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11 mai 2013 6 11 /05 /mai /2013 15:39

 

Chaîne humaine contre l’aéroport de Notre Dame des Landes

 

NOTRE-DAME-DES-LANDES, Loire-Atlantique (Reuters) - Une chaîne humaine regroupant plusieurs milliers de personnes s'est formée samedi à Notre-Dame-des-Landes pour protester contre le projet d'aéroport international prévu sur cette commune située à une vingtaine kilomètres de Nantes.

 

Quelque quarante mille manifestants selon les organisateurs, douze mille selon la préfecture, ont dessiné sur les petites routes du bocage ligérien un périmètre de vingt cinq kilomètres figurant les mille six cent hectares retenus pour le projet d'aéroport.

 

La zone a été rebaptisée « ZAD » comme zone à défendre par ses opposants qui dénoncent « un gaspillage de terres et d'argent ».

 

« L'objectif de cette chaîne humaine est de montrer que la ZAD est toujours sous la protection des citoyens, des élus, des associations », a souligné Françoise Verchère, conseillère générale PG de Loire-Atlantique et l'une des organisatrices de la manifestation.

 

« Nous voulons aussi montrer que le combat n'est pas terminé et que nous resterons mobilisés tant que le projet ne sera pas abandonné », a-t-elle ajouté.

 

Parmi les milliers de maillons formant cette chaîne humaine et rassemblant dans la bonne humeur des élus, des familles, des agriculteurs, des militants associatifs, Martine Billard, co- présidente du Parti de Gauche et Eva Joly, députée Europe Ecologie Les Verts (EELV) avaient fait le déplacement.

 

« Je pense que la mobilisation ne va pas s'arrêter mais que le bon sens finira par l'emporter car ce projet est un non-sens économique et un non-sens écologique », a estimé l'ex-candidate à l'élection présidentielle de 2012.

 

CLIMAT APAISÉ

 

Après plusieurs années de polémiques et de nombreuses manifestations autour du projet d'aéroport de Notre-Dame-des-Landes, initié depuis une quarantaine d'années pour remplacer l'actuelle aérogare nantaise, les tensions sont retombées d'un cran à la suite des conclusions d'un rapport d'experts mettant en cause divers éléments du dossier.

 

« Le climat s'est apaisé », constate Christophe Dougé, conseiller régional EELV et membre du comité regroupant cinq cent élus opposés à l'aéroport.

 

« A l'automne 2012, les occupants de la ZAD devaient être expulsés et les premiers travaux devaient commencer dans la foulée. Aujourd'hui selon le rapport d'expertise, il faudrait au moins deux ans d'études complémentaires et le chantier a été repoussé à une date indéterminée », souligne-t-il, se disant confiant dans l'abandon du projet mais néanmoins prudent.

 

« Tant que la déclaration d'utilité publique n'aura pas été annulée et le projet définitivement abandonné, il faut rester mobilisés », a-t-il dit.

 

Soutenu par les majorités des différentes collectivités de Bretagne et des Pays de Loire, le projet d'aéroport de Notre-Dame-des-Landes est également défendu depuis son origine par l'ancien maire de Nantes et actuel premier ministre Jean-Marc Ayrault.

 

Selon ses promoteurs, il permettrait de développer le trafic aérien et les échanges dans la région tout en éliminant le survol actuel de la métropole nantaise par des avions.

 

Ses opposants dénoncent de leur côté la destruction d'une zone bocagère préservée comportant d'importantes zones humides et jugent ce projet économiquement « inutile ».

 

« On va finir par faire passer l'actuel aéroport de Nantes-Atlantique pour un simple aérodrome alors que c'est déjà un aéroport international qu'on va simplement déplacer », s'insurge Françoise Verchère.

 

« PROJET IRRATIONNEL »

 

L'expertise commandée par le gouvernement et dont les conclusions ont été remises début avril pointe quant à elle le manque d'études sur une possible optimisation de l'actuelle infrastructure et l'insuffisance des études d'impact sur le site de Notre-Dame-des-Landes.

 

« Ce projet, totalement irrationnel, est clairement en infraction vis-à-vis du droit communautaire sur l'eau ou la défense des espèces protégées et une procédure contentieuse a été engagée », indique Sandrine Bélier, députée européenne EELV venue de l'est de la France.

 

Chiffrée par la société Vinci, principal opérateur retenu pour ce projet et par la chambre de commerce de Loire-Atlantique à cinq cent huit millions d'euros, la facture totale pourrait s'élever à trois milliards d'euros selon les opposants au projet en tenant compte des infrastructures ferroviaires appelées à compléter le futur équipement aéroportuaire.

 

A la suite de la dislocation de la chaîne, concerts et festivités étaient prévus tout au long de la soirée sur le site de Notre-Dame-des-Landes.

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11 mai 2013 6 11 /05 /mai /2013 15:27

 

Rafsanjani candidat à la présidence iranienne

 

DUBAI (Reuters) - Akbar Hashemi Rafsanjani, chef de l'Etat de 1989 à 1997, a déposé samedi, quelques minutes avant la clôture des inscriptions, sa candidature à l'élection présidentielle iranienne du 14 juin.

 

Rafsanjani, soixante dix huit ans, avait appuyé en 2009 l'opposition au président Mahmoud Ahmadinejad, dont la réélection contestée face aux réformateurs Mirhossein Moussavi et Mehdi Karoubi avait entraîné des manifestations violemment réprimées.

 

Considéré comme relativement modéré, il pourrait attirer à lui les voix des réformateurs.

 

Un autre « poids lourd » de la politique iranienne, Esfandiar Rahim Mashaie, proche du président sortant, a également déposé sa candidature.

 

L'entourage de l'ayatollah Ali Khamenei, guide de la révolution iranienne, craint tout particulièrement l'influence de Mashaie, considéré par les conservateurs comme un « déviationniste » soupçonné de vouloir brider l'influence des religieux au bénéfice d'un régime plus « nationaliste ».

 

Un autre proche d'Ahmadinejad, son ancien directeur de cabinet Ali Akbar Javanfekr, est aussi sur les rangs. Il avait été emprisonné l'an dernier pour avoir publié un article jugé « indécent » sur le code vestimentaire islamique. Le président Ahmadinejad avait dénoncé son incarcération.

 

Les relations entre Ahmadinejad et Khamenei n'ont cessé de se dégrader ces dernières années.

 

Autre candidat à la présidence, l'ancien chef des négociateurs iraniens sur le dossier nucléaire, Saeed Jalili, est, lui, un chaud partisan de Khamenei.

 

LISTE OFFICIELLE D'ICI DIX JOURS

 

Les candidatures, elles sont environ quatre cent, dont celles de huit femmes, doivent être approuvées par le conseil des gardiens de la révolution, une assemblée de dignitaires religieux et de juristes qui publiera d'ici dix jours la liste définitive des quelques candidats autorisés à se présenter.

 

Samedi matin, les médias iraniens ont également annoncé la candidature du maire de Téhéran, le charismatique Mohammad Baqer Qalibaf, ardent défenseur de Khamenei et du système théocratique au sein du groupe conservateur des « osoulgarayan », les « défenseurs des principes » hostiles au président Ahmadinejad et aux réformateurs.

 

Depuis les manifestations de 2009, les partisans des réformes ont été écartés de la vie politique. Moussavi et sa femme sont en résidence surveillée depuis plus de deux ans, tout comme Karoubi.

 

Un autre candidat pro-Khamenei, Gholam-Ali Haddad-Adel, s'est porté candidat vendredi, suivi samedi par un autre partisan du guide suprême, l'ancien ministre des Affaires étrangères Ali Akbar Velayati.

 

Deux autres proches de Khamenei, Mohammad Hassan Abu-Torabi Fard et l'ancien ministre de la Santé Kamran Baqeri Lankarani, sont également en lice, de même que Mohsen Rezaie, ancien chef des Gardiens de la révolution battu par Ahmadinejad en 2009.

 

Face à eux, le religieux modéré Hassan Rohani, négociateur nucléaire du temps du président réformateur Mohammad Khatami, et plusieurs autres candidats comme l'ancien député Mostafa Kavakebian et Mohammad Aref, qui fut le vice-président de Khatami.

 

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10 mai 2013 5 10 /05 /mai /2013 19:17

 

http://www.france-irak-actualite.com/article-abdelaziz-bouteflika-peut-encore-partir-la-tete-haute-117679559.html

 

Abdelaziz Bouteflika peut encore partir la tête haute

 

Par Gilles Munier

 

Jeudi 9 Mai 2013

 

Les algériens ont appris que le président Bouteflika est toujours au Val-de-Grâce grâce au quotidien « Le Parisien Libéré ». Inquiets par la prolongation de son séjour à l'hôpital et par un éventuel saut dans l’inconnu, sa famille et son clan se taisent, comme si le peuple algérien ne méritait pas d’être tenu au courant de son état de santé réel.  

 

Je souhaite bien évidemment le rétablissement d’Abdelaziz Bouteflika. Car, si personne de censé n’a intérêt à ce que le chaos s’installe en  Algérie, tout le monde craint que la vacance prolongée du pouvoir n'y conduisent tout droit. Selon le professeur de médecine Ali Rachedi, la maladie actuelle de Bouteflika serait « beaucoup plus grave que ce que l’on veut bien faire croire » et que son entourage « n’aurait pas d’autre but que de cacher cette gravité ».  

 

Hier, en Algérie, le 8 mai n’était pas l’anniversaire de la libération de la France à laquelle des milliers de nord-africains ont contribué, mais la commémoration des massacres de la région de Sétif par l’armée française et des colons. Les algériens se sont sans doute souvenus du discours prononcé il y a un an, en ce lieu, par Bouteflika en campagne pour les élections législatives. Le président avait alors déclaré, à la stupeur de ses courtisans, que l’heure était venue à la génération de l’indépendance de céder le pouvoir aux jeunes. Non seulement il n’a rien fait ensuite pour que cela arrive, mais il s’est accroché au pouvoir, laissant le pays partir à vau-l’eau.

 

Il est encore temps pour Abdelaziz Bouteflika de quitter la présidence la tête haute. Pour cela, il lui suffit de démissionner.

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10 mai 2013 5 10 /05 /mai /2013 19:07

 

http://www.ffs-dz.net/?p=2257

 

Tahar Belabbes au forum des libertés syndicales organisé par le FFS

 

« Il faut une grande mobilisation pour changer le système »

 

Mercredi Premier Mai 2013

 

Le coordinateur du Comité National de Défense des Droits des Chômeurs, Tahar Belabbes, a été le second intervenant au forum des libertés organisé par le FFS. Il a axé son discours sur les problèmes des jeunes, le chômage en particulier.

 

Face à une corruption caractérisée, il est temps de changer les choses, de changer un système qui fait de la mal gouvernance une politique. Pour y arriver, il est bien temps de sensibiliser aussi bien le peuple que les élites. Une véritable coordination des chômeurs, des jeunes et des étudiants permettra à coup sûr de mettre fin à cette féodalité moderne, dira l’intervenant.

 

L’absence d’une volonté d’amorcer un véritable dialogue social avec des partenaires crédibles et légitimes est l’un des points noirs de ce pouvoir qui se cache derrière des alibis juridiques pour étouffer les voix libres et autonomes.

 

Notre objectif est d’être agréé comme un syndicat des chômeurs, nous comptons sur toutes les voix libres pour nous aider à faire avancer notre cause, nous ne sommes ni extrémistes ni autonomistes, terminera l’orateur.

 

Tahar Belabbes a rendu hommage au FFS et à ses militants qui ont toujours soutenu la cause des chômeurs et les animateurs du mouvement à chaque fois qu’ils sont réprimés.

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10 mai 2013 5 10 /05 /mai /2013 18:57

 

http://www.siwel.info/Rassemblement-des-etudiants-de-langue-et-culture-amazighes-devant-l-academie-de-TIizi-Ouzou-Le-Kabyle-est-notre-langue_a4905.html

 

Rassemblement des étudiants de langue et culture amazighe devant l’académie de Tizi Ouzou

 

« Le kabyle est notre langue maternelle »

 

Mardi 23 Avril 2013

 

TIZI-WEZZU (SIWEL) – C’est lors d’un rassemblement tenu, ce matin, devant l’académie de Tizi-Wezzu, que les étudiants du département de langue et culture amazighe ont affirmé leur attachement à leur langue maternelle, à savoir le kabyle.

 

Plusieurs dizaines d'étudiants et d'étudiantes ont tenu à exprimer leur refus de cautionner le statut conféré actuellement à la langue amazighe en Algérie. Ils ont réclamé un statut adéquat à cette langue.

Ces mêmes étudiants qui ont convié le Mouvement pour l'Autonomie de la Kabylie (MAK), le Rassemblement pour la Culture et la Démocratie (RCD), ainsi que le Front des Forces Socialistes (FFS), au rassemblement ont dénoncé le caractère facultatif imposé à l'enseignement de la langue de Massinissa. Ils ont réclamé, en outre, l'octroi de plus de moyens à cet enseignement qui devrait, selon ces étudiants, s faire en latin, loin de toute considération idéologique qu'impose le pouvoir raciste d'Alger.

« Le kabyle est notre langue maternelle » n'ont cessé de clamer les étudiants qui ont laissé la parole au président du MAK, Bouaziz Ait Chebib, qui a réaffirmé le soutien du mouvement à cette action. Ce que confirmera, pour sa part, un responsable du RCD. Quant au FFS, ils ont tenu à apporter leur soutien aux étudiants à travers des messages envoyés pour la circonstance.

 

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9 mai 2013 4 09 /05 /mai /2013 17:41

 

http://blogs.mediapart.fr/blog/michael-lowy/050513/que-reste-t-il-de-la-politique

 

Que reste t il de la politique ?

 

Par Michael Lowy

 

Dimanche 5 Mai 2013

 

Il y a deux sortes de « politique » en France, en Europe, et ailleurs. Non seulement différentes, mais antagoniques, contradictoires et irréconciliables. 

 

La première est la politique officielle, institutionnelle, représentée par les gouvernements, qu’ils soient de centre-droite ou de centre-gauche, ou encore, de plus en plus, d’extrême centre; par les partis majoritaires au parlement, et leurs diverses combines et manigances, et par différentes bureaucraties administratives, judiciaires, religieuses ou sportives. Que ces gouvernements et partis soient « honnêtes » ( ?)  ou corrompus, « progressistes » ou conservateurs, intelligents ou stupides, partisans de la « croissance » ou de l’ « austerité », sociaux libéraux ou néo libéraux, « normaux » ou agités, prétendument  « socialistes » ou soi-disant « populaires »,  modernisateurs ou traditionnalistes, ils ne représentent que des variantes de la même politique, celle du système, celle du capital  financier, celle du capitalisme globalisé, celle qui perpétue et aggrave les inégalités, celle qui perpétue et accélère la destruction de l’environnement, celle qui a conduit à la présente crise économique et qui conduira, dans quelques décennies, à une catastrophe écologique.  C’est la politique du statu quo,  du business as usual, de la « gouvernance » du système, du maintien de l’ordre, de la police (au sens donné à ce terme par Jacques Rancière), de la gestion des affaires du capital, de la neutralisation et/ou de la répression des conflits, de la « compétitivité » à mort, des coupes sombres dans les salaires et les retraites, des privatisations à tour de bras, des cadeaux fiscaux aux riches, du démantèlement des services publics,  de la course aux armements. 

 

Cette politique-là règne, elle gouverne partout, elle est aux commandes, elle exerce le pouvoir d’Etat à l’échelle nationale et continentale. Malgré la crise, malgré les difficultés, la dette, le chômage, la corruption, les scandales à répétition, elle semble promise à un bel avenir ; le seul changement semble prendre la  forme d’alternance, le centre-gauche remplaçant le centre-droite ou vice-versa, à moins qu’ils ne forment ensemble, comme en Grèce, un gouvernement d’union nationale. Pourquoi pas ? Ne partagent-ils pas les mêmes options fondamentales, le même conformisme, la même soumission sourde et aveugle aux impératifs des marchés financiers ? Cette politique continuera donc encore longtemps à exercer sa domination sur les peuples de l’Europe.

 

A moins qu’une autre conception de la politique s’impose. Celle dont parlait Hannah Arendt : l’action organisée pour engendrer l’égalité, pour construire un monde commun « de concert avec ses égaux et seulement avec ses égaux ». En d’autres termes, un combat permanent contre l’inégalité, l’injustice, la domination, en vue de créer une communauté politique libre et égalitaire. Bref,  une politique de l’égaliberté (Etienne Balibar).

 

Le point de départ de cette autre politique est l’indignation. Célébrant la dignité de l’indignation et de l’inconditionnel refus de l’injustice,  Daniel Bensaïd écrivait : « Le courant brûlant de l’indignation n’est pas soluble dans les eaux tièdes de la résignation consensuelle. L’indignation est un commencement. Une manière de se lever et de se mettre en route. On s’indigne, on s’insurge, et puis on voit ». Sans indignation rien de grand ni de profond ne s’est fait dans l’histoire humaine. Pour donner un exemple récent, le mouvement zapatiste du Chiapas (Mexique) a commencé en 1994 avec un cri : « ya basta », cela suffit comme cela ! Mais le même vaut pour le printemps arabe,  pour la révolte des indignés en Espagne et en Grèce,  pour celle du mouvement Occupy Wall Street. La force de ces  mouvements vient tout d’abord de cette négativité radicale,  inspirée par une profonde et irréductible indignation. Si le petit pamphlet de Stéphane Hessel, « indignez-vous », a eu autant de succès, c’est  parce qu’il correspondait au sentiment profond,  immédiat, de millions de jeunes, d’exclus et d’opprimés de par le monde. 

 

La radicalité de ces révoltes résulte, dans une large mesure, de cette capacité  d’insoumission, de cette disposition intraitable à dire non. Les critiques opportunistes et les médias conformes insistent lourdement sur leur caractère excessivement « négatif », leur nature « purement » protestataire, l’absence de propositions alternatives « réalistes ». Il faut  refuser catégoriquement ce chantage : même si les mouvements n’avaient  pas une seule proposition à faire, et ils en ont, leur indignation et leur révolte ne serait pas moins totalement justifiée.

 

L’autre ingrédient de la politique au sens noble, c’est-à-dire plébéien, du terme, c’est l’utopie.  C'est le sociologue Karl Mannheim qui a donné sa définition « classique », et encore aujourd'hui la plus pertinente, de l’utopie : toutes les représentations, aspirations ou images de désir, qui  s'orientent vers la rupture de l'ordre établi et exercent une « fonction subversive ». La  démarche de Mannheim s’oppose aux conceptions bien pensantes et conformistes, qui font de l'utopie un rêve irréaliste ou irréalisable : comment savoir d'avance quelles aspirations seront ou non « réalisables » à l'avenir ? La démocratie n'apparaissait-elle pas comme une utopie « irréaliste » au milieu du dix huitième siècle ? Tout changement social égalitaire ou libertaire,  de l’abolition de l’esclavage  à la suppression de la monarchie,  a commencé comme une utopie. Selon Ernst Bloch, le philosophe du « principe espérance », l’utopie est un non encore être : elle est l’anticipation d’un monde non encore devenu mais ardemment désiré.

 

Sans indignation et sans utopies, sans  révolte et sans ce qu’Ernst Bloch appelait « paysages de désir », sans images d’un monde autre, d’une nouvelle société, plus juste et plus solidaire, la politique devient mesquine, vide de sens, creuse.

 

La guerre entre ces deux formes du politique ne fait que commencer.

 

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9 mai 2013 4 09 /05 /mai /2013 17:13

 

Silvio Berlusconi condamné en appel à quatre ans de prison

 

MILAN (Reuters) - La cour d'appel de Milan a confirmé mercredi la peine de quatre ans de prison infligée en première instance à Silvio Berlusconi pour fraude fiscale dans l'affaire de l'achat de droits de retransmission par son empire télévisé Mediaset.

L'ancien président du conseil italien, qui a opéré un spectaculaire retour sur la scène politique à l'occasion des élections de février, est également frappé d'une interdiction d'occuper un poste officiel pendant une période de cinq ans.

Ces deux décisions doivent encore, pour avoir un caractère définitif et exécutoire, être confirmées à l'occasion d'une ultime procédure en cassation.

Le « cavaliere », qui est âgé de soixante seize ans, avait fait appel du verdict de quatre ans d'emprisonnement rendu en octobre dans l'affaire Mediaset.

Il lui est reproché d'avoir gonflé le prix payé pour acquérir les droits de retransmission en se servant de sociétés offshore placées sous son contrôle et d'avoir écrémé une partie de cet argent pour créer des caisses noires à l'étranger.

Son avocat, Niccolo Ghedini, a réagi en accusant les magistrats de faire montre de partialité vis-à-vis de son client pour des raisons d'ordre politique.

Cette semaine, la Cour de cassation a rejeté la demande de Silvio Berlusconi de « dépayser » ses procès hors de Milan où, selon lui, les juges ont un parti pris contre lui.

Son prochain rendez-vous devant des juges est fixé au 13 mai dans l'affaire « Rubygate » d'incitation à la prostitution de mineure.

L'arrêt rendu mercredi risque de compliquer la tâche du nouveau gouvernement de coalition d'Enrico Letta, qui rassemble la gauche, le centre et la droite, dont le Parti De la Liberté (PDL) de Silvio Berlusconi. Ce dernier ne siège pas au gouvernement mais il a la faculté de faire chuter l'équipe Letta au parlement.

 

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9 mai 2013 4 09 /05 /mai /2013 16:50

 

http://blogs.mediapart.fr/blog/michael-lowy/070513/denis-berger-1932-2013

 

Denis Berger (1932 – 2013)

 

Par Michael Lowy

 

Denis Berger  nous a quittés. Marxiste hétérodoxe,  communiste dissident,  universitaire non académique, il avait appartenu à la petite poignée de militants anticolonialistes qui, pendant la guerre d’Algérie, ont sauvé l’honneur internationaliste de la gauche française en soutenant activement le combat du peuple algérien.

 

Denis Berger est le premier ami que j'ai eu en France. J’ai fait sa connaissance en 1963, quand il animait, avec Felix Guattari, « La voie communiste ». Il était chaleureux, doté d’un humour ravageur, allergique à tout dogmatisme. Pendant ces cinquante années, et au delà des accords ou désaccords que nous avons eus à tel ou tel moment, nous avons gardé ce don précieux et fragile : l’amitié. Lors de notre dernière rencontre, il y a quelques mois, j’étais à nouveau frappé par sa formidable lucidité politique et la fidélité obstinée à l’idée communiste de Marx. Denis Berger va nous manquer.

 

Je me permets de reproduire ici, telle quelle, la notice sur lui que j’avais rédigée pour le dictionnaire du mouvement ouvrier français (le « Maitron ») il y quelques années.

 

Denis Berger, Paris (septième arrondissement), 11 juin 1932. Dirigeant communiste oppositionnel,  fondateur du journal « La voie communiste », actif dans les réseaux de soutien au FLN pendant la guerre d'Algérie. Enseignant au département de sciences politiques de l'Université de Paris 8 à partir de 1982.

 

Denis Berger a exercé une influence souterraine importante sur l'extrême-gauche française des années 1950 et 1960,  en particulier à travers le journal « La voie communiste », dont il fut le principal animateur. Malgré la grande diversité de ses engagements politiques et organisationnels successifs et souvent éphémères, l'adhésion à un communisme de gauche, anti stalinien, anti colonialiste et anti impérialiste, donne le fil rouge de sa vie militante.

 

Son activité militante commence  en mars 1950,  quant il adhère à la cellule étudiante du Parti Communiste Internationaliste (PCI),  section française de la quatrième internationale. Sa première action importante sera la participation à la brigade de travail « 14 juillet », organisée par le PCI en solidarité avec la Yougoslavie, qui  va contribuer à construire une cité universitaire à Zagreb  (été 1950). De retour à la cellule étudiante du PCI,  il participe aux ventes du journal trotskyste « La Vérité » aux portes de la Sorbonne, et se trouve dans l'obligation de se défendre contre des attaques musclées de militants du PCF.  Lors d'un meeting le 9 février 1953, il va se confronter personnellement, à coups de gourdins, avec Le Pen et ses hommes, qui interviennent aux cris de « vive la réaction ».

 

Lors de la scission du PCI, il se solidarise avec le courant de Pablo et Frank, et accepte de mettre en pratique l'orientation « entriste » adoptée par la majorité du secrétariat international de la quatrième internationale (mais seulement la minorité du PCI). Il adhère donc en 1953 au PCF, où il devient membre, et bientôt secrétaire, de la cellule « Saint Just », composée d'étudiants d'histoire, où il côtoyé Alain Besançon, Claude Mazauric et Paul Boccara. Il reconnaît, devant ses camarades du PCF, avoir été un « trotsko titiste », et se trouve, pour cette raison, écarté du comité de section. Parallèlement, il devient un des responsables du « travail entriste » du PCI,  et bientôt membre de son comité central et de son bureau politique (1955).

 

Devenu instituteur à Saint Ouen en 1954, Denis Berger passe à militer dans des cellules de banlieue du PCF. En 1956, suite au vingtième congrès du PCUS et aux « événements » d'Hongrie, des courants dissidents apparaissent au sein du PCF. Felix Guattari, psychiatre et ancien trotskyste, propose à des étudiants de la cellule de philosophie du parti avec lesquels il est en contact, Lucien Sebag, Anne Giannini et d'autres, la fondation d'un bulletin d'opposition interne : « tribune de discussion ». Denis Berger rejoint ce groupe, qui va bientôt adhérer au PCI, et publier des prises de position radicales contre l'invasion soviétique en Hongrie. La « tribune » entre  peu après en contact avec un autre groupe de militants oppositionnels du PCF, Victor Leduc, Jean Pierre Vernant, Yves Cachin et Gerard Spitzer, qui a des opinions plus ambivalentes sur les événements hongrois, et qui avait crée son propre bulletin : « l’Etincelle ». Certains intellectuels oppositionnels, comme Henri Lefebvre et François Châtelet, collaborent aux deux bulletins, qui finiront après quelques discussions, par fusionner au printemps 1957, en produisant une  publication conjointe sous le titre « étincelle tribune de discussion ».  La dénonciation de Denis Berger et de ses amis comme trotskystes par l'ex-militante du PCI (devenue pro-soviétique) Michelle Mestre  provoque le départ de Victor Leduc et de ses amis de « l'Etincelle » à la fin 1957.

 

Quelques mois plus tard  Gerard Spitzer, qui avait rejoint le bulletin « tribune de discussion », convainc le groupe à s'engager à fond dans le combat contre la guerre coloniale en Algérie.  C'est à ce moment, début 1958, que Denis Berger décide, avec ses camarades, de lancer un journal, « La Voie Communiste », qui se présente toujours comme une opposition interne du PCF, mais s'adresse en fait à un public plus large. Soutenu financièrement pendant une (très) courte période par Jean Paul Sartre,  la publication aura comme principale ressource la clinique de Laborde, à Cour-Cheverny, où exerce Felix Guattari.

 

Pendant ce temps, un débat t s'ouvre au sein du PCI : tandis que Denis Berger propose que le parti rejoigne un  regroupement large avec des oppositionnels du PCF, limitant l'activité trotskyste à une revue théorique, Pierre Frank et la majorité, soutenus par les dirigeants internationaux, Michel Pablo et Ernest Mandel, insistent sur la construction du PCI comme noyau du parti révolutionnaire. La confrontation aboutit à la rupture et au départ fin 1958 de Denis Berger et ses camarades, Lucien Sebag, Anne Giannini, Gabriel Cohn Bendit et Felix Guattari.

 

« La Voie Communiste », qui s'est renforcé avec l'adhésion de Simon Blumenthal,  Roger Rey et d'autres, décide de soutenir le FLN, et prend contact avec la fédération de France du mouvement indépendantiste algérien. Arrêté le 5 décembre 1958 avec un groupe de militants français et algériens, dont Moussa Khebaïli, chef de la willaya Paris périphérie, Denis Berger passe dix jours dans les caves de la DST, mais, contrairement aux militants maghrébins, n'est pas  torturé, et finit par être libéré par absence de preuves.

 

Exclu du PCI fin 1958 et du PCF en 1960, il avait en fait cessé de militer dans ce parti, Denis Berger connaît aussi des difficultés internes dans « La Voie Communiste », où il se trouve, pendant quelques temps, marginalisé. Il se consacre essentiellement, avec certains amis de « La Voie Communiste » comme Roger Rey, à l'aide au FLN,  en se spécialisant dans l'évasion de militants anticolonialistes.

 

Ainsi, le 7 janvier 1961, ils préparent,  avec l'aide de Gerard Spitzer, lui aussi emprisonné à Fresnes, la fuite de Mohamed Boudiaf et deux de ses compagnons, Doum et Bensalem, mais seulement ce dernier réussira à partir.  L'opération la plus réussie a été l'évasion de six femmes du réseau Jeanson, deux algériennes et quatre françaises (dont Micheline Pouteau et  Hélène Cuénat) de la prison de la Roquette en février 1961, et leur  sortie clandestine de la France (vers la Belgique). En mai 1962, pendant les négociations d'Evian, les algériens demandent à Denis Berger et Roger Rey d'aider à l'évasion de leurs principaux dirigeants, Ben Bella, Ait Ahmed et Mohamed Khidder, enfermés au château de Turquant près de Saumur. Denis Berger et ses amis trouvent une galerie souterraine qui mène aux caves du château, mais un coup de téléphone malencontreux de Ben Bella à Rabah Bitat (emprisonné à Fresnes) met la police aux aguets et fait avorter la tentative.  

 

Au moment de l'indépendance de l'Algérie, Denis Berger et ses amis de « La Voie Communiste » décident de soutenir Mohamed Boudiaf et son Parti de la Révolution Socialiste, plutôt que Ben Bella. Le groupe suit de près les événements en Algérie indépendante, mais s'intéresse aussi aux critiques chinoises à la politique soviétique, qui commencent à s'exprimer à cette époque. Cette question provoque des tensions internes, et en 1965 le groupe éclate, avec le départ de Felix Guattari et plusieurs autres. Denis Berger, avec quelques proches, continue à publier un bulletin, bien plus modeste, intitulé  « La Voie ».

 

Pendant les années qui suivent, il s'investit surtout dans le Comité Vietnam National et dans le Tribunal Russel contre les crimes de guerre au Vietnam, deux organisations où il  exerce des fonctions de secrétaire. Il participe  aux séances du Tribunal Russel  à Stockholm et Copenhague, ainsi qu'à une mission d'enquête, composée entre autres par le dirigeant noir américain Stokely Carmichael et Mehmet Ali Aybar du Parti Ouvrier Turc, envoyée par celui-ci au Vietnam en été 1967.

 

En mai 1968 il prend part aux événements sans jouer un rôle particulier. Après l'éphémère tentative de publier la revue « Front » (avec le soutien du FLN algérien) en 1969 et en 1970, Denis Berger et ses amis de « La Voie », dont sa  compagne, Michelle Riot-Sarcey, décident, en 1971,  d'adhérer au Parti Socialiste Unifié, où ils s'intègrent dans le courant marxiste-révolutionnaire animé par Jean-Marie Vincent et Jacques Kergoat. Lorsqu’en 1972 la plupart des militants de cette tendance décident d'adhérer à la Ligue Communiste Révolutionnaire, Denis Berger quitte lui aussi le PSU,  mais n'adhère à l'organisation trotskyste que trois ans plus tard (1975).

 

Devenu chargé de cours à temps plein au département d'économie politique de  l'université de Paris 8 (Vincennes) en 1972, il milite à la cellule de la LCR dans cette université, en compagnie de Jean-Marie Vincent et d'Henri Weber. Il participe au comité de rédaction de la revue de la LCR, « critique communiste » et contribue à la formation, avec Michel Lequenne, en 1977,  d'un courant oppositionnel dans la LCR,  la T3 (Tendance Trois). Ses principaux désaccords avec la ligne de l'organisation concernent la stratégie de construction du parti, et la conception trotskyste classique sur la nature de l'URSS. Lorsque Denis Berger, Michel Lequenne, Jean Marie Vincent et d'autres rédacteurs de « critique communiste » condamnent  l'invasion soviétique en Afghanistan,  ils se verront infliger un « blâme » par la direction de la LCR. Lors du départ de plusieurs militants de la T3 en 1985,  il quitte de façon discrète la LCR, mais contrairement à la plupart de ces camarades,  ne rejoint pas le parti Vert.

 

A partir de cette date, Denis Berger n'appartient plus à aucune organisation politique,  mais continue à avoir des activités politiques et syndicales (il est militant du SGEN depuis 1972).   Devenu assistant au département de sciences politiques de l'université Paris 8 en 1982,  il passe son doctorat en 1988 avec une thèse intitulée « Les partis politiques : essai méthodologique.  Le cas du PCF »,  sous la direction de Jean Marie Vincent et est élu maître de conférences en 1989.

 

Si dans le passé ses écrits prenaient surtout la forme d'articles de revues et journaux,  il publie à partir de cette date deux ouvrages qui auront un certain retentissement dans l'opinion de gauche : « Le spectre défait. La fin du communisme » (1990)  et,  avec Henri Maler, « Une certaine idée du communisme. Répliques à François Furet » (1996).  Il participe aussi à plusieurs ouvrages collectifs et est un des fondateurs (1990) de la revue « Futur Antérieur ». Récemment, renouant avec son passé de communiste oppositionnel, il participe à la rédaction du journal du courant communiste refondateur du PCF, « Futurs » 

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8 mai 2013 3 08 /05 /mai /2013 17:31

 

http://www.preavis.org/breche-numerique/article565.html

 

La société du spectacle

 

Samedi 27 Décembre 2008

 

Par Daniel Bensaïd

 

Bien au-delà de ses propres forces militantes marginales, le situationnisme et Guy Debord, sa figure centrale, ont coloré l’air du temps dans les années 1960 et exercé une influence intellectuelle diffuse mais importante sur les mouvements de 1968. Le livre de Debord, « la socité du spectacle », paru en 1967, peut ainsi être lu comme un de ses textes précurseurs, où se déploie la critique de la société de consommation, de l’aliénation urbaine, du fétichisme généralisé de la marchandise.

 

Né à Paris en 1931, Guy Debord adhère en 1951 à l’internationale lettriste fondée par Isidore Isou. Il réalise en 1952 son premier long métrage (sans images), Hurlements en faveur de Sade. En octobre de la même année paraît le premier numéro de la revue « l’internationale lettriste » et le groupe attaque à Paris une conférence de Charlie Chaplin venu présenter son film « Limelight ». En 1954, il fait campagne pour la suppression du vocable de « saint » dans les noms de rue comme dans les conversations. Il publie, entre 1954 et 1957, vingt neuf numéros du bulletin Potlatch. Le groupe se rapproche alors brièvement des surréalistes avant de rompre violemment avec eux. En 1956, Guy Debord publie « Mode d’emploi du détournement » (avec Gil Wolman) et « Théorie de la dérive ».

 

En 1957, une réunion tenue à Cosio d’Arruscia, en Italie, fonde l’internationale situationniste. Chez Debord, la critique de l’art et de l’urbanisme se radicalise à la lecture de Marx, de Lukacs, de Goldman, de Lefebvre. Le premier numéro de « l’internationale situationniste » paraît en 1958. En 1960, Debord signe le Manifeste des cent vingt et un contre la guerre d’Algérie et il fréquente les réunions du groupe Socialisme ou Barbarie. Castoriadis lui fait découvrir les auteurs conseillistes (Korsch, Pannekoek, Mattick). Il quitte cependant le groupe dès l’année suivante et publie en 1962 les « thèses sur la commune ». En 1963, il accuse violemment Henri Lefebvre en 1963 de les avoir plagiées dans son propre livre sur la commune.

 

En 1966, Debord publie en français « Le déclin et la chute de l’économie spectaculaire marchande », sur les émeutes de l’année précédente dans le quartier de Watts (Los Angeles), ainsi que «  Les luttes de classes en Algérie ». Le petit groupe situationniste de Strasbourg s’empare de la section locale de l’UNEF et publie la brochure anonyme « de la misère en milieu étudiant considérée sous ses aspects économique, politique, psychologique, sexuel et notamment intellectuel, et de quelques moyens pour y remédier », rédigée par Mustapha Khayati sur les conseils de Debord. En 1967, Debord publie chez Buchet-Chastel « la société du spectacle », et Raoul Vaneigem, chez Gallimard, le « Traité de savoir vivre à l’usage des jeunes générations ». Ces écrits inspirent durant les manifestations et les grèves de 1968 un petit courant, dont les « enragés » de Nanterre et le « conseil pour le maintien des occupations » siégeant dans la Sorbonne occupée.

 

En 1972, l’internationale situationniste proclame son auto dissolution et Debord publie aux éditions Champ libre «  La véritable scission de l’Internationale ». En 1978, il tourne « In girum imus mode et consumimur igni » et publiera « Le jeu de la guerre ».

 

Viendront ensuite les « considérations sur l’assassinat de Gérard Lebovici » (1985), les « commentaires sur la société du spectacle » (1988), le premier tome du « Panégyrique » (1989). Guy Debord s’est suicidé le 30 novembre 1994.

 

La question de la ville

 

Dans la continuité de l’expérience lettriste du début des années 1950, le situationnisme trouve son origine dans une critique de la dégradation de l’art en spectacle. « Notre temps voit mourir l’esthétique », écrit Debord dès 1953. Le reflux des mouvements révolutionnaires des années 1930 a entraîné un irréversible reflux des « mouvements qui ont essayé d’affirmer des nouveautés libératrices dans la culture et dans la vie quotidienne ». L’art, après avoir été « le langage commun de l’inaction sociale », est voué désormais à se dissoudre dans le spectacle de l’économie marchande.

 

La question de la ville occupe une place importante dans la littérature situationniste des années 1950. Son projet « d’urbanisme unitaire » s’oppose à une architecture subordonnée à l’existence actuelle « massive et parasitaire ». Il propose d’inclure le temps de transport dans le temps de travail, et d’envisager le passage d’une circulation conçue comme supplément du travail, à une circulation comme plaisir, flânerie et dérive. Il prétend s’inspirer en cela de la commune, présentée comme « la plus grande fête du dix neuvième siècle » du point de vue de la vie quotidienne. L’urbanisme moderne constitue au contraire une « technique de la séparation », où la ville tend à « se consommer elle-même et à s’anéantir dans des villes nouvelles où il n’arrivera rien : les forces de l’absence historique commencent à composer leur propre paysage exclusif » (Debord, 1967).

 

La rébellion des ghettos de Watts en 1965 fournissent à Debord matière à réflexion sur les émeutes péri urbaines qui préfigurent l’explosivité de nos banlieues. Elles ne sont pas à ses yeux des émeutes raciales, mais bien des émeutes de classe. La « publicité de l’abondance » incite en effet à exiger tout, tout de suite. Le pillage apparaît ainsi comme la réalisation sommaire de la promesse communiste de satisfaire chacun « selon ses besoins : la jeunesse sans avenir de Watts a choisi une autre qualité du présent » (Debord, 1966).

 

Mais, dans la mesure où l’insatisfaction elle-même devient solvable et marchande, « à l’acceptation béate de ce qui existe peut aussi se joindre comme une même chose la révolte purement spectaculaire ». Le monde que le spectacle donne à voir est en effet « le monde de la marchandise dominant tout ce qui est vécu ». L’économie transforme ainsi le monde en « monde de l’économie et le spectacle est le moment où la marchandise est parvenue à l’occupation totale de la vie sociale » (Debord, 1967). Il « ne chante pas les hommes et leurs armes, mais les marchandises et leurs passions, le devenir monde de la marchandise qui est aussi bien le devenir marchandise du monde.

 

Le spectacle est l’inversion concrète de la vie et le langage officiel de la séparation généralisée ou encore le soleil qui ne se couche jamais sur l’empire de la passivité humaine, la scission achevée à l’intérieur de l’homme, le mauvais rêve de la société moderne enchaînée qui n’exprime finalement que son désir de dormir ».

 

Que peut-on espérer opposer à cette forme absolue et achevée de l’aliénation. Le vrai révolutionnaire est-il celui des loisirs, comme Debord l’écrivait dans Potlach ? Le slogan mural dont on lui attribue la paternité (contestée par Michel Mansion) tendrait à le confirmer : « ne travaillez jamais ». Mais la séparation du loisir et du travail est encore une séparation spectaculaire ! C’est bien le capital lui-même qui, ayant vidé le travail productif de toute signification s’est efforcé de « placer le sens de la vie dans les loisirs », de sorte qu’il ne soit même plus possible de « regarder encore les loisirs comme une négation du quotidien » (Debord, 1961). Le monde que le spectacle donne à voir « est le monde de la marchandise dominant tout ce qui est vécu », et le spectacle lui-même est le moment où « la marchandise est parvenue à l’occupation totale de la vie sociale » (Debord, 1967).

 

Cette conception du spectacle comme stade suprême du fétichisme de la marchandise et aliénation absolue aboutit à neutraliser toute action subversive, condamnée à combattre l’aliénation sous des formes elles-mêmes aliénées. Tout est récupérable et récupéré. C’est pourquoi, écrit Debord en 1990 dans une confession pré-posthume, « il faut admettre qu’il n’y avait pas de succès ou d’échec pour Guy Debord et ses prétentions démesurées ». Les auto-dissolutions successives, les scissions et les règlements de compte, jusqu’à la solitude et au suicide, apparaissent ainsi comme l’aboutissement logique d’une impasse construite en théorie.

 

A partir d’un constat d’épuisement de l’art, consécutif à une défaite historique des révolutions, le projet situationniste s’était initialement défini comme celui d’une « science des situations » qui emprunterait à la psychologie, à l’urbanisme, à la statistique, à la morale, pour aboutir à quelque chose de radicalement nouveau, « la création consciente des situations : la beauté nouvelle sera de situation, c’est-à-dire provisoire et vécue » (Debord 1954). Pour « construire les situations et les aventures » d’où naîtrait la grande civilisation à venir, le situationnisme des années 1950 entendait explorer les possibilités d’une « éthique de la dérive et d’une pratique du détournement », définissant la dérive comme une « technique de passage hâtif à travers des ambiances variées » et le détournement, au contraire de la citation, comme « le langage fluide de l’anti-idéologie ».

 

Bureaucratisation planétaire

 

Confronté à la question de la bureaucratie au contact du groupe Socialisme ou Barbarie, Debord dénonce la bureaucratisation planétaire de l’art et de la culture. Il définit les néo-bureaucraties coloniales comme des lumpen bourgeoisies, « versions sous-développées de la vieille bourgeoisie européenne ». Il voit ainsi dans le coup d’Etat de Boumedienne en 1965 le signe d’une bureaucratie en formation comme classe dominante algérienne. De même, la bureaucratie serait en Chine la seule propriétaire d’un « capitalisme d’Etat ». De cette montée en puissance planétaire, Debord conclut que « l’erreur sur l’organisation est l’erreur politique centrale ».

 

Or, dans la société du spectacle, tous les acteurs, et non seulement les prolétaires asservis au travail, perdent leur capacité subversive. Ainsi recommande-t-il à Mustapha Khayati de bien faire sentir, dans sa brochure sur la misère en milieu étudiant, « notre mépris suspendu sur eux, pour leur ôter tous les doutes sur le mépris universellement mérité par leur milieu » (Debord, 1966). Il estime encore qu’en 1968 les étudiants n’ont été rien d’autre que l’arrière-garde du mouvement. Quant aux cadres et aux couches supérieures du salariat, ils ne sont que « la métamorphose de la petite bourgeoisie urbaine des producteurs indépendants devenus salariés ». Ils sont « les consommateurs par excellence ». Quant à l’immigration, magnifiée par certains courants maoïstes, le « risque de l’apartheid » est déjà devenu une fatalité avec à l’horizon « la logique des ghettos, des affrontements raciaux, et un jour des bains de sang » (Debord, 1985). Car le capitalisme à son stade spectaculaire « rebâtit tout en toc et produit partout des incendiaires alors que son décor devient partout inflammable ».

 

La mafia, qui apparut naguère comme un « archaïsme transplanté », voué à s’effacer devant l’Etat moderne, redevient avec la décomposition de l’Etat, avec « la victoire du secret, la démission générale des citoyens, la perte complète de la logique et des progrès de la vénalité et de la lâcheté universelles », une « puissance moderne et offensive : dans le spectaculaire, les lois dorment » (Debord, 1988). On a « déjà commencé à mettre en place quelques moyens d’une sorte de guerre civile préventive et les procédés d’urgence deviennent procédure de toujours ». Cette démocratie parfaite « fabrique elle-même son inconcevable ennemi, le terrorisme ».

 

Un monde forclos.

 

Il y a bien chez Debord une vision prospective féconde et pénétrante. Mais la spectacularisation du monde forclôt toute possibilité d’ouverture stratégique. Marx eut à ses yeux le mérite d’aller au-delà de la pensée scientifique de son temps pour donner à la compréhension de la lutte la priorité par rapport à celle de la loi causale, et pour entrevoir une théorie de l’action historique comme « théorie stratégique. La stratégie est très exactement le champ complet du déploiement de la logique dialectique des conflits » (Debord, 1988). La victoire du spectacle sur la stratégie devient ainsi propice aux résurgences d’une utopie conçue comme « expérimentation de solutions aux problèmes actuels sans se préoccuper de savoir sur les conditions de leur réalisation sont immédiatement données ». Le mouvement révolutionnaire doit devenir « un mouvement expérimental ». Mais cette utopie, conçue à la manière de Lefebvre comme « sens non (encore) pratique du possible », n’est pas celle des courants utopiques qui se définissent pour la plupart par leur refus de l’histoire du socialisme. Ils tournent ainsi le dos à toute pensée stratégique, car « un Etat dans la gestion duquel s’installe durablement un grand déficit de connaissances historiques ne peut plus être conduit stratégiquement » (Debord, 1988).

 

Depuis « l’incomplète libération de 1944 », les politiques révolutionnaires n’auraient ainsi cessé de reculer, et les avant-gardes de se transformer en arrière-gardes. Debord reproche notamment à Lucien Goldman d’avoir parlé d’une « avant-garde de l’absence » pour désigner, dans l’art et dans l’écriture, un certain refus de la réification. Ce que Goldman appelle absence n’est rien d’autre que « l’absence de l’avant-garde ».

 

Ce vocable s’enveloppe en effet chez Debord d’une nostalgie de pureté et de nouveauté absolue, d’où naît l’enchaînement récurrent des purges et des exclusions, dans l’effort illusoire de conjurer la menace permanente d’absorption de la nouveauté par la mode mortifère. La fétichisation d’une « communauté élective » de l’avant-garde a pour conséquence une hantise paranoïde de la désertion, de la trahison, de la récupération, dont se nourrissent toutes les sectes politiques ou esthétiques. La solitude tragique du dernier Debord en est l’expression extrême et extrêmement désespérée :

 

« A moitié du chemin de la vraie vie, nous étions environnés d’une sombre mélancolie, qu’ont exprimée tans de mots railleurs et tristes, dans le café de la jeunesse perdue. Nous traversons maintenant ce paysage dévasté par la guerre qu’une société livre contre elle-même et contre ses propres possibilités » (Debord, 1978).

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8 mai 2013 3 08 /05 /mai /2013 16:46

 

LA TRUELLE ET LE BALAI

 

Les organisateurs de la manifestation nationale du Front De Gauche pour une sixième république le 5 mai 2013 Place de la Bastille à Paris annonçaient la participation de cent quatre vingt mille personnes.

 

Dans la rue et dans les urnes, dans l’histoire universelle comme dans l’histoire de France, le mouvement social d’aujourd’hui était rarement la conséquence aussi claire et aussi directe des campagnes électorales d’hier et la cause aussi claire et aussi directe des campagnes électorales de demain. La manifestation du 5 mai 2013 était directement la conséquence des campagnes des élections présidentielles et législatives françaises de 2012 et sera directement la cause des campagnes des élections municipales et européennes de 2014.

 

Le Front De Gauche mettait la question de la sixième république au centre de la campagne électorale de Mélenchon au premier tour des élections présidentielles de 2012. La candidature Mélenchon faisait onze pour cent des voix et quatre millions d’électeurs dans une situation dans laquelle la dernière candidature du Parti Communiste Français au premier tour des élections présidentielles de 2007, la candidature Buffet, faisait deux pour cent des voix et sept cent mille électeurs.

 

Un mois plus tard, en juin 2012, le PCF prenait à nouveau la direction de la campagne pour les élections législatives, la question de la sixième république disparaissait de la campagne, et les résultats des candidats du Front De Gauche étaient encore inférieurs par rapport aux résultats des candidats du PCF aux élections législatives de 2007.

 

Le succès de la manifestation du 5 mai 2013 à Paris pour la sixième république sera au centre des campagnes des élections municipales et européennes de 2014.

 

Tsipras, le leader de SYRIZA en Grèce, Grillo, le leader du Mouvement Cinq Etoiles en Italie, et Cayo Lara, le leader d’Izquierda Unida en Espagne, n’étaient pas dans le carré de tête de la manifestation du 5 mai 2013 à Paris. Personne ne les invitait.

 

En 2014, il y aura donc des élections municipales en France et des élections européennes. Les élections municipales françaises seront encore des élections franco françaises, elles ne parleront pas trop aux peuples d’Europe en lutte contre la troïka.

 

Par contre, il y a une perspective stratégique pour les élections européennes, c’est la présentation  dans au moins cinq pays d’Europe, l’Espagne, la Grèce, l’Italie, l’Allemagne et la France, de candidatures communes sous une étiquette commune, contre la crise économique européenne et contre les plans de récession de l’Union Européenne, de la Banque Centrale Européenne et du Fonds Monétaire International.

 

Ces candidatures communes seraient des candidatures du mouvement des indignés en Espagne, de SYRIZA en Grèce, du Mouvement Cinq Etoiles en Italie et du Parti Pirate en Allemagne.

 

Quelle sera la configuration de ces candidatures communes en France ? Seront-elles des candidatures du Front De Gauche ou bien de véritables indignés français, y aura-t-il la constitution d’une section française du Mouvement Cinq Etoiles ou bien du Parti Pirate International, ou bien seront-elles une combinaison de l’une quelconque de ces hypothèses, personne n’en sait rien et nous avons un an pour la préparation et la réalisation de cette perspective stratégique.

 

Les plus grands mouvements sociaux ont de profondes causes et conséquences historiques et internationales.

 

Les institutions de la cinquième république française, l’élection du président de la république au suffrage universel, sont des institutions bonapartistes anti démocratiques depuis le premier jour. Pendant des dizaines d’années, des groupuscules dénonçaient leur caractère anti démocratique et demandaient l’abrogation des institutions de la cinquième république. Nous prêchions dans le désert.

 

La nouvelle génération de la jeunesse d’aujourd’hui soutient et défend spontanément le mot d’ordre d’assemblée constituante souveraine pour une sixième république.

 

Pendant cinquante quatre ans, le PCF d’avant le Front De Gauche ne faisait pratiquement jamais campagne contre les institutions anti démocratiques de la cinquième république. Le PCF d’avant le Front De Gauche était depuis longtemps un parti syndical, il défendait le pouvoir d’achat, l’emploi, la sécurité sociale et les retraites. Il ne posait plus depuis longtemps la question du pouvoir, du gouvernement et des institutions, à l’exception de la participation des ministres communistes à des gouvernements sociaux démocrates de gestion de la crise, le gouvernement Mauroy entre 1981 et 1984 et le gouvernement Jospin entre 1997 et 2002, et de la participation à la totalité des majorités d’union de la gauche dans la totalité des conseils régionaux, généraux et municipaux.

 

C’est vrai en France, c’est vrai en Espagne. La nouvelle génération de la jeunesse espagnole, la « jovenes sin futuro », la jeunesse sans futur, le mouvement des indignés, le mouvement « occupa el congreso », dénonce le « PPSOE », l’alternance entre la vraie droite du Parti Populaire et la fausse gauche du Parti Socialiste Ouvrier Espagnol, elle met au centre de son programme la dénonciation de la constitution espagnole post franquiste de 1979, la question d’un processus constituant, la question nationale basque et catalane et la question de la république pour l’abolition de la monarchie.

 

Le 23 février 2013 était une journée de manifestation nationale et européenne de la jeunesse espagnole à l’occasion du trente-deuxième anniversaire de la tentative de coup d’Etat du lieutenant colonel Tejero en 1981. Le 23 février 2013, dans le cadre de cette journée de manifestation, Place du Trocadéro à Paris sous la neige, une cinquantaine de jeunes espagnols, seuls au milieu des touristes, sans aucun militant d’aucune organisation française, brandissaient le drapeau de la république espagnole et criaient « Espana, manana, sera republicana », le vieux mot d’ordre des républicains de la guerre d’Espagne.

 

De la même manière, en mars 2013, des centaines de milliers de jeunes portugais chantaient « Grandola vila morena » dans les rues de Lisbonne et des grandes villes du Portugal. Pour la majorité d’entre eux, ils naissaient dix ans après la révolution portugaise de 1974, et pourtant ils chantaient la chanson de la révolution portugaise, comme la génération de leurs parents et de leurs grands parents.

 

Telles sont les principales formes d’expression de la révolution européenne d’aujourd’hui. Telles seront les principales formes d’expression de la révolution européenne de demain.

 

Bernard Fischer

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