Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
12 mars 2017 7 12 /03 /mars /2017 18:03

 

Premières batailles judiciaires pour le décret contre l'immigration (Reuters)

 

Le juge fédéral de Seattle qui a suspendu au début du mois de février 2017 le premier décret contre l'immigration de Donald Trump a refusé d'étendre Vendredi 10 Mars 2017 cette mesure au nouveau texte signé par le président américain en demandant aux plaignants de lui fournir des documents supplémentaires.

 

Un juge fédéral du Wisconsin a en revanche ordonné dans le même temps la suspension du décret, mais seulement pour la famille d'un réfugié syrien qui avait déposé un recours.

 

Les états de Washington et du Minnesota, qui avaient obtenu le blocage du premier décret limitant l'entrée sur le territoire américain des ressortissants de sept pays à majorité musulmane, espéraient que la suspension pourrait s'appliquer sur le champ au nouveau décret, limité à six pays et aux seules nouvelles demandes de visas.

 

Mais le juge James Robart a refusé d'étendre mécaniquement son ordre de suspension temporaire et a demandé aux avocats des deux états de lui fournir tous les documents judiciaires requis pour une telle procédure.

 

Le nouveau décret de Donald Trump ne s'appliquera qu'à partir du Jeudi 16 Mars 2017. Plusieurs états et associations de défense des droits civiques ont fait part de leur intention de contester le texte devant la justice.

 

A Madison, dans le Wisconsin, c'est sur le recours d'un réfugié syrien dont la femme et la fille sont encore à Alep, mais qui ont vu leur demande d'asile acceptée par les Etats-Unis, qu'un tribunal fédéral était appelé à se prononcer.

 

Le juge William Conley a donné raison au plaignant, dont l'anonymat a été préservé pour protéger sa famille, en arguant notamment des risques auxquels celle-ci serait exposée si elle devait rester en Syrie.

 

Repost 0
Published by FISCHER
commenter cet article
12 mars 2017 7 12 /03 /mars /2017 17:50

 

HISTOIRE DU MCE

 

Vous trouverez ci-dessous la deuxième et dernière partie d’un long message du Monde relative à l’histoire du Mouvement Cinq Etoiles (MCE).

 

Bernard Fischer

 

http://www.lemonde.fr/international/article/2017/03/10/en-italie-l-irresistible-ascension-d-un-ovni-politique_5092569_3210.html

 

HISTOIRE DU MCE

 

Le 4 octobre 2009, jour de la Saint-François d’Assise, un symbole très fort en Italie, naît un non parti, le MCE. Cinq étoiles pour rappeler le chiffre romain cinq et donc le mouvement du Vaffanculo Day, mais aussi pour énoncer cinq priorités, retour au public de la gestion de l’eau, zéro déchet, transports publics, énergies renouvelables et Wi-Fi gratuit. Il remporte ses cinq premières mairies en 2012 et il entre en force au parlement en 2013, puis au parlement européen en 2014. A la fin du mois de juin 2016, il gagne les élections municipales dans deux des plus grandes villes du pays, Rome et Turin. Si l’entrée de Virginia Raggi à la mairie de Rome était tout sauf une surprise, la victoire de Chiara Appendino dans la capitale du Piémont fit, en revanche, l’effet d’un coup de tonnerre.

La principale victime en fut le maire sortant, unanimement respecté, un certain Piero Fassino.

Ainsi donc, en moins de dix ans, un non parti campant sur une ligne ni droite ni gauche, créé par un informaticien et un comique à succès, est devenu l’une des formations politiques les plus puissantes d’Italie.

Comment cela peut-il être possible ? « Il y a de nombreuses explications historiques », avance le professeur de sciences politiques Massimiliano Panarari, coauteur, avec Marco Laudonio, d’un dictionnaire critique consacré au MCE dont le titre est Alfabeto Grillo, aux éditions Mimesis en 2014, non traduit. « Il y a d’abord le vieil antiparlementarisme, qui subsiste depuis l’unification du pays, sur fond de construction nationale inachevée. Et puis, il y a la faiblesse des autres partis, après la crise du début des années 1990 ». En quelques mois explosent alors, coup sur coup, le Parti Communiste Italien (PCI), victime de l’écroulement de l’Union des Républiques Socialistes Soviétiques (URSS), et la toute-puissante Démocratie Chrétienne, balayée par l’opération Mani Pulite.

C’est sur ce champ de ruines qu’a commencé à prospérer Silvio Berlusconi. Sans lui, nous ne pouvons pas comprendre le succès du MCE, estime Massimiliano Panarari. En 1994, il est entré en scène en disant que « l’état est la source de nos problèmes, je veux vous en protéger et je suis comme vous ». Fort de cette promesse, qu’on a appelée antipolitique, portée par un parti créé de toutes pièces à sa complète dévotion, Silvio Berlusconi a dominé la vie politique italienne pendant deux décennies. Au fond, Beppe Grillo dit exactement la même chose.

Partisan de la fin de l’austérité budgétaire, d’un référendum sur l’euro, de l’instauration d’un revenu universel et d’une lutte sans merci contre la corruption, le MCE se caractérise également par sa grande capacité à agréger les luttes sociales. « C’est ce que les anglo-saxons appelleraient un marketing oriented party », poursuit l’universitaire. « Un mouvement attrape-tout, qui s’encombre peu de contradictions. Il peut très bien se dire favorable à la révolution numérique et, le lendemain, se prononcer pour les taxis contre Uber, ou se prévaloir de l’expertise scientifique, tout en donnant du crédit à l’inquiétant mouvement contre les vaccins qui se développe actuellement en Italie ». Beppe Grillo en avait fait l’aveu désarmant en lançant à ses partisans réunis à Turin, une semaine avant le référendum constitutionnel du 4 décembre 2016, que « vous devez décider avec le ventre et vous ne devez pas décider avec votre tête. Faites confiance à votre ventre et ne faites pas confiance à votre esprit, qui a été conditionné ».

Dans le même ordre d’idées, le MCE s’est lancé, au début du mois de janvier 2017, dans un étrange pas de deux au parlement européen, affichant sa volonté de quitter le groupe eurosceptique et très à droite réuni autour des britanniques de l’United Kingdom Independant Party (UKIP), pour rejoindre la très centriste et europhile Alliance des Démocrates et des Libéraux pour l’Europe (ADLE), avant de faire piteusement marche arrière, à la suite d’un vote hostile des députés de l’ADLE, tout en affirmant n’avoir jamais changé d’avis.

« Vu de l’étranger, c’est déconcertant. Mais, pour les électeurs du MCE, ces revirements ne sont pas si graves. Leur adhésion est fondée sur autre chose. Ce qui les motive, c’est la colère contre la classe dirigeante italienne et leur envie de balayer ce système politique », explique Massimiliano Panarari. Alors que la crise économique a produit des effets dévastateurs dans le pays, que le chômage des jeunes atteint les quarante pour cent et que la mobilité sociale est au point mort, le sujet du coût de la politique est devenu une préoccupation centrale des italiens. Et sur ce thème, les élus du MCE sont sans rivaux. C’est volontairement que les parlementaires grillistes reversent une partie de leur salaire à un fonds de soutien aux Petites et Moyennes Entreprises (PME). Tous se sont aussi engagés à ne pas accomplir plus de deux mandats.

Dans son fonctionnement, le MCE, tel qu’imaginé par Gianroberto Casaleggio, possède une structure révolutionnaire. Celle d’un parti qui n’en serait pas un et dématérialisé à l’extrême, où les investitures et grandes orientations se décident par vote électronique, sans hiérarchie ni lieu de commandement. Lorsqu’il est de passage à Rome, Beppe Grillo ne reçoit pas au siège du MCE, puisqu’il n’y en a pas. Le plus souvent, les rendez-vous ont lieu à l’hôtel Forum, où l’humoriste a ses habitudes.

La plate-forme informatique sur laquelle les militants sont appelés à voter a été nommée Rousseau, en hommage au philosophe français, chantre de la démocratie directe. Mais c’est aussi un clin d’œil au mythe du bon sauvage, cher à l’auteur de la Nouvelle Héloïse, et au fond c’est en bons sauvages que les élus grillistes cherchent à évoluer dans les allées du pouvoir, forcément perverties.

Leur méfiance s’étend également aux médias de presse écrite et audiovisuels italiens, accusés d’adopter un parti pris négatif envers le MCE pour mieux protéger la caste responsable des malheurs du pays. Ils privilégient la communication directe par les réseaux sociaux, domaine dans lequel ils sont passés maîtres. Les apparitions télévisées de leurs ténors, même les plus aguerris, se passent en général en tête à tête avec un journaliste, sans contradicteur.

La transparence, autre vertu cardinale du MCE, s’arrête quant à elle aux portes de la Casaleggio Associates, cette entreprise informatique dirigée par Davide Casaleggio, le fils de Gianroberto Casaleggio, qui constitue la véritable boîte noire du MCE. Si ses activités ne constituent officiellement qu’un support technique aux diverses actions informatiques de la galaxie grilliste, de nombreux observateurs assurent que c’est au siège milanais de cette entreprise particulièrement opaque que se dessinent les grandes orientations du MCE.

Malgré les critiques sur la nature peu démocratique de la direction, les très nombreuses défections comme celle du maire de Parme, Federico Pizzarotti, et les débuts calamiteux de la maire de Rome, Virginia Raggi, la popularité du MCE ne diminue pas et c’est dans la peau du favori qu’il aborde la prochaine élection municipale de Palerme, qui doit se tenir au printemps 2017 et qui pourrait bien être le prélude à une conquête du conseil régional de Sicile, à l’automne 2017. Au-delà de ces enjeux locaux, l’éclatement du centre droit et la récente scission du Parti Démocrate placent le mouvement de Beppe Grillo en position idéale, alors que se profilent les élections générales, prévues avant le mois de février 2018.

En cas de victoire, quelles seraient les premières mesures prises par le MCE ? « Il y aura d’abord le revenu de citoyenneté », répond du tac au tac Roberta Lombardi. « Et ensuite, il y aura une véritable loi contre la corruption. Quand nous aurons fait cela, les gens de Bruxelles verront que nous sommes sérieux. Et nous pourrons commencer à négocier avec l’Europe ».

Repost 0
Published by FISCHER
commenter cet article
12 mars 2017 7 12 /03 /mars /2017 17:14

 

La Turquie promet des représailles aux Pays-Bas (Reuters)

 

La Turquie a promis Dimanche 12 Mars 2017 de mener des représailles sévères contre les Pays-Bas qui ont refoulé Samedi 11 Mars 2017 deux ministres turcs venus faire campagne auprès de la diaspora turque sur le référendum constitutionnel, une décision dénoncée par le président Recep Tayyip Erdogan comme le signe de « vestiges du nazisme ».

Le différend entre les deux pays qui n'a cessé de s'envenimer au cours des derniers jours s'est mué en crise diplomatique Samedi 11 Mars 2017 dans la soirée lorsque la ministre de la famille s'est vue empêcher d'entrer dans le consulat de Turquie à Rotterdam, qu'elle avait gagné par la route depuis l'Allemagne.

La police néerlandaise a utilisé des chiens et des canons à eau pour les disperser et plusieurs manifestants ont été frappés à coups de matraque par les forces de l'ordre, rapporte un journaliste de Reuters.

Les autorités néerlandaises avaient refusé Samedi 11 Mars 2017 dans la matinée au ministre turc des affaires étrangères, Mevlut Cavusoglu, d'atterrir dans la même ville, où il devait s'exprimer en faveur du oui au référendum sur la réforme constitutionnelle. « Le monde doit prendre position contre cet acte fasciste au nom de la démocratie. Ce comportement contre une ministre femme est inacceptable », a déclaré sur Twitter la ministre turque chargée de la famille, Fatma Betul Sayan Kaya, en annonçant son expulsion. La ministre a pris un avion privé à Cologne pour rentrer à Istanbul, a précisé le quotidien Hurriyet, Dimanche 12 Mars 2017.

Le premier ministre turc, Binali Yildirim, a promis que son pays allait répondre en conséquence à ce qu'il a qualifié de comportement inacceptable. « Il a été signifié aux autorités néerlandaises qu'il y aurait des représailles de la manière la plus sévère », a-t-il dit. A Ankara, le président Recep Tayyip Erdogan a qualifié la décision des autorités néerlandaises, de « vestiges du nazisme », une remarque jugée « insensée » par le premier ministre néerlandais, Mark Rutte.

Dimanche 5 Mars 2017, le dirigeant turc avait fustigé dans les mêmes termes les autorités allemandes à la suite d'annulations similaires, s'attirant les critiques d'Angela Merkel. Les autorités turques ont fait fermer Samedi 11 Mars 2017 dans la soirée l'ambassade des Pays Bas à Ankara et le consulat des Pays-Bas à Istanbul devant lesquelles des centaines de manifestants se sont également réunis.

Les résidences de l'ambassadeur néerlandais, absent de Turquie en ce moment, du chargé d'affaires de l'ambassade et du consul général ont également été bouclées. Le ministère des affaires étrangères turc a dit ne pas souhaiter le retour de l'ambassadeur néerlandais avant un certain temps. Les ministres turcs sont en campagne en Europe pour convaincre les membres de la diaspora de voter oui au référendum du 16 avril 2017 sur la réforme constitutionnelle. Le projet prévoit de renforcer les prérogatives du président. Le chef de la diplomatie turque, Mevlut Cavusoglu, avait maintenu son déplacement à Rotterdam en dépit du refus des autorités de l'autoriser à y faire campagne qui lui avait été notifié la veille.

Contraint de rentrer à Istanbul avant d'arriver en début de soirée en France, où il participera Dimanche 12 Mars 2017 à un rassemblement politique à Metz, Mevlut Cavusoglu a affirmé que la décision des autorités néerlandaises constituait un scandale inacceptable et qu'elle aurait des conséquences. Un membre de l’union européenne des démocrates turcs a annoncé Samedi 11 Mars 2017 sur Facebook que le chef de la diplomatie avait annulé sa venue en Suisse, prévue Dimanche 12 Mars 2017, faute d'avoir trouvé un endroit adéquat pour un meeting.

Le premier ministre néerlandais Mark Rutte, qui remettra son mandat en jeu lors des élections législatives du Mercredi 15 Mars 2017, a justifié cette interdiction en invoquant un risque pour l'ordre public. Il a ajouté que la menace de sanctions économiques invoquées Samedi 11 Mars 2017 par Mevlut Cavusoglu avait empêché de trouver une solution négociée. Le gouvernement a estimé en outre que la campagne risquait d'importer des divisions au sein de la minorité turque des Pays-Bas, partagée entre partisans et opposants à Recep Tayyip Erdogan.

Geert Wilders, chef de file du parti pour la liberté (PVV), qui entend désislamiser les Pays-Bas, a lui aussi commenté la crise, publiant sur son compte Twitter un message destiné « à tous les turcs des Pays-Bas qui sont d'accord avec Recep Tayyip Erdogan, allez en Turquie et ne revenez jamais ». L'immigration a été l'un des sujets clés de la campagne pour les élections législatives et les autorités redoutent une menace à l'ordre public avec ces meetings de ministres turcs.

 

Repost 0
Published by FISCHER
commenter cet article
12 mars 2017 7 12 /03 /mars /2017 16:12

 

IL Y A UN SIECLE A PETROGRAD

 

Il y a un siècle à Pétrograd, c’était la révolution russe dite de février 1917, la révolution russe renversait le régime des tsars.

 

Vous trouverez ci-dessous une longue citation de l’histoire de la révolution russe de Léon Trotsky.

 

Le message est disponible en totalité si vous consultez les liens ci-dessous.

 

Bernard Fischer

 

https://www.contretemps.eu/russie-revolution-fevrier-trotsky

 

https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/hrrusse/hrr07.htm

 

IL Y A UN SIECLE A PETROGRAD

 

Aux premières heures de la journée du 27 février 1917, les ouvriers imaginaient la solution du problème de l'insurrection comme infiniment plus lointaine qu'elle ne l'était en réalité. Plus exactement, ils croyaient encore avoir tout à faire alors que leur tâche, pour les neuf dixièmes, était déjà accomplie. La poussée révolutionnaire des ouvriers du côté des casernes coïncida avec le mouvement révolutionnaire des soldats qui déjà sortaient dans la rue. Dans le courant de la journée, ces deux torrents impétueux vont se mêler pour dévaler et emporter d'abord la toiture du vieil édifice, puis les murs et plus tard les fondations.

Tchougourine fut un des premiers à se présenter dans le local des bolcheviks, le fusil à la main, en bandoulière un ruban de cartouches, tout souillé, mais rayonnant et triomphant. Comment ne point rayonner.

Les soldats passent à nous, les armes à la main. Çà et là, des ouvriers ont déjà réussi à s'unir avec la troupe, à pénétrer dans les casernes et à obtenir des fusils et des cartouches. Le groupe de Vyborg, en collaboration avec les soldats les plus résolus, a esquissé un plan d'action, s'emparer des commissariats de police, où se sont retranchés les sergents de ville, désarmer tous les agents, délivrer les ouvriers incarcérés dans les commissariats, ainsi que les détenus politiques dans les prisons, écraser les troupes gouvernementales en ville et rallier les troupes non encore insurgées et les ouvriers des autres quartiers.

Le régiment moscovite adhéra au soulèvement non sans lutte intérieure. Ce qui est frappant, c'est qu'il y ait si peu de ces sortes de lutte dans l'armée. Le mince sommet de la monarchie, impuissant, tombait, ayant perdu l'appui de la masse des soldats, et se terrait dans des fissures, ou bien se hâtait de revêtir de nouvelles couleurs. Vers 14 heures, raconte Korolev, un ouvrier de l'usine Arsenal, comme le régiment moscovite sortait, nous prîmes les armes. Chacun avait un revolver et un fusil. Nous entraînâmes un groupe de soldats qui s'était approché, certains d'entre eux nous prièrent de les commander et de leur indiquer ce qu'il fallait faire, et nous nous dirigeâmes vers la rue Tikhvinskaia pour ouvrir le feu sur le commissariat de police. C'est ainsi que les ouvriers ne furent pas une minute embarrassés pour montrer aux soldats ce qu'il y avait à faire.

Les joyeuses nouvelles de victoire venaient coup sur coup, on disposa d'autos blindées. Parées de drapeaux rouges, elles répandaient l'épouvante dans tous les quartiers non encore soumis. Il n'était plus besoin de ramper sous le poitrail du cheval cosaque. La révolution se dresse de toute sa taille.

Vers 12 heures, Pétrograd est redevenu un champ de bataille, les coups de fusil et le tacotement des mitrailleuses retentissent de tous côtés. Il n'est pas toujours facile de savoir qui tire et d'où l'on tire. Ce qui est clair, c'est qu'on se fusille entre le passé et l'avenir. Il y a pas mal de coups de feu inutiles. Des adolescents tirent avec des revolvers qu'ils se sont procurés par occasion. L'arsenal est pillé. A ce qu'on dit, si l'on ne compte que les brownings, il s'en est distribué plusieurs dizaines de milliers. Du palais de justice et des commissariats de police qui brûlaient, la fumée montait en colonnes vers le ciel. Sur certains points, les escarmouches et les échanges de coups de feu s'aggravaient jusqu'à devenir de véritables combats. Sur la perspective Sampsonovsky, devant des baraquements occupés par les soldats des autos de guerre, dont certains s'attroupent aux portes, des ouvriers s'approchent. Qu'est-ce que vous attendez, camarades ? Les soldats ont le sourire, mais un mauvais sourire, et ils se taisent, rapporte un témoin. Les officiers ordonnent brutalement aux travailleurs de passer leur chemin.

Les automobilistes de l'armée, de même que la cavalerie, se montrèrent, en février comme en octobre 1917, les forces les plus conservatrices.

Bientôt, devant une palissade, se groupent des ouvriers et des soldats révolutionnaires. Il faut obliger à sortir le bataillon douteux. Quelqu'un vient dire qu'on a envoyé chercher des autos blindées. Autrement, on n'aurait probablement pas les autos de l'armée, dont l'équipe s'est fortifiée avec des mitrailleuses. Mais la masse trouve difficile d'attendre, elle s'impatiente, s'alarme et, dans son impatience, elle a raison. Les premiers coups de feu partent des deux côtés. Cependant, la palissade est un obstacle entre les soldats et la révolution. Les assaillants décident de démolir cette barrière. On l'abat partiellement et on incendie une autre partie. Les baraquements sont mis à nu, il y en a une vingtaine. Les automobilistes se sont retranchés dans deux ou trois. Les baraques évacuées sont immédiatement brûlées. Six ans plus tard, Kaïourov écrira dans ses souvenirs que les baraquements en feu, la palissade abattue, le tir des mitrailleuses et des fusils, l'animation visible des assaillants et l'arrivée à toute vitesse d'un camion automobile amenant des révolutionnaires armés et, enfin, d'une auto blindée dont les pièces d'artillerie étincelaient, formaient un tableau splendide et inoubliable.

C'était la vieille Russie des tsars, du servage, des popes et de la police qui brûlait avec ses baraques et ses palissades, crachant feu et fumée et crevant dans les hoquets du tir des mitrailleuses. Comment les Kaïourov, des dizaines, des centaines, des milliers de Kaïourov n'auraient-ils pas été enthousiasmés ? L'auto blindée qui survint tira quelques coups de canon sur le baraquement où s'étaient enfermés les officiers et les soldats automobilistes. Le commandant de la défense fut tué. Les officiers, s'étant dépouillés de leurs galons et décorations, s'enfuirent à travers les potagers du voisinage. Les autres se rendirent. Ce fut peut-être la plus grosse des collisions de la journée.

Le soulèvement dans l'armée prenait entre-temps un caractère d'épidémie. Ce jour-là les effectifs qui ne se soulevèrent pas furent seulement ceux qui n'avaient pas trouvé le moment de se soulever.

Vers le soir se joignirent au mouvement les soldats du régiment Séménovsky, bien connu pour avoir férocement écrasé l'insurrection moscovite en 1905. Onze ans écoulés avaient laissé leur marque.

Avec les chasseurs, les soldats du régiment Séménovtsy vinrent, à la nuit, enlever les soldats du régiment Ismaïlovsky que leurs chefs tenaient enfermés dans leurs casernes. Ce régiment qui, le 3 décembre 1905, avait cerné et arrêté les membres du premier soviet de Pétrograd, était encore considéré comme un des plus arriérés. La garnison du tsar, dans la capitale, au nombre de cent cinquante mille hommes, se désagrégeait, fondait et s'éclipsait. Vers la nuit, elle n'existait déjà plus.

Informé dans la matinée du soulèvement des régiments, Khabalov tente d'opposer encore quelque résistance, en envoyant contre les insurgés un détachement sélectionné d'environ mille hommes, nanti des plus draconiennes instructions. Mais le sort de ce détachement s'enveloppe de mystère. Il commence à se passer, ce jour-là, des choses invraisemblables, raconte, après la révolution, l'incomparable Khabalov.

Le détachement se met en route, il part sous le commandement d'un officier brave et résolu, il s'agit du colonel Koutiépov, mais il n’y a pas de résultats. Des compagnies envoyées à la suite du détachement disparurent également sans laisser de traces. Le général commença à former des réserves sur la place du Palais, mais les cartouches manquaient et l'on ne savait où s'en procurer. Tout cela est consigné authentiquement dans les dépositions de Khabalov devant la commission d'enquête du gouvernement provisoire. Où donc avaient filé les détachements destinés à la répression ? Il n'est pas difficile de le deviner. Dès qu'ils se trouvèrent dehors, ils se confondirent avec l'insurrection. Ouvriers, femmes, adolescents et soldats mutinés s'accrochaient de tous côtés aux troupes de Khabalov, les prenant pour de nouvelles recrues, s'efforçant de les convertir et ne leur donnaient pas la possibilité de se mouvoir autrement qu'avec l'incommensurable multitude. Livrer bataille à cette masse agglutinante, qui ne craignait plus rien, qui se pressait inépuisable et qui pénétrait partout, c'eût été comme faire un assaut d'escrime dans un pétrin.

En même temps qu'affluaient les rapports sur l'extension de la révolte dans les régiments, Khabalov réclamait des troupes sûres pour la répression et pour la protection du central téléphonique, du château Litovsky, du palais Marie et d'autres lieux plus sacrés encore. Le général téléphona à la forteresse de Cronstadt, exigeant des renforts, mais le commandant répondit que lui-même avait des craintes au sujet de la place. Khabalov ne savait pas encore que l'insurrection avait gagné les garnisons voisines. Il essaya, ou fit semblant, de transformer le palais d'Hiver en redoute, mais ce plan fut aussitôt abandonné comme irréalisable et la dernière poignée de troupes fidèles se transporta à l'Amirauté. Là, le dictateur se préoccupa enfin de prendre les mesures les plus importantes et urgentes. Il fit imprimer deux avis à la population qui constituent les derniers actes officiels du régime, l'un sur la démission de Protopopov pour cause de maladie et l'autre décrétant l'état de siège à Pétrograd. Il était effectivement urgent de prendre cette dernière mesure car, quelques heures plus tard, l'armée de Khabalov levait le siège et, s'esquivant de l'Amirauté, se dispersait, chacun gagnant son chez-soi. C'est seulement par inadvertance que la révolution ne mit pas en état d'arrestation dès le soir du 27 février 1917 le général, dont les pouvoirs étaient formidables, mais qui lui même n'était pas du tout à redouter. L'arrestation eut lieu le lendemain sans complications.

 

Repost 0
Published by FISCHER
commenter cet article
11 mars 2017 6 11 /03 /mars /2017 20:29

 

VAFFANCULO DAY

 

Vous trouverez ci-dessous la première partie d’un long message du Monde relatif à l’histoire du Mouvement Cinq Etoiles.

Je diffuserais prochainement la deuxième et dernière partie.

 

Bernard Fischer

 

http://www.lemonde.fr/international/article/2017/03/10/en-italie-l-irresistible-ascension-d-un-ovni-politique_5092569_3210.html

 

VAFFANCULO DAY

 

En Italie, l’irrésistible ascension d’un Objet Volant Non Identifié (OVNI) politique

 

Malgré les critiques sur la nature peu démocratique de sa direction, le Mouvement Cinq Etoiles (MCE) est donné favori aux élections générales prévues avant le mois de février 2018.

 

Retour sur la genèse d’un parti atypique créé en 2009 par Beppe Grillo, un Coluche italien.

 

Par Jérôme Gautheret, correspondant du Monde à Rome

 

Vendredi 10 Mars 2017

 

Roberta Lombardi se souvient du 4 mars 2013 comme si c’était hier. Les Italiens venaient d’accorder, aux élections générales, vingt cinq pour cent de leurs suffrages à l’inclassable MCE, fondé en 2009 autour de l’humoriste Beppe Grillo. Ce jour-là, cent neuf militants totalement inexpérimentés allaient faire leur entrée à la chambre des députés et cinquante quatre autres au sénat. Cette juriste, encore salariée d’une agence immobilière quelques jours plus tôt, était l’une d’entre eux. Mieux, à trente neuf ans, elle venait d’être désignée comme chef du groupe des députés du MCE. Sa vie a basculé. Elle n’y était pas préparée.

Elle se remémore ses premiers pas entre deux éclats de rire. « Dix minutes après mon élection, le téléphone est devenu fou. Les journalistes du monde entier voulaient me parler. J’ai même reçu un message de Renato Brunetta, le président du groupe Forza Italia au parlement, fidèle entre les fidèles de Silvio Berlusconi. J’ai cru que c’était une blague d’un imitateur, alors je ne lui ai pas répondu pendant des jours ». Passé l’euphorie, retour à la politique, « lors de la première réunion des chefs de groupe, il y a eu un tour de table pendant lequel chacun devait indiquer ses priorités. Très vite, les autres se sont mis à parler entre eux », raconte-t-elle. « Quand la parole m’a été donnée, j’ai dit bonjour, je m’appelle Roberta Lombardi et, entre personnes de bonne éducation, je crois qu’il est normal de se présenter. Il y a eu un grand silence. Evidemment, j’étais la seule nouvelle. Eux, ils se connaissaient tous ».

Seuls contre les autres et contre l’establishment, refusant les alliances de circonstance et les tractations de coulisse. Ainsi voulaient apparaître, dès le premier jour, les élus du MCE. Ainsi veulent-ils encore être perçus, même si Roberta Lombardi, qui a cédé son poste de chef de groupe au bout de trois mois selon les statuts du MCE, est devenue une familière des couloirs de Montecitorio, le siège de la chambre des députés, en même temps qu’une figure de la vie politique italienne.

Les premiers pas du MCE dans les allées du pouvoir ont été observés dans le camp d’en face avec une certaine perplexité. « Quand j’ai été chargé de former le gouvernement, à la fin du mois d’avril 2013, il y a eu le moment rituel des consultations des groupes parlementaires », se souvient Enrico Letta, du Parti Démocrate. « Le MCE voulait que la sienne soit diffusée en live streaming, au nom de la transparence. C’était plutôt amusant ». La vidéo de cette rencontre est toujours disponible sur YouTube et elle n’est pas vraiment à l’avantage des membres du MCE, qui y apparaissent comme des novices, un peu dépassés par les événements. « A l’époque », poursuit-il, « du fait de leur inexpérience, ils n’avaient pas obtenu grand-chose. A part la vice-présidence de la chambre, qui leur était garantie ».

Aujourd’hui retiré du jeu politique, l’ancien président du conseil, chassé du pouvoir par Matteo Renzi au mois de février 2014, concède volontiers quelques mérites à l’irruption du MCE dans le jeu parlementaire. « Cela nous a réveillés », dit-il. « Et c’est en grande partie grâce à eux que nous avons choisi des figures nouvelles pour diriger les assemblées, un ancien magistrat contre la mafia au sénat, Pietro Grasso, et une ancienne du Haut Commissariat pour les Réfugiés (HCR) à la chambre, Laura Boldrini ». Mais voilà, l’expérience n’était pas censée durer. Une fois démontrée l’incompétence de ses élus, le MCE aurait dû rentrer dans le rang. Or, il n’en a rien été.

Le MCE continue à progresser dans le cœur des italiens. En cas d’élections générales, les sondages le créditent d’environ trente pour cent des voix. Si bien qu’il ne paraît plus impossible de voir bientôt cette formation, campant sur une ligne ni droite ni gauche contre les élites, les médias et l’euro, prendre les commandes de la troisième économie de la zone euro.

Comprendre la séduction qu’opère le MCE dans de larges franges de la société italienne implique de faire un retour en arrière. Au commencement de cette aventure politique, il y a deux hommes que tout devrait opposer. Beppe Grillo, qui a vu le jour en 1948 à Gênes, humoriste et provocateur-né, enfant terrible de la télévision italienne, est le leader charismatique.

Ancien dirigeant du groupe Canal Plus, aujourd’hui installé dans la lagune de Venise, le journaliste et homme de télévision français Michel Thoulouze s’est lié d’amitié avec lui dans les années 1990. « A l’époque, il ne passait plus à la télévision publique. Je l’avais fait inviter sur notre chaîne Telepiu. Il donnait des spectacles dans des salles immenses pleines à craquer, il gagnait beaucoup d’argent et il en était très content ».

Souvent qualifié de Coluche italien, il a partagé l’affiche avec le comique français dans un film de Dino Risi sorti en 1985, Beppe Grillo avait une audience comparable auprès du public et le même talent inné pour tenir une salle, mais il pratiquait un humour d’une tonalité différente, dans lequel apparut très tôt, outre la dénonciation de la corruption des politiques, un sujet qui ferait presque figure de passage obligé en Italie, une sensibilité particulière aux enjeux économiques, ainsi qu’aux droits des consommateurs. « Il a toujours eu la passion de décortiquer les sujets techniques, d’aller au bout des choses », affirme Michel Thoulouze. « Il se faisait aider d’universitaires suisses pour concevoir ses spectacles. Beppe Grillo est allé jusqu’à acheter des actions de Telecom Italia pour pouvoir aller à l’assemblée générale annuelle et y dénoncer, très brillamment d’ailleurs, les conditions dans lesquelles l’entreprise avait été privatisée ».

En 2004, cet homme qu’on avait vu sur scène détruire un ordinateur à coups de maillet, éructant contre le faux progrès que représentent les nouvelles technologies, rencontre l’informaticien Gianroberto Casaleggio, né en 1954 et mort en 2016. Ce sera lui, le cerveau politique du MCE.

Ensemble, ils créent un blog. « Gianroberto Casaleggio était un homme très réservé, qui voulait rester dans l’ombre », se souvient le journaliste Alberto Di Majo qui lui a consacré plusieurs ouvrages. « Il avait une intuition très forte selon laquelle internet allait tout changer à la façon de faire de la politique ».

Fondateur d’une entreprise internet, Casaleggio Associates, le futur gourou du MCE a été, jusqu’en 2010, le responsable de la communication numérique de l’Italie des Valeurs, le petit parti centriste créé par le juge Antonio di Pietro, ancienne figure de l’opération Mani Pulite. Fortement influencé par le New Age, cet intellectuel atypique avait développé un curieux penchant pour les prophéties apocalyptiques. Dans ses écrits, il annonçait notamment pour 2050 l’avènement de Gaïa, un monde dans lequel l’intelligence sociale collective permettra de résoudre les problèmes de l’humanité. Non sans mal, car avant cela, l’espèce humaine devra subir une guerre mondiale faisant six milliards de morts.

A côté de ces théories hasardeuses, Gianroberto Casaleggio était attaché à des thèmes plus concrets tels qu’une écologie fondée sur le concept de décroissance heureuse, ainsi qu’à une certaine forme d’austérité, qui continuent d’irriguer le MCE. Il est également le père d’une stratégie fondée sur internet, lieu d’une possible démocratie directe en ligne, et dans laquelle l’enjeu central est la conquête des réseaux sociaux, jugés plus importants que la télévision vieillissante. Sans lui, jamais le MCE n’aurait pu décoller.

Retour à la chambre des députés de Rome, Roberto Fico, quarante deux ans, grand sourire et allure décontractée, reçoit non loin de Montecitorio, dans les locaux de la commission de surveillance de la RAI, dont il est un membre important. C’est un des premiers convertis et il a été de toutes les étapes de la spectaculaire ascension du mouvement grilliste. « Quand je suis arrivé, en 2005, il n’était pas encore question de se lancer dans la course électorale. Mais il y avait ce blog passionnant qui publiait un post par jour depuis le mois de janvier 2005. Le 16 juillet 2005, Beppe Grillo lançait l’idée de se rencontrer, pour essayer de transformer en action citoyenne l’énergie des spectacles, par le biais de Meetup, une plate-forme informatique. Quelques heures après, je créais le groupe Meetup de Naples ».

La première réunion nationale des groupes d’amis de Beppe Grillo a lieu dans les environs de Naples au mois de septembre 2005. « Notre cheval de bataille principal était alors la lutte contre la privatisation de l’eau », se souvient Roberto Fico. « Mais il y avait d’autres sujets. Quelques semaines plus tard, nous nous sommes retrouvés à Turin et, après une demi-journée de réunion, nous sommes tous allés manifester contre le projet de tunnel de la future ligne du Train à Grande Vitesse (TGV) entre Lyon et Turin, avec les associations locales ».

Les groupes grandissent parallèlement au blog, bientôt lu par des millions de fidèles. Il accueille des contributions d’artistes, de chercheurs ou de simples citoyens, conquis par la volonté de Beppe Grillo de renouveler le système politique italien. Le premier point d’orgue sera le Vaffanculo Day, les 8 et 9 septembre 2007, avec des rassemblements organisés dans toute l’Italie au cours desquels plus de trois cent mille signatures sont recueillies en faveur d’une initiative appelée Parlamento Pulito lancée en 2005, qui veut interdire d’entrée au parlement les personnes condamnées par la justice et qui veut limiter à deux mandats successifs les carrières parlementaires.

Gagnés à l’idée d’entrer de plain-pied dans le jeu politique, les amis de Beppe Grillo lancent leurs premières candidatures lors de scrutins locaux, pour des résultats très modestes, deux pour cent des voix aux élections municipales de Rome, en 2008. L’humoriste envisage même de se présenter en personne aux élections primaires du Parti Démocrate, en 2009. Les amis de Beppe Grillo se situent alors clairement dans la dissidence de gauche. Leurs provocations répétées hérissent l’appareil du Parti Démocrate. Réagissant à l’annonce de cette candidature lors d’un entretien télévisé, l’ancien ministre Piero Fassino déclare, non sans condescendance que « si Beppe Grillo veut faire de la politique, qu’il mette sur pied une organisation et qu’il se présente, nous verrons combien de voix il remportera ». Il sera entendu.

 

Repost 0
Published by FISCHER
commenter cet article
11 mars 2017 6 11 /03 /mars /2017 19:37

 

http://www.liberation.fr/debats/2017/03/09/turquie-de-la-repression-au-suicide_1554581

 

De la répression au suicide

 

Jeudi 9 Mars 2017

 

Un jeune assistant chercheur s’est jeté du septième étage. Sa signature au bas d’une simple pétition pour la paix lui avait ôté tout avenir dans son pays. Les universitaires ne sont pas les seuls ciblés. Les purges en cours signifient souvent une mort sociale.

Mehmet Fatih Tras, jeune assistant chercheur de trente quatre ans à la faculté des sciences économiques et administratives de l’université Cukurova d’Adana, a décidé, le Samedi 25 Février 2017, de mettre fin à ses jours en se jetant du septième étage d’un immeuble de Mersin.

Ce geste s’entoure de circonstances qui jettent une lumière glaçante sur ce qui se déroule aujourd’hui en Turquie. Les faits entourant son suicide peuvent être établis sur la base de sources convergentes. Mehmet Fatih Tras avait soutenu sa thèse d’économétrie le 23 juin 2016. Depuis le mois de septembre 2010, dans le cadre de la préparation de son doctorat, il bénéficiait d’un poste temporaire. A l’obtention de son doctorat, son emploi ne fut pas renouvelé. Quelques vacations d’enseignement lui furent octroyées. Après l’attentat du 10 décembre 2016 à Istanbul, revendiqué par un groupe proche du parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), il fut dénoncé par l’un de ses collègues comme terroriste du fait de ses liens avec le parti démocratique des peuples (HDP) légal et représenté au parlement et de sa signature avec les universitaires pour la paix (BAK) du 10 janvier 2016 s’opposant aux opérations de guerre de l’armée turque contre les populations civiles kurdes. Ses cours furent alors suspendus sine die, sans qu’une enquête contradictoire ait eu lieu et sans qu’il lui soit donné la possibilité de s’expliquer. Dans des notes remises par sa famille au journal Evrensel, Mehmet Fatih Tras soulignait que, en dépit du lynchage qu’il subissait avec ses deux collègues signataires de la pétition des BAK, il persistait à considérer sa signature comme la continuité de ses activités universitaires et de sa liberté académique.

Mehmet Fatih Tras s’employa alors à postuler à d’autres universités, d’abord celle de Mardin où il reçut un accueil favorable qui bascula en un refus brutal compte tenu de sa signature comme universitaire pour la paix, puis celle d’Istanbul-Aydin qui lui offrit, au mois de janvier 2017, un contrat de deux ans et demi au département d’économie et de finance. Il s’apprêtait à déménager pour rejoindre son nouveau poste quand on lui annonça que l’embauche était annulée. On lui fit savoir que des raisons indépendantes de la volonté de l’université expliquaient cette décision.

Constatant qu’aucun avenir universitaire n’existait désormais pour lui en Turquie « tant que je ne fais pas de concessions sur les valeurs humaines qui font partie de mon identité », il choisit de mourir.

Le suicide de Mehmet Fatih Tras est le premier qui touche les rangs de l’université. Mais il est le vingt et unième connu parmi les personnes qui se sont suicidées car arrêtées sans preuves réelles d’être complices des putschistes du 15 juillet 2016 ou limogées pour cette même raison, ou bien complices de terrorisme pour s’être rapprochées du HDP ou avoir signé des pétitions appelant à la paix dans les régions kurdes.

Dans la Turquie d’aujourd’hui soumise à l’état d’urgence et à la perspective d’un renforcement accru des pouvoirs présidentiels, ces morts volontaires témoignent d’une volonté d’anéantissement. Les cent trente mille fonctionnaires révoqués par une série de décrets, dont trente mille enseignants du primaire et du secondaire et quatre mille huit cent onze universitaires, sont placés en situation de mort économique puisque perdant tout traitement et tout droit au chômage, à la retraite ou à l’épargne, de mort sociale puisque bannis du marché de l’emploi et de mort civique puisque criminalisés aux yeux de leur voisinage, de leur entourage et de leur famille. Pour la plupart également privés de passeport, ils ne peuvent s’exiler.

Aucun être humain ne peut résister longtemps à cet anéantissement. La stigmatisation politique, l’arrachement à toute vie professionnelle normale, la terreur pour soi et les siens décuplés par l’anticipation d’un manque dramatique de ressources et d’une désaffiliation sociale produites par le stigmate du renvoi, dont il existe de nombreux témoignages, et la projection interdite dans le temps et l’avenir, tout ce contexte effrayant précède un acte comme le suicide de notre collègue. Sans cette persécution, Mehmet Fatih Tras serait encore en vie quelles que soient les données personnelles de sa biographie. La vie de ces personnes n’a désormais plus aucune importance pour le régime. Ce sont des vies nues au sens que leur donne le philosophe italien Giorgio Agamben dans son essai Homo Sacer, retrouvant ce qu'Hannah Arendt avait souligné pour les réfugiés apatrides d'entre les deux guerres mondiales, perdant le droit même d’avoir des droits. Privés des attributs élémentaires de l’humanité, ces hommes et ces femmes sont renvoyés à leur seule existence biologique qui peut alors s’achever dans l’indifférence complète de la société et de l'état puisqu’ils sont tenus pour des sauvages.

Le suicide est l’aboutissement de la politique de répression telle que nous l'analysons en Turquie. Et celle-ci ne concerne pas seulement les fonctionnaires révoqués et les prisonniers d’opinion. L’histoire de Mehmet Fatih Tras souligne l’immensité des zones grises de la persécution depuis le 16 juillet 2016, personnels temporaires, étudiants et lycéens. Avoir signé la pétition des universitaires pour la paix équivaut à une trahison de la communauté ethnico-religieuse que Recep Tayyip Erdogan veut ériger en principe absolu de la nation. Si les universitaires, les chercheurs, les professeurs et les étudiants sont particulièrement visés, c’est en raison de la faculté de leurs savoirs, lorsqu’ils sont critiques, à dire et donc à contrer ces processus de déshumanisation des personnes jugées déviantes et asociales, et à communiquer un espoir d’avenir à la jeunesse, à l’instar de la création et de sa transmission.

Le monde doit comprendre ce qui se joue en Turquie. L’Europe a un rôle à jouer pour empêcher l’irréparable, en raison de ses expériences de déshumanisation de populations aux fins de les détruire et de sa conscience des ancrages démocratiques indispensables à sa survie.

Nous appelons donc ses dirigeants à considérer comme une priorité l’accueil des chercheurs en exil et, plus globalement, la protection des droits humains fondamentaux dont celui d’avoir toujours des droits.

Nous leur demandons de créer une institution universitaire européenne permettant à tous les enseignants chercheurs limogés dans le monde pour délit d’opinion ou appartenance à une minorité d’y être affiliés et donc de conserver une identité professionnelle en attendant peut-être le versement d’un salaire pour les plus anéantis. Nous encourageons toutes et tous à la solidarité avec les enseignants de Turquie, y compris en contribuant financièrement à l’aide qu’apporte le syndicat Egitim Sen aux victimes des purges.

L’avenir de l’Europe se joue à Adana, à Istanbul, à Moscou, à Damas, au Caire, à Téhéran, à Pékin et à Washington. Il est nécessaire de regarder l’histoire bien en face, de très près et de toute urgence.

 

Premiers signataires

 

Etienne Balibar, Eric Fassin, Véronique Nahoum-Grappe, Alain Bertho, Amandine Regamey, Michael Lowy

 

Repost 0
Published by FISCHER
commenter cet article
11 mars 2017 6 11 /03 /mars /2017 19:10

 

Jeff Sessions veut la tête des derniers procureurs nommés par l'administration de Barack Obama (Reuters)

 

Le ministre américain de la justice, Jeff Sessions, a réclamé Vendredi 10 Mars 2017 la démission des quarante six derniers procureurs fédéraux nommés par l'administration de Barack Obama encore en poste, dont celui de Manhattan, Preet Bharara, auquel Donald Trump avait demandé en personne de conserver ses fonctions au mois de novembre 2016.

 

Bien que les procureurs fédéraux occupent des postes politiques et que leur remplacement soit classique en cas d'alternance, il est rare qu'une administration fasse ainsi table rase du passé.

 

Une porte-parole du département de la justice a confirmé que la demande de Jeff Sessions concernait également Preet Bharara, qui supervise quelques unes des affaires criminelles et financières les plus sensibles du pays.

 

Donald Trump avait reçu le procureur fédéral de Manhattan le 30 novembre 2016 à la Trump Tower, à New York, et ce dernier avait déclaré après leur entretien qu'il avait accepté de rester en poste.

 

Nommé en 2009 par Barack Obama, Preet Bharara a traqué la corruption au sein de la municipalité et de l'état de New York et il a supervisé à ce titre l'enquête fédérale sur les soupçons de corruption dans le financement de la campagne électorale victorieuse du maire de New York, Bill de Blasio, en 2013.

Repost 0
Published by FISCHER
commenter cet article
11 mars 2017 6 11 /03 /mars /2017 18:59

 

Vive tension diplomatique entre les Pays-Bas et la Turquie (Reuters)

 

Les Pays-Bas ont refusé Samedi 11 Mars 2017 à l'avion du ministre turc des affaires étrangères l'autorisation d'atterrir à Rotterdam provoquant une vive tension diplomatique entre les autorités néerlandaises et le gouvernement turc au moment où celui-ci entend mener une campagne référendaire auprès de la diaspora turque dans les pays d'Europe de l'Ouest.

Le président turc Recep Tayyip Erdogan, ardent défenseur de la réforme constitutionnelle soumise à référendum qui renforcerait ses pouvoirs, a réagi en traitant les Pays-Bas de « vestiges nazis » et de « fascistes ».

« Ecoutez, les Pays-Bas », a déclaré Recep Tayyip Erdogan, « vous pouvez dire non, une fois, deux fois, mais mon peuple finira par contrecarrer vos manigances. Vous pouvez annuler le vol de mon ministre des affaires étrangères autant que vous voulez mais vous allez voir comment vos avions vont être reçus en Turquie désormais. Ils ignorent la diplomatie et la politique. Ce sont des vestiges du nazisme et des fascistes », a-t-il ajouté.

Contraint de rentrer à Istanbul, le ministre des affaires étrangères Mevlut Cavusoglu a affirmé que la décision des autorités néerlandaises constituait un scandale inacceptable et qu'elle aurait des conséquences.

La décision, d'abord annoncée par les médias turcs, a été confirmée par le gouvernement de Mark Rutte, qui a estimé que la venue du chef de la diplomatie turque constituait une menace à l'ordre public.

Mevlut Cavusoglu comptait se rendre à Rotterdam malgré la décision des autorités néerlandaises de ne pas l'autoriser à y faire campagne pour le référendum du 16 avril 2017 en Turquie. Le maire de Rotterdam avait cependant assuré Vendredi 10 Mars 2017 que le ministre turc était libre de venir dans sa ville.

Samedi 11 Mars 2017, sur l'antenne de Cable News Network (CNN) Turk, le chef de la diplomatie turque avait toutefois menacé les Pays-Bas de sanctions politiques et économiques s'il se voyait refuser l'entrée sur le territoire néerlandais. Il a également accusé les autorités néerlandaises de prendre les ressortissants turcs en otages en entravant leurs liens avec Ankara.

Sur sa page Facebook, Mark Rutte a estimé que Mevlut Cavusoglu avait saboté les négociations sur sa venue dans le pays en appelant ses partisans à un large rassemblement public.

Et la menace de sanctions brandie dans la matinée par le chef de la diplomatie turque a « rendu impossible une solution raisonnable », a ajouté le chef du gouvernement néerlandais.

« Beaucoup de citoyens néerlandais ayant des origines turques peuvent voter lors du référendum sur la constitution turque. Le gouvernement néerlandais n'a aucun problème avec les rassemblements dans le pays pour les informer à ce sujet », a écrit Mark Rutte sur Facebook.

« Mais ces rassemblements ne doivent pas contribuer à des tensions dans notre société et quiconque veut organiser un rassemblement est obligé de suivre les instructions des autorités afin que l'ordre public et la sécurité soient garantis », a-t-il cependant souligné.

Les Pays-Bas votent à l'occasion d'élections législatives Mercredi 15 Mars 2017 et l'immigration a été l'un des sujets clés de la campagne.

« Si ma venue accroît les tensions, ainsi soit-il », a déclaré Mevlut Cavusoglu sur CNN Turk. « Quel dommage pour eux provoquera ma venue ? Je suis ministre des affaires étrangères et je peux me rendre où je veux ».

Le chargé d'affaires néerlandais à Ankara a été convoqué au ministère turc des affaires étrangères et la polémique entre les autorités turques et plusieurs pays d'Europe de l'Ouest, dont l'Autriche, la Suisse et l'Allemagne, continue d'enfler.

Quatre rassemblements de la diaspora turque ont été interdits en Autriche et un autre en Suisse tandis que Recep Tayyip Erdogan a fait un parallèle entre l'Allemagne d'Angela Merkel et celle de l'époque nazie.

Dans ce contexte très tendu, la préfecture du département français de la Moselle a annoncé qu'une association turque avait prévu d'organiser Dimanche 12 Mars 2017 à Metz une réunion à laquelle pourrait participer Mevlut Cavusoglu.

« L’union des démocrates turcs d'Europe, ou du moins sa section locale, a loué une salle du centre des congrès afin d'organiser cette réunion publique », a indiqué à Reuters le secrétaire général de la préfecture de Moselle, Alain Carton.

« Nous avons pour mission de nous assurer qu'il n'y a pas de menaces à l'ordre public. Il n'y en a pas », a-t-il ajouté en précisant que le ministère français des affaires étrangères était au courant de la tenue de cette réunion.

Repost 0
Published by FISCHER
commenter cet article
10 mars 2017 5 10 /03 /mars /2017 20:13

 

http://www.bondy-autrement.org/index.php/un-autre-monde/17-kurdistan/3441-referendum-en-turquie-appele-a-des-observateurs-internationaux

 

Appel à des observateurs internationaux pour le référendum du 16 avril 2017 en Turquie

 

Par Hişyar Özsoy, vice-coprésident du parti démocratique des peuples (HDP) chargé des relations extérieures et député du parlement turc

 

Le référendum visant une révision constitutionnelle afin de mettre en place un système présidentiel en Turquie est prévu le 16 avril 2017. Ce référendum est d'une importance cruciale pour l'avenir des institutions démocratiques en Turquie. Afin d'assurer la transparence et l'équité de ce référendum, le HDP lance un appel à des observateurs internationaux.

Le résultat du référendum va redessiner le système politique en Turquie. Si le gouvernement du parti de la justice et du développement (AKP) et Recep Tayyip Erdogan l'emporte, le président pourra alors détenir l'ensemble des pouvoirs législatifs, exécutifs et judiciaires, et établir un régime totalitaire dépourvu de mécanisme de contrôle et de contrepoids, ce qui signifie la fin de la séparation des pouvoirs, de l'état de droit et de l'impartialité de la justice.

Le gouvernement de l'AKP utilise l'état d'urgence déclaré dans le pays au lendemain du coup d'état raté du Vendredi 15 Juillet 2016 pour réduire au silence les groupes et les partis d'opposition et les empêcher de mener campagne pour le non au référendum. La répression exercée à l'encontre du HDP et de notre parti frère, le parti démocratique des régions (DBP) est toujours en cours. Près de trois mille dirigeants et membres de ces deux partis ont été incarcérés.

Parmi eux, figurent nos deux coprésidents, onze députés et plus de quatre vingt maires kurdes.

Le gouvernement est déterminé à paralyser totalement le HDP et le DBP afin de les empêcher de mener leurs activités en vue du référendum.

Nous craignons une recrudescence des arrestations et des détentions arbitraires à l'approche du référendum. Par ailleurs, les médias, les intellectuels et la société civile sont soumis à des pressions sans précédent. Des centaines d'organes de presse et des milliers d'Organisations Non Gouvernementales (ONG) ont été bannies parce qu'elles critiquaient le gouvernement. Et plus de cinq mille universitaires et fonctionnaires ont été démis de leurs fonctions. Dans ce contexte dominé par la violence et la répression, la présence d'observateurs et notamment d'élus, de politiques, d'avocats et de défenseurs des droits humains, peut contribuer à réduire les pressions sur l'opposition, à assurer une certaine transparence et équité et à empêcher le gouvernement de commettre des fraudes électorales.

 

Repost 0
Published by FISCHER
commenter cet article
10 mars 2017 5 10 /03 /mars /2017 19:48

 

https://www.essonneinfo.fr/91-essonne-info/104690/jeunes-socialistes-passent-larme-a-gauche

 

Des jeunes socialistes passent l’arme à gauche

 

Par Maxime Berthelot

 

Vendredi 10 Mars 2017

 

La fin du quinquennat de François Hollande aura irrémédiablement laissé des traces au sein du Parti Socialiste. Dernière en date, le départ au mois de janvier 2017 d’une vingtaine de membres de la fédération de l'Essonne du Mouvement des Jeunes Socialistes (MJS) vers le Mouvement de la France Insoumise de Jean-Luc Mélenchon. Et ce, avant même que l'élection primaire de la gauche n’ait désigné son vainqueur.

Samedi 25 Février 2017, les téléspectateurs de La Chaîne Parlementaire (LCP) ont vécu une expérience particulière. Au programme du soir, il y avait un retour vers le futur politique nommé Benoît Hamon, chronique d’une victoire annoncée. Bien entendu, les journalistes de LCP ne sont pas plus doués du don de voyance que leurs collègues. Mais l’exercice interpelle.

À l’heure où le Parti Socialiste a des chances de se voir exclure du second tour des élections présidentielles de cette année, le documentaire revient sur le quotidien de Benoît Hamon, du mois de janvier au mois de juin 2012, lorsque l’actuel candidat socialiste préparait les élections présidentielles et les élections législatives marquées par la victoire de François Hollande et celle de la gauche, un flash-back saisissant au regard des divisions actuelles.

Benoît Hamon pourrait-il créer la surprise et à son tour faire gagner la gauche au mois de mai 2017 ? Pour certains, la question ne se pose même pas. « Le bilan de François Hollande est indéfendable », tranche, net, Antoine Petitmangin. « Il y a eu la loi travail, les coups de force de l'utilisation du quarante-neuvième article de la constitution de la cinquième république et le projet de déchéance nationale. C’est beaucoup trop ».

Ancien responsable de la fédération de l’Essonne du MJS, il a choisi de claquer la porte du Parti Socialiste au mois de janvier 2017, à la vieille des élections primaires de la gauche. Et s’il juge la victoire de Benoît Hamon « positive puisque contre Manuel Valls », il reste persuadé qu’aucun des candidats socialistes n’est sorti crédible de ces cinq ans d’exercice du pouvoir. « Les règles de l’élection primaire ne pouvaient pas fonctionner car tous les candidats se sont engagés à soutenir le vainqueur, même si leurs convictions sont parfaitement opposées. C’est un sacré mélange des genres ».

Suivi par une vingtaine de jeunes socialistes de l’Essonne, il a donc rejoint le Mouvement de la France Insoumise de Jean-Luc Mélenchon.

Pourtant, c’est bien François Hollande et le Parti Socialiste qui l’avait convaincu de s’engager en politique il y a maintenant cinq ans.

« J’ai été séduit par le discours du Bourget », se souvient-il. « C’est à partir de ce moment que s’est véritablement lancée la campagne de François Hollande. C’est sur cette ligne contre la finance que je suis entré au Parti Socialiste ». Il prend alors sa carte et rejoint le MJS pour lequel il va militer puis devenir le référent départemental en Essonne, jusqu’au tournant social-démocrate et social-libéral symbolisé par l’arrivée de Manuel Valls à Matignon au mois de mars 2014. « Notre prise de distance avec le Parti Socialiste s’est accrue avec le temps », confie celui qui, à vingt trois ans, est par ailleurs étudiant en master d’histoire à la Sorbonne. « Il y a eu une série de ruptures inacceptables. L’émergence des députés frondeurs a été un espoir, mais nous avons été déçus par leur réaction face à l’utilisation massive du quarante neuvième article de la constitution par Manuel Valls. Ils ont quand même fini par se diviser au moment de déposer une motion de censure ».

Et le MJS n’échappe pas aux débats. En interne, des désaccords font jour d’autant que, à l’image du Parti Socialiste, le mouvement n’a cessé de voir ses adhérents s’éloigner ces dernières années. Allant même jusqu’à perdre plusieurs de ses animateurs fédéraux, comme celui du Rhône ou de la Seine-Saint-Denis, mais aussi le coordinateur régional de l’Ile-de-France et Yannis Zeghbib, secrétaire général national du MJS. Dans une tribune nommée « insoumission, un choix de raison », publiée sur le blog de Mediapart le 15 janvier 2017, l’ancien chef de file du MJS explique pourquoi il a lui aussi choisi de quitter le Parti Socialiste pour le mouvement de Jean-Luc Mélenchon.

Celui qui a rejoint le Parti Socialiste et le MJS en janvier 2007, « face à la brutalité sociale que représentait la candidature de Nicolas Sarkozy », a soutenu François Hollande après l’élection primaire de 2011. Mais il a très vite déchanté. « Il fut élu le 6 mai 2012, avec le concours de l’ensemble des forces de gauche. Et là, c’est l’hébétude. L’espoir de changement laissa la place aux doutes sur l’avenir de ce quinquennat », observe-t-il. Cinq ans après, il a donc placé ses espoirs dans le Mouvement de la France Insoumise pour « acter que le Parti Socialiste n’est plus un outil pertinent de transformation sociale, que la stratégie de l’intérieur a échoué et qu’il est indispensable qu’une alternative à gauche émerge lors des prochaines élections ».

En Essonne, les défections sont aussi légion. « Au congrès de 2015, la section essonnienne rassemblait deux cent vingt adhérents », résume son ancien secrétaire. « Elle n’en comptait plus qu’une centaine lorsque je l’ai quittée au mois de janvier 2017 ».

Il y a eu les déçus du quinquennat, bien sûr, mais aussi ceux qui ne se sentaient pas pris en compte. C’est notamment le cas de Raphaël Lorenzo, ancien coordinateur du MJS sur le Val d’Orge. « L’aile droite du mouvement ne nous écoutait pas », explique-t-il. « Du coup, il était impossible de faire entendre notre voix ». Seulement neuf mois après l’avoir rejoint, lors de la mobilisation contre la loi travail au mois d’avril 2016, il a donc quitté le MJS en même temps qu’Antoine Petitmangin et plusieurs cadres actifs et quelques militants.

Si la décision a été prise collectivement avant l’été lors d’un comité fédéral, Raphaël Lorenzo retient une anecdote de l’époque où il militait contre la loi travail. « Le MJS de l’Essonne était particulièrement mobilisé, probablement trop pour une camarade du MJS de l’Institut d'Etudes Politiques (IEP), qui m’a alors taxé de gauchiste », raconte-t-il. « C’était révélateur de l’orientation qu’était en train de prendre le mouvement. Il fallait suivre avant tout la ligne du Parti Socialiste, peu importe les dirigeants ou les candidats, en attendant, si nous n’étions pas d’accord, que son courant ne devienne éventuellement majoritaire lors du prochain congrès socialiste ».

Gauchiste le jeune militant, peut-être, en tout cas, son ralliement au Mouvement de la France Insoumise a apporté des arguments à ses détracteurs. Ironie du sort pour celui qui, à dix huit ans, a intégré cette année l’IEP.

« C’est toujours la même logique chez Jean Luc Mélenchon. Il fracture la gauche dans un moment où il faudrait au contraire la rassembler. C’est décevant et cela va nous fragiliser, surtout dans l’Essonne ». Nouveau responsable départemental du MJS dans l’Essonne, Valentin Bodet regrette le départ de son prédécesseur et de ceux qui l’ont suivi.

Quant aux critiques concernant le manque de liberté d’expression au sein du mouvement, il les balaie d’un revers de main. « Ils pensent qu’il faut aller toujours plus loin. C’est bien car cela fait avancer, mais cela ne peut pas suffire. C’est une erreur de jugement quand on connaît la gauche. Il y a suffisamment de courants au sein du Parti Socialiste pour faire entendre sa voix. La preuve, Benoît Hamon a bien remporté l’élection primaire ».

Aujourd’hui âgé de vingt ans, il a soutenu Martine Aubry en 2011 et soutient aujourd’hui Benoît Hamon. Il se réclame donc de la gauche du Parti Socialiste qui existe bien. « Je peux comprendre les déceptions sur le ligne économique », reconnaît-il. « Mais le bilan social est bon, la garantie jeune, le mariage pour tous et les créations d’emplois dans la fonction publique, notamment pour les professeurs et les forces de l’ordre. Il ne faut pas tout jeter ».

A ces arguments, ses anciens camarades préfèrent opposer le programme de Jean-Luc Mélenchon qu’ils jugent plus concret. « Nous sommes d’accord avec quatre vingt dix pour cent de son projet », confirme Antoine Petitmangin. « Que ce soit la création d’une sixième république, la planification écologique ou encore l’augmentation du Salaire Minimum Interprofessionnel de Croissance (SMIC) à mille sept cent euros nets mensuels. Si certains candidats peuvent payer cinq cent mille euros en huit ans pour un emploi fictif, ne me dites pas qu’on ne peut pas revaloriser les bas salaires ».

C’est donc deux visions de la gauche et de l’avenir qui s’opposent. D’un côté, les jeunes socialistes qui estiment que, en dehors du Parti Socialiste, aucun salut n’est possible. « Le Parti Socialiste a toujours été la maison maire de la gauche. Partir dès qu’il y a des difficultés, c’est empêcher la victoire, que ce soit en interne ou au niveau national », conclut Valentin Bodet. « Aujourd’hui, nous ne pouvons pas nous permettre de nous diviser face à Emmanuel Macron, l’extrême-droite et la droite qui représentent de réelles menaces pour notre avenir ».

De l’autre, les militants sécessionnistes, désormais mélenchonistes, pour qui la rupture était souhaitable. « Il faut construire quelque chose de nouveau et réinventer un système à bout de souffle », estime Antoine Petitmangin. « Benoît Hamon dit qu’il veut abroger la loi travail mais Myriam el Khomri, qui l’a portée, est investie par le Parti Socialiste pour être candidate aux élections législatives dans le dix huitième arrondissement de Paris. Tout cela manque de clarification ».

La bataille des idées se fera donc sur le terrain entre des militants qui risquent de se croiser sur les marchés ou devant les lycées. « Nous sommes pour le rassemblement de la gauche et, s’il le faut, nous militerons ensemble », envisageait encore il y a quelques jours Valentin Bodet. Mais Jeudi 9 Mars 2017, Alexis Corbière, porte-parole de Jean-Luc Mélenchon, a mis fin au suspense. « Je ne crois pas que, après cinq ans de François Hollande, il soit possible aujourd’hui de se rassembler derrière un candidat du Parti Socialiste », a-t-il déclaré sur BFM Télévision, dénonçant une guerre d’ego dans laquelle Benoît Hamon refuserait d’envisager un rassemblement sans en être la tête de proue.

Comme s’il était encore nécessaire de prouver que ces deux gauches sont décidément irréconciliables.

Repost 0
Published by FISCHER
commenter cet article

Présentation

  • : fischer02003
  • fischer02003
  • : actualité politique nationale et internationale
  • Contact

Recherche

Pages

Liens