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28 juillet 2013 7 28 /07 /juillet /2013 16:24

 

http://www.nawaat.org/portail/2013/07/28/petition-nous-ne-laisserons-pas-assassiner-notre-revolution

 

Nous ne laisserons pas assassiner notre révolution

 

Six mois après l’assassinat de Chokri Belaïd, celui de Mohamed Brahmi, député de gauche à l’Assemblée Nationale Constituante, intervient à un moment où les tunisiens sont presque arrivés au bout d’un processus d’élaboration de la constitution et de préparation des prochaines élections.

 

Les premières questions qui émergent ont toutes les chances de rester sans réponse, en dépit des « révélations » par le gouvernement des auteurs du crime, qui sont les commanditaires de ces assassinats ? Quels réseaux ont permis la réussite de ce scénario ?

 

La question des effets, quant à elle, n’admet qu’une seule réponse, simple et claire, le propre des assassinats politiques est de créer la confusion, de rebattre les cartes du jeu politique, de semer le trouble à la fois dans la classe politique et chez les gouvernés. En Tunisie, la réponse est encore plus claire, ces assassinats ont pour but d’arrêter le processus démocratique en cours.

 

Il est nécessaire de rappeler que ces crimes politiques s’inscrivent en réalité dans une série de tentatives contre-révolutionnaires initiées depuis le 17 décembre 2010, qui vont de la répression policière sauvage à la criminalisation des mouvements sociaux, en passant par l’emprisonnement des révolutionnaires et le renvoi du dossier de la justice transitionnelle aux calendes grecques.

 

Depuis le 25 juillet 2013, nous assistons à la recrudescence de la violence et de la répression policière, dont a été victime, par exemple, Mohamed Bel Mufti à Gafsa. Face à ce qui apparaît comme une impasse et une entrave à la solution politique, trois clans qui se fondent eux-mêmes sur trois types de logiques se livrent à une concurrence acharnée et funeste. Les tenants de la légitimité électorale, d’abord, feignent de minimiser la gravité de la situation, se recroquevillant sur une position défensive et fermant les yeux sur la plupart des dossiers brûlants et les revendications populaires. Les défenseurs de l’idéal révolutionnaire exigent, quant à eux, la prise du pouvoir directe par le peuple mais sans offrir une alternative qui résiste à la récupération politique. Enfin, l’opposition politique, au nom d’une logique de consensus, saisit l’occasion pour tenter d’accéder au pouvoir en appelant à la dissolution des institutions qui ont été péniblement mises en place jusqu’ici.

 

Tout au long de ces deux années, chaque clan a fait de la légitimité sur laquelle il s’appuie une forme de sacré indépassable et intouchable, proférant des propos d’exclusion de ses adversaires. Cette situation empêche toute possibilité de dialogue et risque de nous emmener droit vers la guerre civile, projet chéri tant par les ennemis internes qu’externes de la révolution tunisienne, dans un contexte régional de plus en plus chaotique.

 

Nous, tunisiennes et tunisiens conscients de l’extrême gravité de la crise que traverse notre pays, refusons la reproduction des scenarii algérien et égyptien. Déterminés à résister à la guerre civile, à la contre-révolution et à la tentation d’un retour à l’ordre sécuritaire, nous sommes résolus à nous battre corps et âmes pour une solution collective, qui ne peut être que politique. Celle-ci doit impliquer l’ensemble du peuple tunisien toutes classes sociales confondues ainsi que l’ensemble de la classe politique toutes tendances confondues.

 

Aujourd’hui que le feu est dans la maison, et même si les hommes et les femmes politiques que les tunisiens se sont choisis n’ont cessé de jouer au jeu du pompier pyromane, l’Assemblée Nationale Constituante reste malgré ses défaillances le seul espace d’élaboration commune d’un compromis politique capable de nous faire sortir de la crise dans les plus brefs délais.

 

Quelles que soient les responsabilités des uns et des autres, le temps n’est plus aux accusations et aux dénonciations factices. La seule voie qui doit nous guider pour les prochains jours est la ligne rouge entre ceux qui fomentent et exacerbent la guerre civile, et par conséquent le processus de désagrégation nationale et sociétale, et ceux qui s’y opposent malgré leurs divergences idéologiques et politiques. Cette issue, confortée par des modalités concrètes de justice transitionnelle, est la seule à même de remettre les revendications originelles de la révolution tunisienne au centre du processus, travail, liberté et dignité nationale.

 

Premiers signataires : Hèla Yousfi, universitaire ; Choukri Hmed, universitaire ; Shiran Ben Abderazzak, journaliste ; Sami Ben Gharbia, citoyen ; Jocelyne Dakhlia, universitaire ; Sonia Djelidi, activiste et militante des droits de l’homme ; Afef Hagi, psychologue ; Meyrem Belkaid, universitaire ; Nadia Tarhouni, militante associative ; Feryel BenAissa, étudiante ; Wejdane Mejri, universitaire ; Wajdi limam, formateur ; Mohammed Ali Aloulou, universitaire ; Bahiga Ouezini,  militante féministe ; Amina Ben Fadhl, consultante ;Thouraya Ammamou, avocate ; Chokri Baccar, consultant ; Samira Ben Haj, pharmacienne

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27 juillet 2013 6 27 /07 /juillet /2013 17:00

 

http://www.liberation.fr/economie/2013/07/19/detroit-le-mince-espoir-de-rebatir-sur-une-ruine_919584

 

Détroit, le mince espoir de rebâtir sur une ruine

Vendredi 19 Juillet 2013

L’ancienne capitale de l’automobile et principale ville du Michigan, qui affiche une dette de dix huit milliards cinq cent millions de dollars, s’est officiellement déclarée en faillite Jeudi 18 Juillet 2013.

« C’est la seule solution pour régler un problème que l’on fabrique depuis soixante ans », a expliqué Kevyn Orr, après avoir formellement demandé le placement de Detroit sous la protection du régime des faillites, Jeudi 18 Juillet 2013. L’administrateur d’urgence, à qui l’Etat du Michigan a remis les clés de la ville en mars afin de sortir Detroit du marasme, espère ainsi régler un problème de taille, la dette municipale, qui s’élève désormais à dix huit milliards cinq cent millions de dollars (quatorze milliards d’euros). Un record. En la réduisant, Detroit pourrait « repartir sur des bases financières solides », comme l’a expliqué le gouverneur républicain de l’Etat, Rick Snyder. D’ici trois mois, un tribunal devra donc décider si Detroit peut bénéficier du dispositif juridique permettant la faillite.

« Fou ». En attendant, l’annonce remet sous les projecteurs une ville qui n’en finit plus de décliner, un fleuron de l’industrie automobile devenu symbole de crise économique, de gestion politique chaotique et de désastre social, où la population est passée d’un million huit cent mille habitants dans les années 1950 à sept cent mille habitants aujourd’hui. La procédure de faillite n’y est d’ailleurs pas forcément vue d’un bon œil. Elle laisserait à la municipalité une marge de manœuvre plus grande pour réduire ses dépenses, notamment en allégeant les services publics, mais aussi les salaires et les avantages sociaux des fonctionnaires. Si Kevyn Orr a assuré que la ville continuerait de payer ses factures, un avocat spécialiste en faillite interviewé par le Huffington Post précisait vendredi que la ville pourrait, si elle le voulait, « cesser de payer tout le monde et ne pas être poursuivie en justice pour autant ». De quoi inquiéter des habitants qui vivent déjà avec un taux de chômage frôlant les dix huit pour cent, des effectifs policiers réduits et un taux de criminalité parmi les plus élevés aux Etats-Unis.

Comment en est-on arrivé là ? Jeudi, l’administrateur d’urgence Orr citait dans le désordre « une mauvaise gestion financière, une population en baisse, une érosion de la base fiscale pendant ces quarante-cinq dernières années ». Pour Reynolds Farley, urbaniste et sociologue à l’université du Michigan, coauteur de Detroit Divided, il faut avant tout se pencher sur les insuffisances du système local de gouvernement. « Le fonctionnement de la ville repose quasiment uniquement sur les impôts locaux, donc lorsque la croissance économique n’est plus au rendez-vous et que la population baisse, tout s’écroule », explique-t-il. « Les municipalités ne sont pas encouragées à travailler entre elles, à mettre des services en commun afin d’améliorer l’éducation, les transports ou l’activité économique. Quant à l’Etat local et l’Etat fédéral, ils s’investissent au minimum ».

Ainsi, le déclin industriel de Detroit n’a pas eu d’autres conséquences que de ruiner progressivement la ville. « Ce qui est fou, c’est qu’on n’ait pas abordé le problème plus tôt, quand on voyait qu’on allait dans le mur. La faute à trop d’optimisme sûrement », analyse Reynolds Farley, notant que le problème n’est pas spécifique à Detroit. Une ribambelle de petites municipalités du Michigan rencontrent les mêmes problèmes financiers, mais aussi de grandes villes du pays, comme Boston ou Chicago, dont la note a été dégradée par l’agence Moody’s au mois de mai.

« Mono industrie ». Detroit s’est mis à souffrir dès les années 1950, quand les usines de fabrication de voiture faisant sa gloire et son surnom, « Motor City », l’ont progressivement quitté pour s’installer ailleurs dans l’Etat. « La ville a longtemps compté sur cette mono-industrie, mais celle-ci s’est mise à employer de moins en moins de monde. Cent personnes font aujourd’hui le travail de deux cent soixante cinq ouvriers en 1990 », explique Reynolds Farley. « Il y avait encore une douzaine d’usines dans les années 1980, il n’y en a plus qu’une aujourd’hui, celle de Chrysler », résume l’économiste Eric Scorsone, de l’université du Michigan. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle, selon lui, le fameux plan de relance de Barack Obama et le sauvetage des « big three », Ford, General Motors et Chrysler, eurent peu d’effets sur la ville. « Quant aux travailleurs de l’automobile restants, ils vivent en banlieue », précise-t-il, pointant du doigt la fameuse « fuite des blancs » vers les banlieues, un épisode classique des villes américaines débuté dans les années 1960, « les émeutes de 1967 ont marqué la ville. Les blancs sont partis, tandis que les noirs ont commencé à souffrir du stéréotype de travailleurs paresseux dans une ville dangereuse. Si, depuis les années 1990, la banlieue est devenue bien plus mixte, Detroit reste aujourd’hui une ville à quatre vingt pour cent afro-américaine, où la ségrégation perdure », observe le sociologue Reynolds Farley.

Trois cent mille habitants ont quitté la ville entre 2000 et 2012. Et quatre vingt mille bâtiments sont désormais abandonnés. La population vit dans l’inquiétude, comme l’indiquait une étude réalisée en 2010 par l’université de Harvard et le Washington Post, qui montrait que la quasi-totalité des habitants considéraient l’économie locale comme « en ruines », une moitié ne souhaitant pas y élever leur famille.

Mais cette étude mettait aussi en évidence un optimisme tout américain, indiquant que soixante trois pour cent de la population gardait espoir et s’attendait à un futur meilleur. La mise en faillite de la ville peut-elle aider ? Pour l’économiste Eric Scorsone, « cela ne va pas créer de l’emploi ni ramener de l’activité économique, mais éventuellement aider la ville à remettre de l’ordre dans ses finances, c’est une première étape ». Le gouverneur Snyder, ne disait autre chose, vendredi, « c’est peut-être un mauvais jour, mais c’est le moment ou jamais de stabiliser Detroit ».

 

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27 juillet 2013 6 27 /07 /juillet /2013 16:27

 

http://www.hurriyetdailynews.com/anti-capitalist-muslim-leader-says-gezi-youth-want-new-approach-to-islam.aspx?pageID=238&nID=51138&NewsCatID=338

 

 

Le leader des musulmans anticapitalistes dit que les jeunes du parc Gezi veulent une nouvelle approche de l'islam

Le visage public des musulmans anticapitalistes, un acteur clé dans les manifestations du parc Gezi et de la place Taksim à Istambul, dit que les jeunes militants laïcs sont intéressés par une interprétation libertaire de l'Islam. Une nouvelle compréhension de la religion pourrait être née de l'esprit du parc Gezi, selon le théologien Ihsan Eliacik.


Daily News. Comment vous définissez vous vous-même ? Certains vous appellent un islamiste moderniste.

Ihsan Eliacik. Je suis un musulman avec une compréhension anticapitaliste et révolutionnaire de l'Islam. Je défends une meilleure compréhension de l'Islam fondée sur les libertés et le pluralisme. Je travaille à révéler ce qui se cache au cœur de l'islam.

Daily News. Qu'entendez-vous par anticapitaliste et révolutionnaire ?

Ihsan Eliacik. Nous voulons un monde où il n'y a pas d'exploitation, pas de privilèges.

Daily News. Cela fait il de vous un socialiste ?

Ihsan Eliacik. Non, nous critiquons le capitalisme par son essence alors que nous critiquons le socialisme par sa méthode. Nous partageons les enseignements fondamentaux du socialisme, comme l'égalité, le partage, aucune discrimination fondée sur la classe sociale, mais nous critiquons les applications pratiques, les expériences politiques de l'union soviétique, de la Chine et de l'Albanie.

Daily News. Qu’est ce que l’islam libertaire ?

Ihsan Eliacik. L'islam a été compris comme une voie totalitaire et autoritaire. Quand l'islam est venu quelque part, il était compris comme un système oppresseur des différentes identités, préférences et religions. Pourtant, l’islam devrait arriver dans un environnement libre de pression, où chacun peut s'exprimer librement.

L'essentiel de l'islam réside dans les valeurs universelles comme la justice, l'égalité, l'amour et la miséricorde. Le coran dit qu'il n'y a pas de contrainte en religion. Dans ce sens, la religion signifie vision du monde et style de vie.

Nul ne peut être contraint à adopter une certaine vision du monde ou de style de vie. Je déduis cela du coran. Il est faux de forcer les femmes à se couvrir la tête dans l'islam.

Daily News. Alors, quand vous dites égalité, vous incluez également l'égalité des sexes ?

Ihsan Eliacik. Bien sûr. Il est inacceptable que les gens sont opprimés en raison de leur religion, de leur langue et de leurs identités politiques et sociales. Il n'y a pas de place pour cela dans l’islam.

Daily News. Dans ce cas, vous direz que l'islam a été mal interprété par la majorité du monde ?

Ihsan Eliacik. Les états utilisent l'islam pour promouvoir leurs intérêts. L'Arabie saoudite, le Pakistan et l'Afghanistan interprètent l'islam dans un sens oppressif. Quand l'islam apparaît, une restriction des libertés vient avec au lieu de la liberté.

Daily News. À cet égard, vous placez certainement la Turquie ailleurs ?

Ihsan Eliacik. Pas nécessairement. Évidemment, la Turquie a ses propres particularités. Si vous me demandez où ma compréhension de l'Islam pourrait le mieux s'épanouir, je dirais la Turquie, bien sûr.

Daily News. Pourquoi ?

Ihsan Eliacik. L'infrastructure de la Turquie est prête, elle a une expérience laïque, la transition d'un sultanat à une république. C'est une expérience forte, mais pas suffisante. La laïcité turque a besoin de critique. C’est une laïcité oppressante.

Daily News. Vous n'êtes donc pas catégoriquement contre la laïcité ?

Ihsan Eliacik. Ma compréhension de la laïcité est la suivante, les religieux ne devraient pas avoir le pouvoir de gouverner simplement parce qu'ils sont religieux.

Daily News. Donc, vous n’interprétez pas la laïcité comme la séparation de l'Etat et de la religion ?

Ihsan Eliacik. Non, le coran dit de bonnes choses par rapport à l'état, pourquoi ne devrions-nous pas les prendre ? La laïcité classique exclut le livre saint, mais nous pouvons prendre la direction commune avec les valeurs universelles. Par exemple, il est écrit que la souveraineté appartient au peuple au parlement, à côté de cela nous pouvons avoir un écrit qui dit que dieu ordonne la justice.

Daily News. Le premier ministre a défendu l'interdiction de l'alcool comme un ordre religieux, comment peut-on être sûr de l'interprétation religieuse que nous devrions utiliser ?

Ihsan Eliacik. Nous le pouvons par la discussion. Sinon, il est faux d'exclure complètement.

Daily News. Comment évaluez-vous les dix années de gouvernement du parti de la justice et du développement (AKP) ?

Ihsan Eliacik. L'AKP a mis en œuvre le capitalisme en le couvrant avec l'islam, il a utilisé la religion pour légitimer le capitalisme. Il n'a pas de politique économique alternative, sur le plan politique, il n'a pas changé les réflexes fondamentaux de l'Etat, il a seulement fait des changements de détails. Ses propres réflexes conservateurs sont devenus ceux de l'Etat lui-même. Il reste deux cent quatre lois de la période du coup d'Etat de 1980. Elles doivent changer. Il y a vingt sept mille noms de lieux qui ont été modifiés, en commençant par le Kurdistan. Cette région a été appelée Kurdistan depuis l'époque ottomane. Les noms modifiés n'ont pas été rétablis.

Le gouvernement de l’AKP a une interprétation conservatrice de l'islam. Il a une compréhension arriérée de l'islam, il parle de l'alcool, l'avortement, il n'est pas nécessaire de traiter de ces questions. L'islam ne vous demande pas de répondre à ces questions, il vous demande de se débarrasser de l'écart entre les riches et les pauvres.

Daily News. Vous semblez affirmer que les principes de l'islam sont en réalité des principes universels.

Ihsan Eliacik. Les principes fondamentaux du coran sont basés sur des valeurs universelles, l'équité, l'honnêteté, l'amour, la miséricorde.

Daily News. Comment le mouvement des musulmans anticapitalistes en est il arrivé là ?

Ihsan Eliacik. Il a évolué autour de mon point de vue. Nous avons d'abord marché de la mosquée Fatih à la place Taksim le premier mai de l'année dernière avec la banderole « combat contre le capitalisme ». Cent dix jeunes nous attendaient, les médias les appelaient les musulmans anticapitalistes.

Daily News. Les musulmans anticapitalistes ont participé aux manifestations du parc Gezi. Quelles ont été les manifestations du parc Gezi?

Ihsan Eliacik. C'était un esprit sans corps. C'était un soulèvement de la jeunesse. Les principes fondamentaux des manifestations du parc Gezi étaient liberté, pluralisme, respect et solidarité. Ils croyaient que la Turquie devrait être reconstruite sur la base de ces principes. Il y avait un état d’esprit anticapitaliste, nous y avons célébré la nuit sainte musulmane de Kandil, nous y avons fait la prière du vendredi.

Daily News. Était-ce votre idée ?

Ihsan Eliacik. Non, nous ne l’avons pas proposé, les jeunes de Gezi nous l’ont demandé.

Daily News. Qu'est-ce que cela nous apprend ?

Ihsan Eliacik. Avant Gezi, la compréhension des laïcs était « nous ne les approuvons pas, mais nous les respectons ». Maintenant, il y a une étape supplémentaire, il y a aussi un intérêt. Ils sont intéressés par notre compréhension de la religion. Ils continuent à refuser les autres compréhensions religieuses classiques, disent-ils, nous n'avons rien à faire avec elles.

Daily News. La jeunesse laïque est elle éloignée de la religion ?

Ihsan Eliacik. Ils pensaient qu’un camp avait confisqué la religion, qu’ils ne pouvaient pas s’exprimer dans ce type de compréhension religieuse. Ils ont commencé à chercher d'autres moyens. Maintenant, ce n'est plus le cas, ils disent qu’ils peuvent s’exprimer dans la religion, mais cela ne doit pas être la compréhension religieuse de l'AKP. Ils disent qu’ils ne sont pas athées, par exemple.

Daily News. La majorité des laïcs turcs n'ont jamais été éloignés de la religion, certains d'entre eux étaient même pieux. Vous pouvez jeûner et prier cinq fois par jour et être laïc en même temps.

Ihsan Eliacik. Notre compréhension de l'islam est basé sur le comportement social et les valeurs morales, vous ne devez pas faire de mal, vous ne devez pas voler, vous ne devez pas mentir, vous ne devez pas rester silencieux contre l'injustice, il faut avoir de l'amour et de la miséricorde pour les êtres humains et la nature. Ceux qui n’appliquent pas ces principes tombent en dehors de la religion, le jeûne, la prière et la couverture de la tête sont totalement personnels.

Le jeûne et la prière cinq fois par jour ne caractérisent pas la religion en soi, ces rituels sont pour nous que des détails. Aller à la mosquée est juste symbolique. La vraie adoration est ce que vous faites quand vous êtes dans le milieu de la vie, en marchant dans la rue et dans vos relations avec votre voisin.

Daily News. Il a dû être intéressant pour vous de voir l'intérêt des jeunes de Gezi dans la religion, je suppose qu'ils n'ont pas de problème avec l'islam.

Ihsan Eliacik. Ils sont à la recherche d'un type différent de la compréhension religieuse. Si un jour l'esprit de Gezi aura un corps, il y aura religion en lui. Un nouveau type de compréhension religieuse nait de l'esprit de Gezi, il sera plus libertaire, en donnant plus d'importance aux valeurs morales sociales, avec un esprit de révolution.

Daily News. Il doit être nouveau pour vous aussi ?

Ihsan Eliacik. J'ai vu des femmes avec décolleté me poser des questions philosophiques. Venant de milieux conservateurs, vous avez tendance à penser qu'une femme avec une mini-jupe ne peut pas avoir quelque chose à voir avec la religion. Mes conversations avec elles sont plus en profondeur que les conversations que j'ai eues dans les cercles théologiques.

 

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27 juillet 2013 6 27 /07 /juillet /2013 14:18

 

Intervention meurtrière contre les pro-Morsi au Caire

 

LE CAIRE (Reuters) - Au moins soixante dix personnes ont été tuées lors de l'intervention des forces de sécurité égyptiennes contre les campements installés dans le nord du Caire par des partisans du président déchu Mohamed Morsi, samedi matin.

 

Gehad al Haddad, porte-parole des frères musulmans dont Mohamed Morsi était le candidat lors de l'élection présidentielle en 2012, a raconté que les violences se sont produites aux abords du sit-in que les pro-Morsi observent de manière continue depuis le 3 juillet près de la mosquée Rabaa al Adaouia.

 

« Ils ne tirent pas pour blesser, ils tirent pour tuer », a déclaré al Haddad, précisant que les victimes étaient le plus souvent touchées à la tête ou à la poitrine.

 

L'antenne égyptienne de la chaîne de télévision al Djazira a fait état de cent vingt tués et de plus de quatre mille cinq cent blessés.

 

Des journalistes sur place ont rapporté que des coups de feu continuaient à résonner plusieurs heures après le début de l'intervention des forces de l'ordre.

 

« J'ai essayé de convaincre les jeunes de se replier. En vain. Ils disent qu'ils sont prêts à payer avec leur sang et ils ne veulent pas se retirer », a déclaré Saad al Hosseini, membre de la confrérie.

 

« C'est la première tentative pour dégager le quartier de Rabaa al Adaouia », a-t-il ajouté.

 

Partisans et adversaires de Mohamed Morsi ont organisé vendredi de grands rassemblements réunissant chacun plusieurs centaines de milliers de personnes, signe d'une profonde division de la société égyptienne.

 

Les violences récurrentes qui endeuillent l'Egypte depuis la reprise en main menée par les soldats le 3 juillet ont fait plus de deux cent morts.

 

Le chef de l'état-major, le général Abdel Fattah al Sissi, artisan de la destitution de Mohamed Morsi, a appelé les égyptiens à se rassembler vendredi pour donner mandat aux soldats de réprimer « la violence et le terrorisme ».

 

Des milliers d'égyptiens ont répondu à son appel, mais les partisans de Morsi ont répliqué en organisant des contre manifestations exigeant le retour du premier chef de l'Etat démocratiquement élu en Egypte.

 

« AGRESSION BRUTALE »

 

Al Haddad a raconté que les policiers ont procédé à des tirs de grenades lacrymogènes vers 3 heures en direction des manifestants.

 

« Les balles ont commencé à siffler à travers la fumée des gaz lacrymogènes », a-t-il dit.

 

Des unités des forces spéciales de la police vêtues d'uniformes noirs ont ensuite ouvert le feu à balles réelles.

 

Des tireurs embusqués se trouvaient sur les toits de l'université et des immeubles ainsi que sur un pont, a-t-il encore dit.

 

L'agence de presse Mena, citant une source non identifiée au sein des services de sécurité, a rapporté que seules des grenades lacrymogènes ont été tirées.

 

Les partisans de Morsi ont répliqué en lançant des pierres tandis que devant la mosquée un responsable appelait au repli des manifestants.

 

« Les hommes sont restés pour se défendre car il y avait des femmes et des enfants dans le sit-in », a précisé El Haddad.

 

C'est la deuxième fois que se produisent des violences meurtrières de masse dans ce quartier de Rabaa.

 

Une cinquantaine de partisans des frères musulmans avaient été tués par des tirs des forces de sécurité le 8 juillet dernier aux abords de la caserne de la garde républicaine, cinq jours après la destitution du chef de l'Etat islamiste.

 

« Cela a été encore plus brutal parce que la garde républicaine menait une opération stratégique. Cette fois, il s'agissait simplement d'une agression violente », a-t-il dit.

 

Le ministre de l'intérieur du gouvernement de transition, Mohamed Ibrahim, avait annoncé vendredi que le sit-in des partisans de Mohamed Morsi « devait prendre fin prochainement et de manière légale ».

 

Plus de deux cent personnes, des pro-Morsi en majorité, ont trouvé la mort dans des violences politiques depuis la destitution de Mohamed Morsi le 3 juillet.

 

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27 juillet 2013 6 27 /07 /juillet /2013 13:56

 

http://www.gnet.tn/actualites-nationales/tunisie-42-deputes-se-retirent-de-l-anc-et-exigent-la-chute-du-gouvernement/id-menu-958.html?utm_source=feedburner&utm_medium=feed&utm_campaign=Feed%3A+gnet%2FjcgH+%28Gnet+General+feed%29

 

Retrait de quarante deux députés qui exigent la chute du gouvernement

Samedi 27 Juillet 2013

Quelque quarante deux  constituants ont décidé de se retirer de l’Assemblée Nationale Constituante (ANC), a annoncé, vendredi soir, l’élu du mouvement Nida Tounes, Khmaies Ksila. Ils ont, également, décidé d'observer un sit-in ouvert, à partir de demain samedi devant la constituante jusqu'à sa dissolution et la chute du gouvernement, a-t-il encore annoncé lors d'une conférence de presse.

Ces députés appartiennent au Parti Républicain (PR), à al Massar, à al Moubadara, à Nida Tounes, à Afek Tounes, au Front Populaire (FP), à l'Alliance Démocratique, en plus de nombre d'indépendants.

Au cours de la conférence de presse, une lecture a été donnée à une déclaration signée par les constituants en question, à l'issue d'une réunion tenue, à la suite de l'assassinat du coordinateur général du courant populaire et député à l'ANC Mohamed Brahmi.

Dans cette déclaration, Ils confirment leur décision de se retirer de l'assemblée et d'observer un sit-in ouvert jusqu'à la dissolution de l'ANC et la chute du gouvernement en place.

Ils revendiquent, également, la constitution d'un gouvernement de salut national conduit par une personnalité nationale indépendante et dont les membres s'engagent à ne pas de porter candidat à quelconque échéance électorale.

Il s'agit, aussi, selon la même déclaration, de confier, dans les plus brefs délais, le parachèvement de la rédaction de la constitution, à un comité d'experts, avant de la soumettre à un référendum.

La décision de s'engager, ensemble, dans une action militante est nourrie par l'attachement à dissoudre la constituante, à contraindre le gouvernement et le président de la république à démissionner, faute de « légalité et de légitimité », lit-on dans le texte de la déclaration.

Cette action, affirment les mêmes députés, devrait répondre à la volonté populaire et contribuer à sauver le pays et à assurer la réussite de la deuxième phase transitoire pour éviter le risque d'un vide institutionnel.

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26 juillet 2013 5 26 /07 /juillet /2013 21:24

 

http://www.alencontre.org/europe/grece/grece-91-remarques-sur-syriza-apres-son-congres-fondateur.html

 

Remarques sur SYRIZA après son congrès fondateur

 

Samedi 20 Juillet 2013

 

Par Stathis Kouvelakis

 

Le congrès de SYRIZA s’est déroulé dans un contexte d’instabilité politique grandissante qui fait suite à la crise qui a suivi la fermeture de la radio télévision publique (ERT) par le gouvernement d’Antonis Samaras et le départ de ce gouvernement de l’une de ses trois composantes (le parti de la gauche démocratique, DIMAR). Le nouveau gouvernement bipartite de la Nouvelle Démocratie et du PASOK ne peut désormais compter que sur une majorité parlementaire très étroite (cent cinquante trois voix sur trois cent), comme l’a montré le vote au parlement du 17 juillet sur le nouveau paquet de coupes budgétaires visant la fonction publique. Il y a davantage, l’ampleur de la réaction populaire à la fermeture d’ERT a sonné la fin de la relative apathie qui régnait sur le front social depuis le vote du précédent mémorandum en novembre dernier. Le bloc au pouvoir sort incontestablement affaibli de cette épreuve de force. La chute du gouvernement actuel sous la pression populaire apparaît comme un objectif plus réaliste qu’il y a quelques mois. Pourtant, manque cruellement une stratégie et une tactique qui aborderaient frontalement la question.

 

La position de SYRIZA reste à cet égard à un niveau incantatoire, marqué par le décalage entre une rhétorique conflictuelle, mais vague, et la ligne concrètement suivie lors des moments clés de l’affrontement social de la dernière période (grèves avortées ou brisées dans le métro, les docks et l’enseignement secondaire du fait des mesures de réquisition adoptées par le gouvernement). A chaque fois, la direction de SYRIZA a fait preuve d’une grande prudence, évitant tout objectif de montée en puissance de la contestation et culminant dans le retrait du soutien à la grève des enseignants pourtant approuvée à plus de quatre vingt dix pour cent lors des assemblées générales exceptionnellement massives.

 

En annonçant le congrès du parti en mai, la direction visait un seul objectif, faire de la constitution de SYRIZA en parti unifié l’occasion d’une « reprise en main » visant à la fois à marginaliser l’opposition interne et à stabiliser une forme partidaire en rupture avec des aspects décisifs de la culture politique et organisationnelle de la gauche radicale. Pour le dire autrement, le but était d’aboutir très vite à une « forme parti » taillée sur mesure pour ancrer dans les réalités organisationnelles la ligne de « recentrage » que la direction poursuit avec acharnement depuis l’automne 2012, ligne qui s’est traduite par le brouillage croissant des positions de SYRIZA (et de leur perception par les secteurs sociaux qui lui accordent leur confiance) sur les questions clés (annulation des mémorandums, dette, sortie de l’euro, refus des privatisations).

 

Pour ce faire, la direction du parti a imposé un congrès à marche forcée (avec un délai de moins d’un mois entre la publication des textes préparatoires et le vote des sections) et un agenda entièrement tourné vers des questions internes, loin des préoccupations stratégiques et des impératifs d’élaboration programmatique qu’une conjoncture aussi volatile que celle-ci exige.

 

Cet agenda « introverti » s’est structuré autour de trois points clés. Le premier point est la question dite des « composantes », avec un ultimatum de deux ou trois mois maximum pour leur dissolution dans le cadre du processus d’« unification » de SYRIZA. Le deuxième point est un droit de tendance vidé de sa substance, avec la suppression des dites « listes séparées », façon détournée de désigner la représentation proportionnelle des minorités dans les instances. Le troisième point est la modalité d’élection du président du parti, par le congrès et non par les instances de direction (le comité central).

 

Cet agenda interne ne fait sens qu’à condition d’être situé dans le contexte plus large de la perception de SYRIZA par les représentants du bloc au pouvoir et de l’évolution interne que connaît ce parti depuis un an.

 

Pour les médias et les forces politiques systémiques, les « composantes » et les « tendances » de SYRIZA, sa fameuse « cacophonie », sont la manière codée de désigner le radicalisme de SYRIZA, que ces « tendances » incarnent face à une direction (incarnée par Tsipras) qui représente le « réalisme » et la ligne du recentrage. La direction, et plus particulièrement Tsipras, est donc soumise à une pression constante venant du système pour « faire le ménage » dans le parti et asseoir son autorité (« Tsipras coupe des têtes » est l’une des injonctions préférées des commentateurs médiatiques autorisés) en se débarrassant des voix discordantes. Sont tout particulièrement visées celles qui la critiquent sur sa gauche et qui sont présentées comme autant d’obstacles à l’« image » de SYRIZA comme « parti de gouvernement responsable ».

 

Au sein même de SYRIZA, les succès électoraux foudroyants du printemps 2012 se sont traduits par une dynamique contradictoire. D’un côté, une vague significative d’adhésions (le nombre d’adhérents a environ doublé en quelques mois et atteint à présent trente cinq mille), ainsi que des succès dans certains secteurs, plus particulièrement dans le mouvement syndical, point faible traditionnel de SYRIZA, succès relatifs toutefois dans la mesure où la surface syndicale demeure significativement inférieure à celle du PC grec (KKE), qui n’a récolté que moins de cinq pour cent des suffrages, environ un sixième de celles de SYRIZA. Mais cette vague comporte également  un autre aspect, bien plus ambigu. Dans une société traumatisée par la dépression économique et formée par des décennies de « partitocratie » (le « système » forgé par la Nouvelle Démocratie et le PASOK qui ont alterné au pouvoir depuis la chute des colonels en 1974), l’adhésion à un parti apparaissant comme aux portes du pouvoir peut également prendre la signification de la reconstitution d’un rapport clientéliste, doublé d’un rapport d’obéissance au leader charismatique. Si ce phénomène est encore loin d’être majoritaire, il n’en altère pas moins de façon désormais significative la composition du parti et alimente de façon essentielle la prolifération d’«adhérents passifs», qui ne se manifestent que le jour du vote pour le congrès et dont le lien à l’organisation repose principalement sur les rapports personnels qu’ils entretiennent avec un ou plusieurs cadres locaux.

 

Ce phénomène, en partie spontané et parfaitement prévisible pour qui est au parfum des réalités grecques, a néanmoins été clairement encouragé, au nom du nécessaire « élargissement », par la direction du parti à partir de l’automne 2012. Les choix opérés à partir de ce moment, absence de toute véritable stratégie d’intervention militante et de construction du parti, choix de congrès ou de conférences nationales organisés à la hâte, avec un nombre de délégués pléthorique, semblable à celui des instances nationales ou fédérales, constitution de réseaux puissants de type personnel autour de certains cadres dirigeants (en général également des parlementaires), conduisent inévitablement à un parti de type « attrape tout », un catch all party comme disent les politistes à la suite de Kirchheimer. En d’autres termes, un parti électoraliste, à la vie interne atrophiée, principalement soudé autour de son leader et d’un discours venant d’en haut, principalement adressé, via les médias,  à un « auditoire national », mais toujours modulé de façon à plaire aux divers « publics » (plus « radical et lyrique » quand on s’adresse aux militants, plus « sobre et pragmatique » quand il s’agit de rencontrer Schäuble ou le FMI).

 

Les aspects les plus problématiques du congrès fondateur de ce « nouveau SYRIZA », parti désormais unifié, découlent de ces tendances lourdes, qui conduisent à sa mutation en « parti de gouvernement » de type gestionnaire, un nombre de votants disproportionné par rapport à celui des participants aux discussions internes, un corps ingérable de trois mille cinq cent délégués, absence de discussion structurée lors des deux premières journées (celles où les délégués pouvaient prendre la parole), absence de rapport d’activité des instances sortantes, discours d’ouverture de Tsipras adapté aux exigences d’un meeting électoral et non d’une adresse à l’instance délibérative du parti.

 

A cela est venu s’ajouter le climat particulièrement agressif vis-à-vis de l’opposition interne (regroupée dans la Plate forme de gauche), qui a culminé le soir de la dernière session du congrès, lors des votes sur la représentation sur les trois points touchant au fonctionnement interne sur lesquels la discussion s’était focalisée (dissolution des composantes, représentation des tendances et mode d’élection du président du parti). Se sont déroulées des scènes choquantes pour un congrès de la gauche radicale (représentants de la Plate forme de gauche hués, doigts d’honneur et insultes, Tsipras applaudi à chaque fois qu’il montait à la tribune avant même le début de ses interventions), qui ont conduit au départ de la salle des délégués de la Plateforme de gauche et d’un nombre significatif de délégués de la majorité.

 

Quel est le bilan de ce congrès ? Du point de vue de contenu programmatique et de l’élaboration stratégique fort maigre, voire inexistant. Les documents adoptés se bornent à répéter, souvent au mot près, les formulations adoptées (là encore de façon plutôt expéditive) lors de la conférence nationale de novembre dernier. Ces textes de compromis, truffés de formulations alambiquées et ambiguës, n’ont de toute façon jamais été vraiment diffusés ou soutenus publiquement par la fraction majoritaire de la direction, qui s’est toujours empressée d’en fournir des « interprétations » en accord avec la ligne du « recentrage » et du « réalisme ». Ainsi, en décembre dernier, quelques jours à peine après la conférence nationale qui avait confirmé la position de SYRIZA quant à l’annulation immédiate des mémorandums par vote parlementaire en cas de victoire électorale, les responsables des questions économiques, et principales figures de proue de la direction après Tsipras, se sont répandus en déclarations dans les médias pour préciser que SYRIZA « n’agirait pas de façon unilatérale », évitant systématiquement d’utiliser les termes d’« annulation ou d’abrogation », remplacés par des références iréniques à la « négociation avec nos partenaires européens ». Tsipras lui-même a multiplié les déclarations « conciliantes » de ce type, notamment lors de ces déplacements à l’étranger, plus particulièrement en Allemagne, où il a rencontré Schäuble, et aux Etats-Unis, où il s’est entretenu avec des représentants du Département d’Etat et du FMI.

 

La Plate forme de gauche a tenté de donner un contenu politique à un débat programmatique quasi inexistant et a déposé quatre amendements qui touchaient aux points stratégiques les plus sensibles. Le premier amendement posait la question de la dette (remise en cause de la légitimité de la dette en tant que telle, dénonciation des conventions existantes et recours si nécessaire à la cessation de paiement pour obtenir son annulation). Le deuxième amendement posait la question de l’éventualité de sortie de la zone euro (option viable qu’il s’agit de préparer sérieusement si, ou plutôt quand, un gouvernement SYRIZA se trouvera, à l’instar de Chypre, confronté au chantage de l’UE et de la BCE). Le troisième amendement posait la question de la nationalisation du secteur bancaire dans sa totalité, engagement clair à annuler l’ensemble des privatisations en cours et renationalisation sous contrôle populaire de secteurs stratégiques de l’économie (télécommunications, énergie, infrastructures routières et aéroportuaires). Le quatrième amendement posait la question de la stratégie d’alliances en réaffirmant la ligne d’un gouvernement de gauche anti-austérité, à l’exclusion d’ouverture au «centre» ou aux forces de la droite souverainiste. L’ensemble de ces amendements a été rejeté, mais a recueilli entre un tiers et quarante pour cent des voix, les amendements sur la dette et l’euro étant ceux qui ont reçu le soutien le plus large. En ce sens, on peut dire que, sur la question de la ligne politique, la direction a pu imposer son point de vue.

 

Pourtant, eu égard aux objectifs qu’elle s’était fixés, ce congrès représente un sérieux revers. L’agenda en trois points évoqué ci-dessus et focalisé sur la « remise en ordre » interne du parti, est sorti malmené de ce moment fondateur du « nouveau SYRIZA ».

 

Sur la question de la dissolution des composantes, et de l’ultimatum qui leur était adressé, la direction a dû se résoudre à un compromis (la formulation adoptée parle de «dissolution dans un délai raisonnable et suite à une concertation) suite à l’attitude extrêmement ferme de Manolis Glezos. Figure emblématique de la résistance, jouissant d’un prestige immense et d’une stature à la hauteur du héros national qu’il est, Glezos ne s’est pas contenté de défendre le droit des composantes à préserver leur autonomie. Il a attaqué Tsipras de façon directe et personnelle et rejeté avec force le modèle d’un parti « présidentialiste », sapant ainsi l’autorité morale et symbolique de la direction et de son leader.

 

Sur la question de la représentation des minorités, ceux-ci ont par contre mis tout leur poids dans la balance, opérant ce qui peut être qualifié de coup de force, mené par Tsipras en personne: après avoir proposé un système qui accordait, par un subterfuge « technique », un avantage automatique à la liste majoritaire, le bloc majoritaire a imposé aux tendances (minoritaires) qui voudraient se présenter en tant que telles l’obligation de constituer des listes séparées, figurant sur des bulletins différents.

 

La possibilité existant jusqu’à présent de choisir, sur un même bulletin, une liste puis de panacher, dans certaines limites, les candidats se présentant sur les diverses listes a ainsi été supprimée. Quant à la liste majoritaire, elle ne se présente pas comme une liste de tendance, ou d’un accord entre tendances (ce qu’elle est pourtant), mais comme la « liste unifiée », simple addition de candidatures individuelles représentant la « diversité du parti » en tant que tel. Il s’agissait à l’évidence de faire apparaître les minorités comme un « corps étranger », simplement toléré, et de donner à la liste majoritaire un statut symbolique de détenteur unique de la légitimité partidaire.

 

L’opération s’est néanmoins retournée contre ses inspirateurs. Au lieu de s’affaiblir, la Plateforme de gauche s’est sensiblement renforcée (voire ci-dessous), et, aidée par la présence de petites listes « indépendantes », elle a ramené la liste majoritaire à 67,5%, soit sept points de moins que lors de la conférence nationale de décembre dernier.

 

Enfin, sur la question de l’élection du président par le congrès, la direction a obtenu gain de cause, mais au prix de l’adoption dans les statuts d’une disposition « flexible » autorisant chaque congrès à décider librement du mode d’élection du président. Sans surprise, ce congrès s’est prononcé par la suite en faveur de l’élection directe du président. Mais lors du vote à bulletin secret, Tsipras a réalisé ce qui peut être considéré comme une contre-performance, en totalisant 72% des bulletins (74% des bulletins valides, les nuls exprimant dans leur quasi-totalité diverses formes de rejet de la procédure et/ou de la personne de Tsipras).

 

On peut pourtant considérer que la principale déconvenue de la direction se trouve dans le renforcement de la Plate forme de gauche, qui a franchi le seuil symbolique des trente pour cent, soit une progression de près de cinq points par rapport à la conférence nationale de novembre dernier (30,16% au lieu de 25,6%), et ce dans un cadre hautement conflictuel, entièrement façonné dans le but d’obtenir sa marginalisation. Il ne fait pas de doute que le climat d’intimidation a suscité une forte résistance parmi une partie des délégués, au-delà des rangs de celles et ceux qui avait d’emblée soutenu les positions de la Plate forme.

 

Le résultat a causé un véritable choc au sein de la direction, qui a évité tout commentaire officiel (ses représentants sont devenus invisibles dès l’annonce des premiers résultats).

 

La presse et les médias font état d’un embarras manifeste dans les rangs majoritaires, même si, d’une façon générale, ils cherchent à ménager Tsipras. Les interrogations se font de plus en plus pressantes quant à la ligne qu’elle suivra dans la période qui s’ouvre, recherche de compromis ou poursuite de l’affrontement interne, au risque cette fois de provoquer une crise interne prolongée.

 

De son côté, la Plate forme de gauche a pour la première fois rendu public un communiqué distinct précisant que son effort pour obtenir la «radicalisation et l’ancrage à gauche de SYRIZA et pour l’unité de l’ensemble de la gauche radicale se poursuivait dans de meilleures conditions». Signe que son succès est compris comme un encouragement à déployer son intervention de façon encore plus visible au sein du parti et même au-delà.

 

En conclusion, on peut dire que ce congrès fondateur a sans doute créé davantage de problèmes qu’il n’en a résolus, ou tenté d’en résoudre. Désormais constitué en parti unifié, doté de statuts, de documents à caractère programmatique et d’une direction élue, SYRIZA n’en apparaît pas moins comme un parti profondément divisé sur des points stratégiques essentiels, qui sont au centre du débat national et européen. Il est évident que la confrontation entre les partisans d’une approche « réaliste », soucieux d’accéder au pouvoir « à froid », de ne pas rompre avec le cadre européen et de ménager les secteurs stratégiques des forces dominantes, et ceux qui prônent l’affrontement ouvert et la rupture avec le cadre actuel de l’UE touche au cœur des questions qui se posent aujourd’hui à la gauche radicale du Vieux Continent.

 

L’apport essentiel de SYRIZA, et de la dynamique qu’il a su créer au printemps dernier, est d’avoir su poser au sein de la gauche radicale la question d’une alternative de pouvoir en termes concrets. Reste à savoir si une telle entreprise se fera aux dépens de la radicalité ou si elle rejoindra la longue liste d’expériences de la gauche de gouvernement qui s’est rapidement  enlisée dans les sables de la gestion du système. Le congrès de SYRIZA aura sans doute été utile en ceci qu’il aura au moins permis de formuler les termes du problème d’une façon plus claire et plus aisément perceptible par les forces sociales et politiques engagées dans un projet émancipateur.

 

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26 juillet 2013 5 26 /07 /juillet /2013 20:37

 

Vous trouverez ci-dessous la deuxième et dernière partie d’une interview d’Hossam al Hamalawi relative à la situation politique actuelle en Egypte après le coup d’Etat militaire de l’armée égyptienne et la destitution du président Morsi.

 

L’interview est disponible en totalité à l’adresse ci-dessous.

 

Bernard Fischer

 

http://www.alencontre.org/moyenorient/egypte/la-revolution-egyptienne-a-t-elle-avorte.html

La révolution égyptienne a-t-elle avorté ?

 

Lundi 15 Juillet 2013

 

Entretien avec Hossam el-Hamalawi

 

Bassam Haddad. Pouvez-vous nous dire un peu plus au sujet des coalitions réelles ? Pas coalition, on m’a en fait corrigé sur le fait qu’il ne s’agissait pas d’une coalition. Mais pouvez-vous nous parler ou analyser pour nous ce que sont les éléments et groupes opposés à Morsi ? Car il y a une certaine confusion qui règne au sujet de leur composition. Et pouvez vous nous dire si tout le monde se situe toujours à la même page qu’il était avant le 2 ou 3 juillet 2013 ?

 

Hossam al Hamalawi. Il y avait quelque chose comme un arc-en-ciel ou plutôt il y avait une coalition arc-en-ciel. Le camp qui était opposé à Morsi comprenait en fait ce méli-mélo de groupes. Ceux qui se sont alignés contre Morsi étaient composés des partis d’opposition du Front National de Salut (et qui inclurait le parti al Tayyar al Shabi d’Hamdeen Sabahi, le parti al Dustur d’al Baradei ainsi que des restes du régime Moubarak représenté par Amr Moussa et d’autres.

 

Même parmi le camp des anti Morsi, il y avait sans aucun doute aussi une présence de fouloul (les détritus de l’ancien régime) représenté par des partisans d’Ahmed Chafik (le général Ahmed Chafik, candidat à la présidentielle), des partisans de feu le général Omar Souleiman et d’autres éléments de la classe supérieure égyptienne qui sont en fait contre les frères musulmans (mais qui sont en faveur du retour de l’ancien régime ou du régime Moubarak tel qu’il était).

 

Mais je ne dirai pas que c’était ceux qui étaient aux commandes. Cela serait une grave erreur que de dire que c’était les contre-révolutionnaires qui se trouvaient au sommet ou qui étaient les fers de lance du mouvement.

 

La campagne Tamarod, qui a gagné tant de publicité et de célébrité autant en Egypte qu’à l’étranger était au début une campagne décentralisée. La seule chose qui lui a donné un petit air de centralisation fut, peut-être, lorsque les médias se concentrèrent sur les cofondateurs, les trois cofondateurs, de cette initiative. Mais dans de nombreux gouvernorats et provinces ce sont des groupes politiques et révolutionnaires différents qui prirent en charge la tâche de récolter les signatures des gens dans les rues. Il ne s’agissait pas de quelque opération internet.

 

Certaines furent réalisées en coordination avec le comité centralisé de Tamarod et d’autres initiatives réalisées d’une façon complètement indépendante. Ce serait donc une chose difficile que de mettre le doigt sur ce que pense exactement Tamarod. Je veux dire, quel Tamarod ? Songez-vous au Tamarod des trois cofondateurs ainsi qu’à leur page facebook officielle ? Ou pensez-vous aux activistes locaux présents sur le terrain ?

 

Dire donc que les activistes avaient dès le début l’intention de remettre le pays aux militaires serait aussi faux. Vous devez vous pencher sur les déclarations des différents groupes révolutionnaires qui participèrent à ce mini soulèvement contre Morsi. A la fin de la journée, même si les militaires sont toujours là dehors, le camp des anti-Morsi est en train d’être infiltré.

 

Bassam Haddad. En fait il est en train de se diviser en différentes fractions. Mais afin de faire quoi ?

 

Hossam al Hamalawi. Cela se fonde sur l’orientation politique. Ou, pour le dire différemment, il est en train de se diviser le long des lignes de force suivantes, soutiendrez-vous la feuille de route de l’armée ? Allez-vous soutenir les concessions au parti salafiste al Nour (lequel est la seule force islamiste qui se soit alliée aux militaires sur ce coup, elle est pourtant maintenant plus ou moins en dehors de cette alliance) ? Lorsque l’armée réprime les manifestants islamistes, allez-vous soutenir la boucherie de ces manifestants ou allez-vous la dénoncer ? Et si vous dénoncez cela, cela signifie-t-il que vous soutenez Morsi ? Ou vous placez-vous en fait autant contre Morsi et l’armée ?

 

Ce qui est ma position ainsi que celle des Révolutionnaires Socialistes dans ces événements. C’est la raison pour laquelle la coalition anti-Morsi s’effrite.

 

Mais je pense que c’est en fait une chose positive. Ce n’est pas nécessairement une mauvaise chose. Il y a des gens qui ont grimpé dans le wagon qui ne méritaient pas d’être là en premier lieu. Ils méritent en fait de se trouver en prison, si vous me le demandez, en raison de leur participation dans les crimes de l’ancien régime de Moubarak.

 

Nous ne devons pas être démoralisés par le fait que les militaires disposent toujours du pouvoir. Vous pouvez constater que parmi les gens, les illusions se dispersent progressivement, même lorsqu’ils transportent toujours des portraits d’al Sissi dans les manifestations, en raison des dernières décisions de faire revenir d’anciennes personnalités notoires du régime Moubarak afin qu’ils détiennent des positions ministérielles, douchant les espérances, y compris des activistes Tamarod. Ces derniers pensaient qu’ils pourraient mettre en place certains réformateurs populistes (c’est-à-dire des personnalités de l’opposition) à ces mêmes positions en ce moment.

 

C’est pour cela que nous participons aux manifestations partout où nous le pouvons. Ce n’est pas pour quelque position « droit de l’hommiste » ou « libéraliste ». Il s’agit plutôt d’une orientation qui consiste soit à trahir la révolution, en se plaçant main dans la main avec la machine de répression de Moubarak, contre laquelle nous nous sommes rebellés, soit à adopter une position intégralement indépendante, autant contre l’armée que contre les frères musulmans.

 

Je dirai donc aux partisans de la révolution égyptienne qui sont à l’étranger, ce que vous pouvez faire c’est de continuer à faire circuler les informations au sujet des abus de l’armée qui se déroulent ici. Ce n’est pas quelque chose que nous devrions saluer ou dont on devrait se féliciter.

 

Nous avons aussi besoin que les syndicats indépendants de travailleurs de l’étranger émettent des déclarations de solidarité avec les grévistes égyptiens qui sont en grève dans les usines, autant à propos de questions liées à des revendications et problèmes immédiats et locaux que pour se débarrasser des vieilles figures corrompues qui appartiennent à la dictature de Moubarak.

 

Et je peux peut-être ici faire référence à la position honteuse de l’Independent Federation of Trade Unions (IFTU-EFITU) qui a joué un rôle politique et économique très positif à de nombreuses reprises auparavant. Mais la direction de la fédération, qui est influencée par le nassérisme, a décidé de se compromettre avec les militaires.

 

Ils ont décidé qu’ils suspendraient les grèves et qu’ils pousseraient les travailleurs à « produire plus », ce qui correspond à la propagande nationaliste qui s’oppose aux grèves et aux actions des travailleurs afin prétendument d’améliorer les standards sociaux des travailleurs égyptiens. Dieu merci, la fédération, qui est en fait une bureaucratie, n’a pas tant de contrôle sur les militants et cadres de base au sein de la confédération et que celle-ci ne dispose pas encore du contrôle ou, du moins d’une position dirigeante, du mouvement ouvrier égyptien.

 

La plupart de grèves qui se sont produites l’ont été parce qu’elles ne sont pas organisées par la fédération ou un quelconque groupe politique. Elles étaient spontanées, organisées localement par des activistes de la base de ces usines. Et je m’attends qu’il en soit encore ainsi.

 

Traduction de la rédaction du site www.alencontre.org

 

Entretien publié le 11 juillet 2013 sur le site Jadaliyya mené par son coéditeur, Bassam Haddad. Hossam al Hamalawi est l’un des animateurs des Révolutionnaires Socialistes (RS) en Egypte.

 

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26 juillet 2013 5 26 /07 /juillet /2013 19:36

 

http://www.alencontre.org/moyenorient/egypte/egypte-pas-en-notre-nom.html

 

« Pas en notre nom »

 

Vendredi 26 Juillet 2013

 

Déclaration des Révolutionnaires Socialistes

 

Les frères musulmans ont été renversés afin d’approfondir la révolution et non pour soutenir le régime.

 

Quels qu’aient pu être les crimes commis par la confrérie contre le peuple et contre les coptes en défense de son pouvoir au nom de la religion, nous ne confions pas notre autorité au chef de l’armée, al Sissi, ministre de la défense et dirigeant du Conseil Suprême des Forces Armées. Nous ne descendrons pas dans les rues Vendredi 26 Juillet 2013 (1), offrant un chèque en blanc pour que des massacres soient commis. 

 

Si al Sissi dispose des moyens légaux de faire ce qu’il souhaite, pourquoi fait-il appel au peuple pour qu’il descende dans les rues ? Il veut un référendum populaire sur le fait qu’il assume le rôle d’un César (bonapartisme) et que la loi ne lui fera pas obstacle.

 

Il est exact que les frères musulmans sont à l’origine des souffrances des masses au cours de leur règne entre juin 2012 et juin 2013 et nous assistons aujourd’hui au retour d’actes terroristes dans la péninsule du Sinaï, à al Arish et des attaques contre les personnes vivant à Maniyal et à al Nahda.

 

L’armée n’a pourtant pas besoin d’une « permission » pour s’occuper des actes terroristes, elle dispose de la base légale pour le faire ainsi que bien d’autres choses.

 

Mais elle veut quelque chose de plus, elle veut une mobilisation populaire la soutenant afin d’accroître la cohésion de l’Etat et de la classe dominante autour de sa direction.

 

Elle désire effacer l’une des caractéristiques les plus importantes de la révolution jusqu’ici, à savoir la conscience que les masses ont du caractère répressif de l’appareil d’Etat et l’hostilité intense de ce dernier contre elles. Elle souhaite transformer en réalité le mensonge selon lequel « l’armée, la police et le peuple ne forment qu’une seule main ». L’armée désire que le peuple la suive dans les rues, juste une année après que les masses scandèrent « à bas, à bas la domination militaire ».

 

Enfin, elle veut rétablir la « stabilité », c’est-à-dire le retour de l’ordre, le retour de l’ancien régime. Elle veut en terminer avec la révolution et l’armée utilisera les frères musulmans à cet effet. La confrérie, qui a été à peine une année au pouvoir, s’est mise à dos tout le monde, le vieil Etat, l’armée et la police, la classe dominante, la classe laborieuse et les pauvres, les coptes, les partis politiques et les révolutionnaires. La chute des frères musulmans était inévitable et le peuple célébrait la chute de Morsi avant même qu’ils descendent dans les rues le 30 juin.

 

L’establishment militaire, qui s’est allié lui-même avec les islamistes au cours des deux dernières années, a décidé de rompre son alliance suite à l’échec des islamistes de contenir les mobilisations sociales et le mécontentement croissant s’exprimant dans les rues. Il saisit donc l’opportunité de se débarrasser de Morsi et coupa l’herbe sous le pied au développement d’un mouvement révolutionnaire et empêcha son approfondissement.

 

L’armée souhaite diriger ce mouvement dans une direction « sûre » en se débarrassant des frères musulmans pour rétablir l’ordre ancien. Cette stratégie a permis aux acolytes de l’ancien régime, à la police et à l’armée de ne plus devoir se présenter devant des tribunaux alors que la liste d’accusation gonfle suite aux crimes qu’ils commettent contre les frères musulmans.

 

Ils affirment, par-dessus tout, qu’ils étaient aussi responsables de la révolution du 25 janvier.

 

Nous ne voulons pas que Morsi soit traîné devant les tribunaux pour le meurtre des martyrs de Port Saïd ainsi que de nombreux autres. C’est la police de Moubarak et de Morsi qui était responsable. Le point le plus important est d’ouvrir les portes fermées par l’accord réalisé avec Morsi, « justice pour les martyrs ».

 

Les crimes que Morsi a réalisés, il les a réalisés avec l’armée, la police et l’Etat de Moubarak.

 

Ils doivent tous être tenus responsables et jugés ensemble. Donner au vieil Etat un mandat pour que ses institutions répressives puissent faire ce qu’elles veulent de leurs partenaires en crime d’hier ne fera que leur donner le champ libre pour réprimer ensuite toute opposition.

 

Ils réprimeront tous les mouvements de protestation, les grèves ouvrières, les sit-in et les manifestations. Nous ne pouvons pas oublier que les crimes commis par les frères musulmans à travers le pays se sont déroulés sous les yeux de la police et de l’armée sans qu’ils n’interviennent en aucune manière pour protéger les protestataires ou les gens.

 

Les masses qui descendent dans les rues ce vendredi 26 juillet 2013 font du tort à la révolution, quoi que puissent penser ceux qui y participent.

 

Donner à l’armée un mandat populaire pour qu’elle en finisse avec les frères musulmans va inévitablement conduire à la consolidation du régime contre lequel la révolution s’est soulevée pour le mettre à bas. Nous devons nous appuyer sur la chute de la confrérie pour approfondir notre révolution et non pour soutenir le régime.

 

Nous devons faire face aux frères musulmans aux niveaux politique et populaire, répondant à leurs actes de violence avec la fermeté la plus grande.

 

Nous devons créer des comités populaires pour nous défendre contre les attaques des frères musulmans et pour protéger notre révolution qui ne s’apaisera pas avant la chute du régime et avant que nous obtenions le pain, la paix et la justice sociale ainsi que la punition de tous les assassins des martyrs.

 

(Traduction par la rédaction du site www.alencontre.org d’une adaptation anglaise publiée sur le site du Socialist Worker Party de Grande-Bretagne Jeudi 25 juillet 2013)

 

(1) Vendredi 26 Juillet 2013, deux mobilisations sont appelées, l’une par les frères musulmans contre leur mise à l’écart du gouvernement et la répression subie et l’autre par al Sissi qui fait appel à la population pour étayer sa « légitimité ». Dans les jours passés, quelque dix morts sont dénombrés lors des affrontements. De plus, des groupes s’attaquent aux forces de police dans le Sinaï, avec vingt policiers tués. Le Front de Salut National a annoncé sa participation à la mobilisation appelée par al Sissi. Les frères musulmans ont caractérisé l’appel d’al Sissi comme une « déclaration de guerre civile ». Les « mesures de sécurité les plus adéquates » ont été prises par la police et l’armée. De plus, il semble que Morsi est accusé de collaboration avec le Hamas contre des forces de police égyptiennes. (commentaire de la rédaction du site www.alencontre.org) 

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26 juillet 2013 5 26 /07 /juillet /2013 19:02

 

http://www.tap.info.tn/fr/index.php/politique/16465-des-obseques-nationales-pour-le-martyr-mohamed-brahmi-presidence-de-la-republique

 

Des obsèques nationales pour le martyr Mohamed Brahmi (présidence de la république tunisienne)

Vendredi 26 Juillet 2013

Carthage (TAP) – Le président de la république provisoire Moncef Marzouki a chargé le chef d’état-major de l’armée de terre, le général Mohamed Salah Hamdi, d’organiser des obsèques nationales pour le martyr Mohamed Brahmi, annonce vendredi la présidence de la république.

Il l’a également chargé de superviser tous les préparatifs nécessaires et de le représenter lors de ces obsèques prévues Samedi 27 Juillet 2013 au cimetière du Jellaz à Tunis, précise un communiqué de la présidence de la république.

Mohamed Brahmi, coordinateur général du courant populaire et membre de l’Assemblée Nationale Constituante, a été assassiné Jeudi 25 juillet 2013 à 12 heures, devant son domicile à la cité al Ghazala dans le gouvernorat de l’Ariana.

 

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25 juillet 2013 4 25 /07 /juillet /2013 19:28

 

Violences après le meurtre d’un opposant à Tunis

 

TUNIS (Reuters) - L'assassinat jeudi à Tunis du dirigeant d'opposition Mohamed Brahmi, abattu de plusieurs balles devant son domicile, a provoqué manifestations et incidents dans la capitale tunisienne et à Sidi Bouzid, dans le centre du pays.

 

Dans cette ville, berceau de la « révolution de jasmin » de l'hiver 2010-2011, des bureaux du parti islamiste al Nahda, au pouvoir ont été incendiés.

 

« Des manifestants ont mis le feu aux sièges d'al Nahda dans les quartiers de Meknassi et de Menzel Bouziane à Sidi Bouzid », a déclaré à Reuters un habitant, Mehdi Horchani.

 

Elu à l'Assemblée Nationale Constituante (ANC), Mohamed Brahmi, âgé de cinquante huit ans, était fondateur et ancien secrétaire général du mouvement du peuple (al Chaâb), une formation laïque et nationaliste.

 

Selon des témoins, il a été abattu par deux hommes à moto devant chez lui alors qu'il descendait de voiture. « Il a été tué devant sa maison alors qu'il était avec sa fille handicapée », a déclaré Mohamed Nabki, membre lui aussi d'al Chaâb.

 

Plusieurs milliers de personnes se sont rassemblées devant le ministère de l'intérieur à l'annonce de l'assassinat en exigeant la démission du gouvernement dominé par les islamistes.

 

« À bas le pouvoir islamiste », criait la foule.

 

« Ce gang criminel a tué la voix libre de Brahmi », a déclaré sa veuve Mbarka Brahmi.

 

À Sidi Bouzid, des milliers de manifestants « très en colère » sont descendus dans les rues, ont bloqué plusieurs artères de la ville et mis le feu à des pneus.

 

Un jeune vendeur de fruits et légumes, Mohamed Bouazizi, s'était immolé par le feu en décembre 2010 à Sidi Bouzid pour protester contre la confiscation de son étal par la police.

 

Son décès début janvier avait suscité une intense émotion et déclenché une vague de manifestations qui avaient débouché sur le renversement du président Zine Ben Ali et inspiré les « printemps arabes » dans la région.

 

« JOUR DE DEUIL NATIONAL »

 

Membre de l'assemblée chargée d'élaborer la nouvelle constitution, Mohamed Brahmi n'avait pas ménagé ses critiques envers le parti islamiste al Nahda au pouvoir.

 

Le président de l'ANC, Mustapha Ben Djaafar, a déclaré que vendredi serait « un jour de deuil national ».

 

Rached Ghannouchi, chef du parti al Nahda, a estimé que l'assassinat de Mohamed Brahmi avait pour but de « stopper le processus démocratique en Tunisie et de tuer le seul modèle réussi dans la région, particulièrement après les violences en Egypte, en Syrie et en Libye ».

 

Le 6 février dernier, Chokri Belaïd, l'un des responsables de l'opposition laïque, avait lui aussi été abattu devant son domicile dans la capitale tunisienne, probablement par un membre d'un groupe salafiste radical, selon la police.

 

Sa mort avait provoqué à travers le pays les plus importantes manifestations depuis la chute de Ben Ali.

 

Hussein Abbasi, secrétaire général de l'UGTT, la principale confédération syndicale du pays, a prédit jeudi « un bain de sang » après l'assassinat de Brahmi. L'UGTT a appelé à la grève générale vendredi.

 

À Paris, le président François Hollande a condamné « avec la plus grande fermeté » cet assassinat et appelé « l'ensemble des forces politiques et sociales tunisiennes à faire plus que jamais preuve du nécessaire esprit de responsabilité pour préserver l'unité nationale et garantir la poursuite de la transition démocratique ».

 

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