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27 octobre 2012 6 27 /10 /octobre /2012 15:55

 

 

http://www.leggo.it/roma/nera/no_monty_day_sabato_a_roma_si_temono_scontri_ecco_il_piano_per_la_sicurezza/notizie/199628.shtml  

 

« No Monti Day » samedi à Rome, on a peur des affrontements, voici le plan pour la sécurité



Jeudi 25 Octobre 2012

 

Par Franco Pasqualetti

 

ROME - Une ville blindée. Contre les fauteurs de troubles du Black Bloc, c’est un plan global qui a été mis au point par le commissaire Fulvio Della Rocca pour faire face au No Monti Day. Le risque d’infiltrés violents préoccupe les forces de l’ordre. C’est pourquoi ils ont choisi une ligne dure : plus de mille agents impliqués, routes fermées à la circulation et au stationnement et pas de poubelles le long du chemin. Il s'agit d'un ordre de service de « légitime défense » à l'intérieur de la manifestation.



Imposer des mesures pour ce que sera le test décisif. La police et le Capitole travaillent sur les détails d'un changement de stratégie dans la gestion de l'ordre public par rapport à l'an dernier, lorsque le 15 Octobre 2011, la ville a été ravagée par les « fascistes ». Le No Monti Day débutera par un concert géant à 14 heures 30. Trente mille manifestants partiront de la Piazza della Repubblica pour se rendre à la Piazza di Porta San Giovanni, au même endroit que le 15 Octobre de l'année dernière.



Il semble maintenant certain que, en plus de la déviation de plusieurs lignes de transports en commun et la fermeture de certaines stations de métro, est également organisé l'enlèvement temporaire de certaines des cibles favorites du Black Bloc, tels que des bacs et des voitures incendiées dans le passé au passage des vandales. L'interdiction de stationnement pour les voitures sera étendue le long de la manifestation à partir de samedi matin. Le parcours de la manifestation fera l'objet d'un petit changement : une fois partis de la Piazza della Repubblica, les manifestants défileront en passant par la Piazza dei Cinquecento, et non par la rue Amendola. A Rome, on attend l’arrivée de cent cars de toute l'Italie. Parmi les participants, il y a le mouvement No Tav de la vallée de Suse, les représentants des centres sociaux de toute l’Italie, les étudiants, les syndicats de base, les délégués de Carbosulcis, Fincantieri, Fiat Pomigliano, Fiat Mirafiori, Fiat Melfi, du Val di Sangro et de nombreuses organisations d’extrême-gauche.

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27 octobre 2012 6 27 /10 /octobre /2012 12:15

 

http://www.cgt.fr/Communique-commun-CFDT-CGT-FSU,39720.html

 

Communiqué commun CFDT CGT FSU SOLIDAIRES et UNSA

 

Vendredi 26 Octobre 2012

 

Les organisations syndicales françaises CFDT, CGT, FSU, SOLIDAIRES et UNSA s’inscrivent avec l’ensemble du syndicalisme européen dans la journée d’action et de solidarité de la Confédération Européenne des Syndicats le 14 novembre 2012 pour la l’emploi et la solidarité en Europe.

Elles expriment leur ferme opposition aux mesures d’austérité qui font plonger l’Europe dans la stagnation économique, voire la récession. Ces mesures, loin de rétablir la confiance ne font qu’aggraver les déséquilibres et créer des injustices. Elles mettent à mal le modèle social européen mis en cause par la concurrence et parfois le dumping dans les domaines de la fiscalité, du coût du travail et des conditions sociales.

En France c’est un nombre de chômeurs qui ne cesse de croître depuis dix sept mois avec encore une hausse record en septembre. La précarité s’accroît, des millions de salariés n’accèdent à l’emploi qu’en CDD pour des durées de plus en plus courtes, les plans de licenciements se multiplient. Onze millions de personnes sont touchées par l’exclusion ou la pauvreté dont de nombreux retraités. Les salaires dans le privé et le public stagnent.

Les traitements de choc infligés aux travailleurs notamment en Grèce, en Espagne et au Portugal, montrent l’impasse de politiques qui conduisent à la destruction des droits sociaux.

 La cohésion sociale, le dialogue social et le respect des valeurs garanties par la Charte des droits fondamentaux sont mis en cause. Cette situation est insupportable et menace la construction européenne elle-même.

En s’amplifiant, la crise économique et sociale accroît fortement les inégalités entre les travailleurs européens et met en cause les droits de tous.

L’Europe doit bâtir ses politiques sur la solidarité et garantir les moyens du progrès social. La journée de mobilisation du 14 novembre permettra aux travailleurs de toute l’Europe d’agir, ensemble et solidairement, pour des conditions de travail et de vie décentes.

Cela implique une véritable coordination des politiques économiques et des mesures de solidarité concrètes avec les pays les plus en difficulté en intégrant systématiquement la dimension sociale aux décisions européennes.

Cela implique la négociation d’un « contrat social » revendiqué par la CES au niveau européen, incluant des mesures mettant fin à la concurrence sociale entre les Etats, en instaurant des standards sociaux européens, en particulier un salaire minimum dans chaque pays.

Cela implique des mesures de relance au plan européen afin de renouer avec une croissance durable et favoriser l’emploi.

Les organisations syndicales CFDT, CGT, FSU, SOLIDAIRES et UNSA décident de faire du 14 novembre une grande journée de mobilisation interprofessionnelle rassemblant les salariés du privé et du public, les retraités et les chômeurs pour manifester leur volonté de voir apporter des réponses concrètes aux difficultés que vivent tous les travailleurs en France et en Europe et en solidarité avec les travailleurs espagnols, portugais et grecs. Elles appellent partout en France à manifester selon des modalités permettant la participation la plus large.

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26 octobre 2012 5 26 /10 /octobre /2012 19:30

 

http://www.sebastien.schifres.free.fr/italie.htm

 

 

L'autonomie italienne

 

Le mouvement autonome italien au sens strict s’est formé entre 1973 et 1974. Les références au concept d’autonomie ouvrière sont cependant plus anciennes. En Italie, elles se développent plus particulièrement dans les années 1960 en même temps que l’ « opéraïsme ». Le terme d’« opéraïsme » est généralement traduit en français de manière littérale par « ouvriérisme ». Mais cette traduction prête à controverse. En effet, les opéraïstes italiens tiennent généralement à se démarquer de l’ « ouvriérisme », qu’ils qualifient par opposition de « travaillisme » ou d’ « usinisme ». Au contraire de l’ouvriérisme qui se réfère principalement à l’ouvrier du modèle keynésien bénéficiant d’un certain nombre de garanties sociales, l’opéraïsme se réfère en priorité au travailleur précaire. Alors que l’ouvriérisme fait habituellement référence au concept de phase de transition socialiste, l’opéraïsme met au contraire en avant le refus du travail et le « communisme immédiat » comme moteur de la lutte des classes.

 

Les thèses opéraïstes s’affirment à partir de 1961 autour d’une revue de sociologie militante : les « Quaderni Rossi » (« Cahiers Rouges »), fondée alors par Raniero Panzieri. La plupart des intellectuels de cette revue sont issus de la gauche syndicale, du Parti Communiste, ou du Parti Socialiste. Une première scission a lieu en 1963 autour de Mario Tronti, Antonio Negri, Sergio Bologna, et Alberto Asor Rosa, qui aboutit à la création d’un nouveau journal : « Classe Operaia » (« Classe Ouvrière »), « favorable à une intervention plus directement politique auprès de la classe ouvrière ». Les « Quaderni Rossi » disparaissent en 1966 avec la naissance du groupe « Potere Operaio Classe Operaia ». Suite au mouvement de 1967-1969, alors que Mario Tronti retourne au Parti Communiste, les groupes opéraïstes vont être à l’origine de la création, avec des ouvriers de la Fiat et d’autres militants, des deux principales organisations de l’extrême-gauche italienne : Lotta Continua et Potere Operaio.  

 

Mais en 1973, ces organisations s’essoufflent, la crise économique entraînant paradoxalement la fin des grandes luttes ouvrières. Comme en France, c’est aussi la crise de l’extrême-gauche : Potere Operaio s’auto dissout au mois de mai 1973. Ce sera aussi le cas de Lotta Continua trois ans plus tard, après une brève tentative d’institutionnalisation. Mais comme l’écrit Isabelle Sommier, « à la différence de ce qui se passe en France, on observe l’émergence de ce que l’on pourrait qualifier une relève qui, innovant sur le plan organisationnel, idéologique, et stratégique, relance et radicalise le mouvement de protestation pour atteindre son apogée en 1977 : l’Autonomie » : « Le Mouvement Autonome naît parallèlement à la crise des groupes d’extrême gauche issus du « biennio rosso » et se nourrit de la décomposition de Potere Operaio (été 1973), de la confluence d’ ex-militants déçus (venant surtout de Lotta Continua et des organisations marxistes léninistes) et du ralliement de groupes entiers comme le groupe Gramsci ou, en 1975, la Fédération Communiste Libertaire de Rome. Sur la vague des grèves ouvrières et notamment l’ occupation de la Fiat en mars 1973, des groupes autonomes ouvriers se rassemblent sous l’égide d’une coordination et du « Bulletin des organismes autonomes ouvriers » (Congrès de Bologne, 23 mars 1973) ». Malgré leurs pratiques spontanéistes, il est cependant important de préciser que la plupart des groupes italiens se réclamant de l’autonomie ouvrière restent dominés par l’idéologie léniniste de construction du parti révolutionnaire.

 

En 1973, on peut distinguer deux grandes tendances au sein de la coordination nationale de l’Autonomie Ouvrière (Autonomia Operaia) :

 

Les « opéraïstes » orthodoxes : le collectif de la Via dei Volsci à Rome, qui regroupe les Comités Ouvriers Autonomes, avec notamment Paolo Virno. Issu d’une scission au sein de « Il Manifesto » (1971-1972), autour des salariés de l’ENEL et du Policlinico. Il dispose d’un journal, « I Volsci », ainsi que d’une radio : Radio Onda Rossa.

 

Les « négristes » : influencés par les théories d’Antonio (dit « Toni ») Negri. Organisés en Collectifs Politiques Ouvriers, ils ont une conception de l’opéraïsme qui met l’accent sur le concept d’ « ouvrier social ». Principalement implantés à Milan et Padoue, ils publient le journal « Rosso ».

 

En atteignant son apogée en 1977, l’Autonomie italienne va voir se développer en son sein un second mouvement : l’Autonomie dite « désirante » ou « créative », qui privilégie les luttes se situant en dehors de la sphère strictement économique : cercles féministes et « indiens métropolitains », qualifiés aussi parfois de « transversalistes ». L’Autonomie désirante s’organise en petits groupes sur des bases pratiques et lutte surtout sur le terrain de la culture et de la révolution de la vie quotidienne. Elle est très peu implantée en milieu ouvrier et est surtout constituée d’étudiants et de chômeurs. Les transversalistes éditent de nombreux journaux : « A traverso », lié à la radio Alice, est le plus important d’entre eux.

 

A la même époque, un certain nombre de groupes léninistes se réclament eux aussi de l’autonomie ouvrière, sans pour autant faire partie de la coordination nationale « Autonomia Operaia », notamment le Parti Communiste Italien Marxiste-Léniniste, le Comité Communiste Marxiste-Léniniste et le Comité Communiste pour le Pouvoir Ouvrier, qui est  un groupe clandestin issu de Potere Operaio. Dirigé par Oreste Scalzone, il édite la revue « Senza Tregua » (« Sans Trêve »).

 

En 1976, le Comité Communiste pour le Pouvoir Ouvrier explose en une myriade de groupes dont la revue « Senza Tregua », les Unités Communistes Combattantes (implantées à Florence), les Comités Communistes pour la Dictature Prolétaire qui éditent le journal « Pour le Pouvoir Ouvrier » et les Comités Communistes Révolutionnaires. Apparaissant  en mars 1977 et dirigés par  Oreste Scalzone, ils éditent le journal « Nous appelons communisme le mouvement réel ».

 

Au total, le mouvement autonome italien va rassembler plusieurs dizaines de milliers de personnes.

 

En ce qui concerne Autonomia Operaia (AutOp), sa nature politique est relativement ambiguë. AutOp se présente en effet à la fois comme une coordination de groupes ouvriers luttant sur le terrain social, et en même temps comme une organisation politique. Cette contradiction s’explique par la conception du parti révolutionnaire développée par les militants de AutOp. En effet, cette conception du parti se distingue de manière notable de la conception léniniste habituelle. Pour Lénine, le parti avait non seulement vocation à diriger le processus révolutionnaire, mais aussi à s’emparer du pouvoir étatique pour mettre en œuvre et superviser le socialisme. Pour AutOp, le parti n’est qu’un outil provisoire qui doit progressivement disparaître dans le processus révolutionnaire avec le développement des conseils ouvriers (soviets). Selon cette conception, ce sont les soviets, et non pas le parti, qui doivent diriger la révolution et s’emparer du pouvoir étatique, pour réaliser en l’occurrence non pas le socialisme, mais directement le communisme : les conseils ouvriers se transforment alors en Etat communiste. En ce sens, AutOp se rapproche des positions conseillistes.

 

L'autre tendance de l’autonomie italienne, la sphère « désirante » ou « transversaliste », est décrite de manière très succincte dans la brochure publiée par Spartacus en mars 1978 : « On peut parler après le mouvement de printemps [1977] du nouveau mouvement autonome défini quelques fois comme les « autonomes désorganisés », influencés par les transversalismes. On définit dans le transversalisme la tendance qui se retrouve dans un certain nombre de journaux dont le plus important est A/Traverso, lié à la radio Alice ». Franco Berardi, dit « Bifo »,  est alors le principal animateur de cette radio qui émet depuis Bologne.

 

Pour Spartacus, le transversalisme se caractérise sur le plan organisationnel par « le refus de la forme parti » et « la formation d’une myriade de petits groupes qui s’organisent sur des pratiques sociales comme la radio libre et qui les satisfont immédiatement ». « Sur le plan de la communication, c’est la tentative de traverser les séparations que la société crée, à travers un instrument nouveau, que ce soit sur le plan du langage ou sur le plan technique (radio, cassettes). Sur le plan des contenus politiques qu’ils mettent en avant, le refus du travail n’est pas entendu comme une attaque contre l’usine capitaliste, mais comme une acceptation de travaux marginaux créatifs (par exemple, produire des cassettes, des journaux ; créer des circuits alternatifs ou s’exprime la créativité). Sur le plan programmatique, ils prônent ce qu’ils appellent l’« intelligence technico-scientifique », comme capacité de réduire le temps de travail nécessaire, en développant des recherches techniques sur la structure productive ». Spartacus ajoute enfin à propos des tranversalistes : « Ne prenant pas en compte la lutte au sein de la production capitaliste et étant strictement axés sur l’organisation du temps libre, ils sont très peu implantés en milieu ouvrier et presqu’ uniquement chez les étudiants et les chômeurs ou les travailleurs occasionnels (ce qu’on appelle couramment en Italie les « sans garantie ») ». « Transversalistes », « créatifs », « désirants », « inorganisés », ou  « Indiens Métropolitains » : différentes appellations pour désigner la tendance sans aucun doute la plus libertaire de l’Autonomie italienne.

 

Le mouvement autonome italien se développe essentiellement dans les années 1970 à travers les grèves sauvages anti syndicales, les luttes des auto réductions et l’extension de la violence politique. Le mouvement des auto réductions s’attaque alors à toute l’économie : squats, pillages, refus de payer les transports publics, le téléphone, l’électricité, le cinéma. Ce mouvement est aussi lié à la petite délinquance et au grand banditisme, revendiqués comme des formes de lutte prolétarienne, et donc aussi par conséquence aux luttes de prisonniers et aux évasions organisées. Le concept de « communisme immédiat » est sans doute celui qui résume le mieux la diversité des pratiques de l’Autonomie italienne.

 

La violence du mouvement autonome italien apparaît notamment sous différentes formes insurrectionnelles : en particulier des manifestations de rue qui prennent des formes émeutières et au cours desquelles les policiers et les autonomes échangent des coups de feu. Mais cette violence prend aussi une forme clandestine avec de multiples actions armées de différentes natures : attentats au cocktail Molotov ou à l’explosif, hold-up, « jambisations » (attentats consistant à tirer dans les jambes), ou assassinats. Toutes ces actions sont organisées par des centaines de groupes différents. Certains groupes ne les revendiquent pas, d’autres utilisent plusieurs sigles. De plus, ces actions armées interviennent dans un contexte où de nombreux attentats sont aussi organisés par d’autres groupes d’extrême-gauche qui ne font pas partie du mouvement autonome, en particulier les Brigades Rouges.

 

Mais cette violence de l’extrême-gauche italienne ne peut être comprise sans prendre en compte le contexte plus général de violence politique qui traverse alors l’Italie. Plusieurs éléments sont à prendre à compte.

 

Premièrement, l’aspect historique : l’héritage du fascisme et la tradition répressive de la police italienne (avec notamment un certain nombre de cas de répression du mouvement ouvrier particulièrement meurtriers), mais aussi l’héritage de la Résistance. Deuxièmement, l’aspect économique : en l’occurrence le pouvoir de la mafia et ses complicités au sein même de l’Etat, de l’Eglise, et à la tête des grandes entreprises. Troisièmement, l’aspect étatique, avec le rôle des services secrets dans la « stratégie de la tension ». En 1990, le premier ministre Giulio Andreotti a ainsi révélé officiellement l’existence du réseau « Gladio » au sein des services secrets italiens. Ce réseau militaire constitué de plusieurs centaines d’hommes avait été créé en 1951 dans le but de parer à une éventuelle prise de pouvoir des communistes en Italie. A partir de 1969, ce réseau s’engage dans une politique terroriste visant à renforcer l’Etat italien et à criminaliser l’extrême-gauche : plusieurs bombes sont déposées dans des lieux publics. Ces « massacres d’Etat » sont alors invoqués par l’extrême-gauche italienne pour justifier la lutte armée. Enfin, dernier élément à prendre en compte : l’aspect plus strictement politique, avec le rôle de l’extrême-droite italienne dans l’organisation d’un certain nombre d’attentats.

 

Le mouvement autonome italien atteint son apogée au printemps 1977. Une émeute d’ampleur insurrectionnelle éclate à Bologne le 11 mars suite à la mort d’un jeune tué par la police. Le lendemain, soixante mille personnes manifestent à Rome : des armureries sont pillées et des coups de feu échangés avec la police. Mais l’année suivante, l’enlèvement d’Aldo Moro par les Brigades Rouges va marquer un tournant politique. Le président du parti de la Démocratie Chrétienne est alors kidnappé le 16 mars 1978, jour où il devait former un gouvernement de « compromis historique » avec le soutien du Parti Communiste. La lutte contre ce compromis historique est au cœur du combat des Brigades Rouges contre l’évolution réformiste du Parti Communiste Italien (PCI). L’Etat italien refusant de libérer les militants des Brigades Rouges (BR) incarcérés, Aldo Moro est finalement exécuté le 9 mai 1978.

 

A partir de ce moment, le mouvement autonome italien adopte une position défensive face à la répression, la militarisation de l’affrontement contre l’Etat provoquant la fragilisation du mouvement social. A partir de 1979, l’Etat italien lance une grande offensive répressive en accusant le mouvement autonome d’être une vitrine légale des Brigades Rouges. Les principaux leaders du mouvement, dont Toni Negri et Oreste Scalzone, sont arrêtés le 7 avril. Dans les mois qui suivent et tout au long de l’année 1980, le mouvement autonome italien se militarise alors de plus en plus au fur et à mesure  de l’accentuation de la répression. L’Italie traverse alors une période de quasi-guerre civile aboutissant à la défaite politique et à la mort de l’Autonomie italienne : douze mille militants d’extrême-gauche sont incarcérés, six cent s’exilent à l’étranger, dont trois cent en France et deux cent en Amérique du Sud. La mort du mouvement autonome italien provoquera alors la décomposition de la mouvance autonome française qui l’avait pris jusqu’à présent pour modèle.

 

Sébastien Schifres 

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26 octobre 2012 5 26 /10 /octobre /2012 15:27

 

La famille du premier ministre chinois aurait accumulé une fortune colossale

 

PEKIN (Reuters) - La famille du premier ministre chinois Wen Jiabao, lui-même perçu comme proche du peuple, a accumulé une fortune colossale depuis qu'il a accédé aux plus hautes fonctions en Chine, rapporte vendredi le New York Times.

 

"L'examen de registres d'entreprises et de documents juridiques indique que les proches du Premier ministre, dont certains ont le don de la négociation, y compris sa femme, contrôlent des actifs pour une valeur d'au moins deux milliards sept cent millions de dollars", soit deux milliards cent millions d'euros, écrit le New York Times.

 

Les versions chinoise et anglaise du site internet du journal américain étaient bloquées vendredi matin en Chine, de même que les recherches par les mots-clés du New York Times et des enfants et de la femme de Wen sur le site de micro blogging chinois.

 

Lors de son point de presse quotidien, le porte-parole du ministère des affaires étrangères Hong Lei a déclaré que l'article "salissait la réputation de la Chine et avait des arrière-pensées".

 

Prié de dire pourquoi les sites avaient été bloqués, il a répondu: "La Chine gère internet en fonction de ses lois et de ses règlements."

 

La mère, les frères et soeurs et les enfants de Wen Jiabao ont accumulé l'essentiel de leur fortune après sa nomination au poste de vice-Premier ministre en 1998, rapporte le New York Times. Wen a été promu à la tête du gouvernement en 2003. Il devrait quitter ses fonctions après le prochain Congrès du Parti communiste chinois, qui doit d'ouvrir le 8 novembre.

 

A titre d'exemple, le New York Times affirme que les parts détenues par les proches de Wen et leurs amis représentaient jusqu'à deux milliards deux cent millions de dollars en actions au sein de Ping An Insurance en 2007, dernière année où on peut retrouver leur trace dans les documents officiels.

 

La mère de Wen, âgée de 90 ans, disposait elle-même cette année-là d'un investissement de cent vingt millions de dollars dans Ping An, affirme le journal.

 

Le New York Times dit avoir sollicité une réaction auprès du gouvernement chinois, qui a décliné. Les membres de la famille de Wen ont eux aussi soit refusé de s'exprimer soit ignoré les demandes de réaction.

 

SECRETS D'ETAT

 

Ni le ministère des Affaires étrangères ni le Conseil des Affaires d'Etat, c'est-à-dire le gouvernement, n'ont réagi dans l'immédiat aux demandes de réaction formulées par Reuters.

 

Les détails de la vie privée des dirigeants chinois, et a fortiori leurs fortunes, sont considérés comme des secrets d'Etat en Chine.

 

Certains responsables subalternes sont parfois dénoncés dans les médias officiels mais rares sont les cas comme celui de Bo Xilai, ancien chef du PCC dans la municipalité autonome de Chongqing, tombé en disgrâce en début d'année pour abus de pouvoir et corruption présumés après la mort d'un homme d'affaires britannique.

 

Le site internet de Bloomberg est bloqué depuis juin en Chine en raison d'un article dans lequel il était écrit que la famille élargie de Xi Jinping, probable futur numéro un du régime, disposait d'investissements dans des sociétés pesant trois cent soixante quinze millions de dollars et une part indirecte de dix huit pour cent dans une société valant un milliard sept cent millions de dollars.

 

Au sujet de Wen et de ses proches, le New York Times écrit que leurs noms ont été "dissimulés" derrière une multitude de partenariats et d'instruments d'investissement.

 

Le journal affirme que la famille du Premier ministre a investi dans un projet immobilier à Pékin, dans une fabrique de pneus dans le nord de la Chine, dans une entreprise ayant participé à la construction de certains sites des Jeux olympiques de Pékin en 2008, notamment le "Nid d'oiseau", et dans Ping An, l'une des plus grandes sociétés de services financiers au monde.

 

Un frère cadet de Wen possède une société qui a obtenu plus de trente millions de dollars de subventions et de marchés publics pour le traitement des eaux usagées et de déchets médicaux dans certaines des plus grandes villes de Chine, selon le Times. Il contrôle aussi deux cent millions de dollars d'actifs dans diverses sociétés, poursuit le journal.

 

Wen Jiabao est souvent appelé "grand-père Wen" dans les médias chinois pour sa proximité apparente avec ses compatriotes, qu'il est toujours prompt à venir réconforter après des catastrophes naturelles ou des accidents. 

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26 octobre 2012 5 26 /10 /octobre /2012 15:09

 

Moscou accentue la pression contre l’opposant Sergueï Oudaltsov

 

MOSCOU (Reuters) - L'appareil judiciaire russe a accentué vendredi sa pression contre l'opposant Sergueï Oudaltsov, l'un des principaux animateurs du mouvement de contestation contre le pouvoir de décembre dernier.

 

Sergueï Oudaltsov a été inculpé par le Comité d'enquête fédéral pour préparation de troubles à grande échelle en Russie. Il a été laissé en liberté avec interdiction de quitter Moscou.

 

Les faits reprochés sont passibles de dix ans de prison. Deux de ses proches, qui sont eux emprisonnés, ont été inculpés la semaine dernière pour les mêmes motifs.

 

L'un d'eux, Leonid Razvozjaïev, affirme avoir été enlevé la semaine dernière alors qu'il était en Ukraine, puis torturé. Les opposants russes craignent que les deux hommes ne soient utilisés pour témoigner à charge contre Oudaltsov.

 

"Je ne suis coupable de rien. Je garde la tête haute", a déclaré l'opposant de gauche au crâne rasé à son arrivée au siège moscovite du comité d'enquête où des sympathisants s'étaient rassemblés.

 

"Je répète que je n'ai ni conçu, ni préparé, ni organisé des émeutes de masse. Je suis un partisan de manifestations de masse pacifiques", a-t-il dit à sa sortie de l'audience.

 

Sergueï Oudaltsov a été l'un des protagonistes du vaste mouvement de contestation organisé par l'opposition russe contre les fraudes aux élections législatives de décembre dernier.

 

L'accusation se fonde sur des soupçons formulés dans un documentaire diffusé par la chaîne de télévision contrôlée par le Kremlin NTV, selon lequel Sergueï Oudaltsov aurait reçu de l'argent de la part d'un allié du président géorgien Mikheïl Saakachvili pour fomenter des troubles en Russie.

 

A Kiev, les services de sécurité nationale (SBU) ont annoncé l'ouverture d'une enquête sur les circonstances du séjour puis du départ de Leonid Razvozjaïev du pays.

 

L'Union européenne a appelé l'Ukraine à fournir toute la lumière sur cette affaire. "Les accusations sont graves et de nombreuses questions doivent être clarifiées", a déclaré un membre de la représentation communautaire à Kiev.

 

La décision de la SBU intervient deux jours avant les élections législatives, où le Parti des Régions du président Viktor Ianoukovitch, proche de Moscou, tente de conserver la majorité.

 

"Des services de sécurité étrangers opèrent en Ukraine", a accusé le chef de l'opposition Arseni Iatseniouk dans un communiqué posté sur son site internet. "Je me demande s'ils ne vont pas aussi participer au dépouillement", ajoute-t-il.

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26 octobre 2012 5 26 /10 /octobre /2012 14:53

 

http://www.fr.euronews.com/2012/10/24/le-parlement-espagnol-a-nouveau-cerne-par-des-milliers-de-manifestants

  

Le parlement espagnol à nouveau cerné par des milliers de manifestants

 

Mercredi 24 Octobre 2012

 

Devant le Congrès des députés espagnols, où le budget 2013 était débattu ce mardi, des milliers de manifestants sont venus réitérer leur refus de l’austérité et clamer la démission, non du gouvernement mais de la classe politique dominante.

 

"Démission PPSOE", ont-ils revendiqué. Un acronyme qui fusionne le parti populaire au pouvoir et le parti socialiste.

 

Lancée par la mouvance des indignés sur les réseaux sociaux, cette mobilisation a également appelé à la désobéissance, face à une loi qualifiée d’injuste.

 

"Ce sont les banques allemandes qui dirigent l’Allemagne, et de la même manière, les banques espagnoles approuvent ce qui se passe ici, tance Alberto Garzon, député issu du parti de la Gauche unie. Ce n’est pas un conflit entre nations, mais entre pauvres et riches. Les pauvres sont affectés de la même manière en Allemagne, en Espagne, en Grèce et au Portugal."

 

Baisse des salaires, des allocations chômages, et hausse des impôts directs ou indirects…

 

De nombreux espagnols sont hostiles à ce nouveau tour de vis budgétaire, censé permettre à Madrid d‘économiser trente neuf milliards d’euros en 2013.

 

Ce lundi, l’agence de notation Moody’s a abaissé la note de cinq régions espagnoles, dont la Catalogne. 

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25 octobre 2012 4 25 /10 /octobre /2012 17:52

 

http://www.entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2012/09/13/preface-a-ledition-francaise-de-black-and-red

 

Préface à l’édition française de Black and Red

 

Pour ma génération, les luttes contre le racisme aux États-Unis et contre l’apartheid en Afrique du Sud ont constitué des références fondamentales. De nos jours, on assiste au développement, en Europe plus particulièrement, d’une forme renouvelée de racisme visant spécifiquement les Arabes et les musulmans et, plus largement, les immigrés. Ce processus gagne en puissance dans ce continent-forteresse. J’espère que ce livre contribuera à la réflexion sur les modalités du combat à mener contre cette nouvelle mue du racisme. Je souhaite aussi qu’il puisse être une introduction utile à la connaissance des orientations et de l’histoire du mouvement socialiste aux États-Unis et de ses relations avec les luttes de libération des Afro-Américains.

Ce livre est né d’un article, long et quelque peu polémique, publié en 1990 dans la revue International Socialism à Londres. Quelques années plus tard, j’ai développé et actualisé cet essai pour en faire un livre, Black Liberation and Socialism, publié en 2003 par Haymarket Books à Chicago. Au passage, je voudrais remercier les éditions Syllepse pour leur traduction et leur publication en français. Si l’essentiel de ce qui est traité dans ce livre appartient à l’histoire, il est tout à fait évident que la persistance du racisme est pour sa part une question des plus actuelles. Je n’ai pas apporté de modifications à l’édition française, à l’exception de la correction de deux erreurs factuelles que les traducteurs m’ont aimablement signalées. Je crois qu’en l’état, l’ouvrage a résisté à l’épreuve du temps. Cependant, il a semblé utile dans la préface à cette édition de situer le contexte dans lequel il a été écrit, ainsi que de donner même schématiquement un aperçu des événements politiques majeurs qui ont affecté la situation aux États-Unis depuis que ce livre y a été publié.

Le principal objectif de Black Liberation and Socialism était de rétablir les relations, tant historiques que politiques, qui ont pu exister entre les luttes afro-américaines et les traditions socialiste et communiste aux États-Unis. Je dis bien «rétablir», car le riche passé du radicalisme américain demeure nié, rejeté et dénigré. L’influence considérable qu’exercèrent des idées, des publications et des organisations socialistes du début du vingtième siècle a été balayée par la déferlante «nativiste» et réactionnaire organisée par le gouvernement des États-Unis dans les années 1920. Quant au radicalisme et au mouvement communiste des années 1930, ils ont été pratiquement effacés de la mémoire par la chasse aux sorcières maccarthyste des années 1950. Enfin, l’histoire du mouvement des années 1960, qui a été une source d’inspiration pour tant d’entre nous, a été expurgée et réécrite, occultant le fait que le socialisme était au cœur de ce mouvement et qu’il faisait partie intégrante des luttes de libération noires.

Ces luttes de libération afro-américaines des années 1960, qui contribuèrent à la transformation de la société américaine, eurent un impact mondial. Vivant à plusieurs milliers de kilomètres des États-Unis, au Caire, en Égypte, j’ai ressenti directement cette onde de choc. Ma première action politique fut d’accompagner mon père à une manifestation qui réunit des dizaines de milliers d’Égyptiens pour protester contre la décision du gouvernement américain de priver Muhammad Ali de sa ceinture de champion du monde poids lourds après qu’il ait refusé d’être incorporé dans l’armée des États-Unis et de participer à la guerre contre le Vietnam. Mon père était lui-même boxeur, mais il ne s’agissait pas pour lui d’une affaire privée, comme le démontrait le nombre considérable de manifestants.

Au début des années 1970, mon identification à la lutte pour les droits civiques et au mouvement du Black Power ne cessa de croître. Pourtant, quand je suis arrivé aux États-Unis, en 1976, il restait bien peu de chose du mouvement de masse qui avait métamorphosé le paysage politique national. Je me souviens parfaitement du choc que j’ai ressenti en découvrant que nombre de mes étudiants de l’université du Midwestern, pour la plupart Afro-Américains et pour beaucoup âgés de trente ou quarante ans, ne savaient rien de l’histoire et de la dynamique de la lutte des Noirs et encore moins de celles du mouvement socialiste. J’ai alors vite découvert ce qui est aujourd’hui un lieu commun: aux États-Unis, la réécriture de l’histoire est un art consommé, réalisé avec une extraordinaire rapidité. Il faudrait cependant se garder d’y voir le simple produit d’une falsification organisée par la droite. L’histoire du mouvement noir a également été réécrite par ceux qui ont été récompensés pour l’avoir extirpé de la rue et confiné à un électoralisme sans danger entre les mains du Parti démocrate. Mais par-dessus tout, il faut y voir le résultat du déclin du mouvement de masse et de la répression de la gauche radicale à la fin des années 1960 et au début des années 1970. Rétrospectivement, il est surprenant d’observer que le reflux du radicalisme des années antérieures est intervenu en une dizaine d’années.

J’ai écrit ce livre, entre autres, pour raviver la mémoire et l’histoire de ce mouvement. Aujourd’hui, il me semble que c’est une tâche plus nécessaire que jamais. Au cours des années 1980 et 1990, les politiciens, aussi bien ceux appartenant à ce qu’on a appelé le «centre» que ceux de droite, ont propagé l’idée selon laquelle «le problème racial» avait été résolu. L’élection de Barak Obama à la présidence des États-Unis en 2008 a été largement considérée comme la victoire du mouvement des droits civiques et comme la preuve du déclin de la question raciale dans la vie politique américaine. Cette appréciation est, à mes yeux, totalement erronée. L’idée selon laquelle nous vivons dans une société «post-raciale» sous-estime considérablement la nature structurelle du racisme de la société américaine et évacue la persistance du racisme institutionnalisé.

Ainsi que je tente de le montrer dans ce livre, la réduction en esclavage et l’oppression des Afro-Américains ont été une condition indispensable du développement du capitalisme américain, tout comme l’esclavage dans le «Nouveau monde» a permis l’accumulation primitive du capital qui à son tour a rendu possible la révolution industrielle en Europe.

Voila pourquoi, fondamentalement, tous les mouvements de masse de libération noire ont eu un impact majeur sur les États-Unis tout au long de leur histoire, comme le montre la séquence menant de la révolution de 1776 à la Guerre civile en 1861, ainsi que celles conduisant de la Reconstruction à l’instauration d’un apartheid au travers des lois Jim Crow.

La lutte pour l’émancipation des Afro-Américains soulève nécessairement la question des relations entre les classes et a toujours produit une dynamique radicale, conduisant ses acteurs clés à traiter de la question raciale et de la question de classe, questions qui, lorsqu’elles sont réellement prises en considération, conduisent à une orientation que l’on pourrait dire socialiste. C’est la seule façon de comprendre pourquoi deux figures aussi différentes que Malcolm X et Martin Luther King sont parvenues à des conclusions similaires, posant la nécessité fondamentale de restructurer l’ensemble de la société comme seul moyen d’en finir avec la discrimination raciale.

Avec le déclin des mouvements de masse des années 1970 – ou, pour le dire plus précisément, avec leurs succès sur des questions spécifiques (déségrégation juridique, droit de vote, fin de la guerre au Vietnam) – la classe dirigeante américaine a resserré les rangs et mené une attaque coordonnée contre ceux qui menaçaient leur pouvoir. Cette contre-attaque visait particulièrement les éléments radicaux du mouvement et se déploya de façon concertée afin d’absorber et d’intégrer certaines des revendications du mouvement et ainsi faire cesser certaines critiques. Pour ce qui est de la lutte de libération noire, cette offensive prit la forme de la suppression violente des Black Panthers, articulée à des efforts destinés à donner des gages aux segments du mouvement qui réclamaient une représentation dans le système politique établi. La représentation politique des Noirs est ainsi passée de l’absence quasi totale à une participation visible à différentes instances de gestion, notamment au niveau local. Tout en demeurant importantes, les différences de revenu entre Noirs et Blancs diminuèrent au cours des années 1960, tandis qu’au cours des années 1970 les différences à l’intérieur même des communautés noires ne cessèrent de se creuser.

Malgré les progrès arrachés par la lutte de libération noire, tant le racisme que les inégalités demeurent une ligne de fracture majeure. Les États-Unis d’aujourd’hui ne sont plus ceux des années Jim Crow. Dans les États du Sud, la ségrégation officielle appartient au passé. L’essentiel des conditions qui donnèrent naissance à la lutte pour la libération noire n’existent plus. Pour autant, cela ne signifie nullement qu’on en ait fini avec le racisme et l’inégalité.

Une enquête publiée récemment et intitulée «State of the Dream 2010» («État du rêve 2010», d’après le titre du discours de Martin Luther King, I Have a Dream, prononcé en mars 1963 lors de la marche sur Washington) résume l’état actuel de l’Amérique noire :

«En décembre 2009, 16,2 % des Afro-Américains et 12,9 % des Latinos étaient au chômage, contre 9 % des Blancs. De décembre 2008 à décembre 2009, le taux de chômage a augmenté de 4,3% chez les Noirs, de 3,7% chez les Latinos et de 2,4% chez les Blancs. Dans au moins deux États, le Michigan et l’Ohio, le taux de chômage des noirs devrait dépasser les vingt pour cent en 2010.

Lorsqu’un Noir gagne soixante deux cents, un Blanc gagne un dollar et un Latino soixante huit cents. Entre 2008 et 2012, la perte de revenus et de salaires des Afro-Américains a été de cent quarante deux milliards de dollars et de cent trente huit milliards pour les Latinos, sur un total de mille milliards de dollars pour la nation tout entière.

Les Noirs et les Latinos sont respectivement 2,9 et 2,7 fois plus nombreux à vivre sous le seuil de pauvreté que les Blancs. Les enfants noirs et latinos sont respectivement 3,3 et 2,9 fois plus nombreux à vivre dans la pauvreté que les enfants blancs.

Dans cinq États (Nebraska, Minnesota, Iowa, Wisconsin, Oklahoma), le taux de chômage des Noirs est au minimum trois fois plus élevé que celui des Blancs. Dans huit autres États (Indiana, Louisiane, Ohio, Kentucky, Kansas, Colorado, Mississippi, New Jersey), le taux de chômage des Noirs est au minimum deux fois et demie plus élevé que celui des Blancs.

Par comparaison, lorsqu’un Blanc possède un dollar, les Noirs ne possèdent que dix cents et les Latinos douze cents.

L’inégalité persistante qui frappe les Noirs est liée au pouvoir sans borne et incontesté du capital. La crise du capitalisme et la désindustrialisation ont eu des conséquences dévastatrices sur la population noire. Les deux grandes vagues de migration de la population noire du Sud vers le Nord sont historiquement liées aux deux guerres mondiales: la première survint de 1914 aux années 1920 et la seconde débuta avec la Deuxième Guerre mondiale. Dans les années 1960, lorsque le mouvement des droits civiques et le Black Power firent irruption, une forte majorité de noirs américains vivaient dans le Nord. La désindustrialisation du Midwest et les récessions de la dernière décennie ont inversé cette tendance. Aujourd’hui, on assiste à une migration des Afro-Américains vers le Sud, provoquée par un chômage croissant et une marginalisation qui frappent durement de larges fractions de la population noire.

Cependant, cette migration est également le produit d’une politique délibérée des employeurs. Ainsi, par exemple, ceux du secteur automobile préfèrent les usines non syndiquées du Sud aux travailleurs syndiqués (et en grande majorité noirs) des grands centres industriels du Nord, comme Detroit. Une étude indique ainsi que les travailleurs afro-américains ont été historiquement, et continuent d’être, les plus favorables au mouvement syndical et qu’ils constituent le groupe démographique qui comporte proportionnellement le plus grand nombre de syndiqués, bien que depuis les années 1980 le déclin du syndicalisme ait été plus important parmi les travailleurs noirs. Alors qu’en 1983, 27,1% des travailleurs afro-américains étaient syndiqués, leur taux de syndicalisation était tombé à 14,5% en 2006. Néanmoins, malgré ce déclin, le taux de syndicalisation des noirs ne peut manquer d’attirer l’attention lorsqu’on le compare avec celui des travailleurs blancs et des travailleurs hispaniques qui ne sont que 7% à être syndiqués» (Bronfenbrenner and Warren 2007, page 142).

Bien que l’apartheid racial ait cessé d’avoir une existence légale, l’apartheid existe encore de facto dans beaucoup d’écoles et de villes. Quant à l’affirmation faisant de la question raciale une question «obsolète», il n’est que d’observer l’attitude des partisans du Tea Party opposés à Barak Obama au cours des premières années de son mandat pour se convaincre du contraire. On ne peut que rester interloqué en constatant qu’en 2011, vingt trois pour cent des républicains continuent de douter que le président Obama soit né américain.

Cependant, après plus de quarante années d’hégémonie de la droite politique et de règne du néolibéralisme et du libre marché, l’irruption du mouvement Occupy annonce peut-être la renaissance d’une opposition à l’ordre social établi. Les slogans du mouvement – «Nous sommes les quatre vingt dix neuf pour cent» – nous ramènent aux bouleversements sociaux des années 1960 et soulèvent à nouveau nombre des questions qui préoccupaient les militants de cette époque. Il y a, bien entendu, une immense différence qui ne peut être occultée: les protestations d’aujourd’hui contre le pouvoir économique et politique du capital, le un pour cent, doivent prendre en considération le fait que les États-Unis ont un président noir en exercice. En effet, pour partie, l’élan et le dynamisme du mouvement Occupy se sont développés à partir de la désillusion provoquée par Barak Obama qui est passé du slogan prometteur «un changement auquel nous pouvons croire» («Change we can believe in») à la préservation, et par certains aspects à l’extension, de l’héritage des années Bush dont les électeurs pensaient qu’il allait les en débarrasser.

Durant ses trois années de mandat, tout soucieux qu’il était de ménager ceux de Wall Street qui l’avaient soutenu, Barak Obama a tourné le dos à la jeunesse afro-américaine, aux Latinos et aux femmes qui, dans un pays en plein bouleversement démographique, ont pour certains milité pour rendre son élection possible. Prenons comme exemple la déclaration favorable à un système de sécurité sociale qu’il avait prononcée en 2003 devant les syndicalistes de l’AFL-CIO et rapportons-la au rejet catégorique de cette idée qu’il a manifesté une fois élu:

«J’ai été le défenseur d’un système de Sécurité sociale (Applaudissements). Je ne vois pas pour quelle raison les États-Unis d’Amérique, le plus riche des pays de l’histoire mondiale, un pays qui dépense quatorze pour cent de son PNB pour le système de santé, ne pourrait fournir à chacun une couverture sociale. Et c’est de cela [dont on] parle [quand on dit] que tout le monde doit en bénéficier et que personne ne doit en être exclu. Un plan pour une Sécurité sociale, pour un système universel de soins. C’est cela que j’aimerais voir. Mais vous le savez tous, nous ne pouvons obtenir cela tout de suite. Parce que d’abord, nous devons reprendre la Maison Blanche, nous devons reprendre le Sénat et nous devons reprendre la chambre des représentants» (Obama 2003).

On pourrait noircir des pages entières en faisant la liste de ces retournements (Selfa 2012). Mais ceci n’est pas uniquement l’illustration du fait que Barak Obama est un politicien qui dirait n’importe quoi pour être élu. Ni même du fait qu’il aurait dû s’«adapter» aux réalités du pouvoir, comme le prétendent nombre de ses apologistes. En réalité, sa présidence éclaire deux questions fondamentales: en premier lieu, les élections ne remettent pas en cause les véritables leviers du pouvoir sous le capitalisme, et ensuite, l’oppression raciale et le racisme sont des phénomènes structurels. Le système peut parfaitement s’accommoder de l’accession de quelques-uns issus des classes dominées à l’establishment, mais il ne saurait accepter la moindre remise en cause de la structure de classe hiérarchique.

Il y a trois ans, de telles idées étaient inaudibles, y compris au sein de la gauche. Aujourd’hui, je crois qu’ils sont bien peu à pouvoir contredire cette réalité. Démonstration en a été faite le 5 juin 2009 par le Wall Street Journal lui-même dans un article titré: « Barak Hussein Bush » :

«Un des points positifs de la présidence Obama est que celui-ci a largement validé l’essentiel du programme de sécurité et de politique étrangère de George W. Bush par la force de ses références autobiographiques. Ce fut assez clair hier au Caire, quand le président Obama a plaidé pour “un nouveau départ entre les États-Unis et les musulmans dans le monde”. Mais l’essentiel de ce qu’il a proposé sont les axes du programme pour la liberté du président Bush, admirablement présentés dans un nouvel emballage. Cela doit être lu comme un compliment, malgré l’existence de quelques réserves non négligeables.»

J’espère que l’édition française de mon livre fera revivre quelques-unes des idées fondamentales qui sont communes à ceux et celles qui luttent pour la libération noire et pour le socialisme. Je songe en particulier à deux idées qu’il nous faut garder à l’esprit. D’abord, la maxime de Frederick Douglass, qui déclarait : « il ne saurait y avoir de progrès sans lutte »

Ensuite, souvenons-nous avec Martin Luther King et Malcolm X, qu’il ne peut y avoir de justice raciale sans une transformation radicale du système économique.

Ahmed Shawki

 

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25 octobre 2012 4 25 /10 /octobre /2012 17:34

 

http://www.demosphere.eu/node/32549

http://www.droitaulogement.org/marche-des-requisitions-samedi-27-octobre-2012/?utm_source=rss&utm_medium=rss&utm_campaign=marche-des-requisitions-samedi-27-octobre-2012

http://www.solidaires.org/article42462.html

 

Marche des réquisitions

Samedi 27 Octobre 2012 à 15 heures Place du Palais Royal à Paris

Sans logis et DALO, cent mille logements tout de suite

Pour demander le lancement en urgence d’un plan de mobilisation et de réquisition de cent mille logements vacants, les sans logis, les prioritaires DALO et les mal logés, après une marche des réquisitions, se rendront au ministère du logement.

Ils déposeront des demandes de réquisitions, et rappelleront à Cécile Duflot la nécessité de mobiliser ou réquisitionner en urgence, cent mille logements vacants, appartenant à l’état, aux HLM, aux sociétés et aux riches particuliers, afin de loger trois cent mille personnes.

Les sans logis sont prêts à passer la nuit et plus si nécessaire, pour avoir enfin une réponse sur la mobilisation urgente des logements vacants, car ils n’ont jamais été aussi nombreux dans notre pays, et le respect des lois en faveur des sans logis et des mal logés de notre pays, sans cesse bafouées (loi DALO, droit à l’hébergement jusqu’au relogement, loi de réquisition). Il y aura des initiatives dans d’autres villes.

Le Professeur Albert JACQUARD, ainsi que Josiane BALASKO participeront à cette initiative, ainsi que des artistes et des musiciens.

La plate forme logement des mouvements sociaux qui réuni vingt cinq associations et syndicats soutiendra cette initiative.

 

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25 octobre 2012 4 25 /10 /octobre /2012 17:12

 

http://www.mediarabe.info/spip.php?article2251

 

 

Samedi 20 Octobre 2012

 

En dépit des intempéries, les opposants à Bachar al Assad ont mobilisé à Paris

 

La FIDH, Amnesty International et Reporters sans Frontières y ont participé

 

Le cortège parti de la Place de la Nation vers la Place de la Bastille, symbole de la liberté retrouvée après la révolution française, a rassemblé entre mille cinq cent et deux mille manifestants, qui ont battu le pavé en dépit d’une pluie fine ininterrompue. Plusieurs associations et partis politiques syriens, libanais, français et européens y ont pris part.

 

Parmi les participants figuraient des représentants d’Amnesty International, de la Fédération internationale des droits de l’homme (FIDH), de Reporters sans Frontières, le Collectif Urgence Darfour, le Réseau européen des droits de l’homme, le Comité chrétien contre la torture, le Parti Communiste Français, des militants Kurdes, les Forces Libanaises, le Courant du Futur. Au total, le cortège a rassemblé près de deux mille personnes, un chiffre inespéré en raison des intempéries. La pluie continue a découragé certains, mais la détermination des organisateurs à sensibiliser l’opinion publique, qui vaut celle du peuple syrien à renverser le dictateur Assad, a eu raison du mauvais temps.

 

Si de très nombreux Parisiens ont observé le cortège, lançant des encouragements, d’autres avaient les larmes aux yeux en voyant des photos géantes des victimes de Bachar Al-Assad, placardées sur le camion sonorisé en tête de cortège et sur des banderoles. Parmi ces photos on a pu distinguer les portraits de Rafic Hariri et Wissam al Hassan, assassinés au Liban selon le même mode opératoire, à sept années d’intervalle, par le même commanditaire. Ces deux martyrs de la liberté, comme la vingtaine d’autres tués par le même régime criminel entre le 14 février 2005 et le 19 octobre 2012, ont tous payé leur attachement à la souveraineté du Liban face au dictateur syrien, ou au tueur en Syrie.

 

Plusieurs intervenants ont pris la parole sur la Place de la Bastille, alors que les jeunes syriens déployaient un drapeau géant de la révolution. Ils ont fait vibrer la foule au rythme des chansons révolutionnaires, reprenant particulièrement celle du martyr Ibrahim Kachouche qui lui avait coûté sa vie en juillet 2011. Si les intervenants ont distribué les condamnations à l’ONU inactif, aux régimes criminels (Russie, Iran, Chine, Cuba, Venezuela, Corée du Nord) complices, et à la communauté internationale impuissante face à la criminalité du dictateur syrien, tous ont promis que les crimes de Bachar al Assad ne resteront pas impunis.

 

Une communication téléphonique avec le lieutenant-colonel Qassem Saadeddine, chef du conseil militaire de Homs, a été retransmise en direct, sous les applaudissements et les encouragements des manifestants.

 

Depuis Homs assiégée, bombardée et martyrisée, Saadeddine a salué la Journée internationale de solidarité avec le peuple syrien, célébrée de samedi dans dix neuf pays. Il a promis que le combat se poursuivra jusqu’à l’édification d’une nouvelle Syrie libre et digne, une Syrie où il n’y aura pas de place au terrorisme et aux groupes djihadistes. Il a appelé à une protection internationale du peuple syrien meurtri, tout en réitérant son pessimisme quant aux chances de réussite de la mission de Lakhdar Brahimi. Saadeddine a accusé le régime syrien de persister à détruire toute la région, comme en atteste l’assassinat du général Wissam al Hassan à Beyrouth.

 

Notons que des pro-Bachar al Assad avaient lancé un appel pour manifester sur le Parvis des droits de l’homme au Trocadero, afin de dénoncer le massacre qui vise les civils pro-régime en Syrie.

 

Plusieurs participants à la manifestation de l’opposition ont réagi à cet agissement « relevant de la pure hypocrisie », en estimant, non sans ironie, que « le manque d’équipement de l’Armée Syrienne Libre efface justement toutes ces accusations », remerciant presque la communauté internationale d’avoir refusé d’armer les rebelles ! Ils ont rappelé que « ces derniers ne disposent pas d’armes lourdes, ni d’aviation, ni d’artillerie. Les crimes collectifs sont commis par les forces du régime, appuyées par le Hezbollah et les Gardiens de la Révolution iranienne ». Nos interlocuteurs se sont enfin interrogés : « comment les autorités françaises ont-elles autorisé une manifestation des pro-Bachar ? ».

 

 

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24 octobre 2012 3 24 /10 /octobre /2012 18:44

 

LA QUESTION NATIONALE EN ESPAGNE

 

La naissance des nations modernes. Au niveau historique, la naissance de la « nation » (dans le sens moderne) est un mythe qui d’une certaine façon surgit en opposition avec le cosmopolitisme des Lumières.  Il trouve sa réalisation quand la classe dominante (la bourgeoisie) trouve un marché intérieur cohérent.  L’historien nord-américain  Patrick J. Geary  (« Quand les nations refont l’histoire ») démontre assez bien qu’il faut un groupe « d’intellectuels » qui inventent des origines « mythico-historiques » pour justifier l’ancienneté de leur « nation »  Parfois cela « marche » (Basques) parfois cela échoue (Provence-Occitanie) Parfois c’est une inventions absolue (sionisme) En ce sens si l’Alsace s’intègre à la France (qui était déjà une « proto nation », dans le sens ou l’entend Hobsbawm), c’est parce que l’espace français sous Louis XIV offrait des débouchées à la bourgeoisie, aux commerçants et à la noblesse que n’offraient pas les états allemands non unifiés. On peut dire que c’est la Grande Révolution de 1789 qui réalise déjà la nation moderne en France. A contrario, la perte de l’Empire colonial et de l’Algérie prive les Corses de subsides d’une économie parasitaire. Cela va créer les mouvements indépendantistes. Aux Antilles françaises, les planteurs blancs préfèrent se rallier à l’Angleterre plutôt que de perdre leurs esclaves quand éclate la Révolution en Haïti et que la Révolution abolit l’esclavage. Ils redeviennent de bons Français dès que Napoléon rétablit l’esclavage. On classe les justifications de la «nation » en général en trois interprétations. En France on est « français » par la naissance, dans le droit allemand c’était l’origine « le sang » qui primait, dans l’interprétation anglaise c’est la propriété du sol. Il est à remarquer que les « théoriciens »  « abertzale » (nationalistes basques) ou sionistes se réfèrent directement à la justification germanique (le sang et la race), les catalans et les italiens, à la naissance, à la langue et à la culture.  La question de la langue et de la race sont des justifications assez tardives. Ernest Renan (« Qu’est-ce qu’une nation ? ») affirme qu’être français n’est ni l’appartenance à une race, ni  le fait de parler une langue, c’est « un plébiscite de tous les jours » dans l’idée d’une sorte de « contrat social » de type « rousseauiste »

 

Comme le souligne Hobsbawm, entre 1870 et 1918 se produit une  transformation du nationalisme.  L’élément lingüistique (et bientôt raciste ou racialiste) va être le plus important. Les bourgeoisies « nationalistes » ou « régionalistes » vont demander la constitution d’un Etat. Parenthèse : quand on accuse la Laïcité d’avoir écrasé les langues régionales en France c’est inexact. Dans les écoles religieuses, c’est le français qui primait, déjà avant 1905. En 1914, les « poilus » (bretons, basques, catalans) ne savent pas parler français. On peut dire que c’est la radio et la télévision qui imposent massivement le français plus que l’Etat. Tout comme c’est l’imprimerie qui impose l’allemand avec la diffusion des thèses de Luther à partir de Wittenberg (cf. Marshall Mc Luhan, les Médias. cf également Guy Hermet, les Nationalismes).

 

L’Etat espagnol. Une bourgeoisie incapable de réaliser la « nation ». Marx et Engels avaient déjà développé cette question du droit à l’Indépendance pour la Pologne et l’Irlande (par contre Marx considérait que la guerre de rapine des USA contre le Mexique était « progressiste » -sic-) Cf les sociaux-démocrates austro-hongrois avaient développaient à leur tour  cette question dans la deuxième internationale. Cf. également les textes de Lénine, de Trotsky (… et même de Staline) concernant la question nationale. La vision « classique » marxiste, schématiquement,  étant que la bourgeoisie étant incapable de réaliser jusqu’au bout « la nation »,  c’est au prolétariat de prendre la tête des autres couches de la société (« du peuple ») et avancer les mots d’ordre démocratiques de droit à la séparation des nations opprimées et droit à l’indépendance nationale (ce qui ne signifie pas que la séparation soit un idéal pour les internationalistes et les communistes, libertaires ou pas). En ce sens, l’Etat espagnol, arriéré a été incapable de développer un Etat moderne industriel. Plusieurs causes : certes, le retard dans le développement avait commencé à être rattrapé sous Charles III, mais la guerre d’indépendance contre Napoléon, qui est aussi une guerre civile (1808-1814) détruit  les débuts d’industrialisation et l’économie. Et ce,  au moment même où déjà la Révolution industrielle s’est amorcée en Angleterre, France, Allemagne, Bohême, Italie du Nord, Hollande. Enfin, la reféodalisation (Desamortizaciones, privatisation des biens communaux et de l’Eglise) qui se fait aux dépens des plus pauvres  au milieu du dix neuvième siècle. (cf. Gerald Brenan, « Le labyrinthe espagnol ») fait régresser la question agraire. D’où les rancœurs des bourgeoisies catalanes et basques (et dans une moindre mesure galicienne)  D’autre part la révolution industrielle draine des immigrés des régions pauvres (Andalous, Aragonais, Murciens) qui provoquent une réaction des populations locales qui voient en eux un danger pour leurs modes de vie traditionnelle agraire (et leur langue). Ce sentiment xénophobe est attisé dès le début par le bas clergé au Pays basque  mais aussi par la haute bourgeoisie et le haut clergé en Catalogne (« maketos » et « xarnegos) ».

 

Ortega y Gasset parlait déjà de l’Espagne comme d’un pays « invertébré ». Cette dislocation de la « nation » espagnole était déjà dénoncée  par Joaquin Costa. Ce « marchandage » entre bourgeoisie centrale arriérée (Madrid) et bourgeoisies  modernes périphériques (banque, textile, métallurgie, sidérurgie, chantiers navals de Barcelone et de Bilbao) va voir la naissance de partis politiques conservateurs et cléricaux à la fin du dix neuvième siècle et au début du vingtième siècle. Au Pays basque, c’est le PNV EAJ (Parti Nationaliste Basque ou Euskal Alderdi Jeltzarla, « Parti des basques qui sont avec Dieu et les Vieilles Lois » (Sabino Arana).

 

En Catalogne, c’est  la Lliga Regionalista de Catalunya – Ligue Régionaliste de Catalogne du grand industriel et érudit Francesc Cambó. Dans les années 1910- 1920 c’est cette même Lliga qui arme les escadrons de tueurs contre les militants ouvriers. Finalement le vieux Cambó se ralliera au soulèvement franquiste. Puis dans les années 1930, une organisation plus «progressiste » surgira : Esquerra Republicana de Catalunya – Gauche Républicaine de Catalogne, fondée par Francesc Macià et ensuite reprise par Lluis Companys. ERC avait été influencée par les « Fédéralistes » du politicien et philosophe républicain, Francisco Pii Margall (dont un autre courant imprègnera l’orientation  anarcho-syndicaliste).

 

La question nationale en Espagne. Les « nationalistes historiques ». La République, si elle s’était poursuivie aurait certainement pu créer une sorte de République fédérale où les diverses nationalités de l’Etat espagnol se seraient développées démocratiquement. Hélas, même en Andalousie, le fonndateur du Régionalisme andalou  Blas Infante est assassiné par les franquistes dès 1936 (tout comme Lluis Companys en 1940) Les fascistes « ne feront pas dans le détail » en assassinant les responsables des organisations ouvrières livrées par Pétain (Zugazagoitia, Peiró, Cruz  Salgaso). Le PNV choisit le camp républicain avec José Antonio de Aguirre.  La Navarre, par contre était séparée en deux camps. Pamplona était dominée par les carlistes ultra-conservateurs, partisans de Franco, la Ribera (la vallée de l’Ebre) était plutôt socialiste. La guerre civile et la répression  sauvage franquiste, au lieu d’en finir avec les « séparatismes »  vont, au contraire, les exacerber (notamment avec la création de l’ETA). Il y aura même une tentative de mouvement armé en Catalogne (Terra Lliure) qui s’intègre, par la suite,  à la nouvelle ERC.

 

Après la mort de Franco, l’agitation au Pays basque et une gigantesque manifestation à Barcelone (« la Diada » du 11 septembre 1977) arrachent au  gouvernement  Suárez la  concession d’un statut d’autonomie très limité avant l’adoption de la Constitution de 1978. Mais pour ne pas donner un statut particulier aux basques, aux catalans et aux galiciens, on les dilue dans dix sept autonomies (d’où la plaisanterie « café para todos ») et maintenir  ainsi « l’unité » de l’Espagne, si chère à la monarchie et au franquisme. Un puissant mouvement  catalaniste conservateur et clérical se crée avec Emilio Pujol, c’est CIU (Convergencia I Unió – Convergence et Union) qui monopolise pendant très longtemps avec sa clientèle, sa corruption (Palau de la Mùsica, scandale Millet, le Barça, la Caixa, Banca Catalana) ,  son « nationalisme » et son verbiage démagogique, les rouages de  la nouvelle  « Generalitat » (gouvernement catalan autonome)  Ce qui ne l’empêche nullement de négocier et de marchander ses intérêts avec Madrid ! C’est Artur Màs qui hérite de ce Parti actuellement. C’est sa police qui a matraqué bestialement les « indignados » qui prétendaient occuper la Plaça de Catalunya et c’est lui qui applique ses souhaits au-delà des exigences de la Troïka (coupes budgétaires dans la Santé les Hôpitaux,  l’Education , baisses de  salaires). Des secteurs « progressistes » sont apparus avec la nouvelle ERC, mais souvent alliés avec le PSC (Parti Socialiste de Catalogne, filiale du PSOE), ils se sont déconsidérés.  Pour les prochaines élections en Catalogne, Màs va faire une surenchère dans le populisme et le nationalisme (« nous sommes brîmés, opprimés  par Madrid, nous payons pour les pauvres et les fainéants d’Andalousie »)

 

Au Pays basque (« Euskadi » est un nom inventé par Sabino Arana), le PNV, parti conservateur clérical, confronté à la légalisation de EH Bildu (coalition sympathisante de ETA, avant sous le nom de Herri Bartasuna, Union du Peuple), va surenchérir de la même façon pour gagner la majorité aux élections autonomistes. Très « indépendantiste », le PNV va évidemment se coucher devant les diktats de l’Union européenne, de la BCE et du FMI. Il est dirigé actuellement par Iñigo Urkullu.

 

La jeune génération des nationalistes basques et catalans, est devenue tellement dogmatique que le célèbre metteur en scène de théâtre catalan anti-franquiste et laïque, Albert Boadella a préféré quitter la Catalogne et « s’exiler » dans le sud de la France, excédé de cette démagogie « tribale »  Il a fondé un nouveau parti anti-nationaliste catalan « Ciutatans de Catalunya, Citoyens de Catalalogne ») Le philosophe Fernando Savater (originaire du Pays basque) n’est pas très loin de ses positions. Il  a fondé avec une ancienne députée socialiste (qui a failli être assassinée par ETA), Rosa Díez, une sorte de  parti social-démocrate anti nationaliste : UPYD (Union Progrès et Démocratie).

                                                                                           

Quelques ébauches de conclusion. L’Union européenne (dans sa logique criminelle et aveugle)  en mettant sous tutelle « las autonomías » en Espagne, en accélérant la crise économique sur « la dette », est en train de faire exploser le pacte infâme qui a mis Juan Carlos sur le trône en 1975 1978. (La tentative de coup d’Etat de Tejero  du 23 février 1981 avait «providentiellement » présenté le roi comme le « sauveur de la démocratie »). Elle raye de la carte la Catalogne et le Pays basque en les transformant en territoires coloniaux de la Troïka (à l’image de la Grèce). On mesure la schizophrénie (ou l’idiotie) des nationalistes catalans qui demandent « l’indépendance » pour devenir un Etat de l’Union européenne. La revendication (légitime) du droit à l’indépendance de la nation, des peuples d’Espagne (en particulier Euskadi, Catalogne et Galice)  ne doit pas en cacher les dangers. C’est au nom de la séparation que l’on attise la xénophobie et le racisme (Cf Italie du Nord contre Sicile. Cf Belgique, Flamands contre Wallons) Une génération désespérée basque ou catalane  à qui l’on n’a cessé de répéter qu’elle était « opprimée », peut très bien basculer dans le fascisme et le racisme. D’autant que, par milliers, les jeunes partent chercher du travail à l’étranger émigrés comme à l’époque la plus noire du franquisme dans les années 1950 1960. En Catalogne est apparue un parti de type fasciste  « Plataforma per Catalunya ». Son programme ? « Chassons les arabes, les roumains et les étrangers et retrouvons-nous entre catalans ! Nous sommes « opprimés » par le gouvernement de Madrid et  par les latino-américains et les magrébins qui nous prennent notre travail »

 

Francis Pallares

 

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