorisme », alors que nous les utilisons librement lorsqu’il s’agit de la Syrie et, en fait, nous en sommes convaincus. L’écrasante majorité des syriens, autant ceux qui ont pris les armes que ceux qui continuent de résister par des moyens non violents, n’ont rien à voir avec les groupes extrémistes et se sont soulevés contre toutes les forces qui détruisent leur pays, qu’il s’agisse du régime ou des prétendus groupes « d’opposition » (allusion, entre autres, aux manifestations contre al Nosra dans le nord de la Syrie). Il est aussi important de comprendre que l’Armée Syrienne Libre (ASL) n’est pas une armée disposant d’un centre de commandement unique dont les ordres viennent d’en haut. Il s’agit d’un groupe dont le système d’affiliation des « bataillons » est lâche et dont quiconque peut affirmer en faire partie.

 

Soulignez tous les échecs des Etats-Unis envers la Syrie et comment larguer des bombes sur le pays n’est pas ce qui est nécessaire. Je ne suis pas personnellement convaincu que les Etats-Unis seront impliqués militairement. Ils ont promis des armes aux rebelles qui doivent encore être fournies. En aucune manière les Etats-Unis ne seront directement impliqués (sur le terrain) parce que, ainsi que cela a été souligné par le général Martin Dempsey et dans une tribune du New York Times, il est bien plus utile pour les « intérêts » des Etats-Unis que les syriens se massacrent les uns les autres. Je pense que prendre position sur le fait que les Etats-Unis ne doivent pas être impliqués par le biais d’une intervention militaire est bien. N’écrivez pas « hands off Syria » (bas les pattes devant la Syrie) en supposant qu’il s’agit d’un genre de conspiration américaine. N’affirmez pas que cela à avoir avec le fait que les Etats-Unis ne disposent pas du droit de prendre parti dans une guerre civile. Ne faites pas comme s’il s’agissait d’argent pour ici (les Etats-Unis) dans la mesure où nous (syriens) avons besoin de plus d’aide humanitaire. Faites de telle sorte que ce qui est mis en relief dans vos propos porte sur qui apportera de l’aide pour mettre un terme aux souffrances des syriennes et syriens.

 

Soulignez l’hypocrisie des Etats-Unis alors qu’ils jugent la Russie pour envoyer des armes au régime. La semaine dernière uniquement, un reportage est paru selon lequel les Etats-Unis expédiaient des bombes à fragmentation d’une valeur de six cent quarante millions de dollars à l’Arabie Saoudite. Les armes (américaines) continuent de se répandre en Egypte, au Bahreïn et en Israël malgré de massives violations des droits humains. Appelez à ce que soit mis un terme à la vente à tous les régimes de la région.

 

Ne laissez pas d’authentiques préoccupations au sujet de l’impérialisme des Etats-Unis, d’Israël et de l’Arabie Saoudite, vous faire croire, lorsque vous observez des images et des vidéos d’enfants morts, qu’il s’agit de conspiration. Bachar al Assad est un dictateur autoritaire et ses lettres de noblesse en matière de résistance sont un peu sommaires. Souvenez-vous simplement qu’il collabora avec les Etats-Unis sur des initiatives telles que les transferts (« renditions », le programme de prisons secrètes et de tortures sous-traité à des régimes autoritaires amis) de la CIA. Ce n’est pas parce que la CIA entraîne quelques combattants en Jordanie ou que quelque dirigeant rebelle anonyme est cité dans un journal israélien que le soulèvement syrien contre un régime brutal n’est pas légitime.

 

Insistez sur la bravoure continue du peuple syrien qui descend dans les rues et qui proteste contre le régime, les extrémistes et tous ceux qui cherchent à détruire leurs luttes pour la liberté et la dignité. Comme c’est le cas partout, la couverture des violences prend le dessus sur les résistances non-violentes continues.

 

Exhortez avec force les gens à donner de l’argent pour l’aide humanitaire (Médecins Sans Frontières, par exemple). Entre les morts, les emprisonnements, les déplacements intérieurs de populations et les réfugiés, je pense que trente à quarante pour cent de la population syrienne est d’une façon ou d’une autre déracinée (le HCR estime que d’ici à la fin de l’année près de dix millions de syriennes et syriens, soit presque la moitié de la population du pays, seront réfugiés ou déplacés intérieurs).

 

Je n’ai pas de solutions réelles à vous proposer dont vous pourriez vous emparer pour encourager les gens à les soutenir. Peut-être que pousser à un véritable cessez-le-feu pourrait être une option, ce qui supposerait une pression sur la Russie pour exiger de Bachar qu’il se rétracte. Je sais que le fait que je ne possède pas de réponse sur ce qu’il faudrait faire est une lacune, mais quelquefois le meilleur moyen d’action est de seulement être en solidarité avec des personnes en lutte en le reconnaissant, tout simplement.

 

Les syriennes et les syriens méritent le même respect pour leur lutte que toutes les autres luttes de la région, en Tunisie, en Egypte, en Libye, au Bahreïn, au Yémen et, toujours, en Palestine.

 

Texte publié Mardi 27 Août 2013 sur le site www.mondoweiss.net

 

Traduction de la rédaction du site www.alencontre.org

 

 

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2 septembre 2013 1 02 /09 /septembre /2013 19:16

 

http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article29622

 

Nous comptons sur le peuple syrien révolté et non sur une intervention extérieure !

 

Plus de cent cinquante mille morts, des centaines de milliers de blessés et d’invalides et des millions de personnes déplacées à l’intérieur et vers l’extérieur de la Syrie, des villes, des villages et des quartiers rasés ou presque totalement détruits à l’aide de diverses armes, dont des avions de combat et des missiles SCUD, des barils explosifs, des chars, et autres matériels payés avec le prix du sang et de la sueur du peuple syrien sous le prétexte de défendre la patrie et assurer un équilibre militaire avec Israël (que, en réalité, le régime syrien protège pendant qu’elle occupe son territoire, se gardant même de répondre à ses assauts répétitifs).

Pourtant, malgré les énormes pertes susmentionnées subies par les syriens et les syriennes, et malgré les catastrophes qui se sont abattues sur eux, aucune institution internationale, aucun grands pays ou autre entité moins importante n’a senti le besoin de se solidariser avec eux et les soutenir dans leur quête pour leurs droits les plus élémentaires de liberté, dignité humaine et justice sociale. Excepté certains pays du Golfe, comme le Qatar et l’Arabie Saoudite, cependant dans le but d’orienter la nature de la lutte en Syrie vers le fanatisme, et dénigrer la révolution syrienne et l’avorter. Ce qui dénote la crainte profonde d’une propagation de l’étincelle révolutionnaire à ces états, d’où leur soutien à des forces obscurantistes takfiries venues, pour l’essentiel, de partout dans le monde et qui essayent d’imposer leur conception abominable du pouvoir sur la base de la charia islamique, commettant de façon répétitive des massacres horribles contre des citoyens syriens qui se sont opposés à leurs agissements répressifs et leurs agressions dans les zones qu’ils contrôlent ou celles qu’ils attaquent de temps à autre, à l’image de ce qui s’est passé récemment dans certains villages de Lattaquié.

D’autre part, une multitude de forces hostiles, à travers le monde, complotent contre la révolution du peuple syrien qui intervient dans le contexte de plusieurs soulèvements qui touchent une partie importante de la région arabe et du grand Maghreb où, depuis près de trois ans, les populations font valoir leur volonté pour mettre un terme à une histoire faite d’oppression, d’injustices et d’exploitation. Des populations qui veulent arracher leurs droits à la liberté, à la dignité et à la justice sociale, enflammant du coup, contre elles, non seulement les dictatures tyranniques locales, mais aussi la plupart des puissances impérialistes, qui cherchent à perpétuer le pillage des richesses de nos peuples, ainsi que les différentes classes et forces réactionnaires, le long de la région concernée et dans les pays voisins.

Quant à la Syrie, la coalition qui bataille contre le peuple révolté, englobe une multitude de forces sectaires réactionnaires, à leur tête l’état iranien et les milices sectaires irakiennes, mais aussi, fort malheureusement, la force de frappe du Hezbollah, qui se noie aujourd’hui dans le bourbier de la défense d’un régime dictatorial foncièrement corrompu et profondément criminel.

Malheureusement aussi, une partie importante de la gauche arabe, traditionnelle, aux racines staliniennes, que ce soit en Syrie même, au Liban ou en Egypte et dans le reste de la région arabe, et même à l’échelle mondiale, a clairement et de façon honteuse pris le parti de cette coalition misérable, accrochée au régime d’al Assad, sous prétexte, pour certains, qu’il est « résilient » et même « résistant » ! Cela malgré sa longue histoire de gardien de l’occupation sioniste du Golan syrien, et la répression dans le sang, à plusieurs reprises depuis qu’il est au pouvoir, de nombreuses parties palestiniennes et libanaises (et syriennes aussi) qui résistent à Israël, et qu’il est resté indifférent et servile depuis la guerre d’octobre 1973 vis-à-vis des attaques israéliennes contre les territoires syriens. Ce parti pris peut avoir des conséquences graves en ce qui concerne la position du commun des syriens envers la gauche dans son ensemble.

D’autre part, l’Organisation des Nations Unies, en général, et le conseil de sécurité, en particulier, sont restés incapables de condamner les crimes de ce régime que le peuple syrien rejette pacifiquement pendant plus de sept mois, tandis que les manifestants tombent chaque jour sous les balles des snipers et des shabbiha et que les activistes les plus efficaces sont détenus et soumis aux pires formes de torture et de liquidation dans les geôles et les centres de détention. Pendant tout ce temps, le monde est resté silencieux adoptant une attitude négative.

Cette situation a persisté avec l’escalade des crimes commis par le régime après que le peuple se soit trouvé obligé de prendre les armes, à travers l’émergence de ce qui est devenu connu comme l’Armée Syrienne Libre (ASL) dont une partie importante de son commandement et ses éléments sont des dissidents de l’armée régulière.

Ceci parce que l’allié le plus important du régime baasiste de Damas, en l’occurrence l’impérialisme russe qui lui fournit toutes sortes de soutien, est resté à l’affût du conseil de sécurité pour bloquer tout effort visant à condamner ces crimes.

Les Etats-Unis, en revanche, ne voient pas un vrai problème dans le maintien du statu quo, avec toutes les conséquences de la destruction du pays, malgré les menaces et les intimidations auxquelles recourt le président américain chaque fois qu’une voix de l’opposition syrienne s’élève à propos de l’utilisation des armes chimiques par le régime, jusqu’à la dernière escalade quand il a estimé que la « ligne rouge » a été franchie !

Il est clair qu’Obama, qui donne l’impression qu’il ira de l’avant dans la mise à exécution de ses menaces, se serait trouvé dans l’embarras s’il s’était abstenu et que cette abstention n’aurait pas seulement un impact négatif sur lui mais également sur ​​l’image de l’arrogant puissant état qu’il dirige, et pas uniquement de la part des pays arabes serviles, mais aussi à l’échelle mondiale.

Des frappes, en substance américaines, mais avec l’accord et la coopération de leurs alliés impérialistes, sont donc imminentes contre les forces armées syriennes. Décidées sans la couverture farce de la « légitimité internationale » (à savoir des décisions d’une institution mondiale, l’ONU, qui a toujours reflété, et continue de le faire, les intérêts des grandes puissances, en conflit ou en accord selon les circonstances), et les rapports de force entre ces puissances. En d’autres termes, ces frappes ne vont pas attendre le consentement du conseil de sécurité, en raison d’un prévisible veto russo-chinois.

Malheureusement, plusieurs parties de l’opposition syrienne parient sur ces frappes et sur la position américaine en général, ce qui pourrait, à leur avis, créer une opportunité de s’emparer du pouvoir, plus tard, donc en ignorant le mouvement des masses et leurs décisions. Et, bien sûr, il n’est plus surprenant alors que des représentants de l’opposition et de l’armée libre ne se sont aucunement gênés pour dire que ces dernières fourniront aux américains des informations concernant les cibles militaires à frapper !

Dans tous les cas, nous déclarons que nous sommes d’accord sur ce qui suit :

L’alliance impérialiste occidentale va frapper plusieurs endroits, et même des parties importantes de l’infrastructure militaire et civile en Syrie (avec de nombreuses victimes parmi les civils, comme d’habitude), mais, comme il a été annoncé, les frappes ne sont pas destinées à renverser le régime. Elles sont tout simplement destinées à punir, selon les mots d’Obama, le pouvoir syrien, et à la fois sauver la face à l’administration américaine après toutes les menaces concernant les armes chimiques.

Les intentions du président américain de sanctionner le pouvoir syrien ne reflètent pas une solidarité de Washington avec la douleur des enfants qui sont tombés dans les massacres des deux Ghouta, mais de son engagement envers ce que Barack Obama appelle les « intérêts vitaux de l’Amérique et sa sécurité nationale », ainsi que les intérêts d’Israël et sa sécurité.

Le régime syrien et ses alliés régionaux, à leur tête le régime iranien, n’auront sans doute pas assez de courage pour mettre à exécution ce qui semblait être des menaces de leurs hauts responsables que toute attaque occidentale contre la Syrie va enflammer toute la région, et si cette option extrême reste probable, elle pourrait avoir des conséquences catastrophiques.

L’attaque impérialiste occidentale imminente ne vise absolument pas à soutenir la révolution syrienne, mais à pousser Damas à s’engager dans des marchandages qui permettent le retrait de Bachar al Assad du régime syrien, mais gardent le régime, tout en améliorant considérablement les conditions à même de renforcer la position de l’impérialisme américain dans la Syrie future, au détriment de l’impérialisme russe.

Pour autant que les plus conscients, les plus honnêtes et ceux qui sont le plus dévoués à l’avenir de la Syrie et de son peuple, parmi les engagés dans le mouvement populaire continuent, puissent prendre conscience de ces faits, leurs conséquences et leurs résultats, et agir sur la base de leur compréhension de ces faits, cela contribuera à aider le peuple syrien à faire émerger une direction révolutionnaire véritable, qui produira, dans le contexte de la lutte sur la base des intérêts immédiats et futurs du peuple, un programme radical conforme à ses intérêts, dont la lutte pour sa mise en œuvre et sa concrétisation permettront d’avancer sur chemin de la victoire.

Non à toutes les formes d’intervention impérialiste que ce soit américaine ou russe

Non à l’intervention sectaire réactionnaire, qu’elle soit de l’Iran ou des monarchies du golfe

Non à l’intervention du Hezbollah, qui mérite la pire des condamnations

A bas toutes les illusions quant aux frappes militaires américaines à venir !

Que les dépôts d’armes s’ouvrent au peuple syrien qui lutte pour la liberté, la dignité et la justice sociale !

Victoire pour une Syrie libre, démocratique et à bas la dictature d’al Assad et toutes les dictatures !

Vive la révolution du peuple syrien !

Jeudi 29 Août 2013

Organisations signataires

Socialistes Révolutionnaires d’Egypte, Mouvement de la Gauche Révolutionnaire de Syrie, Union des Communistes d’Irak, Courant al Monadil du Maroc, Forum Socialiste du Liban

Traduit de l’arabe par Rafik Khalfaoui

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1 septembre 2013 7 01 /09 /septembre /2013 17:42

 

Le régime d’Assad disperse ses soldats et ses munitions dans les quartiers civils

 

Communiqué du bureau de presse de la Coalition Nationale Syrienne

 

Dimanche Premier Septembre 2013

 

La Coalition Nationale Syrienne informe la communauté internationale et toutes les organisations que le régime d’Assad transfère son équipement et ses soldats des sites militaires vers les zones résidentielles et des bâtiments gouvernementaux de nature civile (écoles, logements universitaires, campus universitaires, organes gouvernementaux dans les villes) et envoie des lance-roquettes et des armes lourdes dans les quartiers résidentiels, certains sièges du parti du régime et des sièges de sous organisations dans les villes.

 

Les informations des rapports affirment que le régime d’Assad va forcer les employés à rester sur leur lieu de travail et les étudiants seront également forcés de se rendre aux cours, sans prendre en compte les risques encourus lors des actions militaires attendues dans les jours à venir.

 

La coalition appelle le peuple syrien à ne pas s’approcher des sites militaires ou paramilitaires du régime d’Assad et rend le régime d’Assad entièrement responsable de la sécurité des civils dans toutes les zones où les soldats et les armes ont été transférés et de toute violation perpétrée contre les civils pacifiques des zones sous son contrôle.

 

Le monde a le devoir de sauver la Syrie d’un boucher et criminel qui utilise des armes chimiques contre son peuple et qui continue d’utiliser les civils comme boucliers humains et outils de combats en temps de guerre.

 

Vive la Syrie démocratique, et que vive son peuple libre et digne.

 

 

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1 septembre 2013 7 01 /09 /septembre /2013 17:29

 

http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article29610

 

La Syrie, la gauche et le piège des alternatives infernales

Par Mauro Gasparini et Daniel Tanuro

Vendredi 30 Août 2013

On partira de cette citation, lue dans La Libre Belgique, « le pouvoir syrien est en butte à une révolte populaire déclenchée début 2011. Cette dernière s’est militarisée et a dégénéré en guerre civile qui a fait plus de cent mille morts selon l’ONU ».

A propos de « média mensonges », en voici un beau ! En effet, ce n’est pas la révolte populaire qui s’est militarisée, mais la dictature qui a tenté, et tente toujours, d’écraser la révolte populaire, pacifique au départ, avec ses tanks, ses avions de combat, ses missiles et ses armes chimiques, et en jouant la carte confessionnelle. Elle est déjà responsable directement de plus de quatre vingt pour cent des victimes du conflit, des centaines de milliers de prisonniers, de blessés, et de un million cinq cent mille à deux millions cinq cent mille réfugiés et quatre millions de déplacés (chiffres du HCR) dont un tiers est en situation critique pour sa survie.

La nuance est plus qu’importante. Car parler d’une « révolte populaire qui se militarise » d’elle-même pour déboucher quasi naturellement sur une « guerre civile » contribue à disqualifier les luttes des peuples contre leurs despotes, à présenter ces luttes comme une menace, et en fin de compte à renforcer des préjugés racistes sur « les arabes (ou les musulmans) violents ». Tellement « violents » et « sauvages » qu’il faudrait des dictatures pour les mater. Cette lecture néo-orientaliste a d’autant plus d’écho que l’occident est soumis depuis deux décennies à une déferlante politique et médiatique raciste et islamophobe.

Dans le mouvement « anti guerre », l’extrême droite en invitée surprise

Le Pen soutenait Saddam en Irak. Sa fille dénonce les préparatifs de bombardements en Syrie. L’ancien président du Vlaams Belang, Filip Dewinter, était à Damas en juin, à l’invitation du régime (tous les détails sur le site du Vlaams Belang), « pour se faire une idée objective du conflit ». Cette « objectivité » ne l’a évidemment pas conduit à parler avec l’opposition ! Par contre, il a rencontré certains représentants de la communauté chrétienne que le régime instrumentalise pour donner un tour communautaire au conflit en évitant soigneusement le père Paolo Dall’Oglio, qui soutient la révolution.

Dewinter s’est aussi spécialement intéressé aux combattants belges en Syrie. « La guerre civile est exportée en Europe à cause de la politique défaillante de nos autorités », a-t-il déclaré. Il s’agit évidemment, dans son esprit, de la « politique défaillante » vis-à-vis des « allochtones », des musulmans en général (du voile en particulier, car les femmes sont dans le collimateur des fascistes) et de l’asile, entre autres. La NVA joue un peu sur le même registre, et concrétise cela en coupant l’aide sociale aux familles des jeunes partis en Syrie. Côté francophone du pays, Nation, petite formation néo nazie, a également à plusieurs reprises montré son soutien à Bachar al Assad « contre les USA alliés à l’islamisme ».

Les mouvements d’extrême-droite redoublent de créativité sur internet pour suggérer que tout ceci ne serait qu’un complot « américano-sioniste », et que les massacres et autres tueries au gaz sarin seraient des « inventions » ou des « crimes perpétrés par l’opposition » (contre elle-même). L’extrême-droite négationniste de l’holocauste reste donc fidèle à elle-même à propos de la Syrie.

Non au « campisme », cette alternative infernale

La gauche doit donc faire très attention. Plus encore que des partis d’extrême-droite, il convient de se méfier en particulier de certaines mouvances pseudo-intellectuelles qui, sous couvert d’information « alternative et indépendante », œuvrent délibérément à brouiller les lignes avec l’extrême-droite. Il y a sur la toile une foultitude de sites s’ingéniant très habilement à faire passer pour anti-impérialisme un projet de repli national-identitaire qui refuse les solidarités et cherche à nouer des alliances géo stratégiques avec des régimes en place, notamment pour maintenir la « stabilité » et contrôler « l’afflux de demandeurs d’asile » vers les pays « développés ».

De nombreuses prises de position face à l’attaque chimique du 21 août et aux préparatifs impérialistes montrent que ce brouillage fait des dégâts. En effet, au lieu de raisonner en termes de luttes des opprimés et de bataille pour l’hégémonie politique de la gauche au sein de ces luttes, quantité de courants qui se disent de gauche prennent position pour un des « camps » étatiques en présence, en le parant de vertus qu’il n’a pas. La gauche court ainsi le risque d’être prise au piège d’alternatives infernales (pour reprendre l’expression d’Isabelle Stengers).

D’un côté, il y a ceux qui soutiennent l’intervention en affirmant qu’elle permettra d’empêcher plus de massacres. C’est ce que disent par exemple Hollande, le PSOE en Espagne et Isabelle Durant, la vice-présidente verte du parlement européen. Inutile de perdre du temps ici à discuter cette prise de position. Son seul intérêt est de rappeler à quel point la social-démocratie et les verts sont intégrés à la « gouvernance » capitaliste du monde.

D‘un autre côté, il y a ceux qui condamnent les bombardements impérialistes, mais sans rien dire du fait que Bachar bombarde son propre peuple depuis deux ans ! Et sans se demander pourquoi les Etats-Unis l’ont laissé faire et ne manifestent pas une envie particulière de le déboulonner. Revenant sur une phrase du discours d’Obama le 29 août, le Parisien résume fort bien, « pour Washington, Paris ou Londres, il ne s’agit pas de renverser le régime, mais de dissuader le président syrien de recourir de nouveau aux armes chimiques ». Quant aux autres moyens de répression, silence !

Pour le coup, et dans la perspective d’une troisième guerre mondiale dont ils prédisent qu’elle est sur le point d’éclater, certains, à l’instar de Michel Collon, exhortent tout un chacun à se ranger dans un « camp » mondial peu ragoûtant, qui regrouperait l’Iran des ayatollahs, la Russie de Poutine et la Chine des bureaucrates capitalistes. Un « camp » dont ils seraient les représentants au cœur de la citadelle occidentale et dont ils veulent croire que la vigilance aurait réussi, jusqu’à présent, à retenir le bras assassin de l’impérialisme.

Cette vision « campiste » des choses escamote complètement l’élément déterminant de la situation, le processus révolutionnaire qui secoue tous les régimes du Proche et du Moyen-Orient. Ce processus est très diversifié mais il a partout les mêmes causes fondamentales, le refus des inégalités sociales croissantes, de la corruption et de l’absence de droits démocratiques. C’est sa puissance et sa profondeur qui s’expriment à travers l’âpreté des luttes, de la Tunisie au Bahrein, de l’Egypte à la Syrie.

Oser la révolution

Comme tout processus révolutionnaire, celui-ci s’accompagne de la montée de forces hostiles, contre-révolutionnaires, à l’extérieur et à l’intérieur. Elles sont de différents types parce que les classes dominantes sont divisées sur la marche à suivre. D’autant plus divisées que le leadership US est affaibli suite aux échecs des interventions en Afghanistan, en Irak, en Libye. C’est pourquoi il est moins que jamais pertinent de tenter de tout expliquer par la mainmise de Washington…

Il est n’est pas toujours simple, d’ici, de connaître exactement l’état des rapports de forces sur le terrain en Syrie. Les activistes syriens, des chercheurs et journalistes et les courants démocratiques et de gauche (dont nos camarades du Courant de la Gauche Révolutionnaire Syrienne) nous fournissent des informations pour savoir globalement où on en est. La seule manière de s’orienter dans cette situation terriblement complexe est de prendre comme repère le soutien à la révolution et la lutte contre ses ennemis, tous ses ennemis. L’impérialisme et ses alliés, bien sûr. Mais aussi et avant tout Bachar et ceux qui le soutiennent, sans oublier les djihadistes, toujours largement minoritaires malgré un armement et des fonds supérieurs aux brigades de l’ASL, et qui, en matière de crimes, n’ont de leçon à recevoir de personne.

Perdre ce repère de vue risque de provoquer une véritable déroute idéologique de secteurs de la gauche, y compris de la gauche « radicale », face à des éléments clés du projet de la droite, voire de l’extrême-droite. Sur les réseaux sociaux, le brouillage des repères bat son plein.

Comme le dit le communiqué de la LCR belge, « la prise de position du Front National en France contre l’intervention montre que le refus des bombardements impérialistes et le rappel des mensonges américains qui ont servi à justifier la guerre en Irak ne suffisent pas à tracer une orientation de gauche face au conflit en Syrie ». C’est le moins qu’on puisse dire.

Il s’agit de refuser l’intervention impérialiste à partir d’un point de vue internationaliste de solidarité avec les justes revendications démocratiques et sociales de la révolution syrienne contre le régime de Bachar, y compris son droit à l’auto-défense. En étant conscients que l’écrasement de la révolution favoriserait non seulement Bachar et l’impérialisme, mais aussi les djihadistes. C’est compliqué ? Sans doute, mais il n’y a pas d’autre voie digne de la gauche. Cela risque d’échouer ? Peut-être, mais il n’y a jamais eu et il n’y aura jamais de certitude quant à l’aboutissement victorieux d’une révolution en marche.

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1 septembre 2013 7 01 /09 /septembre /2013 17:05

 

http://www.avanti4.be/analyses/article/egypte-la-gauche-doit-reconsiderer-son-analyse

 

http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article29579

 

La gauche doit reconsidérer son analyse du coup d’Etat militaire

 

Par John Riddell

 

Mardi 20 Août 2013

 

Les massacres perpétrés par l’armée en Egypte font « partie d’un plan visant à liquider la révolution égyptienne et restaurer l’Etat militaro policier du régime de Moubarak », disent les Révolutionnaires Socialistes (RS) d’Egypte dans leur déclaration du 15 août. Leur analyse actuelle contraste fortement avec leur précédente évaluation positive du coup d’Etat militaire du 3 juillet qui a renversé le gouvernement égyptien élu.

 

Les Révolutionnaires Socialistes, qui jouissent d’une grande réputation en tant que courant révolutionnaire inséré dans la lutte en Egypte, sont en train de reconsidérer la signification de cet événement. Et la gauche, à l’étranger, devrait tout autant le faire.

 

Les massacres de l’armée et de la police sont « une répétition sanglante pour la liquidation de la révolution égyptienne », déclarent maintenant les Révolutionnaires Socialistes. « Ils visent à briser la volonté révolutionnaire de tous les égyptiens qui revendiquent leurs droits, ceux des travailleurs, des pauvres, des jeunes ou des révolutionnaires, en créant un état de terreur ».

 

Pourtant, il y a seulement un mois, le courant des Révolutionnaires Socialistes, et ceux qui à l’étranger suivent leur exemple, voyaient le renversement du président Mohamed Morsi par l’armée comme l’aboutissement d’un grand pas en avant pour la révolution égyptienne.

 

Les manifestations géantes anti-Morsi du 30 Juin qui ont précipité son éviction étaient « le commencement historique d’une nouvelle vague de la révolution égyptienne », écrivaient les Révolutionnaires Socialistes le 5 juillet dernier.

 

Certes, l’armée et la police avaient gagné en influence, ont-ils déclaré, mais « cette influence est passagère et superficielle ». Le 30 Juin représentait une « nouvelle explosion révolutionnaire ». En remplaçant le gouvernement élu par une junte triée sur le volet, la définition même d’un coup d’Etat militaire, le putsch militaire du 3 juillet ne faisait que « sanctionner la volonté du peuple en révolte ».

 

Maintenant que les Révolutionnaires Socialistes ont, enfin, identifié le pouvoir militaire comme l’ennemi principal, il faut construire la solidarité internationale.

 

Les droits démocratiques

 

D’autres aspects de l’analyse des Révolutionnaires Socialistes doivent également être revus. Par exemple, leur déclaration du 15 août dernier affirme qu’ils ne vont pas « défendre ne serait-ce qu’un seul jour les sit-in des frères musulmans et leurs tentatives de ramener Morsi au pouvoir ». En réalité, les manifestations publiques des frères musulmans représentent une tentative pour affirmer leur droit à l’existence en tant que mouvement politique après six semaines de répression brutale et sanglante. Leur droit de protester contre la violence militaire doit être défendu.

 

La position des Révolutionnaires Socialistes tendait à être équidistante, en s’attaquant à la fois à l’armée et aux frères musulmans. Leur déclaration du 15 août rejette maintenant explicitement cette approche, en repoussant « une sorte de balance équilibrée dans nos attaques contre l’armée et les islamistes ».

 

Paradoxalement, leur principal slogan, « à bas le régime militaire, non au retour des frères musulmans », reste dans le vieux sillon.

 

En fait, ce sont les militaires qui sont en selle et les frères musulmans qui sont réprimés et qui subissent des massacres. Dans cette situation, une approche « équidistante » est une formule qui conduit à la paralysie et à l’abstention. Ce qui est nécessaire, c’est une défense unitaire des droits démocratiques et humains.

 

La déclaration initiale des Révolutionnaires Socialistes indiquait la voie à suivre dans ce domaine. « Nous devons être cohérents en nous opposant à toutes les formes de violence et de répression à laquelle les islamistes seront exposés sous la forme d’arrestations et de fermetures de chaînes par satellite et de journaux, car ce qui arrive aujourd’hui aux islamistes se passera demain pour les travailleurs et la gauche », déclaraient ainsi les Révolutionnaires Socialistes le 5 juillet dernier.

 

La gauche à l’échelle internationale doit soutenir et encourager les protestations contre la négation des droits démocratiques et humains par l’armée en Egypte, y compris les droits des frères musulmans et de leurs sympathisants. Morsi et les autres prisonniers politiques de la confrérie doivent être libérés, les droits politiques et juridiques de leur organisation doivent être restaurés et de nouvelles élections devraient être organisées sans délai et sans aucune restriction sur qui peut y participer.

 

La gauche devrait mettre particulièrement en évidence le rôle joué depuis plusieurs décennies par l’impérialisme dans l’orchestration, le financement et la défense de la montée de la tyrannie militaire de droite en Egypte, un processus qui a transformé l’Egypte en un instrument docile de la politique américano-israélienne.

 

La démocratie bourgeoise

 

Le renversement de Morsi a balayé les formes limitées de démocratie obtenues après la révolution de 2011 en les remplaçant par un pur régime militaire. La première déclaration des Révolutionnaires Socialistes ne prenait aucunement note de ce changement et suggérait plutôt que le renversement représentait un pas en avant permettant de passer de la « démocratie formelle avec ses urnes » à la « légitimité au travers de la démocratie de la révolution populaire, une démocratie directe créant une légitimité révolutionnaire ». Ce qui « ouvre l’horizon à de nouvelles formes de pouvoir populaire, qui réduisent à l’état de nain la démocratie temporaire des urnes », déclaraient alors les Révolutionnaires Socialistes.

 

Ce déni des institutions élues est encore évident dans la déclaration des Révolutionnaires Socialistes du 20 août, qui se réfère, apparemment en l’approuvant, à « la chute de la légitimité des urnes ».

 

Mais il est clair désormais que le discours sur les « nouvelles formes de pouvoir populaire » était une illusion. Loin de réaliser un nouveau système de démocratie directe révolutionnaire, le mouvement populaire en Egypte est désormais éclipsé par la montée de la tyrannie militaire.

 

Cette erreur de jugement suggère la nécessité de revoir notre attitude envers les acquis démocratiques, même limités à la « démocratie formelle avec ses urnes », obtenus par la révolution de 2011.

 

Depuis 2011, les institutions démocratiques limitées égyptiennes ont été soumises de façon répétée à l’intervention musclée de l’aile militaire de la bourgeoisie, y compris par la dissolution d’un parlement élu. Néanmoins, l’élection d’un gouvernement dans un processus non soumis au contrôle militaire direct constituait une garantie pour les droits démocratiques des travailleurs. Et quand cet ordre constitutionnel a été balayé, il n’y avait alors plus aucun obstacle institutionnel à la répression militaire effrénée et meurtrière.

 

Certes, les travailleurs vont remplacer un jour le parlementarisme bourgeois par une forme supérieure de démocratie. Mais dans les circonstances actuelles, les révolutionnaires ne sont pas indifférents à la forme que prend la domination capitaliste. Nous nous efforçons de défendre et d’étendre les éléments démocratiques gagnés au sein de l’ordre capitaliste. Ainsi, le parlementarisme capitaliste offre des conditions plus favorables pour la lutte des travailleurs que la dictature capitaliste sans restriction. 

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1 septembre 2013 7 01 /09 /septembre /2013 15:21

 

PACIFISME REACTIONNAIRE

 

Il y a donc depuis plus de deux ans une révolution démocratique arabe dont les principales manifestations sont la chute de la dictature de Ben Ali en Tunisie en janvier 2011, la chute de la dictature de Moubarak en Egypte en février 2011 et la guerre révolutionnaire du peuple syrien contre la dictature d’Assad.

L’été 2013 connaît une violente offensive de la contre révolution dans le monde arabe. C’est d’abord le coup d’état militaire de l’armée égyptienne et la destitution du président Morsi en juillet 2013. C’est maintenant la nouvelle étape de la révolution syrienne.

La révolution syrienne commence en mars 2011, comme en Tunisie et en Egypte, par des manifestations de masse contre le régime. La répression du régime entraîne la transformation de la révolution en guerre civile régionale.

Dès le premier jour, il y a une intervention militaire extérieure massive. Dès le début, la totalité des armes de l’armée d’Assad, les chars, les hélicoptères, les avions, les missiles et maintenant les armes chimiques, sont russes. Il y a de moins en moins de soldats syriens et de plus en plus de mercenaires du Hezbollah dans l’armée d’Assad. Il y a de moins en moins d’officiers syriens et de plus en plus d’officiers iraniens dans l’armée d’Assad.

Depuis le début de l’année 2013, l’armée d’Assad utilise de plus en plus ses armes chimiques dans la guerre contre son peuple. En août 2013, une attaque chimique supérieure à toutes les autres contre les quartiers de la banlieue de Damas dans lesquels l’Armée Syrienne Libre est majoritaire provoque environ mille cinq cent morts et dix mille blessés.

La propagande syrienne et russe est d’abord une propagande négationniste. Dans un deuxième temps, ils ne savent pas, ils demandent des preuves et ils accusent l’opposition syrienne de la responsabilité de l’utilisation des armes chimiques. Nous nous souvenons de la guerre de Bosnie, du bombardement contre le marché Markale de Sarajevo en 1994 et de la propagande serbe et russe selon laquelle l’armée bosniaque bombardait elle-même sa propre population pour des raisons de dénonciation idéologique de l’armée serbe.

Pour la première fois, les gouvernements des Etats Unis, de la Grande Bretagne et de la France parlent de bombardements occidentaux contre Assad. Dans un deuxième temps, les gouvernements occidentaux consultent leurs parlements.

La consultation des parlements n’indique rien quand à la réalisation effective de véritables bombardements occidentaux en particulier dans le cas de vote négatif des parlements, on en arrive tout de suite aux questions de politique intérieure de chacun des pays. Le vote négatif du parlement britannique, en particulier le vote négatif de la totalité du groupe parlementaire du parti travailliste britannique, le parti de Blair, est déjà totalement contradictoire par rapport à la dernière propagande médiatique occidentale à la mode relative à l’amalgame entre la guerre d’Irak de 2003 et la guerre de Syrie de 2013. J’écrivais un autre message relatif à cette question.

Pendant deux ans, les organisations de la gauche et de l’extrême gauche françaises n’organisaient presque jamais une seule manifestation de soutien à la révolution arabe.

Elles avaient de bons prétextes. Le parti de Ben Ali était la section tunisienne de la deuxième internationale. Le parti de Moubarak était la section égyptienne de la deuxième internationale.

Les nostalgiques de Brejnev et de Staline et du partage du monde entre les Etats Unis et l’union soviétique du vingtième siècle sont aujourd’hui les nostalgiques des dictatures laïques de Ben Ali et de Moubarak et les derniers défenseurs idéologiques de la dictature laïque d’Assad.

Au centre de leur profonde crise idéologique et morale, ils défendent encore la vieille distinction entre l’ennemi principal et l’ennemi secondaire, entre l’adversaire principal et l’adversaire secondaire, et de leur point de vue l’ennemi principal ce sont de toute évidence les affreux méchants islamistes d’al Nahda en Tunisie, des frères musulmans en Egypte et de l’opposition syrienne. Leur position, c’est finalement la guerre des civilisations de Bush et des néo conservateurs états-uniens.

Leur position actuelle est une position de soutien au coup d’état militaire en Egypte, d’appel à un coup d’état militaire en Tunisie et de soutien à Assad.

Après deux ans de silence, les pacifistes honteux sortent du bois. Il en va du pacifisme comme il en va de tout, il y a un pacifisme révolutionnaire comme il y a un pacifisme réactionnaire. Le pacifisme en défense d’Assad et en défense de l’utilisation par Assad de ses armes chimiques contre son propre peuple est de toute évidence un pacifisme réactionnaire.

Bernard Fischer

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31 août 2013 6 31 /08 /août /2013 18:41

 

http://www.lemonde.fr/europe/article/2013/08/29/le-dilemme-des-sociaux-democrates-allemands-face-a-la-gauche-radicale_3468026_3214.html

 

Le dilemme des sociaux démocrates allemands face à la gauche radicale

 

Par Frédéric Lemaître, envoyé spécial du Monde à Leipzig

 

Jeudi 29 Août 2013

 

Le hasard a bien fait les choses, le jour même où Die Linke, le parti de la gauche radicale, tenait un grand rassemblement électoral à Leipzig (Saxe), Mercredi 28 Août 2013, pour lancer la dernière phase de sa campagne en vue des élections législatives du 22 septembre en Allemagne, l'institut Forsa publiait un sondage le créditant de dix pour cent des voix. Or si Die Linke a obtenu 11,9 % des suffrages aux dernières élections générales (2009), les sondages ne lui accordaient jusqu'à présent que sept pour cent à huit pour cent des voix.

 

A Leipzig, ses deux principaux orateurs, Sahra Wagenknecht et l'avocat Gregor Gysi, qui dirigent le groupe parlementaire du Bundestag (fort de soixante seize élus), étaient donc aux anges.

 

Devant environ deux mille personnes (dont de nombreux sexagénaires, mais aussi un bon nombre de jeunes), ces deux excellents tribuns, Sahra Wagenknecht, docteur en philosophie, se veut l'héritière de Rosa Luxembourg, et l'avocat Gregor Gysi est une vedette des médias, étaient, il est vrai, en terrain conquis.

 

Issu de la fusion, en 2007, de l'ancien parti du socialisme démocratique (PDS), qui a succédé au parti communiste de la république démocratique allemande, et de la WASG, formation créée par des déçus du parti social démocrate (SPD) emmenés par Oskar Lafontaine, Die Linke continue de faire des scores honorables (entre vingt pour cent et trente pour cent) dans l'ancienne Allemagne de l'Est, notamment grâce à l'électorat âgé.

 

De la création d'un salaire minimum légal à 10,50 euros de l'heure à l'égalité des retraites entre l'est et l'ouest de l'Allemagne, l'égalité sociale constitue habituellement son thème de prédilection. Actualité oblige, les deux orateurs ont développé un autre point qui leur tient à coeur, leur opposition à toute intervention militaire en Syrie. « On ne sait pas encore clairement qui a utilisé les gaz », affirme Sahra Wagenknecht.

 

Par principe, Die Linke est opposée à tout envoi de la Bundeswehr à l'étranger, que ce soit en Afghanistan, au Kosovo, au Mali ou en Syrie. Le parti est même favorable à une sortie de l'Allemagne de l'OTAN.

 

Outre ces deux thématiques, le social et le pacifisme, Sahra Wagenknecht et Gregor Gysi insistent sur un troisième argument pour attirer les électeurs, le consensus qui règne entre les autres partis au Bundestag. « Les autres partis sont d'accord sur l'engagement de la Bundeswehr à l'étranger, sur les exportations d'armes, sur les plans de sauvetage de l'euro, sur la retraite à soixante sept ans, sur le développement de l’emploi précaire et sur les lois Hartz IV votées sous le gouvernement Schröder. Sur ces six points, nous sommes seuls au Bundestag contre tous les autres. Notre présence est un plus pour la démocratie allemande », explique Gregor Gysi.

 

Apparemment, celui-ci ne voit pas Die Linke participer à une coalition de gauche. Cela tombe bien, officiellement, le parti social-démocrate exclut aussi une telle éventualité. Pourtant, sans les voix de cette formation, le SPD (crédité d'environ vingt deux pour cent des voix) et les Verts (environ onze pour cent) n'ont aucune chance de battre la CDU d’Angela Merkel (environ quarante pour cent). D'ailleurs, l'entourage de la chancelière l'affirme, dès le soir des élections, le SPD et les Verts négocieront avec Die Linke.

 

Ce parti n'est-il pas membre de la majorité qui dirige l'Etat région du Brandebourg ? N'a-t-il pas longtemps dirigé la ville de Berlin avec le SPD ? N'a-t-il pas soutenu le gouvernement du SPD et des Verts qui dirige la Rhénanie du Nord Westphalie ?

 

« Trahison »

 

Pour le SPD, qui n'a jamais pardonné à Oskar Lafontaine et à ses proches leur « trahison », une telle alliance au niveau national n'est pas d'actualité. Elle l'est d'autant moins que Peer Steinbrück, le candidat du SPD à la chancellerie, incarne l'aile droite de son parti. Mais si celui-ci échoue contre Angela Merkel, beaucoup à Berlin jugent probable un rapprochement entre le SPD et Die Linke en vue des élections de 2017. En coulisses, les manoeuvres ont d'ailleurs commencé, la secrétaire générale du SPD, Andrea Nahles, a discrètement lancé un petit groupe de réflexion associant quelques députés des trois partis. En refusant, au printemps, de réclamer une sortie de l'Allemagne de l'euro, contrairement à ce que souhaitait Oskar Lafontaine, qui, du coup, a été marginalisé, les dirigeants de Die Linke ont d'ailleurs rendu une telle alliance moins impossible.

 

D'ailleurs, Sigmar Gabriel, président du SPD, le dit explicitement, « il y a encore deux partis dans Die Linke. A l'ouest, ses responsables sont des extrémistes alors qu'à l'est, ce sont quasiment des sociaux-démocrates ». Un appel du pied à peine voilé à Gregor Gysi et à certains de ses camarades.

 

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31 août 2013 6 31 /08 /août /2013 18:02

 

 

 

 

 

 

 

http://www.eldiario.es/andalucia/mes-caminando-Bruselas-desahucios_0_159234757.html

 

Objectif Bruxelles

Les marcheurs contre les expulsions feront mille kilomètres en un mois

Les six membres de la plate forme contre les expulsions de Cordoue qui feront un mois de marche à pied « pour la dignité » arrivent à Les Borges Blanques (Lleida).

 Ils feront mille des deux mille six cent kilomètres, les participants de cette marche de protestation dépasseront les plus grands moments d'effort physique et mental par « l’esprit et l’accueil exceptionnel » qu’ils recevront dans chacune des municipalités où ils feront étape.

A Madrid, où ils ont été identifiés par la Police Nationale, ils présenteront un mémoire aux groupes politiques du congrès contre l'appel du gouvernement contre le décret andalou contre les expulsions.

 

 

Le premier août, cela fera exactement un mois que six membres de la plate forme contre les expulsions de Cordoue commençaient une marche à pied de Cordoue à Bruxelles, pour lutter « pour la dignité et la récupération des droits » des familles victimes des prêts hypothécaires.

 

 

Leonor, Richard, Ana Belen, Eugenio, Antonio, Nazaret et Nani qui les a rejoint feront plus de mille kilomètres à pied.

 

 

Dans l’aventure qui commençait à la fin du mois de mars à Borges Blanques (Lleida) et qui arrivera dans les prochains jours dans la province de Barcelone, ils diront qu’ils surmontent les moments de « crise mentale et d'effort physique » par l’esprit et l’accueil qu’ils reçoivent dans les villes où ils arrivent.

" Nous sommes hébergés exceptionnellement par certaines municipalités ", dit Richard à notre site.

« Nous sommes toujours hébergés et nous recevons souvent de la nourriture », dit-il, expliquant que les habitants, les maires, les conseillers et les membres de la plate-forme dans chaque province les soutiennent de cette façon.

Depuis Cordoue, ce sont les camarades de la plate forme contre les expulsions qui « ouvrent la voie et frappent aux portes » à l'avance pour chercher des endroits où les marcheurs passent la nuit dans les villages qui jalonnent cette marche revendicative à pied.
 

Les moments les plus durs

Parmi les moments d’effort physique les plus durs, les membres de la plate forme contre les expulsions se souviennent du passage à travers les montagnes de Jaen, pour leur pente et la chaleur du sud, ou des raideurs de l’étape de la Muela dans la province de Saragosse.

 

 

 « Le physique suivra », dit Richard, alors que les ampoules et les irritations de ses pieds l’accompagnent depuis le premier jour du voyage, mais, comme alors, il explique que rien n'est aussi difficile que la situation que chacun d'entre eux vit et qui est la cause de la réalisation de cette marche.

 

 

Cependant, la souffrance de cette marche n’est pas seulement physique.

A Madrid, les participants de la marche vivaient « le moment le plus désagréable », dit Richard, quand ils étaient contrôlés par la Police Nationale à Villaverde, puis, à l'arrivée à la Puerta del Sol, quand ils « avaient trois minutes pour enlever la banderole que nous portions avec nous et pour quitter la place ».

Ce jour là, ils organisaient une réunion sur la marche. Ils allaient au congrès des députés pour déposer une lettre aux groupes parlementaires contre le recours du gouvernement devant la cour constitutionnelle contre le décret contre les expulsions du gouvernement d’Andalousie.

Devant le parlement européen

Au-delà de l'effort physique accompli du début à la fin de la marche, ils arriveront à Bruxelles à la fin du mois de septembre et ils n’arrêteront pas leur action avant le dépôt d’une plainte devant le parlement européen pour la dénonciation de la situation vécue par des milliers de familles en Espagne en voie d'expulsion.

Richard, Leonor, Eugenio, Nani , Ana Belen, Nazaret et Antonio sont des exemples de chacune des familles au chômage depuis des années, des personnes dont les maisons ont été saisies en raison du non paiement de leurs prêts hypothécaires, dans l’attente de la date d’expulsion de leurs maisons. 

  

 

C'est la réalité qu’ils dénoncent tous les jours dans les villes qu’ils traversent et, finalement, à Bruxelles. 

 

 

Parallèlement à cela, quand les conditions le permettent à la fin de chaque journée et quand les conditions techniques le permettent également, ils transmettent leurs propres chroniques de chaque étape à un blog créé pour ce voyage spécial.

 

C’est le blog http://viajeporladignidad.blogspot.com.es

Les membres de la marche racontent et partagent leurs expériences et remercient les soutiens qu’ils reçoivent.

Maintenant, leur objectif à court terme, c’est Barcelone. Dans la capitale catalane, ou ils sont attendus vers le 6 août, il y aura un événement de bienvenue qui permettra de rappeler à voix haute la situation des familles touchées par les expulsions dans tout le pays.

Pendant ce temps, le travail avance, les camarades de la plate forme contre les expulsions de Cordoue prévoyaient déjà plusieurs étapes du sud de la France où ils seront « accueillis concrètement par plusieurs municipalités », la collaboration avec les membres de la marche est une solidarité sans interruption pendant un mois. 

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31 août 2013 6 31 /08 /août /2013 14:20

 

Vous trouverez ci-dessous la première partie d’un hommage de Léon Trotsky à Karl Liebknecht et à Rosa Luxemburg.

 

Le message est disponible en totalité à l’adresse ci-dessous.

 

Bernard Fischer

 

http://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1919/01/190118.htm

 

Hommage à Karl Liebknecht et à Rosa Luxemburg

 

Par Léon Trotsky

 

Samedi 18 Janvier 1919

 

L’inflexible Karl Liebknecht

 

Nous venons d'éprouver la plus lourde perte. Un double deuil nous atteint.

 

Deux chefs ont été brutalement enlevés, deux chefs dont les noms resteront à jamais inscrits au livre d'or de la révolution prolétarienne, Karl Liebknecht et Rosa Luxemburg.

 

Le nom de Karl Liebknecht a été universellement connu dès les premiers jours de la grande guerre européenne.

 

Dans les premières semaines de cette guerre, au moment où le militarisme allemand fêtait ses premières victoires, ses premières orgies sanglantes, où les armées allemandes développaient leur offensive en Belgique, détruisaient les forteresses belges, où les canons de quatre cent vingt millimètres promettaient, semble-t-il, de mettre tout l'univers aux pieds de Guillaume II, au moment où la social-démocratie officielle, Scheidemann et Ebert en tête, s'agenouillait devant le militarisme allemand et l'impérialisme allemand auxquels tout semblait se soumettre, le monde extérieur avec la France envahie au nord et le monde intérieur non seulement avec la caste militaire et la bourgeoisie, mais aussi avec les représentants officiels de la classe ouvrière, dans ces sombres et tragiques journées, une seule voix s'éleva en Allemagne pour protester et pour maudire, celle de Karl Liebknecht.

 

Et cette voix retentit par le monde entier. En France, où l'esprit des masses ouvrières se trouvait alors sous la hantise de l'occupation allemande où le parti des social-patriotes au pouvoir prêchait une lutte sans trêve ni merci contre l'ennemi qui menaçait Paris, la bourgeoisie et les chauvins eux-mêmes reconnurent que seul Liebknecht faisait exception aux sentiments qui animaient le peuple allemand tout entier.

 

Liebknecht, en réalité, n'était déjà plus isolé. Rosa Luxemburg , femme du plus grand courage, luttait à ses côtés, bien que les lois bourgeoises du parlementarisme allemand ne lui aient pas permis de jeter sa protestation du haut de la tribune, ainsi que l'avait fait Karl Liebknecht. Il convient de remarquer qu'elle était secondée par les éléments les plus conscients de la classe ouvrière, où la puissance de sa pensée et de sa parole avaient semé des germes féconds. Ces deux personnalités, ces deux militants, se complétaient mutuellement et marchaient ensemble au même but.

 

Karl Liebknecht incarnait le type du révolutionnaire inébranlable dans le sens le plus large de ce mot. Des légendes sans nombre se tissaient autour de lui, entourant son nom de ces renseignements et de ces communications dont notre presse était si généreuse au temps où elle était au pouvoir.

 

Karl Liebknecht était, nous ne pouvons plus en parler qu'au passé, dans la vie courante, l'incarnation même de la bonté et de l'amitié. On peut dire que son caractère était d'une douceur toute féminine, dans le meilleur sens de ce mot, tandis que sa volonté de révolutionnaire, d'une trempe exceptionnelle, le rendait capable de combattre à outrance au nom des principes qu'il professait. Il l'a prouvé en élevant ses protestations contre les représentants de la bourgeoisie et des traîtres sociaux démocrates du Reichstag allemand, où l'atmosphère était saturée des miasmes du chauvinisme et du militarisme triomphants. Il l'a prouvé lorsque, il leva, sur la place de Potsdam, à Berlin, l'étendard de la révolte contre les Hohenzollern et le militarisme bourgeois.

 

Il fut arrêté. Mais ni la prison, ni les travaux forcés n'arrivèrent à briser sa volonté et, délivré par la révolution de novembre, Liebknecht se mit à la tête des éléments les plus valeureux de la classe ouvrière allemande.

 

Puissance des idées de Rosa Luxemburg

 

Le nom de Rosa Luxemburg est moins connu dans les autres pays et en Russie, mais on peut dire, sans craindre d'exagérer, que sa personnalité ne le cède en à celle de Liebknecht.

 

Petite de taille, frêle et maladive, elle étonnait par la puissance de sa pensée.

 

J'ai dit que ces deux leaders se complétaient mutuellement. L'intransigeance et la fermeté révolutionnaire de Liebknecht se combinaient avec une douceur et une aménité féminines, et Rosa Luxemburg, malgré sa fragilité, était douée d'une puissance de pensée virile.

 

Nous trouvons chez Ferdinand Lassalle des appréciations sur le travail physique de la pensée et sur la tension surnaturelle dont l'esprit humain est capable pour vaincre et renverser les obstacles matériels, telle était bien l'impression de puissance que donnait Rosa Luxemburg lorsqu'elle parlait à la tribune, entourée d'ennemis. Et ses ennemis étaient nombreux. Malgré sa petite taille et la fragilité de toute sa personne, Rosa Luxemburg savait dominer et tenir en suspens un large auditoire, même hostile à ses idées.

 

Par la rigueur de sa logique, elle savait réduire au silence ses ennemis les plus résolus, surtout lorsque ses paroles s'adressaient aux masses ouvrières.

 

Ce qui aurait pu arriver chez nous pendant les journées de juillet

 

Nous savons trop bien comment procède la réaction pour organiser certaines émeutes populaires. Nous nous souvenons tous des journées que nous avons vécues en juillet dans le murs de Petrograd, alors que les bandes noires rassemblées par Kérensky et Tseretelli contre les bolcheviks organisaient le massacre des ouvriers, assommant les militants, fusillant et passant au fil de la baïonnette les ouvriers isolés surpris dans la rue. Les noms des martyrs prolétariens, tel celui de Veinoff, sont encore présents à l'esprit de la plupart d'entre nous. Si nous avons conservé alors Lénine, si nous avons conservé Zinoviev, c'est qu'ils ont su échapper aux mains des assassins. Il s'est trouvé alors parmi les menchéviks et les socialistes-révolutionnaires des voix pour reprocher à Lénine et à Zinoviev de se soustraire au jugement, tandis qu'il leur eût été si facile de se laver de l'accusation élevée contre eux, et qui les dénonçait comme des espions allemands. De quel tribunal voulait-on parler ? De celui probablement auquel on mena plus tard Liebknecht, et à mi-chemin duquel Lénine et Zinoviev auraient été fusillés pour tentative d'évasion ? Telle aurait été sans nul doute la déclaration officielle. Après la terrible expérience de Berlin, nous avons tout lieu de nous féliciter de ce que Lénine et Zinoviev se soient abstenus de comparaître devant le tribunal du gouvernement bourgeois.

 

Aberration historique

 

Perte irréparable, trahison sans exemple ! Les chefs du parti communiste allemand ne sont plus. Nous avons perdu les meilleurs de nos frères, et leurs assassins demeurent sous le drapeau du parti social-démocrate qui a l'audace de commencer sa généalogie à Karl Marx ! Voilà ce qui se passe, camarades ! Ce même parti, qui a trahi les intérêts de la classe ouvrière dès le début de la guerre, qui a soutenu le militarisme allemand, qui a encouragé la destruction de la Belgique et l'envahissement des provinces françaises du Nord, ce parti dont les chefs nous livraient à nos ennemis les militaristes allemands aux jours de la paix de Brest-Litovsk, ce parti et ses chefs, Scheidemann et Ebert, s'intitulent toujours marxistes tout en organisant les bandes noires qui ont assassiné Karl Liebknecht et Rosa Luxemburg !

 

Nous avons déjà été les témoins d'une semblable aberration historique, d'une semblable félonie historique, car le même tour a déjà été joué avec le christianisme. Le christianisme évangélique, idéologie de pêcheurs opprimés, d'esclaves, de travailleurs écrasés par la société idéologie du prolétariat, n'a-t-il pas été accaparé par ceux qui monopolisaient la richesse par les rois, les patriarches et les papes ? Il est hors de doute que l'abîme qui sépare le christianisme primitif tel qu'il surgit de la conscience du peuple et des bas-fonds de la société, est séparé du catholicisme et des théories orthodoxes par un abîme tout aussi profond que celui qui s'est maintenant creusé entre les théories de Marx, fruits purs de la pensée et des sentiments révolutionnaires, et les résidus d'idées bourgeoises dont trafiquent les Scheidemann et les Ebert de tous les pays.

 

Le sang des militants assassinés crie vengeance

 

Camarades ! Je suis convaincu que ce crime abominable sera le dernier sur la liste des forfaits commis par les Scheidemann et les Ebert. Le prolétariat a supporté longtemps les iniquités de ceux que l'histoire a placés à sa tête, mais sa patience est à bout et ce dernier crime ne restera pas impuni. Le sang de Karl Liebknecht et de Rosa Luxemburg crie vengeance, il fera parler les pavés des rues de Berlin et ceux de la place de Potsdam, où Karl Liebknecht a le premier levé l'étendard de la révolte contre les Hohenzollern. Et ces pavés, n'en doutez pas, serviront à ériger de nouvelles barricades contre les exécuteurs de basses œuvres, les chiens de garde de la société bourgeoise - contre les Scheidemann et les Ebert !

 

La lutte ne fait que commencer

 

Scheidemann et Ebert ont étouffé, pour un moment, le mouvement spartakiste (communistes allemands), ils ont tué deux des meilleurs chefs de ce mouvement et peut-être fêtent-ils encore à l'heure qu'il est leur victoire, mais cette victoire est illusoire, car il n'y a pas encore eu, en fait, d'action décisive. Le prolétariat allemand ne s'est pas encore soulevé pour conquérir le pouvoir politique. Tout ce qui a précédé les événements actuels n'a été de sa part qu'une puissante reconnaissance pour découvrir les positions de l'ennemi. Ce sont les préliminaires de la bataille, mais ce n'est pas encore la bataille même. Et ces manœuvres de reconnaissance étaient indispensables au prolétariat allemand, de même qu'elles nous étaient indispensables dans les journées de Juillet.

 

Le rôle historique des journées de Juillet

 

Vous connaissez le cours des événements et leur logique intérieure. A la fin de février 1917 (ancien style), le peuple avait renversé l'autocratie, et pendant les premières semaines qui suivirent, il sembla que l'essentiel était accompli. Les hommes de nouvelle trempe qui surgissent des autres partis - des partis qui n'avaient jamais joué chez nous un rôle dominant - ces hommes jouirent au début de la confiance ou plutôt de la demi-confiance des masses ouvrières.

 

Mais Petrograd se trouvait comme il le fallait, à la tête du mouvement, en février, comme en juillet, il représentait l'avant-garde appelant les ouvriers à une guerre déclarée contre le gouvernement bourgeois, contre les ententistes, c'est cette avant-garde qui accomplit les grandes manœuvres de reconnaissance.

 

Elle se heurta précisément, dans les journées de juillet, au gouvernement de Kérensky.

 

Ce ne fut pas encore la révolution, telle que nous l'avons accomplie en octobre, ce fut une expérience dont le sens n'était pas encore clair à ce moment à l'esprit des masses ouvrières.

 

Les travailleurs de Petrograd s'étaient bornés à déclarer la guerre de Kérensky mais, dans la collision qui eut lieu, ils purent se convaincre et prouver aux masses ouvrières du monde entier qu'aucune force révolutionnaire réelle ne soutenait Kérensky et que son parti était composé des forces réunies de la bourgeoisie, de la garde blanche et de la contre-révolution.

 

Comme il vous en souvient, les journées de juillet se terminèrent pour nous par une défaite au sens formel de ce mot, les camarades Lénine et Zinoviev furent contraints de se cacher.

 

Beaucoup d'entre nous furent emprisonnés, nos journaux furent bâillonnés, le soviet des députés ouvriers et soldats réduit à l'impuissance, les typographies ouvrières saccagées, les locaux des organisations ouvrières mis sous scellés, les bandes noires avaient tout envahi, tout détruit.

 

Il se passait à Petrograd exactement ce qui s'est passé en janvier 1919 dans les rues de Berlin, mais pas in instant nous n'avons douté alors de ce que les journées de juillet ne seraient que le prélude de notre victoire.

 

Ces journées nous ont permis d'évaluer le nombre et la composition des forces de l'ennemi, elles ont démontré avec évidence que le gouvernement de Kérensky et de Tseretelli représentait en réalité un pouvoir au service des bourgeois et des gros propriétaires contre-révolutionnaires.

 

Les mêmes faits se sont produits à Berlin

 

Des événements analogues ont eu lieu à Berlin. A Berlin, comme à Petrograd, le mouvement révolutionnaire a devancé celui des masses ouvrières arriérées. Tout comme chez nous, les ennemis de la classe ouvrière criaient que « nous ne pouvons pas nous soumettre à la volonté de Berlin, Berlin est isolé, il faut réunir une Assemblée Constituante et la transporter dans une ville provinciale de traditions plus saines. Berlin est perverti par la propagande de Karl Liebknecht et de Rosa Luxemburg ». Tout ce qui a été entrepris dans ce sens chez nous, toutes les calomnies et toute la propagande contre-révolutionnaire que nous avons entendues ici, tout cela a été répandu en traduction allemande par Scheidemann et Ebert contre le prolétariat berlinois et contre les chefs du Parti Communiste, Liebknecht et Rosa Luxemburg. Il est vrai que cette campagne de reconnaissances a revêtu en Allemagne des proportions plus larges que chez nous, mais cela s'explique par le fait que les allemands répètent une manœuvre qui a déjà été accomplie une fois chez nous ; de plus, les antagonismes de classes sont plus nettement établis chez eux.

 

Chez nous, camarades, quatre mois se sont écoulés entre la révolution de février et les journées de juillet.

 

Il a fallu quatre mois au prolétariat de Petrograd pour éprouver la nécessité absolue de descendre dans la rue afin d'ébranler les colonnes qui servaient d'appui au temple de Kérensky et de Tseretelli.

 

Quatre mois se sont écoulés après les journées de juillet avant que les lourdes réserves de la province arrivassent à Petrograd, nous permettant de compter sur une victoire certaine et de monter à l'assaut des positions de la classe ennemie en octobre 1917.

 

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