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7 juin 2013 5 07 /06 /juin /2013 18:02

 

http://www.plateforme-palestine.org/spip.php?article3701

 

 

Sport solidaire avec la Palestine

Les droits des sportifs palestiniens à l’image de l’ensemble des palestiniens sont bafoués, en particulier le droit de circulation, avec le blocus imposé par Israël à la bande de Gaza, la multiplication des check-points, le mur, et le contrôle de toutes les frontières. La dernière attaque de la bande de Gaza en novembre 2012, le bombardement du « Palestine Stadium » tuant quatre jeunes adolescents et l’emprisonnement de deux footballeurs palestiniens victimes de la détention administrative témoignent de la réalité de la vie quotidienne des Palestiniens et notamment les atteintes au droit à la liberté de circulation. Israël a néanmoins obtenu de l’UEFA l’organisation en juin 2013 du championnat d’Europe des moins de vingt et un ans et en 2015 du championnat des espoirs féminins.

Nous signataires de cet appel, protestons contre l’organisation de cette compétition européenne, qui équivaut à récompenser un pays qui commet des actes contraires aux valeurs du sport et au droit international, Nous rappelons au président de l’UEFA, Michel PLATINI, le sort fait au footballeur Mahmoud Sarsak emprisonné par Israël pendant trois ans sans inculpation, ni jugement. Nous organisons l’action « Sport solidaire avec la Palestine » pour dénoncer cette violation du droit qui est un obstacle majeur à l’organisation en Israël en juin 2013 du championnat d’Europe des moins de vingt et un ans et en 2015 du championnat des espoirs féminins.

La première édition d’« un stade pour Gaza » initiée en 2010 a été un succès permettant la mise en place de projets d’éducation par le sport pour les enfants palestiniens. De nombreux collectifs locaux souhaitent poursuivre et faire grandir ce projet. Avec cette forme d’action, le sport et les rencontres sportives sont un vecteur de sensibilisation et compréhension de la situation en Palestine pour les jeunes et un large public. La préparation et la réalisation de ces manifestations sportives suscitent la responsabilisation de jeunes acteurs, des rencontres constructives avec le mouvement associatif, les organisations travaillant sur la Palestine et les collectivités locales.

Les partenaires du projet « Sport solidaire avec la Palestine » appellent à la constitution des collectifs locaux et à la mise en place d’une coordination nationale permettant une meilleure visibilité, la convergence des dynamiques de différents acteurs et l’organisation des actions suivantes :

Des manifestations sportives de solidarité, dans un environnement convivial, citoyen et culturel autour du football ou toute autre activité sportive et artistique suivant les spécificités locales ;

Des actions de sensibilisation (points information, tables rondes, films, débats) sur la Palestine, pendant et autour de ces événements sportifs et culturels ;

Des temps forts de solidarité sportive avec la bande de Gaza, les enfants et les sportifs palestiniens dans le contexte du championnat d’Europe de foot espoir qui se déroulera en Israël en juin 2013 ;

Des collectes des fonds dans le cadre de « Sport solidaire avec la Palestine », projet du sport solidaire avec tous les enfants palestiniens concernant les enfants de la bande de Gaza, mais aussi de Cisjordanie, et des camps de réfugiés, ainsi que les Palestiniens de 1948 vivant en Israël. La coordination du projet s’engage à affecter au moins cinquante pour cent des fonds dans la bande de Gaza, et en fonction des liens historiques tissés localement à prendre en compte les vœux des collectifs organisateurs pour le financement des autres projets ;

La mise en place d’une campagne de plaidoyer auprès des bailleurs pour la reconstruction des installations sportives détruites par Israël dans la bande de Gaza. 

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7 juin 2013 5 07 /06 /juin /2013 17:39

 

http://www.demosphere.eu/rv/26856

 

Rassemblement unitaire Samedi 8 Juin 2013 à 16 heures à Paris à la Fontaine des Innocents Place Joachim du Bellay Métro Châtelet Les Halles

Solidarité avec Cajamarca, contre la répression, Conga no Va

Nouvelle offensive du gouvernement et de la multinationale minière à Conga

Appel unitaire

L'une des plus grandes entreprises de destruction environnementale du monde est actuellement en cours à Cajamarca, dans les Andes du nord du Pérou, où le mégaprojet minier Conga, qui va détruire d'importantes sources d'eau dans la région, vient d'être relancé ce mois-ci par le gouvernement du président Ollanta Humala et la société minière transnationale Newmont Buenaventura Yanacocha.

Cette décision est très grave parce que, outre la grande catastrophe environnementale qu'elle implique et impliquerait dans le futur, elle peut conduire dans l'immédiat, comme se fut le cas dans un passé récent, à des conséquences humaines tragiques.

Le gouvernement de Lima a donné le « feu vert » pour imposer Conga, mégaprojet qui avait été officiellement « suspendu » devant la résistance de la population. Les effets de l'annonce du gouvernement et de la compagnie minière ne se sont pas fait attendre. Le 28 mai, près de mille cinq cent « comuneros », Gardiens des Lacs et autres représentants de la population, qui ont marché dans la montagne pour aller inspecter la relance des travaux, ont été violemment réprimés par la police, qui n'a pas hésité à tirer sur eux. Cette fois, la victime était le paysan José Guillermo Cueva Huamán, blessé par un tir de chevrotines. Il y a un an, les tirs de la police et de l'armée avaient tué cinq personnes, et blessé une cinquantaine, à Celendín et Bambamarca.

Il est clair que, après deux ans de résistance pacifique du peuple de Cajamarca, le président Humala et la compagnie minière ont déjà décidé de ne plus respecter ni principes ni formes et d'imposer le projet Conga par la force.

Pour réaliser ce brutal passage en force, le gouvernement de Lima vient juste d'adopter de nouvelles dispositions qui modifient les lois en vigueur et ouvrent sans restriction les portes aux multinationales, en leur permettant de contourner les règles de protection environnementale et de protection du patrimoine archéologique ainsi que de se moquer du droit à la santé, à la vie et à l'autodétermination de la population affectée.

Nous appelons toutes les organisations sociales, syndicales et politiques en France et en Europe à se prononcer contre ce crime gravissime contre l'humanité, car même s'il se produit dans une région reculée des Andes péruviennes, ses conséquences sont néanmoins planétaires.

En effet, la destruction et la contamination des sources d'eau à Conga vont affecter le bassin de l'Amazone et les rivières qui se jettent dans l'océan Pacifique. En fin de compte, non seulement les populations du nord du Pérou paieront les conséquences de l'extractivisme sauvage actuel. La France et le monde entier sont concernés.

Pour la légitime défense de l'eau, la santé et la vie face à la mine à ciel ouvert et la lixiviation, techniques destructrices employées par Newmont pour extraire l'or à Cajamarca, Pérou.

Pour respecter la décision de la population de Cajamarca, qui s'est prononcé à soixante dix huit pour cent contre l'imposition du projet Conga, et le respect de son droit à décider de sa propre stratégie de développement et de sa propre vision de l'avenir.

En mémoire de César Medina Aguilar, Joselito Vásquez Jambo, José Antonio Sánchez Huamán, Paulino José Eleuterio García Rojas, José Faustino Silva Sánchez, les cinq personnes tuées en Juillet 2012 par les tirs de la troupe dans les villes de Celendín et Bambamarca, et pour la poursuite et le châtiment des responsables de ces meurtres.

Pour la défense d'El Perol et des autres lacs menacés dans la région.

Conga no va, ni hoy ni nunca

Comité de solidarité avec Cajamarca

Premiers signataires :

Comité de Solidarité avec Cajamarca, France Amérique Latine (FAL), France Libertés-Fondation Danièle Mitterrand, Coordination Eau Ile de France, Mouvement contre le Racisme et pour l’Amitié entre les Peuples (MRAP), ALDEAH, Association des Populations des Montagnes de France (APPM), Comité Amérique Latine de Basse Normandie (CAL 14), Collectif d'Appui aux Luttes du Peuple Argentin (CALPA), Colectivo de Peruanos en Francia, Association Lupuna, Association Tierra y Libertad, Evaristo Nugkuag (Prix Nobel alternatif, fondateur de AIDESEP), Université Populaire Mariategui (Unipoma), SUD Solidaires, Emancipation (Tendance Intersyndicale), EELV (Les Verts), PCF, NPA

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7 juin 2013 5 07 /06 /juin /2013 17:10

 

Relaxe requise pour le policier de Villiers le Bel

 

PONTOISE, Val-d'Oise (Reuters) - Le parquet a requis vendredi la relaxe du policier poursuivi pour la mort de deux adolescents dans un accident de la route ayant entraîné plusieurs jours d'émeutes à Villiers-le-Bel (Val-d'Oise) en 2007.

 

Le jugement a été mis en délibéré au 13 septembre.

 

Franck Viallet, qui conduisait le véhicule entré en collision avec la moto des deux jeunes gens, est soupçonné d'avoir commis des fautes ayant joué « un rôle direct, déterminant et essentiel dans la production du dommage ».

 

Le décès des adolescents de quinze et seize ans avait provoqué deux nuits d'échauffourées à Villiers-le-Bel et d'autres villes du Val-d'Oise. Des tensions étant nées le soir même, la police n'a pu faire les constatations que près de huit heures après les faits.

 

Se gardant de prononcer le terme « relaxe », le procureur Henri Génin n'a pas suivi l'accusation et dit ne pouvoir requérir la condamnation pénale du prévenu.

 

« Dire la vérité à des familles éplorées, ce n'est pas facile », a-t-il déclaré, qualifiant la conduite du pilote de la moto « d'essentielle et déterminante » dans l'accident.

 

« L'émotion et la colère se sont exprimées, le temps de la raison, qui est aussi celui de la justice, est maintenant venu », a-t-il dit, évoquant « l'affolante insouciance » des deux jeunes.

 

Reconnaissant l'existence possible d'un « interstice, dans lequel vous pourriez trouver une très mince faute d'imprudence », Henri Génin, qui a exprimé sa « perplexité » face à certaines conclusions de l'expertise, a estimé que le doute devait profiter au prévenu.

 

Frédéric Champagne, avocat du policier, s'est réjoui de « l'analyse du ministère public ».

Des proches des victimes se sont pour leur part dits en « état de choc. On sait que c'est son rôle de procureur, on l'accepte, mais c'est dur à entendre », a réagi Omar, frère aîné de l'un des deux jeunes.

 

« JE DEVRAI VIVRE AVEC »

 

L'expertise a montré que Franck Viallet roulait à cinquante neuf kilomètres à l’heure juste avant l'accident et à soixante quatre kilomètres à l’heure au moment du choc, soit au-delà de la vitesse maximale autorisée en ville.

 

Au moment de la collision, les policiers, en patrouille, se rendaient sur les lieux d'un vol.

 

N'étant pas en mission urgente, ils n'avaient activé ni gyrophare ni avertisseur sonore.

 

La moto n'était pas homologuée pour circuler sur les routes et ses passagers ne portaient pas de casque. Ils circulaient à vive allure, avec un système de freinage hors d'état, a rappelé l'expert.

 

Les parties civiles ne contestent pas ces fautes, mais estiment que celles commises par le prévenu ont été déterminantes dans le choc.

 

« À aucun moment Monsieur Viallet n'aura levé le pied », a dit devant le tribunal Emmanuel Tordjman, avocat des familles des victimes. « Les règles du code de la route s'imposaient à lui avec encore plus de force parce qu'il est un fonctionnaire de police ».

 

Comme il l'avait fait la veille, Franck Viallet a dit n'avoir rien pu faire pour éviter l'accident.

 

« Ce qui m'est arrivé ce jour-là, je l'ai pas voulu, et je voudrais qu'on me croit », a-t-il dit.

 

« Je devrai vivre avec, et c'est comme ça ».

 

Les quatre policiers présents à bord du véhicule lors de l'accident avaient d'abord bénéficié d'un non-lieu, les juges estimant qu'aucune faute ne leur était imputable.

 

Mais à la suite d'un appel des parties civiles, la chambre de l'instruction de la cour d'appel de Versailles avait décidé en septembre 2011 le renvoi du conducteur de la voiture devant le tribunal correctionnel de Pontoise.

 

Franck Viallet encourt cinq ans de prison et soixante quinze mille euros d'amende pour homicides involontaires par conducteur d'un véhicule.

 

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6 juin 2013 4 06 /06 /juin /2013 20:04

 

PAS DE SUPPORTERS DU PSG AU TROCADERO

 

Personne ne faisait le bilan du rassemblement du Samedi Premier Juin 2013 Place du Trocadéro à Paris contre la troïka et personne ne le fera jamais.

 

Vous trouverez ci dessous mon bilan personnel.

 

Ce rassemblement était un échec.

 

Il y avait cinquante personnes au milieu de plusieurs centaines de touristes et de supporters du club de rugby de Toulon.

 

Plus exactement, il y avait deux rassemblements.

 

Cinquante personnes participaient au rassemblement contre la troïka et cent cinquante turcs de Paris participaient à un autre rassemblement contre la répression en Turquie.

 

Le rassemblement contre la troïka était un rassemblement classique de l’extrême gauche parisienne.

 

Les organisateurs faisaient une ou plusieurs réunions secrètes de préparation  du rassemblement. Ils écrivaient un tract d’appel au rassemblement et ils le diffusaient par internet un ou deux jours avant le rassemblement.

 

Combien d’organisations imprimaient et organisaient combien de diffusions de tracts dans les marchés populaires, à la sortie des métros, dans les gares parisiennes et à la porte des entreprises ? Combien de conférences de presse faisaient elles dans combien de municipalités ? Nada, comme disent les espagnols.

 

Le résultat est toujours identique.

 

Il y a cinquante sigles de cinquante organisations en bas du tract d’appel et, le jour du rassemblement, il y a cinquante personnes, en moyenne une personne par organisation.

 

Bernard Fischer 

 

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6 juin 2013 4 06 /06 /juin /2013 19:53

 

Tollé après la mort d’un militant de gauche

 

PARIS (Reuters) - La mort après une violente agression d'un jeune militant de gauche à Paris, attribuée par les autorités à une mouvance liée à l'extrême droite, a relancé jeudi le débat en cours sur l'interdiction des groupuscules ultra nationalistes français.

 

Le premier ministre, Jean-Marc Ayrault, a annoncé lors des questions d'actualité au sénat que les auteurs présumés de l'agression avaient été arrêtés.

 

Sept personnes ont été placées en garde à vue. Trois hommes et une femme âgés de vingt à trente ans, dont l'auteur présumés des coups, ont été interpellés à Saint Ouen (Seine Saint Denis) et trois autres se sont constitués prisonniers ultérieurement.

 

Clément Méric, un jeune étudiant de dix neuf ans à Sciences Po Paris et membre du syndicat Solidaire a succombé jeudi à l'hôpital à ses blessures à la suite d'une altercation mercredi avec des « skinheads » près de la gare Saint Lazare à Paris.

 

Une autopsie devra déterminer vendredi les causes exactes de la mort de l'étudiant, a-t-on précisé de source judiciaire. Le décès a pu être provoqué par les coups de poing ou par sa chute contre un plot métallique lors de la bagarre.

 

« Ce jeune homme était un militant de gauche engagé et le groupe en question est d'une mouvance liée à l'extrême droite, cela semble évident », a déclaré le ministre de l'intérieur Manuel Valls, qui s'est rendu sur les lieux de l'agression.

 

« Un groupe d'extrême droite est au coeur de cet assassinat », a-t-il ajouté. Selon la police, les suspects gravitent autour des Jeunesses Nationalistes Révolutionnaires (JNR), émanation du mouvement « Troisième Voie » de Serge Ayoub.

 

« La banalisation des mots, de la haine favorisent dans le débat public et sur internet le passage à l'acte. Nous devons tout faire pour éradiquer ces messages de haine et sanctionner, il ne peut pas y avoir de banalisation », a dit Manuel Valls.

 

Dénonçant un acte odieux, François Hollande a condamné avec « la plus grande fermeté » l'agression dans un communiqué.

 

A son arrivée à Tokyo pour une visite d'Etat, le chef de l'Etat a confirmé le « mobile politique » de l'agression.

 

« Il y a ce qui relève des individus. Ensuite il convient de voir si ces individus appartenaient à groupe, si c'était un groupe politique organisé, structuré. Si tel était le cas, si les conclusions allaient dans ce sens, alors il y aurait des mesures à prendre », a-t-il dit à Tokyo à la presse qui lui demandait si des groupes d'extrême droite devaient être dissous.

 

« TAILLER EN PIÈCES » LES GROUPES FASCISTES

 

Plusieurs rassemblements pour dénoncer la violence et dire « stop à l'extrême droite » ont eu lieu à Paris et dans plusieurs villes de province.

 

« Clément, Clément », ont scandé plusieurs milliers de manifestants rassemblés en fin de journée place Saint-Michel à Paris à l'appel du Parti de Gauche, du Parti Communiste Français et de syndicats et organisations d'extrême gauche.

 

Les dirigeants socialistes n'étaient pas les bienvenus et la candidate socialiste à la mairie de Paris, Anne Hidalgo, a été contrainte de quitter le rassemblement après avoir été conspuée.

 

De multiples élus et organisations de gauche l'appelant à prononcer la dissolution des groupes d'extrême droite mis en cause ces derniers mois, Jean-Marc Ayrault a rappelé au sénat avoir demandé aux ministres de l'intérieur et de la justice d'étudier la question.

 

Il s'agit, a-t-il dit, « de tailler en pièces, en quelque sorte, de façon démocratique, sur la base du droit, ces mouvements d'inspiration fasciste et néo nazie et qui font tort à la république ».

 

Le leader des JNR, Serge Ayoub, après avoir démenti dans un premier temps l'implication de son groupe, a accusé les militants d'extrême gauche d'être à l'origine de l'altercation.

 

« Ils ont été pris à partie par cinq militants d'extrême gauche qui leur ont promis de les massacrer à la sortie », a-t-il dit à la presse.

 

Le Front National a de son côté rejeté tout amalgame entre les agresseurs et le parti, sa présidente, Marine Le Pen, dénonçant un acte « épouvantable ».

 

« Ces actes sont inadmissibles, le Front National n'a aucun rapport ni de près ni de loin avec cette agression », a-t-elle dit sur RTL.

 

Marine Le Pen n'a pas écarté la piste d'une dissolution des groupuscules d'extrême droite.

 

« S'il est démontré que ces groupements donnent des instructions de violence à leurs membres, alors oui effectivement la mesure peut être envisagée », a-t-elle dit.

 

Manuel Valls s'est pour sa part gardé d'établir un lien entre l'agression et les actions violentes menées par certains opposants au mariage homosexuel.

 

« Je me méfie des amalgames, j'en appelle au rassemblement et à la sérénité », a-t-il dit.

 

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6 juin 2013 4 06 /06 /juin /2013 19:36

 

http://www.contretemps.eu/interventions/ce-nest-pas-lislamisme-que-manifestants-turcs-rejettent-cest-n%C3%A9olib%C3%A9ralisme

 

« Ce n’est pas l’islamisme que les manifestants turcs rejettent, c’est le néo libéralisme »

 

Mardi 4 Juin 2013, Nadeen Shaker interviewait Ozan Tekin pour http://english.ahram.org.eg.

 

Ozan Tekin est un auteur turc, éditeur du site www.marksist.org, « un site d’information turc ancré à gauche ». 

 

Ahram Online (AO) : Pouvez-vous nous donner une idée de la façon dont des rassemblements qui ne réunissaient qu’une poignée de personnes mobilisées contre la destruction d’un parc ont pu se transformer en une vague de manifestations anti-gouvernementales à l’échelle nationale ?

 

Ozan Tekin (OT) : Dans la nuit de mardi dernier, une dizaine de militants ont accouru dans l’enceinte du parc Gezi au moment où les bulldozers y pénétraient pour commencer l’arrachage des arbres. Quelques heures plus tard, les bulldozers ont dû se retirer et quelques milliers de personnes ont alors occupé le parc. La police a pris d’assaut le parc aux premières heures du jour afin de permettre aux bulldozers d’y pénétrer une nouvelle fois. Au troisième jour, on a pu assister à une véritable explosion de mécontentement, et des dizaines de milliers de personnes ont rejoint la lutte sur la place Taksim afin de préserver le parc et pour manifester contre la violence policière. 

 

AO : Qu’est-ce qui peut expliquer un tel mécontentement vis-à-vis de la politique menée par Erdogan ?

 

OT : Les plans gouvernementaux de restructuration de la place Taksim participent d’un programme néolibéral plus vaste. Ils veulent transformer Taksim, le centre de la ville, en lieu dédié aux classes supérieures, et ce en chassant les gens ordinaires. Ce gouvernement est conservateur et néolibéral, et les gens en ont eu plus qu’assez non seulement de la restructuration de la place Taksim, qui a été imposée sans aucune concertation citoyenne, mais également d’un contexte général marqué par une vague de réformes néolibérales, de la prolifération absolument non régulée des centres commerciaux, de la loi datant du mois dernier qui vient interdire la vente d’alcool après 22 heures et de l’intervention musclée trop fréquente de la police à l’occasion de manifestations parfaitement démocratiques. L’arrogance du premier ministre Erdogan et sa trop grande fermeté ont également attisé le mécontentement. 

 

AO : Quelle est l’ampleur de la mobilisation ? Qui y prend part ?

 

OT : Les premiers à être entrés en résistance sont essentiellement des militants de gauche, des militants  écologistes et des militants  non organisés. La violence déployée par la police à leur encontre a suscité la mobilisation de plus larges secteurs de la société. Des milliers de jeunes militants non encartés, et qui, pour beaucoup, prenaient ici part à une activité politique pour la toute première fois, sont descendus dans les rues pris de colère. Tous les partis de gauche étaient mobilisés. Quelques syndicats, mais peut-être pas à grande échelle, ont également rejoint la lutte. Le principal parti d’opposition (CHP) et quelques autres groupes de droite nationalistes pro armée ont eux aussi rejoint les cortèges. Mais leur influence a été très limitée lors des journées de vendredi et samedi. 

 

AO : En quoi consiste ce que certains appellent le « printemps turc » ? Quelles sont ses implications au niveau régional ?

 

OT : Erdogan prétend soutenir les mouvements révolutionnaires au Moyen-Orient. Mais tandis qu’il fait face à une vague de révoltes à bien plus petite échelle, son gouvernement ne se prive pas de faire usage de la violence policière d’une manière brutale pendant des heures et des heures contre les manifestants. C’est de l’hypocrisie, cela montre combien le gouvernement turc ne peut en aucun cas servir de « modèle » aux attentes des masses égyptiennes ou syriennes.

 

Mais cinquante pour cent de la société turque vote pour l’AKP (le parti pour la justice et le développement, parti au pouvoir d’Erdogan) parce que les gens pensent qu’il réalise progressivement les avancées qui ont été obtenues par des mobilisations de masse au Moyen-Orient. La Turquie a une longue tradition d’intervention de l’armée dans la politique par des coups d’État militaires sanglants. Les généraux ont également comploté afin de renverser le gouvernement de l’AKP, prétextant qu’il voulait faire de la Turquie « une sorte d’Iran » en imposant la charia.

 

De nombreuses sections de base de l’AKP veulent un changement et soutiennent Erdogan parce que ces gens sont convaincus qu’il résoudra tout cela, l’exclusion de l’armée de la sphère politique, une solution pacifique à la question kurde et une amélioration en termes de justice sociale. Cela met l’AKP dans une position contradictoire, un programme néo libéral de droite d’un côté, et des millions de votants au nom d’un « espoir » de liberté de l’autre.

 

Même au plus fort de la contestation, la place Taksim était loin de Tahrir en termes de mobilisation, et son contenu politique ressemblait plus au « Tahrir contre Morsi » qu’au « Tahrir contre Moubarak ». 

 

AO : En quoi la réponse d’Erdogan à la situation a-t-elle un impact sur le cours de la mobilisation ? D’autres grèves couvrant d’autres aspects du mécontentement sont-elles prévues ?

 

OT : Un porte-parole de l’AKP a reconnu que le mouvement avait seulement « réussi à rassembler de nombreux groupes disparates dans la rue. » L’arrogance d’Erdogan et son entêtement à ne jamais faire marche arrière aide la mobilisation à grossir. C’est là la véritable cause de sa première défaite sérieuse depuis onze ans, la police a dû se retirer de Taksim et des dizaines de milliers de personnes ont occupé le parc et l’ont transformé en scène de festival. Désormais le principal but du mouvement consiste à sauver le parc de la destruction et à s’opposer aux plans gouvernementaux de restructuration de Taksim comme un tout. 

 

AO : Qu’en est-il de l’usage de la brutalité policière et de la récente revendication qui en appelle à la démission du ministre de l’intérieur ?

 

OT : Le ministre de l’intérieur a fait savoir que mille sept cent trente personnes avaient été arrêtées pendant les manifestations. Des centaines ont été blessées par les assauts de la police qui s’est montrée vraiment brutale, et pas seulement à Istanbul mais dans tout le pays. Dès lors, la démission du ministre de l’intérieur, comme celles du préfet d’Istanbul et du chef de la police constituent des revendications importantes.

 

AO : Qu’en est-il de votre propre expérience dans les manifestations ? Avez-vous vraiment appelé la place Taksim  « Tahrir » ?

 

OT : Les manifestations de masse dans la rue ont vraiment été enivrantes pendant deux jours, vendredi et samedi. L’âme du mouvement était comme celle de Tahrir. De nombreux militants ont fait explicitement référence à la place Tahrir. Des dizaines de milliers ont résisté à la police sans crainte.

 

Quand le parc Gezi a été repris, des tas de gens ordinaires ont célébré cela, puis ils et elles ont rejoint leurs maisons et leurs boulots. Puis est advenue l’influence grandissante des nationalistes pro-armée, pour la plupart des électeurs du CHP, qui ont tenté de transformer les manifestations en quelque chose qui puisse pousser l’armée à passer à l’action contre le pouvoir. Ces gens-là sont hostiles aux kurdes et à la communauté arménienne, ils s’opposent aux négociations de paix engagées avec les kurdes (ce qui constitue un point crucial dans l’histoire pour la démocratie en Turquie) et ils désignent le premier ministre sous le terme de « traitre à la nation ».

 

En 1997, des manifestations massives emmenées par la gauche contre « l’État profond »  ont été instrumentalisées par l’armée pour forcer le gouvernement islamiste de l’époque à prendre congé. Des groupes essaient aujourd’hui de faire la même chose, leur présence constitue une menace grandissante à l’encontre du mouvement de masse. Cela nous divise et nous affaiblit. Mais ils n’ont pas encore réussi à saboter le mouvement.

 

Il s’agit là d’une très sérieuse bataille idéologique que nous devons gagner.

 

Nous ne sommes pas contre ce gouvernement parce qu’il est islamique, mais parce qu’il est conservateur et néo libéral. C’est un gouvernement élu et légitime, et nous ne voulons donc pas qu’il soit renversé par les forces armées qui, elles, ne sont pas élues. Nous voulons que ce gouvernement soit renversé par le mouvement de masse du peuple.

 

Traduit de l’anglais par Stella Magliani Belkacem

 

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5 juin 2013 3 05 /06 /juin /2013 19:12

 

http://www.ministere-de-la-regularisation-de-tous-les-sans-papiers.net/joomla1.5/index.php?option=com_content&view=article&id=1199:-proces-des-4-de-tours-la-cour-de-cassation-confirme-rdv-devant-la-cour-europeenne-des-droits-de-lhomme&catid=16:tribunaux

 

Procès des quatre de Tours

 

La cour de cassation confirme, rendez vous devant la Cour Européenne des Droits de l'Homme

 

Mardi 4 Juin 2013

 

Dans un communiqué, Soif d'Utopies et le Réseau Education Sans Frontières d'Indre et Loire (RESF 37) avaient fait part de leurs soupçons quant à la transformation d'enfants en appât afin de pouvoir satisfaire les chasseurs de sans papiers en uniforme. Ils soupçonnaient également que fichier Base Elèves soit, entre autres, utilisé à cette fin. Ils avaient osé comparer ces méthodes avec celles employées par la police sous Vichy.

 

La cour de cassation vient de rejeter le pourvoi que les trois des quatre de Tours avaient formulé. Une militante de RESF 37 a été relaxée par le tribunal correctionnel et la cour d'appel. Les trois prévenus sont donc condamnés à payer sept mille euros. Grâce à la solidarité, nous pouvons faire face.

 

La cour de cassation entérine le jugement de la cour d'appel d'Orléans. Celui-ci précisait que  « compte-tenu de la longueur et des difficultés soulevées tout au long de cette procédure, il apparaît équitable d'accorder à la victime (c'est-à-dire le ministre de l’intérieur) une somme de trois mille euros pour les frais irrépétibles engagés en appel ». (Les frais irrépétibles comprennent, notamment, les droits de timbre, d'envoi postaux, de reprographie ou d'avocat). Rappelons que c'est le tribunal correctionnel de Tours qui a reporté trois fois l'audience, obligeant les témoins, les personnes apportant leur solidarité et les prévenus à revenir quatre fois devant celui-ci.

 

La cour de cassation entérine l'appréciation à propos des témoins exprimée par la cour d'appel. « Leurs témoignages relèvent plus d'une tribune politique et d'un désir d'exprimer leur opinion, que d'un apport utile et précis aux faits imputés, qu'ils approuvent parfois de façon outrancière ». Le tribunal correctionnel de Tours avait décidé qu' « il lui (la victime) sera alloué trois mille euros, au regard de la longueur des débats consécutive aux exceptions soulevées et aux témoins cités ».

 

En clair la cour de cassation, comme les deux autres juridictions, bafoue les droits de la défense. Nous sommes, entre autres, condamnés parce que nous avons fait citer dix huit témoins à la barre et que les débats ont été longs.

 

La cour d'appel d'Orléans fait écho au tribunal correctionnel de Tours. Ni l'une, ni l'autre ne veulent répondre aux questions de fonds qui ont été soulevées lors de chacune des audiences. Elles ont duré pour celle d'Orléans 6 heures et celle de Tours 8 heures. On se demande toujours, au regard des deux délibérés ce qui s'est passé et dit pendant toutes ces heures. La justice ne veut pas se prononcer sur le fond car elle n'assume pas le caractère politique de ce procès, l'assumer signifierait qu'elle relaxe les prévenus puisque c'est un débat de choix de société dont il s'agit.

 

Officiellement, les tribunaux ne peuvent trancher ces questions.

 

La cour de cassation est dans cette logique. Elle affirme que des individus, des structures ne peuvent faire part publiquement de leurs soupçons sur d'éventuelles exactions, dérives de la part de l'administration, de la police ou de la gendarmerie.

 

Elle affirme qu'on ne peut pas faire des comparaisons historiques afin d'analyser les évolutions actuelles au regard de l'expérience, notamment, du régime de Pétain. Précisons qu'une comparaison n'est pas un amalgame. Il est hors de question de dire que Sarkozy c'est Pétain.

 

Comparer c'est prendre en compte l'expérience historique que nous apporte, en l'occurrence la période de Vichy, afin d'interroger notre passé pour agir sur le présent et tenter d'envisager différents avenirs. Faire des comparaisons et alerter est plus que nécessaire.

 

Elle affirme que le ministre peut censurer une opinion qui le dérange.

 

Elle affirme que l'Etat peut traiter différemment des individus selon qu'ils soient notables ou manants. Seul le personnel de la caste politique peut porter des propos jugés diffamatoires. Cela confirme que la critique politique ne doit être faite que par les professionnels que sont les élus et responsables de partis reconnus par le système. Cela ne peut-il conduire à l'interdiction de conceptions anti capitalistes, comme l'anarchisme ?

 

Elle affirme qu'il n'est pas normal, ni souhaitable de s'insurger contre la politique raciste et xénophobe de l'Etat.

 

Par exemple, comment qualifier la décision du ministère de l'intérieur ordonnant, à travers la circulaire du 5 août 2010, la chasse aux roms ?

 

Comment se fait-il qu'aucun fonctionnaire (de l'administration, de la police et de la gendarmerie) n'ait refusé d'exécuter cet ordre illégal ? Ces questionnements sont encore d'actualité. La chasse aux roms n'a pas cessé, bien au contraire. Valls est un plus grand virtuose en la matière que ses prédécesseurs.

 

Fondamentalement, si l'on ne veut plus que ce genre de procès ait lieu, si l'on ne veut plus voir des militants, des personnes traînés devant des tribunaux parce qu'ils dénoncent des exactions de la police, de la gendarmerie ou de l'administration (qui ne sont pas des bavures, mais inhérentes à la xénophobie d'Etat, voire au racisme de celui-ci), cela passe avant tout par la régularisation de tous les sans papiers, l'ouverture des frontières, la liberté de circulation et d'installation, la fermeture et la destruction des camps de rétention. Sinon, l'Etat continuera d'organiser la chasse aux sans papiers, générant les drames humains que nous connaissons tous les jours, les dérives policières et administratives. Le régime de Vichy est de ce point de vue riche d'enseignements. Il faudra bien se confronter à une question fondamentale. Comment se fait-il que le passage de la troisième république au régime de Vichy se fasse sans heurt au sein de l'administration, de la police et de la gendarmerie ? La politique xénophobe, raciste des années 1930 n'a-telle pas contribué à faciliter ledit passage ?

 

Nous n'acceptons aucune condamnation. Nous irons devant la Cour Européenne des Droits de l'Homme. Nous verrons si elle entérine les remises en causes des droits de la défense. Nous lui poserons les questions de fond que nous n'avons jamais cessés de soulever devant les tribunaux.

 

Jean Christophe Berrier et Muriel El Kolli du collectif Soif d'Utopies 

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5 juin 2013 3 05 /06 /juin /2013 18:51

 

http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2013/06/05/on-ne-pourra-plus-dire-que-l-on-ne-savait-pas_3424408_3218.html

 

On ne pourra plus dire que l’on ne savait pas

 

Editorial du Monde

 

Par Natalie Nougayrède

 

La preuve en est désormais apportée, de manière scientifique et irréfutable. Des armes chimiques ont bel et bien été employées en Syrie, des agents de la catégorie des substances prohibées par la convention sur l'interdiction des armes chimiques, datant de 1993. Le régime de Bachar al Assad a eu recours, lors d'attaques contre l'opposition armée et la population dans laquelle celle-ci se fond, à des gaz toxiques contenant du sarin, puissant neurotoxique.

 

Après des mois d’hésitation ou de déclarations alambiquées des pays occidentaux, la France est devenue, Mardi 4 Juin 2013, le premier Etat à faire publiquement ce constat, avec « certitude ». Le ministre des affaires étrangères, Laurent Fabius, l’a annoncé, « la France a désormais la certitude que le gaz sarin a été utilisé en Syrie à plusieurs reprises et de façon localisée ». Il a ajouté que, dans un cas précis et documenté, il n’y avait « aucun doute que le régime et ses complices » étaient responsables du crime.

 

Le Foreign Office britannique a affirmé dans la foulée détenir lui aussi des preuves d'usage d'armes chimiques. A Washington, en revanche, la prudence reste de mise, le porte-parole de la Maison Blanche estime que d'autres éléments doivent encore être réunis avant toute conclusion définitive.

 

La déclaration officielle française est spectaculaire. Elle est de nature à changer la donne dans le dossier syrien. Mais pourquoi une telle annonce maintenant ?

 

Les autorités françaises peuvent alléguer ne pas avoir disposé plus tôt, c'est-à-dire avant ces derniers jours, d'éléments suffisamment probants. Il est permis d'en douter. Alors que les signaux d’emploi d'armes chimiques se multipliaient depuis l'année dernière et que ce sujet mobilisait les moyens considérables de services de renseignement de plusieurs pays occidentaux, tout porte à croire qu'il y a eu, en particulier de la part de l'administration Obama, une volonté de temporiser. L'objectif étant de ménager une relance de la diplomatie par la préparation d'une nouvelle conférence de Genève. Le dossier chimique venait compliquer singulièrement cette stratégie nécessitant une étroite coopération avec les russes.

 

Les autorités américaines semblent avoir en conséquence demandé à leurs partenaires britanniques et français de ne pas faire de déclaration définitive susceptible d’entraver des pourparlers. D'autant que les déclarations faites depuis l'été 2012 par Washington, Londres et Paris, indiquant que le recours aux armes chimiques pourrait déclencher une intervention en Syrie, risquaient de placer les uns et les autres devant de considérables contradictions, voire des reculades avérées. Laurent Fabius a déclaré, Mercredi 5 Juin 2013, qu'il y avait « incontestablement » un « franchissement » de cette ligne.

 

Le travail effectué par deux journalistes du Monde ayant rapporté de Syrie, dans des conditions périlleuses, des échantillons de sang, d'urine et de cheveux prélevés sur des victimes d'armes chimiques a constitué un important facteur, accélérateur contraignant pour les autorités françaises.

 

Soyons clairs sur la démarche du Monde, qui peut soulever, ici ou là, la question du rapport entre médias et Etat. L'un des faisceaux de preuves brandies par les autorités françaises repose sur les échantillons rapportés de Syrie par nos reporters. Le Monde a réalisé ses reportages à Damas de manière entièrement indépendante et clandestine, sans d'ailleurs fixer comme objectif initial une enquête sur le chimique.

 

C'est en constatant sur place l'ampleur de l'utilisation de gaz toxiques que nos journalistes ont décidé qu'ils devaient tenter de sortir du pays des échantillons, destinés à être expertisés. Le Monde a ensuite décidé de confier ces échantillons aux autorités françaises. Pour une raison simple, le seul laboratoire en France habilité à établir de manière incontestable la nature des substances transportées dépend de la Délégation Générale de l'Armement. Le Monde a parallèlement obtenu un engagement formel, par écrit, des autorités françaises, selon lequel il aurait accès à l'intégralité des résultats des analyses.

 

Le Monde considère qu'il est au service de l'établissement des faits et qu'il ne peut en aucune manière contribuer à dissimuler une éventuelle preuve de crime de guerre ou d'utilisation d'armes chimiques. Nous savions aussi que, en cas de doute sur l'authenticité des résultats qui nous seraient transmis, nous poursuivrions l'enquête. Les autorités françaises ont joué la transparence et on ne peut que s'en féliciter. Dans le cas inverse, l'affaire aurait potentiellement relevé d'un mensonge d'Etat.

 

Est-ce un tournant ? La France, tout en déclarant désormais que « toutes les options sont sur la table », renvoie le dossier à une commission d'enquête de l'ONU dont la capacité à mener à bien son travail est des plus compromises. La priorité est clairement de sauver l'option diplomatique, quelles que soient les contradictions des uns et des autres sur les « lignes rouges ». L'administration Obama agit avec, à l'esprit, comme contre exemple absolu, la guerre d’Irak, déclenchée sans légitimité onusienne et sur la base d'allégations mensongères sur des armes de destruction massive. Mais, s'agissant du chimique en Syrie, on ne pourra plus dire, désormais, que l'on ne savait pas.

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5 juin 2013 3 05 /06 /juin /2013 18:19

 

L’armée syrienne s’empare de la ville clé de Koussaïr

 

BEYROUTH (Reuters) - L'armée syrienne a pris mercredi le contrôle de la ville stratégique de Koussaïr, près de la frontière libanaise, signant une importante défaite pour les forces opposées au président Bachar al Assad qui ont confirmé leur retrait.

 

Occupée par les insurgés il y a dix-huit mois, Koussaïr était assiégée depuis plus de deux semaines par les forces gouvernementales, appuyées par des miliciens chiites du Hezbollah libanais.

 

« Nous n'hésiterons pas à écraser avec une poigne de fer ceux qui nous attaquent. Ils auront le choix entre se rendre ou périr », a déclaré le commandement des forces armées syriennes dans un communiqué. « Nous poursuivrons notre série de victoires jusqu'à ce que nous ayons reconquis chaque mètre carré de territoire syrien », lit-on également dans le communiqué.

 

En reprenant la ville, le gouvernement de Damas veut assurer la liaison entre la plaine de la Bekaa au Liban, bastion du Hezbollah, et les régions de la côte syrienne où vivent de nombreux alaouites, membres d'une branche du chiisme à laquelle appartient le président Assad.

 

Selon un combattant de la Force de Défense Nationale (FDN, pro Assad), l'armée syrienne pourrait désormais concentrer ses efforts sur la province d'Alep, dans le nord de la Syrie, tenue en pratique par les rebelles depuis un an.

 

Un combattant du Hezbollah a raconté à Reuters que Koussaïr avait été prise lors d'une offensive-éclair menée dans la nuit de mardi à mercredi et qu'une partie des insurgés avaient pu fuir. « Nous avons procédé à une attaque surprise aux premières heures et nous sommes entrés dans la ville ; ils (les rebelles) se sont échappés », a-t-il dit.

 

Des images de Koussaïr diffusées par les télévisions mercredi montrent d'importantes destructions, avec des bâtiments en ruine, des rues dévastées et aucun habitant en vue.

 

« Qui contrôle Koussaïr contrôle le centre du pays et qui contrôle le centre du pays contrôle toute la Syrie », a déclaré le général Yahya Souleiman, à la chaîne de télévision libanaise Mayadine.

 

La chaîne du Hezbollah, al Manar, montre un homme qui escalade la tour de l'horloge sur la place centrale de la ville pour y planter un drapeau syrien, tandis que des chars circulent dans les rues.

 

« Nos forces armées héroïques ont ramené la sécurité et la stabilité dans toute la ville de Koussaïr », affirme un communiqué diffusé par la télévision publique syrienne.

 

FEUX D'ARTIFICE

 

Dans le sud de Beyrouth, fief du Hezbollah, les habitants ont fêté la prise de Koussaïr en lançant des feux d'artifice.

 

De source politique libanaise proche du Hezbollah, on déclarait voir dans la chute de Koussaïr un succès stratégique de nature à remonter le moral des forces du régime Assad. On ajoutait de même source que le Hezbollah n'interviendrait pas nécessairement dans d'autres batailles mais qu'il pourrait apporter une aide indirecte à l'armée syrienne.

 

Soulignant que le conflit risquait de s'étendre au Liban, le commandant de l'Armée Syrienne Libre (ASL), Salim Idriss, a déclaré au micro de la BBC que ses combattants pourraient frapper le Hezbollah sur son propre terrain.

 

« Les combattants du Hezbollah envahissent le territoire syrien. Et vu qu'ils continuent de le faire sans que les autorités libanaises prennent des mesures pour les en empêcher, je pense que nous sommes fondés à lutter contre les hommes du Hezbollah en territoire libanais », a-t-il averti.

 

La chute de Koussaïr renforce la position de Bachar al Assad en prévision de négociations de paix dont doivent s'entretenir les représentants des Etats-Unis et de la Russie mercredi à Genève en présence de l'émissaire spécial des Nations Unies et de la Ligue Arabe, Lakhdar Brahimi.

 

Les rebelles défaits expliquent qu'ils se sont retirés de Koussaïr « face à un énorme arsenal, au manque d'équipement et à l'intervention manifeste du Hezbollah. Des dizaines de combattants sont restés derrière et ont assuré le retrait de leurs camarades ainsi que des civils », disent-ils dans un communiqué.

 

Les forces de Bachar al Assad avaient ouvert un couloir d'évacuation vers Debaa et la ville frontalière d'Arsal pour inciter les combattants rebelles à quitter Koussaïr, une localité qui comptait autrefois trente mille habitants, apprend-on auprès des forces de sécurité.

 

L'armée contrôle l'essentiel de la ville, mais continue à combattre dans le quartier nord où des rebelles sont encore cachés, précise-t-on.

  

Selon un commandant rebelle en contact avec les brigades qui se sont retirées, la décision de retrait a été prise après une journée de tirs de roquettes par l'armée syrienne et le Hezbollah qui « ont rasé ce qui restait » de Koussaïr.

 

L'Observatoire Syrien des Droits de l'Homme (OSDH), une ONG proche de l'opposition basée à Londres, se dit préoccupée par le sort de mille deux cent personnes blessées à Koussaïr et demande que la Croix Rouge ait immédiatement accès à la ville.

 

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4 juin 2013 2 04 /06 /juin /2013 20:20

 

http://www.contretemps.eu/archives/opium-peuple-marxisme-critique-religion

 

Opium du peuple, marxisme critique et religion

 

Partisans et adversaires du marxisme semblent s’accorder sur un point, la célèbre phrase, « la religion est l’opium du peuple » représente la quintessence de la conception marxiste du phénomène religieux. Or, cette formule n’a rien de spécifiquement marxiste.

 

On peut la trouver, avant Marx, à quelques nuances près, chez Kant, Herder, Feuerbach, Bruno Bauer et beaucoup d’autres. Prenons deux exemples d’auteurs proches de Marx.

 

Dans son livre sur Ludwig Börne, de 1840, Heine se réfère au rôle narcotique de la religion plutôt de façon positive, avec un brin d’ironie, « bénie soit une religion, qui verse dans l’amer calice de l’humanité souffrante quelques douces et soporifiques goûtes d’opium spirituel, quelques goûtes d’amour, foi et espérance ». Moses Hess, dans ses essais publiés en Suisse en 1843, adopte une position plus critique, mais non dépourvue d’ambiguïté, « la religion peut rendre supportable la conscience malheureuse de la servitude de la même façon que l’opium est d’une grande aide dans les maladies douloureuses ».

 

L’expression apparaît peu après dans l’article de Marx « contribution à la critique de la philosophie du droit de Hegel » (1844). Une lecture attentive du paragraphe entier montre que sa pensée est plus complexe qu’on ne le pense habituellement. En réalité, tout en rejetant la religion, Marx ne prend pas moins en compte son double caractère :

 

« la détresse religieuse et en même temps l’expression de la vraie détresse et la protestation contre cette vraie détresse. La religion est le soupir de la créature opprimée, le cœur d’un monde sans cœur, tout comme elle est l’esprit d’une situation sans spiritualité. Elle est l’opium du peuple ».

 

Une lecture de l’essai dans son ensemble montre clairement que le point de vue de Marx en 1844 relève plus du néo hégélianisme de gauche, qui voit dans la religion l’aliénation de l’essence humaine, que de la philosophie des lumières, qui la dénonce simplement comme une conspiration cléricale (le « modèle égyptien »). En fait, lorsque Marx écrivit le passage ci-dessus, il était encore un disciple de Feuerbach, un néo hégélien. Son analyse de la religion était donc « pré marxiste », sans référence aux classes sociales et plutôt a-historique. Mais elle n’était pas moins dialectique car elle appréhendait le caractère contradictoire de la « détresse » religieuse, parfois légitimation de la société existante, parfois protestation contre celle-ci.

 

Ce n’est que plus tard, en particulier dans « l’idéologie allemande » (1846) que l’étude proprement marxiste de la religion comme réalité sociale et historique a commencé.

 

L’élément central de cette nouvelle méthode d’analyse des faits religieux c’est de les considérer, ensemble avec le droit, la morale, la métaphysique et les idées politiques, comme une des multiples formes de l’idéologie, c’est-à-dire de la production spirituelle (geistige produktion) d’un peuple, la production d’idées, représentations et formes de conscience, nécessairement conditionné par la production matérielle et les relations sociales correspondantes.

 

On pourrait résumer cette démarche par un passage « programmatique » qui apparaît dans un article rédigé quelques années plus tard : « Il est clair que tout bouleversement historique des conditions sociales entraîne en même temps le bouleversement des conceptions et des représentations des hommes et donc de leurs représentations religieuses ». Cette méthode d’analyse macro sociale aura une influence durable sur la sociologie des religions, même au-delà de la mouvance marxiste.

 

A partir de 1846, Marx ne prêta plus qu’une attention distraite à la religion en tant que telle, comme univers culturel et idéologique spécifique. On ne trouve dans son œuvre pratiquement aucune étude plus développée d’un phénomène religieux quelconque.

 

Convaincu que, comme il l’affirme dès l’article de 1844, la critique de la religion doit se transformer en critique de cette vallée de larmes et la critique de la théologie en critique de la politique, il semble détourner son attention du domaine religieux.

 

C’est peut-être à cause de son éducation piétiste que Friedrich Engels a montré un intérêt bien plus soutenu que Marx pour les phénomènes religieux et leur rôle historique, tout en partageant, bien entendu, les options décidemment matérialistes et athées de son ami. Sa principale contribution à la sociologie marxiste des religions est sans doute son analyse du rapport entre les représentations religieuses et les classes sociales. Le christianisme, par exemple, n’apparaît plus dans ses écrits (comme chez Feuerbach) en tant qu’ « essence » a-historique, mais comme une forme culturelle (« idéologique ») qui se transforme au cours de l’histoire et comme un espace symbolique, enjeu de forces sociales antagoniques.

 

Grâce à sa méthode fondée sur la lutte de classe, Engels a compris, contrairement aux philosophes des lumières, que le conflit entre matérialisme et religion ne s’identifie pas toujours à celui entre révolution et réaction. En Angleterre, par exemple, au dix septième siècle, le matérialisme en la personne de Hobbes, défendit la monarchie tandis que les sectes protestantes firent de la religion leur bannière dans la lutte révolutionnaire contre les Stuarts.

 

De même, loin de concevoir l’église comme une entité sociale homogène, il esquisse une remarquable analyse montrant que dans certaines conjonctures historiques, elle se divise selon ses composantes de classe. C’est ainsi qu’à l’époque de la réforme, on avait d’une part le haut clergé, sommet féodal de la hiérarchie, et de l’autre, le bas clergé, qui fournit les idéologues de la réforme et du mouvement paysan révolutionnaire.

 

Tout en restant matérialiste, athée et adversaire irréconciliable de la religion, Engels comprenait, comme le jeune Marx, la dualité de nature de ce phénomène, son rôle dans la légitimation de l’ordre établie, aussi bien que, les circonstances sociales s’y prêtant, son rôle critique, contestataire et même révolutionnaire. Plus même, c’est ce deuxième aspect qui s’est trouvé au centre de la plupart de ses études concrètes. En effet, il s’est penché d’abord sur le christianisme primitif, religion des pauvres, exclus, damnés, persécutés et opprimés. Les premiers chrétiens étaient originaires des derniers rangs de la société, esclaves, affranchis privés de leurs droits et petits paysans accablés de dettes. Engels alla même jusqu’à établir un parallèle étonnant entre ce christianisme primitif et le socialisme moderne. La différence essentielle entre les deux mouvements résidait en ce que les chrétiens primitifs repoussaient la délivrance à l’au-delà tandis que le socialisme la plaçait dans ce monde.

 

Mais cette différence est-elle aussi tranchée qu’elle apparaît à première vue ? Dans son étude d’un deuxième grand mouvement chrétien, la guerre des paysans en Allemagne, elle semble perdre de sa netteté, Thomas Münzer, le théologien et dirigeant des paysans révolutionnaires et des plébéiens hérétiques du seizième siècle, voulait l’établissement immédiat du royaume de dieu, ce royaume millénariste des prophètes, sur la terre.

 

D’après Engels, le royaume de dieu était pour Münzer une société sans différences de classe, sans propriété privée et sans autorité de l’Etat indépendante ou étrangère aux membres de cette société.

 

Par son analyse des phénomènes religieux à la lumière de la lutte des classes, Engels a révélé le potentiel contestataire de la religion et ouvert la voie à une nouvelle approche des rapports entre religion et société distincte à la fois de celle de la philosophie des lumières et de celle du néo-hégélianisme allemand.

 

La plupart des études marxistes de la religion écrites au vingtième siècle se sont limitées à commenter ou à développer les idées esquissées par Marx et Engels, ou à les appliquer à une réalité particulière. Il en va ainsi, par exemple, des études historiques de Karl Kautsky sur le christianisme primitif, les hérésies médiévales, Thomas More et Thomas Münzer.

 

Dans le mouvement ouvrier européen, nombreux étaient les marxistes qui étaient radicalement hostiles à l’égard de la religion mais pensaient en même temps que le combat de l’athéisme contre l’idéologie religieuse devait être subordonné aux nécessités concrètes de la lutte de classe, qui exige l’unité des travailleurs qui croient en dieu et de ceux qui n’y croient pas. Lénine lui-même, qui dénonçait souvent la religion comme « brouillard mystique », insiste dans son article de 1905, « le socialisme et la religion » sur le fait que l’athéisme ne devait pas faire partie du programme du parti parce que « l’unité dans la lutte réellement révolutionnaire de la classe opprimée pour la création d’un paradis sur terre est plus importante pour nous que l’unité de l’opinion prolétarienne sur le paradis aux cieux ».

 

Rosa Luxembourg était du même avis, mais elle élabora une démarche différente et plus souple. Bien qu’athée, elle s’attaqua moins, dans ses écrits, à la religion en tant que telle qu’à la politique réactionnaire de l’église, au nom même de la tradition propre de celle-ci. Dans un opuscule de 1905, « l’église et le socialisme », elle affirma que les socialistes modernes étaient plus fidèles aux préceptes originels du christianisme que le clergé conservateur d’aujourd’hui. Puisque les socialistes se battent pour un ordre social d’égalité, de liberté et de fraternité, les prêtres devraient accueillir favorablement leur mouvement, s’ils voulaient honnêtement appliquer dans la vie de l’humanité le précepte chrétien « aime ton prochain comme toi-même ». Lorsque le clergé soutient les riches, qui exploitent et oppriment les pauvres, ils sont en contradiction explicite avec les enseignements chrétiens, ils ne servent pas le christ mais le veau d’or. Les premiers apôtres du christianisme étaient des communistes passionnés et les pères et premiers docteurs de l’église (comme Basile le Grand et Jean Chrysostome) dénonçaient l’injustice sociale. Aujourd’hui cette cause a été prise en charge par le mouvement socialiste qui apporte aux pauvres l’évangile de la fraternité et de l’égalité, et appelle le peuple à établir sur terre le royaume de la liberté et de l’amour du voisin.

 

Plutôt que d’engager une bataille philosophique au nom du matérialisme, Rosa Luxembourg cherche à sauver la dimension sociale de la tradition chrétienne pour la transmettre au mouvement ouvrier.

 

Dans l’internationale communiste, on ne prêtait guère d’attention à la religion. Un nombre significatif de chrétiens rejoignirent le mouvement, et un ancien pasteur protestant suisse, Jules Humbert-Droz, devint même dans les années 1920, un des principaux dirigeants du Komintern. A l’époque, l’idée la plus répandue chez les marxistes était qu’un chrétien qui devenait socialiste ou communiste abandonnait forcément ses croyances religieuses antérieures « anti-scientifiques » et « idéalistes ».

 

La merveilleuse pièce de théâtre de Bertold Brecht, «  Sainte Jeanne des Abattoirs » (1932), est un bon exemple de ce type de démarche simpliste à l’égard de la conversion des chrétiens à la lutte pour l’émancipation prolétarienne. Brecht décrit avec un grand talent le processus qui amène Jeanne, dirigeante de l’Armée du Salut, à découvrir la vérité sur l’exploitation et l’injustice sociale, et à dénoncer ses anciennes croyances, au moment de mourir. Mais, pour lui, il doit y avoir une rupture absolue et totale entre son ancienne foi chrétienne et son nouveau credo de lutte révolutionnaire. Juste avant de mourir, Jeanne dit à ses amis :

 

« Si jamais quelqu’un vient vous dire en bas qu’il existe un dieu, invisible il est vrai, dont vous pouvez pourtant attendre le secours, cognez-lui le crâne sur la pierre jusqu’à ce qu’il en crève »

 

L’intuition de Rosa Luxembourg selon laquelle on pouvait se battre pour le socialisme au nom des vraies valeurs du christianisme originel, s’est perdue dans ce type de perspective « matérialiste » grossière, et plutôt intolérante. En fait, quelques années après que Brecht ai écrit cette pièce, il est apparu en France, entre 1936 et 1938, un mouvement de chrétiens révolutionnaires qui rassemblait plusieurs milliers de militants qui soutenaient activement le mouvement ouvrier, en particulier son aile plus radicale (les socialistes de gauche de Marceau Pivert). Leur mot d’ordre principal était : « Nous sommes socialistes parce que nous sommes chrétiens ».

 

Parmi les dirigeants et penseurs du mouvement communiste, Gramsci est probablement celui qui a manifesté le plus grand intérêt pour les questions religieuses. C’est aussi un des premiers marxistes à chercher à comprendre le rôle contemporain de l’église catholique et le poids de la culture religieuse dans les masses populaires. Ces remarques sur la religion dans ses cahiers de prison sont fragmentaires, non-systématiques et allusives, mais néanmoins très perspicaces.

 

Sa critique décapante et ironique des formes conservatrices de la religion, notamment la version jésuitique du catholicisme, qu’il détestait allègrement, ne l’empêchait pas de percevoir aussi la dimension utopique des idées religieuses.

 

Les études de Gramsci sont riches et stimulantes, mais en dernière analyse, elles n’innovent pas dans leur méthode d’appréhender la religion. Ernst Bloch est le premier auteur marxiste à avoir changé ce cadre théorique - sans abandonner la perspective marxiste et révolutionnaire.

 

Dans une démarche similaire à celle d’Engels, il distingue deux courants sociaux opposés, d’une part, la religion théocratique des églises officielles, opium du peuple, appareil de mystification au service des puissants, de l’autre la religion clandestine, subversive et hérétique des cathares, des hussites, de Joachim de Flore, Thomas Münzer, Franz von Baader, Wilhelm Weitling et Léo Tolstoï. Dans ses formes protestataires et rebelles, la religion est une des formes les plus significatives de la conscience utopique, une des plus riches expressions du principe d’espoir et une des plus puissantes représentations imaginaires du pas encore existant.

 

Bloch, comme le jeune Marx de la fameuse citation de 1844, reconnaît évidemment le caractère double du phénomène religieux, son aspect oppressif en même temps que son potentiel de révolte. Il faut, pour appréhender le premier, ce qu’il appelle « le courant froid du marxisme », l’analyse matérialiste impitoyable des idéologies, des idoles et des idolâtres. Pour le second, par contre, c’est « le courant chaud du marxisme » qui est de mise, pour chercher à sauvegarder le surplus culturel utopique de la religion, sa force critique et anticipatrice.

 

Marx et Engels pensaient que le rôle subversif de la religion était un phénomène du passé, sans signification pour l’époque de la lutte de classe moderne. Cette prévision s’est avérée juste pendant un siècle, avec quelques importantes exceptions, notamment en France où l’on a connu les socialistes chrétiens des années 1930, les prêtres ouvriers des années 1940 et la gauche des syndicats chrétiens (CFTC) dans les années 1950. Mais pour comprendre ce qui se passe depuis trente ans en Amérique latine, la théologie de la libération, les chrétiens pour le socialisme, il faut prendre en compte les intuitions de Bloch sur le potentiel utopique de certaines traditions religieuses.

 

Article paru dans la revue Contretemps numéro 12, février 2005.

 

Michael Löwy

 

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