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26 mai 2013 7 26 /05 /mai /2013 16:50

 

http://www.demosphere.eu/rv/26450

 

Rassemblement Samedi Premier Juin 2013 à 14 heures à Paris Parvis des Droits de l’Homme Esplanade du Trocadéro

 

Peuples unis contre la troïka

 

Suite à l'initiative de citoyens du Portugal, de Grèce, d'Espagne et de France, nous relayons auprès des citoyens, associations, mouvements, organisations politiques et syndicats de France, l'appel à une manifestation internationale contre la troïka Samedi Premier Juin 2013.

 

Cette initiative a été lancée à Lisbonne le 26 avril dernier par des militants de cinq pays européens, dont le mouvement portugais « Que se Lixe a Troïka » (« que la troïka aille se faire voir ») qui a déjà mobilisé plus d'un million de personnes dans les rues du Portugal le 15 septembre 2012 et le 2 mars 2013. Elle entre en écho avec toutes les résistances citoyennes, sociales, syndicales en cours et à venir (Blockupy Francfort, Alter sommet Athènes).

 

Partout où elle sévit déjà (Grèce, Portugal, Irlande, Chypre), la troïka, mise en place par les chefs des États et des gouvernements européens, sème le chômage de masse, la misère, la pauvreté, la précarité, privatise tout ce qui peut être rentable, détruit la culture, les systèmes de santé et l'école publique.

 

Elle condamne des hommes et des femmes chaque fois plus nombreux à l'émigration et met en concurrence pauvres et encore plus pauvres que soi. Sous son emprise, nous sommes condamnés à la récession et plongés dans le cercle infernal de l'endettement, dont nous devenons les esclaves. Là où la troïka ne sévit pas encore, les gouvernements anticipent des mesures d'austérité, de privatisation et de démantèlement des droits sociaux.

 

Parce que personne ne doit rester seul face à la crise, nous devons exprimer partout, toutes et tous ensemble en Europe, notre refus des politiques d'asservissement des peuples. Nous, citoyens, mouvements, syndicats, organisations, représentants de collectivités, groupes formels ou informels, appelons à répondre à cet appel à la mobilisation.

 

Premiers signataires : Bloco de Esquerda France, Juventud Sin Futuro Paris, SYRIZA Paris, Collectif pour un Audit Citoyen de la Dette Publique, Act Up Paris, Agir ensemble contre le Chômage, ATTAC, CADTM, CEDETIM, CGT, FSU, Fondation Copernic, Appel des Appels, LDH, Union Syndicale Solidaire, Alternatifs, ANECR, Convergence et Alternative, Démocratie et Socialisme, EELV, FASE, Gauche Anticapitaliste, Gauche Unitaire, MPEP, NPA, PCF, PCOF, Parti de Gauche

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26 mai 2013 7 26 /05 /mai /2013 15:45

 

http://www.liberation.fr/economie/2013/05/24/portugal-le-parfum-entetant-des-oeillets_905483

 

Portugal, le parfum entêtant des œillets

 

Vendredi 24 Mai 2013

 

La révolution du 25 avril 1974 n’est pas morte. Son hymne resurgit à Lisbonne ce printemps. Dans le marasme de la crise, l’ennemi n’est plus le dictateur Salazar mais la troïka européenne et ses coupes budgétaires.

 

Ce Vendredi 15 Février 2013, quelque chose d’extraordinaire va se produire dans l’enceinte de l’assemblée de la république, la chambre des députés portugaise. On est en pleine séance parlementaire pour débattre des énièmes coupes budgétaires qui taraudent le pays. Les orateurs se succèdent, puis c’est le tour de Pedro Passos Coelho, le premier ministre conservateur, bon élève de l’Union Européenne, lisse et poli. Le voici qui se lance dans un savant exposé chiffré pour justifier « la poursuite des sacrifices » lorsque, soudain, depuis la tribune de l’hémicycle, un air connu de tous est entonné à pleins poumons.

 

C’est Grandola Vila Morena (« Grandôla bourgade brune »), l’hymne de la révolution des œillets qui marqua, de façon pacifique, la fin d’un demi-siècle de dictature. Un certain 25 avril 1974, où cette chanson de Zeca Afonso accompagna, via la radio Renascença, le peuple lisboète en liesse alors qu’il escortait ses capitaines révolutionnaires récupérant un à un les sièges du pouvoir. Depuis lors, Grandola Vila Morena est un totem de la liberté reconquise. Un emblème unitaire, dont le troisième vers dit : « o povo é quem mais ordena » (« c’est le peuple qui commande »).

 

Coup de théâtre parlementaire

 

Au moment précis où elle s’apprête à chanter ce vers, la trentaine de personnes constituant ce chœur inattendu se lève, solennelle, déterminée, vibrante. La présidente de l’assemblée s’étrangle : « vous ne pouvez pas vous manifester de cette façon là ».

 

Le premier ministre, le regard longtemps interdit, s’en sort par une habile pirouette : « on ne saurait être interrompu d’une meilleure façon ».

 

Des policiers émus évacuent les trouble fête patiemment, après qu’ils ont terminé la chanson. Les images ont une répercussion immédiate, immense, via internet, hors des frontières aussi. Au Portugal, toute explication est superflue car chacun saisit instinctivement le message : en 1974, le peuple s’insurgeait contre la dictature de l’Estado Novo, l’Etat nouveau, régime militariste et catholique qui contrôla le pays pendant quarante-huit ans, et dont la figure centrale fut Antonio de Oliveira Salazar. En 2013, il s’époumone contre celle de la troïka, nom donné au tripartite (FMI, Banque Centrale Européenne et Commission Européenne), qui supervise les comptes de la nation depuis qu’en mai 2011 une aide européenne de soixante dix huit milliards d’euros la maintient sous perfusion. Hier la répression politique, aujourd’hui le joug financier.

 

Depuis ce coup de théâtre parlementaire, Grandola Vila Morena s’est invité au cœur de la contestation d’un pays tout entier. Le 2 mars, une marche gigantesque converge sur Terreiro de Paço, au bord du Tage, où, toutes générations confondues, une foule reprend en apothéose les paroles de Zeca Afonso, les plus anciens la connaissent par cœur, les plus jeunes s’aident d’imprimés, beaucoup brandissent des œillets rouges.

 

Les mêmes scènes de communion, le même hymne, la même révolte, se sont depuis répétés un peu partout, réactions émotionnelles d’une population en plein désarroi qui se raccroche aux branches de son histoire alors que les coups pleuvent depuis trois ans, une réduction de dix à trente pour cent des salaires, une récession qui n’en finit pas, un chômage galopant de dix sept pour cent (qui, en fait, dépasserait le quart des actifs), une pauvreté tenaillant les classes moyennes et une jeune génération qui doit opter entre la précarité ou l’émigration. « On est revenu quarante ans en arrière », dit cette ultra précaire de trente quatre ans qui refuse d’avoir des enfants. « Pire même, mes parents ont connu la misère, mais ils avaient la certitude de toucher un jour une retraite. Pas moi ».

 

Si Grandola Vila Morena est invoquée avec autant de force, c’est parce qu’elle renvoie chaque portugais à un épisode démocratique et social de son histoire. « Le 25 avril 1974, ce n’est pas seulement la liberté et le droit de grève, ce sont aussi les premières conquêtes sociales, le salaire minimum, les retraites pour tous et les vingt deux jours de congés payés », relève Filipe Luis, rédacteur en chef de l’hebdomadaire Visao. « C’est pourquoi quand tout cela est mis à mal ou menacé, on se réfugie, apeurés, comme derrière l’ultime bannière protectrice ».

 

Une arme parfaite

 

D’où, aussi, la puissance de contestation qu’acquièrent les symboles du 25 Avril contre un exécutif perçu comme une marionnette des pouvoirs financiers et de Bruxelles. Grandola Vila Morena est l’arme parfaite, non violente, elle revendique les valeurs d’une démocratie dont les dirigeants eux mêmes se réclament, les intéressés ne peuvent que s’incliner, se taire ou sourire. Ou bien rire jaune, comme Miguel Relvas, numéro deux du gouvernement (forcé à la démission en avril pour une affaire de fraude), victime à deux reprises d’un de ces chœurs surprise en plein discours officiel.

 

La langue portugaise a même été enrichie d’un nouveau terme : « grandolar », pour signifier aux dirigeants les valeurs du 25 Avril. « C’est entré dans le langage en un rien de temps, c’est même l’objet de blagues, on se moque de quiconque se fait grandôlar ». Myriam Zaluar s’en amuse. Dans le marasme ambiant, elle y trouve un réconfort.

 

Le vendredi 15 février, cette journaliste de quarante trois ans chantait Grandola dans la tribune du parlement, non loin de son père, José, la soixantaine, professeur de faculté. Avec d’autres, ils avaient ourdi dans le secret cette initiative choc. Chez les Zaluar, la révolution a marqué la famille au fer rouge. En 1965, opposant radical au dictateur Salazar, et dont le frère a été torturé par la redoutable PIDE (la police politique), José s’était exilé à Paris pour ne pas avoir à servir sous les drapeaux dans les colonies portugaises d’Afrique.

 

Le 25 avril 1974, Myriam a alors cinq ans, son frère lui dit au téléphone, « c’est aujourd’hui ». L’année suivante, toute la famille rentre vivre à Lisbonne, « goûter à la liberté et participer à la démocratisation de mon pays ». Près de quatre décennies plus tard, José Zaluar est en semi retraite. Pendant une période, ce prof d’histoire s’était éloigné de la politique, désabusé notamment par « l’ignorance » de ses étudiants sur le passé récent du Portugal. « Grâce à une association pour la mémoire, on a pu éviter de justesse que le siège de la PIDE ne devienne un commerce ! On était très seuls dans ce combat ».

 

Mais, ces derniers temps, son militantisme a repris le dessus. Et comme lui, des milliers de gens de sa génération. Motif, « ils sont en train de saper les piliers du 25 Avril, l’éducation se privatise, la santé coûte de plus en plus cher. Il faut réagir ». Lui-même est concerné. « Chaque mois, sans qu’on me donne aucune explication, ma retraite baisse. Jusqu’où ? ». La veille au soir, il participait à un débat télévisé électrique, précisément sur ce sujet. Pour contenter la troïka et continuer à recevoir l’aide de l’Union Européenne, Passos Coelho doit tailler à hauteur de quatre milliards huit cent millions d’euros dans les dépenses publiques. « Sa grande idée est d’imposer une sorte d’impôt à tous les retraités, alors que la plupart vit déjà dans le dénuement. Inhumain, d’autant que désormais beaucoup de familles survivent grâce aux grands parents ».

 

« Un avenir brillant derrière moi »

 

A ses côtés, dans cette gargote du Bairro Alto, Myriam acquiesce. Elle aussi s’effraie de la perte graduelle des acquis sociaux. Presque pour rire, elle lâche : « depuis vingt et un ans, cela va de mal en pis. A l’époque, j’avais un avenir brillant devant moi, j’ai aujourd’hui un avenir brillant derrière moi ». Elle tire le diable par la queue. Pas un article publié depuis fin 2011, quelques cours à la fac, du soutien scolaire : c’est très juste pour tenir le coup et élever Sara, sept ans, et Rafael, quinze ans. « Les extras, les voyages, le cinéma, les concerts, c’est fini. Fanatique de la plage, je vais moins loin, l’essence est trop chère. Je pense au jour le jour, le réfrigérateur n’est jamais plein ».

 

A l’image de son père, elle s’est radicalisée. En décembre 2011, elle publie une lettre ouverte au Premier ministre qui aura un certain impact, « Passos Coelho avait conseillé aux jeunes d’émigrer. J’étais indignée. Oser nous demander de quitter le pays, comme la dictature avait condamné mon père à l’exil ! L’histoire grimace ». En mars 2012, elle inscrit symboliquement des gens précaires à l’agence pour l’emploi, cela lui vaudra un procès, pour prouver que le million de jeunes « auto entrepreneurs » (comme elle) ne sont que des sans-emploi déguisés.

 

« Délivrez nous seigneur de ces cochons corrompus »

 

L’été suivant, avec vingt-huit autres activistes de tous âges, Myriam lance le mouvement « Que se Lixe a Troïka » (« Que la troïka aille se faire voir ») ; sous leur houlette, la mobilisation nationale du 15 septembre sera la plus massive depuis la révolution des œillets. Au point que le gouvernement Passos Coelho devra renoncer à une réforme ultra-polémique, obligeant le salarié à payer autant de charges que le patron. Dans son quartier de Campolide, sur les hauteurs de Lisbonne, Myriam montre d’immenses peintures murales. L’une représente une fillette en prière : « délivrez-nous seigneur de ces cochons corrompus qui dévastent le Portugal » ; à côté, Angela Merkel tire les ficelles de deux marionnettes, le premier ministre et Paulo Portas, l’autre homme fort de l’exécutif : « combien de temps encore allez-vous assister les bras croisés à ce show ».

 

Le collectif « Que se Lixe a Troïka » traduit une radicalisation à la portugaise. Ici, même si la situation n’a rien à envier à celle de la Grèce, pas de pneus incendiés ni de vociférations déchaînées, seulement des actes de violence isolés. De la contention, avant tout. « Notre culture reste très disciplinée, respectueuse des institutions », note Filipe Luis, « cinquante ans de dictature sont passés par là. Et puis, à la différence des grecs, on tombe de moins haut, depuis longtemps le salaire minimum ne dépasse pas quatre cent soixante quinze euros ».

 

Certes. « Mais, attention, quand la moutarde nous monte au nez », avertit, l’œil brillant, Vasco Lourenzo, soixante et onze ans. Trapu, le visage large et le ventre généreux, ce capitaine fut un des héros de la révolution des œillets, un des trois leaders de la conspiration des officiers contre la dictature. Personne ne lui demande pour autant d’autographes dans la rue, et cela lui convient. Hier comme aujourd’hui, face à l’Estado Novo ou la troïka, dit-il, le seul protagoniste est le peuple.

 

Président de l’association du 25 Avril, près du Chiado lisboète, il se réjouit de voir les nouvelles générations se révolter contre la précarisation, un avenir noir, la destruction des droits sociaux. « Ces dernières années, les commémorations de la révolution sont ardentes, indignées. Tous les âges confluent, il y a comme une communion, la révolution est plus d’actualité que jamais ». Le 25 Avril, pour la première fois depuis 1974, la radio Renascença a émis Grandola Vila Morena à minuit vingt sonnantes, comme à l’époque, avant d’être repris en chœur en fin d’après-midi devant la prison où fut incarcéré Marcelo Caetano, le dernier dictateur de l’Estado Novo.

 

Pour Vasco Lourenzo, cet anniversaire gorgé de symboles n’a rien de folklorique. La démocratie est en péril, le tocsin révolutionnaire doit de nouveau sonner. « Aujourd’hui, il faut utiliser les armes de la démocratie. Mais je suis pessimiste. L’Allemagne n’a pas appris des erreurs du passé. J’ai peur d’une guerre en Europe ».

 

Bénévoles ultra précaires

 

Dans un bar du Largo de Carmo, endroit qu’il affectionne pour sa beauté et sa charge émotionnelle (c’est là que le dictateur Caetano s’était livré aux capitaines le 25 avril 1974), Raimundo Cosme n’a pas une lecture plus réjouissante de la situation. A vingt cinq ans, mince, légère barbe, ce théâtreux fait partie de la génération a rasca (dans la dèche). Ce jour-là, il est venu à pied, il n’a plus un sou vaillant en poche ni même pour un ticket de métro. « Cela ne m’était jamais arrivé. J’ai toujours été raide, mais ces jours-ci, j’ai souvent un budget de deux euros par jour. Heureusement que j’ai un garde-manger bien garni ». Raimundo garde le sourire. Il n’a pas toujours été à la peine. Ces sept dernières années, ses jobs comme acteur (telenovela, publicité ou théâtre) et mille petits boulots (boutique de portables ou de chaussures, fabrique de pâtisseries, la boîte de BTP de son oncle) lui permettaient de voir venir, parfois, il atteignait le millier d’euros par mois, un salaire décent au Portugal. Aujourd’hui, entre garçon de café, prof de théâtre dans le primaire et agences de publicité qui ne le paient pas, quatre cent euros est un bon mois. Comme la majorité de sa génération, Raimundo est « auto entrepreneur » contre son gré, astreint à honorer cent cinquante neuf euros mensuels à la sécurité sociale. Que, bien sûr, il ne peut payer. « J’ai une dette de deux mille cinq cent euros, plus cinq mille euros d’un prêt étudiant jamais remboursé. Je commence fort dans la vie », sourit-il. La compagnie de théâtre qu’il dirige, tous des bénévoles ultra précaires, s’appelle Plataforma deux cent quatre vingt cinq. Ce nombre, c’est le montant en euros du coût de leur première pièce.

 

A aucun moment, il ne met en doute les conquêtes du 25 Avril, dont il se dit héritier. Sa mère, travaillant dès treize ans à recoudre des filets de pêche, ou son père, tailleur de pierre à l’âge de douze ans, en ont bénéficié. Raimundo va aux manifestations, chante Grandola, mais ne sait pas très bien où tout cela mène. Il perçoit surtout une terrifiante involution. « Récemment, le président de la république parlait de revenir aux tickets de rationnement, ou de faire payer les études secondaires. Cela me fait froid dans le dos ».

 

Des solutions, il n’en voit pas plus que les autres. « Ou peut-être celle-ci, abdiquer, ne rien faire, désobéir au pouvoir, fermer les frontières et tout recommencer. Comme en 1974 ».

 

« Rester dans le rang, ne pas faire de vagues »

 

Marco Marques, 29 ans, n’y voit pas plus clair, mais il lutte. Agronome bardé de diplômes, sa génération est la mieux formée de l’histoire récente, il a commencé un potager dans les champs de son institut, d’où la vue est imprenable sur le Tage et le pont du 25 Avril. Venu aussi de mini jobs (dont vendeur chez Zara pour trois euros de l’heure), il a un contrat d’un an pour évaluer les difficultés du monde rural. « C’est Byzance, intéressant, bien payé. Mais, après juin, je n’ai plus de boulot. De nouveau l’incertitude ».

 

Traits tirés, la nuit fut courte : une réunion interminable du collectif « Que se Lixe a Troika », dont il est un pilier. Il pense que la troïka est sourde au peuple, celui-ci doit se faire entendre de manière chaque fois plus globale, à commencer par toute l’Europe du Sud. Les valeurs du 25 Avril lui servent de boussole. « Plus jeune, je pensais que je ne devais aux révolutionnaires que la liberté d’expression. Venant d’un milieu très modeste, je leur dois aussi d’avoir fait des études poussées et de pouvoir penser ».

 

A chaque manifestation, Marco entonne Grandola Vila Morena avec ferveur. Ses parents ne l’ont jamais fredonné. Le 25 Avril, ils n’étaient pas dans la rue, mais calfeutrés chez eux. Son père est toujours resté fidèle à Salazar. Même s’il doit sa maigre retraite de restaurateur, trois cent euros, aux capitaines d’avril. « A ses yeux, il faut avant tout l’ordre et l’autorité. Les manifs ne servent à rien, il faut rester dans le rang, ne pas faire de vagues ». Le père de Marco fait partie de la majorité silencieuse, celle qui a intériorisé un demi siècle d’Estado Novo et qui faisait dire au philosophe roumain Mircea Eliade, attaché culturel à l’ambassade de Roumanie de Lisbonne entre 1941 et 1945 : « la dictature portugaise est la pire, car elle n’a jamais pris fin ».

 

Le père et le fils ne manquent pas d’affection réciproque mais leurs disputes sont houleuses. « Pourtant, peu à peu, lui aussi commence à râler contre la politique d’austérité ». Et pour cause. L’an dernier, la mère de Marco est décédée d’un cancer. Réductions budgétaires obligent, il n’y avait plus d’ambulance gratuite pour l’emmener du village à l’hôpital de Coimbra, où elle était en traitement. « Là, dit Marco, mon père s’est rendu compte que quelque chose ne tournait pas rond.»

 

« La majorité silencieuse est très perméable »

 

L’idée que les remèdes de cheval budgétaires sont la seule solution, alors même que le pays s’appauvrit à toute vitesse, donne aussi de l’urticaire à Joana Manuel. Elle appelle cela « la pensée magique à laquelle la majorité silencieuse est très perméable ». En début de semaine, les trois représentants de la troïka ont donné leur feu vert à la prochaine tranche de l’aide européenne au pays, deux milliards d’euros. Cavaco Silva, le président de la république, s’en est chaudement félicité, invoquant « l’esprit de Fatima ». Joana explose : « Nous y voici ! Une génuflexion face aux rois mages, une intervention divine pour mettre fin à nos tourments qui, bien entendu, portent le sceau de notre faute. Une symbolique rétrograde et une sinistre fable catholique, oui ».

 

Actrice et chanteuse de trente sept ans, jolie et brillante, elle s’estime privilégiée car en prêtant sa voix à des spots publicitaires, Joana gagne environ mille euros par mois. Elle vit pourtant aussi chichement, préférant marcher dans Lisbonne pour ne pas payer les transports en commun. « Je me fiche bien de notre dette. Moi, je veux manger demain ».

 

Mais elle ne se plaint pas, elle sait d’où elle vient. « Ma mère vivait dans un misérable village de Beira Alta, des chaussures ouvertes dans la neige des montagnes ». A l’époque, émigrer à Lisbonne était la seule issue, à neuf ans, elle travaille comme cuisinière dans une famille, son père, du Baixo Alentejo, en a douze lorsqu’il devient garçon de café. Leur fille a cette phrase, prononcée dans une conférence, qui a ému le Portugal tout entier : « mes parents sont tout de suite devenus adultes, moi je resterai éternellement jeune ». Joana est fille du 25 Avril. Littéralement. Ses parents ont attendu la révolution avant de se marier et de la concevoir. « Mon père, communiste, n’aurait jamais fondé une famille sous la dictature, c’était son acte de résistance à lui ». 

 

Le 15 février, elle figurait dans le groupe entonnant Grandola au parlement, une chanson dont elle dit qu’elle l’a « toujours sue ». De ce jour, Joana retient surtout l’image de ce policier qui lui demandait d’évacuer l’édifice. « Il l’a fait avec une infinie douceur, comme s’il s’excusait d’exécuter une besogne qui le répugnait dans le fond. J’ai alors senti qu’il y avait de l’espoir ».

 

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26 mai 2013 7 26 /05 /mai /2013 14:45

 

Deux roquettes frappent un quartier du Hezbollah à Beyrouth

 

BEYROUTH (Reuters) - Deux roquettes se sont abattues dimanche sur un quartier du sud de Beyrouth contrôlé par le Hezbollah, faisant au moins cinq blessés, quelques heures après l'annonce par le mouvement chiite libanais qu'il se battra « jusqu'au bout » aux côtés des forces de Bachar al Assad en Syrie.

 

Hassan Nasrallah, le chef du Hezbollah, qui s'exprimait samedi soir, a ajouté qu'il était prêt à accepter « tous les sacrifices et toutes les conséquences » de l'implication de son mouvement dans la guerre civile syrienne.

 

L'une des roquettes s'est abattue dans la cour d'un vendeur de voitures installé à un carrefour très fréquenté du quartier de Chiah. L'autre a frappé un appartement situé à trois cent mètres de là blessant cinq personnes.

 

L'attaque n'a pas été revendiquée.

 

Selon une source de la sécurité libanaise, trois lance-roquettes ont été découverts dans les collines dominant le sud-est de la capitale libanaise, à huit kilomètres environ des deux impacts. Un des engins n'a pas fonctionné.

 

Ces tirs, première attaque visant selon toute vraisemblance le Hezbollah à Beyrouth depuis le début de la crise en Syrie, en mars 2011, sont un signe supplémentaire du risque d'exportation au Liban de la guerre civile syrienne.

 

A Tripoli, dans le nord du pays, une vague de violences entre factions rivales soutenant le régime syrien ou les insurgés a fait au moins vingt cinq morts la semaine écoulée.

 

Dans la vallée de la Bekaa, dans l'est du Liban, trois roquettes sont tombées sans faire de victimes, dimanche, à proximité de la ville frontière d'Hermel, peuplée essentiellement de chiites. Les insurgés ont déjà visé cette localité à plusieurs reprises ces dernières semaines, à partir du territoire syrien.

 

L'extension des violences au Liban a conduit le Koweït à recommander à ses ressortissants de quitter ce pays et à réitérer son conseil d'éviter de s'y rendre.

 

« QUE LA GUERRE EN SYRIE NE DEVIENNE PAS LA GUERRE DU LIBAN »

 

« Il faut éviter à tout prix une contagion au Liban de la tragédie syrienne », a dit le chef de la diplomatie française, Laurent Fabius, qui a « fermement » condamné ces violences.

 

« Il faut faire en sorte que la guerre en Syrie ne devienne pas la guerre du Liban », a souligné le ministre français, en déplacement à Abou Dhabi.

 

« La situation dans la région est suffisamment tendue et il serait vraiment inacceptable que ce qui se passe en Syrie vienne au Liban », a poursuivi Laurent Fabius, qui rencontrera lundi soir à Paris ses homologues américain John Kerry et russe Sergueï Lavrov dans le cadre des préparations de la conférence internationale sur la Syrie.

 

Le Hezbollah participe activement aux côtés des forces gouvernementales syriennes à la bataille pour le contrôle de la ville stratégique de Koussaïr, près de la frontière libanaise.

 

Dans son discours prononcé samedi à l'occasion du treizième anniversaire du retrait israélien du Sud Liban, Hassan Nasrallah a justifié l'engagement du « parti de dieu » aux côtés des forces de Bachar al Assad par la menace que font peser selon lui sur la Syrie et le Liban les extrémistes sunnites qui font partie de la rébellion.

 

Expliquant que son mouvement n'avait pas d'autre choix que de « défendre » le Liban dans son ensemble, il a ajouté que la Syrie « n'était plus un pays où il y a une révolution populaire contre un régime politique, mais plutôt un pays où l'on cherche à imposer un plan conçu par l'Amérique et l'occident, avec ses instruments dans la région ».

 

Son discours a été dénoncé par l'ancien premier ministre sunnite Saad Hariri, qui a estimé que le Hezbollah, créé dans les années 1980 et armé par l'Iran pour combattre la présence militaire israélienne dans le sud du pays, avait renoncé à sa mission de « résistance » en s'engageant dans un conflit confessionnel en Syrie.

 

« La résistance a annoncé son suicide politique et militaire à Koussaïr », a-t-il dit dans un communiqué.

 

Depuis le début de la crise syrienne, le Liban, hanté par la guerre civile entre 1975 et 1990 et déchiré par les tensions confessionnelles, s'est efforcé de mener une politique de « dissociation » vis-à-vis des événements en cours chez son voisin.

 

Mais les lignes confessionnelles du conflit syrien, Assad appartient à la communauté alaouite, une branche de l'islam chiite, quand les insurgés sont largement sunnites, trouvent un fort écho au Liban.

 

Rami Khouri, de l'université américaine de Beyrouth, notait cette semaine que l'implication du Hezbollah en Syrie risque « d'augmenter les probabilités d'une vaste lutte au Liban entre pro et anti Hezbollah, sunnites contre chiites, et pourrait favoriser une confrontation avec Israël ou une guerre entre américains et israéliens d'un côté, iraniens et syriens de l'autre ».

 

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25 mai 2013 6 25 /05 /mai /2013 16:24

 

  

 

http://www.afriquesenlutte.org/afrique-de-l-ouest/mali/article/mali-declaration-du-cinquieme

 

Déclaration du cinquième comité central du parti SADI sur la situation politique nationale malienne

Samedi 25 Mai 2013

Le parti Solidarité Africaine pour la Démocratie et l’Indépendance (SADI) suit avec une profonde inquiétude le récent développement de la situation dans le Nord de notre pays, avec l’offre de dialogue sans condition fait par Dioncounda Traoré au MNLA.

Cette offre faite en dehors d’une démarche de concertation avec l’ensemble des forces politiques de notre pays, et sous la dictée de la France et des Nations Unies s’inscrit dans un processus d’exclusion des composantes sociales et ethniques des populations du nord du Mali et de reconnaissance de fait de la rébellion armée séparatiste et sécessionniste du MNLA qui a mis en cause les fondements de la nation au nom du droit à l’autodétermination.

Le droit des peuples à l’autodétermination est reconnu et consacré par le droit international, mais il est accordé exclusivement aux peuples soumis à la subjugation, à la domination ou à l’exploitation étrangères. Il a un caractère résolument collectif et il est refusé aux individus. Cela pose le problème de la crédibilité du MNLA qui n’a aucune légitimité historique, ni base sociale populaire, encore moins une identité collective nationale sociale et culturelle ;

L’AZAWAD n’est pas un territoire consacré sur le plan historique ni même confirmé comme appellation locale d’un terroir géographique. Il n’est donc pas un territoire colonial, « soumis à la subjugation, à la domination ou à l’exploitation étrangères » ;

Jamais dans notre histoire, la zone n’a connu l’existence d’un territoire colonial avec un statut séparé et distinct de celui du territoire de l’Etat qui l’administre. Elle n’est donc pas et n’a jamais été sous occupation étrangère (militaire ou administrative). Les Touaregs du Mali ne constituent pas un peuple colonisé par une puissance étrangère qui serait le Mali ;

Le Mali a toujours reconnu l’existence de toutes les composantes de notre peuple et leur a garanti l’exercice libre et transparent des droits fondamentaux exigés par la démocratie. Aucune revendication ne saurait porter sur la remise en cause de l’unité nationale et de l’intégrité territoriale, mais plutôt sur des problèmes de mal gouvernance. Aucun régime politique n’a mis en place un traitement notoirement discriminatoire volontairement infligé au prétendu peuple « AZAWAD » sur les plans politique, juridique, économique, social et culturel.

Par ailleurs, notre constitution de 1992 dans son article vingt cinq, consacre expressément le principe de l’indépendance, de la souveraineté et de l’indivisibilité de la république. Elle reconnaît aussi le droit des minorités ou « l’autodétermination interne » et veille au respect de leur identité, promeut toutes les communautés ethniques à travers sa politique de décentralisation. Ces droits sont essentiellement de nature culturelle, linguistique ou religieuse. Ils sont protégés à travers des mécanismes « d’autonomie personnelle » ou « territoriale ».

Sur le plan du droit international, le parti SADI rappelle l’exigence du respect du principe fondamental de l’intégrité territoriale du Mali et non la reconnaissance de la sécession du MNLA, à travers l’octroi d’un statut juridique parce que, selon la déclaration de 1970 du comité des droits de l’ONU, celle-ci est « une action qui consiste à démembrer totalement ou partiellement, l’intégrité territoriale ou l’unité politique de tout Etat souverain et indépendant ». Or, dès lors qu’un pays accède à l’indépendance, son intégrité, sa souveraineté et son unité sont juridiquement protégées au plan international, parce qu’il est impossible juridiquement d’octroyer l’indépendance dans un espace clos, inviolable et intangible.

Le parti SADI exprime son opposition à toute négociation avec le MNLA qui n’a aucun droit, ni compétence pour parler d’indépendance, ni même demander une autonomie ou un statut juridique particulier.

Notre pays du nord au sud, d’est en ouest, a toujours été victime d’injustice suscité par la politique de corruption de l’Etat qui s’est institutionnalisée de 1992 à nos jours dans la gestion de la crise du nord de notre pays et qui s’est traduite par des intermédiaires véreux qui font des mouvements de rébellion un fonds de commerce, des privilèges injustifiés et régulièrement accordés à ceux qui prennent les armes, des investissements massifs par rapport à la situation générale des zones et couches déshéritées du territoire malien et des complicités avérées de certains éléments des communautés à tous les niveaux y compris dans les plus hautes institutions de l’Etat avec les différentes rébellions.

Le parti SADI lance un appel à toutes les forces démocratiques, progressistes, patriotiques du nord au sud, de l’est à l’ouest du Mali, d’Afrique et d’ailleurs, soucieuses de l’indépendance, de la souveraineté, du caractère indivisible, démocratique, laïc et social de la république du Mali, à se mobiliser pour mettre en échec le projet séparatiste et sécessionniste du MNLA et de la France. La création récente de la commission dialogue et réconciliation par Dioncounda Traoré, sous la dictée de la France, n’a d’autre but que de légitimer le MNLA. Elle a mis à la disposition du MNLA une légion d’experts en droit international qui lui ont élaboré une stratégie fine avec comme première étape, une étrange version du principe de l’autodétermination et des documents juridiques secrets qui sera imposée au Mali au cours des prochaines négociations.

Les maliens doivent décider souverainement du devenir de leur pays à travers la tenue des concertations nationales souveraines, chose que la CEDEAO, l’Union Africaine, les Nations Unies, la France, les Etats Unis et l’Union Européenne s’emploient par tous les moyens à empêcher depuis le 22 mars 2012. Ces concertations nationales souveraines permettront à notre pays d’analyser et de comprendre les racines de l’effondrement de l’Etat, de la guerre dans la partie nord de notre pays, des crises politiques et institutionnelles qui ont jalonné notre processus démocratique depuis les évènements de mars 1991.

De cet examen sans complaisance de notre parcours démocratique, doit surgir un Etat nouveau, assaini, restructuré. Egalement, ces concertations nationales souveraines nous permettront de mener la lutte implacable contre la corruption et l’enrichissement illicite, les crimes perpétrés par les cercles mafieux qui ont transformé notre pays en narco-Etat, l’assainissement de l’Etat, la révision des textes fondamentaux (charte des partis, constitution, loi électorale,), portés par des hommes et des femmes honnêtes capables de conduire cette transition sous le contrôle de notre peuple.

Le Mali doit ainsi engager dès maintenant une double action politique et diplomatique pour éviter une occupation prolongée de notre pays et sa mise sous tutelle par la France et les Nations Unies. A cet effet, le parti SADI plaide pour une alliance stratégique avec l’Algérie, pays avec lequel nous partageons une frontière commune et des liens historiques solides ;

Il ne doit laisser aucune force étrangère occuper le terrain à travers l’octroi de bases militaires ou l’établissement d’accords secrets en matière de défense ou de lutte contre le terrorisme ;

Tout appui à notre pays doit venir en appoint sans possibilité de s’installer pour introniser un groupe rebelle et piller nos ressources ;

La première aide honnête et sincère de la communauté internationale au Mali passe par la réhabilitation de son armée en assurant une formation de qualité à ses hommes, en lui fournissant l’équipement nécessaire et la logistique appropriée afin de lui permettre de prendre de manière efficace la relève et d’appuyer le projet politique de refondation d’un nouvel Etat, condition sans laquelle il est impossible de construire les bases d’un développement durable, facteur de paix et de stabilité pour le Mali et pour l’ensemble des pays de la sous-région ;

Les manœuvres actuelles de la France et les Etats Unis, qui consistent à présenter la tenue de l’élection présidentielle du 28 juillet 2013 comme la seule solution de sortie de crise, ont pour but justement d’amener les maliens à légitimer électoralement une partition de fait de notre pays et les amener à ne pas comprendre les enjeux géopolitiques et géostratégiques de la guerre qui leur a été imposée. Même dans un Etat fort, doté d’une puissante armée, aucun patriote lucide n’aurait privilégié la tenue de compétition électorale à la place de la restauration de l’intégrité territoriale de son pays et le rétablissement de la sécurité des populations.

C’est pourquoi, le parti SADI exige le désarmement total de tous les groupes armés comme préalable au dialogue pour le retour de la paix et refuse de se contenter de « déclaration de rejet du terrorisme » ou « de respect de l’intégrité du territoire » comme le veut la France qui n’est nullement engagée en faveur de la démocratisation des institutions de notre pays, du dialogue politique et de la libre expression des opinions. Sinon, elle n’aurait pas fait la politique hypocrite de la double morale en interdisant d’une part, son territoire à notre camarade secrétaire général Oumar Mariko, candidat à l’élection présidentielle, ancien député à l’assemblée nationale du Mali, ancien dirigeant de la transition démocratique, et à tous ceux qui sont contre l’opération « Serval » et d’autre part, en prônant et exigeant le dialogue avec le MNLA.

Le parti SADI rappelle que seule une transformation démocratique profonde des structures sociales de notre pays, articulée à une vision stratégique de défense de nos richesses nationales, de construction d’une économie nationale, forte, indépendante et diversifiée, est en mesure de prévenir la nation malienne des menaces qui la guettent et de réaliser le sursaut collectif indispensable à la préservation de l’unité nationale et de l’intégrité territoriale.

Sikasso, le 19 mai 2013

Le comité central du parti SADI

 

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25 mai 2013 6 25 /05 /mai /2013 15:50

 

http://www.liberation.fr/medias/2013/05/15/la-tunisie-entame-son-printemps-mediatique_903167

 

La Tunisie entame son printemps médiatique

 

Mercredi 15 Mai 2013

 

Après des mois d’atermoiements, la HAICA, équivalent du CSA, est lancée et doit réguler un paysage audiovisuel désordonné

 

Par Elodie Auffray

 

Il aura fallu un an et demi de tergiversations politiques et de pressions de la société civile pour que naisse au début du mois la Haute Autorité Indépendante de la Communication Audiovisuelle, la HAICA tant attendue. Un équivalent tunisien du Conseil Supérieur de l’Audiovisuel (CSA) français, chargé d’une mission épineuse, remettre un peu d’ordre dans la pagaille du paysage médiatique post Ben Ali.

 

« L’héritage est lourd et les choses se sont encore compliquées après la révolution. Il règne une forme d’anarchie, une liberté sans garde fous », décrit Riadh Ferjani, un de ses membres.

 

Avec l’instance provisoire de la magistrature et celle en charge de l’organisation des élections, la HAICA est considérée comme indispensable à la bonne marche de la transition et à la tenue du prochain scrutin. Elle est la première à voir le jour.

 

Sa longue gestation « sème le doute et peut être un handicap. Mais ça reste un événement », considère Larbi Chouikha, professeur à l’institut de presse et ancien de l’INRIC, l’instance de réforme des médias créée juste après la révolution. C’est elle qui a conçu le décret loi numéro cent seize sur la HAICA, adopté juste avant les premières élections de fin 2011. Arrivés au gouvernement, les islamistes d’al Nahda ont mis le texte au placard, les décrets d’application n’ont jamais été publiés.

 

Alors que ce décret prévoit une concertation pour désigner les patrons des médias publics, le Premier ministre islamiste a nommé seul tous les nouveaux PDG, sans même consulter ses deux alliés de la coalition. Ce qui n’a pas manqué d’aggraver des relations déjà tendues avec les journalistes. Après une série de conflits et au soir d’une grève très suivie, le 17 octobre, le gouvernement a fini par accepter d’activer le décret cent seize, ainsi que le cent quinze sur la liberté de la presse. Il aura fallu encore six mois de tractations difficiles pour conclure l’affaire.

 

Confiance. Appelés à désigner les membres, le syndicat des journalistes, affilié à la puissante UGTT, les patrons de médias, l’association des magistrats et le président de la république ont peiné à trouver un accord sur la composition de l’instance. Selon plusieurs témoignages, le parti islamiste al Nahda a essayé de placer des proches et de faire obstruction à des candidatures jugées trop marquées à gauche. Sans succès.

 

Au final, les neuf membres de la HAICA inspirent largement confiance dans la profession. Il y a parmi eux Rachida Ennaifer, journaliste devenue professeur de droit ; Riadh Ferjani, professeur à l’institut de presse, connu pour ses travaux sur le système médiatique de la dictature ; Habib Belaid, qui a pris la tête de la radio publique après la révolution avant d’en être écarté par al Nahda ; Radhia Saïdi, sœur d’un cadre du parti islamiste mais journaliste appréciée de ses pairs et ancienne de l’INRIC ; Hichem Snoussi, lui aussi ancien de l’INRIC et d’Article Dix Neuf, ONG qui œuvre pour la liberté d’expression.

 

Seul le choix du président suscite un brin de scepticisme, Nouri Lajmi, professeur à l’institut de presse, est décrit comme discret. « On aurait préféré un profil plus militant », regrette Aymen Rezgui, du syndicat des journalistes. Car, dans le paysage médiatique, politisé à outrance, il faudra « savoir naviguer, ça ne va pas être facile », reconnaît lui-même Lajmi, qui veut d’abord « s’assurer de la collaboration de tous et faire la preuve de l’indépendance de l’instance ». Et, face à la scène politique actuelle, il faudra tenir bon pour « résister aux pressions et aux jeux d’intérêts », comme l’a souhaité le président Moncef Marzouki lors de l’inauguration. Dotée, sur le papier, de pouvoirs étendus mais pour l’instant sans moyens, la HAICA va vite devoir s’atteler à l’une de ses priorités : élaborer les règles du jeu médiatique pour la prochaine campagne électorale, qui s’annonce tendue.

 

Déontologie. La haute autorité a également pour mission de veiller au respect d’une déontologie souvent bafouée : reportages avec un seul son de cloche, relais des réseaux sociaux sans vérification des informations, appels à la violence en direct. « Nous avons du mal à savoir jusqu’où on peut aller, par exemple sur l’opération contre les jihadistes dans le mont Chaambi, qui touche à la sécurité nationale », explique Wafa Daoud, journaliste syndicaliste de la télévision publique, qui attend des repères de la nouvelle instance.

 

« Nous aurons une approche pédagogique », précise Riadh Ferjani. A la télé, ainsi qu’à la radio publique, où le PDG est accusé de nombreux abus, les journalistes souhaitent que la HAICA révise les nominations. Aucun engagement en ce sens n’a, pour l’heure, été pris.

 

Le dossier le plus délicat, jugé prioritaire par beaucoup, est celui des nouvelles télévisions. Profitant du vide juridique, une multitude de chaînes, en particulier pro islamistes (voire pro gouvernement), ont vu le jour. Aucune n’a rendu public ses financements. Toutes sont pirates, ont leurs studios en Tunisie mais diffusent par satellite, depuis l’étranger. La HAICA doit en principe faire adopter des cahiers des charges et attribuer les licences.

 

La nouvelle instance permettra-t-elle de résorber les pressions qui pèsent sur le travail des journalistes ? Régulièrement traînés en justice, mais aussi insultés, frappés, intimidés et même menacés de mort : leur syndicat a recensé près de deux cent agressions depuis un an. La quasi-totalité reste impunie. Pourtant, le décret loi numéro cent quinze prévoit de lourdes peines pour ceux qui s’en prennent aux journalistes, ainsi que la dépénalisation de plusieurs délits de presse. Faute de volonté politique, il n’est que rarement appliqué. 

 

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25 mai 2013 6 25 /05 /mai /2013 15:29

 

Un homme soupçonné d’implication terroriste arrêté à Londres

 

LONDRES (Reuters) - La police antiterroriste britannique a arrêté vendredi soir au siège de la BBC un homme qui a affirmé pendant un entretien télévisé que les services de renseignement avaient tenté de recruter comme informateur un des deux meurtriers présumés d'un soldat à Londres, a-t-on appris samedi auprès de la BBC.

 

Michael Adebolajo, 28 ans, et Michael Adebowale, 22 ans, sont hospitalisés sous surveillance policière après avoir été blessés par balles pendant leur interpellation. Ils n'ont pas encore été formellement inculpés du meurtre à l'arme blanche de Lee Rigby, 25 ans, mercredi en plein jour dans le quartier de Woolwich.

 

Un homme présenté par la BBC sous le nom d'Abu Nusaybah a déclaré pendant l'enregistrement de « Newsnight », le programme d'information phare de la chaîne, que des agents des services de renseignement avaient approché Michael Adebolajo il y a six mois pour lui proposer de travailler pour eux comme informateur.

 

Mais il a ajouté qu'Adebolajo, britannique d'origine nigériane, qui rentrait d'un voyage au Kenya, avait refusé de collaborer.

 

Selon Richard Watson, le journaliste qui a mené l'interview, la police attendait Abu Nusaybah à la sortie des studios vendredi soir. Le programme a été diffusé plus tard dans la soirée.

 

La police métropolitaine de Londres a annoncé de son côté que la police antiterroriste avait arrêté à 20 heures 30 GMT un homme de trente et un ans soupçonné de « préparation et d'incitation à des actes de terrorisme ».

 

Un porte-parole de la police a précisé que l'arrestation avait eu lieu au siège de la BBC, mais il n'a pas confirmé le nom du suspect. Selon lui, l'arrestation n'est pas directement liée au meurtre de Lee Rigby.

 

La police et le ministère de l'Intérieur n'ont pas souhaité faire de commentaire sur les déclarations d'Abu Nusaybah à la BBC.

 

Une source proche de l'enquête avait indiqué cette semaine à Reuters que les deux meurtriers présumés étaient connus du MI5, les services de renseignement intérieur britannique. Ils n'étaient toutefois pas considérés comme dangereux.

 

Le premier ministre David Cameron a annoncé qu'une commission parlementaire allait enquêter sur les éventuelles défaillances des services de sécurité.

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25 mai 2013 6 25 /05 /mai /2013 15:10

 

http://www.lorientlejour.com/article/816027/a-qousseir-les-rebelles-ont-tout-mine-meme-les-refrigerateurs-.html

 

A Qousseir, « les rebelles ont tout miné, même les réfrigérateurs »

 

Samedi 25 Mai 2013

 

Des combattants du Hezbollah racontent la bataille ardue de Qousseir.

 

Les forces syriennes, appuyées par des combattants du Hezbollah, auraient pris le contrôle d'à peu près les deux tiers de Qousseir, dans le centre de la Syrie, et chercheraient désormais à déloger les rebelles de leurs derniers bastions. Mais elles ont payé pour cela un prix élevé en raison de la résistance acharnée des opposants au régime de Bachar al Assad. 

 

Un combattant du Hezbollah engagé dans la bataille a confié à Reuters que l'avancée des troupes loyalistes était laborieuse. « Nous sommes dans la seconde phase de notre plan d'attaque mais notre progression est très lente et difficile. Les rebelles ont tout miné, les rues, les maisons. Même les réfrigérateurs sont piégés », a-t-il dit. 

 

Dimanche, le Hezbollah, allié indéfectible du régime de Bachar al Assad, est entré dans ce bastion de la rébellion proche du Liban, selon l’Observatoire Syrien des Droits de l’Homme (OSDH). Selon une source proche du Hezbollah, les combattants ont été divisés en dix sept groupes de cent et ont investi la ville par l’est, le sud et l’ouest. Le contrôle de Qousseir est essentiel pour les rebelles, car cette ville de vingt cinq mille habitants se trouve sur le principal point de passage des combattants et des armes en provenance et en direction du Liban. La ville est également stratégique pour le régime car elle est située sur la route reliant Damas au littoral, sa base arrière. 

 

« Le premier jour, nous avons avancé à travers les ruelles vers le centre de Qousseir, puis brusquement, les rebelles nous ont attaqués par derrière », raconte à l'AFP Hassan, un artilleur du Hezbollah.

 

Rentré mercredi soir à Baalbeck, après trois jours sur le champ de bataille, ce combattant du Hezbollah a appris que son père Ali, quarante trois ans, parti le même jour que lui à Qousseir était mort de deux balles dans la poitrine. « Nous ne voyions aucun combattant, nous avions l’impression qu’il n’y avait personne », raconte ce guerrier de dix huit ans, encore en treillis avec son arme à la main et le foulard du Hezbollah sur les épaules. « Quand nous sommes arrivés aux deux tiers de la ville, vers le nord, ils sont sortis des tunnels et ont tiré sur nous. Nous avons eu beaucoup de morts et de blessés, tous par des balles dans le dos », explique-t-il.

 

« Ils étaient des centaines, très organisés, très bien armés. Ils tiraient avec des balles à fragmentation. Ils nous a fallu du temps pour les éliminer », ajoute Hassan. Le Hezbollah a perdu cent quatre combattants en huit mois dans la guerre en Syrie, selon l’OSDH, alors qu’une source au sein du mouvement chiite avait comptabilisé soixante quinze morts durant la même période. Le responsable du bureau de communication du Hezbollah, Ibrahim Moussaoui, a apporté un démenti sans pour autant fournir de chiffres. « Il fallait fouiller chaque maison ou la raser. Certains tunnels ont été détruits, mais il en reste encore, et des rebelles sont toujours dedans », ajoute Hassan. Selon lui, le plus ardu reste à faire pour le Hezbollah, prendre le nord de la ville où sont retranchés la majorité des combattants et des habitants qui n’ont pas encore fui.

 

« C’est très dur et difficile de prendre ce dernier secteur. Il y a des tireurs embusqués partout. Cela va nous coûter cher, mais nous allons le prendre », dit-il déterminé.

 

Son père est mort au premier jour des combats. « Nous n’étions pas au même endroit, mais je peux vous dire que j’avais un pressentiment, un poids sur la poitrine. Je pensais tout le temps à lui », confie-t-il, avant de pleurer. Mais rapidement, il se reprend. « Il faut être fort. Je dois désormais m’occuper de ma mère et de ma sœur, puis il faut repartir au combat pour achever ce que nous avons commencé ».

 

Dans la maison, sa mère, Oum Hassan, quarante cinq ans, se souvient de leur départ au combat. « Quand mon mari a quitté la maison, je ne lui ai pas dit au revoir », dit-elle, car elle avait le pressentiment qu’elle ne le reverrait plus. Mais elle soutient que « c’est beaucoup plus important aujourd’hui de combattre à Qousseir que contre Israël car il y a beaucoup de (rebelles) de nationalités différentes qui sont des ennemis encore plus dangereux qu’Israël ».

 

Selon Damas, des jihadistes venus de vingt huit pays combattent aux côtés des rebelles. « Mon mari est parti les combattre là-bas avant qu’ils nous attaquent au Liban. Nous ne nous battons pas contre les syriens, mais les ennemis qui sont en Syrie », ajoute-t-elle.

 

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24 mai 2013 5 24 /05 /mai /2013 18:48

 

http://www.demosphere.eu/rv/26374

 

 

Americans Against the War se rassemblera à nouveau le samedi 25 mai 2013 pour soutenir Bradly Manning, un activiste américain de vingt trois ans actuellement emprisonné à Fort Leavenworth et risquant la peine de mort pour avoir dévoilé des secrets militaires via Wikileaks. Le Samedi Premier Juin 2013 marquera le début de la quatrième année de Bradley Manning en prison et le début de son procès.

 

Nous nous rassemblerons pour soutenir Lynne Stewart, qui a consacré sa vie à l'opprimé et a été injustement accusée et condamnée pour le « crime » de fournir à son client une défense intrépide, pour protester contre l'occupation de l’Afghanistan et pour dire non à la guerre, non à l'OTAN.

 

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24 mai 2013 5 24 /05 /mai /2013 18:20

 

http://blogs.mediapart.fr/blog/philippe-marliere/170513/la-gauche-socialiste-renait-chaque-derive-droitiere-du-parti-socialiste

 

« La gauche socialiste renaît à chaque dérive droitière du Parti Socialiste »

 

Vendredi 17 Mai 2013

 

Par Philippe Marlière

 

Interview réalisée par Rouslan Kostiouk, à paraître dans Rabkor, une revue social démocrate de gauche de Moscou.

 

Rouslan Kostiouk : Il a toujours existé dans le Parti Socialiste en France des courants de gauche. Quels sont les principales caractéristiques de cette gauche socialiste ?

 

Philippe Marlière : Il a en effet toujours existé une gauche dans la social-démocratie, à toutes les époques et dans tous les pays européens. De manière générale, on peut dire que la gauche social-démocrate a tendance à connaître un certain essor, à chaque fois que la direction et la majorité du parti sont accusées de « dérive droitière » par certains de leurs camarades. C’est le cas de Marceau Pivert qui crée la tendance Gauche Révolutionnaire dans la SFIO en 1935. Pendant les grèves de 1936, devant les atermoiements et renoncements de Léon Blum et de Maurice Thorez, il lâche : « tout est possible, y compris une révolution sociale ». En 1979, peu après la victoire de Margaret Thatcher en Grande-Bretagne, le Parti travailliste voit se développer une aile gauche militante, dont la plupart des membres sont issus de groupes trotskystes. Des cadres jusqu’alors modérés se radicalisent, tel Tony Benn. Ces travaillistes de la gauche radicale vont tenir le haut du pavé jusqu’au milieu des années 1980, même s’ils échouent à prendre le pouvoir dans le parti. Dans le Parti Socialiste français, la réapparition d’une gauche socialiste politisée, structurée et influente à partir de la fin des années 1980, a coïncidé avec le recentrage du Parti Socialiste après une première période de gouvernement. Les ténors de la première gauche d’inspiration marxiste (Lionel Jospin, Jean-Pierre Chevènement, Jean Poperen) se sont dégagés d’une problématique révolutionnaire et socialiste pour composer avec le capitalisme. L’effacement de la composante de gauche radicale au sein de la majorité mitterrandiste a laissé un espace vacant, ce qui a permis à des cadres et des militants plus jeunes de prendre la relève. Ce fut d’abord la création de la Nouvelle Ecole Socialiste (NES) avec Jean-Luc Mélenchon et Julien Dray, puis la Gauche Socialiste (GS), où ils ont été rejoints par Marie-Noëlle Lienemann, Harlem Désir puis, plus tard, Gérard Filoche. 

 

Rouslan Kostiouk : Au congrès de Toulouse du Parti Socialiste est apparu « Maintenant la Gauche », un nouveau courant de gauche. Quel est le potentiel de ce courant dans le Parti Socialiste et quel rôle peut-il jouer dans ce parti ?

 

Philippe Marlière : Maintenant la Gauche, courant issu du congrès de Toulouse (13,38 % des voix militantes) est le nouvel avatar de cette gauche socialiste. Il n’est pas le seul courant de gauche du Parti Socialiste à l’heure actuelle, puisque Un Monde d’Avance, dirigé par Benoît Hamon et Henri Emmanuelli, une autre force de la gauche du parti, a fait le choix d’intégrer la motion majoritaire auprès d’Harlem Désir. Benoît Hamon est actuellement ministre et ses partisans sont donc dans l’impossibilité de critiquer directement l’action austéritaire du gouvernement. Quand ils le font, c’est d’une manière tellement diluée et cryptique que la critique est de faible portée. Maintenant la Gauche a sauvegardé son autonomie, mais sans parvenir à retrouver la force et l’influence militante qu’avait la Gauche Socialiste jusqu’en 2002. En réalité, plutôt que de courants, il faudrait parler de conglomérats de militants réunis derrière des dirigeants, dans la logique bonapartiste de la vie politique sous la cinquième république. Les courants militants, comme lieux d’affrontements idéologiques et programmatiques dans le Parti Socialiste, ont disparu depuis le milieu des années 1990. Le seul courant vraiment organisé dans l’esprit du Parti Socialiste refondé à Epinay, c’est Démocratie et Socialisme, le groupe dirigé par Gérard Filoche, qui fait aussi partie de Maintenant la Gauche. Dernièrement, Un Monde d’Avance et Maintenant la Gauche ont repris contact. Ils se sont mis d’accord sur un texte, puis des amendements pour préparer la convention Europe du Parti Socialiste. Mais sans plus, pour le moment. La division d’une Gauche Socialiste déjà faible est regrettable. La Gauche Socialiste avait duré quatorze ans de 1988 à 2002. Depuis, un nombre incalculable de courants de gauche a vu le jour. Ces courants, que j’hésite beaucoup à nommer ainsi, sont éphémères et aléatoires, signe du désarroi de la gauche socialiste. Ce sont les derniers à lutter de la sorte, car dans la motion majoritaire, cela fait longtemps que les logiques carriéristes ont remplacé la vie des courants. 

 

Rouslan Kostiouk : Les socialistes de gauche ne sont pas unis dans le Parti Socialiste. Benoît Hamon et Henri Emmanuelli ont choisi de rejoindre la majorité du parti. Quel poids peut avoir ces socialistes de gauche à l’intérieur de la direction socialiste ?  

 

Philippe Marlière : Je ne vois pas comment on peut aujourd’hui s’opposer aux politiques d’austérité mises en œuvre par le gouvernement Ayrault, au suivisme vis-à-vis de l’Allemagne sur la politique européenne ou encore à la capitulation face aux marchés, et espérer peser au sein du gouvernement socialiste le plus à droite de son histoire. Il existe un tel décalage entre le discours militant de Un Monde d’Avant et le choix de se fondre dans une majorité idéologiquement acquise à ce virage austéritaire. Que peut faire Benoît Hamon face à des Moscovici, Sapin, Valls ou, hier encore, Cahuzac ? Je dis cela sans animosité vis-à-vis de Benoît Hamon dont j’apprécie l’engagement à gauche dans un parti qui l’est de moins en moins. 

 

Rouslan Kostiouk : Il y a vingt ans, le Mouvement Des Citoyens, aujourd’hui renommé le Mouvement Républicain et Citoyen, était créé. Il est dans la majorité présidentielle tout en étant indépendant du Parti Socialiste sur le plan idéologique. Quel est le sens et l’impact de ce mouvement républicain de gauche issu de la gauche du Parti Socialiste ?

 

Philippe Marlière : La création du Mouvement Des Citoyens par Jean-Pierre Chevènement au début des années 1990 a sonné le glas fin de la synthèse entre le marxisme et le républicanisme. A cela s’ajoutait la croyance dans les vertus jacobines d’un Etat pilote de l’économie. Le choix de la rigueur de 1982, puis le « tournant européen » de Mitterrand en 1983 ont brisé cette approche. Le socialisme a rapidement été remisé aux oubliettes de l’histoire et c’est une vulgate républicaine qui a remplacé le projet de gauche du CERES. La tragédie de cette gauche « néo républicaine », c’est qu’elle s’est appuyée sur une lecture troisième république de l’idéal républicain. Bref, avec le Chevènement du MDC, on n’a pas eu de renouveau robespierriste à gauche, ce qui aurait pu être intéressant, mais à une vulgate radicale socialiste, nationaliste et laïcarde. Cette vulgate, je dois dire, est aujourd’hui la lecture majoritaire en France de cet « idéal républicain » dont tout le monde se réclame (ou presque), de la gauche radicale à Marine Le Pen. Chevènement nous refait le coup de Jules Ferry : de grands discours sur la laïcité en France et la promotion de politiques raciales et impérialistes dans les colonies françaises. Pour Chevènement, il s’agit d’une critique justifiée de l’Europe néo libérale, mais avec des relents nationalistes chauvins épouvantables. Lionel Jospin a accusé Chevènement de lui avoir fait perdre l’élection présidentielle de 2002 en se portant candidat contre lui au premier tour. Je dirais que Jospin a perdu cette élection le jour où il a nommé Chevènement au ministère de l’intérieur. Là, sa politique sécuritaire et « anti sauvageons » a fait perdre à Jospin une bonne partie de la jeunesse des banlieues et de l’immigration. Ajoutons que la mouvance républicaine en France est devenue une nébuleuse, un fourre tout idéologique dans lequel on retrouve tout et n’importe quoi, de l’extrême droite à la gauche. Le thème de la république fournit un méta discours omnibus à un personnel politique sans idées. A défaut de résoudre les problèmes les plus importants du moment (racisme, chômage, inégalités entre les hommes et les femmes), la parole néo républicaine, souvent incantatoire et abstraite, a pour objectif majeur de donner des « repères » à ceux qui font encore de la politique, c’est-à-dire les classes moyennes et supérieures. 

 

Rouslan Kostiouk : L’histoire a montré que les tentatives créer une force crédible entre le PCF et le Parti Socialiste avaient jusqu’à présent échoué. Que penses-tu de l’expérience du Parti de Gauche ? Jean-Luc Mélenchon est devenu le dirigeant le plus visible et le plus connu du Front De Gauche, mais en même temps le Parti de Gauche ne dispose pas de représentation parlementaire.

 

Philippe Marlière : Le Front De Gauche est un développement unique et remarquable dans l’histoire de la gauche française. C’est une confédération de neuf partis qui continuent d’avoir une existence propre. Il a permis au PCF d’enrayer un long processus de déclin et de se repositionner en partie dans le cadre d’une gauche combative et moderne. Le Front De Gauche abrite aussi les déçus et les désespérés du sectarisme de l’extrême gauche, Lutte ouvrière, mais aussi le NPA, qui avait pourtant un bel avenir devant lui en 2009, avant de se replier sur lui-même et de tout gâcher. Le Parti de Gauche est également un cas de parti atypique, c’est à l’origine une scission de la gauche socialiste (Mélenchon, Dolez), depuis rejointe par des éléments de la gauche verte, républicaine, associative et marxiste. Le Parti de Gauche, par son activisme et la politisation de ses membres, me rappelle les plus belles heures de la Gauche Socialiste du Parti Socialiste ! L’absence de représentation parlementaire est bien sûr un problème pour le Parti de Gauche. Je dirai que pour le moment la faible représentation parlementaire du Front De Gauche est le problème majeur, car il base son action sur un réformisme radical au service d’espérances révolutionnaires. Mais les choses peuvent évoluer très vite, qui aurait prédit l’effondrement du PASOK en Grèce il y a deux ans ?

 

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24 mai 2013 5 24 /05 /mai /2013 17:40

 

http://www.souriahouria.com/27052013-paris-rencontre-avec-pere-paolo-un-pretre-dans-la-revolution-syrienne

 

Souria Houria (Syrie Liberté) vous invite à une rencontre animée par Khaled Roumo au Forum 104, 104 Rue de Vaugirard 75 006 Paris Métro Montparnasse

 

Lundi 27 Mai 2013 à 19 heures

 

Père Paolo Dall’Oglio, un prêtre dans la révolution syrienne

 

Paolo Dall’Oglio, né à Rome en 1954, est un prêtre jésuite italien. Dans les années 1980, il a refondé le monastère syriaque de saint Moïse l’Abyssin, situé au nord de Damas en Syrie, pour défendre le dialogue islamo chrétien. Suite à sa dénonciation ouverte des crimes commis par le régime de Bachar al Assad, il est expulsé du pays le 16 juin 2012. 

 

Son récit est un récit fort et tendre, à l’image de son auteur, pour mobiliser les consciences sur le drame syrien et rappeler les nécessaires liens de fraternité au-delà des frontières et des traditions, c’est un hommage à tous ces jeunes syriens, musulmans et chrétiens, qui ont dépassé leur peur pour se lancer dans la bataille en criant Houria, Liberté !

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